{"id":10018,"date":"2024-09-09T00:00:00","date_gmt":"2024-09-08T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/la-guerre-histoire-en-citations-dune-tragedie-seculaire-et-quotidienne-napoleon\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:04","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:04","slug":"la-guerre-histoire-en-citations-dune-tragedie-seculaire-et-quotidienne-napoleon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/la-guerre-histoire-en-citations-dune-tragedie-seculaire-et-quotidienne-napoleon\/","title":{"rendered":"La Guerre, histoire en citations d\u2019une trag\u00e9die s\u00e9culaire et quotidienne (Napol\u00e9on)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre est la continuation de la politique par d\u2019autres moyens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carl von <span class=\"caps\">CLAUSEWITZ<\/span> (1780-1831), g\u00e9n\u00e9ral prussien, strat\u00e8ge et th\u00e9oricien, <em>De la Guerre<\/em> (1832)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des guerres justes. Il n\u2019y a pas d\u2019arm\u00e9e juste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les hommes se font la guerre depuis la pr\u00e9histoire et les guerres antiques sont aussi historiques que l\u00e9gendaires.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la France \u00e0 venir commence avec la guerre des Gaules et l\u2019occupation du territoire par les Romains. Apr\u00e8s les guerres f\u00e9odales du Moyen \u00c2ge et la guerre de Cent Ans, la Renaissance lance les guerres de conqu\u00eate en Italie, suivies des guerres (civiles) de Religion\u00a0: le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle totalise 85 ann\u00e9es de guerre\u00a0! La Fronde est une vraie guerre civile de cinq ans. La monarchie absolue de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> multiplie les guerres de conqu\u00eate. Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res est le moins guerrier, mais la R\u00e9volution d\u00e9clare la guerre \u00e0 toutes les monarchies europ\u00e9ennes et Napol\u00e9on encha\u00eene, multipliant les guerres de conqu\u00eate jusqu\u2019en Russie. Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, la guerre franco-prussienne met fin au Second Empire. La <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique sort victorieuse de la Premi\u00e8re guerre mondiale, d\u00e9finit les lois de la guerre\u2026 et s\u2019\u00e9croule sous la Seconde, finalement gagn\u00e9e par de Gaulle et les Alli\u00e9s. La <span class=\"caps\">IV<\/span>e R\u00e9publique g\u00e8re l\u2019apr\u00e8s-guerre, survit \u00e0 la guerre d\u2019Indochine, mais tombe avec la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. La Ve R\u00e9publique du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle donne l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie, met fin \u00e0 la guerre civile et dote la France de l\u2019arme atomique. La Guerre froide et les tensions g\u00e9opolitiques entre blocs cessent apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, l\u2019Union europ\u00e9enne re\u00e7oit le prix Nobel de la paix\u2026 Mais la guerre redevient sujet d\u2019actualit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>24 f\u00e9vrier 2022\u00a0: guerre d\u2019Ukraine, conflit post-sovi\u00e9tique avec la Russie de Poutine.<br>7 octobre 2023, guerre Isra\u00ebl-Gaza apr\u00e8s l\u2019attaque du Hamas, dans le cadre du conflit isra\u00e9lo-palestinien. C\u2019est aussi le retour des guerres \u00e0 l\u2019ancienne\u00a0: apr\u00e8s la guerre moderne des combats \u00e0 distance, \u00ab\u00a0guerre propre\u00a0\u00bb avec <span class=\"caps\">SCUDS<\/span> et ripostes cibl\u00e9es (guerre du Golfe en 1990-1991), on retrouve le si\u00e8ge destin\u00e9 \u00e0 affamer les populations \u00e0 Gaza, les tranch\u00e9es occup\u00e9es par l\u2019envahisseur en Ukraine, les combats au corps \u00e0 corps et l\u2019infanterie, essentielle \u00e0 la progression des forces sur le terrain.<\/p>\n<h3>Directoire (1795-1799)<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-64.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px 15px\"><\/a>\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais, las de se gouverner, se massacr\u00e8rent\u00a0; las de se massacrer au dedans, ils subirent le joug de Bonaparte qui les fit massacrer au dehors.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1645\" class=\"cit-num\">1645<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Fragments et pens\u00e9es politiques<\/em> (s.d.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Raccourci saisissant d\u2019une histoire fran\u00e7aise particuli\u00e8rement mouvement\u00e9e, entre la R\u00e9volution et l\u2019Empire \u00e0 venir. Et pourtant, la g\u00e9n\u00e9ration suivante, celle des jeunes romantiques, en gardera la nostalgie au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Corse terroriste nomm\u00e9 Bonaparte, le bras droit de Barras [\u2026] qui n\u2019a pas trente ans et nulle exp\u00e9rience de la guerre [\u2026] petit bamboche \u00e0 cheveux \u00e9parpill\u00e9s, b\u00e2tard de Mandrin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1648\" class=\"cit-num\">1648<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MALLET<\/span> du <span class=\"caps\">PAN<\/span> (1749-1800). <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suisse d\u2019expression fran\u00e7aise et jadis tr\u00e8s hostile \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, il est le porte-parole des \u00e9migr\u00e9s et l\u2019agent secret de la cour aupr\u00e8s des gouvernements antir\u00e9volutionnaires. Un article sur la conduite de Bonaparte en Italie (lors de sa campagne de 1797) irrite profond\u00e9ment le \u00ab\u00a0Corse terroriste\u00a0\u00bb et force l\u2019\u00e9crivain journaliste \u00e0 s\u2019exiler. Bonaparte, et pas plus Napol\u00e9on, ne supporte la contradiction, l\u2019opposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on vole comme l\u2019\u00e9clair et frappe comme la foudre. Il est partout et il voit tout. Il sait qu\u2019il est des hommes dont le pouvoir n\u2019a d\u2019autres bornes que leur volont\u00e9, quand la vertu des plus sublimes vertus seconde un vaste g\u00e9nie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1649\" class=\"cit-num\">1649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La France vue de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie<\/em>, 1797<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journal cr\u00e9\u00e9 par Bonaparte. Sans \u00ab\u00a0conseiller de com\u00a0\u00bb, il a vite et bien compris l\u2019importance de la propagande et la n\u00e9cessit\u00e9 de se cr\u00e9er une l\u00e9gende\u00a0! C\u2019est son deuxi\u00e8me journal, apr\u00e8s le <em>Courrier de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie<\/em>, largement diffus\u00e9 en France pour exalter les exploits d\u2019un jeune g\u00e9n\u00e9ral encore inconnu, et avant le <em>Journal de Bonaparte et des hommes vertueux<\/em> qui pousse plus loin encore le culte du h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Cette propagande est financ\u00e9e par le butin de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie pendant la campagne. Napol\u00e9on empereur aura une ma\u00eetrise parfaite de cette \u00ab\u00a0communication m\u00e9diatique\u00a0\u00bb. Son hubris provoquera sa perte, d\u00e9finitive \u00e0 Waterloo. Mais de 1796 \u00e0 1815, que de combats, de coalitions, de victoires \u2013 Austerlitz, 2 d\u00e9cembre 1805, consid\u00e9r\u00e9e comme le chef-d\u2019\u0153uvre tactique de Napol\u00e9on, encore enseign\u00e9e dans les \u00e9coles militaires au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous n\u2019avez ni souliers, ni habits, ni chemises, presque pas de pain, et nos magasins sont vides\u00a0; ceux de l\u2019ennemi regorgent de tout. C\u2019est \u00e0 vous de les conqu\u00e9rir. Vous le voulez, vous le pouvez, partons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1656\" class=\"cit-num\">1656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 ses soldats, Toulon, 29\u00a0mars 1796. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, Cinqui\u00e8me partie, Bonaparte et le Directoire (1903), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral en chef de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie par le Directoire, il tient ce langage le jour m\u00eame de son arriv\u00e9e devant Toulon. C\u2019est le d\u00e9but de la (premi\u00e8re) campagne d\u2019Italie\u00a0: Carnot, l\u2019\u00ab\u00a0Organisateur de la victoire\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution, devenu l\u2019un des cinq Directeurs au pouvoir, a envoy\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte pour retenir en Italie une partie de l\u2019arm\u00e9e autrichienne \u2013 simple op\u00e9ration de diversion, ce qui explique l\u2019intendance d\u00e9plorable. Et c\u2019est le commencement d\u2019une irr\u00e9sistible ascension.<\/p>\n<p>Ce g\u00e9n\u00e9ral en chef de 26\u00a0ans a d\u00e9j\u00e0 l\u2019art de galvaniser ses troupes \u2013\u00a0vagabonds en guenilles dont il va faire des soldats victorieux face \u00e0 des arm\u00e9es sup\u00e9rieures en nombre\u00a0\u2013 avec les mots dict\u00e9s par les circonstances\u00a0: \u00ab\u00a0Votre patience \u00e0 supporter toutes les privations, votre bravoure \u00e0 affronter tous les dangers excitent l\u2019admiration de la France\u00a0; elle a les yeux tourn\u00e9s sur vos mis\u00e8res\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, vous avez en quinze jours remport\u00e9 six victoires, pris vingt et un drapeaux, cinquante-cinq pi\u00e8ces de canon, plusieurs places fortes, conquis la partie la plus riche du Pi\u00e9mont\u00a0; vous avez fait quinze mille prisonniers, tu\u00e9 ou bless\u00e9 plus de dix mille hommes. [\u2026] Mais soldats vous n\u2019avez rien fait puisque [\u2026] ni Turin, ni Milan ne sont \u00e0 vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1657\" class=\"cit-num\">1657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, Proclamation de Cherasco, 26\u00a0avril\u00a01796 (7 flor\u00e9al an\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>).<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9ussit, dans cette campagne d\u2019Italie, \u00e0 imposer son autorit\u00e9 sur l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, 38\u00a0000 hommes mal v\u00eatus, mal nourris, qui vont voler de victoire en victoire. Bonaparte en Italie, c\u2019est le pr\u00e9lude de l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne.