{"id":10254,"date":"2025-03-17T00:00:00","date_gmt":"2025-03-16T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-xixe-siecle\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:56","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:56","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-xixe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-xixe-siecle\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (XIXe si\u00e8cle)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), <em>Histoire de France<\/em>, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<h4><span class=\"caps\">IV<\/span>. <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: une richesse culturelle et artistique dont nous profitons encore.<\/h4>\n<p>Rossini, comtesse de S\u00e9gur, Bellini, Marie Taglioni, la Malibran, Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin, Franz Liszt, Jacques Offenbach, Carlotta Grisi, Eug\u00e9nie de Montijo, Vincent Van Gogh.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-65.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><strong><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rossini_.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/strong><\/p>\n<p><strong>Gioachino Rossini (1792-1868), compositeur lyrique italien venu finir sa carri\u00e8re internationale en France et prendre \u00e0 37 ans une \u00e9tonnante retraite \u00ab\u00a0tout-parisienne\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme l\u2019op\u00e9ra serait merveilleux s\u2019il n\u2019y avait pas les chanteurs\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gioachino <span class=\"caps\">ROSSINI<\/span> (1791-1868). Un mot souvent cit\u00e9, jamais sourc\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vu les trop fameux caprices des divas et divos, bien des compositeurs lyriques ont d\u00fb penser de m\u00eame, y compris le g\u00e9nial Offenbach \u00e0 venir\u2026 Le cas Rossini est quand m\u00eame particulier. Il demande l\u2019impossible aux interpr\u00e8tes, des prouesses vocales \u00ab\u00a0pyrotechniques\u00a0\u00bb et une pr\u00e9sence sc\u00e9nique hors norme dans la com\u00e9die.<\/p>\n<p>Deux remarques\u00a0: il est mari\u00e9 \u00e0 une cantatrice italienne, Isabella Colbran \u2026 et il donne le beau r\u00f4le \u00e0 la femme, d\u00e8s ses premiers<em> opera buffa<\/em>. C\u2019est toujours elle l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus maligne qui finit par l\u2019emporter sur les hommes, telle la Rosine du c\u00e9l\u00e8bre <em>Barbier de S\u00e9ville<\/em>. Notable exception \u00e0 la r\u00e8gle dans l\u2019op\u00e9ra (italien et fran\u00e7ais) o\u00f9 la femme est fatalement la perdante et la victime, m\u00eame quand elle donne son nom \u00e0 l\u2019\u0153uvre (<em>Norma, Traviata, Carmen<\/em>\u2026).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, tout apprenti chanteur conna\u00eet \u00ab\u00a0l\u2019arp\u00e8ge Rossini\u00a0\u00bb\u00a0: une grande vocalise, un \u00e9chauffement qui stimule la souplesse vocale, en souvenir d\u2019un maestro exigeant. Ses interpr\u00e8tes doivent ma\u00eetriser leur voix, conna\u00eetre leur partition et ne jamais modifier les notes \u00e9crites pour leur personnage. Pour s\u2019assurer le respect de ses \u0153uvres, Rossini \u00e9crit toutes les vocalises, tous les ornements jusqu\u2019alors improvis\u00e9s sur sc\u00e8ne par les chanteurs.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis la mort de Napol\u00e9on, il s\u2019est trouv\u00e9 un autre homme duquel on parle tous les jours \u00e0 Moscou comme \u00e0 Naples, \u00e0 Londres comme \u00e0 Vienne, \u00e0 Paris comme \u00e0 Calcutta.\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842), Premier paragraphe de la pr\u00e9face de sa <em>\u00ab\u00a0Vie de Rossini\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crite et publi\u00e9e en 1823. <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le Cygne de Pesaro\u00a0\u00bb na\u00eet en Italie d\u2019un musicien d\u2019orchestre (corniste) et d\u2019une cantatrice. Il \u00e9tudie la musique et va gagner sa vie comme chanteur, puis r\u00e9p\u00e9titeur et accompagnateur de th\u00e9\u00e2tre, pratiquant le clavecin, le violon et l\u2019alto, le cor et le violoncelle, tout en composant diverses cantates et \u0153uvres instrumentales avec autant de facilit\u00e9 que d\u2019originalit\u00e9. D\u2019o\u00f9 son autre surnom de \u00ab\u00a0Signor Crescendo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour devenir un grand compositeur en Italie, il faut se consacrer \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, genre v\u00e9ritablement populaire\u00a0depuis deux si\u00e8cles\u00a0: toute ville a son th\u00e9\u00e2tre, ses chanteurs, son orchestre. L\u2019op\u00e9ra fait la loi. Rossini se voue corps et \u00e2me \u00e0 la composition lyrique. Pr\u00e8s de 40 op\u00e9ras na\u00eetront de son imagination en moins de 20 ans. S\u2019il faut parfois reprendre une \u0153uvre pour la remettre au go\u00fbt du jour, rien de plus simple. Il se plagie avec bonheur. Il \u00e9crit en 15 jours \u00e0 la commande, orchestration et copie comprise\u00a0! Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, on donnera deux ans au compositeur pour accoucher d\u2019une \u0153uvre souvent oubli\u00e9e sit\u00f4t que cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n<p>Lass\u00e9 par les critiques apport\u00e9es \u00e0 ses innovations, Rossini quitte Naples pour Vienne en 1822. Il d\u00e9chaine l\u2019enthousiasme du public autrichien, provoque la jalousie de Weber, rencontre Beethoven et \u00ab\u00a0fit pleurer Hegel\u00a0\u00bb\u00a0! Devenu c\u00e9l\u00e8bre, il se rend \u00e0 Londres\u00a0: fiasco financier. Il accepte alors les propositions de Charles X et se fixe \u00e0 Paris sous la Restauration qui apporte un dernier parfum d\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 citoyen conservateur, effray\u00e9 par les mouvements insurrectionnels, alors m\u00eame qu\u2019il s\u2019affirme toujours r\u00e9volutionnaire et porteur d\u2019innovations dans l\u2019\u00e9criture musicale. Stendhal, fascin\u00e9 par le personnage, va lui consacrer une biographie quelque peu romanc\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un succ\u00e8s fou au th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est chez le public de Paris la curiosit\u00e9 de porter un jugement sur une pi\u00e8ce dont on va parler pendant un mois\u00a0; on y court pour la juger et non pour avoir des transports et des larmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842), <em>Vie de Rossini<\/em> (1823)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris\u00a0vu par Rossini\u00a0! Cette derni\u00e8re citadelle sur le chemin de la gloire est conquise en moins de temps qu\u2019il ne faut pour l\u2019\u00e9crire. Il compose <em>Il viaggio a Reims (Le Voyage \u00e0 Reims)<\/em> en 1825, pour c\u00e9l\u00e9brer le fastueux sacre du roi Charles X, devenu aussit\u00f4t l\u2019un des compositeurs les plus en vue de la capitale. Il prend la direction du Th\u00e9\u00e2tre-Italien et s\u2019engage \u00e0 \u00e9crire une \u0153uvre par an pour l\u2019Op\u00e9ra de Paris\u00a0!<\/p>\n<p>Il adapte en fran\u00e7ais plusieurs de ses \u0153uvres italiennes, revues et corrig\u00e9e, tenant compte des imp\u00e9ratifs du style fran\u00e7ais et des possibilit\u00e9s relativement limit\u00e9es de ses chanteurs. Il doit aussi prendre soin des chanteurs, grands favoris du public. Leurs caprices le lassent parfois, mais c\u2019est bien \u00e0 la voix humaine qu\u2019il consacre toujours tout son g\u00e9nie de compositeur. L\u2019orchestre accompagne les r\u00e9citatifs et les grands num\u00e9ros vocaux s\u2019encha\u00eenent, en solo, trio, quatuor ou quintet. La voix devient un instrument de l\u2019orchestre et un vecteur dramatique. Ainsi et sans vraiment en avoir conscience, Rossini laisse une empreinte ind\u00e9l\u00e9bile sur la grande histoire de la musique<\/p>\n<p>Il ajoute \u00e0 son catalogue un ultime op\u00e9ra (politique) en 1829 \u2013 <em>Guillaume Tell<\/em> qui devint le prototype du grand op\u00e9ra fran\u00e7ais (d\u00e9passant l<em>\u2019opera buffa<\/em> et l\u2019<em>opera seria<\/em>). Demi-succ\u00e8s ou semi-\u00e9chec, compar\u00e9 \u00e0 ses pr\u00e9c\u00e9dents triomphes et \u00e0 ce qu\u2019on attendait d\u2019\u00ab\u00a0El Signor Crescendo\u00a0\u00bb\u2026 Il d\u00e9cide de prendre sa retraite \u00e0 37 ans, composant quand m\u00eame quelques morceaux de musique sacr\u00e9e et ses irr\u00e9sistibles \u00ab\u00a0P\u00e9ch\u00e9s de vieillesse\u00a0\u00bb, recueil de 150 pi\u00e8ces vocales et pour piano solo. Il meurt dans sa villa de Passy, bien connue (et fr\u00e9quent\u00e9e) du tout Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Grande Renonciation\u2026 ph\u00e9nom\u00e8ne unique dans l\u2019histoire de la musique et difficile \u00e0 comparer dans toute l\u2019histoire de l\u2019art\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Francis <span class=\"caps\">TOYE<\/span> (1883-1934), <em>Rossini\u00a0: A Study in Tragi-Comedy<\/em> (1934)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le critique et musicologue anglais est formel. \u00ab\u00a0Existe-t-il un autre artiste qui ait ainsi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, dans la fleur de l\u2019\u00e2ge, renonc\u00e9 \u00e0 cette forme de production artistique qui l\u2019avait rendu c\u00e9l\u00e8bre dans le monde civilis\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est possible de trouver des raisons. La R\u00e9volution de 1830 mit implicitement fin \u00e0 son contrat, cependant que Rossini assistait, \u00e9tonn\u00e9, au triomphe de Meyerbeer (qu\u2019il avait personnellement appel\u00e9 \u00e0 Paris) et ouvrait les portes du succ\u00e8s \u00e0 ses confr\u00e8res Bellini et Donizetti. Hostile \u00e0 la pompe du nouvel op\u00e9ra fran\u00e7ais, il pr\u00e9f\u00e9ra abandonner la place. Le voil\u00e0 sujet \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et la d\u00e9pression, traversant de graves crises nerveuses et physiques, cons\u00e9cutives \u00e0 ses abus de jeunesse et \u00e0 l\u2019incessant labeur men\u00e9 pendant vingt ann\u00e9es au cours desquelles il avait \u00e9crit messes, cantates et \u0153uvres diverses, outre la quarantaine d\u2019op\u00e9ras dont il assurait la r\u00e9alisation \u00e0 la sc\u00e8ne, avec tous les remaniements cons\u00e9cutifs aux reprises en d\u2019autres th\u00e9\u00e2tres.<\/p>\n<p>Rossini s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1848 et ses d\u00eeners gastronomiques deviennent l\u00e9gendaires. Quand il ne s\u2019attable pas \u00e0 la Tour d\u2019argent ou \u00e0 la Maison dor\u00e9e \u2013 deux grands restaurants parisiens o\u00f9 il a toujours sa table retenue -, il invite ses amis chez lui pour souper. Il r\u00e9ussit \u00e0 inscrire son nom dans l\u2019histoire de la gastronomie fran\u00e7aise avec le tournedos Rossini\u00a0(cr\u00e9\u00e9 en son honneur par Casimir Moisson, chef de la Maison Dor\u00e9e)\u00a0: tournedos de b\u0153uf accompagn\u00e9 de foie gras po\u00eal\u00e9 et de lamelles de truffe, servi avec une sauce mad\u00e8re. Citons aussi la tarte Guillaume Tell. Lui-m\u00eame improvise au gr\u00e9 de son inspiration. Mais \u00e0 un d\u00eener chez Victor Hugo, voyant le ma\u00eetre de maison m\u00ealer, selon son habitude et sur la m\u00eame assiette, les rago\u00fbts, les l\u00e9gumes et \u00ab\u00a0une notable portion de truffes \u00e0 la serviette\u00a0\u00bb, Rossini ne peut s\u2019emp\u00eacher de s\u2019exclamer\u00a0: \u00ab\u00a0Comme po\u00e8te, je vous admire, mais je vous m\u00e9prise comme mangeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/segur.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Comtesse de S\u00e9gur (1799-1874), n\u00e9e Sophie Rostopchine, best-seller de la litt\u00e9rature pour enfants qui d\u00e9bute \u00e0 57 ans et fait miracle dans le genre avec ses \u00ab\u00a0petites filles mod\u00e8les\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes Petites Filles mod\u00e8les ne sont pas une cr\u00e9ation\u00a0; elles existent bien r\u00e9ellement\u00a0: ce sont des portraits\u00a0; la preuve en est dans leurs imperfections m\u00eames. Elles ont des d\u00e9fauts, des ombres l\u00e9g\u00e8res qui font ressortir le charme du portrait et attestent l\u2019existence du mod\u00e8le. Camille et Madeleine sont une r\u00e9alit\u00e9 dont peut s\u2019assurer toute personne qui conna\u00eet l\u2019auteur.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">SEGUR<\/span> (1799-1874), <em>Les Petites filles mod\u00e8les<\/em> (1859), Pr\u00e9face<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sophie Rostopchine, n\u00e9e \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, est la fille du comte F\u00e9dor Rostopchine, g\u00e9n\u00e9ral impliqu\u00e9 dans l\u2019incendie de Moscou lors de la campagne de Russie de Napol\u00e9on (septembre 1812). Tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce et forc\u00e9 \u00e0 l\u2019exil en 1814, il fait venir sa famille en France. \u00c0 19 ans, Sophie \u00e9pouse le comte de S\u00e9gur. M\u00e8re de huit enfants, fuyant les mondanit\u00e9s, la comtesse se retire dans sa propri\u00e9t\u00e9 de Nouettes dans l\u2019Orne pour se consacrer aux joies de la famille qui s\u2019agrandit avec quatre petits-enfants, dont Camille et Madeleine (de Malaret).