{"id":10119,"date":"2025-02-10T00:00:00","date_gmt":"2025-02-09T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lhistoire-en-caricatures-revolution-2e-partie\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:22","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:22","slug":"lhistoire-en-caricatures-revolution-2e-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-revolution-2e-partie\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (R\u00e9volution, 2e partie)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-80.jpg\" width=\"150\" height=\"200\"><\/a>Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xvi-2.jpg\" width=\"800\" height=\"592\"><\/p>\n<p>Marie-Antoinette et Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, H\u00e9 Hu Da Da\u00a0! Estampe anonyme. 1791. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019aura probablement jamais ni la force ni la volont\u00e9 de r\u00e9gner par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1199\" class=\"cit-num\">1199<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MERCY<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ARGENTEAU<\/span> (1727-1794).<em> Correspondance secr\u00e8te entre Marie-Th\u00e9r\u00e8se et le comte de Mercy-Argenteau<\/em> (posthume, 1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les caricatures, comme la rumeur publique, ont \u00ab\u00a0assassin\u00e9\u00a0\u00bb le roi bien avant son ex\u00e9cution, le 21 janvier 1793.<\/p>\n<p>Ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris de\u00a01780 \u00e0\u00a01790, Mercy-Argenteau exerce une grande influence sur Marie-Antoinette et sa correspondance avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se est un pr\u00e9cieux document sur la France de l\u2019\u00e9poque. Il note l\u2019inqui\u00e9tante suj\u00e9tion du roi vis-\u00e0-vis de sa femme, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s leur mariage\u00a0: \u00ab\u00a0Sa complaisance ressemble \u00e0 de la soumission.\u00a0\u00bb Mirabeau tentant de sauver la royaut\u00e9 en juillet\u00a01790 soupirera \u00e0 juste titre\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme\u00a0: c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Choiseul se montre plus s\u00e9v\u00e8re, voyant en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> un \u00ab\u00a0imb\u00e9cile\u00a0\u00bb au sens d\u2019handicap\u00e9 c\u00e9r\u00e9bral\u00a0; selon ses fr\u00e8res et ses cousins, cette imb\u00e9cillit\u00e9 aurait justifi\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence (comme jadis pour Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou). En fait, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est surtout un timide maladif, myope de surcro\u00eet au point de ne pas reconna\u00eetre les gens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout propos soutenu l\u2019accable, toute r\u00e9flexion le d\u00e9route.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1200\" class=\"cit-num\">1200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793). <em>L\u2019Autrichienne\u00a0: m\u00e9moires in\u00e9dits de Mlle de Mirecourt sur la reine Marie-Antoinette et les prodromes de la R\u00e9volution<\/em> (1966), Claude \u00c9mile-Laurent<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine parle aussi du roi comme d\u2019un homme aveugle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, toujours incertain, peu aimable et pourtant d\u00e9sireux qu\u2019on l\u2019aim\u00e2t. Il consulte tout le monde, suspecte les avis et ne c\u00e8de qu\u2019\u00e0 la lassitude. Honteux alors de sa faiblesse, il revient en arri\u00e8re, se renfrogne, boude, se d\u00e9robe, vole \u00e0 la chasse ou bien se renferme dans son cabinet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et\u00a0<span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est tout de suite effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s, plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Marie-Antoinette est d\u2019un an sa cadette et la dauphine n\u2019a pas vraiment les qualit\u00e9s d\u2019une reine\u2026<\/p>\n<p>Le peuple qui avait fini par ha\u00efr Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> dit \u00ab\u00a0le Bien Aim\u00e9\u00a0\u00bb commence par faire confiance au jeune roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, \u00e9coutez, petits et grands,<br>L\u2019histoire d\u2019un roi de vingt ans<br>Qui va nous ramener en France<br>Les bonnes m\u0153urs et l\u2019abondance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1206\" class=\"cit-num\">1206<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">COLL\u00c9<\/span> (1709-1783), <em>Or, \u00e9coutez, petits et grands<\/em>, chanson (mai\u00a01774). <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise en chansons<\/em>, anthologie, Le Chant du Monde<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple c\u00e9l\u00e8bre la mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Louis le D\u00e9sir\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est dire les espoirs mis en lui, r\u00e9sum\u00e9s par la chanson patriotique du nouvel auteur dramatique \u00e0 la mode. Avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, on peut encore r\u00eaver. Comme avec Marie-Antoinette. Br\u00e8ve illusion\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer,<br>Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer,<br>Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774).<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans, et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb, confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xvi_2-1.jpg\" width=\"750\" height=\"534\"><\/p>\n<p>Les deux ne font qu\u2019un. 1791. Anonyme. Caricatures et dessins humoristiques. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. \u00ab\u00a0L\u2019affaire du Collier\u00a0\u00bb va renforcer ce sentiment, m\u00eame si elle est plus victime que coupable dans cette histoire.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique. Et l\u2019image ajoute \u00e0 la cruaut\u00e9, touchant particuli\u00e8rement le peuple illettr\u00e9.<\/p>\n<p>Sur cette caricature, le l\u00e9opard est une variante de \u00ab\u00a0l\u2019Architigresse\u00a0\u00bb, d\u00e9formation euphonique d\u2019Archiduchesse. Quant aux cornes sur la t\u00eate du roi, elles d\u00e9noncent le cocuage. On accuse la reine d\u2019avoir des amants (le comte d\u2019Artois son beau-fr\u00e8re, le comte su\u00e9dois Axel de Fersen qui sera jusqu\u2019\u00e0 la fin son grand amour) ou m\u00eame des ma\u00eetresses (la duchesse de Polignac, la princesse de Lamballe). Elle est bient\u00f4t clou\u00e9e au pilori comme une nymphomane perverse et insatiable, d\u00e9crite comme une \u00ab\u00a0prostitu\u00e9e babylonienne\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0inf\u00e2me tribade\u00a0\u00bb ayant l\u2019habitude, \u00e0 Trianon, d\u2019\u00e9puiser quotidiennement plusieurs hommes et plusieurs femmes pour satisfaire sa \u00ab\u00a0diabolique lubricit\u00e9\u00a0\u00bb. Les <em>fake-news<\/em> ne sont pas n\u00e9es avec nos r\u00e9seaux sociaux \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/cochons.jpg\" width=\"1024\" height=\"512\"><\/p>\n<p>La famille des cochons ramen\u00e9es dans l\u2019\u00e9table. Apr\u00e8s la fuite \u00e0 Varennes, 1791. <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont les femmes qui ont ramen\u00e9 le roi \u00e0 Paris, et ce sont les hommes qui l\u2019ont laiss\u00e9 \u00e9chapper\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1387\" class=\"cit-num\">1387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de protestation des femmes de Paris, 21\u00a0juin 1791.