{"id":10007,"date":"2024-09-23T00:00:00","date_gmt":"2024-09-22T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1952-a-1965\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:57","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:57","slug":"les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1952-a-1965","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1952-a-1965\/","title":{"rendered":"Les Nobel fran\u00e7ais de l\u2019Histoire (de 1952 \u00e0 1965)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Depuis 1901, six domaines sont r\u00e9compens\u00e9s\u00a0: Prix Nobel de la paix (10 laur\u00e9ats fran\u00e7ais), de litt\u00e9rature (15), de physique (17), de chimie (10), de physiologie ou m\u00e9decine (13), d\u2019\u00e9conomie (4). Au total 69 laur\u00e9at(e)s.<br>Les femmes sont tr\u00e8s sous-repr\u00e9sent\u00e9es, mais bien pr\u00e9sentes dans la famille Curie qui bat tous les records, au fil d\u2019une saga passionnante (voir nos \u00e9ditos\u00a0: Femmes, Panth\u00e9on).<\/p>\n<p>Dans cette s\u00e9lection de 30 noms, <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> appara\u00eet en bonne place avec Romain Rolland, Anatole France, Aristide Briand, Roger Martin du Gard, Andr\u00e9 Gide, Fran\u00e7ois Mauriac, Albert Camus, cit\u00e9s pour leur r\u00f4le politique plus que litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Trois cas particuliers\u00a0: Jean-Paul Sartre refuse le prix, la <span class=\"caps\">CEE<\/span> le re\u00e7oit en des circonstances chaotiques, <span class=\"caps\">MSF<\/span> (M\u00e9decins sans fronti\u00e8res) est associ\u00e9 au nom de son co-fondateur, Bernard Kouchner.<\/p>\n<p>Sont exclus de cet \u00e9dito des laur\u00e9ats peu connus et peu m\u00e9diatiques, avec une majorit\u00e9 de scientifiques dont les travaux restent difficilement accessibles au public. <\/p>\n<p>Derni\u00e8re cat\u00e9gorie qui nous tient \u00e0 c\u0153ur, les \u00ab\u00a0Nobel de l\u2019Histoire en citations\u00a0\u00bb. <br>Voici 10 grands noms, absents de la liste officielle, mais candidats l\u00e9gitimes au Nobel de la paix\u00a0: \u00ab\u00a0hors-jeu\u00a0\u00bb mort avant 1901 et mondialement connu, le scientifique Louis Pasteur, l\u2019incontournable g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle (pr\u00e9sent en 1963 sur la liste des 80 candidats en\u2026 Litt\u00e9rature\u00a0!) et un \u00ab\u00a0outsider\u00a0\u00bb de renomm\u00e9e internationale, l\u2019Abb\u00e9 Pierre, h\u00e9ros de film en 1989 et 2023. <br>Restent sept autres noms connus \u00e0 divers titres\u00a0: \u00c9mile Zola, Jean Jaur\u00e8s, Charles P\u00e9guy, Andr\u00e9 Malraux, Paul Val\u00e9ry, Pierre Mend\u00e8s France, Jos\u00e9phine Baker.<\/p>\n<p>\u00c0 vous de juger s\u2019ils m\u00e9ritaient de figurer sur la liste des Nobel\u2026 et de sugg\u00e9rer d\u2019autres noms.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-9-57.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">16. Fran\u00e7ois Mauriac (1952)<\/h4>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" title=\"francois mauriac citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/francois_mauriac_citations.jpg\" alt=\"francois mauriac citations\" width=\"465\" height=\"484\"><\/p>\n<p>Prix Nobel de litt\u00e9rature \u00e0 Fran\u00e7ois Mauriac pour \u00ab\u00a0la profonde impr\u00e9gnation spirituelle et l\u2019intensit\u00e9 artistique avec laquelle ses romans ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le drame de la vie humaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9sence dans <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> tient surtout \u00e0 son engagement politique, ses qualit\u00e9s d\u2019historien et d\u2019\u00e9ditorialiste. Mais il faut donner une id\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain exceptionnel, en attendant un portrait plus complet.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">ROMANCIER<\/span> <span class=\"caps\">TOURMENT\u00c9<\/span><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sentais, je voyais, je touchais mon crime. Il ne tenait pas tout entier dans ce hideux nid de vip\u00e8res\u00a0: haine de mes enfants, d\u00e9sir de vengeance, amour de l\u2019argent\u00a0; mais dans mon refus de chercher au-del\u00e0 de ces vip\u00e8res emm\u00eal\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Le Noeud de vip\u00e8res<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Confession \u00e9pistolaire de Louis, ancien avocat de 68 ans, pr\u00e9sent\u00e9 comme un vieillard. Il voit sa famille, sa femme, ses enfants et petits-enfants, r\u00f4der autour de lui en attendant d\u2019h\u00e9riter de son patrimoine. Il pense que cette meute n\u2019a d\u2019autre but que de s\u2019approprier ce qu\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9unir, sans lui avoir jamais fait l\u2019aum\u00f4ne de cet amour qu\u2019il se croit incapable d\u2019inspirer. Il veut donc se venger des siens en les d\u00e9sh\u00e9ritant. Mais sa femme meurt avant lui et sa vision des choses va profond\u00e9ment changer\u2026<\/p>\n<p>Dans l\u2019avis au lecteur, Mauriac \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Non, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019argent que cet avare ch\u00e9rissait, ce n\u2019\u00e9tait pas de vengeance que ce furieux avait faim. L\u2019objet v\u00e9ritable de son amour, vous le conna\u00eetrez si vous avez la force et le courage d\u2019entendre cet homme jusqu\u2019au dernier aveu que la mort interrompt\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chronique d\u2019une famille bordelaise entre l\u2019affaire Dreyfus et le krach de Wall Street, <em>Le N\u0153ud de vip\u00e8res<\/em> offre les coups de th\u00e9\u00e2tre, les surprises d\u2019un vrai roman noir. Mais la satire et la po\u00e9sie y coexistent miraculeusement. Consid\u00e9r\u00e9 comme le chef-d\u2019\u0153uvre de Mauriac, c\u2019est l\u2019un des grands romans du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma jeunesse n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un long suicide. Je me h\u00e2tais de d\u00e9plaire expr\u00e8s par crainte de d\u00e9plaire naturellement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Le Noeud de vip\u00e8res<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Style toujours incisif, jugement impitoyable sur soi-m\u00eame et sur les autres\u2026 \u00c0 lire, relire, citer\u2026 Tout est parlant et d\u00e9chirant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis trente ans, je ne suis plus rien \u00e0 tes yeux qu\u2019un appareil distributeur de billets de mille francs, un appareil qui fonctionne mal et qu\u2019il faut secouer sans cesse, jusqu\u2019au jour o\u00f9 on pourra enfin l\u2019ouvrir, l\u2019\u00e9ventrer, puiser \u00e0 pleines mains dans le tr\u00e9sor qu\u2019il renferme.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La plupart des \u00eatres humains ne se choisissent gu\u00e8re plus que les arbres qui ont pouss\u00e9 c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et dont les branches se confondent par leur seule croissance.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Envier des \u00eatres que l\u2019on m\u00e9prise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie. Mais les \u00eatres ne sont jamais aussi bas qu\u2019on imagine.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Jamais l\u2019aspect des autres ne s\u2019offrit \u00e0 moi comme ce qu\u2019il faut crever, comme ce qu\u2019il faut traverser pour les atteindre. C\u2019\u00e9tait \u00e0 trente ans, \u00e0 quarante ans, que j\u2019eusse d\u00fb faire cette d\u00e9couverte. Mais aujourd\u2019hui, je suis un vieillard au c\u0153ur trop lent, et je regarde le dernier automne de ma vie endormir la vigne, l\u2019engourdir de fum\u00e9e et de rayons.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ils ne savent pas ce qu\u2019est la vieillesse. Vous ne pouvez imaginer ce supplice\u00a0: ne rien avoir eu de la vie et ne rien attendre de la mort. Qu\u2019il n\u2019y ait rien au-del\u00e0 du monde, qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019explication, que le mot de l\u2019\u00e9nigme ne nous soit jamais donn\u00e9.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ceux que je devais aimer sont morts\u00a0; morts ceux qui auraient d\u00fb m\u2019aimer. Et les survivants, je n\u2019ai plus le temps, ni la force de tenter vers eux le voyage, de les red\u00e9couvrir. Il n\u2019est rien en moi, jusqu\u2019\u00e0 ma voix, \u00e0 mes gestes, \u00e0 mon rire, qui n\u2019appartienne au monstre que j\u2019ai dress\u00e9 contre le monde et \u00e0 qui j\u2019ai donn\u00e9 mon nom.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019horreur de la vieillesse, c\u2019est d\u2019\u00eatre le total d\u2019une vie \u2013 un total dans lequel nous ne saurions changer aucun chiffre. J\u2019ai mis soixante ans \u00e0 composer ce vieillard mourant de haine. Je suis ce que je suis\u00a0; il faudrait devenir un autre. \u00d4 Dieu, Dieu, si vous existiez\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Le Noeud de vip\u00e8res<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>G\u00e9nie litt\u00e9raire hant\u00e9 par le souci de l\u2019\u00e2me, chr\u00e9tien combatif peignant comme personne les tourments de la nature humaine, sous le regard de Dieu, Mauriac est un classique du genre, unique en son genre.<\/p>\n<p>De son premier succ\u00e8s, <em>Le Baiser au l\u00e9preux<\/em> (1922) au<em> Cahier noir<\/em> (1943), il faudrait citer <em>Genitrix<\/em> (1923), <em>Th\u00e9r\u00e8se Desqueyroux<\/em> (1927),<em> Dieu et Mammon<\/em> (1929),<em> Le Myst\u00e8re Frontenac<\/em> (1933), <em>Les Chemins de la mer<\/em> (1939), sans oublier quelques pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, <em>Asmod\u00e9e<\/em> (1937), <em>Les Mal-aim\u00e9s<\/em> (1945), <em>Passage du Malin<\/em> (1947), <em>Le Pain vivant<\/em> (1950).<\/p>\n<p>En 1952, le prix Nobel de litt\u00e9rature est non seulement une cons\u00e9cration, mais le point de d\u00e9part d\u2019une nouvelle carri\u00e8re\u00a0: Mauriac, bourgeois aux convictions toujours affirm\u00e9es, se voue d\u00e9sormais presque enti\u00e8rement \u00e0 une \u0153uvre journalistique, souvent pol\u00e9mique et politique.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">JOURNALISTE<\/span> <span class=\"caps\">ENGAG\u00c9<\/span><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans doute faut-il incriminer d\u2019abord les institutions qui, d\u2019avance, d\u00e9truisent les chefs. Nul r\u00e9gime n\u2019aura, autant que le n\u00f4tre, us\u00e9 d\u2019individus plus rapidement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2624\" class=\"cit-num\">2624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>M\u00e9moires politiques<\/em> (posthume, 1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me R\u00e9publique. L\u2019\u00e9crivain engag\u00e9 \u00e9crivait ces mots en juillet\u00a01933\u00a0: valse des gouvernements, cr\u00e9dibilit\u00e9 du r\u00e9gime entam\u00e9e dans l\u2019opinion, d\u2019o\u00f9 ce proc\u00e8s du radicalisme et, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, de la politique sous cette R\u00e9publique frapp\u00e9e d\u2019impuissance. Selon Andr\u00e9 Tardieu, on a \u00ab\u00a0substitu\u00e9 la souverainet\u00e9 parlementaire \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb. Le journal <em>Ordre nouveau<\/em> se d\u00e9cha\u00eene en f\u00e9vrier\u00a01934 (\u00e9poque de l\u2019affaire Stavisky)\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de politique\u00a0; il n\u2019y a plus que des politiciens, six cents bavards soit inconscients, soit trop malins, toujours impuissants. \u00c9lire un d\u00e9put\u00e9 signifie trop souvent aujourd\u2019hui donner l\u2019impunit\u00e9 parlementaire \u00e0 un escroc, un receleur, un dangereux imb\u00e9cile.\u00a0\u00bb On reconna\u00eet le \u00ab\u00a0tous pourris\u00a0\u00bb devenu plus tard slogan d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et plus ou moins populiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais bien que nous nous r\u00e9veillerons de cette joie et qu\u2019au-del\u00e0 de ce grand mur de Versailles abattu par le poing allemand, une route inconnue s\u2019ouvre pour nous, pleine d\u2019emb\u00fbches.