{"id":10268,"date":"2025-03-10T00:00:00","date_gmt":"2025-03-09T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-iii\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:56","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:56","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-iii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-iii\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (III)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), <em>Histoire de France<\/em>, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<h3><span class=\"caps\">III<\/span>. De Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0: nouveaux apports \u00e9trangers marquant la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/h3>\n<p>Scaramouche, Lully, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Henriette d\u2019Angleterre, La Palatine, Marie Leczinska, Goldoni, Rousseau, Necker, Marie-Antoinette, Mme de Sta\u00ebl, Marie Walevska, Marie-Louise.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-3-54.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Scaramouche, alias Tiberio Fiorilli (1648-1694), homme de th\u00e9\u00e2tre inspir\u00e9 de la commedia dell\u2019arte, exer\u00e7ant une influence personnelle sur son ami et confr\u00e8re, Moli\u00e8re.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout aussi t\u00f4t que Scaramouche <br>A commenc\u00e9 d\u2019ouvrir la bouche \u2003\u2003<br>Ses sauts, ses postures, ses mots, \u2003\u2003<br>Charment les sages et les sots \u2003\u2003<br>Et m\u00eame on a vu des belles \u2003\u2003<br>En pisser de rire sous elles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEMANT<\/span> des <span class=\"caps\">R\u00c9AUX<\/span> (1619-1692), <em>Historiettes<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage de Scaramouche acquit les particularit\u00e9s et les virtuosit\u00e9s de son cr\u00e9ateur, Tiberio Fiorilli (1648-1694) lui-m\u00eame identifi\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Naples, mauvais dr\u00f4le dans sa jeunesse et trop habile \u00e0 s\u2019approprier le bien d\u2019autrui, il quitte l\u2019Italie vers 1640 pour fuir une intrigue politique \u2013 et suivre une troupe de com\u00e9diens ambulants. Apr\u00e8s diverses p\u00e9r\u00e9grinations, Fiorilli arrive \u00e0 Paris sous le r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0: son jeu de Scaramouche, m\u00e9lange des types italien et espagnol, pla\u00eet \u00e0 la reine Anne d\u2019Autriche et lui ouvre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la cour.<\/p>\n<p>Le petit Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> voulut le voir. L\u2019artiste se pr\u00e9senta dans son costume de th\u00e9\u00e2tre, avec sa guitare, son chien, son chat et son perroquet. L\u2019enfant roi rit tr\u00e8s fort de son num\u00e9ro (et pissa comme les belles). Ce Scaramouche devint d\u00e8s lors son amusement indispensable. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie \u00e0 83 ans, le Roi le prot\u00e9gea et resta bon public pour cette fameuse <em>commedia dell\u2019arte.<\/em><\/p>\n<p>Plus fondamentale, sa rencontre avec Moli\u00e8re marque l\u2019histoire du spectacle. Les deux hommes se partagent le Th\u00e9\u00e2tre du Petit-Bourbon, puis le Th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal \u2013 Paris ne dispose que de trois salles dignes de ce nom et subventionn\u00e9es. Loin de se disputer ou se jalouser comme il est coutume, les deux \u00ab\u00a0stars\u00a0\u00bb de la sc\u00e8ne deviennent amies. Moli\u00e8re admire son ain\u00e9, s\u2019inspirant de son jeu tr\u00e8s physique dans les r\u00f4les de farces des Com\u00e9diens-Italiens, y ajoutant son g\u00e9nie propre et sa profonde humanit\u00e9. Le personnage de Scaramouche est par la suite devenu un r\u00f4le type de la<em> commedia dell\u2019arte<\/em> au m\u00eame titre que le Capitan. Il aura les honneurs du dictionnaire de la langue fran\u00e7aise, v\u00e9ritable r\u00e9f\u00e9rence au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personnage bouffon de l\u2019ancienne com\u00e9die italienne habill\u00e9 de noir de la t\u00eate aux pieds.