{"id":10003,"date":"2024-05-27T00:00:00","date_gmt":"2024-05-26T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lhistoire-en-chantant-troisieme-republique-et-seconde-guerre-mondiale\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:58","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:58","slug":"lhistoire-en-chantant-troisieme-republique-et-seconde-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-chantant-troisieme-republique-et-seconde-guerre-mondiale\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en chantant (Troisi\u00e8me R\u00e9publique et Seconde Guerre Mondiale)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Chaque \u00e9poque donne le ton, d\u2019o\u00f9 l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 de ce r\u00e9sum\u00e9 chantant qui alterne \u00e0 l\u2019infini comique et tragique, populaire et po\u00e9tique, avec une dose de fantaisie propre \u00e0 l\u2019esprit fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Quelques constantes en font l\u2019originalit\u00e9.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>Le <strong>peuple<\/strong> est le premier acteur de cette histoire, qu\u2019il s\u2019exprime dans le r\u00e9pertoire des traditionnelles chansons populaires ou dans le registre patriotique des chants de guerre. Mais ballades et chansons de geste furent aussi \u00e0 la mode, en leur temps.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Beaucoup de titres sont <strong>anonymes<\/strong>, \u00e0 commencer par les quelque 6 500 mazarinades chant\u00e9es sous la Fronde\u00a0contre Mazarin qui bat tous les records d\u2019impopularit\u00e9. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00ab\u00a0en France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb (Eug\u00e8ne Scribe). Cet anonymat perdure bien apr\u00e8s la R\u00e9volution, aussi longtemps qu\u2019il y aura censure, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et au-del\u00e0. Dernier cas, <em>le D\u00e9serteur<\/em> pendant la guerre d\u2019Indochine (1954), mais\u00a0le texte est sign\u00e9 (Boris Vian et Serge Reggiani).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>La chanson sous toutes ses formes reste malgr\u00e9 tout un espace de libert\u00e9 d\u2019expression et refl\u00e8te<strong> l\u2019opinion publique<\/strong>, bien avant la grande presse cr\u00e9\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, les sondages n\u00e9s \u00e0 la veille de la Seconde Guerre mondiale et les r\u00e9seaux sociaux, inventions de notre si\u00e8cle.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>La <strong>R\u00e9volution<\/strong> est toujours la \u00ab\u00a0grande \u00e9poque\u00a0\u00bb de l\u2019Histoire (en chantant, en citations et en g\u00e9n\u00e9ral). Deux \u00ab\u00a0tubes\u00a0\u00bb sont n\u00e9s\u00a0: <em>la Marseillaise<\/em> et le<em> \u00c7a ira<\/em>. Leur petite histoire vous r\u00e9serve des surprises\u2026 Surprise aussi de trouver <em>Il pleut, il pleut berg\u00e8re<\/em>, entre quelques dizaines de titres de circonstance \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>La <strong>Commune<\/strong> de Paris, autre paroxysme h\u00e9ro\u00efque, nous offre l\u2019Internationale au destin historique mondial\u2026 et <em>le Temps des cerises<\/em> au sens rest\u00e9 myst\u00e9rieux.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>Les <strong>guerres<\/strong> sont toujours tr\u00e8s chant\u00e9es \u00e0 divers titres et sur divers tons. Signalons un doublon \u00ab\u00a0bon enfant\u00a0\u00bb avec la <em>Madelon<\/em>, deux versions, 1914 et 1918, confondues par Clemenceau lui-m\u00eame,\u00a0 charg\u00e9 de d\u00e9corer l\u2019auteur de la seconde\u2026<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019apparition des chansons et des <strong>chanteurs engag\u00e9s<\/strong> donne un tout autre ton \u00e0 la Quatri\u00e8me et la Cinqui\u00e8me R\u00e9publiques. C\u2019est l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la chanson fran\u00e7aise et l\u2019embarras du choix grandit avec quelques \u00ab\u00a0standards\u00a0\u00bb incontournables des<em> protest songs<\/em> venus d\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, quelques surprises. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des Ferr\u00e9, Ferrat, Brel, Brassens et autres artistes engag\u00e9s \u00e0 divers propos (peine de mort, racisme, homophobie, \u00e9migration, \u00e9cologie, anarchie, f\u00e9minisme\u2026), on d\u00e9couvre Johnny Halliday avec un titre tout \u00e0 son honneur et \u00e0 celui de son auteur (Philippe Labro).<\/p>\n<p>Plus d\u2019une centaine de vid\u00e9os YouTube servent d\u2019illustration sonore \u00e0 cette <em>Histoire en chantant.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-133.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/h4>\n<p style=\"text-align: center\">La chanson suit l\u2019actualit\u00e9, sur tous les tons et plus librement que jamais.<\/p>\n<p><strong>1\/ Guerre franco-prussienne et Commune de Paris.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Porte aux Prussiens ta vieille Badinguette\u00a0!<br>Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Ton p\u2019tit b\u00e2tard ne r\u00e9gnera jamais.\u00a0\u00bb<span id=\"2334\" class=\"cit-num\">2334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Actes de Badinguet<\/em> (1870), chanson anonyme. <em>La Commune en chantant<\/em> (1970), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces couplets vengeurs s\u2019adressent \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu dont la popularit\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9e en quelques jours \u2013 Badinguet est le nom du ma\u00e7on dont Louis-Napol\u00e9on Bonaparte (emprisonn\u00e9 suite \u00e0 son coup d\u2019\u00c9tat) emprunta les v\u00eatements pour s\u2019enfuir du fort de Ham, en 1846. Quant \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice, elle ne fut jamais aim\u00e9e du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019vant l\u2019boucher, d\u2019vant l\u2019boulanger,<br>On grelotte dans la rue\u00a0:<br>Ni pain ni viand\u2019 pour changer,<br>Mais quelqu\u2019fois y\u2019a d\u2019la morue.<br>C\u2019est dans l\u2019plan de Trochu.<br><em>Refrain\u00a0<\/em>: Savez-vous l\u2019plan de Trochu\u00a0?<br>Gr\u00e2ce \u00e0 lui rien n\u2019est fichu.\u00a0\u00bb<span id=\"2348\" class=\"cit-num\">2348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Plan de Trochu,<\/em> chanson (1871) \u2013 \u00ab\u00a0\u0153uvre collective des journalistes du Grelot\u00a0\u00bb. <em>Les Communards<\/em> (1964), Michel Winock, Jean-Pierre Az\u00e9ma<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris trouve encore la force de rire et de chanter. Trochu, gouverneur de la capitale, est sa t\u00eate de Turc favorite, lui qui r\u00e9p\u00e8te encore et toujours\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un plan, j\u2019ai un plan.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rien moins que 30 couplets d\u00e9taillent avec un humour parfois noir les mis\u00e8res quotidiennes des Parisiens. On voit aussi venir la d\u00e9faite. \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 Paris n\u2019aura\u00a0\/ Plus d\u2019quoi nourrir une puce\u00a0\/ S\u2019disait chacun, l\u2019on fera\u00a0\/ Semblant d\u2019se rendre \u00e0 la Prusse\u00a0\/ \u00c7a doit \u00eatre l\u2019plan de Trochu.\u00a0\u00bb Hugo ne va pas rater le mot, quand le g\u00e9n\u00e9ral Trochu d\u00e9missionne, apr\u00e8s une r\u00e9sistance bien passive\u00a0: \u00ab\u00a0Trochu\u00a0: participe pass\u00e9 du verbe trop choir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bismarck qui n\u2019est pas en peine<br>D\u2019affamer les Parisiens<br>Nous demande la Lorraine,<br>L\u2019Alsace et les Alsaciens.<br>La honte pour nos soldats,<br>Des milliards \u00e0 son service.<br><em>Refrain\u00a0<\/em>: Ah\u00a0! zut \u00e0 ton armistice,<br>Bismarck, nous n\u2019en voulons pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2354\" class=\"cit-num\">2354<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">LECLERCQ<\/span> (1820-1881),<em> L\u2019Armistice<\/em> (1870), chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers et Favre ont c\u00e9d\u00e9 au chancelier allemand. Mais le peuple r\u00e9siste, si bien que les Prussiens n\u2019entreront dans Paris qu\u2019un mois apr\u00e8s la capitulation de la capitale, sign\u00e9e avec l\u2019armistice, le 28\u00a0janvier\u00a01871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris suinte la mis\u00e8re,<br>Les heureux m\u00eame sont tremblants,<br>La mode est au conseil de guerre<br>Et les pav\u00e9s sont tout sanglants.<br><em>Refrain\u00a0<\/em>: Oui, mais\u00a0! \u00e7a branle dans le manche,<br>Les mauvais jours finiront,<br>Et gare \u00e0 la revanche<br>Quand tous les pauvres s\u2019y mettront.\u00a0\u00bb<span id=\"2377\" class=\"cit-num\">2377<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">CL\u00c9MENT<\/span> (1836-1909), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> (1821-1870), musique (prise au <em>Chant des paysans<\/em>),<em> La Semaine sanglante<\/em>, chanson.<em> La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant d\u00e9di\u00e9 aux fusill\u00e9s de 1871. L\u2019auteur du <em>Temps des cerises<\/em> est devenu r\u00e9publicain en 1868 et s\u2019est lanc\u00e9 dans le journalisme d\u2019opposition \u2013 collaborant au Cri du peuple de Jules Vall\u00e8s.