<\/p>\n<p>Et toujours cet art oratoire, ces mots forts et vrais qui galvanisent ses hommes, parce qu\u2019ils se sentent compris de ce chef qui partage leur sort\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez gagn\u00e9 des batailles sans canons, pass\u00e9 des rivi\u00e8res sans ponts, fait des marches forc\u00e9es sans souliers, bivouaqu\u00e9 sans eau-de-vie et souvent sans pain.\u00a0\u00bb Ce sont les premiers mots du premier des grands textes du genre, l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres, parfaitement authentique.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, Bonaparte envoie Murat son aide de camp porter solennellement au Directoire 21 drapeaux pris sur l\u2019ennemi. Ce qui fait forte impression. Annonce des victoires, compte rendu des batailles, d\u00e9tail des proclamations, tout est communiqu\u00e9 \u00e0 Paris par les journaux d\u2019une propagande bien organis\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuples de l\u2019Italie, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise vient rompre vos cha\u00eenes\u00a0; le peuple fran\u00e7ais est l\u2019ami de tous les peuples [\u2026] et nous n\u2019en voulons qu\u2019aux tyrans qui vous asservissent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1658\" class=\"cit-num\">1658<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, Proclamation de Cherasco, 26\u00a0avril\u00a01796 (7 flor\u00e9al an\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>).<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, Cinqui\u00e8me partie, Bonaparte et le Directoire (1903), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 ses soldats de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, de son quartier g\u00e9n\u00e9ral. Mais la fin du message est destin\u00e9e aux Italiens.<\/p>\n<p>C\u2019est encore le langage des r\u00e9volutionnaires appelant les peuples voisins \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et \u00e0 la libert\u00e9. C\u2019est aussi celui du nouveau h\u00e9ros qui se donne pour mission d\u2019\u00eatre le bienfaiteur de l\u2019humanit\u00e9, avec ces 38\u00a0000 hommes mal v\u00eatus, mal nourris, soudain m\u00e9tamorphos\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019offensive rapide a r\u00e9ussi\u00a0: le roi de Sardaigne doit signer avec Bonaparte l\u2019armistice de Cherasco, le 28\u00a0avril 1796. Bonaparte, \u00e0 cette occasion, prouve ses talents de n\u00e9gociateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me regardai pour la premi\u00e8re fois non plus comme un simple g\u00e9n\u00e9ral, mais comme un homme appel\u00e9 \u00e0 influer sur le sort des peuples. Je me vis dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1662\" class=\"cit-num\">1662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au soir de Lodi, 10\u00a0mai 1796. <em>Le Manuscrit de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois avec des notes de Napol\u00e9on<\/em> (1821), Jacob Fr\u00e9d\u00e9ric Lullin de Ch\u00e2teauvieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re victoire d\u00e9cisive sur les Autrichiens\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est le succ\u00e8s qui fait les grands hommes\u00a0!\u00a0\u00bb dira plus tard Napol\u00e9on\u00a0Ier. \u00c0 Lodi, le tacticien prend les dimensions d\u2019un strat\u00e8ge. Le Petit Caporal corse, ce \u00ab\u00a0b\u00e2tard de Mandrin\u00a0\u00bb, brocard\u00e9, utilis\u00e9 par les politiques (Barras en t\u00eate), a soudain conscience de son destin.<\/p>\n<p>La m\u00e9tamorphose a frapp\u00e9 ses biographes et sans doute aussi les contemporains. Six mois plus tard, la victoire de<em> Bonaparte au pont d\u2019Arcole<\/em> est le titre et le sujet du plus c\u00e9l\u00e8bre tableau d\u2019Antoine-Jean Gros, \u00e9l\u00e8ve de David, jeune peintre inspir\u00e9 par son mod\u00e8le, qui affiche l\u2019image du h\u00e9ros \u00e0 la fois classique et romantique, \u00e9tonnamment contemporain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les arm\u00e9es victorieuses [\u2026] reculent nos limites jusqu\u2019aux barri\u00e8res que la nature nous a donn\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1663\" class=\"cit-num\">1663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lazare <span class=\"caps\">CARNOT<\/span> (1753-1823), apr\u00e8s la victoire de Lodi du 10\u00a0mai\u00a01796.<em> R\u00e9impression de l\u2019ancien Moniteur\u00a0: Directoire ex\u00e9cutif<\/em> (1863), A. Ray<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle l\u2019\u00ab\u00a0Organisateur de la victoire\u00a0\u00bb qui est encore membre du Directoire, avant d\u2019\u00eatre \u00e9limin\u00e9 \u2013\u00a0puis rappel\u00e9 par Bonaparte comme ministre de la Guerre en 1800.<\/p>\n<p>Lodi est une date pour Bonaparte, mais aussi pour la France, dans une campagne d\u2019Italie m\u00e9morable. Selon Denis Richet dans le <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, \u00ab\u00a0les fronti\u00e8res naturelles\u00a0: non une tradition politique, mais une passion dont on peut certes d\u00e9celer des sources dans l\u2019ancienne France, mais \u00e0 qui seule la R\u00e9volution a donn\u00e9 une puissance explosive\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les conqu\u00eates napol\u00e9oniennes montreront que la victoire rend malheureusement irr\u00e9sistible la tentation de franchir ces limites naturelles, en d\u00e9bordant sur les Pays-Bas, la rive gauche du Rhin, le Pi\u00e9mont et la Toscane\u2026 avant d\u2019attaquer la Russie\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon peuple milanais ne savait pas que la pr\u00e9sence d\u2019une arm\u00e9e, m\u00eame lib\u00e9ratrice, est toujours une calamit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1667\" class=\"cit-num\">1667<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842).<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: Bonaparte et le Directoire, 1795-1799<\/em> (1910), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Admirateur des hauts faits, des discours et des gestes de Bonaparte, l\u2019\u00e9crivain n\u2019en demeure pas moins critique, en tant que t\u00e9moin et fin observateur de la situation.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais ne furent pas que des lib\u00e9rateurs\u00a0: indiscipline de l\u2019arm\u00e9e, barbare cupidit\u00e9 des administrateurs militaires. L\u2019espoir se changea en d\u00e9sillusion chez bien des Italiens, et des r\u00e9voltes antifran\u00e7aises se manifest\u00e8rent tr\u00e8s t\u00f4t, dans cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique s\u0153ur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme Carthage, l\u2019Angleterre sera d\u00e9truite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1669\" class=\"cit-num\">1669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les Directeurs, 18\u00a0janvier 1798. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par ces mots, la France d\u00e9cr\u00e8te le blocus de la Grande-Bretagne. Interdiction est faite aux neutres de transporter des marchandises britanniques. Le mois suivant, le Directoire soumet \u00e0 Bonaparte un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre par la Manche. Il y renoncera, pr\u00e9f\u00e9rant attaquer l\u2019ennemi anglais par la mer, en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Jean H\u00e9rold-Paqui, la voix de l\u2019Allemagne sur les ondes de Radio-Paris pendant l\u2019occupation allemande de 1940-1944, reprendra ce slogan.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats\u00a0! Vous allez entreprendre une conqu\u00eate dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez \u00e0 l\u2019Angleterre le coup le plus s\u00fbr et le plus sensible en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1670\" class=\"cit-num\">1670<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation \u00e0 ses troupes le 22\u00a0juin 1798, en mer, avant le d\u00e9barquement du 28\u00a0juin en \u00c9gypte.<em> Monuments d\u2019\u00e9loquence militaire ou Collection raisonn\u00e9e des proclamations de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1821), Constant Taillard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Directoire ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le blocus de l\u2019Angleterre, la nouvelle campagne d\u2019\u00c9gypte est une exp\u00e9dition aventureuse, destin\u00e9e \u00e0 combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e pour lui barrer la route des Indes. C\u2019est aussi une man\u0153uvre du Directoire pour \u00e9loigner le trop populaire Bonaparte, tout en utilisant son g\u00e9nie militaire.<\/p>\n<p>Cette fois, le Directoire lui donne les moyens\u00a0: 36\u00a0000 vrais soldats, 2\u00a0200 officiers d\u2019\u00e9lite, une flotte de 300 b\u00e2timents, quelques dizaines de savants, ing\u00e9nieurs, artistes de renom ou jeunes talents. Au total, 54\u00a0000 hommes (et quelques femmes).<\/p>\n<p>La flotte fran\u00e7aise, partie de Toulon en mai, a pris Malte au passage, le 10\u00a0juin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante si\u00e8cles vous contemplent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1671\" class=\"cit-num\">1671<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation suppos\u00e9e, avant la bataille des Pyramides du 21\u00a0juillet 1798. <em>Les Fran\u00e7ais en \u00c9gypte<\/em> (1855), Just-Jean-\u00c9tienne Roy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9barquement \u00e0 Alexandrie, le 1er\u00a0juillet\u00a0: la ville tombe aux mains des Fran\u00e7ais le 2\u00a0juillet, et le 23, ils entrent dans la capitale, Le\u00a0Caire.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9dition est un r\u00eave oriental qui se r\u00e9alise. Le corps exp\u00e9ditionnaire a \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 la flotte britannique command\u00e9e par Nelson. Pour en finir au plus vite, Bonaparte prend le chemin le plus court, entre Alexandrie et Le\u00a0Caire\u00a0: le d\u00e9sert, trois semaines de chaleur qui pouvaient \u00eatre fatales aux soldats non pr\u00e9par\u00e9s. Et pr\u00e8s des pyramides de Gizeh, la bataille contre les mamelouks est r\u00e9gl\u00e9e en deux heures\u00a0!<\/p>\n<p>Cette fois, la proclamation est un \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb, pour servir la l\u00e9gende, mais un faux authentique. Napol\u00e9on (devenu empereur) lit cette formule dans <em>Une histoire de Bonaparte<\/em> (anonyme, publi\u00e9e en 1803), elle lui pla\u00eet et il la fait sienne.