{"id":10216,"date":"2025-03-31T00:00:00","date_gmt":"2025-03-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lhistoire-en-caricatures-monarchie-de-juillet-et-deuxieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:21","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:21","slug":"lhistoire-en-caricatures-monarchie-de-juillet-et-deuxieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-monarchie-de-juillet-et-deuxieme-republique\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (monarchie de Juillet et Deuxi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-63.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a>Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span><\/h4>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sand.jpg\" width=\"570\" height=\"648\"><\/p>\n<p><em>De la femme faite homme et culott\u00e9e par la pipe<\/em>. G\u00e9rard Fontallard, Aujourd\u2019hui, Journal des ridicules, 15 octobre 1839.<\/p>\n<p>Le titre vaut citation et la caricature vise le double je(u) d\u2019un personnage hors norme du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FEMME<\/span> <span class=\"caps\">FAITE<\/span> <span class=\"caps\">HOMME<\/span> et culott\u00e9e par la pipe.<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette caricature donne \u00e0 voir une \u00e9trange George Sand. Posant l\u2019air de ne pas en avoir l\u2019air, v\u00eatue d\u2019une robe dont d\u00e9passent les sous-pieds d\u2019un pantalon, \u00e9crivant sans y penser \u00e0 la plume (de la main gauche et avec gaucherie\u00a0?) tout en fumant, elle s\u2019appuie n\u00e9anmoins sur ses premiers ouvrages\u00a0: <em>Indiana, L\u00e9lia, Mauprat.<\/em><\/p>\n<p>Il ou Elle\u00a0? Voire \u00ab\u00a0troisi\u00e8me sexe\u00a0\u00bb selon Flaubert\u00a0: ambigu\u00eft\u00e9 entretenue au fil d\u2019une vie litt\u00e9raire, politique, amoureuse, familiale incroyablement bien remplie. Comparable \u00e0 Colette (1873-1954) \u00e0 bien des \u00e9gards, George n\u2019est pas plus \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb qu\u2019elle, malgr\u00e9 ce qui fut dit et \u00e9crit\u00a0: tout et son contraire. Rappelons que le mot \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb appara\u00eet sous la plume d\u2019Alexandre Dumas fils (p\u00e8re de la <em>Dame aux cam\u00e9lias<\/em>) et d\u2019Hubertine Auclert, militante luttant pour le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 des femmes.<\/p>\n<p>George Sand, n\u00e9e Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, baronne Dudevant par son mariage, sera la femme la plus caricatur\u00e9e de notre Histoire \u2013 la mode est aux caricatures et le personnage \u00ab\u00a0m\u00e9diatique\u00a0\u00bb s\u2019y pr\u00eate avec talent, s\u2019exposant volontiers dans sa vie priv\u00e9e-publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je travaille la nuit, je monte \u00e0 cheval le jour, je joue au billard le soir, je dors le matin. C\u2019est toujours la m\u00eame vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle prend aussi le temps d\u2019\u00e9crire des lettres comme tous les Noms de l\u2019\u00e9poque. 26 volumes au total\u00a0!<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0Bonne Dame de Nohant\u00a0\u00bb fut tr\u00e8s populaire par ses romans humanitaires et rustiques. \u00ab\u00a0Le roi des romanciers modernes, c\u2019est une femme\u00a0\u00bb d\u00e9clare Jules Janin, prince des critiques. Balzac l\u2019admire, Flaubert comparera son amie \u00e0 un grand fleuve d\u2019Am\u00e9rique\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9normit\u00e9 et Douceur\u00a0\u00bb. Riche nature prompte \u00e0 se glisser \u00ab\u00a0dans la peau de [s]es bonshommes\u00a0\u00bb comme elle nomme ses personnages \u00ab\u00a0Je fais des romans, parce que c\u2019est une mani\u00e8re de vivre hors de moi.\u00a0\u00bb. Son th\u00e9\u00e2tre (une trentaine de pi\u00e8ces) lui rapporte encore plus.<\/p>\n<p>Un acharnement critique et sexiste s\u2019est d\u00e9cha\u00een\u00e9 contre celle qui prit en d\u00e9but de carri\u00e8re un pseudonyme masculin \u2013 inspir\u00e9 de son amant Jules Sandeau, avec George sans \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb (\u00e0 l\u2019anglaise) pour \u00eatre plus libre d\u2019\u00e9criture et de m\u0153urs. Infatigable \u00e0 sa table de travail, c\u2019est la Vache \u00e0 encre (Baudelaire), la Terrible Vache \u00e0 \u00e9crire (Sainte-Beuve ne l\u2019aime gu\u00e8re), la Vache laiti\u00e8re au beau style (Nietzsche ne la supporte pas), Miss Agenda pour sa ponctualit\u00e9 quand il faut remettre sa copie \u00e0 l\u2019\u00e9diteur ou au patron de presse (pour les romans publi\u00e9s d\u2019abord en feuilleton). Elle exasp\u00e9rait Musset son amant de Venise qui ignorait la ponctualit\u00e9, cr\u00e9ant toujours \u00ab\u00a0dans le g\u00e9nie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sand qui n\u2019a que du talent doit aussi nourrir sa petite famille (deux enfants), parfois ses amants, ses ami(e)s, entretenir sa ch\u00e8re maison de Nohant, un v\u00e9ritable domaine dans le Berry. Son \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb (terme qu\u2019elle contesterait) tient d\u2019abord \u00e0 son ind\u00e9pendance \u00e9conomique (Simone de Beauvoir en fera le premier atout indispensable au \u00ab\u00a0<em>Deuxi\u00e8me sexe<\/em>\u00a0\u00bb en 1949) et sa libert\u00e9 de m\u0153urs affich\u00e9e. Bien que passionn\u00e9e par la politique, elle ne fut jamais tent\u00e9e de se lancer dans l\u2019ar\u00e8ne comme Hugo et nombre de ses amis ou confr\u00e8res.\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sand_2.jpg\" width=\"330\" height=\"400\"><\/p>\n<p>Congr\u00e8s masculino-foemino-litt\u00e9raire.<em> Bulletin des modes ridicules<\/em> (1839).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour une exception heureuse, combien compterait-on de singes maladroits\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aujourd\u2019hui \u2013 Journal des Ridicules. \u00ab\u00a0Les Bas-Bleus\u00a0\u00bb, article d\u2019ouverture ressassant les lieux communs sur ce type de femmes (1839). Henri-G\u00e9rard Fontallard (1798-1843), dessinateur-lithographe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sand, debout en costume masculin, fumant d\u2019un air provocant, domine une petite assembl\u00e9e de \u00ab\u00a0bas-bleus\u00a0\u00bb (mot venu d\u2019Angleterre), aux allures de pr\u00e9cieuses ridicules\u00a0: Virginie Ancelot (romanci\u00e8re, auteure dramatique, m\u00e9morialiste, peintre et salonni\u00e8re), Eug\u00e9nie Foa (pionni\u00e8re de la litt\u00e9rature pour la jeunesse), Sophie Gay (\u00e9crivaine, compositrice et salonni\u00e8re). Delphine de Girardin est la plus connue\u00a0: \u00e9crivaine, po\u00e9tesse, nouvelliste, romanci\u00e8re, dramaturge, salonni\u00e8re et journaliste, elle a \u00e9pous\u00e9 le grand patron de presse \u00c9mile de Girardin. En costume d\u2019homme au premier plan, elle affectionne les pseudonymes masculins, Vicomte Charles Delaunay, L\u00e9o Lesp\u00e8s\u2026<\/p>\n<p>Ce cercle mondain boit bien \u2013 les fl\u00fbtes de champagne align\u00e9es en attestent. On \u00e9coute l\u2019oratrice fumant son cigare. On b\u00e2ille aussi, on s\u2019endort\u2026<\/p>\n<p>L\u2019image construite autour de George Sand, r\u00e9guli\u00e8rement caricatur\u00e9e en redingote, bouscule la binarit\u00e9 f\u00e9minin\/masculin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e. Certaines femmes cantonn\u00e9es \u00e0 la sph\u00e8re domestique usent de subterfuges pour mieux exister dans la sph\u00e8re publique r\u00e9serv\u00e9e aux hommes. C\u2019est le cas de George Sand qui parvient \u00e0 s\u2019imposer comme \u00e9crivaine et r\u00e9publicaine majeure de son temps. Passant alternativement du pi\u00e9destal au pilori, elle s\u2019accommodera de ce fait de soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s majoritairement antif\u00e9ministe, \u00e0 suivre jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution de 1848 et au-del\u00e0\u2026<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0fi\u00e8vre caricaturale\u00a0\u00bb qui, selon Baudelaire, saisit la France sous la Monarchie de Juillet, a trou\u00e9 une cible de choix. Elle sera caricatur\u00e9e pendant toute sa vie litt\u00e9raire, soit pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle\u00a0: ran\u00e7on d\u2019une popularit\u00e9 imm\u00e9diate dont on mesure mal aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9tendue. C\u2019est tout \u00e0 la fois la femme, la femme \u00e9crivain et la femme politique qui sont vis\u00e9es \u2013 et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 en prime\u00a0! \u00c0 cette ambigu\u00eft\u00e9 r\u00e9pond celle des r\u00e9actions de George Sand, avec sa capacit\u00e9 \u00e0 exploiter ces images, consciente d\u2019un \u00ab\u00a0pouvoir m\u00e9diatique en pleine expansion\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0George Sand fecit soi-m\u00eame\u00a0\u00bb <em>George Sand face \u00e0 sa caricature,<\/em> Mich\u00e8le Fontana, Presses universitaires de Saint-\u00c9tienne).