{"id":10188,"date":"2024-12-09T00:00:00","date_gmt":"2024-12-08T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-2008-a-2022\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:02","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:02","slug":"les-nobel-francais-de-lhistoire-de-2008-a-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-2008-a-2022\/","title":{"rendered":"Les Nobel fran\u00e7ais de l\u2019Histoire (de 2008 \u00e0 2022)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>D\u00e9couvrez notre s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos sur les Prix Nobel\u00a0fran\u00e7ais de l\u2019Histoire\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1901-a-1927\/\">De 1901 \u00e0 1927<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1935-a-1952\/\">De 1935 \u00e0 1952<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1952-a-1965\/\">De 1952 \u00e0 1965<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-nobel-francais-de-lhistoire-de-1968-a-2008\/\">De 1968 \u00e0 2008<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>Depuis 1901, six domaines sont r\u00e9compens\u00e9s\u00a0: Prix Nobel de la paix (10 laur\u00e9ats fran\u00e7ais), de litt\u00e9rature (15), de physique (17), de chimie (10), de physiologie ou m\u00e9decine (13), d\u2019\u00e9conomie (4). Au total 69 laur\u00e9at(e)s.<br>Les femmes sont tr\u00e8s sous-repr\u00e9sent\u00e9es, mais bien pr\u00e9sentes dans la famille Curie qui bat tous les records, au fil d\u2019une saga passionnante (voir nos \u00e9ditos\u00a0: Femmes, Panth\u00e9on).<\/p>\n<p>Dans cette s\u00e9lection de 30 noms, <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> appara\u00eet en bonne place avec Romain Rolland, Anatole France, Aristide Briand, Roger Martin du Gard, Andr\u00e9 Gide, Fran\u00e7ois Mauriac, Albert Camus, cit\u00e9s pour leur r\u00f4le politique plus que litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Trois cas particuliers\u00a0: Jean-Paul Sartre refuse le prix, la <span class=\"caps\">CEE<\/span> le re\u00e7oit en des circonstances chaotiques, <span class=\"caps\">MSF<\/span> (M\u00e9decins sans fronti\u00e8res) est associ\u00e9 au nom de son co-fondateur, Bernard Kouchner.<\/p>\n<p>Sont exclus de cet \u00e9dito des laur\u00e9ats peu connus et peu m\u00e9diatiques, avec une majorit\u00e9 de scientifiques dont les travaux restent difficilement accessibles au public.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-10-68.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>26. <span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> Le Cl\u00e9zio (2008)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/e_clezio_citations.jpg\" width=\"400\" height=\"373\"><\/strong><\/p>\n<p>Prix Nobel de Litt\u00e9rature en tant qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e9crivain de nouveaux d\u00e9parts, de l\u2019aventure po\u00e9tique et de l\u2019extase sensuelle, explorateur d\u2019une humanit\u00e9 au-del\u00e0 et en dessous de la civilisation r\u00e9gnante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est assez mal dit (ou traduit), mais c\u2019est tr\u00e8s juste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi \u00e9crit-on\u00a0? J\u2019imagine que chacun a sa r\u00e9ponse \u00e0 cette simple question. Il y a les pr\u00e9dispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacit\u00e9s aussi. Si l\u2019on \u00e9crit, cela veut dire que l\u2019on n\u2019agit pas. Que l\u2019on se sent en difficult\u00e9 devant la r\u00e9alit\u00e9, que l\u2019on choisit un autre moyen de r\u00e9action, une autre fa\u00e7on de communiquer, une distance, un temps de r\u00e9flexion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Marie Gustave <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span>, dit <span class=\"caps\">J. M.G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), Conf\u00e9rence Nobel, 7 d\u00e9cembre 2008<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa vie indissociable de son \u0153uvre (et r\u00e9ciproquement), c\u2019est d\u2019abord un hymne \u00e0\u00a0l\u2019\u00c9criture. Ce leitmotiv sera tr\u00e8s pr\u00e9sent dans la plupart des citations \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>Second th\u00e8me de son inspiration confort\u00e9 par sa vocation au voyage, le Monde. Fortement impr\u00e9gn\u00e9 par la culture mauricienne et bretonne de sa famille \u00e9migr\u00e9e \u00e0 l\u2019Ile Maurice au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle, son p\u00e8re est Anglais, m\u00e9decin de brousse en Afrique et sa m\u00e8re Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa licence de lettres, il travaille \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bristol et de Londres. Il part faire son service national en Tha\u00eflande comme coop\u00e9rant, tent\u00e9 de devenir moine bouddhiste. Mais on l\u2019envoie au Mexique pour finir son service. Il commence \u00e0 \u00e9tudier le maya et le nahuatl \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Mexico et part au Yucat\u00e1n, connu pour ses ruines Mayas. Il partagera pendant quatre ans la vie des Indiens au Panama\u00a0: une exp\u00e9rience \u00ab\u00a0bouleversante\u00a0\u00bb. D\u00e9sormais, il ne cessera plus d\u2019aller \u00e0 la d\u00e9couverte et d\u2019en nourrir son \u00e9criture, moyen de communication irrempla\u00e7able.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mon sens, \u00e9crire et communiquer, c\u2019est \u00eatre capable de faire croire n\u2019importe quoi \u00e0 n\u2019importe qui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c8ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940) <em>Le Proc\u00e8s-verbal<\/em> (1963)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En une cinquantaine de titres (romans, r\u00e9cits, essais\u2026) traduits en 36 langues et une\u00a0longue vie bien remplie de voyages, de paysages, de rencontres et de quelques combats.<\/p>\n<p>Le Cl\u00e9zio est d\u2019abord obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019acte d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p>Il commence dans la veine du \u00ab\u00a0nouveau roman\u00a0\u00bb dont il adopte le style dans ce premier titre\u00a0: \u00ab\u00a0On me reprochera certainement des quantit\u00e9s de choses. D\u2019avoir dormi l\u00e0, par terre, pendant des jours\u00a0; d\u2019avoir sali la maison, dessin\u00e9 des calmars sur les murs, d\u2019avoir jou\u00e9 au billard. On m\u2019accusera d\u2019avoir coup\u00e9 des roses dans le jardin, d\u2019avoir bu de la bi\u00e8re en cassant le goulot des bouteilles contre l\u2019appui de la fen\u00eatre\u00a0: il ne reste presque plus de peinture jaune sur le rebord en bois. J\u2019imagine qu\u2019il va falloir passer sous peu devant un tribunal d\u2019hommes\u00a0; je leur laisse ces ordures en guise de testament\u00a0; sans orgueil, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019on me condamnera \u00e0 quelque chose, afin que je paye de tout mon corps la faute de vivre\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Impossible de ne pas faire le rapprochement avec<em> l\u2019\u00c9tranger<\/em>, premier roman de Camus plac\u00e9 sous le signe de l\u2019absurde. Mais le quotidien de Le Cl\u00e9zio est d\u2019un autre ordre\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019on est pris dans la stupeur des soir\u00e9es d\u2019enfance, comme dans de la glu\u00a0; et l\u2019on se noie au milieu du brouillard, apr\u00e8s quelque repas, en face d\u2019une assiette d\u00e9cor\u00e9e de houx, \u00e9trangement vide, o\u00f9 tra\u00eenent encore des plaques de potage. Puis viendra le temps des berceaux, et l\u2019on meurt \u00e9touff\u00e9 dans les langes, suffoquant de petitesse et de rage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Prix Renaudot est la premi\u00e8re reconnaissance du jeune auteur de 23 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture est la seule forme parfaite du temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c8ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>xtase mat\u00e9rielle<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Essai discursif, compos\u00e9 de m\u00e9ditations destin\u00e9es \u00e0 remuer plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 rassurer, \u00e0 faire bouger les id\u00e9es re\u00e7ues, les choses acquises ou apprises, de la plus ambitieuse des mani\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui me tue, dans l\u2019\u00e9criture, c\u2019est qu\u2019elle est trop courte. Quand la phrase s\u2019ach\u00e8ve, que de choses sont rest\u00e9es au-dehors\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c8ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940),<em> Le Livre des fuites<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoportrait et profession de foi de l\u2019auteur d\u00e9j\u00e0 grand voyageur\u00a0: <span class=\"caps\">J.H.<\/span>H (Jeune Homme Hogan), 29 ans (l\u2019\u00e2ge exact de <span class=\"caps\">J.M.G.<\/span>), n\u00e9 \u00e0 Langson (Vietnam), entreprend autour du monde une d\u00e9ambulation en forme de fuite perp\u00e9tuelle (\u00e0 l\u2019image de Le Cl\u00e9zio).<\/p>\n<p>Du Cambodge au Japon, de New-York \u00e0 Montr\u00e9al et Toronto en passant par la Californie et le Mexique, il se radiographie en radiographiant l\u2019univers et ses villes monstrueuses, ses autoroutes et ses d\u00e9serts, ses montagnes et ses ports, les grouillantes populations mourant de mis\u00e8re sur des sols pourris. Le mythe moderne, ins\u00e9r\u00e9 dans un m\u00e9canisme d\u00e9ment, pose ind\u00e9finiment le probl\u00e8me de la conscience et de son autocritique. C\u2019est pourquoi son\u00a0 <span class=\"caps\">J.H.H.<\/span> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux tracer ma route, pour la d\u00e9truire, ainsi, sans repos. Je veux rompre ce que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9, pour cr\u00e9er d\u2019autres choses, pour les rompre encore. C\u2019est ce mouvement qui est le vrai mouvement de ma vie.\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire, donc \u00e9crire ou vivre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9crire seulement sur les choses qu\u2019on aime. \u00c9crire pour lier ensemble, pour rassembler les morceaux de la beaut\u00e9, et ensuite recomposer, reconstruire cette beaut\u00e9. Alors les arbres qui sont les mots, les rochers, l\u2019eau, les \u00e9tincelles de lumi\u00e8re qui sont dans les mots, ils s\u2019allument, ils brillent \u00e0 nouveau, ils sont purs, ils s\u2019\u00e9lancent, ils dansent\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c8ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>nconnu sur la terre<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouveau r\u00e9cit consacr\u00e9 cette fois \u00e0 la civilisation am\u00e9rindienne\u00a0: l\u2019auteur raconte certaines de ses exp\u00e9riences avec les populations autochtones, en particulier au Mexique o\u00f9 il a longtemps v\u00e9cu, avant de participer \u00e0 la d\u00e9fense de ses habitants et de leur civilisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivre, conna\u00eetre la vie, c\u2019est le plus l\u00e9ger, le plus subtil des apprentissages. Rien \u00e0 voir avec le savoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c8ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em>L\u2019Inconnu sur la terre<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je voudrais faire seulement ceci\u00a0: de la musique avec les mots.\u00a0\u00bb Jolie d\u00e9finition de la litt\u00e9rature. Et Le Cl\u00e9zio s\u2019envole dans \u00ab\u00a0ce pays o\u00f9 le langage n\u2019existe pas\u00a0\u00bb. Il en ram\u00e8ne d\u2019innombrables troph\u00e9es\u00a0: cristaux, racines, feuilles, min\u00e9raux, fruits, calices, insectes. Il capture dans ses \u00ab\u00a0mots-bo\u00eetes\u00a0\u00bb un peu de vent, de lumi\u00e8re, d\u2019odeurs, de myst\u00e8re, de tout ce qui l\u2019enchante\u2026 Et tout l\u2019enchante\u00a0: les montagnes, la mer, les d\u00e9serts, les villes, les jardins, les bus, les routes, les march\u00e9s, les enfants, l\u2019aube, les \u00e9toiles\u2026<\/p>\n<p>Ce livre consigne tous les moments heureux d\u2019une existence \u00e9veill\u00e9e autant qu\u2019\u00e9merveill\u00e9e. Celle de cet \u00ab\u00a0Inconnu sur la terre\u00a0\u00bb qui pourrait \u00eatre un enfant ou un \u00ab\u00a0petit prince\u00a0\u00bb scrutant le monde de son regard immacul\u00e9. Le r\u00eave de Le Cl\u00e9zio est ambitieux\u00a0: cr\u00e9er un langage sans mots, un langage-son ou lumi\u00e8re qui ne ferait qu\u2019\u00e9clairer, illuminer, r\u00e9v\u00e9ler, dans le silence de la beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Si l\u2019on accepte de se laisser emporter dans ce r\u00e9el-merveilleux, le voyage se convertit en une immense ode \u00e0 la vie et aux \u00e9l\u00e9ments. Ce livre aurait, dit-on, inspir\u00e9 le Philippe Delerm de <em>La Premi\u00e8re Gorg\u00e9e de bi\u00e8re<\/em> (1997). Mais l\u2019univers de Le Cl\u00e9zio est moins minimaliste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, il est temps de reconna\u00eetre tout ce que les soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9rindiennes ont \u00e0 nous dire. Il est temps que soit reconnu leur droit \u00e0 \u00eatre des peuples ind\u00e9pendants et ma\u00eetres de leur avenir. Et il est plus que temps pour nous, prisonniers de notre civilisation de violence, d\u2019entendre l\u2019enseignement des peuples am\u00e9rindiens, parmi les plus d\u00e9munis et les plus vrais du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em>Une nouvelle philosophie de l\u2019homme<\/em> (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des combats les plus chers au c\u0153ur de l\u2019auteur. Les Am\u00e9rindiens (ou Indiens d\u2019Am\u00e9rique) sont les peuples autochtones qui habitaient les Am\u00e9riques avant la colonisation europ\u00e9enne, ainsi que leur descendance. Leur civilisation fascine, mais la libert\u00e9 et la survie des Am\u00e9rindiens sont menac\u00e9es par l\u2019extension du