{"id":10021,"date":"2026-02-09T00:30:00","date_gmt":"2026-02-08T23:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-leon-gambetta-en-citations\/"},"modified":"2026-02-09T07:03:14","modified_gmt":"2026-02-09T06:03:14","slug":"portrait-de-leon-gambetta-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-leon-gambetta-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de L\u00e9on Gambetta en citations"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"10021\" class=\"elementor elementor-10021\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-5a470137 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"5a470137\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-484acd9d elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"484acd9d\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour gouverner les Fran\u00e7ais, il faut des paroles violentes et des actes mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), cit\u00e9 par Paul Deschanel, <em>Gambetta<\/em> (1919)<\/p><\/blockquote><p>Gambetta (1838-1882) est reconnu par les historiens comme l\u2019un des p\u00e8res fondateurs de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, au m\u00eame titre que Thiers (1797-1877) et Clemenceau (1841-1929).<\/p><p>Dans une vie deux fois moins longue, il accomplit une t\u00e2che aussi importante, r\u00e9alisant que \u00ab\u00a0la politique est l\u2019art du possible\u00a0\u00bb tout en se donnant corps et \u00e2me au service de la cause nationale. Il d\u00e9fendra sans rel\u00e2che les m\u00eames id\u00e9es force en \u00ab\u00a0commis-voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, pr\u00eat au compromis temporaire pour les voir triompher \u00e0 terme.<\/p><p>Contrairement \u00e0 Thiers, il ne joua aucun r\u00f4le dans le massacre des Communards (plaidant au contraire pour leur amnistie) et ne fut jamais \u00ab\u00a0premier flic de France\u00a0\u00bb autoproclam\u00e9 comme Clemenceau faisant tirer sur des gr\u00e9vistes. Il respecta ses adversaires politiques, ignora les man\u0153uvres politiciennes\u00a0et se conduisit bien avec la femme de sa vie. Il lui manque juste l\u2019habilet\u00e9 tactique de Thiers, l\u2019humour f\u00e9roce de Clemenceau\u2026 et leur sant\u00e9 d\u2019octog\u00e9naires \u00e0 toute \u00e9preuve.<\/p><p>Seul panth\u00e9onis\u00e9, honor\u00e9 en statues, monuments et noms de rue, timbres et pi\u00e8ces de monnaie, Gambetta reste pourtant le moins connu du trio. Ce portrait s\u2019impose, faisant revivre un homme d\u2019exception, vou\u00e9 \u00e0 la Politique, la R\u00e9publique et la France, surdou\u00e9 dans l\u2019Action comme dans le Verbe.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>Un personnage attachant, hors-norme et contest\u00e9.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Conduite\u00a0: dissip\u00e9. Application\u00a0: m\u00e9diocre. Caract\u00e8re\u00a0: tr\u00e8s bon, tr\u00e8s l\u00e9ger, enjou\u00e9, espi\u00e8gle. Talent\u00a0: remarquable, intelligence tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Bulletin de l\u2019enfant au Petit s\u00e9minaire. Cit\u00e9 dans <em>Droit et justice\u00a0: la R\u00e9publique des avocats en chromos.<\/em> Par <span class=\"caps\">J.B.<\/span> dans Oldies But Goodies, 2021.<\/p><\/blockquote><p>L\u00e9on Michel Gambetta na\u00eet \u00e0 Cahors le 2 avril 1838, d\u2019un p\u00e8re g\u00e9nois et d\u2019une m\u00e8re gasconne qui tiennent une \u00e9picerie cossue face \u00e0 la cath\u00e9drale\u00a0: \u00ab\u00a0Le Bazar g\u00e9nois\u00a0\u00bb.<\/p><p>L\u2019enfant apprend \u00e0 lire et \u00e9crire \u00e0 quatre ans dans une institution religieuse. \u00c0 huit ans, il manque de mourir d\u2019une p\u00e9ritonite dont les effets se feront sentir jusqu\u2019\u00e0 sa mort (44 ans). \u00c0 onze ans, il se blesse \u00e0 l\u2019\u0153il droit dans la boutique voisine du coutelier. Borgne, il se fera toujours repr\u00e9senter de profil (gauche).<\/p><p>Inscrit au Petit s\u00e9minaire de Montfaucon et malgr\u00e9 son comportement turbulent, ses ma\u00eetres remarquent ses qualit\u00e9s, d\u2019o\u00f9 cette appr\u00e9ciation charmante\u2026 et proph\u00e9tique.<\/p><p>Il n\u2019a aucune vocation eccl\u00e9siastique et se montrera plus tard farouchement anticl\u00e9rical. Il ne s\u2019int\u00e9resse pas au commerce et refuse de travailler dans l\u2019\u00e9picerie familiale. Il se cultive par la lecture et se passionne d\u00e9j\u00e0 pour la politique \u2013 contre le r\u00e9gime imp\u00e9rial. Fait notable, il exerce un fort ascendant sur ses camarades.<\/p><p>Contre l\u2019avis de ses parents, il quitte sa ville natale \u00e0 17 ans pour \u00e9tudier le droit \u00e0 Paris. \u00c0 21 ans (\u00e2ge de la majorit\u00e9), il opte pour la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, devenant \u00e0 jamais le plus fervent des patriotes.<\/p><p>Avocat, il devient c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 30 ans avec sa plaidoirie pour Delescluze, r\u00e9publicain socialisant, opposant au Second Empire ayant organis\u00e9 une souscription pour un monument au d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain Baudin, mort sur une barricade le 3 d\u00e9cembre 1851, au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat pr\u00e9figurant le r\u00e9gime imp\u00e9rial. Gambetta est d\u00e9sormais \u00ab\u00a0l\u2019homme \u00e0 suivre\u00a0\u00bb et l\u2019espoir du nouveau r\u00e9gime esp\u00e9r\u00e9<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un tribun d\u2019une puissance incomparable [\u2026]. Sa voix forte, chaude et cadenc\u00e9e frappait sur la foule avec la puissance du marteau sur l\u2019enclume. Elle dominait les r\u00e9sistances, subjuguait les volont\u00e9s, enflammait les d\u00e9vouements, tandis que le geste dominateur et large achevait les conqu\u00eates de l\u2019accent.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">DELAFOSSE<\/span> (1841-1916),<em> Figures contemporaines<\/em> (1900).<\/p><\/blockquote><p>Tout le personnel politique de l\u2019\u00e9poque lui reconna\u00eet ce talent d\u2019orateur exceptionnel, y compris ses adversaires \u2013 comme ce d\u00e9put\u00e9 bonapartiste, encore un Jules dans la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb (Simon, Favre, Gr\u00e9vy, Ferry, Vall\u00e8s, M\u00e9line, Dufaure\u2026)<\/p><p>Clemenceau, adversaire de gauche radicale et toujours critique envers ses confr\u00e8res, reconna\u00eet sa \u00ab\u00a0puissance irr\u00e9sistible d\u2019attraction, de concentration, d\u2019impulsion\u00a0\u00bb, avec le charisme tribunicien de celui qui \u00ab\u00a0se donnait pour prendre, c\u2019est-\u00e0-dire pour que l\u2019auditoire se donn\u00e2t \u00e0 son tour.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le journaliste et d\u00e9put\u00e9 radical Camille Pelletan d\u00e9crit les discours de Gambetta comme une bataille\u00a0: \u00ab\u00a0calme d\u2019abord, s\u2019animant par degr\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 ce que la lutte s\u2019irrite, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019enfin, le combat d\u00e9finitivement engag\u00e9, il se jette avec toute sa passion oratoire dans la m\u00eal\u00e9e, secouant sa t\u00eate au-dessus de la foule soulev\u00e9e.\u00a0\u00bb Il en sortait souvent \u00e9puis\u00e9, \u00e0 bout de souffle, en sueur, crachant le sang.<\/p><p>Dans un d\u00e9bat \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, 16 juin 1879, la loi Ferry sur l\u2019\u00e9ducation enflamme la Chambre. Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry, tapant si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre\u2026 et les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bavard, chaleureux, m\u00e9ridional, exub\u00e9rant, rondouillard, \u00e0 la mise et la posture souvent marqu\u00e9es par le laisser-aller.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">G\u00e9rard <span class=\"caps\">UNGER<\/span> (n\u00e9 en 1946), <em>Gambetta<\/em> (2022).<\/p><\/blockquote><p>Son dernier biographe nous raconte les coulisses de l\u2019homme c\u00e9l\u00e8bre et rest\u00e9 plus vrai que nature\u00a0! Dans les milieux ais\u00e9s qu\u2019il fr\u00e9quente, il se distingue par son manque de maintien, sa voix sonore et son rire communicatif. Le journaliste toujours pol\u00e9miste Henri Rochefort le qualifie de \u00ab\u00a0prince de la vulgarit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p><p>Dans une biographie consacr\u00e9e \u00e0 Jules Gr\u00e9vy (r\u00e9publicain, mais rival de Gambetta), Pierre Jeambrun insiste sur l\u2019opposition de style entre les deux hommes et d\u00e9crit Gambetta \u00ab\u00a0n\u00e9glig\u00e9, le pantalon en accord\u00e9on, un bouton manquant au gilet, sentant l\u2019ail, avec une barbe qui \u00e9tait un v\u00e9ritable garde-manger, vous indiquant le menu de la veille ou de l\u2019avant-veille\u00a0\u00bb. Il souligne le caract\u00e8re chaleureux de l\u2019orateur qui \u00ab\u00a0distribue les tapes dans le dos\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9sident Gr\u00e9vy raille cet homme perp\u00e9tuellement agit\u00e9 \u00e0 la tribune\u00a0: \u00ab\u00a0Gambetta, ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Tr\u00e8s cultiv\u00e9, il se passionne aussi pour l\u2019art, \u00e0 commencer par la peinture de son temps.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00f4le moralisateur, \u00e9ducateur\u00a0; le citoyen passe dans l\u2019artiste et avec un grand et noble tableau nous avons une le\u00e7on de morale sociale et politique.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), \u00e0 propos de la toile L\u2019Ang\u00e9lus. Lettres de Gambetta, (1868-1882), <em>L\u00e9on Gambetta,<\/em> (1938).<\/p><\/blockquote><p>Il juge ici l\u2019une des toiles contemporaines les plus populaires, l\u2019Ang\u00e9lus de Millet. L\u2019image de ce couple de paysans en pri\u00e8re d\u00e9clenchera une temp\u00eate m\u00e9diatique et politique \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle tr\u00e8s politis\u00e9.<\/p><p>Hormis la musique \u2013 signe particulier de Gambetta, son insensibilit\u00e9 \u00e0 cet art -, tout le ram\u00e8ne \u00e0 la politique\u2026 Y compris l\u2019amour. D\u2019o\u00f9 cette belle d\u00e9claration \u00e0 la femme de sa vie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je t\u2019embrasse et t\u2019aime comme la patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), \u00e0 sa compagne L\u00e9onie L\u00e9on, cit\u00e9 par son biographe G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022).<\/p><\/blockquote><p>L\u00e9onie L\u00e9on est une jeune cr\u00e9ole de son \u00e2ge, fille du colonel Fran\u00e7ois-\u00c9mile L\u00e9on, mort \u00e0 l\u2019asile de Charenton en 1860, Elle d\u00e9couvre Gambetta lors du fameux proc\u00e8s Baudin-Delescluze en 1868. Fascin\u00e9e par l\u2019orateur, elle suivra tous ses discours avant d\u2019oser lui \u00e9crire\u2026<\/p><p>Leur liaison d\u00e9bute le 27 avril 1872, apr\u00e8s une promenade au parc du ch\u00e2teau de Versailles. Elle restera sa compagne discr\u00e8te jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1882. Durant la flamboyante d\u00e9cennie de sa carri\u00e8re publique, L\u00e9onie influence son compagnon toujours \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ses conseils. Il le reconna\u00eet dans les quelque 6 000 lettres souvent passionn\u00e9es de sa correspondance, se montrant sensible \u00e0 l\u2019intelligence politique de sa ma\u00eetresse plus mod\u00e9r\u00e9e que lui, ne serait-ce qu\u2019en raison de son \u00e9ducation catholique\u00a0: \u00ab\u00a0Sans qu\u2019elle [L\u00e9onie L\u00e9on] joue un r\u00f4le majeur dans la ligne politique de son amant, son influence ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9e\u00a0\u00bb selon son biographe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Danton de pacotille \u2026 un m\u00e9lange de libertinage soulard et de faconde tribunicienne.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">VALL\u00c8S<\/span> (1832-1885), <em>L\u2019Insurg\u00e9<\/em> (1886, posthume).<\/p><\/blockquote><p>\u00c9crivain et journaliste d\u2019extr\u00eame gauche, on peut le comparer \u00e0 Robespierre m\u00e9prisant Danton \u2013 deux grands hommes de la R\u00e9volution, assur\u00e9ment montagnards, mais visc\u00e9ralement oppos\u00e9s par nature.<\/p><p>L\u2019aust\u00e8re Vall\u00e8s v\u00e9cut une enfance malheureuse marqu\u00e9e par la pauvret\u00e9, entre un p\u00e8re instituteur intransigeant et une m\u00e8re possessive jusqu\u2019\u00e0 la violence. Devenu un r\u00e9volt\u00e9 permanent contre l\u2019injustice et l\u2019ordre \u00e9tabli, il participe aux manifestations de la R\u00e9volution de 1848, rate son baccalaur\u00e9at, m\u00e8ne \u00e0 Paris une vie de boh\u00e8me sous le Second Empire et d\u00e9fend les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires. Emprisonn\u00e9 comme pacifiste au d\u00e9but de la guerre de 1870, communard en 1871, condamn\u00e9 \u00e0 mort par contumace en 1872, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres o\u00f9 il vit dans la mis\u00e8re, amnisti\u00e9 par les lois de 1880, il ne retourne \u00e0 Paris qu\u2019en 1883, journaliste du \u00ab\u00a0Cri du Peuple\u00a0\u00bb d\u00e9fendant avec passion la cause du prol\u00e9tariat. Mort en 1885, \u00e9puis\u00e9 par le diab\u00e8te, il sera accompagn\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise par quelque cent mille personnes, dont beaucoup d\u2019anciens communards.