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2699\" class=\"cit-num\">2699<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Le Temps pr\u00e9sent. Fran\u00e7ois Mauriac<\/em> (1990), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1938. Lucidit\u00e9 au lendemain de Munich du romancier c\u00e9l\u00e8bre qui a d\u00e9j\u00e0 t\u00e9moign\u00e9 contre les cruaut\u00e9s de la guerre civile espagnole aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019autre grand romancier chr\u00e9tien, Bernanos. L\u00e9on Blum d\u00e9nonce le \u00ab\u00a0l\u00e2che soulagement\u00a0\u00bb. Daladier lui-m\u00eame, en signant, savait sans doute la guerre in\u00e9luctable et se r\u00e9signait au pire, tout en le diff\u00e9rant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019un charnier \u00e0 un autre charnier, l\u2019humanit\u00e9 n\u2019apprend rien, ne retient rien. La nouvelle guerre est toujours plus stupide, la moins excusable. Nous y courons les yeux ouverts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Le Temps<\/em>, article du 27 mai 1938, <em>M\u00e9moires politiques<\/em> (posthume, 1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lucidit\u00e9 intellectuelle du plus grand pessimiste litt\u00e9raire de sa g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2709\" class=\"cit-num\">2709<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970).<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0France\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On doit \u00e0 ce fervent gaulliste la plus belle d\u00e9finition du personnage.<\/p>\n<p>Simple g\u00e9n\u00e9ral de brigade \u00e0 titre temporaire, Charles de Gaulle en 1940, absolument seul et contre le destin, refuse la d\u00e9faite ent\u00e9rin\u00e9e par le gouvernement l\u00e9gal de la France face \u00e0 l\u2019Allemagne nazie, continue la lutte dans l\u2019Angleterre toujours en guerre, mobilise des r\u00e9sistants, combattants fran\u00e7ais de plus en plus nombreux \u00e0 entendre cette autre voix de la France parlant espoir et grandeur, se fait reconna\u00eetre non sans peine des Alli\u00e9s, d\u00e9cha\u00eene des haines et des passions \u00e9galement inconditionnelles, et permet enfin \u00e0 la France d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente au jour de la victoire finale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est ce qu\u2019il faut de folie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un grand destin, et ce qu\u2019il y faut en m\u00eame temps de soumission au r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970) \u00e9voquant Malraux et de Gaulle. Destins crois\u00e9s, Philippe de Saint Robert, Fondation Charles de Gaulle (site en ligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve souvent, plus ou moins explicites, l\u2019id\u00e9e de destin et celle de grandeur chez les deux personnages. Leur dialogue \u00ab\u00a0au sommet\u00a0\u00bb, que seule la mort interrompra, est l\u2019une des rencontres du\u00a0si\u00e8cle, salu\u00e9e par Fran\u00e7ois Mauriac, t\u00e9moin de son temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0A l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris (novembre 1941), tant d\u2019autres Fran\u00e7ais sont mus par une passion \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0: la peur\u00a0! Ils ne l\u2019avouent pas, rendent au Mar\u00e9chal un culte d\u2019hyperdulie, invoquent Jeanne d\u2019Arc, mais dans le secret tout pour eux se ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019unique n\u00e9cessaire\u00a0: sauver leurs privil\u00e8ges, \u00e9viter le r\u00e8glement de comptes, \u00ab\u00a0tant que les Allemands seront l\u00e0\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Le Cahier noir<\/em> (1943)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Publi\u00e9 sous le pseudonyme de Forez aux \u00c9ditions de Minuit, ce texte est \u00e9crit alors que l\u2019auteur, condamn\u00e9 par les nouveaux ma\u00eetres de la France \u00e0 un demi-silence, participe \u00e0 la presse clandestine de la R\u00e9sistance. Mauriac stigmatise l\u2019attitude du mar\u00e9chal P\u00e9tain et des Fran\u00e7ais qui acceptent de collaborer avec l\u2019ennemi. Il compare la croix gamm\u00e9e \u00e0 une \u00ab\u00a0araign\u00e9e repue, gonfl\u00e9e de sang\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces pages lui firent courir de grands risques. C\u2019est surtout pour lui l\u2019occasion de se dresser avec force contre une conception machiav\u00e9lique du pouvoir. \u00c0 l\u2019oppression r\u00e9gnante il oppose des paroles d\u2019esp\u00e9rance et renouvelle sa foi en l\u2019homme\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la nuit qu\u2019il est beau de croire \u00e0 la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb, parole d\u2019Edmond Rostand, <em>Chantecler<\/em>.<\/p>\n<p><em>Le Cahier noir<\/em> valut \u00e0 Mauriac l\u2019admiration de nombreux intellectuels de tous bords. Elle ne s\u2019est pas d\u00e9mentie depuis. L\u2019id\u00e9al de justice et de libert\u00e9 qu\u2019il revendique pour ce peuple encha\u00een\u00e9 reste d\u2019actualit\u00e9 dans un monde menac\u00e9 par l\u2019intol\u00e9rance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les maux dont Adolf Hitler accable l\u2019Europe depuis dix ans n\u2019auraient pas atteint ce degr\u00e9 d\u2019horreur s\u2019ils n\u2019\u00e9taient que le fruit d\u2019une certaine politique. Mais une imagination cr\u00e9atrice les a enfant\u00e9s et ordonn\u00e9s. Hitler domine froidement son sujet\u00a0: il ajoute, il retouche, il met au point. Il cherche des effets. C\u2019est un auteur dramatique sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9pouvante. Quelle trouvaille que ces g\u00e9n\u00e9raux allemands pendus \u00e0 des crocs pour l\u2019\u00e9dification du peuple\u00a0! Mais dans la pi\u00e8ce qu\u2019Hitler ach\u00e8ve, il s\u2019agit de vrais g\u00e9n\u00e9raux et de vrais crocs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), \u00ab\u00a0Le Dernier acte\u00a0\u00bb, article du <em>Figaro<\/em>, Octobre 1944.\u00a0<em> M\u00e9moires politiques<\/em> (posthume, 1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Du 6 f\u00e9vrier 1934 \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019<span class=\"caps\">O.A.<\/span>S., Mauriac aura particip\u00e9 \u00e0 tous les drames et toutes les joies de notre histoire. \u00ab\u00a0Il a \u00e9merg\u00e9, dit-il de lui-m\u00eame dans sa Pr\u00e9face, \u00e0 la vie politique dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle et depuis bient\u00f4t trente ans ne s\u2019est pas priv\u00e9 de la commenter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il \u00e9voque le climat politique de son enfance et de sa jeunesse\u00a0: sa m\u00e8re \u00e9tait catholique et conservatrice, son p\u00e8re r\u00e9publicain et antidreyfusard. Marqu\u00e9 par la d\u00e9faire 1870, \u00e9branl\u00e9 par \u00ab\u00a0l\u2019Affaire\u00a0\u00bb, form\u00e9 par Charles Maurras et Marc Sangnier, le jeune bourgeois bordelais a d\u00e9couvert seul, \u00e0 travers les contradictions de sa famille, de ses ma\u00eetres, de ses amis, les chemins de la libert\u00e9. Ce survivant de l\u2019ancienne France vaincue en 1870, prolong\u00e9e jusqu\u2019en 1914, a su se d\u00e9gager de tous les liens qui enserraient son milieu et son temps quand l\u2019exigeaient la justice, la foi en l\u2019homme et en Dieu.<\/p>\n<p>Avant la derni\u00e8re guerre, il d\u00e9nonce l\u2019attentat de Mussolini contre l\u2019\u00c9thiopie et l\u2019Albanie, la mont\u00e9e du fascisme en Europe, il fustige la droite fran\u00e7aise, pr\u00eate \u00e0 toutes les alliances par peur du Front populaire. Pendant la guerre d\u2019Espagne, il ose, avec quelques catholiques courageux, se r\u00e9volter contre les crimes de ceux qui brandissent l\u2019\u00e9tendard du Christ\u00a0: Guernica.<\/p>\n<p>Il a trop pris conscience de \u00ab\u00a0la l\u00e2chet\u00e9 des d\u00e9mocraties\u00a0\u00bb pour \u00eatre surpris par la guerre de 1939. Durant \u00ab\u00a0la travers\u00e9e de la nuit\u00a0\u00bb, enferm\u00e9 \u00e0 Malagar (domaine familial de la Gironde cher \u00e0 son c\u0153ur), il crie dans Le Cahier noir sa honte et son esp\u00e9rance. Apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, ce r\u00e9sistant se dresse au nom de la charit\u00e9 contre la fausse justice issue de la R\u00e9sistance, demande la gr\u00e2ce de Brasillach, obtient celle de B\u00e9raud, s\u2019oppose \u00e0 Albert Camus\u2026<\/p>\n<p>La Quatri\u00e8me R\u00e9publique le d\u00e9\u00e7oit vite\u00a0: le syst\u00e8me politique se d\u00e9traque, la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne trahit sa mission. Le monde conna\u00eet l\u2019angoisse de la guerre froide. Le drame colonial surgit qui va \u00e9branler la France.<\/p>\n<p>Au cours de trente ans d\u2019histoire, Mauriac n\u2019a pas tent\u00e9 de jouer un r\u00f4le, de tracer une ligne politique\u00a0: \u00e0 travers des contradictions qu\u2019il reconna\u00eet s\u2019expriment une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame, un esprit et un c\u0153ur en \u00e9veil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Quatri\u00e8me R\u00e9publique doit, pour une large part, la suite ininterrompue de ses d\u00e9sastres et sa ridicule fin \u00e0 un personnel politique mal pr\u00e9par\u00e9 qui n\u2019avait pas fait ses classes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2843\" class=\"cit-num\">2843<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Le Nouveau Bloc-notes<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span>, 1958-1960<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame constat d\u2019\u00e9chec que de Gaulle, mais diagnostic inverse\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours eu l\u2019id\u00e9e que ce ne sont pas les institutions qui corrompent les hommes, que ce sont, au contraire, les hommes qui corrompent les institutions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime tellement l\u2019Allemagne que je suis ravi qu\u2019il y en ait deux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2856\" class=\"cit-num\">2856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970). <em>Le Temps d\u2019un regard<\/em> (1978), Jacques Chancel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un mot d\u2019humour assez rare chez l\u2019auteur, mais parfaitement appliqu\u00e9 \u00e0 la situation (dont il ne connaitra pas l\u2019\u00e9pilogue).<\/p>\n<p>\u00c9t\u00e9 1945\u00a0: \u00e0 Berlin, les vainqueurs d\u00e9limitent quatre zones d\u2019occupation. 1949\u00a0: la s\u00e9paration en deux Allemagnes (<span class=\"caps\">RFA<\/span> et <span class=\"caps\">RDA<\/span>) est consacr\u00e9e.<\/p>\n<p>12 au 13\u00a0ao\u00fbt 1961\u00a0: dans la nuit, le mur de la honte, symbole de la division du pays, se met en place pour stopper l\u2019exode massif de Berlin-Est (capitale de la <span class=\"caps\">RDA<\/span>) vers Berlin-Ouest (\u00ab\u00a0vitrine du monde occidental\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>22\u00a0septembre 1984\u00a0: le pr\u00e9sident Mitterrand et le chancelier Kohl (<span class=\"caps\">RFA<\/span>) se retrouvent sur le site de la bataille de Verdun, pour comm\u00e9morer le souvenir des soldats fran\u00e7ais et allemands et sceller l\u2019entente retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p>10\u00a0novembre 1989\u00a0: le mur de Berlin tombe, la fronti\u00e8re entre les deux Allemagnes s\u2019ouvre. Pour l\u2019opinion publique fran\u00e7aise et nombre de commentateurs, la r\u00e9unification, effective en octobre\u00a01990, est l\u2019\u00e9v\u00e9nement historique le plus important, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>11\u00a0novembre 2009\u00a0: le pr\u00e9sident Sarkozy et la chanceli\u00e8re Angela Merkel c\u00e9l\u00e8brent ensemble l\u2019armistice qui a mis fin \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, devant la tombe du Soldat inconnu, sous l\u2019Arc de Triomphe de l\u2019\u00c9toile. \u00ab\u00a0L\u2019amiti\u00e9 de la France et de l\u2019Allemagne est un tr\u00e9sor. Nous le devons \u00e0 tous les peuples du monde\u00a0\u00bb, dit le pr\u00e9sident fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019osent \u00e9crire qu\u2019une police qui torture, si bl\u00e2mable qu\u2019elle soit, c\u2019est une police qui fait son m\u00e9tier, une police sur laquelle on peut compter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2909\" class=\"cit-num\">2909<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Bloc-notes<\/em>, I, 1952-1957<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ils ne l\u2019\u00e9crivent pas noir sur blanc, mais cela court entre les lignes.