{"id":10023,"date":"2024-08-26T00:00:00","date_gmt":"2024-08-25T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/limpertinence-a-la-francaise-une-vertu-nationale-de-la-revolution-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:23","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:23","slug":"limpertinence-a-la-francaise-une-vertu-nationale-de-la-revolution-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/limpertinence-a-la-francaise-une-vertu-nationale-de-la-revolution-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"L\u2019impertinence \u00e0 la fran\u00e7aise. Une vertu nationale\u00a0? (De la R\u00e9volution \u00e0 nos jours)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>L\u2019impertinence se d\u00e9finit au fil de l\u2019action.<\/p>\n<p>Elle a naturellement ses grands classiques\u00a0: Voltaire et Beaumarchais font carri\u00e8re dans le genre au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, mais Rousseau et Diderot ne sont pas en reste. D\u00e9j\u00e0 au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, Moli\u00e8re et La Fontaine s\u2019illustr\u00e8rent avec leur g\u00e9nie propre. D\u2019autres classiques de la litt\u00e9rature furent \u00e9galement impertinents par nature, tels Rabelais et Montaigne. Plus surprenant, au nom de la raison ou de la religion, Descartes et F\u00e9nelon se retrouvent impertinents sans le savoir ni le vouloir. Et la R\u00e9volution relance l\u2019impertinence \u00e0 sa mani\u00e8re, avec Mirabeau en t\u00eate d\u2019affiche.<\/p>\n<p>Des outsiders c\u00e9l\u00e8bres ou anonymes font chorus par un pamphlet, un mot, un geste, parfois au p\u00e9ril de leur carri\u00e8re ou m\u00eame de leur vie \u2013 voir le premier fait divers du r\u00e9cit national, au temps de la Gaule.<\/p>\n<p>Restent les cas collectifs, tous les frondeurs, anarchistes, f\u00e9ministes, acteurs de Mai 68.<\/p>\n<p>Le\u00e7on de l\u2019Histoire\u00a0: l\u2019impertinence \u00e0 la fran\u00e7aise est omnipr\u00e9sente sous les formes les plus diverses. Elle se distingue de l\u2019insolence, l\u2019impudence ou la provocation qui pr\u00eatent \u00e0 confusion dans notre paysage politico-m\u00e9diatique\u00a0: trop facile de faire le buzz et de pol\u00e9miquer pour le plaisir. Les \u00ab\u00a0Voltaire de sup\u00e9rette\u00a0\u00bb sont l\u00e9gion, les nouveaux id\u00e9ologues font assaut d\u2019\u00e9loquence, les candidats s\u2019improvisent t\u00eates d\u2019affiche avec ou sans parti\u2026 Sachons faire la diff\u00e9rence. \u00c0 vous d\u2019en juger.<\/p>\n<p>(Presque tous les exemples sont tir\u00e9s de <em>l\u2018Histoire en citations<\/em> \u2013 les num\u00e9ros renvoient \u00e0 cette source).<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-40.jpg\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a><\/span><\/p>\n<h4><span class=\"caps\">II<\/span> \u2013 De la R\u00e9volution \u00e0 nos jours.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1320\" class=\"cit-num\">1320<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette stup\u00e9fiante impertinence lance litt\u00e9ralement la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>C\u2019est la r\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin. La salle sert de refuge aux d\u00e9put\u00e9s, refoul\u00e9s sur ordre du roi mena\u00e7ant de casser les d\u00e9lib\u00e9rations du tiers devenu Assembl\u00e9e nationale, et qui a en cons\u00e9quence fait fermer la salle des Menus-Plaisirs. Ce serment, d\u00e9pourvu de valeur juridique, a une port\u00e9e symbolique consid\u00e9rable\u00a0: il bafoue publiquement la volont\u00e9 du roi qui doit r\u00e9agir \u00e0 l\u2019affront. Ce qu\u2019il va faire, trois jours plus tard. Il d\u00e9cide de faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume pour disperser les d\u00e9put\u00e9s. Et Mirabeau entre en sc\u00e8ne\u2026<\/p>\n<p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0On ne conna\u00eet pas la toute-puissance de ma laideur. Quand je secoue ma terrible hure, il n\u2019y a personne qui os\u00e2t m\u2019interrompre.\u00a0\u00bb Ce physique impressionne tous les contemporains. Il en joue, il trouve belle cette laideur, avec ses traits marqu\u00e9s, cribl\u00e9s de petite v\u00e9role. Il soigne sa toilette, porte une \u00e9norme chevelure artistement arrang\u00e9e qui grossit encore le volume de sa t\u00eate. Il se place volontiers face au miroir, se regarde parler, \u00e9quarrit ses \u00e9paules. Il cultive son personnage. La puissance du verbe et la solidit\u00e9 de la pens\u00e9e servent \u00e9galement le tribun.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2018Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u2019 Votre ma\u00eetre\u00a0! c\u2019est le roi de France devenu \u00e9tranger. C\u2019est toute une fronti\u00e8re trac\u00e9e entre le tr\u00f4ne et le peuple. C\u2019est la r\u00e9volution qui laisse \u00e9chapper son cri. Personne ne l\u2019eut os\u00e9 avant Mirabeau. Il n\u2019appartient qu\u2019aux grands hommes de prononcer les mots d\u00e9cisifs des grandes \u00e9poques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1321\" class=\"cit-num\">1321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur dramatique a le sens du mot et ne peut que saluer l\u2019auteur de cette r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb La post\u00e9rit\u00e9 l\u2019a rendue immortelle. L\u2019iconographie de l\u2019\u00e9poque (gravures et tableaux contemporains) t\u00e9moigne de la port\u00e9e symbolique de cette sc\u00e8ne \u2013\u00a0ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui son \u00ab\u00a0impact m\u00e9diatique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et le roi c\u00e8de\u2026 \u00ab\u00a0Ils veulent rester\u00a0? Eh bien\u00a0! Foutre, qu\u2019ils restent\u00a0!\u00a0\u00bb R\u00e9ponse sans c\u00e9r\u00e9monie du roi \u00e0 son grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, venu lui rendre compte du refus des d\u00e9put\u00e9s. La R\u00e9volution fran\u00e7aise est en marche\u00a0: \u00ab\u00a0le plus puissant pas du genre humain depuis l\u2019av\u00e8nement du Christ\u00a0\u00bb selon Victor Hugo (<em>Les Mis\u00e9rables<\/em>, 1862).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez bris\u00e9 le sceptre du despotisme [\u2026] et tous les jours vous souffrez que treize millions d\u2019esclaves portent les fers de treize millions de despotes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1325\" class=\"cit-num\">1325<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Requ\u00eate des dames \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. <em>L\u2019Assembl\u00e9e constituante, le Philosophisme r\u00e9volutionnaire en action<\/em> (1911), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les grandes oubli\u00e9es de l\u2019histoire se manifestent sous la R\u00e9volution avec une fi\u00e8re impertinence et ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but.<\/p>\n<p>Prochain rendez-vous, le 5\u00a0octobre\u00a01789. Une foule de femmes (et de ch\u00f4meurs) marche sur Versailles, arm\u00e9e de piques et de fourches, pour demander du pain. Une d\u00e9l\u00e9gation est re\u00e7ue le soir m\u00eame par le roi. Il promet d\u2019assurer le ravitaillement de Paris o\u00f9 le pain demeure le premier besoin du peuple. La manifestation, d\u2019abord pacifique, va d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer apr\u00e8s une nuit de liesse bien arros\u00e9e, alors que La Fayette, pr\u00e9sent \u00e0 Versailles avec ses gardes nationaux, n\u2019a rien vu venir et dort\u2026 Mirabeau le surnommera \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Morph\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tous les d\u00e9rapages et les obstacles, le f\u00e9minisme entre en sc\u00e8ne\u00a0en tant que mouvement collectif\u00a0! La tourmente r\u00e9volutionnaire va donner d\u2019autres soucis que les droits des femmes aux hommes de la R\u00e9volution, mais quelques h\u00e9ro\u00efnes vont quand m\u00eame faire entendre leur voix et plaider leur cause, avec une impertinence toute particuli\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme a le droit de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u00a0; elle doit avoir \u00e9galement celui de monter \u00e0 la tribune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1397\" class=\"cit-num\">1397<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, septembre\u00a01791. <em>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Maurice Agulhon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9ambule