{"id":10236,"date":"2025-03-24T00:00:00","date_gmt":"2025-03-23T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lhistoire-en-caricatures-de-la-restauration-a-la-monarchie-de-juillet\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:21","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:21","slug":"lhistoire-en-caricatures-de-la-restauration-a-la-monarchie-de-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-de-la-restauration-a-la-monarchie-de-juillet\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (de la Restauration \u00e0 la Monarchie de Juillet)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-64.jpg\" width=\"150\" height=\"200\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a>Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">RESTAURATION<\/span> et <span class=\"caps\">CENT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JOURS<\/span><\/h4>\n<p>L\u2019imprimerie, la satire et la caricature concourent \u00e0 la libert\u00e9\u0301 d\u2019expression.<\/p>\n<p>Pauvre au d\u00e9but de l\u2019Histoire, pl\u00e9thorique \u00e0 partir du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, la caricature s\u2019adresse \u00e0\u0300 un public non lettr\u00e9 et permet de saisir plus rapidement qu\u2019un texte les enjeux d\u2019un d\u00e9bat politique \u2013 en prime, elle trouve un g\u00e9nie en la personne de Daumier (1808-1879).<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/girouette.jpg\" width=\"763\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>La Girouette Politique et Litt\u00e9raire ou Passe-temps de la Fortune. Anonyme, vers 1815. <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<p>Voici quatre personnages de l\u2019Empire, un acad\u00e9micien, un d\u00e9put\u00e9, un s\u00e9nateur, un mar\u00e9chal, occupant un rang \u00e9lev\u00e9 dans \u00ab\u00a0l\u2019Ordre de la Girouette\u00a0\u00bb\u00a0: les poches bien garnies d\u2019opinions de rechange ayant cours sous la Royaut\u00e9 comme sous l\u2019Empire, ils tournent dans tous les sens au moindre souffle de la Fortune (incarn\u00e9e par une femme nue), seule puissance qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8rent.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019en une g\u00e9n\u00e9ration, la France aura v\u00e9cu sept changements de r\u00e9gimes\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le matin, royaliste,<br>Je dis\u00a0: \u00ab\u00a0vive Louis\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Le soir, bonapartiste,<br>Pour l\u2019Empereur j\u2019\u00e9cris,<br>Suivant la circonstance,<br>Toujours changeant d\u2019avis,<br>Je mets en \u00e9vidence<br>L\u2019aigle ou la fleur de lys.\u00a0\u00bb<span id=\"1894\" class=\"cit-num\">1894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Girouette<\/em> (1814), chanson anonyme. <em>Histoire secr\u00e8te de Paris<\/em> (1980), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-titr\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Couplet d\u00e9di\u00e9 \u00e0 M. Benjamin Constant, ci-devant royaliste, puis conseiller d\u2019\u00c9tat de Bonaparte, et en dernier r\u00e9sultat redevenu royaliste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Suisse d\u2019origine, amant de Mme\u00a0de Sta\u00ebl et grand \u00e9crivain, il a regard\u00e9 la R\u00e9volution des quatre coins de l\u2019Europe o\u00f9 il m\u00e8ne \u00ab\u00a0une vie errante et d\u00e9cousue\u00a0\u00bb. Benjamin Constant n\u2019est pas le seul \u00e0 faire preuve d\u2019opportunisme, en cette \u00e9poque de changements de r\u00e9gime. Particuli\u00e8rement intelligent, irr\u00e9solu, faible jusqu\u2019\u00e0 la l\u00e2chet\u00e9, romancier de sa propre vie, brillant orateur, il est particuli\u00e8rement en vue. Sous la Restauration, il peut \u00eatre rang\u00e9 dans l\u2019opposition de gauche, comme lib\u00e9ral et monarchiste parlementaire.<\/p>\n<p>En un spectaculaire retournement de situation, cet anti-bonapartiste qui clamait publiquement\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019irai pas, mis\u00e9rable transfuge, me tra\u00eener d\u2019un pouvoir \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb\u2026 accepte de r\u00e9diger pour Napol\u00e9on l\u2019Acte additionnel aux Constitutions de l\u2019Empire, promulgu\u00e9 le 22 avril 1815 sous les Cent Jours. Mais l\u2019empereur abdique une seconde fois (22 juin) apr\u00e8s la d\u00e9faite de Waterloo. La seconde Restauration commence\u2026 avec son nouveau cort\u00e8ge de ralliements.<\/p>\n<p>Les commentateurs ont longtemps tenu le lib\u00e9ralisme de Benjamin Constant pour une rationalisation de l\u2019\u00e9go\u00efsme et de l\u2019int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel, ou comme un \u00e9cran id\u00e9ologique au triomphe d\u2019un gouvernement \u00e9litiste. Ces reproches, comme ceux qui associent le personnage \u00e0 une girouette, datent de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il vit et l\u2019historien pol\u00e9miste Henri Guillemin (1903-1992) s\u2019en est fait l\u2019un des plus bruyants porte-parole.<\/p>\n<p>Les travaux plus r\u00e9cents sur les \u00e9crits et la pens\u00e9e de Constant ont invalid\u00e9 cette vision. L\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre est reconnue, loin des images de girouette\u00a0: tant que les principes qu\u2019il promeut peuvent \u00eatre appliqu\u00e9s, peu lui importe le mode de gouvernement (r\u00e9publique, Empire ou monarchie constitutionnelle), d\u2019o\u00f9 cette image qui lui a longtemps coll\u00e9 \u00e0 la peau de serviteur d\u00e9loyal aux r\u00e9gimes qui l\u2019emploient.<\/p>\n<p>Autre personnage politique encore plus expos\u00e9, intelligent et retors, Talleyrand\u00a0!<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand-1.jpg\" width=\"810\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019homme aux six t\u00eates\u00a0\u00bb, 15 avril 1815. <em>Le Nain jaune<\/em>, journal de Cauchois-Lemaire (1814-1815).<\/p>\n<p>Caricature de Talleyrand pr\u00e9sent\u00e9 avec six t\u00eates, criant respectivement\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le Roi\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vive l\u2019Empereur\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vive le 1er Consul\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vive la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vive les notables\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vive\u00a0!\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux que, pendant des si\u00e8cles, on continue \u00e0 discuter sur ce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9, ce que j\u2019ai pens\u00e9 et ce que j\u2019ai voulu.\u00a0\u00bb<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), cit\u00e9 par Louis Madelin dans sa biographie, <em>Talleyrand<\/em> (1944)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mission accomplie\u00a0! Ha\u00ef ou admir\u00e9, Talleyrand demeure l\u2019un des personnages les plus \u00e9nigmatiques de l\u2019histoire de France.<\/p>\n<p>En biographe inspir\u00e9, Madelin d\u00e9roule le film d\u2019une vie exceptionnelle, de la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la Monarchie de Juillet. Tour \u00e0 tour \u00e9v\u00eaque apostat, ministre du Directoire, de Napol\u00e9on et de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, l\u2019homme ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 sa caricature de girouette corrompue\u00a0! Indispensable \u00e0<\/p>\n<p>Napol\u00e9on dans la conduite des Affaires \u00e9trang\u00e8res, ministre des Relations ext\u00e9rieures presque sans interruption de 1797 \u00e0 1807, il d\u00e9missionne car il d\u00e9sapprouve la politique expansionniste de Napol\u00e9on. Il s\u2019oppose \u00e0 lui par la fermet\u00e9 de ses principes en faveur des libert\u00e9s fondamentales et de l\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en, t\u00e9moignant au congr\u00e8s de Vienne (1814-1815) d\u2019une hauteur de vue et d\u2019une habilet\u00e9 diplomatique qui lui vaudront l\u2019estime des vrais hommes d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Il fut surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb en raison de son infirmit\u00e9, mais aussi de la haine que lui vouaient ses ennemis\u00a0: \u00ab\u00a0ultras\u00a0\u00bb (pour qui il \u00e9tait un r\u00e9volutionnaire), \u00c9glise catholique (se souvenant de la confiscation des biens de l\u2019\u00c9glise sous la R\u00e9volution), jacobins (pour qui il \u00e9tait un tra\u00eetre \u00e0 la R\u00e9volution), bonapartistes (qui lui reprochaient la \u00ab\u00a0trahison d\u2019Erfurt\u00a0\u00bb avec le tsar de Russie en 1808)\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus habile diplomate de notre histoire servira et trahira successivement tous les r\u00e9gimes, mais il respecte les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la France. Il voudrait surtout lui \u00e9viter cette course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, \u00ab\u00a0le commencement de la fin\u00a0\u00bb pr\u00e9visible d\u00e8s 1809. Fouch\u00e9 son comparse (\u00e0 la Police), tout aussi intelligent et retors, pense et agit de m\u00eame. Mais il a beaucoup de sang sur les mains et Talleyrand juge l\u2019homme pour ce qu\u2019il vaut\u00a0: \u00ab\u00a0Fouch\u00e9 a le plus grand m\u00e9pris pour l\u2019esp\u00e8ce humaine parce qu\u2019il s\u2019est beaucoup \u00e9tudi\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On me croit immoral et machiav\u00e9lique, je ne suis qu\u2019impassible et d\u00e9daigneux.