{"id":10047,"date":"2026-01-26T01:00:00","date_gmt":"2026-01-26T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-jean-jaures-en-citations\/"},"modified":"2026-01-26T07:51:53","modified_gmt":"2026-01-26T06:51:53","slug":"portrait-de-jean-jaures-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-jean-jaures-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Jean Jaur\u00e8s en citations"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"10047\" class=\"elementor elementor-10047\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-19d754ff e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"19d754ff\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-68c265ec elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"68c265ec\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le courage, c\u2019est d\u2019aller \u00e0 l\u2019id\u00e9al et de comprendre le r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la Jeunesse, Albi, le 30 juillet 1903<\/p><\/blockquote><p>Fils de la petite bourgeoisie provinciale, Jaur\u00e8s se r\u00e9v\u00e8lera plus attach\u00e9 \u00e0 son Sud-Ouest natal qu\u2019\u00e0 sa classe sociale. N\u00e9 \u00e0 Castres (Tarn), re\u00e7u premier \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure en philosophie (devant Bergson), jeune professeur \u00e0 Albi et \u00e0 Toulouse, il se lance dans la carri\u00e8re politique en 1885, comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 Castres.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px; border: 1px solid black;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-137.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>R\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 mais historien passionn\u00e9 par la R\u00e9volution, il d\u00e9couvre le vrai visage de la R\u00e9publique aux mains des capitalistes apr\u00e8s la grande gr\u00e8ve des mineurs de Carmaux (1892)\u2026 et devient socialiste. Rappelons que le socialisme, n\u00e9 utopique avec Saint-Simon et Fourier pour devenir marxiste avec Marx et anarchiste avec Proudhon, reste la grande id\u00e9e du si\u00e8cle.<\/p><p>\u00c9lu et r\u00e9\u00e9lu d\u00e9put\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort (sauf entre 1898 et 1902), brillant orateur \u00e0 la tribune, capable de tenir t\u00eate \u00e0 Clemenceau comme de s\u2019imposer \u00e0 la foule sur tous les terrains de la contestation, Jaur\u00e8s devient le d\u00e9fenseur des ouvriers en lutte et se bat inlassablement pour l\u2019unit\u00e9 des forces politiques et syndicales de gauche.<\/p><p>Convaincu de l\u2019innocence de Dreyfus, il s\u2019engage avec les socialistes (et Clemenceau) dans l\u2019Affaire. Il cr\u00e9e le journal <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em> en 1904. Leader du socialisme fran\u00e7ais, il participe en 1905 \u00e0 la fondation de la <span class=\"caps\">SFIO<\/span> qui rassemble non sans mal les diff\u00e9rents courants socialistes fran\u00e7ais. Il milite d\u00e9sormais pour une r\u00e9volution d\u00e9mocratique et non violente\u00a0: \u00ab\u00a0Le courage, c\u2019est d\u2019aller \u00e0 l\u2019id\u00e9al et de comprendre le r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p><p>Apr\u00e8s 1905, son pacifisme le rend tr\u00e8s impopulaire chez les nationalistes qui l\u2019accusent de trahison. Le 31 juillet 1914, son assassinat par le nationaliste Raoul Villain est suivi le 3 ao\u00fbt par la d\u00e9claration de guerre de l\u2019Allemagne \u00e0 la France. Plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s sa mort, nombre de politiciens se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 Jaur\u00e8s.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>1. Jean Jaur\u00e8s, un grand homme politique engag\u00e9 sur tous les fronts jusqu\u2019\u00e0 sa mort brutale (54 ans)<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a que trois choses qui d\u00e9gradent le courage d\u2019un peuple\u00a0: c\u2019est le mensonge, la paresse et le d\u00e9faut d\u2019id\u00e9al.\u00a0\u00bb<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), cit\u00e9 par Max Gallo, <em>Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>Telle est son intime conviction, l\u2019une de ces v\u00e9rit\u00e9s t\u00e9moignant de la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, de sa clairvoyance et de la modernit\u00e9 de sa pens\u00e9e.<\/p><p>Passionn\u00e9 par la politique indispensable pour faire \u00e9voluer la soci\u00e9t\u00e9, il ne conna\u00eet que trop la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb d\u00e9nonc\u00e9e sous la Troisi\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9prouve la naus\u00e9e de tous les mensonges, de toutes les combinaisons \u00e9go\u00efstes, de toutes les brutalit\u00e9s plates par lesquelles les hommes d\u2019argent servis par les hommes de pouvoir essaient de prolonger leur domination.\u00a0\u00bb Mais rien ne le d\u00e9couragera de la t\u00e2che \u00e0 accomplir.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas ma faute si la R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 accapar\u00e9e et d\u00e9tourn\u00e9e de son esprit et de son \u0153uvre par une classe \u00e9go\u00efste\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours de juillet 1905, <em>Discours et conf\u00e9rences<\/em><\/p><\/blockquote><p>Sans la nommer, il vise la bourgeoisie, grande gagnante \u00e9conomique et politique au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, cible des auteurs de th\u00e9\u00e2tre comique et des mouvements sociaux qui aboutiront fatalement au pire, \u00e0 la r\u00e9volution ou \u00e0 la guerre\u2026 \u00ab\u00a0Mais qu\u2019il me soit permis de le dire \u00e0 ceux-l\u00e0 qui s\u2019inqui\u00e8tent aujourd\u2019hui de toutes les col\u00e8res populaires amass\u00e9es contre certains hommes, c\u2019est l\u00e0 une in\u00e9vitable et dangereuse ran\u00e7on\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je porte en mon c\u0153ur un r\u00eave de fraternit\u00e9 et de justice, et je veux travailler jusqu\u2019au bout \u00e0 le r\u00e9aliser.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), cit\u00e9 par Max Gallo, <em>Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>Il parle en historien de la R\u00e9volution, sa p\u00e9riode pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, en m\u00eame temps qu\u2019en socialiste de c\u0153ur et de raison. \u00ab\u00a0Je n\u2019aime pas les querelles de race, et je me tiens \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, si d\u00e9mod\u00e9e et si prudhommesque qu\u2019elle semble aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019au fond il n\u2019y a qu\u2019une race\u00a0: l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>Impossible de ne pas le comparer \u00e0 cet autre grand r\u00e9publicain barbu que Jaur\u00e8s admire\u00a0\u00e0 divers titres\u00a0: \u00ab\u00a0Les hommes qui ont le sens de l\u2019\u00e9ternel comme Hugo sont les seuls qui aient vraiment le sens de leur temps.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est en poussant \u00e0 bout le mouvement \u00e9conomique que le prol\u00e9tariat s\u2019affranchira et deviendra l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la France contemporaine<\/em> (1789-1900) sous la direction de J. Jaur\u00e8s<\/p><\/blockquote><p>L\u2019histoire socialiste\u00a0dirig\u00e9e par Jaur\u00e8s n\u2019est pas une lecture politiquement orient\u00e9e, mais une interpr\u00e9tation \u00e9conomique des \u00e9v\u00e8nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s en France de 1789 \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. La R\u00e9volution a pr\u00e9par\u00e9 indirectement l\u2019av\u00e8nement du prol\u00e9tariat et r\u00e9alis\u00e9 les deux conditions du socialisme\u00a0: la d\u00e9mocratie et le capitalisme, avec l\u2019av\u00e8nement politique de la classe bourgeoise.<\/p><p>Selon le socialisme (doctrine n\u00e9e utopiste au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e),\u00a0l\u2019homme doit travailler pour vivre et transformer la nature. De cette exploitation nait une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les rapports sont dict\u00e9s par la coexistence de plusieurs classes sociales\u00a0: les forces productives. Ce syst\u00e8me ne peut s\u2019\u00e9panouir qu\u2019en renversant les structures politiques qui l\u2019en emp\u00eachent. La R\u00e9volution est ainsi n\u00e9e des contradictions entre l\u2019\u00e9volution des forces productives de la nouvelle bourgeoisie nourrie des Lumi\u00e8res et des structures politiques h\u00e9rit\u00e9es de la noblesse f\u00e9odale.<\/p><p>Cette Histoire socialiste comprend 12 tomes (les quatre premiers sign\u00e9s Jaur\u00e8s).<\/p><p>1. Introduction, La Constituante (1789-1791) \u2013 2. La L\u00e9gislative (1791-1792) \u2013 3. La Convention I (1792) \u2013 4. La Convention <span class=\"caps\">II<\/span> (1793-1794 \u2013 5. Thermidor et Directoire (1794) \u2013 6. Consulat et Empire (1799-1815) \u2013 7. La Restauration (1815-1830) \u2013 8. Le r\u00e8gne de Louis Philippe (1830-1848) \u2013 9. La R\u00e9publique de 1848 (1848-1852) \u2013 10. Le Second Empire (1852-1870) \u2013 11. La Guerre franco-allemande (1870-1871) et La Commune (1871) \u2013 12. Conclusion\u00a0: le bilan social du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y avait dans la France r\u00e9volutionnaire une telle force de passion, un orgueil si v\u00e9h\u00e9ment de libert\u00e9 que, m\u00eame si elle avait pu mesurer exactement l\u2019\u00e9tendue de la lutte o\u00f9 elle entrait, elle n\u2019aurait pas recul\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1901-1908<\/em><\/p><\/blockquote><p>La R\u00e9volution fran\u00e7aise (en quatre tomes) est la partie la plus originale, \u00e9dit\u00e9e \u00e0 part, revue et annot\u00e9e, souvent r\u00e9\u00e9dit\u00e9e, toujours cit\u00e9e, chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9criture et de lyrisme, \u00e9voquant au plus pr\u00e8s les acteurs et les drames de cette p\u00e9riode majeure.<\/p><p>L\u2019analyse de Jaur\u00e8s, historien et philosophe, se situe sous le triple patronage du lyrisme de Michelet, des portraits de Plutarque et du mat\u00e9rialisme historique de Marx. Elle a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019historiographie de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, contribuant \u00e0 d\u00e9velopper \u00ab\u00a0l\u2019histoire d\u2019en bas\u00a0\u00bb, celle des mouvements populaires pendant le processus r\u00e9volutionnaire.<\/p><p>Trois citations donnent une id\u00e9e \u2013 forme et fond \u2013 de Jaur\u00e8s auteur et annoncent l\u2019acteur politique majeur sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique jusqu\u2019\u00e0 la Grande Guerre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le premier des droits de l\u2019homme c\u2019est la libert\u00e9 individuelle, la libert\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9, la libert\u00e9 de la pens\u00e9e, la libert\u00e9 du travail.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1901-1908<\/em><\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est en poussant \u00e0 bout le mouvement \u00e9conomique que le prol\u00e9tariat s\u2019affranchira et deviendra l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1901-1908<\/em><\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les hommes qui tuaient \u00e0 l\u2019Abbaye, \u00e0 la Force, \u00e0 la Conciergerie avaient conserv\u00e9 quelque lucidit\u00e9 d\u2019esprit, quelque \u00e9quilibre de raison, ils se seraient demand\u00e9, en un \u00e9clair de rapide conscience\u00a0: Ces meurtres ajoutent-ils \u00e0 la force de la R\u00e9volution\u00a0? Et ils auraient pressenti le long frisson de d\u00e9go\u00fbt de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1901-1908<\/em><\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne peut y avoir de r\u00e9volution que l\u00e0 o\u00f9 il y a conscience.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>\u00c9tudes socialistes<\/em>, recueil d\u2019articles publi\u00e9s dans les<em> Cahiers de la Quinzaine<\/em> de Charles P\u00e9guy en 1901<\/p><\/blockquote><p>Telle est son intime conviction, parall\u00e8le \u00e0 son Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et \u00e0 l\u2019observation des faits qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e et suivie. Il fallait le Si\u00e8cle des lumi\u00e8res et l\u2019opinion publique \u00e9clair\u00e9e de la classe bourgeoise pour r\u00e9aliser cet acte fondateur dans l\u2019Histoire. De m\u00eame qu\u2019il faudra l\u2019\u00e9ducation (gratuite et obligatoire) pour sensibiliser et pousser \u00e0 l\u2019action les classes populaires majoritaires (paysans et ouvriers).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019ayant pas la force d\u2019agir, ils dissertent.