{"id":10107,"date":"2024-10-07T00:00:00","date_gmt":"2024-10-06T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-en-citations-de-jules-michelet\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:57","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:57","slug":"portrait-en-citations-de-jules-michelet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-en-citations-de-jules-michelet\/","title":{"rendered":"Portrait en citations de Jules Michelet"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites l\u2019histoire, nous l\u2019\u00e9crirons\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules Michelet, voyant du seuil de l\u2019\u00c9cole normale o\u00f9 il enseigne des bandes d\u2019ouvriers et d\u2019\u00e9tudiants qui se rendent au combat, R\u00e9volution de juillet 1830<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-79.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>Pionnier de sa discipline, h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res et penseur de la R\u00e9volution, cr\u00e9ateur du \u00ab\u00a0r\u00e9cit national\u00a0\u00bb (confondu \u00e0 tort avec le roman national), Michelet reste l\u2019historien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais pour ses talents de vulgarisateur \u2013 d\u2019o\u00f9 sa pr\u00e9sence dans notre <em>Histoire en citations.<\/em><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la plupart de ses confr\u00e8res (Chateaubriand, Lamartine, Hugo\u2026), il refuse d\u2019entrer en politique autrement que par la plume. Les d\u00e9bordements des r\u00e9volutions (1830 et 1848), les \u00e9meutes et les tirs de la troupe sur le peuple le persuadent que la d\u00e9mocratie doit \u00eatre d\u00e9finie et enseign\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble des citoyens.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1840, il affiche des id\u00e9es d\u00e9mocratiques et anticl\u00e9ricales mal vues par la Monarchie de Juillet. Sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, son hostilit\u00e9 \u00e0 Louis Napol\u00e9on le prive de ses fonctions de professeur et d\u2019archiviste, en 1851. Refusant de pr\u00eater serment \u00e0 l\u2019Empire, il perd sa place aux Archives. Sa carri\u00e8re professorale est bris\u00e9e.<\/p>\n<p>Travaillant toujours \u00e0 son <em>Histoire de France<\/em> (17 volumes), il en tire de petits livres sur des th\u00e8mes ou des personnages qui lui sont chers (Jeanne d\u2019Arc), il r\u00e9dige des \u00ab\u00a0cours d\u2019\u00e9ducation nationale\u00a0\u00bb pour le peuple\u2026 et se fait plaisir avec des textes lyriques sur la nature et les passions humaines. Ces publications discr\u00e9ditent l\u2019ensemble de son \u0153uvre aux yeux de ses d\u00e9tracteurs. Libre de toute \u00e9cole (historique) et de tout parti (politique), trop s\u00fbr de son g\u00e9nie, il se fit beaucoup d\u2019ennemis.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h3>1. Vie et \u0153uvre\u00a0: la passion de l\u2019Histoire et de l\u2019enseignement.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9ros pour Victor Hugo, charlatan si l\u2019on en croit Sainte-Beuve, Jules Michelet n\u2019oubliera jamais qu\u2019il est sorti du peuple, ce peuple dont il fera le grand acteur de l\u2019histoire de la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Site internet de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur (ruin\u00e9 sous l\u2019Empire en raison des lois contre la libert\u00e9 de la presse), le jeune Michelet conna\u00eet la pauvret\u00e9, mais pas la mis\u00e8re du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne voulus point vivre de ma plume. Je voulus un vrai m\u00e9tier\u00a0; je pris celui que mes \u00e9tudes me facilitaient, l\u2019enseignement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dou\u00e9 pour les \u00e9tudes, licenci\u00e9 \u00e8s lettres \u00e0 20 ans, agr\u00e9g\u00e9 trois ans apr\u00e8s, professeur d\u2019histoire \u00e0 24 ans, il r\u00e9dige des manuels scolaires. Son <em>Pr\u00e9cis d\u2019histoire moderne<\/em> (1827) est sit\u00f4t remarqu\u00e9. Ma\u00eetre de conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, il cumule avec bonheur deux chaires\u00a0: histoire et philosophie. En 1831, nomm\u00e9 chef de la section historique des Archives nationales par Guizot son ancien professeur (ministre de Louis-Philippe), la passion du militant politique l\u2019emporte sur la rigueur du savant dans son <em>Introduction \u00e0 l\u2019Histoire universelle.<\/em> Il enseigne \u00e0 l\u2019universit\u00e9, au Coll\u00e8ge de France\u00a0: heure de gloire pour l\u2019Historien. En 1833, il commence \u00e0 publier son <em>Histoire de France<\/em>, l\u2019\u0153uvre de sa vie, fond\u00e9e sur toute la documentation disponible \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Travailleur acharn\u00e9, passionn\u00e9 par l\u2019Histoire, l\u2019enseignement et l\u2019\u00e9criture, cet homme de petite taille et de sant\u00e9 fragile n\u2019est pas un combattant, ni un orateur. Il redoute le bruit et les foules, il fuit \u00e9galement les mondanit\u00e9s qui s\u2019offrent \u00e0 l\u2019auteur reconnu pour son style (romantique) et son esprit de synth\u00e8se. Il pr\u00e9f\u00e8re le silence, la solitude, le travail paisible du cabinet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les salons demi-catholiques, b\u00e2tards, dans la fade atmosph\u00e8re des amis de M. de Chateaubriand, auraient \u00e9t\u00e9 pour moi peut-\u00eatre un pi\u00e8ge plus dangereux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au fil des publications (et des Pr\u00e9faces) de la grande \u0153uvre de sa vie, il se livre volontiers \u00e0 ce genre de confidence. Il manifeste ici sa d\u00e9cision de faire bande \u00e0 part pour diverses raisons\u00a0personnelles ou politiques\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon et aimable Ballanche, puis M. de Lamartine, plusieurs fois voulurent me conduire \u00e0 l\u2019Abbaye-aux-Bois. Je sentais parfaitement qu\u2019un tel milieu, o\u00f9 tout \u00e9tait m\u00e9nagement et convenance, m\u2019aurait trop civilis\u00e9. Je n\u2019avais qu\u2019une seule force, ma virginit\u00e9 sauvage d\u2019opinion et la libre allure d\u2019un art \u00e0 moi et nouveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rappelons que l\u2019Abbaye-aux-Bois (ancien couvent du <span class=\"caps\">VII<\/span>e arrondissement parisien) abritait le salon bien connu de Madame R\u00e9camier, fr\u00e9quent\u00e9 par Chateaubriand et de jeunes auteurs prometteurs, Lamartine, Sainte-Beuve, Balzac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aper\u00e7us la France. Elle avait des annales et non point une histoire.\u2009\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), nouvelle Pr\u00e9face \u00e0 sa monumentale<em> Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au soir de sa vie et dans une ni\u00e8me pr\u00e9face, il affirme tout simplement qu\u2019avant lui l\u2019histoire de France n\u2019existait pas. Elle n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 qu\u2019une succession chronologique d\u2019\u00e9v\u00e9nements. L\u2019Histoire digne de ce nom suppose une saisie globale, une vue d\u2019ensemble qui rassemble le pass\u00e9 d\u2019un peuple dans une vaste \u00e9pop\u00e9e. Dans son<em> Introduction \u00e0 l\u2019Histoire universelle<\/em> (1831), il envisage toute l\u2019histoire humaine comme un combat prom\u00e9th\u00e9en pour la libert\u00e9\u2009: celui que les hommes m\u00e8nent depuis toujours pour s\u2019arracher aux poids des contraintes naturelles et des fausses croyances.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous, joyeuse ou m\u00e9lancolique, lumineuse ou obscure, la voie de l\u2019histoire a \u00e9t\u00e9 simple, directe\u00a0; nous suivions la voie royale (ce mot pour nous veut dire populaire), sans nous laisser d\u00e9tourner aux sentiers tentateurs o\u00f9 vont les esprits subtils\u00a0; nous allions vers une lumi\u00e8re qui ne vacille jamais, dont la flamme devait nous manquer d\u2019autant moins qu\u2019elle \u00e9tait tout identique \u00e0 celle que nous portons en nous. N\u00e9 peuple, nous allions au peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 ce qui s\u2019appelle une vocation au sens litt\u00e9ral, un appel plus fort que soi, comme une religion dont rien ni personne ne peut d\u00e9tourner l\u2019\u00c9lu. Michelet sera aussi un \u00e9corch\u00e9 vif, supportant mal les attaques \u00ab\u00a0entre confr\u00e8res\u00a0\u00bb ou les dissensions politiques d\u2019une violence extr\u00eame, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 naissent les \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb, \u00e0 commencer par le socialisme et le communisme, v\u00e9ritables inventions du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous allons embrasser dans une seule \u00e9tude l\u2019histoire et la philosophie. Ainsi unies par une heureuse alliance, elles se pr\u00eateront un mutuel secours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Michelet \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale (1827-1838)<\/em>, Gabriel Monod, \u00c9ditions Rue d\u2019Ulm, Presses de l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure-<span class=\"caps\">PSL<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier repr\u00e9sentant de \u00ab\u00a0l\u2019historicisme\u00a0\u00bb, th\u00e9orie philosophique selon laquelle les connaissances, les courants de pens\u00e9e et les valeurs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sont li\u00e9s au contexte historique de cette soci\u00e9t\u00e9, Michelet d\u00e9finir ainsi l\u2019histoire comme une \u00ab\u00a0r\u00e9surrection\u00a0\u00bb et tel un croyant, il attend tout d\u2019elle et ne doute de rien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019histoire \u00e9tudiera les faits, la philosophie les lois\u00a0; l\u2019histoire l\u2019homme collectif, la philosophie l\u2019homme individuel. La psychologie de l\u2019individu trouvera sa confirmation dans celle de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0; car l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019individu passe de la spontan\u00e9it\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion, de l\u2019instinct \u00e0 la raison, de la fatalit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9. Le d\u00e9veloppement religieux de l\u2019humanit\u00e9 est la confirmation des conclusions spiritualistes de la philosophie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019homme, le r\u00f4le de la libert\u00e9 humaine, c\u2019est \u00e0 cette id\u00e9e que sa pens\u00e9e revient toujours. Cette id\u00e9e dirigera toutes les recherches de l\u2019historien et c\u2019est \u00e0 elle qu\u2019aboutissent les analyses du psychologue. La France lui appara\u00eetra comme la principale repr\u00e9sentante de la libert\u00e9 morale et deux \u00e9poques l\u2019attireront entre toutes, celles o\u00f9 se sont jou\u00e9es les sc\u00e8nes d\u00e9cisives du drame de la libert\u00e9\u00a0: le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle avec la Renaissance et la R\u00e9forme, le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e avec la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il menait la vie la plus retir\u00e9e, plong\u00e9 dans ses livres et dans ses manuscrits, fuyant les r\u00e9unions mondaines, et n\u2019ouvrant gu\u00e8re sa porte qu\u2019\u00e0 ses secr\u00e9taires \u00e0 qui il distribuait \u00e0 midi le travail quotidien tout en d\u00e9jeunant avec eux, \u00e0 quelques anciens \u00e9l\u00e8ves qu\u2019il aimait \u00e0 recevoir \u00e0 sa table, et \u00e0 de rares amis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">MONOD<\/span> (1844-1912), Michelet \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale (1827-1838), <em>Figaro<\/em>, 22 juillet 1882<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De sant\u00e9 toujours fragile, mais pas homme \u00e0 se m\u00e9nager, plusieurs fois il dut prendre un cong\u00e9 de ou deux mois pour se reposer. Il en profita pour aller \u00ab\u00a0aux sources\u00a0\u00bb, faire des recherches en Italie ou quelque autre pays.