{"id":10207,"date":"2025-04-14T00:00:00","date_gmt":"2025-04-13T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-mysteres-de-lhistoire-de-louis-xiv-a-napoleon\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:56","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:56","slug":"les-mysteres-de-lhistoire-de-louis-xiv-a-napoleon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mysteres-de-lhistoire-de-louis-xiv-a-napoleon\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res de l\u2019histoire (de Louis XIV \u00e0 Napol\u00e9on)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-53.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a>\u00ab\u00a0J\u2019aime passionn\u00e9ment le myst\u00e8re, parce que j\u2019ai toujours l\u2019espoir de le d\u00e9brouiller.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867). <em>Le Spleen de Paris<\/em> (recueil posthume de po\u00e8mes en prose, 1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les myst\u00e8res ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique en leur temps, nourris par la rumeur \u2013 bien avant la presse, les r\u00e9seaux sociaux et toutes les \u00ab\u00a0autoroutes de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Petits et grands myst\u00e8res alternent, souvent associ\u00e9s \u00e0 des Affaires majuscules \u2013 des Templiers \u00e0 l\u2019Affaire Dreyfus. Tant de fois comment\u00e9es, souvent fascinantes, elles sont un vivant reflet de leur \u00e9poque, mais aussi de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me humaine\u00a0\u00bb qui ne varie gu\u00e8re.<\/p>\n<p>Certains myst\u00e8res sont aujourd\u2019hui r\u00e9solus \u2013 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de peste noire, le Collier de la Reine, l\u2019Affaire du Rainbow warrior. D\u2019autres demeurent \u2013 l\u2019assassinat d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, l\u2019\u00e9nigme du Masque de fer et l\u2019Affaire des poisons au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, l\u2019affaire du petit Gr\u00e9gory de nos jours.<\/p>\n<p>Quelques personnages restent \u00e0 jamais (et volontairement) myst\u00e9rieux \u2013 du roi Philippe le Bel \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand, en passant par le marquis de Sade\u2026 et de Gaulle\u00a0: \u00ab\u00a0La grandeur a besoin de myst\u00e8re. On admire mal ce qu\u2019on conna\u00eet bien.\u00a0\u00bb Quant \u00e0 Moli\u00e8re, objet des pires fake-news de son temps, sa vie comporte toujours certains myst\u00e8res.<\/p>\n<p>De nos jours, les \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb se multiplient, le journalisme d\u2019investigation devient un genre prosp\u00e8re et les proc\u00e8s font la une des m\u00e9dias. Faut-il y voir un progr\u00e8s dans la justice, la \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb et la d\u00e9mocratie, ou une d\u00e9rive soci\u00e9tale dangereuse\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h3>\n<h4>La Fronde contre Mazarin et les mazarinades\u00a0: toutes les rumeurs courent. Qu\u2019importe, pourvu qu\u2019ils paient\u2026<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils chantent, pourvu qu\u2019ils paient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"759\" class=\"cit-num\">759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse,<\/em> au mot \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un imp\u00f4t de plus, des relations suppos\u00e9es avec la reine, une impopularit\u00e9 grandissante, tout sera occasion de mazarinade (pamphlet) contre le principal ministre d\u2019\u00c9tat, mais Mazarin se moque de ces chansons et de ceux qui les chantent. Il bravera toutes les formes d\u2019opposition, gardant et renfor\u00e7ant son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>La Fronde reste quand m\u00eame la pire \u00e9preuve\u00a0: une guerre civile de cinq ans qui m\u00e8ne la France au bord de la ruine et de la r\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un vent de Fronde<br>S\u2019est lev\u00e9 ce matin<br>Je crois qu\u2019il gronde<br>Contre le Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"744\" class=\"cit-num\">744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul scarron (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout-puissant ministre, Mazarin est l\u2019homme d\u2019\u00c9tat le plus durement chansonn\u00e9 de l\u2019histoire de France, durant la Fronde et Paul Scarron, le principal auteur osant signer ses mazarinades. Celle-ci, selon d\u2019autres sources, est \u00e9galement attribu\u00e9e \u00e0 Barillon l\u2019a\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>Le coup de force du Parlement de Paris, exploitant la crise financi\u00e8re et le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral, a mis le feu aux poudres. Car les causes du mouvement sont profondes, \u00e0 la fois politiques, \u00e9conomiques, sociales.<\/p>\n<p>Sous la r\u00e9gence d\u2019Anne d\u2019Autriche et sur fond de guerre \u00e9trang\u00e8re avec l\u2019Espagne, la France fragilis\u00e9e, Paris en t\u00eate, se d\u00e9cha\u00eene dans un tourbillon r\u00e9volutionnaire o\u00f9 les parlements, le peuple et les Grands se relaient. La cible num\u00e9ro un est le cardinal au pouvoir, l\u2019amant (suppos\u00e9) de la Reine, l\u2019Italien (naturalis\u00e9), le parvenu (enrichi), l\u2019homme \u00e0 abattre\u00a0: Mazarin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est des occasions o\u00f9 le meilleur moyen de servir les princes, c\u2019est de leur d\u00e9sob\u00e9ir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"773\" class=\"cit-num\">773<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">BROUSSEL<\/span> (1575-1654). <em>L\u2019\u00c9loquence politique et parlementaire en France avant 1789<\/em> (1882), Charles Aubertin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller au Parlement de Paris, le plus en vue des meneurs est arr\u00eat\u00e9 le 26\u00a0ao\u00fbt 1648, sur l\u2019ordre d\u2019Anne d\u2019Autriche. Ce coup d\u2019autorit\u00e9, qui vient en fait de Mazarin, d\u00e9clenche un soul\u00e8vement populaire.<\/p>\n<p>Richelieu a dit, parlant de Paris\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019\u00e9veillez pas cette grosse b\u00eate.\u00a0\u00bb La chose est faite et malgr\u00e9 la lib\u00e9ration de Broussel et des deux autres meneurs arr\u00eat\u00e9s, le 29\u00a0ao\u00fbt 1648, la Fronde parlementaire commence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de paix, point de Mazarin\u00a0! Il faut aller \u00e0 Saint-Germain qu\u00e9rir notre bon Roi\u00a0; il faut jeter dans la rivi\u00e8re tous les mazarins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"781\" class=\"cit-num\">781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris du peuple de Paris assi\u00e9g\u00e9, d\u00e9but mars\u00a01649. <em>M\u00e9moires du Cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des pourparlers de paix s\u2019engagent entre la cour (\u00e0 Saint-Germain) et le Parlement de Paris.<\/p>\n<p>Mais il y a des opposants irr\u00e9ductibles, une part du peuple se soul\u00e8ve, neutralise les \u00e9chevins et les magistrats fid\u00e8les au roi (les \u00ab\u00a0mazarins\u00a0\u00bb). Cependant que les Grands deviennent le \u00ab\u00a0pi\u00e8tre \u00e9tat-major d\u2019une r\u00e9volution incertaine\u00a0\u00bb (Georges Duby). On retrouve le duc de Beaufort (le roi des Halles refaisant le coup de la Cabale des Importants), l\u2019in\u00e9vitable de Retz (port\u00e9 par son ambition politique et bient\u00f4t perdu par ses propres subtilit\u00e9s), le prince de Conti \u2013\u00a0\u00ab\u00a0un z\u00e9ro qui ne multipliait que parce qu\u2019il \u00e9tait prince du sang\u00a0\u00bb, selon de Retz\u00a0\u2013 et la belle duchesse de Longueville (fr\u00e8re et s\u0153ur du Grand Cond\u00e9 qui se bat dans le camp du roi). Tout ce beau monde se querelle ou s\u2019aime, intrigue, h\u00e9site, fanfaronne, encha\u00eene les volte-face et s\u2019\u00e9tonne de tant d\u2019audace.<\/p>\n<p>Les nouvelles des r\u00e9volutionnaires de Cromwell vont terrifier les plus rebelles\u00a0: ils ont os\u00e9 ex\u00e9cuter le roi Charles\u00a0Ier d\u2019Angleterre\u00a0! Le pr\u00e9sident du Parlement de Paris, Mol\u00e9, signe alors la paix de Rueil, le 11\u00a0mars 1649\u00a0: au prix de concessions mutuelles, c\u2019est la fin (provisoire) de la Fronde parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s ton compte rendu<br>Cher Jules, tu seras pendu<br>Au bout d\u2019une vieille potence,<br>Sans remords et sans repentance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"787\" class=\"cit-num\">787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade.<em> Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre est aussi accus\u00e9 de \u00ab\u00a0rapine publique, fausse politique et sot gouvernement\u00a0\u00bb. Mais il tient bon.<\/p>\n<p>La Fronde des princes, qui s\u2019essouffle dans ses querelles de personnes, va s\u2019unir, fin 1650, \u00e0 un nouvel acc\u00e8s de Fronde parlementaire, pour r\u00e9clamer le d\u00e9part du ministre. Le 7\u00a0f\u00e9vrier 1651, le duc de Beaufort soul\u00e8ve les Halles, bloque la reine au Palais-Royal.<\/p>\n<p>Mazarin juge prudent de s\u2019exiler pour un temps en Allemagne, cependant que de loin, il conseille la reine. \u00c0 Paris, en mars, une assembl\u00e9e de repr\u00e9sentants de la noblesse et du clerg\u00e9 demande la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, mais Parlement, bourgeois et princes y sont hostiles et l\u2019assembl\u00e9e se disperse. Les frondeurs recommencent \u00e0 se quereller.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faut sonner le tocsin, din-din<br>Pour pendre Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"793\" class=\"cit-num\">793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson.<em> Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Prendre\u00a0\u00bb est devenu \u00ab\u00a0pendre\u00a0\u00bb\u00a0! Le Parlement de Paris, qui l\u2019a banni en janvier\u00a01649, met sa t\u00eate \u00e0 prix en d\u00e9cembre\u00a01651\u00a0: 50\u00a0000 \u00e9cus, payables par la vente de sa biblioth\u00e8que et ses collections (471 tableaux de ma\u00eetre r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u00e0 sa mort). Mazarin, confondant parfois ses affaires et celles de l\u2019\u00c9tat, a d\u00e9j\u00e0 accumul\u00e9 une immense fortune.<\/p>\n<p>Le cardinal a de nouveau pris la fuite avec la reine et rejoint le jeune roi \u00e0 Poitiers. Le Parlement envoie des \u00e9missaires dans les provinces, tente de les soulever contre Mazarin, mais nul ne bouge. Turenne, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e royale, bat Cond\u00e9 qui a recrut\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 une arm\u00e9e espagnole.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 se r\u00e9fugie dans Paris (avril\u00a01652), ses partisans y font r\u00e9gner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans) se lance dans la Fronde \u00e0 c\u0153ur perdu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont des Mazarins, faites-en ce que vous voudrez\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"794\" class=\"cit-num\">794<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Bourbon-Cond\u00e9, dit le Grand <span class=\"caps\">COND\u00c9<\/span> (1621-1686) \u00e0 ses soldats, 4\u00a0juillet 1652. <em>M\u00e9moires de Valentin Conrart<\/em> (posthume, 1826)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un contemporain qui t\u00e9moigne, homme de lettres beaucoup plus discret que de Retz, se contentant d\u2019\u00eatre l\u2019un des premiers Acad\u00e9miciens, et secr\u00e9taire perp\u00e9tuel de 1635 \u00e0 sa mort, en 1675.<\/p>\n<p>Parlement et bourgeois de Paris sont r\u00e9ticents, mais les partisans de Cond\u00e9 man\u0153uvrent les milieux populaires, exploitent leur haine contre Mazarin et entretiennent un climat de terreur, depuis quelques mois.<\/p>\n<p>Le 2\u00a0juillet, Turenne bat de nouveau Cond\u00e9, mais la Grande Mademoiselle le sauve en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales et sur Turenne\u00a0! Une anarchie sanglante s\u2019ensuit\u00a0: le 4\u00a0juillet, Cond\u00e9 laisse massacrer les \u00ab\u00a0Mazarins\u00a0\u00bb (magistrats et bourgeois de Paris), tandis que l\u2019incendie d\u00e9vaste l\u2019H\u00f4tel de Ville et le palais Mazarin. C\u2019est la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Pailles\u00a0\u00bb. Mazarin fuit cette fois \u00e0 Cologne. D\u2019o\u00f9 il dirige la France, par lettres \u00e0 la reine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet pour Mazarin<\/em> (1652). <em>Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juste retour des choses. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9 qui fuit \u00e0 son tour aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle.<\/p>\n<p>Cependant que les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre.<\/p>\n<p>Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va laisser le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur.<\/p>\n<p>Mais la Fronde lui servira de le\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces agitations terribles avant et apr\u00e8s ma majorit\u00e9, une guerre \u00e9trang\u00e8re o\u00f9 les troubles domestiques firent perdre \u00e0 la France mille et mille avantages, un prince de mon sang et d\u2019un tr\u00e8s grand nom [Cond\u00e9] \u00e0 la t\u00eate de mes ennemis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"797\" class=\"cit-num\">797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715),<em> M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jamais le roi n\u2019oubliera l\u2019humiliation et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de sa jeunesse\u00a0! Le souvenir de la Fronde commande et explique bien des aspects de sa politique int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>La France n\u2019oublie pas non plus le bilan d\u00e9sastreux de cette guerre civile, aggrav\u00e9e par la guerre \u00e9trang\u00e8re et l\u2019appui des Espagnols aux rebelles\u00a0: famines et pestes end\u00e9miques ont fait mourir dans la seule ann\u00e9e 1652 un quart de la population, dans certains villages en \u00cele-de-France, Champagne et Picardie\u00a0! Le commerce ext\u00e9rieur est d\u00e9sorganis\u00e9, la marine ruin\u00e9e. Le pays doit penser\u00a0: tout plut\u00f4t que cette anarchie. Il est pr\u00eat pour une monarchie absolue.<\/p>\n<p>D\u00e8s son retour, Mazarin r\u00e9tablit les intendants, incarnation du pouvoir royal et gage de l\u2019ordre sur tout le territoire. Gaston d\u2019Orl\u00e9ans est exil\u00e9 \u00e0 vie dans son ch\u00e2teau de Blois. Et Cond\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort (par contumace) par le Parlement, passe au service de l\u2019Espagne.<\/p>\n<h4>L\u2019affaire du Masque de fer\u00a0: des Noms circulent, \u00e0 commencer par Fouquet, entre autres rumeurs les plus folles. Mais le myst\u00e8re demeure.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Quo non ascendet\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 ne montera-t-il pas\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"858\" class=\"cit-num\">858<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FOUQUET<\/span> (1615-1680), devise figurant dans ses armes, sous un \u00e9cureuil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il monta si haut\u2026 que le roi ne put le tol\u00e9rer.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un conseiller au Parlement, vicomte de Vaux, enrichi par le commerce avec le Canada, Nicolas Fouquet ach\u00e8te la charge de procureur g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris, devient ami de Mazarin, surintendant des Finances, s\u2019enrichit encore, se paie le marquisat de Belle-Isle, y \u00e9tablit une force militaire personnelle et m\u00eame des fortifications. Au ch\u00e2teau de Vaux-le-Vicomte qu\u2019il fait construire, il sera le m\u00e9c\u00e8ne des plus prestigieux artistes du temps\u00a0: La Fontaine, Moli\u00e8re, Poussin, Le Vau, Le Brun.<\/p>\n<p>Colbert, qui brigue sa place, apporte la preuve qu\u2019une telle fortune fut acquise au prix de graves malversations. Invit\u00e9 \u00e0 une f\u00eate somptueuse \u00e0 Vaux, 5\u00a0septembre 1661, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait arr\u00eater son surintendant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La chute de ce ministre [Fouquet] \u00e0 qui on avait bien moins de reproches \u00e0 faire qu\u2019au cardinal Mazarin, fit voir qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 tout le monde de faire les m\u00eames fautes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"859\" class=\"cit-num\">859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Richelieu avant Mazarin et Colbert apr\u00e8s Fouquet ont aussi profit\u00e9 de leur place dans l\u2019\u00c9tat pour s\u2019enrichir. Mais Fouquet voulut \u00e9blouir le roi qui voulait seul \u00e9blouir le monde.<\/p>\n<p>Son arrestation est le premier acte politique du r\u00e8gne\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> prenant ainsi le pouvoir surprend tout son entourage.<\/p>\n<p>Au terme d\u2019un proc\u00e8s de trois ans, plein d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s, Nicolas Fouquet est condamn\u00e9 pour abus, malversations et l\u00e8se-majest\u00e9, \u00e0 la confiscation de ses biens et au bannissement \u2013 peine que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> transforme en prison perp\u00e9tuelle. Il est enferm\u00e9 \u00e0 la forteresse de Pignerol. La date et les circonstances de sa mort restent un myst\u00e8re \u2013 il est l\u2019un des possibles \u00ab\u00a0masques de fer\u00a0\u00bb. Ce prisonnier d\u2019exception sera trait\u00e9 avec tous les \u00e9gards dus \u00e0 un homme de haut rang, mais n\u2019aura jamais le droit de parler ni d\u2019\u00f4ter son masque devant quiconque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme de haute taille, dont un masque noir cache le visage, un homme qui attend, et qui se tait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"14\" class=\"cit-num\">14<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marcel <span class=\"caps\">PAGNOL<\/span> (1895-1974), <em>Le Secret du Masque de fer<\/em> (1973)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 19 novembre 1703, au terme d\u2019une longue captivit\u00e9, est mort \u00e0 la Bastille un prisonnier dont nul ne connaissait le nom ni le motif de l\u2019incarc\u00e9ration.<\/p>\n<p>Autre candidat au r\u00f4le, selon Voltaire l\u2019historien du <em>Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em>, suivi par l\u2019un de nos meilleurs auteurs contemporains, curieux de tout et notamment d\u2019Histoire\u2026 Passionn\u00e9 par cette \u00e9nigme historique, Pagnol publie \u00e0 son compte <em>Le Masque de fer<\/em> en 1965, remani\u00e9 en 1973 sous le titre <em>Le Secret du masque de fer<\/em>.<\/p>\n<p>Pagnol se montre modeste\u00a0: \u00ab\u00a0Ce livre n\u2019est pas un ouvrage litt\u00e9raire\u00a0: ce n\u2019est qu\u2019un essai de d\u00e9monstration ou, si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, une enqu\u00eate de juge d\u2019instruction.\u00a0\u00bb Il tire ses propres conclusions\u00a0: reprenant et actualisant l\u2019hypoth\u00e8se de Voltaire (et d\u2019Alexandre Dumas dans<em> Le Vicomte de Bragelonne<\/em>), il voit dans le Masque de fer un fr\u00e8re jumeau de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, n\u00e9 apr\u00e8s ce dernier \u2013 et suppos\u00e9 \u00eatre l\u2019a\u00een\u00e9, selon la gyn\u00e9cologie obst\u00e9tricienne de l\u2019\u00e9poque. Donc roi l\u00e9gitime\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019identit\u00e9 du Masque de fer fait toujours d\u00e9bat chez les historiens\u00a0: sur plus d\u2019une cinquantaine d\u2019hypoth\u00e8ses avanc\u00e9es, le fr\u00e8re jumeau de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> arrive dans le tierc\u00e9 de t\u00eate avec le surintendant Fouquet\u2026 et un juriste ambitieux qui a les honneurs du dictionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ercole Mattioli. Diplomate italien (Bologne 1640-Paris 1703).<br>Secr\u00e9taire et ambassadeur du duc de Mantoue, il fut incarc\u00e9r\u00e9 pour des raisons politiques par les Fran\u00e7ais \u00e0 Pignerol (1679), puis \u00e0 la Bastille. C\u2019est peut-\u00eatre le Masque de fer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Larousse<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autres hypoth\u00e8ses sur l\u2019identit\u00e9 du myst\u00e9rieux d\u00e9tenu\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Fran\u00e7ois de Vend\u00f4me duc de Beaufort, cousin germain de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> qui participa \u00e0 plusieurs conspirations contre Richelieu et Mazarin, fut l\u2019un des chefs de la Fronde. R\u00e9concili\u00e9 avec la monarchie, il se r\u00e9v\u00e9la toujours agit\u00e9, \u00e9ventuellement dangereux.<\/p>\n<p>\u2013 Henri <span class=\"caps\">II<\/span> de Guise, descendant de la lign\u00e9e de Lorraine-Guise, pr\u00e9tendant d\u2019un groupe secret pr\u00f4nant le retour \u00e0 la dynastie carolingienne, et \u00e0 ce titre \u00ab\u00a0jumeau alchimique\u00a0\u00bb du Roi-Soleil. Les explications \u00e9sot\u00e9riques sont li\u00e9es \u00e0 l\u2019existence d\u2019une suppos\u00e9e soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te, le Prieur\u00e9 de Sion.<\/p>\n<p>\u2013 Moli\u00e8re se pr\u00e9sente en invit\u00e9 surprise\u00a0: il ne serait pas mort \u00e0 la suite de la quatri\u00e8me repr\u00e9sentation du <em>Malade imaginaire<\/em>, mais arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la demande des j\u00e9suites qui ne lui avaient pas pardonn\u00e9 son <em>Tartuffe<\/em>. Hypoth\u00e8se s\u00e9duisante, mais tr\u00e8s peu cr\u00e9dible.<\/p>\n<p>\u2013 <span class=\"caps\">D\u2019A<\/span>rtagnan, c\u00e9l\u00e8bre mousquetaire bless\u00e9 \u00e0 Maastricht en 1673 et envoy\u00e9 \u00e0 Pignerol, masqu\u00e9 de fer pour ne pas \u00eatre reconnu par les mousquetaires charg\u00e9s de garder les prisons. Le personnage a bien exist\u00e9, n\u00e9 en entre 1611 et 1615, mort le 25 juin 1673 durant le si\u00e8ge de Maastricht. S\u2019il avait surv\u00e9cu \u00e0 sa blessure, le prisonnier mort en 1703 aurait \u00e9t\u00e9 nonag\u00e9naire, \u00e2ge rarement atteint \u00e0 l\u2019\u00e9poque et peu vraisemblable, en raison des conditions de d\u00e9tention.<\/p>\n<p>\u2013 Le nain Nabo, amant de la reine Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui aurait eu une fille adult\u00e9rine avec son esclave noir. La fille serait la Mauresse de Moret, b\u00e9n\u00e9dictine convaincue d\u2019\u00eatre de sang royal, tant elle re\u00e7ut de visites de membres de la famille royale. Saint-Simon en parle dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. Quant \u00e0 Nabo, disparu de la cour royale, il serait devenu\u2026 le Masque de fer. Mais le prisonnier est toujours d\u00e9crit comme un homme grand.<\/p>\n<p>\u2013 Le fils de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019une dame de la cour, selon la d\u00e9couverte d\u2019une radiesth\u00e9siste du Pas-de-Calais arm\u00e9e d\u2019un pendule, \u00e0 la fin ann\u00e9es 1940\u2026 On peut oublier cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>Seule certitude\u00a0: du d\u00e9but du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, le fantasme de l\u2019homme au Masque de fer se retrouve dans plusieurs milliers de livres et d\u2019articles de presse, dont quelque deux cents ouvrages ou articles de fond. Trois colloques internationaux lui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s, avec une vingtaine de romans, sept pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et seize films de cape et d\u2019\u00e9p\u00e9e.<\/p>\n<h4>Moli\u00e8re, cible de cabales et de rumeurs en tous genres, avec une l\u00e9gende qui reste attach\u00e9e \u00e0 sa mort.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vie c\u2019est un peu comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre dont nous serions les acteurs \u2026 et les autres, le public\u00a0; mais \u00e0 la fin on ne vient pas saluer \u2026 on meurt en sc\u00e8ne comme Moli\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe <span class=\"caps\">GELUCK<\/span> (n\u00e9 en 1954), <em>Le Tour du chat en 365 jours<\/em> (2006)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais Moli\u00e8re n\u2019est pas mort en sc\u00e8ne\u00a0! C\u2019est une certitude absolue.<\/p>\n<p>Malade d\u2019une tuberculose que les m\u00e9decins du temps sont impuissants \u00e0 gu\u00e9rir, affect\u00e9 par la mort de son fils et de sa vieille amie Madeleine B\u00e9jart, \u00e9puis\u00e9 de travail \u00e0 la t\u00eate de sa troupe et supplant\u00e9 par l\u2019intrigant Lully aupr\u00e8s de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Moli\u00e8re, 51\u00a0ans, est pris d\u2019une d\u00e9faillance sur la sc\u00e8ne de son th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal o\u00f9 il joue pour la quatri\u00e8me fois le r\u00f4le-titre du<em> Malade imaginaire.