<\/p>\n<p>Membre de la Commune, il participe aux combats de la Semaine sanglante, \u00e9chappe aux Versaillais\u2026 De sa cachette, quai de la Gare, il \u00e9crit ce chant vengeur qui dit les horreurs de la r\u00e9pression\u00a0: \u00ab\u00a0On traque, on encha\u00eene, on fusille\u00a0\/ Tout ce qu\u2019on ramasse au hasard\u00a0\/ La m\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa fille\u00a0\/ L\u2019enfant dans les bras du vieillard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand nous chanterons le temps des cerises<br>Et gais rossignols et merles moqueurs<br>Seront tous en f\u00eate<br>Les belles auront la folie en t\u00eate<br>Et les amoureux du soleil au c\u0153ur<br>Quand nous chanterons le temps des cerises<br>Sifflera bien mieux le merle moqueur\u2026\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">CLEMENT<\/span> (1836-1909), parolier et Antoine <span class=\"caps\">RENARD<\/span> (1825-1872), compositeur, <em>Le Temps des cerises<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=yRbnlJuLFAs\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Le Temps des cerises<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Symbole de la Commune ou simple chanson d\u2019amour\u00a0? Elle fut \u00e9crite \u00e0 la fin du Second Empire par Cl\u00e9ment,\u00a0 amoureux en peine et po\u00e8te aux m\u00e9taphores \u00e9tranges\u00a0: \u00ab\u00a0Mais il est bien court, le temps des cerises \/ O\u00f9 l\u2019on s\u2019en va \u00e0 deux cueillir en r\u00eavant \/ D\u00e9bordant de r\u00eaves \/ Cerises d\u2019amour aux robes pareilles \/ Tombant sur la faille \/ En gouttes de sang \/ Mais il est bien court le temps des cerises \/ Pendant de corail \/ Qu\u2019on cueille en r\u00eavant \/ J\u2019aimerai toujours le temps des cerises \/ C\u2019est de ce temps-l\u00e0 que je garde encore \/ Une plaie ouverte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette chanson du patrimoine national garde une part de myst\u00e8re, indissolublement li\u00e9e au souvenir sanglant de la Commune et \u00e0 ses combattants dont l\u2019auteur fait partie. En 1882, chansonnier toujours militant r\u00e9publicain, il la d\u00e9die \u00e0 Louise, ambulanci\u00e8re morte pendant la Semaine sanglante. Elle devient un hymne \u00e0 la r\u00e9sistance, chanson engag\u00e9e reprise par divers artistes, dont Yves Montand en 1955.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0!<br>Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2382\" class=\"cit-num\">2382<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles de <em>L\u2019Internationale<\/em>, chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Eug\u00e8ne Pottier, comme Jean-Baptiste Cl\u00e9ment, se cache dans Paris livr\u00e9 aux Versaillais. Membre \u00e9lu de la Commune et maire du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0arrondissement, alors que tout espoir semble perdu, il dit, il \u00e9crit en ce mois de juin\u00a01871 sa foi in\u00e9branlable en la \u00ab\u00a0lutte finale\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase [\u2026] Le monde va changer de base.\u00a0\u00bb Le texte ne sera publi\u00e9 et mis en musique (par Pierre Degeyter) que plus tard. Nous allons le retrouver en 1899.<\/p>\n<p><strong>2\/ La R\u00e9publique s\u2019installe malgr\u00e9 les crises.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Y\u2019en a qui s\u2019plaisent \u00e0 contredire,<br>Qui n\u2019aiment rien et qui s\u2019plaignent de tout\u00a0:<br>Royaut\u00e9, R\u00e9publique, Empire,<br>On n\u2019peut jamais faire \u00e0 leur go\u00fbt.<br>Quoiqu\u2019on fasse, quoiqu\u2019on \u00e9crive,<br>Moi j\u2019n\u2019y mets pas d\u2019acharnement,<br>Mais toujours et quoi qu\u2019il arrive [\u2026]<br>J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement.\u00a0\u00bb<span id=\"2398\" class=\"cit-num\">2398<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRUANT<\/span> (1851-1925)<em>, J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement,<\/em> chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parolier populaire et un brin \u00ab\u00a0anar\u00a0\u00bb, il donne un reflet de la r\u00e9alit\u00e9 sociale \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Les oppositions s\u2019expriment plus librement que jadis, mais la majorit\u00e9 du pays va s\u2019habituer \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019insurg\u00e9, son vrai nom c\u2019est l\u2019homme\u00a0!<br>Qui n\u2019est plus la b\u00eate de somme,<br>Qui n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 la raison<br>Et qui marche avec confiance<br>Car le soleil de la science<br>Se l\u00e8ve rouge \u00e0 l\u2019horizon.\u00a0\u00bb<span id=\"2407\" class=\"cit-num\">2407<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Insurg\u00e9<\/em> (1884), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et r\u00e9volutionnaire, chansonnier socialiste le plus important (et sinc\u00e8re) du si\u00e8cle, Pottier a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit son <em>Internationale<\/em>. Membre de la Commune, r\u00e9fugi\u00e9 aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s la Semaine sanglante, il rentre de son exil apr\u00e8s la loi d\u2019amnistie et <em>l\u2019Insurg\u00e9<\/em> \u00ab\u00a0\u00e0 Blanqui et aux Communards\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Devant toi, mis\u00e8re sauvage,\u00a0\/ Devant toi, pesant esclavage,\u00a0\/ L\u2019insurg\u00e9 se dresse\u00a0\/ Le fusil charg\u00e9.\u00a0\/ On peut le voir en barricades\u00a0\/ Descendr\u2019 avec les camarades,\u00a0\/ Riant, blaguant, risquant sa peau\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nombre de chansons communistes voient le jour dans les ann\u00e9es 1880\u00a0: lutte des classes, guerre sociale contre les patrons, appel \u00e0 la r\u00e9volte arm\u00e9e des ouvriers, mineurs, paysans. L\u2019agitation sociale conna\u00eetra une nouvelle flamb\u00e9e avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ni l\u2019\u00c9tat, ni les patrons, ni les syndicats fran\u00e7ais de cette \u00e9poque ne sont aptes \u00e0 r\u00e9soudre les conflits sociaux n\u00e9s du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et du capitalisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sauvez Rome et la France<br>Au nom du Sacr\u00e9-C\u0153ur\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2431\" class=\"cit-num\">2431<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chant de ralliement des p\u00e8lerins monarchistes \u00e0 Notre-Dame de Chartres et \u00e0 Paray-le-Monial, les 27 et 28\u00a0mai 1873. <em>Annales de l\u2019\u00c9cole libre des sciences politiques<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1891), \u00c9cole libre des sciences politiques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une cinquantaine de d\u00e9put\u00e9s, cierge \u00e0 la main, marchent en t\u00eate des 20\u00a0000 p\u00e8lerins\u00a0: \u00ab\u00a0Ce fut le cri de ralliement, le chant de guerre de l\u2019ultramontanisme, une sorte de <em>Marseillaise<\/em> catholique. Nous touchons ici au point culminant du mouvement d\u2019enthousiasme que nous avons vu se dessiner dans l\u2019\u00c9glise de France en faveur du pape et des id\u00e9es romaines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>P\u00e8lerinages, processions, manifestations cl\u00e9ricales vont moins soutenir que compromettre le minist\u00e8re. Le duc de Broglie lui-m\u00eame parle de \u00ab\u00a0bizarreries cl\u00e9ricales\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0regrettables ostentations\u00a0\u00bb. Renan, Taine, Flaubert l\u2019accusent d\u2019\u00ab\u00a0obscurantisme\u00a0\u00bb, et Gambetta aura beau jeu de crier bient\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Le cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce gazon que le soleil dore<br>Quand mai sort des bois r\u00e9veill\u00e9s,<br>Ce mur que l\u2019Histoire d\u00e9core<br>Qui saigne encore,<br>C\u2019est le tombeau des fusill\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"2435\" class=\"cit-num\">2435<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JOUY<\/span> (1855-1887),<em> Le Tombeau des fusill\u00e9s<\/em>, chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce chant d\u2019un po\u00e8te montmartrois r\u00e9sonne comme une menace\u00a0: que le bon bourgeois tremble, car le peuple tout entier s\u2019assemble et pleure ceux qu\u2019on croit oublier.<\/p>\n<p>Mais jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, toute apologie de la Commune reste interdite. Devant le mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise, la c\u00e9r\u00e9monie du 28\u00a0mai, dernier jour de la Semaine sanglante, deviendra ensuite tradition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Premier magistrat du pays,<br>L\u2019honneur me met, je vous l\u2019atteste,<br>Au-dessus de tous les partis.<br>Aussi, Messieurs, j\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb<span id=\"2439\" class=\"cit-num\">2439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">AVENEL<\/span> (1823-1902),<em> J\u2019y suis, j\u2019y reste<\/em> (1873), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux mar\u00e9chal, pourtant royaliste, a compris que la restauration est chose impossible avec ce \u00ab\u00a0Henri V\u00a0\u00bb qui serait funeste \u00e0 la France\u00a0: \u00ab\u00a0La Chambre \u00e0 mon honn\u00eatet\u00e9\u00a0\/ A confi\u00e9 la R\u00e9publique\u00a0\/ Je dois garder sa libert\u00e9\u00a0\/ Et prot\u00e9ger sa politique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 20\u00a0novembre 1873, la loi du septennat lui garde son poste pour sept ans encore \u2013 entre-temps, le vieux comte de Chambord ne sera peut-\u00eatre plus de ce monde, et le comte de Paris aura ses chances. Mais l\u2019histoire d\u00e9joue ce genre de calculs politiques\u00a0: la France, sous le r\u00e9gime provisoire qui dure, va devenir de plus en plus r\u00e9publicaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Va, passe ton chemin, ma mamelle est fran\u00e7aise,<br>N\u2019entre pas sous mon toit, emporte ton enfant,<br>Mes gar\u00e7ons chanteront plus tard La Marseillaise,<br>Je ne vends pas mon lait au fils d\u2019un Allemand.\u00a0\u00bb<span id=\"2413\" class=\"cit-num\">2413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">VILLEMER<\/span> (1840-1892), paroles, et Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899), musique,<em> Le Fils de l\u2019Allemand<\/em>, chanson. <em>Les Chansons d\u2019Alsace-Lorraine<\/em> (1885), Gaston Villemer et Lucien Delormel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Vrais fr\u00e8res siamois de la litt\u00e9rature des beuglants\u00a0\u00bb, ce couple auteur-compositeur exploite syst\u00e9matiquement la veine patriotique et revancharde \u2013 apr\u00e8s la mort de son confr\u00e8re, Delormel fera \u00e9quipe avec Garnier, mais dans un autre style\u00a0: le music-hall et la vedette Paulus.