{"id":10103,"date":"2024-10-21T00:00:00","date_gmt":"2024-10-20T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/recit-ou-roman-national-une-confusion-inadmissible-ii\/"},"modified":"2025-07-19T09:06:58","modified_gmt":"2025-07-19T07:06:58","slug":"recit-ou-roman-national-une-confusion-inadmissible-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/recit-ou-roman-national-une-confusion-inadmissible-ii\/","title":{"rendered":"R\u00e9cit ou roman national : une confusion inadmissible\u00a0! (II)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur de ce monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9cit et roman national\u00a0: deux termes devenus courants, mais trop souvent confondus et instrumentalis\u00e9s \u00e0 divers titres. Un \u00e9dito s\u2019impose pour cerner le probl\u00e8me et r\u00e9soudre nombre de questions.<\/p>\n<p>Sujet complexe et points sensibles, c\u2019est d\u2019abord l\u2019objet de malentendus en s\u00e9rie et d\u2019un \u00ab\u00a0dialogue de sourds\u00a0\u00bb d\u2019autant plus vif que l\u2019Histoire est une passion fran\u00e7aise et que les enjeux existent \u00e0 tous les niveaux\u00a0: politique, enseignement, culture g\u00e9n\u00e9rale, information citoyenne.<\/p>\n<p>L\u2019historiographie, science de l\u2019histoire n\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle et relevant de diverses \u00e9coles de pens\u00e9e est devenue \u00e0 son tour si complexe qu\u2019elle ne donne pas vraiment de r\u00e9ponse claire, m\u00eame si elle propose des pistes de r\u00e9flexion. L\u2019actualit\u00e9 n\u2019en finit pas de relancer le d\u00e9bat, jusque devant les tribunaux juges du r\u00e9visionnisme et du n\u00e9gationnisme.<\/p>\n<p>Le recours aux sources de <em>l\u2019Histoire et aux citations<\/em> des origines \u00e0 nos jours va se r\u00e9v\u00e9ler pr\u00e9cieux.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span>. Le jeu des interpr\u00e9tations toujours \u00e0 suivre.<\/h3>\n<h4>I\/ L\u2019histoire de France \u00e9crite par les historiens\u00a0de leur temps\u00a0: dix Noms s\u2019imposent au fil des si\u00e8cles.<\/h4>\n<p>Devenus eux-m\u00eames des sources et peu \u00e0 peu d\u00e9pass\u00e9s ou corrig\u00e9s, voici dix Noms exemplaires \u00e0 divers titres\u00a0: C\u00e9sar, \u00c9ginhard, Joinville, Froissart, Commynes, duc de Saint-Simon, Voltaire, Chateaubriand, Michelet, de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une race [les Gaulois] d\u2019une extr\u00eame ing\u00e9niosit\u00e9, et ils ont de singuli\u00e8res aptitudes \u00e0 imiter ce qu\u2019ils voient faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ses <em>Commentarii de bello gallico<\/em>, l\u2019auteur se r\u00e9v\u00e8le v\u00e9ritable historien et styliste. \u00c0 partir du ixe\u00a0si\u00e8cle, les \u00e9ditions et traductions de ce grand texte se multiplient, \u00e9galement titr\u00e9<em> Guerre des Gaules.<\/em><\/p>\n<p>Acteur principal, C\u00e9sar se donne le beau r\u00f4le \u2013 et c\u2019est de bonne guerre. Il a tendance \u00e0 exag\u00e9rer le nombre des participants aux batailles et peut magnifier son adversaire pour augmenter son propre m\u00e9rite. Sans doute est-ce le cas pour Vercing\u00e9torix\u2026 qui en profite pour devenir notre premier h\u00e9ros, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle o\u00f9 s\u2019\u00e9crit le r\u00e9cit national.<\/p>\n<p>S\u2019ils ne connaissent pas de civilisation urbaine et vivent en tribus, les Gaulois sont de remarquables \u00e9leveurs et agriculteurs qui savent \u00ab\u00a0engraisser la terre par la terre\u00a0\u00bb (assolement et alternances de c\u00e9r\u00e9ales riches et pauvres), au grand \u00e9tonnement des Romains. Ils exportent jusqu\u2019\u00e0 Rome foies gras, jambons et autres charcuteries. Leurs tissages et leurs cuirs sont de qualit\u00e9, comme leurs bijoux et leurs bronzes. Ils auraient m\u00eame invent\u00e9 le savon (fait de cendre v\u00e9g\u00e9tale m\u00e9lang\u00e9e au suif).<\/p>\n<p>Pour \u00eatre conqu\u00e9rant, C\u00e9sar n\u2019en fut pas moins sensible au g\u00e9nie gaulois. \u00ab\u00a0Ces gens-l\u00e0 [les Gaulois] changent facilement d\u2019avis et sont presque toujours s\u00e9duits par ce qui est nouveau.\u00a0\u00bb Richelieu \u00e9voquera souvent cette \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb propre aux Fran\u00e7ais. Mais ce sera pour s\u2019en plaindre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il respirait dans toute sa personne, soit qu\u2019il f\u00fbt assis ou debout, un air de grandeur et de dignit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"63\" class=\"cit-num\">63<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840),<em> Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ayant form\u00e9 le projet d\u2019\u00e9crire la vie, l\u2019histoire priv\u00e9e et la plupart des actions du ma\u00eetre qui daigna me nourrir, le roi Charles, le plus excellent et le plus justement fameux des princes, je l\u2019ai ex\u00e9cut\u00e9 en aussi peu de mots que je l\u2019ai pu faire\u00a0; j\u2019ai mis tous mes soins \u00e0 ne rien omettre des choses parvenues \u00e0 ma connaissance, et \u00e0 ne point rebuter par la prolixit\u00e9 les esprits qui rejettent avec d\u00e9dain tous les \u00e9crits nouveaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi commence la pr\u00e9face de cette biographie en deux parties\u00a0: les guerres men\u00e9es par Charlemagne\u00a0; le portrait de l\u2019empereur, la vie \u00e0 la cour, son testament. Tr\u00e8s pr\u00e9cieux document, contemporain des faits et gestes relat\u00e9s.<\/p>\n<p>Secr\u00e9taire et ministre de l\u2019empereur, \u00c9ginhard nous d\u00e9crit dans sa <em>Vita Caroli magni imperatoris<\/em> l\u2019illustre Carolingien, \u00ab\u00a0gros, robuste, d\u2019une taille \u00e9lev\u00e9e mais bien proportionn\u00e9e [\u2026] les yeux grands et vifs, le nez un peu long, une belle chevelure blanche, une physionomie avenante et agr\u00e9able\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais nulle allusion \u00e0 la l\u00e9gendaire \u00ab\u00a0barbe fleurie\u00a0\u00bb. Plus important\u00a0: \u00ab\u00a0Il savait r\u00e9sister \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 et \u00e9viter, quand la fortune lui souriait, de c\u00e9der \u00e0 ses s\u00e9ductions.\u00a0\u00bb Et surtout \u00ab\u00a0Passionn\u00e9 pour la science, il eut toujours en v\u00e9n\u00e9ration et comblait de toutes sortes d\u2019honneurs ceux qui l\u2019enseignaient.\u00a0\u00bb C\u2019est ce qui explique la fameuse \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintes fois il lui arriva, en \u00e9t\u00e9, d\u2019aller s\u2019asseoir au bois de Vincennes, apr\u00e8s avoir entendu la messe\u00a0; il s\u2019adossait \u00e0 un ch\u00eane et nous faisait asseoir aupr\u00e8s de lui\u00a0; et tous ceux qui avaient un diff\u00e9rend venaient lui parler sans qu\u2019aucun huissier, ni personne y m\u00eet obstacle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"151\" class=\"cit-num\">151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317),<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean, sire de Joinville en Champagne, a suivi son seigneur Thibaud de Champagne \u00e0 la cour du roi. Tr\u00e8s pieux, il d\u00e9cide de partir avec les chevaliers chr\u00e9tiens pour la septi\u00e8me croisade en \u00c9gypte et c\u2019est alors que Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> l\u2019attache \u00e0 sa personne, comme confident et conseiller\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais ne vis si beau chevalier sous les armes, car il dominait toute sa suite des \u00e9paules, son heaume dor\u00e9 sur le chef, son \u00e9p\u00e9e en la main.\u00a0\u00bb Il admire ici le guerrier \u2013 \u00e0 la bataille de Mansourah, en 1250. Joinville accompagne Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> en \u00c9gypte, lors de la septi\u00e8me croisade (1248). C\u2019est plus tard, \u00e0 la demande de la reine Jeanne (femme de Philippe le Bel) qu\u2019il dictera cette histoire de Saint Louis, achev\u00e9e en 1309.<\/p>\n<p>La partie anecdotique de sa chronique, la plus touffue, se r\u00e9v\u00e8le aussi la plus riche, et cette page est l\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019\u0153uvre. T\u00e9moin direct des faits rapport\u00e9s, l\u2019historien campe un roi vivant et vrai, humain et sublime \u00e0 la fois. Il sera tr\u00e8s utile, apr\u00e8s la mort du roi, pour l\u2019enqu\u00eate qui va suivre (\u00e0 la demande du pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>) et aboutira au proc\u00e8s en canonisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les villes et les ch\u00e2teaux \u00e9taient entrelac\u00e9s les uns dans les autres, les uns aux Anglais, les autres aux Fran\u00e7ais, qui couraient, ran\u00e7onnaient, et pillaient sans rel\u00e2che. Le fort y foulait le faible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"265\" class=\"cit-num\">265<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le principal chroniqueur de la Guerre de Cent Ans. En dehors d\u2019innombrables anecdotes, ce contemporain fait \u0153uvre d\u2019historien. Ses enqu\u00eates en Angleterre et en \u00c9cosse, en Aquitaine et en Italie, fournissent la mati\u00e8re de quatre livres, la meilleure source sur la seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle et la renaissance chevaleresque en Europe.<\/p>\n<p>La guerre de Cent Ans oppose les Fran\u00e7ais aux Anglais dans ce qu\u2019on appellera la France anglaise (Aquitaine et Normandie). Mais tout le pays se retrouve d\u00e9chir\u00e9, quand les bandes mercenaires, entre deux combats, pillent et ran\u00e7onnent les populations. C\u2019est une pratique courante, \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Froissart rend compte de bataille de Cr\u00e9cy, 26\u00a0ao\u00fbt 1346. \u00ab\u00a0Ces bombardes menaient si grand bruit qu\u2019il semblait que Dieu tonn\u00e2t, avec grand massacre de gens et renversement de chevaux.\u00a0\u00bb Les canons anglais, m\u00eame rudimentaires et tirant au jug\u00e9, impressionnent les troupes fran\u00e7aises avec leurs boulets de pierre. L\u2019artillerie anglaise, jointe \u00e0 la pi\u00e9taille des archers gallois, d\u00e9cime la cavalerie fran\u00e7aise r\u00e9put\u00e9e la meilleure du monde, mais trop pesamment cuirass\u00e9e pour lutter contre ces armes nouvelles\u00a0! \u00c0 cela s\u2019ajoutent un manque d\u2019organisation total, l\u2019incoh\u00e9rence dans le commandement, la panique dans les rangs. C\u2019est la fin de la chevalerie en tant qu\u2019ordre militaire. C\u2019est aussi une r\u00e9volution dans l\u2019art de combattre. Malheureusement, les Fran\u00e7ais n\u2019ont pas compris la le\u00e7on, \u00e0 cette premi\u00e8re d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, le chroniqueur dresse le bilan de la bataille de Poitiers\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 p\u00e9rit toute la fleur de la chevalerie de France\u00a0: et le noble royaume de France s\u2019en trouva cruellement affaibli, et tomba en grande mis\u00e8re et tribulation\u2026 Avec le roi et son jeune fils Monseigneur Philippe, furent pris dix-sept contes, outre les barons, chevaliers et \u00e9cuyers et six mille hommes de tous rangs.