<\/p>\n<p>\u00c0 55 ans, elle \u00e9crit ses premi\u00e8res histoires \u00e0 leur intention\u00a0: <em>Les Nouveaux contes de f\u00e9es<\/em> illustr\u00e9s par Gustave Dor\u00e9,\u00a0 publi\u00e9s par Louis Hachette en 1857 \u2013 cet ami de la famille a obtenu le monopole des biblioth\u00e8ques de gare dans le r\u00e9seau des premiers chemins de fer. Le succ\u00e8s est imm\u00e9diat et la comtesse de S\u00e9gur ne cessera plus d\u2019\u00e9crire ses histoires pour enfants, quelque vingt titres publi\u00e9s dans la nouvelle collection \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que rose\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9e en 1860 chez Hachette. Les cinq premiers titres totalisent plus de 6 millions d\u2019exemplaires vendus\u00a0: un \u00ab\u00a0long-seller\u00a0\u00bb litt\u00e9raire incontestable et une ic\u00f4ne culturelle durable qui peut \u00eatre diversement comment\u00e9e. Pour s\u2019en tenir \u00e0 une seule question\u00a0: peut-on faire de la bonne litt\u00e9rature avec de bons sentiments\u00a0? Oui\u2026 et elle le prouve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On n\u2019avait jamais vu un enterrement plus gai. Il est vrai que la morte \u00e9tait une vieille poup\u00e9e, sans couleur, sans cheveux, sans jambes et sans t\u00eate, et que personne ne l\u2019aimait ni ne la regrettait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">SEGUR<\/span> (1799-1874), <em>Les Malheurs de Sophie<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le premier volume de la c\u00e9l\u00e8bre trilogie qui se poursuit avec <em>Les Petites Filles mod\u00e8les<\/em> et <em>Les Vacances.<\/em><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit est tr\u00e8s inspir\u00e9 de sa propre enfance. Sophie a tout pour \u00eatre heureuse, une maman qui veille sur son \u00e9ducation, un papa qui l\u2019adore, un cousin qui la d\u00e9fend toujours, une bonne aux petits soins pour elle, un ch\u00e2teau magnifique\u2026 Mais Sophie n\u2019a rien d\u2019une petite fille mod\u00e8le, au contraire de ses amies Camille et Madeleine. Elle n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate et invente les pires b\u00eatises. Elle coupe en morceaux les petits poissons de sa m\u00e8re, manque de se br\u00fbler en pataugeant dans la chaux vive, d\u00e9cide de se couper les sourcils pour devenir plus belle\u2026 et fait souffrir le martyr \u00e0 sa poup\u00e9e de cire.\u00a0 Elle accumule les b\u00eatises et fait preuve de vilains d\u00e9fauts, la gourmandise, la paresse, le mensonge. Sa m\u00e8re, inflexible sur les principes d\u2019une bonne \u00e9ducation, ne laissera rien passer \u00e0 la pauvre Sophie forc\u00e9e d\u2019assumer les cons\u00e9quences de ses actes.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fouet est le meilleur des ma\u00eetres [\u2026] et le seul moyen d\u2019\u00e9lever des enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">SEGUR<\/span> (1799-1874), <em>Les Petites filles mod\u00e8les<\/em> (1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les vrais\u00a0malheurs de Sophie vont commencer avec Madame Fichini. Sa m\u00e8re \u00e9tant morte dans un naufrage avec sa tante et son oncle, Sophie est \u00e9lev\u00e9e par cette belle-m\u00e8re sadique et stupide qui tente de la dresser, lui infligeant des punitions qui ne font que la rendre encore plus rebelle, querelleuse, menteuse et querelleuse que nature. Heureusement que Madeleine et Camille, les \u00ab\u00a0petites filles mod\u00e8les\u00a0\u00bb, sont l\u00e0 en attendant que leur m\u00e8re, Madame de Fleurville, ne s\u2019interpose avec une autre femme \u00e9galement compr\u00e9hensive et intelligente, Madame de Rosbourg, m\u00e8re de la petite Marguerite moins compr\u00e9hensive face \u00e0 Sophie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes pauvres enfants, c\u2019est toujours ainsi dans le monde\u00a0; le Bon Dieu envoie des peines, des chagrins, des souffrances, pour nous emp\u00eacher de trop aimer la vie et pour nous habituer \u00e0 la pens\u00e9e de la quitter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">SEGUR<\/span> (1799-1874), <em>Les Vacances<\/em> (1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les grandes vacances sont arriv\u00e9es au ch\u00e2teau de Fleurville. Camille et Madeleine de Fleurville, accompagn\u00e9es de leurs amies Sophie Fichini et Marguerite de Rosbourg accueillent leurs cousins. P\u00eache, chasse aux papillons, construction de cabanes\u2026 Vacances bien remplies et pleines de surprises. La meilleure sera le retour inesp\u00e9r\u00e9 de deux naufrag\u00e9s\u2026 gr\u00e2ce \u00e0 quoi Sophie pourra enfin faire la paix avec son pass\u00e9 difficile. Tout est bien qui finit bien et moralement. Jusqu\u2019au livre suivant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous verrez enfin que lorsqu\u2019on aura lu ce livre, au lieu de dire\u00a0: B\u00eate comme un \u00e2ne, ignorant comme un \u00e2ne, t\u00eatu comme un \u00e2ne, on dira\u00a0: De l\u2019esprit comme un \u00e2ne, savant comme un \u00e2ne, docile comme un \u00e2ne, et que vous et vos parents vous serez fiers de ces \u00e9loges.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">SEGUR<\/span> (1799-1874), <em>Les M\u00e9moires d\u2019un \u00e2ne<\/em> (1860)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e2ne qui s\u2019exprime, tout au long de ce roman \u00e0 la premi\u00e8re personne. \u00ab\u00a0Je ne suis pas mauvaise b\u00eate mais je n\u2019aime pas \u00eatre maltrait\u00e9. Aussi je me suis enfui de chez la fermi\u00e8re qui me rouait de coups\u2026 Vivant dans les bois, couchant \u00e0 la belle \u00e9toile, j\u2019ai eu cependant l\u2019occasion de rendre quelques services. J\u2019ai tir\u00e9 une petite fille d\u2019un incendie, secouru une vieille femme\u2026 Ma bonne volont\u00e9 se heurte souvent \u00e0 l\u2019ingratitude des hommes, mais, bah\u00a0! apr\u00e8s tout, il est vrai que je ne suis qu\u2019un \u00e2ne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Peut-on parler d\u2019anthropomorphisme pour la bonne cause \u2013 la cause animale, naturellement\u00a0? C\u2019est aussi une le\u00e7on d\u2019\u00e9cologie avant l\u2019heure, l\u2019observation d\u2019une b\u00eate victime des pires pr\u00e9jug\u00e9s, qui se r\u00e9v\u00e8le finalement plus humaine (au sens figur\u00e9) que la plupart des gens. L\u2019\u00e2ne m\u00e9taphorique va se retrouver dans un prochain roman.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un \u00e2ne \u00e0 deux pieds peut devenir g\u00e9n\u00e9ral et rester \u00e2ne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">SEGUR<\/span> (1799-1874), <em>Le G\u00e9n\u00e9ral Dourakine<\/em> (1863)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Dourakine est un homme aux col\u00e8res terribles\u2026 qui dissimulent une r\u00e9elle bont\u00e9 et surtout un grand souci de la justice. Revenu \u00e0 Gromiline en Russie, en compagnie de la famille fran\u00e7aise Derigny, le voil\u00e0 contraint d\u2019accueillir en son ch\u00e2teau sa ni\u00e8ce Papofski et ses huit garnements.<\/p>\n<p>Plus d\u2019une fois, la patience du g\u00e9n\u00e9ral sera mise \u00e0 rude \u00e9preuve et il se d\u00e9barrasserait volontiers de cette intruse\u2026 mais il craint qu\u2019elle ne d\u00e9nonce un prince polonais r\u00e9fugi\u00e9 clandestinement au ch\u00e2teau. Sur le conseil de son fid\u00e8le intendant Derigny, le g\u00e9n\u00e9ral usera d\u2019un subterfuge qui trompe l\u2019odieuse Papofski et permet au g\u00e9n\u00e9ral de vivre en France une vieillesse heureuse aupr\u00e8s de ceux qu\u2019il aime. <em>Happy end<\/em> de rigueur.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/vincenzo_bellini_.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Vincenzo Bellini (1801-1835), \u00ab\u00a0g\u00e9nie lyrico-dramatique, mais incomparablement plus lyrique que dramatique.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drame musical doit faire pleurer, trembler, mourir, par le chant.\u00a0\u00bb<span id=\"41\" class=\"cit-num\">41<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincenzo <span class=\"caps\">BELLINI<\/span> (1801-1835) cit\u00e9 par Camille Bellaigue, Revue musicale \u2013 Hommage \u00e0 Bellini. <em>Revue des Deux Mondes<\/em> (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce compositeur n\u00e9 en Sicile, \u00e9l\u00e8ve au Conservatoire de Naples, invit\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre San Carlo \u00e0 25 ans, obtient un tel succ\u00e8s que la Scala de Milan accueille<em> Il Pirata<\/em> en 1827. Premier triomphe. Ils vont d\u00e9sormais s\u2019encha\u00eener.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle du romantisme, le jeune Bellini incarne la recherche exclusive de la sensibilit\u00e9 pouss\u00e9e au paroxysme et l\u2019exprime clairement\u00a0: \u00ab\u00a0Les artifices musicaux sont mortels \u00e0 l\u2019effet des situations\u2026 Po\u00e9sie et musique, pour produire leur effet, ne demandent que le naturel, et rien d\u2019autre. Celui qui s\u2019en \u00e9loigne est perdu et finira par mettre au jour une \u0153uvre pesante et stupide. Elle ne plaira qu\u2019au monde des p\u00e9dants, jamais au c\u0153ur, ce po\u00e8te qui re\u00e7oit directement l\u2019impression des passions. Si le c\u0153ur est \u00e9mu, il aura toujours raison contre toutes les paroles du monde, lesquelles ne prouveront pas seulement un iota.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour lui la v\u00e9ritable forme de l\u2019expression ne pouvait \u00eatre qu\u2019une\u00a0: la forme lin\u00e9aire, le canto puro.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">BELLAIGUE<\/span> (1858-1930), critique musical et musicographe fran\u00e7ais, Hommage \u00e0 Bellini. <em>Revue des Deux Mondes<\/em> (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il donne la cl\u00e9 de son inspiration pour conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Bellini, g\u00e9nie lyrico-dramatique, mais incomparablement plus lyrique que dramatique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mort \u00e0 33 ans, ce surdou\u00e9 nous laisse quatre op\u00e9ras parmi les plus jou\u00e9s du r\u00e9pertoire lyrique\u00a0: <em>I Capuleti e i Montecchi (Les Capulets et les Montaigus)<\/em> (1830), <em>La Sonnambula (La Somnambule)<\/em> (1831), <em>Norma<\/em> (1831) son \u0153uvre la plus c\u00e9l\u00e8bre qui triomphe lors de son retour \u00e0 la Scala de Milan et<em> I puritani (Les Puritains)<\/em>, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Paris. Son confr\u00e8re Rossini, alors directeur du Th\u00e9\u00e2tre-Italien de Paris, l\u2019invite, l\u2019installe chez lui \u00e0 Puteaux pour \u00e9crire. Nouveau triomphe du jeune compositeur \u00e0 qui tout semble r\u00e9ussir\u2026 Quand il meurt quelques jours plus tard d\u2019une dysenterie. <br>Son ami Chopin est boulevers\u00e9. Les deux artistes se sont mutuellement influenc\u00e9s. Et Musset le po\u00e8te prend acte \u00e0 sa mani\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Bellini tombe et meurt.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Inhum\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise, exhum\u00e9 quarante ans apr\u00e8s, ses restes sont transport\u00e9s \u00e0 Catane, sa ville natale o\u00f9 il est enterr\u00e9 dans la cath\u00e9drale Sainte-Agathe. Le cercueil ayant servi \u00e0 transporter sa d\u00e9pouille est expos\u00e9 au Mus\u00e9e Bellini \u2013 dans la maison o\u00f9 il v\u00e9cut. Le mausol\u00e9e du P\u00e8re-Lachaise est rest\u00e9 tel qu\u2019il \u00e9tait aux premi\u00e8res obs\u00e8ques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bellini est un de mes favoris, parce que sa musique est tout c\u0153ur, profond\u00e9ment sentie et li\u00e9e \u00e9troitement aux paroles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Richard <span class=\"caps\">WAGNER<\/span> (1813-1883), <em>Lettre sur la musique<\/em>, \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric Villot (1861)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surprenante, l\u2019admiration du c\u00e9l\u00e8bre musicien allemand qui semble aux antipodes de l\u2019Italien de Paris\u00a0! Et pourtant, il s\u2019exprime clairement\u00a0: \u00ab\u00a0On me croit un ogre pour tout ce qui regarde l\u2019\u00e9cole musicale italienne et l\u2019on me pose sp\u00e9cialement en antagoniste de Bellini. Mais non, non, mille fois non. Bellini m\u00eame est un de mes favoris, parce que sa musique est tout c\u0153ur, profond\u00e9ment sentie et li\u00e9e \u00e9troitement aux paroles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Du temps qu\u2019il \u00e9tait chef d\u2019orchestre au th\u00e9\u00e2tre de Riga, vers 1838, Wagner annon\u00e7ait en ces termes la mise au r\u00e9pertoire de <em>Norma<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Cet op\u00e9ra, parmi toutes les cr\u00e9ations de Bellini, est celui qui joint \u00e0 la veine m\u00e9lodique la plus riche, la plus profonde r\u00e9alit\u00e9 et la passion la plus intime. Tous les adversaires de la musique italienne rendront justice \u00e0 cette grande partition en disant qu\u2019elle parle au c\u0153ur et qu\u2019elle est une \u0153uvre de g\u00e9nie. C\u2019est pourquoi j\u2019invite le public \u00e0 venir en grand nombre l\u2019\u00e9couter.