\u00a0\u00bb<span id=\"1788\" class=\"cit-num\">1788<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 Lamartine. <em>Talleyrand<\/em> (1936), comte de Saint-Aulaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il savait d\u00e9guiser sa pens\u00e9e, sans jamais pratiquer la \u00ab\u00a0langue de bois\u00a0\u00bb si courante en politique\u00a0!<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisant son propos, il s\u2019opposait \u00e0 son d\u00e9funt ami au d\u00e9but de la R\u00e9volution, le c\u00e9l\u00e8bre Orateur du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau \u00e9tait un grand homme, mais il lui manquait le courage d\u2019\u00eatre impopulaire. Sous ce rapport, voyez, je suis plus homme que lui\u00a0: je livre mon nom \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations et \u00e0 tous les outrages de la foule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un floril\u00e8ge de ses mots pour la plupart emprunt\u00e9s \u00e0 ses <em>M\u00e9moires<\/em> (prudemment posthumes) donne de lui un autoportrait plus vrai que nature\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien\u00a0; je jouis des honneurs de l\u2019exag\u00e9ration.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0 \u00a0<br>\u00ab\u00a0La parole a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l\u2019homme pour d\u00e9guiser sa pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le mensonge est une si excellente chose qu\u2019il ne faut pas en abuser.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0L\u2019esprit sert \u00e0 tout, mais il ne m\u00e8ne \u00e0 rien.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tout ce qui est excessif est insignifiant.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Qui n\u2019a pas les moyens de ses ambitions a tous les soucis.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Le meilleur moyen de renverser un gouvernement, c\u2019est d\u2019en faire partie.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Les r\u00e9gimes passent, la France reste. Parfois en servant un r\u00e9gime avec ardeur, on peut trahir tous les int\u00e9r\u00eats de son pays, mais en servant celui-ci on est s\u00fbr de ne trahir que des intermittences.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand_diable.jpg\" width=\"1024\" height=\"854\"><\/p>\n<p>Mr Tout-\u00e0-tous ou Le Mod\u00e8le de reconnaissance au Congr\u00e8s de Vienne.\u00a0<span class=\"caps\">BNF<\/span>.\u00a0 Portrait \u00e0 charge de Talleyrand, avril 1815. Anonyme.<\/p>\n<p>Talleyrand, assis \u00e0 son bureau, r\u00e9dige la d\u00e9claration du Congr\u00e8s de Vienne r\u00e9duite \u00e0 ces mots\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Puissances d\u00e9clarent que Napol\u00e9on s\u2019est plac\u00e9 hors des relations civiles et sociales, et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 la vindicte publique.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1294-1350), avant la bataille du mont Cassel, 23\u00a0ao\u00fbt 1328. <em>Les Proverbes\u00a0: histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons fran\u00e7ais<\/em> (1860), Jos\u00e9phine Amory de Langerack<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces termes lui sont dict\u00e9s \u00e0 l\u2019oreille par le diable au moyen d\u2019un cornet acoustique.<\/p>\n<p>Sur cette caricature, l\u2019attitude de Talleyrand s\u2019inspire de son portrait peint sous l\u2019Empire par Fran\u00e7ois G\u00e9rard. L\u2019artiste (anonyme) cherche \u00e0 convaincre le spectateur de l\u2019ingratitude du ministre vis-\u00e0-vis de son ancien souverain, d\u2019o\u00f9 le titre \u00ab\u00a0Mr Tout-\u00e0-tous ou le Mod\u00e8le de reconnaissance au Congr\u00e8s de Vienne\u00a0\u00bb. Les dessinateurs s\u2019inspirent mutuellement\u00a0: \u00ab\u00a0Tout-\u00e0-tous\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 une pr\u00e9c\u00e9dente caricature dans le journal satirique <em>Le Nain Jaune<\/em>, Talleyrand \u00e9tant nomm\u00e9 chef du nouvel \u00ab\u00a0ordre de la Girouette\u00a0\u00bb. Va-t-il se rallier \u00e0 l\u2019Empire\u00a0?<\/p>\n<p>Ajoutons que Talleyrand est souvent associ\u00e9 au diable. Ex-\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun, il a pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9. Parjure, excommuni\u00e9 et mari\u00e9, exil\u00e9 sous la Terreur, il est vilipend\u00e9 par les royalistes et catholiques qui critiquent ses m\u0153urs, son incontestable app\u00e2t du gain et son adh\u00e9sion aux principes r\u00e9volutionnaires. Tandis que son pied bot lui vaut le surnom de \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb (r\u00e9f\u00e9rence au roman de Le Sage publi\u00e9 en 1707).<\/p>\n<p>En mauvais termes avec Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> sous la Restauration, Talleyrand consid\u00e8re toutefois le retour de Napol\u00e9on comme un \u00ab\u00a0d\u00e9lire criminel et impuissant\u00a0\u00bb. Il a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate, \u00e0 60\u00a0ans\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb Il tente aussi d\u2019apporter le soutien des Alli\u00e9s \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et de conserver les engagements pris \u00e0 Paris en 1814.<\/p>\n<p>Talleyrand a fait son autoportrait dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. La complexit\u00e9 du personnage appara\u00eet plus encore dans l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 des jugements port\u00e9s sur lui. Nouveau floril\u00e8ge de citations. On conna\u00eet le mot de Napol\u00e9on qu\u2019il faut toujours remettre en situation\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809.<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p>\n<p>Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte. \u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb dit Talleyrand qui se venge de l\u2019affront public avec une certaine classe diplomatique. Il redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs.<\/p>\n<p>Exil\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, Napol\u00e9on \u00e9voque \u00ab\u00a0le plus vil et le plus corrompu des hommes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0coquin (qui) traite ses ennemis comme s\u2019il devait un jour se r\u00e9concilier avec eux, et ses amis comme s\u2019ils devaient devenir ses ennemis\u00a0\u00bb. Mais il reconnait en lui \u00ab\u00a0un esprit \u00e9minent\u00a0\u00bb poss\u00e9dant \u00ab\u00a0des talents sup\u00e9rieurs\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0homme d\u2019esprit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si, quand cet homme vous parle, son derri\u00e8re recevait un coup de pied, sa figure ne vous en dirait rien.\u00a0\u00bb<span id=\"1789\" class=\"cit-num\">1789<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (roi de Naples), parlant de Talleyrand. <em>Murat<\/em> (1983), Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage garde le souvenir de son \u00e9ducation religieuse et ses mani\u00e8res de seigneur, jointes \u00e0 des qualit\u00e9s de grand diplomate. Il est aussi diff\u00e9rent que possible de Murat, jeune homme pauvre, fils d\u2019aubergiste, remarqu\u00e9 par Bonaparte qui le prend comme aide de camp, dans sa campagne d\u2019Italie\u00a0: intr\u00e9pide et imp\u00e9tueux, il m\u00e9ritera son surnom, \u00ab\u00a0le Sabreur\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est un pi\u00e8tre politicien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour de l\u2019argent, Talleyrand vendrait son \u00e2me, et il aurait raison, car il troquerait son fumier contre de l\u2019or.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791) en 1787, cit\u00e9 par Michel Missoffe, <em>Talleyrand l\u2019insaisissable<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Monsieur de Talleyrand ne conspire pas, il trafique.\u00a0\u00bb<span id=\"1786\" class=\"cit-num\">1786<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami ou adversaire politique, ces deux derniers jugements sont trop courts pour \u00eatre honn\u00eates. Le personnage inspire davantage Hugo, t\u00e9moin de sa fin de vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un personnage \u00e9trange, redout\u00e9 et consid\u00e9rable\u00a0; il s\u2019appelait Charles-Maurice de P\u00e9rigord\u00a0; il \u00e9tait noble comme Machiavel, pr\u00eatre comme Gondi, d\u00e9froqu\u00e9 comme Fouch\u00e9, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable. On pourrait dire que tout en lui boitait comme lui\u00a0; la noblesse qu\u2019il avait faite servante de la r\u00e9publique, la pr\u00eatrise qu\u2019il avait tra\u00een\u00e9e au Champ de Mars, puis jet\u00e9e au ruisseau, le mariage qu\u2019il avait rompu par vingt scandales et une s\u00e9paration volontaire, l\u2019esprit qu\u2019il d\u00e9shonorait par la bassesse. [\u2026]\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 1830 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 \u00ab\u00a0Il avait fait tout cela dans son palais et, dans ce palais, comme une araign\u00e9e dans sa toile, il avait successivement attir\u00e9 et pris h\u00e9ros, penseurs, grands hommes, conqu\u00e9rants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Siey\u00e8s, Mme de Sta\u00ebl, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, Fran\u00e7ois d\u2019Autriche, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, Louis-Philippe, toutes les mouches dor\u00e9es et rayonnantes qui bourdonnent dans l\u2019histoire de ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. Tout cet \u00e9tincelant essaim, fascin\u00e9 par l\u2019\u0153il profond de cet homme, avait successivement pass\u00e9 sous cette porte sombre qui porte \u00e9crit sur son architecture\u00a0: H\u00f4tel Talleyrand.