<em> Les 50 mots clefs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1983), Michel P\u00e9ronnet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion faite ici aux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 5 et 6\u00a0octobre 1789.<\/p>\n<p>Le 21\u00a0juin au matin, on constate la disparition de la famille royale au palais des Tuileries. L\u2019alerte est donn\u00e9e, La Fayette, commandant de la garde nationale, envoie des courriers tous azimuts pour faire arr\u00eater les fuyards. Paris est en \u00e9moi.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0juin, \u00e0 minuit, la famille royale a donc fui, avec la complicit\u00e9 du comte su\u00e9dois Axel de Fersen, amant passionn\u00e9 de la reine. Leur but\u00a0: rejoindre \u00e0 Metz la garnison royaliste du marquis de Bouill\u00e9 pour se placer sous sa protection. Mais la berline royale, conduite par Fersen en cocher, est trop imposante, l\u2019op\u00e9ration mal organis\u00e9e, et le roi, d\u00e9guis\u00e9 en valet, est reconnu le 21 \u00e0 Sainte-M\u00e9nehould (en Champagne) par Jean-Baptiste Drouet, le fils du ma\u00eetre des postes \u2013\u00a0qui pr\u00e9c\u00e8de le roi \u00e0 Varennes et donne l\u2019alerte. Bayon, aide de camp de La Fayette, arrive \u00e0 Varennes au matin du<\/p>\n<p>22\u00a0juin. La berline royale est reconduite \u00e0 Paris sous escorte, rejointe par trois d\u00e9put\u00e9s envoy\u00e9s par l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: P\u00e9tion, Barnave et Latour-Maubourg.<\/p>\n<p>Paris crie \u00e0 la trahison. Le plan de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019est que trop clair. Il voulait marcher sur Paris avec les troupes royalistes, renverser l\u2019Assembl\u00e9e, mettre fin \u00e0 la R\u00e9volution et restaurer la monarchie absolue. Il faut \u00e9viter l\u2019\u00e9meute, on colle un peu partout des affiches avec ce mot d\u2019ordre\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui applaudira le Roi sera b\u00e2tonn\u00e9, celui qui l\u2019insultera sera pendu.\u00a0\u00bb Toute manifestation est donc interdite, pour ou contre le roi et sa famille, qu\u2019on ram\u00e8ne de Varennes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791.<em> Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9preuve de la fuite \u00e0 Varennes blanchit (dit-on) les cheveux de la reine\u00a0: de blond cendr\u00e9, ils devinrent \u00ab\u00a0comme ceux d\u2019une vieille femme de soixante-dix ans\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette a sans aucun doute une part de responsabilit\u00e9 dans ce projet d\u2019\u00e9vasion mal pr\u00e9par\u00e9. Elle dit un jour \u00e0 Fersen\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Couple perfide, r\u00e9servez vos larmes<br>Pour arroser le prix de vos forfaits [\u2026]<br>Un peuple libre reconna\u00eet les charmes<br>De n\u2019\u00eatre plus au rang de vos sujets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1389\" class=\"cit-num\">1389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Poursuite et retour de la famille ci-devant royale<\/em> (juin\u00a01791), chanson anonyme.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple chante encore, mais il a perdu confiance en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Comme l\u2019\u00e9crit Denis Richet dans le <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un roi avait en fuyant abandonn\u00e9 sa souverainet\u00e9. Un autre roi, le peuple, assistait gravement au spectacle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une foule terriblement silencieuse qui accueille le cort\u00e8ge \u00e0 son retour, le 25\u00a0juin. La Constituante a suspendu Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> de ses fonctions, d\u00e8s le 21. Ces cinq jours de vacance du tr\u00f4ne prouvent que la France peut vivre sans roi et la R\u00e9publique devient un r\u00e9gime possible\u2026 Pour l\u2019historienne Mona Ozouf, le 21\u00a0juin, c\u2019est \u00ab\u00a0la mort de la royaut\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bref du pape en 1791. Estampe. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bref_du_pape.jpg\" width=\"805\" height=\"1024\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre saint p\u00e8re est un dindon<br>Le calotin est un fripon<br>Notre archev\u00eaque un sc\u00e9l\u00e9rat<br>Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1250\" class=\"cit-num\">1250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Premi\u00e8re chanson anticl\u00e9ricale attaquant le pape (sans titre, et sans auteur).<em> Dictionnaire des chansons de la R\u00e9volution<\/em> (1988), Ginette Marty, Georges Marty<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le clerg\u00e9 \u00e9tait une cible habituelle du peuple, mais \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, Pie <span class=\"caps\">VI<\/span> en personne est mis publiquement en cause. Ce n\u2019est que le d\u00e9but des ennuis pour le 248e pape qui verra passer non seulement la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais aussi la campagne d\u2019Italie de Napol\u00e9on Bonaparte d\u00e9j\u00e0 conqu\u00e9rant.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure (1791), un paysan goguenard se torche publiquement avec un \u00ab\u00a0bref du pape\u00a0\u00bb, bref apostolique, bref papal ou bref pontifical, acte administratif du Saint-Si\u00e8ge appel\u00e9 ainsi en raison de sa bri\u00e8vet\u00e9, par opposition \u00e0 la fameuse \u00ab\u00a0bulle pontificale\u00a0\u00bb, document scell\u00e9 par lequel le pape pose un acte juridique important tel que fixation d\u2019une ann\u00e9e sainte, nomination \u00e9piscopale, d\u00e9finition dogmatique, convocation d\u2019un concile ou canonisation.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xvi_bonnet.jpg\" width=\"377\" height=\"500\"><\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> le Cafuron s\u2019est coiff\u00e9 du bonnet phrygien et boit \u00e0 la sant\u00e9 des sans-culottes. \u00ab\u00a0Nouveau Pacte de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> avec son Peuple le 20 juin 1792, l\u2019an quatri\u00e8me de la Libert\u00e9\u00a0\u00bb, gravure et mezzo-tinto avec aquarelle, 1792, Paris, Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00c0 bas le Veto\u00a0! <br>Avis \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0: le peuple est las de souffrir. <br>La libert\u00e9 ou la mort\u00a0!<br><span id=\"1415\" class=\"cit-num\">1415<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans sur les enseignes, Manifestation du 20\u00a0juin 1792 \u00e0 Paris<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le palais des Tuileries est envahi par les sections de la Commune de Paris\u00a0: elles protestent contre le droit de veto du roi et f\u00eatent en m\u00eame temps l\u2019anniversaire de sa fuite \u00e0 Varennes dont l\u2019\u00e9chec, il y tout juste un an, a pr\u00e9cipit\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements. La famille royale est molest\u00e9e. Le roi veut \u00e9viter le pire, et d\u2019abord le bain de sang \u2013 sa hantise.<\/p>\n<p>Il accepte de se coiffer du bonnet rouge (bonnet phrygien), de boire \u00e0 la sant\u00e9 de la Nation \u2013 les gravures ne manquent pas de ridiculiser cette image de la monarchie bafou\u00e9e. Mais le roi refuse de renoncer \u00e0 son droit de veto.