\u00a0\u00bb On en revient \u00e0 cette \u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Bellini, g\u00e9nie lyrico-dramatique, mais incomparablement plus lyrique que dramatique.\u00a0\u00bb Les plus belles pages de son \u0153uvre confirment ce jugement.<\/p>\n<p>Comment quitter Bellini sans rappeler, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019admiration, \u00e0 l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle causera toujours, la plus fameuse peut-\u00eatre et peut-\u00eatre aussi la plus belle de ses m\u00e9lodies\u00a0! Rien qu\u2019\u00e0 s\u2019en souvenir, on comprend qu\u2019un compatriote du ma\u00eetre \u00e9crive, ou s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0Et maintenant relisons la<em> Casta diva<\/em>\u00a0; relisons-la pour notre pure joie spirituelle et pour notre orgueil sacr\u00e9 d\u2019Italiens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour sauver du n\u00e9ant l\u2019\u0153uvre du musicien de Sicile, quelle qu\u2019en soit, par moments, la faiblesse ou la mis\u00e8re m\u00eame, c\u2019est assez qu\u2019il ait dessin\u00e9 par les sons deux ou trois figures de femme. Autant que des symphonies, il est des m\u00e9lodies o\u00f9 peut tenir, en quelques lignes de chant, un infini de beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">BELLAIGUE<\/span> (1858-1930), Revue musicale \u2013 Hommage \u00e0 Bellini.<em> Revue des Deux Mondes<\/em> (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle suivant, Maria Callas interpr\u00e8te d\u00e8s 1949 Norma, r\u00f4le-titre qui la suivra toute sa carri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Bellini a compos\u00e9 Norma pour moi\u00a0\u00bb dit-elle. L\u2019aria-cavatine du <em>\u00ab\u00a0Casta Diva\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Chaste d\u00e9esse\u00a0\u00bb), vrai \u00ab\u00a0tube lyrique mondial\u00a0\u00bb, a droit \u00e0 sa fiche Wikip\u00e9dia\u00a0!<\/p>\n<p>Callas ressuscite aussi<em> I Puritani<\/em> (r\u00f4le principal d\u2019Elvira) \u00e0 la Scala (1953) et <em>La Sonnambula<\/em> en 1955 \u00e0 Cologne. D\u00e9but 1960, Joan Sutherland, autre diva du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, interpr\u00e8tera<em> Beatrice di Tenda<\/em>, permettant sa red\u00e9couverte. En 1966, le r\u00f4le de Rom\u00e9o dans <em>I Capuleti e i Montecchi (Les Capulets et les Montaigus)<\/em> est retranscrit pour un t\u00e9nor, contribuant \u00e0 la nouvelle renomm\u00e9e de cet op\u00e9ra.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/taglioni.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Marie Taglioni (1804-1884) cr\u00e9atrice de la Sylphide en 1832, arch\u00e9type du \u00ab\u00a0ballet blanc\u00a0\u00bb romantique, triomphe artistique de la femme sur pointes et en tutu.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019y avait qu\u2019elle au monde qui dans\u00e2t ainsi.\u00a0\u00bb<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">JANIN<\/span> (1804-1874), Notice sur<em> la Sylphide<\/em>, Les Beaut\u00e9s de l\u2019Op\u00e9ra, ou Chefs-d\u2019\u0153uvre lyriques illustr\u00e9s par les premiers artistes de Paris et de Londres (1845)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Italienne, n\u00e9e en 1804 \u00e0 Stockholm, Marie Taglioni a re\u00e7u la danse en h\u00e9ritage avec son grand-p\u00e8re, son p\u00e8re Filippo et son oncle chor\u00e9graphes, sa m\u00e8re Sophie Karsten danseuse, musicienne et peintre, son fr\u00e8re Paolo \u00e9galement danseur.<\/p>\n<p>Elle fait ses premiers pas de danseuse \u00e0 Paris, mais\u2026 Elle a le dos vo\u00fbt\u00e9, les bras trop longs\u2026 et manque d\u2019assiduit\u00e9 aux cours. Reste sa sensibilit\u00e9 naturelle et ses inspirations inn\u00e9es sur la musique. Convaincu de son talent, son p\u00e8re d\u00e9croche un engagement de premi\u00e8re danseuse \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s au Th\u00e9\u00e2tre Imp\u00e9rial de Vienne et revoit sa formation. Pour masquer ses d\u00e9fauts de naissance, il d\u00e9veloppe avec elle une technique particuli\u00e8re dans les ports de bras et les postures de buste \u2013 devenues caract\u00e9ristiques du ballet romantique, avec l\u2019emploi des pointes. Marie n\u2019est pas la premi\u00e8re \u00e0 porter ce type de chaussons, mais \u00e0 force de ma\u00eetrise technique, elle r\u00e9ussit \u00e0 les utiliser sans effort physique apparent. L\u2019illusion d\u2019une suspension a\u00e9rienne est telle que le critique Jules Janin l\u2019imaginera \u00ab\u00a0courant sur les fleurs sans les courber\u00a0\u00bb<em> (Journal des D\u00e9bats)<\/em> Cette artiste incroyable va marquer \u00e0 jamais l\u2019histoire de la danse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mademoiselle Taglioni, ce n\u2019\u00e9tait pas une danseuse, c\u2019\u00e9tait la danse m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872), <em>Histoire de l\u2019art dramatique en France depuis vingt-cinq ans<\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>12 mars 1832, Marie Taglioni danse le r\u00f4le-titre du ballet-pantomime <em>la Sylphide<\/em>, cr\u00e9\u00e9 par son p\u00e8re sur un livret d\u2019Adolphe Nourrit et une musique de Jean Schneitzhoeffer. Un jeune \u00c9cossais \u00e0 la veille de son mariage, voit para\u00eetre en songe une sylphide, f\u00e9e \u00e9vanescente symbolisant l\u2019id\u00e9al f\u00e9minin et la libert\u00e9. Le d\u00e9nouement tragique et la mise en sc\u00e8ne onirique expriment l\u2019inaccessibilit\u00e9 de l\u2019univers de la sylphide toute en voiles blancs et tulle vaporeux\u2026 Pour accentuer le caract\u00e8re immat\u00e9riel de son personnage, la danseuse r\u00e9alise l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la chor\u00e9graphie sur pointes, comme si elle volait. Tutu blanc (sign\u00e9 Eug\u00e8ne Lami) et pointes\u00a0(technique perfectionn\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame par Marie)\u00a0: l\u2019arch\u00e9type de la ballerine vient de na\u00eetre.<\/p>\n<p>Critique et public s\u2019enthousiasment\u00a0: <em>la Sylphide<\/em> devient <span class=\"caps\">LE<\/span> ballet romantique de r\u00e9f\u00e9rence, inspirant toute une g\u00e9n\u00e9ration de po\u00e8tes et d\u2019\u00e9crivains dont Th\u00e9ophile Gautier, futur librettiste de <em>Giselle<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019identit\u00e9 m\u00eame de la Taglioni se confond avec l\u2019image de son personnage. Le ph\u00e9nom\u00e8ne va gagner l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: coiffures, poup\u00e9es, bonbons, biscuits, journaux\u2026 prennent le nom de \u00ab\u00a0Sylphide\u00a0\u00bb. Objets utilitaires, d\u00e9coratifs ou ludiques, reproduisent l\u2019image de la danseuse adul\u00e9e.<\/p>\n<p>La carri\u00e8re de la ballerine se poursuit, invit\u00e9e dans les plus grands th\u00e9\u00e2tres europ\u00e9ens de Londres, Berlin, Milan, Saint-P\u00e9tersbourg. La renomm\u00e9e de \u00ab\u00a0la Taglioni\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9tend alors \u00e0 l\u2019Europe enti\u00e8re, de 1832 \u00e0 1847.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019elle entre en sc\u00e8ne, on voit toujours appara\u00eetre ce brouillard blanc ennuag\u00e9 de mousseline transparente, cette vision chaste et \u00e9th\u00e9r\u00e9e que nous connaissons bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872) Marie Taglioni, <em>Encyclop\u00e9die Universalis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Taglioni est un g\u00e9nie, si nous nous mettons d\u2019accord pour entendre par ce mot les dons naturels pouss\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 leurs derni\u00e8res limites\u00a0; elle nous montre des ronds de jambe et des ports de bras qui valent de longs po\u00e8mes. Mlle Taglioni est une danseuse chr\u00e9tienne. Elle voltige comme un esprit au milieu des transparentes vapeurs des blanches mousselines dont elle aime s\u2019entourer, elle ressemble \u00e0 une \u00e2me heureuse qui fait ployer \u00e0 peine du bout de ses pieds roses la pointe des fleurs c\u00e9lestes.\u00a0\u00bb Dans une chronique parisienne\u00a0de 1836, il en fera \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes de notre temps\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Deux autres ballerines romantiques succ\u00e8deront \u00e0 Marie Taglioni, l\u2019Italienne Carla (ou Carlotta) Grisi cr\u00e9era <em>Giselle<\/em> \u00e0 Paris (1841) et l\u2019Autrichienne Fanny Elssler (1810-1884), la plus com\u00e9dienne et trag\u00e9dienne des trois, subjugue ses contemporains par sa sensualit\u00e9 et sa capacit\u00e9 \u00e0 jouer les situations les plus dramatiques. Tout aussi admiratif de cette nouvelle Giselle, Th\u00e9ophile Gautier salue \u00ab\u00a0la ballerine pa\u00efenne\u00a0\u00bb oppos\u00e9e \u00e0 Taglioni, \u00ab\u00a0ballerine chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb, la Sylphide incarnant le r\u00eave et la po\u00e9sie sublim\u00e9e. La post\u00e9rit\u00e9 continue de les opposer, mais la comparaison de Gautier r\u00e9sume tout ce que l\u2019on peut en dire\u00a0: \u00ab\u00a0Elssler est la danseuse aim\u00e9e des hommes, comme Mlle Taglioni l\u2019\u00e9tait des femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 terre ne p\u00e8se pas trop sur elle, elle a si peu pes\u00e9 sur toi\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe sur la tombe de Marie <span class=\"caps\">TAGLIONI<\/span>, cimeti\u00e8re du P\u00e8re Lachaise (94\u00e8me division)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots r\u00e9sument le mythe construit sur cette danseuse exceptionnelle et pionni\u00e8re du romantisme. Apr\u00e8s vingt-cinq ann\u00e9es de succ\u00e8s ininterrompus, elle quitte la sc\u00e8ne en 1847 pour donner des le\u00e7ons et chor\u00e9graphier son unique ballet en 1860, <em>le Papillon<\/em> sur une musique de Jacques Offenbach. Mais la cr\u00e9ation f\u00e9minine reste l\u2019objet de fortes censures. Malgr\u00e9 son r\u00e9seau professionnel, elle ne peut obtenir le titre officiel de chor\u00e9graphe, se heurtant \u00e0 des normes de genre qui assignent les femmes \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des \u0153uvres et les excluent de l\u2019accession \u00e0 l\u2019emploi de ma\u00eetre de ballet.<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache que le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle romantique marque l\u2019apog\u00e9e artistique de la ballerine, l\u2019homme \u00e9tant souvent rel\u00e9gu\u00e9 au r\u00f4le de \u00ab\u00a0porteur\u00a0\u00bb mettant en valeur sa partenaire. Il prendra sa revanche avec les Ballets russes de Diaghilev au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_malibran-1.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>La Malibran (1808-1836), premi\u00e8re diva du si\u00e8cle d\u2019or de l\u2019Op\u00e9ra \u00e0 Paris\u00a0: sa mort accidentelle \u00e0 28 ans bouleversa le monde.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Ciel de ses \u00e9lus devient-il envieux\u00a0? <br>Ou faut-il croire, h\u00e9las\u00a0! ce que disaient nos p\u00e8res, <br>Que lorsqu\u2019on meurt si jeune on est aim\u00e9 des dieux\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), Stances \u00e0 la Malibran<em>, Po\u00e9sies nouvelles<\/em> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Enfant du si\u00e8cle\u00a0romantique fut au nombre de ses admirateurs et ses soupirants, avec Delacroix, Wagner, Rossini, Stendhal, Lamartine\u2026 Mais le monde entier pleura cette jeune morte.<\/p>\n<p>D\u2019origine espagnole, la Malibran est la plus c\u00e9l\u00e8bre cantatrice du si\u00e8cle. D\u2019une remarquable beaut\u00e9, elle acquiert une voix exceptionnelle de colorature au prix d\u2019un travail acharn\u00e9 qui lui permet toutes les acrobaties vocales, sans jamais perdre son timbre velout\u00e9 lui permettant d\u2019exprimer toute la gamme des sentiments.<\/p>\n<p>Elle conna\u00eet une ascension fulgurante et une vie sentimentale tumultueuse, mari\u00e9e \u00e0 moins de 18 ans (pour \u00e9chapper \u00e0 son p\u00e8re) avec Eug\u00e8ne de Malibran, financier quinquag\u00e9naire bient\u00f4t en faillite. Elle lui doit quand m\u00eame sa seconde passion apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ra\u00a0: l\u2019\u00e9quitation.<\/p>\n<p>Elle triomphe sur toutes les sc\u00e8nes lyriques, multipliant les r\u00f4les et les tourn\u00e9es, remari\u00e9e avec le violoniste belge Charles-Auguste de B\u00e9riot, son amant depuis six ans et le p\u00e8re de son premier fils. De nouveau enceinte, elle fait une chute de cheval, mais refuse de se soigner pour honorer ses engagements\u00a0: concerts \u00e0 Li\u00e8ge, Aix la Chapelle, Paris, jusqu\u2019au festival de Manchester. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle meurt des suites de l\u2019accident \u2013 formation d\u2019un caillot de sang au cerveau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Beaut\u00e9, g\u00e9nie, amour furent son nom de femme,<br>\u00c9crit dans son regard, dans son c\u0153ur, dans sa voix.<br>Sous trois formes au ciel appartenait cette \u00e2me.<br>Pleurez, terre\u00a0! Et vous, cieux, accueillez-la trois fois\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), quatrain sur la tombe de La Malibran \u00e0 Bruxelles (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine ne saurait \u00eatre plus lyrique\u00a0! En termes moins romantiques et plus techniques, un musicien lui rend le plus bel hommage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis Mozart, on n\u2019a jamais vu de vocation si \u00e9nergiquement prononc\u00e9e pour la musique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Joseph-Ferdinand <span class=\"caps\">HEROLD<\/span> (1791-1833), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Connu avant tout pour ses musiques d\u2019op\u00e9ras et de ballets, H\u00e9rold d\u00e9buta comme jeune pianiste virtuose et continua de composer pour cet instrument, mourant peu apr\u00e8s quarante ans de phtisie (tuberculose pulmonaire, le mal du si\u00e8cle).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chopin.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin (1810-1849), le Polonais de Paris, fr\u00e8re artistique de Bellini, confr\u00e8re et ami de Liszt, amant de George Sand.\u00a0<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bach est un astronome qui d\u00e9couvre les plus merveilleuses \u00e9toiles. Beethoven se mesure \u00e0 l\u2019univers. Moi, je ne cherche qu\u2019\u00e0 exprimer l\u2019\u00e2me et le c\u0153ur de l\u2019homme.\u00a0\u00bb<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">CHOPIN<\/span> (1810-1849), Cit\u00e9 par Pascale Fautrier, <em>Chopin<\/em>, (2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prodige encens\u00e9 d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, Chopin est l\u2019auteur d\u2019une \u0153uvre parmi les plus jou\u00e9es de tout le r\u00e9pertoire. Au-del\u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes de l\u2019artiste romantique, compositeur novateur et pianiste virtuose, c\u2019est un t\u00e9moin de son temps qui sut transformer le sentiment tragique de la rupture et de l\u2019exil en une source de cr\u00e9ation et de joie.<\/p>\n<p>De p\u00e8re fran\u00e7ais et de m\u00e8re polonaise, n\u00e9 \u00e0 Varsovie, il v\u00e9cut la premi\u00e8re partie de sa vie en Pologne, la seconde en France, tout en restant tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 sa premi\u00e8re patrie \u2013 avec ses mazurkas et polonaises. La veille de sa mort, il demande que son c\u0153ur revienne \u00e0 la Pologne, son corps \u00e9tant inhum\u00e9 au cimeti\u00e8re du P\u00e8re Lachaise.<\/p>\n<p>Il compose \u00e0 7 ans ses premi\u00e8res \u0153uvres. Signe particulier, sa signature musicale\u00a0: en quelques notes, on peut dire\u00a0que \u00ab\u00a0c\u2019est du Chopin\u00a0\u00bb. \u00c0 17 ans, il se rend \u00e0 Berlin et d\u00e9couvre ce go\u00fbt des voyages qui lui permettra de se faire conna\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, avec une insatiable curiosit\u00e9 pour la musique des autres.<\/p>\n<p>Chopin quitte son pays en 1830 et part pour Vienne, Munich, Stuttgart, s\u2019installant finalement \u00e0 Paris en octobre 1831. Il rencontre aussit\u00f4t l\u2019autre grand compositeur et pianiste Franz Liszt n\u00e9 un an apr\u00e8s lui en Hongrie \u2013 ils deviennent amis avec une mutuelle admiration, d\u2019autant que tout oppose les deux virtuoses \u00e0 l\u2019origine de la technique moderne du piano.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis point propre \u00e0 donner des concerts. La foule m\u2019intimide\u00a0; je me sens asphyxi\u00e9 par ses haleines pr\u00e9cipit\u00e9es, paralys\u00e9 par ces regards curieux, muet devant ces visages \u00e9trangers. Mais toi, tu y es destin\u00e9, car quand tu ne gagnes pas ton public, tu as de quoi l\u2019assommer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">CHOPIN<\/span> (1810-1849) \u00e0 Liszt, cit\u00e9 par Henri Blaze de Bury, \u00c9tudes et Souvenirs \u2013 Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin, <em>Revue des Deux Mondes<\/em> (1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa discr\u00e9tion le pousse \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer aux grandes salles l\u2019intimit\u00e9 des salons priv\u00e9s. Il ne fera que quelques concerts publics et ce, avec peu d\u2019enthousiasme. L\u2019appr\u00e9hension le conduisait \u00e0 s\u2019enfermer deux semaines avant chaque prestation, pour jouer essentiellement du Bach. Litt\u00e9ralement malade en (grand)\u00a0public, il joue dans les salons et donne des le\u00e7ons, tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 parisienne.<\/p>\n<p>\u00c9pris de Maria Wodzinska, bient\u00f4t fianc\u00e9, il se heurte \u00e0 la famille de la jeune fille qui s\u2019oppose au mariage \u2013 ce serait une m\u00e9salliance. Autre drame, la chute de Varsovie en septembre 1831\u00a0: la ville est ras\u00e9e, apr\u00e8s une guerre de huit mois contre l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale russe. Boulevers\u00e9, Chopin compose l\u2019\u00e9tude n\u00b012 en do mineur, dite \u00ab\u00a0la R\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb\u00a0: un d\u00e9ferlement de notes qui rappelle pour une fois le style flamboyant de Liszt le Hongrois, l\u2019autre compositeur et interpr\u00e8te vedette de l\u2019\u00e9poque romantique.<\/p>\n<p>Hiver 1936, Liszt rend visite \u00e0 son ami Chopin accompagn\u00e9 de George Sand. \u00ab\u00a0Elle est antipathique, cette Sand\u00a0! Est-ce vraiment une femme\u00a0?\u00a0\u00bb lui \u00e9crira Chopin, choqu\u00e9 de la voir fumer comme une locomotive (dit Balzac) et s\u2019habiller en homme\u2026 Et pourtant, au printemps 1838, Sand et Chopin commencent \u00e0 se fr\u00e9quenter. Ils ont souffert tous les deux de leurs pr\u00e9c\u00e9dentes relations comme en t\u00e9moigne une certaine tristesse dans les \u0153uvres du compositeur, notamment dans ses <em>Nocturnes<\/em>.<\/p>\n<p>Sand la premi\u00e8re tombe sous le charme de Chopin, avec un regard tendre et quasi maternel, \u00e9crivant \u00e0 une amie\u00a0: \u00ab\u00a0Quant au petit [Chopin ], il viendra s\u2019il veut\u00a0\u00bb. Il vint. Leur relation va durer dix ans, entrecoup\u00e9e de quelques orages.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Chopin est un ange, sa bont\u00e9, sa tendresse et sa patience m\u2019inqui\u00e8tent quelquefois\u00a0; je m\u2019imagine que c\u2019est une organisation trop fine, trop exquise et trop parfaite pour vivre longtemps de notre grosse et lourde vie terrestre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">George <span class=\"caps\">SAND<\/span> (1804-1876), \u00e0 la comtesse Marliani, Paris. Marseille, 28 avril 1839<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s sa tumultueuse aventure v\u00e9nitienne avec Musset \u00ab\u00a0l\u2019enfant terrible\u00a0\u00bb du si\u00e8cle romantique, la tr\u00e8s populaire romanci\u00e8re a rencontr\u00e9 le second g\u00e9nie de sa vie d\u2019artiste, elle qui n\u2019a que du talent. Elle y est infiniment sensible. Tout Paris vibre \u00e0 ce romantisme exacerb\u00e9, mais George veille sur lui en garde-malade d\u2019un enfant surdou\u00e9, entre Paris et sa ch\u00e8re propri\u00e9t\u00e9 de Nohant, en passant par leur voyage amoureux aux Bal\u00e9ares, dans des conditions de froid et d\u2019inconfort terribles pour le tuberculeux.<\/p>\n<p>T\u00e9moignage bouleversant de Sand\u00a0: \u00ab\u00a0Il a fait \u00e0 Majorque, \u00e9tant malade \u00e0 mourir, de la musique qui sentait le paradis \u00e0 plein nez, mais je suis tellement habitu\u00e9e \u00e0 le voir dans le ciel qu\u2019il ne me semble pas que sa vie ou sa mort prouve quelque chose pour lui. Il ne sait pas bien lui-m\u00eame dans quelle plan\u00e8te il existe, il ne se rend aucun compte de la vie comme nous la concevons et comme nous la sentons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La simplicit\u00e9 est la r\u00e9ussite absolue. Apr\u00e8s avoir jou\u00e9 une grande quantit\u00e9 de notes, toujours plus de notes, c\u2019est la simplicit\u00e9 qui \u00e9merge comme une r\u00e9compense venant couronner l\u2019art.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">CHOPIN<\/span> (1810-1849), cit\u00e9 par Arthur Hedley, <em>Chopin<\/em> (1947)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Simplicit\u00e9, ma\u00eetre mot de son r\u00e9pertoire \u2013 on croirait aussi entendre son ami Bellini, compositeur d\u2019op\u00e9ra invit\u00e9 \u00e0 Paris par Rossini et dont la mort \u00e0 31 ans le bouleversa. Chopin meurt \u00e0 39 ans de tuberculose dans un appartement parisien, entour\u00e9 de sa s\u0153ur et de quelques amis. Sand vivait alors une passion politique pour la R\u00e9volution et la (Deuxi\u00e8me) R\u00e9publique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/liszt.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Franz Liszt (1811-1886), compositeur, transcripteur et pianiste virtuose hongrois, p\u00e8re de la technique pianistique moderne et du r\u00e9cital, capable de casser quatre pianos par concert\u2026 et grand mystique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris impose \u00e0 l\u2019Europe attard\u00e9e ses r\u00e9volutions et ses modes\u00a0; Paris est le Panth\u00e9on des vivants, le temple o\u00f9 l\u2019homme devient dieu pour un si\u00e8cle ou pour une heure, le foyer br\u00fblant qui \u00e9claire et consume toute renomm\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz <span class=\"caps\">LISZT<\/span> (1811-1886), cit\u00e9 par Brigitte Franc\u0327ois-Sappey, Chopin a\u0300 Paris, S\u00e9ance du 7 avril 2010, Acad\u00e9mie des Beaux-Arts<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de grand mystique, \u00e9ternel tortur\u00e9 entre ses multiples passions\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas de famille, je n\u2019ai que la religion et la musique\u2026 Les arts sont le plus s\u00fbr moyen de se d\u00e9rober au monde\u00a0; ils sont aussi le plus s\u00fbr moyen de s\u2019unir avec lui.\u00a0\u00bb C\u2019est oublier les femmes et ses nombreux amis c\u00e9l\u00e8bres. Une vie bien remplie.<\/p>\n<p>Enfant de sant\u00e9 fragile, manquant de succomber \u00e0 ses fi\u00e8vres, il se r\u00e9v\u00e8le surdou\u00e9 au piano, assimilant en moins de deux ans l\u2019essentiel du r\u00e9pertoire de Bach, Mozart et Beethoven\u00a0! Son p\u00e8re, violoncelliste d\u2019orchestre, souhaite faire de lui un enfant prodige comme Mozart. Avec le soutien financier de quelques nobles hongrois, la famille Liszt s\u2019installe \u00e0 Vienne en 1822. Franz suit les cours de piano de Czerny et les cours de composition de Salieri \u2013 deux r\u00e9f\u00e9rences. Il donne son premier concert public \u00e0 12 ans et entreprend une premi\u00e8re tourn\u00e9e europ\u00e9enne en 1823, interrompue par un long s\u00e9jour \u00e0 Paris, la ville des grandes rencontres de sa vie.<\/p>\n<p>Son statut d\u2019\u00e9tranger lui interdit l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00c9cole royale de musique et de d\u00e9clamation. Il multiplie les concerts priv\u00e9s et publics. Le 7 mars 1824, il joue au Th\u00e9\u00e2tre-Italien. L\u2019interpr\u00e9tation du \u00ab\u00a0petit Liszt\u00a0\u00bb s\u00e9duit la presse. Il encha\u00eene avec de nombreuses tourn\u00e9es en Angleterre et en France. Il rencontre Berlioz, George Sand, Musset, Chopin, Balzac, Byron. Le violoniste Paganini aura une grande influence sur le d\u00e9veloppement de son art. Il devient aussi l\u2019ami du peintre Eug\u00e8ne Delacroix. Rem\u00e8de \u00e0 la crise mystique de 1828, son engagement social correspond \u00e0 sa rencontre avec Lamennais, pr\u00eatre et th\u00e9ologien r\u00e9volt\u00e9. Liszt sera le disciple ardent du nouveau\u00a0\u00a0 catholicisme social jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon piano, c\u2019est pour moi ce qu\u2019est au marin sa fr\u00e9gate, c\u2019est ce qu\u2019est \u00e0 l\u2019Arabe son coursier, c\u2019est ma parole, c\u2019est ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz <span class=\"caps\">LISZT<\/span> (1811-1886), Lettre \u00e0 Adolphe Pictet, septembre 1837, dans <em>Lettres d\u2019un bachelier \u00e8s musique<\/em>, 1835-1841<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1836, il s\u2019est lanc\u00e9 dans une nouvelle tourn\u00e9e \u00e0 travers l\u2019Europe (Suisse, Italie, Russie, etc.), donnant des concerts dans toutes les grandes villes. Outre ses propres \u0153uvres \u2013 ses <em>Rhapsodies<\/em> datent de cette \u00e9poque \u2013 il joue de la musique allemande et Chopin dont il admire les <em>\u00c9tudes<\/em> que son ami lui d\u00e9die.