<\/em><\/p>\n<p>Il meurt quelques heures plus tard chez lui, rue de Richelieu (proche de son th\u00e9\u00e2tre), crachant le sang. Armande, sa femme (Mlle Moli\u00e8re), fait intervenir personnellement Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour obtenir de l\u2019archev\u00eaque de Paris des fun\u00e9railles (nocturnes) et une s\u00e9pulture chr\u00e9tienne, le 21\u00a0f\u00e9vrier 1673.<br>Ceci pour d\u00e9mentir la l\u00e9gende\u00a0tenace\u00a0: Moli\u00e8re mort en sc\u00e8ne et son cadavre jet\u00e9 \u00e0 la fosse commune. Il n\u2019est pas non plus mort dans la mis\u00e8re. Son train de vie et sa fortune personnelle en attestent, quoiqu\u2019en rien comparables \u00e0 ceux de son ex-ami et principal rival, Lully.<\/p>\n<p>Star de son temps, naturellement jalous\u00e9 des confr\u00e8res, Moli\u00e8re fut l\u2019objet de toutes les rumeurs. Le plus \u00e9tonnant, c\u2019est qu\u2019il en reste toujours quelque chose\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La critique litt\u00e9raire \u00e0 une tendance \u00e0 louer le plagiat, quand il est commis par un homme de g\u00e9nie, par un Moli\u00e8re. C\u2019est un peu comme si on disait qu\u2019une canaillerie faite par un homme vertueux devient une bonne action.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmond de <span class=\"caps\">GONCOURT<\/span> (1822-1896) et Jules de <span class=\"caps\">GONCOURT<\/span> (1830-1870), <em>Journal<\/em> tome 2, 6 octobre 1883<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s son \u00e9poque, on accusait Moli\u00e8re de plagier les grands auteurs italiens et espagnols \u2013 mais en l\u2019absence de droit d\u2019auteur, on s\u2019inspirait librement de tel ou tel.<\/p>\n<p>La Fontaine r\u00e9\u00e9crit en mieux les fables du grec \u00c9sope (mort en 564 av J.-C.) et le<em> Don Juan<\/em> de Tirso de Molina, l\u2019un des auteurs du Si\u00e8cle d\u2019or espagnol, personnage r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par la <em>commedia dell arte<\/em> italienne, va devenir un mythe universel, repris sans fin. Accuser Moli\u00e8re de plagiat est donc une calomnie, un anachronisme ou un non-sens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Racine, Corneille, Moli\u00e8re, etc. ont \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9s de leurs temps par des volumes de satires\u00a0; qui est-ce qui en conna\u00eet aujourd\u2019hui une seule\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean le Rond d\u2019<span class=\"caps\">ALEMBERT<\/span> (1717-1783 ) <em>\u00c9loges<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle des cabales et du th\u00e9\u00e2tre roi g\u00e9n\u00e9reusement subventionn\u00e9 par les m\u00e9c\u00e8nes, Moli\u00e8re n\u2019est assur\u00e9ment pas le seul vis\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Corneille est victime de la fameuse <em>Querelle du Cid<\/em> (1637) ourdie par Richelieu qui instrumentalise \u00e0 ses fins l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\u00a0: il se venge ainsi sur son ex-prot\u00e9g\u00e9, le jeune g\u00e9nie ayant refus\u00e9 d\u2019entrer dans son atelier d\u2019\u00e9criture, le ministre se piquant d\u2019\u00e9crire ses propres trag\u00e9dies.<\/p>\n<p>Racine, trag\u00e9dien confirm\u00e9, sera victime d\u2019une cabale contre <em>Ph\u00e8dre<\/em>, d\u00e9but janvier 1677. Pradon fait jouer en m\u00eame temps sa <em>Ph\u00e8dre et Hippolyte.<\/em> La duchesse de Bouillon a lou\u00e9 pour les six premi\u00e8res repr\u00e9sentations (d\u00e9cisives) les loges des deux th\u00e9\u00e2tres, laissant vides celles de l\u2019h\u00f4tel de Bourgogne pour faire croire \u00e0 la chute de la Ph\u00e8dre racinienne, cependant que toute la cabale remplissait la salle Gu\u00e9n\u00e9gaud de ses applaudissements. Le public ne fut pas dupe tr\u00e8s longtemps et la post\u00e9rit\u00e9 jugea sans \u00e9quivoque, mais Racine, ma\u00eetre incontest\u00e9 de la sc\u00e8ne tragique depuis dix ans, profond\u00e9ment bless\u00e9, se retire. Il a une autre raison\u00a0: le m\u00e9tier d\u2019historiographe du roi est mieux pay\u00e9, moins fatigant.<\/p>\n<p>Ce genre d\u2019argument n\u2019aurait pas d\u00e9tourn\u00e9 Moli\u00e8re de sa passion d\u2019\u00e9crire et de jouer jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2026 C\u2019est une pr\u00e9cieuse. <br>Reste de ces esprits jadis si renomm\u00e9s, <br>Que d\u2019un coup de son art Moli\u00e8re a diffam\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711). <em>Satire X. \u2014 Les femmes<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre autres victimes de Moli\u00e8re, <em>les Pr\u00e9cieuses ridicules<\/em> dont il se moque, ainsi que des<em> Femmes savantes.<\/em> C\u2019est surtout leurs exc\u00e8s qu\u2019il attaque \u2013 comme il se moquera du bourgeois jouant au gentilhomme ou du Tartuffe incarnant le faux d\u00e9vot.<\/p>\n<p>Son ami Boileau d\u00e9fend naturellement le g\u00e9nie de Moli\u00e8re dont il fut par ailleurs l\u2019ami. Mais il se trouve encore et toujours des critiques pour l\u2019accuser\u2026 et non des moindres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pr\u00e9ciosit\u00e9, cette belle fleur fran\u00e7aise qui s\u2019\u00e9panouit si bien dans les parterres \u00e0 compartiments des jardins de la vieille \u00e9cole, et que Moli\u00e8re a si m\u00e9chamment foul\u00e9e aux pieds dans je ne sais plus quelle immortelle mauvaise petite pi\u00e8ce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872), <em>Les Grotesques<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te du Parnasse, conteur du fantastique et romancier admirateur du romantisme (et d\u2019Hugo), figure marquante de la vie litt\u00e9raire du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, il aborda aussi la critique d\u2019art, d\u00e9fendant la th\u00e9orie de \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb. Notons qu\u2019\u00e0 son \u00e9poque, Moli\u00e8re ne remplit pas les salles et Musset le d\u00e9plore en po\u00e8te afflig\u00e9, dans<em> Une soir\u00e9e perdue\u00a0<\/em>: J\u2019\u00e9tais seul, l\u2019autre soir, au Th\u00e9\u00e2tre Fran\u00e7ais, \/ Ou presque seul\u00a0; l\u2019auteur n\u2019avait pas grand succ\u00e8s. \/ Ce n\u2019\u00e9tait que Moli\u00e8re, et nous savons de reste \/ Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste, \/ Ignora le bel art de chatouiller l\u2019esprit \/ Et de servir \u00e0 point un d\u00e9nouement bien cuit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Sainte-Beuve, le plus c\u00e9l\u00e8bre critique contemporain, critiqua aussit\u00f4t l\u2019\u0153uvre critique\u00a0de Th\u00e9ophile Gautier\u00a0! Tel est le jeu qui s\u2019applique si bien aux \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales. Moli\u00e8re lui-m\u00eame se plut \u00e0 \u00e9crire et mettre en sc\u00e8ne <em>La Critique de\u00a0l\u2019\u00c9cole des Femmes<\/em>, pi\u00e8ce naturellement attaqu\u00e9e\u2026 quoique pour d\u2019autres raisons qui rel\u00e8vent de la calomnie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montfleury a fait une requ\u00eate contre Moli\u00e8re, et l\u2019a donn\u00e9e au roi. Il l\u2019accuse d\u2019avoir \u00e9pous\u00e9 la fille et d\u2019avoir autrefois couch\u00e9 avec la m\u00e8re. Mais Montfleury n\u2019est point \u00e9cout\u00e9 \u00e0 la cour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">RACINE<\/span> (1639-1699), Lettre du 23 novembre 1663 \u00e0 son ami l\u2019abb\u00e9 Fran\u00e7ois Le Vasseur. <em>\u0152uvres de Jean Racine<\/em>,\u00a0 Hachette (posthume, 1865).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi na\u00eet une rumeur d\u2019inceste lanc\u00e9e.\u00a0 Accusation publiquement port\u00e9e par Montfleury, vedette de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne, troupe rivale. Moli\u00e8re, cr\u00e9ateur du naturel en sc\u00e8ne, s\u2019est moqu\u00e9 de son jeu emphatique (parodi\u00e9 dans<em> l\u2019Impromptu de Versailles<\/em>).<\/p>\n<p>En fait, la naissance de la future Mlle Moli\u00e8re reste un myst\u00e8re d\u2019\u00e9tat-civil et le dossier \u00e0 charge est vide. Mais Moli\u00e8re, \u00e0 21 ans, fut l\u2019amant passionn\u00e9 de sa m\u00e8re, une belle rousse, Madeleine B\u00e9jart qui restera toujours sa plus grande amie. Vingt ans apr\u00e8s, la rumeur est si persistante\u2026 que Moli\u00e8re doit s\u2019expliquer devant le roi, certificat de bapt\u00eame \u00e0 l\u2019appui. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> acceptera d\u2019\u00eatre son t\u00e9moin de mariage. Leurs noces, le 20 f\u00e9vrier 1662, sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es en petit comit\u00e9 tant le scandale est grand, jusque dans la famille de l\u2019\u00e9crivain. Il \u00e9pouse Armande, de vingt ans sa cadette et fille ill\u00e9gitime de son ex-compagne. De quoi faire jaser\u00a0!<\/p>\n<p>D\u2019autres accusations portent sur sa vie priv\u00e9e. Cocu et dangereux libertin\u2026 Les coulisses th\u00e9\u00e2trales n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 des couvents mod\u00e8les. Il est clair que Moli\u00e8re a eu une relation avec Melle de Brie, une autre actrice de sa troupe,\u2026<\/p>\n<p>L\u2019Affaire du Tartuffe est une autre histoire et Moli\u00e8re en sortira vainqueur, non sans mal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le scandale du monde est ce qui fait l\u2019offense,<br>Et ce n\u2019est pas p\u00e9cher que p\u00e9cher en silence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"872\" class=\"cit-num\">872<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), <em>Tartuffe<\/em> (1669)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>5\u00a0f\u00e9vrier 1669, la pi\u00e8ce peut enfin se jouer en public, \u00e9pilogue d\u2019un \u00e9puisant combat de cinq ann\u00e9es, reflet de la censure au Grand\u00a0Si\u00e8cle et du pouvoir des cabales\u00a0!<\/p>\n<p>La premi\u00e8re version en trois actes de la pi\u00e8ce, dont une \u00e9bauche a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par le roi, est jou\u00e9e le 12\u00a0mai 1664. Influenc\u00e9 par l\u2019archev\u00eaque de Paris, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> interdit les repr\u00e9sentations publiques, mais ne va pas jusqu\u2019\u00e0 suivre le cur\u00e9 Roull\u00e9 qui demande un b\u00fbcher pour y br\u00fbler l\u2019auteur\u00a0! <br>Moli\u00e8re a des appuis en haut lieu \u2013\u00a0Madame et Monsieur, Cond\u00e9, le l\u00e9gat du pape (cardinal Chigi). Mais la \u00ab\u00a0cabale des d\u00e9vots\u00a0\u00bb est la plus forte et son Tartuffe ne se joue qu\u2019en priv\u00e9 (chez Monsieur, fr\u00e8re du roi). Moli\u00e8re ne peut s\u2019y r\u00e9soudre, \u00e9crit une deuxi\u00e8me version \u00e9dulcor\u00e9e, habille son faux d\u00e9vot en homme du si\u00e8cle et profite de l\u2019absence du roi (guerroyant dans l\u2019arm\u00e9e des Flandres) pour pr\u00e9senter <em>Panulphe ou l\u2019Imposteur<\/em>. Lamoignon, premier pr\u00e9sident du Parlement, interdit la pi\u00e8ce, l\u2019archev\u00eaque de Paris excommunie les spectateurs, Moli\u00e8re tombe malade.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me version triomphe enfin en 1669, avec la b\u00e9n\u00e9diction du roi et 50 repr\u00e9sentations (chiffre consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque). Moli\u00e8re devient le pourvoyeur des divertissements royaux \u00e0 toutes les f\u00eates.<\/p>\n<p>Mais 250 ans apr\u00e8s sa mort, autre soup\u00e7on\u00a0: voil\u00e0 Moli\u00e8re accus\u00e9 de supercherie litt\u00e9raire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0: marque l\u2019\u00e9tonnement, exige une explication ou signifie l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9. Ex\u00a0: C\u2019est Corneille, vous savez, qui a \u00e9crit les pi\u00e8ces de Moli\u00e8re. R\u00e9ponse\u00a0: Ah\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">TARDIEU<\/span> (1903-1995), <em>Un mot pour un autre<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parmi toutes les fake news colport\u00e9es sur l\u2019auteur fran\u00e7ais le plus jou\u00e9 au monde\u2026 voici la plus \u00e9tonnante. Il n\u2019aurait pas \u00e9crit ses pi\u00e8ces\u00a0!!!<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019appui de cette th\u00e8se, on n\u2019a retrouv\u00e9 aucun manuscrit de Moli\u00e8re, ni m\u00eame aucune trace de son \u00e9criture dans le fameux registre de la troupe, tenu par le com\u00e9dien La Grange. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les auteurs ne gardaient pas leurs brouillons, apr\u00e8s publication.