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9finition du <span class=\"caps\">LITTR\u00c9<\/span> (1872-77)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>Jean-Baptiste Lully (1632-1687) n\u00e9 Giovanni Battista Lulli \u00e0 Florence, repr\u00e9sentant de la musique baroque et ma\u00eetre de l\u2019op\u00e9ra en France, courtisan arriviste et bisexuel tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des endroits de la musique qui ont m\u00e9rit\u00e9 mes larmes. Je ne suis pas seule \u00e0 ne les pouvoir soutenir, l\u2019\u00e2me de Madame de La Fayette en est tout alarm\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre \u00e0 sa fille Mme de Grignan (8 janvier 1674), \u00e9crite au lendemain d\u2019une repr\u00e9sentation de<em> Cadmus et Hermione<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 en Italie, il incarne le mod\u00e8le de la musique fran\u00e7aise du Grand Si\u00e8cle, ayant eu le g\u00e9nie de synth\u00e9tiser l\u2019h\u00e9ritage de son pays d\u2019origine et celui de la France. L\u2019\u00e9volution de son langage musical et l\u2019originalit\u00e9 de sa cr\u00e9ation apparaissent \u00e0 travers l\u2019ensemble de son \u0153uvre\u00a0: ballets, com\u00e9dies-ballets, trag\u00e9dies lyriques (<em>Atys, Armide\u2026<\/em>), motets. On comprend ainsi l\u2019extraordinaire succ\u00e8s de Lully et l\u2019influence durable qu\u2019il exer\u00e7a.<\/p>\n<p>Fils du meunier Lorenzo Lulli, n\u00e9 \u00e0 Florence en 1632, remarqu\u00e9 par Roger de Lorraine, chevalier de Guise, il se retrouve \u00e0 14 ans \u00ab\u00a0gar\u00e7on de chambre\u00a0\u00bb chez la ni\u00e8ce du chevalier, la duchesse de Montpensier dite \u00ab\u00a0la Grande Mademoiselle\u00a0\u00bb, soucieuse de parfaire ses connaissances en italien. Elle entretient un petit orchestre priv\u00e9 dont les six violons donnent de nombreux concerts. Lulli apprend le violon, le clavecin, la th\u00e9orie et la composition musicales. Brillant danseur de surcro\u00eet, il cr\u00e9e pour sa protectrice la \u00ab\u00a0Compagnie des violons de Mademoiselle\u00a0\u00bb\u00a0qui jouent mieux que ceux du roi.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Fronde et la disgr\u00e2ce de sa turbulente cousine, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> engage Lulli dans la Grande Bande des Violons du Roi, compos\u00e9e de 24 instruments. En 1653, il danse avec le monarque dans le Ballet royal de la nuit. C\u2019est le d\u00e9but de son irr\u00e9sistible ascension. Premier compositeur de la Cour, courtisan opportuniste et homme d\u2019affaires avis\u00e9, surintendant de la musique royale, il \u00e9crit un ballet all\u00e9gorique o\u00f9 le Soleil se trouve entour\u00e9 de plan\u00e8tes, \u00e0 l\u2019image de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> avec ses ministres.<br>Naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1661 (d\u00e9but du r\u00e8gne personnel), le voil\u00e0 devenu Lully.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1664, il travaille avec Moli\u00e8re qui surnomme son ami \u00ab\u00a0le paillard\u00a0\u00bb. Il cr\u00e9e un genre nouveau, la com\u00e9die-ballet, sans renoncer aux ballets de cour chers au roi. Les pi\u00e8ces de Moli\u00e8re combinent alors com\u00e9dies, ballets et chants\u00a0:<em> <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>mour m\u00e9decin<\/em> (1665),<em> La Pastorale comique<\/em> (1667), <em>George Dandin<\/em> (1668),<em> Monsieur de Pourceaugnac<\/em> (1669), <em>Le Bourgeois gentilhomme et sa turquerie<\/em> (1670). L\u2019\u00e9troite collaboration entre ces deux g\u00e9nies de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise cesse en mars 1672, quand Lully rach\u00e8te le privil\u00e8ge de l\u2019Acad\u00e9mie d\u2019Op\u00e9ra accord\u00e9 en 1669 \u00e0 Perrin. Il obtient des lettres patentes interdisant \u00e0 toute personne \u00ab\u00a0de faire chanter aucune pi\u00e8ce enti\u00e8re en France, en vers fran\u00e7ais ou autres langues, sans la permission par \u00e9crit dudit sieur Lully, \u00e0 peine de dix mille livres d\u2019amende, et de confiscation des th\u00e9\u00e2tres, machines, d\u00e9corations, habits\u2026\u00a0\u00bb <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>cad\u00e9mie d\u2019Op\u00e9ra prend jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution le nom d\u2019Acad\u00e9mie royale de musique et s\u2019installe dans la Salle du Jeu de paume, rue de Vaugirard.