<\/p>\n<p>Eh bien, avant-hier 17 mai 1838, cet homme est mort. Des m\u00e9decins sont venus et ont embaum\u00e9 le cadavre. Pour cela, \u00e0 la mani\u00e8re des \u00c9gyptiens, ils ont retir\u00e9 les entrailles du ventre et le cerveau du cr\u00e2ne. La chose faite, apr\u00e8s avoir transform\u00e9 le prince de Talleyrand en momie et clou\u00e9 cette momie dans une bi\u00e8re tapiss\u00e9e de satin blanc, ils se sont retir\u00e9s, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pens\u00e9 tant de choses, inspir\u00e9 tant d\u2019hommes, construit tant d\u2019\u00e9difices, conduit deux r\u00e9volutions, tromp\u00e9 vingt rois, contenu le monde. Les m\u00e9decins partis, un valet est entr\u00e9, il a vu ce qu\u2019ils avaient laiss\u00e9\u00a0: Tiens\u00a0! Ils ont oubli\u00e9 cela. Qu\u2019en faire\u00a0? Il s\u2019est souvenu qu\u2019il y avait un \u00e9gout dans la rue, il y est all\u00e9, et a jet\u00e9 le cerveau dans cet \u00e9gout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le personnage continue de fasciner les plus grands noms contemporains.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certain prince qui n\u2019est manchot que du pied, que je regarde comme un politique de g\u00e9nie et dont le nom grandira dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850), <em>Le Contrat de mariage<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons ici devant nous le plus grand diplomate du si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832) Goethe devant le portrait de Talleyrand par G\u00e9rard, cit\u00e9 par Hubert L\u2019Huillier, commissaire-priseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Talleyrand (Prince de)\u00a0: s\u2019indigner contre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me moral que soul\u00e8ve le personnage de Talleyrand, en ce qu\u2019il a d\u2019extraordinaire et d\u2019original, consiste tout entier dans l\u2019assemblage, assur\u00e9ment singulier et unique \u00e0 ce degr\u00e9, d\u2019un esprit sup\u00e9rieur, d\u2019un bon sens net, d\u2019un go\u00fbt exquis et d\u2019une corruption consomm\u00e9e, recouverte de d\u00e9dain, de laisser-aller et de nonchalance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles-Augustin\u00a0<span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span>\u00a0(1804-1869),\u00a0<em>Monsieur de Talleyrand<\/em> (1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Talleyrand, ci-devant noble, ci-devant pr\u00eatre, ci-devant \u00e9v\u00eaque, avait trahi les deux ordres auxquels il appartenait.\u00a0\u00bb<span id=\"1785\" class=\"cit-num\">1785<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), De Brumaire \u00e0 Marengo,<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire,<\/em> tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Trop critiqu\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trop lou\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">FURET<\/span> (1927-1997 ) et Denis <span class=\"caps\">RICHET<\/span>\u00a0 (1927-1989), <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle a fait une nouvelle analyse de Talleyrand\u00a0: il a quitt\u00e9 l\u2019habit du tra\u00eetre parjure et du \u00ab\u00a0diable boiteux et ses biographes ont enfin vu une continuit\u00e9 politique dans sa vie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xviii_mange.jpg\" width=\"400\" height=\"400\"><\/p>\n<p>Caricature de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Promenade au Palais-Royal. Le roi m\u00e9taphoriquement sur le tr\u00f4ne. Anonyme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mise en image du gros app\u00e9tit et de la forte corpulence des Bourbons, bien au-del\u00e0 d\u2019une simple plaisanterie, renvoie \u00e0 tous les \u00e9crits et \u00e0 toutes les repr\u00e9sentations des rois ogres, anthropophages et d\u00e9voreurs du peuple par le biais des imp\u00f4ts et de la guerre.\u00a0\u00bb<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Annie <span class=\"caps\">DUPRAT<\/span> (n\u00e9e en 1948). \u00ab\u00a0Une guerre des images\u00a0: Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, Napol\u00e9on et la France en 1815\u00a0\u00bb, <em>Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine<\/em>, juillet-septembre 2000<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les caricatures vont devenir de plus en plus cruelles, attaquant le physique du personnage. Avec Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et Louis-Philippe, les dessinateurs sont \u00e0 la f\u00eate \u2013 et les chansons font chorus. Le pire est quand m\u00eame \u00e0 venir\u2026 avec l\u2019antis\u00e9mitisme \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Roi, dont la sagesse exquise<br>Sait mettre le temps \u00e0 profit,<br>Passe trois heures \u00e0 l\u2019\u00e9glise,<br>Quatre \u00e0 table et quatorze au lit.<br>Restent pour le soin de l\u2019Empire,<br>Trois autres, mais h\u00e9las,<br>Ce temps peut \u00e0 peine suffire<br>Pour \u00f4ter et mettre ses bas.\u00a0\u00bb<span id=\"1973\" class=\"cit-num\">1973<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Roi dont la sagesse exquise<\/em>, chanson. <em>La R\u00e9volution de Juillet<\/em> (1972), Jean-Louis Bory<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 les mesures lib\u00e9rales (loi militaire, loi \u00e9lectorale, libert\u00e9 de la presse), malgr\u00e9 une politique \u00e9conomique bien men\u00e9e, le r\u00e9gime a toujours de nombreux opposants, \u00e0 gauche comme \u00e0 droite. Et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, le roi podagre, est accus\u00e9 de bien des p\u00e9ch\u00e9s\u00a0: paresse, gourmandise et bigoterie.<\/p>\n<p>Les chansonniers s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie, y compris les Anglais, nos meilleurs ennemis (avant l\u2019Entente cordiale\u00a0act\u00e9e par Louis-Philippe avec la reine Victoria dans le Discours du tr\u00f4ne, 27 d\u00e9cembre 1843).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/restauration.jpg\" width=\"952\" height=\"674\"><\/p>\n<p>Vieux Pantin (empot\u00e9) le 18eme, essayant les bottes de Napol\u00e9on \u2013 ou Pr\u00e9paration de la Campagne Espagnole.<br>Caricature anglaise de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, sign\u00e9e George Cruikshank, publi\u00e9e le 17 f\u00e9vrier 1823. British Mus\u00e9um<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis comme les femmes pas tr\u00e8s jolies, que l\u2019on s\u2019efforce d\u2019aimer par raison. Apr\u00e8s tout, c\u2019est encore la n\u00e9cessit\u00e9 qui fait les meilleurs mariages.\u00a0\u00bb<span id=\"1906\" class=\"cit-num\">1906<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824). <em>Le Calendrier de l\u2019histoire<\/em> (1970), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce roi poss\u00e8de une qualit\u00e9 rare\u00a0: l\u2019humour. Il est en m\u00eame temps trop lucide pour ignorer qu\u2019il n\u2019est pas aim\u00e9. Pour d\u2019autres raisons, son fr\u00e8re, le futur Charles X, n\u2019aura pas cette intelligence de la situation, d\u2019o\u00f9 la nouvelle r\u00e9volution en 1830.<\/p>\n<p>Cette cruelle caricature montre Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> le goutteux, plus ob\u00e8se et difforme que nature, compar\u00e9 au jeune Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span> (l\u2019Aiglon) qui mourra de tuberculose. En d\u00e9pit de la \u00ab\u00a0graisse d\u2019ours\u00a0\u00bb (sous-entendu, le soutien russe), le roi de France avachi sur son tr\u00f4ne \u00e0 roulettes se r\u00e9v\u00e8le incapable de mettre les bottes de Napol\u00e9on\u00a0! Son fils est pr\u00eat \u00e0 prendre la couronne du Bourbon si elle tombe\u2026 Mais le futur Charles X n\u2019attend que la mort de son fr\u00e8re pour r\u00e9gner \u00e0 son tour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois<em>. Encyclop\u00e9die des mots historiques,<\/em> Historama (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendu quasi infirme par la goutte \u00e0 la fin de sa vie, le roi ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re. \u00c0 57\u00a0ans, le comte d\u2019Artois garde l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/girafe.jpg\" width=\"784\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>La plus grande b\u00eate qu\u2019on n\u2019ait jamais vue. Caricature contre Charles X repr\u00e9sent\u00e9 en girafe affubl\u00e9e d\u2019un bicorne, portant habit chamarr\u00e9 \u00e0 \u00e9paulettes, bottes et \u00e9p\u00e9e Estampe anonyme, 1830. Gallica.<\/p>\n<p>Le titre vaut naturellement citation, avec quelques plaisantes explications.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande b\u00eate qu\u2019on n\u2019ait jamais vue.