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce qui faisait l\u2019originalit\u00e9 des cours de Michelet \u00e0 cette \u00e9poque, c\u2019\u00e9tait l\u2019association des recherches d\u2019\u00e9rudition les plus minutieuses avec les dons les plus rares de l\u2019imagination et une constante pr\u00e9occupation philosophique. On peut dire que l\u2019\u00e9rudition et la philosophie sont les deux servantes de son imagination et lui fournissent, l\u2019une les mat\u00e9riaux, l\u2019autre les plans des palais enchant\u00e9s qu\u2019elle \u00e9voque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 de mes \u00e9l\u00e8ves ouvrit mon c\u0153ur, le dilata. Ces jeunes g\u00e9n\u00e9rations, aimables et confiantes, qui croyaient en moi, me r\u00e9concili\u00e8rent \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u2026. Ils m\u2019ont rendu, sans le savoir, un service immense. Si j\u2019avais, comme historien, un m\u00e9rite sp\u00e9cial qui me soutint \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mes illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs, je le devrais \u00e0 l\u2019enseignement, qui pour moi fut l\u2019amiti\u00e9. D\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 profonds, judicieux, \u00e9loquents. Moi, j\u2019ai davantage aim\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), cit\u00e9 par Gabriel Monod, Michelet \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale (1827-1838), <em>Figaro<\/em>, 22 juillet 1882<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette f\u00e9conde communion des esprits et des c\u0153urs fut relativement br\u00e8ve. En 1834, Michelet rempla\u00e7a son ex-professeur Guizot \u00e0 la Sorbonne\u00a0: ce fut la fin de cette p\u00e9riode heureuse o\u00f9 l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9cole lui suffisait pleinement et o\u00f9 rien n\u2019\u00e9branlait la foi que ses \u00e9l\u00e8ves avaient en lui. L\u2019attrait de succ\u00e8s plus retentissants obtenus sur un plus grand th\u00e9\u00e2tre public para\u00eet lui avoir fait attacher moins de prix \u00e0 cet auditoire restreint de l\u2019\u00c9cole qui lui convenait id\u00e9alement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites l\u2019histoire, nous l\u2019\u00e9crirons\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874) cit\u00e9 par Gabriel Monod, Michelet \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale (1827-1838), <em>Figaro<\/em>, 22 juillet 1882<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 la foule qu\u2019il jettera ses paroles br\u00fblantes, comme aux jours de Juillet o\u00f9 il criait aux combattants des barricades ces m\u00eames mots.<\/p>\n<p>Ce nouveau Michelet \u00e0 l\u2019\u00e2me embras\u00e9e et tumultueuse cr\u00e9era des \u0153uvres merveilleuses de po\u00e9sie, de vie et de passion\u00a0; mais l\u2019heure du juste \u00e9quilibre entre la science et l\u2019imagination, entre la fougue et la r\u00e9flexion, entre la philosophie et l\u2019histoire, sera pass\u00e9e le jour o\u00f9 la porte de l\u2019\u00c9cole normale se referme derri\u00e8re lui.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En quittant cet auditoire studieux et clairvoyant dont l\u2019amiti\u00e9 enthousiaste lui avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son g\u00e9nie, tout en maintenant dans de prudentes limites ce qu\u2019il avait d\u2019aventureux, et devant lequel les enivrements de l\u2019orateur \u00e9taient toujours contenus par la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducateur, il avait priv\u00e9 l\u2019\u00c9cole normale d\u2019un ma\u00eetre tel qu\u2019elle n\u2019en devait jamais revoir\u00a0; mais il avait aussi perdu quelque chose. <em>L\u2019Histoire Romaine<\/em> et<em> l\u2019Histoire de France au Moyen \u00c2ge<\/em> restent parmi les \u0153uvres de Michelet les plus solides au point de vue de la science et les plus parfaites au point de vue de l\u2019art. C\u2019est au professeur de l\u2019\u00c9cole normale que nous les devons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le sublime n\u2019est point hors nature, c\u2019est, au contraire, le point o\u00f9 la nature est le plus elle-m\u00eame, en sa hauteur, profondeur naturelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), Pr\u00e9face de <em>l\u2019Histoire de France<\/em> (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Exigence scientifique et romantisme existentiel, ces deux formes d\u2019un m\u00eame id\u00e9al d\u00e9finissent l\u2019homme, sa vie et son \u0153uvre, avec et malgr\u00e9 tous les accidents de parcours qu\u2019il pourra rencontrer.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans tout moment de d\u00e9faillance o\u00f9 nous semblons nous oublier, c\u2019est l\u00e0 que nous devons nous chercher, nous ressaisir. L\u00e0 se garde toujours pour nous le profond myst\u00e8re de vie, l\u2019inextinguible \u00e9tincelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847), Pr\u00e9face<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains pensent que sa meilleure critique est peut-\u00eatre contenue dans l\u2019incipit (premiers mots) du dernier volume de l\u2019\u0153uvre de sa vie, son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e2ge me presse\u00a0\u00bb. On peut dire \u00e9galement qu\u2019il est mort comme il avait v\u00e9cu, travaillant toujours \u00e0 la limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vie fut en ce livre, elle a pass\u00e9 en lui, il a \u00e9t\u00e9 mon seul \u00e9v\u00e9nement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), Derni\u00e8re Pr\u00e9face de l\u2019<em>Histoire de France<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je me perdis de vue, je m\u2019absentai de moi. J\u2019ai pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du monde et j\u2019ai pris l\u2019histoire pour la vie\u2026 Eh bien, ma grande France, s\u2019il a fallu pour retrouver ta vie qu\u2019un homme se donn\u00e2t, pass\u00e2t et repass\u00e2t le fleuve des morts, il s\u2019en console, te remercie encore. Et son plus grand chagrin, c\u2019est qu\u2019il faut te quitter ici.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire est une r\u00e9surrection.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), sa maxime devenue \u00e9pitaphe, grav\u00e9e dans la partie sup\u00e9rieure du bas-relief sur son tombeau au P\u00e8re-Lachaise, deux ans apr\u00e8s sa mort<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les fun\u00e9railles officielles et publiques sont organis\u00e9es par Gabriel Monod, historien qui fut son \u00e9l\u00e8ve et lui consacra trois essais. Selon la police, 10 000 personnes suivirent le cort\u00e8ge fun\u00e9raire depuis l\u2019appartement de Michelet rue d\u2019Assas (Quartier latin de l\u2019Od\u00e9on, dans le 6e arrondissement) jusqu\u2019au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise.<\/p>\n<p>Son tombeau, \u00e9lev\u00e9 par souscription internationale et inaugur\u00e9 en 1882, est l\u2019\u0153uvre du sculpteur Antonin Merci\u00e9, sur les dessins de Jean-Louis Pascal. Clio la Muse de l\u2019Histoire, drap\u00e9e, indique du doigt la maxime quelque peu mystique de Michelet\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire est une r\u00e9surrection\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sa seconde femme contribuera \u00e0 construire le mythe du \u00ab\u00a0pape de l\u2019histoire\u00a0\u00bb qu\u2019il assuma de son vivant\u00a0: Athena\u00efs Mialaret, \u00e9pous\u00e9e \u00e0 vingt ans quand il en avait cinquante, le type m\u00eame de la veuve abusive qui se venge de ses frustrations conjugales en se consacrant \u00e0 la fabrication du grand homme, selon Pierre Nora, Le Goff qualifiant Michelet de \u00ab\u00a0Ph\u00e9nix renaissant comme le plus jeune des historiens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>2. L\u2019Histoire en citations par Jules Michelet.<\/h3>\n<p>C\u2019est le premier historien cit\u00e9, dans l\u2019esprit (fond et forme) de notre <em>Histoire en citations<\/em> qui embrasse toutes les \u00e9poques et cible principalement la France.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">GAULE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 des arm\u00e9es gauloises donna l\u2019avantage aux Romains\u00a0; le sabre gaulois ne frappait que de taille, et il \u00e9tait de si mauvaise trempe qu\u2019il pliait au premier coup.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Romains disposent d\u2019un armement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Gaulois. Ce sera l\u2019une des raisons de leur victoire, quand ils vont \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 faire la conqu\u00eate de la Gaule.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le caract\u00e8re commun de toute la race gallique (\u2026) c\u2019est qu\u2019elle est irritable et folle de guerre, prompte au combat\u00a0; du reste, simple et sans malignit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Si on les irrite, ils marchent ensemble droit \u00e0 l\u2019ennemi, et l\u2019attaquent de front, sans s\u2019informer d\u2019autre chose. Aussi, par la ruse, on en vient ais\u00e9ment \u00e0 bout\u00a0; on les attire au combat quand on veut, o\u00f9 l\u2019on veut, peu importent les motifs\u00a0; ils sont toujours pr\u00eats, n\u2019eussent-ils d\u2019autre arme que leur force et leur audace. Toutefois, par la persuasion, ils se laissent amener sans peine aux choses utiles\u00a0; ils sont susceptibles de culture et d\u2019instruction litt\u00e9raire. Forts de leur haute taille et de leur nombre, ils s\u2019assemblent ais\u00e9ment en grande foule, simples qu\u2019ils sont et spontan\u00e9s, prenant volontiers en main la cause de celui qu\u2019on opprime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Michelet cite Strabon d\u2019apr\u00e8s le philosophe Posidonius\u00a0pour conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Tel est le premier regard de la philosophie sur la plus sympathique et la plus perfectible des races humaines.\u00a0\u00bb C\u2019est dire le s\u00e9rieux des sources de notre historien. Et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en tirer de courtes citations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces th\u00e9\u00e2tres, ces cirques, ces aqueducs, ces voies que nous admirons encore sont le durable symbole de la civilisation fond\u00e9e par les Romains, la justification de leur conqu\u00eate de la Gaule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"29\" class=\"cit-num\">29<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Gaule romanis\u00e9e s\u2019est couverte de superbes monuments qui ont aussi leur utilit\u00e9. Les thermes, aqueducs et \u00e9gouts apportent le raffinement de l\u2019eau courante. Le r\u00e9seau routier rend le commerce florissant, la production de bl\u00e9 augmente, la culture de la vigne se d\u00e9veloppe \u2013 le vin remplace la bi\u00e8re, jusqu\u2019alors boisson nationale des Gaulois. L\u2019essor \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral enrichit le Tr\u00e9sor public\u00a0: politique d\u2019urbanisme et politique sociale en b\u00e9n\u00e9ficient. La Gaule romaine fut une Gaule heureuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Clovis fit p\u00e9rir tous les petits rois des Francs par une suite de perfidies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"61\" class=\"cit-num\">61<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clovis est le petit-fils de M\u00e9rov\u00e9e qui s\u2019illustra dans la guerre contre les Huns, \u00e0 la t\u00eate des Francs saliens. Il va fonder la premi\u00e8re dynastie des rois francs, dits M\u00e9rovingiens. Mais il aura bien du mal \u00e0 affirmer son pouvoir et \u00e0 organiser son royaume, dans une Gaule divis\u00e9e, \u00e0 peine sortie des Grandes Invasions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vainqueurs, vaincus, ils faisaient des d\u00e9serts et dans ces d\u00e9serts, ils \u00e9levaient quelques places fortes, et ils poussaient plus loin, car on commen\u00e7ait \u00e0 b\u00e2tir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"68\" class=\"cit-num\">68<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Irr\u00e9sistible avanc\u00e9e de Charlemagne et ses hommes, et avant lui de son p\u00e8re P\u00e9pin le Bref, occupant, matant, soumettant, massacrant, d\u00e9portant, en un mot conqu\u00e9rant\u00a0: Saxe et Bavi\u00e8re, Armorique (Bretagne) et Normandie, avec des exp\u00e9ditions en Espagne et en Italie.<\/p>\n<p>Comme l\u2019\u00e9crit son biographe anonyme (moine de Saint-Gall, <em>De gestis Caroli Magni<\/em>), c\u2019est \u00ab\u00a0le glorieux Charles, capable d\u2019\u00e9craser par les armes ceux que le raisonnement ne pouvait dompter, et de les contraindre bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 \u00e0 faire leur salut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout m\u00e9rovingien est p\u00e8re \u00e0 quinze ans, caduc \u00e0 trente. La plupart n\u2019atteignent pas cet \u00e2ge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"85\" class=\"cit-num\">85<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span> si\u00e8cle fait \u00e9cho \u00e0 \u00c9ginhard, chroniqueur du <span class=\"caps\">IX<\/span>e (<em>Vie de Charlemagne<\/em>), expliquant dans un passage c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Le symbole de cette race, ce sont les \u00e9nerv\u00e9s de Jumi\u00e8ges, ces jeunes princes \u00e0 qui l\u2019on a coup\u00e9 les articulations et qui s\u2019en vont sur un bateau au cours du fleuve qui les porte \u00e0 l\u2019oc\u00e9an. Qui a coup\u00e9 leurs nerfs et bris\u00e9 leurs os, \u00e0 ces enfants des rois barbares\u00a0? C\u2019est l\u2019entr\u00e9e pr\u00e9coce de leurs p\u00e8res dans la richesse et les d\u00e9lices du monde romain qu\u2019ils ont envahi. La civilisation donne aux hommes des lumi\u00e8res et des jouissances. Les lumi\u00e8res, les pr\u00e9occupations de la vie intellectuelle, balancent, chez les esprits cultiv\u00e9s, ce que les jouissances ont d\u2019\u00e9nervant. Mais les barbares qui se trouvent tout \u00e0 coup plac\u00e9s dans une civilisation disproportionn\u00e9e n\u2019en prennent que les jouissances. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner s\u2019ils s\u2019y absorbent et y fondent, pour ainsi dire, comme la neige devant un brasier.\u00a0\u00bb On reconna\u00eet le style romantique de Michelet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soixante ans de guerre, qui remplissent les r\u00e8gnes de P\u00e9pin et de Charlemagne, offrent peu de victoires, mais des ravages r\u00e9guliers, p\u00e9riodiques\u00a0; ils usaient leurs ennemis plut\u00f4t qu\u2019ils ne les domptaient, ils brisaient \u00e0 la longue leur fougue et leur \u00e9lan.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"87\" class=\"cit-num\">87<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est parfaitement r\u00e9sumer la mani\u00e8re dont les deux premiers Carolingiens, P\u00e9pin le Bref, fils de Charles\u00a0Martel, et son fils Charles, futur empereur Charlemagne, vont se tailler l\u2019un des plus grands empires qu\u2019ait connu l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"391\" class=\"cit-num\">391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le premier monument de la n\u00f4tre est le serment dict\u00e9 par Charles le Chauve (un des petits-fils de Charlemagne) \u00e0 son fr\u00e8re, au trait\u00e9 de 843. C\u2019est dans le demi-si\u00e8cle suivant que les diverses parties de la France, jusque-l\u00e0 confondues dans une obscure et vague unit\u00e9, se caract\u00e9risent chacune par une dynastie f\u00e9odale. Les populations, si longtemps flottantes, se sont enfin fix\u00e9es et assises. Nous savons maintenant o\u00f9 les prendre, et, en m\u00eame temps qu\u2019elles existent et agissent \u00e0 part, elles prennent peu \u00e0 peu une voix\u00a0; chacune a son histoire, chacune se raconte elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ordonnance de Villers-Cotter\u00eats \u00e9dict\u00e9e sous la Renaissance par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en 1539, qui r\u00e9organise la justice, imposera le fran\u00e7ais au lieu du latin pour les ordonnances et jugements des tribunaux. Il faudra encore se battre pour que le fran\u00e7ais devienne aussi la langue des savants et des artistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une croyance universelle au Moyen \u00c2ge, que le monde devait finir avec l\u2019an mille de l\u2019incarnation [\u2026] Cette fin d\u2019un monde si triste \u00e9tait tout ensemble l\u2019espoir et l\u2019effroi du Moyen \u00c2ge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"140\" class=\"cit-num\">140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette croyance en une fin du monde pour l\u2019an mille aurait fortement marqu\u00e9 les esprits de cette \u00e9poque. Elle se fonde sur le mill\u00e9narisme, doctrine selon laquelle le Jugement dernier devait avoir lieu mille ans apr\u00e8s la naissance du Christ, d\u2019apr\u00e8s une interpr\u00e9tation du chapitre\u00a0<span class=\"caps\">XX<\/span> de l\u2019<em>Apocalypse de saint Jean<\/em> (Nouveau Testament). Certes, la foi est grande alors, et les superstitions plus encore. Mais la majorit\u00e9 des contemporains, par ailleurs illettr\u00e9s, ne sont pas sensibles aux dates.<\/p>\n<p>Il faut ajouter que les auteurs romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle auront contribu\u00e9 \u00e0 renforcer ce mythe de la Grande Peur de l\u2019an mille, sur la foi de quelques textes douteux, mal interpr\u00e9t\u00e9s, et parfois post\u00e9rieurs. L\u2019an deux mille d\u00e9clenchera moins de fantasmes, mais leur diffusion se fera \u00e0 la vitesse d\u2019Internet et l\u2019obsession des dates est une nouvelle religion au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y avait bien longtemps que ces deux c\u0153urs, ces deux moiti\u00e9s de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019Europe et l\u2019Asie, la religion chr\u00e9tienne et la musulmane, s\u2019\u00e9taient perdues de vue, lorsqu\u2019elles furent replac\u00e9es en face par la croisade, et qu\u2019elles se regard\u00e8rent. Le premier coup d\u2019\u0153il fut d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"166\" class=\"cit-num\">166<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9voque la premi\u00e8re croisade (1096-1099). L\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9pique sollicite naturellement le lyrisme et le romantisme d\u2019une \u0153uvre infiniment riche, bas\u00e9e sur une documentation rigoureuse et relative non seulement aux faits, mais aussi \u00e0 tous les aspects de la vie du pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Godefroy de Bouillon n\u2019eut pas plus t\u00f4t la Terre sainte qu\u2019il s\u2019assit d\u00e9courag\u00e9 sur cette terre, et languit de reposer dans son sein.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"178\" class=\"cit-num\">178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La couronne de roi de J\u00e9rusalem lui est propos\u00e9e apr\u00e8s la prise de la ville, mais il la refuse, ne pouvant porter une couronne d\u2019or, l\u00e0 o\u00f9 J\u00e9sus Christ dut porter une couronne d\u2019\u00e9pines. Le chef de la croisade se d\u00e9clare modestement \u00ab\u00a0avou\u00e9 du Saint-S\u00e9pulcre\u00a0\u00bb et se contente du titre de baron. Ce choix signifie qu\u2019il consid\u00e8re la Terre sainte, J\u00e9rusalem avant tout, comme la propri\u00e9t\u00e9 du Christ et par extension, du Saint-Si\u00e8ge. Il se pose ainsi en serviteur et en d\u00e9fenseur de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Il meurt l\u2019ann\u00e9e suivante. Son fr\u00e8re Baudouin lui succ\u00e8de, et prend le titre de roi de J\u00e9rusalem, en 1100.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fils de Saint Louis, Philippe le Hardi, revenant de cette triste croisade de Tunis, d\u00e9posa cinq cercueils au caveau de Saint-Denis. Faible et mourant lui-m\u00eame, il se trouvait h\u00e9ritier de presque toute sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"226\" class=\"cit-num\">226<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre son p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, le nouveau roi a perdu sa femme, un enfant mort-n\u00e9, son beau-fr\u00e8re et ami le roi de Navarre (Thibaud de Champagne), et la femme de ce dernier.<\/p>\n<p>Ce r\u00e8gne si mal commenc\u00e9 ne continue pas mieux\u00a0: \u00e9chec de la candidature de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> le Hardi \u00e0 l\u2019empire (1273), massacres des Fran\u00e7ais en Sicile (1282), d\u00e9faite de la France contre l\u2019Aragon (1285).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Sicile n\u2019avait pas de piti\u00e9 \u00e0 attendre de Charles d\u2019Anjou [\u2026] S\u2019il n\u2019y e\u00fbt encore que l\u2019antipathie nationale et l\u2019insolence de la conqu\u00eate, le mal e\u00fbt pu diminuer. Mais ce qui mena\u00e7ait d\u2019augmenter, de peser chaque jour davantage, c\u2019\u00e9tait un premier, un inhabile essai d\u2019administration, l\u2019invasion de la fiscalit\u00e9, l\u2019apparition de la finance dans le monde de l\u2019Odyss\u00e9e et de l\u2019\u00c9n\u00e9ide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"227\" class=\"cit-num\">227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles d\u2019Anjou est l\u2019oncle de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et, selon notre historien, le v\u00e9ritable chef de la maison de France pendant ce r\u00e8gne. Le royaume de Naples-Sicile lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 par le pape Urbain <span class=\"caps\">IV<\/span> en 1266. Un incident mineur \u2013 la main port\u00e9e par un Fran\u00e7ais sur une fille de la noblesse sicilienne \u2013 d\u00e9clenche le massacre des Fran\u00e7ais, le lundi de P\u00e2ques (30\u00a0mars 1282)\u00a0: les V\u00eapres siciliennes. Apr\u00e8s Palerme, Messine se soul\u00e8ve le 28\u00a0avril. Les Fran\u00e7ais sont expuls\u00e9s de Sicile, mais gardent Naples.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La f\u00e9odalit\u00e9, ce vieux tyran caduc, gagna fort \u00e0 mourir de la main d\u2019un tyran.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"271\" class=\"cit-num\">271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, Le Moyen \u00c2ge, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tyran est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>. Notre historien n\u2019aime gu\u00e8re ce grand roi plein de petitesses, qui n\u2019en finit pas de finir, avant l\u2019explosion heureuse de la Renaissance.<\/p>\n<p>La f\u00e9odalit\u00e9 est \u00e9galement tr\u00e8s attaqu\u00e9e par le peuple, comme en t\u00e9moigne le chroniqueur Froissart citant ce cri lanc\u00e9 lors de la Jacquerie de 1358 par les paysans accabl\u00e9s de redevances seigneuriales\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les nobles du royaume, chevaliers et \u00e9cuyers, honnissaient et trahissaient le royaume, et ce serait grand bien qui tous les d\u00e9truirait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jeune roi \u00e9tait n\u00e9 vieux. Il avait de bonne heure beaucoup vu, beaucoup souffert. De sa personne, il \u00e9tait faible et malade. Tel royaume, tel roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"306\" class=\"cit-num\">306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon meurt le 8\u00a0avril 1364 \u00e0 Londres o\u00f9 il s\u2019est rendu en d\u00e9cembre\u00a01363 pour prendre la place de son fils Louis d\u2019Anjou \u2013 otage des Anglais au terme du trait\u00e9 de paix de Br\u00e9tigny, le roi s\u2019\u00e9tait enfui, violant son serment.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa constitution fragile, le futur Charles\u00a0V a fait preuve lors de sa r\u00e9gence d\u2019un grand sens politique, face \u00e0 \u00c9tienne Marcel, \u00e0 Charles le Mauvais roi de Navarre\u2026 et aux Anglais pendant la \u00ab\u00a0Guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb (1336-1453), chrononyme donn\u00e9 par les historiens du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle \u00e0 une p\u00e9riode de 116 ans, en r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus courte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pendant les jours saints de chaque semaine (du mercredi soir au lundi matin), toute guerre \u00e9tait interdite\u00a0: c\u2019est ce qu\u2019on appela la paix, plus tard la tr\u00eave de Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span>, Le Moyen \u00c2ge (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Moyen \u00c2ge vit et meurt sous le signe de Dieu, pour le pire et le meilleur, entre croisades et cath\u00e9drales. Sa premi\u00e8re h\u00e9ro\u00efne est elle aussi une \u00ab\u00a0cr\u00e9ature de Dieu\u00a0\u00bb \u00e0 tous les sens du terme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage inspire sans doute ses plus belles pages \u00e0 notre premier historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres historiens font de Jeanne une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre la fille d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait d\u2019elle la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Mais princesse ou berg\u00e8re, c\u2019est bien un personnage providentiel qui va galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013 et d\u2019abord \u00e0 son roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Princesse (b\u00e2tarde de sang royal) ou simple berg\u00e8re de Domr\u00e9my, petit village de la Lorraine, le myst\u00e8re nourrit la l\u00e9gende, et la fulgurance de cette \u00e9pop\u00e9e rend le sujet toujours fascinant, six si\u00e8cles plus tard. La r\u00e9cup\u00e9ration politique est une forme d\u2019exploitation du personnage, plus ou moins fid\u00e8le au mod\u00e8le.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Jeanne inspirera d\u2019innombrables \u0153uvres litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques et artistiques, sign\u00e9es\u00a0: Bernard Shaw, Anatole France, Charles P\u00e9guy, M\u00e9li\u00e8s, Karl Dreyer, Otto Preminger, Roberto Rossellini, Robert Bresson, Luc Besson, Jacques Rivette, Jacques Audiberti, Arthur Honegger, etc. Et <em>L\u2019Alouette<\/em> de Jean Anouilh\u00a0: \u00ab\u00a0Quand une fille dit deux mots de bon sens et qu\u2019on l\u2019\u00e9coute, c\u2019est que Dieu est l\u00e0. [\u2026] Dieu ne demande rien d\u2019extraordinaire aux hommes. Seulement d\u2019avoir confiance en cette petite part d\u2019eux-m\u00eames qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Apr\u00e8s Il se charge du reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">AU<\/span> <span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1619, on avait \u00e0 grand bruit imprim\u00e9 dans<em> Le Mercure<\/em>, pour la joie de la France, que le roi commen\u00e7ait enfin \u00e0 faire l\u2019amour \u00e0 la reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"676\" class=\"cit-num\">676<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande Histoire est faite aussi de ces petites histoires et le peuple se passionne pour les secrets d\u2019alc\u00f4ves royales. Anne d\u2019Autriche \u00ab\u00a0\u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 13\u00a0ans. Et, pendant trois ans, son mari avait oubli\u00e9 qu\u2019elle exist\u00e2t.