monde industriel. Ils sont devenus malgr\u00e9 eux le symbole de la lutte des civilisations naturelles contre la spoliation et la destruction des soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9tendument modernes\u00a0: \u00ab\u00a0Partout o\u00f9 j\u2019ai rencontr\u00e9 des Am\u00e9rindiens, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par cet exemple donn\u00e9 simplement, sans ostentation au reste du monde, cette volont\u00e9 d\u2019affirmer les valeurs traditionnelles, non parce qu\u2019elles sont anciennes, mais parce qu\u2019elles correspondent le mieux \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019homme et la nature, c\u2019est-\u00e0-dire au bonheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-ce que toutes les villes ne sont pas les m\u00eames\u00a0? Elles sont des rues, des carrefours, des voitures qui avancent, des regards qui cherchent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940),<em> C\u0153ur br\u00fbl\u00e9 et autres romances<\/em> (2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sept courts r\u00e9cits, galerie de personnages d\u2019ici et d\u2019ailleurs, de la grande ville moderne ou du d\u00e9sert. Il est question de la mort et de la peur de la solitude, des doux r\u00eaves de l\u2019enfance, de l\u2019amour de la libert\u00e9 et des d\u00e9sillusions de la vie adulte, du d\u00e9sir\u2026<\/p>\n<p>Tous ces \u00eatres ont en commun leur fragilit\u00e9 et la m\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 accepter les pesanteurs d\u2019un monde violent o\u00f9 l\u2019on peut tuer une prostitu\u00e9e sous le regard indiff\u00e9rent des passants, vendre une jeune fille contre un peu de drogue,\u00a0 d\u00e9poss\u00e9der les nomades b\u00e9douins de leur tr\u00e9sor. Tous ces contes forment autant de fragments de vie, d\u2019\u00e9clairages sur des anonymes dont l\u2019existence simple passe souvent inaper\u00e7ue. Avec cette constatation\u00a0r\u00e9confortante\u2026 ou d\u00e9sabus\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Vous dites des choses, vous avez mal et vous pensez que vous pouvez en mourir, et quelques ann\u00e9es plus tard ce n\u2019est plus qu\u2019un souvenir.\u00a0\u00bb C\u2019est aussi le miracle de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un roman n\u2019est int\u00e9ressant que si son auteur se remet en question et s\u2019expose \u00e0 ce qu\u2019on lui dise\u00a0: \u2018C\u2019est illisible\u2019.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em>Paris Match<\/em>, novembre 2000<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout auteur \u00ab\u00a0\u00e0 succ\u00e8s\u00a0\u00bb se heurte aussi \u00e0 l\u2019insucc\u00e8s. L\u2019illisibilit\u00e9 lui fut parfois reproch\u00e9e, avec ses premiers titres dans la veine du \u00ab\u00a0nouveau roman\u00a0\u00bb. Ensuite, c\u2019est surtout la profusion d\u2019images et de sensations qui peut d\u00e9router le lecteur \u2013 autant que l\u2019attirer. Mais son probl\u00e8me personnel est beaucoup plus existentiel, au sens litt\u00e9ral du mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est surtout essayer de survivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> \u2013 13 d\u00e9cembre 2000<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aveu d\u2019un surdou\u00e9\u00a0dans cet hebdomadaire intellectuel\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est en faisant semblant d\u2019\u00eatre \u00e9crivain qu\u2019on le devient vraiment.\u00a0\u00bb Autre aveu d\u2019un passionn\u00e9 de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00e9galement fou de lecture\u00a0: \u00ab\u00a0Notre seule vraie famille est celle des livres. On y \u00e9prouve un sentiment de perm\u00e9abilit\u00e9 avec celui qui raconte\u00a0: il donne tant de force, tant de frissons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la guerre \u00ab\u00a0faute de livres pour enfants, j\u2019ai lu les dictionnaires de ma grand-m\u00e8re. C\u2019\u00e9taient de merveilleux portiques pour partir \u00e0 la reconnaissance du monde, pour vagabonder et r\u00eaver devant les planches d\u2019illustrations, les cartes, les listes de mots inconnus.\u00a0\u00bb Il \u00e9voque ce souvenir en 2008, dans sa <em>Conf\u00e9rence Nobel<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019institution litt\u00e9raire fran\u00e7aise, h\u00e9riti\u00e8re de la pens\u00e9e dite universelle des Encyclop\u00e9distes, a toujours eu la f\u00e2cheuse tendance de marginaliser toute pens\u00e9e de l\u2019ailleurs en la qualifiant d\u2019exotique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), entretien de 2001 aboutissant au manifeste \u00ab\u00a0Pour une litt\u00e9rature-monde en fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, paru dans <em>Le Monde,<\/em> 16 mars 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0francophonie postcoloniale\u00a0\u00bb est l\u2019un des combats qui le mobilise. C\u2019est la reconnaissance tardive de la d\u00e9centralisation de la cr\u00e9ation qui va en s\u2019intensifiant et r\u00e9clame une r\u00e9orientation urgente des discours critiques, rest\u00e9s quelque peu paternalistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais cherch\u00e9 que cela en \u00e9crivant\u00a0: communiquer avec les autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em>Ritournelle de la faim<\/em> (2008)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Roman d\u2019inspiration autobiographique.<\/p>\n<p>Le Cl\u00e9zio fait le portrait d\u2019Ethel (personnage inspir\u00e9 de sa m\u00e8re) et de sa famille venue de l\u2019\u00eele Maurice \u00e0 Paris. Adolescente dans les ann\u00e9es 1930, cette aristocrate mauricienne vit la Seconde Guerre mondiale, le r\u00e9gime totalitaire nazi, l\u2019antis\u00e9mitisme, la faim, la pauvret\u00e9 et la mis\u00e8re qui la marqueront \u00e0 vie\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9crit cette histoire en m\u00e9moire d\u2019une jeune fille qui fut malgr\u00e9 elle une h\u00e9ro\u00efne \u00e0 vingt ans\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s la sortie du livre, Le Cl\u00e9zio re\u00e7oit le prix Nobel de Litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Patrick Modiano son confr\u00e8re (et futur Nobel) saluera deux ans apr\u00e8s cette reconnaissance\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait assez logique que Le Cl\u00e9zio le re\u00e7oive car tous les \u00e9crivains fran\u00e7ais laur\u00e9ats, Romain Rolland, Anatole France, Fran\u00e7ois Mauriac, s\u2019inscrivent d\u2019une certaine fa\u00e7on dans une tradition d\u2019\u00e9crivains avec un arri\u00e8re-fond\u2026 comment dire\u2026 un peu moraliste. Dans les autres pays, les prim\u00e9s sont plut\u00f4t des marginaux, comme Faulkner ou Hermann Hesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 la question \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e9crivez-vous?\u00a0\u00bb, la plus belle r\u00e9ponse \u00e0 mes yeux est celle que fit Pa Kin\u00a0:\u00a0\u00bbParce que la belle vie est trop courte.\u00a0\u00bb J\u2019avais trouv\u00e9 cela merveilleux, car \u00e9crire, c\u2019est vivre d\u2019autres vies, ajouter des vies \u00e0 la belle vie, qui n\u2019est plus si courte que \u00e7a\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), \u00ab\u00a0Le Cl\u00e9zio\u00a0: Je suis un indign\u00e9 de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb, interview,<em> Le Point<\/em>, 27 octobre 2011<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Pa Kin est le nom de plume de l\u2019\u00e9crivain chinois Li Yaotang, pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">PEN<\/span> club chinois).<\/p>\n<p>\u00c9crire et voyager, les deux actes sont devenus indissociables et Le Cl\u00e9zio sera l\u2019un des plus grands voyageurs d\u2019une litt\u00e9rature fran\u00e7aise souvent casani\u00e8re, tr\u00e8s parisienne ou provinciale.<\/p>\n<p>Rappelons que Jules Verne qui a fait <em>Le Tour du monde en 80 jours, Les Tribulations d\u2019un Chinois en Chine<\/em>, est aussi all\u00e9 dans la lune, au centre de la terre, 20 000 lieus sous les mers\u2026 En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019auteur des Voyages extraordinaires, n\u00e9 \u00e0 Nantes et mort \u00e0 Amiens, n\u2019a jamais quitt\u00e9 sa province.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le visage de l\u2019antis\u00e9mitisme est aujourd\u2019hui celui de l\u2019islamophobie, la propagande utilise les m\u00eames termes, les m\u00eames slogans, les m\u00eames obsessions\u00a0: l\u2019invasion des \u00e9trangers, la perte des rep\u00e8res chr\u00e9tiens, la puret\u00e9 de la race. Ces th\u00e8mes, ces obsessions sont exploit\u00e9s par une partie de la classe politique, et par un nombre grandissant d\u2019intellectuels et d\u2019artistes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), \u00ab\u00a0La lugubre \u00e9lucubration de Richard Millet\u00a0\u00bb, <em>le Nouvel Observateur<\/em>, 5 septembre 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas un \u00e9crivain engag\u00e9 ni un penseur politique, mais un moraliste dou\u00e9 d\u2019une capacit\u00e9 de r\u00e9volte et pour qui certaines causes sont sujets d\u2019indignation\u00a0: le sort fait aux Am\u00e9rindiens, la francophonie postcoloniale\u2026 et une id\u00e9ologie d\u2019extr\u00eame droite toujours mena\u00e7ante.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Leurs arguments sont sans valeur. Ils se nourrissent de mensonges et de peurs, ils \u00e9laborent des th\u00e9ories fumeuses dont l\u2019auteur le plus connu est Samuel Huntington [auteur du<em> Choc des civilisations<\/em>]. Tout cela est marqu\u00e9 par une consid\u00e9rable quantit\u00e9 d\u2019insignifiance. Insignifiance parce que cette id\u00e9ologie est vide de sens, qu\u2019elle ne v\u00e9hicule que la pens\u00e9e la plus banale, et ne s\u2019alimente que des instincts les plus vides. Mais cette insignifiance est dangereuse. Elle peut parfois, comme dans le cas de Breivik, devenir une pathologie.\u00a0\u00bb Rappelons le cas de ce terroriste norv\u00e9gien d\u2019extr\u00eame droite qui a perp\u00e9tr\u00e9 et revendiqu\u00e9 les attentats d\u2019Oslo et d\u2019Ut\u00f8ya, le 22 juillet 2011\u00a0: 77 morts et 151 bless\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les vrais chefs-d\u2019\u0153uvre ne changent pas, ne vieillissent pas. Aujourd\u2019hui, dans un monde qui a connu tant de d\u00e9sillusions, alors que la beaut\u00e9 des cultures am\u00e9rindiennes est quotidiennement bafou\u00e9e par l\u2019uniforme laideur des empires marchands, les images que nous ont laiss\u00e9es Diego et Frida \u2013 images d\u2019amour, de recherche de la v\u00e9rit\u00e9, o\u00f9 la sensualit\u00e9 se m\u00eale toujours \u00e0 la souffrance \u2013 restent aussi fortes, aussi n\u00e9cessaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">J. M. G.<\/span> <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CL\u00c9ZIO<\/span> (n\u00e9 en 1940), <em>Diego et Frida 1995<\/em> (2017)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce r\u00e9cit m\u00eale les \u00e9tapes de la r\u00e9volution mexicaine et les amours tumultueuses des peintres Diego Rivera (1886-1957) et Frida Kahlo (1907-1954). C\u2019est son seul ouvrage enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 des artistes. Il conte le destin des deux personnages du titre, crois\u00e9 avec le destin du Mexique et celui du monde de l\u2019\u00e9poque. R\u00e9cit de l\u2019accident de Frida, ses souffrances, son handicap, en r\u00e9sonance aux infid\u00e9lit\u00e9s de Diego, avec leur amour toujours plus fort, sublim\u00e9 par l\u2019art.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand \u00e9crivain francophone vivant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Les lecteurs du magazine <em>Lire<\/em> en 1994<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Cl\u00e9zio est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 ses a\u00een\u00e9s Nathalie Sarraute, Claude Simon, Fran\u00e7oise Sagan, Michel Tournier, Julien Gracq.<\/p>\n<p>Il reste l\u2019un des auteurs de langue fran\u00e7aise les plus traduits dans le monde (allemand, anglais, catalan, chinois, cor\u00e9en, danois, espagnol, grec, italien, japonais, n\u00e9erlandais, portugais, russe, su\u00e9dois, turc).<\/p>\n<p><em>Le Masque et la plume<\/em>, \u00e9mission culturelle dominicale de France-Inter, parle naturellement du dernier Le Cl\u00e9zio (5 f\u00e9vrier 2023). C\u2019est un recueil de nouvelles consacr\u00e9es aux \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb\u00a0: enfants esclaves du P\u00e9rou, gamins des rues de Mexico, femmes africaines de Paris, paysans chass\u00e9s de leurs terres par les Narcos (trafiquants de drogue \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale).<\/p>\n<p>L\u2019histoire qui donne le titre du livre \u00ab\u00a0<em>Avers\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb (antonyme de \u00ab\u00a0revers\u00a0\u00bb) d\u00e9crit une petite Mauricienne dont le p\u00e8re p\u00eacheur a disparu en mer. Battue par sa belle-m\u00e8re, harcel\u00e9e sexuellement son compagnon, elle fuit dans la montagne pour \u00eatre plac\u00e9e dans une institution religieuse et finit par trouver sa voie au sens propre, en chantant dans les \u00e9glises.<\/p>\n<p>Les quatre critiques litt\u00e9raires du <em>Masque et la plume<\/em> s\u2019opposent\u00a0(comme souvent)\u00a0: \u00c9lisabeth Philippe d\u00e9nonce une \u00ab\u00a0litt\u00e9rature de cartes postales, sans aucune asp\u00e9rit\u00e9, extr\u00eamement lisse\u2026 une sorte de litt\u00e9rature <span class=\"caps\">ONG<\/span>\u00a0\u00e0 laquelle je ne suis pas sensible\u00a0\u00bb et Nelly Kapri\u00e9lian rench\u00e9rit\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui me fascine, chez Le Cl\u00e9zio, c\u2019est l\u2019absence d\u2019\u00e9criture\u2026 une enfilade de clich\u00e9s.