{"id":10142,"date":"2025-01-20T00:00:00","date_gmt":"2025-01-19T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-i\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:57","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:57","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-i\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (I)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), <em>Histoire de France<\/em>, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>I. Gaule et Moyen \u00c2ge\u00a0: premi\u00e8re \u00ab\u00a0g\u00e9opolitique\u00a0\u00bb associ\u00e9e aux mariages royaux.<\/h3>\n<p>Jules C\u00e9sar, Clotilde de Burgondie, Anne de Kiev, Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine, Blanche de Castille, Christine de Pizan, Isabeau de Bavi\u00e8re.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-1-71.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Jules C\u00e9sar (101-44 av.\u00a0J.-C.), personnage principal dans l\u2019histoire de la Gaule\u00a0et g\u00e9n\u00e9ral romain vainqueur de Vercing\u00e9torix.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u00e9sar s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme un protecteur. Sa conqu\u00eate avait commenc\u00e9 par ce que nous appellerions une intervention arm\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Histoire de France<\/em> (1924)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait capital de notre Histoire. En 58 av.\u00a0J.-C., la tribu des Helv\u00e8tes d\u00e9cide d\u2019\u00e9migrer vers la Sa\u00f4ne pour fuir la pression des Germains. Les \u00c9duens \u00e9tablis entre Loire et Sa\u00f4ne se sentent menac\u00e9s par cette migration et appellent \u00e0 leur secours C\u00e9sar, nomm\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente proconsul de la Gaule cisalpine (Italie du Nord) et de la Province romaine. Cerealis (cit\u00e9 par Tacite) rappellera plus tard aux Gaulois ce fait historique\u00a0: \u00ab\u00a0Si nos chefs et empereurs sont entr\u00e9s dans votre pays, c\u2019est \u00e0 la requ\u00eate de vos anc\u00eatres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fort de six l\u00e9gions, C\u00e9sar oblige les Helv\u00e8tes \u00e0 retourner chez eux (vers l\u2019actuelle Suisse) et refoule les Germains au-del\u00e0 du Rhin (future Allemagne). Voulant \u00e9clipser la gloire militaire de son rival Pomp\u00e9e, il en profite pour conqu\u00e9rir en huit campagnes annuelles toute la Gaule, y compris Belgique et Suisse, avec une incursion en [Grande-]Bretagne.<\/p>\n<p>C\u00e9sar est un personnage de g\u00e9nie comparable \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0: grand militaire (premi\u00e8re vocation d\u2019un chef proche de ses hommes), habile \u00e0 tirer parti de ses victoires (pour s\u2019assurer dans son pays une irr\u00e9sistible ascension), orateur n\u00e9 (mais prenant des le\u00e7ons), animal politique (\u00e0 l\u2019ambition bient\u00f4t folle), r\u00e9formateur (souvent d\u00e9magogue et inspir\u00e9), croyant \u00e0 son destin (et n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 le forcer\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Alea jacta est\u00a0\u00bb<\/em>), historien de lui-m\u00eame (<em>Guerre des Gaules<\/em> pour l\u2019un et <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> pour l\u2019autre), pratiquant le culte de la personnalit\u00e9 (devenu d\u00e9mesur\u00e9). Une diff\u00e9rence\u00a0capitale\u00a0: C\u00e9sar \u00ab\u00a0Imperator\u00a0\u00bb signifie g\u00e9n\u00e9ral victorieux\u2026 et non pas empereur\u00a0! Mais C\u00e9sar l\u2019aurait souhait\u00e9. Fort de tous les pouvoirs, il a jet\u00e9 les bases d\u2019un gouvernement de type imp\u00e9rial \u2013 ce sera l\u2019une des raisons de son assassinat aux ides de mars (15 mars 44 av. J.-C.)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a dans la Gaule deux classes d\u2019hommes qui comptent et qui sont honor\u00e9es\u00a0: celle des druides et celle des chevaliers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av.\u00a0J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ses <em>Commentarii de bello gallico<\/em>, C\u00e9sar se r\u00e9v\u00e8le remarquable historien et styliste. \u00c0 partir du <span class=\"caps\">IX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle se multiplient les \u00e9ditions et traductions de ce grand texte, \u00e9galement titr\u00e9 <em>Guerre des Gaules<\/em>. Aujourd\u2019hui encore, c\u2019est une r\u00e9f\u00e9rence quasiment unique d\u2019un t\u00e9moin et acteur des faits.<\/p>\n<p>En Gaule, les druides cumulent trois fonctions\u00a0: pr\u00eatres allant cueillir le gui sacr\u00e9, offrant des sacrifices et assurant le culte de quelque 400 dieux\u00a0; \u00e9ducateurs transmettant \u00e0 la jeunesse aristocratique des po\u00e8mes h\u00e9ro\u00efques nourris de l\u00e9gendes gauloises et de connaissances historiques, juridiques, astrologiques\u00a0; juges pronon\u00e7ant des arbitrages et des peines capitales en fonction d\u2019un rituel pr\u00e9cis. Les chevaliers, soumis au roi en temps de guerre, sont entour\u00e9s de \u00ab\u00a0clients\u00a0\u00bb unis \u00e0 eux par des liens de vassalit\u00e9 personnelle (origine de la f\u00e9odalit\u00e9) et font travailler des serfs.<\/p>\n<p>Au-dessous de ce \u00ab\u00a0clerg\u00e9\u00a0\u00bb et de cette \u00ab\u00a0noblesse\u00a0\u00bb, le peuple forme le \u00ab\u00a0tiers ordre\u00a0\u00bb. Au total, la Gaule comptait, selon C\u00e9sar, 10\u00a0millions d\u2019habitants au Ier\u00a0si\u00e8cle av. J.-C.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les Gaulois sont ardents et prompts \u00e0 entreprendre une guerre, pour supporter les d\u00e9sastres leur esprit est mou et sans r\u00e9sistance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av.\u00a0J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le caract\u00e8re des Gaulois comme des Fran\u00e7ais \u00e0 venir n\u2019a cess\u00e9 de d\u00e9router les dirigeants. On peut naturellement chercher et trouver des constantes. On parlerait ici d\u2019 \u00ab\u00a0union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb fr\u00e9quente en d\u00e9but de conflits, avec une r\u00e9sistance qui peine ensuite \u00e0 se manifester dans la d\u00e9faite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une race [les Gaulois] d\u2019une extr\u00eame ing\u00e9niosit\u00e9, et ils ont de singuli\u00e8res aptitudes \u00e0 imiter ce qu\u2019ils voient faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour \u00eatre conqu\u00e9rant, C\u00e9sar n\u2019en fut pas moins sensible au g\u00e9nie propre aux Gaulois. S\u2019ils ne connaissent pas de civilisation urbaine et vivent en tribus, ils sont de remarquables \u00e9leveurs et agriculteurs qui savent \u00ab\u00a0engraisser la terre par la terre\u00a0\u00bb (assolement et alternances de c\u00e9r\u00e9ales riches et pauvres), au grand \u00e9tonnement des Romains. Ils exportent jusqu\u2019\u00e0 Rome foies gras, jambons et autres charcuteries. Leurs tissages et leurs cuirs sont de qualit\u00e9, comme leurs bijoux et leurs bronzes. Ils auraient m\u00eame invent\u00e9 le savon (fait de cendre v\u00e9g\u00e9tale m\u00e9lang\u00e9e au suif).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces gens-l\u00e0 [les Gaulois] changent facilement d\u2019avis et sont presque toujours s\u00e9duits par ce qui est nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand fond de v\u00e9rit\u00e9 dans cette constatation. Richelieu, au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, \u00e9voquera souvent cette \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb propre aux Fran\u00e7ais. Ce sera pour s\u2019en irriter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous devons nous d\u00e9fendre, non seulement contre les actes, mais m\u00eame contre les projets de ceux qui veulent nous nuire, nous opposer \u00e0 l\u2019accroissement de leur puissance avant qu\u2019ils nous aient caus\u00e9 des dommages et ne pas attendre pour nous venger qu\u2019ils nous aient fait du mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"20\" class=\"cit-num\">20<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules. Histoire romaine<\/em>, Dion Cassius, historien grec du <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Brillant orateur autant que grand g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9lu consul en 60 av.