\u00a0\u00bb Il faudra encore vingt ans pour que naisse un enfant de cette union.<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> ne n\u00e9gligeait pas sa femme pour s\u2019occuper de ses ma\u00eetresses, \u00e9tant par nature, en cela comme en presque tout, bien diff\u00e9rent de son p\u00e8re (Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>) et de son fils (Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>)\u00a0!<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 Dieu ne plaise que l\u2019adult\u00e8re entre jamais en ma maison\u00a0!\u00a0\u00bb, dit-il un jour. Son homosexualit\u00e9 n\u2019est pas certaine, non plus que son impuissance, mais il pr\u00e9f\u00e8re le commerce de ses favoris \u00e0 celui des femmes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle trag\u00e9die plus sombre que sa personne m\u00eame\u00a0! Aupr\u00e8s Macbeth est gai [\u2026] Le plus souvent il ravalait le fiel et la fureur, couvrait tout de respect, de d\u00e9cence eccl\u00e9siastique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"688\" class=\"cit-num\">688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle du plus grand de nos ministres, implacable cr\u00e9ateur de la \u00ab\u00a0raison d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. Le sens et le go\u00fbt du secret reviennent souvent dans les lettres sign\u00e9es Richelieu. Dans une trag\u00e9die qui lui est attribu\u00e9e \u2013 Mirame \u2013 on trouve cet alexandrin\u00a0: \u00ab\u00a0Savoir dissimuler est le savoir des rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien remet l\u2019\u00e9v\u00e9nement en perspective. La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession. \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le roi \u00e9tant peu empress\u00e9 aupr\u00e8s de la reine, les bonnes \u00e2mes murmurent les noms d\u2019amants suppos\u00e9s (comme le comte de la Rivi\u00e8re). Un doute planera toujours sur la filiation entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste et ce petit Dieudonn\u00e9 qui deviendra Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Fronde est r\u00e9put\u00e9e, non sans cause, pour une des p\u00e9riodes les plus amusantes de l\u2019histoire de France, les plus divertissantes, celle o\u00f9 brille d\u2019un inexprimable comique la vivacit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re et spirituelle du caract\u00e8re national.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"748\" class=\"cit-num\">748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle confirme le jugement de Voltaire, historien au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e du <em>Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751). Les intrigues princi\u00e8res, les aventures amoureuses et le r\u00f4le jou\u00e9 par des femmes souvent extravagantes accentuent le caract\u00e8re passionnel, brouillon et tourbillonnant de cette guerre.<\/p>\n<p>Mais les diverses frondes qui se succ\u00e8dent de\u00a01648 \u00e0\u00a01653 vont quand m\u00eame laisser la France en \u00e9tat de choc et de mis\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9gente espagnole ouvre son r\u00e8gne de quinze ans par un chemin de fleurs. Elle est femme et elle a souffert. Les c\u0153urs sont attendris d\u2019avance. Elle est faible. Chacun esp\u00e8re en profiter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"760\" class=\"cit-num\">760<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anne d\u2019Autriche, fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Espagne, b\u00e9n\u00e9ficie selon Michelet de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui un \u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0: \u00ab\u00a0Ce peuple singulier, qui parle tant de loi salique, est tout heureux de tomber en quenouille. Sans qu\u2019on sache pourquoi ni comment, cette \u00e9trang\u00e8re est ador\u00e9e.\u00a0\u00bb Pas pour longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> jeune fut aim\u00e9 de deux personnes, du peuple et de La Valli\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9l\u00e9gant raccourci m\u00ealant la grande et la petite histoire du Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. De fait, le peuple a ador\u00e9 le jeune roi qui danse aussi bien qu\u2019il fait la guerre \u2013 son m\u00e9tier de roi. De sant\u00e9 robuste, il eut aussi beaucoup de ma\u00eetresses et La Valli\u00e8re fut la plus surprenante.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019\u00e9tait \u00e9pris de sa belle-s\u0153ur, Henriette (femme de Philippe), plus attirante que la reine, d\u2019ailleurs enceinte en cet \u00e9t\u00e9 1661. Mais ayant horreur du scandale, le roi feint une galanterie pour Louise de La Valli\u00e8re, sa fille d\u2019honneur\u00a0: \u00ab\u00a0Il serait trop redoutable, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas roi\u00a0!\u00a0\u00bb On lui r\u00e9p\u00e8te le propos\u2026 qui d\u00e9clenche aussit\u00f4t la passion chez l\u2019homme r\u00eavant d\u2019\u00eatre aim\u00e9 pour lui-m\u00eame. Premi\u00e8re grande favorite en titre du r\u00e8gne, elle devient duchesse en 1667\u2026 et finit carm\u00e9lite (entrant au couvent \u00e0 30\u00a0ans).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute la bourgeoisie fut tenue sous la terreur d\u2019un arbitraire ind\u00e9finiment \u00e9lastique qui croissait ou baissait \u00e0 la volont\u00e9 des commis. Ces commis gouvern\u00e8rent [\u2026] sous le nom d\u2019\u00a0\u00bbintendants\u00a0\u00bb, arm\u00e9s d\u2019un pouvoir triple de justice, police et finances [\u2026] Un seul roi reste en France [\u2026] c\u2019est l\u2019Intendant, l\u2019envoy\u00e9 du ministre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"834\" class=\"cit-num\">834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les intendants, jadis itin\u00e9rants, se fixent en 1666 dans les provinces, chacun coiffant une \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9\u00a0\u00bb (circonscription g\u00e9ographique qui recoupe celle des recettes g\u00e9n\u00e9rales). Nomm\u00e9 par le roi, r\u00e9vocable \u00e0 volont\u00e9, l\u2019intendant est l\u2019agent docile et d\u00e9vou\u00e9 du pouvoir central. Surcharg\u00e9 de travail, il s\u2019entoure de subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, eux-m\u00eames aid\u00e9s par des adjoints sur lesquels certains se d\u00e9chargent pratiquement du pouvoir d\u2019administrer. Ce syst\u00e8me d\u2019administration royale est plus efficace dans les villes que dans les campagnes, vu la lenteur des communications et l\u2019insuffisance des routes.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9fets, assist\u00e9s des sous-pr\u00e9fets, exerceront \u00e0 partir de 1800 des fonctions analogues aux intendants, dans les d\u00e9partements cr\u00e9\u00e9s par la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous achevons les soixante-douze ann\u00e9es du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. P\u00e9nible \u00e9tude, mais vraiment instructive. Ce n\u2019est pas seulement le plus long r\u00e8gne de l\u2019histoire, c\u2019est le plus important, comme type et l\u00e9gende du gouvernement monarchique. L\u2019Europe l\u2019a accept\u00e9 ainsi. Elle n\u2019a point du tout accept\u00e9 les glorieuses tyrannies militaires qui ont pu suivre. Elle n\u2019y a vu qu\u2019un accident sinistre. Mais Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> est la r\u00e8gle, le roi des honn\u00eates gens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le bien, le mal, le pire, on a tout imit\u00e9 de lui. Il est le vrai et le complet miroir o\u00f9 tous les rois ont regard\u00e9. Ils ont copi\u00e9 servilement sa cour, son administration, ses fautes surtout. La France m\u00eame de 1793 lui a vot\u00e9 les lois de la Terreur et le r\u00e9gime des suspects.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Raccourci os\u00e9, mais la th\u00e8se est d\u00e9fendable. En tout cas, le Versailles de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> a fascin\u00e9 l\u2019Europe de son si\u00e8cle et les grands classiques du r\u00e8gne (\u00e0 commencer par Moli\u00e8re et Racine) sont immortels.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce trait\u00e9 [\u2026] fut un bienfait pour les deux peuples et pour l\u2019Europe. Il menait \u00e0 la paix r\u00e9elle, solide et s\u00e9rieuse, pour laquelle le monde haletait depuis la fausse paix d\u2019Utrecht qui n\u2019avait rien fini.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1076\" class=\"cit-num\">1076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XVII<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019historien sur l\u2019accord pass\u00e9 entre Georges Ier, roi d\u2019Angleterre, et Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, R\u00e9gent de France\u00a0: l\u2019accord franco-anglais, n\u00e9goci\u00e9 par l\u2019abb\u00e9 Dubois, vise l\u2019Espagne et devient Triple Alliance avec l\u2019adh\u00e9sion des Provinces-Unies, puis Quadruple Alliance avec l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019empereur, le 2\u00a0ao\u00fbt 1718. Une guerre, br\u00e8ve, contre l\u2019Espagne, met fin aux r\u00eaves de puissance militaire de Philippe\u00a0V et \u00e0 ses vis\u00e9es sur le royaume de France\u00a0: la sant\u00e9 tr\u00e8s fragile de l\u2019enfant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> faisait craindre une guerre de succession et le roi d\u2019Espagne (Bourbon, petit-fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>) \u00e9tait pouss\u00e9 par les ambitions de sa seconde femme, \u00c9lisabeth Farn\u00e8se.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> fut bien plus qu\u2019un livre. Ce fut une faction. \u00c0 travers les pers\u00e9cutions, elle alla grossissant. L\u2019Europe enti\u00e8re s\u2019y mit. Belle conspiration g\u00e9n\u00e9rale qui devint celle de tout le monde. Troie enti\u00e8re s\u2019embarqua elle-m\u00eame dans le cheval de Troie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1132\" class=\"cit-num\">1132<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Michelet est l\u2019enfant des Lumi\u00e8res et tout l\u2019inspire dans ce si\u00e8cle, \u00e0 commencer par son esprit et ses philosophes qui vont amener la R\u00e9volution (sans la vouloir).<\/p>\n<p>L\u2019affaire de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> commence\u00a0: le scepticisme de l\u2019article \u00ab\u00a0Certitude\u00a0\u00bb alerte les j\u00e9suites, et les jans\u00e9nistes se mettent pour une fois dans leur camp. Le 7\u00a0f\u00e9vrier 1752, un arr\u00eat du Conseil d\u2019\u00c9tat interdit la vente et la d\u00e9tention des deux premiers tomes\u00a0: <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> est accus\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9lever les fondements de l\u2019irr\u00e9ligion et de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 [\u2026] d\u2019ins\u00e9rer plusieurs maximes tendant \u00e0 d\u00e9truire l\u2019autorit\u00e9 royale, \u00e0 \u00e9tablir l\u2019esprit d\u2019ind\u00e9pendance et de r\u00e9volte\u00a0\u00bb. Mme\u00a0de Pompadour, par haine des j\u00e9suites, s\u2019oppose \u00e0 la pers\u00e9cution des Encyclop\u00e9distes, et Malesherbes, directeur de la librairie (charg\u00e9 de surveiller la publication des livres et donc responsable de la censure), veut une politique lib\u00e9rale. En mai\u00a01752, le gouvernement prie Diderot et d\u2019Alembert de se remettre \u00e0 l\u2019ouvrage. Mais la cabale continuera.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span> A L\u2019<span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1273\" class=\"cit-num\">1273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, notre historien a connu dans sa jeunesse la pauvret\u00e9, sinon la mis\u00e8re. Il en garde un profond amour du peuple. \u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions d\u2019un autre style, t\u00e9moignant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il composera dans l\u2019enthousiasme son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: dix ans et sept volumes pour une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e (pour l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9crit). Les plus belles pages de son \u0153uvre maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e, mentionn\u00e9e sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019\u00ab\u00a0<em>Histoire de France<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si de Rousseau vint Robespierre, \u00ab\u00a0de Diderot jaillit Danton\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1300\" class=\"cit-num\">1300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, citant Auguste <span class=\"caps\">COMTE<\/span> (1798-1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il montre l\u2019influence des philosophes du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res sur les r\u00e9volutionnaires. Elle est \u00e9vidente, mais chacun a le sien. La richesse, la diversit\u00e9, la complexit\u00e9 de Diderot, homme de tous les paradoxes, devaient naturellement plaire \u00e0 Danton \u2013 et repousser l\u2019intransigeant Robespierre dont le livre de chevet n\u2019\u00e9tait autre que <em>Le Contrat social.