<\/p>\n<p>L\u2019artiste est partout adul\u00e9 \u2013 seul \u00e9quivalent contemporain, le violoniste Paganini. On lui demande la permission de baiser ses doigts \u00e0 la fin des concerts, on r\u00e9colte le fond de ses tasses dans des fioles\u00a0! Anc\u00eatre du star system, on parle de \u00ab\u00a0lisztomanie\u00a0\u00bb, tandis que Balzac oppose Liszt le \u00ab\u00a0D\u00e9mon hongrois\u00a0\u00bb \u00e0 Chopin \u00ab\u00a0l\u2019Ange polonais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Liszt se r\u00e9v\u00e8le le soliste par excellence et l\u2019un des plus grands pianistes de son temps. Au plan technique, il poss\u00e8de une main hors norme, se d\u00e9ployant sur 19,6 cm de la paume au majeur, soit 12 notes \u2013 on lui a m\u00eame pr\u00eat\u00e9 huit doigts par main. Il interpr\u00e8te des \u0153uvres non encore d\u00e9chiffr\u00e9es, improvise sur des th\u00e8mes donn\u00e9s par le public. Il se confronte aux plus grands pianistes vivants, notamment Thalberg dans le cadre de duels pianistiques. Anc\u00eatre des rocks stars, il enflamme les salles de concert et peut casser trois ou quatre pianos en un soir. Il invente la forme du r\u00e9cital.<\/p>\n<p>Durant sa p\u00e9riode de gloire \u2013 entre 1839 et 1847 -, le s\u00e9ducteur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 se donnera corps et \u00e2me dans plus de 1 000 concerts, sans compter les concerts de bienfaisances.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damn\u00e9s\u00a0; Hom\u00e8re, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Hummel, Mozart, Weber, sont tous \u00e0 l\u2019entour de moi. Je les \u00e9tudie, les m\u00e9dite, les d\u00e9vore avec fureur\u00a0; de plus, je travaille quatre \u00e0 cinq heures d\u2019exercices (tierces, sixtes, octaves, tr\u00e9molos, notes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, cadences, etc.). Ah\u00a0! pourvu que je ne devienne pas fou, tu retrouveras un artiste en moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz <span class=\"caps\">LISZT<\/span> (1811-1886), lettre \u00e0 l\u2019un de ses premiers \u00e9l\u00e8ves, Pierre Wolf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a tent\u00e9 toute sa vie de d\u00e9velopper au maximum les capacit\u00e9s expressives du piano, instrument avec lequel il a entretenu un rapport obsessionnel, \u00e0 la fois intime et passionn\u00e9.<\/p>\n<p>Comme en t\u00e9moignent une abondante correspondance, l\u2019artiste est aussi un grand s\u00e9ducteur. Outre sa longue liaison avec Marie d\u2019Agoult qui d\u00e9fraie la chronique \u00e0 divers titres, il multiplie les conqu\u00eates avant d\u2019embrasser la carri\u00e8re religieuse, au terme d\u2019une s\u00e9rie de crises mystiques.<\/p>\n<p>Comprenant, ou croyant comprendre qu\u2019il avait fait fausse route jusque-l\u00e0, Liszt se r\u00e9fugie \u00e0 Rome pour devenir membre du Tiers-Ordre franciscain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre douloureusement priv\u00e9 pendant trente ann\u00e9es, de 1830 \u00e0 1860, du sacrement de p\u00e9nitence, c\u2019est avec une pleine conviction qu\u2019en y recourant de nouveau, j\u2019ai pu dire \u00e0 mon confesseur\u00a0: \u2018Ma vie n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un long \u00e9garement du sentiment de l\u2019amour\u2019. J\u2019ajoute\u00a0: singuli\u00e8rement men\u00e9 par la musique \u2013 l\u2019art divin et satanique \u00e0 la fois \u2013 plus que tous les autres il nous induit en tentation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz <span class=\"caps\">LISZT<\/span> (1811-1886) r\u00e9sumant sa vie en 1877, cit\u00e9 dans<em> Le Mysticisme, l\u2019art <span class=\"amp\">&amp;<\/span> l\u2019amour, ou l\u2019\u00c2me romantique de Franz Liszt<\/em>, Librairie Le Feu follet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/offenbach_.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Jacques Offenbach (1819-1880), n\u00e9 juif allemand, le \u00ab\u00a0petit Mozart des Champs-\u00c9lys\u00e9es\u00a0\u00bb enchanta le Second Empire et fut victime de x\u00e9nophobie apr\u00e8s la guerre de 1870, avant sa revanche posthume.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La foule des hommes distingu\u00e9s qui l\u2019ont accompagn\u00e9 lors de son dernier voyage, au milieu de la sympathie g\u00e9n\u00e9rale du public, montre que le regrett\u00e9 compositeur \u00e9tait compt\u00e9 parmi les ma\u00eetres de son art.\u00a0\u00bb<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le <em>Times<\/em> de Londres, rendant hommage au compositeur \u00e0 la renomm\u00e9e internationale, mort \u00e0 Paris \u00e0 61 ans, cit\u00e9 par Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Offenbach composa plus de cent \u0153uvres lyriques (et quelque 600 \u0153uvres orchestrales). Il nommait op\u00e9rette ses \u0153uvres en un acte, op\u00e9ra bouffe ses \u0153uvres plus longues et op\u00e9ra-comique 24 titres en un, deux ou trois actes. Il reste mondialement c\u00e9l\u00e8bre pour une dizaine, dont le dernier, les <em>Contes d\u2019Hoffmann<\/em>, chef d\u2019\u0153uvre posthume qui lui tenait le plus \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Cologne dans une fratrie de dix enfants, le jeune Jakob se r\u00e9v\u00e8le dou\u00e9 pour le violoncelle et \u00e0 14 ans, son p\u00e8re Isaac Offenbach, violoncelliste d\u2019orchestre, l\u2019envoie poursuivre ses \u00e9tudes musicales \u00e0 Paris, seule ville o\u00f9 un artiste juif peut esp\u00e9rer faire carri\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Admis au Conservatoire, mais indisciplin\u00e9, il part rejoindre un an apr\u00e8s l\u2019orchestre de l\u2019Ambigu-Comique, puis de l\u2019Op\u00e9ra-Comique.<\/p>\n<p>Ayant francis\u00e9 son pr\u00e9nom en \u00ab\u00a0Jacques\u00a0\u00bb, il m\u00e8ne une carri\u00e8re de soliste virtuose. En 1847, le voil\u00e0 directeur musical de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, gr\u00e2ce \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9 acquise par ses premi\u00e8res \u0153uvres. Il cr\u00e9e son (premier) th\u00e9\u00e2tre en 1855, petite salle de 300 places sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, bien loin du centre de Paris. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e d\u2019une Exposition universelle qui attirera le monde. Baptis\u00e9e \u00ab\u00a0les Bouffes-Parisiens\u00a0\u00bb, la salle du \u00ab\u00a0petit Mozart des Champs-\u00c9lys\u00e9es\u00a0\u00bb toujours applaudi sera destin\u00e9e \u00e0 son r\u00e9pertoire. Mais impossible d\u2019amortir les frais d\u2019un spectacle musical digne de ce nom et des ambitions artistiques d\u2019Offenbach.<\/p>\n<p>Trois ans apr\u00e8s, ses Bouffes-Parisiens trouveront place au c\u0153ur de Paris, rue Monsigny, 2e arrondissement. Fin 1858, le gouvernement l\u00e8ve les restrictions sur le nombre d\u2019artistes dans les spectacles et Offenbach peut enfin pr\u00e9senter une \u0153uvre \u00e0 la mesure de ses ambitions. Premier triomphe avec son<em> Orph\u00e9e aux Enfers<\/em>, aux antipodes de la l\u00e9gende. Pari audacieux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eurydice\u00a0: Il faut qu\u2019une bonne fois je vous dise votre fait, ma\u00eetre Orph\u00e9e, mon chaste \u00e9poux\u00a0! Apprenez que je vous d\u00e9teste\u00a0! Que j\u2019ai cru \u00e9pouser un artiste et que je me suis unie \u00e0 l\u2019homme le plus ennuyeux de la cr\u00e9ation.\u2026 Est-ce que vous croyez que je passerai ma jeunesse \u00e0 vous entendre r\u00e9citer des songes classiques et racler l\u2019ex\u00e9crable instrument que voil\u00e0\u00a0?<br>Orph\u00e9e\u00a0: Mon violon\u00a0!\u2026 Ne touchez pas cette corde, madame\u00a0!<br>Eurydice\u00a0: Il m\u2019ennuie, comme vos vers, votre violon\u00a0!\u2026 Allez charmer de ses sons les berg\u00e8res de troisi\u00e8me ordre dont vous raffolez. Quant \u00e0 moi, qui suis fille d\u2019une nymphe et d\u2019un demi-dieu, il me faut la libert\u00e9 et la fantaisie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">OFFENBACH<\/span> (1819-1980),<em> Orph\u00e9e aux Enfers<\/em> (1858), livret d\u2019Hector Cr\u00e9mieux et Ludovic Hal\u00e9vy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier op\u00e9ra-bouffe dont le livret repose sur une satire de la mythologie. La troupe est \u00e0 court d\u2019argent, apr\u00e8s une mauvaise saison \u00e0 Berlin et \u00ab\u00a0l\u2019extravagance incorrigible d\u2019Offenbach en tant que manager\u00a0\u00bb selon son biographe Alexander Faris. D\u00e9cors sign\u00e9s Gustave Dor\u00e9, costumes somptueux, plateau de vingt protagonistes, plus un grand ch\u0153ur et un orchestre. Offenbach d\u00e9pense l\u2019argent sans compter, renouvelle les velours de la salle\u2026 Il est urgent d\u2019obtenir un grand succ\u00e8s pour r\u00e9mun\u00e9rer les com\u00e9diens\u00a0!<\/p>\n<p>Dans le <em>Journal des D\u00e9bats<\/em>, Jules Janin signe une critique outrag\u00e9e, fustigeant l\u2019op\u00e9rette pour profanation et irr\u00e9v\u00e9rence \u00e0 la mythologie romaine. En fait, la satire qui d\u00e9fie la censure vise Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et son gouvernement. Peu importe. Offenbach et son librettiste s\u2019emparent de cette publicit\u00e9 gratuite et participent \u00e0 un d\u00e9bat public dans les colonnes du <em>Figaro<\/em>. Pari gagnant. Le public se pr\u00e9cipite pour voir <em>Orph\u00e9e<\/em>, l\u2019empereur lui-m\u00eame r\u00e9servera une repr\u00e9sentation en avril 1860. Immense succ\u00e8s populaire\u00a0de ce bijou comico-musical\u00a0: les valses rappellent Vienne, avec une nouvelle saveur fran\u00e7aise et l\u2019irr\u00e9sistible cancan parisien au final. Total, plus de1 000 repr\u00e9sentations du vivant d\u2019Offenbach.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce premier triomphe, il va cr\u00e9er son \u00e9quipe, embauchant des stars du chant et travaillant avec les librettistes dont il aime reconna\u00eetre le talent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis sans doute le p\u00e8re, mais chacun des deux est mon fils et plein d\u2019esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">OFFENBACH<\/span> (1819-1980) rendant hommage \u00e0 ses librettistes, Henri Meilhac (1830-1897) et Ludovic Hal\u00e9vy (1834-1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Offenbach les appelait \u00ab\u00a0Meil\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Hal\u00a0\u00bb. Il sait tout ce qu\u2019il doit \u00e0 la \u00ab\u00a0trinit\u00e9\u00a0\u00bb qui signe ses principaux chefs d\u2019\u0153uvre pendant pr\u00e8s de vingt ans. Un spectacle est toujours une \u0153uvre d\u2019\u00e9quipe et les collaborations se pratiquent couramment au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, y compris dans le roman (Dumas p\u00e8re avait tout un atelier de \u00ab\u00a0n\u00e8gres\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Meilhac et Hal\u00e9vy, ce duo de plumes signera aussi <em>Carmen<\/em> le chef d\u2019\u0153uvre (posthume) de Georges Bizet et chacun fera carri\u00e8re en solo, trouvant \u00e9galement place \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise et fr\u00e9quentant les m\u00eames salons bourgeois\u00a0: une grande famille\u00a0!<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1860 seront une d\u00e9cennie exceptionnelle pour Offenbach. Il re\u00e7oit la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par ordre personnel de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, nomm\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante Chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Suivent trois chefs d\u2019\u0153uvres\u00a0: <em>La Belle H\u00e9l\u00e8ne, La Vie parisienne, La Grande duchesse de Gerolstein.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9l\u00e8ne (dirigeant le ch\u0153ur des pleureuses d\u2019Adonis)\u00a0: <br>Il nous faut de l\u2019amour,<br>N\u2019en f\u00fbt-il plus au monde,<br>Il nous faut de l\u2019amour,<br>Nous voulons de l\u2019amour\u00a0! (\u2026)<br>Dis-moi, V\u00e9nus, quel plaisir trouves-tu<br>\u00c0 faire ainsi cascader, cascader ma vertu\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">OFFENBACH<\/span> (1819-1980), <em>La Belle H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1864), livret de Henri Meilhac et Ludovic Hal\u00e9vy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hortense Schneider cr\u00e9e le r\u00f4le-titre de <em>La Belle H\u00e9l\u00e8ne<\/em>, le 17 d\u00e9cembre. Cette star de la sc\u00e8ne musicale fran\u00e7aise a des exigences financi\u00e8res importantes et des caprices sans fin, mais Offenbach est persuad\u00e9 qu\u2019aucune autre chanteuse ne peut l\u2019\u00e9galer dans le r\u00f4le d\u2019H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<p>Les r\u00e9p\u00e9titions pour la cr\u00e9ation au th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s sont tumultueuses, \u00e9maill\u00e9es de disputes avec les autres protagonistes. La censure fustige la satire de la cour imp\u00e9riale et le directeur du th\u00e9\u00e2tre tente de freiner l\u2019extravagance d\u2019Offenbach en r\u00e9duisant les d\u00e9penses. Une fois de plus, le succ\u00e8s de la pi\u00e8ce est assur\u00e9 par le critique Janin. Son avis scandalis\u00e9 est contr\u00e9 par les critiques lib\u00e9raux et la publicit\u00e9 qui suit ram\u00e8ne le public en masse \u00e0 ce spectacle. Bien jou\u00e9\u00a0! En attendant la suite, le directeur du Palais-Royal passant commande en vue de l\u2019Exposition universelle \u00e0 Paris \u00e0 venir (1867).