\u00a0\u00bb En 1952, Mauriac, \u00e9crivain catholique, re\u00e7oit le prix Nobel de litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0la profonde impr\u00e9gnation spirituelle et l\u2019intensit\u00e9 artistique avec laquelle ses romans ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le drame de la vie humaine\u00a0\u00bb. Il n\u2019a pas pris position dans la guerre d\u2019Indochine, mais il s\u2019engage d\u00e9sormais en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, puis de l\u2019Alg\u00e9rie, et condamne l\u2019usage de la torture par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Dans une m\u00e9ditation douloureuse et br\u00fblante intitul\u00e9e<em> Imitation des bourreaux de J\u00e9sus-Christ<\/em>, il d\u00e9nonce l\u2019\u00c9tat tortionnaire, et non plus seulement l\u2019\u00c9tat policier, lors de l\u2019allocution de cl\u00f4ture de la Semaine des intellectuels catholiques, \u00e0 Florence, en novembre\u00a01954. Il s\u2019investit de plus en plus dans le drame alg\u00e9rien, qu\u2019il commentera jusqu\u2019en 1958. Il est alors convaincu que seul de Gaulle peut d\u00e9nouer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soussign\u00e9s [\u2026] somment les pouvoirs publics, au nom de la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen, de condamner sans \u00e9quivoque l\u2019usage de la torture qui d\u00e9shonore la cause qu\u2019elle pr\u00e9tend servir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2917\" class=\"cit-num\">2917<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Protestation solennelle adress\u00e9e au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avril\u00a01958. Sign\u00e9e Fran\u00e7ois Mauriac (1885-1970), Andr\u00e9 Malraux (1901-1976), Roger Martin du Gard (1881-1958), Jean-Paul Sartre (1905-1980), parue dans la presse et appelant les Fran\u00e7ais \u00e0 se joindre \u00e0 eux.<em> Les Porteurs de valise\u00a0: la r\u00e9sistance fran\u00e7aise \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1979), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019occasion est donn\u00e9e par le livre d\u2019Henri Alleg, <em>La Question<\/em>, r\u00e9cit d\u2019un tortur\u00e9, saisi par la police le 25\u00a0mars. Tous les intellectuels engag\u00e9s s\u2019expriment sur cet insupportable et insoluble probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens arm\u00e9s de grands principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2924\" class=\"cit-num\">2924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>L\u2019Express<\/em>, 12\u00a0juin 1958, <em>Bloc-notes<\/em>, 1958-1960, <span class=\"caps\">II<\/span> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours des journ\u00e9es de mai\u00a01958, l\u2019id\u00e9e s\u2019est r\u00e9pandue d\u2019un d\u00e9nouement possible de la crise par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d\u2019Alg\u00e9rie pourraient d\u00e9barquer, faire jonction avec les r\u00e9seaux favorables \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise en m\u00e9tropole, les putschistes b\u00e9n\u00e9ficiant m\u00eame de complicit\u00e9s dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat. Le 28\u00a0mai, \u00e0 Paris, une foule immense et pacifique va d\u00e9filer de la Nation \u00e0 la R\u00e9publique, conspuant les paras et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme ne passera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mauriac qui en rend compte d\u00e9nonce le danger fasciste dans <em>L\u2019Express<\/em>, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace va pr\u00e9cipiter la solution de Gaulle, recours \u00e0 l\u2019ultime sauveur. Pour Mauriac, c\u2019est l\u2019homme du destin, l\u2019homme de la gr\u00e2ce, le garant de l\u2019unit\u00e9 du pays. D\u00e8s lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionn\u00e9es le conduisent \u00e0 quitter <em>L\u2019Express<\/em> pour <em>Le Figaro<\/em> <em>litt\u00e9raire<\/em>, trop heureux d\u2019accueillir d\u00e9sormais son<em> Bloc-notes<\/em>, publi\u00e9 plus tard en quatre recueils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle se tient sous le regard du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui l\u2019observe, qui le juge, qui l\u2019admire d\u2019\u00eatre si diff\u00e9rent de tous les autres hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2976\" class=\"cit-num\">2976<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> De Gaulle<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier t\u00e9moin de son temps est redevenu un fervent gaulliste depuis 1958, sans \u00eatre jamais du style \u00ab\u00a0godillot\u00a0\u00bb, ni dans le fond, ni dans la forme\u00a0: \u00ab\u00a0Que de Gaulle se voie lui-m\u00eame comme un personnage de Shakespeare et comme le h\u00e9ros d\u2019une grande histoire, cela se manifeste clairement chaque fois (et c\u2019est souvent) qu\u2019il parle de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne.\u00a0\u00bb On doit \u00e0 Mauriac l\u2019une des plus originales d\u00e9finitions de l\u2019homme\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce que le G\u00e9n\u00e9ral n\u2019a pas fait, et qui ne d\u00e9pendait pas de lui de faire, c\u2019est d\u2019obliger \u00e0 l\u00e2cher prise ces mains, ces quelques mains, oui, ce petit nombre de mains, qui tiennent les commandes secr\u00e8tes de l\u2019\u00c9tat, qui assurent les immenses profits de quelques-uns et qui font de chacun de nous les t\u00eates d\u2019un troupeau exploitable, exploit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Bloc-notes<\/em>, tome 4\u00a0: 1965-1967<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gaulliste toujours fervent, mais jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie portant un regard vigilant sur ce personnage historique, comme sur tous les \u00e9v\u00e9nements consign\u00e9s dans son fameux <em>Bloc-notes<\/em>, r\u00e9f\u00e9rence intellectuelle pour toute une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cas sans pr\u00e9c\u00e9dent de suicide en plein bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3087\" class=\"cit-num\">3087<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Mauriac (1885-1970), \u00e0 propos du r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019avril\u00a01969.<em> De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle part en Irlande, pour ne pas \u00eatre impliqu\u00e9 dans la campagne pr\u00e9sidentielle \u2013 il votera par procuration. Il retourne ensuite \u00e0 Colombey, s\u2019enfermer dans sa propri\u00e9t\u00e9 de la Boisserie pour un dernier face \u00e0 face avec l\u2019histoire\u00a0: la r\u00e9daction quelque peu d\u00e9senchant\u00e9e, quoique sereine, de ses <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">17. Albert Camus (1957)<\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" title=\"albert camus citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/albert_camus_citations.jpg\" alt=\"albert camus citations\" width=\"744\" height=\"513\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le prix Nobel de litt\u00e9rature pour 1957 a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e0 M. Albert Camus. <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>cad\u00e9mie su\u00e9doise a voulu r\u00e9compenser ainsi une \u0153uvre litt\u00e9raire fran\u00e7aise qui \u00e9claire avec un s\u00e9rieux p\u00e9n\u00e9trant les probl\u00e8mes pos\u00e9s de nos jours aux consciences humaines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, maman est morte. Ou peut-\u00eatre hier, je ne sais pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>tranger<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8res phrases du roman \u2013 incipit parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine. <em>L\u2019\u00c9tranger<\/em> sera traduit en 68 langues \u2013 troisi\u00e8me roman francophone le plus lu dans le monde, apr\u00e8s <em>Le Petit Prince<\/em> de Saint-Exup\u00e9ry e<em>t Vingt Mille Lieues sous les mers<\/em> de Jules Verne.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re \u0153uvre d\u2019un jeune auteur n\u00e9 en Alg\u00e9rie, de parents pieds noirs et pauvres, orphelin de p\u00e8re, \u00e9lev\u00e9 par une m\u00e8re \u00e0 moiti\u00e9 sourde et qui ne saura jamais lire ni \u00e9crire.<\/p>\n<p>Tuberculeux, confront\u00e9 au spectacle de la mort dans les h\u00f4pitaux, il ne deviendra jamais le sportif qu\u2019il r\u00eavait d\u2019\u00eatre (footballer). Il doit m\u00eame renoncer \u00e0 une carri\u00e8re universitaire. Il sera donc journaliste engag\u00e9, r\u00e9sistant, auteur \u00e0 succ\u00e8s, mort \u00e0 46 ans dans un accident d\u2019auto.<\/p>\n<p>Ce premier roman propose une r\u00e9flexion sur l\u2019absurdit\u00e9 de la condition humaine, point de d\u00e9part de la r\u00e9volte devant l\u2019injustice. R\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne, toujours construit du seul point de vue du narrateur qui semble litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb \u00e0 sa propre vie et sur sa terre natale. Meursault apprend donc la mort de sa m\u00e8re\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, maman est morte. Ou peut-\u00eatre hier, je ne sais pas. J\u2019ai re\u00e7u un t\u00e9l\u00e9gramme de l\u2019asile\u00a0: M\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Enterrement demain. Sentiments distingu\u00e9s. Cela ne veut rien dire. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre hier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>L\u2019\u00c9tranger<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re partie du r\u00e9cit. Meursault se rend en autocar \u00e0 l\u2019asile de vieillards, situ\u00e9 pr\u00e8s d\u2019Alger. Veillant la morte toute la nuit, il assiste le lendemain \u00e0 la mise en bi\u00e8re et aux fun\u00e9railles, sans jamais avoir l\u2019attitude attendue d\u2019un fils endeuill\u00e9. Il ne pleure pas, il ne veut pas simuler un chagrin qu\u2019il ne ressent pas.<\/p>\n<p>Suivent une s\u00e9rie de faits et gestes quotidiens et banals qu\u2019il vit comme un \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb \u00e0 lui-m\u00eame et aux autres. Y compris Marie, la femme qu\u2019il veut bien \u00e9pouser, mais sans l\u2019aimer. Jusqu\u2019au fait divers final\u00a0:\u00a0 accabl\u00e9 de soleil sur la plage, devant l\u2019Arabe qui a sorti son couteau, il tire, le tue d\u2019un coup de revolver, tire encore quatre coups sur le corps inerte.<\/p>\n<p>Seconde partie du r\u00e9cit\u00a0: arr\u00eat\u00e9, questionn\u00e9, Meursault d\u00e9route par son indiff\u00e9rence, ses r\u00e9ponses absurdes, son insensibilit\u00e9 apparente. Apr\u00e8s un proc\u00e8s o\u00f9 il ne semble m\u00eame pas concern\u00e9, il est condamn\u00e9 \u00e0 la guillotine \u2013 pour son insensibilit\u00e9\u00a0\u00e0 la mort de sa m\u00e8re\u00a0? Il r\u00e9agit contre l\u2019aum\u00f4nier qui veut prier pour lui, une soudaine col\u00e8re\u2026 La nuit, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 lui revient, avec l\u2019id\u00e9e que le jour de son ex\u00e9cution, des foules qui le ha\u00efssent seront au rendez-vous.<\/p>\n<p>Le monologue de Meursault est une suite de \u00ab\u00a0non-citations\u00a0\u00bb refl\u00e9tant l\u2019absurde de la situation et l\u2019incompr\u00e9hension\u00a0de tout et de tous, d\u2019o\u00f9 l\u2019incommunicabilit\u00e9, mais\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout refus de communiquer est une tentative de communication\u00a0; tout geste d\u2019indiff\u00e9rence ou d\u2019hostilit\u00e9 est appel d\u00e9guis\u00e9.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il a d\u00e9clar\u00e9 que je n\u2019avais rien \u00e0 faire avec une soci\u00e9t\u00e9 dont je m\u00e9connaissais les r\u00e8gles les plus essentielles.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tout le monde sait que la vie ne vaut pas la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Du moment qu\u2019on meurt, comment et quand, cela n\u2019importe pas, c\u2019\u00e9tait \u00e9vident.