\u00a0\u00bb Chiffres consid\u00e9rables pour l\u2019\u00e9poque et \u00ab\u00a0fortuneuse bataille\u00a0\u00bb pour les Anglais\u00a0: leur Prince Noir a captur\u00e9 le roi de France\u00a0! Il a aussi ordonn\u00e9 le massacre des soldats fran\u00e7ais bless\u00e9s qui ne pouvaient payer ran\u00e7on, chose contraire \u00e0 toutes les r\u00e8gles de la chevalerie \u2013 une l\u00e9gende veut qu\u2019il en ait eu grande honte devant son p\u00e8re, le roi d\u2019Angleterre, et qu\u2019il ait alors mis son armure \u00e0 la couleur du deuil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il fut contraint de plaire \u00e0 ceux dont il avait besoin\u00a0: voil\u00e0 ce que lui apprit l\u2019adversit\u00e9, et ce n\u2019est pas mince avantage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"272\" class=\"cit-num\">272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate de carri\u00e8re pendant quarante ans et aupr\u00e8s de trois rois successifs, Commynes est aussi un v\u00e9ritable historien qui sert toujours de r\u00e9f\u00e9rence, auteur de huit livres de <em>M\u00e9moires<\/em> sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Il parle ici du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, encore dauphin et impatient de r\u00e9gner.<\/p>\n<p>Ayant conspir\u00e9 contre son p\u00e8re Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, il se r\u00e9fugie aupr\u00e8s de Philippe de Bourgogne, le plus grand f\u00e9odal et, comme tel, l\u2019ennemi en puissance de son p\u00e8re. Devenu roi, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> garde la m\u00eame attitude, toujours selon ce chroniqueur fin psychologue\u00a0: \u00ab\u00a0Entre tous ceux que j\u2019aie jamais connus, le plus avis\u00e9 pour se tirer d\u2019un mauvais pas en temps d\u2019adversit\u00e9, c\u2019\u00e9tait le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, notre ma\u00eetre [\u2026] et l\u2019\u00eatre qui se donnait le plus de peine pour gagner un homme qui le pouvait servir ou qui lui pouvait nuire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Observateur attentif de ce roi si peu souci\u00e9 de para\u00eetre\u00a0: \u00ab\u00a0Notre roi s\u2019habillait fort court et si mal que pis ne pouvait, et assez mauvais drap portait toujours, et un mauvais chapeau, diff\u00e9rent des autres, et une image de plomb dessus.\u00a0\u00bb Michelet lui rendra justice \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u00a0Avec la faible ressource d\u2019un roi du Moyen \u00c2ge, il avait d\u00e9j\u00e0 les mille embarras d\u2019un gouvernement moderne\u00a0: mille d\u00e9penses publiques, cach\u00e9es, glorieuses, honteuses. Peu de d\u00e9penses personnelles\u00a0; il n\u2019avait pas les moyens de s\u2019acheter un chapeau, et il trouva de l\u2019argent pour acqu\u00e9rir le Roussillon et racheter la Somme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais le peuple de Paris s\u2019\u00e9tonne de l\u2019allure si peu royale de son roi, rapport\u00e9e par le chroniqueur flamand Georges Chastellain\u00a0: \u00ab\u00a0Notre roi qui ne se v\u00eat que d\u2019une pauvre robe grise avec un m\u00e9chant chapelet, et ne hait rien que joie.\u00a0\u00bb <br>Les rois se suivent et ne se ressemblent pas, observ\u00e9s avec la m\u00eame attention extr\u00eame par leurs proches.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un almanach et une montre, on pouvait, \u00e0 trois cents lieues de lui, dire avec justesse ce qu\u2019il faisait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"849\" class=\"cit-num\">849<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> toujours si occup\u00e9 \u00e0 gouverner, guerroyer ou para\u00eetre, se pla\u00eet \u00e0 r\u00e9duire les Grands \u00e0 une inactivit\u00e9 dor\u00e9e, mais forc\u00e9e. Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, rest\u00e9 dans l\u2019histoire pour ses <em>M\u00e9moires<\/em>, fut un \u00e9ternel frustr\u00e9, n\u2019ayant jamais le r\u00f4le politique qu\u2019il r\u00eavait de jouer. Il rapporte mille petits faits plus vrais que nature et commente librement le si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et les travers du roi, vu que son \u0153uvre restera posthume.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les louanges, disons mieux, la flatterie, lui plaisaient \u00e0 tel point que les plus grossi\u00e8res \u00e9taient bien re\u00e7ues, les plus basses encore mieux savour\u00e9es.\u00a0\u00bb C\u2019est l\u2019une des faiblesses de cet homme fort et l\u2019un des petits c\u00f4t\u00e9s du grand homme. L\u2019orgueil inn\u00e9 en est la cause, la fonction royale d\u00e9veloppe ce penchant, l\u2019attitude de la cour et des courtisans aggrave le cas.<\/p>\n<p>La grandeur du roi face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es et la dignit\u00e9 de l\u2019homme devant la mort jusqu\u2019aux derni\u00e8res heures frapperont ses ennemis les plus intimes\u00a0et Saint-Simon saluera \u00ab\u00a0cette fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me, cette \u00e9galit\u00e9 ext\u00e9rieure, cette esp\u00e9rance contre toute esp\u00e9rance, par courage, par sagesse, non par aveuglement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne, mais c\u2019est lui qui les faisait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"816\" class=\"cit-num\">816<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour cette raison, le Grand\u00a0Si\u00e8cle est bien le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb. En historien d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s document\u00e9, Voltaire traite des \u00e9v\u00e9nements militaires et diplomatiques, insiste sur le d\u00e9veloppement du commerce et le rayonnement des arts et des lettres, mettant les affaires religieuses au passif du r\u00e8gne de ce \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il d\u00e9nonce la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et les conversions forc\u00e9es qui l\u2019ont pr\u00e9par\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Les troupes furent envoy\u00e9es dans toutes les villes o\u00f9 il y avait le plus de protestants\u00a0; et comme les dragons, assez mal disciplin\u00e9s dans ce temps-l\u00e0, furent ceux qui commirent le plus d\u2019exc\u00e8s, on appela cette ex\u00e9cution la \u00ab\u00a0dragonnade\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Ces exactions dur\u00e8rent cinq ans. D\u00e8s 1680, l\u2019intendant Marillac mena en Poitou une premi\u00e8re op\u00e9ration rest\u00e9e tristement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: on fit loger des dragons chez les protestants, en leur permettant toutes sortes de s\u00e9vices. Les \u00ab\u00a0missionnaires bott\u00e9s\u00a0\u00bb obtinrent ainsi 30\u00a0000 conversions en quelques mois. Fort de ce bilan, Louvois fit \u00e9tendre la mesure \u00e0 toute la France. On pr\u00e9senta ainsi au roi de longues, d\u2019extraordinaires listes de convertis. Ignorait-il les violences qui se cachaient derri\u00e8re\u00a0? Crut-il alors que la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes en 1685 ne serait plus qu\u2019une formalit\u00e9\u00a0? Les historiens s\u2019interrogent encore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte n\u2019est point grand par ses paroles, ses discours, ses \u00e9crits, par l\u2019amour des libert\u00e9s qu\u2019il n\u2019a jamais eu [\u2026] Il est grand pour avoir cr\u00e9\u00e9 un gouvernement r\u00e9gulier, un code de lois, des cours de justice, des \u00e9coles, une administration forte, active, intelligente [\u2026] Il est grand pour avoir fait rena\u00eetre en France l\u2019ordre au sein du chaos [\u2026] Il est grand surtout pour \u00eatre n\u00e9 de lui seul, pour avoir su, sans autre autorit\u00e9 que celle de son g\u00e9nie, se faire ob\u00e9ir par trente-six millions de sujets [\u2026] Il est grand pour avoir surpass\u00e9 tous les vainqueurs qui le pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent, pour avoir rempli dix ann\u00e9es de tels prodiges qu\u2019on a peine aujourd\u2019hui \u00e0 les comprendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1685\" class=\"cit-num\">1685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se r\u00eavait grand historien de la France et annon\u00e7ait en 1813 \u00ab\u00a0un monument \u00e0 la patrie\u00a0\u00bb qui ne verra jamais le jour. Son<em> Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> est une \u00e9bauche publi\u00e9e en 1826. Mais ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> nous parlent magnifiquement d\u2019une Histoire qui impr\u00e8gne tout ce que notre plus c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9morialiste \u00e9crit.<\/p>\n<p>\u00c9voquant Bonaparte, il manie en ma\u00eetre l\u2019anaphore (r\u00e9p\u00e9tition, en termes de rh\u00e9torique). Les relations personnelles du grand \u00e9crivain et du grand homme se g\u00e2teront sous l\u2019Empire, mais quand l\u2019\u00e9migr\u00e9, enfin radi\u00e9 de la liste, rentre en France en 1800, l\u2019admiration est totale pour Bonaparte\u00a0: \u00ab\u00a0Vivant, il a manqu\u00e9 le monde\u00a0; mort, il le poss\u00e8de.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>T\u00e9moin et acteur de l\u2019histoire, pour Chateaubriand, la plus belle conqu\u00eate de Napol\u00e9on n\u2019est pas l\u2019Europe, mais celle de l\u2019imagination des g\u00e9n\u00e9rations qui ont suivi l\u2019Empire. Il ne cessera d\u2019\u00eatre fascin\u00e9 par l\u2019empereur, alors m\u00eame qu\u2019il le combat en opposant r\u00e9solu\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme dont j\u2019admire le g\u00e9nie et dont j\u2019abhorre le despotisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aper\u00e7us la France. Elle avait des annales et non point une histoire.