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la France contemporaine (1789-1900)<\/em> sous la direction de J. Jaur\u00e8s<\/p><\/blockquote><p>Cette v\u00e9rit\u00e9 vaut bien au-del\u00e0 du contexte rappel\u00e9 par Jaur\u00e8s historien, \u00e9voquant la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique et la Commune de Paris\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0En 1848, la participation du prol\u00e9tariat au pouvoir est presque fictive\u00a0: Louis Blanc et l\u2019ouvrier Albert sont paralys\u00e9s au gouvernement provisoire\u00a0; et une bourgeoisie perfide organise contre eux la tricherie des ateliers nationaux. Les socialistes discutent platoniquement au Luxembourg, ils abdiquent et se r\u00e9signent \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019une impuissante Acad\u00e9mie. N\u2019ayant pas la force d\u2019agir, ils dissertent. Puis, quand la classe ouvri\u00e8re tromp\u00e9e se soul\u00e8ve en juin, elle est \u00e9cras\u00e9e avant d\u2019avoir pu une minute toucher au pouvoir. En 1871 les fils des combattants de Juin ont tenu le pouvoir\u00a0; ils l\u2019ont exerc\u00e9\u00a0; ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9meute, ils ont \u00e9t\u00e9 la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb Mais la Commune a fini dans le sang et Thiers a initi\u00e9 la (Troisi\u00e8me) R\u00e9publique plus r\u00e9actionnaire que nature, sous la pr\u00e9sidence de Mac-Mahon. Tant bien que mal, c\u2019est une r\u00e9ussite \u00e9conomique, au m\u00e9pris des classes populaires sans lois sociales.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je trouve douloureux que nous reprochions aux si\u00e8cles pass\u00e9s les famines qui venaient de la pauvret\u00e9, de la mis\u00e8re, quand dans l\u2019abondance et dans la puissance des moyens de production d\u2019aujourd\u2019hui, nous ne pouvons pas toujours, nous ne savons pas, ou nous ne voulons pas \u00e9pargner aux hommes ces dures \u00e9preuves\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours de janvier 1910, <em>Discours et conf\u00e9rences<\/em> (posthume, 2014)<\/p><\/blockquote><p>\u2026 \u00ab\u00a0Famines de l\u2019Inde, d\u2019Irlande, ch\u00f4mages meurtriers dans nos civilisations industrielles\u00a0! Oh\u00a0! messieurs, glorifions le pr\u00e9sent, mais avec mesure, avec sobri\u00e9t\u00e9, avec modestie\u00a0!\u00a0\u00bb<br>C\u2019est l\u2019historien qui parle et nourrit les nombreux discours de l\u2019orateur socialiste dont la premi\u00e8re qualit\u00e9 (rare en politique) est la franchise.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire enseigne aux hommes la difficult\u00e9 des grandes t\u00e2ches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l\u2019invincible espoir. L \u2039histoire humaine n\u2019est qu\u2019un effort incessant d\u2019invention, et la perp\u00e9tuelle \u00e9volution est une perp\u00e9tuelle cr\u00e9ation.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la jeunesse, Albi, le 30 juillet 1903<\/p><\/blockquote><p>Discours c\u00e9l\u00e8bre et souvent cit\u00e9 d\u2019un homme politique qui fut d\u2019abord professeur agr\u00e9g\u00e9 et ma\u00eetre de conf\u00e9rence, toujours soucieux de l\u2019enseignement \u2013 un des points forts de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique souvent d\u00e9cri\u00e9e \u00e0 juste titre, mais \u00e0 qui nous devons l\u2019\u00e9ducation publique, gratuite et obligatoire avec les lois Ferry de 1881-1882.<\/p><p>Notons aussi le r\u00f4le majeur assign\u00e9 par Jaur\u00e8s \u00e0 l\u2019Histoire \u2013 souvent d\u00e9nigr\u00e9e par les philosophes ou (mal) instrumentalis\u00e9e par les politiques\u00a0: \u00e9cole de patience et d\u2019espoir, exemple de progr\u00e8s et de cr\u00e9ation.<\/p><p>Autre vecteur de sa pens\u00e9e et de son action, le journalisme. Fid\u00e8le au quotidien r\u00e9gional <em>la D\u00e9p\u00eache<\/em> (du Midi), n\u00e9 \u00e0 Toulouse en 1870, Jaur\u00e8s va cr\u00e9er son propre titre dont le nom s\u2019impose \u00e0 lui\u00a0: <em>l\u2019Humanit\u00e9.<\/em><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le nom m\u00eame de ce journal, en son ampleur, marque exactement ce que notre parti se propose. C\u2019est, en effet, \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019humanit\u00e9 que travaillent tous les socialistes\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, \u00ab\u00a0Notre but\u00a0\u00bb, \u00e9ditorial du premier num\u00e9ro, lundi 18 avril 1904. Cit\u00e9 dans<em> <span class=\"caps\">L\u2019H<\/span>umanit\u00e9<\/em>, 17 avril 2023<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019humanit\u00e9 n\u2019existe point encore ou elle existe \u00e0 peine. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque nation, elle est compromise et comme bris\u00e9e par l\u2019antagonisme des classes, par l\u2019in\u00e9vitable lutte de l\u2019oligarchie capitaliste et du prol\u00e9tariat. Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propri\u00e9t\u00e9 commune des moyens de travail, r\u00e9soudra cet antagonisme et fera de chaque nation, enfin r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame, une parcelle d\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le journal de quatre pages (bient\u00f4t six), vendu cinq centimes, tir\u00e9 \u00e0 130 000 exemplaires et sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0Journal socialiste quotidien\u00a0\u00bb promeut l\u2019unification du mouvement socialiste fran\u00e7ais \u2013 devenant plus tard l\u2019un des leviers de la lutte r\u00e9volutionnaire contre le capitalisme.<\/p><p>Dans son premier \u00e9dito, Jaur\u00e8s fixe deux r\u00e8gles de fonctionnement \u00e0 son journal\u00a0: l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re et la recherche d\u2019information pour donner \u00ab\u00a0\u00e0 toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-m\u00eames les \u00e9v\u00e9nements du monde\u00a0\u00bb. Au sein de sa r\u00e9daction,<\/p><p>Aristide Briand, L\u00e9on Blum, Ren\u00e9 Viviani, Octave Mirbeau, Henry de Jouvenel\u2026 En 1905, l\u2019unification des socialistes fran\u00e7ais au sein de la <span class=\"caps\">SFIO<\/span> ouvre le journal \u00e0 l\u2019ensemble du mouvement socialiste fran\u00e7ais (guesdistes compris). Il d\u00e9fend des positions pacifistes et antimilitaristes en accord avec l\u2019internationalisme du mouvement ouvrier. Il s\u2019engage pour la la\u00efcit\u00e9, la d\u00e9fense de la classe ouvri\u00e8re.<\/p><p>\u00c9t\u00e9 1914, la vie du journal est boulevers\u00e9e par l\u2019assassinat de Jaur\u00e8s, suivi trois jours apr\u00e8s par la guerre.<em> L\u2019Humanit\u00e9<\/em> deviendra l\u2019organe officiel du Parti communiste fran\u00e7ais, ouvrant ses pages \u00e0 d\u2019autres composantes de la gauche en 1994.<em> <br><\/em><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que l\u2019art\u00a0? Qu\u2019est-ce que l\u2019id\u00e9al\u00a0? C\u2019est l\u2019\u00e9panouissement de l\u2019\u00e2me humaine. Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e2me humaine\u00a0? C\u2019est la plus haute fleur de la nature.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours de la distribution des prix, Albi, 31 juillet 1888<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s se place ici dans une d\u00e9marche id\u00e9aliste, aux antipodes du mat\u00e9rialisme socialiste, doctrine philosophique qui affirme le primat de la mati\u00e8re sur l\u2019esprit. M\u00eame source, preuve que l\u2019\u00e9ducation lui tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre d\u2019art, quand elle est vraiment belle, est quelque chose de complet, d\u2019achev\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00ab\u00a0Il est bien vrai que la beaut\u00e9 de la science et de l\u2019art est consolatrice.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p>Jaur\u00e8s n\u2019\u00e9tait pas seulement l\u2019homme de l\u2019union des gauches, le cr\u00e9ateur du journal l\u2019Humanit\u00e9, il fut aussi un philosophe et un po\u00e8te, m\u00ealant une grande culture et une r\u00e9flexion profonde sur la vie \u00e0 un sens aigu du r\u00e9el et de ses possibles. Ces qualit\u00e9s sont tr\u00e8s rarement partag\u00e9es, dans le personnel politique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dirige celui qui risque ce que les dirig\u00e9s ne veulent pas risquer.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), 28 mai 1890, dans <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em> de Toulouse<\/p><\/blockquote><p>Telle est sa d\u00e9finition du chef (en politique). Il en a une haute id\u00e9e que n\u2019aurait pas d\u00e9savou\u00e9e de Gaulle et dont tous les responsables politiques devraient s\u2019inspirer, au lieu de se r\u00e9f\u00e9rer aux sondages de popularit\u00e9 et \u00e0 l\u2019acceptabilit\u00e9 de telle ou telle mesure. L\u00e0 encore, l\u2019Histoire nourrit la pens\u00e9e et l\u2019action de Jaur\u00e8s\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a de classe dirigeante que courageuse. \u00c0 toute \u00e9poque, les classes dirigeantes se sont constitu\u00e9es par le courage, par l\u2019acceptation consciente du risque. Dirige celui qui risque ce que les dirig\u00e9s ne veulent pas risquer. Est respect\u00e9 celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. Est un chef celui qui procure aux autres la s\u00e9curit\u00e9, en prenant sur soi les dangers.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il en sera tr\u00e8s conscient, jusqu\u2019au jour-m\u00eame de son assassinat.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est en allant vers la mer que le fleuve reste fid\u00e8le \u00e0 sa source.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours du citoyen Jean Jaur\u00e8s \u2013 Prononc\u00e9 les 10 et 24 janvier 1910 \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s<\/p><\/blockquote><p>Cette m\u00e9taphore po\u00e9tico-politique devient litt\u00e9ralement h\u00e9ro\u00efque quand on conna\u00eet la fin de son parcours. Et le message d\u2019espoir \u00e9crit dans sa jeunesse n\u2019en a que plus de prix.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut avoir aucun regret pour le pass\u00e9, aucun remords pour le pr\u00e9sent, et une confiance in\u00e9branlable pour l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>\u0152uvres, tome 1\u00a0: Les ann\u00e9es de jeunesse 1859-1889<\/em> (2009)<\/p><\/blockquote><p>Pour conclure cet autoportrait, voici quelques jugements sur le personnage qui se r\u00e9v\u00e8lera surtout dans l\u2019action au fil de l\u2019histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une voix qui va jusqu\u2019aux derni\u00e8res oreilles, agr\u00e9able, claire, tr\u00e8s \u00e9tendue, un peu aig\u00fce, une voix non de tonnerre, mais de feux de salve.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">RENARD<\/span> (1864-1910), <em>Journal<\/em>, 22 d\u00e9cembre 1902 (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Enfant mal aim\u00e9 rendu c\u00e9l\u00e8bre par son<em> Poil de carotte<\/em> (1894), ce diariste aussi talentueux que les Goncourt nous laisse le t\u00e9moignage lucide de son \u00e9poque, malheureusement censur\u00e9 par sa veuve. Son humour f\u00e9roce cache une infinie tendresse, cependant que sa misanthropie se double de misogynie.<\/p><p>Militant r\u00e9publicain, il admire le personnage de Jaur\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Une gueule, mais le coup de gueule reste distingu\u00e9. Le seul don qui soit enviable. Sans fatigue, il se sert de tous les mots lourds qui sont comme les moellons de sa phrase, et qui \u00e9corcheraient, tombant d\u2019une plume, les doigts et le papier de l\u2019\u00e9crivain.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui est remarquable, c\u2019est qu\u2019il rend hommage \u00e0 tous les camps. Ce n\u2019est pas un sectaire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">WINOCK<\/span> (n\u00e9 en 1937),<em> Le Socialisme de Jaur\u00e8s,<\/em> conf\u00e9rence du 4 f\u00e9vrier 2014, organis\u00e9e par l\u2019Institut national du patrimoine, les Archives nationales et la Fondation Jean-Jaur\u00e8s<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Par exemple, \u00e0 propos des droits de l\u2019homme et du citoyen, les marxistes disent que ce sont des droits formels, un masque qui rejette dans l\u2019ombre les vraies motivations, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie. Ce n\u2019est pas du tout l\u2019avis de Jaur\u00e8s\u00a0\u00bb.<\/p><p>Cet \u0153cum\u00e9nisme philosophique, cette tol\u00e9rance en paroles et en action se manifesteront tout au long de sa vie trop courte, mais si riche. Elle s\u2019explique aussi par une \u00e9volution qui frappe tout observateur et peut s\u2019expliquer en quelques mots \u00e0 la fin de ce portrait.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En rupture latente avec l\u2019opportunisme, mal content du radicalisme (mais) n\u2019ayant pas encore opt\u00e9 pour le socialisme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Madeleine <span class=\"caps\">REB\u00c9RIOUX<\/span> (1920-2005), \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> Jean [<span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> Auguste, Marie, Joseph, Jean] [archive]\u00a0\u00bb, sur maitron.fr<\/p><\/blockquote><p>Femme politique tr\u00e8s engag\u00e9e (\u00e0 gauche), enseignante et historienne, sp\u00e9cialiste du socialisme fran\u00e7ais de la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et de l\u2019\u0153uvre de Jaur\u00e8s, elle pr\u00e9side la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes jaur\u00e9sienne de 1982 \u00e0 sa mort et dirige de nombreuses publications concernant Jaur\u00e8s et la p\u00e9riode 1870-1914.