<\/p>\n<p>Hugo pense et (r\u00e9)agit de m\u00eame. Mais en tant que femme, elle doit se battre contre tous les pr\u00e9jug\u00e9s de son \u00e9poque. Elle sera l\u2019\u00ab\u00a0exception heureuse\u00a0\u00bb qui confirme la r\u00e8gle\u2026 et annonce le f\u00e9minisme du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sand_3.jpg\" width=\"695\" height=\"938\"><\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me fiche bien de votre Mme <span class=\"caps\">SAND<\/span>\u2026 qui emp\u00eache les femmes de raccommoder les pantalons et qui est cause que les dessous de pied sont d\u00e9cousus\u00a0!\u2026 Il faut r\u00e9tablir le divorce\u2026 ou supprimer cet auteur-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1809-1879, s\u00e9rie <em>M\u0153urs conjugales<\/em> No 6, <em>Le Charivari,<\/em> 30 juin 1839. Mus\u00e9e Carnavalet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme au premier plan, plus ridicule que nature en savates, cale\u00e7on et chemise, ressemble furieusement \u00e0 la caricature de l\u2019auteur\u00a0jeune, avec son \u00ab\u00a0\u00e9tonnante bouille\u00a0\u00bb et son nez pro\u00e9minent\u00a0! C\u2019est d\u00e9j\u00e0 une forme d\u2019humour personnel de la part de Daumier.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pouse au second plan, lectrice vautr\u00e9e dans son fauteuil et toute \u00e0 sa lecture, se moque bien du mari. Mais la responsabilit\u00e9 de \u00ab\u00a0Mme Sand\u00a0\u00bb n\u2019est pas claire\u00a0: auteure de romans qui tournent la t\u00eate aux femmes et absorbent toute leur attention au d\u00e9triment des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res \u2026 ou instigatrice avou\u00e9e de la r\u00e9volte contre les maris\u00a0?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les <em>M\u0153urs conjugales<\/em>, la s\u00e9rie suivante des <em>\u00ab\u00a0Bas bleus\u00a0\u00bb<\/em> accentuera l\u2019opposition conjugale et la f\u00e9rocit\u00e9 des caricatures contre ces parangons des femmes auteures dont on ridiculise les pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/femme.jpg\" width=\"702\" height=\"984\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u2014 Une femme comme moi\u2026 remettre un bouton\u00a0?\u2026 vous \u00eates fou\u00a0!\u2026 <br>\u2014 Allons bon\u00a0!\u2026 voil\u00e0 qu\u2019elle ne se contente plus de porter les culottes\u2026 il faut encore qu\u2019elle me les jette \u00e0 la t\u00eate\u00a0!\u2026<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1809-1879), s\u00e9rie <em>Les Bas-Bleus<\/em> No 28, <em>Le Charivari<\/em>, 23 mai 1844<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La s\u00e9rie des <em>Bas-bleus<\/em>, compos\u00e9e de quarante planches publi\u00e9es dans <em>Le Charivari<\/em> de Philippon entre janvier et ao\u00fbt 1844, tourne en d\u00e9rision les femmes qui d\u00e9laissent vie de famille et t\u00e2ches domestiques au profit de leur travail intellectuel et s\u2019imposent dans un milieu exclusivement masculin.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie au titre pol\u00e9mique fait \u00e9cho \u00e0 une opinion de plus en plus d\u00e9favorable aux activit\u00e9s intellectuelles des femmes, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1840. Dans le d\u00e9cha\u00eenement satirique contre les pr\u00e9tentions f\u00e9minines, <em>Le Charivari<\/em> s\u2019en tient \u00e0 la misogynie traditionnelle. Daumier agit comme t\u00e9moin de l\u2019\u00e9volution et comme amplificateur du th\u00e8me, dans le premier quotidien illustr\u00e9 au monde, publi\u00e9 par son ami (et complice). Cette r\u00e9bellion domestique annonce les <em>Divorceuses<\/em> et les<em>\u00a0Femmes socialistes\u00a0<\/em>sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Ce dessin reprend le couple pr\u00e9c\u00e9dent des <em>M\u0153urs conjugales.<\/em> M\u00eame ridicule du mari en cale\u00e7on, chemise et pantoufles, mais la situation \u00e9volue. En 1839, l\u2019homme debout occupe le premier plan et prend l\u2019initiative de la querelle, s\u2019adressant \u00e0 la femme qui reste muette. En 1844, les deux personnages sont debout sur le m\u00eame plan et c\u2019est l\u2019affrontement. La sc\u00e8ne gagne en dynamisme et la femme est l\u2019\u00e9l\u00e9ment moteur. Son corps, tout en courbes et en mouvements qu\u2019il communique \u00e0 la culotte jet\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de l\u2019homme, s\u2019oppose \u00e0 la raideur statique du mari plus pitoyable qu\u2019odieux.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chateaubriand_merimee.jpg\" width=\"1000\" height=\"500\"><\/p>\n<p>Dessins-charges de membres de l\u2019Institut. Chateaubriand (mort en 1848) par Prosper M\u00e9rim\u00e9e (1803-1870) vers 1840. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>M\u00e9rim\u00e9e, c\u00e9l\u00e8bre pour sa <em>Carmen<\/em> (roman qui inspira l\u2019op\u00e9ra de Bizet), est peintre et dessinateur \u00e0 ses heures.<\/p>\n<p>Chateaubriand fut la cible de nombreuses caricatures le stigmatisant comme un \u00eatre r\u00e9actionnaire, opportuniste et orgueilleux. Il est ici repr\u00e9sent\u00e9 en vieillard chenu, \u00e9cras\u00e9 par le poids des ans.<\/p>\n<p>Pr\u00e9curseur du romantisme fran\u00e7ais, \u00e9crivain engag\u00e9, grand m\u00e9morialiste et homme politique, il est en bonne place dans <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em> Exemples\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sent \u00e0 Paris au d\u00e9but de la R\u00e9volution, il est tr\u00e8s choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb. Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte n\u2019est point grand par ses paroles, ses discours, ses \u00e9crits, par l\u2019amour des libert\u00e9s qu\u2019il n\u2019a jamais eu [\u2026] Il est grand pour avoir cr\u00e9\u00e9 un gouvernement r\u00e9gulier, un code de lois, des cours de justice, des \u00e9coles, une administration forte, active, intelligente [\u2026] Il est grand pour avoir fait rena\u00eetre en France l\u2019ordre au sein du chaos [\u2026] Il est grand surtout pour \u00eatre n\u00e9 de lui seul, pour avoir su, sans autre autorit\u00e9 que celle de son g\u00e9nie, se faire ob\u00e9ir par trente-six millions de sujets [\u2026] Il est grand pour avoir surpass\u00e9 tous les vainqueurs qui le pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent, pour avoir rempli dix ann\u00e9es de tels prodiges qu\u2019on a peine aujourd\u2019hui \u00e0 les comprendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1685\" class=\"cit-num\">1685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le styliste manie en ma\u00eetre l\u2019anaphore (r\u00e9p\u00e9tition, en termes de rh\u00e9torique). Les relations personnelles du grand \u00e9crivain et du grand homme se g\u00e2teront sous l\u2019Empire, mais quand l\u2019\u00e9migr\u00e9, enfin radi\u00e9 de la liste, rentre en France en 1800, l\u2019admiration est totale pour Bonaparte \u2013 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, en 1804.