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Mais je pensais tellement \u00e0 une femme, aux femmes, \u00e0 toutes celles que j\u2019avais connues, \u00e0 toutes les circonstances o\u00f9 je les avais aim\u00e9es, que ma cellule s\u2019emplissait de tous les visages et se peuplait de mes d\u00e9sirs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui est absurde, c\u2019est la confrontation de cet irrationnel et de ce d\u00e9sir \u00e9perdu de clart\u00e9 dont l\u2019appel r\u00e9sonne au plus profond de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Le Mythe de Sisyphe<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur confirme l\u2019id\u00e9e de l\u2019absurde pr\u00e9sente dans toute son \u0153uvre (romans, essais, th\u00e9\u00e2tre), mais il souligne que <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>tranger est moins une d\u00e9monstration de l\u2019absurdit\u00e9 du monde que la confrontation entre le caract\u00e8re non sens\u00e9 de l\u2019existence et le d\u00e9sir de compr\u00e9hension de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Rappelons que le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde\u00a0\u00bb qui pr\u00e9vaut apr\u00e8s-guerre dans les petites salles parisiennes (\u00ab\u00a0les pissotti\u00e8res du Quartier latin\u00a0\u00bb) pr\u00e9sente une nouvelle radicalit\u00e9 des situations et du langage plus extr\u00eame, avec Adamov, Beckett, Gen\u00eat, Ionesco.<\/p>\n<p>Rappelons aussi que la mort de Meursault (comme celle de Kaliaev dans <em>Les Justes<\/em>) rappelle celle de Julien Sorel dans <em>Le Rouge et le Noir<\/em> par la fa\u00e7on dont ces h\u00e9ros acceptent la mort, comme s\u2019ils d\u00e9siraient confirmer l\u2019absurdit\u00e9 du monde auquel appartiennent les juges. \u00ab\u00a0La seule excuse de Dieu, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe pas\u00a0\u00bb (Stendhal).<\/p>\n<p>Reste chez Camus la r\u00e9flexion sur l\u2019Histoire de France et du monde par un t\u00e9moin toujours attentif et engag\u00e9, devenant lui-m\u00eame acteur et manifestant son indignation, ses diff\u00e9rences, sa sensibilit\u00e9 vive, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son amour de la vie, du soleil, des femmes et du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tu\u00e9 des rois bien avant le 21\u00a0janvier 1793. Mais Ravaillac, Damiens et leurs \u00e9mules voulaient atteindre la personne du roi, non le principe [\u2026] Ils n\u2019imaginaient pas que le tr\u00f4ne p\u00fbt rester toujours vide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1484\" class=\"cit-num\">1484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire du monde est riche en r\u00e9gicides. Mais les assassins des rois qui tuent un homme ne font que renforcer le mythe de la royaut\u00e9. Alors qu\u2019un proc\u00e8s public, devant une Assembl\u00e9e nationale devenue tribunal du peuple, devait mettre fin \u00e0 la monarchie de droit divin. La mort du roi, chacun en juge selon son camp, des royalistes aux r\u00e9volutionnaires, en passant par toutes les nuances d\u2019opinion, de la droite r\u00e9actionnaire \u00e0 la gauche extr\u00eame. Cela vaut de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale pour la R\u00e9volution et aujourd\u2019hui encore, on en discute.<\/p>\n<p>Les \u00e9migr\u00e9s royalistes proclament roi, sous le nom de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>, le jeune dauphin enferm\u00e9 au Temple, et le comte de Provence (fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) est nomm\u00e9 r\u00e9gent du royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La faillite de la deuxi\u00e8me Internationale a prouv\u00e9 que le prol\u00e9tariat \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 par autre chose encore que sa condition \u00e9conomique et qu\u2019il avait une patrie, contrairement \u00e0 la fameuse formule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2594\" class=\"cit-num\">2594<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0fameuse formule\u00a0\u00bb se trouve dans le <em>Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels<\/em> (1848)\u00a0: \u00ab\u00a0Les ouvriers n\u2019ont pas de patrie. On ne peut donc leur ravir ce qu\u2019ils n\u2019ont pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pendant la guerre de 1914-1918, les leaders socialistes (Russes et Serbes except\u00e9s) votent les cr\u00e9dits militaires demand\u00e9s par les \u00ab\u00a0gouvernements bourgeois\u00a0\u00bb. La deuxi\u00e8me Internationale, fond\u00e9e au congr\u00e8s de Paris en 1889 par les partis socialistes et sociaux-d\u00e9mocrates de l\u2019Europe, \u00e9clate en deux temps (septembre\u00a01915 et avril\u00a01916) et divers mouvements, la minorit\u00e9 socialiste internationaliste critiquant la majorit\u00e9 \u00ab\u00a0socialiste chauvine\u00a0\u00bb, avant de se diviser \u00e0 son tour en courants, celui de gauche (L\u00e9nine) appelant \u00e0 la \u00ab\u00a0transformation de la guerre capitaliste en guerre civile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La diff\u00e9rence entre le massacre des Innocents et nos r\u00e8glements de compte est une diff\u00e9rence d\u2019\u00e9chelle [\u2026] De 1922 \u00e0 1947, soixante-dix millions d\u2019Europ\u00e9ens, hommes, femmes et enfants, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9racin\u00e9s, d\u00e9port\u00e9s et tu\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2827\" class=\"cit-num\">2827<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0: Chroniques 1948-1953<\/em> (1953)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, Camus sera r\u00e9dacteur en chef de <em>Combat<\/em> de 1944 \u00e0 1946. S\u2019opposant \u00e0 la fois au communisme et \u00e0 l\u2019existentialisme de Sartre, il manifeste sa soif de justice et son humanisme dans <em>Actuelles<\/em> (trois recueils d\u2019articles de 1939 \u00e0 1958), obtenant justement le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1957 pour avoir \u00ab\u00a0mis en lumi\u00e8re les probl\u00e8mes se posant de nos jours \u00e0 la conscience des hommes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me quart de\u00a0si\u00e8cle \u00e9voqu\u00e9 va de la naissance du fascisme en Italie, puis en Allemagne, \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre o\u00f9 l\u2019Europe centrale et orientale subit des changements de fronti\u00e8res, causes de transferts de population, et l\u2019instauration de r\u00e9gimes communistes, avec leur cort\u00e8ge de pers\u00e9cutions. Sans m\u00eame remonter au massacre des Innocents ordonn\u00e9 par H\u00e9rode, rappelons qu\u2019au Moyen \u00c2ge, au d\u00e9but de la guerre de Cent Ans, la bataille de Cr\u00e9cy rest\u00e9e dans les m\u00e9moires comme un massacre historique a fait (seulement) 3\u00a0000 morts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 est un bagne aussi longtemps qu\u2019un seul homme est asservi sur la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2832\" class=\"cit-num\">2832<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Les Justes<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9dacteur en chef de <em>Combat<\/em>, il est de ces intellectuels qui se m\u00ealent ardemment \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 de leur temps marqu\u00e9 par le totalitarisme, pour crier sa soif de justice, revendiquer dans <em>L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em>, \u00ab\u00a0la libert\u00e9, seule valeur imp\u00e9rissable de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb et pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9volte \u00e0 la r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Je me r\u00e9volte, donc nous sommes.\u00a0\u00bb Se d\u00e9fiant des id\u00e9ologies, Camus s\u2019oppose aux communistes, repousse les mirages de l\u2019absolu et les violences r\u00e9volutionnaires, contrairement \u00e0 Sartre et \u00e0 la revue des<em> Temps modernes<\/em>. L\u2019effondrement des r\u00e9gimes communistes dans l\u2019Europe de l\u2019Est \u00e0 l\u2019automne 1989 l\u2019aurait sans doute combl\u00e9, de m\u00eame que le \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb en 2011, m\u00eame si les lendemains d\u00e9chantent toujours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution ne retrouvera sa grandeur et son efficacit\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 elle mettra au centre de son \u00e9lan la passion irr\u00e9ductible de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2898\" class=\"cit-num\">2898<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>L\u2019Express<\/em>, 4\u00a0juin 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Camus vient de passer \u00e0 <em>l\u2019Express<\/em>, autrement dit \u00e0 l\u2019ennemi, selon Sartre et ses compagnons. Au sein de la guerre des gauches qui fait rage dans cette d\u00e9cennie, Camus d\u00e9fend l\u2019objectivit\u00e9 journalistique dans un article qui fait sensation. Bien loin du militantisme r\u00e9volutionnaire, il se veut lucide face aux vices inh\u00e9rents au communisme sovi\u00e9tique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand l\u2019opprim\u00e9 prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l\u2019injustice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2899\" class=\"cit-num\">2899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00ab\u00a0Les raisons de l\u2019adversaire\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Express<\/em>, 28\u00a0octobre 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 en Alg\u00e9rie, intellectuel \u00e9pris de justice autant que de libert\u00e9, Camus est plus qu\u2019un autre d\u00e9chir\u00e9 par \u00ab\u00a0les \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est, sans doute, la loi de l\u2019histoire. Il n\u2019y a plus d\u2019innocents en Alg\u00e9rie, sauf ceux, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils viennent, qui meurent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 2\u00a0avril 1955, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence est vot\u00e9 pour lutter contre la r\u00e9bellion, les libert\u00e9s publiques suspendues. Le gouverneur Soustelle tente une politique de r\u00e9formes, mais l\u2019insurrection dans le Constantinois et les massacres du <span class=\"caps\">FLN<\/span> le 20\u00a0ao\u00fbt poussent le gouvernement Edgar Faure \u00e0 appeler les r\u00e9servistes, le 24. Simples op\u00e9rations de maintien de l\u2019ordre\u00a0? La fiction est vite insoutenable. Il s\u2019agit d\u2019une guerre, une sale guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On doit aborder de front l\u2019argument majeur de ceux qui ont pris leur parti de la torture\u00a0: celle-ci a peut-\u00eatre permis de retrouver trente bombes, au prix d\u2019un certain honneur, mais elle a suscit\u00e9 du m\u00eame coup cinquante terroristes nouveaux qui, op\u00e9rant autrement et ailleurs, feront mourir plus d\u2019innocents encore.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2908\" class=\"cit-num\">2908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Chroniques 1939-1958<\/em>, sous titr\u00e9es <em>Chroniques alg\u00e9riennes<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre\u00a01955 et\u00a01958, comme tant d\u2019intellectuels et d\u2019autant plus concern\u00e9 qu\u2019il est n\u00e9 dans le d\u00e9partement (fran\u00e7ais) de Constantine, Camus s\u2019interroge sur l\u2019insupportable et insoluble probl\u00e8me de la torture et du terrorisme en Alg\u00e9rie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous devons condamner avec la m\u00eame force et sans pr\u00e9cautions de langage le terrorisme appliqu\u00e9 par le <span class=\"caps\">FLN<\/span> aux civils fran\u00e7ais comme d\u2019ailleurs, et dans une proportion plus grande, aux civils arabes. Ce terrorisme est un crime, qu\u2019on ne peut ni excuser ni laisser se d\u00e9velopper.