du texte est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine. Cette f\u00e9ministe, l\u2019une des premi\u00e8res de l\u2019histoire, mourra guillotin\u00e9e en 1793, apr\u00e8s bien d\u2019autres impertinences qui passent pour autant de provocations. Elle se bat aussi pour la cause des Noirs et l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Elle plaide ici pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (permettant de monter \u00e0 la tribune en tant que d\u00e9put\u00e9). Mais c\u2019est impossible aussi longtemps que la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme juridiquement mineure, soumise au p\u00e8re ou \u00e0 l\u2019\u00e9poux. Les femmes seront finalement la \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb la plus durablement brim\u00e9e dans l\u2019Histoire. Mais quelques-unes vont s\u2019illustrer, h\u00e9ro\u00efnes et souvent martyres, dans la suite de la R\u00e9volution, \u00e0 commencer par Olympe de Gouges montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud le 3 novembre 1793 et lan\u00e7ant \u00e0 la ronde\u00a0: \u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Armons-nous, nous en avons le droit par la nature et m\u00eame par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inf\u00e9rieures ni en vertus ni en courage [\u2026] Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1408\" class=\"cit-num\">1408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9roigne de <span class=\"caps\">M\u00c9RICOURT<\/span> (1762-1817), Discours prononc\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 fraternelle des Minimes, 25\u00a0mars 1792. <em>Discours imprim\u00e9 par ordre de la Soci\u00e9t\u00e9 Fraternelle de patriotes, de l\u2019un <span class=\"amp\">&amp;<\/span> l\u2019autre sexe, de tout \u00e2ge <span class=\"amp\">&amp;<\/span> de tout \u00e9tat, s\u00e9ante aux Jacobins, rue Saint-Honor\u00e9<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Belge, courtisane et cantatrice, surnomm\u00e9e la Belle Li\u00e9geoise, elle entre en r\u00e9volution comme on entre en religion et fait preuve d\u2019une juste impertinence. Chose fort mal vue de la part d\u2019une femme. Elle devient alors la \u00ab\u00a0Furie de la Gironde\u00a0\u00bb. La voyant fouett\u00e9e, ridiculis\u00e9e, son fr\u00e8re la fait enfermer dans un asile pour qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 la mort. Elle y rencontrera la folie. Impossible de ne pas penser au tragique destin de Camille Claudel, un si\u00e8cle plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. Mot de la fin.<em> Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un des mots de la fin les plus superbement impertinents de l\u2019histoire et parfaitement en situation dans le th\u00e9\u00e2tre r\u00e9volutionnaire qui ne cesse de sacrifier les meilleurs de ses \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb. Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, quoique sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant, quelques mois plus tard, la mort de Manon Roland.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle est ma loi\u00a0? demanderez-vous. Je r\u00e9ponds\u00a0: la loi naturelle, celle qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Pauvres, allez chez les riches\u00a0; filles, allez avec les gar\u00e7ons\u00a0; ob\u00e9issez \u00e0 tous vos instincts\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1499\" class=\"cit-num\">1499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">CHABOT<\/span> (1759-1794), Discours devant le Comit\u00e9 r\u00e9volutionnaire de Castres, printemps 1793. <em>Lasource, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention<\/em> (1889), Camille Rabaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9put\u00e9 de la Convention, capucin d\u00e9froqu\u00e9, coquin port\u00e9 sur la bonne ch\u00e8re et la chair des jolies filles, c\u2019est cependant l\u2019\u00e9v\u00eaque constitutionnel de Blois, auteur d\u2019un<em> Cat\u00e9chisme des Sans-culottes<\/em>, plus tard promoteur du culte de la d\u00e9esse Raison. La R\u00e9volution, c\u2019est aussi ce genre de personnage. Une impertinence d\u00e9complex\u00e9e, une provocation exemplaire, un d\u00e9fi souvent fatal \u00e0 son auteur. On lui doit aussi une m\u00e9taphore christique souvent reprise\u00a0: \u00ab\u00a0Le citoyen J\u00e9sus-Christ a \u00e9t\u00e9 le premier sans-culotte du monde.\u00a0\u00bb Discours du 7 septembre 1793. Jug\u00e9 en m\u00eame temps que Danton, meurt guillotin\u00e9 \u00e0 37 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>), c\u2019est l\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve cette ann\u00e9e-l\u00e0 pour oser d\u00e9noncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur. Impertinence impardonnable\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, fervente lectrice de Rousseau, fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine, et la Terreur. Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir et impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> lui \u00f4tent toutes ses illusions.<\/p>\n<p>Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme, par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression de cette ma\u00eetresse femme. Elle paie son impertinence d\u2019un nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh bien\u00a0! duchesse, aimez-vous toujours autant les hommes\u00a0?<br>\u2014 Oui Sire, quand ils sont polis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1778\" class=\"cit-num\">1778<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">FLEURY<\/span> (1769-1820), r\u00e9pondant librement \u00e0 <span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), vers 1806. <em>Revue politique et litt\u00e9raire\u00a0: revue bleue<\/em>, volume I (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence de la femme r\u00e9pond ici \u00e0 la goujaterie de l\u2019homme. La duchesse reste dans l\u2019histoire sous le nom d\u2019Aim\u00e9e de Coigny \u2013 qui inspira le po\u00e8me de <em>La Jeune Captive<\/em> \u00e0 Andr\u00e9 Ch\u00e9nier. Elle \u00e9crira bient\u00f4t ses <em>M\u00e9moires<\/em>, comme tant de gens lettr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019empereur, sa goujaterie est proverbiale. Dans les salons, il ne se g\u00eane pas pour apostropher une dame en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Cette robe est sale, vous n\u2019en changez donc jamais\u00a0?\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0Quelle d\u00e9ception\u00a0! On m\u2019avait assur\u00e9 que vous \u00e9tiez jolie\u00a0\u00bb. Personne n\u2019ose lui r\u00e9pliquer, hormis la duchesse de Fleury, revenue d\u2019\u00e9migration avec une r\u00e9putation de galanterie bien fond\u00e9e.<\/p>\n<p>Le seul \u00eatre f\u00e9minin qui trouve gr\u00e2ce aux yeux de Napol\u00e9on est sa m\u00e8re, Marie Letizia Ramolino. Elle a eu treize enfants, huit ont surv\u00e9cu, \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la dure. Une femme de t\u00eate, entr\u00e9e dans la r\u00e9sistance corse contre l\u2019annexion de la France, en m\u00eame temps que son mari\u00a0! Elle refusa de participer au sacre imp\u00e9rial et de se soumettre \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette impos\u00e9e par son fils qui exige qu\u2019on lui baise la main. Napol\u00e9on a beau temp\u00eater, tr\u00e9pigner\u00a0: \u00ab\u00a0Mais je suis l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb, il se verra r\u00e9pondre un superbe et d\u00e9daigneux\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, mais vous \u00eates mon fils.\u00a0\u00bb Madame M\u00e8re figure toutefois en bonne place, dans <em>Le Sacre<\/em> peint par David.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809.<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage. Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte.\u00a0 \u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb dira simplement Talleyrand. Il se vengera de l\u2019affront public avec une certaine classe diplomatique, r\u00e9p\u00e9tant ce mot \u00e0 divers ambassadeurs.<\/p>\n<p>L\u2019impertinence, f\u00fbt-elle grossi\u00e8re, est quand m\u00eame justifi\u00e9e par la tentative de trahison av\u00e9r\u00e9e. Aucun homme d\u2019\u00c9tat ne pouvait accepter cette attitude sans r\u00e9agir violemment.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Cour rend des arr\u00eats, et non pas des services.