{"id":10139,"date":"2025-01-27T00:00:00","date_gmt":"2025-01-26T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-ii\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:57","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:57","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-ii\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (II)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), <em>Histoire de France<\/em>, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span>. Renaissance et guerres de religion, r\u00e8gnes d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0: reines en vedette.<\/h3>\n<p>L\u00e9onard de Vinci, Louise de Savoie, Anne de Bretagne, Marie Tudor, \u00c9l\u00e9onore de Habsbourg, Catherine de M\u00e9dicis, Marie Stuart, Marie de M\u00e9dicis, Anne d\u2019Autriche, Mazarin.<\/p>\n<h3>\u00a0<a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-2-81.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>L\u00e9onard de Vinci (1452-1519), prestigieux invit\u00e9 de Fran\u00e7ois Ier\u00a0: ce ma\u00eetre de la Renaissance italienne viendra finir sa vie en France, accompagn\u00e9 de sa Joconde.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avant moi [Fran\u00e7ois\u00a0Ier], tout \u00e9tait grossier, pauvre, ignorant, gaulois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"387\" class=\"cit-num\">387<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Dialogues des morts<\/em> (1692-1696)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9nelon (th\u00e9ologien et p\u00e9dagogue de la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle) met en sc\u00e8ne et oppose Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> \u00e0 son cousin (et successeur) Fran\u00e7ois\u00a0Ier. Baptis\u00e9 par Brant\u00f4me \u00ab\u00a0P\u00e8re et vrai restaurateur des arts et des lettres\u00a0\u00bb, le Roi Chevalier incarne id\u00e9alement la Renaissance, avec ses trente-deux ann\u00e9es de r\u00e8gne au c\u0153ur du beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e qui succ\u00e8de au long Moyen \u00c2ge. Ce ne sont plus seulement les couvents et les universit\u00e9s qui diffusent la culture\u00a0; les cours donnent l\u2019exemple, pratiquant le m\u00e9c\u00e9nat, lan\u00e7ant les modes et cultivant le raffinement.<\/p>\n<p>Paris reste capitale de la France, mais les Valois au pouvoir fuient ses violences r\u00e9volutionnaires et vont en Val de Loire construire leurs ch\u00e2teaux\u00a0: Amboise, Blois, Chambord, Chenonceau. L\u00e0 se situe la vie culturelle, galante et bien souvent politique de la France.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ois\u00a0Ier, d\u00e9courag\u00e9 des guerres lointaines, veuf de son r\u00eave d\u2019Italie, se fait une Italie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (Michelet). Favorable \u00e0 l\u2019esprit nouveau et bien que peu instruit (il ne sait pas le latin connu par la bonne soci\u00e9t\u00e9), il prot\u00e8ge les savants et les \u00e9crivains, second\u00e9 par sa s\u0153ur Marguerite d\u2019Angoul\u00eame (future reine au royaume de Navarre), l\u2019une des femmes les plus cultiv\u00e9es du si\u00e8cle. Il invite des artistes italiens renomm\u00e9s, Cellini, le Rosso, le Primatice. Mais en 1516, le premier et le plus prestigieux de ses h\u00f4tes est L\u00e9onard de Vinci. Constatant le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un quelconque puissant italien, il choisit de s\u2019installer dans le pays qui le r\u00e9clame depuis longtemps. Il arrive donc dans la seconde moiti\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e \u00e0 Amboise, \u00e2g\u00e9 de 64 ans. La pr\u00e9sence en France d\u2019un h\u00f4te si prestigieux est source d\u2019orgueil pour le jeune souverain qui le nomme \u00ab\u00a0premier peintre, premier ing\u00e9nieur et premier architecte du roi.\u00a0\u00bb Il apporte avec lui la Joconde et quelques autre toiles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peintre doit tendre \u00e0 l\u2019universalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9onard de <span class=\"caps\">VINCI<\/span> (1452-1519), <em>Carnets<\/em> (multiples r\u00e9\u00e9ditions)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u2019il est un mot pour d\u00e9finir le personnage, c\u2019est ce d\u00e9sir d\u2019universalit\u00e9 qui caract\u00e9rise l\u2019esprit de la Renaissance n\u00e9e comme lui en Italie, mais port\u00e9 par l\u2019artiste \u00e0 un point extr\u00eame qui fascine ses contemporains et le monde \u00e0 venir. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle en la personne de ses nouveaux historiens rendra hommage \u00e0 L\u00e9onard de Vinci.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne peut sans doute pas y avoir dans le monde un exemple d\u2019un g\u00e9nie si universel, si capable de s\u2019\u00e9panouir, si empli de nostalgie envers l\u2019infini, si naturellement raffin\u00e9, si autant en avance sur son propre si\u00e8cle et les si\u00e8cles suivants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893) cit\u00e9 par Hugh Ross Williamson,<em> Voyage en Italie\u00a0: Naples et Rome<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y eut une fois Quelqu\u2019un qui pouvait regarder le m\u00eame spectacle ou le m\u00eame objet, tant\u00f4t comme l\u2019e\u00fbt regard\u00e9 un peintre, et tant\u00f4t en naturaliste\u00a0; tant\u00f4t comme un physicien, et d\u2019autres fois, comme un po\u00e8te\u00a0: et aucun de ces regards n\u2019\u00e9tait superficiel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VALERY<\/span> (1871-1945) , pr\u00e9face \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition des <em>Carnets<\/em> de L\u00e9onard de Vinci (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet hommage du philosophe fran\u00e7ais le plus respect\u00e9 de son temps au g\u00e9nie universel de la Renaissance italienne est confirm\u00e9 par deux biographe et historiens de l\u2019art, en un raccourci saisissant ou avec des exemples bien choisis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu mis \u00e0 part, L\u00e9onard de Vinci est sans doute l\u2019artiste sur lequel on a le plus \u00e9crit\u2026 Il a inspir\u00e9 les fantasmes les plus l\u00e9gitimes et les d\u00e9ductions les plus saugrenues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Daniel <span class=\"caps\">ARASSE<\/span> (1944-2003), <em>L\u00e9onard de Vinci\u00a0: le rythme du monde<\/em> (1997)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La perception qu\u2019a le grand public de l\u2019\u0153uvre artistique, scientifique et technique du ma\u00eetre semble parfois si \u00e9loign\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 historique que pour certains observateurs, le mythe a pris le pas sur l\u2019Histoire. Mais l\u2019Artiste reste intouchable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e9onard de Vinci est le seul artiste dont on puisse dire avec une parfaite exactitude\u00a0: tout ce qu\u2019il a touch\u00e9 s\u2019est transform\u00e9 en objet d\u2019une \u00e9ternelle beaut\u00e9. Qu\u2019il s\u2019agisse de la section transversale d\u2019un cr\u00e2ne, de la structure d\u2019une mauvaise herbe ou d\u2019une \u00e9tude des muscles, il l\u2019a, avec son sens de la ligne, de la lumi\u00e8re et de l\u2019ombre, \u00e0 jamais transform\u00e9 en valeurs qui communiquent la vie\u00a0; et tout cela sans le vouloir, car la plupart de ces esquisses magiques ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es pour illustrer une r\u00e9flexion purement scientifique, qui seule absorbait son esprit \u00e0 ce moment-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">BERENSON<\/span> (1865-1959), <em>Les Peintres italiens de la Renaissance (The Italian Painters of the Renaissance<\/em>, \u00e9dit\u00e9 \u00e0 Londres, 1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter que \u00ab\u00a0si grand qu\u2019il f\u00fbt comme peintre, il n\u2019en \u00e9tait pas moins r\u00e9put\u00e9 comme sculpteur et architecte, musicien et improvisateur, et toutes les occupations artistiques, quelles qu\u2019elles soient, n\u2019\u00e9taient dans sa carri\u00e8re que des moments arrach\u00e9s \u00e0 la poursuite des connaissances th\u00e9oriques et pratiques. Il semblerait qu\u2019il n\u2019y ait gu\u00e8re eu de domaine de la science moderne qu\u2019il n\u2019ait soit pr\u00e9vu en vision, soit clairement anticip\u00e9, ni ne fut-ce qu\u2019un domaine de sp\u00e9culation fructueuse dans laquelle il n\u2019\u00e9tait pas un libre\u00a0; et comme s\u2019il n\u2019y avait gu\u00e8re de forme d\u2019\u00e9nergie humaine qu\u2019il ne manifest\u00e2t.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces lettres de noblesse et entre <em>mil e tre<\/em>, trois chiffres (dat\u00e9s d\u2019ao\u00fbt 2024) font foi\u00a0de cette universalit\u00e9.\u00a0 Sa fiche Wikip\u00e9dia est traduite en 236 langues. Il bat notre Napol\u00e9on national, personnage mondialement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: 207 langues. Seul J\u00e9sus-Christ fait mieux\u00a0: 267 langues.<br>L\u2019universalit\u00e9 de son g\u00e9nie tient aussi dans l\u2019\u00e9num\u00e9ration des quelque 40 m\u00e9tiers exerc\u00e9s en tant qu\u2019artiste et scientifique\u00a0! Certains relevant de ces deux comp\u00e9tences principales, ils sont class\u00e9s ici par ordre alphab\u00e9tique\u00a0: acousticien, anatomiste (dissection des animaux), architecte, astronome, botaniste, caricaturiste, cartographe, chercheur (scientifique et empirique), chimiste, compositeur de musique, cr\u00e9ateur d\u2019automates, d\u00e9corateur, \u00ab\u00a0designer\u00a0\u00bb, dessinateur (artistique, en b\u00e2timent, industriel), \u00e9crivain, g\u00e9ologue, graveur, hygi\u00e9niste, ing\u00e9nieur civil (hydraulique, hydrodynamique), ing\u00e9nieur militaire (machines volantes, avion, h\u00e9licopt\u00e8re, parachute, sous-marin), ing\u00e9nieur en optique, inventeur, machiniste de th\u00e9\u00e2tre, math\u00e9maticien, m\u00e9canicien (science de la m\u00e9canique, constructeur de machines, automates, v\u00e9hicules automobiles, bicyclette), musicien, organisateur de f\u00eates et de spectacles, peintre, philosophe, physicien, physiologiste, sc\u00e9nographe, sculpteur, urbaniste, zoologiste.<\/p>\n<p>Cette accumulation se r\u00e9sume en un mot\u00a0: <strong>polymathe<\/strong>, artiste et scientifique tout terrain, \u00ab\u00a0ayant une connaissance approfondie d\u2019un grand nombre de sujets diff\u00e9rents, en particulier dans le domaine des sciences, de la philosophie et des arts.\u00a0\u00bb Ajoutons que L\u00e9onard de Vinci fut aussi diplomate, en relation avec les princes de son temps.<\/p>\n<p>Signes particuliers\u00a0: il achevait rarement un travail entrepris, d\u2019o\u00f9 sa qu\u00eate perp\u00e9tuelle de (bons et riches) m\u00e9c\u00e8nes en Italie. Il est \u00e9galement graphomane, accumulant des milliers de notes, croquis, dessins, fables, devinettes, \u00e9bauches et r\u00e9flexions diverses sur quelque 7 200 pages volantes plus tard r\u00e9unies dans ses fameux Carnets toujours cit\u00e9s, mine de renseignements in\u00e9puisables et parfois contradictoires. Il \u00e9tait gaucher, d\u2019o\u00f9 la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9chiffrer ses graffitis (plus facile avec leur reflet dans un miroir). Son homosexualit\u00e9 est av\u00e9r\u00e9e, m\u00eame s\u2019il la dissimule par go\u00fbt du secret (et crainte des repr\u00e9sailles).<\/p>\n<p>Ajoutons un fait essentiel qui le rend sympathique \u00e0 tous les v\u00e9g\u00e9tariens\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai tr\u00e8s t\u00f4t renonc\u00e9 \u00e0 la viande et un jour viendra o\u00f9 les hommes tels que moi proscriront le meurtre des animaux comme ils proscrivent aujourd\u2019hui le meurtre de leurs semblables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9onard de <span class=\"caps\">VINCI<\/span> (1452-1519), <em>Carnets<\/em> (multiples r\u00e9\u00e9ditions)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Reste la plus c\u00e9l\u00e8bre et myst\u00e9rieuse de ses \u0153uvres qui l\u2019accompagne pour son dernier voyage en France, star au mus\u00e9e du Louvre et inestimable tableau\u00a0: la Joconde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La simplicit\u00e9 est la sophistication supr\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9onard de <span class=\"caps\">VINCI<\/span> (1452-1519), <em>Les Carnets<\/em> (r\u00e9dig\u00e9s tout au long de sa vie)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette maxime s\u2019applique parfaitement \u00e0 sa Joconde, tableau de petit format (77 x 53 cm), portrait mi-corps sur fond de vague paysage (en \u00ab\u00a0perspective atmosph\u00e9rique\u00a0\u00bb, passant du brun verd\u00e2tre au vert bleut\u00e9 pour finir en ciel). Quand il r\u00e9pond \u00e0 l\u2019invitation de Fran\u00e7ois Ier, il ne peut se s\u00e9parer de cette \u0153uvre achet\u00e9e 4\u00a0000\u00a0florins d\u2019or, soit 15 kg, et qu\u2019il retouchera jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie. Il mourra subitement \u00e0 67 ans (vraisemblablement d\u2019un nouvel <span class=\"caps\">AVC<\/span>) au manoir du Cloux \u2013 aujourd\u2019hui Ch\u00e2teau du Clos Luc\u00e9, \u00e0 Amboise. Dominique Ingres (1780-1867) l\u2019a repr\u00e9sent\u00e9 mourant dans les bras du roi\u00a0: \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois Ier re\u00e7oit les derniers soupirs de L\u00e9onard de Vinci\u00a0\u00bb (1818). L\u2019image est belle, le symbole aussi, mais la r\u00e9alit\u00e9 douteuse, selon divers historiens. Reste que les deux hommes ont \u00e9t\u00e9 en relation \u00e9troite pendant trois ans.<\/p>\n<p>Ce fils naturel d\u2019une paysanne et d\u2019un notaire, L\u00e9onard n\u00e9 \u00e0 Vinci en Toscane, incarne le G\u00e9nie tel qu\u2019on le con\u00e7oit \u00e0 la Renaissance, universel et inspir\u00e9, mais en m\u00eame temps laborieux. L\u00e9onard multipliait les esquisses pr\u00e9paratoires et les retouches \u00e0 l\u2019infini, d\u2019o\u00f9 sa r\u00e9putation de ne jamais achever ses \u0153uvres\u00a0: \u00ab\u00a0Les d\u00e9tails font la perfection, et la perfection n\u2019est pas un d\u00e9tail.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son ambition artistique est aussi une explication\u00a0: \u00ab\u00a0Faites que votre tableau soit toujours une ouverture au monde.\u00a0\u00bb Mission accomplie, vu la destin\u00e9e de la Joconde et sa r\u00e9putation universelle. \u00ab\u00a0Ce qui fait la noblesse d\u2019une chose, c\u2019est son \u00e9ternit\u00e9.\u00a0\u00bb L\u00e0 encore, sa Joconde est l\u2019\u0153uvre exemplaire\u00a0!<\/p>\n<p>Avec ces trois citations, l\u2019artiste explique le myst\u00e8re et la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de cette jeune femme, Florentine nomm\u00e9e Lisa del Giocondo, \u00e9pouse d\u2019un riche commer\u00e7ant de soie qui passe commande du tableau. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est trop simple pour \u00eatre v\u00e9rit\u00e9\u00a0! \u00c9galement nomm\u00e9e Mona (ou Monna) Lisa, cette femme pourrait avoir d\u2019autres identit\u00e9s (ressemblance avec deux Dames connues), ou repr\u00e9senter la m\u00e8re ador\u00e9e de L\u00e9onard (obs\u00e9d\u00e9 par le visage de la morte)\u2026 et m\u00eame \u00eatre un homme \u2013 le mod\u00e8le cher \u00e0 l\u2019artiste homosexuel, un androgyne pr\u00eatant \u00e9galement ses traits \u00e0 son Saint Jean Baptiste\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Joconde\u00a0! Sphinx de beaut\u00e9 qui sourit si myst\u00e9rieusement dans le cadre de L\u00e9onard de Vinci et semble\u00a0 proposer \u00e0 l\u2019admiration des si\u00e8cles une \u00e9nigme qu\u2019ils n\u2019ont pas encore r\u00e9solue, un attrait invincible ram\u00e8ne toujours vers toi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872 ), \u00ab\u00a0Salon Carr\u00e9\u00a0\u00bb,<em> Guide de l\u2019amateur au Mus\u00e9e du Louvre<\/em> (1882)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e romantique fut fascin\u00e9s par les yeux et le sourire de la Joconde \u2013 au point d\u2019en perdre parfois la raison. Romancier, auteur de contes fantastiques et critique d\u2019art, Th\u00e9ophile Gautier est sous le charme\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle fixit\u00e9 inqui\u00e9tante et quel sardonisme surhumain dans ces prunelles sombres, dans ces l\u00e8vres onduleuses comme l\u2019arc de l\u2019Amour apr\u00e8s qu\u2019il a d\u00e9coch\u00e9 le trait\u00a0! Ne dirait-on pas que la Joconde est l\u2019Isis d\u2019une religion cryptique qui, se croyant seule, entr\u2019ouvre les plis de son voile, d\u00fbt l\u2019imprudent qui la surprendrait devenir fou et mourir\u00a0! Jamais l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin n\u2019a rev\u00eatu de formes plus in\u00e9luctablement s\u00e9duisantes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La fascination op\u00e8re souvent, mais d\u2019autres avis existent et les caricatures de la Dame n\u2019ont jamais cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessin\u00e9 des moustaches sont morts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>La T\u00eate d\u2019obsidienne<\/em> (1974)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce passionn\u00e9 d\u2019art fut souvent plus lyrique au point d\u2019en devenir herm\u00e9tique, mais l\u2019humour s\u2019impose parfois, face au myst\u00e8re existentiel du tableau demeur\u00e9 le plus c\u00e9l\u00e8bre au monde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Joconde a une t\u00eate de femme de m\u00e9nage, je ne comprends pas pourquoi on fait tant de chichis pour cette bonne femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">COHEN<\/span> (1895-1981),<em> Cahiers d\u2019Albert Cohen<\/em> n\u00b027, J\u00e9r\u00f4me Cabot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur de<em> Belle du seigneur<\/em> (roman d\u2019amour passion entre Solal et Ariane) reste visiblement insensible au charme de Mona Lisa, qui demeure naturellement inexplicable.<\/p>\n<p>Les critiques et historiens d\u2019art ont quand m\u00eame trouv\u00e9 une raison au ph\u00e9nom\u00e8ne Joconde\u00a0: le \u00ab\u00a0sfumato\u00a0\u00bb (enfum\u00e9, en italien), une technique picturale de la Renaissance qui donne au sujet des contours impr\u00e9cis au moyen de glacis d\u2019une texture lisse et transparente. En terme moins scientifique, le flou artistique pourrait expliquer le myst\u00e8re qui se d\u00e9gage du tableau.<\/p>\n<p>Reste l\u2019Artiste toujours amoureux de son art pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 (la peinture), de la vie et de la nature, qui s\u2019exprime en quelques mots simples\u00a0(\u00ab\u00a0M\u00e9ditation sur la jeunesse, la vieillesse\u00a0\u00bb, extrait de ses <em>Carnets<\/em>)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Alors que je croyais apprendre \u00e0 vivre, j\u2019apprenais \u00e0 mourir.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Comme une journ\u00e9e bien remplie nous donne un bon sommeil, une vie bien v\u00e9cue nous m\u00e8ne \u00e0 une mort paisible.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Savoir \u00e9couter, c\u2019est poss\u00e9der, outre le sien, le cerveau des autres.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le fer se rouille, faute de s\u2019en servir, l\u2019eau stagnante perd de sa puret\u00e9 et se glace par le froid. De m\u00eame, l\u2019inaction sape la vigueur de l\u2019esprit.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tant que dure ta jeunesse, acquiers des choses qui ensuite te consoleront du dommage de ta vieillesse.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019\u0153il, appel\u00e9 fen\u00eatre de l\u2019\u00e2me, est la principale voie par o\u00f9 notre intellect peut appr\u00e9cier pleinement et magnifiquement l\u2019\u0153uvre infinie de la nature.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le peintre lutte et rivalise avec la nature.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Celui qui n\u2019aime pas la vie ne la m\u00e9rite pas.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Plaise au Seigneur, lumi\u00e8re de toutes choses, de m\u2019\u00e9clairer, pour que je traite dignement de la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0La peinture semble chose miraculeuse, elle rend palpable l\u2019impalpable, elle pr\u00e9sente en relief l\u2019objet plan et produit un effet d\u2019\u00e9loignement pour les choses rapproch\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Louise de Savoie (1476-1531), m\u00e8re de Fran\u00e7ois Ier son \u00ab\u00a0C\u00e9sar ador\u00e9\u00a0\u00bb, deux fois r\u00e9gente et forte t\u00eate politique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libris et liberis\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Pour des livres et pour des enfants\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUISE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">SAVOIE<\/span> (1476-1531), sa devise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du duc Philippe <span class=\"caps\">II<\/span> de Savoie et de Marguerite de Bourbon, mari\u00e9e \u00e0 Charles d\u2019Angoul\u00eame, cousin de Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>, ses deux enfants marqueront l\u2019Histoire\u00a0: Marguerite (future reine de Navarre et po\u00e9tesse) et Fran\u00e7ois Ier.<\/p>\n<p>Veuve \u00e0 dix-neuf ans, elle se consacre \u00e0 leur \u00e9ducation, aid\u00e9e par son confesseur, le cardinal Cristoforo Numai de Forl\u00ec. Elle fut elle-m\u00eame \u00e0 bonne \u00e9cole avec sa tante Anne de Beaujeu. Les livres de Christine de Pisan font aussi partie de sa fameuse biblioth\u00e8que. Suivant sa devise, elle fait \u0153uvre de m\u00e9c\u00e8ne, passant commande de nombreux manuscrits destin\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation. Son unique objectif, pr\u00e9parer son fils, son \u00ab\u00a0C\u00e9sar bien-aim\u00e9\u00a0\u00bb au m\u00e9tier de roi, Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> n\u2019ayant pas de descendant m\u00e2le.<\/p>\n<p>Lorsque Fran\u00e7ois Ier h\u00e9rite du tr\u00f4ne de France en janvier 1515, Louise a trente-huit ans. D\u00e9sormais titr\u00e9e duchesse d\u2019Angoul\u00eame, duchesse d\u2019Anjou et comtesse du Maine, \u00ab\u00a0encore belle de teint, tr\u00e8s vive et enjou\u00e9e\u00a0\u00bb (selon Antonio de Beatis, chanoine et \u00e9crivain), elle ne vit que pour voir son fils aur\u00e9ol\u00e9 de gloire, pr\u00eate \u00e0 l\u2019assister dans tout ce qu\u2019il entreprendra, qu\u2019elle soit d\u2019accord avec lui ou non. Mais son influence est consid\u00e9rable et elle exercera personnellement le pouvoir, deux fois r\u00e9gente, quand son fils part en guerre, obs\u00e9d\u00e9 par le r\u00eave italien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et vous promets, Madame, que si bien accompagn\u00e9s et si galants qu\u2019ils soient, deux cents hommes d\u2019armes que nous \u00e9tions en d\u00e9f\u00eemes bien quatre mille Suisses et les repouss\u00e2mes rudement, si gentils galants qu\u2019ils soient, leur faisant jeter leurs piques et crier France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"439\" class=\"cit-num\">439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547), Lettre \u00e0 sa m\u00e8re Louise de Savoie, au soir du 13\u00a0septembre 1515 \u00e0 Marignan. <em>Fin de la vieille France\u00a0: Fran\u00e7ois Ier, portraits et r\u00e9cits du seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em> (1885), C. Coignet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son \u00ab\u00a0C\u00e9sar triomphant\u00a0\u00bb lui conte par le menu la premi\u00e8re partie de la bataille de Marignan. Les Suisses sont les alli\u00e9s du duc de Milan\u00a0: redoutables combattants, ils barrent l\u2019acc\u00e8s de l\u2019Italie en tenant les divers cols. Ces milices paysannes sont redout\u00e9es pour leurs charges en masses compactes, au son lugubre des trompes de berger. Cette victoire fait date dans l\u2019histoire de France\u00a0: 1515, Marignan.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est perdu, fors l\u2019honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"453\" class=\"cit-num\">453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547), Lettre \u00e0 Louise de Savoie apr\u00e8s la bataille de Pavie, 25\u00a0f\u00e9vrier 1525. <em>Histoire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier et de la Renaissance<\/em> (1878), Eug\u00e8ne de la Gournerie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dix ans apr\u00e8s la plus belle victoire du r\u00e8gne, voici la pire des d\u00e9faites, suivie de la captivit\u00e9 du roi. Forte de de son exp\u00e9rience et des le\u00e7ons d\u2019Anne de Beaujeu, la r\u00e9gente organise la continuit\u00e9 du royaume, gouverne selon ses int\u00e9r\u00eats politiques et familiaux, menant une contre-offensive contre l\u2019empereur Charles Quint. Elle s\u2019illustre par ses succ\u00e8s diplomatiques, second\u00e9e par le chancelier Duprat. Les alliances avec l\u2019Angleterre de Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span> et l\u2019empire ottoman de Soliman le Magnifique permettent finalement la lib\u00e9ration du roi, le 19 f\u00e9vrier 1526 \u2013 contre la d\u00e9tention de ses fils Fran\u00e7ois et Henri laiss\u00e9s en otage. Elle n\u00e9gocie ensuite au nom de son fils avec Marie de Luxembourg et Marguerite d\u2019Autriche (tante de Charles Quint)\u00a0: la \u00ab\u00a0paix des Dames\u00a0\u00bb, sign\u00e9e \u00e0 Cambrai le 5 ao\u00fbt 1529, permet la lib\u00e9ration de ses deux petits-enfants (contre deux millions d\u2019\u00e9cus d\u2019or).<\/p>\n<p>Comme sa fille Marguerite d\u2019Angoul\u00eame, elle prot\u00e8ge les premiers R\u00e9formateurs dont Jacques Lef\u00e8vre d\u2019\u00c9taples et les membres du c\u00e9nacle de Meaux\u00a0: le protestantisme se r\u00e9pand rapidement dans leur entourage.<\/p>\n<p>Nourrie par la lecture de Christine de Pisan qui affirme la possibilit\u00e9 d\u2019un pouvoir f\u00e9minin fond\u00e9 sur la sagesse et la prudence, elle impose sur la sc\u00e8ne politique l\u2019image d\u2019une princesse humble, sage et pieuse, d\u00e9vou\u00e9e et li\u00e9e au royaume par une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0caritas\u00a0\u00bb (charit\u00e9 chr\u00e9tienne).<\/p>\n<p>Au final, cette reine m\u00e8re et r\u00e9gente se r\u00e9v\u00e8le l\u2019un des grands hommes d\u2019\u00c9tat que la France ait connus, plus souple que Blanche de Castille et plus intelligente que Catherine de M\u00e9dicis (attache\u0301e a\u0300 l\u2019esprit de clan dans la tradition italienne). N\u2019en d\u00e9plaise a\u0300 Brant\u00f4me, bien mieux qu\u2019Anne de Beaujeu, Louise de Savoie m\u00e9rite le nom de roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Car si jamais j\u2019\u00e9crivis ou parlais \u00a0<br>Et au profit du commun entendente, <br>Constante, forte, souffrant adversit\u00e9 <br>\u00c0 cette heure-ci, me sens tout incit\u00e9 <br>La pr\u00e9f\u00e9rer sur toutes autres femmes. <br>Las, la Princesse eut c\u0153ur chevalereux <br>Oncques la France ne fut mieux gouvern\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jehan <span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">PR\u00c9<\/span>, \u00ab\u00a0homme d\u2019armes\u00a0\u00bb et humaniste de la Renaissance, <em>Palais des nobles dames<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour d\u00e9fendre \u00ab\u00a0la querelle des honnestes femmes\u00a0\u00bb, il composa cette \u0153uvre adress\u00e9e \u00e0 Marguerite de Navarre. Ce livret f\u00e9ministe avant l\u2019heure s\u2019inscrit dans la tradition de ces recueils de femmes illustres ou vertueuses et l\u2019humaniste loue Louise de Savoie, trois ans apr\u00e8s sa mort \u2013 le 22 septembre 1531, alors qu\u2019elle se rendait dans son ch\u00e2teau de Romorantin (Val de Loire) avec sa fille Marguerite, pour fuir la peste qui s\u00e9vissait \u00e0 Fontainebleau.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois ordonna pour sa m\u00e8re des obs\u00e8ques dignes du \u00ab\u00a0roi\u00a0\u00bb. Le po\u00e8te Cl\u00e9ment Marot la d\u00e9peint comme une sainte qui a r\u00e9form\u00e9 la cour de France et lui a enfin donn\u00e9 de bonnes m\u0153urs, au point que \u00ab\u00a0son tr\u00e9pas laisse le pays et la nature sans vie, les nymphes et les dieux accourent et g\u00e9missent.\u00a0\u00bb Cette unanimit\u00e9 historique impose quelques retouches. Autre temps, autres m\u0153urs, autre jugement\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louise de Savoie ne donna a\u0300 son fils ni principes ni exemples moraux\u00a0: pour lui, la royaute\u0301 souveraine\u00a0; pour elle-me\u0302me, le rang, l\u2019influence, et la richesse de reine me\u0300re, et pour tous deux la grandeur servant a\u0300 la satisfaction de leurs passions, c\u2019e\u0301taient la\u0300 toute la pre\u0301occupation et tout le travail de sa vie maternelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em><span class=\"caps\">L\u2019H<\/span>istoire de France\u00a0: depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789, racont\u00e9e \u00e0 mes petits-enfants<\/em> (1872-1876)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien protestant du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, conservateur lib\u00e9ral et doctrinaire, contredit l\u2019humaniste de la Renaissance et la plupart des t\u00e9moins, mais c\u2019est de bonne guerre. Aucun homme politique ne fait l\u2019unanimit\u00e9, surtout si c\u2019est une femme\u00a0!