\u00a0\u00bb<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1294-1350), avant la bataille du mont Cassel, 23\u00a0ao\u00fbt 1328. <em>Les Proverbes\u00a0: histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons fran\u00e7ais<\/em> (1860), Jos\u00e9phine Amory de Langerack<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La caricature politique s\u2019empare de la girafe assimil\u00e9e \u00e0 la physionomie longiligne du roi Charles X, si diff\u00e9rent en cela comme en tout de son d\u00e9funt fr\u00e8re Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Malgr\u00e9 d\u2019autres \u00e9v\u00e8nements politiques et artistiques, l\u2019ann\u00e9e 1827 sera qualifi\u00e9e d\u203a\u00ab\u00a0ann\u00e9e de la girafe\u00a0\u00bb (<em>Les M\u0153urs et la Caricature en France<\/em> (1888), John Grand-Carteret.<\/p>\n<p>Offerte \u00e0 Charles X, bient\u00f4t baptis\u00e9e \u00ab\u00a0Zarafa\u00a0\u00bb, curiosit\u00e9 litt\u00e9ralement historique, la girafe v\u00e9cut dans la m\u00e9nagerie du Jardin des plantes \u00e0 Paris, de 1827 \u00e0 1845. Ce cadeau diplomatique de M\u00e9h\u00e9met Ali, vice-roi en \u00c9gypte ottomane, fait partie d\u2019un trio destin\u00e9 \u00e0 des souverains d\u2019Europe. Derni\u00e8re girafe vue sur le continent europ\u00e9en, \u00ab\u00a0M\u00e9dicis\u00a0\u00bb fut offerte \u00e0 Laurent de M\u00e9dicis en 1486 \u00e0 Florence.<\/p>\n<p>Cette Zarafa est \u00e0 l\u2019origine d\u2019innombrables illustrations et objets de d\u00e9cor dit \u00ab\u00a0\u00e0 la girafe\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0girafomania\u00a0\u00bb s\u2019affiche partout (gravures, vaisselle, tapisseries et papier peint, coiffure \u00ab\u00a0\u00e0 la girafe\u00a0\u00bb, bijoux, etc.) et inspire un couple de personnages typiques du Carnaval de Paris\u00a0: la girafe et son cornac.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, le cornac de Charles X royalement costum\u00e9 en girafe est un pr\u00eatre\u00a0: allusion flagrante \u00e0 sa foi chr\u00e9tienne devenue bigoterie avec l\u2019\u00e2ge et influen\u00e7ant sa politique r\u00e9actionnaire, dans une France qui garde le souvenir de sa R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aimerais mieux scier du bois que de r\u00e9gner \u00e0 la fa\u00e7on du roi d\u2019Angleterre.\u00a0\u00bb<span id=\"1996\" class=\"cit-num\">1996<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836). <em>Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire sa volont\u00e9 de s\u2019affranchir de la Charte que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> avait certes \u00ab\u00a0octroy\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 ses sujets, mais qui comporte des garanties contre les abus de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019Angleterre reste le mod\u00e8le de cette monarchie constitutionnelle, ch\u00e8re aux philosophes des Lumi\u00e8res du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Charles\u00a0X qui ne s\u2019est jamais initi\u00e9 aux id\u00e9es de son temps ne saurait se plier aux r\u00e8gles du gouvernement repr\u00e9sentatif. Cet homme charmant, si jeune d\u2019allure quand il acc\u00e8de au tr\u00f4ne \u00e0 67\u00a0ans et populaire pendant quelques mois, n\u2019a certes pas le temp\u00e9rament d\u2019un monarque absolu et moins encore d\u2019un tyran. Mais ce premier \u00e9migr\u00e9 (avec sa cour) sous la R\u00e9volution reste un homme de l\u2019Ancien R\u00e9gime, entour\u00e9 de courtisans \u00ab\u00a0plus royalistes que le roi\u00a0\u00bb qui font toujours \u00e9cran entre le roi et son peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9poque actuelle sera difficile \u00e0 expliquer \u00e0 nos arri\u00e8re-neveux.\u00a0\u00bb<span id=\"1997\" class=\"cit-num\">1997<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Constitutionnel,<\/em> \u00e0 propos de la loi sur le sacril\u00e8ge, avril\u00a01825. <em>Le Parti lib\u00e9ral sous la Restauration<\/em> (1876), Paul Thureau-Dangin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journal lib\u00e9ral ne peut qu\u2019\u00eatre scandalis\u00e9 par cette loi, propos\u00e9e le 4\u00a0janvier\u00a01825 et vot\u00e9e le 20\u00a0avril\u00a0: les travaux forc\u00e9s pour le vol d\u2019une \u0153uvre pieuse, la mort si le ciboire contient des hosties, le poing coup\u00e9 et l\u2019\u00e9chafaud en cas de profanation\u00a0! La loi du minist\u00e8re Vill\u00e8le passe, malgr\u00e9 l\u2019opposition de fervents catholiques tel Chateaubriand.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Chambre introuvable issue des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1815 (14 et 22 ao\u00fbt) et comportant une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s royalistes, dits \u00ab\u00a0ultras\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0Chambre retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb vote le 28\u00a0avril la loi dite du \u00ab\u00a0milliard des \u00e9migr\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0: un capital d\u2019un milliard rapportant trente millions de rentes doit indemniser les \u00e9migr\u00e9s l\u00e9s\u00e9s par la vente de leurs biens sous la R\u00e9volution. Cr\u00e9\u00e9e dans de bonnes intentions \u2013 soulager certaines mis\u00e8res r\u00e9elles et rassurer les acqu\u00e9reurs de biens nationaux \u2013, la loi est pr\u00e9sent\u00e9e par les ultras comme la premi\u00e8re mesure r\u00e9tablissant les ordres privil\u00e9gi\u00e9s en leur ancien \u00e9tat. Les deux principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires sont le duc d\u2019Orl\u00e9ans (futur Louis-Philippe) et le marquis de La Fayette. L\u2019effet dans le pays est d\u00e9plorable. Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but.<\/p>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie du sacre sera du plus mauvais effet.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/charles_x.jpg\" width=\"767\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une fois sacr\u00e9, rien ne le fut pour moi.\u00a0\u00bb<span id=\"14\" class=\"cit-num\">14<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Parole de Charles X<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Imit\u00e9 d\u2019une caricature faite en 1815 contre Napol\u00e9on Ier par les royalistes\u00a0\u00bb (le plagiat est volontaire), on voit Charles X chevauchant une panth\u00e8re, pi\u00e9tinant publiquement la Charte constitutionnelle et ses victimes\u00a0: le mar\u00e9chal Brune, le mar\u00e9chal Ney, Mouton-Duvernet, etc\u2026 Cette \u0153uvre de Pierre Langlum\u00e9 (imprimeur-lithographe) est \u00e9galement diffus\u00e9e (et traduite) en Angleterre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une belle f\u00eate costum\u00e9e \u00e0 la gothique.\u00a0\u00bb<span id=\"1998\" class=\"cit-num\">1998<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le mot qui circule dans le pays<em>. Regalia\u00a0: embl\u00e8mes et rites du pouvoir<\/em> (2012), Bernard Dupaigne, Yves Vad\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 propos du sacre de Charles X \u00e0 Reims, c\u00e9r\u00e9monie du 29\u00a0mai 1825, telle que les tableaux en font foi. Seuls les ultras (royalistes) pavoisent. Le peuple est r\u00e9volt\u00e9 par ce rappel ostentatoire de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais que Reims a r\u00e9unis,<br>Criez\u00a0: \u00ab\u00a0Montjoie et Saint-Denis\u00a0!\u00a0\u00bb<br>On a refait la sainte Ampoule<br>Et comme au temps de nos a\u00efeux<br>Des passereaux, l\u00e2ch\u00e9s en foule<br>Dans l\u2019\u00e9glise volent joyeux [\u2026]<br>Le peuple crie\u00a0: \u00ab\u00a0Oiseaux, plus que nous soyez sages,<br>Gardez bien votre libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<span id=\"1999\" class=\"cit-num\">1999<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Le Sacre de Charles le simple<\/em> (1825), chanson.<em> Causes c\u00e9l\u00e8bres de tous les peuples<\/em> (1858), Armand Fouquier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre meilleur chansonnier chroniqueur a beau jeu d\u2019ironiser, \u00e0 l\u2019unisson du peuple choqu\u00e9 par tant de pompe et par tout ce que cela annonce.<\/p>\n<p>Ce sacre reprend le c\u00e9r\u00e9monial de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les sept onctions et les serments sur les \u00c9vangiles. Il se d\u00e9roule sur trois jours\u00a0: 28\u00a0mai, c\u00e9r\u00e9monie des v\u00eapres\u00a0; 29\u00a0mai, c\u00e9r\u00e9monie du sacre\u00a0; 30\u00a0mai, remise de r\u00e9compense pour les chevaliers de l\u2019ordre du Saint-Esprit, pour finir\u00a0; le 31\u00a0mai, par le toucher des \u00e9crouelles. Le sacre symbolise pour le roi et les \u00e9lites un retour \u00e0 la monarchie absolue.<\/p>\n<p>Le peuple ne peut quand m\u00eame pas oublier la R\u00e9volution et l\u2019Empire. Et l\u2019opposition va se manifester contre le dernier \u00ab\u00a0roi de France\u00a0\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine r\u00e9volution. La chanson et surtout la caricature seront des moyens d\u2019expression aussi efficaces que les manifestations. L\u2019un des ma\u00eetres du genre va s\u2019imposer pendant quatre d\u00e9cennies.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/daumier-1.jpg\" width=\"1024\" height=\"683\"><\/p>\n<p>Honor\u00e9 Daumier (1808-1879), Panth\u00e9on charivarique. Benjamin Roubaud, dit Roquevaire, dessinateur-lithographe. Publi\u00e9 dans le Charivari du 18\/01\/1839. <span class=\"caps\">BNF<\/span>. <br>Daumier sur le toit de son atelier vers 1860, \u00e9preuve sur papier albumin\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un n\u00e9gatif verre ((anonyme). Mus\u00e9e d\u2019Orsay.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u2026 et l\u2019artiste m\u00e9rite cet hommage na\u00eff.