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2001\" class=\"cit-num\">2001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">S\u00c9GUIER<\/span> (1768-1848), r\u00e9ponse au garde des Sceaux Peyronnet lui demandant d\u2019arranger les choses,\u00a0 dans un proc\u00e8s contre la presse, janvier\u00a01826.<em> Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1839), Louis-Pierre Anquetil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 un \u00ab\u00a0outsider\u00a0\u00bb de l\u2019impertinence.<\/p>\n<p>Premier pr\u00e9sident de la Cour de Paris de 1811 \u00e0 1848, il donne une fin de non-recevoir \u00e0 la requ\u00eate du ministre de la Justice, alors que le gouvernement est pr\u00e9cis\u00e9ment accus\u00e9 d\u2019avoir fait pression sur certains juges. Et il se prononce en faveur des deux journaux impliqu\u00e9s, <em>Le Constitutionnel<\/em> et <em>Le Courrier<\/em>. La Compagnie de J\u00e9sus (les J\u00e9suites) \u00e9tait en cause et le roi Charles X avait fait pression en leur faveur, en vain.<\/p>\n<p>La presse lib\u00e9rale est trop heureuse de r\u00e9p\u00e9ter le mot qui a fi\u00e8re allure. Le magistrat niera d\u2019ailleurs l\u2019avoir dit, dans une lettre \u00e0 Peyronnet, en 1828. Peut-\u00eatre par crainte d\u2019\u00eatre mal not\u00e9. Car S\u00e9guier n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendant face au pouvoir. Il fit m\u00eame preuve de servilit\u00e9, mais la post\u00e9rit\u00e9 a retenu le meilleur, et le mot est souvent repris, dans les proc\u00e8s qui touchent \u00e0 la politique. Ainsi en 1864, par le c\u00e9l\u00e8bre avocat Berryer, d\u00e9fendant le non moins c\u00e9l\u00e8bre Jules Ferry\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, permettez-moi de vous rappeler un glorieux souvenir de la magistrature qui commande le respect dont nous nous effor\u00e7ons toujours de l\u2019entourer. Il y a quarante ans, dans la salle de la premi\u00e8re chambre de la Cour de Paris, en face du premier pr\u00e9sident S\u00e9guier, on lisait cette inscription\u00a0: La Cour rend des arr\u00eats, et non pas des services.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un m\u00e9chant, un infid\u00e8le, un tra\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2006\" class=\"cit-num\">2006<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HUSSEIN<\/span> <span class=\"caps\">DEY<\/span> d\u2019Alger (vers 1765-1838), 30\u00a0avril 1827. <em>La Restauration et la Monarchie de Juillet<\/em> (1929), Jean Lucas-Dubreton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joignant le geste \u00e0 la parole, il frappe trois fois de son chasse-mouches Pierre Deval, le consul de France dont le gouvernement refuse de payer des fournitures de bl\u00e9s datant du Consulat et de l\u2019Empire. Le Dey refusera de pr\u00e9senter des excuses. Impertinence manifeste et peu diplomatique\u00a0! <br>Les cons\u00e9quences seront historiques. Ce fait divers va d\u00e9boucher sur la guerre. L\u2019incident venant aggraver des relations d\u00e9j\u00e0 tendues avec l\u2019Alg\u00e9rie sert de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019intervention de la France. Et l\u2019Alg\u00e9rie sera bient\u00f4t une colonie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui que le droit du travail est le premier de tous les droits [\u2026] je viens, au nom du travail, affirmer les droits politiques des femmes, la moiti\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2161\" class=\"cit-num\">2161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin Olinde <span class=\"caps\">RODRIGUES<\/span> (1794-1851), Discours \u00e0 la Bourse, 30\u00a0avril 1848. <em>1848, Le Livre du centenaire<\/em> (1948), Charles Moulin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la R\u00e9volution (et la Premi\u00e8re R\u00e9publique), la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique inspire cette juste impertinence \u00e0 un disciple du p\u00e8re Enfantin, rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole socialiste saint-simonienne qui accueille un courant f\u00e9ministe \u2013 exceptionnel \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il parle devant les travailleurs et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique fond\u00e9e sur la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, doit reconna\u00eetre d\u00e9sormais au travail des femmes autant et plus de droits que l\u2019ancien r\u00e9gime n\u2019en reconnut autrefois \u00e0 leur oisivet\u00e9 f\u00e9odale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec le droit du travail qui reconna\u00eet enfin des droits aux travailleurs, le gouvernement provisoire de la nouvelle R\u00e9publique a aussi proclam\u00e9 (25 f\u00e9vrier 1848) le droit au travail (autrement dit \u00e0 l\u2019emploi), encore plus r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez tyrans portant culotte\u00a0!<br>Femmes, notre jour est venu\u00a0;<br>Point de piti\u00e9, mettons en vote<br>Tous les torts du sexe barbu\u00a0!<br>Notre patience est \u00e0 bout,<br>Debout, V\u00e9nusiennes, debout [\u2026]<br>Refrain<br>Libert\u00e9 sur nos fronts verse tes chauds rayons,<br>Tremblez, tremblez, maris jaloux,<br>Respect aux cotillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2162\" class=\"cit-num\">2162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise de <span class=\"caps\">CHAUMONT<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), <em>La Marseillaise des femmes<\/em> (ou <em>Marseillaise des cotillons<\/em>), chanson de 1848. <em>L\u2019Illustration<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1848), J.\u00a0Dubouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impertinence souvent tourn\u00e9e en ridicule \u2013 comme les exc\u00e8s des suffragettes ou du <span class=\"caps\">MLF<\/span> \u00e0 venir. Il faut dire qu\u2019elles osent tout, avec cette provocation qui a toutes les raisons de se manifester. Les \u00ab\u00a0V\u00e9nusiennes\u00a0\u00bb chantent et d\u00e9filent, jupes retrouss\u00e9es, corsage en bataille, jeunes ouvri\u00e8res vivant parfois en communaut\u00e9 \u00e0 la mode saint-simonienne.<\/p>\n<p><em>La Marseillaise<\/em>, parmi tous les chants de l\u2019histoire de France, est le plus constamment repris, parodi\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, exploit\u00e9 en d\u2019innombrables versions. C\u2019est la ran\u00e7on du succ\u00e8s, disons m\u00eame de la gloire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, enti\u00e8rement compos\u00e9e d\u2019hommes, est aussi incomp\u00e9tente pour faire les lois qui r\u00e9gissent une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e d\u2019hommes et de femmes, que le serait une assembl\u00e9e compos\u00e9e de privil\u00e9gi\u00e9s pour discuter les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, ou une assembl\u00e9e de capitalistes pour soutenir l\u2019honneur du pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2195\" class=\"cit-num\">2195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jeanne <span class=\"caps\">DEROIN<\/span> (1805-1894)<em>. Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1977), Ma\u012bt\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste, elle a fait placarder cette proclamation sur les murs de Paris lors de la campagne pour les \u00e9lections \u00e0 la L\u00e9gislative \u2013 la Constituante du 23\u00a0avril 1848 ayant purement et simplement interdit aux femmes d\u2019assister aux r\u00e9unions politiques. La Deuxi\u00e8me R\u00e9publique n\u2019est plus aussi r\u00e9publicaine que dans l\u2019\u00e9lan des premiers jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas \u00eatre, par ma complaisance, complice de la vaste exploitation que l\u2019autocratie masculine se croit le droit d\u2019exercer \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. Je n\u2019ai pas de droits, donc je n\u2019ai pas de charges, je ne vote pas, je ne paye pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2470\" class=\"cit-num\">2470<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hubertine <span class=\"caps\">AUCLERT<\/span> (1848-1914). <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume I (1977), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Second Empire. L\u2019impertinence politique et citoyenne n\u2019est pas dans l\u2019air du temps. Mais les f\u00e9ministes ne se d\u00e9couragent pas, conscientes d\u2019agir dans le sens de l\u2019Histoire\u00a0!