\u2009\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), nouvelle Pr\u00e9face (1869) \u00e0 sa monumentale<em> Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au soir de sa vie et dans une ni\u00e8me pr\u00e9face, notre premier historien national affirme ainsi qu\u2019avant lui l\u2019histoire de France n\u2019existait pas\u00a0: elle n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 qu\u2019une succession chronologique d\u2019\u00e9v\u00e9nements. L\u2019Histoire digne de ce nom suppose une saisie globale, une vue d\u2019ensemble qui rassemble le pass\u00e9 d\u2019un peuple dans une vaste \u00e9pop\u00e9e. Dans son <em>Introduction \u00e0 l\u2019Histoire universelle<\/em> (1831) et bien avant nos historiens les plus contemporains, il envisageait m\u00eame toute l\u2019histoire humaine.<\/p>\n<p>Premier repr\u00e9sentant de \u00ab\u00a0l\u2019historicisme\u00a0\u00bb, th\u00e9orie philosophique selon laquelle les connaissances, les courants de pens\u00e9e et les valeurs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sont li\u00e9s au contexte historique de cette soci\u00e9t\u00e9, Michelet d\u00e9finir l\u2019histoire comme une \u00ab\u00a0r\u00e9surrection\u00a0\u00bb \u2013 et tel un croyant, il attend tout d\u2019elle et ne doute de rien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019histoire \u00e9tudiera les faits, la philosophie les lois\u00a0; l\u2019histoire l\u2019homme collectif, la philosophie l\u2019homme individuel. La psychologie de l\u2019individu trouvera sa confirmation dans celle de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0; car l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019individu passe de la spontan\u00e9it\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion, de l\u2019instinct \u00e0 la raison, de la fatalit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9. Le d\u00e9veloppement religieux de l\u2019humanit\u00e9 est la confirmation des conclusions spiritualistes de la philosophie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019homme, le r\u00f4le de la libert\u00e9 humaine, c\u2019est \u00e0 cette id\u00e9e que sa pens\u00e9e revient toujours. Cette id\u00e9e dirigera toutes les recherches de l\u2019historien et c\u2019est \u00e0 elle qu\u2019aboutissent les analyses du psychologue. La France lui appara\u00eetra comme la principale repr\u00e9sentante de la libert\u00e9, d\u2019o\u00f9 sa pr\u00e9dilection pour les deux \u00e9poques o\u00f9 se jouent les sc\u00e8nes d\u00e9cisives du drame de la libert\u00e9\u00a0: la Renaissance et la R\u00e9forme au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, la R\u00e9volution au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie, je me suis fait une certaine id\u00e9e de la France. Le sentiment me l\u2019inspire aussi bien que la raison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2710\" class=\"cit-num\">2710<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I, L\u2019Appel, 1940-1942 (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premiers mots des M\u00e9moires r\u00e9dig\u00e9s entre l\u2019\u00e9chec du <span class=\"caps\">RPF<\/span> (1953) et le retour au pouvoir (mai\u00a01958), parus de 1954 \u00e0 1959. <em>L\u2019Appel<\/em> (1940-1942), <em>L\u2019Unit\u00e9<\/em> (1942-1944), <em>Le Salut<\/em> (1944-1946)\u00a0: six ann\u00e9es d\u2019histoire de France et du monde en trois tomes \u2013 suite de r\u00e9cits, portraits, m\u00e9ditations et formules \u2013 sign\u00e9s d\u2019un personnage historique qui est aussi un \u00e9crivain parmi les grands du\u00a0si\u00e8cle. Son entr\u00e9e dans la prestigieuse collection de La Pl\u00e9iade (Gallimard, 2002) en fait foi.<\/p>\n<p>Le d\u00e9but est devenu page d\u2019anthologie\u00a0: \u00ab\u00a0Le c\u00f4t\u00e9 positif de mon esprit me convainc que la France n\u2019est r\u00e9ellement elle-m\u00eame qu\u2019au premier rang\u00a0; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-m\u00eame\u00a0; que notre pays, tel qu\u2019il est, parmi les autres, tels qu\u2019ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, \u00e0 mon sens, la France ne peut \u00eatre la France sans la grandeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Laissons le mot de la fin au vainqueur, grand premier r\u00f4le et t\u00e9moin de son temps, qui \u00e9voque et invoque cette France \u00ab\u00a0Vieille Terre, rong\u00e9e par les \u00e2ges, rabot\u00e9e de pluies et de temp\u00eates, \u00e9puis\u00e9e de v\u00e9g\u00e9tation, mais pr\u00eate, ind\u00e9finiment, \u00e0 produire ce qu\u2019il faut pour que se succ\u00e8dent les vivants\u00a0!\u00a0Vieille France, accabl\u00e9e d\u2019Histoire, meurtrie de guerres et de r\u00e9volutions, allant et venant sans rel\u00e2che, mais redress\u00e9e, de\u00a0si\u00e8cle en\u00a0si\u00e8cle, par le g\u00e9nie du renouveau\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<h4>2\/ Le triomphe du roman historique.<\/h4>\n<p>Selon la premi\u00e8re \u00e9tude sign\u00e9e Louis Maigron en 1898, le roman historique na\u00eet en 1814 avec <em>Waverley<\/em> (l\u2019\u00c9cosse) de Walter Scott et meurt en 1831 avec <em>Notre-Dame de Paris<\/em> de Victor Hugo. Sur cette courte p\u00e9riode (la Restauration), le genre aurait assur\u00e9 \u00ab\u00a0le triomphe du romantisme, le succ\u00e8s de l\u2019histoire, la renaissance du r\u00e9alisme\u00a0\u00bb. C\u2019est oublier les classiques les plus populaires\u00a0: Les Trois Mousquetaires de Dumas, <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> d\u2019Hugo\u00a0!<\/p>\n<p>Pour s\u2019en tenir \u00e0 la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, la fiction romanesque commence au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et prosp\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 nos jours sous des formes diverses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous adore, je vous hais, je vous offense, je vous demande pardon, je vous admire, j\u2019ai honte de vous admirer. Enfin il n\u2019y a plus en moi ni de calme ni de raison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madame de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1634-1694),<em> La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Publi\u00e9 anonymement par go\u00fbt du secret, premier \u00ab\u00a0roman moderne\u00a0\u00bb d\u2019analyse psychologique, c\u2019est aussi un roman historique situ\u00e9 sous Henri <span class=\"caps\">II<\/span>, avec la mort accidentelle du roi bless\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153il par son capitaine des gardes dans un accident de tournoi\u00a0: \u00ab\u00a0Les lances se bris\u00e8rent, et un \u00e9clat de celle du comte de Montgommery lui donna dans l\u2019\u0153il et y demeura.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Invention n\u00e9e d\u2019un c\u0153ur de femme, l\u2019h\u00e9ro\u00efne tout enti\u00e8re est domin\u00e9e par sa passion amoureuse et malgr\u00e9 tout lucide\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avoue que les passions peuvent me conduire, mais elles ne sauraient m\u2019aveugler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de ce roman historique ne se d\u00e9ment pas\u00a0: 210 \u00e9ditions de la premi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 nos jours (selon la <span class=\"caps\">BNF<\/span>). La saillie de Sarkozy (ministre de l\u2019Int\u00e9rieur en 2006, candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de 2007, feignant de traiter l\u2019\u0153uvre avec un certain m\u00e9pris d\u00e9magogique) a relanc\u00e9 la carri\u00e8re de la Princesse, adapt\u00e9e au cin\u00e9ma (<em>La Belle personne<\/em>), remise au programme\u2026 et publi\u00e9e dans La Pl\u00e9iade (2014).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut violer l\u2019histoire \u00e0 condition de lui faire de beaux enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">DUMAS<\/span> (1802-1870), <em>Les Trois Mousquetaires<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils sont quatre avec d\u2019Artagnan\u00a0et leur fi\u00e8re devise\u00a0: \u00ab\u00a0Tous pour un, un pour tous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Trois gentilshommes mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis, sont toujours pr\u00eats \u00e0 en d\u00e9coudre avec les gardes de Richelieu \u2013 Cardinal grandement caricatur\u00e9. Jeune gascon fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9 de sa province avec pour ambition de servir le roi Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, d\u2019Artagnan fait \u00e9quipe avec le trio. Engag\u00e9 dans le corps des mousquetaires, il s\u2019\u00e9prend de l\u2019ang\u00e9lique Constance Bonacieux.<\/p>\n<p>Luttant contre la duplicit\u00e9 et l\u2019intrigue politique, les quatre compagnons se retrouveront face \u00e0 Milady, jeune et belle anglaise, redoutable espionne du Cardinal. Seul d\u2019Artagnan \u00e9chappe \u00e0 ses agents. Rapportera-t-il \u00e0 temps \u00e0 la reine Anne d\u2019Autriche les ferrets (bijoux mont\u00e9s en parure) qu\u2019elle remit \u00e0 son amant, le duc de Buckingham\u00a0?<\/p>\n<p>Cette intrigue des \u00ab\u00a0ferrets\u00a0de la reine\u00a0\u00bb est assur\u00e9ment fictive, mais la nature des relations r\u00e9elles entre la reine et le duc reste l\u2019un des grands myst\u00e8res de la petite histoire. Raison de plus pour tout imaginer, avec Dumas\u2026 et son atelier d\u2019\u00e9criture. On lui reprochait d\u2019avoir des \u00ab\u00a0n\u00e8gres\u00a0\u00bb. Ce \u00e0 quoi il r\u00e9pondait fi\u00e8rement\u00a0: \u00ab\u00a0Napol\u00e9on avait bien ses g\u00e9n\u00e9raux\u00a0!\u00a0\u00bb Un seul est connu pour lui avoir fait un proc\u00e8s\u00a0: le talentueux Auguste Maquet.<\/p>\n<p>Restent les chefs d\u2019\u0153uvre qui suivent <em>Les Trois Mousquetaires<\/em>, sign\u00e9s Dumas\u00a0et souvent adapt\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: <em>Vingt ans apr\u00e8s, La Reine Margot, Le comte de Monte-Cristo, La Dame de Monsoreau<\/em>\u2026 Le cin\u00e9ma contribuera aussi \u00e0 leur popularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et l\u2019on peut dire avec assurance que si la Vend\u00e9e fit du brigandage une guerre, la Bretagne fit de la guerre un brigandage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850),<em> Les Chouans<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur de la<em> Com\u00e9die Humaine<\/em> signe son premier roman \u00e0 28 ans, avec des aventures \u00e0 la Walter Scott ou \u00e0 la Fenimore Cooper \u2013 auquel Balzac se r\u00e9f\u00e8re souvent, comparant les Bretons \u00e0 des Mohicans\u00a0!