\u00a0\u00bb. Tandis qu\u2019Arnaud Viviant salue \u00ab\u00a0une \u00e9criture fondamentale pour l\u2019apprentissage du langage en g\u00e9n\u00e9ral. Tout particuli\u00e8rement ici celle consacr\u00e9e \u00e0 Mexico, avec les enfants qui passent par les \u00e9gouts. C\u2019est un pur chef-d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb et Jean-Claude Raspiengeas salue ce \u00ab\u00a0n\u00e9or\u00e9alisme litt\u00e9raire\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0redonne existence et consistance\u00a0aux sacrifi\u00e9s de la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>27. Union europ\u00e9enne (2012)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ue_citations.jpg\" width=\"291\" height=\"193\"><\/strong><\/p>\n<p>Prix Nobel de la Paix d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne pour avoir \u00ab\u00a0fait passer l\u2019Europe d\u2019un continent en guerre \u00e0 un continent en paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la tourmente, l\u2019Europe re\u00e7oit le prix Nobel de la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3494\" class=\"cit-num\">3494<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Monde<\/em>, d\u00e9p\u00eache <span class=\"caps\">AFP<\/span>, 10 d\u00e9cembre 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span class=\"caps\">L\u2019U<\/span>nion europ\u00e9enne des 27 pays, repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Oslo par une vingtaine de chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement, dont le couple vedette franco-allemand, Hollande et Merkel, a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e deux mois plus t\u00f4t par le Nobel de la Paix Selon la presse internationale, cette r\u00e9compense intervient alors que l\u2019<span class=\"caps\">UE<\/span> affiche un \u00ab\u00a0\u00e9tat d\u2019effritement\u00a0\u00e9vident\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>David Cameron, pour ne pas heurter les conservateurs eurosceptiques favorables \u00e0 une sortie de l\u2019Union, a envoy\u00e9 son vice-premier ministre repr\u00e9senter la Grande-Bretagne. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tch\u00e8que, Vaclav Klaus, connu pour son hostilit\u00e9 personnelle \u00e0 une Europe int\u00e9gr\u00e9e pourtant voulue par son peuple, qualifie la d\u00e9cision du comit\u00e9 Nobel de \u00ab\u00a0farce tragique\u00a0\u00bb. En Gr\u00e8ce, premier pays touch\u00e9 par la crise mondiale, les journaux rappellent l\u2019amertume d\u2019une population condamn\u00e9e \u00e0 une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, favorisant l\u2019extr\u00e9misme, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et la peur. Des agences de presse et des sites internationaux voient dans ce prix une trahison du testament d\u2019Alfred Nobel et regrettent qu\u2019il n\u2019ait pas r\u00e9compens\u00e9 Robert Schuman, p\u00e8re et proph\u00e8te du projet pacifique pour le continent, il y a soixante ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne sommes par rassembl\u00e9s ici aujourd\u2019hui avec la conviction que l\u2019<span class=\"caps\">UE<\/span> est parfaite. Nous sommes rassembl\u00e9s avec la conviction que l\u2019on doit r\u00e9soudre nos probl\u00e8mes ensemble.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Thorbjorn <span class=\"caps\">JAGLAND<\/span> (n\u00e9 en 1950), pr\u00e9sident du Comit\u00e9 Nobel norv\u00e9gien remettant le prix sans \u00e9luder le d\u00e9bat,<em> Le Monde<\/em>, d\u00e9p\u00eache <span class=\"caps\">AFP<\/span>, 10 d\u00e9cembre 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Europhile convaincu, il a appel\u00e9 l\u2019<span class=\"caps\">UE<\/span> \u00e0 \u00ab\u00a0aller de l\u2019avant\u00a0\u00bb malgr\u00e9 la crise\u00a0: \u00ab\u00a0Sauvegarder ce qui a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9 et am\u00e9liorer ce qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour nous permettre de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes mena\u00e7ant la communaut\u00e9 europ\u00e9enne aujourd\u2019hui, c\u2019est la seule fa\u00e7on de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes provoqu\u00e9s par la crise financi\u00e8re\u00a0\u00bb a-t-il encore plaid\u00e9.<\/p>\n<p>La chanceli\u00e8re Angela Merkel r\u00e9agit dans le m\u00eame esprit, par la voix de son porte-parole\u00a0: \u00ab\u00a0Nous y voyons un encouragement au grand projet pacificateur qu\u2019a repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019Union europ\u00e9enne pour le continent europ\u00e9en.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En France, le personnel politique est partag\u00e9\u00a0: majoritairement pro-europ\u00e9en, hormis aux extr\u00eames, gauche et droite. Sur ce grand dossier europ\u00e9en, chantier \u00e0 suivre pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir, divers t\u00e9moignages se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l\u2019histoire et vaudront un jour citations \u2013 pour la plupart dat\u00e9es du jour o\u00f9 le prix fut annonc\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019UE<\/span> est l\u2019ensemble r\u00e9gional le plus int\u00e9gr\u00e9 du monde, et c\u2019est aussi celui o\u00f9 ont eu lieu les conflits les plus sanglants. Les deux guerres mondiales ont \u00e9t\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 des guerres europ\u00e9ennes, m\u00eame si elles ont aussi enflamm\u00e9 la plan\u00e8te.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3495\" class=\"cit-num\">3495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MOSCOVICI<\/span> (n\u00e9 en 1957), ministre de l\u2019\u00c9conomie et des Finances du gouvernement Ayrault, ex-ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 des Affaires europ\u00e9ennes du gouvernement Jospin, ex-d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, <span class=\"caps\">AFP<\/span>, 12 octobre 2012 (jour de la proclamation du prix)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Tokyo, o\u00f9 il participe \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">FMI<\/span> et de la Banque mondiale, le ministre a salu\u00e9 l\u2019attribution du Nobel de la paix \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne comme \u00ab\u00a0la r\u00e9compense d\u2019un processus historique unique.\u00a0\u00bb Il souligne le chemin parcouru depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, \u00e9voquant \u00ab\u00a0une Europe unie, vivant en paix et avec des institutions solides.\u00a0\u00bb Ces progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 accomplis \u00ab\u00a0d\u2019abord par la r\u00e9conciliation franco-allemande, qui est aujourd\u2019hui une \u00e9vidence et le moteur de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb Ils ont ensuite \u00e9t\u00e9 permis \u00ab\u00a0par les \u00e9largissements successifs qui ont fait que l\u2019Europe se r\u00e9unifie apr\u00e8s la chute du mur de Berlin.\u00a0\u00bb Pour conclure\u00a0de mani\u00e8re positive\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il s\u2019agissait de saluer cette \u0153uvre historique, de la donner non comme un mod\u00e8le, mais comme un exemple de ce que la volont\u00e9 politique peut permettre en termes de d\u00e9passement des conflits, alors, cette r\u00e9compense est bienvenue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019habitude, les rassemblements entre peuples ou entre pays sont le r\u00e9sultat de la guerre et en tout cas de la domination des plus puissants sur les plus faibles. C\u2019est la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire que des peuples se rapprochent librement, et le font dans une perspective de paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3496\" class=\"cit-num\">3496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">BAYROU<\/span> (n\u00e9 en 1951), pr\u00e9sident du MoDem, ex-d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, ex-conseiller du pr\u00e9sident du Parlement europ\u00e9en, <span class=\"caps\">AFP<\/span>, 12 octobre 2012 (jour de la proclamation du prix)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame raisonnement que Moscovici, m\u00eame r\u00e9action imm\u00e9diate, m\u00eame mise en perspective historique. La construction europ\u00e9enne reste un th\u00e8me politique majeur de sa politique \u2013 et Bayrou le centriste n\u2019a jamais chang\u00e9 de langage.<\/p>\n<p>Il salue donc \u00ab\u00a0l\u2019entreprise historique la plus pacifique de tous les temps [\u2026] En cela, le comit\u00e9 Nobel ne pouvait pas choisir plus justement.\u00a0\u00bb Il convient de contrer les discours eurosceptiques ou critiques\u00a0: \u00ab\u00a0Parce qu\u2019on a le nez sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement et qu\u2019on vit davantage les difficult\u00e9s quotidiennes que la dimension historique, on perd de vue ce que cette \u0153uvre a d\u2019unique dans l\u2019histoire des hommes [\u2026] Car l\u2019<span class=\"caps\">UE<\/span> \u2013 et c\u2019est sans pr\u00e9c\u00e9dent \u2013 n\u2019a d\u00e9velopp\u00e9 aucune volont\u00e9 de domination sur aucun autre peuple ou r\u00e9gion. Son seul but est de d\u00e9fendre la libert\u00e9 de ceux qui la forment et leurs valeurs.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Si une \u0153uvre politique et historique m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre distingu\u00e9e, c\u2019est bien celle qu\u2019ont voulue apr\u00e8s la guerre les Schumann, Monnet, Adenauer, de Gasperi [\u2026] Ils ont \u00e9t\u00e9 des pr\u00e9curseurs et des fondateurs d\u2019une d\u00e9marche de paix gr\u00e2ce \u00e0 laquelle le monde est meilleur.\u00a0\u00bb Quant \u00e0 la proclamation de ce prix alors que l\u2019Union est dans la tourmente\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est peut-\u00eatre quand les choses vont mal qu\u2019on mesure \u00e0 quel point elles sont pr\u00e9cieuses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019attribution du prix Nobel de la paix \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne est un succ\u00e8s de plus pour l\u2019Europe de Schuman, de Monnet et de Veil, un coup de projecteur et un message d\u2019espoir \u00e0 l\u2019heure de la crise de la zone euro.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Louis <span class=\"caps\">BORLOO<\/span> (n\u00e9 en 1951), pr\u00e9sident de l\u2019Union des d\u00e9mocrates et ind\u00e9pendants (<span class=\"caps\">UDI<\/span>),<em> Le Point,<\/em> 12 octobre 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendant hommage aux pionniers fran\u00e7ais, le pr\u00e9sident du nouveau parti de centre droit fait chorus\u00a0et se veut \u00e9galement positif, dans la tourmente\u00a0: \u00ab\u00a0Le reste du monde nous rappelle que l\u2019Europe est le plus grand projet politique de paix, de libert\u00e9 et de d\u00e9mocratie. Nous devons \u00eatre fiers de ce que ce mod\u00e8le unique au monde a accompli en si peu de temps. Le reste du monde nous dit aussi\u00a0: Souvenez-vous d\u2019o\u00f9 vous venez, de ce que vous \u00eates et o\u00f9 vous voulez aller.\u00a0\u00bb Il voit en l\u2019Union europ\u00e9enne \u00ab\u00a0une belle aventure politique\u00a0et une formidable invention.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">UMP<\/span>, s\u2019inscrit \u00e9galement dans une perspective historique \u00e0 la fois indiscutable et n\u00e9cessaire\u00a0: \u00ab\u00a0La paix est l\u2019acquis majeur de la construction europ\u00e9enne, car pour la premi\u00e8re fois de l\u2019histoire, depuis plus de 50 ans, l\u2019Europe n\u2019a pas connu la guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Restent les voix hostiles, tr\u00e8s minoritaires \u2013 en tout cas, plus que lors des pr\u00e9c\u00e9dents r\u00e9f\u00e9rendums europ\u00e9ens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On comprend qu\u2019elle [l\u2019Union europ\u00e9enne] n\u2019ait pas re\u00e7u le prix Nobel d\u2019\u00e9conomie, tant sa politique aggrave la crise et le ch\u00f4mage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3497\" class=\"cit-num\">3497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">M\u00c9LENCHON<\/span> (n\u00e9 en 1951), copr\u00e9sident du Parti de gauche et eurod\u00e9put\u00e9, <span class=\"caps\">AFP<\/span>, 12 octobre 2012 (jour de la proclamation du prix)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ironie sied \u00e0 l\u2019ex-candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence, qui reprend les arguments des partis \u00e0 la gauche de la gauche socialiste\u00a0: \u00ab\u00a0Certes, l\u2019Union europ\u00e9enne a garanti la paix aux march\u00e9s financiers, aux sp\u00e9culateurs et aux profits bancaires [\u2026] Mais ne m\u00e8ne-t-elle pas une guerre contre les peuples qui la composent et leurs droits sociaux\u00a0? [\u2026] Dans ces conditions, autant lui accorder aussi le prix Nobel de litt\u00e9rature pour la qualit\u00e9 litt\u00e9raire de ses trait\u00e9s. Le Comit\u00e9 Nobel m\u00e9rite, quant \u00e0 lui, le prix Nobel de l\u2019humour noir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pr\u00e9sidente du <span class=\"caps\">FN<\/span>, Marine Le Pen, humour en moins, pense pareil\u00a0: \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019U<\/span>nion europ\u00e9enne est aujourd\u2019hui le premier facteur de d\u00e9sunion et de mont\u00e9e des tensions entre les nations europ\u00e9ennes, en organisant une concurrence f\u00e9roce entre les peuples, en m\u00e9prisant toute forme d\u2019expression d\u00e9mocratique et en sacrifiant partout la prosp\u00e9rit\u00e9 sur le dogme de l\u2019euro [\u2026] Les Grecs le savent d\u00e9j\u00e0\u00a0: l\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019a pas encore de canons, mais ses divisions sont les puissances d\u2019argent et les banques qui asservissent les peuples.