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1314\" class=\"cit-num\">1314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Convoqu\u00e9s le 5\u00a0juillet 1788, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se r\u00e9unissent pour la premi\u00e8re fois le 5\u00a0mai 1789\u00a0: 1\u00a0139 repr\u00e9sentants, dont 578 du tiers \u00e9tat, dans la salle des Menus-Plaisirs \u00e0 Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>ssembl\u00e9, s\u00e9ance tenante, abolit la noblesse h\u00e9r\u00e9ditaire (19 juin 1790). La plupart de ceux qui avaient vot\u00e9 y eurent regret le lendemain. L\u2019abandon des noms de terre, le retour aux noms de famille presque oubli\u00e9s, d\u00e9sorientaient tout le monde\u00a0: La Fayette devenait tristement M. Motier, Mirabeau enrageait de n\u2019\u00eatre plus que Riquetti.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impossible de ne pas comparer avec la fameuse \u00ab\u00a0nuit du 4 ao\u00fbt\u00a0\u00bb (1789) et l\u2019abolition des privil\u00e8ges d\u00e9crite par l\u2019historien Jacques Bainville\u00a0dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une sorte de vertige, ce fut \u00e0 qui proposerait d\u2019immoler un privil\u00e8ge. Apr\u00e8s les droits seigneuriaux, la d\u00eeme, qui avait cependant pour contrepartie les charges de l\u2019assistance publique.\u00a0\u00bb Et le cri du c\u0153ur d\u2019Armand de Gontaut, un aristocrate apostrophant \u00e0 l\u2019aube ses pairs\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, qu\u2019est-ce que nous avons fait\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En un \u00ab\u00a0quinquennat\u00a0\u00bb et trois Assembl\u00e9es, la R\u00e9volution multiplie les jours, les nuits, les heures h\u00e9ro\u00efques et historiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce jour-l\u00e0, tout \u00e9tait possible. Toute division avait cess\u00e9; il n\u2019y avait ni noblesse, ni bourgeoisie, ni peuple. L\u2019avenir fut pr\u00e9sent\u2026 c\u2019est-\u00e0-dire, plus de temps\u2026 Un \u00e9clair et l\u2019\u00e9ternit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>14 juillet 1790, jour anniversaire de la prise de la Bastille, c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. \u00ab\u00a0Il ne tenait \u00e0 rien, ce semble, que l\u2019\u00e2ge social et religieux de la R\u00e9volution, qui recule encore devant nous, ne se r\u00e9alis\u00e2t. Si l\u2019h\u00e9ro\u00efque bont\u00e9 de ce moment e\u00fbt pu se soutenir, le genre humain gagnait un si\u00e8cle ou davantage\u00a0; il se trouvait avoir, d\u2019un bond, franchi un monde de douleurs\u2026<\/p>\n<p>Un tel \u00e9tat dure-t-il\u00a0? \u00c9tait-il bien possible que les barri\u00e8res sociales, abaiss\u00e9es ce jour-l\u00e0, fussent laiss\u00e9es \u00e0 terre, que la confiance subsist\u00e2t entre des hommes de classes, d\u2019int\u00e9r\u00eats, d\u2019opinions diverses\u00a0?<\/p>\n<p>Difficile, \u00e0 coup s\u00fbr, moins difficile pourtant qu\u2019\u00e0 nulle \u00e9poque de l\u2019histoire du monde. Des instincts magnanimes avaient \u00e9clat\u00e9 dans toutes les classes, qui simplifiaient tout. Des n\u0153uds insolubles avant et apr\u00e8s se r\u00e9solvaient alors d\u2019eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb Comment mieux exprimer l\u2019importance de ce jour-l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1370\" class=\"cit-num\">1370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien de la R\u00e9volution voit en cette f\u00eate du 14\u00a0juillet 1790 le point culminant de l\u2019\u00e9poque, son g\u00e9nie m\u00eame. La plupart des historiens contemporains pensent de m\u00eame. C\u2019est le jour de tous les espoirs. Et le peuple chante la plus gaie des carmagnoles\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te, \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un an plus tard, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, n\u00e9 bon enfant, se durcit et se radicalise, quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur. Toujours sur le m\u00eame air de contredanse populaire du<em> Carillon national\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira, \/ Les aristocrates \u00e0 la lanterne, \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira, \/ Les aristocrates on les pendra.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Jacobins ne sont pas la R\u00e9volution, mais l\u2019\u0153il de la R\u00e9volution, l\u2019\u0153il pour surveiller, la voix pour accuser, le bras pour frapper.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1401\" class=\"cit-num\">1401<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Jacobins deviennent l\u2019aile gauche de la nouvelle assembl\u00e9e. Rappelons l\u2019importance du club des Jacobins, soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9volutionnaire cr\u00e9\u00e9e en octobre\u00a01789 (sous le nom de Soci\u00e9t\u00e9 des amis de la Constitution). De tendance d\u2019abord mod\u00e9r\u00e9e (avec Barnave, du Port, La Fayette, de Lameth, Mirabeau, Siey\u00e8s, Talleyrand, Brissot et Robespierre \u00ab\u00a0premi\u00e8re mani\u00e8re\u00a0\u00bb), le club se scinde apr\u00e8s la fuite du roi \u00e0 Varennes et l\u2019affaire du Champ de Mars. Il prend le nom de Soci\u00e9t\u00e9 des amis de la Libert\u00e9 et de l\u2019\u00c9galit\u00e9, les r\u00e9publicains y restent, et les mod\u00e9r\u00e9s partent cr\u00e9er le club des Feuillants.<\/p>\n<p>Les clubs sont le si\u00e8ge d\u2019une vie politique intense \u2013 d\u2019autant plus qu\u2019aucun d\u00e9put\u00e9 de la Constituante ne pouvait \u00eatre \u00e9lu \u00e0 la nouvelle assembl\u00e9e. Tous les grands orateurs et tous les meneurs se retrouvent aux Jacobins, aux Feuillants, aux Cordeliers, alors que la L\u00e9gislative r\u00e9unit des hommes nouveaux et sans exp\u00e9rience.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0100\u00a0000 Fran\u00e7ais chass\u00e9s \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, 120\u00a0000 Fran\u00e7ais chass\u00e9s \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XXVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, voil\u00e0 comment la d\u00e9mocratie intol\u00e9rante ach\u00e8ve l\u2019\u0153uvre de la monarchie intol\u00e9rante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1409\" class=\"cit-num\">1409<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il compare les deux \u00e9migrations qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de la France moderne\u00a0: lors de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> contre les protestants, et apr\u00e8s les mesures r\u00e9volutionnaires contre les \u00e9migr\u00e9s. Ses chiffres sont m\u00eame inf\u00e9rieurs \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande loi est vot\u00e9e par la L\u00e9gislative, le 8\u00a0avril 1792\u00a0: confiscation (en attendant la vente) des biens de tous ceux qui \u00e9taient absents de France depuis le 1er\u00a0juillet 1789 et qui ne seraient pas de retour sous un mois. Premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre, le comte d\u2019Artois, le 17\u00a0juillet 1789. L\u2019\u00e9migration va s\u2019amplifier \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1792 et changer de nature\u00a0: plus seulement les aristocrates, mais toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La liste des \u00e9migr\u00e9s (close par Bonaparte en 1800) comportera 145\u00a0000 noms. Celle, plus fiable, de Ronald Greer (\u00e9tude de Harvard, en 1951) donne 150-160\u00a0000 noms. Le tiers \u00e9tat repr\u00e9sente 51\u00a0%, les privil\u00e9gi\u00e9s 42\u00a0% (reste 7\u00a0% de non identifi\u00e9s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature elle-m\u00eame, dans la langue charmante de ses fruits, de ses fleurs, dans les bienfaisantes r\u00e9v\u00e9lations de ses dons maternels, nomme les phases de l\u2019ann\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1441\" class=\"cit-num\">1441<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le calendrier agricole de Fabre d\u2019\u00c9glantine, d\u00e9put\u00e9 montagnard (et auteur de la romance \u00ab\u00a0Il pleut, il pleut berg\u00e8re\u00a0\u00bb) l\u2019emporte sur d\u2019autres propositions. Premi\u00e8re victoire d\u2019une \u00e9cologie qui ne dit pas encore son nom et qui inspire le lyrisme bucolique de notre historien le plus romantique.<\/p>\n<p>Fabre d\u2019\u00c9glantine est d\u2019ailleurs l\u2019auteur d\u2019une <em>\u00c9tude de la nature<\/em> (1783) d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Buffon, savant naturaliste, biologiste, et cr\u00e9ateur du Jardin des Plantes \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Vend\u00e9miaire, brumaire, frimaire renvoient aux vendanges, aux brumes, aux frimas de l\u2019automne. Niv\u00f4se, pluvi\u00f4se et vent\u00f4se \u00e9voquent neiges, pluies et vents d\u2019hiver. Les mois du printemps leur succ\u00e8dent, germinal, flor\u00e9al, prairial, associ\u00e9s \u00e0 germination, floraison et prairies. Enfin, l\u2019\u00e9t\u00e9 de messidor, thermidor et fructidor, qui rappellent moissons, chaleur et fruits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> hors de Versailles, hors du tr\u00f4ne, seul et sans cour, d\u00e9pouill\u00e9 de tout l\u2019appareil de la royaut\u00e9, se croyait roi malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 le jugement de Dieu, malgr\u00e9 sa chute m\u00e9rit\u00e9e, malgr\u00e9 ses fautes [\u2026] C\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019on voulut tuer. C\u2019est cette pens\u00e9e impie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1466\" class=\"cit-num\">1466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien dit le paradoxe de cette trag\u00e9die \u00e0 la fois personnelle et nationale\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, profond\u00e9ment croyant, demeure en son \u00e2me et conscience \u00ab\u00a0roi de droit divin\u00a0\u00bb et non pas roi des Fran\u00e7ais dans une monarchie constitutionnelle \u2013 comme en Angleterre depuis un si\u00e8cle. La France profonde, tr\u00e8s catholique, partage cette \u00ab\u00a0pens\u00e9e impie\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 le traumatisme caus\u00e9 par ce proc\u00e8s public \u00e0 l\u2019issue passionn\u00e9ment attendue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort des Girondins, demand\u00e9e tant de fois, fut le calmant qu\u2019on crut devoir donner \u00e0 la fureur des violents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1551\" class=\"cit-num\">1551<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le tragique \u00e9pilogue du conflit entre Montagnards et Girondins. Mais leur mort n\u2019arr\u00eate pas le cours d\u2019une R\u00e9volution emball\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la Terreur, avant le coup d\u2019\u00c9tat (final) de Thermidor.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Accueilli de 1791 \u00e0 1794 par le menuisier Duplay, Robespierre durant ces trois ann\u00e9es fut heureux. Mais son caract\u00e8re ne s\u2019en modifia point. Tout s\u2019aigrit dans un vase aigre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Personnage complexe,\u00a0tout entier vou\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb R\u00e9volution qui va le r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Le Ciel qui me donna une \u00e2me passionn\u00e9e pour la libert\u00e9 m\u2019appelle peut-\u00eatre \u00e0 tracer de mon sang la route qui doit conduire mon pays au bonheur. J\u2019accepte avec transport cette douce et glorieuse destin\u00e9e.\u00a0\u00bb Il lui reste deux ans \u00e0 vivre\u00a0: deux ans pour \u00e9liminer les factions et les factieux et marquer la R\u00e9volution de son empreinte\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes intraitables, comme la v\u00e9rit\u00e9, inflexibles, uniformes, j\u2019ai presque dit insupportables comme les principes\u00a0\u00bb dit-il \u00e0 la tribune de la Convention, devenu le dictateur, d\u00e9tenteur de la v\u00e9rit\u00e9, le personnage dont l\u2019histoire gardera le souvenir, inexorablement associ\u00e9 \u00e0 la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par devant l\u2019Europe, la France, sachez-le, n\u2019aura jamais qu\u2019un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom \u00e9ternel\u00a0: la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1632\" class=\"cit-num\">1632<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement \u00e0 nuancer\u00a0: rappelons que pour cet historien de gauche, la R\u00e9volution de 1789 devrait finir en 1790, sur le Champ de Mars, en son point culminant, le jour de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. La Terreur fit aussi partie de notre R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait la Grande Arm\u00e9e, sinon une France guerri\u00e8re d\u2019hommes qui, sans famille, ayant de plus perdu la R\u00e9publique, cette patrie morale, promenait cette vie errante en Europe\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1763\" class=\"cit-num\">1763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Extraits historiques<\/em> (posthume, 1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la d\u00e9finition humaine et romantique.