<\/p><p>Vall\u00e8s l\u2019\u00e9corch\u00e9 vif ne pouvait que d\u00e9tester Gambetta dans sa trilogie de<em> Jacques Vingtras<\/em>, autobiographique et romanesque, <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>nfant, Le Bachelier<\/em> et <em>L\u2019Insurg\u00e9<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! bandit [\u2026] le plus capon a \u00e9t\u00e9 Gambetta\u2026 La vulgarit\u00e9 m\u00eame de Gambetta sert \u00e0 sa vogue, la banalit\u00e9 de son fonds d\u2019id\u00e9es est l\u2019engrais de son talent. Cabotin jusqu\u2019au bout des griffes, il ne prend pas une minute de vacances, toujours Dantonesque, m\u00eame \u00e0 table, m\u00eame au lit\u00a0! [\u2026]. Ce m\u00e9lange de libertinage so\u00fblard et de faconde tribunitienne emplit d\u2019admiration les petits de la conf\u00e9rence Mol\u00e9 ou les rat\u00e9s du caf\u00e9 de Madrid [\u2026]. Cabotin\u00a0! Cabotin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Attitude inverse du plus grand romancier populaire (apr\u00e8s Hugo), Zola.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme plaide, un homme est nomm\u00e9 d\u00e9put\u00e9, se trouve m\u00eal\u00e9 \u00e0 des catastrophes publiques, monte au pouvoir et voil\u00e0 qu\u2019en dix ann\u00e9es cet homme grandit d\u00e9mesur\u00e9ment, emplit la France, emplit le monde de sa personne, beaucoup plus que Voltaire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), \u00ab\u00a0Gambetta\u00a0\u00bb, <em>Le Figaro<\/em>, 13 d\u00e9cembre 1880.<\/p><\/blockquote><p>Il fait le constat de l\u2019immense popularit\u00e9 dont jouit \u00e0 pr\u00e9sent le tribun, compar\u00e9 \u00e0 un \u00ab\u00a0Dieu qui semble devoir disposer \u00e0 jamais de nos destin\u00e9es.\u00a0\u00bb C\u2019est ce que sugg\u00e8rent aussi les r\u00e9dacteurs de l\u2019Almanach Gambetta (1881), le d\u00e9crivant un an avant sa mort \u00ab\u00a0au fa\u00eete de la puissance\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Celui vers qui toutes les lorgnettes convergent, questionnant sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 silencieuse, en attendant que toutes les mains se tendent vers lui, et que toutes les bouches lui crient\u00a0: \u201cSauvez-nous\u00a0! Nous p\u00e9rissons\u201d.\u00a0\u00bb<\/p><p>Notons que l\u2019ardent patriote de 1870-71 (guerre franco-prussienne, si\u00e8ge et Commune de Paris) est toujours exalt\u00e9 dans les hommages \u00e0 Gambetta, plus que le chef r\u00e9publicain de gauche dans la d\u00e9cennie qui suit.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour gouverner les Fran\u00e7ais, il faut des paroles violentes et des actes mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), cit\u00e9 par Paul Deschanel, <em>Gambetta<\/em> (1919)<\/p><\/blockquote><p>Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique quelque peu malheureux (pour raison de sant\u00e9 mentale), mais aussi \u00e9crivain et journaliste, n\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e que Gambetta et son biographe attentif, Deschanel met en exergue sa juste id\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s fran\u00e7aises, des paradoxes nationaux et des difficult\u00e9s politiques propres au caract\u00e8re de notre peuple.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jaur\u00e8s a, toute sa vie, profond\u00e9ment admir\u00e9 la personnalit\u00e9 de Gambetta. C\u2019\u00e9tait vrai quand il \u00e9tait encore un jeune normalien agr\u00e9gatif, consacrant une de ses rares demi-journ\u00e9es de loisirs libres \u00e0 venir assister \u00e0 une s\u00e9ance de la Chambre au cours de laquelle devait intervenir Gambetta.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Gilles <span class=\"caps\">CANDAR<\/span> (n\u00e9 en 1954). \u00c0 propos du 4 septembre 1870. <em>Gambetta et la gauche en R\u00e9publique<\/em>, Fondation Jean-Jaur\u00e8s, 4 septembre 2019.<\/p><\/blockquote><p>Historien fran\u00e7ais, sp\u00e9cialiste des <span class=\"caps\">XIX<\/span>e et <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cles et des gauches fran\u00e7aises, enseignant et militant politique de gauche, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes jaur\u00e9siennes depuis 2005. Le site de la Fondation Jean Jaur\u00e8s est une source pr\u00e9cieuse pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 Gambetta, patriote et \u00ab\u00a0commis-voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Durant toute la p\u00e9riode qui court de 1883 \u00e0 1920, Gambetta est l\u2019incarnation de la R\u00e9publique et de la d\u00e9fense du pays, et son action comme ses id\u00e9es sont le fondement de l\u203a\u00ab\u00a0Union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb de 1914.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">G\u00e9rard <span class=\"caps\">UNGER<\/span> (n\u00e9 en 1946), <em>Gambetta<\/em> (2022).<\/p><\/blockquote><p>Deux l\u00e9gendes se constituent et s\u2019opposent d\u00e9sormais, r\u00e9sum\u00e9es avec le recul du temps par son dernier biographe. Les amis de Gambetta nourrissent une historiographie du patriote, organisateur de la lutte arm\u00e9e et symbole de la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019ennemi, image amplifi\u00e9e par son d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 en 1882. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 na\u00eet une \u00ab\u00a0l\u00e9gende noire\u00a0\u00bb qui pr\u00e9sente Gambetta en dictateur \u00e0 la t\u00eate du gouvernement de la D\u00e9fense nationale, fin 1870. La commission d\u2019enqu\u00eate de l\u2019Assembl\u00e9e \u00e9chouera \u00e0 le d\u00e9montrer, mais ce jugement n\u00e9gatif perdure.<\/p><p>Le souvenir de Gambetta s\u2019estompe ensuite dans l\u2019Entre-deux-guerres (1918-1939)\u00a0: les souffrances de nos fameux \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb ont fait na\u00eetre un courant pacifique qui rejette le culte de la patrie, la mont\u00e9e du communisme entend combattre la \u00ab\u00a0R\u00e9publique bourgeoise\u00a0\u00bb alors que le renouveau de l\u2019Action fran\u00e7aise d\u00e9nonce avec Maurras le \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8que Gambetta\u00a0\u00bb fondateur de la \u00ab\u00a0Gueuse\u00a0\u00bb (image honteuse de la R\u00e9publique).<\/p><p>La chronique en trois actes d\u2019une vie relativement br\u00e8ve et particuli\u00e8rement mouvement\u00e9e en raison de la personnalit\u00e9 de Gambetta et des \u00e9v\u00e8nements historiques nationaux, retrace une page de l\u2019Histoire de France qui \u00e9claire \u00e0 plus d\u2019un titre notre actualit\u00e9, en nous donnant des pistes de r\u00e9flexion pour garder l\u2019espoir en ces deux valeurs majuscules\u00a0: la R\u00e9publique et la Politique.<\/p><h4>2. Jeune avocat r\u00e9publicain sous le Second Empire\u00a0: premi\u00e8re reconnaissance publique.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1868, M. Gambetta attendait que les \u00e9v\u00e9nements, les circonstances, le hasard, lui vinssent donner une opinion \u00e0 soutenir ou au moins une t\u00e2che \u00e0 remplir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">AMAGAT<\/span> (1847-1890), <em>Revue des Deux Mondes<\/em> tome 63, 1884. M. Gambetta et son r\u00f4le politique.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est fort bien jug\u00e9 \u2013 et l\u2019attente ne fut pas longue. L\u2019occasion fit na\u00eetre l\u2019homme de la situation\u2026et de l\u2019avenir. Avocat de 30 ans, Gambetta entre dans la carri\u00e8re et dans l\u2019Histoire en une plaidoirie. Il\u00a0le sait et va le faire savoir avec un talent et une \u00e9nergie sans faille.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, le 2\u00a0d\u00e9cembre, autour d\u2019un pr\u00e9tendant, se sont group\u00e9s des hommes que la France ne connaissait pas jusque-l\u00e0, qui n\u2019avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation [\u2026] de ces gens dont on peut r\u00e9p\u00e9ter ce que Cic\u00e9ron a dit de la tourbe qui entourait Catilina\u00a0: un tas d\u2019hommes perdus de dettes et de crimes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), plaidant pour Charles Delescluze au proc\u00e8s Baudin (14 novembre 1868). <em>Histoire du Second Empire<\/em> (1916), Pierre de la Gorce.<\/p><\/blockquote><p>Forme et fond, on croirait entendre Hugo le grand exil\u00e9 fustigeant le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 dans <em>L\u2019Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877) et surtout <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852), pamphlet d\u00e9non\u00e7ant les ambitions dictatoriales du nouveau ma\u00eetre de la France.<\/p><p>14\u00a0novembre 1868. Avocat de Charles Delescluze, Gambetta plaide au proc\u00e8s d\u2019opposants au r\u00e9gime imp\u00e9rial, coupables d\u2019avoir manifest\u00e9 le 2 novembre dernier au cimeti\u00e8re Montmartre sur la tombe du d\u00e9put\u00e9 Baudin et ouvert dans leurs journaux une souscription pour l\u2019\u00e9rection d\u2019un monument au martyr. Mort le 3 d\u00e9cembre 1851 sur les barricades, Baudin s\u2019opposait au coup d\u2019\u00c9tat (2 d\u00e9cembre) de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique voulant garder le pouvoir, alors que son mandat de quatre ans prenait fin et qu\u2019il ne pouvait pas se repr\u00e9senter. Cet acte contraire \u00e0 la Constitution r\u00e9publicaine marque le passage de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique au Second Empire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les r\u00e9gimes qui se sont succ\u00e9d\u00e9 dans ce pays se sont honor\u00e9s du jour qui les a vus na\u00eetre. Il n\u2019y a que deux anniversaires, le 18 Brumaire et le 2 D\u00e9cembre, qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 mis au rang des solennit\u00e9s d\u2019origine, parce que vous savez que si vous vouliez les y mettre, la conscience universelle les repousserait.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>Les Grands Orateurs R\u00e9publicains\u00a0: Gambetta<\/em> (1950), L\u00e9on Gambetta, Bourgin.<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 ce proc\u00e8s, la plaidoirie quasiment hugolienne devient r\u00e9quisitoire violent contre le r\u00e9gime imp\u00e9rial\u00a0: Gambetta, 30\u00a0ans et tout feu tout flamme, y gagne ses galons de nouveau tribun des r\u00e9publicains.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet anniversaire [\u2026] nous le prenons pour nous\u00a0: nous le f\u00eaterons toujours, incessamment, chaque ann\u00e9e ce sera l\u2019anniversaire de nos morts, jusqu\u2019au jour o\u00f9 le pays redevenu le ma\u00eetre vous imposera la grande expiation nationale au nom de la libert\u00e9, de l\u2019\u00e9galit\u00e9, de la fraternit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), plaidant pour Charles Delescluze au proc\u00e8s Baudin (14 novembre 1868).<\/p><\/blockquote><p>Avant de se rasseoir, il conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Vous pouvez nous frapper, mais vous ne pourrez jamais ni nous d\u00e9shonorer ni nous abattre.\u00a0\u00bb Ce plaidoyer vibrant d\u00e9cha\u00eene l\u2019enthousiasme de l\u2019auditoire.<\/p><p>Il conna\u00eet un v\u00e9ritable retentissement dans le pays, reproduit en plusieurs dizaines de milliers d\u2019exemplaires. Delescluze est condamn\u00e9 par le r\u00e9gime imp\u00e9rial \u00e0 six mois de prison et 2 000 francs d\u2019amende, mais l\u2019impact politique du discours \u00e9rige Gambetta en espoir du parti r\u00e9publicain.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne plaide pas. Il pousse un cri redoubl\u00e9. Ce cri, grossi par la presse dans un pays o\u00f9 la presse d\u00e9cerne avec une \u00e9gale tranquillit\u00e9 la gloire et le ridicule, devient un coup de tonnerre. Le nom de Gambetta est r\u00e9p\u00e9t\u00e9, acclam\u00e9, consacr\u00e9. Le voil\u00e0 candidat, d\u00e9put\u00e9, demain puissance, comme a dit Villemain parlant de Mirabeau.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">AMAGAT<\/span> (1847-1890), <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, tome 63, 1884. M. Gambetta et son r\u00f4le politique.<\/p><\/blockquote><p>Gambetta se porte candidat aux l\u00e9gislatives du 23 mai 1869 \u00e0 Belleville, village ouvrier et petit-bourgeois au nord-est de Paris, devenu le <span class=\"caps\">XX<\/span>e arrondissement de la capitale en 1860.<\/p><p>\u00c0 cette occasion, il pr\u00e9sente ce qui restera dans l\u2019histoire comme le \u00ab\u00a0programme de Belleville\u00a0\u00bb. Autant de propositions concr\u00e8tes, r\u00e9publicaines et pour l\u2019heure r\u00e9volutionnaires, r\u00e9sumables en neuf lignes (avec des attendus chaque fois d\u00e9velopp\u00e9s).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019application du suffrage universel tant pour l\u2019\u00e9lection des maires et des conseillers municipaux que pour l\u2019\u00e9lection des d\u00e9put\u00e9s (\u2026) La libert\u00e9 de la presse dans toute sa pl\u00e9nitude (\u2026) La libert\u00e9 de r\u00e9union sans entraves et sans pi\u00e8ges (\u2026) La libert\u00e9 d\u2019association pleine et enti\u00e8re (\u2026) La suppression du budget des cultes et la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat (\u2026) L\u2019instruction primaire la\u00efque, gratuite et obligatoire (\u2026) La suppression des arm\u00e9es permanentes (\u2026) L\u2019abolition des privil\u00e8ges et monopoles (\u2026) Les r\u00e9formes \u00e9conomiques qui touchent au probl\u00e8me social dont la solution doit \u00eatre constamment \u00e9tudi\u00e9e et recherch\u00e9e au nom du principe de justice et d\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale (\u2026)\u00a0\u00bb <span id=\"102\" class=\"cit-num\">102<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), r\u00e9sum\u00e9 du \u00ab\u00a0Programme de Belleville\u00a0\u00bb, 1869.