<\/p>\n<p>L\u2019auteur cach\u00e9, autrement dit \u00ab\u00a0le n\u00e8gre\u00a0\u00bb, serait tout simplement\u2026 le vieux Corneille, \u00e9cart\u00e9 de la sc\u00e8ne par le succ\u00e8s du jeune Racine et ex-collaborateur de Moli\u00e8re dans <em>Psych\u00e9<\/em> (1671), trag\u00e9die-ballet de cinq heures o\u00f9 les noms de Quinault et Lully apparaissent \u00e9galement au g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>Cette rumeur a une source pr\u00e9cise, mais pas s\u00e9rieuse. Elle fut lanc\u00e9e par un po\u00e8te parnassien adepte du canular, Pierre Lou\u00ffs qui fit passer ses tr\u00e8s \u00e9rotiques <em>Chansons de Bilitis<\/em> (1894) pour la traduction d\u2019une po\u00e9tesse de la Gr\u00e8ce antique. Il publia ensuite un premier article qui lance la nouvelle affaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Corneille est-il l\u2019auteur d\u2019Amphitryon\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"19\" class=\"cit-num\">19<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LOU\u0178S<\/span> (1870-1925), <em><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>nterm\u00e9diaire des chercheurs et curieux<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il donne ses arguments, apr\u00e8s une m\u00e9ticuleuse \u00e9tude de l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale\u00a0: Moli\u00e8re n\u2019aurait eu ni le temps ni les connaissances suffisantes pour imaginer ses com\u00e9dies et son \u0153uvre pr\u00e9sente de troublantes similitudes avec celle de Corneille. Et puis, rappelle-t-il, ses manuscrits n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s\u2026 Il n\u2019en faut pas plus pour que, pendant un si\u00e8cle, on adh\u00e8re \u00e0 cette id\u00e9e de supercherie litt\u00e9raire\u00a0!<\/p>\n<p>Rumeur relanc\u00e9e en 2003 par un linguiste, Dominique Labb\u00e9, trouvant une forte uniformit\u00e9 lexicale entre les deux r\u00e9pertoires (nombre de rimes r\u00e9duit et constructions syntaxiques uniformes).<\/p>\n<p>Rebondissement en 2019\u00a0: deux chercheurs du <span class=\"caps\">CNRS<\/span>, Florian Cafiero et Jean-Baptiste Camps, rouvrent l\u2019affaire en se faisant aider (d\u00e9j\u00e0) par l\u2019intelligence artificielle pour analyser les textes. Vocabulaire, rimes, grammaire\u2026 tout y passe. Apr\u00e8s cette analyse statistique approfondie des habitudes d\u2019\u00e9criture et des tics de langage au si\u00e8cle classique, il est clair que tout le th\u00e9\u00e2tre pr\u00e9sente certaines similitudes\u2026 et Moli\u00e8re est bien l\u2019auteur de ses pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>Disons aussi que tous les acteurs et tous les connaisseurs de Moli\u00e8re se sont insurg\u00e9s contre cette th\u00e8se qui fit beaucoup parler, comme toute \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb rumeur. Une exception, Jean-Laurent Cochet, acteur de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise et metteur en sc\u00e8ne souvent inspir\u00e9, mais ce grand original aimait faire bande \u00e0 part.<\/p>\n<p>Rappelons que Shakespeare, l\u2019homme de th\u00e9\u00e2tre le plus illustre au monde, connut une m\u00e9saventure comparable pour le 400e anniversaire de sa mort. Un groupe d\u2019universitaires anglais d\u00e9montra que sur 44 pi\u00e8ces, 17 sont co\u00e9crites par son grand rival, Christopher Marlowe. L\u2019honneur est sauf et l\u2019histoire d\u2019Angleterre reste la plus passionnante, juste apr\u00e8s notre histoire de France.<\/p>\n<p>Reste un dernier myst\u00e8re absolu. Le nom m\u00eame de Moli\u00e8re, mondialement connu. Jean-Baptiste n\u2019a jamais expliqu\u00e9 le choix de ce pseudonyme sur lequel on a quand m\u00eame beaucoup \u00e9crit.<\/p>\n<h4>Horoscope de Louis de France\u00a0: r\u00f4le historique et politique de l\u2019astrologie.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de roi\u00a0; p\u00e8re de roi\u00a0; jamais roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"864\" class=\"cit-num\">864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Horoscope de Louis de France.<em> Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Grand Dauphin (Monseigneur) na\u00eet le 1er\u00a0novembre 1661. Fils a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, il sera p\u00e8re de Philippe\u00a0V roi d\u2019Espagne, mais meurt de la petite v\u00e9role \u00e0 50\u00a0ans, avant d\u2019avoir pu acc\u00e9der au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait ardemment d\u00e9sir\u00e9, vu son caract\u00e8re un peu mou et son \u00e9ducation un peu rude. Il reporta toute la fiert\u00e9 de son sang royal sur son deuxi\u00e8me fils, le duc d\u2019Anjou (les deux autres moururent jeunes), revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de la couronne d\u2019Espagne sur laquelle sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (infante espagnole) lui a donn\u00e9 des droits.<\/p>\n<p>Les astrologues \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement consult\u00e9s en ces \u00e9poques o\u00f9 superstition, sorcellerie et magie faisaient partie de la vie quotidienne \u2013 le Grand Si\u00e8cle est en cela plus proche de la Renaissance que des Lumi\u00e8res. L\u2019astrologue le plus c\u00e9l\u00e8bre en France est assur\u00e9ment Michel de Nostredame, dit Nostradamus, n\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 1503 \u00e0 Saint-R\u00e9my-de-Provence et mort le 2 juillet 1566 \u00e0 Salon-de-Provence, apothicaire et auteur fran\u00e7ais, connu pour son ouvrage intitul\u00e9 <em>Les Proph\u00e9ties<\/em>. Tout peut \u00eatre contestable et contest\u00e9 dans sa vie et ses \u00e9crits. Il eut quand m\u00eame une influence \u00e0 la cour de Catherine de M\u00e9dicis.<\/p>\n<p>L\u2019astrologie est d\u00e9finie par le Larousse\u00a0: \u00ab\u00a0Discipline ayant pour objet l\u2019\u00e9tude des corr\u00e9lations entre la configuration, la qualit\u00e9 propice ou n\u00e9faste du ciel g\u00e9ocentrique lors d\u2019un \u00e9v\u00e9nement terrestre, d\u2019une part, et la nature, les d\u00e9veloppements de cet \u00e9v\u00e9nement d\u2019autre part\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Rest\u00e9e tr\u00e8s populaire (et commercialement rentable), il est de notori\u00e9t\u00e9 publique qu\u2019un homme aussi intelligent et cultiv\u00e9 que Fran\u00e7ois Mitterrand eut recours \u00e0 \u00c9lizabeth Teissier (n\u00e9e en 1938), \u00ab\u00a0ex-mannequin de charme et actrice dans le domaine de l\u2019\u00e9rotisme\u00a0\u00bb qui cr\u00e9e en 1975-1976 le premier horoscope t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 quotidien sur Antenne 2. En 1981, elle lance l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00ab\u00a0Astro Show\u00a0\u00bb en Allemagne. Elle fut l\u2019objet de plusieurs controverses\u00a0: l\u2019obtention de sa th\u00e8se de doctorat en sociologie contest\u00e9e par une partie de la communaut\u00e9 scientifique, notamment les sociologues. Certaines de ses pr\u00e9dictions astrologiques erron\u00e9es tout comme ses affirmations pseudo-scientifiques en g\u00e9n\u00e9ral, ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9es.<\/p>\n<h4>L\u2019Affaire des Poisons, premi\u00e8re ombre port\u00e9e au si\u00e8cle du Roi Soleil, cont\u00e9e par Mme de S\u00e9vign\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La duchesse de Bouillon alla demander \u00e0 la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu\u2019elle avait qui la faisait mourir d\u2019ennui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"884\" class=\"cit-num\">884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 31\u00a0janvier 1680 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fait divers va devenir affaire d\u2019\u00c9tat \u2013 c\u2019est l\u2019affaire des Poisons, premi\u00e8re ombre port\u00e9e au r\u00e8gne du Roi-Soleil. Et l\u2019infatigable \u00e9pistoli\u00e8re nous met dans la confidence, avec gourmandise.<\/p>\n<p>Tout commence quatre ans plus t\u00f4t, avec la marquise de Brinvilliers\u00a0: accus\u00e9e d\u2019avoir empoisonn\u00e9 p\u00e8re, fr\u00e8re et autres \u00ab\u00a0g\u00eaneurs\u00a0\u00bb de la famille pour h\u00e9riter, elle reconna\u00eet ses crimes, mais d\u00e9clare qu\u2019\u00ab\u00a0il y avait beaucoup de personnes engag\u00e9es dans ce mis\u00e9rable commerce de poison, et des personnes de condition\u00a0\u00bb, sans donner de nom. Elle est jug\u00e9e, condamn\u00e9e, d\u00e9capit\u00e9e, puis br\u00fbl\u00e9e le 17\u00a0juillet 1676.<\/p>\n<p>Suite aux aveux de la marquise, La Reynie, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de la police, est charg\u00e9 d\u2019enqu\u00eater en 1677. On d\u00e9couvre dans le milieu des diseuses de bonne aventure, devins et autres sorciers, un v\u00e9ritable r\u00e9seau de fabricants et marchands de drogues. Les plus efficaces, arsenic en t\u00eate, sont appel\u00e9es plaisamment \u00ab\u00a0poudres de succession\u00a0\u00bb. Panique dans la population\u00a0: on voit l\u2019\u0153uvre des empoisonneuses dans le moindre d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9. On apprend parall\u00e8lement la pratique des avortements et des messes noires. Et cela concerne tous les milieux, \u00e0 Paris comme en province.<\/p>\n<p>Le scandale grandit, le nombre des inculp\u00e9s aussi. En 1679, le roi institue une cour extraordinaire de justice pour juger de ces crimes\u00a0: Chambre ardente, qui si\u00e8ge dans une pi\u00e8ce tendue de draps noirs, \u00e9clair\u00e9e par des flambeaux. On la nomme \u00ab\u00a0cour des poisons\u00a0\u00bb. Louvois ne serait pas f\u00e2ch\u00e9 d\u2019\u00e9liminer ainsi certains de ses ennemis. Mais le scandale \u00e9clabousse la cour\u00a0: la duchesse de Bouillon dont parle Mme\u00a0de S\u00e9vign\u00e9 \u2013 la plus jeune des ni\u00e8ces de Mazarin. Et aussi la comtesse de Soissons (autre \u00ab\u00a0mazarinette\u00a0\u00bb), la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, le duc de Vend\u00f4me, le mar\u00e9chal de Luxembourg (jadis alchimiste en amateur), Racine (soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir empoisonn\u00e9 par jalousie sa ma\u00eetresse, la com\u00e9dienne Du Parc)\u2026 et jusqu\u2019\u00e0 la favorite en titre du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les fois qu\u2019elle [Mme\u00a0de Montespan] craignait quelque diminution aux bonnes gr\u00e2ces du Roi, elle donnait avis \u00e0 ma m\u00e8re afin qu\u2019elle y apport\u00e2t quelque rem\u00e8de.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"885\" class=\"cit-num\">885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie-Marguerite <span class=\"caps\">MONVOISIN<\/span> (1658-\u00a0??), belle-fille (et complice) de la Voisin. <em>Le Drame des poisons<\/em> (1900), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Voisin (du nom de son mari, le sieur Monvoisin), n\u00e9e Catherine Deshayes, est bien connue dans le quartier Saint-Denis (lieu de tous les trafics), comme marchande de beaux effets pour nobles dames, mais aussi avorteuse.<\/p>\n<p>Accus\u00e9e d\u2019avoir pratiqu\u00e9 la sorcellerie et fourni des poisons, elle ne donnera pas le nom de la ma\u00eetresse royale, mais sa belle-fille met en cause Mme\u00a0de Montespan. Elle aurait donn\u00e9 au roi des \u00ab\u00a0rem\u00e8des\u00a0\u00bb, en fait des aphrodisiaques peu rago\u00fbtants (f\u0153tus s\u00e9ch\u00e9s, sperme de bouc, bave de crapaud, poussi\u00e8re de taupes dess\u00e9ch\u00e9es, sang de chauve-souris, semence humaine et sang menstruel) qui ont \u00e9branl\u00e9 sa sant\u00e9 pourtant robuste. On parle aussi de messes noires o\u00f9, dit-on, des enfants sont \u00e9gorg\u00e9s sur l\u2019autel du diable. La Voisin, main coup\u00e9e, subit la question, avant d\u2019\u00eatre br\u00fbl\u00e9e en place de Gr\u00e8ve, le 22\u00a0f\u00e9vrier 1680, et la \u00ab\u00a0fille Monvoisin\u00a0\u00bb sera enferm\u00e9e \u00e0 la citadelle Vauban de Belle-Isle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il est p\u00e9rilleux de tremper dans une affaire suspecte, il l\u2019est encore davantage de s\u2019y trouver complice d\u2019un grand\u00a0: il s\u2019en tire et vous laisse payer doublement, pour lui et pour vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"886\" class=\"cit-num\">886<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696),<em> Les Caract\u00e8res<\/em> (1688).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier styliste de notre litt\u00e9rature, moraliste et observateur des <em>M\u0153urs du si\u00e8cle<\/em> (sous-titre des <em>Caract\u00e8res<\/em>), il doit son succ\u00e8s \u00e0 cette seule \u0153uvre.