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire dans ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1892\" class=\"cit-num\">1892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En politique, il a vocation d\u2019\u00e9ternel opposant. \u00c9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, s\u00e9v\u00e8re pour Napol\u00e9on \u00e0 la mort du duc d\u2019Enghien, il commence par \u00eatre ultraroyaliste sous les Bourbons de retour, ayant bient\u00f4t rang de ministre, pair de France, ambassadeur, avant de se retrouver dans l\u2019opposition au pouvoir en place, aux c\u00f4t\u00e9s des lib\u00e9raux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai aid\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir celle de nos libert\u00e9s qui les vaut toutes, la libert\u00e9 de la presse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2003\" class=\"cit-num\">2003<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste mod\u00e9r\u00e9, il m\u00e8ne sous Charles X une campagne pour les libert\u00e9s publiques dans <em>Le Journal des d\u00e9bats<\/em> et \u00e0 la Chambre contre le minist\u00e8re Vill\u00e8le qui multiplie les lois r\u00e9actionnaires. Les pairs modifient tant et si bien la loi sur la presse que Vill\u00e8le retire son projet, le 17\u00a0avril 1827. Et Paris illumine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des hommes qui, apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 la R\u00e9publique une et indivisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, \u00e0 l\u2019Empire en une seule, \u00e0 la premi\u00e8re Restauration, \u00e0 l\u2019Acte additionnel aux constitutions de l\u2019Empire, \u00e0 la seconde Restauration, ont encore quelque chose \u00e0 pr\u00eater \u00e0 Louis-Philippe\u00a0; je ne suis pas si riche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2059\" class=\"cit-num\">2059<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>De la Restauration et de la Monarchie \u00e9lective<\/em> (1830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand joint le geste aux mots de cette brochure \u00e9crite au lendemain de la R\u00e9volution de Juillet. Il renonce \u00e0 son titre et \u00e0 sa pension de pair de France, attitude d\u2019autant plus digne que toute la fin de sa vie sera empoisonn\u00e9e par des probl\u00e8mes d\u2019argent.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/hugo_1.jpg\" width=\"1024\" height=\"512\"><\/p>\n<p>Panth\u00e9on charivarique. Caricature de Victor Hugo par Benjamin Roubaud dit Benjamin, Le Charivari, 24 d\u00e9cembre 1841. Paris-Mus\u00e9es, Maison de Victor Hugo.<\/p>\n<p>Galerie Litt\u00e9raire N\u00b03 \/ Mr <span class=\"caps\">V.H.<\/span> \u00ab\u00a0La plus forte t\u00eate romantique\u00a0\u00bb en 1836, Benjamin Roubaud, Maison de Victor Hugo, Hauteville House, Guernesey.<\/p>\n<p>Autoportrait charge de Benjamin Roubaud en 1842. Maison de Balzac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ego Hugo\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0La plus forte t\u00eate romantique\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Portrait le plus connu de sa p\u00e9riode romantique, sign\u00e9 Benjamin Roubaud dit Benjamin, petit g\u00e9nie de la caricature (et peintre), comparable \u00e0 Daumier son conf\u00e8re au <em>Charivari<\/em>, mais mort \u00e0 35 ans du paludisme \u00e0 Alger.<\/p>\n<p>Adoss\u00e9 aux tours de Notre-Dame (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son premier grand roman dat\u00e9 de 1831), assis sur ses \u0153uvres, Hugo soutient son front immense. Ses admirateurs lui mettent un pied sur le Th\u00e9\u00e2tre Fran\u00e7ais (qu\u2019il a r\u00e9volutionn\u00e9 avec \u00ab\u00a0la bataille d\u2019Hernani\u00a0\u00bb et les Gilets rouges en 1830), l\u2019autre pied \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (o\u00f9 il est enfin admis cette ann\u00e9e 1841). En bas, au centre, sur une \u00e9chelle, des petits personnages entassent dans un coffre des sacs d\u2019or \u2013 ses succ\u00e8s populaires rapportent une fortune au grand bourgeois de la Litt\u00e9rature \u2013 tandis que des Lilliputiens tentent en vain de le faire chuter. Critique malicieuse \u00e0 son opportunisme politique, au sommet de la tour gauche de Notre-Dame, trois oriflammes affichent\u00a0: \u00ab\u00a0Ode \u00e0 la Restauration\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Ode \u00e0 la R\u00e9volution de Juillet\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Ode \u00e0 l\u2019Empire\u00a0\u00bb. En bas \u00e0 droite, un sabbat de sorci\u00e8res, allusion au recueil de jeunesse \u00ab\u00a0Odes et ballades\u00a0\u00bb. C\u2019est dire la charge r\u00e9f\u00e9rentielle de cette caricature\u00a0!<\/p>\n<p>Le critique d\u2019art Eug\u00e8ne Bouvy en restitue la dimension (en 1902)\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas critiquer les dessinateurs qui voient si juste et si loin\u00a0; ce beau dessin a bien sa valeur, autrement de valeur que plus d\u2019un portrait officiel. D\u2019un trait il r\u00e9sumait la vie de l\u2019homme, sa marche \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements, sa course glorieuse et c\u2019\u00e9tait bien peu de malice que de montrer les fant\u00f4mes, les diableries, les sorci\u00e8res des Odes et Ballades qui avaient fait la fortune de l\u2019\u00e9crivain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le front gigantesque qui deviendra la signature visuelle de Hugo appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en 1833, dans un dessin-charge de Michel Delaporte. Benjamin fixe les traits distinctifs de la caricature en prolongeant le front d\u2019une ample chevelure peign\u00e9e en arri\u00e8re, qui va illustrer des g\u00e9n\u00e9rations de manuels scolaires\u00a0! Daumier accentuera la posture du lutteur \u2013 t\u00eate baiss\u00e9e, bras crois\u00e9s, visage ferm\u00e9. L\u2019\u00e9pop\u00e9e hugolienne et hugol\u00e2tre est lanc\u00e9e.<\/p>\n<p>Selon le moment de sa carri\u00e8re, le po\u00e8te est souvent accompagn\u00e9 d\u2019objets symboliques de son \u0153uvre ou son g\u00e9nie,\u00a0 la cath\u00e9drale de Paris, des piles de livres, des \u00e9tendards, une lyre. On le retrouvera v\u00eatu d\u2019une toge en 1877\u2026 Il finit par \u00eatre associ\u00e9 aux forces de la nature \u2013 le soleil, la mer, avant d\u2019entrer au Panth\u00e9on terrestre et divin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/posterite.jpg\" width=\"700\" height=\"234\"><\/p>\n<p>Le Grand Chemin de la post\u00e9rit\u00e9 (Planche 01\u00a0: \u00ab\u00a0Les romantiques en cort\u00e8ge\u00a0\u00bb), 1842-1843, par Benjamin Roubaud. Paris-Mus\u00e9es, Maison de Balzac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le laid, c\u2019est le beau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le beau n\u2019a qu\u2019un type\u00a0; le laid en a mille\u00a0\u00bb. Cette phrase tir\u00e9e de la pr\u00e9face de Cromwell dit l\u2019essentiel de l\u2019esth\u00e9tique de Victor Hugo. La laideur le fascine, parce qu\u2019elle est multiple et \u00e9nigmatique.<\/p>\n<p>Brandissant la banni\u00e8re marqu\u00e9e de ces mots \u00ab\u00a0Le laid, c\u2019est le beau\u00a0\u00bb), mont\u00e9 sur son cheval ail\u00e9, P\u00e9gase romantique, Hugo le \u00ab\u00a0roi des Hugol\u00e2tres\u00a0\u00bb, arm\u00e9 de sa bonne lame de Tol\u00e8de, est suivi par le cort\u00e8ge de ses admirateurs fid\u00e8les. Il emm\u00e8ne en croupe Th\u00e9ophile Gautier (\u00ab\u00a0gilet rouge\u00a0\u00bb en t\u00eate de la bataille d\u2019Hernani), Cassagnac, Francis Wey et Paul Foucher (fr\u00e8re de Mme Hugo). Eug\u00e8ne Sue fait effort pour se hisser \u00e0 leur niveau et Dumas, charg\u00e9 de ses livres (\u00e9crits \u00e0 la cha\u00eene et en \u00e9quipe) presse le pas, tandis que Lamartine, dans les nuages, se \u00ab\u00a0livre \u00e0 ses m\u00e9ditations politiques, po\u00e9tiques et religieuses\u00a0\u00bb\u2026 Suivent Souli\u00e9 port\u00e9 par le diable, Balzac, Vigny, L\u00e9on Gozlan, Viennet, Casimir Delavigne \u00e9crasant son fr\u00e8re Germain, Joseph M\u00e9ry, Jacques-Fran\u00e7ois Ancelot travesti et Virginie Ancelot, survol\u00e9 par Alphonse Karr, romancier et journaliste.