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Occident qui, en dix ans, a donn\u00e9 l\u2019autonomie \u00e0 une dizaine de colonies, m\u00e9rite \u00e0 cet \u00e9gard plus de respect et, surtout, de patience que la Russie qui, dans le m\u00eame temps, a colonis\u00e9 ou plac\u00e9 sous un protectorat implacable une douzaine de pays de grande et ancienne civilisation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2911\" class=\"cit-num\">2911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Chroniques 1939-1958<\/em>, sous titr\u00e9es <em>Chroniques alg\u00e9riennes<\/em> (1958), Avant-propos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019expos\u00e9 des motifs de la loi-cadre du 23\u00a0juin 1956 sur les territoires d\u2019outre-mer (appel\u00e9e loi Defferre) annonce clairement la couleur\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas se laisser devancer et dominer par les \u00e9v\u00e9nements pour ensuite c\u00e9der aux revendications lorsqu\u2019elles s\u2019expriment sous une forme violente. Il importe de prendre en temps utile les dispositions qui permettent d\u2019\u00e9viter des conflits graves.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette loi facilitera une \u00e9volution rapide et paisible, passant par la Communaut\u00e9 de 1958, pour aboutir en 1960 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9colonisation amorc\u00e9e doit \u00eatre port\u00e9e \u00e0 l\u2019actif de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la justice, mais je d\u00e9fendrai ma m\u00e8re avant la justice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2913\" class=\"cit-num\">2913<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), \u00e0 Stockholm, 5\u00a0octobre 1957. <em>Albert Camus ou la m\u00e9moire des origines<\/em> (1998), Maurice Weyembergh<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 un \u00e9tudiant alg\u00e9rien partisan du <span class=\"caps\">FLN<\/span>, qui l\u2019interpelle lors de sa remise du prix Nobel. Le mot sera bient\u00f4t retourn\u00e9 contre son auteur, non sans injustice.<\/p>\n<p>Lorsque Camus re\u00e7oit le prix Nobel \u00e0 44 ans, sa premi\u00e8re r\u00e9action publique est de proclamer\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est Malraux qui aurait d\u00fb l\u2019avoir\u00a0\u00bb. C\u2019est une fa\u00e7on d\u2019anticiper ou de conjurer le jugement qu\u2019il pr\u00eate aux intellectuels et aux \u00e9crivains parisiens. Camus int\u00e9riorise d\u2019autant mieux son inf\u00e9riorit\u00e9 suppos\u00e9e qu\u2019il se trouve lui-m\u00eame bien jeune, son \u0153uvre est loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9e. Il souffre aussi de la trag\u00e9die alg\u00e9rienne et de probl\u00e8mes personnels qui le font osciller entre un remords et une culpabilit\u00e9 nuisant \u00e0 son aptitude au bonheur.<\/p>\n<p>Sartre l\u2019ach\u00e8ve en disant\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est bien fait\u00a0!\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 parisienne de d\u00e9nigrement\u00a0\u00bb l\u2019ignore sans voir que ce Nobel enthousiasme l\u2019Europe et la jeunesse. Tous les dissidents de l\u2019Est explosent de joie et dans leur presse clandestine, leurs \u00ab\u00a0samizdats\u00a0\u00bb c\u00e9l\u00e8brent le livre qui fut et demeure celui de leur d\u00e9livrance projet\u00e9e\u00a0:<em> l\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em>. Le milieu litt\u00e9raire tout-parisien a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 Camus \u00e9crivain mineur. Succ\u00e9dant aux ma\u00eetres, Gide et Mauriac, de grands bourgeois, voici un jeune roturier venu des faubourgs ouvriers d\u2019Alger et dont la m\u00e8re a longtemps fait des m\u00e9nages.\u00a0<\/p>\n<p>Camus revendique fi\u00e8rement cette origine modeste. Mais il souffre de ne pouvoir prendre parti comme il l\u2019a fait dans la R\u00e9sistance pendant l\u2019Occupation contre les nazis, puis d\u00e8s la d\u00e9couverte de l\u2019univers concentrationnaire et du goulag dans les pays de l\u2019Est. Dans cette guerre d\u2019Alg\u00e9rie, le manich\u00e9isme est \u00e0 la fois confortable et criminel. Sans illusion sur la pratique de la non-violence, il pr\u00e9conise un pacifisme qui milite pour la suspension et la limitation des violences. Son r\u00eave aurait \u00e9t\u00e9 que l\u2019on p\u00fbt rendre justice aux Alg\u00e9riens sans priver les pieds-noirs de leur patrie. Il \u00e9tait partisan d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration franco-alg\u00e9rienne qui aurait \u00e9t\u00e9 possible, selon lui, sans la guerre interminable. L\u2019intellectuel devait pr\u00e9coniser, contre toutes les fatalit\u00e9s du sens de l\u2019histoire, cette conciliation entre la justice et la fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Autre grande id\u00e9e, autre drame. Le totalitarisme sovi\u00e9tique ne s\u2019est pas encore effondr\u00e9, le souvenir du nazisme est plus atrocement vivant que jamais et on n\u2019a plus le droit de parler de \u00ab\u00a0violence r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, \u00e0 moins de faire de la violence m\u00eame l\u2019essence et la finalit\u00e9 de la r\u00e9volution. Un monde commence \u00e0 dispara\u00eetre, une morale \u00e0 s\u2019imposer. Camus dit \u00e0 Stockholm que lui, qui a fait partie de la g\u00e9n\u00e9ration des jeunes gens qui voulaient changer le monde, se trouve d\u00e9sormais invit\u00e9 \u00e0 le conserver \u2013 une des raisons de sa rupture avec Sartre.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">18. Jean-Paul Sartre (1964)<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" title=\"Jean-Paul SARTRE citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean-paul_sartre_citations.jpg\" alt=\"Jean-Paul SARTRE citations\" width=\"400\" height=\"425\"><\/p>\n<p>Prix Nobel de Litt\u00e9rature attribu\u00e9 le 22 octobre 1964 \u00e0 Jean-Paul Sartre, seul \u00e9crivain \u00e0 avoir refus\u00e9 cette distinction.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon refus n\u2019est pas un acte improvis\u00e9. J\u2019ai toujours d\u00e9clin\u00e9 les distinctions officielles. Lorsque, apr\u00e8s la guerre, en 1945, on m\u2019a propos\u00e9 la l\u00e9gion d\u2019honneur, j\u2019ai refus\u00e9 bien que j\u2019aie eu des amis au gouvernement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), d\u00e9claration au <em>Monde<\/em> et au <em>Figaro<\/em>, 24 octobre 1964<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il explique cette d\u00e9cision dans sa lettre ouverte adress\u00e9e \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie su\u00e9doise, texte publi\u00e9 par les deux principaux quotidiens fran\u00e7ais. Selon Sartre, \u00ab\u00a0aucun homme ne m\u00e9rite d\u2019\u00eatre consacr\u00e9 de son vivant\u00a0\u00bb. M\u00eame refus d\u2019une chaire au Coll\u00e8ge de France. Ces honneurs auraient, selon lui, ali\u00e9n\u00e9 sa libert\u00e9 en faisant de l\u2019\u00e9crivain une esp\u00e8ce d\u2019institution.<\/p>\n<p>Cette action unique en son genre restera c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: elle illustre l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de l\u2019intellectuel qui se veut ind\u00e9pendant du pouvoir politique.<\/p>\n<p>Reste que Sartre fut un grand auteur, comme Camus\u00a0: romans, th\u00e9\u00e2tre, essais, tout est bon pour exprimer son engagement politique (gauche communiste) et sa philosophie existentialiste.<\/p>\n<p>Nous avons choisi son texte le plus personnel \u2013 moins politique et moins philosophique que les autres citations qui retracent son parcours dans <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em> \u00c0 vous de juger l\u2019homme qui se livre ici comme rarement, avec humour et humilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais gratt\u00e9 la terre ni qu\u00eat\u00e9 des nids, je n\u2019ai pas herboris\u00e9 ni lanc\u00e9 des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont \u00e9t\u00e9 mes oiseaux et mes nids, mes b\u00eates domestiques, mon \u00e9table et ma campagne la biblioth\u00e8que, c\u2019\u00e9tait le monde pris dans un miroir, elle en avait l\u2019\u00e9paisseur infinie, la vari\u00e9t\u00e9, l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Les Mots<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Se raconter pour exister. Dans ce livre autobiographique, Sartre fend l\u2019armure, revenant sur son enfance bourgeoise et les croyances dont il a d\u00fb s\u2019affranchir pour atteindre l\u2019individu en lui. Un essai \u00e9crit d\u2019une plume plus sensible que philosophique, plus spontan\u00e9e que (trop) pens\u00e9e, avec ses aveux, ses contradictions assum\u00e9es. Un autre Sartre, plus vrai que nature\u00a0: \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 sort de la bouche des enfants. Tout proches encore de la nature, ils sont les cousins du vent et de la mer\u00a0: leurs balbutiements offrent \u00e0 qui sait les entendre des enseignements larges et vagues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Les Mots<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Quand on aime trop les enfants et les b\u00eates, on les aime contre les hommes.<br>\u00ab\u00a0J\u2019avais trouv\u00e9 ma religion\u00a0: rien ne me parut plus important qu\u2019un livre. La biblioth\u00e8que, j\u2019y voyais un temple.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Si l\u2019auteur inspir\u00e9, comme on croit commun\u00e9ment, est autre que soi au plus profond de soi-m\u00eame, j\u2019ai connu l\u2019inspiration entre sept et huit ans.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Faute de renseignements plus pr\u00e9cis, personne, \u00e0 commencer par moi, ne savait ce que j\u2019\u00e9tais venu foutre sur terre.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Si je range l\u2019impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il\u00a0? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n\u2019importe qui.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Je ne pouvais plus ignorer ma double imposture, je feignais d\u2019\u00eatre un acteur feignant d\u2019\u00eatre un h\u00e9ros.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Mes infortunes ne seraient jamais que des \u00e9preuves, que des moyens de faire un livre.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e ne me vint pas qu\u2019on p\u00fbt \u00e9crire pour \u00eatre lu. On \u00e9crit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le parti d\u2019\u00e9crire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. Je voulais des oblig\u00e9s et non pas des lecteurs.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Longtemps j\u2019ai pris ma plume pour une \u00e9p\u00e9e\u00a0; \u00e0 pr\u00e9sent je connais notre impuissance. N\u2019importe\u00a0: je fais, je ferai des livres; il en faut; cela sert tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0On se d\u00e9fait d\u2019une n\u00e9vrose, on ne se gu\u00e9rit pas de soi.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ils me font bien rire, aujourd\u2019hui, ceux qui d\u00e9plorent l\u2019influence de Fant\u00f4mas ou d\u2019Andr\u00e9 Gide\u00a0: croit-on que les enfants ne choisissent pas leurs poisons eux-m\u00eames\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la r\u00e9pression qui suivit la Commune, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9crit une ligne pour l\u2019emp\u00eacher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2380\" class=\"cit-num\">2380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),<em> Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est poser le probl\u00e8me de l\u2019engagement des intellectuels, question bient\u00f4t au centre de la vie politique. Pourtant, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent en 1871, et d\u2019abord celle de Victor Hugo. Pour ses articles publi\u00e9s durant la Semaine sanglante sous la Commune, il voit sa maison \u00e0 Bruxelles lapid\u00e9e aux cris de<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 mort, Victor Hugo\u00a0! \u00c0 la potence\u00a0! \u00c0 Cayenne\u00a0!\u00a0\u00bb, sans que la police intervienne. Le gouvernement belge, violemment hostile aux communards \u00e0 qui le po\u00e8te offrait l\u2019asile de sa demeure, prend un arr\u00eat\u00e9 enjoignant \u00ab\u00a0au sieur Hugo, homme de lettres, \u00e2g\u00e9 de soixante-neuf ans, de quitter imm\u00e9diatement le royaume, avec d\u00e9fense d\u2019y entrer \u00e0 l\u2019avenir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s son retour en France, il se bat pour l\u2019amnistie des communards et pour arracher \u00e0 la mort ou \u00e0 la d\u00e9portation des gens tels que Rochefort. Il lutte aussi en po\u00e8te, en proph\u00e8te qui en appelle \u00e0 la fraternit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 juges, vous jugez les crimes de l\u2019aurore.