<\/p>\n<p>L\u2019affaire des Poisons allait compromettre trop de monde \u00e0 la cour. Et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est horrifi\u00e9\u00a0: sa ma\u00eetresse lui aurait donc fait absorber des philtres d\u2019amour, maniganc\u00e9 la mort de Mme\u00a0de Fontanges (sa nouvelle favorite) et la st\u00e9rilit\u00e9 de la reine\u00a0!\u2026 Il suspend les interrogatoires. L\u2019enqu\u00eate publique est ferm\u00e9e, le roi fait br\u00fbler les dossiers, jetant lui-m\u00eame au feu de la chemin\u00e9e les pages compromettant son ex-favorite. La Chambre ardente aura si\u00e9g\u00e9 trois ans\u00a0! Au final, 36 condamnations \u00e0 mort prononc\u00e9es et appliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Montespan, qui a perdu la faveur du roi, ne quittera la cour qu\u2019en 1691. Et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ne va plus avoir de commerce amoureux qu\u2019avec Mme\u00a0de Maintenon, en cela du moins au-dessus de tout soup\u00e7on.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-74.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h3>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien Aim\u00e9\u00a0: sa vie amoureuse devenue l\u2019objet de toutes les rumeurs sera la premi\u00e8re cause d\u2019une impopularit\u00e9 extr\u00eame jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se sentait forc\u00e9 de l\u2019aimer dans l\u2019instant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1118\" class=\"cit-num\">1118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CASANOVA<\/span> (1725-1798), de passage en France, 1750, <em>Histoire de ma vie<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aventurier et m\u00e9morialiste italien (d\u2019expression fran\u00e7aise) confirme cette impression de prestance et de gr\u00e2ce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> donne \u00e0 quiconque l\u2019approche\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le roi aller \u00e0 la messe. La t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> \u00e9tait belle \u00e0 ravir et plant\u00e9e sur son cou l\u2019on ne pouvait pas mieux. Jamais peintre tr\u00e8s habile ne put dessiner le coup de t\u00eate de ce monarque lorsqu\u2019il se retournait pour regarder quelqu\u2019un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien-Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Ces femmes du peuple ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade\u00a0! Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans). La nouvelle fait scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands seigneurs s\u2019avilissent,<br>Les financiers s\u2019enrichissent,<br>Tous les Poissons s\u2019agrandissent.<br>C\u2019est le r\u00e8gne des vauriens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1162\" class=\"cit-num\">1162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade, attribu\u00e9e \u00e0 Pont-de-Veyle (1697-1774). <em>Journal historique\u00a0: depuis 1748 jusqu\u2019en 1772 inclusivement<\/em> (1807), Charles Coll\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s\u2019\u00e9tale \u00e0 la cour o\u00f9 r\u00e8gne encore la Pompadour, et s\u2019affiche dans des milieux prosp\u00e8res et \u00e2pres au gain, du c\u00f4t\u00e9 des aristocrates comme des bourgeois. La favorite fait am\u00e9nager ses nombreuses r\u00e9sidences (h\u00f4tel d\u2019\u00c9vreux, futur \u00c9lys\u00e9e, La Celle, Bellevue, Champs). Elle place son fr\u00e8re Abel Poisson, nomm\u00e9 marquis de Marigny, \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale des B\u00e2timents o\u00f9 il se montre d\u2019ailleurs bon administrateur.<\/p>\n<p>Mais le peuple s\u2019en irrite\u00a0: \u00ab\u00a0On \u00e9puise la finance\u00a0\/ En b\u00e2timent, en d\u00e9penses,\u00a0\/ L\u2019\u00c9tat tombe en d\u00e9cadence\u00a0\/ Le roi ne met ordre \u00e0 rien\u00a0\/ Une petite bourgeoise\u00a0\/ \u00c9lev\u00e9e \u00e0 la grivoise\u00a0\/ Mesurant tout \u00e0 la toise\u00a0\/ Fait de l\u2019amour un taudis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! la belle statue\u00a0! oh\u00a0! le beau pi\u00e9destal\u00a0!<br>Les Vertus sont \u00e0 pied et le Vice \u00e0 cheval.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1177\" class=\"cit-num\">1177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vers anonymes \u00e9crits sur le socle de la statue \u00e9questre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. <em>Le Vandalisme de la R\u00e9volution<\/em> (1993), Fran\u00e7ois Souchal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La statue de Bouchardon, inaugur\u00e9e \u00e0 Paris le 2\u00a0juin 1765 sur la place Louis-<span class=\"caps\">XV<\/span> (aujourd\u2019hui place de la Concorde) est entour\u00e9e de quatre figures symbolisant les vertus.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 a perdu la Pompadour et pas encore trouv\u00e9 la du Barry\u00a0: entre deux favorites officielles, les dames ne manquent pas, surtout de tr\u00e8s jeunes demoiselles, discr\u00e8tement abrit\u00e9es dans le Parc-aux-Cerfs \u00e0 Versailles, fournies par des parents consentants, ignorant elles-m\u00eames l\u2019identit\u00e9 de leur royal amant et mari\u00e9es \u00e0 des courtisans sit\u00f4t qu\u2019engross\u00e9es. Dit-on.<\/p>\n<p>La marquise de Pompadour, maquerelle vigilante, veillait \u00e0 ce que le roi ne s\u2019attache durablement \u00e0 aucune. Disait-on aussi. Le r\u00e8gne est celui de toutes les rumeurs et la vie amoureuse de ce roi tr\u00e8s sensuel et \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef est un sujet de choix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami des propos libertins,<br>Buveur fameux, et roi c\u00e9l\u00e8bre<br>Par la chasse et par les catins\u00a0:<br>Voil\u00e0 ton oraison fun\u00e8bre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1195\" class=\"cit-num\">1195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1774). <em>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne<\/em> (1781), Mouffle d\u2019Angerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On l\u2019enterra promptement et sans la moindre escorte\u00a0; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller \u00e0 Saint-Denis. \u00c0 son passage, des cris de d\u00e9rision ont \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: on r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0ta\u00efaut\u00a0! ta\u00efaut\u00a0!\u00a0\u00bb comme lorsqu\u2019on voit un cerf et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer\u00a0\u00bb (Lettre de la comtesse de Boufflers).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le silence des peuples est la le\u00e7on des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1196\" class=\"cit-num\">1196<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 de <span class=\"caps\">BEAUVAIS<\/span> (1731-1790), \u00e9v\u00eaque de Senez, Oraison fun\u00e8bre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, prononc\u00e9e le 27\u00a0juillet 1774 en la basilique de Saint-Denis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au terme d\u2019un r\u00e8gne de soixante-quatre ans, Louis le Bien-Aim\u00e9 est mort et enterr\u00e9 dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, selon la version officielle \u2013 la plus cl\u00e9mente.<\/p>\n<p>Quarante jours plus t\u00f4t, au sermon du Jeudi saint, l\u2019abb\u00e9 avait os\u00e9 ces mots qui ont fort \u00e9mu le roi\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, mon devoir de ministre du Dieu de v\u00e9rit\u00e9 m\u2019ordonne de vous dire que vos peuples sont malheureux, que vous en \u00eates la cause et qu\u2019on vous le laisse ignorer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais le discours fun\u00e8bre est jug\u00e9 irrespectueux\u2026 et le pr\u00e9dicateur doit se retirer dans son \u00e9v\u00each\u00e9 \u2013 l\u2019un des plus modestes de France. Il sera \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du clerg\u00e9 en 1789. De sorte qu\u2019il pourra entendre le 15\u00a0juillet, repris par le grand orateur Mirabeau, lors de la visite de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> \u00e0 la Constituante muette, ce mot tr\u00e8s dur\u00a0: \u00ab\u00a0Le silence des peuples est la le\u00e7on des rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Affaire du Chevalier de la Barre, affaire Calas\u00a0: ces deux faits divers impliquent Voltaire, notre premier \u00ab\u00a0intellectuel engag\u00e9\u00a0\u00bb contre l\u2019erreur judiciaire et l\u2019intol\u00e9rance religieuse.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que cet infortun\u00e9 jeune homme est mort avec la fermet\u00e9 de Socrate\u00a0; et Socrate a moins de m\u00e9rite que lui\u00a0: car ce n\u2019est pas un grand effort, \u00e0 soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de cigu\u00eb\u00a0; mais mourir dans les supplices horribles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1180\" class=\"cit-num\">1180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M. le Comte d\u2019Argental, 23\u00a0juillet 1766, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il prend parti pour le chevalier de la Barre\u00a0: accus\u00e9 sans preuve de blasph\u00e8mes, chansons inf\u00e2mes et profanations, et de ne pas s\u2019\u00eatre d\u00e9couvert lors d\u2019une procession de la F\u00eate-Dieu, il fut condamn\u00e9 \u00e0 avoir la langue coup\u00e9e, la t\u00eate tranch\u00e9e, le corps r\u00e9duit en cendres\u2026 avec un exemplaire du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> trouv\u00e9 chez lui, le 1er\u00a0juillet 1766.<\/p>\n<p>C\u2019est dire si l\u2019auteur, d\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, se sent doublement concern\u00e9\u00a0! Comme dans l\u2019Affaire Calas (1761-1765) qui fut \u00e0 l\u2019origine de son <em>Traite sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763), Voltaire va s\u2019engager et demander la r\u00e9vision du jugement.<\/p>\n<h4>Le marquis de Sade condamn\u00e9 \u00e0 mort et prisonnier la moiti\u00e9 de sa vie\u00a0: quelle affaire et quel myst\u00e8re dans cette destin\u00e9e\u00a0d\u2019auteur aujourd\u2019hui reconnu\u00a0!<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon plus grand chagrin est qu\u2019il n\u2019existe r\u00e9ellement pas de Dieu et de me voir priv\u00e9, par l\u00e0, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"989\" class=\"cit-num\">989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814) <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des philosophes vaguement d\u00e9istes ou r\u00e9solument ath\u00e9es, Sade se pose comme le plus irr\u00e9ligieux des grands marginaux du si\u00e8cle. Jamais la perversion n\u2019a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e si loin et deux si\u00e8cles plus tard, elle demeure exemplaire et scandaleuse.<\/p>\n<p>N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. En 1768, Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante.<\/p>\n<p>Il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton o\u00f9 il mourra.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814) <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb joue \u00e0 vivre les provocations qu\u2019il conte et sera condamn\u00e9 \u00e0 mort pour violences sexuelles. Dans <em>la Philosophie dans le boudoir,<\/em> il \u00e9crit comme pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des gens capables de m\u2019entendre, et ceux-l\u00e0 me liront sans danger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade.<\/p>\n<p>Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p>\n<h4>L\u2019Affaire du Collier de la Reine\u00a0: ce complot fera un roman de Dumas, mais ce fait divers tourne \u00e0 l\u2019affaire d\u2019\u00c9tat et pr\u00e9cipite la R\u00e9volution.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons plus grand besoin d\u2019un vaisseau que d\u2019un collier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1238\" class=\"cit-num\">1238<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), aux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassenge. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette<\/em> (1823), Madame Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en ces termes que la reine, quoique toujours coquette et fort d\u00e9pensi\u00e8re, a refus\u00e9 une somptueuse parure de 540 diamants d\u2019une valeur de 1\u00a0600\u00a0000\u00a0livres \u2013 c\u2019est m\u00eame le prix de deux vaisseaux de guerre. \u00c9tonnante r\u00e9action de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb accus\u00e9e de ruiner la France\u00a0!