\u00a0J.-C., C\u00e9sar re\u00e7oit \u00e0 la fin de sa magistrature le gouvernement de la Gaule cisalpine (nord de l\u2019Italie) et de la Province romaine (sud de la Gaule transalpine). Il veut profiter des luttes qui d\u00e9chirent la Gaule ind\u00e9pendante pour soumettre des tribus qui lui apparaissent comme une menace et conqu\u00e9rir ainsi la gloire militaire. Mais les s\u00e9nateurs ont toujours recul\u00e9 devant des guerres offensives\u00a0: ils lui refusent le droit d\u2019intervenir.<\/p>\n<p>C\u00e9sar va se d\u00e9cider, quand les \u00c9duens le rappellent au secours contre les Helv\u00e8tes migrant vers la Gaule, peu satisfaits des conditions de vie sur leur territoire (la Suisse). Et chaque ann\u00e9e, jusqu\u2019en 51 av.\u00a0J.-C., C\u00e9sar va mener campagne en Gaule. Cette guerre de dix ans lui apportera la gloire indispensable \u00e0 son irr\u00e9sistible ascension.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand nous ne formerons en Gaule qu\u2019une seule volont\u00e9, le monde entier ne pourra nous r\u00e9sister.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 82-46 av. J.-C.), \u00e0 ses troupes, mai\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Gergovie. <em>La Gaule<\/em> (1947), Ferdinand Lot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les tribus gauloises, victimes de leur d\u00e9sunion, viennent d\u2019\u00e9lire ce jeune noble qui entretint des relations politiques av\u00e9r\u00e9es avec C\u00e9sar, avant de devenir chef supr\u00eame d\u2019une coalition contre les Romains qui se veulent ma\u00eetres de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Quand C\u00e9sar marche vers la Loire, Vercing\u00e9torix ordonne de br\u00fbler tous les villages pour affamer l\u2019ennemi. Mais on ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 incendier Avaricum (Bourges), seule grande et belle ville de Gaule, puissamment fortifi\u00e9e. Apr\u00e8s deux mois de r\u00e9sistance, elle tombera, le 20\u00a0avril. Dans sa <em>Guerre des Gaules<\/em>, C\u00e9sar parle de 40\u00a0000 morts \u2013 il a d\u00e9cupl\u00e9 le chiffre. Mais il note, en bon observateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019adversit\u00e9 diminue d\u2019habitude l\u2019autorit\u00e9 des chefs, elle grandit de jour en jour le prestige de Vercing\u00e9torix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mois suivant, le Gaulois remporte la plus grande victoire de sa courte carri\u00e8re\u00a0: Gergovie (pr\u00e8s de Clermont-Ferrand). C\u00e9sar doit lever le si\u00e8ge, minorant ses pertes \u00e0 700 l\u00e9gionnaires. Les statistiques truqu\u00e9es nourrissent la l\u00e9gende ou la propagande et l\u2019histoire de Vercing\u00e9torix nous est surtout connue par le r\u00e9cit de son adversaire C\u00e9sar.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span>\u00a0(vers 82-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de C\u00e9sar, fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia.<em> Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire romaine depuis Romulus jusqu\u2019\u00e0 Auguste<\/em>, Florus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu rapport\u00e9s par le vainqueur servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du guerrier gaulois, face au plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains.<\/p>\n<p>Excellent strat\u00e8ge, C\u00e9sar est parvenu \u00e0 enfermer Vercing\u00e9torix et son arm\u00e9e \u00e0 Al\u00e9sia (en Bourgogne). L\u2019arm\u00e9e de secours, mal pr\u00e9par\u00e9e, est mise en pi\u00e8ces par C\u00e9sar qui exag\u00e8re encore les chiffres\u00a0: 246\u00a0000 morts chez les Gaulois, dont 8\u00a0000 cavaliers. Vercing\u00e9torix juge la r\u00e9sistance inutile et se rend pour \u00e9pargner la vie de ses hommes \u2013 quelque 50\u00a0000, mourant de faim apr\u00e8s quarante jours de si\u00e8ge.<\/p>\n<p>La chute d\u2019Al\u00e9sia marque la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine. Mais le mythe demeure bien vivant, en France\u00a0: Vercing\u00e9torix, red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et popularis\u00e9 (avec C\u00e9sar) jusque dans la bande dessin\u00e9e d\u2019Ast\u00e9rix, est notre premier h\u00e9ros national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut comprendre que le danger qu\u2019il [C\u00e9sar] courut devant Al\u00e9sia soit rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 plus d\u2019un titre\u00a0: jamais, dans aucun autre combat, il n\u2019eut \u00e0 d\u00e9ployer autant d\u2019audace et d\u2019habilet\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PLUTARQUE<\/span> (46-125), <em>Vies parall\u00e8les<\/em> (des hommes illustres), \u00ab\u00a0C\u00e9sar\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est vrai qu\u2019Al\u00e9sia fut la bataille d\u00e9cisive dans la guerre des Gaules men\u00e9e par C\u00e9sar. C\u2019est aussi un hommage indirect \u00e0 Vercing\u00e9torix. Certes vaincu sur ce champ de bataille, le jeune chef Gaulois s\u2019est quand m\u00eame battu au point de mettre en danger le plus grand g\u00e9n\u00e9ral romain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En moins de dix ans qu\u2019a dur\u00e9 sa guerre dans les Gaules, il [C\u00e9sar] a pris d\u2019assaut plus de huit cents villes, il a soumis trois cents nations diff\u00e9rentes, et combattu, en plusieurs batailles rang\u00e9es, contre trois millions d\u2019ennemis, dont il a tu\u00e9 un million, et fait autant de prisonniers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PLUTARQUE<\/span> (46-125), <em>Vies parall\u00e8les<\/em> (des hommes illustres), \u00ab\u00a0C\u00e9sar\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour cet historien grec, la conqu\u00eate de la Gaule est l\u2019une des victoires majeures de Rome et place son commandant C\u00e9sar au rang des plus illustres g\u00e9n\u00e9raux romains.<\/p>\n<p>Devenu consul de Rome, il entreprend des r\u00e9formes capitales, favorables aux classes populaires. Mais en 44 av. J-C, s\u2019appr\u00eatant \u00e0 r\u00e9tablir la monarchie, il est assassin\u00e9 par des conspirateurs dont son fils adoptif Brutus. Son petit-neveu et h\u00e9ritier lui succ\u00e8de\u00a0: Octave sera le premier empereur romain, sacr\u00e9 sous le nom d\u2019Auguste et devenu seul ma\u00eetre de l\u2019Empire romain en 30 av. J.-C.\u00a0Il finit de pacifier la Gaule, triomphant des derni\u00e8res r\u00e9sistances dans les Alpes et les Pyr\u00e9n\u00e9es. Trois ans apr\u00e8s, il fixe les bases administratives de la Gaule romaine. Le pays est divis\u00e9 en quatre provinces\u00a0: la Narbonnaise (ancienne province au sud-est), l\u2019Aquitaine (au sud-ouest), la Celtique ou Lyonnaise (au centre, la plus \u00e9tendue) et la Belgique au nord.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais depuis qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 dompt\u00e9e par le divin Jules [C\u00e9sar], la fid\u00e9lit\u00e9 de la Gaule n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e\u00a0; jamais, m\u00eame dans les circonstances les plus critiques, son attachement ne s\u2019est d\u00e9menti.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"27\" class=\"cit-num\">27<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLAUDE<\/span> Ier (10 av.\u00a0J.-C.-54), Discours devant le S\u00e9nat, 48. <em>La Gaule ind\u00e9pendante et la Gaule romaine<\/em> (1900), Gustave Bloch<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mouvement cr\u00e9\u00e9 par C\u00e9sar ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s sa mort par assassinat. Cent ans plus tard, l\u2019empereur Claude, n\u00e9 \u00e0 Lyon, rappelle dans ce discours \u00e0 quel point la Gaule est demeur\u00e9e dans la \u00ab\u00a0pax romana\u00a0\u00bb apr\u00e8s sa pacification \u2013 hormis deux r\u00e9voltes de minorit\u00e9s, d\u2019ailleurs d\u00e9savou\u00e9es par le peuple gaulois.