<\/p>\n<p>En 1673, Lully compose sa premi\u00e8re trag\u00e9die en musique (trag\u00e9die lyrique),<em> Cadmus et Hermione<\/em>, sur un livret de Philippe Quinault devenu son librettiste attitr\u00e9. Il d\u00e9loge les com\u00e9diens de Moli\u00e8re juste apr\u00e8s sa mort en f\u00e9vrier 1673 et installe son Acad\u00e9mie royale de musique en juillet dans l\u2019aile droite du Palais-Cardinal (Palais Royal). Somptueusement agrandie, la salle peut accueillir 3 000 spectateurs.<\/p>\n<p>Combl\u00e9 d\u2019honneurs et de richesses, Lully produit une trag\u00e9die par an. Fort de son monopole, il \u00e9clipse tous les compositeurs dramatiques de son \u00e9poque (Marc-Antoine Charpentier, Andr\u00e9 Campra, Louis-Nicolas Cl\u00e9rambault). En 1681, devenu \u00ab\u00a0secr\u00e9taire du roi\u00a0\u00bb, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la noblesse h\u00e9r\u00e9ditaire en qualit\u00e9 d\u2019\u00e9cuyer, il est l\u2019apog\u00e9e de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On entend quelquefois les partisans de Lulli se r\u00e9crier d\u2019admiration sur ce que c\u2019est un \u00e9tranger qui a cr\u00e9\u00e9 notre r\u00e9citatif\u00a0; il y para\u00eet, on sait \u00e0 quel point la prosodie y est estropi\u00e9e, surtout dans les finales.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean le Rond d\u2019<span class=\"caps\">ALEMBERT<\/span> (1717-1783), <em>De la libert\u00e9 de la musique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019artiste est souvent encens\u00e9 \u00e0 juste titre, mais le courtisan tr\u00e8s discut\u00e9 \u2013 ayant notamment trahi l\u2019amiti\u00e9 de Moli\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> a ferm\u00e9 les yeux sur la bisexualit\u00e9 de son musicien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u2013 son propre fr\u00e8re Philippe de France est notoirement homosexuel. Mais sous l\u2019influence de la tr\u00e8s catholique Mme de Maintenon, le roi tol\u00e8re plus difficilement cette \u00ab\u00a0bougrerie\u00a0\u00bb nomm\u00e9e aussi \u00ab\u00a0vice italien\u00a0\u00bb. Jusqu\u2019au scandale en 1685\u00a0: la liaison de Lully avec Brunet, un jeune page de la Chapelle royale de Versailles logeant chez lui. Lully perd son cr\u00e9dit aupr\u00e8s du roi qui n\u2019assiste pas aux repr\u00e9sentations d\u2019<em>Armide<\/em> en 1686. Sa derni\u00e8re \u0153uvre, <em>Acis et Galat\u00e9e<\/em>, une pastorale en forme d\u2019op\u00e9ra, est cr\u00e9\u00e9e au ch\u00e2teau d\u2019Anet, devant le Grand Dauphin (fils a\u00een\u00e9 de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>) en septembre 1686.<\/p>\n<p>Le 8 janvier 1687, son <em>Te Deum<\/em> doit \u00eatre chant\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi atteint d\u2019une fistule anale. Lors d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition avec ses150 musiciens, Lully s\u2019emporte comme souvent et se blesse au pied avec le lourd b\u00e2ton de direction dont on frappe le sol pour battre la mesure. Sa jambe va s\u2019infecter. Danseur, il refuse l\u2019amputation. La gangr\u00e8ne se propage et il meurt le 22 mars 1687, \u00ab\u00a0\u00e2g\u00e9 de 55 ans ou environ\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et tous ces lieux communs de morale lubrique <br>Que Lully r\u00e9chauffa des sons de sa musique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1660-1711) <em>Satires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En d\u2019autres termes, Boileau accuse ses trag\u00e9dies lyriques d\u2019inciter \u00e0 la d\u00e9bauche \u2013 il figure pourtant au nombre de ses librettistes. Le ma\u00eetre du bon go\u00fbt artistique en son temps lui rend hommage \u00e0 sa mani\u00e8re, cependant que la post\u00e9rit\u00e9 joue en sa faveur. Ce g\u00e9nie musical a v\u00e9ritablement mis \u00e0 la mode l\u2019op\u00e9ra fran\u00e7ais en France \u2013 apr\u00e8s son compatriote Mazarin, n\u00e9 Mazarini, qui introduisit l\u2019op\u00e9ra italien en 1645 avec <em>La Finta Pazza (La Folle suppos\u00e9e)<\/em>, par le biais du grand spectacle \u00ab\u00a0\u00e0 machines\u00a0\u00bb toujours tr\u00e8s pris\u00e9 du public et du ballet.<\/p>\n<p>L\u2019apport artistique de l\u2019\u00e9tranger en France ne cessera de se d\u00e9velopper jusqu\u2019\u00e0 nos jours, notamment dans la musique et le spectacle, l\u2019app\u00e9tit culturel et la mode triomphant heureusement du racisme.