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a ri longtemps de ce m\u00e9lodrame o\u00f9 l\u2019auteur faisait dire \u00e0 des soldats de Bouvines\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres, chevaliers de la guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb. C\u2019est fort bien fait, mais il faut donc rire de nous-m\u00eames\u00a0: nos jeunes gens s\u2019intitulaient \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0\u00bb quatre ans avant l\u2019accord de Munich.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2668\" class=\"cit-num\">2668<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Munich, ce sera octobre\u00a01938. Quatre ans plus t\u00f4t, l\u2019Europe assiste \u00e0 la mont\u00e9e au pouvoir d\u2019Adolf Hitler. Autrichien naturalis\u00e9 allemand, port\u00e9 au pouvoir par la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 1930, qui jette les millions d\u2019ouvriers ch\u00f4meurs et de petits rentiers ruin\u00e9s vers les partis extr\u00eames, manipulant l\u2019arm\u00e9e et les puissances financi\u00e8res, devenant chancelier du Reich le 30\u00a0janvier 1933, puis F\u00fchrer, ma\u00eetre absolu, dictateur en 1934. Pl\u00e9biscit\u00e9, promettant \u00e0 son pays de le lib\u00e9rer du \u00ab\u00a0Diktat\u00a0\u00bb de Versailles, mais lui annon\u00e7ant d\u00e9j\u00e0 de gros sacrifices en \u00e9change\u00a0: \u00ab\u00a0Des canons plut\u00f4t que du beurre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dirait bient\u00f4t\u00a0: les soldats de 38 \u2013 comme on disait\u00a0: les soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>, les poilus de 14. Ils creuseraient leurs trous comme les autres, ni mieux ni plus mal, et puis ils se coucheraient dedans, parce que c\u2019\u00e9tait leur lot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2701\" class=\"cit-num\">2701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Le Sursis<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bourgeois ennemi de sa classe, philosophe et \u00e9crivain de gauche qui s\u2019engagera \u00e0 l\u2019extr\u00eame, Sartre est pensionnaire \u00e0 l\u2019Institut fran\u00e7ais de Berlin, quand Hitler prend le pouvoir (1933-1934). Son premier grand roman, <em>La Naus\u00e9e<\/em>, est publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e m\u00eame de Munich. Et le climat de Munich sert de toile de fond au Sursis, deuxi\u00e8me tome des<em> Chemins de la libert\u00e9<\/em>. Munich, cet accord, c\u2019est \u00ab\u00a0le sursis\u00a0\u00bb avant la guerre, in\u00e9vitable. Il n\u2019est qu\u2019\u00e0 entendre la voix d\u2019Hitler, les mots d\u2019Hitler qui parle \u00e0 la radio, devenue un moyen de communication de masse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Battus, br\u00fbl\u00e9s, aveugl\u00e9s, rompus, la plupart des r\u00e9sistants n\u2019ont pas parl\u00e9\u00a0; ils ont bris\u00e9 le cercle du Mal et r\u00e9affirm\u00e9 l\u2019humain, pour eux, pour nous, pour leurs tortionnaires m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2718\" class=\"cit-num\">2718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations<\/em> <span class=\"caps\">II<\/span> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prisonnier, lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un subterfuge, Sartre l\u2019\u00e9ternel engag\u00e9 participe \u00e0 la constitution d\u2019un r\u00e9seau de r\u00e9sistance. Activit\u00e9 clandestine \u00e0 haut risque\u00a0: en France, 30\u00a0000 r\u00e9sistants fusill\u00e9s, plus de 110\u00a0000 d\u00e9port\u00e9s, dont la plupart morts dans les camps, ou \u00e0 leur retour. Jean Moulin en est \u00e0 la fois le chef (pr\u00e9sident du Conseil national de la R\u00e9sistance), le h\u00e9ros, le martyr, le symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, papa, nous voil\u00e0\u00a0: vingt mille types qui voulaient \u00eatre des h\u00e9ros et qui se sont rendus sans combattre en rase campagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2744\" class=\"cit-num\">2744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),<em> La Mort dans l\u2019\u00e2me<\/em> (1940)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s \u00ab\u00a0la dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb, cette p\u00e9riode d\u2019attentisme et de quasi-absence d\u2019affrontements entre la d\u00e9claration de guerre de la France \u00e0 l\u2019Allemagne le 3 septembre 1939 et l\u2019offensive allemande du 10 mai 1940, il y a eu des combats et il reste des poches de r\u00e9sistance. Mais l\u2019ampleur et la rapidit\u00e9 de la d\u00e9b\u00e2cle fran\u00e7aise surprirent tout le monde, m\u00eame l\u2019arm\u00e9e allemande.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9sistance fut une d\u00e9mocratie v\u00e9ritable\u00a0: pour le soldat comme pour le chef, m\u00eame danger, m\u00eame responsabilit\u00e9, m\u00eame absolue libert\u00e9 dans la discipline.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2784\" class=\"cit-num\">2784<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9sistance, fait europ\u00e9en, \u00e9volue \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame fa\u00e7on dans tous les pays.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9sistance ext\u00e9rieure et bient\u00f4t avec elle, la R\u00e9sistance int\u00e9rieure s\u2019organise en France. On \u00e9coute la <span class=\"caps\">BBC<\/span>, on se passe des informations, on fait passer des renseignements, des r\u00e9seaux se cr\u00e9ent, une presse clandestine (plus de 1\u00a0100 journaux recens\u00e9s, dont certains tirent \u00e0 plusieurs centaines de mille\u00a0!), on imprime aussi des tracts pour d\u00e9noncer les mensonges de la propagande. On aide les prisonniers \u00e9vad\u00e9s des camps \u00e9tablis en France et des fili\u00e8res d\u2019\u00e9vasion se forment. On aidera tous les suspects, notamment les juifs.<\/p>\n<p>On arrive vite \u00e0 l\u2019action directe, la plus dangereuse\u00a0: sabotages, attentats, guerre de maquisards, arm\u00e9e des ombres. Pr\u00e8s de 100\u00a0000 morts au total, dans les rangs des R\u00e9sistants dont le compte est forc\u00e9ment impr\u00e9cis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelqu\u2019un \u00e0 qui on demandait ce qu\u2019il avait fait sous la Terreur r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai v\u00e9cu\u2026\u00a0\u00bb C\u2019est une r\u00e9ponse que nous pourrions tous faire aujourd\u2019hui. Pendant quatre ans, nous avons v\u00e9cu et les Allemands vivaient aussi, au milieu de nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2828\" class=\"cit-num\">2828<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s qui fit cette r\u00e9ponse. Selon Paul Morand\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire, comme une idiote, m\u00e9caniquement se r\u00e9p\u00e8te\u00a0\u00bb (<em>Ferm\u00e9 la nuit<\/em>, 1923). Et Sartre note, commente, avant de s\u2019imposer comme le ma\u00eetre \u00e0 penser de toute une g\u00e9n\u00e9ration \u2013 un r\u00f4le qui lui va si bien qu\u2019il ne saura jamais y renoncer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019internationalisme qui fut un beau r\u00eave n\u2019est plus que l\u2019illusion t\u00eatue de quelques trotskistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2833\" class=\"cit-num\">2833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pendant dix ans, de la Lib\u00e9ration aux \u00e9v\u00e9nements de Budapest, c\u2019est l\u2019\u00e9poque des ma\u00eetres \u00e0 penser et des engagements imp\u00e9ratifs. Sartre r\u00e8gne en ma\u00eetre contestataire. Le communisme s\u00e9duit encore nombre d\u2019intellectuels fran\u00e7ais, m\u00eame s\u2019il faut renoncer \u00e0 l\u2019union des peuples, au-del\u00e0 des fronti\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019existentialisme est un humanisme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2859\" class=\"cit-num\">2859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Salle des Centraux, 29\u00a0octobre 1945. <em>L\u2019Existentialisme est un humanisme<\/em> (1946), Jean-Paul Sartre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Th\u00e8me de sa conf\u00e9rence et titre de l\u2019essai qui r\u00e9sume sa philosophie. Moraliste confront\u00e9 aux probl\u00e8mes de l\u2019apr\u00e8s-guerre, attaqu\u00e9 par les communistes et par certains catholiques, il fait scandale, il fait salle comble. Toute une g\u00e9n\u00e9ration va vivre \u00e0 l\u2019heure des engagements sartriens plus ou moins bien compris, \u00e0 l\u2019ombre du clocher de la \u00ab\u00a0cath\u00e9drale de Sartre\u00a0\u00bb, dans ce Saint-Germain-des-Pr\u00e9s d\u2019apr\u00e8s-guerre, qui est aussi celui des caves, du jazz, de Boris Vian et de Juliette Gr\u00e9co \u2013 une fa\u00e7on de\u00a0revivre et d\u2019\u00eatre libre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Le prol\u00e9tariat] ne songe pas \u00e0 r\u00e9clamer la libert\u00e9 politique, dont il jouit apr\u00e8s tout et qui n\u2019est qu\u2019une mystification\u00a0; de la libert\u00e9 de penser, il n\u2019a que faire pour l\u2019instant\u00a0; ce qu\u2019il demande est fort diff\u00e9rent de ces libert\u00e9s abstraites\u00a0: il souhaite l\u2019am\u00e9lioration mat\u00e9rielle de son sort, et plus profond\u00e9ment, plus obscur\u00e9ment aussi, la fin de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2873\" class=\"cit-num\">2873<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Totalement conditionn\u00e9 par sa classe, son salaire, la nature de son travail, conditionn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ses sentiments, jusqu\u2019\u00e0 ses pens\u00e9es, c\u2019est lui [l\u2019ouvrier] qui d\u00e9cide du sens de sa condition et de celle de ses camarades, c\u2019est lui qui, librement, donne au prol\u00e9tariat un avenir d\u2019humiliation sans tr\u00eave ou de conqu\u00eate et de victoire, selon qu\u2019il se choisit r\u00e9sign\u00e9 ou r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 moiti\u00e9 victimes, \u00e0 moiti\u00e9 complices, comme tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2876\" class=\"cit-num\">2876<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), cit\u00e9 en exergue par Simone de Beauvoir,<em> Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romanci\u00e8re existentialiste dont toutes les \u0153uvres se veulent \u00ab\u00a0signifiantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Notre-Dame de Sartre\u00a0\u00bb fait scandale avec ce livre \u2013 dont son compagnon a trouv\u00e9 le titre qui fera le tour du monde. Elle d\u00e9montre que la femme est \u00e0 l\u2019homme ce que le N\u00e8gre est au Blanc, un Autre inf\u00e9rioris\u00e9, irresponsable. Mais les femmes, \u00e0 l\u2019inverse des autres exploit\u00e9s de la terre, colonis\u00e9s ou prol\u00e9taires, sont rest\u00e9es soumises, complices des structures qui les oppriment, tombant dans les pi\u00e8ges du mariage et de la maternit\u00e9.<\/p>\n<p>Message pr\u00e9monitoire\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ration suivante remettra en question le mariage traditionnel, cependant que par la contraception et l\u2019<span class=\"caps\">IVG<\/span>, la femme pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019Histoire, aura le droit d\u2019avoir des enfants comme et quand elle le veut.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Le marxisme], c\u2019est le climat de nos id\u00e9es, le milieu o\u00f9 elles s\u2019alimentent, c\u2019est le mouvement vrai de ce que Hegel appelait l\u2019Esprit objectif [\u2026] Il est \u00e0 lui seul la culture.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2905\" class=\"cit-num\">2905<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980). <em>Les Temps modernes<\/em>, nos\u00a0121 \u00e0\u00a0125 (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peu de temps avant le <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0Congr\u00e8s du <span class=\"caps\">PC<\/span> de l\u2019Union sovi\u00e9tique, tenu en f\u00e9vrier\u00a01956, Sartre assure\u00a0: \u00ab\u00a0Port\u00e9 par l\u2019Histoire, le <span class=\"caps\">PC<\/span> manifeste une extraordinaire intelligence objective, il est rare qu\u2019il se trompe.