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Grand Chemin de la post\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb renforce la notori\u00e9t\u00e9 de Benjamin (Roubaud)\u00a0: s\u00e9rie tr\u00e8s originale de trois grandes planches lithographi\u00e9es tout en longueur (140 x 27 cm) mettant en sc\u00e8ne sous forme de cort\u00e8ges humoristiques les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s du monde litt\u00e9raire et artistique de l\u2019\u00e9poque\u00a0: plus de 140 personnages en action, avec r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur nom, leur th\u00e9\u00e2tre, agr\u00e9mentant le tout de formules humoristiques, allusions et bons mots. On y retrouve nombre de personnages ayant d\u00e9j\u00e0 figur\u00e9 dans les portraits-charges du \u00ab\u00a0Panth\u00e9on charivarique\u00a0\u00bb. Le dessin est toujours travaill\u00e9, pr\u00e9cis, expressif et fourmille de d\u00e9tails.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re planche qui met en sc\u00e8ne les hommes de lettres, romanciers, auteurs dramatiques, feuilletonistes et journalistes est la plus connue. La deuxi\u00e8me est la charge des artistes du Th\u00e9\u00e2tre Fran\u00e7ais, de l\u2019Od\u00e9on, de la Porte Saint-Martin, de la Ga\u00eet\u00e9, de l\u2019Ambigu, du Cirque. La troisi\u00e8me s\u2019attaque aux artistes de l\u2019Op\u00e9ra, de l\u2019Op\u00e9ra-Comique, du Gymnase, du Vaudeville, des Vari\u00e9t\u00e9s. Rappelons que le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e est le si\u00e8cle du spectacle roi \u2013 avant la concurrence du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9, du sport et de la civilisation d\u2019autres loisirs.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/hugo_daumier.jpg\" width=\"432\" height=\"624\"><\/p>\n<p>Victor Hugo caricatur\u00e9 par Honor\u00e9 Daumier, <em>Le Charivari,<\/em> 20 juillet 1849.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux \u00eatre Chateaubriand ou rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Lettre de 1821<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une autre version d\u2019Ego Hugo, Daumier reprenant le portrait-charge de son confr\u00e8re Benjamin (Roubaud) qui fit sa caricature en 1839, dans le Panth\u00e9on charivarique\u00a0: \u00ab\u00a0O l\u2019\u00e9tonnante bouille, o la bonne figure\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Daumier accentue ici la posture du lutteur \u2013 t\u00eate baiss\u00e9e, bras crois\u00e9s, visage ferm\u00e9. Tr\u00e8s t\u00f4t, Hugo choisit d\u2019accepter l\u2019image que la presse donne de lui et quelle qu\u2019elle puisse \u00eatre. Sand eut la m\u00eame intelligence d\u2019une situation difficilement contr\u00f4lable\u2026 et finalement favorable \u00e0 leur destin m\u00e9diatique exceptionnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout article est bon\u00a0! Pour b\u00e2tir votre monument, tout est bon\u00a0! Que les uns y apportent leur marbre, les autres leur moellon\u00a0! Rien n\u2019est inutile\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), confidence \u00e0 Antoine Fontaney en avril 1832, cit\u00e9 par Wikip\u00e9dia, Caricatures de Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo et Juliette Drouet furent longtemps abonn\u00e9s au Charivari dont ils se plaisaient \u00e0 d\u00e9couper certains articles et dessins. Il existe une lettre d\u2019Hugo \u00e0 Balzac pour le prier d\u2019emp\u00eacher la parution d\u2019un article particuli\u00e8rement acerbe sur son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, mais il ne s\u2019est jamais oppos\u00e9 \u00e0 la publication de portraits-charges.<\/p>\n<p>Le temps venu de la photographie, il usera de ce nouveau medium, posant pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 face \u00e0 la mer, en exil \u00e0 Jersey (1852) puis Guernesey (\u00e0 partir de 1855). Passionn\u00e9 par ce nouvel art, \u00ab\u00a0en collaboration avec le soleil\u00a0\u00bb et posant face \u00e0 la mer, certaines r\u00e9alisations nous apparaissent aujourd\u2019hui comme des caricatures \u2013 mais l\u2019exc\u00e8s fait partie du g\u00e9nie hugolien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce si\u00e8cle avait deux ans. Rome rempla\u00e7ait Sparte.<br>D\u00e9j\u00e0 Napol\u00e9on per\u00e7ait sous Bonaparte,<br>Et du Premier Consul d\u00e9j\u00e0 par maint endroit<br>Le front de l\u2019empereur brisait le masque \u00e9troit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1728\" class=\"cit-num\">1728<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Feuilles d\u2019automne<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1802. C\u2019est aussi l\u2019ann\u00e9e de naissance du po\u00e8te qui domine le si\u00e8cle. Son p\u00e8re deviendra g\u00e9n\u00e9ral et comte d\u2019Empire. Chantre de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne, Hugo jouera \u00e0 ce titre \u2013 et \u00e0 bien d\u2019autres \u2013 un vrai r\u00f4le politique, dans l\u2019histoire de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2178\" class=\"cit-num\">2178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), devise de<em> L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, juillet\u00a01848-septembre\u00a01851<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La formule est emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848. Le po\u00e8te qui a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des <em>Burgraves<\/em> en 1843) entre sur la sc\u00e8ne politique pour une nouvelle vie de r\u00e9publicain combattant.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/balzac-1.jpg\" width=\"381\" height=\"500\"><\/p>\n<p>Caricature de Balzac, Panth\u00e9on charivarique. Benjamin Roubaud, Entre 1838 et 1842. Maison de Balzac.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation, comme bien souvent \u2013 rappelons que Benjamin est rarement l\u2019auteur des textes, mais il doit les approuver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certain que les succ\u00e8s l\u2019engraissent dans sa lutte\u00a0; <br>Et d\u00e9sirant fort s\u2019amincir <br>Balzac de tems en tems se permet une ch\u00fbte <br>Mais de nouveaux succ\u00e8s l\u2019emp\u00eachent de maigrir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dramaturge aux manuscrits rejet\u00e9s par les th\u00e9\u00e2tres, imprimeur malheureux en affaires se r\u00e9fugiant en Touraine pour fuir ses cr\u00e9anciers, journaliste fustigeant le lib\u00e9ralisme au nom de ses convictions l\u00e9gitimistes, Balzac a transpos\u00e9 son ambition et sa ph\u00e9nom\u00e9nale \u00e9nergie dans tous ses projets. Il travaille jusqu\u2019\u00e0 18 heures par jour, dop\u00e9 au caf\u00e9 par une cinquantaine de tasses, saisi par l\u2019urgence de livrer au monde son inspiration g\u00e9niale\u2026 et de payer ses dettes.<\/p>\n<p>C\u2019est plus que tout un prodigieux observateur des m\u0153urs, doubl\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0visionnaire passionn\u00e9\u00a0\u00bb (selon Baudelaire). Les quelque 90 romans de sa <em>Com\u00e9die humaine<\/em> (titre inspir\u00e9 de la<em> Divine com\u00e9die<\/em> de Dante) avaient d\u2019abord pour titre<em> \u00c9tudes sociales\u00a0<\/em>: les jeux politiques de la nouvelle monarchie install\u00e9e dans l\u2019histoire entre deux r\u00e9volutions y sont croqu\u00e9s sans indulgence, et le personnage de Rastignac entre dans la galerie des grands classiques. Thiers sert de mod\u00e8le \u00e0 ce bourgeois avide d\u2019argent et de pouvoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous ces pr\u00e9tendus hommes politiques sont les pions, les cavaliers, les tours ou les fous d\u2019une partie d\u2019\u00e9checs qui se jouera tant qu\u2019un hasard ne renversera pas le damier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2038\" class=\"cit-num\">2038<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850),<em> Monographie de la presse parisienne<\/em> (1842)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme presque tous les g\u00e9nies de son temps, Balzac est tent\u00e9 par la politique. Il renonce. Il mourra \u00e9puis\u00e9 de travail et de caf\u00e9s, \u00e0 51 ans.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/brute.jpg\" width=\"575\" height=\"248\"><\/p>\n<p>Caricature de Jean-Jacques Grandville, \u00ab\u00a0l\u2019Homme descend vers la brute\u00a0\u00bb,<em> Le Magasin pittoresque<\/em> (1843).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/physiogonomie.jpg\" width=\"799\" height=\"419\"><\/p>\n<p>Caricatures animales inspir\u00e9es de la Physiogonomie. Croquis de Jean-Jacques Grandville.