<\/p>\n<p>La fondatrice de la \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 pour le suffrage des femmes\u00a0\u00bb (organisation militante) r\u00e9affirmera dans une lettre au pr\u00e9fet dat\u00e9e de 1880\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019admets pas cette exclusion en masse de femmes qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leurs droits civiques par aucun jugement. En cons\u00e9quence, je laisse aux hommes qui s\u2019arrogent le privil\u00e8ge de gouverner, d\u2019ordonner, de s\u2019attribuer les budgets, le privil\u00e8ge de payer les imp\u00f4ts qu\u2019ils votent et r\u00e9partissent \u00e0 leur gr\u00e9. Puisque je n\u2019ai pas le droit de contr\u00f4ler l\u2019emploi de mon argent, je ne veux plus en donner.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les suffragettes anglaises obtiendront le droit de vote pour les femmes en 1918. Cette bataille des femmes en France n\u2019aboutira qu\u2019\u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a aussi plusieurs sortes de Libert\u00e9. Il y a la Libert\u00e9 pour le G\u00e9nie, et il y a une libert\u00e9 tr\u00e8s restreinte pour les polissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2272\" class=\"cit-num\">2272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867), <em>Notes et Documents pour mon avocat<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette impertinence tr\u00e8s personnelle a-t-elle sa place, parmi toutes les provocations l\u00e9gitim\u00e9es par une bonne cause\u00a0? Oui. Sign\u00e9e d\u2019un\u00a0 authentique g\u00e9nie litt\u00e9raire, elle manifeste une opposition visc\u00e9rale \u00e0 la censure institutionnelle \u2013 ce que nous pouvons aujourd\u2019hui comprendre.<br>25\u00a0juin\u00a01857,<em> Les Fleurs du mal<\/em> sont publi\u00e9es. Elles font scandale\u00a0: immorales, triviales, g\u00e9niales. Baudelaire para\u00eet devant le tribunal correctionnel. Il \u00e9crit aussi pour sa d\u00e9fense\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait impossible de faire autrement un livre destin\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019agitation de l\u2019esprit dans le mal.\u00a0\u00bb Condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison pour outrage aux m\u0153urs, il se soumet\u00a0: dans la seconde \u00e9dition de 1861, les six po\u00e8mes incrimin\u00e9s auront disparu. Mais jamais il ne se remettra de cette \u00e9preuve.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1857, l\u2019immoralit\u00e9 de <em>Madame Bovary<\/em> m\u00e8ne Flaubert en justice. Mais son avocat obtient l\u2019acquittement. Il plaide qu\u2019une telle lecture est morale\u00a0: elle doit entra\u00eener l\u2019horreur du vice et l\u2019expiation de l\u2019\u00e9pouse coupable est si terrible qu\u2019elle pousse \u00e0 la vertu. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, le g\u00e9nie d\u2019Offenbach s\u2019exprime au th\u00e9\u00e2tre \u2013 l\u2019humour et la musique aident \u00e0 faire passer son apologie de l\u2019adult\u00e8re et ses bacchanales orgiaques. Dans l\u2019Angleterre beaucoup plus puritaine, l\u2019art n\u2019a pas cette relative libert\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Buvons \u00e0 la France, mais \u00e0 la France tout enti\u00e8re, Monsieur le ministre de Prusse\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2471\" class=\"cit-num\">2471<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), en tourn\u00e9e au Danemark, automne 1880. <em>Ma double vie, M\u00e9moires de Sarah Bernhardt<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Magistrale impertinence, improvisation th\u00e9\u00e2trale (plus ou moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e) de la star du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, premier \u00ab\u00a0monstre sacr\u00e9\u00a0\u00bb mondialement c\u00e9l\u00e8bre. En 1880, lors d\u2019une triomphale tourn\u00e9e en Europe, elle entend le baron Magnus porter ce toast\u00a0: \u00ab\u00a0Je bois \u00e0 la France qui nous donne de si grands artistes\u00a0! \u00c0 la France, \u00e0 la belle France que nous aimons tous.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la cinglante r\u00e9plique. L\u2019orchestre de la cour fait \u00e9clater <em>La Marseillaise<\/em> (les Danois d\u00e9testent les Allemands, \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Bismarck s\u2019indigne et l\u2019on frise l\u2019incident diplomatique.<\/p>\n<p>La jeune Sarah fit d\u00e9j\u00e0 preuve de son patriotisme pendant la guerre de 1870, jouant pour de vrai les infirmi\u00e8res au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on r\u00e9quisitionn\u00e9 \u00e0 des fins humanitaires. Elle r\u00e9cidivera lors de la Grande Guerre, \u00ab\u00a0M\u00e8re La Chaise\u00a0\u00bb amput\u00e9e d\u2019une jambe et toujours hyperactive, franchissant l\u2019Atlantique en paquebot pour convaincre les jeunes Am\u00e9ricains de venir au secours de la France, avant que leur pays se d\u00e9cide, payant sa dette \u00e0 La Fayette se battant \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9 lors de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Ses <em>M\u00e9moires<\/em> extravagantes \u00e0 son image n\u2019en sont pas moins fid\u00e8les \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la sc\u00e8ne et de ses coulisses \u2013 quand le cin\u00e9ma et le sport (de masse) n\u2019existaient pas, le spectacle vivant monopolisait tous les regards.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M.\u00a0Louis Bonaparte a r\u00e9ussi. Il a pour lui d\u00e9sormais l\u2019argent, l\u2019agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre quand il n\u2019y a \u00e0 enjamber que de la honte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2253\" class=\"cit-num\">2253<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence n\u2019est pas la premi\u00e8re qualit\u00e9 de ce g\u00e9nie. Il peut quand m\u00eame tout \u00e9crire et ce pamphlet n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la loi du genre\u00a0: provocation et partialit\u00e9, mais n\u00e9anmoins constat de la r\u00e9alit\u00e9. Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros Crapulinsky\u00a0\u00bb est aussi tourn\u00e9 en d\u00e9rision par Karl Marx dans<em> Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte<\/em>\u00a0: les plaies d\u2019argent et la vie scandaleuse du personnage sont sans doute exag\u00e9r\u00e9es. Quant \u00e0 l\u2019analyse des deux prises de pouvoir bonapartistes, elle est par d\u00e9finition marxiste.<\/p>\n<p>D\u00e9nonc\u00e9s par Hugo, les ralliements \u00e0 l\u2019Empire sont nombreux, mais ni plus ni moins choquants que tous les pr\u00e9c\u00e9dents, dans cette France qui ne cesse de changer de r\u00e9gime depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle. Hugo fut ulc\u00e9r\u00e9 par le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 qu\u2019il a combattu sans succ\u00e8s comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Chambre et comme manifestant appelant le peuple aux barricades\u00a0; ulc\u00e9r\u00e9 aussi par l\u2019irr\u00e9sistible ascension au pouvoir imp\u00e9rial qui a suivi en 1852. Et d\u2019accuser Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> dans son pamphlet\u00a0: \u00ab\u00a0Il a fait de M.\u00a0Changarnier une dupe, de M.\u00a0Thiers une bouch\u00e9e, de M.\u00a0de Montalembert un complice, du pouvoir une caverne, du budget sa m\u00e9tairie.\u00a0\u00bb Le plus grand auteur fran\u00e7ais de son temps, le plus populaire aussi, va rester pr\u00e8s de vingt ans en exil \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la chute de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb. Il incarne alors l\u2019opposition absolue \u00e0 l\u2019Empire et acquiert une popularit\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, p\u00e2le, lent, qui a l\u2019air de n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait r\u00e9veill\u00e9 [\u2026] Les chefs de la droite disaient volontiers de Louis Bonaparte\u00a0: C\u2019est un idiot. Ils se trompaient. C\u2019est un livre o\u00f9 il y a des pages arrach\u00e9es. \u00c0 tout moment quelque chose manque. Louis Bonaparte a une id\u00e9e fixe, mais une id\u00e9e fixe n\u2019est pas l\u2019idiotisme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2245\" class=\"cit-num\">2245<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence est d\u2019autant plus assassine que l\u2019auteur s\u2019est lui-m\u00eame illusionn\u00e9 sur le personnage\u00a0! Il faut rappeler cette erreur de jugement politique pour mieux comprendre la violence de la r\u00e9action hugolienne.