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019image est complexe. \u00ab\u00a0Cafuron\u00a0\u00bb signifie \u0153il de b\u0153uf, petite lucarne. Le roi entretient une relation ambig\u00fce avec la Nation depuis 1789, faite d\u2019amour, de rejet et de violence, il semble \u00e0 la fois accepter et refuser la R\u00e9volution et mener double jeu. Le regard du roi semble perdu, traduisant son manque de conviction dans l\u2019\u00e9v\u00e8nement qu\u2019il c\u00e9l\u00e8bre. L\u2019auteur du document n\u2019est donc pas dupe et d\u00e9nonce cette ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<p>Finalement, le roi sera jug\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s de la Convention, nouvelle assembl\u00e9e \u00e9lue durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1792, condamn\u00e9 \u00e0 mort et guillotin\u00e9 devant le peuple parisien le 21 janvier 1793. Caricature \u00e0 suivre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mirabeau-1.jpg\" width=\"698\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Mirabeau-Tonneau, Caricature r\u00e9volutionnaire sur le fr\u00e8re du tribun, publi\u00e9e dans un journal de l\u2019\u00e9poque r\u00e9volutionnaire Anonyme. 1795 Fernand Mitton,<em> La Presse fran\u00e7aise sous la R\u00e9volution, le Consulat, l\u2019Empire<\/em> (1945).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 cette ardeur de boire, \u00e0 ce ventre en tonneau <br>Qui ne conna\u00eetrait le cadet Mirabeau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sous-titre de l\u2019estampe anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Petit fr\u00e8re (d\u00e9test\u00e9) du premier grand r\u00e9volutionnaire le comte de Mirabeau, Andr\u00e9 Boniface Louis Riqueti, vicomte de Mirabeau \u00e9tait presque aussi d\u00e9bauch\u00e9 que son a\u00een\u00e9. Ob\u00e8se, il doit \u00e0 son ivrognerie le surnom de \u00ab\u00a0Mirabeau-Tonneau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Conscient de n\u2019\u00eatre que l\u2019ombre de son fr\u00e8re, il constata l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une autre famille, je passerai pour un mauvais sujet et un homme d\u2019esprit, dans la mienne je suis un sot et un honn\u00eate homme.\u00a0\u00bb Ayant au moins de l\u2019esprit et l\u2019art des bons mots, il collabora au journal les <em>Actes des Ap\u00f4tres.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on a un fr\u00e8re comme le v\u00f4tre aux \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux et qu\u2019on est vous, on laisse parler son fr\u00e8re et l\u2019on garde le silence\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor Riqueti, marquis de <span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1715-1789), \u00e0 son fils cadet. Source Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ardent d\u00e9fenseur de la monarchie \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante o\u00f9 il fut envoy\u00e9 par les nobles de la s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e de Limoges, il s\u2019opposa d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la r\u00e9union des ordres et \u00e0 l\u2019abolition des privil\u00e8ges (4 ao\u00fbt 1789). Venu soumettre un projet de discours \u00e0 son p\u00e8re, il s\u2019attira cette r\u00e9ponse cinglante.<\/p>\n<p>Le 4 f\u00e9vrier 1790, quand Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> annon\u00e7a qu\u2019il adoptait les principes de la constitution, il brisa son \u00e9p\u00e9e et s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Puisque le roi renonce \u00e0 son royaume, un gentilhomme n\u2019a plus besoin d\u2019\u00e9p\u00e9e pour le d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb Et il brisa la sienne. Autre version\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque le roi brise son sceptre, ses serviteurs doivent briser leur \u00e9p\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb De toute mani\u00e8re, c\u2019est un bon mot \u00e0 son actif de royaliste.<\/p>\n<p>Son parti \u00e9tant minoritaire \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, il donne sa d\u00e9mission de d\u00e9put\u00e9 en juin 1790 et \u00e9migre en Allemagne. Il s\u2019installe dans l\u2019\u00c9lectorat de Bade et l\u00e8ve la trop fameuse \u00ab\u00a0l\u00e9gion des hussards de la Mort\u00a0\u00bb qui fait aux r\u00e9publicains une guerre d\u2019escarmouches sanglantes et inutiles en 1792. Il meurt des suites d\u2019une attaque d\u2019apoplexie \u2013 selon une autre version, c\u2019est en s\u2019embrochant sur l\u2019\u00e9p\u00e9e d\u2019un de ses officiers, pendant une altercation.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lesueur_.jpg\" width=\"580\" height=\"363\"><\/p>\n<p>Gouaches r\u00e9volutionnaires de Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826). Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des Jeunes Citoyennes Ouvri\u00e8res, contribuent de leurs Assignats, et de leurs bijoux, \u00e0 l\u2019\u00e9quipement d\u2019un jeune homme qui propose d\u2019aller \u00e0 la guerre si l\u2019on veut l\u2019habiller.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sous-titre de de la gouache de Lesueur, fin 1792<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Image et texte, on reconna\u00eet le style bienveillant et bon enfant de l\u2019auteur, Girondin convaincu, mais \u00e9pargn\u00e9 par la Terreur r\u00e9volutionnaire. Il \u0153uvrera pour l\u2019amour de l\u2019Histoire qu\u2019il vit en t\u00e9moin direct au jour le jour, \u00e0 travers une s\u00e9rie de 83 gouaches, pour la plupart au mus\u00e9e Carnavalet consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire de Paris.<\/p>\n<p>Sur un tout autre ton, unique en son genre, naturellement lyrique et passionn\u00e9, il faut citer Hugo, num\u00e9ro trois sur le podium de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (apr\u00e8s Napol\u00e9on et de Gaulle).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution leur criait\u00a0: \u00ab\u00a0Volontaires,<br>Mourez pour d\u00e9livrer tous les peuples vos fr\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Contents, ils disaient oui.<br>\u00ab\u00a0Allez, mes vieux soldats, mes g\u00e9n\u00e9raux imberbes\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Et l\u2019on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes<br>Sur le monde \u00e9bloui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1452\" class=\"cit-num\">1452<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te oppose l\u2019arm\u00e9e nationale et sa gloire immortelle \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier (r\u00e9duite \u00e0 de basses besognes politiques, notamment lors du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851).<\/p>\n<p>L\u2019historien Michelet, plus pr\u00e9cis, n\u2019est pas moins lyrique dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Six cent mille volontaires inscrits veulent marcher \u00e0 la fronti\u00e8re [\u2026] Ils restent tous marqu\u00e9s d\u2019un signe qui les met \u00e0 part dans l\u2019histoire\u00a0; ce signe, cette formule, ce mot n\u2019est autre que leur simple nom\u00a0: Volontaires de 92.\u00a0\u00bb Mal \u00e9quip\u00e9s, pas form\u00e9s, ces jeunes viennent de toute la France pour r\u00e9pondre aux appels passionn\u00e9s de la R\u00e9publique. 400\u00a0000 pour l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1792, 300\u00a0000 de plus en f\u00e9vrier\u00a01793. Mais le volontariat ne sera pas \u00e9ternellement suffisant.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/21_janvier.jpg\" width=\"1024\" height=\"752\"><\/p>\n<p>Journ\u00e9e du 21 janvier 1793. La mort de Louis Capet sur la Place de la R\u00e9volution. Pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Convention nationale. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est rapport\u00e9 par les nombreux journaux du temps. La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793.