<\/p>\n<p>Boehmer a achet\u00e9 le collier, certain qu\u2019elle changera d\u2019avis, mais elle r\u00e9it\u00e8re son refus et il ne sait plus o\u00f9 ni comment vendre un tel bijou\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019intrigante comtesse de La Motte et l\u2019aventurier italien Cagliostro vont persuader le cardinal de Rohan de l\u2019acheter, pour s\u2019attirer les faveurs de Marie-Antoinette qui ne peut faire publiquement une telle d\u00e9pense, et le remboursera ensuite secr\u00e8tement. Ils se chargent de remettre eux-m\u00eames le bijou \u00e0 la reine.<\/p>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une escroquerie dont Dumas tirera un roman et qui va devenir, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019historique \u00ab\u00a0affaire du Collier de la reine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre Saint P\u00e8re l\u2019a rougi,<br>Le roi de France l\u2019a noirci,<br>Le Parlement le blanchira,<br>Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1241\" class=\"cit-num\">1241<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Alleluya sur l\u2019affaire du Collier<\/em> (1786), chanson. <em>La Bastille d\u00e9voil\u00e9e ou Recueil de pi\u00e8ces authentiques pour servir \u00e0 son histoire<\/em> (1789), Charpentier, Louis-Pierre Manuel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Affaire \u00e9clate quand, le cardinal de Rohan ne pouvant couvrir une \u00e9ch\u00e9ance en juillet\u00a01785, les bijoutiers adressent la facture \u00e0 la reine qui n\u2019a jamais touch\u00e9 aux diamants \u2013 revendus au d\u00e9tail par les deux escrocs.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, pouss\u00e9 par sa femme et (mal) conseill\u00e9 par le baron de Breteuil, ennemi du cardinal, porte l\u2019affaire devant le Parlement de Paris. Rohan, plus na\u00eff que coupable, est acquitt\u00e9 le 31\u00a0mai 1786, mais exil\u00e9 par le roi. La comtesse de la Motte, condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre flagell\u00e9e, marqu\u00e9e au fer, est enferm\u00e9e \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re. Elle s\u2019en \u00e9vadera en 1787.<\/p>\n<p>La reine, innocente dans cette affaire, est d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e, avec sa vie priv\u00e9e \u00e9tal\u00e9e au grand jour et ses fastueuses d\u00e9penses d\u00e9nonc\u00e9es. La police doit emp\u00eacher Paris d\u2019illuminer pour acclamer le cardinal et se r\u00e9jouir de voir l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb humili\u00e9e. Elle devient \u00ab\u00a0Madame D\u00e9ficit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grande et heureuse affaire\u00a0! Que de fange sur la crosse et sur le sceptre\u00a0! Quel triomphe pour les id\u00e9es de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1243\" class=\"cit-num\">1243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel Marie <span class=\"caps\">FR\u00c9TEAU<\/span> de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1745-1794), conseiller au Parlement. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s du Collier a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb La royaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 malade sort encore affaiblie de cette affaire. Et Marie-Antoinette le paiera cher, lors de son proc\u00e8s.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-82.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span><\/h3>\n<h4>Le double jeu de Mirabeau, premier grand homme de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0mauvais sujet\u00a0\u00bb aim\u00e9 du peuple\u2026 mais d\u00e9masqu\u00e9 et vite d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature semblait avoir moul\u00e9 sa t\u00eate pour l\u2019Empire ou pour le gibet, taill\u00e9 ses bras pour \u00e9treindre une nation ou pour enlever une femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1292\" class=\"cit-num\">1292<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau connut la gloire et \u00e9vita le gibet \u2013 il meurt dans son lit, \u00e9puis\u00e9 par une vie d\u2019exc\u00e8s. Il souleva le peuple par ses talents d\u2019orateur et multiplia les conqu\u00eates f\u00e9minines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez ce Mirabeau qui a tant marqu\u00e9 dans la R\u00e9volution\u00a0: au fond, c\u2019\u00e9tait le roi de la halle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1293\" class=\"cit-num\">1293<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau, rejet\u00e9 de son ordre (la noblesse), \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par le tiers \u00e9tat aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, m\u00eale plus que quiconque les attributs de la naissance et de la boh\u00e8me. Selon Fran\u00e7ois Furet\u00a0: \u00ab\u00a0Du rejeton le plus m\u00e9pris\u00e9 de l\u2019ancienne noblesse, la R\u00e9volution a fait le personnage le plus brillant de l\u2019Assembl\u00e9e constituante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1294\" class=\"cit-num\">1294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame savoureux petit livre et avec le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action.\u00a0\u00bb Avant la R\u00e9volution, Mirabeau vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi et \u00e0 la reine, et sera accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repassez quand je serai ministre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1360\" class=\"cit-num\">1360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 ses cr\u00e9anciers. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet homme toujours couvert de femmes et de dettes, aussi intelligent qu\u2019ambitieux, intrigue pour supplanter Necker et se voit d\u00e9j\u00e0 chef mod\u00e9rateur d\u2019une R\u00e9volution qu\u2019il faut savoir finir \u2013 grand dessein d\u2019un certain nombre de r\u00e9volutionnaires successifs.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re note secr\u00e8te de Mirabeau \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est dat\u00e9e du 15\u00a0octobre 1789. Il ne sera v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0achet\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019en mai\u00a01790.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne se fait payer que dans le sens de ses convictions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1363\" class=\"cit-num\">1363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834) parlant de Mirabeau qui offre ses services au roi et \u00e0 la reine, en mars\u00a01790. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Mirabeau (Honor\u00e9 Gabriel Riqueti, comte de)\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mirabeau est vendu\u00a0\u00bb, disent ses adversaires. La Fayette est plus fair-play\u00a0: la v\u00e9nalit\u00e9 de Mirabeau ne se discute m\u00eame pas, mais il s\u2019en tient toujours \u00e0 ses id\u00e9es.<\/p>\n<p>Mirabeau tente de faire prendre \u00e0 la R\u00e9volution un tournant \u00e0 droite, et man\u0153uvre en secret pour sauver la monarchie. Il va donc offrir ses services au roi et \u00e0 la reine \u2013 ou plus exactement, les vendre tr\u00e8s cher, l\u2019homme \u00e9tant toujours couvert de dettes. Ses intrigues contrarient le jeu et les ambitions personnelles de La Fayette, qui l\u2019a eu un temps comme alli\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1367\" class=\"cit-num\">1367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791). Marie-Antoinette, <em>Correspondance, 1770-1793<\/em> (2005), \u00c9velyne Lever<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ou encore, selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un seul homme, c\u2019est la reine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>V\u00e9rit\u00e9 connue de tous, \u00e9prouv\u00e9e par Mirabeau devenu le conseiller secret de la couronne\u00a0: il essaie donc de convaincre la reine avant le roi, dont la faiblesse, les h\u00e9sitations, les retournements d\u00e9couragent les plus fervents d\u00e9fenseurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, la monarchie est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1368\" class=\"cit-num\">1368<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la reine, Ch\u00e2teau de Saint-Cloud, 3\u00a0juillet 1790. <em>M\u00e9moires sur Mirabeau et son \u00e9poque, sa vie litt\u00e9raire et priv\u00e9e, sa conduite politique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et ses relations avec les principaux personnages de son temps<\/em> (posthume, 1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Introduit \u00e0 la cour par son ami le prince d\u2019Arenberg, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 persuader Marie-Antoinette par son \u00e9loquence.<\/p>\n<p>Une question se pose, sans r\u00e9ponse des historiens\u00a0: Mirabeau croit-il vraiment que la monarchie peut \u00eatre sauv\u00e9e\u00a0? Cet homme si bien inform\u00e9 de tout s\u2019illusionne-t-il encore sur les chances d\u2019un r\u00e9gime condamn\u00e9, mais qui peut du moins le sauver de ses cr\u00e9anciers\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb. <em>Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait sera prouv\u00e9 en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de Provence, premier personnage marquant de la R\u00e9volution, est logiquement le premier des \u201cgrands hommes\u201d \u00e0 conna\u00eetre les fun\u00e9railles nationales et les honneurs du Panth\u00e9on, en date du 5 avril 1791. Le peuple a litt\u00e9ralement pris le deuil de son grand homme panth\u00e9onis\u00e9.<\/p>\n<p>Notons que Rivarol avait d\u00e9j\u00e0 rectifi\u00e9 l\u2019image avec cet humour qui le caract\u00e9rise\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb Dans le m\u00eame esprit, rappelons cet autre mot\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action\u00a0\u00bb (<em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em>, publi\u00e9 en 1790).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Comit\u00e9 vous propose d\u2019exclure Mirabeau du Panth\u00e9on fran\u00e7ais, afin d\u2019inspirer une terreur salutaire aux ambitieux et aux hommes vils dont la conscience est \u00e0 prix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Choix de rapports, opinions et discours prononc\u00e9s \u00e0 la Tribune nationale de 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em>. Volume 13 (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 5 frimaire de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> (25 novembre 1793), les conclusions du Comit\u00e9 d\u2019instruction publique tenu devant la Convention sont sans appel. Exit Mirabeau.<\/p>\n<p>Moralit\u00e9 de l\u2019Histoire, fort bien vue par Tocqueville, historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas de grands hommes sans vertu\u00a0; sans respect des droits il n\u2019y a pas de grand peuple.\u00a0\u00bb <em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em> (1835).<\/p>\n<p>La d\u00e9pouille du tribun autrefois adul\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019un ch\u00e2timent posthume exemplaire\u00a0: le 21 septembre 1794, Mirabeau est remplac\u00e9 par Marat, l\u2019Ami du peuple. Le s\u00e9jour du d\u00e9put\u00e9 montagnard sera plus court encore\u00a0:\u00a0 moins de cinq mois. L\u2019Histoire s\u2019emballe \u00e0 un rythme fou. Voltaire va b\u00e9n\u00e9ficier de cet engouement (avec Rousseau), sans p\u00e2tir par la suite du retournement de l\u2019opinion publique.<\/p>\n<h4>Le proc\u00e8s de Marie Antoinette\u00a0: accus\u00e9e d\u2019inceste et victime des \u00ab\u00a0basses lumi\u00e8res\u00a0\u00bb (fake-news).<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques, et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est au comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de quatre\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e, \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle. La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice et l\u2019issue ne fait aucun doute.<\/p>\n<p>Au pied de la guillotine, les derni\u00e8res paroles de Marie-Antoinette sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb Un mot de la fin sans doute authentique, mais trop anodin pour devenir citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1543\" class=\"cit-num\">1543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), Le P\u00e8re Duchesne, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793.