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Daumier fut le peintre ordinaire<br>Des pairs, des d\u00e9put\u00e9s, et des Robert Macaire.<br>Son rude crayon fait l\u2019histoire de nos jours.<br>O l\u2019\u00e9tonnante bouille, o la bonne figure\u00a0!<br>Je le crois pardieu bien, car Daumier est toujours,<br>Excellent en caricature.\u00a0\u00bb<span id=\"16\" class=\"cit-num\">16<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin <span class=\"caps\">ROUBAUD<\/span>, dit <span class=\"caps\">ROQUEVAIRE<\/span> (1811-1847)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Honor\u00e9 Daumier (1808-1879) entre dans l\u2019histoire de la caricature qu\u2019il va illustrer avec g\u00e9nie jusqu\u2019en 1870. Le peintre sera moins heureux \u2013 et c\u2019est sans doute injuste.<\/p>\n<p>L\u2019air juv\u00e9nile, le nez en l\u2019air, l\u2019artiste est repr\u00e9sent\u00e9 avec un carton \u00e0 dessin sous le bras, contenant la s\u00e9rie des Robert Macaire \u2013 personnage imaginaire li\u00e9 au romantisme, figurant le bandit, l\u2019affairiste sans scrupule, r\u00e9current dans diverses \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales, romanesques et visuelles (caricature, gravure et plus tard au cin\u00e9ma).<\/p>\n<p>Notons que cette plaisante caricature inaugure la mode \u00e0 suivre des grosses t\u00eates plant\u00e9es sur un petit corps \u2013 Daumier sera lui-m\u00eame trop original pour c\u00e9der souvent \u00e0 cette facilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019admirai son visage \u00e9clatant de force et de bont\u00e9, les petits yeux per\u00e7ants, le nez retrouss\u00e9 comme par un coup de vent de l\u2019id\u00e9al, la bouche fine, gracieuse, largement ouverte, enfin toute cette belle t\u00eate de l\u2019artiste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9odore de <span class=\"caps\">BANVILLE<\/span> (1823-1891) donne cette description de Daumier. L\u00e9on Rosenthal, <em>L\u2019Art de notre temps, Daumier<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un vitrier marseillais faisant professions d\u2019encadreur, r\u00e9parateur de tableaux et dessinateur, l\u2019enfant de six ans suit son p\u00e8re \u00e0 Paris en 1814. Jean-Baptiste Louis Daumier r\u00eave d\u2019une carri\u00e8re litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019\u00e9poque du roman roi, mais renonce vite. Honor\u00e9 travaille comme commis, avant de suivre des cours de dessin aupr\u00e8s du peintre Alexandre Lenoir et de travailler chez un lithographe \u00e9galement \u00e9diteur.<\/p>\n<p>En 1829, il collabore \u00e0<em> La Silhouette<\/em>, premier hebdomadaire satirique illustr\u00e9 en France, cr\u00e9\u00e9 par le bient\u00f4t c\u00e9l\u00e8bre Charles Philippon qui publie ses premi\u00e8res caricatures de Louis-Philippe.<\/p>\n<p>Son <em>Gargantua<\/em>, litho en noir et blanc dans <em>La Caricature<\/em> du 29 d\u00e9cembre 1831 est expos\u00e9e dans la vitrine du journal\u00a0: Louis-Philippe, tel un ogre, avale tout l\u2019or rassembl\u00e9 en imposant le peuple, pour le d\u00e9f\u00e9quer en autant de nominations politiques et r\u00e9tributions au profit de la classe privil\u00e9gi\u00e9e. C\u2019est son premier chef d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Cette c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 imm\u00e9diate lui vaut des ennuis avec la justice. Sa caricature est retir\u00e9e de la vitrine en 1832, tous les exemplaires sont saisis, la pierre lithographique est bris\u00e9e. Il est condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison avec une amende de 500 francs \u00ab\u00a0pour excitation \u00e0 la haine et au m\u00e9pris du gouvernement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Me voici donc \u00e0 P\u00e9lagie, charmant s\u00e9jour o\u00f9 tout le monde ne s\u2019amuse pas. Mais moi je m\u2019y amuse, quand ce ne serait que pour faire de l\u2019opposition.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), Lettre au peintre Jeanron (1832)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune homme est enferm\u00e9 \u00e0 Sainte-P\u00e9lagie, pr\u00e8s du Jardin des plantes. Mais le moral est bon et le talent aussi \u00e9vident que sa vocation. Ses caricatures accompagnent l\u2019essor de la lithogravure. Ce proc\u00e9d\u00e9 venu d\u2019Allemagne et arriv\u00e9 \u00e0 Paris vers 1815 va permettre la diffusion populaire du dessin de presse.<\/p>\n<p><em>La Caricature<\/em> cesse de para\u00eetre, mais <em>Le Charivari<\/em> de Philippon prend la suite. Journal sp\u00e9cialement dirig\u00e9 contre Louis-Philippe, il joue un r\u00f4le important dans la vie politique. Daumier produit aussi des caricatures sociales tournant en ridicule la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Mais en 1835, les \u00ab\u00a0lois de septembre\u00a0\u00bb interdisent \u00e0 la presse de recourir \u00e0 la caricature politique\u00a0: beaucoup de journaux sont touch\u00e9s.<\/p>\n<p>Daumier se lance dans le portrait de m\u0153urs, avec des s\u00e9ries comme les Locataires et propri\u00e9taires, ou les Bas bleus qui \u00e9pinglent les femmes qui \u00e9crivent, George Sand \u00e9tant particuli\u00e8rement vis\u00e9e. Il r\u00e9alise la s\u00e9rie des <em>Cent et Un Robert Macaire<\/em>. Ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection\u00a0: transports en commun, coins de rue, sc\u00e8nes nocturnes, intemp\u00e9ries. Il croque les riches avec f\u00e9rocit\u00e9, il saisit les pauvres log\u00e9s dans les soupiraux\u2026 selon l\u2019inspiration toujours en \u00e9veil. En 1845, il compose la s\u00e9rie sur les Gens de justice o\u00f9 il croque le th\u00e9\u00e2tre des avocats. Chez Daumier, la vie en soci\u00e9t\u00e9 est comme un th\u00e9\u00e2tre perp\u00e9tuel, la com\u00e9die des puissants, le monde de l\u2019argent, les affres de la vanit\u00e9. Il participe logiquement \u00e0 l\u2019illustration de <em>la Com\u00e9die humaine<\/em> ch\u00e8re \u00e0 Balzac.<\/p>\n<p>Acteur autant que t\u00e9moin, Daumier met son si\u00e8cle en images avec son crayon \u00e0 lithographier. En croquant la soci\u00e9t\u00e9, il a fait trembler empereurs, rois et pr\u00e9sidents. Il a v\u00e9cu sous six r\u00e9gimes politiques diff\u00e9rents\u00a0: l\u2019Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde R\u00e9publique, le Second Empire et la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Il a connu trois \u00e9pisodes r\u00e9volutionnaires\u00a0: les trois Glorieuses, les journ\u00e9es insurrectionnelles de 1848 et la Commune de Paris. Mais sa vie est sans histoire\u00a0: pas de p\u00e9rip\u00e9ties romanesques ni de voyages lointains.<\/p>\n<p>En 1848, au d\u00e9but la Seconde R\u00e9publique, l\u2019artiste se met \u00e0 la peinture. Fervent r\u00e9publicain, sa toile <em>La R\u00e9publique nourrissant ses enfants et les instruisant<\/em> est parmi les finalistes d\u2019un concours de peinture. Des commandes officielles s\u2019ensuivent et il participe au Salon avec<em> Le Meunier, son fils et l\u2019\u00e2ne.<\/em> Mais apr\u00e8s des premiers mois utopiques, le climat politique et social se d\u00e9grade. Il revient \u00e0 la caricature et cr\u00e9e en 1851 la statue de \u00ab\u00a0Ratapoil\u00a0\u00bb, personnage pr\u00e9figurant le coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on en d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le renversement de la R\u00e9publique et l\u2019av\u00e8nement du Second Empire ne le g\u00eanent pas pour peindre, au contraire\u00a0! Il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec les peintres de Barbizon, Camille Corot, Jean-Fran\u00e7ois Millet et Th\u00e9odore Rousseau. Son style \u00e9volue, pr\u00e9figurant les impressionnistes. Cette activit\u00e9 de peintre et de sculpteur ne l\u2019emp\u00eache pas de continuer \u00e0 publier de nombreuses lithographies dans les journaux. C\u2019est un travailleur acharn\u00e9, toujours inspir\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Daumier a quelques rapports avec Moli\u00e8re. Comme lui, il va droit au but. L\u2019id\u00e9e se d\u00e9gage d\u2019embl\u00e9e. On regarde, on a compris\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867), Curiosit\u00e9s esth\u00e9tiques\u00a0; L\u2019art romantique et autres \u0153uvres critiques. <span class=\"caps\">VII<\/span>. Quelques caricaturistes fran\u00e7ais en 1857<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bel hommage du g\u00e9nie au g\u00e9nie\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux parler maintenant de l\u2019un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l\u2019art moderne, d\u2019un homme qui, tous les matins, divertit la population parisienne, qui, chaque jour, satisfait aux besoins de la gaiet\u00e9 publique et lui donne sa p\u00e2ture. Le bourgeois, l\u2019homme d\u2019affaires, le gamin, la femme, rient et passent souvent, les ingrats\u00a0! sans regarder le nom. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les artistes seuls ont compris tout ce qu\u2019il y a de s\u00e9rieux l\u00e0-dedans, et que c\u2019est vraiment mati\u00e8re \u00e0 une \u00e9tude. On devine qu\u2019il s\u2019agit de Daumier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Se consacrant tout entier \u00e0 la peinture et \u00e0 la sculpture en 1860, Daumier ne peut en vivre. Il r\u00e9int\u00e8gre Le Charivari en d\u00e9cembre 1863. En 1865, il quitte Paris pour vivre avec sa femme \u00e0 Valmondois (Val-d\u2019Oise) dans une maison au centre du village mise \u00e0 sa disposition par Corot sur l\u2019insistance d\u2019un ami sculpteur. Mais sa vue baisse, les probl\u00e8mes financiers s\u2019accumulent. En 1871, il publie des lithographies particuli\u00e8rement sombres sur la guerre avec la Prusse. Ses derni\u00e8res lithos paraissent dans<em> Le Charivari<\/em> en 1872. En 1877, il re\u00e7oit une pension de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Avril 1878, une r\u00e9trospective de ses \u0153uvres est organis\u00e9e par la galerie Durand-Ruel (marchand d\u2019art promoteur des impressionnistes) et pr\u00e9sid\u00e9e par Victor Hugo (v\u00e9ritable monument vivant). Devenu compl\u00e8tement aveugle, Daumier ne vient pas. Le public non plus\u2026 La <span class=\"caps\">BNF<\/span> est d\u00e9positaire de ses quelque 4000 caricatures. En 2008, une r\u00e9trospective de 200 titres montre la modernit\u00e9, l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019artiste rebelle et grin\u00e7ant. Surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0Michel-Ange de la caricature\u00a0\u00bb, il restera dans les esprits comme un dessinateur de presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est inutile de raconter le paradoxe de sa carri\u00e8re. Pris pour un caricaturiste, il est mort tr\u00e8s pauvre, tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre et totalement inconnu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0Les traits ac\u00e9r\u00e9s de Daumier\u00a0\u00bb par Fr\u00e9d\u00e9rique Roussel, Lib\u00e9ration, 28 avril 2008<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Honor\u00e9 Daumier demeure le premier grand artiste contemporain \u00e0 se pencher sur le sort des opprim\u00e9s en d\u00e9non\u00e7ant les raisons politiques profondes de leur mis\u00e8re mat\u00e9rielle et morale. Nous allons le retrouver au fil de 12 \u0153uvres c\u00e9l\u00e8bres ou \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/daumier_gargantua.jpg\" width=\"1024\" height=\"788\"><\/p>\n<p>Gargantua. Louis-Philippe caricatur\u00e9 par Daumier. 1831. <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gros, gras et b\u00eate,<br>En quatre mots c\u2019est son portrait\u00a0:<br>Toisez-le des pieds \u00e0 la t\u00eate,<br>Aux yeux de tous, il appara\u00eet<br>Gros, gras et b\u00eate.<br>En pelle s\u2019\u00e9largit sa main,<br>En poire s\u2019allonge sa t\u00eate,<br>En tonneau croit son abdomen,<br>Gros, gras et b\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"2058\" class=\"cit-num\">2058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ag\u00e9nor <span class=\"caps\">ALTAROCHE<\/span> (1811-1884),<em> Gros, gras et b\u00eate<\/em>, chanson. <em>Les R\u00e9publicaines\u00a0: chansons populaires des r\u00e9volutions de 1789, 1792 et 1830<\/em> (1848), Pagnerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et d\u00e9put\u00e9, ce chansonnier est aussi un journaliste engag\u00e9, enthousiaste de cette nouvelle presse r\u00e9publicaine au lendemain de la br\u00e8ve r\u00e9volution de 1830 (les Trois Glorieuses). On chansonne le roi sexag\u00e9naire dont le physique est d\u00e9j\u00e0 une caricature en soi.<\/p>\n<p>La main \u00ab\u00a0en pelle\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 la rapacit\u00e9 du personnage\u00a0: rentr\u00e9 en possession, gr\u00e2ce \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, de l\u2019immense fortune de la branche d\u2019Orl\u00e9ans, plus riche que les Bourbons, principal b\u00e9n\u00e9ficiaire de la loi sur le milliard des \u00e9migr\u00e9s (1825), il g\u00e8re son patrimoine en bon p\u00e8re de nombreuse famille \u2013 huit enfants pour qui il qu\u00e9mandera encore des dotations. La poire est irr\u00e9sistiblement associ\u00e9e \u00e0 son visage et son ventre refl\u00e8te son ob\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Gargantua\u00a0\u00bb, l\u2019une des premi\u00e8res grandes lithographies politiques du \u00ab\u00a0Michel-Ange de la caricature\u00a0\u00bb, est pens\u00e9e comme un v\u00e9ritable tableau. Louis-Philippe, assis sur son tr\u00f4ne, accueille dans sa bouche b\u00e9ante une longue \u00e9chelle descendant jusqu\u2019au sol. Sur cette \u00e9chelle grimpent des valets qui d\u00e9versent des hottes d\u2019\u00e9cus dans la bouche du roi. En bas \u00e0 droite, une hotte se remplit avec l\u2019argent qu\u2019apporte une foule o\u00f9 l\u2019on reconna\u00eet des artisans et n\u00e9gociants. Sous l\u2019\u00e9chelle, aux pieds du roi, des personnages mieux v\u00eatus, des privil\u00e9gi\u00e9s, r\u00e9coltent les pi\u00e8ces \u00e9chapp\u00e9es pendant le transport. En bas \u00e0 gauche, des notables en habit attrapent les brevets et les d\u00e9corations qui tombent du tr\u00f4ne royal (en fait une chaise perc\u00e9e) et se pr\u00e9cipitent vers l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p>Expos\u00e9s dans la vitrine de <em>La Caricature<\/em> pour attirer les badauds, tous les exemplaires de Gargantua sont bient\u00f4t saisis par la justice et la pierre lithographique bris\u00e9e. L\u2019inspiration rabelaisienne et scatologique constituait une offense \u00e0 la personne du roi \u2013 notamment le visage en poire \u2013 id\u00e9e de Philippon, reprise par Daumier entre autres caricaturistes. Condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison et une amende de 500 F \u00ab\u00a0pour excitation \u00e0 la haine et au m\u00e9pris du gouvernement\u00a0\u00bb, laiss\u00e9 en libert\u00e9 provisoire, Daumier ne sera incarc\u00e9r\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la publication de deux autres charges contre le r\u00e9gime\u00a0en ao\u00fbt 1832\u00a0: Les Blanchisseurs et La Cour du roi P\u00e9taud.<\/p>\n<p>Sous la Monarchie de Juillet, la feuille volante a encore une grande part dans la production d\u2019images satiriques, mais les p\u00e9riodiques illustr\u00e9s se multiplient et le destin de la caricature politique est d\u00e9sormais li\u00e9 \u00e0 celui de la presse \u2013 et de sa libert\u00e9 Les plus connus,<em> La Caricature<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Le Charivari,<\/em> fond\u00e9s par Philippon, publient r\u00e9guli\u00e8rement les lithos de Daumier. Ce couple exasp\u00e8re le pouvoir\u2026 La censure frappera en 1835.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/poires-1.jpg\" width=\"600\" height=\"171\"><\/p>\n<p>Caricatures de Louis-Philippe, publi\u00e9es par Charles Philippon qui en est aussi l\u2019auteur, <em>La Caricature<\/em>. 1831.<\/p>\n<p>Elles refl\u00e8tent la d\u00e9t\u00e9rioration de la popularit\u00e9 de Louis-Philippe, d\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e de son r\u00e8gne\u00a0! Elles marquent en m\u00eame temps la mode de la poire qui fait fureur, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019image du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous cherchons \u00e0 nous tenir dans un juste milieu \u00e9galement \u00e9loign\u00e9 des exc\u00e8s du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal.\u00a0\u00bb<span id=\"2065\" class=\"cit-num\">2065<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 31 janvier\u00a01831<em>. Le Moniteur officiel<\/em>, 31\u00a0janvier 1831<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Entre la poire et le fromage, le peuple demande pour juste milieu la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Figaro<\/em>, 9 mars 1831<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 journal litt\u00e9raire et satirique en 1826 (par r\u00e9f\u00e9rence au personnage th\u00e9\u00e2tral de Beaumarchais), Le Figaro exploite la mode de la Poire, r\u00e9servoir in\u00e9puisable de bons mots et de caricatures. La ressemblance avec le visage du roi est exploit\u00e9e au point que le lecteur subit presque quotidiennement une \u00ab\u00a0indigestion de poire\u00a0\u00bb et en redemande.<\/p>\n<p>Ces planches sont \u00e9galement vendues dans les rues par des crieurs. Des rapins et des \u00e9tudiants, familiers de La Caricature de Philippon, gribouillent la Poire sur les murs, \u00ab\u00a0de toutes les grandeurs et de toutes les formes \u2026 embl\u00e8me du m\u00e9pris pour le monarque r\u00e9gnant\u00a0\u00bb. Les murs du Quartier latin sont orn\u00e9s d\u2019un \u00ab\u00a0luxe de poires\u00a0\u00bb charbonn\u00e9es, un bon nombre \u00e9tant suspendues \u00e0 des potences.<\/p>\n<p>La mode est reprise par les gamins de Paris. Fenimore Cooper (auteur am\u00e9ricain du<em> Dernier des Mohicans<\/em>) d\u00e9nombre \u00ab\u00a0quelques milliers de poires dessin\u00e9es \u00e0 la craie, au charbon, ou d\u2019autres substances, sur les murs de la capitale\u00a0\u00bb et Alexandre Dumas se rappelle que \u00ab\u00a0tous les murs de Paris \u00e9taient couverts de cette ressemblance grotesque\u00a0\u00bb. Philippon, caricaturiste et directeur de <em>La Caricature<\/em> en tire un \u00ab\u00a0l\u00e9gitime sentiment de vanit\u00e9 paternelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant que le \u00ab\u00a0Roi des barricades\u00a0\u00bb doit gouverner au plus pr\u00e8s. Le r\u00e9gime (lib\u00e9ral) reste fragile jusqu\u2019en 1835\u00a0: menac\u00e9 sur sa gauche par les r\u00e9publicains frustr\u00e9s de leur r\u00e9publique apr\u00e8s une r\u00e9volution pour rien, et sur sa droite par les l\u00e9gitimistes, frapp\u00e9s de stupeur devant la chute si rapide de la branche Bourbon et l\u2019escamotage du pouvoir par la branche Orl\u00e9ans. Dans ces conditions, le juste milieu s\u2019impose. Il deviendra le \u00ab\u00a0Tiers Parti\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avec la popularisation de la Poire, la satire trouve dans cette comparaison un \u00ab\u00a0r\u00e9servoir in\u00e9puisable de bons mots\u2026 avec fr\u00e9n\u00e9sie sur un temps tr\u00e8s court, ce qui lui a permis de s\u2019imposer comme un motif efficace, donc l\u00e9gitime\u00a0\u00bb. Ainsi, dans le <em>Figaro<\/em> de janvier 1832, le lecteur subit presque quotidiennement une \u00ab\u00a0indigestion de poire\u00a0\u00bb (Emmanuel Arago).