\u00a0\u00bb En r\u00e9compensant \u00ab\u00a0la guerre \u00e9conomique et sociale tous azimuts entre les peuples, qui ne peut conduire qu\u2019\u00e0 la guerre tout court [le comit\u00e9 Nobel] s\u2019est discr\u00e9dit\u00e9 \u00e0 jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019on dise et quoiqu\u2019on pense en France et bien au-del\u00e0, l\u2019Europe, quelle qu\u2019en soit la forme et le destin, est l\u2019un des enjeux \u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>28. Patrick Modiano (2014)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/patrick_modiano_citations.jpg\" width=\"400\" height=\"387\"><\/strong><\/p>\n<p>Prix Nobel de Litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0l\u2019art de la m\u00e9moire avec lequel il a \u00e9voqu\u00e9 les destin\u00e9es humaines les plus insaisissables et d\u00e9voil\u00e9 le monde de l\u2019Occupation.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p>Une gerbe de citations en un Discours Nobel\u00a0unique en son genre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on se rappelle cette distinction scolaire entre l\u2019\u00e9crit et l\u2019oral, un romancier est plus dou\u00e9 pour l\u2019\u00e9crit que pour l\u2019oral.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), Discours de r\u00e9ception du prix Nobel de litt\u00e9rature, Le Monde, 7 d\u00e9cembre 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Un \u00e9crivain \u2013 ou tout au moins un romancier \u2013 a souvent des rapports difficiles avec la parole.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il a une parole h\u00e9sitante, \u00e0 cause de son habitude de raturer ses \u00e9crits. Bien s\u00fbr, apr\u00e8s de multiples ratures, son style peut para\u00eetre limpide. Mais quand il prend la parole, il n\u2019a plus la ressource de corriger ses h\u00e9sitations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Modiano est connu pour ses interviews hach\u00e9es, mais en ce jour unique dans la vie d\u2019un auteur, soudain mis en lumi\u00e8re, il peut lire un discours naturellement bel et bien \u00e9crit qui nous donne quelques cl\u00e9s du personnage \u2013 au m\u00eame titre que ses \u0153uvres. Texte exceptionnel, mine de citations, autoportrait de l\u2019auteur, anatomie d\u2019un romancier, confidences \u00e9mouvantes, il insiste sur le th\u00e8me qui lui tient le plus \u00e0 c\u0153ur, l\u2019\u00e9criture romanesque dont il a fait son m\u00e9tier, sa vie, sa passion.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un romancier ne peut jamais \u00eatre son lecteur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l\u2019oubli, de faire ressurgir quelques mots \u00e0 moiti\u00e9 effac\u00e9s, comme ces icebergs perdus qui d\u00e9rivent \u00e0 la surface de l\u2019oc\u00e9an.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les livres se succ\u00e8dent et les lecteurs parleront d\u2019une \u00ab\u00a0\u0153uvre\u00a0\u00bb. Mais vous aurez le sentiment qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une longue fuite en avant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), Discours de r\u00e9ception du prix Nobel de litt\u00e9rature, <em>Le Monde<\/em>, 7 d\u00e9cembre 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Seule la lecture de ses livres nous fait entrer dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un \u00e9crivain et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est au meilleur de lui-m\u00eame et qu\u2019il nous parle \u00e0 voix basse sans que sa voix soit brouill\u00e9e par le moindre parasite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un romancier est souvent un somnambule, tant il est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par ce qu\u2019il doit \u00e9crire, et l\u2019on peut craindre qu\u2019il se fasse \u00e9craser quand il traverse une rue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours envi\u00e9 les musiciens qui me semblaient pratiquer un art sup\u00e9rieur au roman.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y aura, chez le romancier, le regret de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 un pur musicien et de n\u2019avoir pas compos\u00e9 <em>Les Nocturnes<\/em> de Chopin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis comme toutes celles et ceux n\u00e9s en 1945, un enfant de la guerre [\u2026] un enfant qui a d\u00fb sa naissance au Paris de l\u2019Occupation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), Discours de r\u00e9ception du prix Nobel de litt\u00e9rature, <em>Le Monde<\/em>, 7 d\u00e9cembre 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son \u00ab\u00a0devoir de m\u00e9moire\u00a0\u00bb s\u2019est fix\u00e9 d\u00e8s son premier roman sur le Paris d\u2019une guerre qu\u2019il n\u2019a pas v\u00e9cu et qu\u2019il va s\u2019attacher \u00e0 ressusciter inlassablement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le silence des rues et du black-out qui tombait en hiver vers cinq heures du soir et pendant lequel la moindre lumi\u00e8re aux fen\u00eatres \u00e9tait interdite, cette ville semblait absente \u00e0 elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans ce Paris de mauvais r\u00eave, o\u00f9 l\u2019on risquait d\u2019\u00eatre victime d\u2019une d\u00e9nonciation et d\u2019une rafle \u00e0 la sortie d\u2019une station de m\u00e9tro, des rencontres hasardeuses se faisaient entre des personnes qui ne se seraient jamais crois\u00e9es en temps de paix, des amours pr\u00e9caires naissaient \u00e0 l\u2019ombre du couvre-feu sans que l\u2019on soit s\u00fbr de se retrouver les jours suivants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 la suite de ces rencontres souvent sans lendemain, et parfois de ces mauvaises rencontres, que des enfants sont n\u00e9s plus tard. Voil\u00e0 pourquoi le Paris de l\u2019Occupation a toujours \u00e9t\u00e9 pour moi comme une nuit originelle. Sans lui je ne serais jamais n\u00e9. Ce Paris-l\u00e0 n\u2019a cess\u00e9 de me hanter et sa lumi\u00e8re voil\u00e9e baigne parfois mes livres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Gr\u00e2ce \u00e0 la topographie d\u2019une ville, c\u2019est toute votre vie qui vous revient \u00e0 la m\u00e9moire par couches successives.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 mesure que les ann\u00e9es, passent, chaque quartier, chaque rue d\u2019une ville, \u00e9voque un souvenir, une rencontre, un chagrin, un moment de bonheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les r\u00e9seaux sociaux entament la part d\u2019intimit\u00e9 et de secret qui \u00e9tait encore notre bien jusqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque r\u00e9cente \u2013 le secret qui donnait de la profondeur aux personnes et pouvait \u00eatre un grand th\u00e8me romanesque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un demi-si\u00e8cle d\u2019\u00e9criture \u00ab\u00a0intensive\u00a0\u00bb r\u00e9sum\u00e9e chronologiquement en quelques titres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout cela, c\u2019\u00e9tait notre jeunesse, le matin profond que nous ne retrouverons jamais plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945),<em> La Place de l\u2019\u00c9toile<\/em> (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ici commence sa qu\u00eate autobiographique au travers de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>C\u2019est son premier roman, sit\u00f4t honor\u00e9 par le Prix F\u00e9n\u00e9on et le Prix Roger-Nimier qui r\u00e9compensent un jeune auteur de 23 ans. Vu le contexte de l\u2019\u00e9poque, ce langage et ce discours nouveaux ont pu sembler bienvenus. On a m\u00eame \u00e9voqu\u00e9 les accents d\u2019une douloureuse r\u00e9bellion c\u00e9linienne\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On lui reprochait de prendre parti \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la plupart des gens se \u00ab\u00a0vautraient dans l\u2019attentisme\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Les Boulevards de ceinture<\/em> (1972)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le narrateur part \u00e0 la recherche de son p\u00e8re. Le voici dans un village, en bordure de la for\u00eat de Fontainebleau, du temps de l\u2019occupation allemande, au milieu d\u2019individus troubles. Qui est ce p\u00e8re\u00a0? Trafiquant\u00a0? Juif traqu\u00e9\u00a0? Pourquoi se trouve-t-il parmi ces gens\u00a0? Jusqu\u2019au bout le narrateur poursuivra ce p\u00e8re fantomatique. Avec tendresse.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s<em> La Ronde de nuit<\/em> (1969), ce troisi\u00e8me roman obtient le Grand prix du roman de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise et termine sa \u00ab\u00a0trilogie de l\u2019Occupation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La cons\u00e9cration fut rapide, jusqu\u2019au Graal de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, le Goncourt.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Goncourt, c\u2019est un peu comme l\u2019\u00e9lection de Miss France. Sans avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Livre Hebdo<\/em>, septembre 2003<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre l\u2019absence du p\u00e8re et les tourn\u00e9es de sa m\u00e8re com\u00e9dienne, l\u2019auteur a v\u00e9cu une adolescence mouvement\u00e9e dans des pensionnats. Sa premi\u00e8re chance fut le po\u00e8te et romancier Raymond Queneau, ami de la famille. Il lui donne des cours et l\u2019aide \u00e0 passer ses examens, mais il abandonne d\u00e9finitivement ses \u00e9tudes l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Il publie son premier article en 1966 dans la revue <em>Le Crapouillot<\/em>, dont il a rencontr\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente les cr\u00e9ateurs au caf\u00e9 de Flore. Son mentor Raymond Queneau continue de soutenir ses ambitions litt\u00e9raires et l\u2019invite r\u00e9guli\u00e8rement dans des soir\u00e9es \u00e9ditoriales chez Gallimard. C\u2019est dans cette maison d\u2019\u00e9dition qu\u2019il publia son premier roman, <em>La Place de l\u2019\u00e9toile<\/em>. Et la suite\u2026 En novembre 1978, la cons\u00e9cration lui vient avec son sixi\u00e8me roman, <em>Rue des Boutiques obscures<\/em>\u00a0: au mi-temps de sa carri\u00e8re toujours \u00e0 suivre, creusant toujours le m\u00eame sillon m\u00e9moriel d\u2019un temps qu\u2019il n\u2019a pas v\u00e9cu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi certaines choses du pass\u00e9 surgissent-elles avec une pr\u00e9cision photographique\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Rue des boutiques obscures<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Obsession du pass\u00e9, point fort et originalit\u00e9 de toute son \u0153uvre, th\u00e8me obsessionnel d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 l\u2019infini avec une pr\u00e9cision d\u2019entomologiste, un souci du d\u00e9tail pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame de sa sensibilit\u00e9 vive.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je crois qu\u2019on entend encore dans les entr\u00e9es d\u2019immeubles l\u2019\u00e9cho des pas de ceux qui avaient l\u2019habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu. Quelque chose continue de vibrer apr\u00e8s leur passage, des ondes de plus en plus faibles, mais que l\u2019on capte si l\u2019on est attentif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jusque-l\u00e0, tout m\u2019a sembl\u00e9 si chaotique, si morcel\u00e9\u2026 Des lambeaux, des bribes de quelque chose, me revenaient brusquement au fil de mes recherches\u2026 Mais apr\u00e8s tout, c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, une vie\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans la vie, ce n\u2019est pas l\u2019avenir qui compte, c\u2019est le pass\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme ce serait \u00e9trange si les enfants connaissaient leurs parents tels qu\u2019ils \u00e9taient avant leur naissance, quand ils n\u2019\u00e9taient pas encore des parents mais tout simplement eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945),<em> Une jeunesse<\/em> (1981)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans un Paris o\u00f9 ils sont livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, deux tr\u00e8s jeunes gens, Odile et Louis, font l\u203a \u00ab\u00a0apprentissage de la ville\u00a0\u00bb et d\u2019une vie de hasards, d\u2019exp\u00e9riences et d\u2019aventures. Ils ont pour eux l\u2019innocence et croisent des individus singuliers, \u00e9mouvants, parfois peu recommandables qui les entra\u00eenent dans des chemins de traverse. Mais si trouble et chaotique que soit un d\u00e9but de vie, il se m\u00e9tamorphose, avec le temps, en un beau souvenir de jeunesse que les deux h\u00e9ros sont d\u00e9sormais seuls \u00e0 partager, quand s\u2019ach\u00e8ve leur jeunesse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne r\u00e9pond jamais aux questions qui vous tiennent \u00e0 c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Quartier perdu<\/em> (1985)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un dimanche de juillet, Ambrose Guise arrive \u00e0 Paris. Personne. Sauf les statues. Une ville fant\u00f4me apr\u00e8s un bombardement et l\u2019exode de ses habitants. Auteur de romans policiers anglais, il vient rencontrer son \u00e9diteur japonais. Il va profiter de ce voyage pour \u00e9lucider les myst\u00e8res de son pass\u00e9, du temps o\u00f9 il \u00e9tait fran\u00e7ais et s\u2019appelait Jean Dekker, il y a vingt ans. Il fait surgir dans un Paris cr\u00e9pusculaire, hallucin\u00e9, des lieux \u00e9tranges\u00a0: une chambre secr\u00e8te rue de Courcelles, en face d\u2019une pagode\u00a0; un grand rez-de-chauss\u00e9e donnant sur un jardin, place de l\u2019Alma\u2026 Tout un quartier perdu de la m\u00e9moire est ainsi revisit\u00e9, et d\u00e9livre le secret de ses charmes, et de ses sortil\u00e8ges.