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Ch\u0153ur\u00a0: Et pif, et pif, et pif, et paf.<br>Oui, voil\u00e0 la vie parisienne,<br>Du plaisir \u00e0 perdre l\u2019haleine,<br>Oui voil\u00e0 la vie parisienne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">OFFENBACH<\/span> (1819-1980), <em>La Vie parisienne<\/em> (1866), livret de Henri Meilhac et Ludovic Hal\u00e9vy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouveau triomphe avec Zulma Bouffar, une enfant de la balle surnomm\u00e9e par Offenbach \u00ab\u00a0La Patti de l\u2019op\u00e9rette\u00a0\u00bb (allusion \u00e0 une diva italienne) et par Alphonse Daudet, \u00ab\u00a0fille de l\u2019Amour et de Polichinelle\u00a0\u00bb, plus spirituelle que belle et ador\u00e9e du public. Elle cr\u00e9e le r\u00f4le difficile de la ganti\u00e8re, au milieu d\u2019une troupe aux moyens plus limit\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est un nouveau pari pour Offenbach et ses librettistes\u00a0: un d\u00e9cor moderne pour une aventure contemporaine et pas besoin d\u2019un coup de pouce accidentel de Jules Janin. Succ\u00e8s instantan\u00e9 et prolong\u00e9 aupr\u00e8s du public parisien\u00a0: 265 repr\u00e9sentations de suite (rare pour cette \u00e9poque o\u00f9 les cr\u00e9ations s\u2019enchainent). La critique est quasi-unanime, y compris \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Et Zulma Bouffar entame une longue liaison avec le compositeur qui encha\u00eene les cr\u00e9ations et les d\u00e9fis. Nouvelle commande, pour le th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est d\u00e9licieux, ce premier acte, d\u2019une fantaisie incroyable et d\u2019une \u00e9tincelante gaiet\u00e9. C\u2019est la charge la plus bouffonne qui puisse se r\u00eaver de la gloriole militaire, de ses plumets, de ses galons et de toutes ses fanfreluches.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Francisque <span class=\"caps\">SARCEY<\/span> (1827-1897), critique du 15 avril 1867, <em>Francisque Sarcey, Quarante ans de th\u00e9\u00e2tre<\/em> (Feuilletons dramatiques), Biblioth\u00e8que des Annales (1901)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>La Grande-Duchesse de Gerolstein<\/em> est cr\u00e9\u00e9e au (grand) th\u00e9\u00e2tre des Vari\u00e9t\u00e9s deux jours apr\u00e8s l\u2019ouverture de l\u2019Exposition universelle. Hortense Schneider a naturellement le r\u00f4le-titre et toutes les qualit\u00e9s pour l\u2019imposer. La troupe est \u00e0 l\u2019unisson, le public reprend les couplets en ch\u0153ur.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De ma vie je n\u2019ai entendu rire et applaudir comme pendant ce premier acte\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0est rempli d\u2019excellente musique\u00a0; peu importe si le genre est l\u00e9ger\u00a0; le talent est grand\u00a0\u00bb (Eug\u00e8ne Tarb\u00e9, <em>Le Figaro<\/em> du 14 avril). Seule critique\u00a0: \u00ab\u00a0La partition est une des plus lourdes que M. Offenbach ait \u00e9crites\u00a0; heureusement qu\u2019elle n\u2019est lourde que par la quantit\u00e9 de m\u00e9lodies tr\u00e8s-l\u00e9g\u00e8res qui s\u2019y tr\u00e9moussent.\u00a0\u00bb (Gustave Bertrand,<em> Le M\u00e9nestrel,<\/em> 21 avril).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bismarck aide \u00e0 doubler nos recettes, cette fois c\u2019est la guerre \u00e0 laquelle on rit, et la guerre est \u00e0 nos portes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ludovic <span class=\"caps\">HALEVY<\/span> (1834-1908), <em>Journal<\/em>, <span class=\"caps\">BNF<\/span>, Gallica<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec son exp\u00e9rience de haut fonctionnaire, le librettiste de <em>La Grande duchesse<\/em> voit clairement les menaces imminentes de la Prusse.<\/p>\n<p>En attendant\u2026 cette satire du militarisme enchante le public parisien, les visiteurs \u00e9trangers se pr\u00e9cipitent pour assister \u00e0 la nouvelle op\u00e9rette sous-titr\u00e9e \u00ab\u00a0Le Passage des Princes\u00a0\u00bb, fine allusion aux m\u0153urs libertines d\u2019Hortense Schneider visit\u00e9e par toutes les t\u00eates r\u00e9gnantes\u2026 y compris le roi de Prusse, accompagn\u00e9 de son ministre Otto von Bismarck. C\u00e9l\u00e8bre gr\u00e2ce \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, Offenbach est immanquablement associ\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien r\u00e9gime. On le surnomme \u00ab\u00a0l\u2019oiseau moqueur du Second Empire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand l\u2019empire s\u2019effondre apr\u00e8s la victoire \u00e9crasante de la Prusse \u00e0 Sedan (1870), la musique d\u2019Offenbach tombe en disgr\u00e2ce. La France amput\u00e9e de son Alsace-Lorraine est devenue violemment antiallemande. Malgr\u00e9 sa citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise et sa L\u00e9gion d\u2019honneur, Offenbach n\u00e9 \u00e0 Cologne est suspect. Ses op\u00e9rettes incarnent toute la superficialit\u00e9 du r\u00e9gime de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Et <em>La Grande-Duchesse de Gerolstein<\/em> se retrouve interdite \u00e0 cause de sa satire antimilitariste, dans un pays avide de revanche.<\/p>\n<p>Son public parisien l\u2019abandonne, mais Offenbach est tr\u00e8s populaire en Angleterre, invit\u00e9 du prince de Galles (le futur \u00c9douard <span class=\"caps\">VII<\/span>). Entre 1870 et 1872, le <em>Gaiety<\/em> monte quinze de ses \u0153uvres. \u00c0 Vienne, r\u00e9guli\u00e8rement jou\u00e9, il supervise lui-m\u00eame les productions. En 1875, quasiment ruin\u00e9 par des montages toujours trop co\u00fbteux, il part six mois aux \u00c9tats-Unis pour une grande tourn\u00e9e \u00e0 1000 dollars par concert. Un accueil exceptionnel lui permettra d\u2019\u00e9ponger ses dettes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je donnerais tout pour assister \u00e0 la premi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">OFFENBACH<\/span> (1819-1880), \u00e0 son chien Kleinzach (nom d\u2019un personnage grotesque des Contes d\u2019Hoffmann)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Offenbach a moins de temps pour travailler sur le projet qui lui tient tant \u00e0 c\u0153ur, la cr\u00e9ation d\u2019un v\u00e9ritable op\u00e9ra-comique \u2013 rappelons que c\u2019est toujours un drame qui m\u00e9lange l\u2019op\u00e9ra (chant\u00e9) et la com\u00e9die (parl\u00e9e).<\/p>\n<p>Il souffre de la goutte. On est oblig\u00e9 de le porter dans le th\u00e9\u00e2tre sur une chaise. Conscient de son \u00e9tat, il esp\u00e8re passionn\u00e9ment vivre assez longtemps pour achever <em>Les Contes d\u2019Hoffmann<\/em>, son ultime chef-d\u2019\u0153uvre. Le destin en d\u00e9cide autrement. Il ne sera jamais repr\u00e9sent\u00e9 ni publi\u00e9 de son vivant. Revanche posthume, c\u2019est l\u2019un des op\u00e9ras fran\u00e7ais aujourd\u2019hui les plus jou\u00e9s dans le monde. Apr\u00e8s la cr\u00e9ation \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique (10 f\u00e9vrier 1881), il remporte un succ\u00e8s mondial, dans des versions diff\u00e9rentes \u2013 Offenbach avait achev\u00e9 sa partition sur un livret de Jules Barbier et Michel Carr\u00e9, mais pas le montage sc\u00e9nique et divers arrangements, d\u2019o\u00f9 les variantes de cet \u00ab\u00a0op\u00e9ra fantastique\u00a0\u00bb inspir\u00e9 du conteur allemand <span class=\"caps\">E.T.A.<\/span> Hoffmann (1776-1822).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a de tout dans son in\u00e9puisable r\u00e9pertoire\u00a0: l\u2019entrain qui soul\u00e8ve une salle, les gros \u00e9clats de rire qui plaisent aux uns, l\u2019esprit parisien qui charme les autres et la note tendre qui pla\u00eet \u00e0 tous, parce qu\u2019elle vient du c\u0153ur et va droit \u00e0 l\u2019\u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">WOLFF<\/span> (1825-1891), pr\u00e9face de <em>Notes d\u2019un musicien en voyage<\/em> (1877) de Jacques Offenbach<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Richard Wagner n\u2019est pas \u00e0 un paradoxe pr\u00e8s. Il \u00e9crit dans ses <em>Souvenirs<\/em> (1884)\u00a0: \u00ab\u00a0Offenbach poss\u00e8de la chaleur qui manque \u00e0 Auber\u00a0; mais c\u2019est la chaleur du fumier\u00a0; tous les cochons d\u2019Europe ont pu s\u2019y vautrer\u00a0\u00bb pour ajouter\u00a0plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Regarde Offenbach\u00a0; il \u00e9crit comme le divin Mozart.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/carlotta_grisi.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Carlotta Grisi (1819-1899), star de la danse apr\u00e8s la Taglioni et avant la r\u00e9volution des ballets russes de Diaghilev, elle cr\u00e9e Giselle, incarnation id\u00e9ale du ballet romantique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle rase le sol sans le toucher. On dirait une feuille de rose que la brise prom\u00e8ne.\u00a0\u00bb<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872), cit\u00e9 par sa fille Judith Gautier, <em>Le Collier des jours<\/em> (1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et romancier, c\u2019est aussi un critique d\u2019art, adepte fervent du romantisme qui s\u2019\u00e9panouit au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle aussi bien en litt\u00e9rature que sur sc\u00e8ne \u2013 th\u00e9\u00e2tre et danse.<\/p>\n<p>Il fr\u00e9quente le foyer de l\u2019Op\u00e9ra, bient\u00f4t fascin\u00e9 par la jeune danseuse. Il loue sa gr\u00e2ce et sa technique dans de nombreux articles. Il en tombe amoureux, elle devient sa muse, il lui vouera une admiration et une fid\u00e9lit\u00e9 sentimentale sans faille. Tout le s\u00e9duit\u00a0en elle\u00a0: \u00ab\u00a0Son teint est d\u2019une fra\u00eecheur si pure, qu\u2019elle n\u2019a jamais mis d\u2019autre fard que son \u00e9motion.\u00a0\u00bb \u00c0 la ville, peut-\u00eatre, mais sur sc\u00e8ne, une danseuse est toujours maquill\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1841, elle lui inspire le livret de <em>Giselle<\/em> (musique d\u2019Adolphe Adam, chor\u00e9graphie de Jean Coralli et Jules Perrot)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce r\u00f4le est d\u00e9sormais impossible \u00e0 toute autre danseuse et le nom de Carlotta est devenu ins\u00e9parable de celui de Giselle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872), Portrait de Carlotta Grisi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00f4le-titre sera naturellement repris par toutes les \u00e9toiles \u00e0 venir, mais Grisi (avec des cachets de star) r\u00e8gne sur la sc\u00e8ne qu\u2019elle quittera \u00e0 35 ans, au sommet de sa carri\u00e8re et enceinte d\u2019un prince. Elle aura deux enfants et vivra une longue retraite dor\u00e9e en Suisse, apr\u00e8s une carri\u00e8re internationale qui culmine avec <em>Giselle<\/em>.<\/p>\n<p><em>Giselle<\/em> est un v\u00e9ritable triomphe, \u00ab\u00a0un bijou, po\u00e9tique, musical et chor\u00e9graphique\u00a0\u00bb selon Tcha\u00efkovski. Paysanne na\u00efve \u00e9prise d\u2019Albrecht, Giselle devient folle en apprenant qu\u2019il est fianc\u00e9 \u00e0 une princesse et se poignarde apr\u00e8s solo \u00e9blouissant. Au second acte, la reine des Willis (esprits de jeunes filles mortes vierges) condamne le prince \u00e0 danser jusqu\u2019\u00e0 la mort par \u00e9puisement, mais le fant\u00f4me de Giselle le sauve en dansant avec lui, pour dispara\u00eetre au lever du jour. C\u2019est le th\u00e8me \u00e0 la fois classique et romantique de l\u2019amour plus fort que la mort.<\/p>\n<p>L\u2019amour de Th\u00e9ophile Gautier pour Carlotta Grisi est tr\u00e8s \u00e9mouvant. Faute d\u2019\u00eatre son amant, mais pour la voir plus ais\u00e9ment, il sera pendant 22 ans le compagnon de sa s\u0153ur Ernesta Grisi, cantatrice qui a plus de voix que d\u2019\u00e2me et dont il encourage la carri\u00e8re par ses articles. Il aura deux enfants d\u2019elle\u2026 Et rien de Carlotta qu\u2019il suit \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra entre Paris et Londres, toujours courtis\u00e9e par l\u2019amoureux \u00e9conduit\u00a0: \u00ab\u00a0Que faut-il faire pour gagner tout \u00e0 fait votre c\u0153ur. Quelle parole dire, quel philtre employer\u00a0? Il y a si longtemps que je vous aime\u00a0! N\u2019attendez pas que je sois mort pour avoir piti\u00e9 de moi\u2026\u00a0\u00bb Reste un chef d\u2019\u0153uvre \u00e9ternellement repris au r\u00e9pertoire mondial.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/eugenie_de_montijo-1.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Eug\u00e9nie de Montijo (1826-1920), espagnole mariage d\u2019amour avec Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, imp\u00e9ratrice plut\u00f4t impopulaire.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la peine d\u2019avoir risqu\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat avec nous tous pour \u00e9pouser une lorette.