<\/p><p>Elle d\u00e9crit le cheminement intellectuel et politique de Jaur\u00e8s venu lentement au socialisme auquel il est d\u00e9finitivement acquis en 1892-1893. Grand intellectuel, historien et philosophe, militant ardent, d\u00e9put\u00e9 de Carmaux, tribun surdou\u00e9 capable de tenir t\u00eate \u00e0 Clemenceau, il a donn\u00e9 son nom au courant dit \u00ab\u00a0jauressiste\u00a0\u00bb et laisse en h\u00e9ritage une \u0153uvre consid\u00e9rable qui se pr\u00eate ais\u00e9ment aux citations.<\/p><p>C\u2019est le plus grand et le plus original des leaders du socialisme fran\u00e7ais, passionn\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 l\u2019Internationale et repr\u00e9sentant la France aupr\u00e8s de ses instances, de mai 1901 \u00e0 sa mort.<\/p><h4>2. Attitude exemplaire dans l\u2019Affaire Dreyfus, repr\u00e9sentative du personnage et de l\u2019\u00e9poque.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est qu\u2019au fond, il n\u2019y a qu\u2019une seule race\u00a0: l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), article sur \u00ab\u00a0la question juive\u00a0\u00bb \u00e0 la une <em>la D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em>, 4 juin 1892<\/p><\/blockquote><p>L\u2019antis\u00e9mitisme manifest\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre des Juifs remonte en France au Moyen \u00c2ge et perdure au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle. Mais il va s\u2019exprimer avec une violence particuli\u00e8re dans les ann\u00e9es 1890. De toutes les crises qui marqueront la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, l\u2019Affaire est la plus grave.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitaine Dreyfus, convaincu de trahison par un jugement unanime, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort, et le pays voit qu\u2019on fusille sans piti\u00e9 de simples soldats coupables d\u2019une minute d\u2019\u00e9garement, de violences.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, 24 d\u00e9cembre 1894, Assembl\u00e9e national, site<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est un discours contre la peine de mort sign\u00e9 d\u2019un des plus fervents abolitionnistes \u2013 apr\u00e8s Victor Hugo qui a relanc\u00e9 le d\u00e9bat dans un roman de jeunesse,<em> le Dernier jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829).<\/p><p>Pour l\u2019heure, Jaur\u00e8s d\u00e9put\u00e9 ne remet absolument pas en cause la condamnation au bagne de Dreyfus, assur\u00e9ment coupable puisque la justice en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi. Il s\u2019\u00e9tonne m\u00eame du bruit fait autour de cette (petite) affaire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a surpris un prodigieux d\u00e9ploiement de la puissance juive pour sauver l\u2019un des siens.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em>, 26 d\u00e9cembre 1894<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du (premier) verdict, le grand socialiste fran\u00e7ais \u00e9crit en premi\u00e8re page\u00a0: \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que si on ne l\u2019a pas condamn\u00e9 \u00e0 mort, c\u2019est que l\u2019immense effort juif n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait st\u00e9rile.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il en tire argument pour r\u00e9clamer une plus grande cl\u00e9mence de la justice militaire envers les soldats du rang, passibles de la peine de mort, selon lui, pour une simple insubordination passag\u00e8re. Mais l\u2019affaire va rebondir quelques ann\u00e9es plus tard et Jaur\u00e8s va r\u00e9viser son jugement personnel, \u00e0 la suite de Zola, Anatole France et quelques autres auteurs engag\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche\u00a0; rien ne peut plus l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb<span id=\"2515\" class=\"cit-num\">2515<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Le Figaro<\/em>, 25\u00a0novembre 1897<\/p><\/blockquote><p>Zola commente ici la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine Dreyfus.<\/p><p>L\u2019histoire, complexe et longue, a commenc\u00e9 fin septembre\u00a01894, quand une femme de m\u00e9nage fran\u00e7aise de l\u2019ambassade allemande, travaillant pour le Service de renseignements, d\u00e9couvre un bordereau prouvant la trahison d\u2019un officier de l\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais. Le 10\u00a0octobre, le g\u00e9n\u00e9ral Mercier, ministre de la Guerre, met en cause Alfred Dreyfus. On lui fait faire une dict\u00e9e, il y a similitude entre son \u00e9criture et celle du bordereau en cause. Dreyfus est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Guyane par le Conseil de guerre de Paris, le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894. Ni lui ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces d\u2019un \u00ab\u00a0dossier secret\u00a0\u00bb.<\/p><p>Diverses irr\u00e9gularit\u00e9s sont ensuite mises en \u00e9vidence. Sa qualit\u00e9 de juif joue contre lui \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019antis\u00e9mitisme a ses h\u00e9rauts, ses journaux, ses r\u00e9seaux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897.<em> Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p><\/blockquote><p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus, l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb qui va \u00e9branler le r\u00e9gime de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Aurore est le journal de Clemenceau et le titre est de lui, ardent dreyfusard de la premi\u00e8re heure. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p><p>L\u2019 engagement de Jaur\u00e8s en faveur de Dreyfus d\u00e9bute en cette mi-janvier 1898. Il signe quand m\u00eame un Manifeste o\u00f9 il refuse de choisir entre les \u00ab\u00a0cl\u00e9ricaux\u00a0\u00bb qui voudraient utiliser l\u2019Affaire contre les Juifs, les protestants et les libres penseurs, et \u00ab\u00a0les capitalistes juifs\u00a0\u00bb discr\u00e9dit\u00e9s par de nombreux \u00ab\u00a0scandales\u00a0\u00bb et cherchant \u00e0 se r\u00e9habiliter.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La race juive, concentr\u00e9e, passionn\u00e9e, subtile, toujours d\u00e9vor\u00e9e par une sorte de fi\u00e8vre du gain quand ce n\u2019est pas par la fi\u00e8vre du proph\u00e9tisme\u2026 manie avec une particuli\u00e8re habilet\u00e9 le m\u00e9canisme capitaliste, m\u00e9canisme de rapine, de mensonge, de corruption et d\u2019extorsion\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), 7 juin 1898, Discours au Tivoli.\u00a0 Cit\u00e9 par Michel Dreyfus, <em>L\u2019antis\u00e9mitisme \u00e0 gauche: Histoire d\u2019un paradoxe de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (2010)<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s conclut pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la race qu\u2019il faut briser\u00a0; c\u2019est le m\u00e9canisme dont elle se sert, et dont se servent comme elle les exploiteurs chr\u00e9tiens.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il va d\u00e9finitivement changer d\u2019avis et le faire savoir le 29 septembre dans un manifeste moins m\u00e9diatis\u00e9 que J\u2019accuse, mais plus argument\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Dreyfus a \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement condamn\u00e9 et si, en effet, comme je le d\u00e9montrerai bient\u00f4t, il est innocent, il n\u2019est plus ni un officier ni un bourgeois\u00a0: il est d\u00e9pouill\u00e9, par l\u2019exc\u00e8s m\u00eame du malheur, de tout caract\u00e8re de classe\u00a0; il n\u2019est plus que l\u2019humanit\u00e9 elle-m\u00eame, au plus haut degr\u00e9 de mis\u00e8re et de d\u00e9sespoir qu\u2019on puisse imaginer.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Les Preuves<\/em> (1898)<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9monstration implacable de l\u2019innocence du capitaine Dreyfus et de la culpabilit\u00e9 des plus hautes autorit\u00e9s militaires et politiques de la France, c\u2019est aussi une analyse critique de la R\u00e9publique rappel\u00e9e \u00e0 son devoir de d\u00e9mocratie et un acte d\u2019engagement d\u2019un intellectuel choisissant la justice pour un seul homme contre la logique des id\u00e9ologies<\/p><p>\u00ab\u00a0Nous pouvons, sans contredire nos principes et sans manquer \u00e0 la lutte des classes, \u00e9couter le cri de notre piti\u00e9\u00a0; nous pouvons dans le combat r\u00e9volutionnaire garder des entrailles humaines\u00a0; nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfuir hors de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<br>R\u00e9ponse \u00e0 Jules Guesde, socialiste et marxiste persuad\u00e9 que \u00ab\u00a0le prol\u00e9tariat n\u2019a pas \u00e0 d\u00e9fendre un bourgeois\u00a0!\u00a0\u00bb Et Jaur\u00e8s continue de s\u2019indigner pour cette juste cause.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ou bien le Parti nationaliste a cru \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de ces pi\u00e8ces accusant Dreyfus et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de la l\u00e9gende, et jamais un parti ne descendit plus bas dans l\u2019ordre de l\u2019intelligence\u2026 Ou bien il n\u2019y a pas cru, et jamais parti politique n\u2019est descendu plus bas dans l\u2019ordre de la probit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), cit\u00e9 par Max Gallo, <em>Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Dreyfus est seulement un exemplaire de l\u2019humaine souffrance en ce qu\u2019elle a de plus poignant. Il est le t\u00e9moin vivant du mensonge militaire, de la l\u00e2chet\u00e9 politique, des crimes de l\u2019autorit\u00e9.\u00a0\u00bb Et de conclure simplement\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, qu\u2019un homme ait pu \u00eatre livr\u00e9 ainsi \u00e0 des hommes dont l\u2019esprit est si \u00e9videmment au-dessous du niveau humain, cela fait trembler.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> Les Preuves<\/em> (1898)<\/p><\/blockquote><p>Ultime le\u00e7on de l\u2019Affaire\u2026 on en revient paradoxalement \u00e0 l\u2019article du 4 juin 1892 dans <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em> et \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9\u00a0philosophiquement et politiquement essentielle\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0C\u2019est qu\u2019au fond, il n\u2019y a qu\u2019une seule race\u00a0: l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb <br><br>Et Jaur\u00e8s donnera ce Nom majuscule au journal qu\u2019il cr\u00e9era en 1904 et animera jusqu\u2019au jour de sa mort.<\/p><h4>3. Duo-duel de Jaur\u00e8s et Clemenceau, r\u00e9publicains majeurs de la Troisi\u00e8me (apr\u00e8s Thiers et Gambetta).<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas \u00e7a ou pas vous\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2547\" class=\"cit-num\">2547<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Aristide Briand, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 10\u00a0mai 1907. <em>La D\u00e9mocratie et le travail<\/em> (1910), Gabriel Hanotaux<\/p><\/blockquote><p>Le gouvernement de Clemenceau, dont Briand fera partie \u00e0 divers postes minist\u00e9riels, est confront\u00e9 \u00e0 une dramatique agitation sociale d\u00e8s 1906\u00a0: mineurs, ouvriers \u00e9lectriciens \u00e0 Paris, dockers \u00e0 Nantes, etc. Clemenceau doit prendre des mesures \u00e9nergiques pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. En avril\u00a01907, le gouvernement d\u00e9cide la r\u00e9vocation de fonctionnaires qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre sa politique. La <span class=\"caps\">CGT<\/span> d\u00e9clenche la gr\u00e8ve que Jaur\u00e8s d\u00e9fend en chef de l\u2019opposition socialiste, invectivant Briand, devenu ministre, mais ancien propagandiste de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Jaur\u00e8s ajoute que son \u00ab\u00a0jeu de duplicit\u00e9 souille et d\u00e9compose successivement tous les partis\u00a0\u00bb, alors que Maurice Barr\u00e8s le qualifiera de \u00ab\u00a0monstre de souplesse\u00a0\u00bb. Mais Jaur\u00e8s prendra souvent \u00e0 partie Clemenceau en personne, personnage bien diff\u00e9rent de Briand\u00a0!<\/p><p>Jaur\u00e8s et Clemenceau furent compagnons de route dans l\u2019Affaire Dreyfus. Mais \u00e0 part la foi en la R\u00e9publique, tout s\u00e9pare les deux hommes\u00a0: temp\u00e9rament et conceptions. Ils se retrouvent d\u00e9sormais adversaires et <a href=\"https:\/\/www2.assemblee-nationale.fr\/15\/evenements\/2018\/hommage-a-jean-jaures-et-george-clemenceau\/duels-oratoires-dans-l-hemicycle\">le site de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/a> nous les pr\u00e9sente dans un dialogue tr\u00e8s conforme au style de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous apportez des phrases envelopp\u00e9es, des solutions incompl\u00e8tes, une politique h\u00e9sitante. Vous \u00eates au-dessous du suffrage universel.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Clemenceau. 1906\u00a0: Clemenceau versus Jaur\u00e8s.