<\/p>\n<p>Sur le plan institutionnel, la \u00ab\u00a0Grande Arm\u00e9e\u00a0\u00bb est d\u2019abord le nom g\u00e9n\u00e9rique donn\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019invasion, bas\u00e9e \u00e0 Boulogne pour attaquer l\u2019Angleterre en franchissant la Manche \u2013 projet abandonn\u00e9 apr\u00e8s Trafalgar (1805) et l\u2019an\u00e9antissement de la flotte fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La Grande Arm\u00e9e d\u00e9signe ensuite l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne, la meilleure du monde\u00a0: grande par le nombre des soldats, plus d\u2019un million, et cent mille hommes de r\u00e9serve\u00a0; grande aussi par la qualit\u00e9, l\u2019organisation, les g\u00e9n\u00e9raux d\u2019exception. Elle est initialement compos\u00e9e de sept corps d\u2019arm\u00e9e, les sept \u00ab\u00a0torrents\u00a0\u00bb command\u00e9s par les mar\u00e9chaux Augereau, Bernadotte, Davout, Lannes, Ney, Soult, et par le g\u00e9n\u00e9ral Marmont.<\/p>\n<h3>3. Th\u00e8mes\u00a0et mots-Cl\u00e9s\u00a0<\/h3>\n<h4><span class=\"caps\">HISTOIRE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Augustin Thierry avait appel\u00e9 l\u2019histoire narration\u00a0; Guizot, analyse\u00a0; je l\u2019appelle r\u00e9surrection.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Un des mots les plus cit\u00e9s de Michelet.<em> Une histoire politique des intellectuels<\/em> (2010), Alain Minc.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire est une r\u00e9surrection de la vie int\u00e9grale non pas dans ses surfaces, mais dans ses organismes int\u00e9rieurs et profonds.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de France<\/em>. Pr\u00e9face de 1869.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec le monde a commenc\u00e9 une guerre qui doit finir avec le monde, et pas avant\u00a0: celle de l\u2019homme contre la nature, de l\u2019esprit contre la mati\u00e8re, de la libert\u00e9 contre la fatalit\u00e9. L\u2019histoire n\u2019est pas autre chose que le r\u00e9cit de cette interminable lutte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Introduction \u00e0 l\u2019Histoire universelle<\/em> (1843).<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je fais une histoire g\u00e9n\u00e9rale et non celle d\u2019un r\u00e8gne\u2026 Forc\u00e9 d\u2019abr\u00e9ger ou d\u2019omettre une infinit\u00e9 de d\u00e9tails, j\u2019ai d\u2019autant plus s\u00e9rieusement examin\u00e9, pes\u00e9 leur importance relative.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de France.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire ne doit pas dire seulement des choses vraies, mais les dire dans la vraie mesure, ne pas les mettre toutes \u00e0 la fois sur le premier plan, ne pas subordonner les grandes en exag\u00e9rant les petites.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de France.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de France.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque \u00e9poque r\u00eave la suivante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">FRANCE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aper\u00e7us la France. Elle avait des annales et non point une histoire.\u2009\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute autre histoire est mutil\u00e9e, la n\u00f4tre seule est compl\u00e8te\u00a0; prenez l\u2019histoire de l\u2019Italie, il y manque les derniers si\u00e8cles\u00a0; prenez l\u2019histoire de l\u2019Allemagne, de l\u2019Angleterre, il y manque les premiers. Prenez celle de la France\u00a0; avec elle, vous savez le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Moyen \u00c2ge, la France du Moyen \u00c2ge, ont exprim\u00e9 dans l\u2019architecture leur plus intime pens\u00e9e. Les cath\u00e9drales de Paris, de Saint Denis, de Reims, en disent plus long que de longs r\u00e9cits. La pierre s\u2019anime et se spiritualise sous l\u2019ardente et s\u00e9v\u00e8re main de l\u2019artiste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de France.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde pense, la France parle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je rentre en moi. J\u2019interroge sur mon enseignement, sur mon histoire, son tout-puissant interpr\u00e8te, l\u2019esprit de la R\u00e9volution. Lui il sait, et les autres n\u2019ont pas su. Il contient leur secret, \u00e0 tous les temps ant\u00e9rieurs. En lui seulement la France eut conscience d\u2019elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par devant l\u2019Europe, la France, sachez-le, n\u2019aura jamais qu\u2019un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom \u00e9ternel\u00a0: la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9finis la R\u00e9volution, l\u2019av\u00e8nement de la Loi, la r\u00e9surrection du Droit, la r\u00e9action de la Justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous devons ce respect \u00e0 tant d\u2019hommes h\u00e9ro\u00efques de ne point d\u00e9plorer leur sort, de leur donner une histoire virile et digne d\u2019eux. S\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 fermes \u00e0 mourir, soyons fermes \u00e0 les raconter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintenant que nous avons fait des lois pour une nation, il ne nous reste plus qu\u2019\u00e0 faire une nation pour ces lois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes sensibles qui pleurez sur les maux de la R\u00e9volution (avec trop de raison sans doute), versez donc quelques larmes sur les maux qui l\u2019ont amen\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le 13 juillet, Paris ne songeait qu\u2019\u00e0 se d\u00e9fendre. Le 14, il attaqua. Le 13 au soir, il y avait encore des doutes, et il n\u2019y en eut plus le matin. Le soir \u00e9tait plein de trouble, de fureur d\u00e9sordonn\u00e9e. Le matin fut lumineux et d\u2019une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 terrible. Une id\u00e9e se leva sur Paris avec le jour et tous virent la m\u00eame lumi\u00e8re. Une lumi\u00e8re dans les esprits, et dans chaque c\u0153ur une voix\u00a0: \u2018Va, et tu prendras la Bastille\u2019 . Cela \u00e9tait impossible, insens\u00e9, \u00e9trange \u00e0 dire\u2026 Et tous le crurent n\u00e9anmoins. Et cela se fit. L\u2019attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e vitale de la R\u00e9volution, elle avait \u00e9clat\u00e9 dans une incomparable lumi\u00e8re, de 89 \u00e0 92\u00a0: L\u2019id\u00e9e de Justice. Et pour la premi\u00e8re fois, on avait su ce que c\u2019est que la Justice. On avait fait jusque-l\u00e0 de cette vertu souveraine une s\u00e8che, une \u00e9troite vertu. Avant que la France l\u2019e\u00fbt r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au monde\u00a0; on n\u2019en avait jamais soup\u00e7onn\u00e9 l\u2019immensit\u00e9. Justice large, g\u00e9n\u00e9reuse, humaine, aimante, et jusqu\u2019\u00e0 la tendresse, pour la pauvre humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De m\u00eame que, les sectes chr\u00e9tiennes se multipliant, il y eut des jans\u00e9nistes, des molinistes, etc., et il n\u2019y eut plus de chr\u00e9tiens, les sectes de la R\u00e9volution annulent la R\u00e9volution\u00a0; on se refait constituant, girondin, montagnard\u00a0; plus de r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution est en nous, dans nos \u00e2mes\u00a0; au-dehors, elle n\u2019a point de monument. Vivant esprit de la France, o\u00f9 te saisirai-je si ce n\u2019est en moi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">PEUPLE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Peuple. Ce livre je l\u2019ai fait de moi-m\u00eame, de ma vie, et de mon c\u0153ur. Il est sorti de mon exp\u00e9rience bien plus que de mon \u00e9tude. Je l\u2019ai tir\u00e9 de mon observation, de mes rapports d\u2019amiti\u00e9, de voisinage\u00a0; je l\u2019ai ramass\u00e9 sur les routes\u00a0; le hasard aime \u00e0 servir celui qui suit toujours une m\u00eame pens\u00e9e. Enfin, je l\u2019ai trouv\u00e9 surtout dans les souvenirs de ma jeunesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour conna\u00eetre la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d\u2019interroger mes souvenirs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsque les manufacturiers anglais vinrent dire \u00e0 M. Pitt que les salaires \u00e9lev\u00e9s de l\u2019ouvrier les mettaient hors d\u2019\u00e9tat de payer l\u2019imp\u00f4t, il dit un mot terrible \u2018Prenez les enfants\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique est l\u2019art d\u2019obtenir de l\u2019argent des riches et des suffrages des pauvres, sous pr\u00e9texte de les prot\u00e9ger les uns des autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectez la mis\u00e8re, elle respectera l\u2019opulence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9poque humaine et bienveillante de notre r\u00e9volution a pour acteur le peuple m\u00eame, le peuple entier, tout le monde. Et l\u2019\u00e9poque des violences, l\u2019\u00e9poque des actes sanguinaires, n\u2019a pour acteurs qu\u2019un nombre d\u2019hommes minime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>L\u2019<span class=\"caps\">ENSEIGNEMENT<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Combien l\u2019\u00e9ducation durera-t-elle? Juste autant que la vie. Quelle est la premi\u00e8re partie de la politique\u00a0? L\u2019\u00e9ducation. La seconde\u00a0? L\u2019\u00e9ducation. Et la troisi\u00e8me\u00a0? L\u2019\u00e9ducation.\u00a0\u00bb Le Peuple.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voulus un vrai m\u00e9tier\u00a0; je pris celui que mes \u00e9tudes me facilitaient, l\u2019enseignement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vraie France, celle de la R\u00e9volution, d\u00e9clara que l\u2019enseignement \u00e9tait un sacerdoce, que le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole \u00e9tait l\u2019\u00e9gal du pr\u00eatre. Elle posa en principe que la premi\u00e8re d\u00e9pense de l\u2019\u00c9tat, c\u2019\u00e9tait l\u2019instruction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans sa terrible mis\u00e8re, la Convention voulait donner cinquante-quatre millions \u00e0 l\u2019instruction primaire, et elle l\u2019e\u00fbt fait certainement, si elle e\u00fbt dur\u00e9 davantage\u2026 Temps singulier o\u00f9 les hommes se disaient mat\u00e9rialistes, et qui fut en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019apoth\u00e9ose de la pens\u00e9e, le r\u00e8gne de l\u2019esprit\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Honte\u00a0! infamie\u00a0! \u2026 Le peuple qui paye le moins ceux qui instruisent le peuple (cachons nous pour l\u2019avouer), c\u2019est la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LES<\/span> <span class=\"caps\">FEMMES<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis le fils de la femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle a eu mon mauvais temps, elle n\u2019a pu profiter de mon meilleur. Jeune, je l\u2019ai contrist\u00e9e, et je ne la consolerai pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme, dans les m\u00e9nages pauvres, c\u2019est l\u2019\u00e9conomie, l\u2019ordre, la providence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0(La femme) n\u2019a d\u2019amis que ses songes, ne cause qu\u2019avec ses b\u00eates ou l\u2019arbre de la for\u00eat. Ils lui parlent\u00a0; nous savons de quoi. Ils r\u00e9veillent en elle les choses que lui disait sa m\u00e8re, sa grand-m\u00e8re, choses antiques, qui pendant des si\u00e8cles ont pass\u00e9 de femme en femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme donne sa vie et sa sueur. Vous donnez, vos enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle [Olympe de Gouges] a fond\u00e9 le droit des femmes par un mot juste et sublime\u00a0: \u2018Elles ont bien le droit de monter \u00e0 la tribune, puisqu\u2019elles ont celui de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle [Madame Roland] arriva au pied de la Libert\u00e9 colossale, assise pr\u00e8s de l\u2019\u00e9chafaud, \u00e0 la place o\u00f9 est l\u2019ob\u00e9lisque, monta l\u00e9g\u00e8rement les degr\u00e9s, et, se tournant vers la statue, lui dit, avec une grave douceur, sans reproche\u00a0: \u2018\u00d4 Libert\u00e9\u00a0! que de crimes commis en ton nom\u00a0!