<\/p>\n<h4>Clotilde de Burgondie (475-545), fille du roi des Burgondes et femme de Clovis, premier roi des Francs<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 au nom de votre Christ. Il faudra donc qu\u2019il meure, comme meurt tout ce qui est vou\u00e9 \u00e0 ce malfaisant personnage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"73\" class=\"cit-num\">73<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), \u00e0 Clotilde. <em>Sainte Clotilde<\/em> (1905), Godefroy Kurth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 493, Clovis a \u00e9pous\u00e9 Clotilde, ni\u00e8ce de Gondebaud le roi des Burgondes, peuple germanique. Chr\u00e9tienne, elle fait baptiser leur fils n\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. L\u2019enfant meurt bient\u00f4t, ce qui attire \u00e0 la reine cette remarque de son \u00e9poux encore farouchement pa\u00efen\u2026 Mais dans l\u2019Histoire, une victoire vaut bien une messe, mille ans et un si\u00e8cle avant l\u2019abjuration d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1593).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"74\" class=\"cit-num\">74<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), invoquant le Dieu de sa femme chr\u00e9tienne, bataille de Tolbiac, 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot peut-\u00eatre l\u00e9gendaire \u2013 mais nombre de mots pr\u00e9sum\u00e9s apocryphes ont une valeur symbolique et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s. Clovis s\u2019appr\u00eate \u00e0 repousser les Alamans (futurs Allemands), tribu germanique qui multiplie les incursions sur la rive gauche du Rhin. L\u2019affrontement des deux arm\u00e9es tourne au massacre, Clovis redoute la d\u00e9faite. D\u2019o\u00f9 ce cri lanc\u00e9 au Ciel.<\/p>\n<p>Notre premier roi du Moyen \u00c2ge semble avoir avec Dieu les m\u00eames rapports que le dernier, mille ans plus tard\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, fort superstitieux et en constant marchandage avec la Vierge ou saint Michel archange.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la victoire de Tolbiac contre les Alamans, la tr\u00e8s chr\u00e9tienne Clotilde va faire en sorte que son royal \u00e9poux ne puisse plus diff\u00e9rer la c\u00e9r\u00e9monie. Second\u00e9e par son amie sainte Genevi\u00e8ve, elle convie en secret R\u00e9mi, \u00e9v\u00eaque de la ville de Reims. Qui parle \u00e0 son tour \u00e0 Clovis, lequel s\u2019appr\u00eatera au bapt\u00eame pour le prochain jour de No\u00ebl.<\/p>\n<p>Il reste ensuite au jeune roi \u00e0 conqu\u00e9rir le reste de la Gaule devenue majoritairement chr\u00e9tienne. Et Clovis s\u2019achemine vers le bapt\u00eame et le sacre, la hache au poing, la ruse en t\u00eate. Bien jou\u00e9\u00a0!<\/p>\n<h4>Anne de Kiev (1024-1075), princesse russe devenue reine de France, mari\u00e9e par amour r\u00e9ciproque avec Henri Ier et m\u00e8re de Philippe Ier, roi diversement jug\u00e9<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir parcouru d\u2019interminables sentiers poussi\u00e9reux et de longues routes sous le soleil ou dans le froid, ils ou\u00efrent que la merveille qu\u2019ils recherchaient \u00e9tait encore plus loin, \u00e0 Kiev, dans cette Russie fra\u00eechement christianis\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gonzague <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BRIS<\/span> (1948-2017), <em>D\u00e9shabillons l\u2019histoire de France<\/em> (2017)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Roi des Francs en 1031, Henri Ier se retrouve veuf \u00e0 36 ans de sa premi\u00e8re femme Mathilde de Frise. Il charge trois hommes de confiance de lui trouver\u00a0 la perle rare \u00e0 travers l\u2019Europe, \u00ab\u00a0un id\u00e9al de beaut\u00e9 et de sagesse\u00a0\u00bb. Ils d\u00e9couvrent cette princesse russe aussi pieuse que belle, Anna dont le p\u00e8re, Iaroslav le Sage, r\u00e8gne sur la principaut\u00e9 de Kiev. Parlant cinq langues, il a eu neuf enfants destin\u00e9s \u00e0 faire de \u00ab\u00a0beaux mariages\u00a0\u00bb. Il est donc heureux de donner son accord \u00e0 cette union, m\u00eame si ce d\u00e9part doit \u00eatre sans retour.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Imaginez cette jeune princesse qui chevauche sous la neige. Elle n\u2019a jamais vu l\u2019homme qui va devenir son seigneur, elle ne conna\u00eet pas la langue du pays qui l\u2019attend, mais elle va de l\u2019avant avec abn\u00e9gation et panache\u00a0\u00bb souligne l\u2019historien. Autre biographe, R\u00e9gine Desforges\u00a0 (<em>Sous le ciel de Novgorod<\/em>, 1990) a rendu compte de ce voyage de 12 000 lieues et cont\u00e9 son destin. Parvenue en France, elle appara\u00eet enfin au roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s qu\u2019il la voit, il s\u2019enflamme, il ne peut se contenir (\u2026) Ainsi a-t-il atteint son id\u00e9al f\u00e9minin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gonzague <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BRIS<\/span> (1948-2017), <em>D\u00e9shabillons l\u2019histoire de France<\/em> (2017)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les noces d\u2019Anne et Henri sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es \u00e0 Reims le 19 mai 1051, la jeune femme \u00e9tant sacr\u00e9e reine le jour m\u00eame. Elle lui donnera quatre enfants. L\u2019a\u00een\u00e9 est surnomm\u00e9 Philippe \u2013 Anne, descendante de Philippe de Mac\u00e9doine, introduit \u00e0 la cour ce pr\u00e9nom port\u00e9 par six rois, dont Philippe <span class=\"caps\">II<\/span> Auguste (1180-1223) et Philippe <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1285-1314), sans oublier le \u00ab\u00a0roi des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb sous la Monarchie de juillet, Louis-Philippe.<\/p>\n<p>Neuf ans apr\u00e8s leur mariage, Henri meurt (empoisonn\u00e9\u00a0?). Anne de Kiev assure la r\u00e9gence du fils a\u00een\u00e9 (8 ans), avec son oncle le comte de Flandre Baudoin V. Pour \u00e9chapper \u00e0 son emprise et aux guerres intestines domin\u00e9es par les m\u0153urs de la chevalerie o\u00f9 se m\u00ealent amours, jalousies et trahisons, elle se retire avec ses enfants dans la demeure royale de Senlis (Oise) et va fonder l\u2019abbaye Saint-Vincent \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Henri. Une statue du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e rend hommage \u00e0 Anne de Kiev. Elle se remarie avec Raoul de Cr\u00e9py, comte de Valois qui a r\u00e9pudi\u00e9 son \u00e9pouse l\u00e9gitime. D\u2019o\u00f9 col\u00e8re des \u00e9v\u00eaques, excommunication du pape et brouille passag\u00e8re avec son fils devenu roi.<\/p>\n<p>Philippe Ier r\u00e9gnera 48 ans (troisi\u00e8me plus long r\u00e8gne de l\u2019histoire de France apr\u00e8s Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>). Contemporain de la conqu\u00eate de l\u2019Angleterre par Guillaume de Normandie et de la premi\u00e8re croisade, indolent et voluptueux, fort s\u00e9duisant, ce roi d\u00e9fraie la chronique. Son union avec Bertrade de Montfort, d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9e, provoque son excommunication \u2013 ce qui l\u2019isole de son peuple comme des grands et turbulents vassaux du royaume. Mais c\u2019est un habile politique. Sous son r\u00e8gne, la ville de Bourges, le comt\u00e9 de Vexin et le G\u00e2tinais sont r\u00e9unis \u00e0 la couronne. Il sait profiter de toutes les circonstances pour augmenter sa puissance et ses richesses. Guibert de Nogent (moine et chroniqueur de Picardie) l\u2019accuse d\u2019avoir vendu des b\u00e9n\u00e9fices et l\u2019appelle \u00ab\u00a0hominem in rebus Dei venalissimum.\u00a0\u00bb (l\u2019homme le plus v\u00e9nal dans les affaires de Dieu)<\/p>\n<p>\u00c0 la fin d\u2019un r\u00e8gne tumultueux, il abandonne le pouvoir \u00e0 son fils Louis <span class=\"caps\">VI<\/span> le Gros, dit aussi le Batailleur.<\/p>\n<h4>Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine (1122-1204), reine de France puis d\u2019Angleterre, femme de pouvoir, d\u2019action et de foi, m\u00e9c\u00e8ne de l\u00e9gende et m\u00e8re de dix enfants.