<\/p>\n<p>La suite de l\u2019exp\u00e9dition sera moins brillante. La flotte, surprise au mouillage dans la baie d\u2019Aboukir, est d\u00e9truite par le vice-amiral Nelson le 1er\u00a0ao\u00fbt \u2013 il perd un \u0153il dans la bataille, mais \u00e7a ne l\u2019emp\u00eache pas de continuer le combat. Il perdra la vie \u00e0 Trafalgar (1805), et ce sera aussi une victoire contre Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>En attendant, l\u2019\u00c9gypte n\u2019est plus qu\u2019un pi\u00e8ge dont le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte va se sortir tant bien que mal, transformant cette d\u00e9faite en victoire, press\u00e9 de regagner Paris o\u00f9 son avenir est en jeu, d\u00e9barquant \u00e0 Fr\u00e9jus le 8\u00a0octobre 1799, mais laissant son arm\u00e9e qui se rendra aux Anglais le 31\u00a0ao\u00fbt 1801.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenez-vous que je marche accompagn\u00e9 du dieu de la guerre et du dieu de la fortune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1679\" class=\"cit-num\">1679<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil des Anciens, 19 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (10\u00a0novembre\u00a01799). <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les d\u00e9put\u00e9s des deux assembl\u00e9es doivent voter la r\u00e9vision de la Constitution, encore faut-il convaincre le Conseil des Cinq-Cents, majoritairement contre. De crainte que le peuple parisien ne s\u2019invite aux d\u00e9bats, les \u00e9lus vont se r\u00e9unir le lendemain au ch\u00e2teau de Saint-Cloud.<br>Bonaparte harangue les \u00ab\u00a0Citoyens repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb. Les Anciens ne r\u00e9agissent pas, mais il est hu\u00e9 par les Cinq-Cents. Sa rh\u00e9torique dramatique et mena\u00e7ante rappelle les grandes heures r\u00e9volutionnaires \u2013 et l\u2019\u00e9poque est r\u00e9volue. On crie\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 bas le dictateur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lucien Bonaparte, qui pr\u00e9side l\u2019Assembl\u00e9e, sauve son fr\u00e8re d\u00e9faillant, \u00e9vacu\u00e9 de la salle par les grenadiers. Il invoque des menaces de mort, Murat fait donner la troupe, ses hommes chargent \u00e0 la ba\u00efonnette, les d\u00e9put\u00e9s se dispersent. Le coup d\u2019\u00c9tat parlementaire est devenu militaire.<\/p>\n<p>Dans la nuit, on rattrape le maximum possible des \u00e9lus. Les Anciens et une minorit\u00e9 des Cinq-Cents votent enfin la r\u00e9vision, et nomment un gouvernement provisoire de trois consuls, Bonaparte, Siey\u00e8s et Ducos.<\/p>\n<p>Les deux Conseils (des Anciens et des Cinq-Cents) sont remplac\u00e9s par deux commissions charg\u00e9es de r\u00e9viser la Constitution. Le \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire\u00a0\u00bb a finalement r\u00e9ussi, le 19.<\/p>\n<h4>Consulat (1799-1804)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre qui depuis huit ans ravage les quatre parties du monde doit-elle \u00eatre \u00e9ternelle\u00a0? [\u2026] Comment les deux nations les plus \u00e9clair\u00e9es de l\u2019Europe [\u2026] ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la premi\u00e8re des gloires\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1693\" class=\"cit-num\">1693<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Message du Premier Consul au roi d\u2019Angleterre Georges <span class=\"caps\">III<\/span>, 25\u00a0d\u00e9cembre 1799. <em>Histoire de Napol\u00e9on, du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1841), Louis\u00a0Vivien de Saint-Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre manuscrite \u2013 et un message dans le m\u00eame esprit est adress\u00e9 le m\u00eame jour \u00e0 l\u2019empereur d\u2019Autriche. Bonaparte veut-il vraiment la paix, ou le temps pour pr\u00e9parer la guerre\u00a0? En tout cas, l\u2019arm\u00e9e doit se reposer.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre ne n\u00e9gociera qu\u2019avec les Bourbons restaur\u00e9s.\u00a0\u00bb, 4\u00a0janvier 1800, r\u00e9ponse Lord Grenville, chef du <em>Foreign Office<\/em> \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte qui demandait la paix. \u00c0 la m\u00eame question, la r\u00e9ponse de l\u2019Autriche fut aussi d\u00e9cevante que celle de l\u2019Angleterre, ce qui semble logique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019envie votre heureux sort\u00a0; vous allez, avec des braves, faire de belles choses. Je troquerais volontiers ma pourpre consulaire pour une \u00e9paulette de chef de brigade sous vos ordres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1699\" class=\"cit-num\">1699<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au g\u00e9n\u00e9ral Moreau, commandant en chef de l\u2019arm\u00e9e du Rhin, 16\u00a0mars 1800. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier Consul, tr\u00e8s actif \u00e0 Paris et pr\u00e9parant d\u2019indispensables r\u00e9formes, avoue au g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il s\u2019ennuie quand il ne fait pas la guerre \u2013 laquelle a repris en Italie, face aux Autrichiens. C\u2019est la suite de la deuxi\u00e8me coalition, alliance des puissances europ\u00e9ennes (dont l\u2019Angleterre) contre la France.<\/p>\n<p>Deux mois plus tard, trop heureux, il part \u00ab\u00a0\u00e0 grands pas au secours de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie pour lui donner un coup de main.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait chaud, tr\u00e8s chaud\u00a0: les os de nos grenadiers craquaient sous les balles autrichiennes comme un vitrage sous la gr\u00eale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1704\" class=\"cit-num\">1704<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">LANNES<\/span> (1769-1809), \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte venu le f\u00e9liciter, apr\u00e8s la bataille de Montebello, 9\u00a0juin 1800. <em>Dictionnaire d\u2019histoire de France<\/em>, Perrin, collectif<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant de la garde consulaire, Lannes a battu les Autrichiens du g\u00e9n\u00e9ral Ott\u00a0: 18\u00a0000 soldats contre 8\u00a0000 Fran\u00e7ais et une tr\u00e8s vive r\u00e9sistance, avant de se replier, laissant 3\u00a0000 morts sur le terrain et abandonnant 5\u00a0000 prisonniers, six pi\u00e8ces de canon, de nombreux drapeaux. G\u00e9n\u00e9ral vainqueur, promu mar\u00e9chal en 1804, Lannes deviendra duc de Montebello, en 1808.<\/p>\n<p>Mais la victoire d\u00e9cisive, c\u2019est quelques jours plus tard, \u00e0 Marengo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nouvelle de l\u2019inconcevable victoire de Marengo vint comme un coup de foudre renverser tous nos projets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1708\" class=\"cit-num\">1708<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis Bernard Emmanuel de <span class=\"caps\">PUYVERT<\/span> (1755-1832).<em> L\u2019Av\u00e8nement de Bonaparte<\/em> (1910), Albert Vandal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le marquis organise l\u2019agitation royaliste en Provence, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de 25\u00a0000 hommes, tandis que \u00ab\u00a0thermidoriens\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0brumairiens\u00a0\u00bb m\u00e9contents pr\u00e9parent chacun de leur c\u00f4t\u00e9 un \u00ab\u00a0gouvernement de rechange\u00a0\u00bb en cas de d\u00e9faite de l\u2019homme fort. La police de Fouch\u00e9 finira par arr\u00eater Puyvert qui passera de longues ann\u00e9es en prison, finalement sauv\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> et la Restauration.<\/p>\n<p>En fait, Marengo fut \u00ab\u00a0le bapt\u00eame de la puissance personnelle de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb, selon le mot d\u2019Hyde de Neuville (m\u00e9morialiste \u00ab\u00a0conspirateur et diplomate\u00a0\u00bb).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est sur le champ de bataille de Marengo, au milieu des souffrances et environn\u00e9 de quinze mille cadavres, que je conjure Votre Majest\u00e9 d\u2019\u00e9couter le cri de l\u2019humanit\u00e9 et de ne pas permettre qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de deux braves et puissantes nations s\u2019entr\u2019\u00e9gorge pour des int\u00e9r\u00eats qui lui sont \u00e9trangers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1709\" class=\"cit-num\">1709<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre du Premier Consul \u00e0 l\u2019empereur d\u2019Autriche, 25\u00a0d\u00e9cembre 1800. <em>Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0Ier, surnomm\u00e9 le Grand<\/em> (1867), Nicolas Batjin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s Marengo, il souhaite transformer l\u2019armistice en paix v\u00e9ritable, pour se \u00ab\u00a0donner uniquement \u00e0 l\u2019administration de la France\u00a0\u00bb. Face \u00e0 lui, Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (neveu de Marie-Antoinette), futur empereur d\u2019Autriche sous le nom de Fran\u00e7ois\u00a0Ier. Il ira de d\u00e9faites militaires en humiliations diplomatiques, jusqu\u2019\u00e0 donner sa fille Marie-Louise en mariage \u00e0 son ennemi, Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je croyais l\u2019empereur Fran\u00e7ois un bon homme\u00a0; je me suis tromp\u00e9\u00a0! C\u2019est un imb\u00e9cile, un paresseux sans cervelle et sans c\u0153ur. Il est d\u00e9pourvu de tout talent. Il ignore l\u2019affection, la sensibilit\u00e9 et la gratitude. En fait, les bonnes qualit\u00e9s lui font compl\u00e8tement d\u00e9faut.\u00a0\u00bb En attendant de le m\u00e9priser en ces termes, Bonaparte l\u2019a gratifi\u00e9 d\u2019une belle lettre, vrai plaidoyer pour la paix. Mais apr\u00e8s une courte tr\u00eave, la guerre continue \u2013 au total, vingt-trois ann\u00e9es, puisque le conflit remonte \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Regardez maintenant cette carte [de l\u2019Europe], on n\u2019y aper\u00e7oit partout que la France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1717\" class=\"cit-num\">1717<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Richard <span class=\"caps\">SHERIDAN<\/span> (1751-1816). <em>30 mars 1814, la bataille de Paris<\/em> (2004), Jean-Pierre Mir<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur dramatique anglais qui abandonna la sc\u00e8ne pour la politique, devenant membre du Conseil priv\u00e9 et tr\u00e9sorier de la marine. Son exclamation devant les Communes s\u2019oppose au mot de Burke qui, dix ans avant, adversaire r\u00e9solu de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, voyait \u00ab\u00a0un vide \u00e0 la place de la France sur la carte de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que, pour ce qui regarde la France, la Suisse soit fran\u00e7aise comme tous les pays qui confinent \u00e0 la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1732\" class=\"cit-num\">1732<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Allocution aux cinq d\u00e9put\u00e9s de la Suisse \u00e0 Saint-Cloud, 11\u00a0d\u00e9cembre 1802<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cours politique et diplomatique de Napol\u00e9on Bonaparte comme g\u00e9n\u00e9ral en chef des arm\u00e9es r\u00e9publicaines, comme premier Consul, et comme empereur et roi (1816), Lewis Goldsmith.