<\/p>\n<p>En 1799, sous le Consulat de Bonaparte, des paysans bretons s\u2019arment pour le retour du roi (Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> en exil) et contre la troupe r\u00e9publicaine du commandant Hulot. L\u2019aristocrate Marie de Verneuil est envoy\u00e9e par Fouch\u00e9 pour s\u00e9duire et capturer leur chef, le marquis de Montauran, dit \u00ab\u00a0le Gars\u00a0\u00bb. Elle doit \u00eatre aid\u00e9e par un policier ambitieux et sans scrupule, Corentin. Mais elle tombe amoureuse de sa cible. Contre Corentin et contre les Chouans qui la d\u00e9testent, elle fera son possible pour \u00e9pouser le marquis. Tromp\u00e9e par Corentin qui lui fait croire que le marquis aime sa mortelle rivale, madame du Gua, elle ordonne au commandant Hulot de d\u00e9truire les rebelles. D\u00e9couvrant trop tard la v\u00e9rit\u00e9, elle se sacrifie pour tenter de sauver Montauran \u00e9pous\u00e9 quelques heures plus t\u00f4t. Elle meurt \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, au matin suivant leur nuit de noces.<\/p>\n<p>L\u2019intrigue romanesque s\u2019inscrit dans l\u2019histoire des Vend\u00e9ens d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 rester royalistes, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire la guerre aux r\u00e9volutionnaires sanguinolents avec l\u2019h\u00e9ro\u00efsme d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9 sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pays, Patrie, ces deux mots r\u00e9sument toute la guerre de Vend\u00e9e, querelle de l\u2019id\u00e9e locale contre l\u2019id\u00e9e universelle, paysans contre patriotes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1489\" class=\"cit-num\">1489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame th\u00e8me que <em>Les Chouans<\/em> de Balzac, similitude des intrigues. L\u2019histoire litt\u00e9raire s\u2019est longuement pench\u00e9e sur cette \u00e9trange ressemblance, frappante dans l\u2019incipit (premi\u00e8re page) des deux \u0153uvres.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s <em>Notre Dame de Paris<\/em> (1831) au c\u0153ur d\u2019un Moyen \u00c2ge plus gothique que nature et <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862) \u00e9pop\u00e9e \u00e9pique entre Waterloo (1815) et les \u00e9meutes de juin 1832, voici le dernier roman historique d\u2019Hugo, situ\u00e9 comme son nom l\u2019indique en 1793, ann\u00e9e charni\u00e8re sous la R\u00e9volution\u00a0et riche en \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Il met en sc\u00e8ne trois personnages\u00a0: un pr\u00eatre r\u00e9volutionnaire, un aristocrate royaliste et vend\u00e9en, et son petit-neveu ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution. Ce choc des extr\u00eames rappelle la Commune (1871) et ses drames, douloureusement v\u00e9cus par Hugo de retour apr\u00e8s son long exil. Les guerres civiles se suivent et se ressemblent tragiquement.<\/p>\n<p>On trouve dans ce roman historique l\u2019\u00e9vocation des quatre principaux r\u00e9volutionnaires, en quelques mots\u00a0:<br>\u00a0\u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole.\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le correcteur d\u2019\u00e9preuves de la R\u00e9volution, c\u2019est Robespierre. Il revoyait tout, il rectifiait tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Salammb\u00f4 \u00e9tait envahie par une mollesse o\u00f9 elle perdait toute conscience d\u2019elle-m\u00eame. Quelque chose \u00e0 la fois d\u2019intime et de sup\u00e9rieur, un ordre des Dieux la for\u00e7ait \u00e0 s\u2019y abandonner\u00a0; des nuages la soulevaient, et, en d\u00e9faillant, elle se renversa sur le lit dans les poils du lion. M\u00e2tho lui saisit les talons, la cha\u00eenette d\u2019or \u00e9clata, et les deux bouts, en s\u2019envolant, frapp\u00e8rent la toile comme deux vip\u00e8res rebondissantes. Le za\u00efmph tomba, l\u2019enveloppait\u00a0; elle aper\u00e7ut la figure de M\u00e2tho se courbant sur sa poitrine. \u00ab\u00a0Moloch, tu me br\u00fbles\u00a0!\u00a0\u00bb Et les baisers du soldat, plus d\u00e9vorateurs que des flammes, la parcouraient\u00a0; elle \u00e9tait comme enlev\u00e9e dans un ouragan, prise dans la force du soleil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Salamb\u00f4<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a s\u2019ach\u00e8te cher, le style\u00a0!\u00a0\u00bb Parole de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb de Flaubert s\u2019est exacerb\u00e9 dans cette \u00e9pop\u00e9e historique triomphante de cruaut\u00e9 et de violence, qui est \u00e9galement une belle histoire d\u2019amour vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">III<\/span>\u00e8me si\u00e8cle avant J.-C., fin de la premi\u00e8re guerre punique entre Carthage et Rome. Un \u00e9pisode de l\u2019histoire de Carthage (\u00ab\u00a0la guerre des mercenaires\u00a0\u00bb) rapport\u00e9 par Polybe inspire \u00e0 Flaubert la vision d\u2019un monde antique \u00e0 mille ann\u00e9es-lumi\u00e8re de sa <em>Madame Bovary<\/em> (1857), cette provinciale adult\u00e8re qui scandalisa la bourgeoisie et lui donna bien des soucis avec la censure. La passion de Salamb\u00f4 est tout autre, mais \u00e9galement fatale\u2026<\/p>\n<p>L\u2019un des chefs mercenaires, le Libyen M\u00e2tho, tombe amoureux fou de la fille d\u2019Hamilcar, Salammb\u00f4, grande pr\u00eatresse de Tanit\u00a0: amour sacril\u00e8ge qui lui donne l\u2019audace de p\u00e9n\u00e9trer la nuit dans les appartements de Salammb\u00f4, apr\u00e8s avoir vol\u00e9 le voile sacr\u00e9 de la d\u00e9esse dont d\u00e9pend le sort de la cit\u00e9\u2026 Salammb\u00f4 se rend \u00e0 son tour au camp ennemi o\u00f9 elle passe la nuit avec M\u00e2tho\u2026 et r\u00e9cup\u00e8re le voile. Les Carthaginois triomphent des Romains, M\u00e2tho est tortur\u00e9 \u00e0 mort. Salammb\u00f4 meurt \u00e0 son tour, boulevers\u00e9e par le supplice de l\u2019homme qui l\u2019aima au point de lui rendre le voile.<\/p>\n<p>Fond\u00e9 sur une \u00e9rudition contestable, ce roman de passion et de mort est la somptueuse r\u00e9alisation des fantasmes orientaux de Flaubert\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le monde, par exc\u00e8s de terreur, devenait brave\u00a0\u00bb \u00e9crit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous d\u00e9die ce livre, qui vous revient de droit\u00a0: en m\u2019ouvrant votre \u00e9rudition et votre biblioth\u00e8que, vous m\u2019avez fait croire que j\u2019\u00e9tais savant et que je connaissais assez l\u2019antique \u00c9gypte pour la d\u00e9crire(\u2026) L\u2019histoire est de vous, le roman est de moi\u00a0; je n\u2019ai eu qu\u2019\u00e0 r\u00e9unir par mon style, comme par un ciment de mosa\u00efque, les pierres pr\u00e9cieuses que vous m\u2019apportiez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872), <em>Le Roman de la momie<\/em> (1858). D\u00e9dicace \u00e0 Ernest Feydeau (arch\u00e9ologue)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme disait Flaubert, \u00ab\u00a0\u00c7a s\u2019ach\u00e8te cher, le style\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ici, l\u2019Histoire n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte, mais le chef des \u00ab\u00a0gilets rouges\u00a0\u00bb participant avec les romantiques \u00e0 la bataille d\u2019Hernani (1830) s\u2019est surpass\u00e9, dans un autre genre.<\/p>\n<p>Deux arch\u00e9ologues d\u00e9chiffrent un papyrus trouv\u00e9 dans le sarcophage d\u2019une belle \u00c9gyptienne\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0Roman de la Momie\u00a0\u00bb, l\u2019histoire de Tahoser, princesse \u00e9prise d\u2019un H\u00e9breu et aim\u00e9e d\u2019un pharaon\u2026 Un triangle amoureux sous l\u2019\u00c9gypte ancienne, une histoire d\u2019amour impossible.<\/p>\n<p>Nous sommes \u00e0 Th\u00e8bes. Tahoser, \u00e9gyptienne de seize ans, fille du grand pr\u00eatre Petamounoph, vit dans un palais dor\u00e9. Elle aime en secret Po\u00ebrie, intendant des biens de la couronne. Mais il est H\u00e9breu et indiff\u00e9rent \u00e0 la jeune \u00c9gyptienne, \u00e9tant amoureux de Ra\u2019hel.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019amour n\u2019est pas le m\u00eame sous les chaudes r\u00e9gions qu\u2019embrase un vent de feu, qu\u2019aux rives hyperbor\u00e9es d\u2019o\u00f9 le calme descend du ciel avec les frimas. Certes, beaucoup de femmes tr\u00e8s belles \u00e9taient entr\u00e9es dans le gyn\u00e9c\u00e9e de Pharaon\u00a0; mais aucune n\u2019\u00e9tait comparable \u00e0 Tahoser, et les prunelles du roi dardaient des flammes si vives qu\u2019elle fut oblig\u00e9e de baisser les yeux, n\u2019en pouvant plus supporter l\u2019\u00e9clat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans cette fresque color\u00e9e et myst\u00e9rieuse comme une pyramide de la Vall\u00e9e des Rois, Th\u00e9ophile Gautier, entre histoire et l\u00e9gende, a reconstitu\u00e9 une fascinante histoire d\u2019amour\u2026 et l\u2019\u00c9gypte antique telle que l\u2019imagin\u00e8rent les romantiques\u00a0: avec ses fastes, ses tabous et ses passions, dans le style foisonnant devenu la marque de ce ma\u00eetre de la litt\u00e9rature fantastique au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. On lui doit aussi la doctrine de \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb, avec son refus de tout engagement politique, contraire \u00e0 l\u2019attitude de presque tous ses confr\u00e8res de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roman est devenu une enqu\u00eate g\u00e9n\u00e9rale sur l\u2019homme et sur le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Les Rougon-Macquart<\/em> (1871-1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cycle romanesque dont le sous-titre g\u00e9n\u00e9ral, \u00ab\u00a0Histoire naturelle et sociale d\u2019une famille sous le Second Empire\u00a0\u00bb, est une programmation pr\u00e9cis\u00e9e par le titre de chaque volume dont la chronologie vaut \u00e0 son tour d\u00e9monstration.<\/p>\n<p><em>La Fortune des Rougon<\/em> (1871), fondateurs de la dynastie, ne pouvait logiquement que s\u2019effondrer dans<em> La D\u00e9b\u00e2cle<\/em> (1892), <em>Le Docteur Pascal<\/em> (1893) apportant une explication scientifique raisonn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9composition, membre apr\u00e8s membre, de cette famille, du fait de son environnement socio-historique.