\u00a0\u00bb La suite va tr\u00e8s vite d\u00e9mentir ces propos et crucifier Sartre dont l\u2019intelligence (extr\u00eame) ne r\u00e9pond malheureusement pas \u00e0 la premi\u00e8re d\u00e9finition du dictionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019art de s\u2019adapter\u00a0\u00bb. Serait-ce \u00e0 la fois sa force et sa faiblesse\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2907\" class=\"cit-num\">2907<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), \u00ab\u00a0d\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb <em>Nekrassov<\/em>, cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Antoine, 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot apocryphe ou, plus exactement, tour de passe-passe. <em>Nekrassov<\/em> est un malentendu\u00a0: pi\u00e8ce \u00e0 message, jug\u00e9e communiste par les anticommunistes, et anticommuniste par les communistes, c\u2019est un \u00e9chec th\u00e9\u00e2tral. Le mot est aussi un bel exemple de \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb, ce que Sartre d\u00e9teste et nomme \u00ab\u00a0le baiser de la mort\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est une manipulation, donc la preuve de l\u2019importance du texte. Il a \u00e9crit deux r\u00e9pliques\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer les pauvres\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0D\u00e9sesp\u00e9rons Billancourt\u00a0\u00bb. La contraction des deux donne cette fameuse phrase. Qu\u2019il n\u2019aurait jamais dite, m\u00eame si le mot lui a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9, en mai\u00a01968.<\/p>\n<p>Il le pense peut-\u00eatre, le 4\u00a0novembre 1956, quand 2\u00a0500 chars sovi\u00e9tiques interviennent en Hongrie pour \u00e9craser la tentative de lib\u00e9ralisation du r\u00e9gime. Le 9, dans une interview \u00e0<em> L\u2019Express,<\/em> il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0la faillite compl\u00e8te du socialisme en tant que marchandise import\u00e9e d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>\u00a0\u00bb et se tourne vers d\u2019autres communismes, voulant pr\u00e9server l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re en France. \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soussign\u00e9s [\u2026] somment les pouvoirs publics, au nom de la <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em>, de condamner sans \u00e9quivoque l\u2019usage de la torture qui d\u00e9shonore la cause qu\u2019elle pr\u00e9tend servir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2917\" class=\"cit-num\">2917<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Protestation solennelle adress\u00e9e au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avril\u00a01958. Sign\u00e9e Jean-Paul Sartre (1905-1980), Andr\u00e9 Malraux (1901-1976), Roger Martin du Gard (1881-1958), Fran\u00e7ois Mauriac (1885-1970), parue dans la presse et appelant les Fran\u00e7ais \u00e0 se joindre \u00e0 eux. <em>Les Porteurs de valise\u00a0: la r\u00e9sistance fran\u00e7aise \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1979), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019occasion est donn\u00e9e par le livre d\u2019Henri Alleg, <em>La Question<\/em>, r\u00e9cit d\u2019un tortur\u00e9, saisi par la police le 25\u00a0mars. Tous les intellectuels engag\u00e9s s\u2019expriment sur cet insupportable et insoluble probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gauche est impuissante et elle le restera si elle n\u2019accepte pas d\u2019unir ses efforts \u00e0 la seule force qui lutte aujourd\u2019hui r\u00e9ellement contre l\u2019ennemi commun des libert\u00e9s alg\u00e9riennes et des libert\u00e9s fran\u00e7aises. Et cette force est le <span class=\"caps\">FLN<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2995\" class=\"cit-num\">2995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Lettre au proc\u00e8s Jeanson (5\u00a0septembre-1er\u00a0octobre 1960). <em>La Guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: des complots du 13\u00a0mai \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance<\/em> (1981), Henri Alleg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains Fran\u00e7ais ne se contentent plus de prendre position en faveur de la paix en Alg\u00e9rie et de n\u00e9gociations avec le <span class=\"caps\">FLN<\/span>, ils apportent une aide directe \u00e0 ses membres, c\u2019est-\u00e0-dire aux dirigeants de la r\u00e9bellion, participant m\u00eame \u00e0 des faits de guerre ou de terrorisme.<\/p>\n<p>Le r\u00e9seau Jeanson regroupe 6 Alg\u00e9riens et 17 Fran\u00e7ais de m\u00e9tropole accus\u00e9s, entre autres, de transporter des fonds, des faux papiers, du mat\u00e9riel de propagande \u2013 d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0porteurs de valises\u00a0\u00bb donn\u00e9 par Sartre et rest\u00e9 dans l\u2019histoire. Il est personnellement li\u00e9 \u00e0 Francis Jeanson (en fuite, et donc absent au proc\u00e8s). Ne pouvant se pr\u00e9senter lui-m\u00eame au tribunal (retenu au Br\u00e9sil pour une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences), l\u2019\u00e9crivain exprime sa solidarit\u00e9 par une longue lettre, se r\u00e9f\u00e9rant au Manifeste des 121 qu\u2019il a naturellement sign\u00e9.<\/p>\n<p>26 avocats (dont Roland Dumas) d\u00e9fendent les inculp\u00e9s, faisant durer le proc\u00e8s et ridiculisant le tribunal, strat\u00e9gie payante face \u00e0 l\u2019opinion publique. Jeanson sera reconnu coupable de haute trahison et condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de r\u00e9clusion \u2013 amnisti\u00e9 en 1966. La majorit\u00e9 des autres membres du r\u00e9seau sont condamn\u00e9s plus ou moins s\u00e9v\u00e8rement, et neuf acquitt\u00e9s.<em> Le\u00a0Monde<\/em>, en septembre\u00a02000, rend justice \u00e0 \u00ab\u00a0ces tra\u00eetres qui sauv\u00e8rent l\u2019honneur de la France\u00a0\u00bb (Dominique Vidal).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui me semble le plus important, c\u2019est qu\u2019actuellement les fils de la bourgeoisie s\u2019unissent aux ouvriers dans un esprit r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3059\" class=\"cit-num\">3059<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Sorbonne, 20\u00a0mai 1968. <em>Le Pi\u00e9ton de mai<\/em> (1968), Jean Claude Kerbourc\u2019h<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prestigieux invit\u00e9s \u00e0 l\u2019affiche de ce jour\u00a0: Pierre Bourdieu (sociologue), Marguerite Duras (romanci\u00e8re), Max-Pol Fouchet (auteur tout terrain, surtout connu comme homme de radio et de t\u00e9l\u00e9vision. Sartre ne peut pas, ne veut pas rater son Mai 68. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019il fut d\u00e9bord\u00e9 par \u00ab\u00a0les \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb comme tous les observateurs et les acteurs de cette p\u00e9riode, y compris de Gaulle, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u2013 Georges Pompidou, son Premier ministre, plus jeune et ex-professeur, \u00e9vitera sans doute le pire avec une \u00e9vidente habilet\u00e9 politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le premier des droits de l\u2019homme, c\u2019est le devoir pour certains d\u2019aider les autres \u00e0 vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3189\" class=\"cit-num\">3189<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), au pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing, 26\u00a0juin 1979. <em>G\u00e9n\u00e9ration<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, Les Ann\u00e9es de poudre (1988), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un groupe d\u2019intellectuels est re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Ils sont venus dire la d\u00e9tresse des r\u00e9fugi\u00e9s vietnamiens. Depuis deux mois, \u00e0 l\u2019initiative de Bernard Kouchner et de M\u00e9decins du Monde, le bateau<em> \u00cele de Lumi\u00e8re<\/em> recueille et soigne les damn\u00e9s de la mer, ces \u00ab\u00a0boat people\u00a0\u00bb fuyant le r\u00e9gime communiste du Vietnam r\u00e9unifi\u00e9. Le pr\u00e9sident promet que la France fournira autant de visas qu\u2019<em>\u00cele de Lumi\u00e8re<\/em> abrite de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette croisade humanitaire est l\u2019occasion d\u2019un rapprochement (sans lendemain) entre Aron et Sartre (\u00e0 la veille de sa mort), apr\u00e8s des d\u00e9cennies de divorce intellectuel.<\/p>\n<p>Accueil des r\u00e9fugi\u00e9s sans patrie, r\u00e9gularisation des \u00e9trangers sans papier, gestion de l\u2019\u00e9migration clandestine\u00a0: probl\u00e8mes r\u00e9currents et toujours br\u00fblants. Le clivage entre la gauche (g\u00e9n\u00e9reuse ou laxiste) et la droite (plus r\u00e9aliste) se double d\u2019une autre division, entre partis au pouvoir et opposition.<\/p>\n<p>La phrase de Sartre s\u2019applique \u00e9galement aux laiss\u00e9s pour compte de la croissance et du progr\u00e8s, innombrables victimes de toutes les crises\u00a0: populations du tiers-monde, ou quart monde dans les pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s, y compris la France.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">19. Fran\u00e7ois Jacob (1965)<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" title=\"Fran\u00e7ois JACOB citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/francois_jacob_citations.jpg\" alt=\"Fran\u00e7ois JACOB citations\" width=\"280\" height=\"396\"><\/p>\n<p>En 1965, il obtient, conjointement avec Jacques Monod et Andr\u00e9 Lwoff le prix Nobel de physiologie et de m\u00e9decine \u00ab\u00a0pour leurs d\u00e9couvertes sur la r\u00e9gulation g\u00e9n\u00e9tique de la synth\u00e8se d\u2019enzymes et de virus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le programme g\u00e9n\u00e9tique prescrit la mort de l\u2019individu, d\u00e8s la f\u00e9condation de l\u2019ovule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JACOB<\/span> (1920-2013), <em>La Logique du vivant, une histoire de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le livre de Fran\u00e7ois Jacob est la plus remarquable histoire de la biologie qui ait jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crite. Elle invite aussi \u00e0 un grand r\u00e9apprentissage de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb Michel Foucault.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Jacob, comme son confr\u00e8re Jacques Monod, fait partie de ces grands scientifiques soucieux de vulgariser (au meilleur sens du terme) le r\u00e9sultat de leurs recherches, et donc leur pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Il voulait \u00eatre chirurgien, mais la guerre l\u2019en emp\u00eacha. Juin 1940, alors qu\u2019il est en seconde ann\u00e9e de m\u00e9decine, il s\u2019engage \u00e0 Londres dans les Forces fran\u00e7aises libres. Envoy\u00e9 en Afrique, m\u00e9decin de bataillon, il est bless\u00e9 en Tunisie. Affect\u00e9 \u00e0 la 2e <span class=\"caps\">DB<\/span> (division blind\u00e9e), de nouveau bless\u00e9 (plus gravement) en Normandie, en ao\u00fbt 1944, il sera fait Compagnon de la Lib\u00e9ration en 1945. Apr\u00e8s la guerre, il termine ses \u00e9tudes de m\u00e9decine. Mais la chirurgie lui est devenue impossible.<\/p>\n<p>Il se tourne finalement vers la biologie. Il entre \u00e0 l\u2019Institut Pasteur, chef de laboratoire, puis chef du service de g\u00e9n\u00e9tique cellulaire r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9. Professeur de g\u00e9n\u00e9tique cellulaire au Coll\u00e8ge de France. Surdipl\u00f4m\u00e9 par diverses Acad\u00e9mies \u00e9trang\u00e8res, il sera aussi\u2026 producteur de cin\u00e9ma, monteur, sc\u00e9nariste, r\u00e9alisateur. Cousin germain de Gilles Jacob (pr\u00e9sident du Festival de Cannes), c\u2019est aussi le p\u00e8re d\u2019Odile Jacob, \u00e9ditrice. Bref, une longue vie bien remplie.