<\/p>\n<h4>Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (1638-1683), infante d\u2019Espagne, femme relativement effac\u00e9e de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive tout ce qui vient d\u2019Espagne<br>Hors la fille de leur Roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"803\" class=\"cit-num\">803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ils sont gens de parole, chanson<\/em> (1660). <em>L\u2019Av\u00e8nement du Roi-Soleil<\/em> (1967), Pierre Goubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson, bien avant les sondages, refl\u00e8te l\u2019opinion publique\u00a0: on aime bien les Espagnols, leurs bons vins et leurs pistoles, mais pas les reines qu\u2019ils donnent \u00e0 la France. La reine m\u00e8re Anne d\u2019Autriche fut parfois impopulaire et l\u2019on voit venir avec crainte la nouvelle Espagnole, l\u2019infante Marie-Th\u00e9r\u00e8se, fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: mariage n\u00e9goci\u00e9, li\u00e9 au trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es. La France limite ses exigences territoriales (Artois, Roussillon, quelques places fortes en Flandre et Lorraine) pour mieux r\u00e9ussir l\u2019affaire du mariage\u00a0: l\u2019infante renonce \u00e0 ses droits sur l\u2019Espagne contre une dot exorbitante (500\u00a0000 \u00e9cus d\u2019or). L\u2019Espagne (ruin\u00e9e) ne pourra payer. Et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pourra faire valoir ses droits \u2013 c\u2019est dire que la guerre, en germe, est inscrite entre les lignes du trait\u00e9.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, le mariage est une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 grand spectacle, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme il se doit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle est digne de lui comme il est digne d\u2019elle.<br>Des Reines et des Rois, chacun est le plus grand.<br>Et jamais conqu\u00eate si belle<br>Ne m\u00e9rita les v\u0153ux d\u2019un si grand conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"804\" class=\"cit-num\">804<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">RACINE<\/span> (1639-1699), <em>La Nymphe de la Seine<\/em> (1660)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mariage entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Marie-Th\u00e9r\u00e8se est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 6\u00a0juin 1660, avant l\u2019entr\u00e9e triomphale \u00e0 Paris le 26\u00a0ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Po\u00e8te tr\u00e8s courtisan et quelque peu besogneux quand il \u00e9crit ainsi \u00e0 la louange des jeunes \u00e9poux en attendant d\u2019\u00eatre promu historiographe du roi, Racine n\u2019exprime pas moins l\u2019admiration et m\u00eame la v\u00e9n\u00e9ration des Fran\u00e7ais pour leur roi, image de Dieu sur Terre, par ailleurs fort bel homme et attendu comme un nouveau h\u00e9ros de leur histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous devez oublier que vous avez \u00e9t\u00e9 infante pour vous souvenir seulement que vous \u00eates reine de France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1605-1665)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche dit adieu \u00e0 son p\u00e8re et tous deux savent qu\u2019ils ne se reverront jamais \u2013 une sc\u00e8ne si d\u00e9chirante que Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et son fr\u00e8re Phillipe d\u2019Orl\u00e9ans vers\u00e8rent quelques larmes. Mais le roi d\u2019Espagne insiste aupr\u00e8s de sa fille sur le fait qu\u2019elle est d\u00e9sormais fran\u00e7aise. Telle est le sort de toutes nos souveraines \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Le mariage a lieu le 9 juin 1660, en l\u2019\u00e9glise Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz \u2013 ville pr\u00e8s de la fronti\u00e8re entre l\u2019Espagne et la France o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se demeura dans la maison Joanoenia, construite en 1640 par un riche armateur Joannot de Haraneder, dite aujourd\u2019hui encore \u00ab\u00a0maison de l\u2019Infante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La