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est clairement la charte fondatrice du radicalisme r\u00e9publicain. Orient\u00e9 au centre-gauche, ce mouvement dominera la vie politique jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale. Tout y est, hormis les lois sociales devenues indispensables au si\u00e8cle du capitalisme triomphant \u2013 et sous-entendues dans le \u00ab\u00a0probl\u00e8me social\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le 24 mai, Gambetta est \u00e9lu \u00e0 Paris par 21 734 voix contre 9 142 \u00e0 Carnot (servi par un nom r\u00e9publicain c\u00e9l\u00e8bre). \u00c0 Marseille, il arrive en t\u00eate du premier tour devant Lesseps et Thiers (deux noms connus depuis des d\u00e9cennies dans les affaires et la politique). Thiers se retirant au profit de Gambetta, il est \u00e9lu au second tour. Vainqueur dans deux circonscriptions, il choisit de repr\u00e9senter la pr\u00e9fecture des Bouches-du-Rh\u00f4ne et laisse vacant son si\u00e8ge de Belleville \u2013 pourvu plus tard par Henri Rochefort.<\/p><p>Ces \u00e9lections l\u00e9gislatives marquent la progression des oppositions en voix et en si\u00e8ge \u2013 mais le r\u00e9gime imp\u00e9rial est encore solide, le pl\u00e9biscite de mai 1870 en donnera la preuve.<\/p><p>\u00c9puis\u00e9 par cette campagne \u00e9lectorale o\u00f9 Gambetta s\u2019est donn\u00e9 corps et \u00e2me (comme \u00e0 son habitude), son m\u00e9decin lui impose le repos\u00a0: s\u00e9jour au bord du lac L\u00e9man (station thermale d\u2019Ems), puis en Suisse. Il regagne Paris fin octobre 1869 et s\u2019installe avenue Montaigne. Son hyperactivit\u00e9 \u00ab\u00a0m\u00e9diatique\u00a0\u00bb va s\u2019imposer en toutes circonstances au fil des \u00e9v\u00e9nements qui se pr\u00e9cipitent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si pour fonder la libert\u00e9 avec l\u2019Empire vous comptez sur notre concours, il faut vous attendre \u00e0 ne le rencontrer jamais.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), refusant la main tendue par \u00c9mile Ollivier, Corps l\u00e9gislatif, 9\u00a0janvier 1870.<em> Histoire de la r\u00e9volution de 1870-71<\/em> (1877), Jules Claretie.<\/p><\/blockquote><p>Ses premiers pas de d\u00e9put\u00e9 au Corps l\u00e9gislatif sont pour le moins remarqu\u00e9s\u00a0! R\u00e9publicain pur et dur, il se dit investi d\u2019un \u00ab\u00a0mandat imp\u00e9ratif\u00a0\u00bb par une \u00ab\u00a0opposition irr\u00e9conciliable\u00a0\u00bb.<\/p><p>Il va s\u2019opposer \u00e0 plusieurs reprises au chef du gouvernement, \u00c9mile Ollivier, ex-r\u00e9publicain ralli\u00e9 au r\u00e9gime imp\u00e9rial et brocard\u00e9 par une chanson de Paul Avenel\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dans ma main le minist\u00e8re \/ Et dans ma manche le S\u00e9nat,\u00a0\/ Je fais la paix, je fais la guerre, \/ Enfin c\u2019est moi qui suis l\u2019\u00c9tat\u00a0! \/ Mon peuple est un mouton docile \/ Dont je sais tondre la toison. \/ (<em>Refrain<\/em>) Majest\u00e9, r\u00e9pondit \u00c9mile, \/ Majest\u00e9, vous avez raison\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Refus sans appel\u00a0et r\u00e9it\u00e9r\u00e9 par Gambetta jusqu\u2019\u00e0 la chute du r\u00e9gime.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous n\u2019\u00eates qu\u2019un pont entre la R\u00e9publique de 1848 et la R\u00e9publique \u00e0 venir, et nous passerons le pont\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), cit\u00e9 par Joseph Reinach, <em>Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta<\/em> (1881).<\/p><\/blockquote><p>10 janvier 1870, lors d\u2019un \u00e9change avec le ministre de la Guerre Edmond Le B\u0153uf. Gambetta pr\u00f4ne plus que jamais l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime r\u00e9publicain qui doit t\u00f4t ou tard s\u2019imposer. Mais le Second Empire (\u00ab\u00a0nouvelle version\u00a0\u00bb) va \u00eatre approuv\u00e9 par un pl\u00e9biscite triomphal.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, tu es sacr\u00e9 par ce pl\u00e9biscite. L\u2019Empire lib\u00e9ral, ce n\u2019est pas moi, c\u2019est toi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), \u00e0 son fils, le prince imp\u00e9rial Eug\u00e8ne Louis Napol\u00e9on, \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans, 8\u00a0mai 1870. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du Second Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1911-1924), Comte Maurice Fleury, Louis Sonolet.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur en oublie son mal (affection r\u00e9nale dont il mourra) et rayonne, apr\u00e8s le pl\u00e9biscite du 8\u00a0mai\u00a0: 7\u00a0350\u00a0000 oui (et 1\u00a0538\u00a0000 non) pour approuver le s\u00e9natus-consulte du 20\u00a0avril 1870. L\u2019Empire devient une monarchie parlementaire\u00a0: ministres responsables devant les Chambres qui ont aussi l\u2019initiative des lois.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous pouvons maintenant envisager l\u2019avenir sans crainte.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), Corps l\u00e9gislatif, 8\u00a0mai 1870. <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur a jou\u00e9 et gagn\u00e9, en refaisant appel directement au peuple comme il y a vingt ans\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai retrouv\u00e9 mon chiffre\u00a0\u00bb dit-il. L\u2019opposition r\u00e9publicaine se divise et Gambetta r\u00e9sume l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale. \u00ab\u00a0L\u2019Empire est plus fort que jamais\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Jules Favre, lui aussi avocat, homme politique et r\u00e9publicain, mais d\u00e9j\u00e0 combattant dans les Trois Glorieuses (r\u00e9volution de 1830), d\u00e9sesp\u00e8re ouvertement\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire en politique.\u00a0\u00bb C\u2019est oublier la Prusse et son chancelier.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas par des discours et des votes de majorit\u00e9 que les grandes questions de notre \u00e9poque seront r\u00e9solues, mais par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), chancelier de la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019Allemagne du Nord. <em>Bismarck<\/em> (1961), Henry Valloton.<\/p><\/blockquote><p>Ces mots posent le personnage, surnomm\u00e9 le Chancelier de fer. \u00ab\u00a0Par le fer et par le sang\u00a0\u00bb est une expression qui lui est ch\u00e8re, tout comme \u00ab\u00a0la force prime le droit\u00a0\u00bb \u2013 traduction de sa <em>Realpolitik<\/em>. Il veut faire l\u2019unit\u00e9 allemande sous l\u2019\u00e9gide de la Prusse. Pour cela, il lui faut prouver sa force\u00a0: \u00e9craser la France est le moyen le plus s\u00fbr. Il man\u0153uvre pour monter contre elle les \u00c9tats du sud de l\u2019Allemagne et les rassembler dans sa Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p><p>Face au futur chancelier du Reich, Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue\u00a0\u00bb disait-il en 1864. C\u2019est surtout un homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, physiquement atteint et devenu maladivement ind\u00e9cis.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vient de jeter un gant \u00e0 la face de quelqu\u2019un qu\u2019on veut forcer \u00e0 se battre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), apr\u00e8s avoir pris connaissance de la d\u00e9p\u00eache d\u2019Ems.<em> Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: la catastrophe, 1868-1873<\/em> (1976), Andr\u00e9 Castelot.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est une provocation et une man\u0153uvre de Bismarck, mais la d\u00e9p\u00eache devenue c\u00e9l\u00e8bre est prise comme une insulte \u2026 et la France va tomber dans le panneau\u00a0!<\/p><p>R\u00e9sumons les faits. Le roi de Prusse Guillaume\u00a0Ier a rencontr\u00e9 l\u2019ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au tr\u00f4ne d\u2019Espagne. Il rend compte de son rendez-vous \u00e0 Bismarck qui est \u00e0 Berlin, par un t\u00e9l\u00e9gramme envoy\u00e9 de la ville d\u2019eaux de Bad Ems, lui annon\u00e7ant qu\u2019il renonce \u00e0 soutenir la candidature de son cousin au tr\u00f4ne d\u2019Espagne. Le chancelier r\u00e9sume et d\u00e9forme le texte dans un sens injurieux\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi a refus\u00e9 de voir l\u2019ambassadeur de France et lui a fait dire qu\u2019il n\u2019avait plus rien \u00e0 lui communiquer.\u00a0\u00bb<\/p><p>Sit\u00f4t connue, cette d\u00e9p\u00eache est comment\u00e9e dans les couloirs de la Chambre apr\u00e8s une s\u00e9ance houleuse. Thiers, politicien dans l\u2019\u00e2me et hostile \u00e0 la guerre, a compris qu\u2019il y a manipulation de l\u2019opinion. La guerre d\u00e9clar\u00e9e par la France aurait pour effet de souder les \u00c9tats allemands et le trait\u00e9 d\u2019alliance d\u00e9fensive au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration jouerait automatiquement\u00a0: c\u2019est bien ce que veut Bismarck\u00a0! Mais l\u2019opinion publique tombe dans le pi\u00e8ge.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais vous ne pourriez retrouver de plus belle occasion, il faut en profiter\u00a0! Vous avez envoy\u00e9 vos conditions\u00a0: en garde maintenant\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">VAILLANT<\/span> (1790-1872), \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. <em>L\u2019Empire lib\u00e9ral\u00a0: la guerre<\/em> (1909), \u00c9mile Ollivier.<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est un v\u00e9t\u00e9ran de Waterloo (1815)\u00a0!! L\u2019empereur, pacifiste, mais malade, laisse faire malgr\u00e9 les conseils de mod\u00e9ration de certains hommes politiques et l\u2019opposition de la gauche r\u00e9publicaine au Corps l\u00e9gislatif, dont Gambetta. L\u2019imp\u00e9ratrice souhaite la guerre \u2013 la victoire assurerait \u00e0 son fils l\u2019accession au tr\u00f4ne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019acceptons le c\u0153ur l\u00e9ger.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">OLLIVIER<\/span> (1825-1913), le jour de la d\u00e9claration de guerre \u00e0 la Prusse. <em>Les Causes politiques du d\u00e9sastre<\/em> (1915), L\u00e9on de Montesquiou.<\/p><\/blockquote><p>Port\u00e9 par l\u2019opinion publique, le pr\u00e9sident du Conseil et garde des Sceaux accepte la responsabilit\u00e9 de la guerre, alors que des intervenants (r\u00e9publicains et pacifistes) \u00e9voquaient le sang bient\u00f4t vers\u00e9. Il insiste sur ces mots qui lui seront reproch\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0: \u00c9mile Ollivier reste \u00e0 jamais pour l\u2019histoire \u00ab\u00a0l\u2019homme au c\u0153ur l\u00e9ger\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La patrie en danger.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), titre du journal fond\u00e9 par lui. <em>La Patrie en danger<\/em> (1871), Louis Auguste Blanqui.<\/p><\/blockquote><p>Au d\u00e9but de la guerre de 1870, de nombreux journaux r\u00e9publicains titrent \u00e9galement\u00a0: \u00ab\u00a0La patrie est en danger\u00a0\u00bb. L\u2019expression deviendra r\u00e9currente au fil des guerres \u00e0 venir. Celle-ci a une importance toute particuli\u00e8re et Gambetta r\u00e9sume clairement la situation qui n\u2019est m\u00eame pas un dilemme. \u00ab\u00a0Il s\u2019agit de savoir si nous avons fait notre choix entre le salut de la nation et le salut d\u2019une dynastie.\u00a0\u00bb<\/p><p>D\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain et passionn\u00e9ment patriote (apr\u00e8s son choix de la nation fran\u00e7aise \u00e0 21 ans), il pose la question cruciale, tandis que Thiers en vieux routier de la politique reconna\u00eet l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0La pr\u00e9paration a \u00e9t\u00e9 insuffisante et la direction profond\u00e9ment incapable.\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019imp\u00e9ratrice est impopulaire, le prince imp\u00e9rial trop jeune, les parlementaires accabl\u00e9s, les militaires submerg\u00e9s\u2026 L\u2019empereur a c\u00e9d\u00e9 le commandement \u00e0 Bazaine qui vient de se laisser tourner (en trois batailles, trois d\u00e9faites, les 12, 14, 16\u00a0ao\u00fbt) et enfermer \u00e0 Metz, le 18\u00a0ao\u00fbt.<\/p><p>Au lieu d\u2019aller d\u00e9fendre Paris, Mac-Mahon va porter secours \u00e0 Bazaine sur ordre de l\u2019imp\u00e9ratrice qui ne veut pas voir l\u2019empereur revenir vaincu\u2026 Ce qui conduit Mac-Mahon \u00e0 Sedan, ville de triste m\u00e9moire. Le mar\u00e9chal d\u00e9fend la ville encercl\u00e9e par les Prussiens. Bless\u00e9, il laisse le commandement au g\u00e9n\u00e9ral Ducrot. \u00c9cras\u00e9s par l\u2019artillerie allemande, les Fran\u00e7ais sont impuissants \u00e0 desserrer l\u2019\u00e9tau. Bilan final\u00a0: 15\u00a0000 morts ou bless\u00e9s fran\u00e7ais et 90\u00a0000 prisonniers.<\/p><p>L\u2019empereur qui souffre le martyre monte \u00e0 cheval et affronte la mitraille, d\u2019une allure \u00ab\u00a0morne et indiff\u00e9rente\u00a0\u00bb, cherchant la mort qui se refuse \u00e0 lui. Napol\u00e9on v\u00e9cut ce drame en d\u2019autres circonstances.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais le d\u00e9sastre. L\u2019arm\u00e9e s\u2019est sacrifi\u00e9e. C\u2019est \u00e0 mon tour de m\u2019immoler. Je suis r\u00e9solu \u00e0 demander un armistice.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), encercl\u00e9 \u00e0 Sedan, 1er\u00a0septembre 1870.<em> Histoire contemporaine<\/em> (1897), Samuel Denis.<\/p><\/blockquote><p>Il prend cette d\u00e9cision, contre le g\u00e9n\u00e9ral de Wimpffen \u00ab\u00a0le plus ancien dans le grade le plus \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb qui voulait forcer la ligne ennemie pour lib\u00e9rer Sedan et ouvrir le passage \u00e0 son empereur. Tentative h\u00e9ro\u00efque, mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, que l\u2019\u00e9tat-major n\u2019osait pas d\u00e9conseiller. Le bilan aurait \u00e9t\u00e9 de 60\u00a0000 morts, une boucherie.<\/p><h4>3. Guerre franco-allemande de 1870-71\u00a0: la r\u00e9sistance extr\u00eame d\u2019un patriote.