<br>Et la Suisse devient un protectorat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>C\u2019est la R\u00e9volution qui a impos\u00e9 l\u2019occupation fran\u00e7aise et l\u2019\u00e9tat unitaire et centralis\u00e9. Les conflits opposent r\u00e9guli\u00e8rement f\u00e9d\u00e9ralistes et centralisateurs, mais quand les troupes fran\u00e7aises se retirent \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1802, c\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des b\u00e2tons\u00a0\u00bb, r\u00e9volte f\u00e9d\u00e9raliste contre la R\u00e9publique helv\u00e9tique \u00ab\u00a0une et indivisible\u00a0\u00bb. Le gouvernement se r\u00e9fugie \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on Bonaparte convoque une d\u00e9l\u00e9gation helv\u00e9tique, puis met de l\u2019ordre et impose une nouvelle constitution. La Suisse accueillait des opposants et des comploteurs, ils seront d\u00e9sormais sous contr\u00f4le. C\u2019est surtout l\u2019Angleterre qui est soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019envoyer des \u00e9missaires et accus\u00e9e publiquement par Bonaparte de nuire autant \u00e0 la France qu\u2019\u00e0 la Suisse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voulez la guerre. Nous nous sommes battus pendant quinze ans. C\u2019en est d\u00e9j\u00e0 trop. Mais vous voulez la guerre quinze ann\u00e9es encore et vous m\u2019y forcez\u00a0! [\u2026] Si vous armez, j\u2019armerai aussi. Vous pouvez peut-\u00eatre tuer la France, mais l\u2019intimider, jamais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1733\" class=\"cit-num\">1733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), apostrophant Lord Whitworh, ambassadeur d\u2019Angleterre \u00e0 Paris, 13\u00a0mars 1803. <em>La France, l\u2019Angleterre et Naples, de 1803 \u00e0 1806<\/em> (1904), Charles Auriol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe aux Tuileries, devant deux cents t\u00e9moins, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Talleyrand et le corps diplomatique p\u00e9trifi\u00e9s\u2026 Bonaparte est furieux\u00a0: l\u2019Angleterre n\u2019a pas rempli les conditions du trait\u00e9 de paix d\u2019Amiens (25\u00a0mars 1802) mettant fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. Elle refuse notamment d\u2019\u00e9vacuer l\u2019\u00eele de Malte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette paix [d\u2019Amiens] n\u2019avait pas encore re\u00e7u sa compl\u00e8te ex\u00e9cution, qu\u2019il jetait d\u00e9j\u00e0 les semences de nouvelles guerres qui devaient, apr\u00e8s avoir accabl\u00e9 l\u2019Europe et la France, le conduire lui-m\u00eame \u00e0 sa ruine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1734\" class=\"cit-num\">1734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre des Relations ext\u00e9rieures a tent\u00e9 de minimiser cette d\u00e9claration peu diplomatique du 13\u00a0mars\u00a01803, mais il se rend \u00e0 l\u2019\u00e9vidence et rendra Bonaparte responsable de la suite des \u00e9v\u00e9nements, quand sera venu le temps de t\u00e9moigner face \u00e0 l\u2019histoire.<\/p>\n<p>De toute mani\u00e8re, les Affaires \u00e9trang\u00e8res rel\u00e8vent du Premier Consul et Talleyrand joue le second r\u00f4le comme il peut, y trouvant des avantages financiers plus ou moins occultes. Le diable boiteux est malin.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Angleterre, notre ennemie h\u00e9r\u00e9ditaire depuis la guerre de Cent Ans, s\u2019inqui\u00e8te de la politique expansionniste de la France. Rappelons que Bonaparte s\u2019est fait \u00e9lire pr\u00e9sident de la R\u00e9publique cisalpine (l\u2019Italie), avant de transformer la Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique en protectorat fran\u00e7ais (pour mieux contr\u00f4ler les men\u00e9es antifran\u00e7aises qui s\u2019y trament).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais hasarder l\u2019entreprise la plus difficile, mais la plus f\u00e9conde en r\u00e9sultats effrayants que la politique ait con\u00e7ue. En trois jours, un temps brumeux et des circonstances un peu favorisantes peuvent me rendre ma\u00eetre de Londres, du parlement, de la Banque.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1737\" class=\"cit-num\">1737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au marquis de Lucchesini, 16\u00a0mai 1803. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e le hantait depuis le Directoire qui projetait cette attaque par la Manche. Le Premier Consul s\u2019en ouvre au ministre pl\u00e9nipotentiaire du roi de Prusse. Quatre jours plus tard, c\u2019est la rupture de la paix d\u2019Amiens, annonc\u00e9e aux assembl\u00e9es. Il accuse l\u2019Angleterre et dit ne se r\u00e9soudre \u00e0 la guerre \u00ab\u00a0qu\u2019avec la plus grande r\u00e9pugnance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un foss\u00e9 qui sera franchi lorsqu\u2019on aura l\u2019audace de le tenter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1739\" class=\"cit-num\">1739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s, Boulogne, 16\u00a0novembre\u00a01803.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce foss\u00e9, c\u2019est la Manche qui s\u00e9pare la France des c\u00f4tes d\u2019Angleterre, visibles des hauteurs d\u2019Ambleteuse (d\u00e9partement du Pas-de-Calais). Et c\u2019est une id\u00e9e r\u00e9currente, sinon une obsession. Le 19\u00a0avril 1801, il \u00e9crivait \u00e0 Talleyrand\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vraie gloire, ce n\u2019est pas d\u2019avoir gagn\u00e9 quarante batailles\u00a0; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n\u2019effacera, ce qui vivra \u00e9ternellement, c\u2019est mon Code civil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1751\" class=\"cit-num\">1751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1897), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En exil, l\u2019empereur d\u00e9chu imagine-t-il l\u2019avenir de ce monument juridique, voulu par lui et men\u00e9 \u00e0 terme gr\u00e2ce \u00e0 la stabilit\u00e9 politique revenue en fin de Consulat\u00a0?<\/p>\n<h3>Premier Empire (1804-1814)<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e, c\u2019est la nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1762\" class=\"cit-num\">1762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Premier Consul, au Conseil d\u2019\u00c9tat, 4\u00a0mai\u00a01802. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises<\/em>, Le Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette citation s\u2019explique parfaitement. Bonaparte est d\u2019abord un militaire, avant de se r\u00e9v\u00e9ler homme d\u2019\u00c9tat. Et l\u2019atout num\u00e9ro un de Napol\u00e9on sera toujours son arm\u00e9e, ses g\u00e9n\u00e9raux et tous ses soldats.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole militaire de Brienne \u00e0 9\u00a0ans (comme boursier), quand la R\u00e9volution commence, il a 19\u00a0ans et le grade de lieutenant d\u2019artillerie (son arme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e).<\/p>\n<p>D\u00e8s que la France entre en guerre (1792), il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois strat\u00e8ge et chef surdou\u00e9, promu chef de brigade \u00e0 24\u00a0ans \u00ab\u00a0\u00e0 cause du z\u00e8le et de l\u2019intelligence dont il a fait preuve\u00a0\u00bb au si\u00e8ge de Toulon (1793), reprenant la ville qui s\u2019\u00e9tait livr\u00e9e aux Anglais. Il est fait caporal \u00e0 Lodi (1796), gardant ce surnom de Petit Caporal parmi les soldats. Ses campagnes d\u2019Italie et d\u2019\u00c9gypte apportent la gloire au jeune g\u00e9n\u00e9ral sous le Directoire. Le Premier Consul combat avec passion \u00e0 la t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<p>Et l\u2019Empire sera plac\u00e9 sous le signe des guerres qui s\u2019encha\u00eenent in\u00e9luctablement, des plus \u00e9clatantes victoires aux plus dramatiques d\u00e9faites, entre l\u00e9gende dor\u00e9e et l\u00e9gende noire de Napol\u00e9on toujours combattant. Intr\u00e9pide, il s\u2019affiche au premier rang, passe les ponts dans les bataillons de pointe. Le cheval mourut sous lui \u00e0 plusieurs reprises, il re\u00e7ut des balles dans la botte ou le pied\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme comme moi se soucie peu de la vie.\u00a0\u00bb La force de l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait la Grande Arm\u00e9e, sinon une France guerri\u00e8re d\u2019hommes qui, sans famille, ayant de plus perdu la R\u00e9publique, cette patrie morale, promenait cette vie errante en Europe\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1763\" class=\"cit-num\">1763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Extraits historiques<\/em> (posthume, 1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la d\u00e9finition humaine et romantique.<\/p>\n<p>Sur le plan institutionnel, la \u00ab\u00a0Grande Arm\u00e9e\u00a0\u00bb est d\u2019abord le nom g\u00e9n\u00e9rique donn\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019invasion, bas\u00e9e \u00e0 Boulogne pour attaquer l\u2019Angleterre en franchissant la Manche \u2013 projet abandonn\u00e9 apr\u00e8s Trafalgar (1805) et l\u2019an\u00e9antissement de la flotte fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La Grande Arm\u00e9e d\u00e9signe ensuite l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne, la meilleure du monde\u00a0: grande par le nombre des soldats, plus d\u2019un million, et cent mille hommes de r\u00e9serve\u00a0; grande aussi par la qualit\u00e9, l\u2019organisation, les g\u00e9n\u00e9raux d\u2019exception. Elle est initialement compos\u00e9e de sept corps d\u2019arm\u00e9e, les sept \u00ab\u00a0torrents\u00a0\u00bb command\u00e9s par les mar\u00e9chaux Augereau, Bernadotte, Davout, Lannes, Ney, Soult, et par le g\u00e9n\u00e9ral Marmont.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque ann\u00e9e, la France faisait pr\u00e9sent \u00e0 cet homme de trois cent mille jeunes gens\u00a0; c\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00f4t pay\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1764\" class=\"cit-num\">1764<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), <em>La Confession d\u2019un enfant du\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et s\u2019il n\u2019avait ce troupeau derri\u00e8re lui, il ne pouvait suivre sa fortune. C\u2019\u00e9tait l\u2019escorte qu\u2019il lui fallait, pour qu\u2019il p\u00fbt traverser le monde, et s\u2019en aller tomber dans une petite vall\u00e9e d\u2019une \u00eele d\u00e9serte, sous un saule pleureur.