<\/p>\n<p>Anne de Bretagne (1477-1514), deux fois reine de France et forte de son duch\u00e9 de Bretagne, femme de caract\u00e8re morte \u00e0 36 ans et devenue l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malo mori quam f\u0153dari\u00a0\u00bb (en latin) \u00ab\u00a0Kentoc\u2019h mervel eget beza\u00f1 saotret\u00a0\u00bb (en breton)<br>\u00ab\u00a0Plut\u00f4t mourir que se d\u00e9shonorer\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re la mort \u00e0 la souillure\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"420\" class=\"cit-num\">420<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ANNE<\/span> de <span class=\"caps\">BRETAGNE<\/span> (1477-1514), sa devise. Et elle prend pour symbole la blanche hermine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, dernier duc de Bretagne, elle lui succ\u00e8de le 9\u00a0septembre 1488 \u00e0 la t\u00eate du duch\u00e9 de Bretagne. Elle a 13 ans et c\u2019est le d\u00e9but d\u2019une vie publique (et priv\u00e9e) mouvement\u00e9e pour une femme de caract\u00e8re qui deviendra (deux fois) reine de France \u2013 mari\u00e9e \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>, puis Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span>.<\/p>\n<p>N\u2019ayant pas de fr\u00e8re, elle est d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 9 ans h\u00e9riti\u00e8re du duch\u00e9 par les \u00c9tats de Rennes et reconnue duchesse \u00e0 11 ans. Elle est mari\u00e9e par procuration au roi des Romains, Maximilien, d\u2019o\u00f9 la reprise des hostilit\u00e9s entre la Bretagne et la France. Nantes est livr\u00e9e aux Fran\u00e7ais et Rennes assi\u00e9g\u00e9e en 1491.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vit-on jamais en pays allemand Empereur tol\u00e9rer une telle honte\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"422\" class=\"cit-num\">422<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Parole d\u2019un chroniqueur autrichien. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Histoire de femmes toujours associ\u00e9e \u00e0 des questions de successions \u2013 l\u2019enjeu \u00e9tant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9 du royaume de France\u00a0! En novembre\u00a01491, le roi de France Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> renvoie sa fille Marguerite \u00e0 l\u2019empereur Maximilien Ier \u2013 sa fianc\u00e9e depuis 1482, \u00e2g\u00e9e de 2\u00a0ans, d\u00e8s lors \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la cour de France. Et il lui prend sa femme Anne de Bretagne \u2013 \u00e9pous\u00e9e par procuration en 1490. Devant la pression des Fran\u00e7ais, elle consent \u00e0 14 ans au mariage avec Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span>, obtenant en \u00e9change le maintien des privil\u00e8ges de la Bretagne. Mariage discret et sans l\u2019accord du pape, union personnelle entre Couronnes. Le contrat de mariage pr\u00e9cise qu\u2019il est fait \u00ab\u00a0pour assurer la paix entre le duch\u00e9 de Bretagne et le royaume de France\u00a0\u00bb. Anne de Bretagne est d\u00e9sormais reine de France, couronn\u00e9e le 8 f\u00e9vrier 1492 en la basilique de Saint-Denis.<\/p>\n<p>Elle s\u2019engage \u00e9galement \u00e0 \u00e9pouser l\u2019h\u00e9ritier de son mari en cas de veuvage sans post\u00e9rit\u00e9. Ainsi son duch\u00e9, la Bretagne, restera-t-il \u00e0 la France. Elle passe beaucoup de temps en grossesses (huit filles). Elle devient reine de Naples et de J\u00e9rusalem lors de la conqu\u00eate de Naples par Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span>. C\u2019est aussi la premi\u00e8re reine de France tr\u00e8s attach\u00e9e au m\u00e9c\u00e9nat, recherch\u00e9e par les artistes et auteurs de son \u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Anne par la gr\u00e2ce de Dieu, reine des Fran\u00e7ais et duchesse des Bretons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ANNE<\/span> de <span class=\"caps\">BRETAGNE<\/span>\u00a0(1476-1514), gravure \u00e0 son effigie sur les pi\u00e8ces d\u2019or<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort de son mari Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span> (1498), Anne fait frapper 10 000 monnaies d\u2019or \u00e0 son effigie\u00a0: elle s\u2019y fait repr\u00e9senter en majest\u00e9 sur un grand tr\u00f4ne (cath\u00e8dre). Elle porte un manteau royal arborant les fleurs de lys du royaume de France, avec les hermines du duch\u00e9 de Bretagne. En tant que reine de France, elle porte la couronne. Dans sa main droite une \u00e9p\u00e9e en tant que chef des arm\u00e9es, dans la gauche un sceptre montrant son autorit\u00e9 de souveraine.<\/p>\n<p>Elle regagne son duch\u00e9 de Bretagne et le principe du mariage avec Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> est acquis, \u00e0 condition qu\u2019il obtienne l\u2019annulation de son pr\u00e9c\u00e9dent mariage (impos\u00e9 par Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> avec sa fille Jeanne la Boiteuse). Ce troisi\u00e8me mariage est conclu dans des conditions bien diff\u00e9rentes du pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: l\u2019enfant vaincue est d\u00e9sormais une jeune reine douairi\u00e8re, duchesse souveraine de l\u2019\u00c9tat Breton dont l\u2019\u00e9poux est un ancien alli\u00e9, ami et pr\u00e9tendant.<\/p>\n<p>Anne se donne toute \u00e0 son duch\u00e9. Elle commence son \u00ab\u00a0tour de Bretagne\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le Tro Breizh\u00a0\u00bb (en breton), visitant des lieux qu\u2019elle n\u2019avait pu fr\u00e9quenter enfant. Officiellement, il s\u2019agit d\u2019un p\u00e8lerinage aux sanctuaires bretons. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un voyage politique et un acte d\u2019ind\u00e9pendance qui vise \u00e0 affirmer sa souverainet\u00e9. De juin \u00e0 septembre 1505, ses vassaux la re\u00e7oivent fastueusement. Elle en profite pour s\u2019assurer de la bonne collecte des imp\u00f4ts et se faire conna\u00eetre du peuple \u00e0 l\u2019occasion de festivit\u00e9s, p\u00e8lerinages et entr\u00e9es triomphales dans les villes du duch\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux supplient tr\u00e8s humblement le roi que [\u2026] il lui pl\u00fbt d\u2019accorder le mariage de sa fille avec Monseigneur d\u2019Angoul\u00eame, Monsieur Fran\u00e7ois [\u2026] qui est tout Fran\u00e7ois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"431\" class=\"cit-num\">431<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de Tours, 14\u00a0mai 1506. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la Champagne et de la Brie<\/em> (1897), Maurice Poinsignon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00c9tats contestent avec raison le mariage projet\u00e9 entre Claude de France (fille de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> et d\u2019Anne de Bretagne) et le petit-fils de Maximilien d\u2019Autriche (futur Charles Quint). C\u2019est le r\u00e9sultat du trait\u00e9 de Blois (1504), en \u00e9change de quoi Maximilien s\u2019allie avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> pour servir ses ambitions italiennes (sur le Milanais). C\u2019est aussi la cons\u00e9quence de la haine entre deux femmes\u00a0: la reine Anne qui n\u2019a nulle envie de donner sa fille et sa Bretagne \u00e0 Fran\u00e7ois (futur Fran\u00e7ois\u00a0Ier), fils de son ennemie personnelle Louise de Savoie. La France de la Renaissance risque gros avec ces querelles de famille et cette conception patrimoniale encore tr\u00e8s f\u00e9odale du royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi, notre souverain seigneur justement baptis\u00e9 \u00ab\u00a0le P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb [\u2026] donne satisfaction \u00e0 votre requ\u00eate, il veut que le mariage se fasse de Madame Claude, sa fille, et de Monseigneur de Valois [d\u2019Angoul\u00eame].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"432\" class=\"cit-num\">432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal d\u2019<span class=\"caps\">AMBOISE<\/span> (1460-1510), \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, 16\u00a0mai 1506. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Claude de France n\u2019\u00e9pousera pas le futur Charles Quint \u2013 ce qui aurait chang\u00e9 la suite de l\u2019histoire de France. Le mariage de Mg de Valois, futur Fran\u00e7ois Ier (h\u00e9ritier du tr\u00f4ne, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> \u00e9tant sans fils) avec Claude de France assurera le maintien de la Bretagne dans la suzerainet\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, on n\u2019en est qu\u2019aux fian\u00e7ailles (ratifi\u00e9es par les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux) des deux cousins, un (gros) gar\u00e7on de 12\u00a0ans avec une petite fille de 7\u00a0ans. C\u2019est quand m\u00eame la victoire de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> qui veut \u00ab\u00a0n\u2019allier ses souris qu\u2019aux rats de son grenier\u00a0\u00bb contrairement \u00e0 sa femme toujours oppos\u00e9e \u00e0 cette union.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La reine est morte\u00a0! la reine est morte\u00a0! la reine est morte\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri du h\u00e9raut d\u2019armes de Bretagne Pierre Choque, prononc\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 9 janvier 1514.\u00a0 Didier Le Fur, <em>Anne de Bretagne<\/em> (2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Us\u00e9e par les maternit\u00e9s et les fausses couches, atteinte de la gravelle (maladie r\u00e9nale), la reine meurt \u00e0 36 ans au ch\u00e2teau de Blois, apr\u00e8s avoir dict\u00e9 par testament la partition de son corps (c\u0153ur, entrailles et ossements) avec des s\u00e9pultures multiples, privil\u00e8ge de la dynastie cap\u00e9tienne. Anne de Bretagne est inhum\u00e9e dans la n\u00e9cropole royale de la basilique de Saint-Denis\u00a0: ses fun\u00e9railles d\u2019une ampleur exceptionnelle durent quarante jours et vont inspirer toutes les fun\u00e9railles royales jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Anne fut une femme d\u2019un temps qui ne se souciait gu\u00e8re des femmes et dut \u00eatre la fois femme dans sa vie priv\u00e9e et homme de pouvoir dans ses apanages. Elle dut en m\u00eame temps donner des h\u00e9ritiers \u00e0 la couronne de France et ses faire ob\u00e9ir sur ses terres convoit\u00e9es par de grands seigneurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Claire <span class=\"caps\">LHO\u00cbR<\/span> (n\u00e9e en 1969), <em>Anne de Bretagne, duchesse et reine de France<\/em> (2020)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette nouvelle biographie venant apr\u00e8s les travaux de Didier Le Fur remet l\u2019Histoire au c\u0153ur de la l\u00e9gende et replace le personnage dans son temps, \u00e0 la charni\u00e8re du Moyen Age et de la Renaissance.<\/p>\n<p>Anne de Bretagne n\u2019est plus la victime silencieuse de la diplomatie fran\u00e7aise qui lui impose ses mariages avec Charles <span class=\"caps\">VIII<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>. Il faut aussi rectifier le clich\u00e9 r\u00e9gionaliste de la noble paysanne fi\u00e8re de sa terre et sa culture, \u00ab\u00a0Dame Anne, la duchesse aux sabots\u00a0\u00bb portant costume et coiffe bretonne, image vulgaris\u00e9e \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e pour animer les \u00ab\u00a0banquets celtiques\u00a0\u00bb de Paris et toujours vivante dans le c\u0153ur des r\u00e9gionalistes bretons.<\/p>\n<p>Au final, une grande reine de France aimant le pouvoir, ses privil\u00e8ges et ses atours, ent\u00eat\u00e9e, voire cynique et calculatrice, capable de tenir t\u00eate \u00e0 ses adversaires, une r\u00e9sistante qui \u00e9vita aux Bretons des conflits interminables tout en leur assurant la prosp\u00e9rit\u00e9, contribuant (post mortem et paradoxalement) au rattachement de la Bretagne \u00e0 la France. Bref, une femme politique avant l\u2019heure, \u00e0 rapprocher d\u2019Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine (plus scandaleuse) et Catherine de M\u00e9dicis (plus sulfureuse).<\/p>\n<h4>Marie Tudor (1516-1558), reine de France mari\u00e9e \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>, puis premi\u00e8re reine d\u2019Angleterre dite Marie la Sanglante, demi-s\u0153ur d\u2019\u00c9lisabeth.<\/h4>\n<p>Marie Tudor a 18 ans quand elle \u00e9pouse Louis <span class=\"caps\">XII<\/span> de France, \u00e2g\u00e9 de 52 ans. Ce mariage redonne un peu de vigueur au roi veuf d\u2019Anne de Bretagne. Il veut un fils pour emp\u00eacher que la couronne ne passe \u00e0 son cousin, le futur Fran\u00e7ois Ier. La reine souhaite \u00e9galement un fils pour garder son titre et ne pas \u00eatre renvoy\u00e9e en Angleterre apr\u00e8s la mort de son \u00e9poux, mais les jours du roi semblent compt\u00e9s. Il meurt le 1er janvier 1515 de consomption, trois mois apr\u00e8s le mariage. On internera Marie 40 jours \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de Cluny afin de s\u2019assurer qu\u2019elle ne porte pas d\u2019enfant.<\/p>\n<p>Louise de Savoie fait surveiller la \u00ab\u00a0reine blanche\u00a0\u00bb (couleur du deuil \u00e0 l\u2019\u00e9poque), car toute grossesse pourrait \u00e9carter son fils Fran\u00e7ois du tr\u00f4ne. D\u00e9but mars 1515, Marie est surprise avec Charles Brandon, duc de Suffolk, favori du roi Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>. La jeune reine et Brandon, de 12 ans son a\u00een\u00e9, sont tous deux renvoy\u00e9s le lendemain en Angleterre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une jalouse reine, vraie fille d\u2019Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>, dont l\u2019alc\u00f4ve, comme celle de son p\u00e8re, s\u2019ouvrait de plain-pied sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Marie Tudor (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Drame historique situ\u00e9 \u00e0 Londres en 1553, mettant en sc\u00e8ne Marie Tudor, premi\u00e8re reine d\u2019Angleterre, amoureuse de Fabiano Fabiani, s\u00e9duisant aventurier, favori de la reine honni de la cour et du peuple.<\/p>\n<p>Pass\u00e9e \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 sous le nom de <em>Bloody Mary<\/em> ou Marie la Sanglante, Marie Tudor fait figure de reine mal-aim\u00e9e. De son r\u00e8gne bref (1553-1558), on retient l\u2019intol\u00e9rance religieuse et la rudesse de cette souveraine catholique, les b\u00fbchers de Londres (quelque 300 protestants br\u00fbl\u00e9s vifs pour leur foi), l\u2019alliance avec l\u2019Espagne pour ramener par la force le pays dans le giron catholique\u2026 et la prise de Calais par les Fran\u00e7ais en 1558.<\/p>\n<p>Cette l\u00e9gende noire est n\u00e9e sous le r\u00e8gne de sa jeune s\u0153ur \u00c9lisabeth I\u00e8re et de l\u2019historiographie protestante officielle en Angleterre. Le reste du monde a suivi, par haine de l\u2019Angleterre et par une forme d\u2019indulgence qui pardonne tout aux h\u00e9r\u00e9tiques et aux schismatiques et rien aux fid\u00e8les de l\u2019\u00c9glise catholique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on ouvrait mon c\u0153ur, on y trouverait grav\u00e9 le nom de Calais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"488\" class=\"cit-num\">488<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">TUDOR<\/span> (1516-1558), son mot de la fin.