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Attendu que la patrie est en danger, que nous constituons le pouvoir r\u00e9gulier issu du suffrage universel, nous d\u00e9clarons que Louis Napol\u00e9on Bonaparte et sa dynastie ont \u00e0 jamais cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e, 4\u00a0septembre 1870. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac.<\/p><\/blockquote><p>Ayant annonc\u00e9 la chute de l\u2019Empire, il prend avec Jules Favre la t\u00eate du cort\u00e8ge qui se dirige vers l\u2019H\u00f4tel de ville pour y proclamer la R\u00e9publique. Ils veulent devancer les meneurs d\u2019extr\u00eame gauche comme Auguste Blanqui, Charles Delescluze ou Gustave Flourens capables de profiter des circonstances pour renverser l\u2019ordre social.<\/p><p>Cern\u00e9s par une foule de manifestants qui ont envahi le palais Bourbon, ayant appris le d\u00e9sastre militaire de Sedan et la capitulation de l\u2019empereur prisonnier, il faut d\u2019abord calmer ce peuple et mettre un minimum de forme juridique \u00e0 cette proclamation, pour \u00e9viter une r\u00e9volution insurrectionnelle comme en 1848.<\/p><p>Ce m\u00eame jour, la R\u00e9publique est sommairement proclam\u00e9e avec un \u00ab\u00a0gouvernement de la D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb h\u00e2tivement constitu\u00e9 pour faire la \u00ab\u00a0guerre \u00e0 outrance\u00a0\u00bb. Les onze ministres qui le composent offrent la pr\u00e9sidence au g\u00e9n\u00e9ral Trochu, gouverneur militaire de Paris \u2013 car l\u2019heure est grave, les Prussiens menacent la capitale. \u00ab\u00a0\u00cates-vous d\u00e9fenseurs r\u00e9solus de la famille, de la propri\u00e9t\u00e9 et de la religion\u00a0?\u00a0\u00bb demande le g\u00e9n\u00e9ral comme si c\u2019\u00e9tait le probl\u00e8me, avant d\u2019accepter la place\u2026 o\u00f9 il se montrera dramatiquement incomp\u00e9tent.<\/p><p>Gambetta, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, va mener la lutte pendant quatre mois.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos p\u00e8res fondaient la R\u00e9publique et se juraient \u00e0 eux-m\u00eames, en face de l\u2019\u00e9tranger qui souillait le sol sacr\u00e9 de la patrie, de vivre libre ou de mourir en combattant. Ils ont tenu leur serment. Ils ont vaincu, et la R\u00e9publique de 1792 est rest\u00e9e dans la m\u00e9moire des hommes comme le symbole de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de la grandeur nationale.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), d\u00e9p\u00eache du 21 septembre 1870, cit\u00e9e par Paul Klotz, Fondation Jean Jaur\u00e8s.<\/p><\/blockquote><p>Une grande partie de son temps est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019exaltation du courage r\u00e9publicain, concept directement puis\u00e9 de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et qu\u2019il dresse en rempart du p\u00e9ril bismarckien.<\/p><p>Il sera le membre le plus bouillant, le plus brouillon aussi de ce gouvernement provisoire. Il se voit confier la mission de quitter Paris en vue d\u2019organiser la reprise des combats. Ses confr\u00e8res plus \u00e2g\u00e9s sont heureux de se d\u00e9barrasser du plus jeune (32 ans) et repr\u00e9sentatif des \u00ab\u00a0fous furieux\u00a0\u00bb (honnis par Thiers).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Capituler comme gouvernement, vous ne le pouvez ni en droit ni en fait. Poursuivre la guerre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019affranchissement [\u2026] telle doit \u00eatre notre t\u00e2che.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), cit\u00e9 par Jean-Marie Mayeur, <em>Gambetta, la patrie et la r\u00e9publique<\/em> (2008).<\/p><\/blockquote><p>Pour franchir les lignes prussiennes, il a l\u2019id\u00e9e d\u2019emprunter une montgolfi\u00e8re et prend conseil aupr\u00e8s de Nadar. Le plus c\u00e9l\u00e8bre photographe, passionn\u00e9ment curieux des nouveaut\u00e9s techniques de son temps, fut \u00e9galement a\u00e9rostier \u2013 ses aventures ont inspir\u00e9 \u00e0 Jules Verne les <em>Cinq semaines en ballon<\/em> (1862). Et Gambetta a pu les lire. Victor Hugo racontera, dans ses <em>Choses vues<\/em>, ce d\u00e9part extraordinaire, en montgolfi\u00e8re\u2026 La suite est une authentique \u00e9pop\u00e9e.<\/p><p>Gonfl\u00e9 au gaz d\u2019\u00e9clairage, un ballon de 16 m\u00e8tres de diam\u00e8tre s\u2019\u00e9l\u00e8ve au matin du 7 octobre 1870 de la butte Montmartre avec l\u2019imp\u00e9tueux ministre et un assistant. Mais le vent le pousse vers le nord et les lignes prussiennes\u2026 Les deux voyageurs l\u00e2chent du lest pour s\u2019\u00e9lever et \u00e9chapper aux tirs ennemis. Leur ballon s\u2019\u00e9crase en milieu d\u2019apr\u00e8s-midi pr\u00e8s de Beauvais. Ils sont recueillis par des paysans. Apr\u00e8s trois jours de voyage \u00e9pique en voiture, \u00e0 cheval et en train, Gambetta arrive enfin \u00e0 Tours o\u00f9 il rejoint une d\u00e9l\u00e9gation gouvernementale dirig\u00e9e par Adolphe Cr\u00e9mieux. Mais devant l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e prussienne et la perte d\u2019Orl\u00e9ans, la d\u00e9l\u00e9gation gouvernementale de Tours se replie sur Bordeaux, le 9 d\u00e9cembre 1870. Gambetta la rejoint deux jours plus tard.<\/p><p>D\u00e8s le 9 octobre, dans une proclamation aux d\u00e9partements, il exhorte la population \u00e0 prendre les armes contre les Prussiens. Propos favorablement accueillis, jusque dans les milieux monarchistes dont il exalte le sentiment patriotique et la r\u00e9sistance.<\/p><p>S\u2019\u00e9tant appropri\u00e9 <em>de facto<\/em> la fonction de ministre de la Guerre cumul\u00e9 avec l\u2019Int\u00e9rieur, il s\u2019entoure d\u2019hommes de confiance, notamment Charles de Freycinet, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du ministre aupr\u00e8s du d\u00e9partement de la Guerre. Gambetta et Freycinet vont vite recruter 200 000 hommes dont ils assurent l\u2019\u00e9quipement et la nourriture. Ils renouvellent l\u2019approvisionnement en armes et munitions, mettent en place un service de reconnaissance et d\u2019information. Onze camps sont cr\u00e9\u00e9s pour assurer la formation des nouvelles recrues.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta rendit \u00e0 la nation confiance en elle-m\u00eame. Sa chaude et virile \u00e9loquence, sa foi enthousiaste, remuaient les c\u0153urs [\u2026]. La France sentit qu\u2019elle avait un chef, elle se reprit \u00e0 esp\u00e9rer. Il lui apportait l\u2019\u00e9nergie et le rayon de la jeunesse. Il croyait, lui, alors que tant d\u2019autres ne croyaient pas. Il animait tout de sa flamme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922), <em>Gambetta<\/em> (1919).<\/p><\/blockquote><p>L\u2019action personnelle de Gambetta est largement reconnue, comme le souligne le futur pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans cette biographie.<\/p><p>Gardant toujours espoir en une victoire fran\u00e7aise, il multiplie les d\u00e9placements en province pour r\u00e9organiser les arm\u00e9es, notamment \u00e0 Bourges, Lyon, Laval, et Lille o\u00f9 il se rend par la mer. Les efforts de l\u2019arm\u00e9e du Nord et de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019Est ne permettent pas de rompre le si\u00e8ge de la capitale o\u00f9 les Parisiens meurent litt\u00e9ralement de froid et de faim. L\u2019optimisme de Gambetta se heurte \u00e0 l\u2019aspiration \u00e0 la paix dans la plupart des r\u00e9gions. Peu lui importe\u2026<\/p><p>Il regroupe une arm\u00e9e pour relancer la lutte contre l\u2019envahisseur. Anim\u00e9 par une \u00e9nergie et un patriotisme \u00e0 toute \u00e9preuve, il rassemble 600 000 hommes et les \u00e9quipe de 1 400 canons \u00ab\u00a0avec une rapidit\u00e9 tout \u00e0 fait incroyable\u00a0\u00bb selon le chef d\u2019\u00e9tat-major allemand lui-m\u00eame, le feld-mar\u00e9chal von Moltke\u00a0! Mais cette arm\u00e9e improvis\u00e9e et mal encadr\u00e9e ne r\u00e9ussira pas \u00e0 reprendre l\u2019initiative face aux envahisseurs et apr\u00e8s la reddition honteuse de Bazaine\u00a0: assi\u00e9g\u00e9 dans Metz, il livra 130 000 de nos hommes \u00e0 l\u2019ennemi (27 et 28 octobre 1870), lib\u00e9rant le gros des troupes prussiennes et bavaroises qui purent d\u00e9ferler sur le pays et \u00e9craser les arm\u00e9es de Gambetta.<\/p><p>Inexp\u00e9riment\u00e9 dans le domaine militaire, Gambetta h\u00e9site, tergiverse, perd du temps, commet des fautes. Ses troupes sont rong\u00e9es par les \u00e9pid\u00e9mies, mal form\u00e9es et mal ravitaill\u00e9es. Le 12 janvier, elles sont vaincues au Mans. Le m\u00eame mois, dans l\u2019est, apr\u00e8s avoir perdu 65 000 hommes (sur 150 000), le G\u00e9n\u00e9ral Bourbaki, pour \u00e9chapper \u00e0 la capture, op\u00e8re une retraite et fait passer son arm\u00e9e en Suisse. Nos soldats y seront d\u00e9sarm\u00e9s et provisoirement intern\u00e9s, mais assist\u00e9s par la Croix-Rouge \u2013 c\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res actions.<\/p><p>Et Paris toujours assi\u00e9g\u00e9 vit l\u2019Ann\u00e9e terrible.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous mangeons du cheval, du rat, de l\u2019ours, de l\u2019\u00e2ne.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (Lettre \u00e0 une femme, janvier\u00a01871).<\/p><\/blockquote><p>Hugo revenu d\u2019exil \u00e0 la chute du Second Empire reste volontairement enferm\u00e9 dans Paris bombard\u00e9 pendant un mois (10\u00a0000 projectiles et 60 morts ou bless\u00e9s chaque jour) et assi\u00e9g\u00e9 pendant cinq mois (au total). Il souffre des souffrances de la ville en cet hiver 1871 \u2013 o\u00f9 la consommation d\u2019absinthe est multipli\u00e9e par cinq\u00a0! Il \u00e9crit <em>l\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em>, il fait don de ses droits d\u2019auteur sur <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> pour la fabrication de deux canons (le Victor Hugo, le Ch\u00e2timent) et pour le secours aux victimes de guerre.<\/p><p>Jules Ferry, charg\u00e9 du ravitaillement de la population (et du maintien de l\u2019ordre) est surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Ferry la Famine\u00a0\u00bb. Trochu, compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9, finit par d\u00e9missionner\u00a0: \u00ab\u00a0Trochu, participe pass\u00e9 du verbe trop choir\u00a0\u00bb (Hugo).<\/p><p>Paris \u00e9tant \u00e0 court de vivres et bombard\u00e9 depuis le 5 janvier, Jules Favre signe le 28 janvier au nom du Gouvernement provisoire un armistice de 21 jours. Gambetta ne peut accepter les conditions impos\u00e9es par le chancelier Bismarck, \u00e0 commencer par l\u2019abandon d\u2019une partie du territoire\u00a0! La perte de l\u2019Alsace-Lorraine p\u00e8sera sur la Troisi\u00e8me R\u00e9publique jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re mondiale.<\/p><p>En janvier 1871, le gouvernement de la D\u00e9fense nationale, r\u00e9sign\u00e9, d\u00e9cide de signer un armistice et organise de nouvelles \u00e9lections l\u00e9gislatives pour le mois de f\u00e9vrier. Abattu, L\u00e9on Gambetta d\u00e9missionne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma conscience me fait un devoir de r\u00e9silier mes pouvoirs de membre d\u2019un gouvernement avec lequel je ne suis plus en communion d\u2019id\u00e9es ni d\u2019esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Lettre de d\u00e9mission du 6 f\u00e9vrier 1871. Cit\u00e9 par G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022).<\/p><\/blockquote><p>La veille, 5 f\u00e9vrier, une manifestation men\u00e9e par l\u2019extr\u00eame gauche s\u2019est tenue devant la pr\u00e9fecture de Bordeaux pour soutenir Gambetta \u2013 mais il refuse l\u2019id\u00e9e d\u2019une guerre civile qui emporterait la R\u00e9publique.<\/p><p>Il pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9missionner et l\u2019annonce aux pr\u00e9fets\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019honneur de vous informer que j\u2019ai remis ma d\u00e9mission aujourd\u2019hui m\u00eame, en vous remerciant du concours patriotique et d\u00e9vou\u00e9 que j\u2019ai toujours trouv\u00e9 en vous pour mener \u00e0 bonne fin l\u2019\u0153uvre que j\u2019avais entreprise\u2026 Mon opinion profond\u00e9ment r\u00e9fl\u00e9chie est qu\u2019\u00e0 raison de la bri\u00e8vet\u00e9 des d\u00e9lais et des graves int\u00e9r\u00eats qui sont en jeu, vous rendrez un supr\u00eame service \u00e0 la R\u00e9publique en faisant proc\u00e9der aux \u00e9lections du 8 f\u00e9vrier, et vous r\u00e9servant, apr\u00e8s ce d\u00e9lai, de prendre telles d\u00e9terminations qui vous conviendront. Je vous prie d\u2019agr\u00e9er l\u2019expression de mes sentiments fraternels.\u00a0\u00bb<\/p><p>Prenant acte de son \u00e9chec, il agit en homme politiquement responsable dans une situation \u00ab\u00a0impossible\u00a0\u00bb\u2026 que va devoir g\u00e9rer Thiers\u00a0! Pour une fois, il ne dissimule pas sa fureur contre Gambetta et les siens.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous aurions moins perdu en territoire et moins donn\u00e9 en indemnit\u00e9 de guerre\u2026 Ils se sont tromp\u00e9s, gravement tromp\u00e9s\u00a0: ils ont prolong\u00e9 la d\u00e9fense au-del\u00e0 de toute raison\u00a0; ils ont employ\u00e9 les moyens les plus mal con\u00e7us qu\u2019on ait employ\u00e9s \u00e0 aucune \u00e9poque, dans aucune guerre [\u2026] Nous \u00e9tions tous r\u00e9volt\u00e9s, je l\u2019\u00e9tais comme vous tous contre cette politique de fous furieux qui mettaient la France dans le plus grand p\u00e9ril\u00a0\u00bb.<\/p><p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Apostrophe \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 8 juin 1871. Cit\u00e9 par Henri Dutrait-Crozon,<em> Gambetta et la D\u00e9fense Nationale<\/em> (1958).