\u00a0\u00bb L\u2019histoire finit mal, pour la France exsangue et pour l\u2019empereur exil\u00e9.<\/p>\n<p>Mais Musset, l\u2019enfant du si\u00e8cle orphelin de Napol\u00e9on, \u00e9voque aussit\u00f4t apr\u00e8s l\u2019Empire glorieux\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerri\u00e8res dans tous les c\u0153urs. Jamais il n\u2019y eut de soleils si purs que ceux qui s\u00e9ch\u00e8rent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ogre corse sous qui nous sommes,<br>Cherchant toujours nouveaux exploits,<br>Mange par an deux cent mille hommes<br>Et va partout chiant des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1765\" class=\"cit-num\">1765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme contre Napol\u00e9on. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Premier Empire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nombreux pamphlets contribuent \u00e0 diffuser la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre de Corse, contre la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande imp\u00e9riale.<\/p>\n<p>Les rois impos\u00e9s par l\u2019empereur sont nombreux, pris dans sa famille ou parmi ses g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: rois de Naples, d\u2019Espagne, de Su\u00e8de, de Hollande, de Westphalie. Royaut\u00e9s parfois \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, souvent mal accept\u00e9es des populations lib\u00e9r\u00e9es ou conquises.<\/p>\n<p>Les historiens estimeront \u00e0 un million les morts de la Grande Arm\u00e9e, \u00ab\u00a0cette l\u00e9gendaire machine de guerre\u00a0\u00bb command\u00e9e par Napol\u00e9on en personne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un conqu\u00e9rant, c\u2019est un joueur d\u00e9termin\u00e9 qui prend un million d\u2019hommes pour jetons et le monde entier pour tapis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1769\" class=\"cit-num\">1769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">S\u00c9GUR<\/span> (1753-1830),<em> Histoire de Napol\u00e9on et de la Grande Arm\u00e9e<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Combl\u00e9 d\u2019honneurs et de titres sous l\u2019Empire, gentilhomme cumulant les talents litt\u00e9raires et politiques, il saura se faire bien voir des rois \u00e0 venir et sans jamais trahir, ce qui est un talent de plus.<\/p>\n<p>Joueur, Napol\u00e9on le fut tant de fois sur les champs de bataille et le million est le chiffre qui revient toujours \u2013 consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il joue aussi en politique, et d\u2019abord dans la d\u00e9cision du coup d\u2019\u00c9tat de brumaire (novembre\u00a01799), o\u00f9 il joue v\u00e9ritablement son destin \u00e0 quitte ou double\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une grande affaire, on est toujours forc\u00e9 de donner quelque chose au hasard\u00a0\u00bb dit-il \u00e0 Siey\u00e8s, inquiet de l\u2019issue. La m\u00eame ann\u00e9e, il ajoute \u00e0 ses Maximes et pens\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0La vraie politique n\u2019est autre chose que le calcul des combinaisons des chances\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0La politique, c\u2019est jouer aux hommes\u00a0\u00bb, cit\u00e9 par Chateaubriand \u2013 qui conna\u00eet la fin de l\u2019histoire et ajoute aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0H\u00e9 bien\u00a0! il a tout perdu \u00e0 ce jeu abominable, et c\u2019est la France qui a pay\u00e9 sa perte\u00a0\u00bb (<em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait trop, certes, du soldat quand il \u00e9tait parmi les rois, mais qui plus que lui fut royal au milieu des soldats\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1780\" class=\"cit-num\">1780<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Walter <span class=\"caps\">SCOTT<\/span> (1771-1832), <em>La Vie de Napol\u00e9on<\/em> (1827)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur sera toujours un \u00ab\u00a0parvenu\u00a0\u00bb, face aux t\u00eates couronn\u00e9es. Il enrage, en 1804\u00a0: \u00ab\u00a0Cinq ou six familles se partagent les tr\u00f4nes de l\u2019Europe et\u00a0elles voient avec douleur qu\u2019un Corse est venu s\u2019asseoir sur l\u2019un d\u2019eux. Je ne puis m\u2019y maintenir que par la force.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 l\u2019engrenage des guerres, et des coalitions.<\/p>\n<p>Mais avec ses hommes, le contact est imm\u00e9diat et remarquable, depuis toujours et jusqu\u2019\u00e0 la fin. Royal dans ses c\u00e9l\u00e8bres Proclamations, il est \u00e9galement fraternel et familier dans ses faits et gestes de \u00ab\u00a0Petit Caporal\u00a0\u00bb au plus pr\u00e8s de ses troupes.<\/p>\n<p>Signalons aussi le charisme de Napol\u00e9on, salu\u00e9 par celui qui deviendra le \u00ab\u00a0premier peintre de l\u2019empereur\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle belle t\u00eate il a\u00a0! C\u2019est pur, c\u2019est grand, c\u2019est beau comme l\u2019antique\u00a0! C\u2019est un homme auquel on aurait \u00e9lev\u00e9 des autels dans l\u2019Antiquit\u00e9 [\u2026] Bonaparte est mon h\u00e9ros.\u00a0\u00bb Jacques-Louis David confie ce coup de foudre aux \u00e9l\u00e8ves de son atelier, en 1797 (rapport\u00e9 par Del\u00e9cluze).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est insatiable, son ambition ne conna\u00eet pas de bornes\u00a0; il est un fl\u00e9au pour le monde\u00a0; il veut la guerre, il l\u2019aura, et le plus t\u00f4t sera le mieux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1803\" class=\"cit-num\">1803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ALEXANDRE<\/span>\u00a0Ier, fin mai\u00a01805. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1974), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tsar de Russie apprend que la R\u00e9publique de G\u00eanes sollicite sa r\u00e9union \u00e0 l\u2019Empire. Napol\u00e9on, d\u00e9j\u00e0 m\u00e9diateur de la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse, vient de se faire couronner roi d\u2019Italie (Lombardie et \u00c9milie-Romagne) \u2013 il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, mais l\u2019Italie est devenue un royaume quand la France devient un Empire.<\/p>\n<p>Craignant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie fran\u00e7aise en Europe, le tsar rejoint l\u2019Angleterre (en guerre depuis 1803) dans la troisi\u00e8me coalition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On va leur percer le flanc<br>En plain plan, r\u2019lan tan plan [\u2026]<br>Ah\u00a0! que nous allons rire\u00a0!<br>R\u2019lan tan plan tire lire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1808\" class=\"cit-num\">1808<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Marche d\u2019Austerlitz<\/em>, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On chante encore, sur l\u2019air de la<em> Prise de la Bastille<\/em> qui a d\u00e9j\u00e0 servi \u00e0 une plaisante bluette, sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> (<em>\u00c0 mon mari je suis fid\u00e8le<\/em>). Les \u00ab\u00a0timbres\u00a0\u00bb populaires sont repris au fil des \u00e9v\u00e9nements\u00a0: seules les paroles changent, cr\u00e9ant au fil des ans une histoire de France par la chanson.<br>2 d\u00e9cembre. Le jour anniversaire du sacre de l\u2019empereur, les grenadiers montent \u00e0 l\u2019assaut\u00a0: sur ordre de Napol\u00e9on redevenu chef militaire, la musique de chaque bataillon joue la chanson connue de chaque homme.<\/p>\n<p>Selon le capitaine Coignet, soldat de la campagne d\u2019Italie, chevalier de la premi\u00e8re promotion de la L\u00e9gion d\u2019honneur en 1804, grognard \u00e0 Austerlitz et admis dans la garde\u00a0: \u00ab\u00a0Les tambours battaient \u00e0 rompre les caisses, la musique se m\u00ealait aux tambours. C\u2019\u00e9tait \u00e0 entra\u00eener un paralytique.\u00a0\u00bb Il sera de toutes les guerres de Napol\u00e9on, encha\u00eenant 48 batailles sans une blessure, et mourra nonag\u00e9naire sous Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, je suis content de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1809\" class=\"cit-num\">1809<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805. <em>Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1834), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Abel Hugo est le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor, et leur p\u00e8re, g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Empire, a particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres de Napol\u00e9on. Cela explique en partie l\u2019inspiration et la nostalgie imp\u00e9riales dans la famille.<\/p>\n<p>Au soir de la victoire, le g\u00e9n\u00e9ral sait comme toujours trouver les mots pour ses troupes. Et pour l\u2019heure, le plus simple est le plus vrai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vous suffira de dire\u00a0: j\u2019\u00e9tais \u00e0 la bataille d\u2019Austerlitz, pour qu\u2019on vous r\u00e9ponde\u00a0: voil\u00e0 un brave\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1810\" class=\"cit-num\">1810<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin de la Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805.<em> Faits m\u00e9morables de l\u2019histoire de France<\/em> (1844), Louis Michelant<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0bataille des Trois Empereurs\u00a0\u00bb opposa les 65\u00a0000 hommes de Napol\u00e9on aux 90\u00a0000 hommes d\u2019Alexandre\u00a0Ier (Russie) et de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (Saint Empire romain germanique).<\/p>\n<p>Le dieu de la guerre et de la fortune est avec Napol\u00e9on\u00a0: le brouillard matinal cache ses mouvements \u00e0 l\u2019ennemi, et le soleil d\u2019Austerlitz brille sur une suite de man\u0153uvres tactiques hardies, et r\u00e9ussies \u2013 un classique enseign\u00e9 dans les \u00e9coles de guerre. Le bronze des 180 canons ennemis sera fondu pour \u00e9difier la colonne Vend\u00f4me (inspir\u00e9e de la colonne de Trajan, \u00e0 Rome).<\/p>\n<p>La victoire d\u2019Austerlitz met fin \u00e0 la troisi\u00e8me coalition \u2013 l\u2019Angleterre est invaincue, mais reste seule. Le trait\u00e9 de Presbourg est sign\u00e9 le 26\u00a0d\u00e9cembre par Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> qui abdique la couronne du Saint Empire et reconna\u00eet la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin. C\u2019est la suite de ses humiliations (commenc\u00e9es sous la R\u00e9volution)\u2026 et ce n\u2019est pas fini. Mais le tsar ne signe pas. Apr\u00e8s d\u2019autres d\u00e9faites, il sortira vainqueur du duel avec Napol\u00e9on, dans la campagne de Russie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas besoin de sabres, les gourdins suffiront pour ces chiens de Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1817\" class=\"cit-num\">1817<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume <span class=\"caps\">III<\/span>, roi de Prusse, \u00e9t\u00e9 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il apprend que les officiers prussiens s\u2019amusent \u00e0 aff\u00fbter leur sabre, sur les marches du perron de l\u2019ambassade de France. Le roi de Prusse a tort de jouer les matamores.