\u00a0\u00bb<span id=\"2254\" class=\"cit-num\">2254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">PERSIGNY<\/span> (1808-1872), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u00e9cembre\u00a01852. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0lorette\u00a0\u00bb, Eug\u00e9nie de Montijo, est quand m\u00eame une jeune fille de vraie noblesse espagnole (par son p\u00e8re, trois fois Grand d\u2019Espagne), fort belle et moins sotte qu\u2019on ne le dira. Mais sa m\u00e8re irlandaise, quelque peu aventuri\u00e8re, promenait sa fille en Europe dans l\u2019espoir d\u2019un bon mariage. Et l\u2019empereur en est fou\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut tomber amoureux de mademoiselle de Montijo, mais on ne l\u2019\u00e9pouse pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2255\" class=\"cit-num\">2255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">MATHILDE<\/span> (1820-1904). <em>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> ou l\u2019empire des sens<\/em> (2010), Michel de Decker<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (roi de Westphalie et fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier), cousine germaine de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, elle se montre \u00e9galement bien m\u00e9prisante. \u00c9pouse d\u2019un richissime parvenu russe dont elle s\u2019est s\u00e9par\u00e9e en 1845 avec une pension de 200\u00a0000 roubles, elle vit avec un sculpteur, tient fort \u00e9l\u00e9gamment la maison de son cousin Pr\u00e9sident et va perdre son r\u00f4le \u00e0 la cour quand Eug\u00e9nie entre dans sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019aime, c\u2019est elle que je veux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dou\u00e9e de toutes les qualit\u00e9s de l\u2019\u00e2me, elle sera l\u2019ornement du tr\u00f4ne, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Je viens donc, Messieurs, dire \u00e0 la France\u00a0: J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une femme que j\u2019aime et que je respecte, \u00e0 une femme inconnue dont l\u2019alliance e\u00fbt eu des avantages m\u00eal\u00e9s de sacrifices. Sans t\u00e9moigner de d\u00e9dain pour personne, je c\u00e8de \u00e0 mon penchant, mais apr\u00e8s avoir consult\u00e9 ma raison et mes convictions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), communication du 22 janvier 1853 devant le S\u00e9nat, le Corps l\u00e9gislatif et le Conseil d\u2019\u00c9tat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a rarement vu souverain plus enthousiaste avant le mariage. Celui-ci \u00e9chappe \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat, mais l\u2019empereur ne manque pas d\u2019arguments\u00a0: \u00ab\u00a0Celle qui est devenue l\u2019objet de ma pr\u00e9f\u00e9rence est d\u2019une naissance \u00e9lev\u00e9e. Fran\u00e7aise par le c\u0153ur, par l\u2019\u00e9ducation, par le souvenir du sang que versa son p\u00e8re pour la cause de l\u2019Empire, elle a, comme Espagnole, l\u2019avantage de ne pas avoir en France de famille \u00e0 laquelle il faille donner honneurs et dignit\u00e9s\u2026 Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les m\u00eames pri\u00e8res que moi pour le bonheur de la France\u00a0; gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la m\u00eame position, j\u2019en ai le ferme espoir, les vertus de l\u2019Imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette allusion \u00e0 Napol\u00e9on n\u2019est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s opportune\u2026 Et l\u2019auteur de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, Victor Hugo en exil \u00e0 Jersey, ne rate pas le mot juste\u00a0: \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>igle \u00e9pouse une cocotte.\u00a0\u00bb Cependant qu\u2019une \u00e9pigramme malveillante et anonyme court dans Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montijo, plus belle que sage,<br>De l\u2019Empereur comble les v\u0153ux\u00a0:<br>Ce soir s\u2019il trouve un pucelage,<br>C\u2019est que la belle en avait deux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme.<em> Les femmes galantes des Napol\u00e9ons<\/em> (1856), Eug\u00e8ne de Mirecourt, Jules Abelsdorf, Berlin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019une \u00e9clatante beaut\u00e9, la future imp\u00e9ratrice avait acquis une grande libert\u00e9 d\u2019allure, passionn\u00e9e et s\u00e9ductrice, voire provocante, mais avec une forme de retenue conforme aux canons de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Le mariage aura donc lieu, le 29\u00a0janvier 1853. \u00c9pouse bient\u00f4t d\u00e9\u00e7ue (et tromp\u00e9e), m\u00e8re passionn\u00e9e, catholique dans l\u2019\u00e2me et conservatrice convaincue, elle se m\u00ealera un peu trop de politique, \u00e9tant surtout une m\u00e8re exemplaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>mp\u00e9ratrice venait de remplir sa principale mission. Elle avait donn\u00e9 \u00e0 son \u00e9poux un fils, et \u00e0 l\u2019Empire un h\u00e9ritier. L\u2019enfant \u00e9tait n\u00e9 un jour de triomphe, le jour des Rameaux\u2026 Ce qui charmait surtout l\u2019heureuse m\u00e8re, c\u2019est que cet enfant si d\u00e9sir\u00e9 \u00e9tait non seulement un fils de France, mais un fils de l\u2019\u00c9glise et que, filleul du Pape, la b\u00e9n\u00e9diction du Saint-P\u00e8re planait sur son berceau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur-L\u00e9on Imbert de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">AMAND<\/span> (1834-1900),<em> La Cour du Second Empire<\/em> (1856-1858) (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate et historien, il s\u2019est surtout int\u00e9ress\u00e9 aux femmes de la cour. Eug\u00e9nie a quelque peu tard\u00e9 \u00e0 enfanter \u2013 une fausse couche, une chute de cheval \u2013 mais l\u2019enfant est enfin n\u00e9. En 1858, le prince imp\u00e9rial \u00e9tant malade, elle envoie \u00e0 Lourdes une de ses dames d\u2019honneur qu\u00e9rir un peu d\u2019eau r\u00e9put\u00e9e miraculeuse. Suite \u00e0 la gu\u00e9rison de leur fils, l\u2019imp\u00e9ratrice convainc Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> de faire rouvrir la grotte ferm\u00e9e aux p\u00e8lerins. Le drame de sa vie \u2013 sans doute plus que la d\u00e9faite de Sedan \u2013 sera la perte de ce fils en 1879.<\/p>\n<p>Autre mission imp\u00e9riale, le m\u00e9c\u00e9nat, et elle y veille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 l\u2019imp\u00e9ratrice qui lui demande de quel style peut bien \u00eatre ce projet d\u2019Op\u00e9ra pour Paris\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0C\u2019est du Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Madame.\u00a0\u00bb<span id=\"2283\" class=\"cit-num\">2283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1825-1898), 1861. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: l\u2019aube des temps<\/em> (1975), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un concours public est lanc\u00e9 pour l\u2019\u00e9dification d\u2019un op\u00e9ra digne du nouveau Paris haussmannien\u00a0: 171 concurrents d\u00e9posent un millier de dessins. Viollet-le-Duc, ami du couple imp\u00e9rial, est favori. Un inconnu l\u2019emporte, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 du jury. Et l\u2019empereur s\u2019incline, s\u00e9duit par la maquette.<\/p>\n<p>Les plus grands artistes, peintres, d\u00e9corateurs, sculpteurs \u0153uvrent pour le monument. Mais le chef-d\u2019\u0153uvre est bien sign\u00e9 Garnier, illustrant l\u2019\u00e9clectisme en architecture\u00a0: au lieu de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un style unique, on dresse un r\u00e9pertoire des mod\u00e8les les plus achev\u00e9s, pour combiner les \u00e9l\u00e9ments issus des diff\u00e9rentes \u00e9poques et civilisations, en les adaptant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Ainsi, Garnier utilise les nouveaux mat\u00e9riaux pour leur aspect fonctionnel, mais \u00e0 l\u2019inverse des modernistes (tels Eiffel, Baltard), il dissimule le fer de la charpente sous le stuc et la pierre de taille. \u00ab\u00a0Cath\u00e9drale mondaine de la civilisation\u00a0\u00bb selon Th\u00e9ophile Gautier, l\u2019Op\u00e9ra de Paris va fasciner le monde, et sera \u00ab\u00a0copi\u00e9\u00a0\u00bb une centaine de fois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Porte aux Prussiens ta vieille Badinguette\u00a0!<br>Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Ton p\u2019tit b\u00e2tard ne r\u00e9gnera jamais.\u00a0\u00bb<span id=\"2334\" class=\"cit-num\">2334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Actes de Badinguet<\/em> (1870), chanson. <em>La Commune en chantant<\/em> (1970), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces couplets vengeurs s\u2019adressent \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu dont la popularit\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9e en quelques jours \u2013 Badinguet est le nom du ma\u00e7on dont Louis-Napol\u00e9on Bonaparte emprunta les v\u00eatements pour s\u2019enfuir du fort de Ham, en 1846. Quant \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice, elle ne fut jamais aim\u00e9e du peuple.<\/p>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9e en exil au Royaume-Uni depuis la fin du Second Empire, elle meurt \u00e0 94 ans au palais de Liria \u00e0 Madrid, dans son pays natal. Elle aura eu le temps de voir la revanche de la France sur l\u2019Allemagne en 1918.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/van_gogh.jpg\" width=\"500\" height=\"400\"><\/p>\n<p><strong>Vincent Van Gogh (1853-1890), n\u00e9 aux Pays-Bas, arch\u00e9type du peintre maudit,\u00a0sauv\u00e9 de la mis\u00e8re par son fr\u00e8re Th\u00e9o, \u00ab\u00a0suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb devenu l\u2019un des plus cot\u00e9s sur le march\u00e9 de l\u2019art.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me sens nulle part aussi \u00e9tranger que dans ma famille et dans mon pays.\u00a0\u00bb<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettres \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils de pasteur, Vincent porte le pr\u00e9nom d\u2019un fr\u00e8re mort-n\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dant sa naissance. Quatre ans apr\u00e8s vient un autre fr\u00e8re, Theodorus (1857-1891) qu\u2019il appelle Th\u00e9o et qui le soutiendra moralement et financi\u00e8rement.<\/p>\n<p>Enfant instable mais dou\u00e9 pour le dessin, Vincent a parmi ses oncles le fondateur \u00e0 Paris de la galerie d\u2019art Goupil, qui compte de nombreuses succursales en Europe. Il est envoy\u00e9 dans la succursale de La Haye (en 1869), puis Bruxelles et Londres (1873-1876), pour s\u2019initier au commerce de l\u2019art. Mais sa vocation est ailleurs\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai compris que, m\u00eame pauvre et n\u00e9cessiteux aux regards du monde, on peut s\u2019enrichir en Dieu et que ce tr\u00e9sor-l\u00e0, nul ne peut vous l\u2019enlever.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettres \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9dicateur trop mystique pour ne pas effrayer la hi\u00e9rarchie protestante, il se r\u00e9fugie dans la peinture et va vivre plusieurs passions douloureuses. Revenu \u00e0 Londres, le voil\u00e0 instituteur dans le quartier ouvrier d\u2019Isleworth. Il part ensuite en Belgique pour \u00e9vang\u00e9liser les mineurs du Borinage, mais son z\u00e8le heurte les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques au bout d\u2019un an (1879).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d\u2019errance solitaire et de gal\u00e8res, Vincent rejoint en France son fr\u00e8re Th\u00e9o devenu marchand d\u2019art\u00a0: la peinture va s\u2019imposer comme Vocation \u00e0 la vie \u00e0 la mort, m\u00eame si la foi continue de le hanter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Se r\u00e9veiller le matin et r\u00e9aliser qu\u2019on n\u2019est pas seul\u2026 Voil\u00e0 qui rend le monde plus agr\u00e9able.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettres \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par son interm\u00e9diaire, il rencontre les impressionnistes. Exalt\u00e9 par la ferveur du climat artistique, il s\u2019essaye au n\u00e9o-impressionnisme aupr\u00e8s de Signac et Pissarro, appr\u00e9cie les toiles exotiques peintes par Gauguin en Martinique.