<\/p>\n<p>Abandonnant le th\u00e9\u00e2tre apr\u00e8s la chute de sa derni\u00e8re pi\u00e8ce (<em>Les Burgraves)<\/em>, Hugo entre sur la sc\u00e8ne politique au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. En juillet 1848, avec l\u2019aide de son ami \u00c9mile de Girardin, grand patron de presse, il cr\u00e9e le journal l\u2019\u00c9v\u00e9nement. Sa devise\u00a0est tout un programme\u00a0: \u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb Il dicte ou \u00e9crit la plupart des articles, m\u00eame s\u2019il ne signe pas. Il a deux buts pr\u00e9cis et corollaires\u00a0: promouvoir sa propre candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique et d\u00e9fendre le suffrage universel pour l\u2019\u00e9lection \u00e0 venir. Au passage, il attaque le g\u00e9n\u00e9ral qui est candidat et tr\u00e8s populaire\u00a0: \u00ab\u00a0M.\u00a0Cavaignac n\u2019a encore remport\u00e9 de victoires que contre les talents et les libert\u00e9s. De pareils Austerlitz sont toujours des Waterloo\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s le mois d\u2019octobre 1848, influenc\u00e9 par Girardin, Hugo renonce \u00e0 se pr\u00e9senter, mettant <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em> au service du prince Louis-Napol\u00e9on qui lui appara\u00eet comme la solution au drame du pays. Le Nom fascine toujours au-del\u00e0 de l\u2019imaginable\u2026 et de la raison. Il comprend vite les ambitions imp\u00e9riales du pr\u00e9sident \u00e9lu \u00e0 la t\u00eate de la jeune R\u00e9publique et devient alors l\u2019un de ses plus farouches opposants. Il prendra acte de la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019importe ce qui m\u2019arrive\u00a0? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 de France pour avoir combattu le guet-apens de d\u00e9cembre [\u2026] Je suis exil\u00e9 de Belgique pour avoir fait <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>. Eh bien\u00a0! je suis banni deux fois, voil\u00e0 tout. Monsieur Bonaparte m\u2019a traqu\u00e9 \u00e0 Paris, il me traque \u00e0 Bruxelles\u00a0; le crime se d\u00e9fend, c\u2019est tout simple.\u00a0\u00bb Hugo a fui le 11\u00a0d\u00e9cembre 1851, pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. L\u2019exil commence. Il va durer pr\u00e8s de vingt ans, avant le triste retour au lendemain de l\u2019abdication de l\u2019empereur, en pleine guerre, \u00e0 la veille de la d\u00e9faite et de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prenez ce qu\u2019il vous faut.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2409\" class=\"cit-num\">2409<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince <span class=\"caps\">KROPOTKINE<\/span> (1842-1921), devise anarchiste. <em>La Conqu\u00eate du pain<\/em> (1892), Pierre Kropotkine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me R\u00e9publique. L\u2019impertinence collective des anarchistes va marquer l\u2019Histoire bien au-del\u00e0 de la France.<\/p>\n<p>Officier, explorateur, savant, ce prince russe adh\u00e9ra au mouvement r\u00e9volutionnaire n\u00e9 dans son pays. Arr\u00eat\u00e9, \u00e9vad\u00e9, il fonde en Suisse une soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te \u00e0 tendance anarchiste. Expuls\u00e9, il vient en France o\u00f9 il aura aussi des ennuis avec la justice. Son influence est grande sur les divers mouvements anarchistes qui essaiment en Europe.<\/p>\n<p>En France, les attentats se multiplient de\u00a01892 \u00e0\u00a01894. L\u2019anarchie a diverses causes\u00a0: souvenir de la Commune de Paris, hostilit\u00e9 envers les partis politique de gauche, haine et m\u00e9pris pour la bourgeoisie affairiste. Elle a aussi ses h\u00e9ros.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9sormais, ces messieurs sauront qu\u2019ils ont toujours une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de leur t\u00eate, ils voteront peut-\u00eatre des lois plus justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2510\" class=\"cit-num\">2510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">VAILLANT<\/span> (1861-1894), D\u00e9claration \u00e0 la police qui l\u2019interroge, apr\u00e8s l\u2019attentat qu\u2019il a perp\u00e9tr\u00e9, le 9\u00a0d\u00e9cembre 1893. <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte<\/em> (1963), Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence s\u2019affiche mena\u00e7ante et ses arguments impressionnent. Le presse illustr\u00e9e, tr\u00e8s populaire, en t\u00e9moigne \u00e0 l\u2019envi. Au proc\u00e8s, il affirme avoir lanc\u00e9 cette bombe pour venger son idole Ravachol, et non pour tuer. Vaillant, ni penseur ni m\u00eame militant, est un marginal qui a surv\u00e9cu en multipliant les petits m\u00e9tiers, se lan\u00e7ant dans la lutte politique pour faire entendre \u00ab\u00a0le cri de toute une classe qui revendique ses droits\u00a0\u00bb. L\u2019inexistence d\u2019un vrai programme social demeure l\u2019une des faiblesses de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 jusqu\u2019en 1936 et l\u2019av\u00e8nement du Front populaire.<br>Vaillant, 33\u00a0ans, est guillotin\u00e9 le 5\u00a0f\u00e9vrier 1894. Cela n\u2019emp\u00eache pas, une semaine plus tard, l\u2019explosion d\u2019une autre bombe. Le 24 juin de la m\u00eame ann\u00e9e, lors d\u2019une visite officielle \u00e0 Lyon, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Sadi Carnot sera poignard\u00e9 par Caserio, anarchiste italien de 20 ans, au cri de \u00ab\u00a0Vive la R\u00e9volution\u00a0! Vive l\u2019anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La flamb\u00e9e anarchiste qui frappe la France, inspir\u00e9e de Proudhon et Bakounine en rupture de socialisme, va parcourir l\u2019Europe, tuer l\u2019imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth d\u2019Autriche (la c\u00e9l\u00e8bre Sissi), le roi d\u2019Italie Humbert\u00a0Ier et franchir l\u2019Atlantique, pour atteindre le 25e pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, William McKinley.<\/p>\n<p>Le terrorisme est une force de frappe r\u00e9currente et le monde occidental devra affronter le terrorisme rouge dans les ann\u00e9es 1970, le terrorisme islamique au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola.<\/p>\n<p>L\u2019impertinence tient \u00e0 ici la personnalit\u00e9 des accus\u00e9s\u00a0: deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major, les experts en \u00e9criture accus\u00e9s d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, accus\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur\u00a0\u00bb r\u00e9pond Zola le 22 f\u00e9vrier dans <em>l\u2019Aurore<\/em>. Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fait conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende, mais le 3\u00a0juin 1899, la Cour de cassation, toutes Chambres r\u00e9unies, se prononce pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Le 5 juin, Zola \u00e9crit dans <em>l\u2019Aurore<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb Dreyfus, sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb, sera graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. L\u2019impertinence de Zola a finalement gagn\u00e9, m\u00eame si l\u2019Affaire a durablement d\u00e9chir\u00e9 le pays. C\u2019est la plus grave crise de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissons au coq gaulois ces sables \u00e0 gratter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2526\" class=\"cit-num\">2526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SALISBURY<\/span> (1830-1903), Premier ministre anglais, 21\u00a0mars 1899. <em>Les Forces politiques au Cameroun r\u00e9unifi\u00e9<\/em> (1989), Joseph-Marie Zang-Atangana<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impertinence fort peu diplomatique\u2026 mais la guerre n\u2019aura pas lieu entre la France et l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Le Premier ministre anglais parle du Sahara, \u00e0 la fin des n\u00e9gociations franco-anglaises sur la situation respective des deux grandes puissances en Afrique. C\u2019est la suite de l\u2019\u00ab\u00a0incident de Fachoda\u00a0\u00bb, en juillet\u00a01898. La France a envoy\u00e9 la mission Marchand sur le haut Nil (quelques grad\u00e9s et 250 travailleurs s\u00e9n\u00e9galais), pour devancer au Soudan l\u2019Angleterre (qui mobilise une arm\u00e9e anglo-\u00e9gyptienne de 20\u00a0000 hommes). Marchand, arriv\u00e9 le premier, a lev\u00e9 le drapeau tricolore \u00e0 Fachoda, mais suite \u00e0 un ultimatum de Londres, Delcass\u00e9, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, d\u00e9cide d\u2019\u00e9vacuer les lieux. Une vague d\u2019anglophobie rappelle la guerre de Cent Ans\u00a0! Mais la France a quand m\u00eame d\u2019autres probl\u00e8mes \u2013 \u00e0 commencer par l\u2019Affaire (Dreyfus).