<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours.<\/p>\n<p>Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, estampes et caricatures, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1480\" class=\"cit-num\">1480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au bourreau Sanson et \u00e0 ses aides, 21\u00a0janvier 1793. \u00ab\u00a0Second mot de la fin\u00a0\u00bb du roi.<em> Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s<\/em> (1867), Antonin Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre mot de la fin attribu\u00e9 au roi, toujours dans le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb, comme pour alimenter la l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis ne sut qu\u2019aimer, pardonner et mourir\u00a0!<br>Il aurait su r\u00e9gner s\u2019il avait su punir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1481\" class=\"cit-num\">1481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">TILLY<\/span> (1764-1816).<em> Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em> (1826), Joseph Michaud, Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce c\u00e9l\u00e8bre distique (deux vers), le comte de Tilly, d\u00e9fenseur du roi au palais des Tuileries (le 10\u00a0ao\u00fbt 1792) et auteur de <em>M\u00e9moires<\/em> (surtout galants), t\u00e9moigne de cette horreur de la violence, dans une \u00e9poque o\u00f9 elle fait loi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai, au Champ de Mars, d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la royaut\u00e9, je l\u2019ai abattue le 10\u00a0ao\u00fbt, je l\u2019ai tu\u00e9e au 21\u00a0janvier, et j\u2019ai lanc\u00e9 aux rois une t\u00eate de roi en signe de d\u00e9fi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1482\" class=\"cit-num\">1482<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794),<em> La Mort de Danton<\/em> (1835), drame historique de Goerg B\u00fcchner (1813-1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9plique lui est pr\u00eat\u00e9e par le po\u00e8te allemand \u00e2g\u00e9 de 21\u00a0ans (et mort du typhus \u00e0 23). Elle illustre le grand premier r\u00f4le r\u00e9volutionnaire que se donne Danton, et qu\u2019il joue effectivement jusqu\u2019\u00e0 sa chute, m\u00eame s\u2019il est souvent absent au c\u0153ur de l\u2019action \u2013 l\u2019une des ambigu\u00eft\u00e9s du personnage, not\u00e9e par certains historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 la France coupa la t\u00eate de son roi, elle commit un suicide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1483\" class=\"cit-num\">1483<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892), <em>La R\u00e9forme intellectuelle et morale de la France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien chr\u00e9tien, il fait r\u00e9f\u00e9rence au lien charnel entre le pays et le roi, allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019identification \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, sous Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> qui affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis France\u00a0\u00bb. Plus contemporain, on pense aussi au mot de Mauriac \u00e0 propos du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, en 1940\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit, moi la France, et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion de Renan intervient au lendemain de la d\u00e9faite face \u00e0 l\u2019Allemagne, quand la France amput\u00e9e, d\u00e9sempar\u00e9e, n\u2019est pas encore acquise \u00e0 la R\u00e9publique. Peinant \u00e0 faire son deuil d\u2019un r\u00e9gime monarchique constitutionnel, il parle donc \u00e0 ses contemporains \u2013 cela vaut pour la plupart des auteurs, historiens et philosophes. Il incrimine la R\u00e9volution, son culte de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb et de l\u2019homme nouveau, et regrette cette irr\u00e9m\u00e9diable rupture dans la continuit\u00e9 historique, dont la mort du roi fut le symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tu\u00e9 des rois bien avant le 21\u00a0janvier 1793. Mais Ravaillac, Damiens et leurs \u00e9mules voulaient atteindre la personne du roi, non le principe [\u2026] Ils n\u2019imaginaient pas que le tr\u00f4ne p\u00fbt rester toujours vide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1484\" class=\"cit-num\">1484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960),<em> L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est vrai que l\u2019histoire du monde est riche en r\u00e9gicides. Mais les assassins des rois qui tuent un homme ne font que renforcer le mythe de la royaut\u00e9. Alors qu\u2019un proc\u00e8s public, devant une Assembl\u00e9e nationale devenue tribunal du peuple, devait mettre fin \u00e0 la monarchie de droit divin. La mort du roi, chacun en juge selon son camp, des royalistes aux r\u00e9volutionnaires, en passant par toutes les nuances d\u2019opinion, de la droite r\u00e9actionnaire \u00e0 la gauche extr\u00eame. Cela vaut de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale pour la R\u00e9volution et aujourd\u2019hui encore, on en discute.<\/p>\n<p>Les \u00e9migr\u00e9s royalistes proclament roi, sous le nom de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>, le jeune dauphin enferm\u00e9 au Temple, et le comte de Provence (fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) est nomm\u00e9 r\u00e9gent du royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ons plus de roi dans la France [\u2026]<br>\u00c0 pr\u00e9sent tout ira bien<br>\u00c0 Paris comme \u00e0 la guerre.<br>Je n\u2019craindrons plus le venin<br>Qui g\u00e2tait toute c\u2019t\u2019affaire,<br>J\u2019aurons vraiment la libert\u00e9<br>En soutenant l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1485\" class=\"cit-num\">1485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Citoyenne Veuve <span class=\"caps\">FERRAND<\/span> (fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), <em>Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> (d\u00e9but 1793), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque \u00e9v\u00e9nement historique est ponctu\u00e9 de paroles et musique. Cette<em> Joie du peuple r\u00e9publicain<\/em> est assur\u00e9ment une \u00ab\u00a0chanson de circonstance\u00a0\u00bb\u00a0: tout ira bien apr\u00e8s la mort du roi. Au-del\u00e0 de cette joie, le choc est immense.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marat-1.jpg\" width=\"634\" height=\"786\"><\/p>\n<p>Le triomphe de <span class=\"caps\">MARAT<\/span>, l\u2019Ami du peuple. Gouaches r\u00e9volutionnaires de Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826). Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il se qualifiait L\u2019ami du Peuple, et par ses \u00e9crits il l\u2019excitait \u00e0 \u00eatre pillard et assassin, disant qu\u2019il fallait tuer 2 \u00e0 300 mille hommes, prendre le bien des Riches, et des Marchands, et le partager entre le Peuple, ce qui plaisait beaucoup \u00e0 la populace. Il fut d\u00e9nonc\u00e9 comme ayant re\u00e7u de l\u2019argent de la faction d\u2019Orl\u00e9ans, il fut arr\u00eat\u00e9 et mis en Jugement\u00a0; mais les Jacobins ne voulant pas perdre leur plus z\u00e9l\u00e9 partisan le firent d\u00e9clarer innocent. Le Peuple l\u2019emporta de la Salle d\u2019audience et le promena en Triomphe jusqu\u2019\u00e0 la Convention. Cela le rendit plus hardi \u00e0] publier ses dangereuses opinions, Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt assassin\u00e9 comme on sait\u2026 Cette t\u00eate est vraiment son portrait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">LESUEUR<\/span> (1749-1826), l\u00e9gende manuscrite \u00e0 l\u2019encre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Histoire en citations<\/em> a dress\u00e9 un portrait contrast\u00e9 de la bande des quatre r\u00e9volutionnaires, Mirabeau, Danton, Robespierre et Marat. Le jugement contre Marat est sans appel\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1301\" class=\"cit-num\">1301<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la galerie de portraits r\u00e9volutionnaires, Marat, c\u2019est le m\u00e9chant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un h\u00e9ros. Pas un th\u00e9oricien pour se dire \u00ab\u00a0maratiste\u00a0\u00bb, comme on peut \u00eatre dantoniste ou robespierriste. Marat fut pourtant l\u2019\u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, jouissant d\u2019une incroyable popularit\u00e9 aupr\u00e8s des sans-culottes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fanatique \u00e9nergum\u00e8ne nous inspirait \u00e0 nous-m\u00eames une sorte de r\u00e9pugnance et de stupeur [\u2026] Ses v\u00eatements en d\u00e9sordre, sa figure livide, ses yeux hagards avaient je ne sais quoi de rebutant et d\u2019\u00e9pouvantable qui contristait l\u2019\u00e2me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1302\" class=\"cit-num\">1302<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEVASSEUR<\/span> de la <span class=\"caps\">SARTHE<\/span> (1747-1834). <em>M\u00e9moires de R. Levasseur de la Sarthe, ex-conventionnel<\/em> (1829), Ren\u00e9 Levasseur, Francis Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un montagnard robespierriste qui ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on me le montra pour la premi\u00e8re fois, s\u2019agitant avec violence au sommet de la Montagne, je le consid\u00e9rai avec cette curiosit\u00e9 inqui\u00e8te qu\u2019on \u00e9prouve en contemplant certains insectes hideux.\u00a0\u00bb Marat, \u00e0 l\u2019inverse de Mirabeau ou de Danton, est afflig\u00e9 d\u2019une laideur irr\u00e9m\u00e9diablement repoussante, en raison d\u2019une dermatose chronique \u2013 qui l\u2019oblige \u00e0 passer des heures dans son bain, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il sera surpris et assassin\u00e9 par Charlotte Corday.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 de ce que propose Marat, il ne peut y avoir que d\u00e9lire et extravagance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1305\" class=\"cit-num\">1305<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794). <em>Le Vieux cordelier\u00a0: journal politique<\/em> (1825), Camille Desmoulins, Joachim Vlate<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Lamartine \u00e9crira dans son <em>Histoire des Girondins\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Marat personnifiait en lui ces r\u00eaves vagues et fi\u00e9vreux de la multitude qui souffre [\u2026] Il introduisait sur la sc\u00e8ne politique cette multitude jusque-l\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9e dans son impuissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Marat joue le r\u00f4le du journaliste redresseur de torts et formateur de l\u2019opinion publique, critiquant toujours tout et tous, voulant ouvrir les yeux, ne cessant de r\u00e9clamer des t\u00eates, inventant le langage m\u00eame de la Terreur, cherchant \u00e0 d\u00e9truire tous ses adversaires. En cela, il incarne le r\u00e9volutionnaire type jusqu\u2019\u00e0 la caricature. \u00c0 sa mort, H\u00e9bert force encore le trait avec<em> Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, accusant les robespierristes d\u2019\u00eatre des \u00ab\u00a0endormeurs\u00a0\u00bb\u00a0! H\u00e9bertistes rime alors avec extr\u00e9mistes \u2013 l\u2019on parle aussi d\u2019\u00ab\u00a0Enrag\u00e9s\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9chafaud mettra fin au mouvement, sous la dictature de Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est par la violence que doit s\u2019\u00e9tablir la libert\u00e9, et le moment est venu d\u2019organiser momentan\u00e9ment le despotisme de la libert\u00e9 pour \u00e9craser le despotisme des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1495\" class=\"cit-num\">1495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793),<em> L\u2019Ami du peuple,<\/em> 13\u00a0avril 1793. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Claude Manceron, Anne Manceron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son journal presque quotidien et tr\u00e8s populaire, il justifie le Tribunal r\u00e9volutionnaire qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 rendre plus exp\u00e9ditif, pour s\u2019opposer \u00e0 la contre-r\u00e9volution qu\u2019il d\u00e9nonce au sein m\u00eame de la Convention nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Levons-nous, oui, levons-nous tous\u00a0! Mettons en \u00e9tat d\u2019arrestation tous les ennemis de notre R\u00e9volution et toutes les personnes suspectes. Exterminons sans piti\u00e9 tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas \u00eatre extermin\u00e9s nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus encore que la rh\u00e9torique et la rigueur d\u2019un Robespierre, ce genre de phrase et le personnage de Marat r\u00e9voltent les mod\u00e9r\u00e9s. On parlerait aujourd\u2019hui et sans exag\u00e9ration de \u00ab\u00a0parano\u00efa\u00a0\u00bb. Trop, c\u2019est trop\u00a0! L\u2019accusateur se retrouvera bient\u00f4t accus\u00e9, devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Donnez un verre de sang \u00e0 ce cannibale\u00a0: il a soif\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1496\" class=\"cit-num\">1496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), \u00e0 Marat vitup\u00e9rant \u00e0 la tribune de la Convention, 13\u00a0avril\u00a01793. <em>Proc\u00e8s fameux extraits de l\u2019Essai sur l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale des tribunaux des peuples tant anciens que modernes<\/em> (1796), Nicolas Toussaint Le Moyne Des Essarts<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis l\u2019insurrection du 10\u00a0ao\u00fbt 1792 et les massacres de septembre qu\u2019il encouragea, Marat ne cesse d\u2019attiser la haine, que ce soit dans son journal ou \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c9lu d\u00e9put\u00e9, si\u00e9geant au sommet de la Montagne, pr\u00e9sident du club des Jacobins depuis le 5\u00a0avril 1793, il devient chaque jour plus redoutable, accusant, calomniant, injuriant, \u00e9ructant. Nul ne semble pouvoir l\u2019interrompre \u2013 notons \u00e0 quel point le sang, mot et symbole, est pr\u00e9sent dans cette histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quant \u00e0 Marat, je le pense et je le d\u00e9clare, la majorit\u00e9 de Paris applaudira au d\u00e9cret qui chassera cet homme impur du sanctuaire de la libert\u00e9\u00a0; dans nos d\u00e9partements, on b\u00e9nira le jour o\u00f9 vous aurez d\u00e9livr\u00e9 l\u2019esp\u00e8ce humaine d\u2019un homme qui la d\u00e9shonore.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1497\" class=\"cit-num\">1497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">BUZOT<\/span> (1760-1794), parlant au nom des Girondins \u00e0 la Convention, 13\u00a0avril 1793. <em>Histoire de la Terreur, 1792-1794, d\u2019apr\u00e8s des documents authentiques et in\u00e9dits<\/em> (1868), Mortimer Ternaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami de Mme\u00a0Roland et ralli\u00e9 aux Girondins, il riposte en leur nom et attaque le porte-parole des sans-culottes. Marat r\u00e9colte ce qu\u2019il a sem\u00e9\u00a0: l\u2019Assembl\u00e9e va se prononcer sur son arrestation.