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 dans l\u2019atelier du peintre Cormon (1845-1924), il se lie avec \u00c9mile Bernard et Henri de Toulouse-Lautrec qui auront sur lui une nette influence. Les trois amis organisent une premi\u00e8re exposition en 1887. Ils ne vendent aucune toile. Conscients que leur heure n\u2019est pas encore venue, ils continuent de travailler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit, et je le crois volontiers, qu\u2019il est difficile de se conna\u00eetre soi-m\u00eame. Mais il n\u2019est pas non plus ais\u00e9 de se peindre soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettres \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pourtant, \u00e0 partir de 1886, il va r\u00e9aliser 35 autoportraits, s\u2019interrogeant sur sa propre identit\u00e9, l\u2019art du portrait devenant une constante dans sa vie en qu\u00eate de l\u2019autre et de sa v\u00e9rit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>R\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la modernit\u00e9 artistique ambiante, il vit une p\u00e9riode fertile et s\u2019oriente vers l\u2019impressionnisme, mais l\u2019absinthe et la fatigue aggravent un \u00e9tat mental toujours fragile. Au contact de son ami Gauguin, Van Gogh affine ses recherches sur la couleur, sa palette s\u2019\u00e9claircit et se diversifie, sa facture s\u2019assouplit, donnant lieu \u00e0 des exp\u00e9rimentations sur des natures mortes, des paysages et des portraits. Pour parfaire son travail, il part s\u2019installer \u00e0 Arles, pr\u00eat \u00e0 r\u00e9aliser son r\u00eave m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis en train de peindre avec l\u2019entrain d\u2019un Marseillais mangeant la bouillabaisse, ce qui ne t\u2019\u00e9tonnera pas lorsqu\u2019il s\u2019agit de peindre de grands tournesols.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettres \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o. Ao\u00fbt 1888<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 20 f\u00e9vrier 1888, Vincent s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Arles, au c\u0153ur de la vieille ville. Il parcourt \u00e0 pied la r\u00e9gion et peint des paysages, des moissons, des portraits. Il envoie toujours ses tableaux \u00e0 Th\u00e9o, aucun ne trouve acqu\u00e9reur, mais trois sont quand m\u00eame pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019Exposition annuelle de la Soci\u00e9t\u00e9 des artistes ind\u00e9pendants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je laboure mes toiles comme les paysans leurs champs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettre \u00e0 sa s\u0153ur Willemien \u2013 aout- septembre 1888<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour affiner son art, il se lance dans des s\u00e9ries\u00a0(devenues c\u00e9l\u00e8bres)\u00a0: vergers fleurissants, portraits, iris, tournesols. Il habite \u00ab\u00a0la Maison jaune\u00a0\u00bb et r\u00eave depuis longtemps d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019artistes unissant leurs recherches.<\/p>\n<p>Il finit par d\u00e9cider Gauguin \u00e0 venir le rejoindre. Le ma\u00eetre de Pont-Aven arrive \u00e0 Arles le 23 octobre 1888 et s\u2019installe dans l\u2019atelier de son h\u00f4te. Mais il ne supporte pas son caract\u00e8re cyclothymique et le soir du 23 d\u00e9cembre, apr\u00e8s une dispute plus violente que les pr\u00e9c\u00e9dentes, il part \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Peu apr\u00e8s, Van Gogh se saisit d\u2019un couteau et se tranche une partie de l\u2019oreille gauche. Deux autoportraits t\u00e9moigneront de l\u2019automutilation \u2013 version la plus vraisemblable. De nouvelles crises le feront interner d\u2019office \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Arles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus je me fais laid, vieux, m\u00e9chant, malade, pauvre, plus je veux me venger en faisant de la couleur brillante, bien arrang\u00e9e, resplendissante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettre \u00e0 sa s\u0153ur Willemiena, 1888<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Incessant besoin de communiquer et de faire le point, phrase terrible alors qu\u2019il esp\u00e9rait, peignant en plein air sous le soleil et dans le mistral, d\u00e9velopper des forces primitives de r\u00e9sistance\u2026 Ses autoportraits donnent \u00e0 voir un quasi vieillard de 35 ans. Il poursuit malgr\u00e9 tout, \u00e9bloui par la lumi\u00e8re du Midi.<\/p>\n<p>Il va faire de la couleur l\u2019objet m\u00eame de son \u0153uvre, et non plus une composante Il recherche la plus grande intensit\u00e9 possible des tons et des rapports chromatiques. Il travaille aussi la peinture en tant que mat\u00e9riau\u00a0: la touche du peintre, c\u2019est sa fa\u00e7on de poser la peinture sur la toile. Elle se caract\u00e9rise par l\u2019outil utilis\u00e9\u00a0: pinceau, brosse, couteau, etc., par le geste et par la consistance de la peinture. Reste le constat quasi d\u00e9sesp\u00e9rant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes tableaux sont sans valeur, ils me co\u00fbtent il est vrai des d\u00e9penses extraordinaires, m\u00eame en sang et cervelle peut-\u00eatre parfois. Je n\u2019insiste pas, et que veux-tu que je t\u2019en dise\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettre \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vivant seul parmi des Arl\u00e9siens qui se m\u00e9fient de plus en plus de cet \u00e9tranger, Van Gogh s\u2019ab\u00eeme dans la d\u00e9pression. Son fr\u00e8re organise son retour non loin de Paris, dans une commune rurale du Vexin fran\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 connue par les paysagistes de l\u2019\u00e9cole de Barbizon et les impressionnistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon cher, r\u00e9flexion faite, je ne dis pas que mon travail soit bien, mais c\u2019est ce que je peux faire de moins mauvais. Tout le reste, relations avec les gens, est tr\u00e8s secondaire, parce que je n\u2019ai pas de talent pour \u00e7a. A cela je n\u2019y peux rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettre \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o, (21 mai 1890)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Terriblement affaibli, Van Gogh est pris en charge et en affection par le Dr Paul Gachet. M\u00e9decin, mais aussi amateur d\u2019art et peintre \u00e0 ses heures, il est li\u00e9 \u00e0 de nombreux impressionnistes. Une r\u00e9elle amiti\u00e9 se noue entre les deux hommes. Le peintre r\u00e9alise un premier portrait de son bienfaiteur qui, rempli d\u2019admiration, lui en commande un second. Il a conscience que son talent est reconnu et son art compris par un homme de qualit\u00e9. Au sommet de sa ma\u00eetrise artistique, il donne \u00e0 voir la vie paysanne et l\u2019architecture de cette commune. Gr\u00e2ce aux soins du docteur Gachet, il travaille intens\u00e9ment\u00a0: 74 tableaux plus ou moins achev\u00e9s, 45 dessins et une gravure. Quelques articles paraissent dans la presse parisienne et bruxelloise. Mais la d\u00e9pression le mine.<\/p>\n<p>Le 27 juillet, il se tire une balle en pleine poitrine et malgr\u00e9 les soins, expire deux jours plus tard, dans un quasi-anonymat. L\u2019artiste n\u2019aura vendu qu\u2019une seule toile, <em>La Vigne rouge<\/em>, peinte en 1888, achet\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1890 pour 400 francs fran\u00e7ais par Anna Boch, peintre et s\u0153ur d\u2019Eug\u00e8ne Boch, impressionniste et ami de Van Gogh qui fit son portrait (<em>Le Peintre aux \u00e9toiles<\/em>) \u00e0 Arles en 1888. Adjug\u00e9e pour 16 millions de dollars \u00e0 Londres chez Christie\u2019s, <em>La Vigne rouge<\/em> est expos\u00e9e au mus\u00e9e Pouchkine, le plus grand mus\u00e9e d\u2019art europ\u00e9en de Moscou.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous serons pauvres et nous souffrirons la mis\u00e8re aussi longtemps qu\u2019il le faut, comme une ville assi\u00e9g\u00e9e qui n\u2019entend pas capituler, mais nous montrerons que nous sommes quelque chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vincent <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> (1853-1890), Lettre pr\u00e9monitoire \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Theo, atteint de syphilis et de complications neurologiques, hospitalis\u00e9 en octobre 1890 dans une clinique \u00e0 Utrecht, meurt le 25 janvier 1891 \u00e0 34 ans. Les deux fr\u00e8res reposent ensemble au cimeti\u00e8re d\u2019Auvers-sur-Oise<\/p>\n<p>Au fil des ans, plus de 150 psychiatres ont tent\u00e9 d\u2019identifier la maladie de Vincent\u00a0: schizophr\u00e9nie, trouble bipolaire, syphilis, saturnisme, \u00e9pilepsie\u2026 aggrav\u00e9e par la malnutrition, le surmenage, l\u2019insomnie et l\u2019absinthe.<\/p>\n<p>Van Gogh aura produit plus de 2 000 \u0153uvres d\u2019art en dix ans\u00a0: quelque 900 peintures et 1 100 dessins et croquis. Son<em> Autoportrait au visage glabre<\/em> (fin septembre 1889), est l\u2019une des toiles les plus ch\u00e8res au monde, vendue 71,5 millions de dollars en 1998 \u00e0 New York. Le revolver avec lequel il a tent\u00e9 de se suicider, estim\u00e9 entre 40 et 60 000 euros, est vendu aux ench\u00e8res \u00e0 130 000 euros le 19 juin 2019 \u00e0 Paris, H\u00f4tel Drouot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait absorb\u00e9 la nature en lui\u00a0; il l\u2019avait forc\u00e9e \u00e0 s\u2019assouplir, \u00e0 se mouler aux formes de sa pens\u00e9e, \u00e0 le suivre dans ses envol\u00e9es, \u00e0 subir m\u00eame ses d\u00e9formations si caract\u00e9ristiques. Van Gogh a eu, \u00e0 un degr\u00e9 rare, ce par quoi un homme se diff\u00e9rencie d\u2019un autre\u00a0: le style.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Octave <span class=\"caps\">MIRBEAU<\/span> (1848-1917), article de <em>l\u2019\u00c9cho de Paris<\/em> , publi\u00e9 le 31 mars 1891, huit mois apr\u00e8s la mort de Van Gogh<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa vie digne d\u2019un h\u00e9ros romantique en fait un mythe, peintre incompris ou artiste maudit. Pauvre, d\u00e9pressif, asocial, au temp\u00e9rament explosif\u2026 Quand d\u2019autres voient en lui un artiste complexe, intelligent et cultiv\u00e9, accomplissant un travail long, m\u00e9ticuleux, acharn\u00e9 et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9. Quel que soit le point de vue choisi, Van Gogh est reconnu et admir\u00e9, voire encens\u00e9. Il a influenc\u00e9 la peinture moderne, l\u2019expressionnisme et le fauvisme, contribuant aussi \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du symbolisme par sa volont\u00e9 d\u2019exprimer une \u00e9motion gr\u00e2ce \u00e0 son art.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait raison, Van Gogh, on peut vivre pour l\u2019infini, ne se satisfaire que d\u2019infini, il y a assez d\u2019infini sur la terre et dans les sph\u00e8res pour rassasier mille grands g\u00e9nies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Antonin <span class=\"caps\">ARTAUD<\/span> (1896-1948),<em> Van Gogh, le suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9<\/em> (1947)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Boulevers\u00e9 par l\u2019exposition de ses \u0153uvres, un autre grand illumin\u00e9 artistique, acteur marquant au th\u00e9\u00e2tre et au cin\u00e9ma, lui rend fraternellement hommage.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span> <span class=\"caps\">PAR<\/span> <span class=\"caps\">VAN<\/span> <span class=\"caps\">GOGH<\/span>, <span class=\"caps\">AUTOPORTRAIT<\/span> en 10 citations.<\/strong><br>Source principale\u00a0: ses Lettres \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o sans qui l\u2019artiste n\u2019aurait pu vivre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La normalit\u00e9 est une route pav\u00e9e\u00a0: on y marche ais\u00e9ment, mais les fleurs n\u2019y poussent pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai un besoin terrible de religion, alors je vais la nuit dehors pour peindre les \u00e9toiles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Encore une fois je me laisse aller \u00e0 faire des \u00e9toiles trop grandes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! mon cher fr\u00e8re, quelquefois je sais tellement bien ce que je veux. Je peux bien dans la vie et dans la peinture aussi me passer de bon Dieu, mais je ne puis pas, moi souffrant, me passer de quelque chose plus grand que moi, qui est ma vie, la puissance de cr\u00e9er.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne connais pas de meilleure d\u00e9finition du mot art que celle-ci\u00a0: \u2018L\u2019art c\u2019est l\u2019homme ajout\u00e9 \u00e0 la nature\u2019,\u00a0 la nature, la r\u00e9alit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9, mais avec une signification, avec une conception, avec un caract\u00e8re que l\u2019artiste fait ressortir et auxquels il donne de l\u2019expression, \u2018qu\u2019il d\u00e9gage\u2019, qu\u2019il d\u00e9m\u00eale, affranchit, illumine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une bonne image est \u00e9quivalente \u00e0 une bonne action.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, j\u2019ai fait cela en deux heures, mais j\u2019ai travaill\u00e9 des ann\u00e9es pour pouvoir le faire en deux heures.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00eave ma peinture, ensuite je peints mon r\u00eave.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis instruit aux cours gratuits de la grande universit\u00e9 de la mis\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re mourir de passion que d\u2019ennui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote><\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. 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