<em> Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1844), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi s\u2019exprime la reine d\u2019Angleterre, mourante dit-on du chagrin que lui a caus\u00e9 la perte de cette ville, seule place rest\u00e9e anglaise en France, \u00e0 la fin de la guerre de Cent Ans. Sauv\u00e9e du massacre par les bourgeois de Calais, la ville fut quelque peu oubli\u00e9e par les rois de France, davantage int\u00e9ress\u00e9s par la riche et fascinante Italie.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs parce que la France commence la onzi\u00e8me \u2013 et derni\u00e8re \u2013 guerre d\u2019Italie en attaquant le royaume de Naples, que le roi d\u2019Espagne Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (fils de Charles Quint et mari de la reine d\u2019Angleterre) attaque en Picardie, par les Pays-Bas. Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, redoutant plus que tout une invasion espagnole, rappelle Fran\u00e7ois de Guise dit le Balafr\u00e9 en route vers l\u2019Italie, et le nomme lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume. Il reprend Calais aux Anglais le 13\u00a0janvier 1558, apr\u00e8s un si\u00e8ge tr\u00e8s bref de six jours et malgr\u00e9 les renforts envoy\u00e9s par Marie Tudor.<\/p>\n<p>La perte de cette ville rendra encore plus impopulaire dans son pays Marie la Sanglante. Elle meurt au terme d\u2019une longue agonie, le c\u0153ur bris\u00e9 d\u2019avoir perdu Calais, mais dit-on aussi Philippe qui s\u2019est \u00e9loign\u00e9 d\u2019elle pour retourner en Espagne apr\u00e8s un an de mariage. Bref, un destin tragique, un r\u00e8gne court et malheureux qui contraste avec celui d\u2019\u00c9lisabeth I\u00e8re.<\/p>\n<h4>\u00c9l\u00e9onore de Habsbourg (1498-1558), s\u0153ur de Charles Quint, mariage forc\u00e9 avec Fran\u00e7ois\u00a0Ier.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le trait\u00e9 qu\u2019il lui faut ce jour signer au profit de l\u2019Empereur, il l\u2019a fait et le fait pour \u00e9viter les maux et inconv\u00e9nients qui pourraient advenir \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9 et \u00e0 son royaume, et c\u2019est par force et contrainte, d\u00e9tention et longueur de prison, que tout ce qui est convenu sera et demeurera nul et de nul effet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"459\" class=\"cit-num\">459<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547), \u00e0 ses conseillers, avant de signer le trait\u00e9 de Madrid du 14\u00a0janvier 1526. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prisonnier de Charles Quint apr\u00e8s sa d\u00e9faite \u00e0 Pavie et pour retrouver sa libert\u00e9, le roi de France renonce \u2013 sur le papier \u2013 \u00e0 toute pr\u00e9tention sur l\u2019Italie, la Flandre et l\u2019Artois. Il s\u2019engage \u00e0 c\u00e9der la Bourgogne \u00e0 Charles Quint et \u00e0 \u00e9pouser sa s\u0153ur, \u00c9l\u00e9onore de Habsbourg (sa femme Claude \u00e9tant morte en 1524). Il laisse en otage ses deux fils, Fran\u00e7ois et Henri (futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), le 17\u00a0avril 1526. Le voil\u00e0 libre.<\/p>\n<p>Il \u00e9pouse \u00c9l\u00e9onore, mais ne respecte pas les autres clauses du trait\u00e9\u00a0: il garde la Bourgogne, forme la Ligue de Cognac avec le pape, Venise, quelques villes italiennes, l\u2019Angleterre et quelques princes allemands. La troisi\u00e8me guerre contre Charles Quint commence. Tout cela va peser sur le r\u00e8gne d\u2019\u00c9l\u00e9onore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Unica semper avis\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0le seul oiseau de tous les temps\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise d\u2019\u00c9l\u00e9onore de Habsbourg \u2013 prenant pour embl\u00e8me le ph\u00e9nix, oiseau qui rena\u00eet de ses cendres, symbole de son amour fid\u00e8le et de sa double royaut\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pourtant\u2026 Le roi de France respecte sa femme, mais il ne l\u2019aime pas. C\u2019est la s\u0153ur de son plus grand ennemi et le mariage est purement politique, sinon forc\u00e9 \u2013 seul moyen de retrouver la libert\u00e9. La nouvelle reine se montre discr\u00e8te et r\u00e9serv\u00e9e \u2013 alors qu\u2019il aime les fortes personnalit\u00e9s, comme sa m\u00e8re Blanche de Castille et sa s\u0153ur Marguerite (future reine Margot).<\/p>\n<p>Seul moyen pour \u00c9l\u00e9onore de se faire une place \u00e0 la cour de France, mettre au monde un enfant. Mais le roi, d\u00e9j\u00e0 p\u00e8re de deux fils \u2013 Henri, futur Henri <span class=\"caps\">II<\/span>, et Charles \u2013 ne souhaite pas avoir d\u2019autres enfants. La reine de France se retrouve comme une \u00e9trang\u00e8re aupr\u00e8s des courtisans qui la traitent comme telle. Malgr\u00e9 ce sentiment d\u2019exclusion, elle appr\u00e9cie son \u00e9poux. Elle honore de sa pr\u00e9sence chacun de ses d\u00e9placements et prend son r\u00f4le de reine au s\u00e9rieux. Elle \u0153uvre surtout au quotidien pour r\u00e9concilier son mari et son fr\u00e8re \u2013 mais en vain.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Fran\u00e7ois, il ne cache plus sa liaison avec sa favorite Anne de Pisseleu, duchesse d\u2019\u00c9tampes. Les t\u00e9moignages abondent, avec plus ou moins de parti pris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsque Fran\u00e7ois et \u00c9l\u00e9onore logent sous le m\u00eame toit, ils ne partagent pas leur lit un jour sur quatre\u00a0; en plus il lui parle tr\u00e8s rarement en public\u00a0; et il ne quitte jamais la chambre de madame ou le retient l\u2019amour pour son ancienne ma\u00eetresse, Mademoiselle d\u2019Heilly [Anne de Pisseleu].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sir Francis <span class=\"caps\">BRYAN<\/span> (1490-1550), ambassadeur d\u2019Angleterre, rapportant les faits \u00e0 son ma\u00eetre, Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>. Robert J. Knecht, <em>\u00c9l\u00e9onore d\u2019Autriche<\/em> (2019), Presses universitaires de Rennes (2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ambassadeur est trop heureux de t\u00e9moigner plus avant\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas eu de banquet ni de festin o\u00f9, une fois la table dress\u00e9e, il ne soit pas venu s\u2019asseoir aupr\u00e8s d\u2019Heilly alors que le cardinal de Lorraine et l\u2019amiral faisaient de m\u00eame aupr\u00e8s de leurs ma\u00eetresses. Il lui est aussi arriv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, \u00e0 ce que l\u2019on dit, de s\u2019\u00e9loigner de la reine et de coucher quatre ou cinq jours de suite chez ses anciennes ma\u00eetresses.\u00a0\u00bb Le beau Roi chevalier de la Renaissance est digne de sa r\u00e9putation. L\u2019historien doit quand m\u00eame se m\u00e9fier de tels propos\u00a0: le but est de plaire au roi d\u2019Angleterre qui se m\u00e9fie de la nouvelle entente entre le roi de France et l\u2019empereur Charles Quint, symbolis\u00e9e par ce mariage politique.<\/p>\n<p>La s\u0153ur du roi, Marguerite de Navarre, future reine Margot qui s\u2019y conna\u00eet en m\u0153urs libertines, s\u2019est elle aussi moqu\u00e9e des relations conjugales du couple royal au cours d\u2019une conversation avec le duc de Norfolk, courtisan du roi d\u2019Angleterre Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul homme est moins satisfait de sa femme que Fran\u00e7ois ne l\u2019est de la sienne. Il n\u2019a pas couch\u00e9 avec elle depuis sept mois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"13\" class=\"cit-num\">13<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marguerite de <span class=\"caps\">NAVARRE<\/span> (1492-1549), cit\u00e9 par Robert J. Knecht, <em>\u00c9l\u00e9onore d\u2019Autriche<\/em> (2019), Presses universitaires de Rennes<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Norfolk voudrait en savoir plus et Marguerite est trop heureuse de r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0Parce qu\u2019il ne la trouve plaisante \u00e0 son app\u00e9tit et ne saurait dormir avec elle. Loin d\u2019elle, il dort mieux que personne\u2026 Elle est tr\u00e8s chaude au lit et d\u00e9sire \u00eatre trop embrass\u00e9e\u2026 Je ne voudrais pour tout l\u2019or de Paris que le roi de Navarre se d\u00e9clar\u00e2t aussi peu satisfait dans mon lit que mon fr\u00e8re dans celui de sa femme\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sur son lit de mort, emport\u00e9 \u00e0 52 ans par une septic\u00e9mie, Fran\u00e7ois aurait pri\u00e9 son fils Henri de veiller sur \u00c9l\u00e9onore, avouant qu\u2019il ne l\u2019avait pas bien trait\u00e9e\u2026 Le nouveau roi de 28 ans s\u2019empresse d\u2019oublier cette injonction et Henri <span class=\"caps\">II<\/span> \u00e9limine toutes les \u00ab\u00a0factions\u00a0\u00bb fid\u00e8les \u00e0 l\u2019ancien roi. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9volution de cour\u00a0\u00bb va d\u00e9tr\u00f4ner \u00c9l\u00e9onore. Elle doit quitter la France et va rejoindre son fr\u00e8re, mais on ne lui donne aucune escorte et on fouille ses bagages\u00a0\u2013 humiliation supr\u00eame\u00a0! Elle n\u2019aura jamais sa place \u00e0 la basilique de Saint-Denis aupr\u00e8s de Fran\u00e7ois Ier et se retrouve gomm\u00e9e de la m\u00e9moire des Fran\u00e7ais, en d\u00e9pit de sa belle devise\u00a0: <em><strong>\u00ab\u00a0Unica semper avis\u00a0\u00bb<\/strong><\/em>.<\/p>\n<h4>Catherine de M\u00e9dicis (1519-1589), reine et r\u00e9gente \u00e0 l\u2019heure tragique des guerres de Religion, m\u00e8re de trois jeunes rois tuberculeux et femme politique \u00e0 r\u00e9habiliter.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Divide ut regnes.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Divise, afin de r\u00e9gner.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"498\" class=\"cit-num\">498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), maxime politique<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Maxime du S\u00e9nat romain, \u00e9nonc\u00e9e par Machiavel, adopt\u00e9e par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et reprise en 1560 par la nouvelle r\u00e9gente qui n\u2019est pas Florentine pour rien\u00a0! Unique h\u00e9riti\u00e8re de la consid\u00e9rable fortune des M\u00e9dicis, elle prit le titre de duchesse d\u2019Urbino qui lui valut son premier surnom donn\u00e9 par les Florentins\u00a0: <em>duchessina<\/em> (la petite duchesse).<\/p>\n<p>En France, l\u2019Italienne plus ou moins bien accueillie apporte le raffinement extr\u00eame d\u2019un pays o\u00f9 la Renaissance a un si\u00e8cle d\u2019avance. Pour les courtisans toujours jaloux, c\u2019est \u00ab\u00a0la Banqui\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0la Fille des marchands\u00a0\u00bb, riche d\u2019une dot de 100 000 \u00e9cus d\u2019argent et 28 000 \u00e9cus de bijoux. Le mariage avec le dauphin (futur Henri <span class=\"caps\">II<\/span>) fut \u00ab\u00a0arrang\u00e9\u00a0\u00bb entre Fran\u00e7ois Ier et le pape, mais la dette ne sera jamais pay\u00e9e.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la\u00a0\u00ab\u00a0l\u00e9gende noire\u00a0\u00bb qui r\u00e9crit l\u2019histoire \u00e0 sa fa\u00e7on, Catherine de M\u00e9dicis est une femme intelligente et cultiv\u00e9e, devenue reine de France. Apr\u00e8s presque trente ann\u00e9es d\u2019effacement derri\u00e8re le roi Henri <span class=\"caps\">II<\/span>, la belle favorite Diane de Poitiers et les conseillers en titre, Catherine de M\u00e9dicis se retrouvera veuve, suite \u00e0 la mort accidentelle du roi (blessure \u00e0 l\u2019\u0153il d\u2019un coup de lance, donn\u00e9 par le comte de Montgomery, capitaine des gardes). Nostradamus avait pr\u00e9dit le drame et gagne sa place d\u2019astronome \u00e0 la cour, en m\u00eame temps que Diane de Poitiers est pri\u00e9e de partir. Catherine va gouverner la France pendant pr\u00e8s de trente autres ann\u00e9es, tragiquement marqu\u00e9es par les guerres de Religion (1562-1598). Ce contexte explique bien des drames, m\u00eame s\u2019il n\u2019excuse pas tout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lis les histoires de ce royaume, et j\u2019y trouve que de tous les temps, les putains ont dirig\u00e9 les affaires des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"479\" class=\"cit-num\">479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Diane de Poitiers.<em> Le Royaume de Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1922), Lucien Romier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, elle \u00e9pousa le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> en 1533 et faillit \u00eatre r\u00e9pudi\u00e9e pour cause de st\u00e9rilit\u00e9 pendant onze ans, avant de lui donner dix enfants. Depuis 1538 et durant les douze ann\u00e9es de r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, la reine fut \u00e9clips\u00e9e par Diane de Poitiers. Elle prend sa revanche, sans accabler sa rivale qui doit restituer le ch\u00e2teau royal de Chenonceau, la reine lui donnant Chaumont en \u00e9change et la laissant profiter de tous ses autres biens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu m\u2019a laiss\u00e9e avec trois enfants petits et un royaume tout divis\u00e9, n\u2019y ayant aucun \u00e0 qui je puisse enti\u00e8rement me fier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"499\" class=\"cit-num\">499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 sa fille \u00c9lisabeth, janvier\u00a01561. <em>Le Si\u00e8cle de la Renaissance<\/em> (1909), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine n\u2019a plus qu\u2019une ambition\u00a0: assurer le r\u00e8gne de ses fils dont la sant\u00e9, min\u00e9e par la tuberculose, justifiera de sombres pr\u00e9dictions. Elle va man\u0153uvrer entre les partis, intriguer avec les intrigants contre d\u2019autres intrigants\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Divide ut regnes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Elle commence par renvoyer les Guise (catholiques ultra). Antoine de Navarre (protestant sans vraie conviction comme son fils, le futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>) devient lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume et catholique opportuniste. Michel de L\u2019Hospital, promu chancelier, sera son principal ministre. La premi\u00e8re religion de ce grand juriste est la tol\u00e9rance. R\u00eave impossible, comme le prouvera le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019argent est le nerf de la guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"512\" class=\"cit-num\">512<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne, ao\u00fbt\u00a01570.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0petite phrase\u00a0\u00bb de Rabelais dans <em>Gargantua<\/em> (selon qui \u00ab\u00a0les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes\u00a0\u00bb) va faire fortune dans l\u2019histoire. Au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tous les souverains d\u2019Europe ont d\u2019\u00e9normes besoins d\u2019argent pour leurs guerres qu\u2019il faut sans cesse faire, ou pr\u00e9parer \u2013 record historique de 85 ann\u00e9es de guerre en ce si\u00e8cle\u00a0! Elles co\u00fbtent de plus en plus cher, avec le d\u00e9veloppement des armes \u00e0 feu, l\u2019entretien d\u2019arm\u00e9es permanentes, des effectifs croissants \u2013 le temps n\u2019est plus des \u00ab\u00a0grandes batailles\u00a0\u00bb du Moyen \u00c2ge qui se livraient entre quelques milliers d\u2019hommes (Cr\u00e9cy, Azincourt).