<\/p><\/blockquote><p>En f\u00e9vrier 1871, apr\u00e8s la chute du Second Empire cons\u00e9cutive \u00e0 la d\u00e9faite de Sedan et l\u2019\u00e9chec du Gouvernement provisoire de la D\u00e9fense nationale conduit par Gambetta, Thiers est devenu \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois chef de l\u2019\u00c9tat et du gouvernement (Jules Dufaure \u00e9tant vice-pr\u00e9sident du Conseil). Il n\u00e9gocie le trait\u00e9 de paix avec Bismarck et r\u00e9primera dans le sang l\u2019insurrection de la Commune. C\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019un des hommes les plus admir\u00e9s et les plus injuri\u00e9s de ce si\u00e8cle\u00a0\u00bb dit de lui son contemporain Jules Simon.<\/p><p>Aux \u00e9lections du 8 f\u00e9vrier, les monarchistes sont largement majoritaires \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e (comme dans le pays), mais Gambetta est \u00e9lu dans neuf d\u00e9partements\u00a0! Il opte symboliquement pour le Bas-Rhin (Alsace), l\u2019ennemi ayant fait savoir sa volont\u00e9 d\u2019annexer l\u2019Alsace et la Moselle. Il s\u2019associe \u00e0 la protestation des autres \u00e9lus de ces d\u00e9partements. Quand Thiers et l\u2019Assembl\u00e9e vont conclure la paix en abandonnant l\u2019Alsace-Moselle et en versant cinq milliards de francs or \u00e0 l\u2019ennemi, Gambetta d\u00e9missionne et se retire un temps en Espagne.<\/p><p><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>ssembl\u00e9e nationale, le 13 juin 1871, ordonne une enqu\u00eate parlementaire sur les actes du Gouvernement de la D\u00e9fense nationale dont il fut le chef, s\u2019arrogeant la responsabilit\u00e9 du minist\u00e8re de la guerre alors que rien dans sa lettre de mission n\u2019allait dans ce sens. L\u2019enqu\u00eate n\u2019aboutira pas. Mais ses d\u00e9tracteurs y voient une preuve de sa soif de pouvoir et de son ambition d\u00e9vorante, ce qui fait na\u00eetre la l\u00e9gende noire du \u00ab\u00a0Gambetta dictateur\u00a0\u00bb. Cette volont\u00e9 de poursuivre la \u00ab\u00a0guerre \u00e0 outrance\u00a0\u00bb alors que la capitale affrontait les souffrances du si\u00e8ge coupa quand m\u00eame Gambetta d\u2019une partie de l\u2019opinion.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons bien le droit de maudire celui qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme capable de nous mener \u00e0 la victoire et qui ne nous a men\u00e9s qu\u2019au d\u00e9sespoir. Nous avions le droit de lui demander un peu de g\u00e9nie, il n\u2019a m\u00eame pas eu de bon sens.\u00a0\u00bb.<\/p><p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876) mettant en cause Gambetta dans son<em> Journal d\u2019un voyageur pendant la guerre<\/em> (1871)<\/p><\/blockquote><p>La \u00ab\u00a0bonne dame de Nohant\u00a0\u00bb se passionne pour la politique comme la plupart de ses confr\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ayant le c\u0153ur \u00e0 gauche depuis la Monarchie de Juillet. Du 15 septembre 1870 au 10 f\u00e9vrier 1871, consciente de vivre un moment crucial, elle tient une \u00ab\u00a0Chronique des \u00e9motions\u00a0\u00bb qui fait l\u2019originalit\u00e9 de ce journal\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai t\u00e2ch\u00e9 de saisir l\u2019esprit de la France dans ses convulsions d\u2019agonie.\u00a0\u00bb<\/p><p>Elle ne cache pas son aversion pour Gambetta. \u00ab\u00a0Je commen\u00e7ais \u00e0 le ha\u00efr pour avoir fait tant souffrir et mourir inutilement. Ses adorateurs m\u2019irritaient en me r\u00e9p\u00e9tant qu\u2019il nous a sauv\u00e9 l\u2019honneur. Notre honneur se serait fort bien sauv\u00e9 sans lui. La France n\u2019est pas si l\u00e2che qu\u2019il lui faille avoir un professeur de courage et de d\u00e9vouement devant l\u2019ennemi. Tous les partis ont eu des h\u00e9ros dans cette guerre, tous les contingents ont fourni des martyrs. Nous avons bien le droit de maudire celui qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme capable de nous mener \u00e0 la victoire et qui ne nous a men\u00e9s qu\u2019au d\u00e9sespoir. Nous avions le droit de lui demander un peu de g\u00e9nie, il n\u2019a m\u00eame pas eu de bon sens (\u2026) Que Dieu lui pardonne\u00a0! Je vais me d\u00e9p\u00eacher de l\u2019oublier, car la col\u00e8re et la m\u00e9fiance composent un milieu o\u00f9 je ne vivrais pas mieux qu\u2019un poisson sur un arbre. Ceux qui ne sont pas contents du dictateur disent qu\u2019il aura des comptes s\u00e9v\u00e8res \u00e0 rendre \u00e0 la France, et que son avenir n\u2019est pas riant.\u00a0\u00bb<\/p><p>Pour autant, nombre de ses contemporains soulignent sa d\u00e9termination pendant cette p\u00e9riode.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut dire sans exag\u00e9ration qu\u2019il [Gambetta] avait fait des prodiges. Il avait cr\u00e9\u00e9 des arm\u00e9es et des g\u00e9n\u00e9raux, gagn\u00e9 des batailles, r\u00e9par\u00e9 des d\u00e9faites, pourvu aux n\u00e9cessit\u00e9s les plus urgentes de l\u2019ordre, ranim\u00e9 les h\u00e9sitants, surexcit\u00e9 le courage des autres, r\u00e9sist\u00e9 aux intrigues et \u00e0 la malveillance des partis, conclu des march\u00e9s et des emprunts, trouvant encore le temps, au milieu de ce travail, d\u2019\u00e9crire des lettres dont quelques-unes sont admirables, et de prononcer des harangues enflamm\u00e9es qui remplissaient les c\u0153urs d\u2019enthousiasme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), membre du Gouvernement de la D\u00e9fense nationale. Cit\u00e9 par G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022).<\/p><\/blockquote><p>Consid\u00e9r\u00e9 comme un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0ma\u00eetre \u00e0 penser\u00a0\u00bb pour les \u00ab\u00a0masses bourgeoises et petites-bourgeoises\u00a0\u00bb de la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, r\u00e9publicain de gauche depuis 1848, membre du Gouvernement de la D\u00e9fense nationale (comme ministre de l\u2019Instruction publique), bient\u00f4t s\u00e9nateur inamovible et pr\u00e9sident du Conseil des ministres en 1876, il s\u2019entendait mal avec Gambetta, mais il salue son action.<\/p><p>Michel Chevalier (1806-1879), autre homme politique au long cours et par ailleurs \u00e9conomiste, le pr\u00e9sente comme \u00ab\u00a0un chef \u00e9loquent, \u00e9nergique, audacieux, un athl\u00e8te formidable de bien des mani\u00e8res, au temp\u00e9rament imp\u00e9rieux.\u00a0\u00bb Citons un dernier t\u00e9moignage particuli\u00e8rement int\u00e9ressant.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si jamais, ce qu\u2019\u00e0 Dieu ne plaise, notre patrie devait subir une d\u00e9faite pareille \u00e0 celle que la France a essuy\u00e9e \u00e0 Sedan, je d\u00e9sirerais vivement qu\u2019il v\u00eent un homme qui s\u00fbt, comme Gambetta, l\u2019embraser de l\u2019esprit de r\u00e9sistance pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ses derni\u00e8res limites\u00a0\u00bb.<\/p><p class=\"auteur\">Baron <span class=\"caps\">COLMAR<\/span> <span class=\"caps\">VON<\/span> <span class=\"caps\">DER<\/span> <span class=\"caps\">GOLTZ<\/span>, surnomm\u00e9 Goltz Pacha (1843 -1916).<\/p><\/blockquote><p>Mar\u00e9chal prussien au service de l\u2019Empire ottoman et de l\u2019Empire allemand, il est \u00e9galement historien. Apr\u00e8s la guerre, il rendra paradoxalement le plus grand des hommages \u00e0 la r\u00e9sistance extr\u00eame du patriote Gambetta.<\/p><h4>De la passion \u00e0 la raison r\u00e9publicaine\u00a0: apprentissage de l\u2019\u00ab\u00a0opportunisme\u00a0\u00bb contre le radicalisme.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est-elle r\u00e9duite \u00e0 n\u2019\u00eatre que le dernier boulevard de la politique des j\u00e9suites\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, \u00e9t\u00e9 1871<em>. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Maurice Baumont.<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9\u00e9lu d\u00e9put\u00e9 le 2\u00a0juillet 1871, plus que jamais ardent r\u00e9publicain et anticl\u00e9rical, le tribun apostrophe les monarchistes qui gardent la majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e et veulent aller r\u00e9tablir le pouvoir temporel du pape \u00e0 Rome. La coalition des droites et la doctrine de l\u2019\u00ab\u00a0ordre moral\u00a0\u00bb va menacer la toute jeune R\u00e9publique, dans un pays rest\u00e9 majoritairement monarchiste\u00a0! Gambetta pour l\u2019heure \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche a pris la t\u00eate de l\u2019Union r\u00e9publicaine, groupe parlementaire d\u2019une trentaine de membres, tandis que les \u00ab\u00a0quatre Jules\u00a0\u00bb, Ferry, Favre, Simon et Gr\u00e9vy, fondent la Gauche r\u00e9publicaine\u2026 La guerre des gauches restera un grand classique dans notre pays.<\/p><p>Pour l\u2019heure et pour longtemps encore, le probl\u00e8me national majeur est l\u2019amputation du territoire au profit de l\u2019ennemi vainqueur.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pensons-y toujours, n\u2019en parlons jamais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2419\" class=\"cit-num\">2419<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Saint-Quentin, 16\u00a0novembre\u00a01871. <em>Pages d\u2019histoire, 1914-1918, Le Retour de l\u2019Alsace-Lorraine \u00e0 la France<\/em> (1917), Henri Welschinger.<\/p><\/blockquote><p>Silence forc\u00e9 de la France\u00a0; silence encore plus forc\u00e9 de l\u2019Alsace. Comme tous les Fran\u00e7ais, Gambetta pense aux deux provinces s\u0153urs et devenues \u00e9trang\u00e8res, l\u2019Alsace et la Lorraine. Charles Maurras traduira \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019unanimit\u00e9 nationale autour du culte de l\u2019Alsace-Lorraine en parlant de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb. Et Paul D\u00e9roul\u00e8de, cr\u00e9ant la Ligue des patriotes en 1882, incarnera un patriotisme nationaliste et revanchard qui fera beaucoup de bruit et d\u00e9cha\u00eene pas mal de fureurs, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine guerre.<\/p><p>Mais les milieux gouvernementaux font preuve d\u2019une grande r\u00e9serve, sachant la France trop isol\u00e9e pour mettre la revanche dans les faits. Il faudra beaucoup de temps et d\u2019efforts pour se dresser devant l\u2019Allemagne unie, avec \u00e0 sa t\u00eate Guillaume\u00a0Ier, vainqueur et proclam\u00e9 empereur du nouveau Reich, Bismarck devenant chancelier (\u00e9quivalent de Premier ministre) de cette nouvelle puissance europ\u00e9enne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019en rougis pas\u00a0; je suis en effet un voyageur et un commis de la d\u00e9mocratie. Ma commission, je la tiens du peuple.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Cit\u00e9 dans<em>\u00a0Le Figaro<\/em>, 22 avril 1872<\/p><\/blockquote><p>Plut\u00f4t en retrait \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, laissant \u00e0 Thiers et ses amis les premiers r\u00f4les, c\u2019est en province, au c\u0153ur du pays profond dont est proche que le nouveau \u00ab\u00a0commis-voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb va porter la bonne parole, au gr\u00e9 des demandes qui lui sont faites par les municipalit\u00e9s, les comit\u00e9s ou les associations r\u00e9publicaines.<\/p><p>Cette m\u00e9thode r\u00e9publicaine est indissociable de son rapport au peuple, fond\u00e9 sur la confiance et la responsabilit\u00e9\u00a0: ses tourn\u00e9es dites gambettistes doivent marquer la fusion des sph\u00e8res du politique et du social et faire na\u00eetre une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie d\u00e9lib\u00e9rative, sinon participative. Gambetta veut aller \u00e0 la rencontre des Fran\u00e7ais pour les informer, les \u00e9duquer, leur faire prendre conscience que par leur vote, ils peuvent influer sur les grandes orientations de la Nation. Jouissant d\u2019une popularit\u00e9 immense, il retournera devant la foule jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, pour en faire un peuple et enraciner la d\u00e9mocratie, en confrontant sans cesse \u00ab\u00a0dans des moments de grands rassemblements, les id\u00e9es, les principes, les nouvelles normes aux r\u00e9alit\u00e9s.\u00a0\u00bb (site de la \u00ab\u00a0Fondation Jean-Jaur\u00e8s\u00a0\u00bb)<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces r\u00e9unions ne sauraient \u00eatre trop multipli\u00e9es, surtout au c\u0153ur des campagnes\u00a0; car on ne saurait trop souvent visiter face \u00e0 face celui qui vit sur le sol, qui le f\u00e9conde de ses sueurs, qui manque de moyens d\u2019information avec la ville qu\u2019on lui repr\u00e9sente comme un foyer de s\u00e9dition, d\u2019anarchie, cherchant ainsi, par la division de classes semblables, par la division d\u2019int\u00e9r\u00eats conciliables, \u00e0 cr\u00e9er un antagonisme qui, est le fondement m\u00eame du despotisme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), discours d\u2019inauguration du banquet r\u00e9publicain \u00e0 la Fert\u00e9 sous Jouarre, 14 juillet 1872. <em>Red\u00e9couvrir la Fonction du Politique avec Gambetta<\/em>, Fondation Jean-Jaur\u00e8s.org. Paul Klotz<\/p><\/blockquote><p>La tradition des \u00ab\u00a0banquets r\u00e9publicains\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0repas civiques\u00a0\u00bb) remonte \u00e0 la R\u00e9volution et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration (14 juillet 1790). Reprise sous la Restauration, la \u00ab\u00a0campagne des banquets\u00a0\u00bb permet aux r\u00e9publicains dans l\u2019opposition de se r\u00e9unir. R\u00e9apparue sous la Monarchie de Juillet, c\u2019est un outil d\u2019opposition sous le Second Empire \u2013 une fa\u00e7on de contourner l\u2019interdiction de se r\u00e9unir.