reine souffre des adult\u00e8res du roi \u2013 apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, il ne prend plus la peine de cacher ses aventures. \u00c0 l\u2019automne 1666, il tombe sous le charme de Mme de Montespan et apr\u00e8s quelques \u00e9clats de col\u00e8re, Marie-Th\u00e9r\u00e8se doit s\u2019\u00e9clipser face \u00e0 la nouvelle favorite. Son \u00e9poux l\u2019oblige \u00e0 prendre comme dames de compagnie ses deux ma\u00eetresses, Louise de La Valli\u00e8re et Mme de Montespan. Il voyage ouvertement avec elles. Le peuple murmure, goguenard ou afflig\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi prom\u00e8ne les trois reines\u00a0\u00bb. Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche use quand m\u00eame des privil\u00e8ges dus \u00e0 son rang pour mener la vie dure \u00e0 ses rivales\u00a0! Elle souffre aussi des l\u00e9gitimations successives des enfants naturels de son mari qui \u00e9clipsent son premier fils Louis de France, dit le Grand Dauphin, l\u2019ain\u00e9 de ses six enfants. Elle lui fera de nombreux reproches sur sa conduite, en vain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La reine est fort bien \u00e0 la cour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), cit\u00e9e par Alexandre Maral, <em>Femmes de Versailles<\/em> (2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 1680 et sous l\u2019influence de Mme de Maintenon, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> se rapproche de son \u00e9pouse qu\u2019il avait publiquement d\u00e9laiss\u00e9e. Marie-Th\u00e9r\u00e8se est visiblement \u00e9mue par les attentions inattendues de son volage \u00e9poux\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu a suscit\u00e9 Mme de Maintenon pour me rendre le c\u0153ur du roi\u00a0! Jamais il ne m\u2019a trait\u00e9e avec autant de tendresse que depuis qu\u2019il l\u2019\u00e9coute\u00a0!\u00a0\u00bb En signe de reconnaissance, la reine lui manifeste toute sa bienveillance. Reste l\u2019ultime aveu\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis que je suis reine, je n\u2019ai eu qu\u2019un seul jour heureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TH\u00c9R\u00c8SE<\/span> (1638-1683), son mot de la fin, cit\u00e9 par Marc Lefran\u00e7ois,<em> Histoires insolites des Rois et Reines de France<\/em> (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle meurt \u00e0 44 ans d\u2019une erreur m\u00e9dicale \u2013 un abc\u00e8s au bras gauche qu\u2019il aurait fallu inciser, alors que la traditionnelle saign\u00e9e ne fait qu\u2019affaiblir la malade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le premier chagrin qu\u2019elle m\u2019ait jamais donn\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 la mort de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, cit\u00e9 par Chamfort,<em> Maximes et Pens\u00e9es<\/em> (posthumes)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est aid\u00e9 dans cette fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me par un remarquable contr\u00f4le de soi-m\u00eame, de ses gestes comme de ses propos, et par un \u00e9go\u00efsme foncier, aussi royal que masculin. Ce mot peut d\u2019ailleurs \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 de diverses mani\u00e8res. Il trahit surtout une forme de royale indiff\u00e9rence. <br>Lully fera entendre son <em>Dies irae<\/em> et son <em>De profundis<\/em>, Bossuet sera charg\u00e9 de l\u2019oraison fun\u00e8bre. Il s\u2019en tira plus laborieusement que dans d\u2019autres cas\u00a0\u00e0 venir\u00a0: Madame, Henriette d\u2019Angleterre, ou Louis de Bourbon dit le grand Cond\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Espagne perdit ce que nous gagnions\u00a0; maintenant nous perdons tout les uns et les autres, et Marie-Th\u00e9r\u00e8se p\u00e9rit pour toute la terre. L\u2019Espagne pleurait seule\u00a0; maintenant que la France et l\u2019Espagne m\u00ealent leurs larmes et en versent des torrents, qui pourrait les arr\u00eater\u00a0? Mais, si l\u2019Espagne pleurait son infante qu\u2019elle voyait monter sur le tr\u00f4ne le plus glorieux de l\u2019univers, quels seront nos g\u00e9missements \u00e0 la vue de ce tombeau, o\u00f9 tous ensemble nous ne voyons plus que l\u2019in\u00e9vitable n\u00e9ant des grandeurs