<\/p>\n<p>La convention franco-anglaise sign\u00e9e le 21\u00a0mars 1899 consacre le renoncement de la France sur le Nil, l\u2019Angleterre lui laissant cependant le Maroc et une portion de d\u00e9sert\u00a0: l\u2019orgueil national est froiss\u00e9, mais la raison l\u2019emporte et l\u2019Entente cordiale sera pr\u00e9cieuse dans les temps \u00e0 venir, contre l\u2019Allemagne qui est l\u2019adversaire commun des deux pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la lutte finale\u00a0;<br>Groupons-nous et demain<br>L\u2019Internationale<br>Sera le genre humain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2527\" class=\"cit-num\">2527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em> (refrain), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence passe \u00e0 merveille, en paroles et musique. Elle va m\u00eame faire le tour du monde et continue de r\u00e9sonner\u00a0!<\/p>\n<p>Le chant \u00e9crit par Pottier durant la Commune de 1871, mis en musique en 1888 par un ouvrier tourneur Pierre Degeyter, chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Congr\u00e8s de Lille du Parti ouvrier en 1896, devient l\u2019hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais en 1899. C\u2019est un immense succ\u00e8s, dans les classes populaires sensibles \u00e0 ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase\u00a0\/ Foule esclave, debout\u00a0! debout\u00a0!\u00a0\/ Le monde va changer de base\u00a0\/ Nous ne sommes rien, soyons tout\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>1899, ce n\u2019est pas la r\u00e9volution souhait\u00e9e, mais un progr\u00e8s pour la gauche\u00a0: elle arrive au pouvoir avec les radicaux. Elle va y rester, au prix de diverses alliances, jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le chant est adopt\u00e9 par l\u2019ensemble des partis socialistes au lendemain du congr\u00e8s de la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0Internationale \u00e0 Stuttgart en 1910 et conna\u00eet alors un \u00e9norme succ\u00e8s populaire. Il sera bient\u00f4t hymne national sovi\u00e9tique, jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale. Il demeure aujourd\u2019hui encore le chant des partis socialistes et communistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux organes inutiles\u00a0: la prostate et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2391\" class=\"cit-num\">2391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Histoire des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique\u00a0: de Louis Napol\u00e9on Bonaparte \u00e0 Charles de Gaulle<\/em> (1960), Adrien Dansette<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son impertinence toujours soulign\u00e9e d\u2019humour est la manifestation de son opposition farouche au r\u00e9gime de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique perp\u00e9tuellement \u00ab\u00a0en crise\u00a0\u00bb et au personnel politique jamais \u00e0 la hauteur des probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb est redout\u00e9 pour son fort caract\u00e8re et \u00ab\u00a0le Tigre\u00a0\u00bb a toujours la dent dure. Ici, il pointe la raison principale de la faiblesse du r\u00e9gime. Le Pr\u00e9sident (\u00e9lu par les Chambres pour son insignifiance) n\u2019est l\u00e0 que pour \u00ab\u00a0inaugurer les chrysanth\u00e8mes\u00a0\u00bb. L\u2019expression est du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et c\u2019est d\u2019ailleurs lui qui va changer le fonctionnement des institutions fran\u00e7aises sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, en redonnant le pouvoir ex\u00e9cutif au Pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clemenceau prononce ces mots en 1887, lorsqu\u2019\u00e9clate un incident diplomatique entre la France et l\u2019Allemagne. Le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger a en effet organis\u00e9 un r\u00e9seau d\u2019espionnage, sans pr\u00e9venir personne, d\u2019o\u00f9 cette r\u00e9plique c\u00e9l\u00e8bre de Clemenceau.<\/p>\n<p>Cette impertinence s\u2019applique aussi aux responsables du d\u00e9sastre qui prendra le nom de Premi\u00e8re Guerre mondiale. \u00c0 76\u00a0ans, le 16\u00a0novembre 1917, Clemenceau est appel\u00e9 en dernier recours \u00e0 la t\u00eate du gouvernement par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 qui n\u2019appr\u00e9cie gu\u00e8re le personnage qui s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, accablant de sarcasmes les chefs civils et militaires, tr\u00e8s oppos\u00e9 \u00e0 la dictature de fait du mar\u00e9chal Joffre, le grand homme de la France jusqu\u2019en 1916, comme aux ministres de la Guerre qui se succ\u00e8dent \u2013\u00a0Millerand le premier, qui couvrait Joffre sans le contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>\u00c0 la t\u00eate d\u2019une France divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre, devenue d\u00e9faitiste par lassitude, Clemenceau va imposer son autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays\u00a0: \u00ab\u00a0Ma formule est la m\u00eame partout. Politique int\u00e9rieure\u00a0? Je fais la guerre. Politique \u00e9trang\u00e8re\u00a0? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre.\u00a0\u00bb Andr\u00e9 Maurois, agent de liaison aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e britannique, \u00e9voque ses souvenirs dans<em> Les Silences du colonel Bramble<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Sur le front, les soldats voyaient appara\u00eetre un vieil homme au feutre en bataille, qui brandissait un gourdin et poussait brutalement les g\u00e9n\u00e9raux vers la victoire. C\u2019\u00e9tait Georges Clemenceau.\u00a0\u00bb Il recherche le contact avec les poilus des tranch\u00e9es qui l\u2019appellent affectueusement le Vieux. Le \u00ab\u00a0vieux Gaulois acharn\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le sol et le g\u00e9nie de notre race\u00a0\u00bb, auquel de Gaulle rend hommage dans ses <em>Discours et messages<\/em>, va restaurer la confiance dans le pays et mener son dernier grand combat national. Il s\u2019exprime clairement \u00e0 la tribune\u00a0: \u00ab\u00a0Moi aussi j\u2019ai le d\u00e9sir de la paix le plus t\u00f4t possible et tout le monde la d\u00e9sire, il serait un grand criminel celui qui aurait une autre pens\u00e9e, mais il faut savoir ce qu\u2019on veut. Ce n\u2019est pas en b\u00ealant la paix qu\u2019on fait taire le militarisme prussien.\u00a0\u00bb Il m\u00e9ritera son nouveau surnom de P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la gr\u00e8ve, camarades\u00a0! la gr\u00e8ve des ventres. Plus d\u2019enfants pour le Capitalisme, qui en fait de la chair \u00e0 travail que l\u2019on exploite, ou de la chair \u00e0 plaisir que l\u2019on souille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2637\" class=\"cit-num\">2637<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nelly <span class=\"caps\">ROUSSEL<\/span> (1878-1922),<em> La Voix des femmes<\/em>, 6\u00a0mai 1920. <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1978), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Amogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence des f\u00e9ministes de l\u2019\u00e9poque atteint rarement cet extr\u00eame. En cette \u00ab\u00a0Journ\u00e9e des m\u00e8res de familles nombreuses\u00a0\u00bb, c\u2019est l\u2019appel d\u2019une journaliste marxiste, militante antinataliste. Le f\u00e9minisme, revendiquant des droits pour une cat\u00e9gorie injustement trait\u00e9e se situe logiquement \u00e0 gauche dans l\u2019histoire. Mais, du seul fait de la guerre, la condition des femmes a bien chang\u00e9.<\/p>\n<p>Devenues majoritaires dans le pays, avec un million de veuves de guerre et plusieurs millions de c\u00e9libataires, elles ont pris l\u2019habitude d\u2019occuper des emplois jadis r\u00e9serv\u00e9s aux hommes et d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s nouvelles. De tels acquis sont irr\u00e9versibles. Le droit, la m\u00e9decine, la recherche, le sport leur ouvrent enfin de vrais d\u00e9bouch\u00e9s. Il faut attendre 1924 pour avoir les m\u00eames programmes d\u2019enseignement secondaires, d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9quivalence des baccalaur\u00e9ats masculin et f\u00e9minin. Les femmes entreront au gouvernement \u00e0 la faveur du Front populaire de 1936, dans le minist\u00e8re Blum. Elles deviendront enfin \u00ab\u00a0\u00e9lectrices et \u00e9ligibles dans les m\u00eames conditions que les hommes\u00a0\u00bb, exer\u00e7ant leur droit pour la premi\u00e8re fois aux municipales du 29 avril 1945.