<\/p><p>Gambetta devenu le commis voyageur de la patrie apr\u00e8s la proclamation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique reprend cette pratique et d\u00e9montre la n\u00e9cessit\u00e9 de lieux d\u2019interm\u00e9diation o\u00f9 se rencontrent les repr\u00e9sentants et leurs concitoyens, sans les atours ou les artifices du discours politique. Le banquet r\u00e9publicain cr\u00e9e un espace humain d\u2019engagement o\u00f9 des femmes et des hommes, r\u00e9unis autour du plaisir culinaire, \u00e9changent face \u00e0 face et confrontent leurs id\u00e9es sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, des m\u00e9dias et de la \u00ab\u00a0politique de communication\u00a0\u00bb trop bien mise en sc\u00e8ne, cette pratique serait d\u2019utilit\u00e9 publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s aujourd\u2019hui, le 22 septembre, mettons-nous \u00e0 l\u2019\u0153uvre, faisons des pros\u00e9lytes, allons partout dans les villes, dans les campagnes, dans les march\u00e9s, dans les cercles, les r\u00e9unions, les veill\u00e9es\u00a0; parlons, causons\u00a0; d\u00e9montrons, faisons conna\u00eetre qui nous sommes\u00a0; malgr\u00e9 les calomnies et les injures, ne craignons pas de dire ce que nous voulons\u00a0: asseoir la R\u00e9publique sur les institutions d\u00e9mocratiques.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours du 22 septembre 1872, devant ses partisans de Chamb\u00e9ry. <em>Discours et plaidoyers politiques<\/em><\/p><\/blockquote><p>Il s\u2019adresse \u00e0 ses sympathisants et ses fid\u00e8les toujours plus nombreux dans le peuple, alors qu\u2019il choque encore \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Gambetta, ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb dira Jules Gr\u00e9vy, avocat et r\u00e9publicain dans un tout autre style\u00a0!<\/p><p>Cette doctrine du r\u00e9formisme prudent, confinant pour certains au laissez-faire, est caract\u00e9ristique de la pens\u00e9e lib\u00e9rale des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s dont Gambetta se fait ici le porte-parole. Elle est conforme aux attentes de son public provincial, compos\u00e9 de petits artisans, commer\u00e7ants et paysans, attach\u00e9s avant tout \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et \u00e0 l\u2019individualisme. Cela explique, au-del\u00e0 de ses immenses qualit\u00e9s de tribun, le succ\u00e8s de la parole gambettiste. Signe particulier\u00a0: hors les premiers mots et les derniers mots, il improvise. Comme Mirabeau et Danton, les deux grands orateurs sous la R\u00e9volution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a quelque chose de sup\u00e9rieur \u00e0 la R\u00e9publique, de sup\u00e9rieur \u00e0 la libert\u00e9 de pens\u00e9e\u00a0: c\u2019est la France, c\u2019est l\u2019ind\u00e9pendance de la France. La France r\u00e9sume tout pour moi\u00a0: libert\u00e9 de la raison, progr\u00e8s et justice, r\u00e9publique\u00a0: tout cela, c\u2019est la France, voil\u00e0 pourquoi il n\u2019y a rien, il ne peut rien y avoir au-dessus de la France.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours \u00e0 P\u00e9rigueux, 28 septembre 1873. J\u00e9r\u00f4me\u00a0Gr\u00e9vy,\u00a0<em>La R\u00e9publique des opportunistes<\/em> (1870-1885), 1998<\/p><\/blockquote><p>Rappelons un d\u00e9tail capital de sa biographie. Italien de naissance (et Sarde jusqu\u2019en 1859), il opte pour la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 21 ans (\u00e2ge de la majorit\u00e9). Ce sera le plus fervent des patriotes. Il regrette de ne pouvoir effectuer son service militaire, suite \u00e0 la perte accidentelle de son \u0153il \u00e0 huit ans. Ce patriotisme le pousse \u00e0 voter les cr\u00e9dits militaires avant le d\u00e9clenchement de la guerre de 1870. Il refuse ensuite d\u2019abandonner la lutte malgr\u00e9 les d\u00e9faites qui s\u2019accumulent, s\u2019improvisant ministre de la Guerre dans le Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique\u2026\u00a0 et d\u00e9missionnant quand Thiers signe le trait\u00e9 de Francfort, abandonnant l\u2019Alsace et la Lorraine \u00e0 l\u2019Allemagne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9publique, c\u2019est l\u2019in\u00e9vitable et vous devriez l\u2019accepter. Vous devriez prendre votre parti de l\u2019existence dans le pays d\u2019une d\u00e9mocratie invincible \u00e0 qui restera certainement le dernier mot.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5\u00a0ao\u00fbt 1874. <em>Les Partis politiques sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1913), L\u00e9on Jacques<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9put\u00e9 \u00e9lu en juillet 1871 et r\u00e9\u00e9lu jusqu\u2019\u00e0 sa mort (d\u00e9cembre 1882), il propose une constitution r\u00e9publicaine. L\u00e9gitimistes et conservateurs n\u2019en veulent toujours pas, mais Gambetta va rallier une partie de la gauche \u00e0 la cause du seul r\u00e9gime possible dans la France de cette \u00e9poque\u00a0: une r\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e, qui n\u2019effraie pas le pays (bourgeois et paysans). Un renouveau bonapartiste aux \u00e9lections partielles et le spectre du jeune prince imp\u00e9rial (fils de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>) effraient les d\u00e9put\u00e9s qui pr\u00e9f\u00e8rent encore la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019Empire\u00a0!<\/p><p>C\u2019est dans ce climat politique que va travailler la commission de 30 membres d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e pour accoucher enfin\u2026 d\u2019un projet de constitution, sagement remis \u00e0 plus tard par Thiers g\u00e9rant d\u2019autres urgences.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>La Politique en citations\u00a0: de Babylone \u00e0 Michel Serres<\/em> (2006), Sylv\u00e8re Christophe<\/p><\/blockquote><p>Formule fameuse, expression du pragmatisme \u2013 \u00e9galement attribu\u00e9e \u00e0 Bismarck, adepte de la Realpolitik.<\/p><p>Qui l\u2019eut crue sign\u00e9e du pur et dur r\u00e9publicain, \u00e0 la fois id\u00e9ologue tranchant et d\u00e9magogue bruyant\u00a0? C\u2019est un autre homme qui se r\u00e9v\u00e8le en 1874 et parle \u00e0 ses contemporains\u00a0: un temp\u00e9rament fonci\u00e8rement mod\u00e9r\u00e9, dou\u00e9 d\u2019une saine appr\u00e9ciation des r\u00e9alit\u00e9s. Cette formule de Gambetta fera qualifier ses partisans d\u2019\u00ab\u00a0opportunistes\u00a0\u00bb en 1877.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 reculons, nous entrons dans la R\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), dans son journal La R\u00e9publique fran\u00e7aise en 1875. <em>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Maurice Baumont<\/p><\/blockquote><p>Il ironise dans son journal. Mais il l\u2019a voulue, il l\u2019a eue, et son opportunisme (mot v\u00e9ritablement lanc\u00e9 en 1880) permet que la Constitution passe, sous forme de trois lois constitutionnelles du 25\u00a0mai au 16\u00a0juillet 1875. Paradoxe de cette r\u00e9publique vot\u00e9e par une assembl\u00e9e monarchiste, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019union des centres qui regroupe une partie des r\u00e9publicains (radicaux exclus) et des conservateurs (l\u00e9gitimistes exclus). On va donc pouvoir gouverner entre \u00ab\u00a0honn\u00eates gens\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le texte est plein de compromis et d\u2019incertitudes. Son impr\u00e9cision et sa concision feront sa force, l\u2019usage permettant de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes \u00e0 mesure qu\u2019ils se posent et de choisir entre r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel ou parlementaire. Cela fonctionnera tant bien que mal, de crise en crise, jusqu\u2019en 1940. \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb, voire des copains et des coquins, nous lui devons quand m\u00eame, outre la R\u00e9publique et son apprentissage\u00a0: l\u2019expansion coloniale qui est alors un atout national\u00a0; l\u2019enseignement la\u00efc, gratuit et obligatoire que les lois Ferry imposent au peuple\u00a0; la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, autre combat r\u00e9publicain\u00a0; et le divorce, les syndicats, la libert\u00e9 de la presse\u2026 entre autres acquis.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quels que soient les d\u00e9fauts ou les m\u00e9rites de la Constitution, il faut la consolider et non l\u2019\u00e9branler. C\u2019est une \u0153uvre de paix et de conciliation, qui a \u00e9t\u00e9 pour les r\u00e9publicains une occasion brillante de montrer leur union apparente. Nous avons bien fait de rompre un instant avec les intransigeants.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882) en 1875. Cit\u00e9 par Paul Deschanel, <em>Gambetta<\/em> (1919)<\/p><\/blockquote><p>Loin des discours enflamm\u00e9s, c\u2019est un texte \u00e9crit o\u00f9 chaque mot est bien choisi. \u00ab\u00a0Notre nouvelle n\u00e9e est une \u0153uvre de conciliation, par cons\u00e9quent de patriotisme. Le pays voit enfin se r\u00e9aliser ce rapprochement tant d\u00e9sir\u00e9 qui, s\u2019il s\u2019\u00e9tait op\u00e9r\u00e9 il y a soixante, quarante ou seulement trente ans, aurait achev\u00e9 le cycle de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<\/p><p>Comme le souligne l\u2019historien Daniel Hal\u00e9vy\u00a0: \u00ab\u00a0Gambetta avait bien travaill\u00e9 au succ\u00e8s commun et on l\u2019en f\u00e9licitait, mais on n\u2019\u00e9tait pas press\u00e9 de travailler au sien.\u00a0\u00bb Il acc\u00e8de quand m\u00eame \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019importante commission du budget \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Il propose d\u2019introduire l\u2019imp\u00f4t sur le revenu, projet qui lui tient \u00e0 c\u0153ur, adopt\u00e9 par la commission, mais jamais discut\u00e9 en session pl\u00e9ni\u00e8re, de nombreux d\u00e9put\u00e9s s\u2019y opposant, \u00e0 commencer par le ministre des Finances L\u00e9on Say.<\/p><p>Apr\u00e8s la d\u00e9mission du cabinet Dufaure en d\u00e9cembre 1876, Gambetta esp\u00e8re \u00eatre nomm\u00e9 pr\u00e9sident du Conseil. Mais Mac Mahon, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, tout comme les autres leaders r\u00e9publicains, craignent son autorit\u00e9 et son temp\u00e9rament. C\u2019est finalement le r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 Jules Simon qui est nomm\u00e9. Gambetta ne cache pas son amertume\u2026 Le commis-voyageur de la R\u00e9publique b\u00e9n\u00e9ficie pourtant d\u2019une popularit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le pays. Son voyage en vall\u00e9e du Rh\u00f4ne est v\u00e9cu comme un \u00ab\u00a0v\u00e9ritable sacre r\u00e9publicain, alors m\u00eame qu\u2019il n\u2019occupe aucune fonction majeure dans la R\u00e9publique\u00a0\u00bb Jean Garrigues, <em>La R\u00e9publique incarn\u00e9e\u00a0: De L\u00e9on Gambetta \u00e0 Emmanuel Macron<\/em> (2019).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisque nous sommes les plus forts, nous devons \u00eatre mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), devant le progr\u00e8s constant des r\u00e9publicains aux \u00e9lections en 1876. <em>Discours et plaidoyers politiques de M.\u00a0Gambetta<\/em>, volume\u00a0V (1882)<\/p><\/blockquote><p>Premi\u00e8res \u00e9lections nationales, sous le signe de la nouvelle Constitution qui fonde la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. D\u2019o\u00f9 leur importance, m\u00eame si c\u2019est la seule Assembl\u00e9e qui sera dissoute, et tr\u00e8s vite.<\/p><p>D\u00e8s le 30\u00a0janvier 1876, \u00f4 surprise, le S\u00e9nat manque de peu d\u2019\u00eatre r\u00e9publicain, malgr\u00e9 un syst\u00e8me \u00e9lectoral prudent qui favorise les communes rurales. Et Gambetta fait preuve de sagesse\u00a0: \u00ab\u00a0Comme disait un ancien, il y a quelque chose de plus difficile \u00e0 supporter que l\u2019adversit\u00e9\u00a0: c\u2019est la bonne fortune.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le 20\u00a0f\u00e9vrier, les r\u00e9publicains ont une confortable majorit\u00e9 au premier tour des \u00e9lections \u00e0 la Chambre. Gambetta lance des appels \u00e0 la pond\u00e9ration entre les deux tours\u00a0: les r\u00e9publicains, s\u2019ils veulent gouverner, ne doivent surtout pas effaroucher l\u2019opinion\u00a0! Le second tour du 5\u00a0mars est un grand succ\u00e8s pour eux\u00a0: le suffrage universel a amen\u00e9 393 d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains de toute tendance et seulement 140 conservateurs orl\u00e9anistes, l\u00e9gitimistes et bonapartistes (sur 533 si\u00e8ges). Jules Gr\u00e9vy est \u00e9lu pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s (avant de succ\u00e9der \u00e0 Mac-Mahon, \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cl\u00e9ricalisme\u00a0? Voil\u00e0 l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours sur les men\u00e9es ultramontaines, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0mai 1877. <em>Le Cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!<\/em> (1879), Paroles de M.\u00a0Gambetta, comment\u00e9es par \u00c9mile Verney<\/p><\/blockquote><p>L\u2019orateur cite ses sources, Alphonse Peyrat (1812-1890), journaliste et homme politique qui doit sa renomm\u00e9e \u00e0 ce mot et \u00e0 Gambetta\u00a0: \u00ab\u00a0Et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cl\u00e9ricalisme ce qu\u2019en disait un jour mon ami Peyrat\u00a0: Le cl\u00e9ricalisme? voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>La question religieuse prend souvent des proportions d\u00e9mesur\u00e9es, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Pour l\u2019heure, les catholiques fran\u00e7ais veulent aider le pape contre le gouvernement italien, et les r\u00e9publicains refusent absolument cette intervention\u00a0: \u00ab\u00a0Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 nous demander si l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas maintenant dans l\u2019\u00c9glise, \u00e0 l\u2019encontre de la v\u00e9rit\u00e9 des principes qui veut que l\u2019\u00c9glise soit dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb proteste Gambetta. En tout cas, il redonne \u00e0 l\u2019union des gauches son principe d\u2019anticl\u00e9ricalisme. Sa formule fait mouche, elle va beaucoup resservir\u00a0!