<\/p>\n<p>Les refrains patriotico-sentimentaux se multiplient apr\u00e8s la guerre et l\u2019amputation du territoire. Toute une litt\u00e9rature et une imagerie populaires se d\u00e9veloppent naturellement, sur ce th\u00e8me douloureux qui va hanter la R\u00e9publique jusqu\u2019\u00e0 la guerre mondiale et la revanche contre l\u2019Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La patrouille allemande passe,<br>Baissez la voix, mes chers petits,<br>Parler fran\u00e7ais n\u2019est plus permis<br>Aux petits enfants de l\u2019Alsace.\u00a0\u00bb<span id=\"2420\" class=\"cit-num\">2420<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">VILLEMER<\/span> (1840-1892), paroles, et Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899), musique, <em>Le Ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole alsacien<\/em>, chanson. <em>Les Chansons d\u2019Alsace-Lorraine<\/em> (1885), Gaston Villemer et Lucien Delormel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve les deux confr\u00e8res et comp\u00e8res du chant patriotique, cependant que s\u2019impose dans l\u2019imagerie populaire ce personnage \u00e9mouvant du ma\u00eetre alsacien donnant sa derni\u00e8re le\u00e7on de fran\u00e7ais. Le dessinateur Hansi (1873-1951), n\u00e9 et mort \u00e0 Colmar, fera carri\u00e8re en exploitant le m\u00eame sentiment, d\u2019une mani\u00e8re beaucoup plus sinc\u00e8re et avec un vrai talent d\u2019artiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En passant par la Lorraine, \/ Avec mes sabots,<br>En passant par la Lorraine, \/ Avec mes sabots,<br>Rencontrai trois capitaines, \/ Avec mes sabots,<br>Dondaine, oh\u00a0! Oh\u00a0! Oh\u00a0! \/ Avec mes sabots\u2026\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>En passant par la Lorraine<\/em>, chanson du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, nouvelle version en 1885<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CotZfnKGWHM\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>En passant par la Lorraine<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>La R\u00e9publique a besoin d\u2019un r\u00e9pertoire bien fran\u00e7ais pour ses \u00e9coles qui lui permettent aussi de pr\u00e9parer ses enfants \u00e0 la guerre. Selon les historiens de la chanson, cette \u00e9vocation de la Lorraine serait originaire\u2026 de Bretagne, au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, mise en musique par Roland de Lassus. Remani\u00e9e en 1885 avec une connotation patriotique, cette marche au rythme lancinant reste au r\u00e9pertoire des chansons populaires pour enfants\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rencontrai trois capitaines, \/ Avec mes sabots, \/ Rencontrai trois capitaines, \/ Avec mes sabots,<br>Ils m\u2019ont appel\u00e9e\u00a0: Vilaine\u00a0! \/ Avec mes sabots, \/ Dondaine, oh\u00a0! Oh\u00a0! Oh\u00a0! \/ Avec mes sabots.<br>Je ne suis pas si vilaine, \/ Avec mes sabots \/ Puisque le fils du roi m\u2019aime, \/ Avec mes sabots\u2026<br>Il m\u2019a donn\u00e9 pour \u00e9trenne, \/ Avec mes sabots \/ Un bouquet de marjolaine, \/ Avec mes sabots\u2026<br>Je l\u2019ai plant\u00e9 sur la plaine, Avec mes sabots\u2026\/ S\u2019il fleurit, je serai reine, \/ Avec mes sabots\u2026<br>S\u2019il y meurt, je perds ma peine, \/ Avec mes sabots, \/ Dondaine, Oh\u00a0! Oh\u00a0! Oh\u00a0! \/ Avec mes sabots.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout la joie est g\u00e9n\u00e9rale<br>Depuis qu\u2019en vertu d\u2019un d\u00e9cret<br>Notre f\u00eate nationale<br>Doit avoir lieu l\u2019quatorze juillet\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2463\" class=\"cit-num\">2463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRUANT<\/span> (1851-1925), <em>J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement<\/em> (1879), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un couplet de la chanson de Bruant c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9v\u00e9nement et chante le consensus du pays\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je vois pour f\u00eater la France\u00a0\/ Choisir la date d\u2019un \u00e9v\u00e9nement\u00a0\/ Qui lui rappelle sa d\u00e9livrance\u00a0\/ J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>La Marseillaise<\/em> est proclam\u00e9e hymne national en m\u00eame temps que le 14\u00a0juillet devient f\u00eate nationale \u2013 mais l\u2019on discute encore pour savoir si l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre 1789 ou 1790, la prise de la Bastille ou la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Plus qu\u2019un d\u00e9tail, il s\u2019agit du sens donn\u00e9 \u00e0 notre R\u00e9volution\u00a0!<\/p>\n<p>La loi est promulgu\u00e9e le 6 juillet 1880. C\u2019est le premier vote des Chambres revenues de Versailles \u00e0 Paris. Huit ans apr\u00e8s la Commune, Paris redevient capitale de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gais et contents \/ Nous marchions triomphants<br>En allant \u00e0 Longchamp \/ Le c\u0153ur \u00e0 l\u2019aise,<br>Sans h\u00e9siter, \/ Car nous allions f\u00eater,<br>Voir et complimenter \/ L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<span id=\"2482\" class=\"cit-num\">2482<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899) et L\u00e9on <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1857-1905), paroles, et Louis-C\u00e9sar <span class=\"caps\">D\u00c9SORMES<\/span> (1840-1898), musique, <em>En r\u2019venant d\u2019la r\u2019vue<\/em> (1886), chanson. <em>Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XtkAwWCWKM0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>En r\u2019venant d\u2019la r\u2019vue<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Le nouveau couple auteur-compositeur \u00e0 la mode \u00e9crit pour Paulus cette chanson, cr\u00e9\u00e9e le 14\u00a0juillet\u00a01886 \u00e0 l\u2019Alcazar, l\u2019un des grands music-halls parisiens. \u00ab\u00a0Marseillaise des mitrons et des calicots\u00a0\u00bb, dit Anatole France, mais surtout \u00ab\u00a0hymne boulangiste\u00a0\u00bb et immense succ\u00e8s cocardier pour le \u00ab\u00a0brave g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb acclam\u00e9 \u00e0 Longchamp, barbe blonde et fi\u00e8re allure, rendant encore plus terne et vieillot le cort\u00e8ge du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique octog\u00e9naire, Jules Gr\u00e9vy, us\u00e9 politiquement.<\/p>\n<p>Paul D\u00e9roul\u00e8de, propagandiste num\u00e9ro un de Boulanger, lui invente le surnom de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ral Revanche\u00a0\u00bb et affirme qu\u2019il est \u00ab\u00a0le seul ministre qui fasse peur \u00e0 l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb. La droite va exploiter Boulanger qui se pr\u00e9tend pourtant g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00ab\u00a0extr\u00eame gauche\u00a0\u00bb. Le boulangisme sera la r\u00e9union de tous les contraires et le lieu de bien des paradoxes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il reviendra quand le tambour battra,<br>Quand l\u2019\u00e9tranger m\u2019na\u00e7\u2019ra notre fronti\u00e8re<br>Il reviendra et chacun le suivra<br>Pour cort\u00e8ge il aura la France enti\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2485\" class=\"cit-num\">2485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Refrain populaire en l\u2019honneur du g\u00e9n\u00e9ral Revanche<\/em> (1887), chanson.\u00a0 <em>Le G\u00e9n\u00e9ral Boulanger jug\u00e9 par ses partisans et ses adversaires<\/em> (1888), Georges Grison<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>8\u00a0juillet 1887, la foule se masse \u00e0 la gare de Lyon pour emp\u00eacher le d\u00e9part de son idole. La popularit\u00e9 de Boulanger est vraiment trop g\u00eanante pour les (r\u00e9publicains) opportunistes qui ont par ailleurs jaug\u00e9 le personnage, irresponsable et bien l\u00e9ger. En mai\u00a01887, il perd son portefeuille sous le nouveau minist\u00e8re Rouvier. Le voil\u00e0 exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 Clermont-Ferrand, pour commander le 13e corps d\u2019arm\u00e9e. Mais le voil\u00e0 aussi \u00e9ligible. Quand survient une nouvelle crise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre [\u2026]<br>Avec lui, j\u2019en ai vu de grises,<br>Fallait qu\u2019j\u2019emploie \u00e0 chaque instant<br>Mon nom, mon cr\u00e9dit, mon argent<br>\u00c0 r\u00e9parer toutes ses sottises.\u00a0\u00bb<span id=\"2487\" class=\"cit-num\">2487<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">CARR\u00c9<\/span> (1829-1892), <em>Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre<\/em> (1887), chanson. <em>Jules Gr\u00e9vy, ou la R\u00e9publique debout <\/em>(1991), Pierre Jeambrun<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi fait-on chanter le vieux pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Jules Gr\u00e9vy\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019suis un honn\u00eate p\u00e8re de famille\u00a0\/ Ma seule passion, c\u2019est l\u2019jeu de billard\u00a0\/ Un blond barbu, joli gaillard\u00a0\/ Une fois m\u2019demande la main d\u2019ma fille [\u2026]\u00a0\/ Y sont mari\u00e9s, mais c\u2019que j\u2019m\u2019en repens\u00a0!\u00a0\/ Ah\u00a0! quel malheur d\u2019avoir un gendre\u00a0!\u00a0\u00bb Son gendre, Daniel Wilson, est accus\u00e9 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e un \u00ab\u00a0minist\u00e8re des Recommandations et D\u00e9marches\u00a0\u00bb. Bien entendu, il fait payer ses services. Ce trafic des d\u00e9corations, d\u00e9couvert en septembre\u00a01887, porte notamment sur la L\u00e9gion d\u2019honneur. Le r\u00e9gime est gravement \u00e9branl\u00e9 par la s\u00e9rie des affaires, autrement dit scandales qui multiplient les crises politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous regretterez le beau temps des crises<br>Quand, pauvres sans pain et riches gav\u00e9s<br>Nous serons aux prises\u00a0! [\u2026]<br>Profitez-en bien du beau temps des crises<br>O\u00f9 le peuple je\u00fbne et pense en r\u00eavant<br>Aux terres promises\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2488\" class=\"cit-num\">2488<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JOUY<\/span> (1855-1887),<em> Le Temps des crises<\/em> (1886), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant\u00e9 sur l\u2019air du<em> Temps des cerises.