<\/p>\n<p>Mais l\u2019on n\u2019atteint pas encore les 400\u00a0000 soldats de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Il faut que la France soit tr\u00e8s riche et pleine de ressources pour s\u2019\u00eatre si longtemps battue, et retrouver en dix ans une prosp\u00e9rit\u00e9 certaine, au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il valait mieux que cela tomb\u00e2t sur eux que sur nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"529\" class=\"cit-num\">529<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur de Toscane \u00e0 propos du massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy. <em>Lettres de Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1891), Collection de documents in\u00e9dits sur l\u2019histoire de France, Imprimerie nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine m\u00e8re est sans doute responsable des massacres \u2013 Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> d\u00e9clare au Parlement de Paris avoir d\u00e9cid\u00e9 seul, mais le jeune roi est totalement \u00ab\u00a0sous influence\u00a0\u00bb. Au point de haine o\u00f9 catholiques et protestants sont arriv\u00e9s, le choc \u00e9tait in\u00e9vitable et la balance pouvait pencher de l\u2019un ou l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. On peut penser aussi que cette forte femme fut d\u00e9pass\u00e9e par la force des \u00e9v\u00e9nements\u00a0! Effet non pr\u00e9vu, la Saint-Barth\u00e9lemy renforcera le parti protestant qui s\u2019organise pendant cette quatri\u00e8me guerre de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous devez louer Dieu, si prenez cette ville, de vous avoir fait la gr\u00e2ce d\u2019\u00eatre le restaurateur et conservateur du royaume et qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans vous avez plus fait qu\u2019homme, pour grand capitaine qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9, ait jamais fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"536\" class=\"cit-num\">536<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), \u00e0 son fils Henri duc d\u2019Anjou, lettre du 15 avril 1573. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Catherine et brillant vainqueur de Jarnac et de Moncontour contre les protestants, n\u2019aura pas la m\u00eame chance devant La\u00a0Rochelle dont il fait le si\u00e8ge avec les troupes royales, en mars\u00a01573. Six mois ne feront pas c\u00e9der le grand port tenu par les protestants et la paix de La Rochelle leur donne quelques satisfactions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez-vous de livrer bataille et souvenez-vous des conseils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>\u00a0: la paix sign\u00e9e est toujours plus avantageuse avant la d\u00e9faite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"543\" class=\"cit-num\">543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), \u00e0 son fils Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, 1576. <em>Dictionnaire des citations de l\u2019histoire de France<\/em> (1990), Mich\u00e8le Ressi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine m\u00e8re est bonne conseill\u00e8re en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, mais la cinqui\u00e8me guerre de Religion commence. La coalition regroupe Cond\u00e9, Turenne et Henri de Navarre, \u00e9chapp\u00e9 de la cour o\u00f9 il \u00e9tait retenu depuis la Saint-Barth\u00e9lemy. Il abjure la religion catholique et reprend la t\u00eate des arm\u00e9es huguenotes. Fran\u00e7ois d\u2019Alen\u00e7on, fr\u00e8re du roi, se joint \u00e0 eux, prenant la t\u00eate du parti des Malcontents avec quelques princes catholiques. Le roi qui a lutt\u00e9 contre les protestants quand il \u00e9tait duc d\u2019Anjou se range aux c\u00f4t\u00e9s des Politiques, mod\u00e9r\u00e9s des deux camps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous pouvez penser comme je suis malheureuse de tant vivre et de voir tout mourir devant moi, encore que je sache bien qu\u2019il faut se conformer \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"552\" class=\"cit-num\">552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 Belli\u00e8vre, 10\u00a0juin\u00a01584. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette m\u00e8re de dix enfants n\u2019en finit plus de porter leur deuil\u00a0! Fran\u00e7ois d\u2019Anjou meurt le 10\u00a0juin 1584, \u00e2g\u00e9 de 30\u00a0ans. \u00c9ternel frustr\u00e9 de la famille, ambitieux et rebelle, tr\u00e8s impopulaire, il a complot\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du parti des Malcontents et ce n\u2019est pas une grande perte pour le roi.<\/p>\n<p>Mais Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> n\u2019ayant pas fait d\u2019enfant \u00e0 sa femme, \u00e0 sa mort, la couronne de France doit revenir \u00e0 Henri de Navarre, chef du parti protestant. La perspective d\u2019un Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> protestant, roi de France, affole les Fran\u00e7ais catholiques et insupporte aux Guise. La Sainte Ligue en sommeil se r\u00e9veille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est bien taill\u00e9 mon fils\u00a0; maintenant il faut recoudre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"567\" class=\"cit-num\">567<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, ch\u00e2teau de Blois, 23\u00a0d\u00e9cembre 1588. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em> (1982), Robert Carlier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi courut annoncer \u00e0 sa m\u00e8re l\u2019assassinat de son pire ennemi, le duc de Guise. Cette fa\u00e7on d\u2019\u00e9liminer ceux qui font obstacle au pouvoir de ses fils est bien dans ses m\u0153urs \u2013 et dans celles de l\u2019\u00e9poque. Mais \u00e0 70\u00a0ans et \u00e0 quelques jours de sa mort (5\u00a0janvier 1589), la reine m\u00e8re ne peut se faire beaucoup d\u2019illusions sur l\u2019avenir de son dernier fils. De fait, il sera assassin\u00e9 le 1er ao\u00fbt par Jacques Cl\u00e9ment, moine dominicain de 22\u00a0ans, ligueur fanatique. Il pr\u00e9parait son geste\u00a0: le complot est connu, approuv\u00e9 de nombreux catholiques et b\u00e9ni par le pape Sixte Quint. La sc\u00e8ne se rejouera avec Ravaillac et Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Ces assassinats, comme tous les complots et attentats contre les rois de l\u2019\u00e9poque, s\u2019inspirent de la th\u00e9orie du tyrannicide, dont Jean Gerson fut l\u2019un des proph\u00e8tes\u00a0: \u00ab\u00a0Nulle victime n\u2019est plus agr\u00e9able \u00e0 Dieu qu\u2019un tyran.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Marie Stuart (1542-1587), reine d\u2019\u00c9cosse et de France, catholique et finalement prisonni\u00e8re d\u2019\u00c9lisabeth qui fait ex\u00e9cuter cette possible rivale au tr\u00f4ne.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marie est la plus charmante enfant que j\u2019aie jamais vue\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> (1519-1559), rencontrant pour la premi\u00e8re fois la petite reine d\u2019\u00c9cosse \u00e2g\u00e9e de six ans. \u00ab\u00a0Marie Stuart\u00a0: l\u2019histoire de la reine trahie par les siens\u00a0\u00bb, <em>\u00c7a m\u2019int\u00e9resse<\/em>, 17\/11\/2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du roi Jacques V d\u2019\u00c9cosse et de Marie de Guise (fran\u00e7aise et catholique), elle est couronn\u00e9e \u00e0 la mort de son p\u00e8re (atteint du chol\u00e9ra) le 14 d\u00e9cembre 1542. Elle a six jours. Sa m\u00e8re assure la r\u00e9gence, puis son cousin.<\/p>\n<p>En 1548, elle est envoy\u00e9e en France pour \u00e9chapper aux invasions anglaises en \u00c9cosse, cependant qu\u2019un trait\u00e9 (la fameuse<em> Auld Alliance<\/em>) place ce pays sous la protection de la France depuis la Guerre de Cent Ans.<\/p>\n<p>Henri <span class=\"caps\">II<\/span> rencontre la petite reine d\u2019\u00c9cosse. Il est sous le charme. Elle passe son enfance dans les ch\u00e2teaux royaux, de Blois \u00e0 Chambord et Fontainebleau. \u00ab\u00a0Reine de grands salons et d\u2019apparence\u00a0\u00bb (Hortense Dufour), la jeune fille s\u2019\u00e9panouit \u00e0 travers l\u2019\u00e9ducation re\u00e7ue et excelle en arts, chant, musique et danse. Elle vit un conte de f\u00e9es (compar\u00e9 \u00e0 la cour en \u00c9cosse), mais elle n\u2019est pas form\u00e9e pour gouverner ni affronter les drames \u00e0 venir.<\/p>\n<p>19 avril 1558, Marie, 15 ans, \u00e9pouse Fran\u00e7ois de France, fils d\u2019Henri <span class=\"caps\">II<\/span>, dans la cath\u00e9drale de Notre-Dame de Paris. Cette m\u00eame ann\u00e9e, la mort d\u2019\u00c9douard <span class=\"caps\">VI<\/span> d\u2019Angleterre lui donne le droit de pr\u00e9tendre \u00e0 une troisi\u00e8me couronne et Henri <span class=\"caps\">II<\/span> la proclame reine d\u2019Angleterre, d\u2019\u00c9cosse et d\u2019Irlande. Mais les Anglais ne veulent pas d\u2019une reine qui gouverne aussi la France et \u00c9lisabeth Ire s\u2019empare du tr\u00f4ne avec sa force de caract\u00e8re habituelle.<\/p>\n<p>Henri <span class=\"caps\">II<\/span> meurt accidentellement au cours d\u2019un tournoi et Marie devient reine de France. Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">II<\/span> meurt un an apr\u00e8s d\u2019un abc\u00e8s au cerveau. Devenue veuve, elle d\u00e9cide de revenir en \u00c9cosse en 1560.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Adieu, charmant pays de France,<br>Que je dois tant ch\u00e9rir\u00a0;<br>Berceau de mon heureuse enfance,<br>Adieu\u00a0! Te quitter, c\u2019est mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"497\" class=\"cit-num\">497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), Chansons<em>, Adieux de Marie Stuart<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et chansonnier le plus populaire du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, il \u00e9voque l\u2019infortun\u00e9e reine devenue l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019un drame en vers de Schiller, en 1800. C\u2019est l\u2019un des destins les plus tragiques d\u2019une histoire complexe et chaotique entre trois pays d\u00e9chir\u00e9s par les guerres de pouvoir et de religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa beaut\u00e9, son \u00e9l\u00e9gance, la finesse de son esprit\u00a0: tout contribuait \u00e0 la faire aimer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">BUCHANAN<\/span> (1506-1582), <em>Histoire des affaires d\u2019\u00c9cosse<\/em> (1583)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un homme sous le charme de Marie Ire qui arrive pourtant avec un lourd handicap\u00a0: elle est catholique, alors que son royaume d\u2019\u00c9cosse a adopt\u00e9 le protestantisme comme religion d\u2019\u00c9tat. Voulant imposer \u00e0 la fois sa religion et son autorit\u00e9, elle affronte les r\u00e9voltes presbyt\u00e9riennes et pr\u00f4ne la tol\u00e9rance religieuse. En 1565, elle \u00e9pouse Henry Stuart, petit-neveu du roi d\u2019Angleterre Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>. Mal accept\u00e9 par l\u2019entourage de la reine, multipliant maladresses et provocations, il meurt dans une explosion, le scandale \u00e9clate. Et les drames vont s\u2019encha\u00eener.<\/p>\n<p>Marie d\u00e9cide de fuir\u2026 en Angleterre\u00a0! Sa cousine qu\u2019elle appelle dans ses lettres \u00ab\u00a0Madame ma bonne s\u0153ur\u00a0\u00bb dit croire en son innocence. D\u00e8s son arriv\u00e9e, Marie est assign\u00e9e \u00e0 r\u00e9sidence. \u00c9lisabeth l\u2019accuse de l\u2019assassinat d\u2019Henry Stuart, son deuxi\u00e8me mari. Marie jure qu\u2019elle est victime d\u2019une conspiration. La reine la retient prisonni\u00e8re pendant dix-huit ans sous la garde de Lord Talbot. En 1586, Marie apprend qu\u2019un noble anglais pr\u00e9pare un plan pour assassiner la reine. Elle prend contact. C\u2019\u00e9tait un espion \u00e0 la solde d\u2019\u00c9lisabeth. Marie est condamn\u00e9e \u00e0 mort. Son fils Jacques <span class=\"caps\">VI<\/span> ne tente rien pour la sauver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ma fin est mon commencement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">STUART<\/span> (1542-1587), broderie sur l\u2019un de ses habits. Cit\u00e9 par Hortense Dufour,<em> Marie Stuart<\/em> (2007)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Enfin consciente de son terrible destin et d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 entrer dans la l\u00e9gende, elle demande une ex\u00e9cution publique. Elle montera sur l\u2019\u00e9chafaud au ch\u00e2teau de Fotheringhay, le 8 f\u00e9vrier 1587. T\u00eate haute, elle interrompt les pleurs de ses courtisanes et d\u00e9clare pardonner \u00e0 tout le monde. La mort ne l\u2019effraie pas. Le rapport d\u2019ex\u00e9cution en t\u00e9moigne\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis son arriv\u00e9e dans la salle jusqu\u2019au coup de la hache, il n\u2019apparut aucun changement en son visage.\u00a0\u00bb Marie la catholique prie ardemment, baisant son crucifix \u2013 le bourreau le lui arrache des mains. Pour trancher la t\u00eate, il doit s\u2019y reprendre \u00e0 trois fois. La foule clame en ch\u0153ur \u00ab\u00a0God save the queen\u00a0\u00bb, la t\u00eate de Marie roule \u00e0 terre. T\u00e9moin du spectacle, le docteur Fletcher, doyen protestant de Peterborough s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Amen, amen\u00a0! Ainsi p\u00e9rissent les ennemis de la reine\u00a0!\u00a0\u00bb En 1612, son corps sera transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019abbaye de Westminster.<\/p>\n<p>Son destin tragique fit sa renomm\u00e9e, inspirant \u00e9crivains, compositeurs et cin\u00e9astes. En Europe, elle fait partie des rares reines r\u00e9gnantes d\u2019un \u00c9tat (l\u2019\u00c9cosse) \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps reine d\u2019un autre \u00c9tat (la France), \u00e0 l\u2019instar de Marie Tudor devenue Marie Ire d\u2019Angleterre et reine consort d\u2019Espagne par son \u00e9poux Philippe <span class=\"caps\">II<\/span>. Marie Stuart \u00e9tait par ailleurs pr\u00e9tendante au tr\u00f4ne d\u2019un troisi\u00e8me \u00c9tat (l\u2019Angleterre) par sa grand-m\u00e8re Marguerite Tudor, s\u0153ur d\u2019Henri <span class=\"caps\">VIII<\/span>. En France, la loi salique (\u00ab\u00a0sexiste\u00a0\u00bb avant l\u2019heure et d\u2019ailleurs mal interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l\u2019origine) a du moins \u00e9cart\u00e9 les candidates de cette course au tr\u00f4ne.<\/p>\n<h4>Marie de M\u00e9dicis (1575-1642), seconde femme d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, d\u00e9test\u00e9e \u00e0 juste titre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous faites tout ce que je veux\u00a0; c\u2019est le vrai moyen de me gouverner\u00a0: aussi ne veux-je jamais \u00eatre gouvern\u00e9 que de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"652\" class=\"cit-num\">652<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, 27\u00a0janvier 1601. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> \u00e9crivain<\/em> (1855), Eug\u00e8ne Yung<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sit\u00f4t \u00e9pous\u00e9e, Marie lui fait le fils qui devait lui succ\u00e9der\u00a0: le dauphin Louis n\u00e9 \u00e0 Fontainebleau le 27\u00a0septembre 1601. Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019h\u00e9ritera pas de la sant\u00e9 du p\u00e8re. Mais la joie du roi et du royaume est grande\u00a0: on attendait un h\u00e9ritier depuis quarante ans\u00a0!<\/p>\n<p>Henriette d\u2019Entragues, ma\u00eetresse en titre du Vert Galant, se f\u00e2che et traite Marie de \u00ab\u00a0grosse banqui\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 fine allusion \u00e0 la dot de la reine, 600\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or, la plus grosse dot de l\u2019Histoire. Elle va surtout comploter contre le roi, d\u00e9j\u00e0 au lit d\u2019autres femmes. Car la reine lui donne peu de plaisir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne trouve ni agr\u00e9able compagnie, ni r\u00e9jouissance, ni satisfaction chez ma femme [\u2026] faisant une mine si froide et si d\u00e9daigneuse lorsqu\u2019arrivant du dehors, je viens pour la baiser, caresser et rire avec elle, que je suis contraint de d\u00e9pit de la quitter l\u00e0 et de m\u2019en aller chercher quelque r\u00e9cr\u00e9ation ailleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"653\" class=\"cit-num\">653<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), Lettre \u00e0 Sully.<em> Lettres intimes de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1876), Louis Dussieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis n\u2019a pas le temp\u00e9rament de la reine Margot, sa premi\u00e8re femme\u00a0! Ce mariage florentin fut un sacrifice \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat \u2013 les rois ne se marient pas par amour, pour cela, ils ont les ma\u00eetresses. La belle-famille est richissime et tr\u00e8s catholique\u00a0: deux raisons qui auraient d\u00fb faire de ce mariage une bonne affaire pour le roi de France. Il n\u2019en fut rien.<\/p>\n<p>Marie de M\u00e9dicis laisse un mauvais souvenir dans l\u2019Histoire. \u00c0 l\u2019inverse de Catherine de M\u00e9dicis dont elle n\u2019est qu\u2019une tr\u00e8s lointaine cousine, ce fut une \u00e9pouse, une reine, une m\u00e8re, une r\u00e9gente d\u00e9testable et d\u00e9test\u00e9e, perp\u00e9tuelle intrigante au si\u00e8cle de tous les complots.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne traiteriez pas ainsi vos b\u00e2tards\u00a0!<br>\u2014 Mes b\u00e2tards peuvent \u00eatre \u00e0 tout moment corrig\u00e9s par le Dauphin, s\u2019ils sont m\u00e9chants, mais qui corrigera le Dauphin si je ne le fais moi-m\u00eame\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"656\" class=\"cit-num\">656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), r\u00e9pondant \u00e0 Marie <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1573-1642). <em>Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les sc\u00e8nes sont fr\u00e9quentes entre les deux \u00e9poux. Marie est jalouse des ma\u00eetresses du roi fort g\u00e9n\u00e9reux et galant avec toutes ces dames, alors qu\u2019il a peu d\u2019\u00e9gard pour la reine. Elle lui reproche ici de frapper avec sa canne le petit Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>). Il est vrai que le bon roi n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer les p\u00e8res Fouettard, \u00ab\u00a0sachant bien qu\u2019il n\u2019y a rien au monde qui lui fasse plus de profit\u00a0; car \u00e9tant de son \u00e2ge, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fort fouett\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610) \u00e0 Marie <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span>.<em> Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sait-il que sa femme n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui\u00a0? Cette phrase est en tout cas pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0: une v\u00e9ritable guerre au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, pour finir en exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que vivre au si\u00e8cle de Marie,<br>Sans mensonge et sans flatterie,<br>Sera vivre au si\u00e8cle dor\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"666\" class=\"cit-num\">666<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Ode \u00e0 la Reine m\u00e8re du Roi sur les heureux succ\u00e8s de sa r\u00e9gence<\/em> (1610)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te officiel, il s\u2019empresse de saluer l\u2019\u00e2ge d\u2019or et ses nouveaux ma\u00eetres. En fait, la r\u00e9gence de Marie de M\u00e9dicis sera catastrophique. Cette femme lymphatique va prendre go\u00fbt au pouvoir, se m\u00ealer de tout et accumuler les erreurs.<\/p>\n<p>Elle renvoie Sully et tous les ministres d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, s\u2019entourant de conseillers qui discr\u00e9ditent son gouvernement, \u00e0 commencer par Concini et sa femme L\u00e9onora Galiga\u00ef, deux intrigants originaires comme elle de Florence. Elle suit le \u00ab\u00a0parti des d\u00e9vots\u00a0\u00bb (ultra-catholique) et se montre d\u2019une faiblesse coupable avec les Cond\u00e9, Guise, Nevers, Bouillon qu\u2019elle comble de dons, esp\u00e9rant acheter leur docilit\u00e9, alors que leurs ambitions redoublent\u00a0! \u00ab\u00a0Le temps des rois est pass\u00e9, celui des Grands et des Princes est revenu\u00a0\u00bb, clament-ils partout.<\/p>\n<p>Le Conseil du roi redevient Conseil f\u00e9odal et de famille, champ clos o\u00f9 s\u2019affrontent Guise et Cond\u00e9. La situation est si embrouill\u00e9e, le Tr\u00e9sor public si vide qu\u2019il faut convoquer les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, le 27\u00a0octobre 1614. C\u2019est la derni\u00e8re fois avant ceux de 1789, pr\u00e9lude \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, que vous \u00eates grandi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"678\" class=\"cit-num\">678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1573-1642), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, rappel\u00e9e d\u2019exil, 5\u00a0septembre 1619. <em>L\u2019Ancienne France\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1886), Paul Lacroix (dit S\u00e9bastien Jacob)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Terme provisoire \u00e0 la premi\u00e8re \u00ab\u00a0guerre de la m\u00e8re et du fils\u00a0\u00bb\u00a0: la reine m\u00e8re reconna\u00eet d\u2019une certaine mani\u00e8re que le roi est bien Roi. Le 22\u00a0f\u00e9vrier, elle s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de sa prison au ch\u00e2teau de Blois de mani\u00e8re rocambolesque, pour prendre la t\u00eate d\u2019un soul\u00e8vement contre son fils. Le trait\u00e9 d\u2019Angoul\u00eame, n\u00e9goci\u00e9 par Richelieu, apaise le conflit. Mais quelques mois plus tard, la m\u00e8re repart en guerre contre le fils, en ralliant les Grands du royaume.<\/p>\n<p>Le roi n\u2019aime pas sa m\u00e8re et il a quelques raisons, mais il est assez intelligent pour comprendre que, tenue de force \u00e9loign\u00e9e de la cour, elle ne cessera de comploter contre lui. Cette r\u00e9conciliation est n\u00e9goci\u00e9e par le tr\u00e8s habile Richelieu qui se rapproche ainsi du pouvoir. Apr\u00e8s la mort de Luynes (favori du roi et hostile \u00e0 tout nouvel ambitieux), la reine m\u00e8re le fera nommer cardinal et entrer au Conseil du roi en 1624, esp\u00e9rant avoir un alli\u00e9 en la place \u2013 avant de se retourner contre lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le plus grand serviteur que jamais la France ait eu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"706\" class=\"cit-num\">706<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), d\u00e9fendant le cardinal contre sa m\u00e8re Marie de M\u00e9dicis suite \u00e0 la journ\u00e9e des Dupes, 11\u00a0novembre\u00a01630.<em> Richelieu et le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1934), Louis Batiffol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie de M\u00e9dicis a tent\u00e9 de perdre Richelieu. Elle l\u2019avait introduit aupr\u00e8s du roi, esp\u00e9rant son soutien au parti d\u00e9vot et \u00e0 l\u2019Espagne catholique. Mais il s\u2019allie aux protestants allemands pour contrer la puissante maison des Habsbourg qui r\u00e8gne en Autriche et en Espagne. Avec la reine Anne d\u2019Autriche, elle a profit\u00e9 d\u2019une grave maladie du roi (tuberculeux et de sant\u00e9 fragile) pour l\u2019\u00e9loigner de son ministre et obtenir sa future disgr\u00e2ce, en septembre\u00a01630, \u00e0 Lyon.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0novembre, en son palais du Luxembourg, elle presse son fils de tenir parole. Trompant la vigilance des huissiers, Richelieu entre par une porte d\u00e9rob\u00e9e. Elle l\u2019accable de sa col\u00e8re. Le roi se retire sans un mot. La cour croit \u00e0 une arrestation imminente, les courtisans s\u2019empressent autour de la reine m\u00e8re. \u00ab\u00a0C\u2019est la journ\u00e9e des Dupes\u00a0\u00bb \u2013 le mot de Bautru, conseiller d\u2019\u00c9tat et prot\u00e9g\u00e9 du cardinal, fait le tour de Paris. Le lendemain, le roi est \u00e0 Versailles. Richelieu, convoqu\u00e9, se croit perdu et se jette \u00e0 ses genoux. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le rel\u00e8ve, le prie de rester, exile Marie de M\u00e9dicis \u00e0 Compi\u00e8gne.<\/p>\n<p>C\u2019est la d\u00e9route du parti d\u00e9vot. Richelieu a gagn\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme les femmes n\u2019ont pas de voix en l\u2019\u00c9glise, je suis de l\u2019opinion des anciens et modernes qui croient qu\u2019elles n\u2019en doivent point avoir en l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"707\" class=\"cit-num\">707<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642).<em> Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Triste \u00e9pilogue pour l\u2019ex-reine d\u00e9chue qui parcourt l\u2019Europe pour finir dans le ridicule\u2026 et le d\u00e9nuement. Exil\u00e9e, r\u00e9fugi\u00e9e dans une maison pr\u00eat\u00e9e par son ami Rubens \u00e0 Cologne, la \u00ab\u00a0Grosse banqui\u00e8re\u00a0\u00bb meurt ruin\u00e9e (mais toujours grosse d\u2019apr\u00e8s son dernier portrait). \u00c0 son cr\u00e9dit pourtant, une politique de m\u00e9c\u00e9nat artistique h\u00e9rit\u00e9e des M\u00e9dicis \u2013 d\u2019o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 de Rubens, peintre f\u00e9cond et diplomate actif en Europe.<\/p>\n<h4>Anne d\u2019Autriche (1601-1666), femme de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et r\u00e9gente sous la Fronde, contest\u00e9e des Parisiens, mais finalement aim\u00e9e des Fran\u00e7ais.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon prix n\u2019est pas dans ma couronne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"16\" class=\"cit-num\">16<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise d\u2019Anne d\u2019Autriche. Dictionnaire <em>Larousse<\/em> au mot \u00ab\u00a0couronne\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine fit son possible pour en \u00eatre digne au fil des \u00e9preuves, apr\u00e8s une entr\u00e9e dans l\u2019Histoire et une premi\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie de mariage impressionnante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes c\u2019est \u00e0 l\u2019Espagne \u00e0 produire des Reines<br>Comme c\u2019est \u00e0 la France \u00e0 produire des Rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"669\" class=\"cit-num\">669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628),<em> Sur le mariage du Roi et de la Reine<\/em> (1615)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te officiel salue le mariage espagnol\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> \u00e9pouse \u00e0 Bordeaux Anne d\u2019Autriche \u2013 fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Espagne et de l\u2019archiduchesse Marguerite d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quelles fian\u00e7ailles\u00a0! Celles du p\u00e8re et de la m\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Ces fian\u00e7ailles, ce mariage ont eu sur notre pays et m\u00eame sur les autres nations une influence si profonde que rien de ce qui s\u2019y rapporte ne saurait \u00eatre d\u2019un m\u00e9diocre int\u00e9r\u00eat. Int\u00e9r\u00eat historique, int\u00e9r\u00eat de curiosit\u00e9 pour les amateurs de contraste et de pittoresque. Pendant pr\u00e8s de deux mois, la gravit\u00e9, la r\u00e9serve, la hauteur castillane sont en contact avec la vanit\u00e9, l\u2019exub\u00e9rance, la courtoisie raffin\u00e9e des Fran\u00e7ais. En contact et en lutte\u00a0; le patriotisme, plus encore que le go\u00fbt du faste, explique et justifie la pompe et la magnificence d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019ambassade extraordinaire de France et par la cour d\u2019Espagne pendant ces solennit\u00e9s.\u00a0\u00bb Duc de La Force, <em>Essai sur les fian\u00e7ailles historiques de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche<\/em>, mars 1923, cit\u00e9 dans la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, mai 2017.<\/p>\n<p>Comme tous les mariages royaux, il ob\u00e9it \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat\u00a0: arrang\u00e9 pour faire alliance avec la tr\u00e8s catholique Espagne dans le cadre de la politique antiprotestante ch\u00e8re \u00e0 la reine m\u00e8re (Marie de M\u00e9dicis) et au parti d\u00e9vot. Mais la nuit de noces, devant t\u00e9moins suivant la coutume, se passe mal. Les deux adolescents ont \u00e0 peine 14\u00a0ans et la r\u00e9pulsion de Louis pour l\u2019infante Anne entra\u00eenera une longue inhibition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1619, on avait \u00e0 grand bruit imprim\u00e9 dans <em>Le Mercure<\/em>, pour la joie de la France, que le roi commen\u00e7ait enfin \u00e0 faire l\u2019amour \u00e0 la reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"676\" class=\"cit-num\">676<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple se passionne pour les secrets d\u2019alc\u00f4ves royales. \u00ab\u00a0Pendant trois ans, son mari avait oubli\u00e9 qu\u2019elle exist\u00e2t.