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a quatre mots clefs pour d\u00e9chiffrer le r\u00e9bus que pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre de Grandville\u00a0: Observation, Science, Fantaisie et Satire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872),<em> Histoire de l\u2019art dramatique en France depuis vingt-cinq ans<\/em> (1858-1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Daumier, Benjamin Roubaud et Grandville sont les trois plus grands caricaturistes de l\u2019\u00e9poque. Daumier eut tout le temps d\u2019exprimer son g\u00e9nie, mais Benjamin meurt \u00e0 35 ans du paludisme \u00e0 Alger, et Grandville \u00e0 43 ans, mentalement et physiquement bris\u00e9 par les deuils familiaux (sa premi\u00e8re femme et leurs trois enfants).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mont\u00e9\u00a0\u00bb de Nancy \u00e0 Paris, log\u00e9 un temps chez une cousine mari\u00e9e \u00e0 un r\u00e9gisseur de l\u2019Op\u00e9ra-comique, Grandville conna\u00eet bien le monde des \u00e9crivains, des peintres et des com\u00e9diens. Il caricature les artistes courant apr\u00e8s la renomm\u00e9e de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (Victor Hugo, Alexandre Dumas et m\u00eame Balzac) et le microcosme pompeux des salons organis\u00e9s par Delphine de Girardin.<\/p>\n<p>Il repr\u00e9sente la coexistence entre l\u2019homme et l\u2019animal\u00a0dans \u00ab\u00a0Sc\u00e8nes de la vie priv\u00e9e et publique des animaux\u00a0\u00bb. Les types sociaux sont reconnaissables par des attributs ou des comportements\u00a0: le dandy se change en lion vaniteux, la jeune mari\u00e9e prend les traits d\u2019une brebis apeur\u00e9e, les bourgeois fiers et hautains se muent en oiseaux aux longs cous.\u00a0 Il a lu Buffon, fr\u00e9quent\u00e9 le Jardin des Plantes. Il \u00e9labore un commerce fructueux en vendant des planches comiques o\u00f9 sont dessin\u00e9es plusieurs t\u00eates de formes diff\u00e9rentes (L\u2019Animalomanie, \u00c9tude phr\u00e9nologique).<\/p>\n<p>Nombre de caricaturistes s\u2019inspirent de la physiognomonie, un courant intellectuel inspir\u00e9 des travaux de Cuvier, de Geoffroy Saint-Hilaire et de Gall qui postule l\u2019analogie entre les traits du visage, la complexion d\u2019un individu et son caract\u00e8re, sa personnalit\u00e9. Cette th\u00e8se et les courants analogues (craniologie, phr\u00e9nologie, etc.) alors en vogue ont une r\u00e9percussion indubitable sur la pens\u00e9e et l\u2019\u0153uvre de Grandville.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la physiognomonie\u2026 Depuis l\u2019Antiquit\u00e9, on consid\u00e8re que \u00ab\u00a0le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb (Cic\u00e9ron) et que le caract\u00e8re d\u2019un homme peut \u00eatre per\u00e7u par l\u2019\u00e9tude de ses traits de son visage. Johann-Kaspar Lavater, th\u00e9ologien helv\u00e9tique (1741-1801) th\u00e9orise sa m\u00e9thode de morphopsychologie sous le nom de \u00ab\u00a0physiognomonie\u00a0\u00bb. Son \u0153uvre a fait l\u2019objet d\u2019une traduction fran\u00e7aise\u00a0: Essai sur la physionomie ou l\u2019art de conna\u00eetre les hommes. Cette th\u00e9orie conna\u00eet une grande popularit\u00e9 au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e chez des romanciers comme Balzac dans sa<em> Com\u00e9die humaine.<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 partir de la physiognomonie, on va d\u00e9river vers une classification des hommes fond\u00e9e sur leurs traits physiques,\u00a0 avec le criminologue italien Cesare Lombroso\u00a0: L\u2019homme criminel \/ Cesare Lombroso, 1887 \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le d\u00e9lit de faci\u00e8s (aujourd\u2019hui d\u00e9lit de sale gueule) n\u2019\u00e9tait pas sanctionn\u00e9 , la th\u00e9orie du lombrosianisme fait fureur.<\/p>\n<p>Elle aura de graves cons\u00e9quences m\u00e9dicales, p\u00e9nales \u2013 un physique de criminel ne fait pas un criminel\u00a0! Dans le domaine de la caricature, ce sera l\u2019antis\u00e9mitisme pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame dans l\u2019Affaire Dreyfus\u2026 dans l\u2019entre-deux-guerres et la politique hitl\u00e9rienne, le statut des juifs, les pers\u00e9cutions\u2026<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">DEUXI\u00c8ME<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9PUBLIQUE<\/span><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lamartine.jpg\" width=\"760\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Lamartine caricatur\u00e9 par Am\u00e9d\u00e9e Charles Henri, Vicomte de No\u00e9 (1818-1879) dit Cham,<em> Le Charivari<\/em> (1850).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, [\u2026] en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2154\" class=\"cit-num\">2154<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em> (posthume). <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps note toutes ses impressions, dans son Journal. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent et l\u2019antith\u00e8se hugolienne fait mouche.<\/p>\n<p>Reste l\u2019injustice de la caricature et de l\u2019histoire qui retient cette image f\u00e9minine de Lamartine, auteur \u00e9l\u00e9giaque du <em>Lac<\/em> et autres <em>M\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/em> (1820). Son r\u00f4le fut d\u00e9cisif \u00e0 la fin de la Monarchie de Juillet et surtout \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019enthousiasme fanatique et double de la R\u00e9publique que je fonde et de l\u2019ordre que je sauve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2145\" class=\"cit-num\">2145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848.<em> <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: les grands auteurs fran\u00e7ais du programme<\/em> (1968), Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 en politique avec la r\u00e9volution de 1830, l\u2019auteur doit continuer d\u2019\u00e9crire pour des raisons financi\u00e8res \u2013 son<em> Histoire des Girondins<\/em> fait encore r\u00e9f\u00e9rence. Mais la R\u00e9publique va le mobiliser \u00e0 plein temps et plein c\u0153ur.<\/p>\n<p>Depuis son discours du 27\u00a0janvier 1843 qui le mit \u00e0 la t\u00eate de l\u2019opposition de gauche \u00e0 la Monarchie de Juillet, Lamartine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9. Il a conduit le peuple \u00e0 la r\u00e9volution rendue in\u00e9vitable par l\u2019aveuglement des conservateurs et le voil\u00e0 port\u00e9 au pouvoir en f\u00e9vrier\u00a01848, par une sorte d\u2019unanimit\u00e9 dont la fragilit\u00e9 et surtout l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 vont \u00e9clater dans les semaines qui viennent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son lyrisme fait merveille, aux grandes heures du si\u00e8cle romantique.<\/p>\n<p>La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, il a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville. Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour, et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gigogne.jpg\" width=\"771\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>La Gigogne politique de 1848 Caricature r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Bourges en 1848 \u00e0 partir de la collection romantique d\u2019Adolphe Jullien. Publi\u00e9e par Eug\u00e8ne Gaucher dans <em>Le Monde illustr\u00e9<\/em>, 16 ao\u00fbt 1884.