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le gaullisme depuis qu\u2019issu de l\u2019insurrection il s\u2019est empar\u00e9 de la nation\u00a0? Un coup d\u2019\u00c9tat de tous les jours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3020\" class=\"cit-num\">3020<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>Le Coup d\u2019\u00c9tat permanent<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il voit dans ce pamphlet son meilleur \u00e9crit politique. L\u2019impertinence est de r\u00e8gle et l\u2019adversaire est de taille\u00a0! Mais c\u2019est dans cette opposition constante \u00e0 de Gaulle que le leader de la gauche socialiste fait ses classes. C\u2019est aussi un \u00e9crivain\u00a0: \u00ab\u00a0Le gaullisme vit sans loi, il avance au flair. D\u2019un coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019autre, il pr\u00e9tend construire un \u00c9tat, ignorant qu\u2019il n\u2019a r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 sacraliser l\u2019aventure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 24\u00a0avril 1964, dans un grand d\u00e9bat institutionnel \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Mitterrand d\u00e9clare que la responsabilit\u00e9 du gouvernement devant le Parlement \u00e9tant vid\u00e9e de substance, le r\u00e9gime de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique est un r\u00e9gime de pouvoir personnel. Pompidou, Premier ministre, lui r\u00e9pond que l\u2019opposition, en refusant de s\u2019adapter aux institutions de la Cinqui\u00e8me, n\u2019a aucun avenir. Mais son temps venu, en 1981, l\u2019inconditionnel adversaire du gaullisme s\u2019accommodera fort bien de cette Constitution\u00a0: \u00ab\u00a0Les institutions n\u2019\u00e9taient pas faites \u00e0 mon intention. Mais elles sont bien faites pour moi.\u00a0\u00bb Dont acte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Professeurs, vous \u00eates vieux, votre culture aussi.<span id=\"3040\" class=\"cit-num\">3040<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan, murs de Nanterre, 22\u00a0mars 1968. <em>G\u00e9n\u00e9ration<\/em>, tome\u00a0I, <em>Les Ann\u00e9es de r\u00eave<\/em> (1987), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence est peut-\u00eatre le ma\u00eetre mot de cette br\u00e8ve r\u00e9volution initi\u00e9e par les jeunes, qui va changer la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, surprendre toute la classe politique et mettre le pays \u00ab\u00a0en vacances\u00a0\u00bb durant deux mois de folie.<\/p>\n<p>Le Mouvement du 22\u00a0mars est cr\u00e9\u00e9\u00a0: mouvance sans programme, sans hi\u00e9rarchie, mais avec beaucoup de leaders tenant leur autorit\u00e9 de leur force de persuasion, de leur imagination. Premi\u00e8re vedette, Daniel Cohn-Bendit, \u00e9tudiant en sociologie, de nationalit\u00e9 allemande (par choix), n\u00e9 en France de parents juifs r\u00e9fugi\u00e9s pendant la guerre. Dany le Rouge (surnom qu\u2019il doit \u00e0 ses cheveux roux, comme \u00e0 son gauchisme militant) est dou\u00e9 \u00e0 23\u00a0ans d\u2019un charisme qui le rend tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s des \u00e9tudiants, et redout\u00e9, voire d\u00e9test\u00e9 dans l\u2019autre camp \u2013 avant de devenir Dany le Vert, dans la liste Europe \u00c9cologie, avec une belle cote de popularit\u00e9 aupr\u00e8s des Fran\u00e7ais. Pour l\u2019heure, \u00e0 Nanterre, il f\u00e9d\u00e8re les groupuscules depuis quelques mois et figure sur la liste noire des \u00e9tudiants. Le doyen Grappin, devant l\u2019agitation, ferme l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019au 1er\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Tout pouvoir abuse, le pouvoir absolu abuse absolument.<br>Ne me lib\u00e8re pas, je m\u2019en charge.<br>L\u2019alcool tue, prenez du <span class=\"caps\">LSD<\/span>.<span id=\"3049\" class=\"cit-num\">3049<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans \u00e0 Nanterre, 14\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie au fil des d\u00e9fil\u00e9s, des slogans, des manifs, cependant que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle s\u2019envole pour la Roumanie\u00a0: il ne veut pas que des querelles internes passent avant ses engagements internationaux. Mais c\u2019est sous-estimer l\u2019importance des \u00e9v\u00e9nements. Au retour le 19 mai, il annonce\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9forme, oui, la chienlit, non\u00a0!\u00a0\u00bb Un nouveau slogan s\u2019affiche le lendemain\u00a0sous une marionnette en habit de g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: \u00ab\u00a0La chienlit, c\u2019est lui\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019impertinence va se donner libre cours jusqu\u2019au 25 mai et le pr\u00e9sident trouve enfin les mots et la strat\u00e9gie pour reprendre la situation en main. Moins d\u2019un an apr\u00e8s, suite \u00e0 l\u2019\u00e9chec de son dernier r\u00e9f\u00e9rendum, il d\u00e9missionnera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a plus inconnu que le Soldat inconnu\u00a0: sa femme\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3125\" class=\"cit-num\">3125<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Banderole d\u00e9roul\u00e9e par le <span class=\"caps\">MLF<\/span> sur la dalle du Soldat inconnu, place de l\u2019\u00c9toile, 26\u00a0ao\u00fbt 1970. <em>La M\u00e9moire des femmes\u00a0: anthologie<\/em> (2002), Paulette Bascou-Bance<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impertinence f\u00e9ministe repasse \u00e0 l\u2019attaque d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dont le machisme appara\u00eet de plus en plus injuste et insupportable. Autre banderole brandie\u00a0avec humour\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme sur deux est une femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elles sont une dizaine \u00e0 manifester dans Paris d\u00e9sert\u00e9. Elles d\u00e9posent une gerbe \u00e0 la femme inconnue du c\u00e9l\u00e8bre Soldat inconnu. Et sont arr\u00eat\u00e9es. D\u00e8s le lendemain, la presse d\u00e9clare la naissance du <span class=\"caps\">MLF<\/span>, Mouvement de lib\u00e9ration des femmes. C\u2019est sa premi\u00e8re sortie m\u00e9diatique \u2013 bien modeste. Le m\u00eame jour \u00e0 New York, 50\u00a0000 femmes c\u00e9l\u00e8brent leur conqu\u00eate du droit de vote, il y a cinquante ans. Et <em>France-Soir<\/em> ironise\u00a0: \u00ab\u00a0Quand les Am\u00e9ricaines br\u00fblent leurs dessous sur la place publique, la France du b\u0153uf miroton hausse les \u00e9paules. Il n\u2019y a pas eu d\u2019autodaf\u00e9 de soutien-gorge hier \u00e0 l\u2019\u00c9toile. Seulement une bousculade.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le <span class=\"caps\">MLF<\/span>, h\u00e9ritier spirituel de Mai 68, du Women\u2019s Lib am\u00e9ricain et de divers courants plus ou moins r\u00e9formistes ou radicaux, va tenir sa premi\u00e8re <span class=\"caps\">AG<\/span> en octobre\u00a01970. Au-del\u00e0 d\u2019un certain folklore, entre \u00ab\u00a0provoc\u00a0\u00bb et happening, les ann\u00e9es 1970-1980 verront aboutir l\u2019essentiel des revendications des femme et la vie quotidienne en sera chang\u00e9e, profond\u00e9ment. Le plus important est sans doute la loi Veil du 18\u00a0janvier 1975, passionn\u00e9ment discut\u00e9e, et qui d\u00e9p\u00e9nalisera l\u2019avortement, rebaptis\u00e9 <span class=\"caps\">IVG<\/span> (interruption volontaire de grossesse).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Indignez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3443\" class=\"cit-num\">3443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">St\u00e9phane <span class=\"caps\">HESSEL<\/span> (1917-2013), titre de son essai (Indig\u00e8ne \u00e9ditions, 2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autrement dit, soyez impertinents pour faire changer le monde\u00a0! Parole d\u2019un jeune homme en col\u00e8re de 92\u00a0ans\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je cesserai de m\u2019indigner, j\u2019aurai commenc\u00e9 ma vieillesse\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Andr\u00e9 Gide (Nouveaux Pr\u00e9textes).<\/p>\n<p>Ce livre de 32 pages, publi\u00e9 par un petit \u00e9diteur de Montpellier, vendu 3\u00a0euros, sans promotion m\u00e9diatique, tourne au ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00e9dition\u00a0: 950\u00a0000 exemplaires en 10 semaines. Traduit en 34 langues, le livre se vendra \u00e0 4\u00a0millions d\u2019exemplaires.