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour les a\u00een\u00e9s ne sont plus l\u00e0. Et il faut malheureusement se r\u00e9soudre \u00e0 vivre avec ses contemporains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945),<em> Vestiaire de l\u2019enfance<\/em> (1989)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean Moreno, alias Jimmy Sarrano, est \u00e9crivain en exil, \u00ab\u00a0du c\u00f4t\u00e9 de Tetouan, de Gibraltar ou d\u2019Algesiras\u00a0\u00bb. Est- ce Tanger\u00a0? Est-ce une ville r\u00e9elle\u00a0? Le Fran\u00e7ais expatri\u00e9 \u00e9crit un feuilleton pour Radio Mundial,\u00a0 \u00ab\u00a0Les aventures de Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb, narrant la vie du Dauphin de France devenu planteur \u00e0 la Jama\u00efque\u2026 Vertige de l\u2019uchronie\u00a0! Dans cette cit\u00e9 \u00e9cras\u00e9e de chaleur et par moments d\u00e9sert\u00e9e, il rencontre Marie dans un caf\u00e9. Jeune femme insaisissable et touchante qui fait na\u00eetre en lui une r\u00e9miniscence. Est-ce l\u2019enfant qu\u2019il a connu jadis \u00e0 Paris, la fille de Marie-Rose, la Petite Bijou (qu\u2019on retrouvera en 2012, h\u00e9ro\u00efne-titre d\u2019un prochain roman)\u00a0? La m\u00e9moire du narrateur rena\u00eet malgr\u00e9 lui, alors qu\u2019il est lui-m\u00eame surveill\u00e9 par un \u00e9trange \u00ab\u00a0chauffeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense \u00e0 Dora Bruder. Je me dis que sa fugue n\u2019\u00e9tait pas aussi simple que la mienne une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, dans un monde redevenu inoffensif. Cette ville de d\u00e9cembre 1941, son couvre-feu, ses soldats, sa police, tout lui \u00e9tait hostile et voulait sa perte. A seize ans, elle avait le monde entier contre elle, sans qu\u2019elle sache pourquoi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Dora Bruder<\/em> (1997)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ignorerai toujours \u00e0 quoi elle passait ses journ\u00e9es, o\u00f9 elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait pendant les mois d\u2019hiver de sa premi\u00e8re fugue et au cours des quelques semaines de printemps o\u00f9 elle s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 nouveau. C\u2019est l\u00e0 son secret. Un pauvre et pr\u00e9cieux secret que les bourreaux, les ordonnances, les autorit\u00e9s dites d\u2019occupation, le D\u00e9p\u00f4t, les casernes, les camps, l\u2019Histoire, le temps \u2013 tout ce qui vous souille et vous d\u00e9truit \u2013 n\u2019auront pas pu lui voler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans mon souvenir, ce quartier de la Chapelle m\u2019appara\u00eet aujourd\u2019hui tout en lignes de fuite \u00e0 cause des voies ferr\u00e9es, de la proximit\u00e9 de la gare du Nord, du fracas des rames de m\u00e9tro qui passaient tr\u00e8s vite au-dessus de ma t\u00eate\u2026 Personne ne devait se fixer longtemps par ici. Un carrefour o\u00f9 chacun partait de son c\u00f4t\u00e9, aux quatre points cardinaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et pourtant, sous cette couche \u00e9paisse d\u2019amn\u00e9sie, on sentait bien quelque chose, de temps en temps, un \u00e9cho lointain, \u00e9touff\u00e9, mais on aurait \u00e9t\u00e9 incapable de dire quoi, pr\u00e9cis\u00e9ment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On vous classe dans des cat\u00e9gories bizarres dont vous n\u2019avez jamais entendu parler et qui ne correspondent pas \u00e0 ce que vous \u00eates r\u00e9ellement. On vous convoque. On vous interne. Vous aimeriez bien comprendre pourquoi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ce qui concerne le passage dans le nouveau mill\u00e9naire, c\u2019est comme de franchir une fronti\u00e8re en fraude pour d\u00e9boucher dans un pays inconnu, sans avoir de carte de s\u00e9jour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), cit\u00e9 par le<em> Dictionnaire de la langue fran\u00e7aise<\/em> au mot \u00ab\u00a0passage\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0bug de l\u2019an 2000\u00a0\u00bb s\u00e9rieusement ressenti par un auteur particuli\u00e8rement sensible au temps et au monde comme il va, ou ne va pas\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi non plus je ne me suis jamais senti au diapason de rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Accident nocturne<\/em> (2003)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peu avant ses 21 ans, le narrateur, aujourd\u2019hui bien plus \u00e2g\u00e9, fut victime d\u2019un accident Place des Pyramides, renvers\u00e9 par une Fiat vert d\u2019eau, conduite par une jeune femme, Jacqueline Beausergent. En \u00e9tat de choc, il cro\u00eet reconna\u00eetre en cette femme une personne qu\u2019il a rencontr\u00e9e, beaucoup plus t\u00f4t. Ses souvenirs se m\u00ealent et il associe \u00e9trangement cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 un accident ant\u00e9rieur dont il ne lui reste que des d\u00e9tails confus. S\u2019il retrouve cette femme, le narrateur a le sentiment qu\u2019il apprendra quelque chose qui changera le cours de sa vie.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9vocation de cette p\u00e9riode et de celle qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019accident nous plonge dans un univers \u00e9trange o\u00f9 la pr\u00e9cision extr\u00eame des lieux travers\u00e9s contraste avec la confusion chronologique\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le pass\u00e9 est d\u00e9finitivement r\u00e9volu sans que je sache tr\u00e8s bien dans quel pr\u00e9sent je vis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les personnages rencontr\u00e9s demeurent \u00e9nigmatiques. Rien ne se d\u00e9tache nettement de la fronti\u00e8re entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, comme si le narrateur \u00e9tait en permanence sous l\u2019emprise de l\u2019\u00e9ther avec lequel on l\u2019endort par deux reprises.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9cit tr\u00e8s litt\u00e9raire, mais proche de l\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re, o\u00f9 l\u2019auteur joue mieux que jamais avec son lecteur, au risque de le perdre parfois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En f\u00e9vrier 1957, j\u2019ai perdu mon fr\u00e8re\u2026 \u00c0 part mon fr\u00e8re Rudy, sa mort, je crois que rien de ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Un pedigree<\/em> (2005)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre l\u2019absence de son p\u00e8re et les tourn\u00e9es de sa m\u00e8re com\u00e9dienne, Patrick Modiano fut tr\u00e8s complice de son fr\u00e8re Rudy, mort \u00e0 dix ans des suites d\u2019une leuc\u00e9mie. Il lui rendra de nombreux hommages dans ses romans. Celui-ci est d\u2019une forme particuli\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris ces pages comme on r\u00e9dige un constat ou un curriculum vitae, \u00e0 titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n\u2019\u00e9tait pas la mienne. Les \u00e9v\u00e9nements que j\u2019\u00e9voquerai jusqu\u2019\u00e0 ma vingt et uni\u00e8me ann\u00e9e, je les ai v\u00e9cus en transparence \u2013 ce proc\u00e9d\u00e9 qui consiste \u00e0 faire d\u00e9filer en arri\u00e8re-plan des paysages, alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio. Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d\u2019autres ont ressentie avant moi\u00a0: tout d\u00e9filait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est difficile d\u2019avoir de la lucidit\u00e9 sur ce qu\u2019on \u00e9crit. La r\u00e9p\u00e9tition vient peut-\u00eatre du fait que je suis travaill\u00e9 par une p\u00e9riode de ma vie qui revient sans arr\u00eat dans ma t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Magazine Madame Figaro<\/em>, 9 novembre 2012<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre remarque, comme l\u2019ombre d\u2019un regret sur le pass\u00e9 qui n\u2019est plus\u00a0ou qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, dans son cas\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La po\u00e9sie, sa bri\u00e8vet\u00e9, sa fulgurance, c\u2019est le domaine de la jeunesse. Le roman, c\u2019est lourd, suffocant, ce n\u2019est pas fait pour l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 de la jeunesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Modiano ne sera jamais Rimbaud, mais la jeunesse de l\u2019enfant terrible fut litt\u00e9ralement dramatique et sa fin de vie tragique. Alors que Modiano fait une carri\u00e8re exemplaire \u2013 avec (ou malgr\u00e9) la double reconnaissance de ses pairs et du public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019\u00e9cris pas pour parler de moi ou essayer de me comprendre. Il n\u2019y a aucun d\u00e9sir d\u2019introspection.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, 2 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette pr\u00e9cision n\u2019est pas superflue pour le lecteur press\u00e9 qui peut se lasser de l\u2019omnipr\u00e9sence de\u00a0l\u2019auteur dans son \u0153uvre. Autres remarques\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La psychanalyse ressemble parfois \u00e0 un roman policier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut trancher dans le vif comme le chirurgien, \u00eatre assez froid vis-\u00e0-vis de son propre texte pour le corriger, supprimer, all\u00e9ger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les \u00e9v\u00e9nements n\u2019ont pas d\u2019int\u00e9r\u00eat en eux-m\u00eames, mais ils sont comme r\u00e9verb\u00e9r\u00e9s par l\u2019imaginaire et la r\u00eaverie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et qu\u2019importe, au final\u2026<br>\u00ab\u00a0Le livre n\u2019appartient plus \u00e0 celui qui l\u2019a \u00e9crit, mais \u00e0 ceux qui le lisent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois que pour faire une \u0153uvre litt\u00e9raire, il faut tout simplement r\u00eaver sa vie \u2013 un r\u00eave o\u00f9 la m\u00e9moire et l\u2019imagination se confondent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), <em>Entretien Gallimard<\/em>, octobre 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>2014, l\u2019ann\u00e9e des confidences toujours bienvenues pour un lectorat fid\u00e8le et pour tous les amateurs de Litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ne faut jamais \u00e9claircir le myst\u00e8re. De toute fa\u00e7on, un \u00e9crivain ne le pourrait pas. Et m\u00eame s\u2019il cherche \u00e0 l\u2019\u00e9claircir de mani\u00e8re m\u00e9ticuleuse, il ne fait que le renforcer. Samuel Beckett disait de Proust qu\u2019il ne faisait pratiquement rien d\u2019autre que d\u2019expliquer ses personnages\u00a0: Les expliquant, il \u00e9paissit leur myst\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai souvent l\u2019impression que le livre que je viens de finir n\u2019est pas content, qu\u2019il me rejette parce que je ne l\u2019ai pas abouti.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est difficile d\u2019avoir de la lucidit\u00e9 sur ce qu\u2019on \u00e9crit. La r\u00e9p\u00e9tition vient peut-\u00eatre du fait que je suis travaill\u00e9 par une p\u00e9riode de ma vie qui revient sans arr\u00eat dans ma t\u00eate\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 De l\u00e0 \u00e0 dire que Modiano \u00e9crit toujours le m\u00eame livre\u2026 On l\u2019a dit, mais si ce livre pla\u00eet par son originalit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On finit par oublier les d\u00e9tails de notre vie qui nous g\u00eanent ou qui sont trop douloureux. Il suffit de faire la planche et de se laisser doucement flotter sur les eaux profondes, en fermant les yeux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945),<em> Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur met en sc\u00e8ne un \u00e9crivain, Jean Daragane. Il re\u00e7oit un coup de t\u00e9l\u00e9phone d\u2019un inconnu voulant lui rendre son carnet d\u2019adresse. Ils conviennent d\u2019un rendez-vous. Mais cet homme et les gens qui l\u2019accompagnent provoquent chez le narrateur un sentiment d\u2019inqui\u00e9tude semblable \u00e0 celui qu\u2019il a pu \u00e9prouver enfant. Commence alors une enqu\u00eate dans laquelle pass\u00e9 et pr\u00e9sent se confondent de nouveau. On retrouve cet art de la m\u00e9moire si cher \u00e0 Modiano qui fait ressurgir des destins insaisissables dans un Paris hant\u00e9 par l\u2019occupation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La danseuse arrivait, le matin, \u00e0 sept heures quarante-cinq, gare du Nord. Ensuite le m\u00e9tro jusqu\u2019\u00e0 la place de Clichy. Le b\u00e2timent du studio Wacker \u00e9tait v\u00e9tuste. Au rez-de-chauss\u00e9e, une dizaine de pianos d\u2019occasion, rang\u00e9s en d\u00e9sordre comme dans un d\u00e9p\u00f4t. Aux \u00e9tages, une sorte de cantine avec un bar et les studios de danse. Elle prenait des cours avec Boris Kniaseff, un Russe que l\u2019on consid\u00e9rait comme l\u2019un des meilleurs professeurs\u2026 Une odeur particuli\u00e8re de vieux bois, de lavande et de sueur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945),<em> La Danseuse<\/em> (2023)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 son \u00e9diteur (Gallimard) et \u00e0 lui-m\u00eame, dans ce roman de 100 pages qui s\u2019ouvre dans l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019un Paris qu\u2019il ne reconna\u00eet plus, dans le milieu des ann\u00e9es 1960, avec un narrateur qui lui ressemble comme un fr\u00e8re\u00a0: trajectoires parall\u00e8les de cette jeune danseuse et de cet apprenti \u00e9crivain qui se sauvent des fant\u00f4mes du pass\u00e9, des mauvaises fr\u00e9quentations, de la violence, pour aller vers la lumi\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 la discipline, l\u2019une de la danse et l\u2019autre de l\u2019\u00e9criture. Il se demande \u00e0 la fin ce que sont devenus tous ces gens dont il a les noms dans des agendas.<\/p>\n<p>Et pour la premi\u00e8re fois, il affirme que ces gens n\u2019appartiennent pas au pass\u00e9, mais \u00e0 un pr\u00e9sent \u00e9ternel. Texte salu\u00e9 par la critique unanime, sous le charme de Modiano.