<\/p>\n<p>Danton veut s\u2019y opposer, et s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019entamez pas la Convention\u00a0!\u00a0\u00bb Mais sa voix n\u2019est plus assez forte et le d\u00e9cret de prise de corps est vot\u00e9\u00a0: \u00e0 220 voix contre 92. Marat va \u00eatre mis en accusation devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire. Marat prend peur, Marat se cache.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, ce n\u2019est pas un coupable qui para\u00eet devant vous\u00a0: c\u2019est l\u2019ap\u00f4tre et le martyr de la libert\u00e9\u00a0! Ce n\u2019est qu\u2019un groupe de factieux et d\u2019intrigants qui a port\u00e9 un d\u00e9cret d\u2019accusation contre moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1498\" class=\"cit-num\">1498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793) au Tribunal r\u00e9volutionnaire, 24\u00a0avril 1793. <em>Histoire de la Terreur, 1792-1794, d\u2019apr\u00e8s des documents authentiques et in\u00e9dits<\/em> (1868), Mortimer Ternaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9apparu le 23\u00a0avril, alors que les sections parisiennes manifestaient pour \u00ab\u00a0l\u2019Ami du peuple\u00a0\u00bb, il a pr\u00e9par\u00e9 sa d\u00e9fense. Il se pose en victime devant ses juges. Au terme d\u2019une parodie de justice, devant un jury acquis d\u2019avance, il retourne la situation \u2013 \u00ab\u00a0factieux\u00a0\u00bb est l\u2019injure parlementaire la plus redoutable, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et Marat est acquitt\u00e9, par un ex-procureur au Ch\u00e2telet, devenu accusateur public et bient\u00f4t c\u00e9l\u00e8bre, Fouquier-Tinville.<\/p>\n<p>Couronn\u00e9 de lauriers, port\u00e9 en triomphe, le d\u00e9put\u00e9 est ramen\u00e9 \u00e0 son banc de la Convention, aux cris de \u00ab\u00a0Vive la libert\u00e9, vive Marat\u00a0!\u00a0\u00bb La gouache de Lesueur immortalise cet instant de gloire. Le peuple des sans-culottes en a fait un homme intouchable. La Gironde accuse le coup. Marat, au club des Jacobins, se vante de leur avoir \u00ab\u00a0mis la corde au cou\u00a0\u00bb. Charlotte Corday mettra fin \u00e0 sa carri\u00e8re r\u00e9volutionnaire en le poignardant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne, et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat, et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mirabeau_aine.jpg\" width=\"540\" height=\"868\"><\/p>\n<p>1794. Caricature de Mirabeau l\u2019A\u00een\u00e9 par David. Mus\u00e9e du Louvre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1294\" class=\"cit-num\">1294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame savoureux petit livre et avec le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avant la R\u00e9volution, Mirabeau vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi et \u00e0 la reine, et sera accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s. David, le plus grand peintre de son temps (R\u00e9volution et Empire) en fait une caricature plus vraie que nature, mais tr\u00e8s dure. La ressemblance est frappante avec son fr\u00e8re cadet, \u00ab\u00a0Mirabeau-Tonneau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb.<em> Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son ami Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril 1791). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait ne sera prouv\u00e9 qu\u2019en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p>\n<p>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de la Provence, fut le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on des grands hommes.<\/p>\n<p>Mais le 20\u00a0novembre 1792, on d\u00e9couvre aux Tuileries l\u2019\u00ab\u00a0armoire de fer\u00a0\u00bb\u00a0: coffre-fort dans un trou au mur du palais, contenant des documents qui prouvent la trahison du roi, entre autres des lettres \u00e9chang\u00e9es avec La Fayette, Talleyrand, Rivarol\u2026 et Mirabeau. Sorti du Panth\u00e9on pour la peine, Marat, l\u2019\u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, prendra sa place, suite \u00e0 son assassinat. Il sera d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9 \u00e0 son tour, quatre mois plus tard, son image ne faisant plus honneur \u00e0 la R\u00e9volution, sous la Convention thermidorienne qui a mis fin \u00e0 la Terreur.<\/p>\n<p>Le Panth\u00e9on va heureusement accueillir deux Noms c\u00e9l\u00e8bres qui font honneur \u00e0 l\u2019Histoire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rousseau_voltaire.jpg\" width=\"1024\" height=\"733\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0All\u00e9gorie. Rousseau et Voltaire qui de l\u2019au-del\u00e0 \u00e9clairent le peuple.\u00a0\u00bb Anonyme Meisterdrucke (impression d\u2019art).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1032\" class=\"cit-num\">1032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Voltaire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle de raison va c\u00e9der le pas au si\u00e8cle des passions. Voltaire exprime et r\u00e9sume le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e avec son ardente humanit\u00e9, sa vocation \u00e0 l\u2019universel, sa sagesse, sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, des droits formels. Rousseau annonce le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e avec l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, la fibre civique, les droits r\u00e9els.<br>Brouill\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 mort\u00a0\u00bb dans la vie, Voltaire et Rousseau seront r\u00e9concili\u00e9s devant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 par la m\u00eame \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb d\u2019une R\u00e9volution qui rend ainsi hommage \u00e0 tout le si\u00e8cle philosophique.<\/p>\n<p>Sur cette caricature \u00e9difiante et bien-pensante, les fr\u00e8res ennemis se retrouvent \u2013 successivement panth\u00e9onis\u00e9s en 1791 et 1794. Unis pour la post\u00e9rit\u00e9, assis bien en vue sur la sc\u00e8ne d\u2019un th\u00e9\u00e2tre qu\u2019ils ont pratiqu\u00e9 passionn\u00e9ment quoique diff\u00e9remment, brandissant texte et chandelier \u00ab\u00a0\u00e9clairant le peuple\u00a0\u00bb, ils sont salu\u00e9s au centre et en second plan par des r\u00e9volutionnaires agitant de leur c\u00f4t\u00e9 lauriers et chapeau.<\/p>\n<p>Les deux philosophes sont surtout prot\u00e9g\u00e9s par une Minerve casqu\u00e9e, d\u00e9esse de la guerre portant la lance et le bouclier, barrant la route au Fanatisme toujours mena\u00e7ant. Mais Minerve est aussi d\u00e9esse de la pens\u00e9e \u00e9lev\u00e9e, de la sagesse et de l\u2019intelligence, parfaite incarnation des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire alors r\u00e9gnait, ce singe de g\u00e9nie<br>Chez l\u2019homme en mission par le diable envoy\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1017\" class=\"cit-num\">1017<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019hommage nuanc\u00e9 s\u2019explique\u00a0: si diff\u00e9rents que soient les deux personnages, si oppos\u00e9e m\u00eame leur nature, ils furent l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 l\u2019image de leur\u00a0temps, entrant vivants dans la l\u00e9gende apr\u00e8s s\u2019\u00eatre jet\u00e9s dans toutes les luttes (et pareillement panth\u00e9onis\u00e9s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne nous a donn\u00e9 une plus juste id\u00e9e du peuple que Rousseau, parce que personne ne l\u2019a plus aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1033\" class=\"cit-num\">1033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours aux Jacobins (1792). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage se situe aux antipodes du courtisan Voltaire ou de Montesquieu le seigneur (baron de la Br\u00e8de). Si La Bruy\u00e8re a dit \u00ab\u00a0je veux \u00eatre peuple\u00a0\u00bb, Rousseau l\u2019a prouv\u00e9. Sa vie sociale, en accord avec sa philosophie, est sa d\u00e9fense contre qui l\u2019attaque.<\/p>\n<p>Laquais, vagabond, aventurier, pr\u00e9cepteur, secr\u00e9taire, se d\u00e9consid\u00e9rant par une liaison avec la servante d\u2019auberge Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, il refuse pensions et sin\u00e9cures, se fait copiste de musique pour vivre et seul de tous les \u00e9crivains militants de son\u00a0si\u00e8cle signe tous ses \u00e9crits, ce qui lui vaudra encore plus d\u2019ennuis qu\u2019aux autres. Luttant souvent contre la mis\u00e8re plus que pour la gloire, Rousseau \u00e9prouvera toujours une ranc\u0153ur de roturier contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fou, votre Rousseau\u00a0; c\u2019est lui qui nous a men\u00e9s o\u00f9 nous sommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1712\" class=\"cit-num\">1712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Stanislas Girardin, lors d\u2019une visite \u00e0 Ermenonville, dans la chambre o\u00f9 mourut le philosophe, 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01800. <em>\u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.<\/span> Roederer<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019y a sans doute pas une phrase du <em>Contrat social<\/em> \u00ab\u00a0tol\u00e9rable\u00a0\u00bb pour Bonaparte Premier Consul, et moins encore Napol\u00e9on Empereur. Mais aucun philosophe des Lumi\u00e8res ne peut \u00eatre pris pour ma\u00eetre \u00e0 penser ou \u00e0 gouverner d\u2019un homme aussi autoritaire. Il l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9crit dans ses <em>Maximes et pens\u00e9es\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0On ne fait rien d\u2019un philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lesueur_2_0.jpg\" width=\"580\" height=\"392\"><\/p>\n<p>Gouaches r\u00e9volutionnaires de Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826). 1793-1794. Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<p>Les sous-titres (l\u00e9gendes) valent citations <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Terroriste Jacobin exaltant le Journal de Marat.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Enrag\u00e9 Patriote. Ces hommes exalt\u00e9s par la lecture du Journal de Marat, allaient criant qu\u2019il fallait tuer tous les Aristocrates et les Riches.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Terroriste lisant un Journal, et m\u00e9content de ce qu\u2019il contient.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Jacobin r\u00e9fl\u00e9chissant sur la mani\u00e8re de gouverner la France.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Terroriste du temps de Robespierre pay\u00e9 pour susciter des querelles et occasionner des arrestations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est la derni\u00e8re gouache litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire de Lesueur, rendant compte de la Terreur, de Marat et Robespierre, de ses personnages exalt\u00e9s ou r\u00e9fl\u00e9chissants\u2026<\/p>\n<p>Nous retrouverons l\u2019artiste sous le Directoire, p\u00e9riode plus conforme \u00e0 son inspiration bon enfant et bienveillante.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mangeur.jpg\" width=\"500\" height=\"358\"><\/p>\n<p>Le Peuple mangeur de Rois. 1793. Anonyme Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire par l\u2019image.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Statue colossale propos\u00e9e par le journal des R\u00e9volutions de Paris, pour \u00eatre plac\u00e9e sur les points les plus \u00e9minens (sic) de nos fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"20\" class=\"cit-num\">20<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal des<em> R\u00e9volutions de Paris<\/em> est un quotidien n\u00e9 le 12\u00a0juillet\u00a01789, qui s\u00e9duit autant par son extr\u00e9misme que par la subtilit\u00e9 de ses analyses politiques. La libert\u00e9 de la presse est l\u2019un des principes affirm\u00e9s dans la <em>D\u00e9claration des droits<\/em> de 1789. La floraison des journaux marque un spectaculaire \u00e9veil de la conscience populaire\u00a0: 42 titres paraissent entre mai et juillet\u00a01789, plus de 250 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Certaines feuilles ont une diffusion confidentielle, mais d\u2019autres arrivent \u00e0 200\u00a0000 exemplaires.<\/p>\n<p>P\u00e9riode privil\u00e9gi\u00e9e pour les caricatures politiques, la R\u00e9volution multiplie le recours aux all\u00e9gories mythologiques. Cette \u0153uvre d\u2019un graveur anonyme renvoie \u00e0 un dessin contemporain du peintre David, destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9corer un rideau de sc\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0Le Triomphe du peuple fran\u00e7ais\u00a0\u00bb qui repr\u00e9sente le peuple en Hercule triomphant. Cette image renvoie aussi \u00e0 un projet de statue colossale, politiquement tr\u00e8s imag\u00e9e et engag\u00e9e.<\/p>\n<p>Le peuple est personnifi\u00e9 en Hercule tout en muscles, identifiable par sa massue h\u00e9ro\u00efque et juch\u00e9 sur un socle. Les effets d\u2019\u00e9chelle, volontairement accentu\u00e9s dans la caricature, affichent ce peuple-Hercule surdimensionn\u00e9, face au roi r\u00e9duit \u00e0 un pantin minuscule et impuissant, suspendu au-dessus d\u2019un brasier. Le torse tatou\u00e9 porte le titre de l\u2019\u0153uvre\u00a0: \u00ab\u00a0Le peuple mangeur de rois\u00a0\u00bb. Le peuple cannibale pourrait tr\u00e8s bien faire r\u00f4tir son souverain\u2026<\/p>\n<p>Coiff\u00e9e d\u2019un bonnet phrygien, repr\u00e9sent\u00e9e comme un sans-culotte, encadr\u00e9e de remparts, de canons, de lances surmont\u00e9es de bonnets phrygiens face \u00e0 des tentes militaires, cette all\u00e9gorie mythologique du peuple fran\u00e7ais \u00ab\u00a0assi\u00e9g\u00e9\u00a0\u00bb affiche clairement le combat r\u00e9volutionnaire populaire, engag\u00e9 contre toutes les monarchies d\u2019Europe qui veulent sa perte.<\/p>\n<p>Juste retour des choses, H\u00e9racl\u00e8s-Hercule instrumentalis\u00e9 depuis des si\u00e8cles par les figures du pouvoir royal inverse le rapport de force en assimilant le peuple au h\u00e9ros des Douze Travaux. Tel un nouvel Hercule, le peuple est litt\u00e9ralement h\u00e9ro\u00efs\u00e9 sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1273\" class=\"cit-num\">1273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, Michelet conna\u00eet la mis\u00e8re dans sa jeunesse et en garde un profond amour du peuple.<\/p>\n<p>\u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions d\u2019un autre style, manifestant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il composera dans l\u2019enthousiasme son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: dix ans et sept volumes pour une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e. Les plus belles pages de son \u0153uvre maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e, ici mentionn\u00e9e sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019\u00ab\u00a0<em>\u00a0Histoire de France\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/cruches.jpg\" width=\"480\" height=\"286\"><\/p>\n<p>L\u2019Arm\u00e9e des Cruches. David. Vers 1794. Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le d\u00e9put\u00e9 David sera invit\u00e9 \u00e0 employer les talents et les moyens qui sont en son pouvoir, \u00e0 multiplier les gravures et les caricatures qui peuvent r\u00e9veiller l\u2019esprit public et faire sentir combien sont atroces et ridicules les ennemis de la Libert\u00e9 et de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"30\" class=\"cit-num\">30<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 de Salut Public, demande au peintre Jacques-Louis David, 12 septembre 1793<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fabre d\u2019\u00c9glantine, d\u00e9put\u00e9 montagnard et auteur de la romance<em> \u00ab\u00a0Il pleut, il pleut berg\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em>, a cr\u00e9\u00e9 le calendrier r\u00e9volutionnaire\u00a0: Vend\u00e9miaire, brumaire, frimaire renvoient aux vendanges, aux brumes, aux frimas de l\u2019automne. Niv\u00f4se, pluvi\u00f4se et vent\u00f4se \u00e9voquent neiges, pluies et vents d\u2019hiver. Les mois du printemps leur succ\u00e8dent, germinal, flor\u00e9al, prairial, associ\u00e9s \u00e0 germination, floraison et prairies. Enfin, l\u2019\u00e9t\u00e9 de messidor, thermidor et fructidor, qui rappellent moissons, chaleur et fruits). Il explique \u00e0 la Convention combien la m\u00e9moire et la raison elle-m\u00eame ont un besoin vital de visualisation. C\u2019est dans ce contexte que le Comit\u00e9 de salut public fait appel au d\u00e9put\u00e9 David. L\u2019essor industriel de la presse au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle ne fera que renforcer la pertinence et l\u2019actualit\u00e9 de ces vues sur le pouvoir de l\u2019image. D\u2019o\u00f9, aussi, un redoublement d\u2019efforts de la part de la censure.<\/p>\n<p>L\u2019artiste a donc livr\u00e9 deux gravures, \u00ab\u00a0L\u2019Arm\u00e9e des Cruches\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le Gouvernement Anglais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le sens de la premi\u00e8re sc\u00e8ne est clair, si l\u2019on se reporte \u00e0 la description donn\u00e9e lors de la pr\u00e9sentation de la gravure au Comit\u00e9 de Salut public, le 18 mai 1794 (29 flor\u00e9al an <span class=\"caps\">II<\/span>)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cruche N\u00b0 1. George Roi d\u2019Angleterre commande en personne l\u2019\u00e9lite de son Arm\u00e9e Royale \u2013 N\u00b0 2. Il est conduit par son Ministre Pitt ou Milor Dindon \u2013 N\u00b0 3 qui le tient par le Nez pour mieux lui prouver son attachement. L\u2019avant-Garde de la Royal Arm\u00e9e \u2013 N\u00b0 4 re\u00e7oit un \u00e9chec \u00e0 la porte de la Ville \u2013 N\u00b0 5 qui est occasionn\u00e9 par la colique de quelques Sans-Culottes plac\u00e9s au haut de la Porte \u2013 N\u00b0 6. L\u2019avant-Garde dans sa d\u00e9faite brise les cruches, dont il ne sort que toutes sortes de B\u00eates venimeuses \u2013 N\u00b0 7 Qui est l\u2019esprit qui les anime\u00a0?\u00a0 Fox ou Milord Oie \u2013 N\u00b0 8 ferme la marche mont\u00e9e sur sa Trompette Anglaise et qui, t\u00e9moin de l\u2019\u00e9chec, sonne un rappel en arri\u00e8re par prudence. Artillerie Angloise nouvelle \u2013 N\u00b0 9 qui a la vertu d\u2019\u00e9teindre les incendies et de d\u00e9la\u00efer (sic) les fortifications.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>David, artiste de g\u00e9nie, est un peintre tr\u00e8s engag\u00e9 dans la R\u00e9volution, conventionnel, robespierriste convaincu, metteur en sc\u00e8ne de la f\u00eate de l\u2019\u00catre supr\u00eame \u2013 avant de devenir le peintre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Napol\u00e9on qu\u2019il admire passionn\u00e9ment et pour lequel il r\u00e9alise sa plus grande \u0153uvre, \u00ab\u00a0Le Sacre\u00a0\u00bb. \u00a0<br>Il ob\u00e9it \u00e0 la commande du Comit\u00e9 de Salut public. Rappelons le contexte de la \u00ab\u00a0Seconde Guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb, suite quasi-ininterrompue de conflits qui vont opposer, de 1688 \u00e0 1815 (c\u2019est-\u00e0-dire du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 celui de Napol\u00e9on, en passant par ceux de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et les temps troubl\u00e9s de la R\u00e9volution) la France et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Le peintre a pour mission de ridiculiser l\u2019ennemi. Il n\u2019est pas s\u00fbr que David le patriote ait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fier de cette \u0153uvre, assur\u00e9ment originale et spectaculaire, comme la suivante encore plus caricaturale et scatologique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gouvernement_anglais.jpg\" width=\"1024\" height=\"698\"><\/p>\n<p>Le Gouvernement Anglais, 1794, British Museum, Mus\u00e9e du Louvre et <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019explication (L\u00e9gende) sert de citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Gouvernement anglais repr\u00e9sent\u00e9 sous la forme d\u2019une figure horrible et chim\u00e9rique rev\u00eatue de tous ses ornements royaux. Le Roy se trouve au derri\u00e8re du Gouvernement, lequel vomit sur son peuple une multitude d\u2019imp\u00f4ts qui le foudroie\u00a0: cette pr\u00e9rogative est attach\u00e9e au sceptre et \u00e0 la couronne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"50\" class=\"cit-num\">50<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation suppos\u00e9e, avant la bataille des Pyramides du 21\u00a0juillet 1798. <em>Les Fran\u00e7ais en \u00c9gypte<\/em> (1855), Just-Jean-\u00c9tienne Roy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 regarder de plus pr\u00e8s, on remarque d\u2019autres d\u00e9tails\u00a0: le ruban avec l\u2019ordre du Saint-Esprit qui pend aux \u00e9paules du Diable, la t\u00eate du Roi d\u2019Angleterre, George <span class=\"caps\">III<\/span> (1738-1820), plaqu\u00e9e sur les fesses du Diable et crachant par sa bouche de la fum\u00e9e et des \u00e9clairs d\u00fbment identifi\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Imp\u00f4ts sur le Jour, Imp\u00f4ts sur la Terre, Imp\u00f4ts sur la Nourriture, Imp\u00f4ts sur les V\u00eatements, Imp\u00f4ts sur l\u2019Air, Imp\u00f4ts sur l\u2019Eau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sans oublier les \u00e9clairs qui s\u2019abattent sur un groupe de jeunes gens dont certains se sont jet\u00e9s sur le sol tandis que d\u2019autres \u2013 les Anglais n\u00e9s libres \u2013 s\u2019enfuient vers la droite.<\/p>\n<p>Si l\u2019on reprend les termes de la commande adress\u00e9e \u00e0 David par le Comit\u00e9 de Salut public\u00a0: \u00ab\u00a0multiplier les gravures et les caricatures qui peuvent r\u00e9veiller l\u2019esprit public et faire sentir combien sont atroces et ridicules les ennemis de la Libert\u00e9 et de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, il ne fait aucun doute que les deux caricatures \u00e0 grand spectacle r\u00e9alis\u00e9es par l\u2019artiste y r\u00e9pondaient de mani\u00e8re originale.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.Mani\u00e8re originale de revoir l\u2019Histoire en citations, on trouve au [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":271,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10119","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10119"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10119\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12120,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10119\/revisions\/12120"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10119"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}