<\/p><p>Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Mac-Mahon, apr\u00e8s le renvoi de Jules Simon, rappelle un monarchiste, le duc de Broglie comme chef de gouvernement, le 16\u00a0mai. L\u2019ordre moral revient \u00e0 l\u2019ordre du jour, face \u00e0 une Assembl\u00e9e qui ne peut l\u2019accepter comme il y a quelques ann\u00e9es.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates le gouvernement des pr\u00eatres et le ministre des cur\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Fourtou, mi-juin\u00a01877. <em>Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta<\/em> (1884)<\/p><\/blockquote><p>Oscar Bardy de Fourtou, adepte de la mani\u00e8re forte, de nouveau en poste \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, a pour mission d\u2019emp\u00eacher le retour en force des r\u00e9publicains \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. La coalition monarchiste et conservatrice caresse \u00e0 nouveau la France \u00e0 rebrousse-poil (Edmond About). Ce serait le retour du cl\u00e9ricalisme et de \u00ab\u00a0l\u2019ordre moral\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le 18\u00a0juin, les 363 d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains font adopter un ordre du jour \u2013 l\u2019Ordre des 363 \u2013 qui refuse la confiance au cabinet de Broglie. Une semaine plus tard, avec l\u2019accord du S\u00e9nat, Mac-Mahon dissout la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, le 25\u00a0juin. C\u2019est la crise la plus grave depuis la Commune\u00a0: le sort du r\u00e9gime r\u00e9publicain est en jeu. Tout va d\u00e9pendre des prochaines \u00e9lections, fix\u00e9es au 14\u00a0octobre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai, le renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et la dissolution de la Chambre. Mac-Mahon a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel et c\u2019est toute l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le pr\u00e9sident.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons dit\u00a0: le cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0! Il appartient au suffrage universel de r\u00e9pondre, en appelant le monde \u00e0 contempler son ouvrage\u00a0: le cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 le vaincu.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours du 9\u00a0octobre 1877. <em>La Fi\u00e8vre hexagonale\u00a0: les grandes crises politiques de 1871 \u00e0 1968<\/em> (1987), Michel Winock<\/p><\/blockquote><p>Fin de campagne \u00e9lectorale, toujours sur le th\u00e8me de l\u2019anticl\u00e9ricalisme cher \u00e0 la gauche. La formule a fait mouche et Gambetta, en bon avocat, la replace au fil de ses nombreux discours.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous partons trois cent soixante-trois, nous reviendrons quatre cents\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882). <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p><\/blockquote><p>Le chef des r\u00e9publicains enfin tous regroup\u00e9s derri\u00e8re son nom \u00e9tait un peu trop optimiste. Partis 363, ils n\u2019auront que 321 \u00e9lus \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, les 14 et 28\u00a0octobre\u00a01877. La pression administrative de Fourtou, \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, a certainement jou\u00e9. Cela fait quand m\u00eame une forte majorit\u00e9 r\u00e9publicaine, face aux 208 d\u00e9put\u00e9s monarchistes. De Broglie d\u00e9missionnera, le 23\u00a0novembre.<\/p><p>Mac-Mahon qui a voulu imposer un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel par la force institutionnelle prend acte de son \u00e9chec, signant, les larmes aux yeux, le message qui sera lu devant les s\u00e9nateurs et les d\u00e9put\u00e9s\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Constitution de 1875 a fond\u00e9 une r\u00e9publique parlementaire en \u00e9tablissant mon irresponsabilit\u00e9, tandis qu\u2019elle a institu\u00e9 la responsabilit\u00e9 solidaire et individuelle des ministres.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Message du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique aux Chambres, 14\u00a0d\u00e9cembre\u00a01877.<em> Gouvernements, minist\u00e8res et constitutions de la France depuis cent ans<\/em> (1893), L\u00e9on Muel<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident se soumet \u2013 avant de se d\u00e9mettre. Il d\u00e9missionnera en 1879, les r\u00e9publicains devenant \u00e9galement majoritaires au S\u00e9nat. Avec le d\u00e9part de ce pr\u00e9sident monarchiste, la R\u00e9publique sera totalement acquise.<\/p><p>D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, le droit de dissolution est discr\u00e9dit\u00e9, le pr\u00e9sident jouant d\u00e9sormais le jeu du r\u00e9gime parlementaire, avec ses qualit\u00e9s et ses d\u00e9fauts.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est un \u00e9blouissement pour le monde.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Inauguration de la troisi\u00e8me Exposition universelle de Paris, 1er\u00a0mai 1878. <em>Gloires et trag\u00e9dies de la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1956), Maurice Baumont<\/p><\/blockquote><p>L\u2019ann\u00e9e 1878 marque une tr\u00eave dans la vie politique du pays qui organise l\u2019Exposition universelle. Comme le Second Empire, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique est port\u00e9e par la vague du progr\u00e8s scientifique et technique et par l\u2019av\u00e8nement de la civilisation industrielle. Les deux autres Expositions universelles qui se tiendront \u00e0 Paris avant 1914 (en\u00a01889 et\u00a01900) en t\u00e9moigneront.<\/p><p>C\u2019est aussi une pause (relative) pour Gambetta. Le plus c\u00e9l\u00e8bre des d\u00e9put\u00e9s fait l\u2019acquisition de la maison des Jardies (ancienne propri\u00e9t\u00e9\u00a0 de Balzac) sur la commune de S\u00e8vres. Cette maison de taille modeste lui convient et il acquiert deux parcelles mitoyennes en 1879 et 1882 pour agrandir la propri\u00e9t\u00e9. Il y s\u00e9journe avec sa compagne et conseill\u00e8re, L\u00e9onie L\u00e9on \u2013 \u00ab\u00a0Je t\u2019embrasse et t\u2019aime comme la patrie.\u00a0\u00bb Il loge aussi dans le petit appartement lou\u00e9 \u00e0 Paris dabs le 16eme arrondissement, 57 de rue Saint-Didier.<\/p><p>Apr\u00e8s une p\u00e9riode de repos plus que n\u00e9cessaire \u00e0 sa sant\u00e9, Gambetta entre en campagne pour les \u00e9lections s\u00e9natoriales de 1879 qui pourraient aboutir \u00e0 la constitution d\u2019une majorit\u00e9 r\u00e9publicaine \u00e0 la Chambre haute. Il entreprend une nouvelle tourn\u00e9e triomphale. Son voyage en vall\u00e9e du Rh\u00f4ne est v\u00e9cu comme un \u00ab\u00a0un v\u00e9ritable sacre r\u00e9publicain, alors m\u00eame qu\u2019il n\u2019occupe aucune fonction majeure dans la R\u00e9publique\u00a0\u00bb (Jean Garrigue).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Criez\u00a0: Vive la R\u00e9publique\u00a0!\u2026 Permettez-moi de vous rappeler ce que je vous ai toujours dit\u00a0: qu\u2019il fallait se garder du prestige des personnalit\u00e9s et qu\u2019il n\u2019y a rien de plus dangereux que de faire d\u2019un homme une idole\u2026 J\u2019ai r\u00e9clam\u00e9 mon rang dans la d\u00e9mocratie pour la servir et non pour me placer au-dessus d\u2019elle.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Valence, le 18 septembre 1878<\/p><\/blockquote><p>Les cris de \u00ab\u00a0Vive Gambetta\u00a0!\u00a0\u00bb ne cessent de retentir, m\u00eame quand il accompagne le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jules Gr\u00e9vy, \u00e9clips\u00e9 par son confr\u00e8re r\u00e9publicain acclam\u00e9 par 50 000 personnes\u00a0! Devenu une figure officielle et accueilli comme tel, il r\u00e9pond ainsi \u00e0 ceux qui l\u2019acclament\u2026 Contrairement au bruit que font courir ses opposants, il refuse le mythe de l\u2019homme providentiel et ce culte de la personnalit\u00e9, s\u2019opposant en cela \u00e0 Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, contre-mod\u00e8le absolu pour les r\u00e9publicains comme les monarchistes.<\/p><p>Cela dit, il n\u2019est pas tendre pour le personnel politique de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos ministres\u00a0? De simples num\u00e9ros d\u2019ordre sortis au hasard de la foule repr\u00e9sentative que nous d\u00e9corons du beau nom de Parlement\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 5 f\u00e9vrier 1879.<em> La Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Maurice Baumont<\/p><\/blockquote><p>On croirait entendre \u00ab\u00a0le Tigre\u00a0\u00bb Clemenceau\u00a0! Gambetta fulmine contre les d\u00e9put\u00e9s et les ministres du nouveau gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Dans trois mois, ils iront rejoindre dans les sous-sols de la vie publique les inconnus engendr\u00e9s par le scrutin d\u2019arrondissement. Ils v\u00e9g\u00e9teront jusque-l\u00e0, ne disant rien, ne faisant rien, <em>ex nihilo nihil<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p><p>De fait, avec Gr\u00e9vy \u00e0 la pr\u00e9sidence commence le syst\u00e8me des crises minist\u00e9rielles qui va caract\u00e9riser, paralyser, empoisonner le r\u00e9gime.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Histoire des institutions et des r\u00e9gimes politiques de la France<\/em> (1985), Jean Jacques Chevallier, G\u00e9rard Conac<\/p><\/blockquote><p>Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune. Il l\u2019\u00e9cartera du pouvoir, de peur qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux. C\u2019est m\u00e9conna\u00eetre son immense popularit\u00e9.<\/p><p>Dans les premiers temps, l\u2019Assembl\u00e9e nationale choisit des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil eux-m\u00eames assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage. En vertu de quoi Gambetta n\u2019a aucune chance, pas plus que Clemenceau, autre forte personnalit\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p><\/blockquote><p>Surnomm\u00e9 hier Ferry-la-Famine \u2013 sous la Commune \u2013 et demain Ferry-Tonkin \u2013 pour sa politique coloniale.<\/p><p>Cette fois, il est attaqu\u00e9 en tant que ministre de l\u2019Instruction publique et des Beaux-Arts\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire (la\u00efc, gratuit et obligatoire) r\u00e9duit l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9. D\u00e9bats d\u00e9j\u00e0 anim\u00e9s, le 15\u00a0mars 1879. Le 16\u00a0juin, la loi Ferry enflammera la Chambre. Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table\u2026 qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui constitue la vraie d\u00e9mocratie, ce n\u2019est pas de reconna\u00eetre des \u00e9gaux, mais d\u2019en faire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Cit\u00e9 par Jacques Chirac \u00e9voquant son projet pour l\u2019\u00e9cole, discours du 19 f\u00e9vrier 2002<\/p><\/blockquote><p>Bel exemple du pragmatisme, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des grands mots ou des formules creuses. Rappelons qu\u2019il a mis l\u2019instruction primaire la\u00efque, gratuite et obligatoire dans son \u00ab\u00a0programme de Belleville\u00a0\u00bb en 1869. Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry, un des acquis indiscutablement port\u00e9 au cr\u00e9dit de cette R\u00e9publique.<\/p><p>Gambetta, chef de la coalition r\u00e9publicaine et pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s (31 janvier 1879-27 octobre 1881) va jeter ses derni\u00e8res forces dans un combat qui lui tient le plus \u00e0 c\u0153ur, l\u2019amnistie des communards.\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et [la France] dit \u00e0 ses gouvernants et \u00e0 vous-m\u00eames\u00a0: Quand me d\u00e9barrasserez-vous de ce haillon de guerre civile\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours du 21 juin 1880, Chambre des d\u00e9put\u00e9s. <em>Discours et plaidoyers choisis. Sur l\u2019amnistie des Communards<\/em> (1880)<\/p><\/blockquote><p>Il prononce un ardent plaidoyer pour la r\u00e9conciliation et appara\u00eet plus que jamais comme le chef de file de la coalition r\u00e9publicaine. L\u2019amnistie totale sera vot\u00e9e le 11\u00a0juillet 1880. Ce discours reste c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 divers titres.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une France et qu\u2019une R\u00e9publique\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours du 21 juin 1880, Chambre des d\u00e9put\u00e9s<\/p><\/blockquote><p>La loi obtient une large majorit\u00e9 \u00e0 la Chambre, mais elle est amend\u00e9e par le S\u00e9nat qui veut exclure de l\u2019amnistie les condamn\u00e9s pour assassinat ou incendie. Gambetta presse le pr\u00e9sident du Conseil de r\u00e9diger une loi pour amnistier l\u2019ensemble des Communards, ce qui permettrait selon lui de contenir la pouss\u00e9e de l\u2019extr\u00eame gauche aux \u00e9lections.