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi disait que j\u2019\u00e9tais diable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ali\u00e9nor D\u2019<span class=\"caps\">AQUITAINE<\/span> (1122-1204), selon la formule de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Tournai. <em>Le Roi disait que j\u2019\u00e9tais diable<\/em> (2014), Clara Dupont-Monod<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle son premier mari, Louis <span class=\"caps\">VII<\/span>. Elle a \u00e9pous\u00e9 \u00e0 15 ans le jeune prince de 16 ans, fascin\u00e9 par sa beaut\u00e9 (grande blonde aux yeux verts), sa culture (parlant le latin et d\u00e9j\u00e0 plusieurs langues), sa libert\u00e9 d\u2019allure et de comportement (initiation pr\u00e9coce aux amours enfantines). C\u2019est aussi l\u2019h\u00e9riti\u00e8re du duch\u00e9 d\u2019Aquitaine et du comt\u00e9 de Poitiers \u2013 le sud-ouest de la France actuelle, plus grand que la France de l\u2019\u00e9poque\u00a0! On pourrait croire au mariage du si\u00e8cle, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en la cath\u00e9drale de Bordeaux le 25 juillet 1137.<\/p>\n<p>Deux semaines plus tard, Louis <span class=\"caps\">VI<\/span> meurt, Louis <span class=\"caps\">VII<\/span> devient roi de France et Ali\u00e9nor impose les m\u0153urs et coutumes de la cour de Poitiers. Elle fait venir troubadours et trouv\u00e8res, introduit de nouvelles habitudes alimentaires (les confitures) et vestimentaires (couleurs vives et d\u00e9collet\u00e9s \u00e9chancr\u00e9s). Elle pr\u00e9side les tournois avec des chevaliers venus d\u2019Aquitaine et du Poitou. On lui pr\u00eate une br\u00e8ve passion avec l\u2019un d\u2019eux, le conn\u00e9table Saldebreuil, et Louis devient r\u00e9ellement jaloux.<\/p>\n<p>Ayant convaincu ses vassaux d\u2019Aquitaine de participer \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition, elle accompagne la deuxi\u00e8me croisade (1147-1149). Beaucoup de nobles les imitent, se faisant accompagner de leur dame et leurs chambri\u00e8res\u00a0: au final, l\u2019arm\u00e9e qui d\u00e9barque en Orient compte plus de femmes que d\u2019hommes\u00a0! Ali\u00e9nor s\u00e9journe \u00e0 la cour de l\u2019empereur byzantin, \u00e9merveill\u00e9e par les fastes de la vie orientale. Elle couche avec son oncle et ancien tuteur, Raimond de Poitiers, devenu prince d\u2019Antioche. Du coup, Louis <span class=\"caps\">VII<\/span> change son plan de croisade et lance une campagne vers J\u00e9rusalem. Elle refuse de le suivre, il l\u2019emm\u00e8ne de force. L\u2019exp\u00e9dition est un \u00e9chec cuisant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019estime la foi et d\u00e9teste la religion. La premi\u00e8re grandit l\u2019homme, la seconde l\u2019affole.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ali\u00e9nor D\u2019<span class=\"caps\">AQUITAINE<\/span> (1122-1204), cit\u00e9e par Clara Dupont-Monod, <em>Le Roi disait que j\u2019\u00e9tais diable<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au retour de la tragique croisade, ils prennent deux navires s\u00e9par\u00e9s. Ali\u00e9nor est captur\u00e9e par des navigateurs grecs, sauv\u00e9e par des Normands et se retrouve en Sicile avec Louis <span class=\"caps\">VII<\/span>\u00a0: un couple royal au bord de la rupture.<\/p>\n<p>Le pape Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">III<\/span> tente de les r\u00e9concilier, organisant une seconde c\u00e9r\u00e9monie de mariage suivie d\u2019une nuit de noces. Mais le simulacre de r\u00e9conciliation fait long feu. Ali\u00e9nor est ouvertement courtis\u00e9e par Henri Plantagen\u00eat, duc de Normandie et \u00e9poux de Mathilde, h\u00e9riti\u00e8re du tr\u00f4ne d\u2019Angleterre. Les conseils de l\u2019abb\u00e9 Suger qui entrevoit les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses d\u2019un renvoi d\u2019Ali\u00e9nor ne suffisent plus \u00e0 convaincre le roi. Louis <span class=\"caps\">VII<\/span>, quoique toujours \u00e9pris, semble r\u00e9solu \u00e0 une s\u00e9paration, quelles qu\u2019en soient les cons\u00e9quences politiques.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est Ali\u00e9nor qui invoque le pr\u00e9texte de la consanguinit\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois, une reine demande \u2013 et obtient \u2013 l\u2019annulation de son mariage. En fait, elle est amoureuse d\u2019Henri, m\u00e9lange de culture et de force virile. L\u2019annonce du divorce d\u2019Ali\u00e9nor retentit dans toute la chr\u00e9tient\u00e9, d\u2019autant qu\u2019en 1151, Henri devient roi d\u2019Angleterre. Ali\u00e9nor a diablement bien jou\u00e9\u00a0! Elle va continuer, d\u00e9fiant les m\u0153urs de ce \u00ab\u00a0m\u00e2le Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb (Georges Duby).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, Ali\u00e9nor, par la gr\u00e2ce de Dieu, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e pour cause de parent\u00e9 de mon seigneur, Louis le tr\u00e8s illustre roi de France, et avoir \u00e9t\u00e9 unie par le mariage avec mon tr\u00e8s noble seigneur, Henri, comte d\u2019Anjou\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ali\u00e9nor D\u2019<span class=\"caps\">AQUITAINE<\/span> (1122-1204), cit\u00e9 par Philippe Delorme, <em>Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine \u2013 Histoire des reines de France<\/em> (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ali\u00e9nor \u00e9pouse Henri Plantagen\u00eat en 1154. C\u00e9r\u00e9monie discr\u00e8te dans la salle des comtes de Poitiers. Apr\u00e8s avoir donn\u00e9 deux filles \u00e0 Louis <span class=\"caps\">VII<\/span>, elle donnera huit enfants (dont cinq fils) \u00e0 Henri. Tout semble aller pour le mieux, si ce n\u2019est que la nouvelle reine s\u2019int\u00e9resse plus \u00e0 ses propres terres qu\u2019\u00e0 l\u2019Angleterre de son mari o\u00f9 elle ne fait que de courts s\u00e9jours, contrainte et forc\u00e9e. Elle veut avant tout reprendre en main son duch\u00e9 d\u2019Aquitaine, perturb\u00e9 par l\u2019indiscipline des barons. Fine politique, elle accorde des franchises et des chartes aux villes pour se concilier la bourgeoisie. Elle ordonne la construction de nombreux \u00e9difices. Poitiers devient le centre de la vie courtoise et de la po\u00e9sie. Artistes, po\u00e8tes et musiciens y convergent de tout le royaume\u00a0: \u00ab\u00a0Chantez-moi ce qui n\u2019existe pas\u00a0!\u00a0\u00bb dit-elle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rel\u00e8ve ce qui est d\u00e9truit, conserve ce qui est debout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ali\u00e9nor D\u2019<span class=\"caps\">AQUITAINE<\/span> (1122-1204) \u00e0 son fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Richard C\u0153ur de Lion.<em> La R\u00e9volte<\/em> ( 2018), Clara Dupont-Monod<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 pr\u00e8s de 70 ans, cette femme hors norme garde son \u00e9nergie et sa passion politique. Durant la troisi\u00e8me croisade (1190) destin\u00e9e \u00e0 reprendre J\u00e9rusalem aux Sarrasins, elle assure la r\u00e9gence. Elle travaille \u00e0 affermir le pouvoir de Richard, contest\u00e9 par son fr\u00e8re Jean sans Terre alli\u00e9 pour l\u2019occasion \u00e0 Philippe Auguste, roi de France depuis 1179, cherchant \u00e0 \u00e9tendre le domaine royal aux d\u00e9pens des possessions de l\u2019Angleterre. Au retour de Terre sainte, il veut s\u2019emparer de la Normandie. Ali\u00e9nor en personne d\u00e9fend la cit\u00e9 de Gisors\u00a0! Quand Richard est prisonnier \u00e0 Vienne, elle part en 1194 chercher son tr\u00e8s cher fils avec une \u00e9norme ran\u00e7on, organisant son second couronnement \u00e0 leur retour triomphal en Angleterre. Elle se retire ensuite \u00e0 Fontevraud (ou Fontevrault, Maine-et-Loire), monast\u00e8re d\u00e9j\u00e0 honor\u00e9 et financ\u00e9 par la reine, mais elle veille toujours aux affaires politiques.<\/p>\n<p>En 1199, Richard C\u0153ur de Lion est assassin\u00e9. L\u2019av\u00e8nement de Jean sans Terre au tr\u00f4ne d\u2019Angleterre pose probl\u00e8me et Ali\u00e9nor jette toutes ses forces dans le combat pour la succession. Elle dirige les op\u00e9rations, conduisant \u00e0 coups de chevauch\u00e9es la r\u00e9sistance contre les nobles frondeurs encourag\u00e9s par Philippe Auguste. Apr\u00e8s un voyage en Castille, elle marie sa petite-fille Blanche avec l\u2019h\u00e9ritier du tr\u00f4ne de France (futur Louis <span class=\"caps\">VIII<\/span>, p\u00e8re de saint Louis). Ali\u00e9nor meurt en 1204 \u00e0 Fontevraud et l\u2019Aquitaine sera int\u00e9gr\u00e9e au royaume de France par Philippe Auguste.