<\/em> L\u2019instabilit\u00e9 des gouvernements est devenue un jeu politique qui lasse l\u2019opinion publique, mais aussi une tactique encourag\u00e9e par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jules Gr\u00e9vy\u2026 jusqu\u2019\u00e0 sa chute provoqu\u00e9e par la crise qui l\u2019atteint personnellement. Le temps des crises parlementaires va de pair avec celui des sales affaires et le personnel politique est gravement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9. Le \u00ab\u00a0boulangisme\u00a0\u00bb, forme de populisme n\u00e9\u00a0 cette \u00e9poque, en est la cons\u00e9quence directe. Il faut bien que le peuple se raccroche \u00e0 un personnage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlez-nous de lui, grand-m\u00e8re,<br>Grand-m\u00e8re, parlez-nous de lui\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2500\" class=\"cit-num\">2500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mac-Nab (1856-1889), <em>Les Souvenirs du populo<\/em>, chanson. <em>Chansons du chat noir<\/em> (1890), Camille Baron, Maurice Mac-Nab<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parodie de la c\u00e9l\u00e8bre chanson de B\u00e9ranger, comme si Bonaparte et Boulanger \u00e9taient \u00e9galement sensibles au c\u0153ur du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Devant la photographie\u00a0\/ D\u2019un militaire \u00e0 cheval\u00a0\/ En habit de g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\/ Songeait une femme attendrie.\u00a0\/ Ses quatre petits-enfants\u00a0\/ Disaient \u00ab\u00a0Quel est donc cet homme\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0\/ \u00ab\u00a0Mes fils, ce fut dans le temps\u00a0\/ Un brave g\u00e9n\u00e9ral comme\u00a0\/ On n\u2019en voit plus aujourd\u2019hui\u00a0\/ Son image m\u2019est bien ch\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne Boulanger aura dur\u00e9 trois ans. Le nationalisme revanchard va lui survivre dans les milieux de droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a les magistrats vendus, \/ Il y a les financiers ventrus,<br>Il y a les argousins, \/ Mais pour tous ces coquins,<br>Il y a d\u2019la dynamite, \/ Vive le son, vive le son,<br>Il y a d\u2019la dynamite\u00a0! \/ Dansons la ravachole\u00a0! \/ Vive le son d\u2019l\u2019explosion.\u00a0\u00bb<span id=\"2504\" class=\"cit-num\">2504<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">S\u00e9bastien <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1858-1942), <em>La Ravachole<\/em>, version anarchiste de <em>La Carmagnole<\/em> (1892), chanson. <em>Ravachol et les anarchistes<\/em> (1992), Jean Maitron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=zqxNURCNzPw\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>La Ravachole<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>S\u00e9bastien Faure a un long parcours militant\u00a0: ex-s\u00e9minariste, ex-marxiste, il devient anarchiste \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1880, libertaire avec Louise Michel, dreyfusard au moment de l\u2019Affaire, avant de s\u2019afficher pacifiste et antimilitariste au si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<p>L\u2019anarchie va occuper la vie publique un quart de si\u00e8cle\u00a0: avec ses chansons, sa presse, ses h\u00e9ros et ses criminels, ses attentats, ses victimes \u2013 jusqu\u2019au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en personne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un geste cynique<br>Il pr\u00e9pare son poignard,<br>Puis il frappe sans retard<br>Le chef de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<span id=\"2512\" class=\"cit-num\">2512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9o <span class=\"caps\">LELI\u00c8VRE<\/span> (1872-1956), <em>Le Crime de Lyon<\/em>, chanson.<em> Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par le chansonnier qui relate l\u2019assassinat de Sadi Carnot. Le 24\u00a0juin, visitant l\u2019Exposition de Lyon, le pr\u00e9sident est poignard\u00e9 par Caserio, un illumin\u00e9, jeune anarchiste italien.<\/p>\n<p>Casimir-Perier remplace Carnot \u00e0 la pr\u00e9sidence. Il va faire adopter la troisi\u00e8me loi sc\u00e9l\u00e9rate, vot\u00e9e le 28\u00a0juillet, interdisant tout type de propagande anarchiste. La r\u00e9pression et m\u00eame la pr\u00e9vention vont \u00eatre impitoyables, et l\u2019action directe est remplac\u00e9e par l\u2019action syndicale. Les anarchistes dominaient les premiers syndicats, autoris\u00e9s depuis 1884 et d\u2019autant plus violents que leurs effectifs sont modestes \u2013 les rares grands syndicats (cheminots, ouvriers du livre) sont plus mod\u00e9r\u00e9s. Les derniers anarchistes c\u00e9l\u00e8bres en France seront ceux de la bande \u00e0 Bonnot\u00a0: 20 accus\u00e9s, 4 condamn\u00e9s \u00e0 mort, ex\u00e9cut\u00e9s en 1912.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Alors tendant ses longs bras roux<br>Bichonn\u00e9e, ayant fait peau neuve,<br>Elle attend son nouvel \u00e9poux,<br>La Veuve.\u00a0\u00bb<span id=\"2513\" class=\"cit-num\">2513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JOUY<\/span> (1855-1887),<em> La Veuve<\/em> (1887) \u2013 nom de la guillotine, en argot, chanson.<em> Les Chansons de l\u2019ann\u00e9e<\/em> (1888), Jules Jouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur finira dans un asile, en camisole de force, hant\u00e9 par le spectacle (public) des ex\u00e9cutions capitales. Damia cr\u00e9e la chanson (mise en musique par Pierre Larrieu) en 1928\u00a0: \u00ab\u00a0Voici venir son pr\u00e9tendu\u00a0\/ Sous le porche de la Roquette\u00a0\/ Appelant le m\u00e2le attendu\u00a0\/ La Veuve, \u00e0 lui, s\u2019offre coquette.\u00a0\/ Pendant que la foule autour d\u2019eux\u00a0\/ Regarde, frissonnante et p\u00e2le\u00a0\/ Dans un accouplement hideux\u00a0\/ L\u2019homme crache son dernier r\u00e2le.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un d\u00e9cret de 1871 a supprim\u00e9 les ex\u00e9cuteurs de province. Il ne reste plus qu\u2019un \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la dynastie des Sanson (six g\u00e9n\u00e9rations) vint celle des Deibler. Louis Deibler cesse d\u2019exercer \u00e0 79\u00a0ans et meurt en 1904. Il ex\u00e9cuta plus de 1\u00a0000 condamn\u00e9s en une trentaine d\u2019ann\u00e9es. L\u2019ex\u00e9cution cesse d\u2019\u00eatre publique en 1939. La peine de mort sera abolie en 1981.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\ufffd\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0!<br>Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0\u2026<br>C\u2019est la lutte finale\u00a0;<br>Groupons-nous et demain<br>L\u2019Internationale<br>Sera le genre humain.\u00a0\u00bb<span id=\"2527\" class=\"cit-num\">2527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em> (refrain), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=dMheOaz2VK0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>L\u2019Internationale<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Le chant \u00e9crit par Pottier durant la Commune, mis en musique en 1888 par un ouvrier tourneur Pierre Degeyter, chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Congr\u00e8s de Lille du Parti ouvrier en 1896, devient l\u2019hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais en 1899. C\u2019est un immense succ\u00e8s dans les classes populaires sensibles \u00e0 ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase\u00a0\/ Foule esclave, debout\u00a0! debout\u00a0!\u00a0\/ Le monde va changer de base\u00a0\/ Nous ne sommes rien, soyons tout\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>1899, ce n\u2019est pas la r\u00e9volution souhait\u00e9e, mais un progr\u00e8s pour la gauche\u00a0: elle arrive au pouvoir avec les radicaux. Elle va y rester au prix de diverses alliances, jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons Combes, chasseur de nonnes,<br>\u00c0 ton cor, mets vite un bouchon [\u2026]<br>Tu mets sous scell\u00e9s les nonettes,<br>T\u2019y mettras pas la religion.\u00a0\u00bb<span id=\"2541\" class=\"cit-num\">2541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antonin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1845-1915), <em>Le Chasseur de nonnes<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On cible le \u00ab\u00a0petit p\u00e8re Combes\u00a0\u00bb\u00a0: ancien s\u00e9minariste devenu franc-ma\u00e7on, militant provincial, esprit petit-bourgeois radical et born\u00e9, conservateur et anticl\u00e9rical, il est pr\u00e9sident du Conseil de juin\u00a01902 \u00e0 janvier\u00a01905. Il va lasser sa propre majorit\u00e9, irriter le pape et, plus grave, r\u00e9volter une partie du pays, en faisant fermer des milliers d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9coles libres\u00a0\u00bb et en dispersant quelque 18\u00a0000 religieux de congr\u00e9gations.<\/p>\n<p>La chanson refl\u00e8te l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019opinion publique qui veut simplement \u00ab\u00a0la libert\u00e9 pour tout le monde\u00a0\u00bb. L\u2019imbroglio de la question religieuse, qui dure depuis 1880, aboutira enfin le 9\u00a0d\u00e9cembre 1905 (sous le nouveau minist\u00e8re de Rouvier) \u00e0 la loi sur la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, rapport\u00e9e par Aristide Briand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019abord faut pus d\u2019gouvernement,<br>Pis faut pus non pus d\u2019R\u00e9publique,<br>Pus d\u2019S\u00e9nat et pus d\u2019Parlement [\u2026]<br>Pus d\u2019lois, pus d\u2019arm\u00e9es, pus d\u2019\u00e9glise,<br>Faut pus d\u2019tout \u00e7a, faut pus rien\u00a0!<br>Alors c\u2019est nous qui s\u2019ra les ma\u00eetres<br>C\u2019est nous qui f\u2019ra c\u2019que nous voudrons,<br>Y\u2019aura pus d\u2019chefs, pus d\u2019contrema\u00eetres,<br>Pus d\u2019directeurs et pus d\u2019patrons.\u00a0\u00bb<span id=\"2546\" class=\"cit-num\">2546<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRUANT<\/span> (1851-1925), <em>Plus d\u2019patrons<\/em>, chanson. <em>L\u2019Argot au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1901), Aristide Bruant, L\u00e9on de Bercy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le reflet d\u2019un certain climat social \u00e0 partir de 1905\u00a0: effervescence ouvri\u00e8re et hostilit\u00e9 confuse \u00e0 tout pouvoir. L\u2019anarchisme r\u00e9volutionnaire fait la loi dans les syndicats, autrement dit le d\u00e9sordre dans le pays. S\u2019il pose les vraies questions \u2013 la condition ouvri\u00e8re \u2013 il ne permet aucune solution.