{"id":10137,"date":"2025-02-03T00:00:00","date_gmt":"2025-02-02T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/eloge-des-citations-apocryphes\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:57","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:57","slug":"eloge-des-citations-apocryphes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/eloge-des-citations-apocryphes\/","title":{"rendered":"\u00c9loge des citations apocryphes"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Bon mot parfois attribu\u00e9 \u00e0 Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u25cf D\u00e9finition\u00a0d\u2019origine grecque\u00a0: un apocryphe (\u1f00\u03c0\u03cc\u03ba\u03c1\u03c5\u03c6\u03bf\u03c2 \/ ap\u00f3kryphos, \u00ab\u00a0cach\u00e9\u00a0\u00bb) est un \u00e9crit dont l\u2019authenticit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9tablie. Pour l\u2019\u00c9glise, les textes sacr\u00e9s apocryphes n\u2019\u00e9taient pas canoniques. Certains \u00c9vangiles sont canoniques et d\u2019autres apocryphes\u2026 Mais cela n\u2019influe pas sur leur qualit\u00e9.<\/p>\n<p>\u25cf Nombreux synonymes\u00a0au mot apocryphe\u00a0: faux, inauthentique, pr\u00e9tendu, suppos\u00e9\u2026 Mais certaines citations \u00ab\u00a0attribu\u00e9es \u00e0 tort\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement dites ou \u00e9crites par un autre auteur. Exemple le plus connu, Sully, ami et conseill\u00e9 d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, est souvent la voix de son ma\u00eetre (et de la raison).<\/p>\n<p>\u25cf Nombre de citations apocryphes tr\u00e8s connues et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de si\u00e8cle en si\u00e8cle ont un int\u00e9r\u00eat historique\u00a0: elles r\u00e9sument une pens\u00e9e ou une situation. Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0La couronne vaut bien une messe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L\u2019intendance suivra\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0L\u2019important, c\u2019est de participer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u25cf L\u2019authenticit\u00e9 des sources est fluctuante, d\u00e9pendant des recherches bibliographiques. Voltaire \u00e9crivit plus de 20 000 lettres, ses 18 volumes de Correspondance \u00e9dit\u00e9e n\u2019en comptent \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 10 372 (incluant les lettres re\u00e7ues). La citation r\u00e9sumant sa pens\u00e9e \u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u2019accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu\u2019\u00e0 la mort pour que pour que vous ayez le droit de le dire\u00a0\u00bb peut appartenir aux lettres perdues. La proph\u00e9tie attribu\u00e9e \u00e0 Malraux sur la spiritualit\u00e9 du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle pourra se retrouver un jour dans son \u0153uvre \u00e9crite ou parl\u00e9e (La L\u00e9gende du si\u00e8cle, s\u00e9rie de neuf t\u00e9l\u00e9films, 1972).<\/p>\n<p>\u25cf On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0\u2013 mot parfois attribu\u00e9 \u00e0 Voltaire. Comme lui, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, Clemenceau, de Gaulle ont \u00e0 leur actif nombre de citations av\u00e9r\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des apocryphes. Ajoutons Galil\u00e9e, Churchill et Einstein, entre autres \u00e9trangers invit\u00e9s dans l\u2019Histoire en citations.<\/p>\n<p>\u25cf Cet \u00e9dito traite une trentaine de cas bien connus de la Gaule \u00e0 nos jours, certains relevant de plusieurs citations, \u00e0 commencer par les quatre \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et le fameux \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb qui est \u00e0 lui seul toute une petite histoire amusante dans la grande Histoire (Waterloo).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"74\" class=\"cit-num\">74<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">clovis (vers 465-511), invoquant le Dieu de sa femme chr\u00e9tienne, bataille de Tolbiac, 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux dires des historiens de cette lointaine p\u00e9riode, le mot est sans doute l\u00e9gendaire, mais nombre de mots pr\u00e9sum\u00e9s apocryphes ont une valeur symbolique et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s. \u00c0 commencer par celui-ci, v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rentiel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0existentiel\u00a0\u00bb quant \u00e0 l\u2019avenir de la future France\u00a0!<\/p>\n<p>Clovis s\u2019appr\u00eate \u00e0 repousser les Alamans (futurs Allemands), tribu germanique qui ne cesse de faire des incursions sur la rive gauche du Rhin. L\u2019affrontement des deux arm\u00e9es tourne au massacre et Clovis redoute la d\u00e9faite. D\u2019o\u00f9 ce mot lanc\u00e9 au Ciel.<\/p>\n<p>Ce premier roi du Moyen \u00c2ge semble avoir avec Dieu les m\u00eames rapports que le dernier, mille ans plus tard\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, fort superstitieux et en constant marchandage avec la Vierge ou saint Michel archange.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courbe la t\u00eate, fier Sicambre, adore ce que tu as br\u00fbl\u00e9, br\u00fble ce que tu as ador\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"77\" class=\"cit-num\">77<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">R\u00c9MI<\/span> (vers 437-vers 533), \u00e0 Clovis, baptis\u00e9 le 25\u00a0d\u00e9cembre 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s souvent cit\u00e9, le mot est peut-\u00eatre apocryphe \u2013\u00a0Sicambre \u00e9tant le nom donn\u00e9 \u00e0 une ethnie des Francs. Il n\u2019en exprime pas moins l\u2019autorit\u00e9 religieuse sur le pouvoir royal, et ce rapport de force moral de l\u2019\u00e9v\u00eaque sur le roi.<\/p>\n<p>Clovis, comme promis apr\u00e8s la victoire de Tolbiac, va donc se faire chr\u00e9tien et 3\u00a0000 de ses hommes vont se convertir avec lui\u00a0: c\u00e9r\u00e9monie aussi spectaculaire qu\u2019originale et sans doute unique dans les annales. Il est baptis\u00e9 \u00e0 Reims, comme tous les rois de France \u00e0 sa suite. Apr\u00e8s qu\u2019il a d\u00e9pos\u00e9 ses armes et sa cuirasse, R\u00e9mi, archev\u00eaque de la ville, ap\u00f4tre des Francs et futur saint, proc\u00e8de \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p>La religion va d\u00e9sormais marquer l\u2019histoire de France en maints \u00e9pisodes, et jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0! Dieu reconna\u00eetra les siens\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"191\" class=\"cit-num\">191<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arnaud <span class=\"caps\">AMAURY<\/span> (1135-1225), avant le sac de B\u00e9ziers, 22\u00a0juillet 1209. <em>Dialogi miraculorum<\/em> (posthume), C\u00e9saire d\u2019Heisterbach, savant et religieux allemand du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Digne des plus sanglantes guerres de Religion, l\u2019ordre est attribu\u00e9 \u00e0 Amaury (ou Amalric), abb\u00e9 de C\u00eeteaux et l\u00e9gat du pape, charg\u00e9 de ramener les d\u00e9voy\u00e9s \u00e0 la foi catholique. C\u2019est sans doute une invention de C\u00e9saire d\u2019Heisterbach (vers 1180-avant 1250), moine cistercien de l\u2019Allemagne m\u00e9di\u00e9vale, parfois appel\u00e9 le Moine Cesarius. Chroniqueur contemporain de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, il conta la prise miraculeuse de B\u00e9ziers par les crois\u00e9s de Simon de Montfort, dans ses<em> Dialogi miraculorum.<\/em><\/p>\n<p>Chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, et m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas donn\u00e9 l\u2019ordre, Amaury donne le ton dans une lettre au pape Innocent <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Sans \u00e9gard pour le sexe et pour l\u2019\u00e2ge, vingt mille de ces gens furent pass\u00e9s au fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e.\u00a0\u00bb Catholiques et cathares confondus, et \u00ab\u00a0Dieu reconna\u00eetra les siens\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette phrase bien connue est triplement apocryphe. D\u2019abord invent\u00e9e\u00a0: plusieurs chroniqueurs, pr\u00e9sents dans la r\u00e9gion de B\u00e9ziers au moment du sac, ont racont\u00e9 les faits sans mentionner la phrase, apparue pour la premi\u00e8re fois dans la chronique de l\u2019Allemand C\u00e9saire de Heisterbach, r\u00e9dig\u00e9e entre 1219 et 1223.<\/p>\n<p>Ensuite, l\u2019auteur est modifi\u00e9 quand on attribue la phrase \u00e0 Simon de Montfort. C\u00e9saire d\u2019Heisterbach la place dans la bouche d\u2019Arnaud Amaury, l\u00e9gat du pape pour la croisade des Albigeois. Simon de Montfort n\u2019\u00e9tant \u00e0 ce moment qu\u2019un obscur participant de cette croisade, il para\u00eet \u00e9tonnant que les crois\u00e9s lui aient demand\u00e9 son avis.<\/p>\n<p>Enfin, le propos est modifi\u00e9\u00a0: les paroles que C\u00e9saire pr\u00eate \u00e0 Arnaud Amaury sont\u00a0: \u00ab\u00a0Massacrez-les, car le Seigneur conna\u00eet les siens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La <em>Chanson de Roland<\/em> [\u2026] est le plus ancien monument de notre nationalit\u00e9 [\u2026] Ce n\u2019est pas seulement la po\u00e9sie fran\u00e7aise qu\u2019on voit na\u00eetre avec ce po\u00e8me. C\u2019est la France elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"95\" class=\"cit-num\">95<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PETIT<\/span> de julleville (1841-1900), l\u2019un des traducteurs de la<em> Chanson de Roland<\/em> (apocryphe ou anonyme), vers 1065<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019escarmouche entre les Vascons (Basques) et l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne (742-814) va donner naissance deux si\u00e8cles et demi plus tard \u2013 non pas trois si\u00e8cles et demi plus tard, comme il est souvent \u00e9crit \u2013 \u00e0 la premi\u00e8re chanson de geste en (vieux) fran\u00e7ais, po\u00e8me \u00e9pique de quelque 4 000 vers, maintes fois traduits et c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France.<\/p>\n<p>Passage h\u00e9ro\u00efque, celui o\u00f9 le preux Roland refuse de sonner du cor sur le conseil du sage Olivier, pr\u00e9f\u00e9rant se battre et risquer la mort, plut\u00f4t que d\u2019alerter Charlemagne et de trouver le d\u00e9shonneur. \u00ab\u00a0Olivier dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les pa\u00efens viennent en force,\u00a0\/ Et nos Fran\u00e7ais, il me semble qu\u2019ils sont bien peu.\u00a0\/ Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor\u00a0:\u00a0\/ Charles l\u2019entendra et l\u2019arm\u00e9e reviendra.\u00a0\u00bb\u00a0\/ Roland r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce serait une folie\u00a0!\u00a0\/ En douce France j\u2019en perdrais ma gloire.\u00a0\/ Aussit\u00f4t, de Durendal, je frapperai de grands coups\u00a0;\u00a0\/ Sa lame en saignera jusqu\u2019\u00e0 la garde d\u2019or.\u00a0\/ Les pa\u00efens f\u00e9lons ont eu tort de venir aux cols\u00a0:\u00a0\/ Je vous le jure, tous sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Roland va p\u00e9rir avec son compagnon, en m\u00eame temps que toute l\u2019arri\u00e8re-garde des Francs. Charlemagne le vengera en battant les pa\u00efens (Sarrasins) avec l\u2019aide de Dieu. Le tra\u00eetre Gamelon, beau-fr\u00e8re de Charlemagne et beau-p\u00e8re de Roland, qui a organis\u00e9 le guet-apens par jalousie, sera jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort et supplici\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Ci falt la geste que Turoldus declinet.\u00a0\u00bb<\/em> <br>\u00ab\u00a0Ici finit la geste que d\u00e9cline Turoldus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chanson de Roland (<\/em>dernier vers). Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la plus ancienne chanson de geste fran\u00e7aise, en 4 002 d\u00e9casyllabes assonanc\u00e9s, dat\u00e9e de la fin du <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle (vers 1065). Nul texte de ce genre ni de cette importance en langue vernaculaire (locale) ne lui est ant\u00e9rieur. L\u2019auteur est inconnu, mais on a voulu le voir dans le Turoldus qui signe le dernier vers du po\u00e8me.<\/p>\n<p>Texte fondateur,<em> La Chanson de Roland<\/em> est d\u2019abord un po\u00e8me de la croisade\u00a0: impr\u00e9gn\u00e9e des r\u00eaves et pr\u00e9jug\u00e9s des seigneurs allant lutter en Espagne autour de Saragosse, cette chanson de geste devait renforcer l\u2019enthousiasme pour la guerre sainte, chez un public traumatis\u00e9 par la menace sarrasine. C\u2019est aussi le miroir des conflits et des tensions de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale \u2013 entre justice et droit, service du suzerain et exaltation de soi, d\u00e9fense de la foi et fid\u00e9lit\u00e9 au contrat vassalique \u2013, en m\u00eame temps qu\u2019une glorification des relations familiales (entre Charlemagne et son neveu Roland), guerri\u00e8res (entre Roland et Olivier) ou amoureuses (entre Roland et Aude).<\/p>\n<p>Mais la fiction d\u00e9passe l\u2019histoire et la sublime\u00a0: rude, violente et profonde dans l\u2019expression des sentiments, elle conf\u00e8re aux figures h\u00e9ro\u00efques une r\u00e9alit\u00e9 po\u00e9tique et fait de ce chef-d\u2019\u0153uvre l\u2019une des expressions du mouvement cr\u00e9ateur qui anime le monde m\u00e9di\u00e9val \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9gal des cath\u00e9drales.<\/p>\n<p>Les bases historiques sont minces. En 778, Charlemagne m\u00e8ne une exp\u00e9dition militaire en Espagne, pour aider un chef musulman r\u00e9volt\u00e9 contre l\u2019\u00e9mir de Cordoue\u2026 Mais l\u2019empereur doit retourner en France pour mater une r\u00e9volte des Saxons et son arri\u00e8re-garde, surprise, se fait massacrer par des Basques au passage des Pyr\u00e9n\u00e9es\u2026 Informations rapport\u00e9es par \u00c9ginhard dans sa<em> Vie de Charlemagne<\/em>. Sur ce canevas, <em>La Chanson de Roland<\/em> va broder g\u00e9n\u00e9reusement\u00a0: la lutte terrible relat\u00e9e ne fut sans doute qu\u2019une escarmouche, les Sarrasins effrayants n\u2019\u00e9taient peut-\u00eatre que des brigands de montagne\u2026 et il n\u2019est m\u00eame pas s\u00fbr que Charlemagne ait finalement gagn\u00e9 cette bataille\u00a0!<\/p>\n<p>La gen\u00e8se litt\u00e9raire de l\u2019\u0153uvre est difficile \u00e0 pr\u00e9ciser. Pour les partisans d\u2019une th\u00e8se traditionaliste, cette chanson serait le fruit d\u2019une longue \u00e9volution, l\u2019unification tardive de sources et de traditions diverses. Les individualistes, au contraire, supposent qu\u2019un texte aussi construit et ma\u00eetris\u00e9 ne peut \u00eatre que l\u2019\u0153uvre d\u2019un seul. Qui serait-il\u00a0?\u00a0 Le manuscrit conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Ici finit la geste que d\u00e9cline Turoldus.\u00a0\u00bb Mais d\u00e9cliner, est-ce recopier, traduire, d\u00e9clamer, composer\u00a0? Quoi qu\u2019il en soit, la <em>Chanson de Roland<\/em> n\u2019est pas l\u2019effusion spontan\u00e9e et collective du g\u00e9nie collectif, non plus que la cr\u00e9ation <em>ex nihilo<\/em> d\u2019un auteur qui aurait \u00e0 lui seul invent\u00e9 la l\u00e9gende. L\u2019histoire litt\u00e9raire se r\u00e9v\u00e8le\u00a0 aussi complexe (et riche) que l\u2019histoire des faits et des id\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cl\u00e9ment, juge inique et cruel bourreau, je t\u2019ajourne \u00e0 compara\u00eetre dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"259\" class=\"cit-num\">259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques de <span class=\"caps\">MOLAY<\/span> (vers 1244-1314), sur le b\u00fbcher dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, \u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris, 19\u00a0mars 1314. <em>Histoire de l\u2019\u00c9glise de France\u00a0: compos\u00e9e sur les documents originaux et authentiques<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1856), abb\u00e9 Guett\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8res paroles attribu\u00e9es au grand ma\u00eetre des Templiers. Quarante jours plus tard, le 20\u00a0avril, Cl\u00e9ment\u00a0V meurt d\u2019\u00e9touffement, seul dans sa chambre \u00e0 Avignon, comme aucun pape avant lui, ni apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire, pour diverses raisons. Mais il y a un autre mot de la fin\u2026 Lequel est apocryphe\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pape Cl\u00e9ment\u00a0! Chevalier Guillaume\u00a0! Roi Philippe\u00a0! Avant un an, je vous cite \u00e0 compara\u00eetre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste ch\u00e2timent\u00a0! Maudits\u00a0! Maudits\u00a0! Tous maudits jusqu\u2019\u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de vos races\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">DRUON<\/span> (1918-2009), <em>Les Rois maudits<\/em> (1955-1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette version de la mal\u00e9diction est tir\u00e9e de la saga des <em>Rois maudits<\/em> sign\u00e9e Maurice Druon (\u00e9crivain, historien, homme politique et Acad\u00e9micien fran\u00e7ais), \u00e9crite avec une \u00e9quipe de collaborateurs pendant plus de vingt ans et bas\u00e9e sur la l\u00e9gende invent\u00e9e par le chroniqueur italien Paolo Emilio.<\/p>\n<p>La saga servira de base au feuilleton de t\u00e9l\u00e9vision de Claude Barma (m\u00eame titre) qui popularise l\u2019affaire des Templiers au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<br>Revenons au (second) mot de la fin et faisons les comptes\u00a0! Guillaume de Nogaret est mort il y a un an et il peut s\u2019agir d\u2019un autre Guillaume. Mais le pape Cl\u00e9ment va mourir dans le d\u00e9lai imparti, comme le roi Philippe le Bel, suite \u00e0 une chute de cheval \u00e0 la chasse (blessure infect\u00e9e, ou accident c\u00e9r\u00e9bral).<\/p>\n<p>Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d\u2019\u00e9branler la dynastie cap\u00e9tienne\u00a0: assassinats, scandales, proc\u00e8s, morts subites, d\u00e9sastres militaires. Quant \u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u2026 la mal\u00e9diction tombe sur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, guillotin\u00e9 sous la R\u00e9volution. C\u2019est dire l\u2019int\u00e9r\u00eat de ce mot de la fin, apocryphe ou pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La couronne vaut bien une messe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"623\" class=\"cit-num\">623<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de sully (1560-1641), en 1593. <em>Les Grandes Figures de l\u2019histoire\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et l\u2019\u00c9glise<\/em> (1875), Pierre F\u00e9ret<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre version\u00a0: \u00ab\u00a0Paris vaut bien une messe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mot est apocryphe\u00a0: sans doute jamais dit par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, malgr\u00e9 ce qui est parfois \u00e9crit, mais attribu\u00e9 \u00e0 Sully, dans le recueil satirique (et anonyme) des<em> Caquets de l\u2019accouch\u00e9e<\/em> (1623).<\/p>\n<p>Qu\u2019importe, il r\u00e9sume parfaitement la situation de fait et l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du roi. Sully, quant \u00e0 lui, restera protestant. La religion d\u2019un ministre des Finances n\u2019a pas la m\u00eame importance que celle du roi de France\u00a0! Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> fait donc annoncer sa prochaine conversion-abjuration par l\u2019archev\u00eaque de Bourges, le 17\u00a0mai 1593. C\u2019est bien jou\u00e9\u00a0pour la suite de l\u2019Histoire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019il n\u2019y ait si pauvre paysan en mon royaume qu\u2019il n\u2019ait tous les dimanches sa poule au pot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"650\" class=\"cit-num\">650<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">henri\u00a0iv (1553-1610). <em>Histoire du Roy Henry le Grand<\/em> (1681), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien (et homme d\u2019\u00c9glise) lui attribue le mot. Et la poule au pot fait partie de la l\u00e9gende du roi, au m\u00eame titre que son panache blanc.<\/p>\n<p>V\u0153u pieux, et s\u00fbrement sinc\u00e8re, de la part d\u2019un souverain rest\u00e9 proche de son peuple. Mais malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe au pouvoir (Sully et Cie), les petits paysans fran\u00e7ais, \u00e9cras\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts, ruin\u00e9s par d\u2019interminables guerres, exploit\u00e9s par des usuriers, sont souvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs parcelles de terre. Quel que soit le redressement \u00e9conomique du pays, et en d\u00e9pit de mesures de circonstance prises en cas de mis\u00e8re criante par Sully, leur condition ne s\u2019am\u00e9liore pas vraiment.<\/p>\n<p>Le temps fait d\u00e9faut \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, plus encore que la volont\u00e9 et les moyens. Il sera assassin\u00e9 le 14 mai 1610, pour entrer dans la l\u00e9gende\u00a0: le \u00ab\u00a0bon roi\u00a0\u00bb tr\u00e8s contest\u00e9 et menac\u00e9 de son vivant reste le plus populaire de notre Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Eppur si muove\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> <br>\u00ab\u00a0Et pourtant elle tourne\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GALIL\u00c9E<\/span> (1564-1642 ), \u00e0 son proc\u00e8s en 1633<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le savant pointe alors du doigt le pape qui le condamne \u00e0 la prison perp\u00e9tuelle, pour avoir d\u00e9fendu la th\u00e9orie selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil, et non pas l\u2019inverse\u00a0! \u00ab\u00a0L\u2019affaire Galil\u00e9e\u00a0\u00bb, sa conclusion, puis le mot prononc\u00e9, dit-on, par cet homme bris\u00e9, renvoie au martyr de l\u2019intol\u00e9rance et \u00e0 la d\u00e9monstration de la concorde impossible entre la science et l\u2019\u00c9criture sainte.<\/p>\n<p>Faute de t\u00e9moignage contemporain, cette phrase \u00e0 son proc\u00e8s devient une citation apocryphe. La premi\u00e8re biographie de Galil\u00e9e, \u00e9crite par son disciple Vincenzo Viviani, ne fait pas mention de ces mots. La l\u00e9gende commence \u00e0 se r\u00e9pandre avec le succ\u00e8s des <em>Querelles litt\u00e9raires<\/em> (1761) du chanoine fran\u00e7ais Augustin Simon Irailh. La fameuse phrase y est retranscrite, d\u2019apr\u00e8s l\u2019anthologie <em>The Italian Library (<\/em>1757) de Giuseppe Baretti, publi\u00e9e 124 ans apr\u00e8s le proc\u00e8s de Galil\u00e9e.<\/p>\n<p>En marge du d\u00e9bat sur l\u2019authenticit\u00e9 de la citation, la condamnation du savant explique la prudence du philosophe fran\u00e7ais contemporain Descartes (1596-1650), dans son<em> Discours de la m\u00e9thode pour bien conduire sa raison et chercher la v\u00e9rit\u00e9 dans les sciences, plus la dioptrique, les m\u00e9t\u00e9ores et la g\u00e9om\u00e9trie, qui sont des essais de cette m\u00e9thode<\/em> (1637)\u00a0: \u00e9v\u00e9nement majeur d\u00e9passant le cadre de la litt\u00e9rature pour devenir fait de soci\u00e9t\u00e9, le titre est \u00e0 lui seul une citation et tout un programme\u00a0!