<\/p>\n<p><em>La Cur\u00e9e<\/em> (1871), <em>Le Ventre de Paris<\/em> (1873), <em>La Conqu\u00eate de Plassans<\/em> (1874), <em>La Faute de l\u2019abb\u00e9 Mouret<\/em> (1875),<em> Son Excellence Eug\u00e8ne Rougon<\/em> (1876), <em><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>ssommoir<\/em> (1877), <em>Une page d\u2019amour<\/em> (1878), <em>Nana<\/em> (1880), <em>Pot-Bouille<\/em> (1882),<em> Au bonheur des dames<\/em> (1883), <em>la Joie de vivre<\/em> (1884), <em>Germinal<\/em> (1885), <em>l\u2019\u0152uvre<\/em> (1886), <em>la Terre<\/em> (1887), <em>Le R\u00eave<\/em> (1888), <em>La B\u00eate humaine<\/em> (1890), <em><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>rgent<\/em> (1891) sont les pi\u00e8ces de ce puzzle monumental, vingt ans de vie fran\u00e7aise. Autant de romans historiques au plus pr\u00e8s de la v\u00e9rit\u00e9 humaine et soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>T\u00e9moin minutieux et passionn\u00e9 de son temps, Zola est \u00e0 l\u2019origine du naturalisme, mouvement litt\u00e9raire inspir\u00e9 par le r\u00e9alisme de Balzac. Ce courant artistique pr\u00f4ne une observation exacte et scientifique du r\u00e9el pour en livrer une repr\u00e9sentation rigoureuse. C\u2019est en cela que Zola fait \u0153uvre d\u2019historien, devenant le romancier populaire qui succ\u00e8de \u00e0 Hugo. Ces trois g\u00e9ants de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise dominent leur si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pape Cl\u00e9ment\u00a0! Chevalier Guillaume\u00a0! Roi Philippe\u00a0! Avant un an, je vous cite \u00e0 compara\u00eetre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste ch\u00e2timent\u00a0! Maudits\u00a0! Maudits\u00a0! Tous maudits jusqu\u2019\u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de vos races\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">DRUON<\/span> (1918-2009), <em>Les Rois maudits<\/em> (1955 \u00e0 1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8res paroles attribu\u00e9es au grand ma\u00eetre des Templiers, Jacques de Molay, sur le b\u00fbcher dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, \u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris, 19\u00a0mars 1314. Ce \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019Histoire. Il existe une autre version\u00a0: \u00ab\u00a0Cl\u00e9ment, juge inique et cruel bourreau, je t\u2019ajourne \u00e0 compara\u00eetre dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge.\u00a0\u00bb <em>Histoire de l\u2019\u00c9glise de France\u00a0: compos\u00e9e sur les documents originaux et authentiques<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1856), abb\u00e9 Guett\u00e9e.<\/p>\n<p>Historique et romanc\u00e9e, la mal\u00e9diction des Templiers inspire au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle la saga litt\u00e9raire de Maurice Druon, popularis\u00e9e par le feuilleton t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de Claude Barma, \u00ab\u00a0L\u2019Affaire des Templiers\u00a0\u00bb (1972), monument du patrimoine audiovisuel, s\u00e9rie-culte en six \u00e9pisodes de 102 minutes, rediffus\u00e9e en 2013 et salu\u00e9 par la critique\u00a0: \u00ab\u00a0B\u00e9nis soient Les rois maudits\u00a0\u00bb (Nathalie Rheims).<\/p>\n<p>Sous Philippe le Bel, le chancelier Guillaume de Nogaret (garde du Sceau et ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre de la politique royale) est mort il y a un an et il peut s\u2019agir d\u2019un autre Guillaume (Guillaume Humbert, grand Inquisiteur qui instruisit le proc\u00e8s inique des Templiers et mourra vraisemblablement assassin\u00e9). Cl\u00e9ment V, pris de violentes douleurs au ventre (peut-\u00eatre un cancer) va mourir seul (comme aucun pape avant ni apr\u00e8s lui) et dans le d\u00e9lai imparti, de m\u00eame que Philippe le Bel le 29 novembre 1314, suite \u00e0 une chute de cheval (blessure infect\u00e9e, ou accident c\u00e9r\u00e9bral).<\/p>\n<p>Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d\u2019\u00e9branler la dynastie cap\u00e9tienne\u00a0: assassinats, scandales, proc\u00e8s, morts subites, d\u00e9sastres militaires. Quant \u00e0 la \u00ab\u00a0treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb\u2026 cela tombe sur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, le roi de France guillotin\u00e9 sous la R\u00e9volution\u00a0!<\/p>\n<p>Maurice Druon, r\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure, romancier prix Goncourt 1948 (<em>Les Grandes familles<\/em>), acad\u00e9micien, ministre des Affaires culturelles, est aussi historien. Sa s\u00e9rie des <em>Rois maudits<\/em> (sept volumes, six publi\u00e9s de 1955 \u00e0 1960 et le dernier en 1977) est le r\u00e9sultat d\u2019un travail d\u2019atelier. Au nombre des collaborateurs, il remercie dans sa pr\u00e9face Matthieu Galey, Pierre-Henri de Lacretelle, Jos\u00e9-Andr\u00e9 Lacour, Edmonde Charles-Roux entre autres noms. Reste le style du romancier\u00a0qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0pessimiste\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Le malheur du temps veut que les plus grands tr\u00f4nes ne sont point occup\u00e9s par des hommes aussi grands que leur charge.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0La justice n\u2019appartient pas au roi, c\u2019est le roi qui appartient \u00e0 la justice.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0M\u00eame lorsque nous sommes punis pour de faux motifs, il y a toujours une cause v\u00e9ritable \u00e0 notre punition. Tout acte injuste m\u00eame commis pour une juste cause porte en soi sa mal\u00e9diction.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0L\u2019histoire est sem\u00e9e de mots dont on dit qu\u2019ils ont fait fortune\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai form\u00e9 le projet de te raconter ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marguerite <span class=\"caps\">YOURCENAR<\/span> (1903-1987), <em>M\u00e9moires d\u2019Hadrien<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le livre est pr\u00e9sent\u00e9 comme la longue lettre d\u2019un vieil empereur \u00e0 son petit-fils adoptif et \u00e9ventuel successeur \u00e2g\u00e9 de 17 ans, Marc Aur\u00e8le. Sur son lit de mort, l\u2019empereur romain Hadrien (117-138) m\u00e9dite et se rem\u00e9more ses triomphes militaires, son amour de la po\u00e9sie et de la musique, sa philosophie et sa passion pour son jeune amant bithynien, Antino\u00fcs \u2013 Yourcenar n\u2019a jamais cach\u00e9 sa bisexualit\u00e9, ses amants \u00e9tant toujours homosexuels.<\/p>\n<p>Hadrien donne \u00ab\u00a0audience \u00e0 ses souvenirs\u00a0\u00bb. Mais le vagabondage d\u2019esprit se structure, avec une chronologie et une rigueur de pens\u00e9e propre au personnage. Derri\u00e8re l\u2019esth\u00e8te cultiv\u00e9 et le fin strat\u00e8ge, la romanci\u00e8re aborde les th\u00e8mes qui lui sont chers\u00a0: la mort, la dualit\u00e9 d\u00e9routante du corps et de l\u2019esprit, le sacr\u00e9, l\u2019amour, l\u2019art et le temps. \u00c0 l\u2019image de ce \u00ab\u00a0grand sculpteur\u00a0\u00bb, elle taille, fa\u00e7onne, affine chacun des traits int\u00e9rieurs d\u2019Hadrien\u00a0: \u00ab\u00a0Je compte sur cet examen des faits pour me d\u00e9finir, me juger peut-\u00eatre ou tout au moins pour me mieux conna\u00eetre avant de mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Yourcenar trouva dans la <em>Correspondance<\/em> de Flaubert une phrase inoubliable\u00a0: \u00ab\u00a0Les dieux n\u2019\u00e9tant plus, et le Christ n\u2019\u00e9tant pas encore, il y a eu, de Cic\u00e9ron \u00e0 Marc Aur\u00e8le, un moment unique o\u00f9 l\u2019homme seul a \u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Une grande partie de ma vie allait se passer \u00e0 essayer de d\u00e9finir, puis \u00e0 peindre, cet homme seul et d\u2019ailleurs reli\u00e9 \u00e0 tout\u00a0\u00bb, cet \u00ab\u00a0homme presque sage\u00a0\u00bb qui fut en m\u00eame temps qu\u2019un initiateur des temps nouveaux, l\u2019un des derniers libres esprits de l\u2019Antiquit\u00e9.<\/p>\n<p>Traduit dans seize langues, salu\u00e9 par la presse du monde entier, ces pseudo-m\u00e9moires d\u2019Hadrien ont sit\u00f4t rencontr\u00e9 un succ\u00e8s international et assur\u00e9 une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00e0 Marguerite Yourcenar. Son projet remonte \u00e0 l\u2019adolescence, mais elle le consid\u00e9rait comme trop ambitieux pour \u00eatre une \u0153uvre de jeunesse, de la trempe de ceux \u00ab\u00a0qu\u2019on ne doit pas oser avant d\u2019avoir d\u00e9pass\u00e9 quarante ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Doit-elle \u00e0 ce grand roman historique d\u2019\u00eatre la premi\u00e8re femme \u00e9lue \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1980\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Veux-tu rendre \u00e0 C\u00e9sar ce qui m\u2019appartient\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">GOSCINNY<\/span> (1926-1977) sc\u00e9nariste <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Albert <span class=\"caps\">UDERZO<\/span> (1927-2020) dessinateur. <em>Ast\u00e9rix le Gaulois<\/em> (1959), planche 43, case 6<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8re forme du roman historique, la <span class=\"caps\">BD<\/span> \u00e0 l\u2019humour d\u00e9cal\u00e9.<\/p>\n<p>Qui est mieux plac\u00e9 que C\u00e9sar lui-m\u00eame pour \u00e9voquer la c\u00e9l\u00e8bre maxime\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut rendre \u00e0 C\u00e9sar ce qui appartient \u00e0 C\u00e9sar\u00a0\u00bb dont l\u2019origine est attribu\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus face aux Pharisiens dans l\u2019\u00c9vangile selon Saint-Matthieu\u2026 Naturellement, \u00ab\u00a0nos anc\u00eatres\u00a0\u00bb les Gaulois n\u2019en ont cure, avec leur fichu caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Cet art de la transposition fait mouche \u00e0 tout coup dans le dialogue de Goscinny, soulign\u00e9 par le g\u00e9nie du dessin d\u2019Uderzo. Quelques exemples entre mille\u00a0:<\/p>\n<p>Ast\u00e9rix et Ob\u00e9lix confront\u00e9s \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 si souvent d\u00e9nonc\u00e9e de l\u2019administration.<br>\u00ab\u00a0Le bureau des renseignements\u00a0?<br>\u2013 Sais pas. Adressez-vous aux renseignements, ils vous renseigneront.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une r\u00e9f\u00e9rence au titre pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 de Jules C\u00e9sar, <em>Commentaires sur la guerre des Gaules<\/em> (sept livres de notes prises par l\u2019empereur romain lui-m\u00eame entre 58 et 52 avant J.-C.)\u00a0:<br>\u00ab\u00a0Ben oui, \u00f4 C\u00e9sar, nous n\u2019avons pas de souvenir de la Guerre des Gaules.<br>\u2013 Sans commentaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les locutions en v.o. de C\u00e9sar ont travers\u00e9 les si\u00e8cles. <em>Alea jacta est<\/em> (le sort en est jet\u00e9) aurait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 par l\u2019ambitieux g\u00e9n\u00e9ral avant le passage du fleuve Rubicon, en janvier 49 avant J.-C.