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende d\u2019Ali\u00e9nor revient \u00e0 la mode \u00e0 l\u2019\u00e9poque romantique. La caricature de la femme sensuelle et adult\u00e8re laisse place \u00e0 un portrait plus nuanc\u00e9. Ali\u00e9nor la scandaleuse reste la femme libre et s\u00e9ductrice, mais surtout la reine cultiv\u00e9e, imposant la richesse de la culture occitane \u00e0 la brutalit\u00e9 des m\u0153urs de la cour cap\u00e9tienne. La \u00ab\u00a0reine des troubadours\u00a0\u00bb est vue comme l\u2019inspiratrice de l\u2019amour courtois, voire le mod\u00e8le des romans chevaleresques de la geste arthurienne. Sa beaut\u00e9 et son charme inspirent les \u00e9crivains et les historiens, \u00e0 l\u2019image de son gisant repr\u00e9sent\u00e9 un livre ouvert entre les mains \u00e0 Fontevraud, aux c\u00f4t\u00e9s de son fils Richard C\u0153ur de Lion. On reconna\u00eet en m\u00eame temps la souveraine influente et opini\u00e2tre et la femme libre, disposant de son c\u0153ur et de son corps.<\/p>\n<h4>Blanche de Castille (1188-1252) la \u00ab\u00a0Dame Louve\u00a0\u00bb, forte femme, r\u00e9gente de choc et m\u00e8re abusive de Louis <span class=\"caps\">IX<\/span>, le futur Saint Louis.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime qu\u2019on m\u2019aime comme j\u2019aime quand j\u2019aime.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLANCHE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">CASTILLE<\/span> (1188-1252),\u00a0<em> Blanche de Castille<\/em> (1939), biographie de Marcel Brion<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u2019il fallait r\u00e9sumer le personnage\u2026 Elle a marqu\u00e9 de son empreinte l\u2019histoire tumultueuse du Moyen \u00c2ge. Mari\u00e9e \u00e0 onze ans par la volont\u00e9 royale de sa grand-m\u00e8re Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine, Blanche fait d\u2019abord figure de simple monnaie d\u2019\u00e9change destin\u00e9e \u00e0 sceller la paix entre la France et l\u2019Angleterre. Mais \u00e0 la mort de son mari Louis <span class=\"caps\">VIII<\/span>, elle se retrouve au pouvoir. Le peuple se m\u00e9fie de cette \u00e9trang\u00e8re et \u00e0 la faveur de la minorit\u00e9 du roi, les grands seigneurs complotent et multiplient les r\u00e9voltes contre l\u2019autorit\u00e9 royale. \u00ab\u00a0La Dame Louve\u00a0\u00bb (selon le mot de Marcel Brion) devra affronter de nombreuses difficult\u00e9s pour maintenir le futur Saint Louis sur le tr\u00f4ne de France. Mais l\u2019attachement \u00e0 ce fils est sans faille et sans mesure\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai de beaux enfants, par la Sainte M\u00e8re de Dieu\u00a0! Je les mettrai en gage, car je trouverai bien quelqu\u2019un qui me pr\u00eatera dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"202\" class=\"cit-num\">202<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BLANCHE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">CASTILLE<\/span> (1188-1252), au roi Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> Auguste, janvier\u00a01217. <em>Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Digne petite-fille d\u2019Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine, belle-fille du roi de France et femme du Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>), elle s\u2019irrite de ce qu\u2019on lui refuse argent ou hommes pour aider le prince Louis \u00e0 prendre la couronne d\u2019Angleterre. Il peut y pr\u00e9tendre (par sa femme, petite-fille d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> Plantagen\u00eat) et les grands barons anglais la lui offrent, r\u00e9volt\u00e9s contre Jean sans Terre, roi d\u00e9plorable et malade caract\u00e9riel.<\/p>\n<p>La situation se complique apr\u00e8s la mort de ce roi. Louis, h\u00e9ritier du tr\u00f4ne de France, risque de p\u00e9rir en terre \u00e9trang\u00e8re dans cette aventure mal engag\u00e9e. Il est battu le 20\u00a0mai\u00a01217 par les troupes royales command\u00e9es par le r\u00e9gent d\u2019Angleterre Guillaume le Mar\u00e9chal (70\u00a0ans), r\u00e9put\u00e9 \u00ab\u00a0le meilleur chevalier du monde\u00a0\u00bb. Le roi de France craint des complications diplomatiques avec l\u2019Angleterre, s\u2019il intervient\u00a0! Mais le chantage aux h\u00e9ritiers du tr\u00f4ne va porter ses fruits. Blanche a vraiment h\u00e9rit\u00e9 d\u2019Ali\u00e9nor\u00a0: force de caract\u00e8re et sens de la famille\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gardez vos enfants et puisez \u00e0 votre gr\u00e9 dans mon tr\u00e9sor.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"203\" class=\"cit-num\">203<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> Auguste (1165-1223), c\u00e9dant \u00e0 sa belle-fille, Blanche\u00a0de Castille.<em> Chroniques du m\u00e9nestrel de Reims<\/em> (contemporain anonyme et souvent cit\u00e9, \u00e9ditions posthumes \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Heureux et pacifique \u00e9pilogue. Par le trait\u00e9 de Kingston, 1er\u00a0septembre 1217, le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> renonce au tr\u00f4ne d\u2019Angleterre et se retire du pi\u00e8ge anglais, contre une forte indemnit\u00e9 \u2013 10\u00a0000 marcs. La couronne anglaise est aussit\u00f4t reprise par Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. Blanche de Castille s\u2019affirme d\u00e9sormais en femme de caract\u00e8re, mais son attachement au futur Saint Louis passera les bornes de l\u2019amour maternel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bien est France ab\u00e2tardie\u00a0!<br>Quand femme l\u2019a en baillie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"209\" class=\"cit-num\">209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hugues de la <span class=\"caps\">FERT\u00c9<\/span> (premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle), pamphlet. <em>\u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1894), Charles Petit-Dutaillis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Rois, ne vous confiez mie\u00a0\/ \u00c0 la gent de femmenie\u00a0\/ Mais faites plut\u00f4t appeler\u00a0\/ Ceux qui savent armes porter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugues de la Fert\u00e9 et Hugues de Lusignan sont les auteurs de couplets cinglants contre Blanche de Castille. R\u00e9gente \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1226), elle remplit une fonction d\u00e9finie dans aucun texte et doit faire preuve de pragmatisme. D\u00e9test\u00e9e des grands vassaux qui d\u00e9fendent leurs int\u00e9r\u00eats contre la couronne de France, cette femme d\u00e9fiant \u00e0 son tour le \u00ab\u00a0m\u00e2le Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb est assez forte pour les mater. Pressentant leur fronde, elle a fait sacrer \u00e0 Reims son fils Louis (11\u00a0ans), sans attendre que tous les grands barons soient r\u00e9unis. On imagine leur fureur\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Blanche de Castille n\u2019avait ni parents ni amis dans le royaume.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317),<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon les chroniqueurs de l\u2019\u00e9poque, Blanche accomplit ses fonctions avec fermet\u00e9, supportant toutes les injures, les calomnies, les attaques inou\u00efes contre sa vie priv\u00e9e et sa conduite du gouvernement.<\/p>\n<p>En 1234, les deux Hugues (de la Fert\u00e9 et de Lusignan), soutenus par le roi d\u2019Angleterre, participent avec Raymond <span class=\"caps\">VII<\/span> de Toulouse \u00e0 une r\u00e9volte f\u00e9odale \u2013 il y en aura d\u2019autres jusqu\u2019\u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge. La r\u00e9gente fait quand m\u00eame face \u00e0 une situation particuli\u00e8rement critique. L\u2019aventure se termine par la soumission des vassaux et la tr\u00eave sign\u00e9e avec le roi d\u2019Angleterre. La France sort plus grande et plus forte, apr\u00e8s les dix ans de r\u00e9gence de cette femme qui a toutes les qualit\u00e9s (et les d\u00e9fauts) des grands hommes politiques. Reste son trait de caract\u00e8re le plus connu, aux cons\u00e9quences historiques\u00a0: l\u2019attachement de la \u00ab\u00a0Dame Louve\u00a0\u00bb au futur Saint Louis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle ne pouvait souffrir que son fils f\u00fbt en la compagnie de sa femme, sinon le soir quand il allait coucher avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"210\" class=\"cit-num\">210<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cieux et fid\u00e8le chroniqueur du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, il donne maints exemples de cette fameuse jalousie d\u2019une m\u00e8re par ailleurs admirable.