<em> Cahiers de Psychologie Politique<\/em> N\u00b010 \/ Europe et identit\u00e9, Janvier 2007, Samuel Tomei<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On reconna\u00eet un discours de M. Jaur\u00e8s \u00e0 ce que tous les verbes sont au futur\u2026 <br>Je voudrais faire comprendre aux d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s de tout ordre qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9mancipation v\u00e9ritable pour eux en dehors de celle qui viendra de leurs propres efforts, dans un milieu que l\u2019\u0153uvre des hommes politiques sera de leur rendre de plus en plus favorable.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je constate, monsieur Clemenceau, que vous avez group\u00e9 contre nous l\u2019unanimit\u00e9 enthousiaste de la Chambre, chaque fois qu\u2019avec votre admirable vigueur de pol\u00e9miste vous avez pris \u00e0 partie le socialisme\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais vous n\u2019\u00eates pas le socialisme \u00e0 vous tout seul, vous n\u2019\u00eates pas le bon Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et vous, vous n\u2019\u00eates m\u00eame pas le diable\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019en savez-vous\u00a0?\u2026 M. Jaur\u00e8s parle de tr\u00e8s haut, absorb\u00e9 dans son fastueux mirage\u00a0; mais moi, dans la plaine, je laboure un sol ingrat qui me refuse la moisson\u2026 Sans doute me dominez-vous de vos conceptions socialistes. Vous avez le pouvoir magique d\u2019\u00e9voquer, de votre baguette, des palais de f\u00e9erie. Je suis l\u2019artisan modeste des cath\u00e9drales, qui apporte obscur\u00e9ment sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice auguste qu\u2019il ne verra jamais.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, je monte \u00e0 cette tribune tout h\u00e9riss\u00e9 des fl\u00e8ches qu\u2019une main habile et toujours jeune m\u2019a d\u00e9coch\u00e9es\u2026 Je n\u2019essayerai pas de les arracher de moi et de les retourner \u00e0 mon redoutable contradicteur. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 je parle cependant, il me semble que la cath\u00e9drale minist\u00e9rielle manque un peu de fl\u00e8che.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une grande erreur que de confondre la gr\u00e8ve et le droit \u00e0 la matraque. Je dis que ceux qui agissent contre la classe ouvri\u00e8re sont ceux qui l\u2019encouragent \u00e0 croire qu\u2019elle ne peut jamais avoir tort.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute grande r\u00e9forme, toute grande \u0153uvre, suppose, en m\u00eame temps que la foi dans l\u2019individu, la transformation du milieu o\u00f9 il doit agir. Votre doctrine de l\u2019individualisme absolu, votre doctrine qui pr\u00e9tend que la r\u00e9forme sociale est contenue tout enti\u00e8re dans la r\u00e9forme morale des individus, c\u2019est la n\u00e9gation de tous les vastes mouvements de progr\u00e8s qui ont d\u00e9termin\u00e9 l\u2019histoire, c\u2019est la n\u00e9gation de la R\u00e9volution fran\u00e7aise elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis pour le d\u00e9veloppement int\u00e9gral de l\u2019individu. Quant \u00e0 me prononcer sur l\u2019appropriation collective du sol, du sous-sol, je r\u00e9ponds cat\u00e9goriquement non\u00a0! non\u00a0! Je suis pour la libert\u00e9 int\u00e9grale, et je ne consentirai jamais \u00e0 entrer dans les couvents et dans les casernes que vous entendez nous pr\u00e9parer.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9publicains aussi passionn\u00e9ment que socialistes, r\u00e9formateurs et r\u00e9alistes aussi profond\u00e9ment par notre m\u00e9thode que nous sommes r\u00e9volutionnaires par notre objet, qui est la transformation totale de la soci\u00e9t\u00e9, nous nous associerons pleinement \u00e0 tout effort de r\u00e9forme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh bien\u00a0! puisqu\u2019il faut vous le dire, ces discussions qui vous \u00e9tonnent, c\u2019est notre honneur \u00e0 tous. Elles prouvent surtout notre ardeur \u00e0 d\u00e9fendre les id\u00e9es que nous croyons justes et f\u00e9condes. Ces discussions ont leurs inconv\u00e9nients, le silence en a davantage. <br>Oui, gloire aux pays o\u00f9 l\u2019on parle, honte aux pays o\u00f9 l\u2019on se tait\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><p>Laissons le mot de la fin \u00e0 Clemenceau qui en fait lui-m\u00eame le commentaire. Jaur\u00e8s aurait pu le signer.<\/p><h4>4. Le socialisme en devenir de Jaur\u00e8s, nourri par l\u2019Histoire et confront\u00e9 \u00e0 l\u2019Actualit\u00e9.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est au-dessus de l\u2019individu\u2026 C\u2019est l\u2019individu humain qui est la mesure de toute chose\u2026 Voil\u00e0 le socialisme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), cit\u00e9 par Max Gallo, <em>Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9finition id\u00e9alis\u00e9e\u00a0? Mais rappelons que \u00ab\u00a0le courage, c\u2019est d\u2019aller \u00e0 l\u2019id\u00e9al et de comprendre le r\u00e9el\u00a0\u00bb et Jaur\u00e8s devenu id\u00e9alement socialiste va lutter de toutes ses forces pour mettre en pratique un socialisme r\u00e9ellement et raisonnablement humain, au risque de se faire d\u00e9tester ou pire, marginaliser.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il y a de plus puissant dans le socialisme, c\u2019est la vertu du mot qui fait luire aux yeux des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s l\u2019esp\u00e9rance de la r\u00e9paration justement attendue. Cela permet de les grouper, de les \u00e9mouvoir en masse\u2026 Mais un homme n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre group\u00e9 pour \u00eatre un homme.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929)<\/p><\/blockquote><p>Clemenceau, aussi passionn\u00e9ment r\u00e9publicain que Jaur\u00e8s, ne sera jamais homme de parti. Cela co\u00fbtera au Tigre la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique \u00ab\u00a0des camarades\u00a0\u00bb qu\u2019il ne cessera de fustiger et qui se refuseront toujours \u00e0 l\u2019\u00e9lire, m\u00eame devenu le P\u00e8re la Victoire au lendemain de la Grande Guerre. L\u2019Histoire n\u2019est pas juste ni morale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faut exclure du Parti socialiste, c\u2019est l\u2019esprit d\u2019exclusion\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), cit\u00e9 par Max Gallo,\u00a0<em> Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s tiendra parole et regroupera des socialistes dont il ne partage pas les id\u00e9es, persuad\u00e9 aussi id\u00e9aliste qu\u2019il soit que l\u2019union fait la force en politique. \u00c9ternel dilemme auquel la gauche sera toujours confront\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p><p>Rappelons aussi la profession de foi qui d\u00e9finit bien le personnage\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte en mon c\u0153ur un r\u00eave de fraternit\u00e9 et de justice, et je veux travailler jusqu\u2019au bout \u00e0 le r\u00e9aliser.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement par la force des choses que s\u2019accomplira la R\u00e9volution sociale. C\u2019est par la force des hommes.\u00a0\u00bb<span id=\"2548\" class=\"cit-num\">2548<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la France contemporaine<\/em> (1789-1900) sous la direction de J. Jaur\u00e8s. tome 1, La Constituante<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s l\u2019historien philosophe s\u2019est inclin\u00e9 devant la loi du parti socialiste\u00a0: pas de participation au gouvernement radical de Clemenceau en 1906 \u2013 des hommes comme lui manqueront \u00e0 cette R\u00e9publique radicale\u00a0!<\/p><p>C\u2019est donc en d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition qu\u2019il m\u00e8ne les grands combats pour les lois ouvri\u00e8res. Sans \u00e9carter le recours \u00e0 la force insurrectionnelle (ce que veut la <span class=\"caps\">CGT<\/span>), il croit que la r\u00e9volution sociale peut et doit passer par une \u00e9volution de la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine en d\u00e9mocratie socialiste. Le renforcement de la classe ouvri\u00e8re en est la condition.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un peu d\u2019internationalisme \u00e9carte de la patrie, beaucoup d\u2019internationalisme y ram\u00e8ne.\u00a0\u00bb<span id=\"2539\" class=\"cit-num\">2539<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911)<\/p><\/blockquote><p>Ce livre commenc\u00e9 en 1908 s\u2019ins\u00e9rait dans un vaste projet d\u2019organisation socialiste de la France. Jaur\u00e8s y prolonge la tradition n\u00e9e sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise d\u2019une arm\u00e9e de milice. Depuis Robespierre, la gauche \u00e9tait rest\u00e9e m\u00e9fiante vis-\u00e0-vis de l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier, pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019id\u00e9e du peuple en armes.<\/p><p>L\u2019ouvrage devait s\u2019appeler\u00a0: La D\u00e9fense Nationale et la Paix Internationale. Vaste programme\u2026 Par ses relations familiales, professionnelles et amicales, Jaur\u00e8s c\u00f4toyait nombre de militaires de carri\u00e8re. N\u00e9 et \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Castres, ville de garnison, il est marqu\u00e9 par la brillante carri\u00e8re de son cousin<\/p><p>Benjamin Jaur\u00e8s, amiral et ministre de la Marine en 1889. Int\u00e9ress\u00e9 par la chose militaire, il choisit la commission permanente du Parlement, \u00ab\u00a0D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb.<\/p><p>Pour lui, le socialisme ne s\u2019oppose pas au patriotisme et peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un enrichissement de l\u2019internationalisme. Il diff\u00e8re en cela de Marx pour qui \u00ab\u00a0les ouvriers n\u2019ont pas de patrie\u00a0\u00bb.<\/p><p>D\u00e9put\u00e9 socialiste de Carmaux en 1893, il adh\u00e8re au parti ouvrier fran\u00e7ais de Jules Guesde, avant de devenir l\u2019un des chefs de la Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re, ou <span class=\"caps\">SFIO<\/span>. On l\u2019appelle aussi le Parti socialiste unifi\u00e9, pour rappeler \u00e0 la fois le socialisme et l\u2019unification de tous les courants jadis dispers\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitalisme n\u2019est pas \u00e9ternel, et en suscitant un prol\u00e9tariat toujours plus vaste et plus group\u00e9, il pr\u00e9pare lui-m\u00eame la force qui le remplacera.\u00a0\u00bb<span id=\"2557\" class=\"cit-num\">2557<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911)<\/p><\/blockquote><p>Id\u00e9e-force dans la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, tr\u00e8s sensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en train de se faire sous ses yeux.<\/p><p>Il parle aussi en historien visionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouvrier n\u2019est plus l\u2019ouvrier d\u2019un village ou d\u2019un bourg [\u2026] Il est une force de travail sur le vaste march\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 des forces m\u00e9caniques colossales et exigeantes [\u2026] Par sa mobilit\u00e9 ardente et brutale, par sa fougue r\u00e9volutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvri\u00e8re, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transform\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019\u0153uvre fait scandale. L\u2019auteur suscite des haines au sein de la droite nationaliste. Il en mourra, assassin\u00e9 trois ans plus tard.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise a pr\u00e9par\u00e9 indirectement l\u2019av\u00e8nement du prol\u00e9tariat. Elle a r\u00e9alis\u00e9 les deux conditions essentielles du socialisme, la d\u00e9mocratie et le capitalisme. Mais elle a \u00e9t\u00e9, en son fond, l\u2019av\u00e8nement politique de la classe bourgeoise.\u00a0\u00bb<span id=\"1634\" class=\"cit-num\">1634<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> Histoire socialiste de la France contemporaine<\/em> (1789-1900) sous la direction de J. Jaur\u00e8s. tome 1, La Constituante (1908)<\/p><\/blockquote><p>Avec le m\u00eame profil de carri\u00e8re (homme politique et historien), mais socialiste militant et un demi-si\u00e8cle plus tard, Jaur\u00e8s rejoint Tocqueville. La R\u00e9volution fran\u00e7aise est la cons\u00e9quence d\u2019un processus s\u00e9culaire, la prise de pouvoir politique d\u2019une classe qui avait d\u00e9j\u00e0 le pouvoir \u00e9conomique. \u00ab\u00a0Une nouvelle distribution de la richesse entra\u00eene une nouvelle distribution du pouvoir\u00a0\u00bb, voil\u00e0 une des le\u00e7ons de l\u2019histoire qui vaut bien au-del\u00e0 de la R\u00e9volution, et m\u00eame de la France.