<br>\u00ab\u00a0Mon petit bonhomme, les phrases historiques, al\u00e9a jacta est et tout \u00e7a, c\u2019est moi qui les fais ici\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la fameuse expression \u00ab\u00a022 v\u2019la les flics\u00a0\u00bb (apparue au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), Goscinny et Uderzo lui font faire un bond dans le temps, y ajoutant les chiffres romains. Pour l\u2019anecdote, cette expression tiendrait son origine du nombre de boutons sur la vareuse d\u2019un policier. Il y en avait 11, et comme les repr\u00e9sentants de l\u2019ordre faisaient des rondes \u00e0 deux, on arrivait au chiffre 22. En chiffres romains (cela s\u2019impose)\u2026<br>\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">XXII<\/span>\u00a0! les Romains\u00a0!!!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Enfin, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une pub nationale de sant\u00e9 publique\u2026<br>\u00ab\u00a0Les Gaulois boivent\u2026<br>\u2013 Et les Romains trinquent\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Remis en question par l\u2019historiographie, \u00ab\u00a0nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0\u00bb, plus vivants que jamais, survivent \u00e0 la mort de leurs cr\u00e9ateurs, cette <span class=\"caps\">BD<\/span> best-seller \u00e9tant toujours \u00e0 suivre en 2024.<\/p>\n<p>Imagin\u00e9e par Ren\u00e9 Goscinny (sc\u00e9nariste) et Albert Uderzo (dessinateur), Ast\u00e9rix na\u00eet le 29 octobre 1959 dans le magazine <em>Pilote<\/em>. Le premier album sort en 1961\u00a0: <em>Ast\u00e9rix le Gaulois<\/em>, suivi presque chaque ann\u00e9e d\u2019un nouvel album jusqu\u2019en 1977. Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Goscinny, Uderzo continue l\u2019\u0153uvre jusqu\u2019en 2005. La s\u00e9rie passe ensuite en d\u2019autres mains, au rythme d\u2019un album tous les deux ans, deux mois avant No\u00ebl, avec un effet de relance pour les pr\u00e9c\u00e9dents \u2013 Ast\u00e9rix le Gaulois se vend encore \u00e0 40 000 exemplaires annuels en France.<\/p>\n<p>Au total, pr\u00e8s de 400 millions d\u2019exemplaires vendus \u2013 dont 128 millions rien qu\u2019en Allemagne. Seul le march\u00e9 am\u00e9ricain ne marche pas \u2013 trop tourn\u00e9 vers les <em>comics<\/em>.<\/p>\n<p>Traduite en 117 langues et dialectes, et m\u00eame en latin, c\u2019est la <span class=\"caps\">BD<\/span> la plus vendue au monde. Seule la saga \u00ab\u00a0One Piece\u00a0\u00bb du japonais Eiichiro Oda fait mieux\u00a0: 500 millions d\u2019exemplaires \u2013 mais c\u2019est un manga.<\/p>\n<p>Restent \u00e0 citer les films tr\u00e8s populaires, les produits d\u00e9riv\u00e9s, le parc Ast\u00e9rix \u2013 complexe\u00a0 \u00ab\u00a0touristix\u00a0\u00bb battu par les Yankees avec Disneyland, mais c\u2019est une autre histoire\u2026 et les Gaulois battent le Puy du Fou, autre show \u00e0 grand spectacle r\u00e9volutionnaire jouant aussi de la fibre patriotique.<\/p>\n<h4>3\/ La R\u00e9volution, \u00e9picentre de toutes les questions historiques.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat\u00a0? Tout. Qu\u2019a-t-il \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent dans l\u2019ordre politique\u00a0? Rien. Que demande-t-il\u00a0? \u00c0 y devenir quelque chose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1265\" class=\"cit-num\">1265<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), <em>Qu\u2019est-ce que le tiers \u00e9tat<\/em> (1789).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premiers mots de cette c\u00e9l\u00e8bre brochure, publi\u00e9e en janvier\u00a01789.<\/p>\n<p>Taine \u00e9crira dans <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un grand changement s\u2019op\u00e8re au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle dans la condition du tiers \u00e9tat. Le bourgeois a travaill\u00e9, fabriqu\u00e9, commerc\u00e9, gagn\u00e9, \u00e9pargn\u00e9, et tous les jours il s\u2019enrichit davantage. La bourgeoisie se d\u00e9marque \u00e0 la fois des classes privil\u00e9gi\u00e9es qui constituent les deux autres ordres et ne justifient plus leurs privil\u00e8ges par leurs services rendus au pays, et des classes populaires sans Lumi\u00e8res et sans influence.\u00a0\u00bb Dans l\u2019esprit de Siey\u00e8s, le \u00ab\u00a0Tiers\u00a0\u00bb, c\u2019est la bourgeoisie sans le peuple. Ce sera l\u2019un des malentendus les plus graves de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les mots\u00a0! Les mots\u00a0! On a br\u00fbl\u00e9 au nom de la charit\u00e9, on a guillotin\u00e9 au nom de la fraternit\u00e9. Sur le th\u00e9\u00e2tre des choses humaines, l\u2019affiche est presque toujours le contraire de la pi\u00e8ce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1267\" class=\"cit-num\">1267<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmond de <span class=\"caps\">GONCOURT<\/span> (1822-1896) et Jules de <span class=\"caps\">GONCOURT<\/span> (1830-1870), <em>Id\u00e9es et Sensations<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette v\u00e9rit\u00e9 vaut sous la R\u00e9volution plus qu\u2019en toute autre \u00e9poque de notre histoire de France. D\u2019o\u00f9 le nombre consid\u00e9rable de (belles ou tr\u00e8s belles) citations, parall\u00e8lement au nombre de victimes, guillotin\u00e9es, massacr\u00e9es ou tu\u00e9es au cours des guerres civiles et \u00e9trang\u00e8res. Le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb r\u00e9volutionnaire est un grand spectacle politique et humain qui passionne toujours les historiens et un vaste public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on se m\u00eale de diriger une r\u00e9volution, la difficult\u00e9 n\u2019est pas de la faire aller, mais de la retenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1268\" class=\"cit-num\">1268<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). Encyclop\u00e9die <em>Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Mirabeau\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le premier des personnages r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la R\u00e9volution dit ces mots d\u00e8s 1789 et il \u00e9chouera comme bien d\u2019autres dans sa tentative d\u2019y mettre un terme en 1790.<\/p>\n<p>Un monarchiste lui fait \u00e9cho, le th\u00e9oricien contre-r\u00e9volutionnaire Joseph de Maistre, \u00e9migr\u00e9 en Suisse o\u00f9 il publiera anonymement ses <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> en 1797\u00a0: \u00ab\u00a0Ce ne sont point les hommes qui m\u00e8nent la r\u00e9volution, c\u2019est la r\u00e9volution qui emploie les hommes. On dit fort bien, quand on dit qu\u2019elle va toute seule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1269\" class=\"cit-num\">1269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793). <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son destin illustre ses paroles\u00a0: avocat comme nombre de r\u00e9volutionnaires, d\u00e9put\u00e9 sous la L\u00e9gislative, prenant parti contre les \u00e9migr\u00e9s et les pr\u00eatres r\u00e9fractaires, Vergniaud est ensuite consid\u00e9r\u00e9 comme trop mod\u00e9r\u00e9 face \u00e0 Robespierre et aux Montagnards. Il fait partie des Girondins guillotin\u00e9s, fin octobre\u00a01793. D\u2019autres charrettes d\u2019\u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution suivront\u00a0: les Enrag\u00e9s (h\u00e9bertistes) trop enrag\u00e9s, les Indulgents (dantonistes) trop indulgents, les robespierristes enfin, trop terroristes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est des feux de la s\u00e9dition que na\u00eet la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1270\" class=\"cit-num\">1270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>Les Cha\u00eenes de l\u2019esclavage<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce livre para\u00eet \u00e0 Londres, o\u00f9 Marat travaille comme m\u00e9decin. L\u2019auteur y attaque la tyrannie sous toutes ses formes et d\u00e9nonce la corruption de la cour \u2013 mais de retour en France, il devient m\u00e9decin des gardes du comte d\u2019Artois, en 1776. Il y fait aussi une th\u00e9orie du processus r\u00e9volutionnaire, avec dynamisme des masses entretenu, r\u00e9volution sans cesse r\u00e9amorc\u00e9e et pour tout dire permanente, \u00e0 la Engels. Le livre sera traduit et publi\u00e9 en France en 1792\u00a0: Marat, depuis 1789, est pass\u00e9 de la th\u00e9orie \u00e0 l\u2019action. C\u2019est l\u2019un des r\u00e9volutionnaires les plus extr\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malheur \u00e0 ceux qui remuent le fond d\u2019une nation\u00a0! Il n\u2019est point de si\u00e8cle des Lumi\u00e8res pour la populace [\u2026] toujours cannibale, toujours anthropophage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1272\" class=\"cit-num\">1272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Fragments et pens\u00e9es politiques<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le camp de la Contre-R\u00e9volution, d\u00e9fenseur de la monarchie, condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019exil, il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut plut\u00f4t, pour op\u00e9rer une r\u00e9volution, une certaine masse de b\u00eatise d\u2019une part qu\u2019une certaine dose de lumi\u00e8re de l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands ne sont grands que parce que nous sommes \u00e0 genoux\u00a0: levons-nous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1274\" class=\"cit-num\">1274<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793) et \u00c9lis\u00e9e (de) <span class=\"caps\">LOUSTALOT<\/span> (1762-1790), devise en t\u00eate du journal de Louis-Marie Prudhomme, <em>Les R\u00e9volutions de Paris<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce quotidien n\u00e9 le 12\u00a0juillet\u00a01789 s\u00e9duit par son extr\u00e9misme autant que par la subtilit\u00e9 de ses analyses politiques. La libert\u00e9 de la presse est l\u2019un des principes affirm\u00e9s dans la <em>D\u00e9claration des droits<\/em> de 1789. La floraison des journaux marque l\u2019\u00e9veil de la conscience populaire\u00a0: 42 titres paraissent entre mai et juillet\u00a01789, plus de 250 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Certaines feuilles ont une diffusion confidentielle, mais d\u2019autres arrivent \u00e0 200\u00a0000 exemplaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019il ne faut jamais s\u00e9parer, en ce monde\u00a0: 1\u00b0\u00a0que la souverainet\u00e9 r\u00e9side dans le peuple\u00a0; 2\u00b0\u00a0que le peuple ne doit jamais l\u2019exercer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1275\" class=\"cit-num\">1275<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Journal politique national des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux et de la R\u00e9volution de 1789<\/em>, publi\u00e9 cette m\u00eame ann\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour est une qualit\u00e9 rare en ces temps h\u00e9ro\u00efques\u00a0: Rivarol est un t\u00e9moin pr\u00e9cieux. Le c\u0153ur \u00e0 droite, ce n\u2019est pas un extr\u00e9miste, et il n\u2019\u00e9pargne pas les gens de son camp, m\u00eame si le parti des vrais r\u00e9volutionnaires offre davantage mati\u00e8re \u00e0 provoquer sa plume et stimuler sa verve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours eu pour principe qu\u2019un peuple qui s\u2019\u00e9lance vers la libert\u00e9 doit \u00eatre inexorable envers les conspirateurs\u00a0; qu\u2019en pareil cas, la faiblesse est cruelle, l\u2019indulgence est barbare.