<\/p>\n<p>Caricature de George Sand en gigogne politique. Plus belle femme que nature, g\u00e9ante avec la cravache \u00e0 la main, entour\u00e9e d\u2019une foule de personnes la fuyant ou lui faisant la r\u00e9v\u00e9rence, elle voit sortir de sous sa robe des hommes minuscules \u2013 d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0gigogne\u00a0\u00bb. Ce sont des prot\u00e9g\u00e9s qu\u2019elle a su placer, gens, parents ou amis\u2026<\/p>\n<p>Le dessin rejoint les diffamations \u00e9crites \u2013 suite aux passions soulev\u00e9es par L\u00e9lia, Fran\u00e7ois le Champi, Elle et Lui et autres \u00e9crits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0! Quel r\u00eave\u00a0! [\u2026] On est fou, on est ivre, on est heureux de s\u2019\u00eatre endormi dans la fange et de se r\u00e9veiller dans les cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2150\" class=\"cit-num\">2150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, 9\u00a0mars 1848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s populaire par ses romans humanitaires et rustiques, la Dame de Nohant se pr\u00e9cipite \u00e0 Paris et s\u2019enthousiasme comme ses confr\u00e8res pour la R\u00e9publique. Elle fonde <em>La Cause du Peuple<\/em> (hebdomadaire dont Sartre fera revivre le nom et qui deviendra <em>Lib\u00e9ration<\/em>), elle ne pense plus qu\u2019\u00e0 la politique, le proclame, et s\u2019affiche aux c\u00f4t\u00e9s de Barb\u00e8s (\u00e9meutier r\u00e9volutionnaire lib\u00e9r\u00e9 de prison gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9cente r\u00e9volution), Louis Blanc et Ledru-Rollin (membres du gouvernement provisoire).<\/p>\n<p>Sand fut pressentie pour \u00eatre candidate aux \u00e9lections par le Journal f\u00e9ministe <em>la Voix des femmes<\/em>, diffus\u00e9 du 20 mars 1848 au 20 juin 1848 par l\u2019\u00e9crivaine et journaliste Eug\u00e9nie Niboyet, apr\u00e8s l\u2019abdication du roi Louis-Philippe.\u00a0 Elle refusa cat\u00e9goriquement \u2013 en cela, Sand n\u2019\u00e9tait pas f\u00e9ministe au sens donn\u00e9 plus tard \u00e0 ce mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement est compos\u00e9 d\u2019hommes excellents pour la plupart, tous un peu incomplets et insuffisants \u00e0 une t\u00e2che qui demanderait le g\u00e9nie de Napol\u00e9on et le c\u0153ur de J\u00e9sus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2155\" class=\"cit-num\">2155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, mars\u00a01848. <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00ab\u00a0hommes excellents\u00a0\u00bb, Lamartine en t\u00eate, sont des r\u00e9publicains radicaux et surtout mod\u00e9r\u00e9s, d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition sous la Monarchie de Juillet \u2013 Ledru-Rollin, Marie, Dupont de l\u2019Eure, Garnier-Pag\u00e8s, Arago le savant \u2013 ou des journalistes de gauche \u2013 Marrast, r\u00e9dacteur du <em>National<\/em>, Flocon de <em>La R\u00e9forme<\/em> \u2013 et quelques socialistes impos\u00e9s par les forces r\u00e9volutionnaires \u2013 Louis Blanc, Albert, un m\u00e9canicien.<\/p>\n<p>Le plus dur est \u00e0 venir, mais apr\u00e8s une premi\u00e8re s\u00e9rie de d\u00e9crets les premiers jours, ce gouvernement a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb se rendre impopulaire en augmentant les imp\u00f4ts de 45\u00a0%, d\u2019o\u00f9 le m\u00e9contentement des paysans. Toute la province se m\u00e9fie \u00e0 pr\u00e9sent des d\u00e9cisions venues de Paris. Les circulaires du radical Ledru-Rollin passent mal \u00e0 Bordeaux, Besan\u00e7on, Beauvais, Troyes. Il faut la caution de Lamartine pour rassurer les mod\u00e9r\u00e9s qu\u2019effraient aussi les premi\u00e8res manifestations de rues dans la capitale \u2013 le 17\u00a0mars, pour retarder la date des \u00e9lections, report\u00e9es au 23\u00a0avril.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bosredon.jpg\" width=\"726\" height=\"1024\"><\/p>\n<p><em>L\u2019Urne et le fusil,<\/em> gravure illustrant le r\u00e9tablissement du suffrage universel (masculin) par d\u00e9cret du 5\u00a0mars 1848, Louis-Marie Bosredon (1815-1881). <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>Illustrateur, caricaturiste, ouvrier parisien, Bosredon a particip\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution de 1848. Son nom reste associ\u00e9 \u00e0 cette \u0153uvre patriotique. La l\u00e9gende vaut citation, ici plus que jamais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c7a, c\u2019est pour l\u2019ennemi du dehors\u00a0; pour le dedans, voici comme l\u2019on combat loyalement les adversaires\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"13\" class=\"cit-num\">13<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Identifi\u00e9 par son v\u00eatement, un ouvrier abandonne son fusil pour d\u00e9poser un bulletin de vote. Dans cette sc\u00e8ne all\u00e9gorique, le suffrage universel est symbolis\u00e9 par une urne antique \u00e9loign\u00e9e des urnes r\u00e9elles, qui rattache la proc\u00e9dure aux sources les plus anciennes.<\/p>\n<p>L\u2019all\u00e9gorie pr\u00e9sente la nouvelle institution comme une conqu\u00eate populaire justifiant d\u2019autant plus que l\u2019on d\u00e9pose les armes. Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019objectif de tous les insurg\u00e9s, ni m\u00eame de la plupart d\u2019entre eux, mais l\u2019id\u00e9e s\u2019en imposa. Au-del\u00e0 de cette interpr\u00e9tation imm\u00e9diate de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848 propos\u00e9e par les r\u00e9publicains \u2013 l\u2019abandon des armes pour le vote a valeur d\u2019exhortation -, la violence r\u00e9volutionnaire mena\u00e7ait toujours, de nombreuses armes \u00e9taient aux mains de la population parisienne et le succ\u00e8s du suffrage universel restait incertain. L\u2019insurrection populaire de juin 1848 confirmera ces craintes, tout en donnant l\u2019occasion aux forces de l\u2019ordre de d\u00e9sarmer la population parisienne.<\/p>\n<p>Rappelons que la France, comme en 1792, est le premier \u00c9tat du monde \u00e0 s\u2019engager dans cette voie. D\u2019autres pays vont l\u2019imiter en Europe, mais l\u2019\u00e9chec des r\u00e9volutions de 1848 en reportera l\u2019application \u00e0 plus tard. Pour l\u2019heure, on passe de 250\u00a0000 \u00e9lecteurs (suffrage censitaire) \u00e0 plus de 9\u00a0millions.<\/p>\n<p>Le suffrage universel (masculin) apparait pour certains comme une solution face \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition des r\u00e9volutions (1789, 1830, 1848). Le peuple laisse de c\u00f4t\u00e9 la violence\u00a0: plus besoin de renverser un dirigeant par la force, la R\u00e9publique permet d\u2019en changer par le vote. L\u2019ouvrier repr\u00e9sent\u00e9 ne se d\u00e9barrasse pas pour autant de son arme\u00a0! Il la garde pour les ennemis ext\u00e9rieurs qui pourraient menacer la France. Victor Hugo d\u00e9fend la m\u00eame id\u00e9e dans le texte\u00a0: \u00ab\u00a0Le suffrage universel, en donnant un bulletin \u00e0 ceux qui souffrent, leur \u00f4te le fusil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout Fran\u00e7ais est \u00e9lecteur,<br>Quel bonheur\u00a0! moi, tailleur,<br>Toi, doreur, lui, paveur,<br>Nous v\u2019l\u00e0 z\u2019au rang d\u2019homme [\u2026]<br>Faut savoir c\u2019qu\u2019on nomme.<br>Sachons bien, sachons bien<br>\u00c9lire un homme de bien,<br>Craignons bien, craignons bien<br>D\u2019prendre un propre \u00e0 rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2157\" class=\"cit-num\">2157<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), <em>Le Vote universel<\/em> (1848), chanson. <em>Chansons nationales et populaires de France<\/em> (1866), Th\u00e9ophile Marion Dumersan, No\u00ebl S\u00e9gur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On reconna\u00eet la \u00ab\u00a0fibre politique\u00a0\u00bb de l\u2019auteur rendu c\u00e9l\u00e8bre par <em>L\u2019Internationale<\/em> \u2013 n\u00e9e sous la Commune en 1871,\u00a0 mis en musique en 1888 par un ouvrier tourneur Pierre Degeyter, chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Congr\u00e8s de Lille du Parti ouvrier en 1896, devenu alors l\u2019hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais en 1899.<\/p>\n<p>Ce 5\u00a0mars 1848, le peuple chante le r\u00e9tablissement du suffrage universel. C\u2019est la fin des abus du r\u00e9gime censitaire, mais aussi le d\u00e9but d\u2019une course aux suffrages qui va d\u00e9favoriser la gauche\u2026 Le principe, d\u00e9finitivement acquis, n\u2019en reste pas moins tr\u00e8s populaire. Sur les 9\u00a0millions d\u2019\u00e9lecteurs, il y aura 86\u00a0% de votants.