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il arrive aussi qu\u2019un \u00e9crivain du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle se sente, par moments, prisonnier de son temps et que la lecture des grands romanciers du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle \u2013 Balzac, Dickens, Tolsto\u00ef, Dosto\u00efevski \u2013 lui inspire une certaine nostalgie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Patrick <span class=\"caps\">MODIANO<\/span> (n\u00e9 en 1945), Discours de r\u00e9ception du prix Nobel de litt\u00e9rature, <em>Le Monde<\/em>, 7 d\u00e9cembre 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Revenons une derni\u00e8re fois sur ce texte indispensable pour qui veut entrer dans l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019auteur, avant, apr\u00e8s ou pendant sa lecture\u2026<\/p>\n<p>Sa r\u00e9flexion sur l\u2019histoire et l\u2019avenir de la litt\u00e9rature peut se r\u00e9sumer en deux phrases valant citations\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le temps s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et avance par saccades, ce qui explique la diff\u00e9rence entre les grands massifs romanesques du pass\u00e9, aux architectures de cath\u00e9drales, et les \u0153uvres discontinues et morcel\u00e9es d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb\u2026 (mais)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis persuad\u00e9 que les \u00e9crivains du futur assureront la rel\u00e8ve comme l\u2019a fait chaque g\u00e9n\u00e9ration depuis Hom\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb Dont acte.<\/p>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 un auteur qui sut si bien entra\u00eener ses lecteurs dans un d\u00e9dale romanesque nourri par son immense culture (maintes fois prouv\u00e9e) et sa mythomanie (avou\u00e9e).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un artiste n\u2019est pas n\u00e9cessairement plus sensible qu\u2019un amateur, et l\u2019est souvent moins qu\u2019une jeune fille\u00a0; il l\u2019est autrement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>Les Voix du Silence<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette citation s\u2019applique particuli\u00e8rement bien \u00e0 Modiano, l\u2019un des romanciers vivants les plus aim\u00e9s pour cette sensibilit\u00e9 vive qui exorcise les fant\u00f4mes de son pass\u00e9 et illumine les souvenirs de son enfance, au fil d\u2019un longue et belle carri\u00e8re d\u2019une trentaine de romans, couronn\u00e9e d\u2019un vrai succ\u00e8s public et critique, reconnu par un prix Nobel de Litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>29. Esther Duflo (2019)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/esther_duflo_citations.jpg\" width=\"400\" height=\"316\"><\/strong><\/p>\n<p>Prix Nobel d\u2019\u00e9conomie avec ses coll\u00e8gues Am\u00e9ricains Abhijit Banerjee (son mari n\u00e9 en Inde) et Michael Kremer (son confr\u00e8re professeur \u00e0 Harvard), r\u00e9compensant \u00ab\u00a0leur nouvelle approche exp\u00e9rimentale pour obtenir des r\u00e9ponses fiables sur la meilleure fa\u00e7on de r\u00e9duire la pauvret\u00e9 dans le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus on aide les gens, plus ils sont aptes \u00e0 sortir de la trappe \u00e0 pauvret\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Esther <span class=\"caps\">DUFLO<\/span> (n\u00e9e en 1972), entretien au <em>Monde<\/em>, propos recueillis par Antoine Reverchon et Laurence Caramel, 4 janvier 2020<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le principe de la microfinance (et du microcr\u00e9dit) r\u00e9sum\u00e9 en quelques mots.<\/p>\n<p>Esther Duflo d\u00e9crit sa m\u00e9thode de travail comme \u00ab\u00a0vraiment micro. Mes projets portent toujours sur une question simple, \u00e9pur\u00e9e, qui a trait \u00e0 la r\u00e9action des gens dans un contexte pr\u00e9cis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sous l\u2019impulsion de son groupe de recherche, ce genre de m\u00e9thode se r\u00e9pand dans les agences d\u2019aide au d\u00e9veloppement et \u00e0 la Banque mondiale. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est complexe et elle ne le sait que trop bien.<\/p>\n<p>La laur\u00e9ate du prix Nobel d\u2019\u00e9conomie 2019 explique la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale qu\u2019elle pratique avec ses deux colaur\u00e9ats depuis quinze ans et qui a r\u00e9volutionn\u00e9 la fa\u00e7on de faire de l\u2019\u00e9conomie. Loin des th\u00e9ories, une exp\u00e9rience pratique ou plut\u00f4t une infinit\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>Dix ans avant, elle s\u2019en expliquait avec l\u2019\u00e9conomiste Jacques Attali, fondateur de PlaNet Finance, association \u00e0 but non lucratif dont la mission est de \u00ab\u00a0lutter contre la pauvret\u00e9 par le d\u00e9veloppement de la microfinance\u00a0\u00bb. <em>La Revue des Deux-Mondes<\/em> a repris cet \u00e9change de propos qui prenait le temps de tout dire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les initiatives individuelles, aussi loin vont-elles, que ce soit dans les domaines de l\u2019\u00e9cole ou de la sant\u00e9, ne peuvent devenir le seul pilier de la lutte contre la pauvret\u00e9 ni se substituer \u00e0 un effort collectif qui viendrait de l\u2019\u00c9tat ou m\u00eame de la communaut\u00e9 internationale. Il n\u2019y a pas une recette miracle, ni d\u2019approche globale. Nous avons besoin d\u2019une combinaison d\u2019outils parce que la pauvret\u00e9 a \u00e9norm\u00e9ment de facettes et d\u2019incarnations et de ce fait, \u00e9norm\u00e9ment de types de r\u00e9ponses, qui vont de l\u2019infrastructure routi\u00e8re \u00e0 des services sociaux de qualit\u00e9 en passant par la microfinance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Esther <span class=\"caps\">DUFLO<\/span> (n\u00e9e en 1972), <em>Revue des Deux mondes<\/em>, 16 octobre 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 <span class=\"caps\">LA<\/span> question\u00a0toujours d\u2019actualit\u00e9 \u2013 avec les vagues d\u2019immigration et le r\u00e9chauffement climatique touchant d\u2019abord les pays pauvres\u00a0: \u00ab\u00a0Quels sont ou seraient nos meilleurs atouts pour r\u00e9pondre au d\u00e9fi du d\u00e9veloppement, ces trois milliards d\u2019hommes et de femmes qui vivront en 2050 avec moins d\u2019un dollar par jour\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que ce soit dans les pays pauvres ou dans les pays riches, quand les gens se trouvent dans des situations de pauvret\u00e9, on constate qu\u2019ils ont les m\u00eames probl\u00e8mes et les m\u00eames atouts \u2026 Tout d\u2019un coup, il n\u2019y a plus d\u2019avenir, plus d\u2019opportunit\u00e9. L\u2019objectif, que cela vienne du monde associatif ou de la politique, c\u2019est de leur rouvrir des opportunit\u00e9s. Et quand on arrive \u00e0 le faire, on r\u00e9initie un cercle vertueux. Pour cela, il faut trouver des approches cr\u00e9atives, savoir penser \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ext\u00e9rieur de la bo\u00eete\u00a0\u00bb. Mais aussi avoir la capacit\u00e9 d\u2019accepter qu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9 pour revenir en arri\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Esther <span class=\"caps\">DUFLO<\/span> (n\u00e9e en 1972),<em> Revue des Deux mondes<\/em>, 16 octobre 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9conomiste assur\u00e9ment \u00ab\u00a0de gauche\u00a0\u00bb par sa famille, son parcours personnel et scientifique, agissant \u00ab\u00a0sur le terrain\u00a0\u00bb et toujours pragmatique, elle pense que les politiques tent\u00e9es dans les pays pauvres peuvent se transposer\u00a0: \u00ab\u00a0Si on adaptait ces principes \u00e0 la politique sociale des pays riches, on aurait la capacit\u00e9 d\u2019apporter des r\u00e9ponses, non pas \u00e0 la crise financi\u00e8re, qui est circonscrite au terrain financier, mais \u00e0 ceux qui sont touch\u00e9s par la crise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sa m\u00e9thode consiste en l\u2019\u00e9tude d\u2019une question limit\u00e9e et pr\u00e9cise, avec comparaison entre un groupe t\u00e9moin et un groupe d\u2019exp\u00e9rience, tir\u00e9s au hasard. Ces essais randomis\u00e9s (et contr\u00f4l\u00e9s) sont classiques en biologie, mais rares en \u00e9conomie. Ils sont devenus plus courants, en partie sous l\u2019impulsion d\u2019Esther Duflo, pionni\u00e8re en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Deux reproches leur sont faits\u00a0: ils co\u00fbtent souvent plus qu\u2019ils ne rapportent et ils ne permettent d\u2019\u00e9valuer que des micro-interventions, laissant de c\u00f4t\u00e9 les politiques fiscales, commerciales ou sectorielles qui affectent les structures de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La question de l\u2019impact de la microfinance, \u00e0 savoir le cr\u00e9dit mais aussi aujourd\u2019hui l\u2019assurance et l\u2019\u00e9pargne, est complexe\u00a0: les institutions de microfinance veulent aider les populations pauvres et des femmes d\u00e9favoris\u00e9es\u00a0; mais, par souci de rentabilit\u00e9, elles vont plut\u00f4t voir des gens qui ne sont pas les plus pauvres des pauvres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Esther <span class=\"caps\">DUFLO<\/span> (n\u00e9e en 1972),<em> Revue des Deux mondes<\/em>, 16 octobre 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame r\u00e9flexe que dans les pays riches. Malheureusement, le cas des pays pauvres est toujours plus grave, au niveau soci\u00e9tal aussi bien qu\u2019\u00e9conomique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un microcr\u00e9dit sur huit attribu\u00e9 \u00e0 une femme conduit au d\u00e9marrage d\u2019une entreprise qui n\u2019aurait pas exist\u00e9 autrement\u00a0; elles acc\u00e8dent \u00e0 l\u2019achat de biens durables, comme une t\u00e9l\u00e9vision ou un v\u00e9lo. Pour l\u2019instant, on ne voit pas v\u00e9ritablement de transformation de la position de la femme dans la famille, de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, des d\u00e9penses de sant\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Facteur positif\u00a0: les femmes sont entrepreneurs \u00ab\u00a0de fait\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab\u00a0Mais on confond trop facilement le fait d\u2019avoir une entreprise et d\u2019avoir l\u2019esprit d\u2019entreprise\u2026 Quand quelqu\u2019un a une entreprise \u00ab\u00a0par d\u00e9faut\u00a0\u00bb, il y a moins de chance qu\u2019elle d\u00e9passe le stade o\u00f9 elle vivote, ce qui est le cas pour 90 % de ces petites activit\u00e9s, et devienne une entreprise qui va cr\u00e9er des emplois\u2026 Cela ne veut pas dire que le microcr\u00e9dit n\u2019est pas utile pour cette entreprise, mais son impact sera relativement limit\u00e9 tant que l\u2019entreprise ne se d\u00e9veloppe pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste un autre point positif\u00a0\u00e0 signaler\u00a0: \u00ab\u00a0Dans 98% des cas, les gens font face, et on les voit se discipliner pour rembourser.\u00a0\u00bb Cela contredit certaines id\u00e9es re\u00e7ues\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pr\u00e9misse selon laquelle tous les gens qui empruntent du microcr\u00e9dit vont s\u2019en servir pour commencer un petit business formidable et sortir de la pauvret\u00e9, cela est faux. Parce que ce n\u2019est pas ce que veulent la plupart des gens, ils veulent simplement un vrai travail et de la s\u00e9curit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Esther <span class=\"caps\">DUFLO<\/span> (n\u00e9e en 1972), Conf\u00e9rence \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques et de gestion (<span class=\"caps\">FSEG<\/span>) \u00e0 Strasbourg, 5 avril 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On y traite des \u00ab\u00a0pi\u00e8ges \u00e0 pauvret\u00e9\u00a0\u00bb et d\u2019apr\u00e8s ses r\u00e9sultats encourageants, elle conc\u00e8de quand m\u00eame que disposer d\u2019un cr\u00e9dit ne suffit pas \u00e0 se lancer dans l\u2019entrepreneuriat.<\/p>\n<p>Autre probl\u00e8me, les \u00e9conomistes fran\u00e7ais Arthur Jatteau et Agn\u00e8s Labrousse ont d\u00e9montr\u00e9 que les m\u00e9thodes randomis\u00e9es ne sont applicables qu\u2019\u00e0 des mesures d\u2019aide simples et le co\u00fbt des \u00e9tudes est \u00e9lev\u00e9. Il serait possible de dispenser cette aide \u00e0 l\u2019ensemble de la population avec le m\u00eame budget si l\u2019on ne faisait pas l\u2019\u00e9tude. Par ailleurs, ce type de m\u00e9thode ne donne aucune explication au niveau macro\u00e9conomique, ni m\u00eame sur les questions micro\u00e9conomiques d\u2019importance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la politique publique dans les pays en voie de d\u00e9veloppement et dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s soit fond\u00e9e sur les analyses de ce qui a march\u00e9 ou pas, qu\u2019on sache tirer les le\u00e7ons de l\u2019exp\u00e9rience pour ne pas passer d\u2019une \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019autre sans en avoir tir\u00e9 les enseignements.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Esther <span class=\"caps\">DUFLO<\/span> (n\u00e9e en 1972), <em>Revue des Deux mondes<\/em>, 16 octobre 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est sa conclusion pragmatique\u00a0\u00e0 l\u2019image de la gauche dont elle se r\u00e9clame, pionni\u00e8re du d\u00e9veloppement d\u2019un certain type d\u2019exp\u00e9riences de terrain, associ\u00e9e \u00e0 la fameuse \u00ab\u00a0r\u00e9volution de la cr\u00e9dibilit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 d\u00e9finie comme un affermissement des conclusions des travaux de recherche en science \u00e9conomique sur la base d\u2019une am\u00e9lioration des protocoles de recherche et de l\u2019accroissement des donn\u00e9es traitables, tournant empirique de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Impossible de ne pas penser au Docteur Schweitzer (Nobel de m\u00e9decine) et \u00e0 son action sur le terrain, en l\u2019occurrence son h\u00f4pital de Lambar\u00e9n\u00e9 (Gabon).