\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><em><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span><\/em> (1853)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle re\u00e7ut sa religion, non comme une le\u00e7on, une c\u00e9r\u00e9monie, mais dans la forme populaire et na\u00efve d\u2019une belle histoire de veill\u00e9e, comme la foi simple d\u2019une m\u00e8re\u2026 Ce que nous recevons ainsi avec le sang et le lait, c\u2019est chose vivante, la vie m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais les Juifs ne furent si anim\u00e9s contre J\u00e9sus que les Anglais contre la Pucelle. Elle les avait, il faut le dire, cruellement bless\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit le plus sensible, dans l\u2019estime na\u00efve et profonde qu\u2019ils ont pour eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 Orl\u00e9ans, l\u2019invincible gendarmerie, les fameux archers, Talbot en t\u00eate, avaient montr\u00e9 le dos\u00a0; \u00e0 Jargeau, dans une place et derri\u00e8re de bonnes murailles, ils s\u2019\u00e9taient laiss\u00e9s prendre\u00a0; \u00e0 Patay, ils avaient fui \u00e0 toutes jambes, fui devant une fille\u2026 Voil\u00e0 qui \u00e9tait dur \u00e0 penser, voil\u00e0 ce que ces taciturnes Anglais ruminaient sans cesse en eux-m\u00eames. Une fille leur avait fait peur, et il n\u2019\u00e9tait pas bien s\u00fbr qu\u2019elle ne leur fit peur encore, tout encha\u00een\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait\u2026 Non pas elle, apparemment, mais le diable dont elle \u00e9tait l\u2019agent, ils t\u00e2chaient du moins de le croire ainsi et de le faire croire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><em><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">SORCIERE<\/span><\/em> (1862)<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 date la Sorci\u00e8re\u00a0? je dis sans h\u00e9siter\u00a0: \u00ab\u00a0Des temps du d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb Du d\u00e9sespoir profond que fit le monde de l\u2019\u00c9glise. Je dis sans h\u00e9siter\u00a0: \u2018La Sorci\u00e8re est son crime.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u0153uvre fait partie de ses essais et ouvrages de m\u0153urs, contest\u00e9s, contestables. Michelet franchit la ligne et \u00ab\u00a0se fait plaisir\u00a0\u00bb, r\u00e9glant ici ses comptes avec la religion de son enfance et de la France.<\/p>\n<p>Plus grave pour un historien, il se sert (sans le savoir) de mauvaises sources\u00a0: <em>l\u2019Histoire de l\u2019Inquisition en France<\/em> est un ouvrage d\u2019\u00c9tienne-L\u00e9on de Lamothe-Langon, publi\u00e9 en 1829 \u00e0 Paris. Suppos\u00e9 s\u2019appuyer sur des archives encore jamais exploit\u00e9es du dioc\u00e8se de Toulouse mises \u00e0 la disposition de l\u2019auteur par l\u2019\u00e9v\u00eaque Antoine Pascal Hyacinthe Sermet, les atroces r\u00e9cits de cette <em>Histoire<\/em> furent largement repris.<\/p>\n<p>Deux historiens (Norman Cohn et Richard Kieckhefer) d\u00e9couvrirent la supercherie dans les ann\u00e9es 1970\u00a0: les pr\u00e9tendues archives n\u2019ont jamais exist\u00e9. Lamothe-Langon qui avait r\u00e9dig\u00e9 des romans d\u2019horreur gothiques fabriquera ensuite plusieurs autobiographies de personnages historiques fran\u00e7ais. Son <em>Histoire de l\u2019Inquisition<\/em> est bourr\u00e9e d\u2019anachronismes et des \u00e9v\u00e9nements majeurs qu\u2019il d\u00e9crit ne peuvent avoir eu lieu.<\/p>\n<p>Restent nombre de passages \u00e0 m\u00e9diter\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nature les fait sorci\u00e8res. \u2013 C\u2019est le g\u00e9nie propre \u00e0 la femme et son temp\u00e9rament. Elle na\u00eet F\u00e9e. Par le retour r\u00e9gulier de l\u2019exaltation, elle est Sybille. Par l\u2019amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice ( souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorci\u00e8re et fait le sort, du moins endort, trompe les maux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019unique m\u00e9decin du peuple, pendant mille ans, fut la Sorci\u00e8re. Les empereurs, les rois, les papes, les plus riches barons, avaient quelques docteurs de Salerne, des Maures, des Juifs, mais la masse de tout \u00e9tat, et l\u2019on peut dire le monde, ne consultait que la Saga ou Sage-femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si elle ne gu\u00e9rissait, on l\u2019injuriait, on l\u2019appelait sorci\u00e8re. Mais g\u00e9n\u00e9ralement par un respect m\u00eal\u00e9 de crainte, on la nommait Bonne dame, ou Belle dame (bella donna), du nom m\u00eame qu\u2019on donnait aux F\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous applaudissent au proc\u00e8s\u00a0; tous sont \u00e9mus, fr\u00e9missants, impatients de l\u2019ex\u00e9cution. De pendus, on en voit assez. Mais le sorcier et la sorci\u00e8re, ce sera une curieuse f\u00eate de voir comment ces deux fagots p\u00e9tilleront dans la flamme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0(La femme) n\u2019a d\u2019amis que ses songes, ne cause qu\u2019avec ses b\u00eates ou l\u2019arbre de la for\u00eat. Ils lui parlent\u00a0; nous savons de quoi. Ils r\u00e9veillent en elle les choses que lui disait sa m\u00e8re, sa grand-m\u00e8re, choses antiques, qui pendant des si\u00e8cles ont pass\u00e9 de femme en femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0(Sous la Renaissance) les sorci\u00e8res qui, partout, \u00e9taient sages-femmes. Jamais, dans ces temps, la femme n\u2019e\u00fbt admis un m\u00e9decin m\u00e2le, ne se f\u00fbt confi\u00e9e \u00e0 lui, ne lui e\u00fbt dit ses secrets. Les sorci\u00e8res observaient seules et furent, pour la femme surtout, le seul et unique m\u00e9decin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>4. Admirations, critiques et mauvais proc\u00e8s.<\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut le corriger par un peu de Voltaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), cit\u00e9 par le comte\u00a0d\u2019Haussonville (1843-1924), homme politique et historien de la litt\u00e9rature, \u00ab\u00a0Jules Michelet, sa vie et ses \u0153uvres\u00a0\u00bb. <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, tome 15, 1876<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est po\u00e9tique, est-ce juste historiquement\u00a0?\u00a0\u00bb dit-il encore. Mais l\u2019histoire litt\u00e9ralement inspir\u00e9e de<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853), reprise de son <em>Histoire de France<\/em>et publi\u00e9e s\u00e9par\u00e9ment, d\u00e9sarmait la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du grand critique qui n\u2019aimait pas Michelet qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0charlatan\u00a0\u00bb \u2013 et d\u00e9testait nombre d\u2019auteurs\u2026 Force lui fut de reconna\u00eetre dans notre historien une puissance \u00ab\u00a0avec laquelle il fallait capituler.\u00a0\u00bb Cette r\u00e9action sera celle d\u2019autres opposants. Ses admirateurs sont quand m\u00eame plus nombreux. Tr\u00e8s int\u00e9ressant, le cas de Gabriel Monod qui a bien connu Michelet professeur, suivi un cursus comparable et consacr\u00e9 trois essais \u00e0 l\u2019historien le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Michelet commen\u00e7ait \u00e0 parler\u00a0: on oubliait aussit\u00f4t la fatigue et le froid, la nudit\u00e9 humide de celte installation mis\u00e9rable, pour vivre pendant deux heures dans un monde de f\u00e9erie, o\u00f9 tout \u00e9tait lumi\u00e8re, chaleur et vie.\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pourtant pas un orateur\u2026 mais c\u2019\u00e9tait un magicien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">MONOD<\/span> (1844-1912), Michelet professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale (1827-1838), <em>Figaro<\/em>, 22 juillet 1882<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pourtant pas un orateur, au sens propre du mot, que ce professeur, unique entre tous, qui inspirait \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves, a dit l\u2019un d\u2019eux, \u2018la passion d\u2019un amant pour sa ma\u00eetresse\u2019. Il n\u2019avait pas cette ampleur du style, de la voix et du geste, cette p\u00e9riode large, nombreuse et ch\u00e2ti\u00e9e qui transportait d\u2019admiration les auditeurs d\u2019un Cousin, d\u2019un Guizot (qui furent ses professeurs) ou d\u2019un Villemain\u00a0; mais c\u2019\u00e9tait un magicien dont la parole tant\u00f4t lente et r\u00eaveuse, tant\u00f4t lanc\u00e9e en phrases br\u00e8ves, ail\u00e9es comme des fl\u00e8ches, faisait surgir devant l\u2019esprit de ses auditeurs, par une sorte d\u2019\u00e9vocation, les id\u00e9es et les images toujours impr\u00e9vues, qui paraissaient jaillir comme d\u2019elles-m\u00eames de son cerveau\u2026.L\u2019\u00e9loquence de Michelet \u00e9tait faite d\u2019esprit, de po\u00e9sie, de sensibilit\u00e9, d\u2019enthousiasme, tout en \u00e9tant nourrie de la plus forte culture classique, de l\u2019\u00e9rudition historique la plus \u00e9tendue et de s\u00e9rieuses \u00e9tudes philosophiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qu\u2019il parl\u00e2t de philosophie ou d\u2019histoire, on retrouvait toujours chez lui l\u2019homme d\u2019imagination, pour qui l\u2019id\u00e9e ne devient saisissable que dans les faits qu\u2019elle d\u00e9termine, et l\u2019homme de pens\u00e9e, qui ne voit dans les faits que les symboles de l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent.\u00a0\u00bb Histoire et philosophie, deux enseignements indissolublement\u00a0li\u00e9s pour donner le meilleur de lui-m\u00eame \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves et l\u2019\u00e9crire pour un lectorat qui se r\u00e9v\u00e8lera \u00ab\u00a0grand public, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de son \u0153uvre dans la prestigieuse collection <em>Bouquins<\/em>(1986, chez Robert Laffont).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette langue si pure et si famili\u00e8re, qui s\u2019\u00e9levait si haut quand il le fallait, qui s\u2019abaissait aux d\u00e9tails les plus simples sans jamais devenir vulgaire, qui souvent laissait deviner plus qu\u2019elle ne disait, hardie comme sa pens\u00e9e, et pourtant correcte, orn\u00e9e, comme il convenait \u00e0 une conversation d\u2019\u00c9cole normale, de citations grecques et latines, sans ombre de p\u00e9danterie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), Secr\u00e9taire perp\u00e9tuel de l\u2019Acad\u00e9mie, <em>Notice sur la vie et les travaux de M. Michelet<\/em>, S\u00e9ance publique annuelle du 4 d\u00e9cembre 1886<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Acad\u00e9micien fran\u00e7ais naturellement sensible \u00e0 la langue et au style, philosophe et homme politique, Jules Simon appartient \u00e0 la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb, dite aussi \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb si nombreux et critiqu\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0: Jules Ferry, Jules Guesde, Jules Ferry, Jules Gr\u00e9vy\u2026\u00a0 Dans la R\u00e9publique des lettres, Jules Michelet c\u00f4toyait aussi des Jules c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: Jules Renard, Jules Verne, Jules Romains, Jules Supervielle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on dise ce que l\u2019on voudra, qu\u2019on exige de l\u2019historien un style plus sobre, une critique plus exacte, une discussion plus scrupuleuse des faits\u00a0; mais celui qui a \u00e9crit ces pages n\u2019\u00e9tait pas seulement un peintre admirable de la nature et des sentiments, il avait aussi un sens historique profond. Si l\u2019intelligence est en effet, comme a dit M. Thiers, la premi\u00e8re qualit\u00e9 de l\u2019historien, l\u2019imagination est certainement la seconde. \u00c0 quoi sert de raconter le pass\u00e9, si ce n\u2019est pas pour le faire revivre\u00a0? \u00c0 quoi sert d\u2019\u00e9voquer les morts, si ce n\u2019est pas pour leur rendre le souffle et la parole\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Othenin d\u2019<span class=\"caps\">HAUSSONVILLE<\/span> (1843-1924). <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, 1876<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique et avocat, il est aussi historien de la litt\u00e9rature et naturellement sensible au style. Il juge tr\u00e8s bien cet atout de Michelet, cet art de faire revivre le pass\u00e9, de ressusciter des personnages. L\u2019Histoire, n\u2019est-ce pas cela\u00a0aussi\u2026 ou d\u2019abord\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas perdre une occasion de red\u00e9clarer que Michelet est le g\u00e9nie m\u00eame de l\u2019histoire. D\u2019abord parce que c\u2019est vrai, et puis \u00e7a emb\u00eate tout le monde, et c\u2019est un si grand supplice pour nos grands amis les modernes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mystique, amoureux de Jeanne d\u2019Arc, d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0mort pour la France\u00a0\u00bb (5 septembre 1914, volontaire aux premiers jours de la Grande Guerre), intellectuel engag\u00e9, militant socialiste, mais rejetant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2ge moderne\u00a0\u00bb de son temps, la lecture de Michelet (qui eut comme lui beaucoup d\u2019ennemis de son vivant) comble P\u00e9guy \u00e0 tout point de vue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas oublier ce qu\u2019\u00e9taient les \u00e9tudes historiques aux environs de 1825, quand Michelet les abordait. Documentation insuffisante\u00a0? Mais il a dans ce domaine \u00e9t\u00e9 un novateur. [\u2026] Michelet a si totalement gagn\u00e9 certaines batailles que nous ne songeons m\u00eame plus qu\u2019il les fallait gagner.