<\/p>\n<p>Le Nobel est une \u00e9tape, reconnaissance majeure de ses travaux en 1965, mais il poursuit ses recherches et ses publications. Il s\u2019engage aussi publiquement. Ainsi prend-il la parole au proc\u00e8s de Bobigny en tant que sp\u00e9cialiste scientifique au c\u00f4t\u00e9 de Jacques Monod, \u00e0 propos de l\u2019avortement dont le droit est d\u00e9fendu par l\u2019avocate et militante f\u00e9ministe Gis\u00e8le Halimi. Il \u00e9crit une tribune dans le journal<em> Le Monde<\/em>, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Droit \u00e0 l\u2019avortement\u00a0\u00bb. Il r\u00e9cuse les arguments utilis\u00e9s contre l\u2019avortement, qu\u2019il qualifie d\u203a\u00ab\u00a0objet d\u2019une haine qui rel\u00e8ve plus de la passion que de la raison\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui donne \u00e0 un individu sa valeur g\u00e9n\u00e9tique, ce n\u2019est pas la qualit\u00e9 propre de ses g\u00e8nes. C\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas la m\u00eame collection de g\u00e8nes que les autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JACOB<\/span> (1920-2013), <em>Sciences de la vie et soci\u00e9t\u00e9<\/em> (1980)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un rapport co\u00e9crit avec deux autres chercheurs \u2013 constant souci de diffuser en termes simples les r\u00e9sultats d\u2019une recherche toujours plus complexe.<\/p>\n<p>Ses travaux en g\u00e9n\u00e9tique microbienne lui permettront d\u2019\u00e9tablir plusieurs notions fondamentales, dont l\u2019existence du fameux \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">ARN<\/span> messager\u00a0\u00bb. L\u2019acide ribonucl\u00e9ique messager, <span class=\"caps\">ARN<\/span> messager, ou <span class=\"caps\">ARN<\/span>m, est une mol\u00e9cule interm\u00e9diaire, copie transitoire d\u2019une portion de l\u2019<span class=\"caps\">ADN<\/span> correspondant \u00e0 un ou plusieurs g\u00e8nes d\u2019un organisme biologique. Ces mol\u00e9cules sont charg\u00e9es de transmettre l\u2019information cod\u00e9e dans notre pr\u00e9cieux g\u00e9nome, pour permettre la synth\u00e8se des prot\u00e9ines n\u00e9cessaires au fonctionnement de nos cellules.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La s\u00e9lection naturelle op\u00e8re \u00e0 la mani\u00e8re non d\u2019un ing\u00e9nieur, mais d\u2019un bricoleur\u00a0; un bricoleur qui ne sait pas encore ce qu\u2019il va produire, mais r\u00e9cup\u00e8re tout ce qui lui tombe sous la main.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JACOB<\/span> (1920-2013), <em>Le Jeu des possibles<\/em> (1981)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est son principal essai en termes de vulgarisation. La biologie moderne fait rena\u00eetre de vieux cauchemars. Elle a un parfum de savoir d\u00e9fendu. Elle ressuscite d\u2019anciens mythes. Elle d\u00e9range. Particuli\u00e8rement scandaleuse appara\u00eet la preuve qu\u2019on peut jouer avec la substance \u00e0 la base de toute vie sur cette plan\u00e8te\u00a0: l\u2019\u00e9v\u00e8nement le plus extraordinaire de ce monde, la formation d\u2019un \u00eatre humain \u00e0 partir d\u2019un \u0153uf, n\u2019est que le r\u00e9sultat d\u2019un \u00ab\u00a0bricolage cosmique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Plus un domaine scientifique touche aux affaires humaines, plus il risque de se trouver en conflit avec les traditions Au nom d\u2019une singuli\u00e8re \u00e9quivoque, on cherche \u00e0 confondre l\u2019identit\u00e9, concept biologique, et l\u2019\u00e9galit\u00e9, concept social. \u00ab\u00a0Comme si l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les \u00eatres humains ne sont pas identiques.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019impr\u00e9visible est dans la nature m\u00eame de l\u2019entreprise scientifique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JACOB<\/span> (1920-2013), <em>Le Jeu des possibles<\/em> (1981)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre \u00e9vidence\u00a0: si ce qu\u2019on va trouver est vraiment nouveau, c\u2019est par d\u00e9finition quelque chose d\u2019inconnu \u00e0 l\u2019avance. La recherche est un processus sans fin dont on ne peut jamais dire comment il \u00e9voluera. \u00ab\u00a0Le monde vivant aujourd\u2019hui, tel que nous le voyons autour de nous, n\u2019est qu\u2019un parmi de nombreux possibles. Il aurait tr\u00e8s bien pu \u00eatre diff\u00e9rent. Il aurait m\u00eame pu ne pas exister du tout.\u00a0\u00bb De m\u00eame que \u00ab\u00a0L\u2019esprit\u00a0\u00bb est un produit de l\u2019organisation du cerveau tout comme la vie\u00a0\u00bb est un produit de l\u2019organisation des mol\u00e9cules.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est plus dangereux que la certitude d\u2019avoir raison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">JACOB<\/span> (1920-2013), <em>Le Jeu des possibles<\/em> (1981)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8re mise en garde facile \u00e0 comprendre, mais difficile \u00e0 faire entendre\u00a0: \u00ab\u00a0Ce ne sont pas les id\u00e9es de la science qui engendrent les passions, Ce sont les passions qui utilisent la science pour soutenir leur cause.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste un message d\u2019espoir et de bon sens\u00a0: \u00ab\u00a0Si la science \u00e9volue, c\u2019est souvent parce qu\u2019un aspect encore inconnu des choses se d\u00e9voile soudain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">20. Jacques Monod (1965)<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" title=\"Jacques MONOD citations\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jacques_monod_citations.jpg\" alt=\"Jacques MONOD citations\" width=\"280\" height=\"292\"><\/p>\n<p>En 1965, il obtient, conjointement avec Fran\u00e7ois Jacob et Andr\u00e9 Lwoff, le prix Nobel de physiologie et de m\u00e9decine \u00ab\u00a0pour leurs d\u00e9couvertes sur la r\u00e9gulation g\u00e9n\u00e9tique de la synth\u00e8se d\u2019enzymes et de virus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les religions, presque toutes les philosophies, une partie m\u00eame de la science, t\u00e9moignent de l\u2019inlassable, h\u00e9ro\u00efque effort de l\u2019humanit\u00e9 niant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sa propre contingence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">MONOD<\/span> (1910-1976),<em> Le Hasard et la N\u00e9cessit\u00e9 \u2013 essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est peut-\u00eatre une utopie. Mais ce n\u2019est pas un r\u00eave incoh\u00e9rent. C\u2019est une id\u00e9e qui s\u2019impose par la seule force de sa coh\u00e9rence logique. C\u2019est la conclusion \u00e0 quoi m\u00e8ne n\u00e9cessairement la recherche de l\u2019authenticit\u00e9. L\u2019ancienne alliance est rompue\u00a0; l\u2019homme sait enfin qu\u2019il est seul dans l\u2019immensit\u00e9 indiff\u00e9rente de l\u2019Univers d\u2019o\u00f9 il a \u00e9merg\u00e9 par hasard. Non plus que son destin, son devoir n\u2019est \u00e9crit nulle part. \u00c0 lui de choisir entre le Royaume et les t\u00e9n\u00e8bres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme son confr\u00e8re Fran\u00e7ois Jacob, Jacques Monod est un grand scientifique soucieux de faire passer l\u2019essentiel de la recherche qui donne sens \u00e0 sa vie, entre hasard et n\u00e9cessit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>En 1934, assistant au laboratoire de zoologie \u00e0 la facult\u00e9 des sciences de Paris, il participe avec Paul-\u00c9mile Victor \u00e0 une exp\u00e9dition scientifique au Groenland. Deux ans plus tard, boursier Rockefeller au California Institute of Technology, il se forme \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique, science d\u2019avenir. En 1941, il soutient sa th\u00e8se sur la croissance des cultures bact\u00e9riennes.<\/p>\n<p>Mais la Seconde guerre mondiale bouleverse ses projets, son activit\u00e9 dans la r\u00e9sistance lui interdit la Sorbonne. Il vient souvent se r\u00e9fugier et travailler \u00e0 l\u2019Institut Pasteur. Apr\u00e8s la lib\u00e9ration, il int\u00e8gre ce prestigieux institut, comme chef du laboratoire de physiologie microbienne dans le service d\u2019Andr\u00e9 Lwoff. En 1954, il cr\u00e9\u00e9 et prend la direction du service de biochimie cellulaire. Nomm\u00e9, professeur \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences de Paris en 1959, il enseigne la chimie du m\u00e9tabolisme et devient finalement directeur de l\u2019Institut Pasteur en 1971. Hasard et n\u00e9cessit\u00e9 font parfois bon m\u00e9nage\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce qui existe dans l\u2019univers est le fruit du hasard et de la n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">MONOD<\/span> (1910-1976),<em> Le Hasard et la N\u00e9cessit\u00e9<\/em> (1970), \u00e9pigramme de D\u00e9mocrite<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9mocrite d\u2019Abd\u00e8re (460 av. J.-C. \u2013 370 av. J.-C.) est un philosophe grec dit \u00ab\u00a0mat\u00e9rialiste\u00a0\u00bb en raison de sa conception d\u2019un Univers constitu\u00e9 d\u2019atomes et de vide. Il a influenc\u00e9 Aristote, H\u00e9raclide, Straton, Pyrrhon, \u00c9picure, Lucr\u00e8ce, Montaigne, Nietzsche\u2026 et Jacques Monod.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est imprudent aujourd\u2019hui, de la part d\u2019un homme de science, d\u2019employer le mot de \u2018philosophie\u2019, f\u00fbt-elle \u2018naturelle\u2019 dans le titre (ou m\u00eame le sous-titre) d\u2019un ouvrage. C\u2019est l\u2019assurance de le voir accueilli avec m\u00e9fiance par les hommes de science et, au mieux, avec condescendance par les philosophes. Je n\u2019ai qu\u2019une excuse, mais je la crois l\u00e9gitime\u00a0: le devoir qui s\u2019impose, aujourd\u2019hui plus que jamais, aux hommes de science de penser leur discipline dans l\u2019ensemble de la culture moderne pour l\u2019enrichir non seulement de connaissances techniquement importantes, mais aussi des id\u00e9es venues de leur science qu\u2019ils peuvent croire humainement signifiantes. L\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 m\u00eame d\u2019un regard neuf (celui de la science l\u2019est toujours) peut parfois \u00e9clairer d\u2019un jour nouveau d\u2019anciens probl\u00e8mes\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Arm\u00e9es de tous les pouvoirs, jouissant de toutes les richesses qu\u2019elles doivent \u00e0 la Science, nos soci\u00e9t\u00e9s tentent encore de vivre et d\u2019enseigner des syst\u00e8mes de valeurs d\u00e9j\u00e0 ruin\u00e9s, \u00e0 la racine, par cette science m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">MONOD<\/span> (1910-1976), <em>Le Hasard et la N\u00e9cessit\u00e9 \u2013 essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Cet essai ne pr\u00e9tend nullement exposer la biologie enti\u00e8re, mais tente d\u2019extraire la quintessence de la th\u00e9orie mol\u00e9culaire du code\u2026 Je ne puis que prendre la pleine responsabilit\u00e9 des d\u00e9veloppements d\u2019ordre \u00e9thique sinon politique que je n\u2019ai pas voulu \u00e9viter, si p\u00e9rilleux fussent-ils ou na\u00effs ou trop ambitieux qu\u2019ils puissent, malgr\u00e9 moi, para\u00eetre\u00a0: la modestie sied au savant, mais pas aux id\u00e9es qui l\u2019habitent et qu\u2019il doit d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne (le hasard) s\u2019oppose \u00e0 la th\u00e9ologie cosmique (la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb). Cette remarquable vulgarisation scientifique aura le succ\u00e8s qu\u2019elle m\u00e9rite.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Depuis 1901, six domaines sont r\u00e9compens\u00e9s\u00a0: Prix Nobel de la paix (10 laur\u00e9ats fran\u00e7ais), de litt\u00e9rature (15), de physique (17), de chimie (10), de physiologie ou m\u00e9decine (13), d\u2019\u00e9conomie (4). Au total 69 laur\u00e9at(e)s.Les femmes sont tr\u00e8s sous-repr\u00e9sent\u00e9es, mais bien pr\u00e9sentes dans la famille Curie qui bat tous les records, au fil d\u2019une saga passionnante [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":71,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10007","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10007","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10007"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10007\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12559,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10007\/revisions\/12559"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10007"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10007"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10007"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}