<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>30. Annie Ernaux (2022)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/annie_ernaux_citations.jpg\" alt=\"Annie Ernaux \" title=\"Annie Ernaux \" width=\"400\" height=\"314\"><\/strong><\/p>\n<p>Prix Nobel de Litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0le courage et l\u2019acuit\u00e9 clinique avec lesquels elle d\u00e9couvre les racines, les \u00e9loignements et les contraintes collectives de la m\u00e9moire personnelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tr\u00e8s juste d\u00e9finition de son art d\u2019\u00e9crire, plong\u00e9e chronologique dans l\u2019auto-analyse d\u2019une \u0153uvre tr\u00e8s \u00e9gocentr\u00e9e et hyper f\u00e9minine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c7a suffit d\u2019\u00eatre une vicieuse, une cachotti\u00e8re, une fille poisseuse et lourde vis-\u00e0-vis des copines de classe, l\u00e9g\u00e8res, libres, pures de leur existence\u2026 Fallait encore que je me mette \u00e0 m\u00e9priser mes parents. Tous les p\u00e9ch\u00e9s, tous les vices. Personne ne pense mal de son p\u00e8re ou de sa m\u00e8re. Il n\u2019y a que moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>Les Armoires vides<\/em> (1974)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier roman d\u00e9j\u00e0 \u00e9dit\u00e9 par la grande maison Gallimard, comme les 27 titres qui suivront (hormis<em> L\u2019Autre fille<\/em> et <em>L\u2019Atelier noir<\/em>). Un ton \u00e2pre, pulpeux (bient\u00f4t abandonn\u00e9), rendant compte d\u2019une d\u00e9chirure sociale qui restera fondatrice de toute son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Elle est n\u00e9e \u00e0 Lillebonne en Normandie, o\u00f9 elle a pass\u00e9 sa jeunesse. Ses parents, petits commer\u00e7ants, tenaient un caf\u00e9-\u00e9picerie. Elle a fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 Rouen, Bordeaux, Grenoble. Elle a enseign\u00e9 en r\u00e9gion parisienne et r\u00e9ussi une belle carri\u00e8re litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Dans ce premier roman, Annie Ernaux \u00e9crit du point de vue de l\u2019\u00e9tudiante de lettres modernes qu\u2019elle fut. Le r\u00e9cit se d\u00e9roule durant l\u2019attente de l\u2019avortement subi en 1964. L\u2019h\u00e9ro\u00efne du roman se rem\u00e9more son enfance et son adolescence.<\/p>\n<p>On retrouve certains des th\u00e8mes \u00e0 venir, comme l\u2019importance de la figure de la m\u00e8re (<em>Une femme<\/em>) et du p\u00e8re (<em>La Place<\/em>). Avec le tiraillement entre deux milieux sociaux, celui de ses parents et le milieu bourgeois devenu le sien. D\u2019o\u00f9 un m\u00e9lange de honte, de m\u00e9pris, et d\u2019amour pour sa famille, sentiments d\u00e9j\u00e0 omnipr\u00e9sents dans ce roman d\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9criture cathartique\u00a0\u00bb (Thomas Hunkeler).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d\u2019une vie soumise \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, je n\u2019ai pas le droit de prendre d\u2019abord le parti de l\u2019art, ni de chercher \u00e0 faire quelque chose de \u00ab\u00a0passionnant\u00a0\u00bb, ou d\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9mouvant\u00a0\u00bb. Je rassemblerai les paroles, les gestes, les go\u00fbts de mon p\u00e8re, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d\u2019une existence que j\u2019ai aussi partag\u00e9e. Aucune po\u00e9sie du souvenir, pas de d\u00e9rision jubilante. L\u2019\u00e9criture plate me vient naturellement, celle-l\u00e0 m\u00eame que j\u2019utilisais en \u00e9crivant autrefois \u00e0 mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>La Place<\/em> (1983). Prix Renaudot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Roman \u00e0 caract\u00e8re autobiographique\u00a0\u00bb annonce l\u2019\u00e9diteur Gallimard. Elle y parle essentiellement de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019est jamais entr\u00e9 dans un mus\u00e9e, il ne lisait que Paris Normandie et se servait toujours de son Opinel [couteau de poche] pour manger. Ouvrier devenu petit commer\u00e7ant, il esp\u00e9rait que sa fille, gr\u00e2ce aux \u00e9tudes, serait mieux que lui.\u00a0\u00bb Cette fille refuse l\u2019oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort l\u2019homme qui avait conquis sa petite \u00ab\u00a0place au soleil\u00a0\u00bb et d\u00e9voile la distance, douloureuse, survenue entre elle, \u00e9tudiante, et ce p\u00e8re aim\u00e9 qui lui disait\u00a0toujours\u00a0: \u00ab\u00a0Les livres, la musique, c\u2019est bon pour toi. Moi je n\u2019en ai pas besoin pour vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris lentement. En m\u2019effor\u00e7ant de r\u00e9v\u00e9ler la trame significative d\u2019une vie dans un ensemble de faits et de choix\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>La Place<\/em> (1983). Prix Renaudot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce r\u00e9cit apparemment d\u00e9pouill\u00e9 de tout sentiment poss\u00e8de une dimension universelle. Cependant que l\u2019auteur se regarde \u00e9crire\u00a0comme elle le fera d\u00e9sormais clairement\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris lentement. En m\u2019effor\u00e7ant de r\u00e9v\u00e9ler la trame significative d\u2019une vie dans un ensemble de faits et de choix, j\u2019ai l\u2019impression de perdre au fur et \u00e0 mesure la figure particuli\u00e8re de mon p\u00e8re. L\u2019\u00e9pure tend \u00e0 prendre toute la place, l\u2019id\u00e9e \u00e0 courir toute seule. Si au contraire je laisse glisser les images du souvenir, je le revois tel qu\u2019il \u00e9tait, son rire, sa d\u00e9marche, il me conduit par la main \u00e0 la foire et les man\u00e8ges me terrifient, tous les signes d\u2019une condition partag\u00e9e avec d\u2019autres me deviennent indiff\u00e9rents. \u00c0 chaque fois, je m\u2019arrache au pi\u00e8ge de l\u2019individuel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle ajoute, avec ce souci extr\u00eame du d\u00e9tail qui caract\u00e9rise son \u0153uvre et son personnage\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Naturellement, aucun bonheur d\u2019\u00e9crire, dans cette entreprise o\u00f9 je me tiens au plus pr\u00e8s des mots et des phrases entendues, les soulignant parfois par des italiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>La Place<\/em> (1983). Prix Renaudot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et de pr\u00e9ciser encore dans le m\u00eame texte\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Non pour indiquer un double sens au lecteur et lui offrir le plaisir d\u2019une complicit\u00e9, que je refuse sous toutes ses formes, nostalgie, path\u00e9tique ou d\u00e9rision. Simplement parce que ces mots et ces phrases disent les limites et la couleur du monde o\u00f9 v\u00e9cut mon p\u00e8re, o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu aussi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de ce quatri\u00e8me livre qu\u2019elle trouve son style et aborde l\u2019auto-socio-biographie. Elle d\u00e9laisse tout l\u2019appareil fictionnel, tous les voiles ou toute imagination, et choisit de d\u00e9nuder son \u00e9criture pour coller au r\u00e9el\u00a0: \u00ab\u00a0Comment l\u2019atteindre [la v\u00e9rit\u00e9]\u00a0? \u00c7a a \u00e9t\u00e9 la question cruciale en \u00e9crivant<em> La Place<\/em>. Si le mot avait \u00e9t\u00e9 davantage r\u00e9pandu, on m\u2019aurait situ\u00e9e dans l\u2019autofiction. Pour parler de mon p\u00e8re, de sa trajectoire sociale, \u00e7a ne marchait pas, la seule \u00e9criture juste m\u2019a paru \u00eatre le refus de toute fiction et ce que j\u2019ai appel\u00e9 ensuite l\u2019auto-sociobiographie, parce que je me fonde presque toujours sur un rapport de soi \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociohistorique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 partir du mois de septembre l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je n\u2019ai plus rien fait d\u2019autre qu\u2019attendre un homme\u00a0: qu\u2019il me t\u00e9l\u00e9phone et qu\u2019il vienne chez moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>Passion simple<\/em> (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici un condens\u00e9 minutieux de l\u2019amour-passion au f\u00e9minin, avec la part n\u00e9cessairement douloureuse. C\u2019est de nouveau un roman autobiographique relatant une passion interdite entre l\u2019h\u00e9ro\u00efne et un homme mari\u00e9, A., homme d\u2019affaires \u00e9tranger originaire des pays de l\u2019Est.<\/p>\n<p>La critique est partag\u00e9e, mais le livre se vend \u00e0 200 000 exemplaires, bient\u00f4t traduit dans toute l\u2019Europe, aux \u00c9tats-Unis et au Japon, puis adapt\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre, au cin\u00e9ma. Annie Ernaux relatera la m\u00eame exp\u00e9rience amoureuse, mais de fa\u00e7on plus personnelle et d\u00e9taill\u00e9e, dans le cadre de son journal intime en 2001 (<em>Se perdre<\/em>). Signalons au passage cette \u00e9criture si f\u00e9minine, mais pas du tout f\u00e9ministe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours eu envie d\u2019\u00e9crire des livres dont il me soit ensuite impossible de parler, qui rendent le regard d\u2019autrui insoutenable. Mais quelle honte pourrait m\u2019apporter l\u2019\u00e9criture d\u2019un livre qui soit \u00e0 la hauteur de ce que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 dans ma douzi\u00e8me ann\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>La Honte<\/em> (1997)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce nouveau roman autobiographique commence ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re a voulu tuer ma m\u00e8re un dimanche de juin, au d\u00e9but de l\u2019apr\u00e8s-midi.\u00a0\u00bb La suite est consacr\u00e9e \u00e0 ce qui a men\u00e9 \u00e0 cet \u00e9v\u00e8nement \u2013 l\u2019application d\u2019Annie et de ses parents \u00e0 grimper l\u2019\u00e9chelle sociale pour \u00eatre des gens comme il faut \u2013 et ce qui en a d\u00e9coul\u00e9. Les larmes, d\u2019abord, l\u2019incompr\u00e9hension ensuite. \u00ab\u00a0Tout \u00e9tait devenu artificiel.\u00a0\u00bb Puis la honte, et la sensation d\u2019indignit\u00e9.<\/p>\n<p>N\u2019ayant jamais encore \u00e9crit \u00e0 propos de cet \u00e9v\u00e8nement, elle se replonge dans cette ann\u00e9e, tiraill\u00e9e entre l\u2019\u00e9ducation religieuse \u2013 sa m\u00e8re assidue \u00e0 l\u2019\u00e9glise locale, son \u00e9cole priv\u00e9e avec les enseignantes r\u00e9prouvant tout film ou livre susceptibles d\u2019\u00e9loigner les \u00e9l\u00e8ves du bon chemin \u2013 et l\u2019envie d\u2019ailleurs \u2013 les cartes postales que la petite fille d\u00e9die \u00e0 des personnes imaginaires, le voyage en autocar avec son p\u00e8re et d\u2019autres commer\u00e7ants de la ville, les multiples discriminations dues \u00e0 leur pauvret\u00e9. Tout cela nourrit la honte ressentie, une honte \u00ab\u00a0devenue un mode de vie pour moi. \u00c0 la limite, je ne la percevais m\u00eame plus, elle \u00e9tait dans le corps m\u00eame.\u00a0\u00bb Ill\u00e9gitimit\u00e9 de classe caract\u00e9ris\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la caricature et pourtant si authentique\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est justement parce qu\u2019aucune interdiction ne p\u00e8se plus sur l\u2019avortement que je peux, \u00e9cartant le sens collectif et les formules n\u00e9cessairement simplifi\u00e9es impos\u00e9es par la lutte des ann\u00e9es soixante-dix \u2013 \u00ab\u00a0violence faite aux femmes,\u00a0 etc.\u00a0\u00bb \u2013 affronter, dans sa r\u00e9alit\u00e9, cet \u00e9v\u00e9nement inoubliable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940),<em> <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>v\u00e9nement<\/em> (2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019occasion d\u2019un banal examen dans un cabinet m\u00e9dical replonge la narratrice plus de trente ans en arri\u00e8re, au moment de son avortement clandestin. Souvenir lointain, mais \u00e9v\u00e9nement ind\u00e9l\u00e9bile. \u00c0 la fois \u00e9gar\u00e9e et d\u00e9munie, la jeune femme a cach\u00e9 sa grossesse deux mois durant, \u00e0 ses parents comme \u00e0 ses amis proches, cherch\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment une \u00ab\u00a0faiseuse d\u2019anges\u00a0\u00bb. La narratrice trouvera \u00e0 Paris l\u2019infirmi\u00e8re clandestine qui lui plongera dans le sexe la sonde n\u00e9cessaire. Et c\u2019est \u00e0 Rouen, dans sa chambre d\u2019\u00e9tudiante, en compagnie de sa voisine, qu\u2019elle se retrouvera comme perdue, \u00ab\u00a0assise sur le lit, avec le f\u0153tus entre les jambes\u00a0\u00bb\u00a0: vraie sc\u00e8ne de \u00ab\u00a0sacrifice\u00a0\u00bb. Pour la narratrice, il faut \u00ab\u00a0entra\u00eener l\u2019interlocuteur dans la vision effar\u00e9e du r\u00e9el\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9cit autobiographique terrifiant et sensible, \u00e0 valeur d\u2019exorcisme, racont\u00e9 dans la simplicit\u00e9 violente et cruelle des faits, <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>v\u00e9nement<\/em> rappelle une soci\u00e9t\u00e9 engonc\u00e9e dans ses principes, ses tabous et ses pr\u00e9jug\u00e9s de classe, en m\u00eame temps qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le un \u00e9v\u00e9nement v\u00e9cu comme une initiation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019aimer un homme\u00a0? Qu\u2019il soit l\u00e0, et faire l\u2019amour, r\u00eaver, et il revient, il fait l\u2019amour. Tout n\u2019est qu\u2019attente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>Se perdre<\/em> (2001)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retranscription du journal intime d\u2019Annie Ernaux qui vivait alors une passion avec un diplomate russe et mari\u00e9 rencontr\u00e9 lors d\u2019un voyage en Russie, d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9e sous forme de r\u00e9cit autobiographique dans Passion simple (1992). Outre la quarantaine de rencontres sexuelles avec cet amant, elle expose tous les sentiments qui l\u2019agitent, faits d\u2019attente, de souffrances, de r\u00eaves et de fantasmes sur cette relation ali\u00e9nante et sans avenir.