\u00a0\u00bb Il faudra encore vingt ans pour que naisse un enfant\u2026 et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019est peut-\u00eatre pas le p\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Le roi ne n\u00e9gligeait pas sa femme pour s\u2019occuper de ses ma\u00eetresses, \u00e9tant par nature, en cela comme en presque tout, bien diff\u00e9rent de son p\u00e8re (Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>) et de son fils (Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>)\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Dieu ne plaise que l\u2019adult\u00e8re entre jamais en ma maison\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il un jour. M\u00eame s\u2019il pr\u00e9f\u00e8re le commerce de ses favoris \u00e0 celui des femmes, son homosexualit\u00e9 n\u2019est pas certaine, non plus que son impuissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00e9ponds de la vertu de la reine de la ceinture aux pieds. Je n\u2019en dirai pas autant du reste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"695\" class=\"cit-num\">695<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse de <span class=\"caps\">CONTI<\/span> (1574-1631). <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anne d\u2019Autriche, peu heureuse en m\u00e9nage, est compromise \u00e0 son corps d\u00e9fendant par la folle passion du duc de Buckingham, ministre et favori du roi d\u2019Angleterre Charles\u00a0Ier. Une lettre de la reine \u00e0 Buckingham confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Si une honn\u00eate femme avait pu aimer un autre homme que son mari, vous auriez \u00e9t\u00e9 le seul qui aurait pu me plaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons un Dauphin, <br>Le bonheur de la France,<br>Rions, buvons sans fin <br>\u00c0 l\u2019heureuse naissance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"725\" class=\"cit-num\">725<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">AMANT<\/span> (1594-1661), <em>La Naissance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1638), chanson. <em>Des chansons populaires chez les anciens et chez les Fran\u00e7ais<\/em> (1867), Charles Nisard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La naissance d\u2019un enfant royal est toujours une occasion de f\u00eates pour le peuple. Quand c\u2019est un fils attendu depuis plus de vingt ans, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est salu\u00e9 par une explosion de joie, ce 5\u00a0septembre 1638\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait rien que jeux, feux et lanternes\u00a0\/ On couchait dans les tavernes [\u2026] On fit un si grand feu\u00a0\/ Qu\u2019on eut en grande peine\u00a0\/ \u00c0 sauver la Samaritaine\u00a0\/ Et d\u2019emp\u00eacher de br\u00fbler la Seine.\u00a0\u00bb Toujours chantant, le peuple pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque ce Dieu-Donn\u00e9\u00a0\/ Aura pris sa croissance\u00a0\/ Il sera couronn\u00e9\u00a0\/ Le plus grand roi de France.\u00a0\/ L\u2019Espagne, l\u2019empereur et l\u2019Italie,\u00a0\/ Le Croate et le roi d\u2019Hongrie\u00a0\/ En mourront de peur et d\u2019envie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien remet l\u2019\u00e9v\u00e9nement en perspective. La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession. \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9gente espagnole ouvre son r\u00e8gne de quinze ans par un chemin de fleurs. Elle est femme et elle a souffert. Les c\u0153urs sont attendris d\u2019avance. Elle est faible. Chacun esp\u00e8re en profiter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"760\" class=\"cit-num\">760<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Richelieu et la Fronde<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mort de Richelieu en 1642, suivie six mois apr\u00e8s par celle de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> en 1643, change la donne. Nomm\u00e9e r\u00e9gente de France le 18 mai 1643, Anne d\u2019Autriche choisit pour Premier ministre un fin connaisseur des puissances europ\u00e9ennes, le cardinal Mazarin.<\/p>\n<p>Ce choix strat\u00e9gique sera gagnant pour la France en proie \u00e0 la guerres civile (r\u00e9volte du Parlement, Fronde). En 1651, quand Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> (13 ans) devient officiellement roi, Anne est une femme respect\u00e9e et aim\u00e9e partout dans le royaume. Elle b\u00e9n\u00e9ficie de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui un \u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0: \u00ab\u00a0Ce peuple singulier, qui parle tant de loi salique, est tout heureux de tomber en quenouille. Sans qu\u2019on sache pourquoi ni comment, cette \u00e9trang\u00e8re est ador\u00e9e.\u00a0\u00bb (Michelet) Elle a quand m\u00eame v\u00e9cu des moments difficiles\u00a0et des attaques injustes, voire sexistes\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler<br>Notre pute de Reine\u00a0!<br>\u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter, les reines pas plus que les rois n\u2019ayant de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0; \/ Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine \/ Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant<\/em>, mazarinade. <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour<\/em>, F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret. Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant m\u00eame que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes\u00a0\u00bb. Mais elle laissa gouverner le cardinal, mieux qu\u2019elle n\u2019avait jadis laiss\u00e9 r\u00e9gner Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La reine avait plus d\u2019aigreur que de hauteur, plus de hauteur que de grandeur, plus de mani\u00e8re que de fond, [\u2026] plus de duret\u00e9 que de fiert\u00e9, plus de m\u00e9moire des injures que des bienfaits, plus d\u2019intention de pi\u00e9t\u00e9 que de pi\u00e9t\u00e9, plus d\u2019opini\u00e2tret\u00e9 que de fermet\u00e9 et plus d\u2019incapacit\u00e9 que de tout ce que dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"763\" class=\"cit-num\">763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), <em>M\u00e9moires<\/em> (1671-1675)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Frondeur dans l\u2019\u00e2me et dans les faits, l\u2019auteur de ce portrait \u00e0 charge s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9gente qui doit affronter la Fronde, cinq ans de guerre civile (1648-1653) visant surtout Mazarin, le plus impopulaire des Premiers ministres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a de la r\u00e9volte \u00e0 s\u2019imaginer que l\u2019on se puisse r\u00e9volter\u00a0; voil\u00e0 les contes ridicules de ceux qui la veulent. L\u2019autorit\u00e9 du roi y donnera bon ordre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"770\" class=\"cit-num\">770<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ANNE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">AUTRICHE<\/span> (1601-1666). <em>M\u00e9moires du cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9gente du royaume fait preuve de fermet\u00e9 plus que de lucidit\u00e9. Le 13\u00a0mai 1648, \u00e0 l\u2019initiative du Parlement de Paris, un arr\u00eat d\u2019Union est pris par toutes les cours souveraines (Parlements, Grand Conseil, Chambre des comptes, Cour des aides)\u00a0: leurs repr\u00e9sentants vont travailler en commun \u00e0 la r\u00e9forme des abus de l\u2019\u00c9tat. Une r\u00e9volution ne commence pas autrement. Mais le pire sera \u00e9vit\u00e9, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de r\u00e9voltes successives, du peuple, des princes, des Parlements. \u00c0 plusieurs reprises, la famille royale doit quitter Paris et Mazarin, menac\u00e9 de mort, devra m\u00eame s\u2019exiler en Allemagne, Anne d\u2019Autriche tenant tant bien que mal les r\u00eanes du pouvoir. Le jeune Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> restera marqu\u00e9 \u00e0 vie par ces cinq ann\u00e9es de Fronde. Et le peuple sera finalement reconnaissant \u00e0 la \u00ab\u00a0Reine R\u00e9gente\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, sus, bourgeois, ne soyez plus en peine, \/ Cessez vos pleurs, vos cris,<br>Le Roi, Monsieur, et la Reine R\u00e9gente \/ Reviennent \u00e0 Paris,<br>Ha\u00a0! qu\u2019ils ont fait une belle b\u00e9vue\u00a0! \/ Elle est revenue, Dame Anne, elle est revenue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"782\" class=\"cit-num\">782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019Enl\u00e8vement du Roi<\/em> (1649), chanson. <em>Recueil de plusieurs pi\u00e8ces curieuses contre le cardinal de Mazarin<\/em> (1649)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 28 couplets pour f\u00eater le retour triomphal \u00e0 Paris du petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (11 ans), mais aussi de son fr\u00e8re Philippe et de leur m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, le 18\u00a0ao\u00fbt 1649.<\/p>\n<p>5 septembre 1651, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> atteint la majorit\u00e9 fix\u00e9e \u00e0 treize ans. Deux jours plus tard, devant le Parlement, Anne d\u2019Autriche transmet officiellement les pouvoirs r\u00e9galiens \u00e0 son fils qui lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, je vous remercie du soin qu\u2019il vous a plu de prendre de mon \u00e9ducation et de l\u2019administration de mon royaume. Je vous prie de continuer \u00e0 me donner vos bons avis, et je d\u00e9sire qu\u2019apr\u00e8s moi vous soyez le chef de mon Conseil.\u00a0\u00bb Anne continuera \u00e0 si\u00e9ger aupr\u00e8s du roi, jusqu\u2019\u00e0 la mort de Mazarin en 1661.<\/p>\n<p>En 1666, un cancer du sein emporte la reine-m\u00e8re apr\u00e8s une longue agonie. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, boulevers\u00e9, s\u2019\u00e9vanouit \u00e0 cette nouvelle. Un conseiller tente de le r\u00e9conforter\u00a0: \u00ab\u00a0Ce fut une grande Reine\u00a0! \u2014 Non monsieur, plus qu\u2019une grande Reine, elle fut un grand Roi.\u00a0\u00bb Le peuple la pleura.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle sut m\u00e9priser les caprices du sort,<br>Regarder sans horreur les horreurs de la mort,<br>Affermir un grand tr\u00f4ne et le quitter sans peine\u00a0;<br>Et pour tout dire enfin, vivre et mourir en reine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Madeleine de <span class=\"caps\">SCUD\u00c9RY<\/span> (1607-1701), cit\u00e9e dans la <em>Revue des Deux-Mondes<\/em>, mai 2017<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anne d\u2019Autriche fut au final l\u2019une des reines les plus appr\u00e9ci\u00e9es de ses contemporains qui admiraient son humilit\u00e9, sa sagesse et sa force d\u2019esprit.<\/p>\n<h4>Cardinal de Mazarin (1602-1661), n\u00e9 Giulio Raimondo Mazzarino ou Mazarini dans le Royaume de Naples, succ\u00e9dant \u00e0 Richelieu comme principal ministre d\u2019\u00c9tat en 1643.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En tout cas, pour ma consolation, il me reste de savoir qu\u2019au galant homme tout pays est patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"724\" class=\"cit-num\">724<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), Lettre \u00e0 de Montagu, septembre\u00a01637, Londres. <em>Mazarin et ses amis<\/em> (1968), Georges Dethan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate au service du pape Urbain <span class=\"caps\">VIII<\/span>, il rencontre au cours d\u2019une mission en France Richelieu qui le remarque (1630). Nonce \u00e0 Paris en 1635-1636, il est de nouveau appr\u00e9ci\u00e9 de Richelieu qui le fait nommer cardinal \u2013 alors qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 pr\u00eatre. Devenu son principal collaborateur, il prend la place du p\u00e8re Joseph \u00e0 sa mort, en 1638. Et celle de Richelieu quand il mourra en 1642, entrant au Conseil du roi, le 5\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous bien la diff\u00e9rence<br>Qu\u2019il y a entre son \u00c9minence<br>Et feu Monsieur le Cardinal\u00a0?<br>La r\u00e9ponse en est toute pr\u00eate\u00a0:<br>L\u2019un conduisait son animal,<br>Et l\u2019autre monte sur sa b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"765\" class=\"cit-num\">765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">C\u00e9sar <span class=\"caps\">BLOT<\/span> (1610-1655), mazarinade. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des 6\u00a0500 pamphlets contre Mazarin, exceptionnellement sign\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9minence (Mazarin) succ\u00e8de en mai\u00a01643 au Cardinal (Richelieu). L\u2019\u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et la \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, Anne d\u2019Autriche par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0pute de reine\u00a0\u00bb. En termes peu galants, cela signifie que la pratique du minist\u00e9riat est reconduite sous la r\u00e9gence, avec l\u2019ancien collaborateur de Richelieu comme principal ministre\u00a0: Mazarin d\u00e9j\u00e0 impopulaire, d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9.<\/p>\n<p>La Cabale des Importants, faction regroupant les Grands, victimes de la politique de Richelieu et voulant leur revanche, ourdit un complot (27\u00a0mai 1643). \u00c0 sa t\u00eate, la duchesse de Chevreuse et le duc de Beaufort, petit-fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, proche du peuple et surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0roi des Halles\u00a0\u00bb. Ils veulent \u00e9liminer \u00ab\u00a0le Mazarin\u00a0\u00bb, d\u00e9pouiller la Maison de Cond\u00e9 (combl\u00e9e de biens et privil\u00e8ges par Richelieu), signer la paix avec l\u2019Espagne et l\u2019Autriche. Mazarin apprend la conspiration\u00a0: Beaufort est embastill\u00e9, la duchesse et les autres conjur\u00e9s, exil\u00e9s. C\u2019est une r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la Fronde o\u00f9 les m\u00eames acteurs se retrouveront, cinq ans apr\u00e8s.<\/p>\n<p>En attendant, Mazarin gouverne. Mais la guerre avec l\u2019Espagne complique les probl\u00e8mes politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019autorit\u00e9 du Roi, c\u2019est le repos de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"754\" class=\"cit-num\">754<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661).<em> Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Jules Mazarin, l\u2019homme d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mazarin pense et parle comme Richelieu. Il refl\u00e8te aussi l\u2019opinion universellement admise \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Les d\u00e9sordres de la Fronde et ses d\u00e9sastreuses cons\u00e9quences lui donnent <em>a contrario<\/em> raison.<\/p>\n<p>Le jeune roi dont Mazarin fait l\u2019\u00e9ducation politique en l\u2019initiant aux affaires va se r\u00e9v\u00e9ler l\u2019\u00e9l\u00e8ve surdou\u00e9 de ce ma\u00eetre en politique. Mazarin dit encore \u2013 autre le\u00e7on de l\u2019histoire de France et de la Fronde\u00a0: \u00ab\u00a0Une souverainet\u00e9 pleine et enti\u00e8re peut seule faire pr\u00e9valoir l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et juguler les f\u00e9odalit\u00e9s renaissantes. L\u2019ob\u00e9issance au roi est gage de la paix publique.