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 la r\u00e9action de Clemenceau, \u00e0 la t\u00eate du gouvernement. Devenu le \u00ab\u00a0premier flic de France\u00a0\u00bb, confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale d\u00e8s 1906\u00a0(mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc.), il doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, le \u00ab\u00a0Briseur de gr\u00e8ves\u00a0\u00bb d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique et on aura \u00e0 d\u00e9plorer quelques morts chez les manifestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Salut, salut \u00e0 vous, \u00a0<br>Braves soldats du dix-septi\u00e8me [\u2026]<br>Vous auriez, en tirant sur nous, <br>Assassin\u00e9 la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2549\" class=\"cit-num\">2549<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONT\u00c9HUS<\/span> (1872-1952), <em>Gloire au dix-septi\u00e8me<\/em>, chanson. <em>La R\u00e9publique nous appelle<\/em> (1965), Gaston Bonheur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=jh0blLPg3z0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Gloire au dix-septi\u00e8me<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Ce refrain c\u00e9l\u00e8bre un fait divers social. 1907, ann\u00e9e de crise dans le Midi viticole. Le 18\u00a0juin, le 17e r\u00e9giment d\u2019infanterie de B\u00e9ziers, d\u00e9plac\u00e9 \u00e0 Agde, se mutine pour ne pas tirer sur une manifestation de vignerons. La plupart des fantassins sont natifs de la r\u00e9gion\u00a0: \u00ab\u00a0On ne doit pas tuer ses p\u00e8re et m\u00e8re, pour les grands qui sont au pouvoir.\u00a0\u00bb Cette mutinerie est rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre. Bien post\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, cet hymne est devenu un classique de la chanson antimilitariste fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive les camelots du roi, ma m\u00e8re\u00a0!<br>Vive les camelots du roi.<br>Ce sont des gens qui s\u2019foutent des lois,<br>Vive les camelots du roi\u00a0!<br><em>Refrain\u00a0<\/em>:\u00a0 Et vive le roi, \u00e0 bas la r\u00e9publique\u00a0!<br>Et vive le roi, la gueuse, on la pendra\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2552\" class=\"cit-num\">2552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime <span class=\"caps\">BRIENNE<\/span> (1886-1926), paroles et Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">BUXEUIL<\/span> (1867-1959), musique, <em>Chanson des camelots du roi<\/em>. <em>Les Hommes de bonne volont\u00e9<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (1973), Jules Romains<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=enZxCKmY6M4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez la <em>Chanson des camelots du roi<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>La droite monarchiste a son grand homme, Charles Maurras. \u00ab\u00a0Les Camelots du Roi\u00a0\u00bb (f\u00e9d\u00e9ration nationale) cr\u00e9\u00e9s en novembre\u00a01908, se recrutent \u00e0 l\u2019origine parmi ses disciples \u00e9tudiants pour vendre son journal <em>L\u2019Action Fran\u00e7aise<\/em>. Ils deviendront de v\u00e9ritables commandos royalistes d\u00e9fendant le \u00ab\u00a0nationalisme int\u00e9gral\u00a0\u00bb qui participe du renouveau nationaliste des ann\u00e9es 1905-1914. Le mouvement, tr\u00e8s minoritaire, sans vraie influence \u00e9lectorale, touche les milieux intellectuels et catholiques parisiens, o\u00f9 lib\u00e9ralisme et socialisme sont en perte de vitesse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase,<br>Foule esclave, debout\u00a0! debout\u00a0!<br>Le monde va changer de base\u00a0:<br>Nous ne sommes rien, soyons tout\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2558\" class=\"cit-num\">2558<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 sous la Commune, devenu hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais depuis 1899, ce chant est adopt\u00e9 par l\u2019ensemble des partis socialistes au lendemain du congr\u00e8s de la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0Internationale \u00e0 Stuttgart en 1910 et conna\u00eet alors un \u00e9norme succ\u00e8s populaire. Il sera bient\u00f4t hymne national sovi\u00e9tique, jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, et demeure aujourd\u2019hui encore le chant des partis socialistes et communistes\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la lutte finale\u00a0\/ Groupons-nous et demain\u00a0\/ L\u2019Internationale\u00a0\/ Sera le genre humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne croyez pas \u00e0 la bonn\u2019 R\u00e9publique<br>Si Poincar\u00e9 veut s\u2019mettre \u00e0 gouverner,<br>Il devra l\u2019l\u2019endemain quitter la boutique<br>Comm\u2019 Mac-Mahon et Casimir-P\u00e9rier.\u00a0\u00bb<span id=\"2563\" class=\"cit-num\">2563<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Vive Poincar\u00e9\u00a0!<\/em> chanson.\u00a0 <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson de l\u2019Action fran\u00e7aise\u00a0: le titre est naturellement ironique. M\u00eame si Poincar\u00e9, en mai\u00a01912, a \u00e9rig\u00e9 la f\u00eate de Jeanne d\u2019Arc en f\u00eate nationale et s\u2019est ralli\u00e9 d\u2019indispensables suffrages de droite, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019est pas engag\u00e9 pour Dreyfus au temps de l\u2019Affaire et vient de mener une politique de fermet\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne, ce n\u2019est pas encore assez pour l\u2019extr\u00eame droite qui se moque\u00a0: \u00ab\u00a0Qui donc parlait de renverser la gueuse\u00a0?\u00a0\/ Il n\u2019y a plus pour nous en s\u00e9parer\u00a0\/ Que tout\u2019 l\u2019\u00e9tendu\u2019 d\u2019la question religieuse\u00a0\/ Mais\u2026 vive Poincar\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis quelque temps, c\u2019est du d\u00e9lire\u00a0!<br>En Europe, il se fait un boucan\u00a0!<br>\u00c7a n\u2019est pas tr\u00e8s dr\u00f4le et je peux dire<br>Que nous dansons sur un volcan.\u00a0\u00bb<span id=\"2567\" class=\"cit-num\">2567<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">TOURTAL<\/span> (1862-1917), <em>Le Conflit europ\u00e9en<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Titre de chanson comme de journal\u00a0: actualit\u00e9 de plus en plus br\u00fblante, jusqu\u2019\u00e0 cet \u00e9t\u00e9 1914 o\u00f9 le conflit \u00e9clatera.<\/p>\n<p>Les sujets de discorde s\u2019accumulent, en Europe. La France pense toujours \u00e0 prendre sa revanche et \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019Alsace et la Lorraine. L\u2019Allemagne effraie ses voisins par son pangermanisme et ses ambitions coloniales \u00e0 la mesure de sa puissance industrielle et de son expansion d\u00e9mographique. La question balkanique oppose par ailleurs la Russie \u00e0 l\u2019Autriche-Hongrie. L\u2019attentat de Sarajevo \u2013 assassinat de l\u2019archiduc Fran\u00e7ois-Ferdinand d\u2019Autriche, le 28\u00a0juin 1914 \u2013 est l\u2019\u00e9tincelle qui mettra le feu \u00e0 la poudri\u00e8re europ\u00e9enne\u00a0: les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) et leurs alli\u00e9s contre l\u2019Entente (France et Angleterre) et ses alli\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Madelon vient nous servir \u00e0 boire <br>Sous la tonnelle on fr\u00f4le son jupon<br>Et chacun lui raconte une histoire<br>Une histoire \u00e0 sa fa\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BOUSQUET<\/span> (1870-1941), mis en musique de Camille <span class=\"caps\">ROBERT<\/span> (1872-1957), <em>Madelon<\/em> (la) ou <em>Quand Madelon<\/em>, chanson populaire command\u00e9e et cr\u00e9\u00e9 au caf\u00e9-concert par Bach (Charles-Joseph Pasquier), le 19 mars 1914<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=j1IVkkkzWjc\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Quand Madelon<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Lanc\u00e9 par Bach (vedette au caf\u00e9-concert de l\u2019Eldorado) quelques mois avant la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, ce portrait d\u2019une servante d\u2019auberge pas farouche finira par devenir la r\u00eaverie favorite d\u2019une arm\u00e9e en guerre\u00a0: \u00ab\u00a0La Madelon pour nous n\u2019est pas s\u00e9v\u00e8re \/ Quand on lui prend la taille ou le menton \/ Elle rit, c\u2019est tout le mal qu\u2019elle sait faire \/ Madelon, Madelon, Madelon\u00a0!\u00a0\u00bb La chanson qui a gagn\u00e9 la guerre, dira-t \u2019on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Demandez-vous belle jeunesse<br>Le temps de l\u2019ombre d\u2019un souvenir <br>Le temps du souffle d\u2019un soupir <br>Pourquoi ont-ils tue\u0301 Jaure\u0300s\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"2510\" class=\"cit-num\">2510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BREL<\/span> (1929-1978), auteur et compositeur. <em>Pourquoi ont-ils tue\u0301 Jaure\u0300s\u00a0?<\/em>\u00a0(1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=oOaV69tVaTY\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Pourquoi ont-ils tue\u0301 Jaure\u0300s\u00a0?<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Vibrant hommage au dirigeant socialiste, assassin\u00e9 le 31 juillet 1914, la veille de la d\u00e9claration de guerre \u00e0 l\u2019Allemagne. Dans cette chanson engag\u00e9e de son dernier album, Brel tient \u00e0 rappeler l\u2019image du combattant inlassable pour la justice sociale et la paix.<\/p>\n<p>Professeur de philosophie, journaliste et d\u00e9put\u00e9\u0301 r\u00e9publicain, il devient a\u0300 partir de 1892 le porte-parole des revendications ouvri\u00e8res, s\u2019engage dans la d\u00e9fense de Dreyfus et pour la participation des socialistes au gouvernement. Fondateur de <em><span class=\"caps\">L\u2019H<\/span>umanit\u00e9\u0301<\/em> (1904), leader du Parti Socialiste fran\u00e7ais, pacifiste militant, il s\u2019attire l\u2019hostilit\u00e9\u0301 des milieux nationalistes.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-133.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Premi\u00e8re Guerre mondiale\u00a0(1914-1918)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019un d\u2019nous est mort, et mort joyeux<br>En s\u2019\u00e9criant\u00a0: tout est au mieux\u00a0!