<\/p>\n<p>D\u00e9marche d\u2019entomologiste, \u00e9tude sans fin du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, souci extr\u00eame du d\u00e9tail.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans doute, la plus grande souffrance, comme le plus grand bonheur, vient de l\u2019Autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940),<em> <span class=\"caps\">L\u2019O<\/span>ccupation<\/em> (2002)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une femme qui raconte, en m\u00eame temps qu\u2019elle se raconte. Trag\u00e9die banale s\u2019il en est, son amant, W., l\u2019a quitt\u00e9e. Enfin presque quitt\u00e9e. Ils continuent de se voir, tandis que W. r\u00e9serve d\u00e9sormais sa passion et son sexe \u00e0 une inconnue, professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris <span class=\"caps\">III<\/span>. Pourquoi \u00e9crire, qu\u2019\u00e9crire alors\u00a0? Sans doute, et la narratrice le reconna\u00eet elle-m\u00eame, les mots ont-ils une vocation cathartique, qui permet de r\u00e9duire en l\u2019exprimant le trop-plein de la jalousie qui ronge les derniers souvenirs, promesse d\u2019un avenir non tenu.<\/p>\n<p>S\u2019ensuit une path\u00e9tique fuite en avant pour retrouver la trace de l\u2019Autre femme et apaiser la douleur de ne pas savoir. Ne pas savoir son nom, ne pas savoir ce qu\u2019elle est ni \u00e0 quoi, au juste, elle ressemble\u2026 Masochisme f\u00e9minin pouss\u00e9 au comble de l\u2019art d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture est suspension pour moi de toutes les sensations autres que celles qu\u2019elle fait na\u00eetre, qu\u2019elle travaille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>L\u2019Usage de la photo<\/em> (2005)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La chanson est expansion dans le pass\u00e9, la photo finitude. La chanson est le sentiment heureux du temps, la photo son tragique. J\u2019ai souvent pens\u00e9 qu\u2019on pourrait raconter toute sa vie seulement avec des chansons et des photos.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout s\u2019effacera en une seconde. Le dictionnaire accumul\u00e9 du berceau au dernier lit s\u2019\u00e9liminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera \u00e0 mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d\u2019une table de f\u00eate on ne sera qu\u2019un pr\u00e9nom, de plus en plus sans visage, jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre dans la masse anonyme d\u2019une lointaine g\u00e9n\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940),<em> Les Ann\u00e9es<\/em> (2008)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle \u00e9voque souvenirs personnels et histoire collective, abordant ainsi \u00ab\u00a0l\u2019autobiographie collective\u00a0\u00bb dans ce livre qui d\u00e9peint l\u2019histoire sociale et culturelle de la France, des ann\u00e9es 1940 aux ann\u00e9es 2000. Vertige existentiel propre \u00e0 nombre d\u2019auteurs et artistes, chacun l\u2019exprimant naturellement \u00e0 sa mani\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p>Jadis\u2026 \u00ab\u00a0On avait le temps de d\u00e9sirer les choses, la trousse en plastique, les chaussures \u00e0 semelles de cr\u00eape, la montre en or. Leur possession ne d\u00e9cevait pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9sormais\u2026 \u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e de plus en plus rapide des choses faisaient reculer le pass\u00e9. Les gens ne s\u2019int\u00e9ressaient pas sur leur utilit\u00e9, ils avaient simplement envie de les avoir et souffraient de ne pas gagner assez d\u2019argent pour se les payer imm\u00e9diatement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La recherche du temps perdu passait par le Web. [\u2026] La m\u00e9moire \u00e9tait devenue in\u00e9puisable, mais la profondeur du temps [\u2026] avait disparu. On \u00e9tait dans un pr\u00e9sent infini.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019anomie gagnait. La d\u00e9r\u00e9alisation du langage grandissait, comme un signe de distinction intellectuelle. Comp\u00e9titivit\u00e9, pr\u00e9carit\u00e9, employabilit\u00e9, flexibilit\u00e9 faisaient rage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le discours du plaisir gagnait tout. Il fallait jouir en lisant, \u00e9crivant, prenant son bain, d\u00e9f\u00e9quant. C\u2019\u00e9tait la finalit\u00e9 des activit\u00e9s humaines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9tat civil tu es ma s\u0153ur. Tu portes le m\u00eame patronyme que le mien, mon nom de \u00ab\u00a0jeune fille\u00a0\u00bb, Duchesne (\u2026) Mais tu n\u2019es pas ma s\u0153ur, tu ne l\u2019as jamais \u00e9t\u00e9. Nous n\u2019avons pas jou\u00e9, mang\u00e9, dormi ensemble. Je ne t\u2019ai jamais touch\u00e9e, embrass\u00e9e. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t\u2019ai jamais vue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>L\u2019Autre Fille<\/em> (2011)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle entend sa m\u00e8re parler \u00e0 bas bruit d\u2019une autre petite fille qu\u2019elle a eue avant elle, morte \u00e0 six ans de la dipht\u00e9rie. C\u2019est ainsi qu\u2019elle apprend l\u2019existence d\u2019une s\u0153ur, l\u2019autre fille. Le r\u00e9cit est une r\u00e9flexion sur sa place dans cette famille qui a quelque part effac\u00e9e cette petite fille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous choisissons nos objets et nos lieux de m\u00e9moire ou plut\u00f4t l\u2019air du temps d\u00e9cide de ce dont il vaut la peine qu\u2019on se souvienne. Les \u00e9crivains, les artistes, les cin\u00e9astes participent de l\u2019\u00e9laboration de cette m\u00e9moire. Les hypermarch\u00e9s, fr\u00e9quent\u00e9s grosso modo cinquante fois l\u2019an par la majorit\u00e9 des gens depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es en France, commencent seulement \u00e0 figurer parmi les lieux dignes de repr\u00e9sentation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>Regarde les lumi\u00e8res mon amour<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journal \u00ab\u00a0extime\u00a0\u00bb (oppos\u00e9 \u00e0 intime), constitu\u00e9 de fragments de micro-\u00e9v\u00e9nements observ\u00e9s dans les lieux publics, ici les hypermarch\u00e9s, source de mille et une observations quotidiennes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les femmes et les hommes politiques, les journalistes, les \u2018experts\u2019, tous ceux qui n\u2019ont jamais mis les pieds dans un hypermarch\u00e9 ne connaissent pas la r\u00e9alit\u00e9 sociale de la France d\u2019aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Faire les courses \u00e0 deux pour la premi\u00e8re fois signe les pr\u00e9mices d\u2019une vie commune. C\u2019est accorder les go\u00fbts, les budgets, d\u00e9j\u00e0 faire couple autour de la nourriture, ce besoin premier. Proposer \u00e0 un homme ou une femme d\u2019aller ensemble au supermarch\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019inviter au cin\u00e9ma ou au caf\u00e9 boire un verre. Pas d\u2019esbroufe s\u00e9ductrice, pas de tricherie possible. Est-ce que tu aimes le roquefort\u00a0? Le reblochon\u00a0? Celui-l\u00e0, c\u2019est du fermier. Si on se faisait un poulet r\u00f4ti\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Moins on a d\u2019argent et plus les courses r\u00e9clament un temps minutieux, sans faille. Plus de temps. Faire la liste du n\u00e9cessaire. Cocher sur le catalogue des promos les meilleures affaires. C\u2019est un travail \u00e9conomique incompt\u00e9, obs\u00e9dant, qui occupe enti\u00e8rement des milliers de femmes et d\u2019hommes. Le d\u00e9but de la richesse \u2013 de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la richesse \u2013 peut se mesurer \u00e0 ceci\u00a0: se servir dans un rayon de produits alimentaires sans regarder le prix avant. L\u2019humiliation inflig\u00e9e par les marchandises. Elles sont trop ch\u00e8res, donc je ne vaux rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mardi 18 d\u00e9cembre, apr\u00e8s-midi. Foule dense d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans le centre commercial. Un bourdonnement immense o\u00f9 la musique perce faiblement. Sur le tapis roulant, sous la verri\u00e8re, on monte vers les guirlandes et les illuminations qui pendent comme des colliers de pierres pr\u00e9cieuses. La jeune femme qui est devant moi avec une petite fille en poussette l\u00e8ve la t\u00eate, sourit. Elle se penche vers l\u2019enfant \u2018Regarde les lumi\u00e8res mon amour\u00a0!\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai voulu l\u2019oublier cette fille. L\u2019oublier vraiment, c\u2019est-\u00e0-dire ne plus avoir envie d\u2019\u00e9crire sur elle. Ne plus penser que je dois \u00e9crire sur elle, son d\u00e9sir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n\u2019y suis jamais parvenue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>M\u00e9moire de fille<\/em> (2016)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle replonge dans l\u2019\u00e9t\u00e9 1958, celui de sa premi\u00e8re nuit avec un homme, \u00e0 la colonie de S dans l\u2019Orne. Nuit initiatique dont l\u2019onde de choc s\u2019est propag\u00e9e violemment dans son corps et sur son existence durant deux ann\u00e9es.<\/p>\n<p>S\u2019appuyant sur des images ind\u00e9l\u00e9biles de sa m\u00e9moire, des photos et des lettres \u00e9crites \u00e0 ses amies, elle interroge cette fille qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd\u2019hui\u00a0: incessant va-et-vient entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent qui dresse le portrait d\u2019une jeune femme en devenir, voyage dans les tr\u00e9fonds de la m\u00e9moire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que je sois la seule \u00e0 me rappeler, comme je le crois, m\u2019enchante. Comme d\u2019un pouvoir souverain. Une sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9finitive sur eux, les autres de l\u2019\u00e9t\u00e9 58, qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9e par la honte de mes d\u00e9sirs, de mes r\u00eaves insens\u00e9s dans les rues de Rouen, du sang tari \u00e0 dix-huit ans comme celui d\u2019une vieille. La grande m\u00e9moire de la honte, plus minutieuse, plus intraitable que n\u2019importe quelle autre. Cette m\u00e9moire qui est en somme le don sp\u00e9cial de la honte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940),<em> M\u00e9moire de fille<\/em> (2016)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gratter o\u00f9 \u00e7a fait mal, une forme de f\u00e9minisme, un avatar de la lutte de classe, de la plus ou moins grande l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 \u00eatre (femme)\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque jour et partout dans le monde, il y a des hommes en cercle autour d\u2019une femme, pr\u00eats \u00e0 lui jeter la pierre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crivaine qu\u2019elle se sent \u00eatre malgr\u00e9 tout, tous et elle-m\u00eame, s\u2019obstine, s\u2019interroge et se r\u00e9pond\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais \u00e0 quoi bon \u00e9crire si ce n\u2019est pour d\u00e9senfouir des choses, m\u00eame une seule, irr\u00e9ductible \u00e0 des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le r\u00e9sultat d\u2019une id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue ni d\u2019une d\u00e9monstration, mais du r\u00e9cit, une chose sortant des replis \u00e9tal\u00e9s du r\u00e9cit et qui puisse aider \u00e0 comprendre \u2013 \u00e0 supporter \u2013 ce qui arrive et qu\u2019on a fait.\u00a0\u00bb Et la conclusion\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au fond, il n\u2019y a que deux sortes de litt\u00e9rature, celle qui repr\u00e9sente et celle qui cherche, aucune ne vaut plus que l\u2019autre, sauf pour celui qui choisit de s\u2019adonner \u00e0 l\u2019une plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), <em>M\u00e9moire de fille<\/em> (2016)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot de la fin provisoire. Mais\u2026 \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019absence de sens de ce que l\u2019on vit au moment o\u00f9 on le vit qui multiplie les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9criture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le prix Nobel de Litt\u00e9rature lui a donn\u00e9 raison, mettant en lumi\u00e8re ce trajet tr\u00e8s personnel et faussement secret, diffus\u00e9 \u00e0 des millions d\u2019exemplaires en France et dans le monde. Paradoxe finalement heureux pour celle qui affirmait\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est d\u2019abord ne pas \u00eatre vu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas que le bonheur qui rend heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">ERNAUX<\/span> (n\u00e9e en 1940), Bouillon de culture, 2 f\u00e9vrier 2001<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9mission culte de France 2, anim\u00e9e par Bernard Pivot qui tirait le meilleur de ses invit\u00e9s. Ainsi, cet aveu d\u2019Annie Ernaux qui venait d\u2019\u00e9crire Se perdre, retranscription de son journal intime relatant sa passion malheureuse avec un diplomate russe. Une part de masochisme (banal ou extraordinaire). Et cette v\u00e9rit\u00e9 corollaire\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la passion, c\u2019est le r\u00eave qui compte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 D\u00e9couvrez notre s\u00e9rie d&#8217;\u00e9ditos sur les Prix Nobel\u00a0fran\u00e7ais de l\u2019Histoire&nbsp;: De 1901 \u00e0 1927 De 1935 \u00e0 1952 De 1952 \u00e0 1965 De 1968 \u00e0 2008 Depuis 1901, six domaines sont r\u00e9compens\u00e9s&nbsp;: Prix Nobel de la paix (10 laur\u00e9ats fran\u00e7ais), de litt\u00e9rature (15), de physique (17), de chimie (10), de physiologie ou m\u00e9decine (13), [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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