\u00a0Blanche de Castille supporte mal Marguerite de Provence, cette \u00e9pouse qu\u2019elle a pourtant choisie pour son fils ador\u00e9 et \u00e0 juste titre\u00a0: le mariage apporta la Provence \u00e0 la France en 1234.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! Vous ne me laisserez donc voir mon seigneur ni morte ni vive\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"211\" class=\"cit-num\">211<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1221-1295), \u00e0 Blanche de Castille, 1240.<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur de la reine, quand sa belle-m\u00e8re veut arracher Louis de son chevet. Elle venait d\u2019accoucher et \u00ab\u00a0\u00e9tait en grand p\u00e9ril de mort\u00a0\u00bb. La reine donnera douze enfants au roi, dont sept vivront. Statistique conforme \u00e0 la moyenne. La mortalit\u00e9 infantile \u00e9tait si grande qu\u2019elle poussait les parents \u00e0 avoir beaucoup d\u2019enfants \u2013 aussi bien \u00e0 la cour et \u00e0 la ville que dans les campagnes.<\/p>\n<p>La r\u00e9gence de Blanche de Castille s\u2019est achev\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 du jeune roi modeste et encore peu s\u00fbr de lui, qui la laisse gouverner pendant huit ans. Elle reste ensuite sa conseill\u00e8re, parmi d\u2019autres sages conseillers. Elle redevient r\u00e9gente quand son fil part \u00e0 la croisade en 1248. Marguerite accompagnera son seigneur, s\u00fbre de pouvoir ainsi le voir et l\u2019avoir bien \u00e0 elle \u2013 une raison tr\u00e8s plausible, avanc\u00e9e par certains historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme que vous ha\u00efssiez le plus est morte et vous en menez un tel deuil\u00a0!<br>\u2014 Ce n\u2019est pas sur elle que je pleure, s\u00e9n\u00e9chal, mais sur le roi, mon \u00e9poux, pour le chagrin que lui cause la mort de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"215\" class=\"cit-num\">215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span>\u00a0(1221-1295), r\u00e9pondant \u00e0 Joinville (vers 1224-1317), s\u00e9n\u00e9chal de Champagne. <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malade et retir\u00e9e \u00e0 Melun, Blanche de Castille est morte le 27\u00a0novembre\u00a01252, \u00e0 64\u00a0ans. La reine est d\u00e9livr\u00e9e de la monstrueuse jalousie de sa belle-m\u00e8re, mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> fut profond\u00e9ment boulevers\u00e9 quand il apprit la nouvelle en Terre sainte et sa femme en est t\u00e9moin. Il fera un transfert sur elle, l\u2019appelant volontiers \u00e0 ses conseils royaux et la pr\u00e9sentant aux seigneurs de son entourage\u00a0: \u00ab\u00a0Elle est ma dame et ma compagne, et elle m\u00e9rite trop mieux mon estime et ma confiance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Christine de Pisan (1364-1430), premi\u00e8re femme de lettres vivant de sa plume, po\u00e9tesse sentimentale et philosophe f\u00e9ministe.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019existence de la plupart des femmes est plus dure que celles d\u2019esclaves entre les Sarrasins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"269\" class=\"cit-num\">269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PISAN<\/span> (ou <span class=\"caps\">PIZAN<\/span>)\u00a0 (vers 1364-vers 1430)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, mais jamais sourc\u00e9e, traduction libre du texte original\u00a0: \u00ab\u00a0Elles usent leur lasse vie ou lien de mariage par duret\u00e9 de leurs maris, en plus grande p\u00e9nitence que si elles fussent esclaves entre les Sarrasins.\u00a0\u00bb <em>Les Id\u00e9es f\u00e9ministes de Christine de Pisan<\/em> (1973), Rose Rigaud, th\u00e8se soutenue \u00e0 Gen\u00e8ve, texte repris dans <em>Visages de la litt\u00e9rature f\u00e9minine<\/em> (1987), \u00c9velyne Wilwerth.<\/p>\n<p>En cette sombre p\u00e9riode de la Guerre de Cent Ans\u00a0(1337-1453), le culte de l\u2019amour courtois est en d\u00e9clin \u2013 il permit aux femmes de la noblesse de s\u2019\u00e9lever au-dessus de la condition impos\u00e9e par la loi, durant deux si\u00e8cles. La situation est encore plus grave pour les femmes du peuple. Christine de Pisan reste une privil\u00e9gi\u00e9e, parvenant \u00e0 vivre de la litt\u00e9rature, entre inspiration po\u00e9tique aimablement sentimentale et th\u00e9orie philosophique originale, voire f\u00e9ministe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne sais comment je dure, <br>Car mon dolent c\u0153ur fond d\u2019ire [col\u00e8re] <br>Et plaindre n\u2019ose, ni dire <br>Ma douloureuse aventure,<br>Ma dolente vie obscure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PISAN<\/span> (ou <span class=\"caps\">PIZAN<\/span>)\u00a0 (vers 1364-vers1430). <em>Je ne sais comment je dure\u2026 Rondeaux<\/em> (1390-1400)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Venise, elle vient en France \u00e0 trois ans, \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la cour du roi Charles V le Sage o\u00f9 son p\u00e8re ador\u00e9, Thomas de Pizan, a charge d\u2019astrologue officiel et conseiller du roi. Elle vit le bonheur familial, le plaisir d\u2019\u00e9tudes pouss\u00e9es, la fr\u00e9quentation d\u2019un roi qu\u2019elle admire, plus intellectuel que guerrier. \u00c0 15 ans, mari\u00e9e \u00e0 un gentilhomme picard savant et vertueux, \u00c9tienne de Castel, notaire royal de 24 ans, elle est combl\u00e9e par sa vie de femme et de m\u00e8re.<\/p>\n<p>1380, d\u00e9but de grands malheurs avec la mort de Charles V qui veillait financi\u00e8rement sur sa famille. Ce d\u00e9c\u00e8s fragilise le Royaume\u00a0: la cour se d\u00e9chire autour du nouveau souverain Charles <span class=\"caps\">VI<\/span>, \u00e2g\u00e9 de 12 ans et bient\u00f4t fou, ce dont l\u2019ennemi anglais saura profiter. Le p\u00e8re de Christine meurt \u00e0 son tour, ses fr\u00e8res retournent en Italie. Deux ans plus tard, elle perd son mari. Accabl\u00e9e sous les deuils, veuve \u00e0 25 ans avec trois enfants \u00e0 charge, plus sa m\u00e8re, sa tante analphab\u00e8te et une ni\u00e8ce malade, sans h\u00e9ritage et poursuivie pour les dettes de son mari, elle doit se d\u00e9fendre elle-m\u00eame en cour de justice. Ses aventures judiciaires dureront quatorze ans\u00a0!<\/p>\n<p>Pour tromper son chagrin, elle \u00e9crit d\u2019abord par vocation. Sa veine po\u00e9tique touche avec sa v\u00e9rit\u00e9 toute simple\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne sais comment je dure. \/ Et me faut, par couverture,\u00a0 \/ Chanter que mon c\u0153ur soupire\u00a0; \/ Et faire semblant de rire. \/ Mais Dieu sait ce que j\u2019endure\u00a0; \/ Je ne sais comment je dure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seulette suis et seulette veux \u00eatre. <br>Seulette m\u2019a mon doux ami laiss\u00e9e, <br>Seulette suis, dolente et afflig\u00e9e, <br>Seulette suis en langueur malheureuse, <br>Seulette suis plus que nulle perdue, <br>Seulette suis sans ami demeur\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de pisan (ou <span class=\"caps\">PIZAN<\/span>) (vers 1364-vers1430). <em>Seulette suis\u2026 Livre des Cent Ballades d\u2019amant et de dame<\/em> (1406)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son \u00e9tat, une femme de sa condition a le choix\u00a0: se remarier ou entrer au couvent. Elle refuse. Au Moyen \u00c2ge, une telle veuve est soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019avarice et de luxure. Qu\u2019importe, elle d\u00e9cide d\u2019affronter son destin\u00a0!<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une d\u00e9pression de quelques mois, elle se bat pour r\u00e9organiser ses finances personnelles, avec un sens de la gestion \u00e9tonnant. Le b\u00e9n\u00e9fice de ses livres compte aussi dans le maintien de son niveau de vie. Ayant le go\u00fbt de la po\u00e9sie savante \u00e0 la mode, elle compose le <em>Livre des cent ballades<\/em>, s\u00e9rie de pi\u00e8ces lyriques compil\u00e9es qui \u00e9voquent son d\u00e9funt mari, son isolement personnel, sa condition de femme au milieu de la cour hostile. Talent, travail et relations lui procurent des commandes et la protection de puissants \u2013 dont la reine de France, Isabeau de Bavi\u00e8re.