humaines\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Oraison fun\u00e8bre de Marie T\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche, Infante d\u2019Espagne, Reine de France <span class=\"amp\">&amp;<\/span> de Navarre<\/em> (1689)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux mois apr\u00e8s ces grandes c\u00e9r\u00e9monies, le roi \u00e9pousera secr\u00e8tement sa derni\u00e8re ma\u00eetresse qu\u2019il surnommait dans le priv\u00e9 \u00ab\u00a0sainte Fran\u00e7oise\u00a0\u00bb\u00a0: Madame de Maintenon. Cette derni\u00e8re affecte de porter le deuil et de montrer une mine d\u00e9confite, alors que le roi renoua presque aussit\u00f4t avec les divertissements.<\/p>\n<h4>Henriette d\u2019Angleterre dite Madame (1644-1670), princesse malmen\u00e9e par l\u2019Histoire, pauvre exil\u00e9e devenue idole de la cour de France et morte \u00e0 26 ans, sans doute empoisonn\u00e9e.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re, vous allez \u00e9pouser tous les os des Saints Innocents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"856\" class=\"cit-num\">856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 son fr\u00e8re Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, fin mars\u00a01661.<em> M\u00e9moires de Mlle\u00a0de Montpensier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On le marie malgr\u00e9 lui \u00e0 Henriette Anne d\u2019Angleterre, fort maigre (d\u2019o\u00f9 la m\u00e9taphore avec le cimeti\u00e8re parisien des Saints Innocents), alors que la mode est aux femmes bien en chair. \u00c9tonnant mariage \u00ab\u00a0forc\u00e9\u00a0\u00bbassur\u00e9ment contre-nature et pour raison d\u2019\u00c9tat tr\u00e8s particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Monsieur est un homosexuel notoire. Mazarin, alors Premier ministre, s\u2019est charg\u00e9 d\u2019\u00e9duquer Philippe d\u2019Orl\u00e9ans de fa\u00e7on \u00e0 affaiblir sa personnalit\u00e9, pour \u00e9viter que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ait avec lui les m\u00eames ennuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> avec son fr\u00e8re Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, l\u2019\u00e9ternel comploteur\u00a0! Il l\u2019a fait initier \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 par son neveu Filipo Mancini, en flattant ses penchants inn\u00e9s pour les fards et les d\u00e9guisements. Ses m\u0153urs choquent la cour et le mariage sera bienvenu. Philippe fera nombre d\u2019enfants \u00e0 ses deux femmes successives (la seconde \u00e9tant la princesse Palatine, m\u00e8re du futur R\u00e9gent). Il se r\u00e9v\u00e9lera aussi l\u2019un des meilleurs chefs militaires de son temps, au point que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, jaloux, lui retirera tout commandement\u00a0!<\/p>\n<p>Henriette est doublement de sang royal, Stuart par son p\u00e8re Charles Ier d\u2019Angleterre et Bourbon par sa m\u00e8re (Henriette Marie de France), fille d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et s\u0153ur de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>. Suite \u00e0 la r\u00e9volution anglaise qui aboutit \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du roi, elle se r\u00e9fugie en France avec sa fille. N\u00e9glig\u00e9e, ignor\u00e9e, vivant pauvrement au couvent de Chaillot, mal chauff\u00e9e, gu\u00e8re \u00e9duqu\u00e9e, la jeune Henriette redevient princesse digne de ce nom quand son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 retrouve le pouvoir et devient Charles <span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Angleterre. \u00c0 16 ans, avec la reine et la reine-m\u00e8re, la voil\u00e0 devenue l\u2019une des trois femmes les plus importantes de la Cour et de France, le pays le plus puissant d\u2019Europe.