<br>L\u2019auteur, n\u00e9 en Allemagne d\u2019un p\u00e8re juif, naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1937, r\u00e9sistant face au nazisme et d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Buchenwald, participe en 1948 \u00e0 la r\u00e9daction de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme. Diplomate de m\u00e9tier, europ\u00e9en de gauche, il est proche de Mend\u00e8s France et Michel Rocard.<\/p>\n<p>Le militant reprend les id\u00e9es du <span class=\"caps\">CNR<\/span> (Conseil national de la R\u00e9sistance)\u00a0: engagement politique de la soci\u00e9t\u00e9 civile, primaut\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral sur l\u2019int\u00e9r\u00eat financier, solidarit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations. Il les confronte aux sujets d\u2019indignation toujours actuels\u00a0: existence des sans-papiers, plan\u00e8te maltrait\u00e9e, \u00e9cart des richesses dans le monde.<\/p>\n<p>Sorti le jour o\u00f9 la r\u00e9forme des retraites est vot\u00e9e, le livre co\u00efncide avec une vague de fond nourrie du m\u00e9contentement et du malaise des Fran\u00e7ais. Edgar Morin diagnostique le \u00ab\u00a0r\u00e9veil public d\u2019un peuple jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s passif\u00a0\u00bb, avec un engagement des citoyens hors des partis politiques. Le mouvement des Indign\u00e9s, soutenu par les r\u00e9seaux sociaux sur Internet et associ\u00e9 au Printemps arabe, va essaimer dans le monde et manifester un peu partout en 2011 (comme en Mai 68)\u00a0: plus de 70 pays, Espagne en t\u00eate avec ses <em>Indignados<\/em> contre la crise (et le campement du village alternatif sur la <em>Puerta del Sol<\/em>), Portugal, Italie, Gr\u00e8ce, Isra\u00ebl, jusqu\u2019aux \u00c9tats-Unis (pr\u00e8s de Wall Street, temple du capitalisme). La France ne suit pas vraiment. Est-ce la r\u00e9pression polici\u00e8re qui en dissuade, notre protection sociale qui amortit les effets de la crise, ou la perspective des prochaines \u00e9lections qui mobilise d\u00e9j\u00e0 l\u2019opinion\u00a0?<\/p>\n<p>Le mouvement des Gilets jaunes n\u00e9 en novembre 2018, tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9, mobilisera davantage la France \u00ab\u00a0des ronds-points\u00a0\u00bb et des villes pendant deux ans, mais quel sera le bilan politique, social, voire civilisationnel\u00a0? L\u2019histoire en jugera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis Charlie\u00a0!\u00a0\u00bb<br># Balance ton porc<br># Me too<\/p>\n<p class=\"auteur\">Derni\u00e8res d\u00e9clarations d\u2019impertinence collective au nom de diff\u00e9rentes causes<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attentat contre Charlie Hebdo est une attaque terroriste islamiste contre le journal satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 \u00e0 Paris. C\u2019est le premier et le plus meurtrier des trois attentats de janvier 2015 en France. Des manifestations massives dites \u00ab\u00a0marches r\u00e9publicaines\u00a0\u00bb suivront pour revendiquer la libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0: plus de 4 millions recens\u00e9s officiellement au week-end suivant, dont 1,5 million le dimanche \u00e0 Paris, chiffre v\u00e9ritablement historique et sans incident \u00e0 signaler, fait \u00e9galement remarquable.<\/p>\n<p>Les r\u00e9seaux sociaux se r\u00e9v\u00e8lent un terrain encore plus fr\u00e9quent\u00e9, mais naturellement tr\u00e8s conflictuel et controvers\u00e9.<\/p>\n<p>En 2017, le producteur am\u00e9ricain Harvey Weinstein est exclu de l\u2019Acad\u00e9mie des Oscars, suite \u00e0 de nombreuses\u00a0 accusations de harc\u00e8lements sexuels, d\u2019agressions et de viols. Cette affaire provoque la lib\u00e9ration de la parole sur le harc\u00e8lement sexuel dans divers secteurs, artistiques, sportifs et autres. Apr\u00e8s l\u2019initiative de la journaliste fran\u00e7aise Sandra Muller, les t\u00e9moignages se multiplient sur les r\u00e9seaux sociaux, portant le hashtag #balancetonporc. Le mouvement # Me too encourage toutes les femmes victimes d\u2019agressions sexuelles \u00e0 t\u00e9moigner.<\/p>\n<p>D\u2019autres hashtags sur le m\u00eame th\u00e8me voient le jour en 2021, suite au scandale touchant l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de Paris (dit \u00ab\u00a0Sciences Po\u00a0\u00bb), d\u2019o\u00f9 #SciencesPorcs. #Metooinceste appara\u00eet apr\u00e8s publication de La Familia grande de Camille Kouchner en janvier 2021, ou encore #Metoogay utilis\u00e9 par des hommes victimes d\u2019autres hommes, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la suite des scandales d\u2019abus sexuels sur des gar\u00e7ons. Dernier n\u00e9, #MyChurchToo fait \u00e9cho aux scandales d\u00e9nonc\u00e9s massivement dans l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Pour finir, rappelons une perle de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> et saluons l\u2019impertinence de l\u2019auteur d\u00e9fiant la censure sous la Restauration (tr\u00e8s catholique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes noirs, d\u2019o\u00f9 sortez-vous\u00a0?<br>Nous sortons de dessous terre,<br>Moiti\u00e9 renards, moiti\u00e9 loups.<br>Notre r\u00e8gle est un myst\u00e8re.<br>Nous sommes fils de Loyola,<br>Vous savez pourquoi l\u2019on nous exila.<br>Nous rentrons\u00a0; songez \u00e0 vous taire\u00a0!<br>Et que vos enfants suivent nos le\u00e7ons.<br>C\u2019est nous qui fessons, et qui refessons,<br>Les jolis petits, les jolis gar\u00e7ons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1967\" class=\"cit-num\">1967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857),<em> Les R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res<\/em>, chanson.<em> Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00a0: de la r\u00e9volution \u00e0 la belle \u00e9poque<\/em> (1981), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre chansonnier contemporain vise les j\u00e9suites de retour avec la monarchie. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> a r\u00e9tabli leur ordre, le 7\u00a0ao\u00fbt 1814. La Charte, en forme de compromis constitutionnel, reconna\u00eet la libert\u00e9 du culte, mais fait du catholicisme la religion d\u2019\u00c9tat et les p\u00e8res j\u00e9suites pensent avoir le quasi-monopole de l\u2019\u00e9ducation. Ils en usent et abusent\u2026<\/p>\n<p>Les deux derniers vers aux accents plaisamment polissons d\u00e9noncent en fait la p\u00e9dophilie pratiqu\u00e9e dans certains coll\u00e8ges catholiques. Chateaubriand saluait B\u00e9ranger comme \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb, et le c\u00e9l\u00e8bre Sainte-Beuve y voyait un \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ce texte fait fr\u00e9mir, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. La commission d\u2019enqu\u00eate sur la p\u00e9docriminalit\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en octobre 2021 que 330 000 mineurs ont \u00e9t\u00e9 victimes de violences sexuelles depuis 1950, de la part d\u2019au moins 2 900 clercs. Chiffres terrifiants qui\u00a0 \u00ab\u00a0appellent des mesures tr\u00e8s fortes\u00a0\u00bb selon Jean-Marc Sauv\u00e9, pr\u00e9sident de la Commission ind\u00e9pendante sur les abus sexuels dans l\u2019\u00c9glise (Ciase) qui a pr\u00e9sent\u00e9 les conclusions d\u2019une enqu\u00eate men\u00e9e depuis le mois de f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019impertinence se d\u00e9finit au fil de l\u2019action. Elle a naturellement ses grands classiques&nbsp;: Voltaire et Beaumarchais font carri\u00e8re dans le genre au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, mais Rousseau et Diderot ne sont pas en reste. D\u00e9j\u00e0 au si\u00e8cle de Louis XIV, Moli\u00e8re et La Fontaine s\u2019illustr\u00e8rent avec leur g\u00e9nie propre. D\u2019autres classiques de la litt\u00e9rature furent [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":116,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10023","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10023"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12140,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10023\/revisions\/12140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10023"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10023"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10023"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}