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1848, la r\u00e9volution parisienne a surpris tout le monde et la fuite rapide du roi Louis-Philippe laissait bien d\u00e9pourvus les nouveaux dirigeants improvis\u00e9s. Devant des ouvriers en armes et \u00e9chauff\u00e9s, l\u2019\u00e9loquence de Lamartine fit merveille, avec sa promesse lanc\u00e9e dans la salle Saint-Jean de l\u2019H\u00f4tel de Ville d\u2019instituer le suffrage universel. Celui-ci n\u2019\u00e9tait propos\u00e9 par aucun programme politique\u00a0! Le d\u00e9cret du 5 mars 1848 avait d\u2019abord vocation \u00e0 ramener le calme.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 d\u2019un moment historique dat\u00e9 de la r\u00e9volution de 1848, la substitution du bulletin de vote au fusil visait un sens de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et universelle\u00a0: le rejet d\u00e9mocratique de la violence politique. Les promoteurs du suffrage universel avaient partiellement convaincu les partisans de l\u2019ordre en r\u00e9ussissant \u00e0 organiser les premi\u00e8res \u00e9lections d\u2019avril 1848 et \u00e0 d\u00e9montrer que le vote populaire n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9volutionnaire par essence, qu\u2019il pouvait m\u00eame se r\u00e9v\u00e9ler conservateur\u2026 Dans un pays et un si\u00e8cle agit\u00e9s par le cours incessant et ruineux des r\u00e9volutions, le suffrage universel devint, non sans difficult\u00e9s et \u00e0 la suite d\u2019une longue s\u00e9rie d\u2019\u00e9lections r\u00e9guli\u00e8res, le \u00ab\u00a0souffle r\u00e9gulier de la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/divorceuses.jpg\" width=\"700\" height=\"906\"><\/p>\n<p>Les Divorceuses, Planche n\u00b01, Daumier, 4 ao\u00fbt 1848, <em>Le Charivari.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyennes\u2026 on fait courir le bruit que le divorce est sur le point de nous \u00eatre refus\u00e9\u2026 constituons-nous ici en permanence et d\u00e9clarons que la patrie est en danger\u00a0!\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"14\" class=\"cit-num\">14<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s <em>Les Bas-bleus<\/em> et <em>Les Femmes socialistes, Les Divorceuses<\/em>, suite de six planches publi\u00e9es dans <em>Le Charivari,<\/em> d\u2019ao\u00fbt \u00e0 octobre 1848, continuent \u00e0 se moquer de l\u2019engagement public des femmes.\u00a0<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re planche met en sc\u00e8ne le tumulte d\u2019un club de femmes\u00a0: violence du mouvement de l\u2019oratrice dont le bras tendu, la chevelure en d\u00e9sordre, la bouche ouverte sur le cri, signifient le d\u00e9cha\u00eenement\u00a0; tribune prise d\u2019assaut\u00a0; d\u2019autres bras lev\u00e9s signifient que les femmes ont l\u2019habitude de crier toutes en m\u00eame temps dans ce genre d\u2019assembl\u00e9e, la sonnette de la pr\u00e9sidente, \u00e0 l\u2019horizontale, s\u2019agitant dans une vaine fr\u00e9n\u00e9sie. La l\u00e9gende compl\u00e8te ces signes de la fureur des femmes en r\u00e9volte\u00a0: la reprise parodique des formules r\u00e9volutionnaires de 1792 produit, pour le lecteur de 1848, un effet grotesque, d\u00fb \u00e0 la disproportion entre le mot d\u2019ordre et sa cause\u00a0! Tout se passe comme si les proc\u00e9d\u00e9s de la caricature pouvaient \u00eatre d\u2019autant plus gros que la question du divorce para\u00eet, en ao\u00fbt 1848, d\u00e9finitivement class\u00e9e, comme inepte et sans fondement. Mais la s\u00e9rie continue\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/divorceuses_2.jpg\" width=\"401\" height=\"500\"><\/p>\n<p>Les Divorceuses, Planche n\u00b06, Daumier, 1848,<em> Le Charivari.<\/em> Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toast, port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des femmes par des femmes d\u00e9j\u00e0 furieusement \u00e9mancip\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Daumier ironise avec cruaut\u00e9\u00a0: \u00e0 en juger par la posture des personnages, le verre est loin d\u2019\u00eatre le premier. L\u2019artiste apporte sa contribution \u00e0 la caricature antif\u00e9ministe dont le peintre \u00c9douard de Beaumont s\u2019\u00e9tait fait une sp\u00e9cialit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/femme_socialiste.jpg\" width=\"757\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1809-1879), <em>Les Femmes socialistes<\/em>, s\u00e9rie d\u2019Honor\u00e9 Daumier (1849).<em> Le Charivari,<\/em> 23 mai 1849<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! vous \u00eates mon mari, ah\u00a0! vous \u00eates le ma\u00eetre\u2026. eh\u00a0! bien moi, j\u2019ai le droit de vous flanquer \u00e0 la porte de chez vous\u2026.\u00a0 Jeanne Deroin me l\u2019a prouv\u00e9 hier soir\u00a0! \u2026. allez vous expliquer avec elle\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"16\" class=\"cit-num\">16<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore contraintes \u00e0 recoudre des boutons, ou emp\u00each\u00e9es de rejoindre leurs fr\u00e8res d\u2019action publique, les femmes s\u2019\u00e9pancheront aupr\u00e8s d\u2019autres femmes et porteront leur r\u00e9volte hors du foyer conjugal. De s\u00e9rie en s\u00e9rie, apr\u00e8s <em>Les M\u0153urs conjugales<\/em> (1839) et <em>Les Bas bleus<\/em> (1844), on reconstitue le trajet d\u2019une r\u00e9volte allant de la r\u00e9sistance silencieuse \u00e0 l\u2019affrontement d\u00e9clar\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019association avec d\u2019autres femmes au sein de r\u00e9unions litt\u00e9raires, puis politiques. Le tr\u00e8s r\u00e9publicain Daumier le r\u00e9publicain n\u2019est pas du tout f\u00e9ministe\u00a0au sens o\u00f9 nous l\u2019entendons\u00a0! Mais c\u2019est un homme de son \u00e9poque et la tr\u00e8s f\u00e9ministe Jeanne Deroin pr\u00eache pour l\u2019heure en vain.<\/p>\n<p>Un bref r\u00e9capitulatif historique s\u2019impose pour \u00e9viter tout anachronisme\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, enti\u00e8rement compos\u00e9e d\u2019hommes, est aussi incomp\u00e9tente pour faire les lois qui r\u00e9gissent une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e d\u2019hommes et de femmes, que le serait une assembl\u00e9e compos\u00e9e de privil\u00e9gi\u00e9s pour discuter les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, ou une assembl\u00e9e de capitalistes pour soutenir l\u2019honneur du pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2195\" class=\"cit-num\">2195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jeanne <span class=\"caps\">DEROIN<\/span> (1805-1894). <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1977), Ma\u012bt\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste, elle a fait placarder cette proclamation sur les murs de Paris lors de la campagne pour les \u00e9lections \u00e0 la L\u00e9gislative \u2013 la Constituante du 23\u00a0avril 1848 ayant purement et simplement interdit aux femmes d\u2019assister aux r\u00e9unions politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme qui voterait les lois, discuterait le budget, administrerait les deniers publics, ne pourrait \u00eatre qu\u2019un homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2081\" class=\"cit-num\">2081<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">NODIER<\/span> (1780-1844), <em>L\u2019Europe litt\u00e9raire<\/em> (mars 1832)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pionnier du mouvement romantique en France, h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res et amoureux des auteurs de la Renaissance, Nodier ne peut \u00eatre class\u00e9 comme un r\u00e9actionnaire. C\u2019est seulement un homme de son temps \u2013 consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme tr\u00e8s misogyne ou phallocrate.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9jug\u00e9 vient de loin, remontant aux philosophes grecs de l\u2019Antiquit\u00e9, universellement cit\u00e9s et respect\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a un principe bon qui a cr\u00e9\u00e9 l\u2019ordre, la lumi\u00e8re et l\u2019homme\u00a0; il y a un principe mauvais qui a cr\u00e9\u00e9 le chaos, les t\u00e9n\u00e8bres et la femme.\u00a0\u00bb Pythagore, l\u2019homme du th\u00e9or\u00e8me \u00e9ponyme, s\u2019exprime ainsi au <span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle avant J.