<br>Voil\u00e0 ma tombe toute pr\u00e9par\u00e9e<br>Dans la tranch\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"2578\" class=\"cit-num\">2578<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9odore <span class=\"caps\">BOTREL<\/span> (1868-1925), <em>Rosalie<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la d\u00e9claration de guerre, le \u00ab\u00a0petit sergent de D\u00e9roul\u00e8de\u00a0\u00bb comme il se qualifie lui-m\u00eame part sur le front pour soutenir le moral des combattants. Voil\u00e0 le genre de refrain qu\u2019on y chante.<\/p>\n<p>Entre la br\u00e8ve guerre de mouvement des d\u00e9buts et la grande bataille de France \u00e0 la fin, la guerre de tranch\u00e9es, de fin 1914 \u00e0 d\u00e9but 1918, se r\u00e9v\u00e9lera longue et sanglante, toujours \u00e9puisante et souvent vaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pour notre ind\u00e9pendance<br>Que l\u2019on march\u2019 sans d\u00e9faillance,<br>Comme si c\u2019\u00e9tait le grand soir,<br>Que l\u2019on soit syndicaliste,<br>Anarcho ou socialiste,<br>Tout chacun fait son devoir.\u00a0\u00bb<span id=\"2582\" class=\"cit-num\">2582<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONT\u00c9HUS<\/span> (1872-1952), <em>Lettre d\u2019un socialo<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame les plus pacifistes, comme le chansonnier Mont\u00e9hus, ont perdu leurs illusions sur les socialistes allemands \u2013 avec qui Jean Jaur\u00e8s, jusqu\u2019aux derniers jours avant sa mort, tenta de conclure une entente pour faire \u00ab\u00a0la guerre \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est donc bien l\u2019unit\u00e9 nationale retrouv\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il sach\u2019 que dans la fournaise\u00a0\/ Nous chantons <em>La Marseillaise<\/em>\u00a0\/ Car dans ces terribles jours\u00a0\/ On laisse<em> L\u2019Internationale<\/em>\u00a0\/ Pour la victoire finale\u00a0\/ On la chantera au retour\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une chanson suffit au soldat fran\u00e7ais, pourvu qu\u2019elle ait des ailes.\u00a0\u00bb<span id=\"2583\" class=\"cit-num\">2583<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957), Lettre \u00e0 Mayol. <em>M\u00e9moires de Mayol<\/em> (1929), F\u00e9lix Mayol, Charles Cluny<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u00e9l\u00e8bre maire de Lyon, radical depuis l\u2019affaire Dreyfus, s\u00e9nateur en 1914, il rend hommage \u00e0 ce r\u00e9pertoire patriotique, de <em>Madelon<\/em> en <em>P\u00e8re la Victoire<\/em>. Il rend aussi hommage \u00e0 l\u2019artiste patriote, dans une lettre \u00e9mouvante\u00a0: \u00ab\u00a0Quel carnet de route vaudrait le v\u00f4tre, cher Monsieur Mayol\u00a0? Tout le long de votre chemin, vous mettez au c\u0153ur du soldat fran\u00e7ais cette ga\u00eet\u00e9, qui est la fleur charmante du courage. Une chanson suffit au soldat fran\u00e7ais, pourvu qu\u2019elle ait des ailes, et la chanson de notre temps, c\u2019est vous qui l\u2019avez le mieux exprim\u00e9e. Je savais tout votre talent, vous m\u2019avez fait conna\u00eetre la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de votre grand c\u0153ur et l\u2019ardeur de votre patriotisme\u2026 Merci\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais chanter le bois fameux \/ O\u00f9 chaque soir, dans l\u2019air brumeux,<br>Rode le Boche venimeux \/ \u00c0 l\u2019\u0153il de tra\u00eetre,<br>O\u00f9 nos poilus au c\u0153ur altier \/ Contre ce bandit de m\u00e9tier<br>Se sont battus sans l\u00e2cher pied \/ Au Bois le Pr\u00eatre.\u00a0\u00bb<span id=\"2592\" class=\"cit-num\">2592<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">BOYER<\/span> (1876-1942), <em>Au Bois le Pr\u00eatre<\/em> (1915), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Destin\u00e9e \u00e0 maintenir le moral des troupes, cette chanson \u00e9voque un \u00e9pisode de l\u2019interminable guerre de tranch\u00e9es. Le front s\u2019\u00e9tend de Craonne (dans l\u2019Aisne) \u00e0 l\u2019Argonne (aux confins des Ardennes, de la Meuse et de la Marne). La France est occup\u00e9e, en ses plus riches provinces, et c\u2019est elle qui doit reconqu\u00e9rir sa terre perdue. Le Bois le Pr\u00eatre est, avec les \u00c9parges, un des points de l\u2019Argonne t\u00e9moin des combats les plus acharn\u00e9s, en cette ann\u00e9e 1915. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la guerre nous irons\u00a0\/ Et nous nous agenouillerons\u00a0\/ Sur chaque croix, nous \u00e9crirons\u00a0\/ En grosses lettres\u00a0:\u00a0\/ Ci-g\u00eet un gars plein d\u2019avenir\u00a0\/ Qui sans un mot, sans un soupir\u00a0\/ Pour la France est tomb\u00e9 martyr\u00a0\/ Au Bois le Pr\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qu\u2019ont l\u2019pognon, ceux-l\u00e0 r\u2019viendront, \/ Car c\u2019est pour eux qu\u2019on cr\u00e8ve.<br>Mais c\u2019est fini, car les trouffions \/ Vont tous se mettre en gr\u00e8ve.<br>Ce s\u2019ra votre tour, messieurs les gros, \/ De monter sur l\u2019plateau,<br>Car si vous voulez la guerre, \/ Payez-la de votre peau\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2599\" class=\"cit-num\">2599<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chanson de Craonne<\/em>, printemps 1917.\u00a0<em> La Chanson en son temps\u00a0: de B\u00e9ranger au juke-box<\/em> (1969), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anonyme, interdite pour son antimilitarisme, elle dit les souffrances des soldats r\u00e9volt\u00e9s contre les attaques inutiles et meurtri\u00e8res lanc\u00e9es par des chefs comme Nivelle. Craonne, chef-lieu de canton de l\u2019Aisne o\u00f9 Napol\u00e9on vainquit Bl\u00fccher en mars\u00a01814, devient, un si\u00e8cle apr\u00e8s, la trag\u00e9die du Chemin des Dames\u00a0: 30\u00a0000 morts en deux semaines d\u2019avril\u00a01917. La \u00ab\u00a0gr\u00e8ve des attaques\u00a0\u00bb commence le 2\u00a0mai. La r\u00e9pression touche quelque 30\u00a0000 mutins ou manifestants, d\u2019o\u00f9 3\u00a0427 condamnations, dont 554 \u00e0 mort et 57 ex\u00e9cutions. P\u00e9tain a repris le commandement en chef \u00e0 Nivelle, limog\u00e9 le 15\u00a0mai. Fin des offensives inutiles, d\u00e8s le 19.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madelon, ah\u00a0! verse \u00e0 boire,<br>Et surtout, n\u2019y mets pas d\u2019eau,<br>C\u2019est pour f\u00eater la victoire,<br>Joffre, Foch et Clemenceau.\u00a0\u00bb<span id=\"2616\" class=\"cit-num\">2616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">BOYER<\/span> (1876-1942), paroles, et Charles <span class=\"caps\">BOREL<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CLERC<\/span> (1879-1959), musique, <em>La Madelon de la victoire<\/em> (1918).<em> Chansons de la revanche et de la Grande Guerre<\/em> (1985), Madeleine Schmid<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=D5APJ5m8v0M\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>La Madelon de la victoire<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Cette chanson \u00e0 boire, cr\u00e9\u00e9e en 1919, \u00e9clipse presque l\u2019autre Madelon. Clemenceau (ou plut\u00f4t l\u2019administration) confond d\u2019ailleurs les deux chansons, quand il d\u00e9core par erreur Lucien Boyer de la L\u00e9gion d\u2019honneur, le prenant pour l\u2019auteur de <em>Quand Madelon.<\/em> Cr\u00e9\u00e9e par Rose Amy et reprise par Chevalier, <em>La Madelon de la victoire<\/em> va devenir mondialement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s quatre ans d\u2019esp\u00e9rance\u00a0\/ Tous les peuples alli\u00e9s\u00a0\/ Avec les poilus de France\u00a0\/ Font des moissons de lauriers [\u2026]\u00a0\/ Madelon, emplis mon verre\u00a0\/ Et chante avec les poilus\u00a0\/ Nous avons gagn\u00e9 la guerre\u00a0\/ Hein, crois-tu qu\u2019on les a eus\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Entre-deux-guerres<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est moi qui suis sa petite<br>Son Anana, son Anana, son Anammite<br>Je suis vive, je suis charmante<br>Comme un p\u2019tit z\u2019oiseau qui chante. <br>Il m\u2019appelle sa p\u2019tite bourgeoise<br>Sa Tonkiki, sa Tonkiki, sa Tonkinoise<br>D\u2019autres lui font les doux yeux<br>Mais c\u2019est moi qu\u2019il aime le mieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">CHRISTIN\u00c9<\/span> (1867-1941) auteur des paroles sur une musique de Vincent <span class=\"caps\">SCOTTO<\/span>, (1874-1952), <em>La Petite Tonkinoise<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=iGr3c1dCm74%20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>La Petite Tonkinoise<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>La Petite Tonkinoise est l\u2019\u0153uvre de deux monstres de la chanson populaire du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, le compositeur Vincent Scotto et le parolier Henri Christin\u00e9. Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019avaient mis les pieds au Tonkin ,mais ils \u00e9taient comme tous les Fran\u00e7ais, fascin\u00e9s \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre par l\u2019aventure coloniale. Depuis quelques d\u00e9cennies, la France avait pris pied en Asie du Sud Est et des milliers de jeunes conscrits partaient l\u00e0-bas faire leur service militaire. La Petite Tonkinoise \u00e9voque les agr\u00e9ments du service au Tonkin\u2026<\/p>\n<p>La chanson\u00a0 est cr\u00e9\u00e9e par Polin en 1906, avant de triompher en version femme par Jos\u00e9phine Baker (1930) et bien d\u2019autres. \u00c9norme succ\u00e8s d\u00e8s sa cr\u00e9ation par Polin en 1906, cette chanson n\u2019est pas seulement l\u2019histoire d\u2019un soldat fran\u00e7ais aux colonies, mais la c\u00e9l\u00e9bration de la consommation des femmes de l\u2019\u00a0\u00bbailleurs\u00a0\u00bb..<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019soir on cause d\u2019un tas d\u2019choses \/ Avant de se mettre au pieu \/ J\u2019apprends la g\u00e9ographie \/ D\u2019la Chine et d\u2019la Mandchourie\u00a0:\u00a0: Les fronti\u00e8res, les rivi\u00e8res\u00a0: Le Fleuve Jaune et le Fleuve Bleu\u00a0: Y a m\u00eame l\u2019Amour c\u2019est curieux\u00a0: Qu\u2019arrose l\u2019Empire du Milieu\u2026\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 bas la Marianne, la fille \u00e0 Bismarck,<br>La France est \u00e0 nous, la France de Jeanne d\u2019Arc.