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La Commune] fut dans son essence, elle fut dans son fond la premi\u00e8re grande bataille rang\u00e9e du Travail contre le Capital. Et c\u2019est m\u00eame parce qu\u2019elle fut cela avant tout [\u2026] qu\u2019elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut \u00e9gorg\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"2384\" class=\"cit-num\">2384<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la France contemporaine<\/em> (1789-1900) sous la direction de J. Jaur\u00e8s, tome <span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh (1908)<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s qui dirige ce travail en 13 volumes raisonne \u00e0 la fois en historien et en socialiste. Homme politique, il sera toujours du c\u00f4t\u00e9 du Travail et des travailleurs. N\u2019excluant pas le recours \u00e0 la force insurrectionnelle, il aurait \u00e9t\u00e9 Communard, malgr\u00e9 son pacifisme qui sera la raison de son assassinat.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mesure que l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique devenait un fait plus certain, c\u2019est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale qui heurtait le plus les esprits.\u00a0\u00bb<span id=\"2405\" class=\"cit-num\">2405<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la France contemporaine<\/em> (1789-1900) sous la direction de J. Jaur\u00e8s, tome 4, La Convention (1908)<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9put\u00e9 de Carmaux tr\u00e8s actif au sein du Parti socialiste unifi\u00e9, cr\u00e9\u00e9 en 1905 (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>), il m\u00e8ne toutes les grandes batailles socialistes du temps. Sans exclure le recours \u00e0 la force insurrectionnelle, il pr\u00e9f\u00e8re naturellement, au nom d\u2019un socialisme lib\u00e9ral et d\u00e9mocratique, la solution d\u2019un prol\u00e9tariat assez fort pour transformer la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine en une d\u00e9mocratie socialiste, alors que \u00ab\u00a0la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re est m\u00e8re d\u2019in\u00e9galit\u00e9 et de brutalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p>Rappelons que dans cette <em>Histoire socialiste<\/em> qu\u2019il a entreprise et dirig\u00e9e, Jaur\u00e8s s\u2019est r\u00e9serv\u00e9 le meilleur de l\u2019Histoire et ce qui l\u2019int\u00e9resse le plus sans l\u2019actualit\u00e9\u00a0: toute la partie correspondant \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise (les 4 premiers tomes), mais aussi le bilan social du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (fin du tome 12), ainsi que le d\u00e9but du tome 11 consacr\u00e9 \u00e0 la Guerre franco-allemande de 1870-1871.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique c\u2019est le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, \u00e0 avoir sa part de la souverainet\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Action socialiste<\/em> (1899), recueil de textes publi\u00e9s par Charles P\u00e9guy<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s toujours soucieux de se faire entendre et comprendre \u00e9crit un court avant-propos \u00e0 ces textes\u00a0:<\/p><p>\u00ab\u00a0D\u00e8s que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire dans les journaux et \u00e0 parler \u00e0 la Chambre, d\u00e8s 1886, le socialisme me poss\u00e9dait tout entier, et j\u2019en faisais profession. Je ne dis point cela pour combattre la l\u00e9gende qui fait de moi un centre-gauche converti, mais simplement parce que c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9.<\/p><p>Mais il est vrai aussi que j\u2019ai adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e socialiste et collectiviste avant d\u2019adh\u00e9rer au parti socialiste. Je m\u2019imaginais que tous les r\u00e9publicains, en poussant \u00e0 bout l\u2019id\u00e9e de R\u00e9publique, devaient venir au socialisme. Et il me paraissait plus sage de ne pas cr\u00e9er un groupement socialiste distinct.<\/p><p>C\u2019\u00e9tait une illusion enfantine, et ce que la vie m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, ce n\u2019est point l\u2019id\u00e9e socialiste, c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9 du combat. Si les pages qui suivent pouvaient aider les hommes de pens\u00e9e \u00e0 devenir des hommes de combat et \u00e0 comprendre que la v\u00e9rit\u00e9, pour \u00eatre toute la v\u00e9rit\u00e9, doit s\u2019armer en bataille, les jeunes gens d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s et d\u00e9vou\u00e9s qui ont pris l\u2019initiative de cette publication seraient bien pay\u00e9s de leur peine.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos interlocuteurs capitalistes affirment qu\u2019un ordre social nouveau est impossible parce qu\u2019il faudrait changer la nature humaine. \u2018Il y aura toujours des pauvres et des riches\u2019 disent-ils, comme on disait il y a quelques si\u00e8cles \u2018Il y aura toujours des nobles et des roturiers\u2019, comme Aristote disait il y a plus de deux mille ans \u2018Il est dans la nature humaine qu\u2019il y ait des esclaves\u2019. Et l\u2019on confond ainsi de si\u00e8cle en si\u00e8cle, de soci\u00e9t\u00e9 en soci\u00e9t\u00e9, de privil\u00e8ge en privil\u00e8ge, la nature humaine avec les formes sociales transitoires qui la d\u00e9terminent un moment sans la captiver \u00e0 jamais.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Pr\u00e9face \u00e0 l\u2019 \u00ab\u00a0Enqu\u00eate sur la question sociale en Europe\u00a0\u00bb de Jules Huret<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est encore l\u2019historien philosophe et l\u2019inlassable p\u00e9dagogue qui s\u2019exprime, en marge de l\u2019action et du discours politique. Jaur\u00e8s est le plus grand \u00ab\u00a0communiquant\u00a0\u00bb de son temps. D\u00e9put\u00e9 r\u00e9\u00e9lu en 1893, il use de la tribune en socialiste convaincu et r\u00e9publicain de toujours.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons conquis le suffrage universel. Il nous reste \u00e0 conqu\u00e9rir la souverainet\u00e9 populaire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21 novembre 1893, site de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Oui, par le suffrage universel, par la souverainet\u00e9 nationale qui trouve son expression d\u00e9finitive et logique dans la R\u00e9publique, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salari\u00e9s, une assembl\u00e9e de rois. C\u2019est d\u2019eux, c\u2019est de leur volont\u00e9 souveraine qu\u2019\u00e9manent les lois et le gouvernement\u00a0; ils r\u00e9voquent, ils changent leurs mandataires, les l\u00e9gislateurs et les ministres, mais, au moment m\u00eame o\u00f9 le salari\u00e9 est souverain dans l\u2019ordre politique, il est dans l\u2019ordre \u00e9conomique r\u00e9duit \u00e0 une sorte de servage. Oui\u00a0! au moment o\u00f9 il peut chasser les ministres du pouvoir, il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chass\u00e9 de l\u2019atelier. Son travail n\u2019est plus qu\u2019une marchandise que les d\u00e9tenteurs du capital acceptent ou refusent \u00e0 leur gr\u00e9\u00a0\u00bb<\/p><p>Dans le m\u00eame esprit, \u00e0 la m\u00eame tribune, il d\u00e9fend sa conception du socialisme en lan\u00e7ant un d\u00e9fi \u00e0 ses adversaires.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le socialisme est \u00e0 ce point un mouvement profond et n\u00e9cessaire, qu\u2019il sort si \u00e9videmment, si puissamment de toutes les institutions r\u00e9publicaines, la\u00efques, d\u00e9mocratiques, que, pour combattre le socialisme, vous allez \u00eatre condamn\u00e9s dans tous les ordres, dans l\u2019ordre politique, dans l\u2019ordre fiscal et dans l\u2019ordre syndical, \u00e0 une \u0153uvre de r\u00e9action\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21 novembre 1893, site de l\u2019Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Eh bien\u00a0! faites-la, essayez-la\u00a0! et pendant que vous userez ce qui peut vous rester de force et de prestige \u00e0 lutter contre le peuple en marche, dans les intervalles que nous laisseront vos pers\u00e9cutions impuissantes, nous apporterons les projets de r\u00e9forme que vous n\u2019avez pas apport\u00e9s\u00a0; et, puisque vous d\u00e9sertez la politique r\u00e9publicaine, c\u2019est nous, socialistes, qui la ferons ici.\u00a0\u00bb<\/p><p>Dans son <em>Histoire socialiste de la France contemporaine<\/em>, il exprime autrement la m\u00eame id\u00e9e fixe\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est en poussant \u00e0 bout le mouvement \u00e9conomique que le prol\u00e9tariat s\u2019affranchira et deviendra l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb L\u2019Humanit\u00e9, mot-cl\u00e9, id\u00e9e fixe de la pens\u00e9e jauressienne et titre du journal qu\u2019il va cr\u00e9er en 1904 \u00e0 son image.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On n\u2019enseigne pas ce que l\u2019on sait ou ce que l\u2019on croit savoir\u00a0: on n\u2019enseigne et on ne peut enseigner que ce que l\u2019on est.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>sprit du socialisme\u00a0: six \u00e9tudes et discours<\/em>, posthume (1964).<\/p><\/blockquote><p>Le journaliste militant reste fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 sa promotion du socialisme (ouvrier), comme l\u2019avocat ne peut plaider que contre la (grande) bourgeoisie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et vous vous \u00e9tonnez de la v\u00e9h\u00e9mence de nos paroles, de la force de nos accusations\u00a0! Mais songez donc que nous parlons au nom d\u2019un si\u00e8cle de silence\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), plaidoirie au proc\u00e8s qui a oppos\u00e9 en 1894 le journaliste G\u00e9rault-Richard au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jean Casimir-Perier. Cit\u00e9 par Pascal Melka, <em>Jean Jaur\u00e8s, un combat pour l\u2019Humanit\u00e9\u00a0: \u00c9tude de sa pens\u00e9e politique<\/em> (2010)<\/p><\/blockquote><p>Novembre 1894. Jean Jaur\u00e8s est autoris\u00e9 par le pr\u00e9sident de la cour d\u2019assises de la Seine \u00e0 d\u00e9fendre le journaliste G\u00e9rault-Richard (du journal<em> Le Chambard socialiste<\/em>), accus\u00e9 d\u2019outrages \u00e0 Jean Casimir-Perier, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p><p>\u00ab\u00a0Songez donc qu\u2019il y a cent ans il y avait dans ces ateliers et dans ces mines des hommes qui souffraient, qui mouraient sans avoir le droit d\u2019ouvrir la bouche\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p>Plaidoirie importante\u00a0: au-del\u00e0 du cas de la famille Perier, elle permet de mieux comprendre \u00e0 quel type de personnes et de situations pense Jaur\u00e8s, quand il d\u00e9nonce et lutte contre le pouvoir de cette oligarchie bourgeoise qui, depuis la R\u00e9volution et \u00e0 travers tout le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, prend peu \u00e0 peu possession de la R\u00e9publique, m\u00ealant les affaires, la banque, la presse et la politique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots.\u00a0\u00bb<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), 23-27 septembre 1900 au Congr\u00e8s socialiste international (Paris)<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur de ce monde\u00a0\u00bb \u00e9crira Camus en 1944. Mais ni Camus ni Jaur\u00e8s n\u2019auront recours \u00e0 ce subterfuge\u2026<\/p><p>Et ce n\u2019est pas un hasard si apr\u00e8s la mort de Samuel Paty assassin\u00e9 le 16 octobre 2020 pr\u00e8s du coll\u00e8ge du Bois-d\u2019Aulne \u00e0 Conflans-Sainte-Honorine (dans les Yvelines), Matthieu Chedid (le chanteur M) reprend la \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Monsieur Germain\u00a0\u00bb d\u2019Albert Camus et la \u00ab\u00a0Lettre aux instituteurs\u00a0\u00bb de Jean Jaur\u00e8s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, \u00e0 mesure que grandit le pouvoir du Parti socialiste, grandit sa responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), 26 novembre 1900. Guesde et Jaur\u00e8s s\u2019affrontent devant 8 000 militants, <em>Le Monde<\/em>, 16 mai 2003<\/p><\/blockquote><p>Cinq ans avant l\u2019unification du congr\u00e8s du Globe, une assembl\u00e9e de socialistes des diff\u00e9rents partis alors existants en France assistent, \u00e0 l\u2019hippodrome de Lille, \u00e0 une r\u00e9union contradictoire entre Jaur\u00e8s et Guesde. Les deux dirigeants s\u2019expliquent sur leur attitude pendant l\u2019Affaire Dreyfus, donnent leur point de vue sur la participation \u00e0 des \u00ab\u00a0gouvernements bourgeois\u00a0\u00bb, sur le socialisme municipal. On retiendra surtout la controverse doctrinale\u00a0: r\u00e9forme ou r\u00e9volution\u00a0? Et les mots de Jaur\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0De cette responsabilit\u00e9, nous n\u2019avons pas peur, le Parti socialiste n\u2019en a pas peur\u00a0; il a confiance dans la classe ouvri\u00e8re, \u00e0 une condition, c\u2019est qu\u2019elle soit organis\u00e9e, c\u2019est qu\u2019elle soit unifi\u00e9e\u00a0; c\u2019est qu\u2019en face de tous les autres partis anarchiques et discordants, elle ne forme qu\u2019un parti, comme elle ne forme qu\u2019une classe.