<\/p>\n<p>La formule lapidaire \u00ab\u00a0Je pense, donc je suis\u00a0\u00bb, bien \u00e9crite et rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre plus que le titre de l\u2019\u0153uvre source, va d\u00e9clencher des pol\u00e9miques qui finiront par la mise \u00e0 l\u2019Index des \u0153uvres de Descartes, apr\u00e8s sa mort. Philosophe, math\u00e9maticien et physicien, l\u2019auteur s\u2019\u00e9tait prudemment r\u00e9fugi\u00e9 dans la proche, protestante et bourgeoise Hollande, pour poursuivre son \u0153uvre. La condamnation de Galil\u00e9e par le Saint-Office n\u2019\u00e9tait pas si lointaine, avec sa fameuse formule sur la terre, plan\u00e8te du soleil\u00a0: \u00ab\u00a0Et pourtant, elle tourne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"807\" class=\"cit-num\">807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715). <em>L\u2019\u00c9tat baroque\u00a0: regards sur la pens\u00e9e politique de la France du premier <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1985), H.\u00a0M\u00e9choulan, E.\u00a0Le Roy Ladurie, A.\u00a0Robinet.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot r\u00e9put\u00e9 apocryphe, souvent cit\u00e9, qui refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9, et fut bien prononc\u00e9 avant m\u00eame le d\u00e9but du r\u00e8gne personnel, selon l\u2019historien Louis Madelin (<em>La Fronde<\/em>).<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> vient d\u2019\u00eatre sacr\u00e9 roi \u00e0 Reims (1654), mais Mazarin exerce toujours le pouvoir. \u00c0 sa demande, le roi signe divers \u00e9dits financiers, pour renflouer le Tr\u00e9sor et poursuivre la guerre contre l\u2019Espagne. Certains magistrats du Parlement de Paris en discutent la l\u00e9galit\u00e9. Or, il faut \u00e0 tout prix \u00e9viter une nouvelle fronde parlementaire.<\/p>\n<p>En costume de chasse et toujours \u00e0 la demande de son ministre, le jeune roi se rend devant le Parlement r\u00e9uni en lit de justice\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun sait combien ces assembl\u00e9es ont excit\u00e9 de troubles dans mon \u00c9tat et combien de dangereux effets elles y ont produits. J\u2019ai appris que vous pr\u00e9tendiez encore les continuer sous pr\u00e9texte de d\u00e9lib\u00e9rer sur les \u00e9dits qui ont \u00e9t\u00e9 lus et publi\u00e9s en ma pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb Le pr\u00e9sident invoque l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat dans cette affaire et le roi le fait taire, en affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb (13\u00a0avril 1655). Il a 16\u00a0ans. Cela promet\u2026 et la suite de l\u2019Histoire le prouvera, avec l\u2019importance de la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0raison d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (expos\u00e9e par Richelieu) qui s\u2019impose de gr\u00e9 ou de force.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu se sert de tous les moyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"899\" class=\"cit-num\">899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719).<em> Histoire de Madame de Maintenon et des principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1849), duc Paul de Noailles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien fran\u00e7ais (pair de France et ami de Chateaubriand) dont la famille de Noailles h\u00e9rita de Mme\u00a0de Maintenon, donne une version un peu diff\u00e9rente du mot souvent cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu se sert de toutes voies pour ramener \u00e0 lui les h\u00e9r\u00e9tiques.\u00a0\u00bb Le plus court est souvent le mieux, pour l\u2019avenir r\u00e9f\u00e9rentiel d\u2019une citation.<\/p>\n<p>Ainsi et au nom de la foi, l\u2019\u00e9pouse morganatique du roi se r\u00e9signe \u00e0 la brutalit\u00e9 des dragonnades, et notamment les enfants syst\u00e9matiquement enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents.<br>Ironie de l\u2019histoire, Mme de Maintenon \u2013\u00a0n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9\u00a0\u2013 est petite-fille du protestant Agrippa d\u2019Aubign\u00e9 qui s\u2019est battu toute sa vie pour sa religion et d\u00e9plorait que l\u2019\u00e9dit de Nantes, sign\u00e9 par son ami Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, ne f\u00eet pas la part assez belle aux r\u00e9form\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Un casuiste (cit\u00e9 par Michelet dans son <em>Histoire de France)<\/em>, \u00e0 propos des dragonnades, aura un autre mot pour faire passer la chose\u00a0: \u00ab\u00a0Un petit mal pour un grand bien\u00a0\u00bb. Reste la r\u00e9alit\u00e9 tragique, d\u00e9nonc\u00e9e au si\u00e8cle suivant par Voltaire, avocat de la tol\u00e9rance religieuse dans son Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0La plaie de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes saigne encore en France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9dit de Fontainebleau du 18\u00a0octobre 1685 (enregistr\u00e9 le 22) r\u00e9voque l\u2019\u00e9dit de Nantes (pris par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en 1598)\u00a0: pasteurs bannis, \u00e9coles protestantes ferm\u00e9es, temples d\u00e9truits, enfants des \u00ab\u00a0nouveaux convertis\u00a0\u00bb baptis\u00e9s. Et interdiction de quitter la France sous peine de gal\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u2019accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu\u2019\u00e0 la mort pour que vous ayez le droit de le dire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1031\" class=\"cit-num\">1031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), citation r\u00e9put\u00e9e apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase sans doute jamais \u00e9crite, peut-\u00eatre dite. L\u2019\u0153uvre immense et prot\u00e9iforme de cet auteur philosophe est si riche en bons et beaux mots\u00a0!<\/p>\n<p>Cet infatigable \u00e9pistolier est cr\u00e9dit\u00e9 d\u2019un nombre consid\u00e9rable de lettres \u00e9crites \u2013 plus de 20 000\u00a0! Ses 18 volumes de <em>Correspondance<\/em> \u00e9dit\u00e9e n\u2019en comptent \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 10 372. Dans les quelques 10 000 perdues, il a pu \u00e9crire ce mot \u00e0 ses nombreux correspondants, il a pu aussi le dire, en homme de dialogue \u00e9minemment sociable, \u00e0 l\u2019image de son si\u00e8cle.\u00a0<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soi, le mot \u00ab\u00a0authentiquement apocryphe\u00a0\u00bb refl\u00e8te l\u2019homme, sa pens\u00e9e, sa vie et m\u00eame son style. D\u2019o\u00f9 la fortune historique et somme toute m\u00e9rit\u00e9e de cette citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, souvent cit\u00e9, est vraisemblablement apocryphe \u2013 femme tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9e, princesse bien \u00e9duqu\u00e9e, la reine de France n\u2019a pu dire cela. Mais elle a d\u00fb le penser. En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<\/p>\n<p>Les ma\u00eetresses et favorites de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> d\u00e9filent alors les unes apr\u00e8s les autres \u00e0 la Cour de Versailles. Apr\u00e8s les quatre s\u0153urs de Mailly, jeunes et jolies favorites, la Pompadour et la du Barry seront les plus belles et c\u00e9l\u00e8bres (et ha\u00efes du peuple).<\/p>\n<p>Cependant que la reine perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse\u2026 et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1217\" class=\"cit-num\">1217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot attribu\u00e9 (sans doute \u00e0 tort) \u00e0 <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793) et incontestablement emprunt\u00e9 \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778).<em> La Grande Peur de 1789<\/em> (1932), Georges Lefebvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot se trouve dans les <em>Confessions<\/em> (r\u00e9dig\u00e9es de 1765 \u00e0 1770, \u00e9dition posthume). Sc\u00e8ne plaisante par son souci du d\u00e9tail autobiographique\u00a0: le narrateur a envie de boire un petit vin blanc d\u2019Artois, mais il n\u2019a jamais pu boire sans manger, il songe \u00e0 un morceau de pain, mais n\u2019ose pas en demander au ma\u00eetre de maison, ni aller en acheter lui-m\u00eame, cela ne se fait pas, quand on est un Monsieur trop bien habill\u00e9\u2026 \u00ab\u00a0Enfin, je me rappelais le pis-aller d\u2019une grande princesse \u00e0 qui l\u2019on disait que les paysans n\u2019avaient pas de pain et qui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019ils mangent de la brioche\u00a0!\u00a0\u00bb J\u2019achetai de la brioche\u00a0\u00bb (livre\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> des <em>Confessions<\/em>).<\/p>\n<p>Le mot refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9 sociologique\u00a0: l\u2019ignorance (ou l\u2019insouciance) des privil\u00e9gi\u00e9s face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple. Le temps n\u2019est plus aux famines, mais les disettes sont p\u00e9riodiques en cas de mauvaise r\u00e9colte, surtout aux p\u00e9riodes de soudure. En mai\u00a01775 \u00e0 Paris, la hausse du prix du pain, denr\u00e9e vitale, entra\u00eene une vague d\u2019\u00e9meutes. C\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des Farines\u00a0\u00bb, pr\u00e9mices de la R\u00e9volution. C\u2019est aussi une r\u00e9volte contre la lib\u00e9ralisation du commerce des grains, par \u00e9dit de Turgot (13\u00a0septembre 1774). La concurrence devait faire baisser les prix, en vertu du \u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer\u00a0\u00bb cher aux physiocrates. C\u2019est compter sans la sp\u00e9culation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un peuple pr\u00eat \u00e0 sacrifier un peu de libert\u00e9 pour un peu de s\u00e9curit\u00e9 ne m\u00e9rite ni l\u2019une ni l\u2019autre, et finit par perdre les deux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin <span class=\"caps\">FRANKLIN<\/span> (1706-1790), citation doublement apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet Am\u00e9ricain est venu en France pour d\u00e9fendre la cause des \u00ab\u00a0Insurgents\u00a0\u00bb en mars\u00a01777\u00a0: ambassadeur septuag\u00e9naire, envoy\u00e9 du Nouveau Monde, il a convaincu\u00a0par la simplicit\u00e9 de sa mise et son franc-parler qui contrastent avec les airs de la cour\u00a0! Les Parisiens sont s\u00e9duits. Voltaire et Turgot l\u2019admirent \u00e9galement et le marquis de La Fayette, r\u00e9publicain de c\u0153ur, s\u2019engagera pour aller combattre et s\u2019illustrer par sa bravoure militaire lors de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine (1775-1783), d\u2019o\u00f9 son surnom de \u00ab\u00a0h\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb et sa popularit\u00e9.<\/p>\n<p>Le personnage de Benjamin Franklin est lui aussi tr\u00e8s attachant, par sa volont\u00e9 de venir en aide \u00e0 la communaut\u00e9. Fils d\u2019un marchand de suif et de chandelles, il a cr\u00e9\u00e9 les premiers sapeurs-pompiers volontaires \u00e0 Philadelphie, la premi\u00e8re biblioth\u00e8que de pr\u00eat des \u00c9tats-Unis, invent\u00e9 le po\u00eale \u00e0 bois \u00e0 combustion contr\u00f4l\u00e9e pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie de ses concitoyens, le paratonnerre pour \u00e9carter le danger repr\u00e9sent\u00e9 jusqu\u2019alors par la foudre\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 42 ans, il quitte le milieu des affaires pour entrer en politique. Il participe \u00e0 la r\u00e9daction de la D\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis \u2013 il est l\u2019un des signataires. Pendant la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance (contre l\u2019Angleterre), il n\u00e9gocie en tant que diplomate le trait\u00e9 d\u2019alliance avec les Fran\u00e7ais, mais aussi le trait\u00e9 de Paris. D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la Convention de Philadelphie, il participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la Constitution des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Son ascension sociale, rapport\u00e9e \u00e0 travers les nombreuses \u00e9ditions de son autobiographie, reste un exemple de r\u00e9ussite par le travail et la discipline. Faisant partie des p\u00e8res fondateurs des \u00c9tats-Unis, son portrait figure sur les billets de 100 dollars am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 sa citation\u2026 La phrase exacte est\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui peuvent renoncer \u00e0 la libert\u00e9 essentielle pour acheter un peu de s\u00e9curit\u00e9 temporaire, ne m\u00e9ritent ni la libert\u00e9 ni la s\u00e9curit\u00e9.