Stendhal, l’homme aux cent pseudonymes

« La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée. »  1

Henri BEYLE, dit STENDHAL (1783-1842), Le Rouge et le Noir (1830).

… Et le pseudonyme à l’auteur pour se dissimuler jusqu’à l’anonymat ! Il en utilise plus d’une centaine. « Tels de ces pseudonymes sont pour la parade, drôle, glorieuse ou tendre. Et d’autres sont des pseudonymes de fuite, pour se rendre invisible et se soustraire aux gêneurs. »   (Jean Starobinski, L’Œil vivant, 1961, Stendhal Pseudonyme.)

Rien à voir avec le simple pseudonyme de Voltaire (né François-Marie Arouet et qui ne voulait pas gêner sa famille par ses propos libertins ou frondeurs), ni même George Sand (Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil devenue baronne Dudevant) qui prendra un nom d’homme pour semer le trouble quant à son identité… et augmenter ses chances d’être publiée dans un univers de l’édition résolument masculin.

Dans le cas de Stendhal, les pseudonymes servent à se cacher, mais aussi à se méfier du langage en tant que convention sociale ou désir d’être un autre.

« Je porterais un masque avec plaisir ; je changerais de nom avec délices (…) Mon souverain plaisir serait de me changer en un long Allemand blond, et de me promener ainsi dans Paris. »  2 

Henri BEYLE, dit STENDHAL (1783-1842), Souvenirs d’égotisme, posthume, 1892.

Jean Starobinski (1920-2019) consacre un chapitre aux pseudonymes de Stendhal dans L’Œil vivant : « Le désir de paraître et le désir de disparaître font partie en lui d’un même complexe. »   

Pour cet historien des idées, théoricien de la littérature et médecin psychiatre suisse, le pseudonyme « n’est pas seulement une rupture avec les origines familiales ou sociales : c’est une rupture avec les autres… (il) permet à Stendhal la pluralité des ‘moi’, qui lui permet de se révolter contre une identité imposée du dehors. Et puisque le nom est situé symboliquement au confluent de l’existence pour soi et de l’existence pour autrui, le pseudonyme le rend à l’intime exclusivement, elle lui offre la possibilité de voir sans être vu, fantasme de Stendhal. »   

Quoi qu’il en soit, Le Rouge et le Noir est un incontournable de la littérature française. Ce roman d’apprentissage offre une peinture critique de la société contemporaine, l’auteur se situant à la charnière de deux esthétiques littéraires : romantisme exacerbé et réalisme vu par tel ou tel personnage. Autre chef d’œuvre dans l’histoire de la littérature française et signé Stendhal, La Chartreuse de Parme (1839). Le cinéma a rendu un juste hommage à ces deux titres, avec le couple Gérard Philippe et Danielle Darrieux, puis le trio Gérard Philippe, Maria Casarès et Renée Faure.

Vous avez aimé ces citations commentées ?

Vous allez adorer notre Histoire en citations, de la Gaule à nos jours, en numérique ou en papier : Feuilletez-les gratuitement

Retour en haut