<\/p>\n<p>Plus remarquable, elle compl\u00e8te l\u2019\u00e9ducation premi\u00e8re re\u00e7ue de son p\u00e8re et son mari. Elle apprend son m\u00e9tier en v\u00e9ritable intellectuelle, acquiert la culture et le bagage livresque utiles \u00e0 tout auteur s\u00e9rieux. Elle se convertit aux sciences et se passionne pour l\u2019Histoire, discipline peu pris\u00e9e dans les formations universitaires, acqu\u00e9rant ainsi un tr\u00e9sor d\u2019anecdotes exemplaires propres \u00e0 nourrir ses \u0153uvres. Humaniste et moraliste, elle \u00e9crit m\u00eame des trait\u00e9s politiques et pacifistes.<\/p>\n<p>Elle se distingue surtout par sa veine philosophique particuli\u00e8rement originale, au point de s\u2019exprimer en homme, de devenir homme par \u00ab\u00a0mutation de fortune\u00a0\u00bb. On parlerait aujourd\u2019hui de transsexualit\u00e9. Rien ne vaut la citation du texte original pour pr\u00e9ciser le propos et \u00e9viter tout contresens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous diray qui je suis, qui parle,<br>Qui de femelle devins masle (m\u00e2le)<br>Par Fortune, qu\u2019ainsy le voult (veut)\u00a0;<br>Si me mua et corps et voult<br>En homme naturel parfait\u00a0;<br>Et jadis fus femme, de fait<br>Homme suis, je ne mens pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PIZAN<\/span> (vers 1364-vers 1430), <em>Le Livre de la Mutacion de Fortune<\/em> (1400-1403)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La po\u00e9tesse se rem\u00e9more les circonstances tragiques de la disparition de son \u00e9poux, \u00e9voqu\u00e9 sur le mode all\u00e9gorique\u00a0: l\u2019\u00e9pid\u00e9mie dont il fut victime est assimil\u00e9e \u00e0 une temp\u00eate maritime qui emporte le conducteur de sa nef. La souffrance de la narratrice est si profonde que Fortune elle-m\u00eame s\u2019apitoie sur son sort et op\u00e8re sa m\u00e9tamorphose physique\u00a0: \u00ab\u00a0Homme suis, je ne mens pas\u00a0\u00bb. Ainsi rena\u00eet-elle dans un corps d\u2019homme. Au r\u00e9veil, la malheureuse se sent \u00ab\u00a0transmu\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0; ses membres sont plus forts, sa voix est devenue plus grave, elle peut enfin se faire entendre. La transformation corporelle s\u2019accompagne d\u2019une nouvelle force de caract\u00e8re. Ainsi la narratrice peut-elle prendre le contr\u00f4le de la nef et la r\u00e9parer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout homme qui prend plaisir \u00e0 dire du mal des femmes a l\u2019\u00e2me abjecte, car il agit contre Raison et contre Nature\u00a0: contre Raison parce qu\u2019il est ingrat et m\u00e9conna\u00eet les bienfaits que les femmes lui apportent, bienfaits qui sont si grands et nombreux qu\u2019on ne saurait les rendre et dont on \u00e9prouve sans cesse le besoin\u00a0; contre Nature, puisqu\u2019il n\u2019est b\u00eate ni oiseau qui ne recherche naturellement sa moiti\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la femelle\u00a0; c\u2019est donc chose bien d\u00e9natur\u00e9e si un homme dou\u00e9 de raison fait le contraire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PISAN<\/span> (ou <span class=\"caps\">PIZAN<\/span>)\u00a0 (vers 1364-vers 1430), La Cit\u00e9 des Dames (1405)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa philosophie \u00e9volue encore. Christine op\u00e8re une synth\u00e8se personnelle, se d\u00e9couvre une nouvelle f\u00e9minit\u00e9 et la propose aux autres femmes qu\u2019elle d\u00e9fend en tant que telles, contre les pr\u00e9jug\u00e9s que nous dirions aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0sexistes\u00a0\u00bb et avec une \u00ab\u00a0sororit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9vidente.<\/p>\n<p>Sa <em>Cit\u00e9 des Dames<\/em> pr\u00e9sente un Panth\u00e9on f\u00e9minin de140 personnages historiques et mythiques, mod\u00e8les de force, courage, savoir, id\u00e9alisme ou saintet\u00e9, capables de jouer tous les r\u00f4les et de remplir toutes les fonctions r\u00e9serv\u00e9es aux hommes. Citons H\u00e9l\u00e8ne de Troie, P\u00e9n\u00e9lope, Sappho, la Vierge Marie, sainte Genevi\u00e8ve (de Paris), Clotilde, Blanche de Castille, Isabeau de Bavi\u00e8re, Jeanne d\u2019Arc son dernier coup de c\u0153ur\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la coutume \u00e9tait de mettre les petites filles \u00e0 l\u2019\u00e9cole, et que commun\u00e9ment on leur fit apprendre les sciences comme on fait aux fils, elles apprendraient aussi parfaitement et entendraient les subtilit\u00e9s de tous les arts et sciences comme ils font.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PISAN<\/span> (ou <span class=\"caps\">PIZAN<\/span>)\u00a0 (vers 1364-vers 1430), <em>La Cit\u00e9 des Dames<\/em> (1405)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur ce point pr\u00e9cis de l\u2019\u00e9ducation, elle est v\u00e9ritablement f\u00e9ministe au sens actuel et litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire au Moyen \u00c2ge. La Renaissance lui rendra hommage, bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de la France. L\u2019Histoire la traitera ensuite tr\u00e8s diversement. Citons le pire et le meilleur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonne fille, bonne \u00e9pouse, bonne m\u00e8re, au reste un des plus authentiques bas-bleus qu\u2019il y ait eu dans notre litt\u00e9rature, la premi\u00e8re de cette insupportable lign\u00e9e de femmes auteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">LANSON<\/span> (1857-1934), <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em>, 1894<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Historien de la litt\u00e9rature et critique litt\u00e9raire fran\u00e7ais qui encouragea une approche objective et historique des \u0153uvres\u00a0\u00bb (d\u00e9finition de Wikip\u00e9dia), d\u00fbment dipl\u00f4m\u00e9, prim\u00e9, p\u00e9dagogue, c\u2019est incontestablement un homme qui fait autorit\u00e9 dans un si\u00e8cle indiscutablement misogyne et sexiste. \u00c9tant critique de profession, il a aussi droit \u00e0 l\u2019erreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois, on voit une femme prendre la plume pour d\u00e9fendre son sexe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone de <span class=\"caps\">BEAUVOIR<\/span> (1908-1986), <em>Le Deuxi\u00e8me sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet avis tout aussi formel de la f\u00e9ministe fran\u00e7aise la plus r\u00e9put\u00e9e par sa vie et son \u0153uvre eut le m\u00e9rite de faire d\u00e9couvrir Christine de Pisan aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, sacr\u00e9e ic\u00f4ne f\u00e9ministe symbolisant la parit\u00e9 entre les genres.<\/p>\n<h4>Isabeau de Bavi\u00e8re (1371-1435), \u00ab\u00a0la grande gaupe\u00a0\u00bb victime \u00e0 tort ou \u00e0 raison d\u2019une mauvaise r\u00e9putation.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelque guerre qu\u2019il y e\u00fbt, temp\u00eates et tribulations, les dames et demoiselles menaient grands et excessifs \u00e9bats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"325\" class=\"cit-num\">325<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JUV\u00c9NAL<\/span> (ou Jouvenel) des <span class=\"caps\">URSINS<\/span> (1350-1431),<em> Chronique de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au pire moment de la Guerre de Cent Ans, la cour est un lieu de scandale et la reine r\u00e9gente montre le mauvais exemple. Isabeau de Bavi\u00e8re est n\u00e9e d\u2019une grande famille dans le duch\u00e9 de Bavi\u00e8re, puissant \u00c9tat du Saint-Empire romain germanique. Elle se comporte moins en reine de France qu\u2019en courtisane grecque ou en imp\u00e9ratrice romaine. Pour ses d\u00e9bauches, le peuple la surnomme \u00ab\u00a0la grande gaupe\u00a0\u00bb (femme de mauvaise vie ou prostitu\u00e9e), toute la tendresse allant \u00e0 la ma\u00eetresse du roi fou, Odinette de Champdivers. Sur le plan politique, la situation est catastrophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le royaume de France est une nef qui menace de sombrer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"324\" class=\"cit-num\">324<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">COURTECUISSE<\/span> (1350-1422), pr\u00eache \u00e0 Notre-Dame, 22\u00a0janvier 1416. <em>Le Redressement de la France au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1941), Ren\u00e9 Bouvier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00eaque de Paris et chancelier de l\u2019Universit\u00e9, surnomm\u00e9 Docteur Sublime pour son art oratoire, il r\u00e9sume le drame du pays. La guerre de Cent Ans ayant repris, la chevalerie fran\u00e7aise est an\u00e9antie \u00e0 la bataille d\u2019Azincourt (1415). Le royaume est frapp\u00e9 \u00ab\u00a0au chef\u00a0\u00bb, ayant \u00e0 sa t\u00eate Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou (dit aussi le Bien-Aim\u00e9, le peuple ayant piti\u00e9 de lui) et la reine d\u00e9test\u00e9e, Isabeau de Bavi\u00e8re ambitieuse et d\u00e9bauch\u00e9e.