\u00a0\u00bb\u2026 Et rien ne prouve que Benjamin Franklin en soit l\u2019auteur. Elle appara\u00eet dans une lettre qu\u2019il a seulement contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bienheureux D\u00e9ficit, tu es devenu le Tr\u00e9sor de la Nation\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1260\" class=\"cit-num\">1260<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille desmoulins (1760-1794), septembre\u00a01788. Citation qui lui est attribu\u00e9e, sans source, et sans doute apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un bon r\u00e9sum\u00e9 de ce qu\u2019il a \u00e9crit\u00a0de mani\u00e8re explicite\u00a0: \u00ab\u00a0En France, le d\u00e9ficit aura r\u00e9tabli la libert\u00e9. Tout le monde sera devenu citoyen, parce que tout le monde aura \u00e9t\u00e9 contribuable. \u00d4 bienheureux d\u00e9ficit\u00a0! \u00f4 mon cher Calonne\u00a0!\u00a0\u00bb <em>(La France libre).<\/em><\/p>\n<p>Avocat, confr\u00e8re et ami de Robespierre dont il partage les id\u00e9es avanc\u00e9es, il ironise \u00e0 son tour et se r\u00e9jouit de pr\u00e9voir le pire. Il n\u2019a pas tort\u2026 et finira guillotin\u00e9 \u00e0 34 ans, en m\u00eame temps que Danton et les dantonistes, le 13 avril 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on avait fait davantage confiance \u00e0 Monsieur de La Fayette, mes parents seraient encore en vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1354\" class=\"cit-num\">1354<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie-Th\u00e9r\u00e8se de France, devenue duchesse d\u2019<span class=\"caps\">ANGOUL\u00caME<\/span> (1778-1851). Phrase non \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille a\u00een\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de Marie-Antoinette, seule survivante des enfants royaux, lib\u00e9r\u00e9e en 1795 \u00e0 17\u00a0ans, \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb reconna\u00eetra le r\u00f4le jou\u00e9 par le h\u00e9ros le plus populaire de la R\u00e9volution \u00e0 ses d\u00e9buts. Il fut tr\u00e8s discut\u00e9 par les contemporains comme par les historiens. En tout cas, impossible de croire que La Fayette a men\u00e9 double jeu et trahi le roi dans cette histoire.<\/p>\n<p>Mais la reine finira par le prendre en haine (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la fuite \u00e0 Varennes en juin\u00a01791)\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais bien que M. de Lafayette nous prot\u00e8ge, mais qui nous prot\u00e9gera de M. de La Fayette\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot apocryphe, selon Chateaubriand. Mais bien en situation et conforme au personnage de Talleyrand.<\/p>\n<p>Le jour anniversaire de la prise de la Bastille, toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales, venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun, Talleyrand qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, car il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent, \u00e9v\u00eaque apostat et bient\u00f4t d\u00e9froqu\u00e9. Heure solennelle, devant 300\u00a0000 personnes, alors qu\u2019il murmure \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis (ou \u00e0 La Fayette, selon les sources)\u00a0: \u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit de ces coulisses et des intentions r\u00e9elles du roi, le pays peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle. Sit\u00f4t qu\u2019il para\u00eet et qu\u2019il parle, il semble que le pacte mill\u00e9naire entre les Fran\u00e7ais et le Cap\u00e9tien se renoue. Tous ces provinciaux qui voient Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour la premi\u00e8re fois oublient ce qu\u2019on a pu dire du \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb. Le peuple est le plus sinc\u00e8re de tous les participants \u00e0 ce grand spectacle, criant\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le roi, vive la reine, vive le dauphin\u00a0!\u00a0\u00bb Mais Talleyrand n\u2019est pas dupe\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793. <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi, assur\u00e9ment le plus bref, lanc\u00e9 comme un cri du c\u0153ur \u00e0 la foule qui se presse.<\/p>\n<p>Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. Sc\u00e8ne maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1480\" class=\"cit-num\">1480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00a0(1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793.<em> Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s<\/em> (1867), Antonin Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deuxi\u00e8me mot de la fin et autre source. Au moins l\u2019un des deux est assur\u00e9ment apocryphes, mais en situation, conforme au personnage et indispensable au peuple amass\u00e9, spectateur de cet \u00e9v\u00e9nement majeur de la R\u00e9volution devenue irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire et historienne se donne libre cours\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris, 21\u00a0janvier 1793<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autres mots de la fin attribu\u00e9s au roi, toujours dans le m\u00eame esprit. Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb pour alimenter la l\u00e9gende. Sur quatre citations, trois sont assur\u00e9ment posthumes\u00a0!<\/p>\n<p>Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien ne se perd, rien ne se cr\u00e9e, tout se transforme\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">LAVOISIER<\/span> (1743-1794), grand savant, sur la conservation des masses lors du changement d\u2019\u00e9tat de la mati\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation originale\u00a0se trouve dans son<em> Trait\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire de chimie<\/em> (1789)\u00a0: \u00ab\u00a0On voit que, pour arriver \u00e0 la solution de ces deux questions, il fallait d\u2019abord bien conna\u00eetre l\u2019analyse et la nature du corps susceptible de fermenter, et les produits de la fermentation\u00a0; car rien ne se cr\u00e9e, ni dans les op\u00e9rations de l\u2019art, ni dans celles de la nature, et l\u2019on peut poser en principe que, dans toute op\u00e9ration, il y a une \u00e9gale quantit\u00e9 de mati\u00e8re avant et apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration\u00a0; que la qualit\u00e9 et la quantit\u00e9 des principes est la m\u00eame, et qu\u2019il n\u2019y a que des changements, des modifications.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La citation apocryphe est sans nul doute un bon r\u00e9sum\u00e9\u2026 du r\u00e9sum\u00e9 original de cette th\u00e9orie complexe et (sans jeu de mots) r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante si\u00e8cles vous contemplent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1671\" class=\"cit-num\">1671<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Proclamation suppos\u00e9e, avant la bataille des Pyramides du 21\u00a0juillet 1798. <em>Les Fran\u00e7ais en \u00c9gypte<\/em> (1855), Just-Jean-\u00c9tienne Roy.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette fois, la proclamation est un \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb pour servir la l\u00e9gende, mais un faux authentique. Napol\u00e9on (devenu empereur) lit cette formule dans <em>Une histoire de Bonaparte<\/em> (anonyme, publi\u00e9e en 1803), elle lui pla\u00eet et il la fait sienne.<\/p>\n<p>Le Directoire ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le blocus de l\u2019Angleterre, la nouvelle campagne d\u2019\u00c9gypte est une exp\u00e9dition aventureuse, destin\u00e9e \u00e0 combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e pour lui barrer la route des Indes. C\u2019est aussi une man\u0153uvre pour \u00e9loigner le trop populaire Bonaparte, tout en utilisant son g\u00e9nie militaire. Cette fois, le Directoire lui donne les moyens\u00a0: 36\u00a0000 vrais soldats, 2\u00a0200 officiers d\u2019\u00e9lite, une flotte de 300 b\u00e2timents, quelques dizaines de savants, ing\u00e9nieurs, artistes de renom ou jeunes talents. Au total, 54\u00a0000 hommes (et quelques femmes).<\/p>\n<p>La flotte fran\u00e7aise, partie de Toulon en mai, a pris Malte au passage, le 10\u00a0juin. D\u00e9barquement \u00e0 Alexandrie, le 1er\u00a0juillet\u00a0: la ville tombe aux mains des Fran\u00e7ais le 2 et le 23, ils entrent dans la capitale, Le\u00a0Caire.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9dition est un r\u00eave oriental qui se r\u00e9alise. Le corps exp\u00e9ditionnaire a \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 la flotte britannique command\u00e9e par Nelson. Pour en finir au plus vite, Bonaparte prend le chemin le plus court, entre Alexandrie et Le\u00a0Caire\u00a0: le d\u00e9sert, trois semaines de chaleur qui auraient pu \u00eatre fatales aux soldats non pr\u00e9par\u00e9s. Et pr\u00e8s des pyramides de Gizeh, la bataille contre les mamelouks est r\u00e9gl\u00e9e en deux heures\u00a0!<\/p>\n<p>La suite de l\u2019exp\u00e9dition sera moins brillante. Surprise au mouillage dans la baie d\u2019Aboukir, la flotte est d\u00e9truite par le vice-amiral Nelson le 1er\u00a0ao\u00fbt \u2013 il perd un \u0153il dans la bataille, mais \u00e7a ne l\u2019emp\u00eache pas de continuer le combat. Il perdra la vie \u00e0 Trafalgar (1805), et ce sera aussi une victoire contre Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>En attendant, l\u2019\u00c9gypte n\u2019est plus qu\u2019un pi\u00e8ge dont le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte va se sortir tant bien que mal, transformant cette d\u00e9faite en victoire, press\u00e9 de regagner Paris o\u00f9 son avenir est en jeu, d\u00e9barquant \u00e0 Fr\u00e9jus le 8\u00a0octobre 1799, mais laissant son arm\u00e9e, qui se rendra aux Anglais le 31\u00a0ao\u00fbt 1801.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00ab\u00a0Com\u00e9dien\u00a0! Trag\u00e9dien\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1781\" class=\"cit-num\">1781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1742-1823).<em> Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835), Alfred de Vigny<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux mots n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s tels qu\u2019ils sont pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, mais ils refl\u00e8tent ce que Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, pape de caract\u00e8re, pensait de l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Don de la simulation et sens th\u00e9\u00e2tral sont deux qualit\u00e9s reconnues au grand premier r\u00f4le que fut Napol\u00e9on, sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire. Son don de la mise en sc\u00e8ne, il en joue en artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Rien n\u2019interrompt aussi bien une sc\u00e8ne tragique qu\u2019inviter l\u2019autre \u00e0 s\u2019asseoir\u00a0; lorsqu\u2019il est assis, le tragique devient comique.\u00a0\u00bb Il a d\u2019ailleurs pris des cours avec le plus c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9taire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, son ami Talma. Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande.<\/p>\n<p>Le sommet de l\u2019art reste le sacre, dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin, et acteur, condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame, et le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0! Si l\u2019on pouvait qualifier une peinture d\u2019apocryphe, ce serait ce chef d\u2019\u0153uvre sign\u00e9 David et Napol\u00e9on, le pape \u00e9tant r\u00e9duit au rang de figurant\u2026 avec Madame M\u00e8re, absente dans r\u00e9alit\u00e9 (f\u00e2ch\u00e9e contre son fils), mais bien pr\u00e9sente par la volont\u00e9 de l\u2019Empereur et la complicit\u00e9 du peintre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son c\u00e9l\u00e8bre roman.<\/p>\n<p>Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable pi\u00e8ce titr\u00e9e <em>Le Mot de Cambronne<\/em>, com\u00e9die en un acte et en vers, et un film tourn\u00e9 en un apr\u00e8s-midi (!), le 19 novembre 1936, avec les quatre acteurs ayant cr\u00e9\u00e9 la pi\u00e8ce sur sc\u00e8ne \u00e0 la Madeleine. Les accessoires venaient du th\u00e9\u00e2tre et y sont retourn\u00e9s le soir m\u00eame.<\/p>\n<p>Comme Guitry l\u2019expose au d\u00e9but de son film, cette \u0153uvre est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Edmond Rostand qui lui souffla le sujet de la pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019origine du film. L\u2019argument est simple. Madame Cambronne (Marguerite Moreno), anglaise pr\u00e9nomm\u00e9e Mary, \u00ab\u00a0c\u2019est historique\u00a0\u00bb, aimerait savoir ce qu\u2019est ce fameux \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb qu\u2019elle n\u2019a jamais entendu. Le g\u00e9n\u00e9ral Cambronne (Sacha Guitry) refuse obstin\u00e9ment de r\u00e9p\u00e9ter le c\u00e9l\u00e8bre mot \u2013 le mot \u00ab\u00a0mot\u00a0\u00bb revenant 48 fois en vedette dans le dialogue sans \u00eatre jamais dit\u00a0! La pr\u00e9f\u00e8te (Pauline Carton), vieille femme grossi\u00e8re, est la ma\u00eetresse du g\u00e9n\u00e9ral. Quant \u00e0 la jeune et charmante servante (Jacqueline Delubac), troisi\u00e8me \u00e9pouse de Guitry, actrice dans onze films sign\u00e9s du ma\u00eetre, mais aussi timide \u00e0 la ville qu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne, elle n\u2019a qu\u2019<span class=\"caps\">UN<\/span> mot \u00e0 dire\u00a0: il lui \u00e9chappera quand elle laisse tomber son plateau\u00a0: \u00ab\u00a0Merde\u00a0!\u00a0\u00bb Et le g\u00e9n\u00e9ral avoue que tel \u00e9tait le mot, sans l\u2019avoir prononc\u00e9.<\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne (1770-1842), fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde, qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p>M\u00eame \u00e9v\u00e9nement historique et autre mot du m\u00eame auteur\u2026 qui va quand m\u00eame tout contester\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La garde meurt et ne se rend pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1945\" class=\"cit-num\">1945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">CAMBRONNE<\/span> (1770-1842), paroles grav\u00e9es sur le socle en granit de sa statue \u00e0 Nantes (sa ville natale).<em> La Garde meurt et ne se rend pas\u00a0: histoire d\u2019un mot historique<\/em> (1907), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont bien grav\u00e9s au pied de sa statue \u2013 et non\u00a0: \u00ab\u00a0La garde meurt mais ne se rend pas\u00a0\u00bb ainsi qu\u2019il est parfois \u00e9crit. Il n\u2019est cependant pas s\u00fbr que cette phrase ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 Waterloo, Cambronne en personne l\u2019a clairement d\u00e9menti avec cet argument\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas pu dire \u2018la Garde meurt et ne se rend pas\u2019, puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">CAMBRONNE<\/span> (1770-1842), cit\u00e9 par Pierre Levot, <em>Biographie bretonne<\/em> (1900)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0Merde\u00a0\u00bb est sans doute plus authentique, dans le feu de l\u2019action, m\u00eame si le g\u00e9n\u00e9ral en refusa \u00e9galement la paternit\u00e9\u00a0!!<\/p>\n<p>Pas facile d\u2019\u00e9crire l\u2019Histoire en citations \u2013 ni l\u2019Histoire en g\u00e9n\u00e9ral. Dans ce cas de Cambronne (assur\u00e9ment pr\u00e9sent \u00e0 Waterloo et vaincu), avouons que c\u2019est amusant, quelle que soit la trag\u00e9die de l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: la plus c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9faite historique, m\u00e8re de toutes les batailles, devenue terme g\u00e9n\u00e9rique pour d\u00e9signer une d\u00e9faite cuisante et d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 un auteur estim\u00e9 par les plus grands romanciers de son temps, \u00e0 commencer par Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garde. \u2013 La garde meurt et ne se rend pas\u00a0! Huit mots pour remplacer cinq lettres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1946\" class=\"cit-num\">1946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne\u00a0\u00bb, dit Victor Hugo. Assurant en m\u00eame temps que \u00ab\u00a0Waterloo n\u2019est point une bataille\u00a0: c\u2019est le changement de front de l\u2019univers.\u00a0\u00bb <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862).<\/p>\n<p>Dans ce roman en dix volumes, Hugo brosse une vaste fresque historique, sociale, humaine. Et Waterloo demeure \u00e0 jamais l\u2019un des moments cl\u00e9s de l\u2019histoire de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019agriculture manque de bras.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2203\" class=\"cit-num\">2203<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse Valentin Vaysse de <span class=\"caps\">RAINNEVILLE<\/span> (1833-1894), Rapport au ministre de l\u2019Agriculture. <em>Le Moniteur universel<\/em>, 21\u00a0juillet 1850<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une petite phrase devenue mot c\u00e9l\u00e8bre, un peu corrig\u00e9e. Le rapport d\u00e9butait par\u00a0: \u00ab\u00a0Les bras manquent \u00e0 l\u2019agriculture dans un grand nombre de localit\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb Et l\u2019apocryphe vaut mieux que l\u2019original\u00a0! Les deux d\u00e9crivent une situation historique\u2026 La France reste un pays essentiellement rural \u2013 \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019Angleterre, notre grande rivale au plan \u00e9conomique.<\/p>\n<p>L\u2019activit\u00e9 industrielle progresse pourtant deux fois plus vite que l\u2019activit\u00e9 agricole, dans la d\u00e9cennie 1835-1845. Cela provoque un exode de la main-d\u2019\u0153uvre des campagnes vers les villes o\u00f9 les salaires sont plus \u00e9lev\u00e9s, mais le ch\u00f4mage et la mis\u00e8re beaucoup plus difficiles \u00e0 supporter que dans les campagnes. C\u2019est dans ce prol\u00e9tariat victime du capitalisme industriel que le socialisme fait des \u00e9mules. De son c\u00f4t\u00e9, la production agricole ne s\u2019est pas suffisamment m\u00e9canis\u00e9e. Il faut donc encore beaucoup de bras \u00e0 cette agriculture, pour nourrir l\u2019ensemble de la population.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que cela fait d\u2019\u00eatre mari\u00e9e \u00e0 un grand savant\u00a0? <br>\u2014 Je ne sais pas, il faudrait demander \u00e0 mon mari.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934), r\u00e9ponse \u00e0 un journaliste. Citation non sourc\u00e9e, vraisemblablement apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le couple de savants est c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 juste et double titre\u00a0: en 1903, ils re\u00e7oivent le prix Nobel de physique pour la d\u00e9couverte de \u00ab\u00a0la radioactivit\u00e9 spontan\u00e9e\u00a0\u00bb. C\u00e9l\u00e8bres et modestes, uniquement passionn\u00e9s par la recherche, cherchant le calme n\u00e9cessaire et redoutant les conclusions h\u00e2tives tir\u00e9es ici ou l\u00e0, des faits constat\u00e9s, fuyant les honneurs et les d\u00e9corations, le couple tente d\u2019extraire une quantit\u00e9 suffisante de radium pour en d\u00e9terminer la masse atomique, tentative r\u00e9ussie en 1902. Pierre et Marie partagent le prix Nobel de physique en 1903 avec le Professeur Becquerel.<\/p>\n<p>Ils ont travaill\u00e9 dans \u00ab\u00a0une baraque en planches au sol bitum\u00e9 et au toit vitr\u00e9 prot\u00e9geant incompl\u00e8tement contre la pluie, d\u00e9pourvu de tout am\u00e9nagement. Elle contenait, pour tout mat\u00e9riel, des tables de sapins us\u00e9s, un po\u00eale de fonte dont le chauffage \u00e9tait tr\u00e8s insuffisant, et le tableau noir dont Pierre aimait tant \u00e0 se servir. Dans ce laboratoire de fortune, nous avons travaill\u00e9 presque sans aide pendant deux ans.\u00a0\u00bb Marie Curie, lettre de 1923.<\/p>\n<p>Mais le 19 avril 1906, Pierre Curie meurt accidentellement. Ses obs\u00e8ques ont lieu dans l\u2019intimit\u00e9 familiale. Marie va continuer le combat, mais la \u00ab\u00a0Veuve radieuse\u00a0\u00bb est accus\u00e9e pour sa relation amoureuse avec un collaborateur de son mari. Toujours anim\u00e9e du m\u00eame courage, elle \u00e9l\u00e8vera seule ses deux filles, \u00c8ve et Ir\u00e8ne. Elle recevra le prix Nobel de chimie, doubl\u00e9 unique dans l\u2019histoire. Ir\u00e8ne Joliot-Curie recevra comme ses parents le Nobel de chimie en 1935 avec son \u00e9poux Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie pour leurs travaux sur la radioactivit\u00e9 artificielle. Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la recherche scientifique, ce sera l\u2019une des trois premi\u00e8res femmes faisant partie d\u2019un gouvernement en 1936, sous le Front Populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2602\" class=\"cit-num\">2602<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Colonel Charles E. <span class=\"caps\">STANTON<\/span> (1859-1933), Cimeti\u00e8re de Picpus (Paris), 4\u00a0juillet 1917. \u00c9galement attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral Pershing (1860-1948). <em>La Fayette, nous voici\u00a0!\u00a0: l\u2019entr\u00e9e en guerre des \u00c9tats-Unis, avril\u00a01917<\/em> (2007), minist\u00e8re de la D\u00e9fense<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quel qu\u2019en soit l\u2019auteur, la phrase a bien \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e, le jour de la f\u00eate nationale des \u00c9tats-Unis (Independence Day), devant la tombe de La Fayette, le h\u00e9ros des deux mondes, g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais volontaire dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine en 1777.<\/p>\n<p>Et la solidarit\u00e9 franco-am\u00e9ricaine va de nouveau jouer, dans la d\u00e9fense de la libert\u00e9. D\u00e8s le 28\u00a0juin, la premi\u00e8re division am\u00e9ricaine d\u00e9barque \u00e0 Saint-Nazaire\u00a0: 14\u00a0500 hommes, qui seront 365\u00a0000 en d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Intervention d\u00e9cisive en cette ann\u00e9e charni\u00e8re o\u00f9 tous les pays en guerre sont en crise (morale, politique, sociale, militaire). L\u2019union sacr\u00e9e n\u2019est plus ce qu\u2019elle fut. En France, outre les mutins, 100\u00a0000 gr\u00e9vistes protestent en mai-juin 1917 contre les salaires trop bas et les prix trop \u00e9lev\u00e9s. M\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne en Angleterre, mais le cabinet de guerre form\u00e9 par Lloyd George est plus fort que les gouvernements Ribot ou Painlev\u00e9 en France. L\u2019Italie conna\u00eet des \u00e9meutes en ao\u00fbt, et une forte propagande neutraliste, d\u2019o\u00f9 effondrement moral et d\u00e9faite militaire. L\u2019Allemagne a aussi ses 125\u00a0000 gr\u00e9vistes dans les usines de munitions, et ses mutineries de marins. Quant \u00e0 la Russie, elle vit sa grande r\u00e9volution, en octobre\u00a01917\u00a0: chute du tsar, et armistice sign\u00e9 par les Soviets en d\u00e9cembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement avait le choix entre la guerre et le d\u00e9shonneur\u00a0; il a choisi le d\u00e9shonneur et il aura la guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Winston <span class=\"caps\">CHURCHILL<\/span> (1874-1965), mot apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme nombre de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, Churchill qui a eu beaucoup de \u00ab\u00a0bons mots\u00a0\u00bb (souvent cruels et dr\u00f4les) n\u2019a quand m\u00eame pas dit tout ce qu\u2019on lui attribue\u00a0: ces citations sont devenues des aphorismes, reformul\u00e9es par un biographe z\u00e9l\u00e9. L\u2019Am\u00e9ricain Richard Langworth, ami de la fille benjamine de Churchill, Mary, a r\u00e9pertori\u00e9 ces fausses citations dans le cadre de travaux men\u00e9s par le <em>Churchill Centre<\/em>, bas\u00e9 dans l\u2019Illinois.