<em> Les Derniers Jours de Marie-Antoinette<\/em> (1933), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est un peu long et la chronique qui suit, ce n\u2019est pas du Bossuet, mais la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire d\u00e9ploie volontiers cette d\u00e9magogie populaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche. Quelle le\u00e7on pour eux, f\u2026! Comme ils auraient fr\u00e9mi en contemplant deux ou trois cent mille sans-culottes environnant le Palais et attendant en silence le moment o\u00f9 l\u2019arr\u00eat fatal allait \u00eatre prononc\u00e9\u00a0! Comme ils auraient \u00e9t\u00e9 petits ces pr\u00e9tendus souverains devant la majest\u00e9 du peuple\u00a0! Non, f\u2026! jamais on ne vit un spectacle pareil. Tendres m\u00e8res, dont les enfants sont morts pour la R\u00e9publique\u00a0; vous, \u00e9pouses ch\u00e9ries des braves bougres qui combattent en ce moment sur les fronti\u00e8res, vous avez un moment \u00e9touff\u00e9 vos soupirs et suspendu vos larmes, quand vous avez vu para\u00eetre devant ses juges la garce inf\u00e2me qui a caus\u00e9 tous vos chagrins\u00a0; et vous, vieillards, qui avez langui sous le despotisme, vous avez rajeuni de vingt ans, en assistant \u00e0 cette terrible sc\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons assez v\u00e9cu, vous disiez-vous, puisque nous avons vu le dernier jour de nos tyrans.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> au Temple\u00a0: un mot d\u2019enfant-roi et un vrai myst\u00e8re d\u2019\u00c9tat.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791. <em>Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui mourra quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9preuve de la fuite \u00e0 Varennes blanchit (dit-on) les cheveux de la reine\u00a0: de blond cendr\u00e9, ils devinrent \u00ab\u00a0comme ceux d\u2019une vieille femme de soixante-dix ans\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette a sans aucun doute une part de responsabilit\u00e9 dans ce projet d\u2019\u00e9vasion mal pr\u00e9par\u00e9. Elle dit un jour \u00e0 Fersen\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lors m\u00eame qu\u2019il [Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>] aura cess\u00e9 d\u2019exister, on le retrouvera partout et cette chim\u00e8re servira longtemps \u00e0 nourrir les coupables esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1615\" class=\"cit-num\">1615<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), Discours tenu au nom des Comit\u00e9s de salut public, de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de l\u00e9gislation, Convention, 22\u00a0janvier\u00a01795<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase pr\u00e9monitoire, prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du deuxi\u00e8me anniversaire de la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. \u00c0 la tribune, l\u2019orateur conclut contre la mise en libert\u00e9 de son fils.<\/p>\n<p>Le dauphin Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> mourra officiellement au Temple le 8\u00a0juin de cette ann\u00e9e \u2013 mais est-ce bien lui ou un autre enfant qui aurait pris sa place\u00a0?<\/p>\n<p>Ce sera l\u2019\u00e9nigme du Temple, l\u2019un des myst\u00e8res de l\u2019histoire de France, confort\u00e9 par cette phrase \u00e9trange de Cambac\u00e9r\u00e8s, \u00e9minent juriste qui p\u00e8se toujours ses mots. Ne dit-on pas que l\u2019enfant a d\u00e9j\u00e0 disparu en janvier\u00a0? Totalement isol\u00e9, il \u00e9tait tr\u00e8s malade. L\u2019\u00e9nigme demeure, malgr\u00e9 toute la litt\u00e9rature qui s\u2019ensuivra.<\/p>\n<h4>La \u00ab\u00a0trahison d\u2019Erfurt\u00a0\u00bb en 1808\u00a0: Talleyrand, tra\u00eetre \u00e0 Napol\u00e9on, mais fid\u00e8le \u00e0 la France.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire [\u2026] c\u2019est \u00e0 vous de sauver l\u2019Europe et vous n\u2019y parviendrez qu\u2019en tenant t\u00eate \u00e0 Napol\u00e9on. Le peuple fran\u00e7ais est civilis\u00e9, son souverain ne l\u2019est pas. Le souverain de Russie est civilis\u00e9, son peuple ne l\u2019est pas\u00a0: c\u2019est donc au souverain de Russie d\u2019\u00eatre l\u2019alli\u00e9 du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1833\" class=\"cit-num\">1833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au tsar Alexandre\u00a0Ier de Russie, Erfurt, 27\u00a0septembre 1808.<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0diable d\u2019homme\u00a0\u00bb n\u2019est plus ministre des Relations ext\u00e9rieures depuis plus d\u2019un an\u00a0: partisan d\u2019un \u00e9quilibre europ\u00e9en, il s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur qui s\u2019ent\u00eate dans sa politique de conqu\u00eate chim\u00e9rique, se soucie peu de paix et d\u00e9cide toujours seul.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on, qui conna\u00eet son talent diplomatique et ne peut d\u00e9cid\u00e9ment pas se passer de ses services, l\u2019a charg\u00e9 de pr\u00e9parer le terrain avec son nouvel alli\u00e9 russe, Alexandre\u00a0Ier.<\/p>\n<p>Dans un entretien secret, mais tr\u00e8s comment\u00e9 ensuite par les historiens, Talleyrand conseille au tsar de prendre ses distances avec l\u2019empereur, et de m\u00e9nager la Prusse et l\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Le Rhin, les Alpes, les Pyr\u00e9n\u00e9es sont les conqu\u00eates de la France. Le reste est la conqu\u00eate de Napol\u00e9on. La France n\u2019y tient pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre a compris\u00a0: le peuple fran\u00e7ais peut, un jour prochain, ne plus soutenir Napol\u00e9on. Et cet homme faible va durcir sa position. Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, Talleyrand affirme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Erfurt, j\u2019ai sauv\u00e9 l\u2019Europe.\u00a0\u00bb L\u2019histoire parle quand m\u00eame de la trahison d\u2019Erfurt.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809<em>. M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession\u00a0: sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p>\n<p>Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1835\" class=\"cit-num\">1835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Talleyrand, ou le Sphinx incompris<\/em> (1970), Jean Orieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation est parfaitement en situation, le 28\u00a0janvier\u00a01809, apr\u00e8s l\u2019injure lanc\u00e9e devant t\u00e9moins par l\u2019empereur furieux. Talleyrand se venge de l\u2019affront public, avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu\u2019il ait redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs, toujours \u00e0 propos de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838),<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on l\u2019avait fait grand chambellan en 1804, prince de B\u00e9n\u00e9vent en 1806, vice-grand \u00e9lecteur en 1807 \u2013 \u00ab\u00a0le seul vice qui lui manqu\u00e2t\u00a0\u00bb, dit Fouch\u00e9 en apprenant cet honneur.<\/p>\n<p>Le plus habile diplomate de notre histoire est aussi le plus corrompu. Il servira et trahira successivement tous les r\u00e9gimes, mais il respecte les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la France. Il voudrait surtout lui \u00e9viter cette course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, pr\u00e9visible d\u00e8s 1809. Fouch\u00e9, tout aussi intelligent et retors, pense et agit de m\u00eame.<\/p>\n<p>Outre ses <em>M\u00e9moires<\/em>, une bonne quinzaine de biographies, une abondante documentation et quelques fictions (comme <em>Le Souper<\/em> (1989) de Jean-Claude Brisville qui le met en sc\u00e8ne avec Fouch\u00e9, son comp\u00e8re et complice) \u2026 que faut-il en penser\u00a0? Un texte nous a sembl\u00e9 particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, forme et fond.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute sa vie Talleyrand a recherche\u0301 le plaisir, la situation sociale et l\u2019argent qui permet d\u2019y acc\u00e9der, voil\u00e0\u0300 le fond de son caract\u00e8re. Une grande famille, beaucoup d\u2019esprit, un gout raffine\u0301, une belle intelligence, un sens de la pr\u00e9vision presque divinatoire, une absence totale de scrupules, voil\u00e0\u0300 les outils dont il disposait. Une \u00e9poque troubl\u00e9e propice a\u0300 toutes les ambitions et a\u0300 tous les reniements, de la chance pour passer au travers des obstacles, voil\u00e0\u0300 les circonstances qui l\u2019ont servi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">JOURQUIN<\/span> (1935-2021), r\u00e9dacteur en chef de la <em>Revue du Souvenir Napol\u00e9onien<\/em> (mai juin 2000)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parfait r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019histoire. Il est devenu ministre des Relations ext\u00e9rieures en juillet 1797, sous le Directoire dont la corruption lui convient parfaitement. \u00ab\u00a0Nous allons faire une immense fortune\u00a0\u00bb a-t-il d\u00e9clare\u0301 devant t\u00e9moins a\u0300 l\u2019annonce de sa nomination. Il a vite compris qu\u2019un certain g\u00e9n\u00e9ral, vainqueur apr\u00e8s sa (premi\u00e8re) campagne Italie, peut devenir la puissance de demain, et il \u00e9crit aussit\u00f4t a\u0300 Bonaparte\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai besoin de me rassurer par le sentiment de ce que votre gloire doit apporter de moyens et de facilit\u00e9s dans les n\u00e9gociations [futur traite\u0301 de Campoformio]. Le nom seul de Bonaparte est un auxiliaire qui doit tout aplanir.\u00a0\u00bb Le g\u00e9n\u00e9ral appr\u00e9cie cette courtisanerie de haute vol\u00e9e. Le 26 octobre, Talleyrand r\u00e9cidive\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0\u0300 donc la paix faite, et une paix a\u0300 la Bonaparte.\u00a0\u00bb On ne saurait \u00eatre plus courtisan\u2026 et sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>Conviction personnelle et unique \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en est un but sup\u00e9rieur a\u0300 celui des int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais a\u0300 court terme. Talleyrand tentera pendant dix ans de refr\u00e9ner l\u2019esprit de conqu\u00eate de Napol\u00e9on qu\u2019il a, plus que quiconque pourtant, aide\u0301 a\u0300 prendre le pouvoir lors du coup d\u2019\u00c9tat 18 brumaire. Il fera tout pour dissuader l\u2019empereur de \u00ab\u00a0r\u00e9soudre le probl\u00e8me anglais\u00a0\u00bb en attaquant l\u2019Angleterre par la Manche, puis en recourant au Blocus. Rappelons que sous la Monarchie de Juillet, encore influent et actif (jusqu\u2019en Angleterre), il poussera Louis-Philippe \u00e0 l\u2019Entente cordiale (avec la reine Victoria), vision pr\u00e9monitoire qui fera de la Grande-Bretagne, l\u2019ennemie de toujours et de la Guerre de Cent Ans, notre premi\u00e8re et pr\u00e9cieuse alli\u00e9e dans les deux guerres mondiales du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0!<\/p>\n<p>Mais sous l\u2019Empire, d\u00e9mis de ses fonctions minist\u00e9rielles, Talleyrand se sent d\u00e9lie\u0301 de ses engagements a\u0300 servir un empereur peu clairvoyant et va s\u2019employer par tous moyens \u2013 y compris par la trahison \u2013 a\u0300 son objectif de paix durable europ\u00e9enne. Tout en ayant soin de monnayer ce bel id\u00e9al de traitre\u00a0: \u00ab\u00a0Quand M. de Talleyrand ne conspire pas, il trafique.\u00a0\u00bb C\u2019est Chateaubriand qui l\u2019a dit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est quelque chose d\u2019inexplicable que j\u2019ai en moi et qui porte malheur aux gouvernements qui me n\u00e9gligent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), cit\u00e9 par Charles-Maxime Villemarest,<em> M. de Talleyrand<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui lui avait demand\u00e9 comment il a pu voir la fin de tant de r\u00e9gimes. Preuve d\u2019un incommensurable orgueil et d\u2019un r\u00e9alisme politique confondant. Tel \u00e9tait son secret et tout le monde avait fini par le croire.<\/p>\n<h4>Le personnage de Cambac\u00e9r\u00e8s\u00a0: double myst\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 connu, mais discret,\u00a0 homosexuel et franc-ma\u00e7on.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 sa mort, il [ Cambac\u00e9r\u00e8s] totalise plus de quarante ann\u00e9es d\u2019appartenance aux ordres ma\u00e7onniques en g\u00e9n\u00e9ral.