\u00a0\u00bb<span id=\"2646\" class=\"cit-num\">2646<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Me <span class=\"caps\">MAGNIER<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIX<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle), <em>Quand on pendra la gueuse au r\u00e9verb\u00e8re<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette chanson \u00e9crite quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t (sans doute en 1909), sign\u00e9e d\u2019un avocat \u00e0 la cour d\u2019appel de Paris et tr\u00e8s en vogue chez les Camelots du roi dans l\u2019entre-deux-guerres, la R\u00e9publique est trait\u00e9e de \u00ab\u00a0gueuse\u00a0\u00bb, femme de mauvaise vie. Il est aussi question de r\u00e9gler leur compte aux \u00ab\u00a0youpins\u00a0\u00bb (juifs), aux \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8ques\u00a0\u00bb (\u00e9trangers) et aux francs-ma\u00e7ons, \u00e0 Briand, Painlev\u00e9, Doumergue et autres politiciens honnis par l\u2019extr\u00eame droite. Maurras pr\u00f4ne le nationalisme int\u00e9gral, dont la violence r\u00e9pond d\u2019ailleurs \u00e0 celle des militants de gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Y\u2019a d\u2019la joie\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2675\" class=\"cit-num\">2675<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ray <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1908-1979) et Charles <span class=\"caps\">TRENET<\/span> (1913-2001), titres et refrains des deux succ\u00e8s de l\u2019ann\u00e9e 1936, chansons<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=kNlFfp2zvOQ\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Y\u2019a d\u2019la joie\u00a0!<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Ray Ventura et ses Coll\u00e9giens (aid\u00e9 de ses paroliers, Paul Misraki, Bach et Henri Laverne) promoteur de l\u2019orchestre \u00e0 sketchs en France, et sur un tout autre registre, Charles Trenet, le \u00ab\u00a0fou chantant\u00a0\u00bb, auteur-compositeur-interpr\u00e8te parti pour une tr\u00e8s longue carri\u00e8re, tentent de faire oublier aux Fran\u00e7ais la mont\u00e9e des p\u00e9rils.<\/p>\n<p>Trois dictateurs, trois fascismes sont \u00e0 nos fronti\u00e8res\u00a0: Hitler, Mussolini, bient\u00f4t Franco. Et le Japon d\u2019Hiro-Hito, qui m\u00e8ne une politique imp\u00e9rialiste et expansionniste, s\u2019allie \u00e0 l\u2019Allemagne et \u00e0 l\u2019Italie.<\/p>\n<p>Cependant que la France va vivre quelques mois sous le signe du Front populaire\u00a0: un mouvement qui fait se lever un immense espoir.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-9-56.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale<\/h4>\n<p style=\"text-align: center\">Toute la gamme des chants, comique, tragique, po\u00e9tique, patriotique<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ira pendr\u2019 notre linge sur la ligne Siegfried.\u00a0\u00bb<span id=\"2734\" class=\"cit-num\">2734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">MISRAKI<\/span> (1908-1998), paroles, chanson entendue \u00e0 la radio, adaptation d\u2019une chanson canadienne. <em>Les Grands orchestres de music-hall en France<\/em> (1984), Jacques H\u00e9lian<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La ligne Siegfried est l\u2019\u00e9quivalent de la ligne Maginot, destin\u00e9e donc \u00e0 emp\u00eacher l\u2019invasion fran\u00e7aise en Allemagne. On plaisante, tout est calme et on peut m\u00eame aller p\u00eacher \u00e0 la ligne sur le Rhin. Ray Ventura et ses Coll\u00e9giens font un nouveau \u00ab\u00a0tube\u00a0\u00bb avec cette parodie d\u2019air militaire scand\u00e9 \u00e0 l\u2019allemande, mim\u00e9 sur le rythme d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 au \u00ab\u00a0pas de l\u2019oie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Allemagne vient de rayer la Pologne de la carte en trois semaines de guerre \u00e9clair, et s\u2019est partag\u00e9 les d\u00e9pouilles du malheureux pays avec son alli\u00e9e, la Russie, en octobre\u00a01939 \u2013 effet du pacte germano-sovi\u00e9tique de non-agression sign\u00e9 le 23\u00a0ao\u00fbt 1939, union contre nature entre les deux dictatures id\u00e9ologiquement oppos\u00e9es.<\/p>\n<p>Commence alors la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019expression est de Roland Dorgel\u00e8s, les Anglais diront \u00ab\u00a0guerre bidon\u00a0\u00bb, les Allemands \u00ab\u00a0guerre assise\u00a0\u00bb. Huit mois d\u2019attente pas dr\u00f4le du tout pour les militaires qui s\u2019ennuient dans les casemates de la ligne Maginot. Le moral des civils pourrit de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le colonel est d\u2019Action fran\u00e7aise,<br>Le commandant un mod\u00e9r\u00e9,<br>Le capitaine un cl\u00e9rical,<br>Le lieutenant un mangeur de cur\u00e9 [\u2026]<br>Et tout \u00e7a, \u00e7a fait d\u2019excellents Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2735\" class=\"cit-num\">2735<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">PARYS<\/span> (1902-1971), paroles, et Jean <span class=\"caps\">BOYER<\/span> (1901-1965), musique, <em>\u00c7a fait d\u2019excellents Fran\u00e7ais<\/em> (1939), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=qOzpe8N04Z4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>\u00c7a fait d\u2019excellents Fran\u00e7ais<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Maurice Chevalier remporte un franc succ\u00e8s avec ces couplets \u2013 d\u2019o\u00f9 ses ennuis \u00e0 la Lib\u00e9ration. La guerre n\u2019a pas fait l\u2019union sacr\u00e9e des Fran\u00e7ais comme en 1914. Elle va au contraire les diviser. Goebbels, ministre allemand de l\u2019Information, veille aux campagnes d\u2019\u00ab\u00a0intoxication\u00a0\u00bb\u00a0: appels aux soldats sur le front, tracts antimilitaristes dans les usines, \u00e9missions radio dans tout le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous n\u2019aurez pas l\u2019Alsace et la Lorraine<br>Et malgr\u00e9 tout nous resterons Fran\u00e7ais,<br>Vous avez pu germaniser la plaine,<br>Mais notre c\u0153ur, vous ne l\u2019aurez jamais.\u00a0\u00bb<span id=\"2768\" class=\"cit-num\">2768<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">VILLEMER<\/span> (1840-1892), paroles, et Ben <span class=\"caps\">TAYOUX<\/span> (1840-1918), musique, <em>Alsace-Lorraine<\/em>, chanson. <em>M\u00e9moires et Antim\u00e9moires litt\u00e9raires au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (2008), Annamaria Laserra, Nicole Leclercq, Marc Quaghebeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ofg6i7RF-us\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Alsace-Lorraine<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Chanson cr\u00e9\u00e9e en 1873 et d\u00e9di\u00e9e aux villes de Strasbourg et de Metz, reprise par les patriotes fran\u00e7ais en 1940, quand les Allemands annexent les trois d\u00e9partements martyrs (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle) le 24\u00a0juillet 1940 (et officiellement le 30\u00a0novembre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mar\u00e9chal, nous voil\u00e0\u00a0!<br>Devant toi, le sauveur de la France\u00a0!<br>Nous jurons, nous tes gars<br>De servir et de suivre tes pas\u00a0!<br>Mar\u00e9chal, vous voil\u00e0\u00a0!<br>Tu nous as redonn\u00e9 l\u2019esp\u00e9rance\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2778\" class=\"cit-num\">2778<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MONTAGNARD<\/span> (1887-1963), paroles, et Charles <span class=\"caps\">COURTIOUX<\/span> (1880-1946), musique, <em>Mar\u00e9chal, nous voil\u00e0<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson t\u00e9moin d\u2019une \u00e9poque et reflet d\u2019un r\u00e9gime, on la fait chanter aux enfants des \u00e9coles et elle passe quotidiennement \u00e0 la radio, interpr\u00e9t\u00e9e notamment par Andr\u00e9 Dassary, ce qu\u2019on lui reprochera plus tard. La \u00ab\u00a0collaboration\u00a0\u00bb des artistes sous l\u2019Occupation est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe\u00a0: la plupart, auteurs, acteurs, chanteurs, r\u00e9alisateurs, font un m\u00e9tier qu\u2019ils aiment, avant d\u2019aimer les Allemands.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami, entends-tu <br>Le vol noir\u00a0\u00a0 \u00a0<br>Des corbeaux <br>Sur nos plaines\u00a0?<br>Ami, entends-tu <br>Ces cris sourds<br>Du pays <br>Qu\u2019on encha\u00eene\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"2798\" class=\"cit-num\">2798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">KESSEL<\/span> (1898-1979) et Maurice <span class=\"caps\">DRUON<\/span> (1918-2009), neveu de Kessel, paroles, et Anna <span class=\"caps\">MARLY<\/span> (1917-2006), musique, <em>Le Chant des partisans<\/em> (1943)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ey_7JeK--u8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9ccoutez <em>Le Chant des partisans<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Chant de la R\u00e9sistance, compos\u00e9 \u00e0 Londres, siffl\u00e9 par Claude Dauphin \u00e0 la <span class=\"caps\">BBC<\/span>, largu\u00e9 par la <span class=\"caps\">RAF<\/span> (Royal Air Force, force a\u00e9rienne royale) sur la France occup\u00e9e, cr\u00e9\u00e9 par Germaine Sablon (dans le film <em>Pourquoi nous combattons<\/em>), et repris par Yves Montand, entre autres interpr\u00e8tes. Marche au rythme lent, lancinant\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00e9 Partisans\u00a0\/ Ouvriers\u00a0\/ Et paysans\u00a0\/ C\u2019est l\u2019alarme\u00a0\/ Ce soir l\u2019ennemi\u00a0\/ Conna\u00eetra\u00a0\/ Le prix du sang\u00a0\/ Et des larmes\u2026\u00a0\/ Ami si tu tombes\u00a0\/ Un ami sort de l\u2019ombre\u00a0\/ \u00c0 ta place.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La R\u00e9sistance, devenue un ph\u00e9nom\u00e8ne national, m\u00eale tous les milieux, tous les courants d\u2019opinion, toutes les r\u00e9gions, recr\u00e9ant une union sacr\u00e9e contre l\u2019ennemi dont la pr\u00e9sence se fait de plus en plus insupportable, \u00e0 mesure que ses \u00ab\u00a0besoins de guerre\u00a0\u00bb le rendent plus exigeant en hommes, en argent, en mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils se croyaient des hommes<br>N\u2019\u00e9taient plus que des nombres.