<\/p>\n<p>Cette pique viserait Neville Chamberlain, Premier ministre, au lendemain de la conf\u00e9rence de Munich (1938). Il s\u2019agirait de la r\u00e9\u00e9criture d\u2019une phrase extraite d\u2019une lettre \u00e0 Lloyd George. Churchill, qui doit son ascension politique \u00e0 cet ancien Premier ministre, lui \u00e9crit juste avant la conf\u00e9rence\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019impression que nous allons devoir choisir pendant les prochaines semaines entre la guerre et le d\u00e9shonneur, et j\u2019ai assez peu de doute sur l\u2019issue de ce choix.\u00a0\u00bb On ne saurait mieux pr\u00e9dire la trag\u00e9die de la Seconde Guerre mondiale \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La croix la plus lourde que j\u2019ai jamais eue \u00e0 porter est la croix de Lorraine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Winston <span class=\"caps\">CHURCHILL<\/span> (1874-1965), mot apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame (\u00e9tat d\u2019)esprit, Churchill aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0La croix la plus lourde que j\u2019ai jamais eue \u00e0 porter est la croix de Lorraine.\u00a0\u00bb Cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019influence du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle (\u00e0 l\u2019initiative de ce symbole de la France libre sous l\u2019Occupation) serait un mot du g\u00e9n\u00e9ral Edward Spears, repr\u00e9sentant en France de Winston Churchill dont il devait exprimer la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais Churchill, malgr\u00e9 ses relations parfois difficiles avec le G\u00e9n\u00e9ral et dans une situation g\u00e9opolitique aussi complexe que p\u00e9rilleuse, fut un compagnon loyal et le soutint notamment aupr\u00e8s du pr\u00e9sident Roosevelt, qui se m\u00e9fiait du \u00ab\u00a0populisme\u00a0\u00bb de ce nouveau g\u00e9n\u00e9ral Boulanger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas de traditions dans la marine. Il n\u2019y a que le rhum, la sodomie et le fouet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Winston <span class=\"caps\">CHURCHILL<\/span> (1874-1965), mot apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre forme d\u2019humour. Premier lord de l\u2019amiraut\u00e9, Winston Churchill ne tenait probablement pas ces propos, m\u00eame s\u2019il connaissait les expressions grivoises de la marine et ses m\u0153urs pr\u00e9sum\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019entends le mot \u201cculture\u201d, je sors mon revolver.\u00a0\u00bb <br><em>\u00ab\u00a0Wenn ich \u201cKultur\u201d h\u00f6re\u2026 entsichere ich meinen Browning\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hermann <span class=\"caps\">GOERING<\/span> (1893-1946), Phrase longtemps attribu\u00e9e \u00e0 ce dirigeant de premier plan du parti nazi et du gouvernement du Troisi\u00e8me Reich<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Litt\u00e9ralement\u00a0: \u00ab\u00a0Quand j\u2019entends le mot \u201cculture\u201d,\u00a0 j\u2019\u00f4te le cran de s\u00fbret\u00e9 de mon Browning.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quand on parle de nazisme, cette phrase attribu\u00e9e \u00e0 Goering surgit aussit\u00f4t, m\u00eame si d\u2019autres dignitaires du <span class=\"caps\">III<\/span>e Reich sont parfois cit\u00e9s. Rien que du \u00ab\u00a0beau monde\u00a0\u00bb\u00a0dans le genre\u00a0\u00a0: le patron de la propagande allemande Joseph Goebbels, le th\u00e9oricien Alfred Rosenberg, le chef des jeunesses hitl\u00e9riennes Baldur von Schirach\u2026<\/p>\n<p>Mais si Goering et les autres connaissaient la formule et l\u2019ont peut-\u00eatre utilis\u00e9e, ils n\u2019en sont pas les auteurs. La phrase est tir\u00e9e d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre jou\u00e9e en 1933, <em>Schlageter<\/em> de Hanns Johst. Devenue plaisanterie r\u00e9currente en Allemagne, elle fut ensuite prononc\u00e9e par Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitl\u00e9riennes, lors d\u2019un discours en 1938. Et reprise en France, mais de mani\u00e8re volontairement caricaturale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon empire vivra mille ans\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2769\" class=\"cit-num\">2769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolf <span class=\"caps\">HITLER<\/span> (1889-1945), dont l\u2019empire vivra douze ans (1933-1945).<em> Les 100 personnages du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1999), Frank Jamet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation sourc\u00e9e, mais source pas tr\u00e8s s\u00e9rieuse, avouons-le\u2026 et mot sans doute apocryphe.<\/p>\n<p>Cette proph\u00e9tie du \u00ab\u00a0Reich de mille ans\u00a0\u00bb\u00a0va au-del\u00e0 de la propagande nazie, le F\u00fchrer \u00e9tant le nouveau messie pour un peuple humili\u00e9 \u00e0 la fin de Grande Guerre de 1914-1918 et avide de revanche.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re vis\u00e9e, la France, l\u2019ennemie mortelle et vaincue\u00a0: elle subit la domination allemande des deux-tiers de son territoire, dans la zone occup\u00e9e, avec une zone libre qui le sera de moins en moins, tandis que les trois d\u00e9partements d\u2019Alsace-Lorraine sont annex\u00e9s, et les deux d\u00e9partements du Nord et du Pas-de-Calais r\u00e9unis \u00e0 la Belgique \u2013 elle-m\u00eame envahie par les chars d\u2019assaut lors de la <em>Blitzkrieg<\/em> (guerre \u00e9clair) et pass\u00e9e sous administration allemande, le 15\u00a0septembre 1940.<\/p>\n<p>D\u2019autres pays font les frais de cet imp\u00e9rialisme qui redessine la carte de l\u2019Europe. En vertu du pacte tripartite sign\u00e9 le 27\u00a0septembre 1940, donnant \u00e0 l\u2019Allemagne, \u00e0 l\u2019Italie et au Japon le droit \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0espace vital\u00a0\u00bb dont chacun a besoin et par le jeu des empires coloniaux, c\u2019est le monde que les trois dictateurs, Hitler, Mussolini et Hiro-Hito, veulent se partager. Cette guerre, fatalement, devait devenir mondiale. En un quart de si\u00e8cle, incluant l\u2019instauration de r\u00e9gimes communistes et leur cort\u00e8ge de pers\u00e9cutions, \u00ab\u00a0soixante-dix millions d\u2019Europ\u00e9ens, hommes, femmes et enfants, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9racin\u00e9s, d\u00e9port\u00e9s et tu\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00e9crira Albert Camus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2907\" class=\"cit-num\">2907<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), \u00ab\u00a0d\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb Nekrassov, cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Antoine, 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cas tr\u00e8s particulier de ce mot apocryphe, plus exactement tour de passe-passe du ma\u00eetre-\u00e0-penser de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p><em>Nekrassov<\/em> est un malentendu\u00a0: pi\u00e8ce \u00e0 message, jug\u00e9e communiste par les anticommunistes, et anticommuniste par les communistes, c\u2019est un \u00e9chec th\u00e9\u00e2tral. Le mot est aussi un bel exemple de \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration\u00a0\u00bb, ce que Sartre d\u00e9teste et nomme \u00ab\u00a0le baiser de la mort\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est une manipulation, donc la preuve de l\u2019importance du texte. Il a \u00e9crit deux r\u00e9pliques\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer les pauvres\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0D\u00e9sesp\u00e9rons Billancourt\u00a0\u00bb. La contraction des deux donne cette fameuse phrase. Qu\u2019il n\u2019aurait jamais dite, m\u00eame si le mot lui a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9, en mai\u00a01968.<\/p>\n<p>Sartre le pense peut-\u00eatre, le 4\u00a0novembre 1956, quand 2\u00a0500 chars sovi\u00e9tiques interviennent en Hongrie pour \u00e9craser la tentative de lib\u00e9ralisation du r\u00e9gime. Le 9, dans une interview \u00e0 <em>L\u2019Express<\/em>, il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0la faillite compl\u00e8te du socialisme en tant que marchandise import\u00e9e d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>\u00a0\u00bb et se tourne vers d\u2019autres communismes, voulant pr\u00e9server l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re en France. \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les abeilles venaient \u00e0 dispara\u00eetre, l\u2019esp\u00e8ce humaine n\u2019aurait que quatre ann\u00e9es \u00e0 vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">EINSTEIN<\/span> (1879-1955), mot attribu\u00e9 \u00e0 tort \u00e0 ce grand savant par les \u00e9cologistes, comme caution<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une fois encore, on ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0!<\/p>\n<p>Ce grand savant, physicien et th\u00e9oricien helv\u00e9tico-am\u00e9ricain d\u2019origine allemande, publie sa th\u00e9orie de la relativit\u00e9 restreinte en 1905 et dix ans apr\u00e8s sa th\u00e9orie de la gravitation, dite relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Il contribue au d\u00e9veloppement de la m\u00e9canique quantique et de la cosmologie, et re\u00e7oit en 1921 le prix Nobel de physique pour son explication de l\u2019effet photo\u00e9lectrique. Il est connu du grand public comme l\u2019auteur de l\u2019\u00e9quation E = mc2, qui \u00e9tablit une \u00e9quivalence entre la masse et l\u2019\u00e9nergie d\u2019un syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Sa renomm\u00e9e d\u00e9passe le milieu scientifique. Son nom et sa personne sont, dans la culture populaire, directement associ\u00e9s aux notions d\u2019intelligence, de savoir et de g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Modeste et pensant que \u00ab\u00a0Chacun doit \u00eatre respect\u00e9 dans sa personne et nul ne doit \u00eatre idol\u00e2tr\u00e9\u00a0\u00bb, il ironisait au sujet de sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et de ses effets\u00a0: \u00ab\u00a0Cela pourrait bien provenir du d\u00e9sir irr\u00e9alisable pour beaucoup, de comprendre quelques id\u00e9es que j\u2019ai trouv\u00e9es, dans une lutte sans rel\u00e2che, avec mes faibles forces.\u00a0\u00bb<em> Comment je vois le monde<\/em> (1934).<\/p>\n<p>Mais pas trace d\u2019abeille dans sa vie et son \u0153uvre, ni m\u00eame d\u2019\u00e9cologie. Et pourtant, soixante-dix ans apr\u00e8s sa mort, il pourrait ne pas d\u00e9savouer cette proph\u00e9tie sur l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9. Il d\u00e9fendait le v\u00e9g\u00e9tarisme, la fa\u00e7on la plus \u00e9thique de consommer de la nourriture. Il soutint qu\u2019il \u00e9tait mal de tuer des animaux pour se nourrir et que les gens devraient respecter les animaux comme ils le feraient pour les membres de leur propre famille. Il devint lui-m\u00eame v\u00e9g\u00e9tarien \u00e0 la fin de sa vie, affirmant que cela l\u2019aidait \u00e0 rester en bonne sant\u00e9 et actif.