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Daniel <span class=\"caps\">LIGOU<\/span> (1921-2013), <em>Dictionnaire de la franc-ma\u00e7onnerie<\/em>, \u00ab\u00a0Cambac\u00e9r\u00e8s, Jean-Jacques Regis\u00a0\u00bb (2017)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de la franc-ma\u00e7onnerie est exclue du champ de l\u2019histoire universitaire classique jusqu\u2019au milieu du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle. Le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la fois complexe et secret s\u2019est structur\u00e9 au fil des si\u00e8cles autour d\u2019un grand nombre de rites et de traditions, d\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation d\u2019une multitude d\u2019ob\u00e9diences qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles.<\/p>\n<p>La franc-ma\u00e7onnerie a toujours fait l\u2019objet de nombreuses critiques et d\u00e9nonciations, aux motifs tr\u00e8s variables selon les \u00e9poques et les pays. En France, son influence st particuli\u00e8rement importante dans le milieu politique sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Difficile d\u2019ignorer ce fait, mais impossible d\u2019en mesurer les cons\u00e9quences, d\u2019o\u00f9 la discr\u00e9tion de notre<em> Histoire en citations<\/em> \u00e0 ce sujet. M\u00eame cas pour l\u2019homosexualit\u00e9, ph\u00e9nom\u00e8ne qui remonte \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 o\u00f9 la chose \u00e9tait fort bien admise et pas seulement chez les Grecs. Au fil de l\u2019Histoire, il est difficile de pr\u00e9ciser ce qui devient de plus en plus secret. Mais le cas de Cambac\u00e9r\u00e8s est quand m\u00eame tr\u00e8s particulier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on a rendez-vous avec l\u2019Empereur, on dit \u00e0 ces dames de prendre leurs cannes et leurs chapeaux et de foutre le camp.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> (1769-1821) \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s, un jour o\u00f9 l\u2019Archichancelier de l\u2019Empire arrivait en retard au rendez-vous, pr\u00e9textant avoir \u00e9t\u00e9 retenu par des dames<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homosexualit\u00e9 de Cambac\u00e9r\u00e8s est un secret\u2026 de Polichinelle. Elle ne fait aucun doute \u00e0 son \u00e9poque et l\u2019empereur est naturellement au courant, mais il peut s\u2019en irriter si la chose le g\u00eane en quoique ce soit. Le personnage joue malgr\u00e9 tout sur le para\u00eetre, au risque d\u2019un certain ridicule\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En public appelez-moi Altesse S\u00e9r\u00e9nissime, mais entre nous, il suffit que vous m\u2019appeliez Monseigneur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), au marquis d\u2019Aigrefeuille, l\u2019un de ses plus proches collaborateurs<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Reste l\u2019homme d\u2019\u00c9tat conscient de son importance, \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019un Talleyrand dont il fut parfois le rival ou le complice.<\/p>\n<p>Selon son biographe Pierre-Fran\u00e7ois Pinaud\u00a0: \u00ab\u00a0Il compte plut\u00f4t parmi ces grands commis, tout \u00e0 la fois habile politique et savant juriste, dont la seule religion est de servir l\u2019\u00c9tat quel que soit le r\u00e9gime et quel qu\u2019en soit le prix \u00e0 payer.\u00a0\u00bb C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019avis de l\u2019historien Hippolyte Taine\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne voulait jamais briller, mais \u00eatre utile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il reste avant tout comme le principal auteur du fameux Code civil \u00ab\u00a0de\u00a0\u00bb Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir longtemps march\u00e9 sur des ruines, il faut \u00e9lever le grand \u00e9difice de la l\u00e9gislation civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1526\" class=\"cit-num\">1526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), rapport fait \u00e0 la Convention nationale sur le premier projet de Code civil, 21\u00a0ao\u00fbt 1793.<em> Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1906), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juriste sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, nourri de la philosophie des Lumi\u00e8res, Jean-Jacques R\u00e9gis de Cambac\u00e9r\u00e8s parle au nom du Comit\u00e9 de l\u00e9gislation \u2013 une vingtaine de comit\u00e9s et sous-comit\u00e9s se r\u00e9partissent le travail par secteurs (finances, instruction publique, marine, guerre, etc.) et pr\u00e9parent les textes pour l\u2019Assembl\u00e9e. C\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de nos commissions sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cambac\u00e9r\u00e8s pr\u00e9sente son rapport le 9\u00a0ao\u00fbt, puis d\u00e9crit cet \u00ab\u00a0\u00e9difice simple dans sa structure, majestueux dans ses proportions, grand par sa simplicit\u00e9 m\u00eame, et d\u2019autant plus solide que n\u2019\u00e9tant point b\u00e2ti sur le sable mouvant des syst\u00e8mes, il s\u2019\u00e9l\u00e8vera sur la terre ferme des lois de la nature, et sur le sol vierge de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mis en chantier trois ans plus t\u00f4t par la Constituante, le projet sera trois fois rejet\u00e9\u00a0: trop long et pas assez r\u00e9volutionnaire, puis trop court, victime des courants politiques contraires\u2026 C\u2019est quand m\u00eame une \u00e9tape importante dans l\u2019histoire du droit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vaisseau de la R\u00e9publique, tant de fois battu par la temp\u00eate, touche d\u00e9j\u00e0 le rivage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1610\" class=\"cit-num\">1610<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), 9\u00a0octobre 1794. <em>Adresse de la Convention nationale au peuple fran\u00e7ais, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e dans la s\u00e9ance du 18 Vend\u00e9miaire, An\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, une et indivisible<\/em> (1794), Pierre J. Ruffin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cambac\u00e9r\u00e8s exprime ici le sentiment du pays qui veut la fin de la R\u00e9volution dans le calme. La r\u00e9action thermidorienne casse les instruments de la Terreur\u00a0: Commune de Paris supprim\u00e9e (remplac\u00e9e par des Commissions avec pr\u00e9sident \u00e9lu chaque mois), club des Jacobins ferm\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Alors que les prisons d\u00e9bordent et les d\u00e9nonciations s\u2019accumulent, la Convention va recourir \u00e0 l\u2019amnistie. Cambac\u00e9r\u00e8s a fort bien pu lui inspirer cette sagesse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la gloire comme pour le bonheur de la R\u00e9publique, il [le S\u00e9nat] proclame \u00e0 l\u2019instant m\u00eame Napol\u00e9on empereur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1791\" class=\"cit-num\">1791<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), pr\u00e9sident du S\u00e9nat et du Conseil d\u2019\u00c9tat, D\u00e9claration du 18\u00a0mai 1804.<em> Vie de Cambac\u00e9r\u00e8s, ex-archichancelier<\/em> (1824), Antoine Aubriet, Tourneux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une semaine avant, le S\u00e9nat conservateur (tel est son nom, h\u00e9rit\u00e9 du Consulat, le pr\u00e9c\u00e9dent r\u00e9gime) a vot\u00e9 \u2013 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 moins trois voix et deux abstentions \u2013 le projet de proclamation de l\u2019Empire. Et Cambac\u00e9r\u00e8s joue parfaitement son r\u00f4le de double pr\u00e9sident. Napol\u00e9on est aussi soucieux de la forme que du fond et le personnage est l\u2019homme de la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accepte le titre que vous croyez utile \u00e0 la gloire de la nation. Je soumets \u00e0 la sanction du peuple la loi d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re que la France ne se repentira jamais des honneurs dont elle environnera ma famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1792\" class=\"cit-num\">1792<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Adresse de l\u2019empereur \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s et au pays, 18\u00a0mai 1804. <em>Paroles et faits remarquables de Napol\u00e9on\u00a0: empereur des Fran\u00e7ais et roi d\u2019Italie (<\/em>1805), Napol\u00e9on Ier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moment solennel \u2013 il y en aura beaucoup d\u2019autres, dans cet Empire qui multiplie les symboles. Les mots sont tr\u00e8s forts, lourds de cons\u00e9quences, pour la France, et pour Napol\u00e9on qui a rev\u00eatu son uniforme de colonel de la garde.<\/p>\n<p>\u00c0 la demande de Cambac\u00e9r\u00e8s, on n\u2019attend pas la \u00ab\u00a0sanction du peuple\u00a0\u00bb, et la mise en application de la Constitution de l\u2019an X est imm\u00e9diate. Le r\u00e9sultat du pl\u00e9biscite pour l\u2019Empire \u00e9tait \u00e9vident\u00a0: plus de 3,5\u00a0millions de oui, 2\u00a0579 non (ao\u00fbt\u00a01804).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait l\u2019air de se promener au milieu de sa gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1839\" class=\"cit-num\">1839<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), archichancelier de l\u2019Empire et duc de Parme, parlant de Napol\u00e9on en 1809.<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cinqui\u00e8me coalition, qui r\u00e9unit l\u2019Angleterre et l\u2019Autriche en 1809, s\u2019est vite sold\u00e9e par la victoire de Napol\u00e9on sur l\u2019Autriche. D\u00e9faite par la Grande Arm\u00e9e \u00e0 Wagram (5 et 6\u00a0juillet), elle signe la paix de Vienne (14\u00a0octobre), perd 300\u00a0000\u00a0km2 et 3\u00a0500\u00a0000 habitants.<\/p>\n<p>L\u2019archichancelier est la charge honorifique cr\u00e9\u00e9e par Napol\u00e9on Ier et conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019ancien consul Cambac\u00e9r\u00e8s\u00a0: elle lui va si bien\u00a0! D\u00e9tenteur des sceaux qui viennent authentifier les titres de la noblesse d\u2019Empire nouvellement cr\u00e9\u00e9, il vit son heure gloire en m\u00eame temps que l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Il est le Souverain de l\u2019Europe\u00a0\u00bb reconnait Metternich le nouveau chancelier d\u2019Autriche. Cette domination culminera en 1811\u00a0: le Grand Empire comporte 130 d\u00e9partements qui r\u00e9uniront 45\u00a0millions de \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, plus 40\u00a0millions d\u2019habitants des \u00c9tats vassaux (Italie, Espagne, Naples, duch\u00e9 de Varsovie, Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin, Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique).<\/p>\n<p>Cambac\u00e9r\u00e8s quittera le pouvoir en 1815 apr\u00e8s la chute de l\u2019Empereur, exil\u00e9 un temps \u00e0 Bruxelles. De retour \u00e0 Paris en 1818 sous la Restauration, il vit \u00e0 l\u2019\u00e9cart du pouvoir, moqu\u00e9 et m\u00eame calomni\u00e9 par une campagne de caricatures contre son homosexualit\u00e9, qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0girouette\u00a0\u00bb pour son extr\u00eame prudence et sa capacit\u00e9 \u00e0 se maintenir au pouvoir \u00e0 travers les r\u00e9gimes. Il n\u2019est pas le seul dans ce cas. Mais il l\u2019est de mani\u00e8re caricaturale et fatalement d\u00e9mod\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0J&#8217;aime passionn\u00e9ment le myst\u00e8re, parce que j&#8217;ai toujours l&#8217;espoir de le d\u00e9brouiller.\u00a0\u00bb Charles BAUDELAIRE (1821-1867). Le Spleen de Paris (recueil posthume de po\u00e8mes en prose, 1869) Les myst\u00e8res ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique en leur temps, nourris par la rumeur &#8211; bien avant la presse, les r\u00e9seaux sociaux et toutes les \u00ab\u00a0autoroutes de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb\u00a0! [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":126,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10207","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10207","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10207"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10207\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12546,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10207\/revisions\/12546"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10207"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10207"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10207"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}