<\/p>\n<p>Wikip\u00e9dia consacre \u00e0 la Poire (caricature) un article r\u00e9jouissant et tr\u00e8s document\u00e9 o\u00f9 Louis-Philippe figure en bonne place.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_philippe_daumier.jpg\" width=\"814\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Louis-Philippe vu par Daumier. Le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir. D\u00e9but 1834. Mus\u00e9e d\u2019Art et d\u2019Histoire-Paul \u00c9luard (Saint-Denis).<\/p>\n<p>\u00c0 gauche, une expression de confiance m\u00eal\u00e9e de suffisance (le pass\u00e9), de face un air grincheux et ferm\u00e9 (le pr\u00e9sent), \u00e0 droite, enfin, une expression d\u2019effroi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019P\u00e8r\u2019 Lapoir\u2019, ce grand citoyen,<br>Dit qu\u2019il ne veut que notre bien [\u2026]<br>L\u2019P\u00e8r\u2019 Lapoir\u2019 se dit lib\u00e9ral,<br>C\u2019est une farce de carnaval.<br>Ah\u00a0! ah\u00a0! ah\u00a0! oui vraiment<br>L\u2019p\u00e8r\u2019 Lapoir est bon enfant.\u00a0\u00bb<span id=\"2087\" class=\"cit-num\">2087<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le P\u00e8re Lapoire,<\/em> chanson. <em>Les R\u00e9publicaines\u00a0: chansons populaires des r\u00e9volutions de 1789, 1792 et 1830<\/em> (1848), Pagnerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lors de la publication de cette planche, la Monarchie de Juillet, n\u00e9e de l\u2019insurrection populaire des \u00ab\u00a0Trois Glorieuses\u00a0\u00bb (28, 29, 30 juillet 1830), mais d\u2019assise essentiellement bourgeoise, vit une p\u00e9riode de crise \u00e9conomique et d\u2019agitation sociale. Cette situation est attis\u00e9e par les r\u00e9publicains, en conflit ouvert avec le pouvoir depuis les fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (juin 1832), occasion d\u2019une insurrection immortalis\u00e9e par Hugo dans <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>. Cela conduit le gouvernement \u00e0 une politique de r\u00e9pression et \u00e0 des lois restreignant les libert\u00e9s d\u2019expression et d\u2019association.<\/p>\n<p>La t\u00eate du roi caricatur\u00e9e en forme de poire s\u2019affirme depuis Gargantua \u2013 id\u00e9e lanc\u00e9e par le directeur du journal Charles Philippon, exploit\u00e9e par Daumier, reprise par les chansonniers\u00a0: une \u00e9vidente provocation, alors que la censure veille\u2026 Mais le th\u00e8me de la t\u00eate \u00e0 trois visages se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019All\u00e9gorie de la Prudence, (Londres, National Gallery), tableau du Titien que Daumier ne pouvait ignorer, en raison de sa culture artistique et des copies disponibles.<\/p>\n<p>Reste la signification de ce portrait-charge qui ressort clairement de la lecture successive des visages du roi dans l\u2019ordre indiqu\u00e9 par le titre de la planche\u00a0: \u00e0 gauche, la suffisance \u2013 de face, la mauvaise humeur \u2013 \u00e0 droite, l\u2019effroi.<\/p>\n<p>Ces trois visages refl\u00e8tent l\u2019\u00e9volution du climat politique et social de la Monarchie de Juillet \u00e0 laquelle Daumier s\u2019amuse \u00e0 proph\u00e9tiser l\u2019avenir le plus sombre\u2026\u00e0 juste titre, mais avec beaucoup d\u2019avance.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/charivari_poire.jpg\" width=\"790\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Une du <em>Charivari<\/em>. 27 f\u00e9vrier 1834. Texte de loi reproduit en forme de poire. <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2026 Sont d\u00e9sormais passibles de tr\u00e8s lourdes peines\u00a0: la provocation, suivie ou non d\u2019effet, aux crimes contre la personne du roi ou les membres de la famille royale\u00a0; l\u2019offense au roi commise par voie de presse lorsqu\u2019elle a pour but d\u2019exciter \u00e0 la haine ou au m\u00e9pris de sa personne ou de son autorit\u00e9 constitutionnelle\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"19\" class=\"cit-num\">19<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En butte \u00e0 la justice, <em>Le Charivari<\/em> de Philippon s\u2019empare le 27 f\u00e9vrier 1834 de la poire s\u00e9ditieuse (repr\u00e9sentation du roi sous la forme d\u2019une poire) pour publier, \u00ab\u00a0conform\u00e9ment \u00e0 la volont\u00e9 de [se]s juges\u00a0\u00bb, une d\u00e9cision qui le frappe.<\/p>\n<p>Sous la forme d\u2019un calligramme aussi irr\u00e9v\u00e9rencieux pour le roi que pour la justice, le journal ironise sur le sens de l\u2019arr\u00eat, en se proposant \u00ab\u00a0de compenser du moins par la forme, ce qu\u2019il pourrait y avoir d\u2019un peu absurde au fond\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais les \u00ab\u00a0lois de septembre\u00a0\u00bb interdiront \u00e0 la presse de recourir \u00e0 la caricature politique pour les dessins, gravures et lithographies\u00a0: beaucoup de journaux seront touch\u00e9s. La loi du 9 septembre 1835 r\u00e9tablira la censure.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/thiers_daumier.jpg\" width=\"340\" height=\"463\"><\/p>\n<p>Thiers par Daumier,<em> Le Charivari<\/em>, 2 juin 1833.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans jalousie, sans petitesse, sans morgue et sans pr\u00e9jug\u00e9s, [Thiers] se d\u00e9tache sur le fond terne et obscur des m\u00e9diocrit\u00e9s du temps.\u00a0\u00bb<span id=\"2039\" class=\"cit-num\">2039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un incontestable g\u00e9ant des lettres, \u00e9ternel d\u00e9\u00e7u de la politique, noble restant attach\u00e9 \u00e0 la cause qu\u2019il sait sans espoir de la monarchie l\u00e9gitimiste, en cette \u00e9poque o\u00f9 la noblesse perd pour la premi\u00e8re fois le pouvoir au profit de la bourgeoisie montante. Thiers sera le d\u00e9fenseur de cette classe, qu\u2019il soit au gouvernement ou dans l\u2019opposition, jusqu\u2019\u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qu\u2019il contribuera \u00e0 fonder, quarante plus tard\u00a0! En attendant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons donc la R\u00e9publique, la R\u00e9publique honn\u00eate, sage, conservatrice.\u00a0\u00bb<span id=\"2060\" class=\"cit-num\">2060<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), <em>Manifeste de M.\u00a0Thiers. Portraits historiques<\/em> (1883), H.\u00a0Draussin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Charte revue et corrig\u00e9e, approuv\u00e9e le 7\u00a0ao\u00fbt 1830 par une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s (219 contre 33, mais plus de 200 absents), reconna\u00eet certes la libert\u00e9 de la presse, l\u2019abolition de la censure, l\u2019initiative des lois \u00e0 la Chambre, la suppression des justices d\u2019exception, tandis que le catholicisme n\u2019est plus religion d\u2019\u00c9tat. Mais la France se retrouve quand m\u00eame en monarchie. Le 9\u00a0ao\u00fbt, le duc d\u2019Orl\u00e9ans a pr\u00eat\u00e9 serment sur la Charte et devient Louis-Philippe Ier, roi des Fran\u00e7ais (et non plus roi de France).<\/p>\n<p>Thiers va cautionner cette monarchie constitutionnelle, comme le tr\u00e8s r\u00e9publicain La Fayette qui s\u2019y est ralli\u00e9 pour une derni\u00e8re heure de gloire\u2026 Ministre de Louis-Philippe \u00e0 plusieurs reprises, Thiers tentera de sauver le r\u00e9gime en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est point parvenu, il est arriv\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2084\" class=\"cit-num\">2084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), parlant de Thiers, 1834.<em> Monsieur de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand a jou\u00e9 le r\u00f4le de parrain politique aupr\u00e8s de Thiers, personnage ambitieux, arriviste et comparable \u00e0 lui par certains c\u00f4t\u00e9s. Selon les sources, le mot de \u00ab\u00a0parvenu\u00a0\u00bb (marseillais) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fortune de Thiers, \u00e0 sa carri\u00e8re politique rapide, voire \u00e0 sa r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise o\u00f9 il est donc \u00ab\u00a0arriv\u00e9\u00a0\u00bb, en 1834.<\/p>\n<p>\u00c0 ce propos, le jugement d\u2019Hugo sur le style de Thiers est aussi dur pour lui que pour son public\u00a0: \u00ab\u00a0Thiers est un portier \u00e9crivain qui a trouv\u00e9 des portiers lecteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ventre_legislatif.jpg\" width=\"1024\" height=\"760\"><\/p>\n<p>Le Ventre l\u00e9gislatif. Les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s du juste milieu par Daumier. L\u2019Association mensuelle, 13 janvier1834. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>Rappelons le mot devenu historique de Louis-Philippe, cit\u00e9 en fran\u00e7ais dans nombre de dictionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous cherchons \u00e0 nous tenir dans un juste milieu \u00e9galement \u00e9loign\u00e9 des exc\u00e8s du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal.\u00a0\u00bb<span id=\"2065\" class=\"cit-num\">2065<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850), Discours du tr\u00f4ne, 31 janvier\u00a01831.<em> Le Moniteur officiel,<\/em> 31\u00a0janvier 1831<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot fameux et apparemment de bon sens sera repris par divers personnages de divers partis. Wikip\u00e9dia lui consacre une \u00e9bauche d\u2019article philosophique, Aristote lui ayant donn\u00e9 ses lettres de noblesse.<\/p>\n<p>En politique, c\u2019est une autre histoire\u00a0! Sous la R\u00e9volution et notamment la Terreur, cette notion a d\u00e9j\u00e0 eu ses martyres. Mais c\u2019est sous la Monarchie de Juillet qu\u2019il prend tout son sens avec le Tiers parti, entre les royalistes l\u00e9gitimistes et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>La formule du \u00ab\u00a0juste milieu\u00a0\u00bb donne \u00e0 Charles Philippon, directeur de<em> La Caricature<\/em> et du <em>Charivari<\/em>, l\u2019id\u00e9e de publier des portraits-charges de personnalit\u00e9s du r\u00e9gime qu\u2019il annonce \u00e0 ses lecteurs d\u00e8s le mois d\u2019avril 1831. \u00c9chelonn\u00e9e de 1832 \u00e0 1835, la publication de ces lithographies satiriques a pour toile de fond le durcissement de la rivalit\u00e9 entre le \u201c parti du mouvement \u201d (Laffitte), au pouvoir du 2 novembre 1830 au 22 mars 1831, et \u201c le parti de la r\u00e9sistance \u201d (Casimir Perier, Thiers, Guizot, Soult\u2026) qui prend la rel\u00e8ve, sous le regard critique et face \u00e0 l\u2019agitation grandissante des r\u00e9publicains, aux rangs desquels on trouve naturellement Philippon et Daumier.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La Caricature<\/em>, \u00e9crit Charles Philippon dans le num\u00e9ro du 26 avril 1832, avait promis \u00e0 ses abonn\u00e9s une galerie de portraits des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s du juste milieu, dont les ressemblances, consciencieusement \u00e9tudi\u00e9es, devaient poss\u00e9der, outre un caract\u00e8re \u00e9nergique, ce trait burlesque connu sous le nom de \u201ccharge\u201d\u2026 <em>La Caricature<\/em> a diff\u00e9r\u00e9 quelque temps la r\u00e9alisation de ce projet, parce qu\u2019elle a fait modeler chaque personnage en maquette. C\u2019est d\u2019apr\u00e8s ces moules de terre que les dessins ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le projet \u00e9tant confi\u00e9 \u00e0 Daumier, l\u2019artiste a l\u2019id\u00e9e de ces mod\u00e8les en terre crue colori\u00e9e\u00a0: c\u2019est la plus remarquable s\u00e9rie de caricatures sculpt\u00e9es jamais r\u00e9alis\u00e9es. Trente-six bustes-charges nous sont parvenus\u00a0: ministres et personnages influents de l\u2019entourage de Louis-Philippe, d\u00e9put\u00e9s issus de la magistrature, l\u2019industrie et la banque, journalistes gouvernementaux, tous hostiles aux id\u00e9es r\u00e9publicaines, voire au mouvement romantique et aux tendances les plus modernes de l\u2019art et de la litt\u00e9rature. Plusieurs de ces \u201c c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s du juste milieu \u201d, d\u00e9put\u00e9s ou ministres, r\u00e9apparaissent sur les bancs de la \u201c chambre improstitu\u00e9e \u201d dans la planche de 1834, <em>Le Ventre l\u00e9gislatif.<\/em><\/p>\n<p>Daumier modela les bustes-charges de m\u00e9moire et en sculpteur \u00e9m\u00e9rite\u00a0! Accentuant les particularit\u00e9s physionomiques de ses personnages, il c\u00e8de au go\u00fbt du laid et du burlesque dans l\u2019esprit de son temps. Il s\u2019inspire aussi de la physiognomonie du pasteur suisse Lavater et de la phr\u00e9nologie du docteur Gall qui pr\u00e9tendaient \u00e9tudier le caract\u00e8re, les \u00ab\u00a0facult\u00e9s\u00a0\u00bb dominantes des individus, le premier d\u2019apr\u00e8s les traits de leur visage, le second d\u2019apr\u00e8s la forme g\u00e9n\u00e9rale et les bosses de leur cr\u00e2ne. Nous reviendrons sur la dangerosit\u00e9 de ces th\u00e9ories appliqu\u00e9es au domaine m\u00e9dical ou p\u00e9nal.<\/p>\n<p>Si Daumier charge ses personnages, c\u2019est pour r\u00e9v\u00e9ler en r\u00e9publicain ce qu\u2019il consid\u00e8re comme leur personnalit\u00e9 profonde, d\u00e9non\u00e7ant du m\u00eame coup les travers du r\u00e9gime qu\u2019ils incarnent. Cette charge extr\u00eamement violente contre la bourgeoisie lib\u00e9rale doit \u00eatre plac\u00e9e dans le contexte id\u00e9ologique de leur cr\u00e9ation.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/daumier_tuer.jpg\" width=\"883\" height=\"677\"><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait vraiment bien la peine de nous faire tuer. Daumier. <em>La Caricature,<\/em> 27 ao\u00fbt 1835.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut plus que jamais citation (mais Daumier est rarement l\u2019auteur des textes).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment bien la peine de nous faire tuer.\u00a0\u00bb<span id=\"2061\" class=\"cit-num\">2061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), lithographie publi\u00e9e dans <em>La Caricature<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au centre du dessin, trois morts sortent d\u2019une tombe pour dire ces mots.<\/p>\n<p>\u00c0 droite, une croix porte l\u2019inscription \u00ab\u00a0Morts pour la libert\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 gauche, une colonne affiche la date des \u00ab\u00a027-28-29\u00a0juillet 1830\u00a0\u00bb (\u00e9voquant le G\u00e9nie de la Bastille, monument d\u00e9di\u00e9 aux victimes de cette r\u00e9volution). Au lointain, on devine une charge furieuse contre des manifestants.<\/p>\n<p>Th\u00e9matiquement, l\u2019\u0153uvre du futur peintre se rapproche d\u2019un des <em>Caprices<\/em> de Goya (n\u00b0 39). Elle \u00e9voque aussi la tradition des danses macabres m\u00e9di\u00e9vales qui mettent en sc\u00e8ne des morts sortis de leurs tombes pour rappeler avec ironie aux vivants la vanit\u00e9 des choses de ce monde.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mouvante figure d\u2019ouvrier plant\u00e9e au centre de la composition t\u00e9moigne de la grandeur accord\u00e9e par Daumier aux plus humbles. Effar\u00e9 ou d\u00e9sol\u00e9, d\u00e9pass\u00e9 par l\u2019Histoire en marche, il assiste au triomphe de la religion, symbolis\u00e9e par la procession solennelle esquiss\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan gauche, et \u00e0 la politique de r\u00e9pression des id\u00e9es d\u00e9mocratiques et des mouvements sociaux r\u00e9sum\u00e9e par la cavalerie chargeant la foule, sabre au clair, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan droit.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution de 1830 fut l\u2019une des guerres civiles les plus br\u00e8ves et les moins sanglantes\u00a0: 1\u00a0800 morts chez les insurg\u00e9s, environ 200 dans la troupe. Mais la r\u00e9publique a bel et bien \u00e9t\u00e9 escamot\u00e9e sous le nez des r\u00e9publicains, les cocus de l\u2019histoire qui se rappellent la le\u00e7on\u2026 et ne rateront pas leur prochaine r\u00e9volution, en 1848.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019attentat \u00e0 la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb commis le 28 juillet 1835 par le conspirateur Giuseppe Fieschi contre Louis-Philippe et sa suite qui se rendaient ce jour-l\u00e0 \u00e0 la Bastille pour la f\u00eate de la r\u00e9volution de 1830, le gouvernement impose les fameuses \u00ab\u00a0lois de septembre sur la presse\u00a0\u00bb qui instaurent un r\u00e9gime de censure et d\u2019autorisation pr\u00e9alable. Elles seront vot\u00e9es le 9 septembre.<\/p>\n<p>Dans l\u2019impossibilit\u00e9 de poursuivre une activit\u00e9 satirique tourn\u00e9e principalement contre le r\u00e9gime en place, <em>La Caricature<\/em> cesse de para\u00eetre apr\u00e8s le no 251 du 27 ao\u00fbt o\u00f9 cette planche est publi\u00e9e. Avec <em>Le Charivari,<\/em> Daumier, qui ne fera plus de dessin politique jusqu\u2019\u00e0 la fin de la Monarchie de Juillet (1848) se tourne vers la satire des m\u0153urs de ses contemporains, au fil de s\u00e9ries qui vont asseoir d\u00e9finitivement sa popularit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce m\u00eame num\u00e9ro du 27 ao\u00fbt, <em>La Caricature<\/em> reproduit le texte de la loi contre la presse en composant certains articles comme des calligrammes en forme de poire, ultime provocation \u00e0 l\u2019encontre de la personne royale.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l&#8217;italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson. Mani\u00e8re originale de revoir l\u2019Histoire en citations, on [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":211,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10236","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10236","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10236"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10236\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12114,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10236\/revisions\/12114"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10236"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10236"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10236"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}