\u00a0 Il croyait que le v\u00e9g\u00e9tarisme pouvait aider \u00e0 r\u00e9duire les dommages environnementaux caus\u00e9s par la production de viande, ainsi qu\u2019\u00e0 am\u00e9liorer le bien-\u00eatre des animaux. Ses opinions sur le v\u00e9g\u00e9tarisme \u00e9taient si fortes qu\u2019il a m\u00eame \u00e9crit des lettres aux gens pour les encourager \u00e0 adopter ce r\u00e9gime alimentaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u00c9tats-Unis sont le seul pays \u00e0 \u00eatre pass\u00e9 de la barbarie \u00e0 la d\u00e9cadence sans conna\u00eetre la civilisation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">EINSTEIN<\/span> (1879-1955), mot apocryphe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une seule certitude\u00a0: le th\u00e8me de la barbarie nazie l\u2019a personnellement touch\u00e9 en tant que juif (pratiquant).<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Hitler au pouvoir en 1933, il apprend que sa maison de Caputh (dans le Land de Brandebourg) a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9e par les nazis et d\u00e9cide de ne plus revenir en Allemagne. Apr\u00e8s un court s\u00e9jour sur la c\u00f4te belge, il s\u2019installe aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9face le <em>Livre noir<\/em> (1944), recueil de t\u00e9moignages sur l\u2019extermination des juifs en Russie par les nazis pendant la guerre. Il sera toujours un militant des droits civiques et de la lutte contre le racisme aux \u00c9tats-Unis \u2013 sans jamais les accuser de barbarie ni de d\u00e9cadence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019astrologie est une science en soi, illuminatrice. J\u2019ai beaucoup appris gr\u00e2ce \u00e0 elle et je lui dois beaucoup. Les connaissances g\u00e9ophysiques mettent en relief le pouvoir des \u00e9toiles et des plan\u00e8tes sur le destin terrestre. \u00c0 son tour, en un certain sens, l\u2019astrologie le renforce. C\u2019est pourquoi c\u2019est une esp\u00e8ce d\u2019\u00e9lixir de vie pour l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">EINSTEIN<\/span> (1879-1955), apocryphe et assur\u00e9ment faux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase cr\u00e9\u00e9e cinq ans apr\u00e8s la mort d\u2019Einstein, dans le <em>Huters astrologischer Kalender<\/em> (1959). Cette paternit\u00e9 posthume est toujours suspecte de telle ou telle r\u00e9cup\u00e9ration ou telle ou telle cause. L\u2019astrologie, pseudo-science et mode lucrative, a des origines tr\u00e8s anciennes.<\/p>\n<p>La pratique de l\u2019astrologie appara\u00eet en M\u00e9sopotamie au deuxi\u00e8me mill\u00e9naire avant J.-C. \u00c0 Babylone, les \u00e9toiles et les plan\u00e8tes \u00e9taient utilis\u00e9es pour interpr\u00e9ter les pr\u00e9sages des dieux. Les Babyloniens d\u00e9velopp\u00e8rent douze signes astrologiques, plus tard implant\u00e9s dans le zodiaque occidental. Les Grecs anciens nomm\u00e8rent les douze signes stellaires associ\u00e9es \u00e0 des dates sp\u00e9cifiques en fonction de leur alignement sur l\u2019orbite du Soleil\u00a0: B\u00e9lier, Taureau, G\u00e9meaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau et Poissons. Et le mot \u00ab\u00a0zodiaque\u00a0\u00bb vient du grec z\u014ddiakos kyklos, qui signifie \u00ab\u00a0cercle des animaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019astrologie indienne incorpore les croyances et les pratiques hindoues anciennes. L\u2019astrologie chinoise, tirant ses origines de la philosophie tao\u00efste, assigne des signes d\u2019animaux en fonction de l\u2019ann\u00e9e de naissance, influen\u00e7ant les pratiques culturelles et les croyances soci\u00e9tales.<br>Au Moyen \u00c2ge en France, l\u2019astrologie se r\u00e9pand et influence les d\u00e9cisions quotidiennes. Pratiqu\u00e9e par les docteurs, les astronomes et autres professionnels scientifiques, elle joue aussi un r\u00f4le crucial dans l\u2019alchimie, pr\u00e9curseur proto-scientifiques de la chimie.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle, les astrologues sont pr\u00e9sents dans les cours royales et offrent des horoscopes personnels aux monarques. La Renaissance marqua une r\u00e9surgence de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral pour l\u2019astrologie \u00e0 un niveau personnel et philosophique. Dans le contexte d\u2019une remise en question des croyances chr\u00e9tiennes et des sciences naturelles, la pratique priv\u00e9e de l\u2019astrologie se d\u00e9veloppe. D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation de cartes et calendriers astrologiques.<\/p>\n<p>L\u2019astrologie et les horoscopes disparaissent avec le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et la r\u00e9volution scientifique. Les horoscopes personnels ne font leur r\u00e9apparition dans l\u2019histoire moderne qu\u2019au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, avec l\u2019av\u00e8nement de la rubrique horoscope des journaux.<\/p>\n<p>La citation attribu\u00e9e \u00e0 Einstein appara\u00eet en France dans les ann\u00e9es 1980, envahit les sites astrologiques, reprise en exergue par l\u2019astrologue \u00c9lizabeth Teissier (astrologue de Mitterrand) dans sa th\u00e8se de sociologie\u00a0: c\u2019est un mauvais argument d\u2019autorit\u00e9, Einstein ayant personnellement une tr\u00e8s mauvaise opinion de l\u2019astrologie.<\/p>\n<p>Il l\u2019a exprim\u00e9e en 1951 dans une introduction \u00e9crite pour l\u2019ouvrage de Carola Baumgardt,<em> Johannes Kepler\u00a0: Life and Letters<\/em> (1951). Einstein rappelle que Kepler (1571-1680) accepta l\u2019id\u00e9e que l\u2019exp\u00e9rience seule pouvait d\u00e9cider de la validit\u00e9 d\u2019une th\u00e9orie math\u00e9matique, si belle soit-elle. Il cite alors l\u2019astrologie comme illustration, dans la pens\u00e9e k\u00e9pl\u00e9rienne, d\u2019un reste de mani\u00e8re de penser animiste et t\u00e9l\u00e9ologiquement orient\u00e9e, omnipr\u00e9sente dans les recherches dites \u00ab\u00a0scientifiques\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>La cause est entendue. Il n\u2019en va pas de m\u00eame pour une des citations apocryphes les plus rependues \u2013 et surtout d\u00e9form\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle sera spirituel ou ne sera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2970\" class=\"cit-num\">2970<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Malraux (1901-1976),<em> La L\u00e9gende du si\u00e8cle<\/em> (1972)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Taper \u00ab\u00a0spirituel\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb sur un clavier d\u2019ordinateur et le moteur de recherche affiche des millions de r\u00e9sultats en une fraction de seconde. Dans la masse des informations, la phrase de Malraux est mentionn\u00e9e, avec nombre d\u2019erreurs et de contresens.<\/p>\n<p>R\u00e9tablissons la v\u00e9rit\u00e9 sur la proph\u00e9tie de cet homme n\u00e9 avec le si\u00e8cle dernier (1901), qu\u2019il parcourut \u00e0 la fois en acteur et t\u00e9moin de l\u2019Histoire, tour \u00e0 tour romancier, combattant et r\u00e9sistant, compagnon de route et ministre du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Malraux tenait au mot \u00ab\u00a0spirituel\u00a0\u00bb \u2013 et non pas \u00ab\u00a0catholique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0religieux\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0mystique\u00a0\u00bb, qualificatifs trahissant sa pens\u00e9e. Tadao Takemoto fait pr\u00e9cis\u00e9ment allusion \u00e0 cette spiritualit\u00e9 dans son essai\u00a0: <em>Andr\u00e9 Malraux et la Cascade de Nashi<\/em> (1989). Si cette phrase ne figure dans aucune de ses \u0153uvres publi\u00e9es, il l\u2019aurait effectivement prononc\u00e9e dans la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>La L\u00e9gende du si\u00e8cle<\/em> (Claude Santelli et Fran\u00e7oise Verny).<\/p>\n<p>Une fiche Wikip\u00e9dia, \u00ab\u00a0\u00e9bauche\u00a0\u00bb sur les <em>Antim\u00e9moires<\/em> en juillet 2021, confirme cette interpr\u00e9tation avec cette citation\u00a0: \u00ab\u00a0Le\u00a0<span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle sera spiritualiste ou ne sera pas.\u00a0\u00bb Fiche disparue en 2024. Le \u00ab\u00a0religieux\u00a0\u00bb a la cote, c\u2019est toujours un contresens.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 savoir de quelle spiritualit\u00e9 il s\u2019agira. Entre le retour du religieux, la vogue des sectes, l\u2019attrait pour la philosophie, la qu\u00eate de sens et d\u2019\u00e9ternit\u00e9, l\u2019aspiration \u00e0 un ailleurs ou autrement, toutes les voies, individuelles ou collectives, sont possibles comme antidote au mat\u00e9rialisme sous toutes ses formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019intendance suivra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2942\" class=\"cit-num\">2942<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Attribu\u00e9 \u00e0 Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), qui niera l\u2019avoir dit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame apocryphe (et non \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb), cette expression militaire souligne que la politique int\u00e9rieure devait \u00eatre, dans la vision du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, au service de la politique ext\u00e9rieure. Malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00ab\u00a0intendance\u00a0\u00bb (l\u2019\u00e9conomique) est une condition de la grandeur fran\u00e7aise. Il lui arrivera d\u2019ailleurs de le reconna\u00eetre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019\u00e9conomie qui me para\u00eet l\u2019emporter sur tout le reste, parce qu\u2019elle est la condition de tout et en particulier la condition du progr\u00e8s social\u00a0\u00bb (13\u00a0d\u00e9cembre 1965).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi ou le chaos.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3026\" class=\"cit-num\">3026<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), r\u00e9sum\u00e9 lapidaire de la d\u00e9claration du 4\u00a0novembre 1965. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: 1958-1974<\/em> (1999), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident annonce enfin sa candidature aux pr\u00e9sidentielles de d\u00e9cembre 1965, disant qu\u2019en cas d\u2019\u00e9chec \u00ab\u00a0personne ne peut douter que [la r\u00e9publique nouvelle] s\u2019\u00e9croulera aussit\u00f4t et que la France devra subir, cette fois sans recours possible, une confusion de l\u2019\u00c9tat plus d\u00e9sastreuse encore que celle qu\u2019elle connut autrefois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On reprochera au fondateur du r\u00e9gime de croire si peu \u00e0 sa construction qu\u2019elle tienne \u00e0 ce point \u00e0 un homme\u00a0! <em>L\u2019Express<\/em>, contre de Gaulle candidat, titre\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle \u00e0 vie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>S\u00fbr de son succ\u00e8s, il ne se donne m\u00eame pas la peine de courtiser la France, d\u00e9daignant son temps de parole \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ne croyant pas les deux grands instituts de sondage (<span class=\"caps\">IFOP<\/span> et <span class=\"caps\">SOFRES<\/span>) qui assurent que rien n\u2019est gagn\u00e9 pour lui. Le suspense est \u00e0 son comble \u2013 on doit \u00e0 de Gaulle ce fait constitutionnel qui a chang\u00e9 la vie politique en France\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel. Il l\u2019emportera naturellement (contre Fran\u00e7ois Mitterrand), mais avec 54,5\u00a0% des voix au second tour. Le sauveur est d\u00e9sacralis\u00e9, le mythe gaulliste n\u2019\u00e9veille plus chez les jeunes l\u2019enthousiasme de leurs a\u00een\u00e9s<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des chercheurs qui cherchent, on en trouve\u00a0; des chercheurs qui trouvent, on en cherche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), apocryphe, oui, mais signifiante ou pas\u00a0?