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">FEBVRE<\/span> (1878-1956), <em>Michelet cr\u00e9ateur de l\u2019histoire de France<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ses Le\u00e7ons au Coll\u00e8ge de France de d\u00e9cembre 1943 \u00e0 mars 1944, Lucien Febvre (cofondateur avec Marc Bloch de l\u2019\u00c9cole des Annales) souligne le caract\u00e8re novateur du travail historique de Michelet, compar\u00e9 aux ouvrages d\u2019Augustin Thierry et de Fran\u00e7ois Guizot. \u00ab\u00a0Et un labeur immense, des recherches consid\u00e9rables ont assur\u00e9 les fondements d\u2019une \u0153uvre qui aujourd\u2019hui nous para\u00eet ruineuse. [\u2026] Mieux encore\u00a0: n\u2019oublions pas que les banalit\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui furent l\u2019originalit\u00e9 presque r\u00e9volutionnaire d\u2019hier et d\u2019avant-hier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans l\u2019atmosph\u00e8re patriotique de l946 \u2013 \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration, Victoire\u00a0\u00bb -, il exalte \u00ab\u00a0Michelet, fran\u00e7ais au plus haut degr\u00e9, Fran\u00e7ais portant en lui, non pas seulement la France du pr\u00e9sent, mais la France de 25 si\u00e8cles\u2026 Michelet n\u2019a jamais fait que traduire dans sa langue magnifique et de tout son c\u0153ur, le sentiment de la France \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Relire Le Peuple, c\u2019est bien retrouver cette pens\u00e9e agile, toujours en mouvement, capable de mettre en rapport les observations du v\u00e9cu quotidien et les plus larges perspectives de l\u2019histoire fran\u00e7aise (et europ\u00e9enne), capable de d\u00e9crire la patrie vivante \u00e0 travers son exp\u00e9rience au fil de ses lectures, de Virgile et Pline \u00e0 Fourier, Perdiguier et Proudhon, c\u2019est red\u00e9couvrir au d\u00e9tour de chaque note et de chaque page le g\u00e9nie intuitif de Michelet, jamais \u00e9gal\u00e9 dans l\u2019historiographie fran\u00e7aise. Un bain de jouvence, voire un retour nostalgique aux sources vives d\u2019une autre histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">MANDROU<\/span> (1921-1984), pr\u00e9sentation de la nouvelle \u00e9dition du <em>Peuple<\/em>, Flammarion (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un des acteurs importants de la \u00ab\u00a0Nouvelle Histoire\u00a0\u00bb, courant historiographique correspondant \u00e0 la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019\u00c9cole des Annales fran\u00e7aise, il rend un vibrant hommage \u00e0 notre premier grand historien, comme lui venu du peuple. Restent les nombreux critiques, souvent pour des raisons politiques\u2026 et oppos\u00e9es\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France moderne accepte Michelet pour patron, mais elle se trompe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), <em>Trois id\u00e9es politiques, Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve<\/em>. Texte de 1898, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1912, 1922, 1928, 1952<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chantre de<em> l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, incarnation revendiqu\u00e9e de l\u2019extr\u00eame-droite, disserte brillamment sur ces trois grands noms chers \u00e0 la vieille France. \u00ab\u00a0Les bonheurs d\u2019expression, les couleurs vives, les vues per\u00e7antes de Michelet ne peuvent tenir la place de la raison. Ses avantages naturels ne font que le livrer \u00e0 plus de caprices\u00a0: brut, amorphe, enfantin, il vagit quand les autres parlent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Michelet b\u00ealait l\u2019union des classes, au temps o\u00f9 Marx \u00e9crivait le Manifeste du parti communiste\u2026 Je suis frapp\u00e9 de l\u2019incoh\u00e9rence et de la banalit\u00e9 fr\u00e9quente de sa pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">MATHIEZ<\/span> (1874-1932), cit\u00e9 par Max Gallo, La Revanche de Michelet, <em>Figaro<\/em>, 26\/01\/2008<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien Max Gallo fait le bilan des \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb Michelet \u00e0 l\u2019occasion de la r\u00e9\u00e9dition de son \u0153uvre majeure, <em>L\u2019Histoire de France<\/em>(19 volumes, \u00c9ditions des \u00c9quateurs). Mathiez, professeur d\u2019histoire et sp\u00e9cialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, fervent rousseauiste et robespierriste, lancera la comparaison entre jacobinisme et bolchevisme. Socialiste jusqu\u2019en 1920, il s\u2019enthousiasme pour la r\u00e9volution d\u2019Octobre et entre au Parti communiste fran\u00e7ais apr\u00e8s le congr\u00e8s de Tours. Entre Marx et Michelet, son choix politique et id\u00e9ologique s\u2019imposait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Connaissez-vous quelque chose de plus nul que Michelet\u00a0? [\u2026] le culte de Michelet\u2026 soit\u2026, il est vrai qu\u2019il y a de belles pages, mais sur le plan de la recherche historique, c\u2019est nul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CHAUNU<\/span> (1923-2009) Pierre Chaunu, Fran\u00e7ois Dosse,<em> <span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>nstant \u00e9clat\u00e9. Entretiens<\/em> (1994)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Protestant aux positions souvent extr\u00eames, r\u00e9solument \u00e0 droite de l\u2019\u00e9chiquier politique et oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019hymnologie r\u00e9volutionnaire, il ne peut que r\u00e9prouver le \u00ab\u00a0culte de Michelet\u00a0\u00bb. Le proc\u00e8s en nullit\u00e9 est naturellement excessif, mais on a pu d\u00e9noncer des erreurs dans l\u2019\u0153uvre du premier historien de France. <em>L\u2019Histoire en citations<\/em>qui lui fait la part belle en a trouv\u00e9 une et n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9noncer \u2013 tout en la contextualisant\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019extr\u00eame rapidit\u00e9 des voyages en chemin de fer est une chose anti m\u00e9dicale. Aller, comme on fait, en vingt heures, de Paris \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, en traversant d\u2019heure en heure des climats si diff\u00e9rents, c\u2019est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse. Elle arrive ivre \u00e0 Marseille, pleine d\u2019agitation, de vertige.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2282\" class=\"cit-num\">2282<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>La Mer<\/em> (1861)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9vitons pourtant de faire un mauvais proc\u00e8s \u00e0 l\u2019auteur\u00a0! Tous les progr\u00e8s techniques ont commenc\u00e9 par susciter la peur ou le d\u00e9ni d\u2019utilit\u00e9. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, particuli\u00e8rement riche en inventions, pourrait alimenter un \u00e9tonnant b\u00eatisier technologique. Le chemin de fer n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Rappelons le mot de Thiers, en 1836\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage.\u00a0\u00bb Selon Fran\u00e7ois Arago, polytechnicien, astronome et physicien mort en 1853 et t\u00e9moignant donc des tout premiers chemins de fer, \u00ab\u00a0le transport des soldats en wagon les eff\u00e9minerait\u00a0\u00bb et les voyageurs sont mis en garde contre le tunnel de Saint-Cloud qui peut causer \u00ab\u00a0des fluxions de poitrine, des pleur\u00e9sies et des catarrhes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on l\u2019adore ou qu\u2019on le d\u00e9teste, Michelet est pour tout historien de la France la r\u00e9f\u00e9rence majeure et pour tout citoyen l\u2019une des figures tut\u00e9laires de la France r\u00e9publicaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">NORA<\/span> (n\u00e9 en 1931), <em>Michelet, historien de la France<\/em> (1999)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 ce confr\u00e8re licenci\u00e9 \u00e8s lettres et en philosophie, agr\u00e9g\u00e9 d\u2019histoire, m\u00ealant \u00ab\u00a0un travail d\u2019essayiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u2019enqu\u00eateur du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, soucieux de \u00ab\u00a0publier tels quels les documents d\u2019archives mont\u00e9s par des historiens et rendu accessibles au grand public\u00a0\u00bb, acad\u00e9micien fran\u00e7ais toujours militant pour les causes qui lui tiennent \u00e0 c\u0153ur\u2026 \u00e0 commencer par Michelet.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment n\u2019\u00eatre pas s\u00e9duit, au-del\u00e0 de tous les clivages politiques, et m\u00eame envo\u00fbt\u00e9 par ce style, hallucinatoire, \u00e9lectrique, syncop\u00e9, qui n\u2019est comparable par sa puissance d\u2019\u00e9vocation qu\u2019aux <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> et \u00e0 <em>La Recherche du temps perdu<\/em>?\u00a0\u00bb D\u2019aucun ont aussi compar\u00e9 avec l\u2019incantation de Malraux accompagnant la panth\u00e9onisation de Jean Moulin, 19 d\u00e9cembre 1964.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Michelet a connu bien des identit\u00e9s successives. Il y a eu le grand po\u00e8te romantique et lib\u00e9ral, le Michelet des manuels de classe et des comm\u00e9morations <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique\u00a0: Jeanne d\u2019Arc, le peuple et la R\u00e9volution. Il y a eu le national-r\u00e9sistant que chantait P\u00e9guy et que Malraux d\u00e9clamait. Il y a eu l\u2019historien des profondeurs, explorateur de toutes les formes d\u2019histoire, le saint patron des Annales auquel a fait \u00e9cho le Michelet abyssal et n\u00e9vrotique de Roland Barthes. Au-del\u00e0 de ces multiples personnages, peut-\u00eatre y a-t-il place aujourd\u2019hui pour un autre Michelet\u00a0: celui auquel tous les Fran\u00e7ais, de droite comme de gauche, doivent leur id\u00e9e de la France. Celui que les \u00e9tudiants du Quartier latin appelaient d\u00e9j\u00e0 en le regardant passer\u00a0: Monsieur Symbole. Michelet, le grand incarnateur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense que dans le roman national, il y a des grands rep\u00e8res qui aident \u00e0 construire notre appartenance \u00e0 la Nation, qui sont le rapport \u00e0 notre Histoire et \u00e0 ses grandes figures fran\u00e7aises.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel <span class=\"caps\">MACRON<\/span> (n\u00e9 en 1977), Interview, <em>La Fabrique de l\u2019Histoire<\/em> \u2013 France Culture, 9 mars 2017<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le candidat qui sera \u00e9lu pr\u00e9sident le 14 mai, aussi intelligent qu\u2019habile et cultiv\u00e9, sait l\u2019importance de l\u2019Histoire, cette passion fran\u00e7aise, pour \u00ab\u00a0faire nation\u00a0\u00bb avec Clovis, Jeanne d\u2019Arc\u2026 \u00ab\u00a0Dans ces grandes figures fran\u00e7aises se cristallisent notre rapport \u00e0 une continuit\u00e9 dans le temps, \u00e0 l\u2019\u00e9nergie du peuple fran\u00e7ais, \u00e0 une aspiration \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, et \u00e9videmment le rapport au moment fondateur qu\u2019est la R\u00e9volution fran\u00e7aise, le rapport \u00e0 la la\u00efcit\u00e9\u2026 Ces blocs que nous avons dans notre Histoire constituent le roman national, l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la Nation et \u00e0 la R\u00e9publique. Donc \u00e7a, je pense que c\u2019est tr\u00e8s important \u00e0 la fois de l\u2019enseigner, de le consolider, parce que c\u2019est constitutif de ce que nous sommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le nom de Michelet s\u2019impose, son \u0153uvre et sa passion au si\u00e8cle qui inventa l\u2019Histoire en tant que science humaine. Reste une confusion regrettable entre roman et r\u00e9cit national. Un \u00e9dito \u00e0 venir va tenter de faire le point.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Faites l\u2019histoire, nous l\u2019\u00e9crirons&nbsp;!\u00a0\u00bb Jules Michelet, voyant du seuil de l\u2019\u00c9cole normale o\u00f9 il enseigne des bandes d\u2019ouvriers et d\u2019\u00e9tudiants qui se rendent au combat, R\u00e9volution de juillet 1830 Pionnier de sa discipline, h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res et penseur de la R\u00e9volution, cr\u00e9ateur du \u00ab\u00a0r\u00e9cit national\u00a0\u00bb (confondu \u00e0 tort avec le roman national), Michelet reste [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11419,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":284,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-10107","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits-en-citations-des-personnages-de-lhistoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10107","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10107"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10107\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12557,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10107\/revisions\/12557"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11419"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10107"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10107"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10107"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}