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1276\" class=\"cit-num\">1276<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Lettre, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (1840), Maximilien Robespierre, Albert Laponneraye, Armand Carrel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devenu l\u2019avocat du peuple, absolument sinc\u00e8re et le plus extr\u00eame, il parle ici au nom du salut public. Ainsi la R\u00e9volution aboutit-elle logiquement \u00e0 la Terreur. Mais la lutte contre les factions et les factieux n\u2019aura de fin qu\u2019avec la mort de Robespierre et ses amis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand tous les hommes seront libres, ils seront \u00e9gaux\u00a0; quand ils seront \u00e9gaux, ils seront justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1277\" class=\"cit-num\">1277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794),<em> L\u2019Esprit de la R\u00e9volution et de la Constitution en France<\/em> (1791)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage fait de lui, \u00e0 24\u00a0ans, l\u2019un des plus jeunes th\u00e9oriciens de la R\u00e9volution. Le mouvement r\u00e9volutionnaire est d\u00e9crit comme un cercle id\u00e9alement vertueux, entra\u00eenant une escalade de progr\u00e8s. Les faits d\u00e9mentent ce genre d\u2019optimisme \u2013 et pas seulement notre R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons substituer toutes les vertus et tous les miracles de la r\u00e9publique \u00e0 tous les vices et \u00e0 tous les ridicules de la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1278\" class=\"cit-num\">1278<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours sur le gouvernement int\u00e9rieur, Convention nationale, 1794. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le programme radicalement r\u00e9volutionnaire de l\u2019Incorruptible.<\/p>\n<p>Mais la France, devenue politiquement r\u00e9publicaine, est encore moralement monarchique. Il faut donc aller plus loin, jusqu\u2019au terme d\u2019une r\u00e9volution parfaite, achev\u00e9e, excluant tout retour en arri\u00e8re. Et pour ce faire, il faut aussi changer les hommes, d\u2019o\u00f9 la nouvelle religion de l\u2019\u00catre supr\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honn\u00eate homme n\u2019est pas de faire son devoir, mais de le conna\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1279\" class=\"cit-num\">1279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>Consid\u00e9rations sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 d\u2019une vieille famille de la noblesse de robe et d\u2019\u00e9p\u00e9e, \u00e9lev\u00e9 chez les Oratoriens, d\u00e9fenseur syst\u00e9matique de l\u2019ordre ancien et de la monarchie de droit divin, saisi dans la tourmente r\u00e9volutionnaire \u00e0 35\u00a0ans, il doit \u00e9migrer en raison de ses convictions monarchistes et chr\u00e9tiennes, avant de revenir, ultra (plus royaliste que le roi), sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Cet \u00e9crivain t\u00e9moigne pour toute une g\u00e9n\u00e9ration dont la vie fut boulevers\u00e9e par 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais vote la libert\u00e9 du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1284\" class=\"cit-num\">1284<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Convention, 24\u00a0avril\u00a01793.<em> \u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe principe, inscrit au chapitre \u00ab\u00a0Des relations ext\u00e9rieures\u00a0\u00bb dans la Constitution de 1793. Mais que de guerres s\u2019ensuivront, dont la puret\u00e9 id\u00e9ologique est parfois discutable\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il est bon de faire des lois avec maturit\u00e9, on ne fait bien la guerre qu\u2019avec enthousiasme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1287\" class=\"cit-num\">1287<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Orateur des heures tragiques, pr\u00e9occup\u00e9 de la D\u00e9fense nationale du pays, Georges Jacques Danton sera aussi ministre de la Justice. Il incarne cette \u00e9poque qui doit parer au plus press\u00e9, mais sait aussi l\u00e9gif\u00e9rer pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. M\u00eame aptitude remarquable, chez Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 l\u2019horloge de la France que vont sonner les premiers coups des nouveaux temps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1288\" class=\"cit-num\">1288<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">MANCERON<\/span> (1923-1999), <em>Les Hommes de la libert\u00e9, Le sang de la Bastille<\/em> (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Intellectuel de gauche, fascin\u00e9 par cette p\u00e9riode, il y consacre trente ans de sa vie, sans pouvoir achever son \u0153uvre.<\/p>\n<p>L\u2019historien Alexis de Tocqueville dit en d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ont fait en 1789 le plus grand effort auquel se soit jamais livr\u00e9 aucun peuple, afin de couper pour ainsi dire en deux leur destin\u00e9e, et de s\u00e9parer par un ab\u00eeme ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 de ce qu\u2019ils voulaient \u00eatre d\u00e9sormais\u00a0\u00bb <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em>, 1866.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un heureux \u00e9v\u00e9nement a tout \u00e0 coup ouvert une carri\u00e8re immense aux esp\u00e9rances du genre humain\u00a0; un seul instant a mis un\u00a0si\u00e8cle de distance entre l\u2019homme du jour et celui du lendemain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1622\" class=\"cit-num\">1622<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794),<em> \u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> (posthume, 1804)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de physiocrate, philosophe et math\u00e9maticien, autant que t\u00e9moignage du d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention. C\u2019est la vision optimiste de la R\u00e9volution\u00a0: l\u2019homme nouveau na\u00eet de l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire, le peuple en est chang\u00e9, \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb allant de pair avec la R\u00e9volution et excluant tout retour en arri\u00e8re. Condorcet croit au d\u00e9veloppement ind\u00e9fini des sciences, comme au progr\u00e8s intellectuel et moral de l\u2019humanit\u00e9. Girondin, arr\u00eat\u00e9 sous la Terreur, il s\u2019empoisonnera pour ne pas monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus stup\u00e9fiant qui se soit jamais produit dans l\u2019histoire du monde jusqu\u2019ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1623\" class=\"cit-num\">1623<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmund <span class=\"caps\">BURKE<\/span> (1729-1797), <em>R\u00e9flexions sur la R\u00e9volution en France<\/em> (novembre\u00a01790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le livre de cet Anglais est un des plus gros succ\u00e8s \u00e9ditorial de l\u2019\u00e9poque\u00a0: 11 r\u00e9\u00e9ditions en moins d\u2019un an\u00a0! Pour ce premier th\u00e9oricien de la contre-r\u00e9volution, un monstre est n\u00e9, l\u2019ordre du monde est menac\u00e9 et d\u2019abord la civilisation anglaise qui a v\u00e9cu une sage r\u00e9volution, restauratrice de la royaut\u00e9, loin de cette folie fran\u00e7aise de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution de France est une des grandes \u00e9poques de l\u2019ordre social. Ceux qui la consid\u00e8rent comme un \u00e9v\u00e9nement accidentel n\u2019ont port\u00e9 leurs regards ni dans le pass\u00e9 ni dans l\u2019avenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1624\" class=\"cit-num\">1624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817),<em> Consid\u00e9rations sur les principaux \u00e9v\u00e9nements de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1818)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fille de Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) se penche sur ce pass\u00e9 r\u00e9cent, avec n\u00e9anmoins un recul dans le temps \u2013\u00a0les \u00ab\u00a0ann\u00e9es Napol\u00e9on\u00a0\u00bb furent une autre \u00e9preuve pour cette femme de t\u00eate et de c\u0153ur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 que l\u2019on ait \u00e9t\u00e9 trop loin\u00a0; mais j\u2019ai toujours trouv\u00e9 qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 trop vite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1625\" class=\"cit-num\">1625<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">GENLIS<\/span> (1746-1830). <em>Mme\u00a0la comtesse de Genlis en miniature, ou Abr\u00e9g\u00e9 critique de ses m\u00e9moires<\/em> (1826), Charles Louis de S\u00e9velinges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gouvernante des enfants de la famille d\u2019Orl\u00e9ans, elle a beaucoup lu Rousseau et se montre d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Puis elle \u00e9migre \u2013 Angleterre, Suisse, Belgique, Allemagne\u00a0\u2013, rentre en France en 1800 et sera nomm\u00e9e dame inspectrice des \u00e9coles primaires par Bonaparte\u2026 On lui doit d\u2019innombrables ouvrages p\u00e9dagogiques, romanesques, et dix volumes de <em>M\u00e9moires<\/em> in\u00e9dits sur le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et sur la R\u00e9volution (1825).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut avoir le courage de l\u2019avouer, madame, longtemps nous n\u2019avons point compris la r\u00e9volution dont nous sommes les t\u00e9moins, longtemps nous l\u2019avons prise pour un \u00e9v\u00e9nement. Nous \u00e9tions dans l\u2019erreur\u00a0: c\u2019est une \u00e9poque\u00a0; et malheur aux g\u00e9n\u00e9rations qui assistent aux \u00e9poques du monde\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1626\" class=\"cit-num\">1626<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), Lettre \u00e0 la marquise de Costa, 1794.