<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Le Nouvel Obs<\/em>, en date du 18 octobre 2014, a men\u00e9 une enqu\u00eate int\u00e9ressante sur un sujet trop souvent oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Premier constat\u00a0: au d\u00e9but, la formule n\u2019est pas attribu\u00e9e \u00e0 de Gaulle. Un chercheur pr\u00e9tend l\u2019avoir entendue sur Radio France, un autre y discerne l\u2019invention du \u00ab\u00a0journal satirique officiel\u00a0\u00bb (<em>Le Canard encha\u00een\u00e9\u00a0?<\/em>). La formule se diffuse v\u00e9ritablement \u00e0 partir des ann\u00e9es 80, quand le mod\u00e8le d\u2019une recherche financ\u00e9e par l\u2019\u00c9tat est contest\u00e9 au profit d\u2019une vision manag\u00e9riale de la recherche. L\u2019id\u00e9e d\u2019une bureaucratie scientifique pay\u00e9e \u00e0 chercher sans ne jamais rien trouver s\u2019impose dans les esprits.<\/p>\n<p>De Gaulle n\u2019est associ\u00e9 \u00e0 cette formule que dans les ann\u00e9es 1990. L\u2019une des premi\u00e8res attestations se trouve dans un roman, mise \u00e0 la premi\u00e8re personne\u00a0: \u00ab\u00a0Des chercheurs qui cherchent, j\u2019en trouve\u00a0; mais des chercheurs qui trouvent, j\u2019en cherche.\u00a0\u00bb Il y a un lieu et une organisation vis\u00e9e\u00a0: le <span class=\"caps\">CNRS<\/span>. Le site \u00ab\u00a0Slate\u00a0\u00bb se fait l\u2019\u00e9cho involontaire de ce discours imaginaire\u00a0: \u00ab\u00a0On se souvient de la m\u00e9morable boutade attribu\u00e9e au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 propos du <span class=\"caps\">CNRS<\/span> en 1965\u00a0\u00a0: \u201c Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche.\u201d La formule est aussi bien tourn\u00e9e que m\u00e9chante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste une \u00e9vidence\u00a0: le projet gaullien est aux antipodes de cette saillie\u00a0! La Cinqui\u00e8me R\u00e9publique une fois install\u00e9e, le G\u00e9n\u00e9ral s\u2019engage dans une politique de recherche ambitieuse. Le premier septennat est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e2ge d\u2019or de la recherche fran\u00e7aise. De 1958 \u00e0 1960, le budget du <span class=\"caps\">CNRS<\/span> augmente de 75%\u00a0; de 1958 \u00e0 1962, les effectifs de chercheurs passent de 3 000 \u00e0 3 800. Les discours du g\u00e9n\u00e9ral confirment cette politique. Le 14 f\u00e9vrier 1959, il inaugure l\u2019Institut d\u2019optique \u00e9lectronique \u00e0 Toulouse\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat qui a le devoir d\u2019entretenir dans la nation un climat favorable \u00e0 la recherche et \u00e0 l\u2019enseignement\u00a0; l\u2019\u00c9tat qui, malgr\u00e9 le flot des besoins et le flot des d\u00e9penses, a la fonction de doter les laboratoires et de pourvoir l\u2019enseignement\u00a0; l\u2019\u00c9tat, enfin, qui doit orienter l\u2019ensemble, tout en laissant \u00e0 chacun des chercheurs sa direction et son autonomie.\u00a0 C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00c9tat qu\u2019il appartient de d\u00e9terminer dans le domaine de la recherche, ce qui est le plus utile \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat public et d\u2019affecter \u00e0 ces objectifs-l\u00e0 ce dont il dispose en fait de moyens et en fait d\u2019hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span class=\"caps\">MAIS<\/span>\u2026 une citation apocryphe a souvent un fond de v\u00e9rit\u00e9. En 1968, \u00e9branl\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements de mai, le G\u00e9n\u00e9ral se m\u00e9fie d\u00e9sormais de la recherche dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Il critique la loi Faure qui renforce l\u2019autonomie des universit\u00e9s et \u00e9tablit que \u00ab\u00a0tout enseignant, tout chercheur b\u00e9n\u00e9ficie, apr\u00e8s un certain d\u00e9lai, de la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un emploi dans l\u2019\u00e9tablissement o\u00f9 il exerce ses fonctions\u2026 Autrement dit, il pourra rester chercheur m\u00eame s\u2019il ne trouve rien et surtout \u00e0 partir du moment o\u00f9 il ne sera plus d\u2019\u00e2ge \u00e0 rien trouver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De Gaulle ne fait pas allusion \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale (des chercheurs qui ne trouvent rien), mais \u00e0 une d\u00e9rive possible d\u2019un projet de loi en particulier\u00a0: que certains chercheurs puissent \u00eatre pay\u00e9s sans aucune contrepartie. Il s\u2019inqui\u00e8te d\u2019un d\u00e9ficit d\u2019\u00e9valuation\u2026 qui n\u2019a plus cours aujourd\u2019hui\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e8re du financement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 par projet et de l\u2019imp\u00e9ratif du taux de citation, nous nous situons plut\u00f4t dans l\u2019exc\u00e8s inverse\u00a0!!<\/p>\n<p>Pour conclure sur ce sujet capital pour l\u2019avenir de la France (et aujourd\u2019hui sous-trait\u00e9), la citation apocryphe de De Gaulle r\u00e9sulte probablement d\u2019une confusion inconsciente. Une boutade mal sourc\u00e9e se m\u00eale aux r\u00e9miniscences des d\u00e9bats sur la loi Faure et s\u2019amplifie dans un contexte o\u00f9 la recherche est fortement incit\u00e9e \u00e0 se privatiser. Les tensions sociales et id\u00e9ologiques priment sur l\u2019exactitude des mots.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Taisez-vous, Elkabbach\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3185\" class=\"cit-num\">3185<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges Marchais (1920-1997), Premier secr\u00e9taire du <span class=\"caps\">PC<\/span>, mars\u00a01978<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Petite phrase c\u00e9l\u00e8bre, des t\u00e9moins assurent l\u2019avoir entendue, mais aucune source n\u2019en garde la trace, m\u00eame pas l\u2019<span class=\"caps\">INA<\/span> dans ses archives pl\u00e9thoriques\u00a0! Le journaliste apostroph\u00e9 avoue lui-m\u00eame ne pas se la rappeler\u00a0!<\/p>\n<p>De 1977 \u00e0 1981, Jean-Pierre Elkabbach anime diff\u00e9rentes \u00e9missions, dont \u00ab\u00a0Cartes sur table\u00a0\u00bb avec Alain Duhamel. Marchais est souvent invit\u00e9. Un bon client, pour qui les journalistes sont les alli\u00e9s du Capital, voire les complices. Ils veulent l\u2019emp\u00eacher de parler \u2013 parler signifiant pour lui lire un texte pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, lanc\u00e9 face \u00e0 la cam\u00e9ra, pour mieux convaincre le public, friand du num\u00e9ro. Mais le discours r\u00e9p\u00e9titif rel\u00e8ve un peu trop de la langue de bois. Elkabbach ou Duhamel tentent donc de l\u2019interrompre.<\/p>\n<p>Le 19\u00a0mars, on a enregistr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9coutez Elkabbach\u00a0! \u2026 Si vous pensez que ma place n\u2019est pas souhaitable\u2019, puisque la droite elle a gagn\u00e9, moi j\u2019laiss\u2019 la place \u00e0 la droite\u00a0! \u2026 C\u2019est extr\u00eamement d\u00e9sagr\u00e9ab\u2019 de discuter avec vous\u00a0! Les syndicats ont raison de dire qu\u2019sur Antenne 2 l\u2019information a du mal \u00e0 s\u2019exprimer\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et le 23\u00a0mars, un Marchais tout aussi remont\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Vous permettez\u2026 Vous ne m\u2019emp\u00eacherez pas\u2026 Attendez, ne r\u00e9pondez pas \u00e0 ma place\u2026 Maintenant je veux parler\u2026\u00a0\u00bb Finalement, \u00e7a p\u00e8te avec Duhamel\u00a0: \u00ab\u00a0Non, vous ne m\u2019aurez pas\u00a0!\u00a0\u00bb Et il lit son texte.<\/p>\n<p>Pour en revenir au \u00ab\u00a0Taisez-vous, Elkabbach\u00a0!\u00a0\u00bb, l\u2019interpell\u00e9 l\u2019attribue finalement \u00e0 l\u2019humoriste Pierre Douglas, populaire par son imitation de Marchais. En tout cas, cette citation apocryphe refl\u00e8te parfaitement la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019important c\u2019est de participer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">COUBERTIN<\/span> (1863-1937), mot apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un bon r\u00e9sum\u00e9 de sa pens\u00e9e, exprim\u00e9e d\u2019abord dans un discours.<\/p>\n<p>Le Baron prononce ces mots au terme d\u2019un d\u00eener offert par le gouvernement britannique, le 24 juillet 1908 \u00e0 Londres,\u00a0 au moment des Jeux Olympiques. Pierre de Coubertin s\u2019y exprime ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Dimanche dernier, lors de la c\u00e9r\u00e9monie organis\u00e9e \u00e0 la Cath\u00e9drale Saint-Paul en l\u2019honneur des athl\u00e8tes, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Pennsylvanie [en fait un archev\u00eaque], l\u2019a rappel\u00e9 en termes heureux, \u00ab\u00a0l\u2019important dans ces olympiades, c\u2019est moins d\u2019y gagner que d\u2019y prendre part\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sp\u00e9cialiste de Pierre de Coubertin, Jean Durry a publi\u00e9 en mai 2023 un livre consacr\u00e9 au Baron\u00a0: <em>Coubertin autographe. 1889\u20131915<\/em>. \u00ab\u00a098% des fois, on vous dit, \u00ab\u00a0L\u2019important, c\u2019est de participer\u00a0\u00bb, or cette phrase elle n\u2019est pas du Baron Pierre de Coubertin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La phrase n\u2019est pas de lui, mais il la paraphrase d\u2019une mani\u00e8re magnifique\u00a0: \u00ab\u00a0Retenons messieurs cette forte parole, l\u2019important dans la vie ce n\u2019est point le triomphe, mais le combat, ce n\u2019est pas d\u2019avoir vaincu, mais de s\u2019\u00eatre bien battu\u00a0\u00bb. En bref\u00a0! \u00ab\u00a0L\u2019important, c\u2019est de participer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Citius, Altius, Fortius. Communiter.\u00a0\u00bb<\/em> <br>\u00ab\u00a0Plus vite, plus haut, plus fort. Ensemble.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot apocryphe n\u00e9 en 2024, \u00e0 l\u2019occasion des <span class=\"caps\">JO<\/span> de Paris<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La devise <em>Citius, Altius, Fortius<\/em> (\u00ab\u00a0Plus vite, plus haut, plus fort\u00a0\u00bb) est souvent attribu\u00e9e au baron de Coubertin smais sa parternit\u00e9 revient \u00e0 Henri Didon, pr\u00eatre dominicain.<\/p>\n<p>En 2024, elle s\u2019enrichit du mot\u00a0:\u00a0 Communiter (\u00ab\u00a0ensemble\u00a0\u00bb) pour les Jeux Paralympiques, r\u00e9ussite exceptionnelle dans l\u2019ensemble de cette manifestation exceptionnellement r\u00e9ussie, parenth\u00e8se enchant\u00e9e dans une ann\u00e9e politiquement navrante et rat\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0!\u00a0\u00bb Bon mot parfois attribu\u00e9 \u00e0 Voltaire \u25cf D\u00e9finition\u00a0d\u2019origine grecque\u00a0: un apocryphe (\u1f00\u03c0\u03cc\u03ba\u03c1\u03c5\u03c6\u03bf\u03c2 \/ ap\u00f3kryphos, \u00ab\u00a0cach\u00e9\u00a0\u00bb) est un \u00e9crit dont l&#8217;authenticit\u00e9 n&#8217;est pas \u00e9tablie. Pour l\u2019\u00c9glise, les textes sacr\u00e9s apocryphes n\u2019\u00e9taient pas canoniques. Certains \u00c9vangiles sont canoniques et d\u2019autres apocryphes&#8230; Mais cela n\u2019influe pas sur leur qualit\u00e9. \u25cf Nombreux synonymes\u00a0au [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":339,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10137","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10137"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10137\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15482,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10137\/revisions\/15482"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10137"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10137"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}