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais on n\u2019a vu une d\u00e9route semblable\u00a0; jamais la terreur ne fut si g\u00e9n\u00e9rale\u00a0; les officiers d\u00e9clarent ouvertement qu\u2019ils ne veulent plus servir, tous d\u00e9sertent leurs drapeaux et retournent chez eux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1818\" class=\"cit-num\">1818<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> \u00e0 Napol\u00e9on, I\u00e9na, 14\u00a0octobre 1806. <em>Napol\u00e9on et ses mar\u00e9chaux<\/em> (1910), \u00c9mile Auguste Zurlinden<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur Napol\u00e9on est redevenu Bonaparte le capitaine d\u2019artillerie, rectifiant la place des batteries, la veille du combat, cependant que la Prusse a pr\u00e9sum\u00e9 de ses forces. Murat \u00ab\u00a0le Sabreur\u00a0\u00bb, commandant la cavalerie, a largement contribu\u00e9 \u00e0 la victoire. L\u2019arm\u00e9e prussienne est an\u00e9antie. La route de Berlin est ouverte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, le combat finit faute de combattants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1819\" class=\"cit-num\">1819<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (1767-1815) \u00e0 Napol\u00e9on, Magdebourg, 11\u00a0novembre\u00a01806. <em>Napol\u00e9on et ses mar\u00e9chaux<\/em> (1910), \u00c9mile Auguste Zurlinden<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trois semaines apr\u00e8s I\u00e9na, paraphrasant Rodrigue dans<em> Le Cid<\/em>, Murat rend compte \u00e0 l\u2019empereur de cette nouvelle victoire. La garnison prussienne s\u2019est rendue \u00e0 Ney. Bilan\u00a0: 110\u00a0000 prisonniers en 36 jours de campagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux conqu\u00e9rir la mer par la puissance de la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1820\" class=\"cit-num\">1820<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), D\u00e9cret de Berlin, 21\u00a0novembre\u00a01806. <em>Histoire \u00e9conomique et sociale de la France<\/em> (1976), Fernand Braudel, Ernest Labrousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour r\u00e9soudre le \u00ab\u00a0probl\u00e8me anglais\u00a0\u00bb, autrement dit neutraliser l\u2019ennemi qui r\u00e8gne sur les mers, la guerre navale est impossible apr\u00e8s la d\u00e9faite de Trafalgar, et le d\u00e9barquement semble irr\u00e9alisable. Napol\u00e9on reprend alors une autre id\u00e9e, longuement m\u00e9dit\u00e9e, r\u00e9digeant lui-m\u00eame le d\u00e9cret. C\u2019est le Blocus continental\u00a0: \u00ab\u00a0Tout commerce et toute correspondance avec les \u00eeles Britanniques sont interdits.\u00a0\u00bb Y compris aux pays neutres.<\/p>\n<p>Le blocus aurait pu \u00eatre un vrai danger pour l\u2019\u00e9conomie anglaise qui exporte environ un tiers de sa production. Mais il ne sera jamais totalement respect\u00e9, malgr\u00e9 la politique d\u2019annexion syst\u00e9matique pratiqu\u00e9e par Napol\u00e9on. L\u2019Angleterre est sauv\u00e9e par la contrebande.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on envahira les pays r\u00e9calcitrants\u00a0: l\u2019Espagne et la Russie. Par ailleurs, le sentiment national des pays occup\u00e9s va ressurgir, du fait des privations impos\u00e9es aux peuples, ainsi en Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel massacre\u00a0! Et sans r\u00e9sultat\u00a0! Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l\u2019amour de la paix et l\u2019horreur de la guerre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1821\" class=\"cit-num\">1821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) sur le champ de bataille d\u2019Eylau, 9\u00a0f\u00e9vrier 1807. <em>La Chambre noire de Longwoog\u00a0: le voyage \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1997), Jean-Paul Kauffmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e8s de 50\u00a0000 tu\u00e9s ou bless\u00e9s autour de lui. Co\u00fbteuse et am\u00e8re victoire en date du 8\u00a0f\u00e9vrier, remport\u00e9e avec l\u2019aide de Murat, Davout, Ney, Soult, Augereau et Lannes, contre les Russes sup\u00e9rieurs en nombre et ce qui restait des Prussiens. Napol\u00e9on d\u00e9couvre le spectacle atroce, le lendemain. Il commande un tableau, dicte tout ce que le peintre doit faire passer\u00a0: le projet fait l\u2019objet d\u2019un concours remport\u00e9 par Antoine-Jean Gros.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois de l\u2019histoire et de l\u2019iconographie imp\u00e9riale, on voit le visage de Napol\u00e9on, boulevers\u00e9, entour\u00e9 de ses g\u00e9n\u00e9raux et s\u2019inqui\u00e9tant des soins apport\u00e9s aux bless\u00e9s, fran\u00e7ais ou ennemis. C\u2019est naturellement un (admirable) tableau de propagande, mais le message est nouveau.<\/p>\n<p>Les batailles de la quatri\u00e8me coalition vont se poursuivre\u00a0: autant de victoires \u00e0 Dantzig, Friedland\u2026 et jusqu\u2019au Mont Athos, au nord de la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis plus \u00e0 l\u2019aise sous la mitraille qu\u2019entour\u00e9 d\u2019un essaim de jolies filles d\u00e9collet\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1825\" class=\"cit-num\">1825<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEFEBVRE<\/span> (1755-1820), \u00e0 Talleyrand, confidence lors d\u2019une soir\u00e9e \u00e0 la cour des Tuileries. <em>Le Dictionnaire des citations du monde entier<\/em> (1960), Karl Petit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9flexion donne bien le climat de cette cour imp\u00e9riale, cr\u00e9\u00e9e en m\u00eame temps que l\u2019Empire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tiquette, dict\u00e9e par l\u2019empereur, est stricte et quasi militaire, mais l\u2019on y rencontre des personnages venus de toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: bourgeoisie (Bernadotte, Berthier, Jourdan, Junot, Mass\u00e9na, Soult) et peuple (Augereau, Carnot, Lannes, Lefebvre, Murat, Ney), mal \u00e0 l\u2019aise face \u00e0 la vieille noblesse (Brissac, La Rochefoucauld, Montesquiou, Talleyrand) et aux dames. Rappelons que la \u00ab\u00a0femme \u00e0 Lefebvre\u00a0\u00bb comme elle s\u2019annon\u00e7ait elle-m\u00eame, servit de mod\u00e8le \u00e0 Victorien Sardou pour la populaire Madame Sans-G\u00eane, cr\u00e9\u00e9e en 1892 au th\u00e9\u00e2tre du Vaudeville.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que je fasse de tous les peuples de l\u2019Europe un m\u00eame peuple et de Paris la capitale du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1849\" class=\"cit-num\">1849<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin 1810, \u00e0 son ministre Fouch\u00e9. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1974), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le r\u00eave europ\u00e9en, plus tenaillant que jamais. \u00ab\u00a0Ma destin\u00e9e n\u2019est pas accomplie\u00a0; je veux achever ce qui n\u2019est qu\u2019\u00e9bauch\u00e9\u00a0; il me faut un code europ\u00e9en, une Cour de cassation europ\u00e9enne, une m\u00eame monnaie, les m\u00eames poids et mesures, les m\u00eames lois\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les historiens s\u2019interrogent encore aujourd\u2019hui\u00a0: imp\u00e9rialiste \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur et avide de conqu\u00eates, patriote fran\u00e7ais voulant agrandir son pays, ou unificateur de l\u2019Europe en avance sur l\u2019histoire\u00a0?<\/p>\n<p>Napol\u00e9on s\u2019identifie toujours \u00e0 Charlemagne, mais le temps n\u2019est plus \u00e0 ce genre d\u2019empire, les peuples sont devenus des nations, la R\u00e9volution de 1789 leur a parl\u00e9 de Libert\u00e9. Il invoque un autre mod\u00e8le historique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Romains donnaient leurs lois \u00e0 leurs alli\u00e9s\u00a0; pourquoi la France ne ferait-elle pas adopter les siennes\u00a0?\u00a0\u00bb Le Code Napol\u00e9on s\u2019applique \u00e0 tout l\u2019Empire, depuis 1807. Et nombre de pays l\u2019adopteront de leur plein gr\u00e9.<\/p>\n<p>Mais quand il parle ainsi \u00e0 Fouch\u00e9, c\u2019est pour d\u00e9fendre son id\u00e9e d\u2019envahir la Russie. Fouch\u00e9 (comme son ami et confr\u00e8re Talleyrand) est contre cette campagne qui sera catastrophique. Il voit plus clair que l\u2019empereur qui ne lui pardonnera pas cette lucidit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis un pauvre conscrit<br>De l\u2019an mille huit cent dix [\u2026]<br>Ils nous font tirer z\u2019au sort<br>Pour nous conduire \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1850\" class=\"cit-num\">1850<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le D\u00e9part du conscrit<\/em>, vers 1810, chanson anonyme \u00e0 plusieurs versions. <em>L\u2019Arm\u00e9e de Napol\u00e9on, 1800-1815<\/em> (2000), Alain Pigeard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre d\u2019Espagne se r\u00e9v\u00e8le d\u00e9sastreuse pour la Grande Arm\u00e9e, avant de devenir tr\u00e8s co\u00fbteuse \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du pays. Les coalitions qui se succ\u00e8dent font quelque 200\u00a0000 morts par an. Il faut recruter\u00a0: les conscrits partent sans enthousiasme, le nombre des r\u00e9fractaires augmente, avec la complicit\u00e9 de la population paysanne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e, c\u2019est la nation\u00a0\u00bb dans la doctrine imp\u00e9riale. Mais \u00e0 partir de 1811, il faut int\u00e9grer des contingents \u00e9trangers et recourir massivement \u00e0 la conscription (ou service militaire)\u00a0: la R\u00e9volution fran\u00e7aise avait commenc\u00e9, avec la lev\u00e9e en masse des soldats de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. Napol\u00e9on encha\u00eene. L\u2019historien Jules Michelet constate\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait la Grande Arm\u00e9e, sinon une France guerri\u00e8re d\u2019hommes qui, sans famille, ayant de plus perdu la R\u00e9publique, cette patrie morale, promenait cette vie errante en Europe\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on est comme un torrent. Moscou sera l\u2019\u00e9ponge qui l\u2019absorbera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1862\" class=\"cit-num\">1862<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Feld-mar\u00e9chal <span class=\"caps\">KOUTOUZOV<\/span> (1745-1813), exposant son coup de poker militaire \u00e0 son \u00e9tat-major, d\u00e9but septembre\u00a01812. <em>La Guerre patriotique de 1812<\/em> (2008), \u00c9mile Grenier Robillard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole proph\u00e9tique du g\u00e9n\u00e9ral en chef russe, alors que l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne est en marche vers Moscou. \u00c9t\u00e9 1812, la guerre a donc repris\u00a0: c\u2019est la sixi\u00e8me coalition qui dressera bient\u00f4t l\u2019Europe contre Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Alexandre\u00a0Ier est ulc\u00e9r\u00e9 par l\u2019annexion du duch\u00e9 d\u2019Oldenbourg, fief appartenant \u00e0 son cousin et devenu au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin un des 130 d\u00e9partements fran\u00e7ais, sous le nom de Bouches-du-Weser. La Russie souffre par ailleurs du Blocus continental et renoue avec l\u2019Angleterre. De son c\u00f4t\u00e9, Napol\u00e9on est tent\u00e9\u00a0: cette nouvelle conqu\u00eate manque \u00e0 son Empire\u00a0! Il comprendra \u2013 mais trop tard \u2013 cette erreur fatale.