\u00a0\u00bb<span id=\"2720\" class=\"cit-num\">2720<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FERRAT<\/span> (1930-2010), <em>Nuit et brouillard<\/em> (1963), chanson sur les prisonniers des camps nazis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=_XtFxVK0NWA\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez <em>Nuit et brouillard<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p><em>Nuit et brouillard<\/em> est d\u2019abord le titre d\u2019un film de 1955, d\u2019Alain Resnais et Jean Cayrol (po\u00e8te et romancier, ancien d\u00e9port\u00e9), qui \u00e9voque les camps d\u2019extermination. Apr\u00e8s les t\u00e9moignages au pr\u00e9sent, l\u2019atrocit\u00e9 de la guerre fait surgir les \u0153uvres du souvenir. C\u2019est aussi une chanson de Jean Ferrat qui \u00e9voque la d\u00e9portation de millions de personnes par les nazis. Il a connu l\u2019antis\u00e9mitisme de la Seconde Guerre mondiale\u00a0: son p\u00e8re, Macha Tenenbaum, juif d\u2019origine russe, est arr\u00eat\u00e9, emmen\u00e9 \u00e0 Drancy, puis \u00e0 Auschwitz en 1942. Il n\u2019est jamais revenu.<\/p>\n<p>Ferrat qui ne \u00ab\u00a0chante pas pour passer le temps\u00a0\u00bb se pose en artiste engag\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0On me dit \u00e0 pr\u00e9sent que ces mots n\u2019ont plus cours \/ Qu\u2019il vaut mieux ne chanter que des chansons d\u2019amour \/ Que le sang s\u00e8che vite en entrant dans l\u2019histoire \/ Et qu\u2019il ne sert \u00e0 rien de prendre une guitare \/ Mais qui donc est de taille \u00e0 pouvoir m\u2019arr\u00eater\u00a0? \/ Je twisterais les mots s\u2019il fallait les twister \/ Pour qu\u2019un jour les enfants sachent qui vous \u00e9tiez \/ Vous \u00e9tiez vingt et cent, vous \u00e9tiez des milliers \/ Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plomb\u00e9s \/ Qui d\u00e9chiriez la nuit de vos ongles battants \/ Vous \u00e9tiez des milliers, vous \u00e9tiez vingt et cent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais en 1963, l\u2019heure \u00e9tait \u00e0 la r\u00e9conciliation avec l\u2019Allemagne, la chanson fut interdite \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Elle passa quand m\u00eame sur la premi\u00e8re cha\u00eene, dans Discorama de Denise Glaser. Le succ\u00e8s suivit, Ferrat re\u00e7ut l\u2019ann\u00e9e m\u00eame le grand prix du disque de l\u2019Acad\u00e9mie Charles-Cros. D\u00e9but\u00a0 du succ\u00e8s pour un artiste exemplaire qui fait honneur \u00e0 la chanson fran\u00e7aise et que nous retrouverons avec les Ferr\u00e9, Brel, Brassens et autres noms sous la Quatri\u00e8me et la Cinqui\u00e8me R\u00e9publiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous n\u2019avez r\u00e9clam\u00e9 la gloire, ni les larmes<br>Ni l\u2019orgue, ni la pri\u00e8re aux agonisants (\u2026)<br>Vous vous \u00e9tiez servis simplement de vos armes<br>La mort n\u2019\u00e9blouit pas les yeux des Partisans\u2026.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982),<em> L\u2019Affiche rouge<\/em>, po\u00e8me mis en musique et interpr\u00e9t\u00e9 par L\u00e9o <span class=\"caps\">FERR\u00c9<\/span> (1916-1993) en 1959<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=1nqyPVPDtcY\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9ccoutez <em> L\u2019Affiche rouge<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>21 f\u00e9vrier 1944. Ex\u00e9cution au Mont-Val\u00e9rien. Le texte dit tout\u00a0: \u00ab\u00a0Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes \/ Noirs de barbe et de nuit hirsutes mena\u00e7ants, \/ L\u2019affiche qui semblait une tache de sang \/ Parce qu\u2019\u00e0 prononcer vos noms sont difficiles \/ Y cherchait un effet de peur sur les passants\u2026 Ils \u00e9taient 20 et 3 quand les fusils fleurirent \/ 20 et 3 qui donnaient leurs c\u0153urs avant le temps \/ 20 et 3 \u00e9trangers et nos fr\u00e8res pourtant \/ 20 et 3 amoureux de vivre \u00e0 en mourir \/ 20 et 3 qui criaient \u2018la France\u2019 en s\u2019abattant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>80 ans apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution, Missak Manouchian, h\u00e9ros de la R\u00e9sistance, entrera au Panth\u00e9on (avec sa femme, sa M\u00e9lin\u00e9e apatride et tant aim\u00e9e qui lui survivra), rejoignant les personnalit\u00e9s qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de la nation fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les sanglots longs <br>Des violons <br>De l\u2019automne<br>Bercent mon c\u0153ur <br>D\u2019une langueur <br>Monotone.\u00a0\u00bb<span id=\"2807\" class=\"cit-num\">2807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VERLAINE<\/span> (1844-1896), vers entendus \u00e0 la <span class=\"caps\">BBC<\/span> le 5\u00a0juin 1944. \u00ab\u00a0Chanson d\u2019automne\u00a0\u00bb,<em> Po\u00e8mes saturniens<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le code choisi pour annoncer sur la radio anglaise le jour J du d\u00e9barquement en France, autrement dit l\u2019op\u00e9ration <em>Overlord<\/em> (Suzerain, en anglais) sous le commandement supr\u00eame du g\u00e9n\u00e9ral Eisenhower. Ces mots tant attendus sont enfin entendus, le soir du 5\u00a0juin\u00a0: le d\u00e9barquement est donc pour le lendemain. La lib\u00e9ration de Paris n\u2019est plus qu\u2019une question de jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Division de fer<br>Toujours en avant<br>Les gars de Leclerc<br>Passent en chantant.\u00a0\u00bb<span id=\"2813\" class=\"cit-num\">2813<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">LEDUR<\/span> (1904-1975) et Victor <span class=\"caps\">CLOWEZ<\/span> (1908-1973), paroles, <em>Marche officielle de la Division Leclerc<\/em> (refrain)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KW0iCxTiAR8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9coutez la <em>Marche officielle de la Division Leclerc<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Leclerc entre dans Paris \u00e0 la t\u00eate de ses troupes (2e division blind\u00e9e) qui chantent\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s le Tchad, l\u2019Angleterre et la France\u00a0\/ Le grand chemin qui m\u00e8ne vers Paris\u00a0\/ Le c\u0153ur joyeux, tout gonfl\u00e9 d\u2019esp\u00e9rance\u00a0\/ Ils ont suivi la gloire qui les conduit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La reddition est sign\u00e9e par Leclerc, von Choltitz et Rol-Tanguy au nom des <span class=\"caps\">FFI<\/span> le 25\u00a0ao\u00fbt 1944, grand jour de la Lib\u00e9ration, \u0153uvre des Fran\u00e7ais de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur, symbole dont toutes les radios du monde se font l\u2019\u00e9cho.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon parti m\u2019a rendu les couleurs de la France\u2026 <br>Mon parti mon parti, merci de tes le\u00e7ons <br>Et depuis ce temps-l\u00e0 tout me vient en chansons<br>La col\u00e8re et l\u2019amour, la joie et la souffrance.\u00a0\u00bb<span id=\"2819\" class=\"cit-num\">2819<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982),<em> La Diane fran\u00e7aise<\/em>. \u00ab\u00a0Du po\u00e8te \u00e0 son parti\u00a0\u00bb (1945). <em>Litt\u00e9rature et politique\u00a0: deux si\u00e8cles de vie politique \u00e0 travers les \u0153uvres litt\u00e9raires<\/em> (1996), Michel Mopin, Robert Badinter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si le po\u00e8te communiste rend ici nomm\u00e9ment et servilement hommage au <span class=\"caps\">PCF<\/span>, les autres \u0153uvres de l\u2019\u00e9poque ont le ton d\u2019une grande po\u00e9sie nationale et patriote, ouverte \u00e0 toutes les familles d\u2019esprit\u00a0: martyrs de la R\u00e9sistance, communistes ou chr\u00e9tiens y sont \u00e9voqu\u00e9s avec la m\u00eame chaleur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ceux que l\u2019on m\u00e8ne au poteau<br>Dans le petit matin glac\u00e9,<br>Au front la p\u00e2leur des cachots,<br>Au c\u0153ur le dernier chant d\u2019Orph\u00e9e,<br>Tu leur tends la main sans un mot,<br>O mon fr\u00e8re au col d\u00e9graf\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2822\" class=\"cit-num\">2822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945),<em> Po\u00e8mes de Fresnes, Chant pour Andr\u00e9 Ch\u00e9nier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e9sie et chanson se m\u00ealent, dans cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ch\u00e9nier, po\u00e8te ex\u00e9cut\u00e9 en d\u2019autres circonstances \u2013 sous la R\u00e9volution \u00e0 la fin de la Terreur \u2013 mais presque au m\u00eame \u00e2ge. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle a refus\u00e9 sa gr\u00e2ce. \u00ab\u00a0Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb Sur 2\u00a0071 recours pr\u00e9sent\u00e9s, de Gaulle en acceptera 1\u00a0303.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusill\u00e9 le 6\u00a0f\u00e9vrier 1945. Ses convictions hitl\u00e9riennes ne font aucun doute et son journal (<em>Je suis partout<\/em>) en t\u00e9moigne abondamment. Le proc\u00e8s est b\u00e2cl\u00e9, de nombreux confr\u00e8res tentent de le sauver. Mais le <span class=\"caps\">PC<\/span> voulait la t\u00eate de l\u2019homme responsable de la mort de nombreux camarades et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, r\u00e9sistant ex\u00e9cut\u00e9 par la Milice, apr\u00e8s les appels au meurtre sign\u00e9s, entre autres, par Brasillach. Jean Luchaire (journaliste, directeur des <em>Nouveaux Temps<\/em>) et Jean H\u00e9rold-Paquis (de Radio-Paris) subiront le m\u00eame sort, parmi quelque 3\u00a0000 condamn\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Chaque \u00e9poque donne le ton, d\u2019o\u00f9 l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 de ce r\u00e9sum\u00e9 chantant qui alterne \u00e0 l\u2019infini comique et tragique, populaire et po\u00e9tique, avec une dose de fantaisie propre \u00e0 l\u2019esprit fran\u00e7ais.Quelques constantes en font l\u2019originalit\u00e9.Le peuple est le premier acteur de cette histoire, qu\u2019il s\u2019exprime dans le r\u00e9pertoire des traditionnelles chansons populaires ou dans le 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