<em> Joseph de Maistre<\/em> (1963), Claude-Joseph Gignoux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre \u00e9crite apr\u00e8s un an d\u2019exil en Suisse, terre d\u2019asile pour beaucoup d\u2019\u00e9migr\u00e9s. Ce philosophe, magistrat et historien, fut d\u2019abord acquis aux id\u00e9es nouvelles \u2013\u00a0le roi lui-m\u00eame n\u2019y \u00e9tait pas hostile. Mais les exc\u00e8s et les d\u00e9rives le poussent dans le camp des contre-r\u00e9volutionnaires. Bien des nobles de cette \u00e9poque ont d\u00fb penser ainsi. Les peuples heureux n\u2019ont pas d\u2019histoire et la R\u00e9volution reste l\u2019\u00e9poque la plus m\u00e9morable de l\u2019histoire de France, pour le meilleur et pour le pire, avec un inventaire toujours \u00e0 suivre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui distingue la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et ce qui en fait un \u00e9v\u00e9nement unique dans l\u2019histoire, c\u2019est qu\u2019elle est mauvaise radicalement\u00a0; aucun \u00e9l\u00e9ment de bien n\u2019y soulage l\u2019\u0153il de l\u2019observateur\u00a0: c\u2019est le plus haut degr\u00e9 de corruption connu\u00a0; c\u2019est la pure impuret\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1627\" class=\"cit-num\">1627<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1796)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux ans apr\u00e8s une lettre empreinte d\u2019un certain fatalisme face \u00e0 l\u2019histoire, le jugement de cet auteur \u2013 monarchiste, int\u00e9griste et catholique \u2013 se radicalise. Il dit aussi que \u00ab\u00a0tout est miraculeusement mauvais dans la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des sottises faites par des gens habiles\u00a0; des extravagances dites par des gens d\u2019esprit\u00a0; des crimes commis par d\u2019honn\u00eates gens\u2026 Voil\u00e0 les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1628\" class=\"cit-num\">1628<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>Pens\u00e9es sur divers sujets<\/em> (1817)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le camp des contre-r\u00e9volutionnaires, aussi r\u00e9solu que de Maistre, ce philosophe et sociologue est l\u2019autre grand pourfendeur de l\u2019ath\u00e9isme et de la d\u00e9mocratie, d\u00e9fenseur de la monarchie et du catholicisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ayant dit un nombre prodigieux de sottises, la R\u00e9volution en a fait dire encore plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1629\" class=\"cit-num\">1629<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Lectures<\/em> (recueil d\u2019articles, posthume, 1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un monarchiste de la Troisi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique, historien de droite\u00a0: v\u00e9rit\u00e9 incontestable, mais partielle. Que de talents se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, dans et autour de cette histoire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comm\u00e9morer la R\u00e9volution fran\u00e7aise est un peu comme c\u00e9l\u00e9brer le jour o\u00f9 on a attrap\u00e9 la scarlatine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1630\" class=\"cit-num\">1630<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">DAUDET<\/span> (1867-1942). <em>Le Nouvel Observateur<\/em> (1989), Pierre Chaunu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste, \u00e9crivain et d\u00e9put\u00e9 de droite, collaborateur de Charles Maurras \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, cit\u00e9 par Pierre Chaunu, historien r\u00e9solument conservateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est le plus puissant pas du genre humain depuis l\u2019av\u00e8nement du Christ.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1631\" class=\"cit-num\">1631<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conscience politique de son\u00a0si\u00e8cle, homme de c\u0153ur et sensibilit\u00e9 de gauche, il aime d\u2019autant plus la R\u00e9volution (et l\u2019Empire) qu\u2019il est d\u00e9\u00e7u par les princes qui gouvernent au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et par les r\u00e9volutions qui l\u2019agitent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par devant l\u2019Europe, la France, sachez-le, n\u2019aura jamais qu\u2019un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom \u00e9ternel\u00a0: la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1632\" class=\"cit-num\">1632<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement \u00e0 nuancer\u00a0: pour cet historien de gauche, la R\u00e9volution de 1789 aurait d\u00fb finir en 1790 sur le Champ de Mars, en son point culminant, le jour de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. C\u2019est l\u2019avis le plus commun\u00e9ment adopt\u00e9 \u2013 le choix du 14 juillet comme f\u00eate nationale faisant d\u2019ailleurs r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration et pas \u00e0 la prise de la Bastille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ont fait, en 1789, le plus grand effort auquel se soit jamais livr\u00e9 aucun peuple afin de couper, pour ainsi dire, en deux, leur destin\u00e9e et de s\u00e9parer par un ab\u00eeme ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 de ce qu\u2019ils voulaient \u00eatre d\u00e9sormais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1633\" class=\"cit-num\">1633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859),<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avis d\u2019historien, par ailleurs magistrat (sous la Restauration), d\u00e9put\u00e9 et ministre (sous la Deuxi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique), inclassable (compar\u00e9 en cela \u00e0 Montesquieu) et donc \u00e9quilibr\u00e9 dans ses jugements. Encore faut-il nuancer sa pens\u00e9e qui \u00e9volue.<\/p>\n<p>Dans cette derni\u00e8re \u0153uvre, Tocqueville d\u00e9montre que si la R\u00e9volution de 1789 a pu d\u00e9router bien des esprits et faire perdre leur sang-froid aux hommes au pouvoir, elle doit \u00eatre historiquement analys\u00e9e comme l\u2019aboutissement logique de l\u2019Ancien R\u00e9gime, et non comme une rupture d\u2019ordre politique, social et administratif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise a pr\u00e9par\u00e9 indirectement l\u2019av\u00e8nement du prol\u00e9tariat. Elle a r\u00e9alis\u00e9 les deux conditions essentielles du socialisme, la d\u00e9mocratie et le capitalisme. Mais elle a \u00e9t\u00e9, en son fond, l\u2019av\u00e8nement politique de la classe bourgeoise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1634\" class=\"cit-num\">1634<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, volume 1, La Constituante (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique et historien, mais socialiste militant, Jaur\u00e8s rejoint Tocqueville. La R\u00e9volution fran\u00e7aise est la cons\u00e9quence d\u2019un processus s\u00e9culaire, la prise de pouvoir politique d\u2019une classe qui avait d\u00e9j\u00e0 le pouvoir \u00e9conomique. \u00ab\u00a0Une nouvelle distribution de la richesse entra\u00eene une nouvelle distribution du pouvoir\u00a0\u00bb, voil\u00e0 une des le\u00e7ons de l\u2019histoire qui vaut bien au-del\u00e0 de la R\u00e9volution et de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est un bloc dont on ne peut rien distraire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1635\" class=\"cit-num\">1635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 29\u00a0janvier 1891. <em>Grands moments d\u2019\u00e9loquences parlementaire<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La phrase peut-\u00eatre la plus cit\u00e9e (et tronqu\u00e9e), donc la plus mal comprise, hors de son contexte\u00a0! Homme de gauche, Clemenceau r\u00e9pond \u00e0 deux d\u00e9put\u00e9s de droite (D\u00e9roul\u00e8de et le comte de Bernis) et d\u00e9fend la libert\u00e9 d\u2019expression \u00e0 propos de <em>Thermidor<\/em>, pi\u00e8ce de Victorien Sardou d\u00e9non\u00e7ant les exc\u00e8s de la R\u00e9volution, d\u2019o\u00f9 scandale \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise et interdiction apr\u00e8s trois repr\u00e9sentations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution n\u2019est pas un bloc. Elle comprend de l\u2019excellent et du d\u00e9testable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1636\" class=\"cit-num\">1636<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">HERRIOT<\/span> (1872-1957), <em>Aux sources de la libert\u00e9<\/em> (1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 Clemenceau. On peut d\u00e9battre \u00e0 l\u2019infini. En fait, tout est dans cette R\u00e9volution. Ainsi que l\u2019\u00e9crit Cioran\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait la raconter comme la geste des qualit\u00e9s mais aussi de tous les d\u00e9fauts des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux moyens s\u00fbrs pour ne rien comprendre \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, c\u2019est de la maudire ou de la c\u00e9l\u00e9brer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1639\" class=\"cit-num\">1639<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">FURET<\/span> (1927-1997),<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965), \u00e9crit avec Denis Richet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un de nos historiens contemporains qui r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9clairer dans toute sa complexit\u00e9 cette R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui la maudissent sont condamn\u00e9s \u00e0 rester insensibles \u00e0 la naissance tumultueuse de la d\u00e9mocratie. Ils seraient pourtant bien en peine de proposer \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s d\u2019autres principes fondateurs que la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Ceux qui la c\u00e9l\u00e8brent sont incapables d\u2019expliquer ni m\u00eame d\u2019apercevoir ses trag\u00e9dies, sauf \u00e0 les couvrir de l\u2019excuse d\u00e9bile des \u00ab\u00a0circonstances\u00a0\u00bb. Ils restent aveugles \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 constitutive de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui comporte \u00e0 la fois des droits de l\u2019homme et la Terreur, la libert\u00e9 et le despotisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c&#8217;est ajouter au malheur de ce monde.\u00a0\u00bb Albert CAMUS R\u00e9cit et roman national\u00a0: deux termes devenus courants, mais trop souvent confondus et instrumentalis\u00e9s \u00e0 divers titres. Un \u00e9dito s\u2019impose pour cerner le probl\u00e8me et r\u00e9soudre nombre de questions. 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