<\/p>\n<p>Le roi d\u2019Angleterre qui vise la couronne de France occupe un quart du territoire et anglicise des villes conquises\u00a0: habitants tu\u00e9s ou expuls\u00e9s, remplac\u00e9s par des Anglais, premier exemple de transfert de population\u00a0! La guerre civile continue de plus belle. 29\u00a0mai 1418, les Bourguignons reprennent Paris\u00a0: massacre de 522 Armagnacs dans la nuit. 12\u00a0juin, le conn\u00e9table Bernard d\u2019Armagnac, vrai ma\u00eetre du gouvernement, est massacr\u00e9. Le dauphin Charles (futur Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> avec l\u2019aide Dieu et de Jeanne d\u2019Arc) devient le chef des Armagnacs et se proclame r\u00e9gent, r\u00e9sidant le plus souvent \u00e0 Bourges. Plusieurs r\u00e9gions se rallient \u00e0 lui. Une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra d\u00e9cime la capitale toujours tenue par les Bourguignons qui gardent prisonnier le roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou. Tandis que la reine est pass\u00e9e au camp des Bourguignons, d\u00e9savouant son fils Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>. Il y a deux gouvernements en France occup\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s le temps o\u00f9 notre fils sera venu \u00e0 la couronne de France, les deux couronnes de France et d\u2019Angleterre demeurent \u00e0 toujours ensemble et r\u00e9unies sur la m\u00eame personne [\u2026] qui sera roi et seigneur souverain de l\u2019un et de l\u2019autre royaume\u00a0; mais gardant toutes les lois de chacun, et ne soumettant en aucune mani\u00e8re un des royaumes \u00e0 l\u2019autre, ni aux lois, droits, coutumes et usages de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"328\" class=\"cit-num\">328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Isabeau <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">BAVI\u00c8RE<\/span> (1370-1435), Trait\u00e9 de Troyes entre la France et l\u2019Angleterre, 21\u00a0mai 1420. <em>Histoire des Ducs de Bourgogne, de la Maison Valois 1364-1477<\/em> (1837), M. de Barante<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine de France et Philippe le Bon, duc de Bourgogne ont fait signer cet ahurissant trait\u00e9 au pauvre roi fou, Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, et les \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux du royaume vont ratifier.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre fils\u00a0\u00bb en question est Henri\u00a0V roi d\u2019Angleterre et non pas le dauphin Charles (futur Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>) qualifi\u00e9 par sa m\u00e8re de \u00ab\u00a0soi-disant dauphin\u00a0\u00bb, autrement dit d\u00e9savou\u00e9. Henri\u00a0V de Lancastre consent \u00e0 laisser la couronne de France \u00e0 Charles <span class=\"caps\">VI<\/span>, mais en attendant de lui succ\u00e9der, il a \u00ab\u00a0la facult\u00e9 et exercice de gouverner et ordonner la chose publique\u00a0\u00bb. En fait, ce trait\u00e9 livre la France aux Anglais. Henri\u00a0V d\u2019Angleterre conforte encore son h\u00e9ritage le 2 juin, \u00e9pousant la fille de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, Catherine de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Isabeau fut \u00e9lev\u00e9e par les furies pour provoquer la ruine de l\u2019\u00c9tat et le vendre \u00e0 ses ennemis\u00a0; Isabeau de Bavi\u00e8re apparut, et son mariage, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 Amiens le 17 juillet 1385, sera consid\u00e9r\u00e9 comme le moment le plus horrible de notre histoire (\u2026) La l\u00e9gende noire d\u2019Isabeau atteint sa pleine expression dans une attaque violente contre la royaut\u00e9 fran\u00e7aise en g\u00e9n\u00e9ral et les reines en particulier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Tracy <span class=\"caps\">ADAMS<\/span>, f\u00e9ministe anglaise et historienne contemporaine, sp\u00e9cialiste du Moyen \u00c2ge, <em>La Vie et l\u2019au-del\u00e0 d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re<\/em> (2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette historienne contemporaine tente de r\u00e9habiliter la m\u00e9moire de la reine accus\u00e9e de tous les p\u00e9ch\u00e9s au plan priv\u00e9 autant que politique \u2013 les deux interf\u00e9rant souvent dans le cas d\u2019un personnage public, femme de surcro\u00eet.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019une autre f\u00e9ministe fit son \u00e9loge en son temps, Christine de Pisan dans <em>La Cit\u00e9 des dames<\/em> (1405). Elle soutient le droit d\u2019Isabeau \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9gner en tant que r\u00e9gente en cette p\u00e9riode de crise\u00a0\u00bb et loue sa grande pi\u00e9t\u00e9, attest\u00e9e par le fait qu\u2019elle l\u00e8gue dans son testament de nombreux biens et effets personnels \u00e0 la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris et \u00e0 la basilique Saint-Denis. Certes, Christine b\u00e9n\u00e9ficia de son m\u00e9c\u00e9nat royal \u2013 fait culturel souvent oubli\u00e9, qui doit d\u2019ailleurs \u00eatre port\u00e9 au cr\u00e9dit d\u2019Isabeau.<\/p>\n<p>Dans le camp oppos\u00e9, les t\u00e9moins \u00e0 charge, contemporains ou historiens, sont innombrables, dont le marquis de Sade dans son <em>Histoire secr\u00e8te d\u2019Isabelle de Bavi\u00e8re, reine de France<\/em> (1813). Il d\u00e9crit l\u2019amour passionn\u00e9 d\u2019Isabeau pour le duc d\u2019Orl\u00e9ans\u00a0: \u00ab\u00a0En soumettant la reine \u00e0 son id\u00e9ologie de galanterie, il donne \u00e0 sa rage une violence froide et calculatrice [\u2026] Il a admis que les accusations port\u00e9es contre la reine sont sans fondement.\u00a0\u00bb (Tracy Adams).<\/p>\n<p>On aura quand m\u00eame tout dit et tout \u00e9crit contre cette Isabeau accus\u00e9e de tous les vices et p\u00e9ch\u00e9s\u00a0: sorcellerie, adult\u00e8re, inceste, corruption, luxure, d\u00e9bauche, intrigues, folles d\u00e9penses, avarice, mais aussi trahison, ind\u00e9cision, incapacit\u00e9 \u00e0 gouverner, m\u00e8re indigne\u2026 La l\u00e9gende noire est assur\u00e9ment bien fournie, sinon document\u00e9e.<\/p>\n<p>Seule certitude, cette reine r\u00e9gente, de surcro\u00eet \u00e9trang\u00e8re, mari\u00e9e \u00e0 14 ans, se trouve dans une situation historique tragique\u00a0: guerre civile (Armagnacs contre Bourguignons) et \u00e9trang\u00e8re (Guerre de Cent Ans avec l\u2019Angleterre), mari\u00e9e \u00e0 un roi victime tr\u00e8s jeune d\u2019acc\u00e8s de d\u00e9mence et fou \u00e0 21 ans, entour\u00e9e de conseillers ou de vassaux aux int\u00e9r\u00eats et aux avis contraires. Avant elle, Blanche de Castille et apr\u00e8s elle Catherine de M\u00e9dicis, deux reines r\u00e9gentes \u00e9galement \u00e9trang\u00e8res et confront\u00e9es \u00e0 des situations comparables, ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9es, calomni\u00e9es, d\u00e9test\u00e9es, avant d\u2019\u00e9ventuelles r\u00e9habilitations. L\u2019Histoire est complexe \u2013 et c\u2019est une science humaine, sujette aux erreurs, aux rumeurs. Au final, le cas d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re reste un myst\u00e8re.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. 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