\u00a0\u00bb<\/p><p>Reste la conjoncture internationale et la mise en garde de Clemenceau, l\u2019autre grand r\u00e9publicain \u2013 radical et adversaire de la pens\u00e9e jauressienne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand viendra le moment de choisir, l\u2019instinct ou le r\u00e9flexe de la conservation, sans lequel Jaur\u00e8s lui-m\u00eame ne pourrait pas vivre pendant une minute, l\u2019emportera sur tout le reste, et lorsque les socialistes fran\u00e7ais verront les socialistes allemands franchir la fronti\u00e8re en armes, ils d\u00e9lib\u00e9reront fort peu sur le danger de ruiner une force de lib\u00e9ration ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), cit\u00e9 par Max Gallo, \u00ab\u00a0Clemenceau, Jaur\u00e8s\u00a0: le duel\u00a0\u00bb, <em>Le Figaro<\/em>, 9 ao\u00fbt 2008<\/p><\/blockquote><p>En 1900, l\u2019un est radical, l\u2019autre socialiste. En 1906, l\u2019un d\u00e9fend l\u2019ordre, l\u2019autre, la gr\u00e8ve. En 1914, l\u2019un est patriote, l\u2019autre, pacifiste. Clemenceau et Jaur\u00e8s\u00a0: deux id\u00e9es de la R\u00e9publique.<\/p><p>Clemenceau ne croit pas \u00e0 l\u2019union de tous les prol\u00e9taires, dans une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale emp\u00eachant la guerre. Clemenceau ne se trompait pas. A 76 ans, en 1917, devant la crise de la nation en guerre, Clemenceau est rappel\u00e9 au pouvoir. Il rend confiance au pays et devint \u00ab\u00a0le P\u00e8re de la victoire\u00a0\u00bb. Jaur\u00e8s avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le 31 juillet 1914.<\/p><h4>5. Le combat contre la Grande Guerre qui s\u2019annonce, impensable et in\u00e9vitable.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait pas la guerre pour se d\u00e9barrasser de la guerre.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>\u0152uvres de Jean Jaur\u00e8s\u00a0: les alliances europ\u00e9ennes<\/em> (1887-1903), \u00e9dition posthume (1931)<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s a pris le relais d\u2019Hugo\u00a0mort en 1885, le grand homme du si\u00e8cle qui v\u00e9cut <em>l\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (publi\u00e9e en 1872), avec la guerre franco-prussienne de 1870-1872\u00a0: \u00ab\u00a0Ne nous lassons pas, nous les philosophes, de d\u00e9clarer au monde la paix.\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019ordre chronologique des citations s\u2019impose ici plus que jamais, compte \u00e0 rebours d\u2019autant plus tragique quand on conna\u00eet l\u2019aboutissement\u00a0: la mort de Jaur\u00e8s et le d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le moyen le plus s\u00fbr de faire \u00e9chec \u00e0 l\u2019autocratie prussienne et de pr\u00e9parer la revanche de notre pays en Europe, c\u2019est de donner \u00e0 l\u2019Europe et \u00e0 l\u2019Allemagne en particulier un \u00e9branlement de d\u00e9mocratie par le d\u00e9veloppement hardi de la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), \u00ab\u00a0Nos camarades les socialistes allemands\u00a0\u00bb, <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em>, 20 f\u00e9vrier 1890<\/p><\/blockquote><p>Selon ses propres termes, il \u00ab\u00a0exprime pour la premi\u00e8re fois d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9finitive sa solidarit\u00e9 avec le socialisme fran\u00e7ais et international\u00a0\u00bb. Et dans la logique de sa pens\u00e9e politique, il tend une main fraternelle aux socialistes allemands.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu\u00e9e porte l\u2019orage.\u00a0\u00bb<span id=\"2411\" class=\"cit-num\">2411<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 7 mars 1895, publi\u00e9 par P\u00e9guy en 1899 dans le recueil de textes de Jaur\u00e8s intitul\u00e9 <em>Action socialiste<\/em><\/p><\/blockquote><p>Mot tr\u00e8s connu et souvent cit\u00e9, r\u00e9sum\u00e9 d\u2019une citation plus longue. \u00ab\u00a0Toujours votre soci\u00e9t\u00e9 violente et chaotique, m\u00eame quand elle veut la paix, m\u00eame quand elle est \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nu\u00e9e dormante porte l\u2019orage.\u00a0\u00bb La suite est tout aussi importante.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, il n\u2019y a qu\u2019un moyen d\u2019abolir enfin la guerre entre les peuples, c\u2019est d\u2019abolir la guerre entre les individus, c\u2019est d\u2019abolir la guerre \u00e9conomique, le d\u00e9sordre de la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente, c\u2019est de substituer \u00e0 la lutte universelle pour la vie, qui aboutit \u00e0 la lutte universelle sur les champs de bataille, un r\u00e9gime de concorde sociale et d\u2019unit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 7 mars 1895, publi\u00e9 par P\u00e9guy en 1899 dans le recueil de textes de Jaur\u00e8s intitul\u00e9 <em>Action socialiste<\/em><\/p><\/blockquote><p>Pour Jaur\u00e8s, le capitalisme est source de guerre \u00e0 deux niveaux\u00a0: il organise une hi\u00e9rarchie entre les classes sociales et pousse les opprim\u00e9s \u00e0 la r\u00e9volte, mais il cr\u00e9e en m\u00eame temps une comp\u00e9tition entre les puissances \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019international et entre les d\u00e9tenteurs de capitaux, ce qui vient briser la solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re \u2013 l\u2019Internationale socialiste promue par Jaur\u00e8s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est de la division profonde des classes et des int\u00e9r\u00eats dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s du 7 mars 1895, publi\u00e9 par P\u00e9guy en 1899 dans le recueil de textes de Jaur\u00e8s intitul\u00e9 <em>Action socialiste<\/em><\/p><\/blockquote><p>L\u2019orateur socialiste s\u2019exprime sur trois grands th\u00e8mes\u00a0: la d\u00e9mocratisation de l\u2019arm\u00e9e inspir\u00e9e de la R\u00e9volution\u00a0; l\u2019inanit\u00e9 d\u2019une guerre de revanche contre l\u2019Allemagne s\u2019opposant \u00e0 la \u00ab\u00a0Revanche reine de France\u00a0\u00bb obsession de la droite\u00a0; les liens entre capitalisme et guerre, et entre socialisme et paix. Sur ce dernier point, son argumentation est d\u2019une logique implacable.<\/p><p>\u00ab\u00a0Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d\u2019hommes poss\u00e9dera les grands moyens de production et d\u2019\u00e9change, tant qu\u2019elle poss\u00e9dera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux soci\u00e9t\u00e9s qu\u2019elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimit\u00e9e, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir\u00a0; tant que cette classe privil\u00e9gi\u00e9e, pour se pr\u00e9server contre tous les sursauts possibles de la masse, s\u2019appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines arm\u00e9es de m\u00e9tier des r\u00e9publiques oligarchiques\u00a0; tant que le c\u00e9sarisme pourra profiter de cette rivalit\u00e9 profonde des classes pour les duper et les dominer l\u2019une par l\u2019autre, \u00e9crasant au moyen du peuple aigri les libert\u00e9s parlementaires de la bourgeoisie, \u00e9crasant ensuite, au moyen de la bourgeoisie gorg\u00e9e d\u2019affaires, le r\u00e9veil r\u00e9publicain du peuple\u00a0; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, \u00e9conomique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres arm\u00e9es entre les peuples. C\u2019est de la division profonde des classes et des int\u00e9r\u00eats dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019humanit\u00e9 est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamn\u00e9e \u00e0 tuer \u00e9ternellement. Le courage, aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas de maintenir sur le monde la nu\u00e9e de la Guerre, nu\u00e9e terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu\u2019elle \u00e9clatera sur d\u2019autres. Le courage, ce n\u2019est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut r\u00e9soudre\u00a0; car le courage est l\u2019exaltation de l\u2019homme, et ceci en est l\u2019abdication\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> Maudite soit la guerre\u00a0! Discours \u00e0 la jeunesse et autres paroles publiques<\/em>. Discours \u00e0 la Jeunesse, Albi, 30 juillet 1903<\/p><\/blockquote><p>Longue anaphore sur le courage, l\u2019une des qualit\u00e9s ch\u00e8res \u00e0 Jaur\u00e8s\u00a0! \u00ab\u00a0Le courage, c\u2019est de ne pas livrer sa volont\u00e9 au hasard des impressions et des forces (\u2026) Le courage, c\u2019est d\u2019\u00eatre tout ensemble et quel que soit le m\u00e9tier, un praticien et un philosophe. Le courage, c\u2019est de comprendre sa propre vie, de la pr\u00e9ciser, de l\u2019approfondir, de l\u2019\u00e9tablir et de la coordonner cependant \u00e0 la vie g\u00e9n\u00e9rale. (\u2026) Le courage, c\u2019est de dominer ses propres fautes, d\u2019en souffrir, mais de n\u2019en pas \u00eatre accabl\u00e9 et de continuer son chemin. Le courage, c\u2019est d\u2019aimer la vie et de regarder la mort d\u2019un regard tranquille\u00a0; c\u2019est d\u2019aller \u00e0 l\u2019id\u00e9al et de comprendre le r\u00e9el\u00a0; c\u2019est d\u2019agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle r\u00e9compense r\u00e9serve \u00e0 notre effort l\u2019univers profond, ni s\u2019il lui r\u00e9serve une r\u00e9compense. Le courage, c\u2019est de chercher la v\u00e9rit\u00e9 et de la dire\u00a0; c\u2019est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire \u00e9cho, de notre \u00e2me, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imb\u00e9ciles et aux hu\u00e9es fanatiques.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, il n\u2019y a qu\u2019un moyen d\u2019abolir enfin la guerre entre les peuples, c\u2019est d\u2019abolir la guerre entre les individus, c\u2019est d\u2019abolir la guerre \u00e9conomique, le d\u00e9sordre de la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente, c\u2019est de substituer \u00e0 la lutte universelle pour la vie \u2014 qui aboutit \u00e0 la lutte universelle sur les champs de bataille \u2014 un r\u00e9gime de concorde sociale et d\u2019unit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Maudite soit la guerre\u00a0! Discours \u00e0 la jeunesse et autres paroles publiques<\/em>. Albi, le 30 juillet 1903<\/p><\/blockquote><p>Le discours se conclut sur une utopie jauressienne. Mais le socialisme lui-m\u00eame est n\u00e9 utopique au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, pour devenir la grande id\u00e9e du si\u00e8cle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la paix, s\u2019il est possible, \u00e0 travers la guerre s\u2019il le faut, nous suivrons le grand peuple de la Bastille devenu le grand peuple de Valmy. Mais que dans la coupe de la R\u00e9volution les g\u00e9n\u00e9rations boivent l\u2019h\u00e9ro\u00efsme pur de la libert\u00e9, non le r\u00e9sidu ferment\u00e9 des passions guerri\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, 1901-1908<\/p><\/blockquote><p>L\u2019historien inspire toujours le philosophe et structure la pens\u00e9e de l\u2019homme politique. C\u2019est l\u2019une des qualit\u00e9s majeures de Jaur\u00e8s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a une admirable tradition intellectuelle.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911)<\/p><\/blockquote><p>Jaur\u00e8s est indissociablement li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e du pacifisme et \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019engrenage ayant conduit au d\u00e9clenchement de la Grande Guerre. Mais son pacifisme ne r\u00e9sultait pas d\u2019un refus radical de la guerre. Rappelons que ce livre s\u2019ins\u00e8re dans un vaste projet d\u2019organisation socialiste de la France, prolongeant une tradition, n\u00e9e sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise, pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019id\u00e9e du peuple en armes plut\u00f4t que l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier. Jaur\u00e8s en 1913 se prononcera en faveur d\u2019un service court et universel.<\/p><p>L\u2019arm\u00e9e nouvelle, m\u00eame dans sa composante professionnelle, ne devait pas constituer un corps s\u00e9par\u00e9 dans la nation, mais incarner la nation elle-m\u00eame. Elle devait surtout mettre la France \u00e0 l\u2019abri de toute agression.<\/p><p>Le pacifisme de Jaur\u00e8s, marqu\u00e9 par ses origines familiales comme par la lecture de Marx et L\u00e9nine relevait ainsi du \u00ab\u00a0Si vis pacem, para bellum.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates, Monsieur, d\u2019une ignorance encyclop\u00e9dique.\u00a0\u00bb<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Justin de Selves, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res (1911-1912)<\/p><\/blockquote><p>Si incomp\u00e9tent qu\u2019il fut surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le ministre \u00e9tranger aux Affaires\u00a0\u00bb, de Selves reste quand m\u00eame \u00e0 ce poste strat\u00e9gique 6 mois et 18 jours, remplac\u00e9 par Poincar\u00e9. Il fera une petite carri\u00e8re et pr\u00e9sidera trois ans le S\u00e9nat.<\/p><p>Jaur\u00e8s \u00e0 la culture encyclop\u00e9dique et aux nombreux dipl\u00f4mes devait s\u2019affliger de l\u2019incomp\u00e9tence notoire du personnel politique. Clemenceau manifestera souvent son humour et sa cruaut\u00e9 de Tigre \u00e0 ce sujet.