-C. Et le christianisme n\u2019arrange rien, si l\u2019on en croit saint Thomas, l\u2019un des douze ap\u00f4tres de J\u00e9sus\u00a0: \u00ab\u00a0La femme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e plus imparfaite que l\u2019homme, m\u00eame quant \u00e0 son \u00e2me.\u00a0\u00bb. Et si l\u2019on \u00e9coute Saint Augustin (354-430)\u00a0: \u00ab\u00a0Homme, tu es le ma\u00eetre, la femme est ton esclave, c\u2019est Dieu qui l\u2019a voulu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les f\u00e9ministes devront d\u00e9ployer beaucoup de talent et de courage pour faire \u00e9voluer l\u2019opinion et les m\u0153urs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne formons plus deux clans\u00a0: celui des femmes du peuple et celui des privil\u00e9gi\u00e9es. Que notre int\u00e9r\u00eat nous lie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2082\" class=\"cit-num\">2082<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Tribune des femmes<\/em> (1832), premier article du premier num\u00e9ro, ao\u00fbt\u00a01832. <em>Histoire du f\u00e9minisme fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0I (1977), Ma\u00eft\u00e9 Albistur, Daniel Armogathe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce journal des saint-simoniennes s\u2019exprime un courant f\u00e9ministe dont Flora Tristan est la plus illustre repr\u00e9sentante\u00a0: fille d\u2019un noble p\u00e9ruvien, femme du graveur Andr\u00e9 Chazal (et grand-m\u00e8re du peintre Gauguin), elle lutte pour le divorce, l\u2019amour libre, les droits de la femme, l\u2019union des ouvriers de tous m\u00e9tiers et de tous pays. S\u00e9par\u00e9e de son mari, voyageuse et militante infatigable, sa vie est un roman.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Naturellement, et par une de ces lois providentielles o\u00f9 le droit et le fait se confondent, le droit de suffrage n\u2019appartient pas aux femmes. La Providence a vou\u00e9 les femmes \u00e0 l\u2019existence domestique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2124\" class=\"cit-num\">2124<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>La D\u00e9mocratie pacifique<\/em>, 10 janvier 1847. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot fera le bonheur des histoires du f\u00e9minisme et des dictionnaires de la misogynie. Le replacer dans son contexte n\u2019y change rien \u2013 \u00e0 l\u2019inverse du fameux \u00ab\u00a0Enrichissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb Il faut seulement le resituer dans son \u00e9poque et rappeler \u00e0 quel point le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle est dur au sexe faible, avec son Code civil, sa mode du corset qui coupe le souffle aux femmes du monde (d\u2019o\u00f9 les \u00e9vanouissements pas toujours feints\u00a0!) et le travail aux champs comme \u00e0 l\u2019usine, qui \u00e9puise les femmes du peuple (et les enfants).<\/p>\n<p>La Deuxi\u00e8me R\u00e9publique ne sera pas plus favorable aux femmes et le socialiste Proudhon ne se montre pas plus indulgent que Guizot, ministre de la droite chr\u00e9tienne, conservatrice et r\u00e9actionnaire, sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui que le droit du travail est le premier de tous les droits [\u2026] je viens, au nom du travail, affirmer les droits politiques des femmes, la moiti\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2161\" class=\"cit-num\">2161<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin Olinde <span class=\"caps\">RODRIGUES<\/span> (1794-1851), Discours \u00e0 la Bourse, 30\u00a0avril 1848. 1848, <em>Le Livre du centenaire<\/em> (1948), Charles Moulin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Disciple du p\u00e8re Enfantin, rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole socialiste saint-simonienne qui accueille un courant f\u00e9ministe, il parle devant les travailleurs et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique fond\u00e9e sur la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, doit reconna\u00eetre d\u00e9sormais au travail des femmes autant et plus de droits que l\u2019ancien r\u00e9gime n\u2019en reconnut autrefois \u00e0 leur oisivet\u00e9 f\u00e9odale.\u00a0\u00bb Avec le droit du travail qui reconna\u00eet enfin des droits aux travailleurs, le gouvernement provisoire de la nouvelle R\u00e9publique a aussi proclam\u00e9 (25 f\u00e9vrier 1848) le droit au travail, encore plus r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez tyrans portant culotte\u00a0!<br>Femmes, notre jour est venu\u00a0;<br>Point de piti\u00e9, mettons en vote<br>Tous les torts du sexe barbu\u00a0!<br>Notre patience est \u00e0 bout,<br>Debout, V\u00e9nusiennes, debout [\u2026]<br><em>Refrain<\/em><br>Libert\u00e9 sur nos fronts verse tes chauds rayons,<br>Tremblez, tremblez, maris jaloux,<br>Respect aux cotillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2162\" class=\"cit-num\">2162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise de <span class=\"caps\">CHAUMONT<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle),<em> La Marseillaise des femmes<\/em> (ou <em>Marseillaise des cotillons<\/em>), chanson de 1848. <em>L\u2019Illustration,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1848), J.\u00a0Dubouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00ab\u00a0V\u00e9nusiennes\u00a0\u00bb chantent et d\u00e9filent, jupes retrouss\u00e9es, corsage en bataille, jeunes ouvri\u00e8res vivant parfois en communaut\u00e9 \u00e0 la mode saint-simonienne. <em>La Marseillaise,<\/em> parmi tous les chants de l\u2019histoire de France, est le plus constamment repris, parodi\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, exploit\u00e9 en d\u2019innombrables versions. C\u2019est la ran\u00e7on du succ\u00e8s, disons m\u00eame de la gloire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019absence des femmes qui permet aux hommes d\u2019aborder journellement les questions s\u00e9rieuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2196\" class=\"cit-num\">2196<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Am\u00e9liorations \u00e0 introduire dans nos m\u0153urs et nos habitudes parlementaires<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parler ici de misogynie serait p\u00e9cher par anachronisme. Rappelons qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, m\u00eame une \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb comme George Sand repousse l\u2019id\u00e9e de la femme entrant en politique.<\/p>\n<p>Il faut attendre encore un\u00a0si\u00e8cle et le pr\u00e9ambule de la Constitution de 1946 pour que soit reconnu en France le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre hommes et femmes dans tous les domaines \u2013 y compris le vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne comprenons pas plus une femme l\u00e9gislatrice qu\u2019un homme nourrice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2197\" class=\"cit-num\">2197<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Le Peuple<\/em>, mai 1849<em>. Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit aussi, en janvier 1849, dans <em>L\u2019Opinion des femmes<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La femme ne peut \u00eatre que m\u00e9nag\u00e8re ou courtisane.\u00a0\u00bb Bien que socialiste, Proudhon s\u2019inscrit dans la logique de son temps et de cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne savons si, en fait d\u2019aberrations \u00e9tranges, le si\u00e8cle o\u00f9 nous sommes est appel\u00e9 \u00e0 voir se r\u00e9aliser \u00e0 quelque degr\u00e9 celle-ci\u00a0: l\u2019\u00e9mancipation des femmes. Nous croyons que non.\u00a0\u00bb (<em>La Libert\u00e9,<\/em> 15 avril 1848).<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l&#8217;italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson. Mani\u00e8re originale de revoir l\u2019Histoire en citations, on [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":265,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10216","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10216"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10216\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12113,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10216\/revisions\/12113"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}