<\/p><p>Son discours \u00e0 la Chambre soul\u00e8ve l\u2019enthousiasme, y compris chez les opposants\u00a0: \u00ab\u00a0Restez avec nous, dans cette mesure de pardon et de cl\u00e9mence. Il faut que vous fermiez le livre de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, que vous mettiez la pierre tumulaire de l\u2019oubli sur les crimes et les vertiges de la Commune et que vous disiez \u00e0 tous [\u2026] qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une France et qu\u2019une R\u00e9publique\u00a0\u00bb. Obsession gambettiste de toujours r\u00e9unir un peuple apparemment si prompt \u00e0 se diviser\u00a0en de pseudo-guerres civiles\u00a0! Cela vaut \u00e0 toutes les \u00e9poques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez peut-\u00eatre m\u2019accuser d\u2019opportunisme\u00a0! Je sais que le mot est odieux. Pourtant je pousse encore l\u2019audace jusqu\u2019\u00e0 affirmer que ce barbarisme cache une vraie politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"89\" class=\"cit-num\">89<\/span><\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), 21\u00a0juin 1880. Chambre des d\u00e9put\u00e9s<\/p><\/blockquote><p>Gambetta, avocat de m\u00e9tier, tribun par nature et \u00ab\u00a0grande gueule\u00a0\u00bb en diverses occasions plaide pour l\u2019amnistie totale des communards. \u00c0 cette occasion est lanc\u00e9 \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb le mot qui va faire fortune en politique, les opportunistes devenant les disciples de Gambetta apr\u00e8s sa mort prochaine, \u00e0 44\u00a0ans (1882).<\/p><p>En 1881, lors d\u2019un autre discours prononc\u00e9 dans le <span class=\"caps\">XX<\/span>e arrondissement de Paris, il ajoutera\u00a0: \u00ab\u00a0Pour une chose mal con\u00e7ue, il fallait un vocable mal con\u00e7u\u00a0: on l\u2019a appel\u00e9e opportunisme.\u00a0\u00bb<\/p><p>Ce n\u2019est pas qu\u2019un mot, c\u2019est une conviction et la preuve d\u2019une sagesse que refl\u00e8te cette autre phrase\u00a0: \u00ab\u00a0La politique est l\u2019art du possible.\u00a0\u00bb Formule fameuse. Le r\u00e9publicain pur et dur, id\u00e9ologue tranchant et d\u00e9magogue bruyant des premiers discours, se r\u00e9v\u00e8le bien diff\u00e9rent au pouvoir et tr\u00e8s responsable devant ses contemporains\u00a0: temp\u00e9rament fonci\u00e8rement mod\u00e9r\u00e9, dou\u00e9 d\u2019une saine appr\u00e9ciation des r\u00e9alit\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La France] ne demande pas que toutes ces questions pos\u00e9es soient r\u00e9solues\u00a0: elle demande qu\u2019on prenne une question, qu\u2019on s\u2019y attelle, qu\u2019on l\u2019\u00e9tudie, qu\u2019on la formule en projet de loi et qu\u2019on la r\u00e9solve enfin dans la l\u00e9gislation. Quand une question sera r\u00e9solue, la suivante se posera et, par les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s, on r\u00e9soudra la seconde\u00a0; puis on passera \u00e0 la troisi\u00e8me. Si l\u2019on veut aborder toutes les questions \u00e0 r\u00e9soudre et si l\u2019on veut que le programme \u00e0 r\u00e9aliser en un certain temps comprenne toutes les questions, on aboutira \u00e0 l\u2019impuissance, \u00e0 la division et [\u2026] \u00e0 la lassitude du pays.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Neubourg, le 4 septembre 1881<\/p><\/blockquote><p>Dernier grand discours du \u00ab\u00a0commis-voyageur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb au bord de l\u2019\u00e9puisement \u2013 apr\u00e8s ses 84 discours donn\u00e9s devant des publics extra-parlementaires entre 1870 et 1882.<\/p><p>Refusant la simplification \u00e0 outrance, Gambetta ne c\u00e8de jamais au catastrophisme. Quand la France est \u00e9branl\u00e9e par les changements de r\u00e9gime successifs, qu\u2019elle peine \u00e0 se remettre de la d\u00e9faite de 1870 et que le pouvoir central est soumis \u00e0 la menace permanente d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat, il dit la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de r\u00e9pondre m\u00e9ticuleusement et successivement aux p\u00e9rils qui \u00e9mergent. Chaque probl\u00e8me en son temps.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu m\u2019as tr\u00e8s loyalement, tr\u00e8s cordialement soutenu, mais pas un de tes fid\u00e8les n\u2019a vot\u00e9 avec moi.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), nouveau pr\u00e9sident du Conseil, lettre \u00e0 Gambetta. Cit\u00e9e par G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022)<\/p><\/blockquote><p>Appel\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jules Gr\u00e9vy, Ferry pr\u00e9side le Conseil des ministres du 23 septembre 1880 au 10 novembre 1881 \u2013 Gambetta prendra sa suite. Au plan politique, Ferry et Gambetta partagent nombre de combats de gauche\u00a0: r\u00e9publicains opportunistes, ils s\u2019accordent sur l\u2019\u00e9ducation, les libert\u00e9s publiques, l\u2019anticl\u00e9ricalisme. Des nuances s\u00e9parent les deux hommes et leurs partis, la Gauche r\u00e9publicaine de Ferry \u00e9tant plus bourgeoise que l\u2019Union r\u00e9publicaine de Gambetta qui conserve un \u00e9lectorat populaire.<\/p><p>Leur amiti\u00e9 n\u2019exclut pas une certaine rivalit\u00e9, Gambetta n\u2019\u00e9tant toujours pas pr\u00e9sident du Conseil et Ferry ayant conscience d\u2019agir dans l\u2019ombre d\u2019un Gambetta si populaire et charismatique que les d\u00e9put\u00e9s de son camp ne le soutiennent m\u00eame pas.<\/p><p>Les l\u00e9gislatives de 1881 (21 ao\u00fbt et 4 septembre) sont un succ\u00e8s pour les r\u00e9publicains\u00a0: 457 si\u00e8ges, dont 204 \u00e9lus pour l\u2019Union r\u00e9publicaine de Gambetta et 168 pour la Gauche r\u00e9publicaine de Ferry. L\u2019extr\u00eame gauche, men\u00e9e par Georges Clemenceau et Camille Pelletan, progresse avec 46 si\u00e8ges, le centre gauche ne comptant plus que 34 \u00e9lus. Ce large succ\u00e8s cache les difficult\u00e9s des r\u00e9publicains pour se faire \u00e9lire, y compris Gambetta chahut\u00e9 dans sa circonscription de Belleville.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De toutes les douleurs qu\u2019on peut ressentir dans la politique, [\u2026] il y en a une que je ne peux subir en silence\u00a0: c\u2019est d\u2019\u00eatre constamment pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 cette Chambre, que dis-je\u00a0? au parti r\u00e9publicain tout entier, comme un homme qui m\u00e9diterait de se s\u00e9parer ou de s\u2019\u00e9carter de lui\u00a0\u00bb.<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), 26 janvier 1882, cit\u00e9 par G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022)<\/p><\/blockquote><p>Ayant pr\u00e9sid\u00e9 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s pendant plus de deux ans (1879-1881), il se retrouve pr\u00e9sident du Conseil le 14 novembre 1881, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Gr\u00e9vy se r\u00e9signant \u00e0 l\u2019appeler en dernier recours apr\u00e8s son succ\u00e8s aux l\u00e9gislatives et l\u2019\u00e9chec de Ferry \u00e0 ce poste.\u00a0 Mais \u00ab\u00a0le Grand minist\u00e8re\u00a0\u00bb ou\u00a0gouvernement Gambetta\u00a0qui rassemble tous les grands noms de son camp r\u00e9publicain va tomber au bout de 73 jours. C\u2019est un \u00e9chec.<\/p><p>Gambetta d\u00e9fendait une r\u00e9forme de la Constitution qui renforce le pouvoir ex\u00e9cutif. Il doit rejeter les accusations sur sa pr\u00e9tendue volont\u00e9 d\u2019un renforcement de son pouvoir personnel, avec l\u2019h\u00e9ritage c\u00e9sarien et providentialiste de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. Il se bat depuis toujours pour les valeurs, les principes et les objectifs du r\u00e9gime qu\u2019il d\u00e9fend, la R\u00e9publique. L\u2019entreprise bonapartiste visait \u00e0 une reconnaissance personnelle dans la perspective du coup d\u2019\u00c9tat, Gambetta se faisait le \u00ab\u00a0commis-voyageur\u00a0\u00bb d\u2019une id\u00e9e, d\u2019un projet politique, la R\u00e9publique \u00e9tant menac\u00e9e par le gouvernement d\u2019ordre moral.<\/p><p>Il finira par tomber apr\u00e8s le rejet de son projet de r\u00e9vision de la Constitution. Il remet aussit\u00f4t sa d\u00e9mission au pr\u00e9sident Gr\u00e9vy. Il part se reposer dans le sud de la France, puis en Italie. De retour \u00e0 Paris, il reprend sa place de simple d\u00e9put\u00e9, tr\u00e8s critique sur le devenir de \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous glissons sur la pente d\u2019une r\u00e9publique de Sud-Am\u00e9rique o\u00f9 le pouvoir, avili, d\u00e9shonor\u00e9, discr\u00e9dit\u00e9, para\u00eet une proie pour toutes les concupiscences\u00a0; le portefeuille est \u00e0 l\u2019encan, le pouvoir dans la rue, nous allons crouler dans les bas-fonds de l\u2019envie d\u00e9magogique.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), cit\u00e9 par G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022)<\/p><\/blockquote><p>Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 son ancien chef de cabinet, il expose son pessimisme. Mais la politique coloniale de la France continue de le passionner\u00a0: en d\u00e9cembre 1882, il r\u00e9dige une note qui pr\u00e9conise une politique ambitieuse en Indochine, face \u00e0 l\u2019Empire chinois.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelques ann\u00e9es avaient fait du jeune homme alerte encore et grisonnant \u00e0 peine, un homme affaiss\u00e9, charg\u00e9 d\u2019embonpoint, presque vieillard.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> ( 1844-1917), cit\u00e9 par G\u00e9rard Unger, <em>Gambetta<\/em> (2022)<\/p><\/blockquote><p>Ce journaliste, \u00e9crivain, pol\u00e9miste et homme politique d\u2019extr\u00eame droite est sans doute trop content de constater l\u2019\u00e9vidence. La sant\u00e9 de son tr\u00e8s populaire adversaire se d\u00e9grade rapidement.<\/p><p>Depuis son d\u00e9part de la pr\u00e9sidence du Conseil en 1881, il appara\u00eet vieilli et fatigu\u00e9. Sa sant\u00e9 fut toujours fragile, depuis une p\u00e9ritonite \u00e0 huit ans, la perte accidentelle d\u2019un \u0153il trois ans apr\u00e8s, une dysenterie o\u00f9 il fr\u00f4le la mort \u00e0 27 ans, une phl\u00e9bite \u00e0 33 ans qui le tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart de sa vie politique.<\/p><p>Son rythme de travail et son hygi\u00e8ne de vie n\u2019arrangent rien. Il mourra vraisemblablement d\u2019un cancer digestif \u00e0 44 ans. La blessure accidentelle \u00e0 la main qu\u2019il se fait quelques jours avant (22 novembre 1882) en voulant retirer une cartouche d\u2019un revolver n\u2019y est pour rien. La rumeur d\u2019un complot ma\u00e7onnique est sans fondement. Pire encore, Henri Rochefort r\u00e9pand l\u2019id\u00e9e d\u2019une vengeance intime, accusant sa ma\u00eetresse L\u00e9onie L\u00e9on de l\u2019avoir abattu\u2026 D\u2019autres journaux en font une espionne au service de l\u2019Allemagne qui, se sachant d\u00e9couverte, tente de se suicider devant<\/p><p>Gambetta qui d\u00e9tourne l\u2019arme et re\u00e7oit le projectile. En septembre 1920, le journaliste d\u2019extr\u00eame-droite L\u00e9on Daudet reprend cette th\u00e8se. Le cousin et biographe de Gambetta, Pierre-Barth\u00e9lemy Gheusi, \u00e9voque une dispute qui aurait mal tourn\u00e9 entre les deux amants, au sujet d\u2019un domestique que Gambetta voulait renvoyer\u2026 Les fake-news ne datent pas du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p><p>Gambetta meurt le 31 d\u00e9cembre 1882. Le 6 janvier 1883, le char fun\u00e8bre rejoint le cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise devant quelque 100 000 personnes mass\u00e9es sur le parcours. Cinq ans apr\u00e8s Thiers, la R\u00e9publique perd son deuxi\u00e8me leader\u00a0: occasion pour les r\u00e9publicains de c\u00e9l\u00e9brer le premier deuil \u00ab\u00a0officiel\u00a0\u00bb d\u2019un de leurs grands hommes. Sa mort appelle des fun\u00e9railles nationales, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de la R\u00e9publique.<\/p><p>11 novembre 1920, son c\u0153ur est transf\u00e9r\u00e9 du monument de Ville-d\u2019Avray offert par les Alsaciens-Lorrains au Panth\u00e9on, le jour de l\u2019installation de la tombe du Soldat inconnu sous l\u2019arc de triomphe de l\u2019\u00c9toile. Une c\u00e9r\u00e9monie organis\u00e9e en pr\u00e9sence du pr\u00e9sident Alexandre Millerand c\u00e9l\u00e8bre \u00e9galement le cinquantenaire de la proclamation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Le c\u0153ur repose dans une urne plac\u00e9e dans l\u2019escalier qui descend \u00e0 la crypte. Cette relique r\u00e9publicaine reproduit la tradition cap\u00e9tienne de la bipartition du corps avec deux s\u00e9pultures.<\/p><p>Laissons le mot de la fin \u00e0 notre dernier personnage historique lui rendant le plus bel hommage.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta personnifie devant l\u2019histoire le sursaut de la patrie [\u2026]. Il eut des dons de chef et l\u2019audace d\u2019en faire usage, en un temps o\u00f9 la France succombait, faute d\u2019\u00eatre conduite.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>La France et son arm\u00e9e<\/em> (1938).<\/p><\/blockquote><p>Encore simple colonel et d\u00e9j\u00e0 remarquable historien qui se r\u00e9v\u00e8lera dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 venir, de Gaulle exprime son admiration pour l\u2019homme d\u2019\u00c9tat, l\u2019un des p\u00e8res fondateurs de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique dans ce qu\u2019elle eut de meilleur.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Pour gouverner les Fran\u00e7ais, il faut des paroles violentes et des actes mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb L\u00e9on GAMBETTA (1838-1882), cit\u00e9 par Paul Deschanel, Gambetta (1919) Gambetta (1838-1882) est reconnu par les historiens comme l\u2019un des p\u00e8res fondateurs de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, au m\u00eame titre que Thiers (1797-1877) et Clemenceau (1841-1929). Dans une vie deux fois moins longue, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11421,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":3231,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-10021","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits-en-citations-des-personnages-de-lhistoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10021"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10021\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15650,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10021\/revisions\/15650"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}