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sera le plus terrible holocauste depuis la guerre de Trente Ans\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), L\u2019Humanite\u0301 du 21 mai 1912, cit\u00e9 par Max Gallo, <em>Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>Dans son journal cr\u00e9\u00e9 en 1904, il d\u00e9nonce le risque de voir son pays et l\u2019Europe entie\u0300re entrai\u0302ne\u0301s dans un conflit dans les Balkans, pre\u0301lude a\u0300 une guerre ge\u0301ne\u0301rale.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appelle les vivants pour qu\u2019ils se d\u00e9fendent contre le monstre qui appara\u00eet \u00e0 l\u2019horizon.\u00a0\u00bb <span id=\"103\" class=\"cit-num\">103<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours au congr\u00e8s de B\u00e2le, 24 novembre 1912, cit\u00e9 par Max Gallo,<em> Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>Face \u00e0 la menace de guerre mondiale que vient de r\u00e9veiller la guerre dans les Balkans, plus de 500 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s socialistes venus de 23 pays se r\u00e9unissent \u00e0 B\u00e2le pour exprimer leur volont\u00e9 d\u2019\u00e9viter la guerre. Le dimanche, dans les rues, dix mille manifestants. Et dans la cath\u00e9drale de B\u00e2le, plusieurs grands responsables socialistes s\u2019expriment, Jaur\u00e8s \u00e9tant l\u2019un des plus remarqu\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les gouvernements de l\u2019Europe r\u00e9p\u00e8tent\u00a0: cette guerre serait un crime et une folie. Et les m\u00eames gouvernements diront peut-\u00eatre dans quelques semaines \u00e0 des millions d\u2019hommes\u00a0: c\u2019est votre devoir d\u2019entrer dans ce crime et cette folie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Discours au congr\u00e8s de B\u00e2le, 24 novembre 1912, cit\u00e9 par Max Gallo, <em>Le Grand Jaur\u00e8s<\/em> (1984)<\/p><\/blockquote><p>Il reprendra les id\u00e9es de ce discours d\u00e8s le 25 novembre, dans son article de <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em> titr\u00e9 sans \u00e9quivoque \u00ab\u00a0L\u2019odeur de ce charnier\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le combat pour la paix est aujourd\u2019hui le plus grand et le plus urgent des combats.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), \u00c0 la jeunesse pouss\u00e9e vers la guerre, janvier 1914, publi\u00e9 en f\u00e9vrier 1914 dans le <em>Bulletin de la Ligue des Droits de l\u2019Homme<\/em><\/p><\/blockquote><p>Discours prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des obs\u00e8ques de son ami Francis de Pressens\u00e9, pr\u00e9sident de la Ligue des droits de l\u2019Homme, ha\u00ef de l\u2019extr\u00eame droite pour son dreyfusisme, son socialisme et son pacifisme\u2026<\/p><p>C\u2019est l\u2019occasion pour Jaur\u00e8s de mettre en garde la jeunesse alors bombard\u00e9e par Maurras, Barr\u00e8s et leurs semblables d\u2019appels \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme militaire et de glorification de la guerre. Abel Bonnard (chantre de la collaboration lors de la Seconde Guerre mondiale) \u00e9crit d\u00e9j\u00e0 dans <em>le Figaro<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est dans la guerre que tout se refait. Il faut savoir l\u2019embrasser dans toute sa sauvage po\u00e9sie de sang.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a dans notre France, sur les probl\u00e8mes vitaux, une inertie de la pens\u00e9e, une somnolence de l\u2019esprit qui nous exposent \u00e0 toutes les surprises, jusqu\u2019au jour o\u00f9 se produisent ces lumineux r\u00e9veils qui viennent heureusement, quoique \u00e0 de trop longs intervalles, sauver notre pays.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> La D\u00e9p\u00eache du Midi<\/em>, 12 f\u00e9vrier 1914. Cit\u00e9 par Bruno Fuligni, <em>Le Monde selon Jaur\u00e8s, Pol\u00e9miques, r\u00e9flexions, discours et proph\u00e9ties<\/em> (2014)<\/p><\/blockquote><p>Mais ce \u00ab\u00a0lumineux r\u00e9veil\u00a0\u00bb des consciences n\u2019est plus d\u2019actualit\u00e9\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dites-moi, \u00e0 la veille d\u2019une guerre, le g\u00e9n\u00e9ral qui commanderait [\u2026] de coller au mur le citoyen Jaur\u00e8s et de lui mettre \u00e0 bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce g\u00e9n\u00e9ral n\u2019aurait pas fait son plus \u00e9l\u00e9mentaire devoir\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Maurice de <span class=\"caps\">WALEFFE<\/span> (1874-1906), <em>L\u2019\u00c9cho de Paris,<\/em> 17 juillet 1914<\/p><\/blockquote><p>Belge naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, \u00e9crivain et journaliste, il a dirig\u00e9 le quotidien national Paris-Midi de 1911 \u00e0 1944 et fond\u00e9 en 1920 \u00ab\u00a0La plus belle Femme de France\u00a0\u00bb, premier nom du concours de Miss France.<\/p><p>L\u2019homme a un avis sur tout et ne manque pas de le faire savoir. \u00ab\u00a0Le journalisme est un m\u00e9tier o\u00f9, par d\u00e9finition, on doit avoir une id\u00e9e par jour. En quarante ans de journalisme, il m\u2019a bien fallu en avoir quelques-unes\u00a0\u00bb, se gargarise-t-il dans<em> La Revue des deux mondes<\/em>. Quitte \u00e0 aller trop loin.<\/p><p>Hostile \u00e0 l\u2019Allemagne, il d\u00e9sapprouve le pacifisme jusqu\u2019au-boutiste d\u2019un Jean Jaur\u00e8s qu\u2019il appelle carr\u00e9ment \u00e0 fusiller. Quelques jours apr\u00e8s, le leader socialiste tombera sous les balles de Raoul Villain, un \u00e9tudiant nationaliste d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de d\u00e9sespoir, il n\u2019y a plus, au moment o\u00f9 nous sommes menac\u00e9s de meurtre et de sauvagerie, qu\u2019une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c\u2019est que le prol\u00e9tariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de fr\u00e8res, Fran\u00e7ais, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions \u00e0 ces milliers d\u2019hommes de s\u2019unir pour que le battement unanime de leurs c\u0153urs \u00e9carte l\u2019horrible cauchemar.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Dernier discours \u00e0 Lyon-Vaise, 25 juillet 1914, Cit\u00e9 par la Fondation Jean Jaur\u00e8s<\/p><\/blockquote><p>Il part soutenir \u00e0 Lyon le candidat socialiste Marius Moutet, en campagne pour une \u00e9lection l\u00e9gislative partielle. Il y prononce son dernier discours en France, six jours avant son assassinat. Mais quelques semaines avant le d\u00e9clenchement de la guerre, il continue \u00e0 chercher jusqu\u2019au dernier moment les voix de la paix.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout faire encore pour emp\u00eacher cette tuerie\u00a0! Ce sera une chose affreuse\u2026 D\u2019ailleurs on nous tuera d\u2019abord, on le regrettera peut-\u00eatre apr\u00e8s\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) \u00e0 Paul Boncour, 28 juillet 1914, cit\u00e9 dans l\u2019Humanit\u00e9, 22 juillet 2016<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Autriche-Hongrie est entr\u00e9e en guerre. Pessimiste avant sa mort qu\u2019il pressent, il s\u2019adresse au directeur de cabinet de Ren\u00e9 Viviani, pr\u00e9sident du Conseil pacifiste qu\u2019il soutient avec le groupe socialiste.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand danger \u00e0 l\u2019heure actuelle n\u2019est pas, si je puis dire, dans les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames. [\u2026] Il est dans l\u2019\u00e9nervement qui gagne, dans l\u2019inqui\u00e9tude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l\u2019incertitude aigu\u00eb, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 prolong\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), extrait de son dernier article dans<em> L\u2019Humanit\u00e9<\/em> du 31 juillet 1914<\/p><\/blockquote><p>Article publi\u00e9 le jour de son assassinat. \u00ab\u00a0[\u2026] Ce qui importe avant tout, c\u2019est la continuit\u00e9 de l\u2019action, c\u2019est le perp\u00e9tuel \u00e9veil de la pens\u00e9e et de la conscience ouvri\u00e8re. L\u00e0 est la vraie sauvegarde. L\u00e0 est la garantie de l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette guerre va r\u00e9veiller toutes les passions bestiales qui dorment au c\u0153ur de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: il faut nous attendre \u00e0 \u00eatre assassin\u00e9s au coin des rues. Qu\u2019importe apr\u00e8s tout\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), ses derniers mots, publi\u00e9s par <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em> le 1er ao\u00fbt, au lendemain de son assassinat<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019essentiel est que nous agissions selon notre id\u00e9al, que nous donnions notre force d\u2019un jour \u00e0 ce que nous croyons la justice et que nous fassions \u0153uvre d\u2019homme en attendant d\u2019\u00e2tre couch\u00e9s \u00e0 jamais dans le silence et dans la nuit.\u00a0\u00bb<\/p><h4>6. L\u2019assassinat de Jaur\u00e8s et la post\u00e9rit\u00e9 jauressienne.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jaur\u00e8s est tu\u00e9\u00a0! Ils ont tu\u00e9 Jaur\u00e8s.\u00a0\u00bb<span id=\"2569\" class=\"cit-num\">2569<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Mme\u00a0<span class=\"caps\">POISSON<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIX<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.), Caf\u00e9-restaurant du Croissant, 31\u00a0juillet 1914 \u00e0 21\u00a0h\u00a040. Arr\u00eat\u00e9 du 18\u00a0novembre 1999 relatif \u00e0 la frappe et \u00e0 la mise en circulation de pi\u00e8ces comm\u00e9moratives de 500\u00a0francs<\/p><\/blockquote><p>Le texte\u00a0: \u00ab\u00a0Jean Jaur\u00e8s est repr\u00e9sent\u00e9 de trois quarts, portant la barbe. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan, des \u00e9tendards flottant au vent et un assemblage de poulies \u00e9voquent les d\u00e9buts de l\u2019\u00e8re industrielle et le destin du militant politique tout \u00e0 la fois attach\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique et porteur d\u2019id\u00e9es sociales novatrices et g\u00e9n\u00e9reuses. En l\u00e9gende, la phrase prononc\u00e9e par un des t\u00e9moins ayant assist\u00e9 \u00e0 l\u2019assassinat\u00a0: Jaur\u00e8s est tu\u00e9\u00a0! Ils ont tu\u00e9 Jaur\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Les faits\u00a0: Jaur\u00e8s d\u00eenait rue Montmartre, pr\u00e8s de son journal, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>. Raoul Villain, \u00e9tudiant de 24\u00a0ans, a tir\u00e9 au revolver sur le dirigeant socialiste. Exalt\u00e9 par les campagnes nationalistes qui, en pleine crise antiallemande, appelaient au meurtre contre l\u2019homme incarnant le pacifisme, il explique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai voulu faire justice \u00e0 cet antipatriote.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le monde ouvrier reprend le mot\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont tu\u00e9 Jaur\u00e8s\u00a0! C\u2019est la guerre.\u00a0\u00bb L\u2019Allemagne va d\u00e9clarer la guerre \u00e0 la France, le conflit va devenir mondial et le pays, si divis\u00e9 dans la paix, se retrouvera uni dans l\u2019\u00e9preuve comme Jaur\u00e8s le r\u00eavait.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce h\u00e9ros tu\u00e9 en avant des arm\u00e9es\u2026\u00a0 ce dormeur grave en qui s\u2019engloutissait la paix.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Anna de <span class=\"caps\">NOAILLES<\/span> (1876-1933), <em>La Mort de Jaur\u00e8s<\/em> (1920)<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e9tesse, princesse et comtesse d\u2019origine grecque et roumaine, nationalis\u00e9e fran\u00e7aise, amie de Clemenceau et tenant le plus c\u00e9l\u00e8bre salon litt\u00e9raire de l\u2019\u00e9poque, elle rend hommage \u00e0 Jaur\u00e8s.\u00a0<\/p><p>\u00ab\u00a0Par les sombres d\u00e9tours de l\u2019humble corridor, \/ Tout ce qui fut l\u2019esprit de cet homme qui dort, \/ Le tonnerre des sons, le feu du c\u0153ur, les gestes, \/ Se glissait doucement et rejoignait plus haut \/ L\u2019\u00e9ther universel o\u00f9 l\u2019Hymne \u00e0 son tombeau. \/<\/p><p>Et tandis qu\u2019on restait \u00e0 regarder cet \u00eatre \/ Comme on voit une ville en flamme dispara\u00eetre. \/ Tandis que l\u2019air sensible o\u00f9 se taisait l\u2019\u00e9cho \/ Baisait le pur visage aux paupi\u00e8res ferm\u00e9es, \/ L\u2019Histoire s\u2019emparait, \u00e9plor\u00e9e, alarm\u00e9e, \/ De ce h\u00e9ros tu\u00e9 en avant des arm\u00e9es\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p>Les proches du leader assassin\u00e9 et les militants socialistes \u00e0 Paris comme \u00e0 Carmaux furent boulevers\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont tu\u00e9 Jaur\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb Si certains extr\u00e9mistes de droite se r\u00e9jouirent bruyamment, toutes les recherches historiques montrent que la population eut une r\u00e9action de tristesse face \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement qui venait symboliser le basculement dans l\u2019incertitude, la peur des horreurs de la guerre d\u00e9sormais in\u00e9luctable.