\u00a0\u00bb Paradoxe de l\u2019Histoire, il va d\u00e9fendre la raison d\u2019\u00c9tat, venant d\u2019un pays o\u00f9 l\u2019\u00c9tat n\u2019existe pas encore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce que l\u2019int\u00e9r\u00eat a uni, l\u2019int\u00e9r\u00eat peut le d\u00e9sunir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"755\" class=\"cit-num\">755<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Jules Mazarin, l\u2019homme d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les opposants \u2013 nobles, repr\u00e9sentants du clerg\u00e9, parlementaires, tous les acteurs de la Fronde \u2013 se jalousent et leurs int\u00e9r\u00eats divergent. Mazarin le sait. Il n\u00e9gocie donc sans cesse pour diviser ses adversaires, souvent tr\u00e8s habilement, mais parfois louvoyant \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. Michelet appr\u00e9ciera en historien\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, le rus\u00e9 [\u2026] cette glissante couleuvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-il heureux\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"756\" class=\"cit-num\">756<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). <em>M\u00e9moires de madame la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, princesse Palatine<\/em> (1832), Busoni<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot bien connu du ministre, rapport\u00e9 en ces termes par la Palatine, m\u00e8re du r\u00e9gent\u00a0: \u00ab\u00a0Le cardinal Mazarin ne pouvait souffrir autour de lui des gens malheureux. Quand on lui proposait quelqu\u2019un pour entrer \u00e0 son service, sa premi\u00e8re question \u00e9tait celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Est-il heureux\u00a0?\u00a0\u00bb Cela signifie en r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La chance est-elle avec lui\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mazarin saura s\u2019entourer des meilleurs collaborateurs au gouvernement, \u00e0 tel point que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, prenant le pouvoir \u00e0 sa mort, les garde \u00e0 son service \u2013 notamment Colbert, Le Tellier, Lionne. Seul le surintendant des Finances Fouquet est \u00e9limin\u00e9 et condamn\u00e9 pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0trop heureux\u00a0\u00bb dans ses affaires personnelles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais personne n\u2019eut les mani\u00e8res si douces en public, si rudes dans le domestique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"757\" class=\"cit-num\">757<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la plus jolie des cinq \u00ab\u00a0Mazarinettes\u00a0\u00bb, ni\u00e8ces de Mazarin qui ont quitt\u00e9 leur Rome natale pour suivre l\u2019oncle allant faire carri\u00e8re en France. La vie amoureuse et mondaine de la duchesse de Mazarin d\u00e9fraie la chronique, mais toute la famille fait parler. Bien que le cardinal ait assur\u00e9 la fortune des siens, ils ne lui en auront nulle reconnaissance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand Cardinal, que la fortune<br>Qui t\u2019\u00e9l\u00e8ve en un si haut rang,<br>Ne te fasse oublier ton sang,<br>Et que tu es de la commune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7558\" class=\"cit-num\">7558<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Avertissement des enfarin\u00e9s. La Vieille Fronde, 1648<\/em> (1832), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple d\u00e9teste cet Italien de petite extraction qui, au terme d\u2019une irr\u00e9sistible ascension, poss\u00e8de un si grand pouvoir, en quelque sorte vol\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gente, puis au jeune roi devenu majeur. Mazarin accumulera aussi une immense fortune \u2013 \u00e0 sa mort, une partie reviendra \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). Dictionnaire de fran\u00e7ais <em>Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout est occasion de mazarinade (pamphlet), mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Il bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Roi sera le ma\u00eetre partout, hors dans cette ville-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"779\" class=\"cit-num\">779<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), furieux contre l\u2019attitude de Paris et de son Parlement frondeur, fin 1648. <em>La Fronde<\/em> (1954), Ernst Heinrich Kossmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la journ\u00e9e des Barricades au printemps, Mazarin a pass\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne \u00e0 ruser, la famille royale est revenue \u00e0 Paris en novembre\u00a01648, mais le Parlement fait encore la loi, pr\u00e9tend contr\u00f4ler le gouvernement, et la reine en octobre a d\u00fb confirmer la suppression des intendants.<\/p>\n<p>Mazarin d\u00e9cide alors d\u2019assi\u00e9ger Paris et de le r\u00e9duire par la famine (et la propagande). Il se r\u00e9fugie au ch\u00e2teau de Saint-Germain avec la famille royale et ses fid\u00e8les, partant subrepticement dans la nuit du 5 au 6\u00a0janvier 1549. Cond\u00e9, \u00e0 la t\u00eate des troupes royales, dispose de 10\u00a0000 hommes pour se rendre ma\u00eetre de Paris\u00a0: op\u00e9ration r\u00e9pressive mal calcul\u00e9e, mal men\u00e9e, et plus de quatre ann\u00e9es de trouble vont s\u2019encha\u00eener\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de paix, point de Mazarin\u00a0! Il faut aller \u00e0 Saint-Germain qu\u00e9rir notre bon Roi\u00a0; il faut jeter dans la rivi\u00e8re tous les mazarins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"781\" class=\"cit-num\">781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris du peuple de Paris assi\u00e9g\u00e9, d\u00e9but mars\u00a01649. <em>M\u00e9moires du Cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des pourparlers de paix s\u2019engagent entre la cour (\u00e0 Saint-Germain) et le Parlement de Paris. Mais il y a des opposants irr\u00e9ductibles et une part du peuple se soul\u00e8ve, neutralise les \u00e9chevins et les magistrats fid\u00e8les au roi (les \u00ab\u00a0mazarins\u00a0\u00bb), cependant que les Grands deviennent le \u00ab\u00a0pi\u00e8tre \u00e9tat-major d\u2019une r\u00e9volution incertaine\u00a0\u00bb (Georges Duby). On retrouve le duc de Beaufort (le roi des Halles refaisant le coup de la Cabale des Importants), l\u2019in\u00e9vitable de Retz (port\u00e9 par son ambition politique et bient\u00f4t perdu par ses propres subtilit\u00e9s), le prince de Conti \u2013\u00a0\u00ab\u00a0un z\u00e9ro qui ne multipliait que parce qu\u2019il \u00e9tait prince du sang\u00a0\u00bb selon de Retz\u00a0\u2013 et la belle duchesse de Longueville (fr\u00e8re et s\u0153ur du Grand Cond\u00e9 qui se bat dans le camp du roi). Tout ce beau monde se querelle ou s\u2019aime, intrigue, h\u00e9site, fanfaronne, encha\u00eene les volte-face et s\u2019\u00e9tonne de tant d\u2019audace.<\/p>\n<p>Les nouvelles des r\u00e9volutionnaires de Cromwell vont terrifier les plus rebelles\u00a0: ils ont os\u00e9 ex\u00e9cuter le roi Charles\u00a0Ier d\u2019Angleterre\u00a0! Le pr\u00e9sident du Parlement de Paris, Mol\u00e9, signe alors la paix de Rueil, le 11\u00a0mars 1649\u00a0: au prix de concessions mutuelles, c\u2019est la fin (provisoire) de la Fronde parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faut sonner le tocsin, din-din<br>Pour pendre Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"793\" class=\"cit-num\">793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson. <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Prendre\u00a0\u00bb est devenu \u00ab\u00a0pendre\u00a0\u00bb\u00a0! Le Parlement de Paris qui l\u2019a banni en janvier\u00a01649 met sa t\u00eate \u00e0 prix en d\u00e9cembre\u00a01651\u00a0: 50\u00a0000 \u00e9cus, payables par la vente de sa biblioth\u00e8que et ses collections (471 tableaux de ma\u00eetre r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u00e0 sa mort). Mazarin, confondant parfois ses affaires et celles de l\u2019\u00c9tat, poss\u00e8de une immense fortune.<\/p>\n<p>Le cardinal a de nouveau pris la fuite avec la reine, et rejoint le jeune roi \u00e0 Poitiers. Le Parlement envoie des \u00e9missaires dans les provinces, tente de les soulever contre Mazarin, mais nul ne bouge. Turenne, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e royale, bat Cond\u00e9 qui a recrut\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 une arm\u00e9e espagnole \u2013 trahison manifeste.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 se r\u00e9fugie dans Paris (avril\u00a01652), ses partisans y font r\u00e9gner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans) se lance dans la Fronde \u00e0 c\u0153ur perdu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont des Mazarins, faites-en ce que vous voudrez\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"794\" class=\"cit-num\">794<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Bourbon-Cond\u00e9, dit le Grand <span class=\"caps\">COND\u00c9<\/span> (1621-1686) \u00e0 ses soldats, 4\u00a0juillet 1652.<em> M\u00e9moires de Valentin Conrart<\/em> (posthume, 1826)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parlement et bourgeois de Paris sont r\u00e9ticents, mais les partisans de Cond\u00e9 man\u0153uvrent les milieux populaires, exploitent leur haine contre Mazarin et entretiennent un climat de terreur. Le 2\u00a0juillet, Turenne bat de nouveau Cond\u00e9, mais la Grande Mademoiselle le sauve en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales et sur Turenne\u00a0! Une anarchie sanglante s\u2019ensuit\u00a0: le 4\u00a0juillet, Cond\u00e9 laisse massacrer les \u00ab\u00a0Mazarins\u00a0\u00bb (magistrats et bourgeois de Paris), tandis que l\u2019incendie d\u00e9vaste l\u2019H\u00f4tel de Ville et le palais Mazarin. C\u2019est la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Pailles\u00a0\u00bb. Mazarin fuit \u00e0 Cologne, d\u2019o\u00f9 il va continuer de diriger la France, par lettres \u00e0 la reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet pour Mazarin<\/em> (1652). <em>Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juste retour des choses. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9 qui fuit \u00e0 son tour aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle. Les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre.<\/p>\n<p>Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va laisser le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur. Mais la Fronde lui servira de le\u00e7on et explique en partie, a contrario, la monarchie absolue. Reste l\u2019\u00e9ducation royale men\u00e9e par Mazarin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si une fois vous prenez en main le gouvernail, vous ferez plus en un jour qu\u2019un plus habile que moi en six mois, car c\u2019est d\u2019un autre poids, ce qu\u2019un roi fait de droit fil, que ce que fait un ministre, quelque autoris\u00e9 qu\u2019il puisse \u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"801\" class=\"cit-num\">801<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, 29\u00a0juin 1659. <em>Les Annales conferencia<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span> (1925), Universit\u00e9 des Annales<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi le conseille-t-il deux ans avant sa mort, tout en continuant de l\u2019initier \u00e0 son m\u00e9tier de roi. Le conseil sera bien suivi par l\u2019\u00e9l\u00e8ve\u00a0!<\/p>\n<p>En attendant, le cardinal qui a tir\u00e9 les le\u00e7ons de la Fronde tient fermement le gouvernail\u00a0: Parlements r\u00e9duits au silence, interdiction \u00e0 la noblesse de s\u2019assembler (\u00e9dit de 1657). En 1659, des assembl\u00e9es secr\u00e8tes de nobles se tiennent en certaines provinces. Le roi va s\u00e9vir en personne dans le Midi. Il y a toujours, entre eux deux, cette \u00e9tonnante division du travail.<\/p>\n<p>L\u2019un des principaux acquis du \u00ab\u00a0r\u00e8gne\u00a0\u00bb de Mazarin sera la paix avec l\u2019Espagne au trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es, le 7\u00a0novembre\u00a01659, dans l\u2019\u00eele des Faisans, sur la Bidassoa qui sert de fronti\u00e8re aux deux pays. Mazarin signe pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je vous dois tout, mais je m\u2019acquitte envers Votre Majest\u00e9 en lui donnant Colbert.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"805\" class=\"cit-num\">805<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le 9\u00a0mars 1661. C\u2019est son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb politique.<em> Le Plutarque fran\u00e7ais, vie des hommes et femmes illustres de la France<\/em> (1837), \u00c9douard Mennechet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier ministre d\u2019Anne d\u2019Autriche, gard\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 sa majorit\u00e9, se donnant tout entier \u00e0 son m\u00e9tier de \u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb, il eut la totalit\u00e9 du pouvoir. Il a parall\u00e8lement collectionn\u00e9 les charges et acquis une immense fortune \u2013 impossible \u00e0 estimer, car il est difficile de donner la valeur des tableaux de ma\u00eetre de Vinci, Titien, Rapha\u00ebl, Caravage, des sculptures, des bijoux et m\u00e9dailles, diss\u00e9min\u00e9s dans un grand nombre de palais, et des livres rares de la biblioth\u00e8que Mazarine, premi\u00e8re biblioth\u00e8que ouverte au public d\u00e8s 1643, b\u00e2tie dans l\u2019aile gauche du palais de l\u2019Institut, \u00e9difi\u00e9e \u00e0 ses frais.<\/p>\n<p>C\u2019est sans doute la plus grande fortune priv\u00e9e de tout l\u2019Ancien R\u00e9gime. Mazarin fut aussi un grand m\u00e9c\u00e8ne et au moment de mourir, il pense aux chefs-d\u2019\u0153uvre qu\u2019il ne verra plus\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut quitter tout cela\u00a0\u00bb dit-il. L\u2019essentiel est l\u00e9gu\u00e9 au roi qui refuse \u00e9l\u00e9gamment, de sorte que Mazarin peut encore en disposer, selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s.<\/p>\n<p>Il recommande au roi le financier Jean-Baptiste Colbert qui g\u00e9rait avec succ\u00e8s sa fortune depuis dix ans. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le gardera \u00e0 son service jusqu\u2019\u00e0 sa mort, durant plus de vingt ans. Il fera de m\u00eame avec la plupart des collaborateurs tout d\u00e9vou\u00e9s dont l\u2019habile Mazarin a su s\u2019entourer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, il est crev\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"806\" class=\"cit-num\">806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur de la famille (son fr\u00e8re et une de ses s\u0153urs) \u00e0 la nouvelle de la mort du cardinal Mazarin, leur oncle. La belle et spirituelle mazarinette ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, je n\u2019en fus gu\u00e8re plus afflig\u00e9e\u00a0; et c\u2019est une chose remarquable qu\u2019un homme de ce m\u00e9rite, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 toute sa vie pour \u00e9lever et enrichir sa famille, n\u2019en ait re\u00e7u que des marques d\u2019aversion, m\u00eame apr\u00e8s sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. 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