<\/p>\n<p>Koutousov expose son plan\u00a0: plut\u00f4t que d\u2019affronter ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e, il ordonne la retraite de Moscou, sans combat. Ses officiers sont totalement d\u00e9concert\u00e9s. Certains pleurent, arrachent leurs d\u00e9corations, d\u2019autres parlent de trahison, mais le mar\u00e9chal sera ob\u00e9i. Et il \u00e9crit au tsar, pour le rassurer. La perte de Moscou est r\u00e9parable et doit sauver la Patrie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moscou sera notre perte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1863\" class=\"cit-num\">1863<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (1767-1815), \u00e0 Napol\u00e9on, 18\u00a0ao\u00fbt 1812<em>. La Catastrophe de Russie<\/em> (1949), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots seront r\u00e9p\u00e9t\u00e9s par l\u2019entourage de l\u2019empereur qui s\u2019est lanc\u00e9 dans l\u2019aventure sans conna\u00eetre le terrain, passant le fleuve Ni\u00e9men le 22\u00a0juin.<\/p>\n<p>Murat, roi de Naples, appel\u00e9 pour la campagne de Russie, d\u00e9couvre la guerre d\u2019usure. L\u2019ennemi se d\u00e9robe sans fin, la Grande Arm\u00e9e s\u2019enfonce en terre \u00e9trang\u00e8re, amput\u00e9e du tiers de ses effectifs sans avoir livr\u00e9 bataille\u00a0: 150\u00a0000 hommes disparus, morts, \u00e9puis\u00e9s par la canicule, bless\u00e9s, plus encore d\u00e9serteurs. Mais pour l\u2019empereur, c\u2019est une question d\u2019honneur. On ira \u00e0 Moscou \u2013 qui n\u2019est m\u00eame pas la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le soleil d\u2019Austerlitz\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1864\" class=\"cit-num\">1864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), parvenu devant Moscou, au matin du 7\u00a0septembre 1812.<em> Napol\u00e9on Bonaparte, ou trente ans de l\u2019histoire de France<\/em>, drame en 6 actes (1831), Alexandre Dumas p\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour une fois, Dumas est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 la lettre m\u00eame\u00a0! La citation figure dans de nombreuses sources. Tout juste appuie-t-il la r\u00e9plique d\u2019un\u00a0: \u00ab\u00a0Battons-nous donc\u00a0! Mes amis, voil\u00e0 le soleil d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Napol\u00e9on doit galvaniser les officiers, en \u00e9voquant la plus \u00e9clatante victoire de l\u2019Empire. Il entre dans la ville comme en pays conquis et toujours sans combat, \u00ab\u00a0transport\u00e9 de joie\u00a0\u00bb. On croit \u00e0 une nouvelle victoire, les soldats sont s\u00fbrs de trouver des vivres et un repos bien m\u00e9rit\u00e9. Mais la ville est vid\u00e9e de ses habitants, 300\u00a0000 Moscovites ont fui avec tous leurs biens. Pis encore, un gigantesque incendie va d\u00e9truire la cit\u00e9 construite en bois, qui br\u00fblera jusqu\u2019au 20\u00a0septembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La paix\u00a0? Mais nous n\u2019avons pas encore fait la guerre. Ma campagne ne fait que commencer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1865\" class=\"cit-num\">1865<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ALEXANDRE<\/span>\u00a0Ier (1777-1825), R\u00e9ponse \u00e0 la lettre de Napol\u00e9on, 5\u00a0octobre 1812. <em>Koutouzov\u00a0: le vainqueur de Napol\u00e9on<\/em> (1990), Serge Nabokov, Sophie de Lastours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on proposait \u00e0 son \u00ab\u00a0fr\u00e8re l\u2019empereur Alexandre\u00a0\u00bb d\u2019arr\u00eater sa marche. Le tsar ne c\u00e9dera pas. \u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e9rerais m\u2019exiler \u00e0 Vladivostok et me faire pousser une barbe de trois pieds de long plut\u00f4t que de traiter avec lui. L\u2019Europe est d\u00e9sormais trop petite pour nous deux.\u00a0\u00bb Et il peut compter sur le g\u00e9n\u00e9ral Hiver pour vaincre l\u2019envahisseur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit en aucun cas d\u2019une retraite, mais d\u2019une marche strat\u00e9gique. Mon arm\u00e9e n\u2019est pas battue, que je sache\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1866\" class=\"cit-num\">1866<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 13\u00a0octobre 1812. <em>L\u2019Incendie de Moscou<\/em> (1964), Daria Olivier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les premi\u00e8res neiges tombent et les derni\u00e8res illusions de Napol\u00e9on s\u2019envolent, mais il refuse encore de l\u2019avouer. De Moscou, il envisage un repli sur Smolensk, le temps d\u2019hiverner, pour repartir au printemps sur Saint-P\u00e9tersbourg. Il affectera de railler ces Russes \u00ab\u00a0qui br\u00fblent leurs maisons pour nous emp\u00eacher d\u2019y passer la nuit.\u00a0\u00bb Et Paris chante <em>La Campagne de Russie<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il \u00e9tait un p\u2019tit homme<br>Qu\u2019on appelait le grand [\u2026]<br>Courant \u00e0 perdre haleine,<br>Croyant prendre Moscou,<br>Ce grand fou\u00a0!<br>Mais ce grand capitaine<br>N\u2019y a vu, saberg\u00e9, que du feu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1867\" class=\"cit-num\">1867<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Campagne de Russie<\/em> (automne 1812), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson se diffuse sous le manteau \u00e0 Paris, tandis que commence la retraite de Russie d\u2019octobre\u00a01812. Le tsar accusa les Fran\u00e7ais d\u2019avoir incendi\u00e9 Moscou. Sans doute se sont-ils content\u00e9s de piller la ville et d\u2019achever ainsi de la d\u00e9truire, apr\u00e8s l\u2019incendie qui aurait \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 par Rostopchine, gouverneur militaire (p\u00e8re de la future comtesse de S\u00e9gur, best-seller dans la litt\u00e9rature pour la jeunesse). Il a fait \u00e9vacuer la ville o\u00f9 ne restent que 800 prisonniers de droit commun, leur promettant la r\u00e9habilitation s\u2019ils mettaient le feu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a besoin de r\u00e9tablir sa discipline, de se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son mat\u00e9riel [\u2026] Le repos est son premier besoin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1872\" class=\"cit-num\">1872<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), 29e Bulletin de la Grande Arm\u00e9e,<em> Le Moniteur<\/em>, 16\u00a0d\u00e9cembre 1812. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derniers mots du tristement c\u00e9l\u00e8bre Bulletin. La France en est frapp\u00e9e de stupeur.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on, le 5\u00a0d\u00e9cembre, a d\u00e9cid\u00e9 de rentrer, suite \u00e0 la conspiration du g\u00e9n\u00e9ral Malet et au coup d\u2019\u00c9tat manqu\u00e9 de peu\u00a0! D\u2019o\u00f9 cette course folle de treize jours, en tra\u00eeneau, en cabriolet, \u00e0 travers la Pologne, l\u2019Allemagne\u2026 Il ignore le pire\u00a0: la plus atroce d\u00e9route de l\u2019histoire de France commence.<\/p>\n<p>Il apprend quelques jours plus tard la trag\u00e9die, apr\u00e8s son d\u00e9part de Russie. Murat s\u2019est querell\u00e9 violemment avec Davout, abandonnant le commandement au prince Eug\u00e8ne et regagnant son royaume de Naples. Le prince Eug\u00e8ne de Beauharnais (fils de Jos\u00e9phine et adopt\u00e9 par l\u2019empereur) fait l\u2019impossible, \u00e9vite l\u2019encerclement et accomplit ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un exploit. Il ram\u00e8nera tant bien que mal 100\u00a0000 hommes. C\u2019est quand m\u00eame la d\u00e9b\u00e2cle. Le bilan total de cette campagne sera de 530\u00a0000 morts, victimes surtout du typhus, du froid et de la faim.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu vos troupes, il n\u2019y a que des enfants. Vous avez fait p\u00e9rir une g\u00e9n\u00e9ration. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1874\" class=\"cit-num\">1874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), \u00e0 Napol\u00e9on qui le re\u00e7oit comme m\u00e9diateur \u00e0 Dresde, 26\u00a0juin 1813. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on cherche une impossible tr\u00eave. La Prusse pactise d\u00e9j\u00e0 avec la Russie et d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France, le 17\u00a0mars 1813. L\u2019Autriche propose sa m\u00e9diation\u00a0: c\u2019est l\u2019occasion pour Metternich, chancelier (chef du gouvernement) et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, de jouer un r\u00f4le diplomatique de premier plan.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fait le compte des soldats dont il peut disposer et tente de montrer sa force au cours de cette entrevue. En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter des \u00ab\u00a0Marie-Louise\u00a0\u00bb, jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, sans formation militaire. Metternich n\u2019est pas dupe de la d\u00e9monstration. Napol\u00e9on, furieux, lui reproche les ambigu\u00eft\u00e9s de sa politique\u2026 Ce qui va jeter l\u2019Autriche dans le camp ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019attendre \u00e0 une d\u00e9faite partout o\u00f9 l\u2019empereur donnera en personne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1877\" class=\"cit-num\">1877<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">MOREAU<\/span> (1763-1813), conseiller militaire du tsar de Russie, en 1813. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1885), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais se retrouve dans l\u2019\u00e9tat-major ennemi, au terme d\u2019une \u00e9trange carri\u00e8re\u00a0: engag\u00e9 volontaire en 1791 dans l\u2019arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire, nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral en 1793, suspect\u00e9 par le Directoire pour ses relations avec le g\u00e9n\u00e9ral royaliste Pichegru, il se retrouve aux c\u00f4t\u00e9s de Bonaparte dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, puis au coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire.<\/p>\n<p>S\u2019estimant mal pay\u00e9 pour ses services, il se lie aux royalistes. Arr\u00eat\u00e9 en 1804, exil\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, il est appel\u00e9 comme conseiller militaire par Alexandre\u00a0Ier en 1813. Voil\u00e0 pourquoi il met en garde contre le g\u00e9nie militaire de Napol\u00e9on qu\u2019il conna\u00eet bien et qui permet des victoires \u00ab\u00a0impossibles\u00a0\u00bb\u00a0: L\u00fctzen, Bautzen\u2026 et Dresde, contre les Russes, les Prussiens et les Autrichiens, le 27\u00a0ao\u00fbt. Moreau y sera mortellement bless\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La conscription est devenue pour toute la France un odieux fl\u00e9au, parce que cette mesure a toujours \u00e9t\u00e9 outr\u00e9e dans son ex\u00e9cution. Depuis deux ans, on moissonne les hommes trois fois l\u2019ann\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1878\" class=\"cit-num\">1878<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte <span class=\"caps\">LAIN\u00c9<\/span> (1767-1835), Corps l\u00e9gislatif, 29\u00a0d\u00e9cembre 1813. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 se distingua toujours par une remarquable ind\u00e9pendance d\u2019esprit. En cette ann\u00e9e 1813, il prend position en faveur de la paix et de la libert\u00e9, et sera de ce fait accus\u00e9 par l\u2019empereur d\u2019\u00eatre au service de l\u2019Angleterre. Lain\u00e9 poursuit devant l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Une guerre barbare et sans but engloutit p\u00e9riodiquement une jeunesse arrach\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 l\u2019agriculture, au commerce et aux arts.\u00a0\u00bb Le d\u00e9cret du 21\u00a0septembre 1813 avait appel\u00e9 300\u00a0000 jeunes gens sous les drapeaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, une partie du territoire de la France est envahie\u00a0; je vais me lancer \u00e0 la t\u00eate de mon arm\u00e9e et, avec l\u2019aide de Dieu et la valeur de mes troupes, j\u2019esp\u00e8re repousser l\u2019ennemi au-del\u00e0 des fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1879\" class=\"cit-num\">1879<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), devant 800 officiers de la garde nationale, Salle des Mar\u00e9chaux, ch\u00e2teau des Tuileries, 23\u00a0janvier 1814.<em> Le R\u00eave inachev\u00e9<\/em>\u00a0(1990), Alain Lunel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La campagne d\u2019Allemagne s\u2019est termin\u00e9e par le d\u00e9sastre de Leipzig (16 au 18\u00a0octobre 1813). Ce fut la \u00ab\u00a0bataille des Nations\u00a0\u00bb entre Napol\u00e9on (185\u00a0000 hommes) et les Alli\u00e9s (300\u00a0000)\u00a0: Autrichiens, Prussiens, Russes, auxquels se sont joints les Su\u00e9dois sous le commandement de leur roi Charles <span class=\"caps\">XIV<\/span>, alias Bernadotte, ancien mar\u00e9chal de France que Napol\u00e9on a mis sur le tr\u00f4ne de Su\u00e8de.<\/p>\n<p>Bilan\u00a0: plus de 60\u00a0000 Fran\u00e7ais perdus (morts ou prisonniers) et l\u2019obligation de reculer en de\u00e7\u00e0 du Rhin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le boulet qui doit me tuer n\u2019est pas encore fondu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1880\" class=\"cit-num\">1880<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 ses soldats effray\u00e9s, quand son cheval passe sur un boulet fumant, bataille de Montereau, 18\u00a0f\u00e9vrier 1814. <em>Napol\u00e9on, l\u2019homme, le politique, l\u2019orateur<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1889), Antoine Guillois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on est reparti en guerre pour renverser la situation\u00a0: la campagne de France commence, avec 50\u00a0000 hommes contre 350\u00a0000 Alli\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c0 Brienne, il repousse les Prussiens qui occupent la ville, mais doit se retirer le 2\u00a0f\u00e9vrier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma bonne Louise, victoire\u00a0! J\u2019ai d\u00e9truit douze r\u00e9giments russes, fait six mille prisonniers, quarante pi\u00e8ces de canon, deux cents caissons, pris le g\u00e9n\u00e9ral en chef et tous les g\u00e9n\u00e9raux, plusieurs colonels. Je n\u2019ai pas perdu deux cents hommes. Fais tirer le canon des Invalides et publier cette nouvelle \u00e0 tous les spectacles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1882\" class=\"cit-num\">1882<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre \u00e0 Marie-Louise au soir de la bataille de Champaubert (commune de la Marne), 10\u00a0f\u00e9vrier 1814. <em>La Chute ou l\u2019Empire de la solitude<\/em> (2008), Dominique de Villepin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une victoire sur les Russes et les Prussiens, cinq fois sup\u00e9rieurs en nombre. Napol\u00e9on va encore faire des prouesses \u00e0 Montmirail, Ch\u00e2teau-Thierry, Nangis. Et \u00e0 Montereau o\u00f9 il attaque, toujours en t\u00eate des troupes, sur son cheval\u2026 Mais l\u2019empereur sait que voil\u00e0 le commencement de la fin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai tout fait pour mourir \u00e0 Arcis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1883\" class=\"cit-num\">1883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Caulaincourt, \u00e9voquant la bataille du 19\u00a0mars 1814. <em>M\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Caulaincourt, duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur<\/em> (posthume, 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aveu est post\u00e9rieur \u00e0 la bataille. Plusieurs fois, Napol\u00e9on a tent\u00e9 de se suicider, notamment \u00e0 l\u2019opium. Et chaque fois, il \u00e9voquait ce nom et regrettait cette mort qui se refusait \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Le 19\u00a0mars 1814, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, il s\u2019est jet\u00e9 dans la m\u00eal\u00e9e \u00e0 Arcis-sur-Aube, bient\u00f4t rejoint par sa Garde. La bataille est rest\u00e9e ind\u00e9cise face \u00e0 Schwarzenberg, ex-ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris, ex-alli\u00e9 de Napol\u00e9on pendant la campagne de Russie. Il commande \u00e0 pr\u00e9sent les arm\u00e9es alli\u00e9es qui envahissent la France. L\u2019\u00e9tau se resserre autour de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les guerres de Napol\u00e9on ont divulgu\u00e9 un fatal secret\u00a0: c\u2019est qu\u2019on peut arriver en quelques journ\u00e9es de marche \u00e0 Paris apr\u00e8s une affaire heureuse\u00a0; c\u2019est que Paris ne se d\u00e9fend pas\u00a0; c\u2019est que ce m\u00eame Paris est beaucoup trop pr\u00e8s de la fronti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1884\" class=\"cit-num\">1884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 30\u00a0mars 1814, c\u2019est la bataille de Paris. Bl\u00fccher occupe Montmartre et de ses hauteurs, bombarde la capitale. Moncey r\u00e9siste h\u00e9ro\u00efquement \u00e0 la barri\u00e8re de Clichy. Mais Marmont doit signer la capitulation en fin d\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s entrent dans Paris le lendemain. Il y a quelques cris pour acclamer le roi de Prusse et le tsar de Russie. Napol\u00e9on s\u2019est repli\u00e9 sur Fontainebleau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1885\" class=\"cit-num\">1885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">DAUMESNIL<\/span> (1776-1832), aux Alli\u00e9s assi\u00e9geant Vincennes, d\u00e9but avril\u00a01814. <em>Daumesnil\u00a0: \u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes\u00a0\u00bb<\/em> (1970), Henri de Clairval<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Volontaire sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, g\u00e9n\u00e9ral et baron d\u2019Empire multipliant les actions d\u2019\u00e9clat, surnomm\u00e9 Jambe de bois, il a perdu une jambe \u00e0 Wagram (1809).<\/p>\n<p>Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il r\u00e9siste au si\u00e8ge des troupes coalis\u00e9es, alors que la capitale est aux mains des Alli\u00e9s. Sa garnison se compose d\u2019un millier de gardes nationaux et de 300 invalides, qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0mon Jeu de quilles\u00a0\u00bb. Un stock de munitions consid\u00e9rable (\u00e9valu\u00e9 \u00e0 80\u00a0millions de francs) fait du donjon une poudri\u00e8re en puissance. La nuit du 30 au 31\u00a0mars, Jambe de bois et son Jeu de quilles ont rafl\u00e9 \u00e0 Montmartre armes, munitions, chevaux, canons, pour les ramener \u00e0 l\u2019abri dans Vincennes. Les Alli\u00e9s lui proposent enfin une forte somme pour sa reddition. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique.<\/p>\n<p>Il n\u00e9gociera la capitulation avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, apr\u00e8s l\u2019exil de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>En 1830, quinquag\u00e9naire vaillant, toujours gouverneur de Vincennes et toujours r\u00e9sistant, il r\u00e9pond aux menaces des assaillants\u00a0: \u00ab\u00a0Je me fais sauter avec le ch\u00e2teau et nous nous rencontrerons en l\u2019air.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0La guerre est la continuation de la politique par d\u2019autres moyens.\u00a0\u00bb Carl von CLAUSEWITZ (1780-1831), g\u00e9n\u00e9ral prussien, strat\u00e8ge et th\u00e9oricien, De la Guerre (1832) \u00ab\u00a0Il y a des guerres justes. Il n\u2019y a pas d\u2019arm\u00e9e juste.\u00a0\u00bb Andr\u00e9 MALRAUX (1901-1976), L\u2019Espoir (1937) Les hommes se font la guerre depuis la pr\u00e9histoire et les guerres antiques [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":144,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10018","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10018"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10018\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16249,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10018\/revisions\/16249"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10018"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}