<\/p><p>Le gouvernement qui se r\u00e9unit dans la nuit craint d\u2019abord des r\u00e9actions violentes dans les grandes villes et retient dans la capitale deux r\u00e9giments de cuirassiers en instance de d\u00e9part pour la fronti\u00e8re. Mais les rapports parvenus au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Louis Malvy lui font estimer que les organisations de gauche ne vont pas d\u00e9clencher de troubles. Dans le m\u00eame temps, la direction du Parti socialiste fait savoir qu\u2019elle n\u2019appellera pas \u00e0 des manifestations.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019assassinat de M. Jaur\u00e8s n\u2019a caus\u00e9 dans les esprits qu\u2019une \u00e9motion relative. Les ouvriers, les commer\u00e7ants et les bourgeois sont surpris douloureusement, mais s\u2019entretiennent beaucoup plus de l\u2019\u00e9tat actuel de l\u2019Europe. Ils semblent consid\u00e9rer la mort de Jaur\u00e8s comme li\u00e9e aux \u00e9v\u00e9nements actuels beaucoup plus dramatiques.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Xavier <span class=\"caps\">GUICHARD<\/span> (1870-1947), directeur de la police municipale de Paris, rapport au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, 1er ao\u00fbt 1914<\/p><\/blockquote><p>Il dirigea les arrestations des membres anarchistes de la Bande \u00e0 Bonnot, avant de devenir directeur de la Police Judiciaire (1930-1934). Georges Simenon en fait dans ses romans le sup\u00e9rieur et le protecteur du Commissaire Maigret.<\/p><p>Quant \u00e0 la mort de Jaur\u00e8s, difficile de la comparer aux \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb contemporains. Le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 d\u00e9cr\u00e8te la mobilisation, dans un Appel au pays du 1er ao\u00fbt. Le 3, l\u2019Allemagne d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Y a-t-il encore des adversaires\u00a0? Non, il n\u2019y a plus que des Fran\u00e7ais. [\u2026] Du cercueil de l\u2019homme qui a p\u00e9ri martyr, de ses id\u00e9es sort une pens\u00e9e d\u2019union\u00a0! De ses l\u00e8vres glac\u00e9es sort un cri d\u2019esp\u00e9rance. Maintenir cette union, r\u00e9aliser cette esp\u00e9rance, pour la patrie, pour la justice, pour la conscience humaine, n\u2019est-ce pas le plus digne hommage que nous puissions lui rendre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">DESCHANEL<\/span> (1855-1922) Pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, \u00e9loge fun\u00e8bre. 4 ao\u00fbt 1914<\/p><\/blockquote><p>Socialiste \u00e0 la fois internationaliste et pacifiste, Jaur\u00e8s a v\u00e9cu dramatiquement l\u2019approche de la guerre, cherchant appui aupr\u00e8s du mouvement ouvrier pour l\u2019\u00e9viter, avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 le 31\u00a0juillet 1914 par un nationaliste. Ce que n\u2019a pas su faire la R\u00e9publique, cahotant de crises en \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb en scandales, la guerre l\u2019accomplit alors\u00a0: l\u2019union sacr\u00e9e des Fran\u00e7ais, l\u2019unit\u00e9 nationale retrouv\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jaur\u00e8s, athl\u00e8te de l\u2019id\u00e9e, tomba sur l\u2019ar\u00e8ne en combattant le plus terrible fl\u00e9au de l\u2019humanit\u00e9 et du genre humain\u00a0: la guerre.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">TROTSKY<\/span> (1879-1940), \u00e9loge de Jean Jaur\u00e8s en 1917, premi\u00e8re version de ce texte paru dans la <em>Kievska\u00efa Mysl<\/em>, dont Trotsky \u00e9tait le correspondant parisien en 1915. Il sera r\u00e9\u00e9dit\u00e9 plusieurs fois<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Et il restera dans la m\u00e9moire de la post\u00e9rit\u00e9 comme le pr\u00e9curseur, le prototype de l\u2019homme sup\u00e9rieur qui doit na\u00eetre des souffrances et des chutes, des espoirs et de la lutte\u2026<\/p><p>Trois ann\u00e9es ont pass\u00e9 depuis la mort du plus grand homme de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Le torrent furieux des \u00e9v\u00e9nements qui ont suivi imm\u00e9diatement cette mort n\u2019a pas pu submerger la m\u00e9moire de Jaur\u00e8s et n\u2019a r\u00e9ussi que partiellement \u00e0 d\u00e9tourner de lui l\u2019attention. Il y a maintenant dans la vie politique fran\u00e7aise un grand vide. Les nouveaux chefs du prol\u00e9tariat, r\u00e9pondant au caract\u00e8re de la nouvelle p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, ne sont pas encore apparus. Les anciens ne font que rappeler plus vivement que Jaur\u00e8s n\u2019est plus\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p>Trotsky sera lui aussi assassin\u00e9 le 21 ao\u00fbt 1940. Orateur, th\u00e9oricien, historien, m\u00e9morialiste et homme d\u2019action, il demeure l\u2019inspirateur dont se r\u00e9clament toujours les divers groupes trotskistes \u00e0 travers le monde.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019adversaire de la guerre, Jaur\u00e8s, s\u2019\u00e9tait impos\u00e9, la France n\u2019aurait pas pu gagner la guerre.\u00a0\u00bb<span id=\"17\" class=\"cit-num\">17<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Un des jur\u00e9s au proc\u00e8s de Villain, fin mars 1919<\/p><\/blockquote><p>Raoul Villain a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 en attente de son proc\u00e8s pendant toute la Premi\u00e8re Guerre mondiale et n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9. Bien que sa culpabilit\u00e9 ne fasse aucun doute, lui-m\u00eame ayant avou\u00e9 son acte, il sera acquitt\u00e9 le 29 mars 1919 dans un contexte de ferveur nationaliste, par onze voix sur douze, un jur\u00e9 ayant m\u00eame estim\u00e9 qu\u2019il avait rendu service \u00e0 sa patrie. Cependant que la veuve de Jaur\u00e8s est condamn\u00e9e aux d\u00e9pens (paiement des frais du proc\u00e8s).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Travailleurs, Jaur\u00e8s a v\u00e9cu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n\u2019est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui d\u00e9fendent votre cause. Travailleurs, veillez\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), r\u00e9action indign\u00e9e \u00e0 la fin du proc\u00e8s de Raoul Villain, lettre publi\u00e9e le 4 juillet 1919 dans <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em><\/p><\/blockquote><p>\u00c9pilogue de l\u2019Histoire\u2026 Apr\u00e8s une vie chaotique et une tentative de suicide, Villain s\u2019installe \u00e0 Ibiza en Espagne.<\/p><p>Au d\u00e9but de la guerre d\u2019Espagne en juillet 1936, l\u2019\u00eele tombe aux mains des franquistes, puis est reconquise par les r\u00e9publicains qui la quittent rapidement. Reprise par des groupes anarchistes, l\u2019\u00eele est bombard\u00e9e par l\u2019aviation franquiste et dans le chaos, le 13 septembre 1936, les anarchistes ex\u00e9cutent Villain pour espionnage au profit de l\u2019arm\u00e9e franquiste, sans que l\u2019on sache s\u2019ils savaient vraiment qui il \u00e9tait.<\/p><p>Entre temps, Jaur\u00e8s est entr\u00e9 au Panth\u00e9on en 1924. Le 23 novembre 1924, la d\u00e9pouille fut conduite au Panth\u00e9on lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie grandiose. Tous les mouvements politiques de gauche participent, sauf le Parti communiste fran\u00e7ais qui organise sa propre manifestation et proteste contre la \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb de Jaur\u00e8s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Demandez-vous belle jeunesse\u2026 Pourquoi ont-ils tu\u00e9 Jaur\u00e8s\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BREL<\/span> (1929-1978), <em>Pourquoi ont-ils tu\u00e9 Jaur\u00e8s\u00a0?<\/em> (1977)<\/p><\/blockquote><p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Xf0EwOYozJU\">Une chanson \u00e0 r\u00e9\u00e9couter sur Youtube.<\/a><\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La peine de mort est contraire \u00e0 ce que l\u2019humanit\u00e9 depuis deux mille ans a pens\u00e9 de plus haut et r\u00eav\u00e9 de plus noble. Elle est contraire \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019esprit du christianisme et \u00e0 l\u2019esprit de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<span id=\"3217\" class=\"cit-num\">3217<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BADINTER<\/span> (1928-2024), garde des Sceaux, citant mot pour mot Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914) et plaidant pour l\u2019abolition, Assembl\u00e9e nationale, 17\u00a0septembre 1981<\/p><\/blockquote><p>La peine de mort n\u2019\u00e9tait pratiquement plus appliqu\u00e9e en France, mais le symbole est tr\u00e8s fort. Allant \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019opinion publique, l\u2019abolition est la 17e des \u00ab\u00a0110 propositions pour la France\u00a0\u00bb du candidat Mitterrand, et Badinter, l\u2019avocat des grandes causes.<\/p><p>\u00ab\u00a0Je regarde la marche de la France. La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-del\u00e0 de sa puissance, par l\u2019\u00e9clat des id\u00e9es, des causes, de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui l\u2019ont emport\u00e9 aux moments privil\u00e9gi\u00e9s de son histoire [\u2026] La France a \u00e9t\u00e9 parmi les premiers pays du monde \u00e0 abolir l\u2019esclavage, ce crime qui d\u00e9shonore encore l\u2019humanit\u00e9. Il se trouve que la France aura \u00e9t\u00e9, en d\u00e9pit de tant d\u2019efforts courageux, l\u2019un des derniers pays, presque le dernier en Europe occidentale dont elle a \u00e9t\u00e9 si souvent le foyer et le p\u00f4le, \u00e0 abolir la peine de mort. Pourquoi ce retard\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019Assembl\u00e9e vote massivement l\u2019abolition le 18\u00a0septembre\u00a0: 363 pour, 127 contre, certains d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition se joignant \u00e0 la majorit\u00e9. Au S\u00e9nat\u00a0: 160 pour, 126 contre. Le 9\u00a0octobre 1981, la peine de mort est abolie par la loi.\u00a0 Et Jacques Chirac, pr\u00e9sident, donnera en 2007 valeur constitutionnelle \u00e0 l\u2019abolition de la peine de mort.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faudrait \u00eatre bien inattentif pour croire que l\u2019action de Pierre Mend\u00e8s France fut limit\u00e9e aux quelque sept mois et dix-sept jours pass\u00e9s de juin\u00a01954 \u00e0 f\u00e9vrier\u00a01955 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement de la R\u00e9publique. Un \u00e9t\u00e9, un automne, quelques jours. L\u2019Histoire ne fait pas ces comptes-l\u00e0. L\u00e9on Blum pour un an, Gambetta et Jaur\u00e8s, pour si peu, pour jamais, pour toujours.\u00a0\u00bb<span id=\"2897\" class=\"cit-num\">2897<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Cour d\u2019honneur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Discours du 27\u00a0octobre 1982. <em>Le Pouvoir et la rigueur\u00a0: Pierre Mend\u00e8s France, Fran\u00e7ois Mitterrand<\/em> (1994), Raymond Krakovitch<\/p><\/blockquote><p>Tel sera l\u2019hommage solennel de Fran\u00e7ois Mitterrand, devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, \u00e0 la mort de Pierre Mend\u00e8s France, autre socialiste de r\u00e9f\u00e9rence pour le Parti.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel que soit l\u2019\u00eatre de chair et de sang qui vient \u00e0 la vie, s\u2019il a figure d\u2019homme, il porte en lui le droit humain.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), Cit\u00e9 par <em>Le Nouvel Obs<\/em>, 1er ao\u00fbt 2014, pour le centenaire de son assassinat<\/p><\/blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous tenez en vos mains l\u2019intelligence et l\u2019\u00e2me des enfants\u00a0; vous \u00eates responsables de la patrie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914)<em>, Lettre de Jean Jaur\u00e8s aux instituteurs<\/em> (1888)<\/p><\/blockquote><p>Lors de l\u2019hommage national rendu \u00e0 Samuel Paty, professeur assassin\u00e9 le 16 octobre 2020, des extraits de la lettre de Jean Jaur\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 lus.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Le courage, c&#8217;est d&#8217;aller \u00e0 l&#8217;id\u00e9al et de comprendre le r\u00e9el.\u00a0\u00bb Jean JAUR\u00c8S (1859-1914), Discours \u00e0 la Jeunesse, Albi, le 30 juillet 1903 Fils de la petite bourgeoisie provinciale, Jaur\u00e8s se r\u00e9v\u00e8lera plus attach\u00e9 \u00e0 son Sud-Ouest natal qu\u2019\u00e0 sa classe sociale. N\u00e9 \u00e0 Castres (Tarn), re\u00e7u premier \u00e0 l&#8217;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure en philosophie [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11422,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":2230,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-10047","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits-en-citations-des-personnages-de-lhistoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10047","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10047"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10047\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15517,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10047\/revisions\/15517"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10047"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10047"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10047"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}