<\/p>\n<p>Le mariage d\u2019Henriette et de Monsieur est d\u00e9cid\u00e9 par Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et sa m\u00e8re Anne d\u2019Autriche en 1661, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 Mazarin meurt et o\u00f9 le roi commence son r\u00e8gne personnel. C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res grandes d\u00e9cisions du Roi-Soleil qui renforce ainsi les liens entre les deux principaux royaumes d\u2019Europe. Mais le bonheur de la princesse sera de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous ne m\u2019avez jamais aim\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Henriette D\u2019<span class=\"caps\">ANGLETERRE<\/span> (1644-1670) \u00e0 son \u00e9poux, ses derniers mots qui r\u00e9sument des centaines de pages d\u2019une <em>Correspondance<\/em> parfois d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe se dira amoureux de sa femme les quinze premiers jours de leur mariage. Il la d\u00e9laisse ensuite pour ses favoris. Il lui fera quand m\u00eame quatre enfants viables (sur huit grossesses en dix ans) pour l\u2019emp\u00eacher de trop plaire ailleurs. Peine perdue, la nouvelle idole de la cour attire tous les regards.<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> trouve soudain bien des charmes \u00e0 sa belle-s\u0153ur, plus pr\u00e9sentable que sa propre \u00e9pouse Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Elle chante et danse \u00e0 ravir, brille dans toutes les f\u00eates et s\u2019\u00e9panouit visiblement. Leur relation d\u00e9passe l\u2019amiti\u00e9 \u2013 amour platonique doubl\u00e9 d\u2019une grande complicit\u00e9. On parla d\u2019une v\u00e9ritable liaison entre le roi et Madame, c\u2019est peu probable. Ce serait consid\u00e9r\u00e9 comme un inceste entre fr\u00e8re et s\u0153ur par la religion de l\u2019\u00e9poque (on ignore le terme de \u00ab\u00a0belle-s\u0153ur\u00a0\u00bb) et Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> est tr\u00e8s croyant. Mais pour couper court aux rumeurs, il feindra une liaison avec Mlle de la Valli\u00e8re qui sert de paravent, avant de devenir sa prochaine favorite.<\/p>\n<p>Au plan politique, le roi se sert tr\u00e8s officiellement d\u2019Henriette\u00a0: il l\u2019envoie en mission aupr\u00e8s de son fr\u00e8re Charles <span class=\"caps\">II<\/span> qui l\u2019aime tendrement, d\u00e9clenchant \u00e0 nouveau la jalousie de son fr\u00e8re Philippe et de son mignon le comte de Guiche (ex-amant d\u2019Henriette) qui aurait bien voulu qu\u2019on lui confie ce r\u00f4le. Mission accomplie\u00a0: la signature du trait\u00e9 de Douvres scelle le rapprochement entre l\u2019Angleterre et la France Quinze jours apr\u00e8s son retour, elle tombe subitement malade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 nuit d\u00e9sastreuse\u00a0! \u00f4 nuit effroyable, o\u00f9 retentit tout \u00e0 coup, comme un \u00e9clat de tonnerre, cette \u00e9tonnante nouvelle\u00a0: Madame se meurt, Madame est morte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"873\" class=\"cit-num\">873<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Oraison fun\u00e8bre d\u2019Henriette Anne d\u2019Angleterre<\/em> (1670)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis dix ans, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux est le pr\u00e9dicateur de la cour\u00a0: des sermons par centaines et une \u00e9loquence incantatoire dont Malraux, ministre de la Culture, retrouvera les accents et le lyrisme, trois si\u00e8cles apr\u00e8s.<\/p>\n<p>On imagine mal le choc provoqu\u00e9 par la mort de cette princesse de 26 ans qui fut pendant dix ans le plus bel ornement de la cour de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, qui avait la gr\u00e2ce, l\u2019esprit, les vertus de sa bisa\u00efeule Marie Stuart \u2013 sa fin pr\u00e9matur\u00e9e et cruelle lui donne un autre trait de ressemblance. L\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre de Madame, femme de Monsieur, fait \u00e9cho \u00e0 cette \u00e9motion et reste un mod\u00e8le du genre\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9\u00a0; et il me semble que je vois l\u2019accomplissement de cette parole du proph\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi pleurera, le prince sera d\u00e9sol\u00e9, et les mains tomberont au peuple de douleur et d\u2019\u00e9tonnement.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb Le choc est d\u2019autant plus terrible que tous les pr\u00e9sents pensent \u00e0 l\u2019empoisonnement\u00a0\u00a0!<\/p>\n<p>Cette opinion fut contredite par l\u2019historien du r\u00e8gne, Voltaire qui la regarde comme un bruit populaire d\u00e9nu\u00e9 de fondement. Madame de La Fayette, amie de la princesse, parle dans son Histoire de Madame Henriette d\u2019Angleterre d\u2019un malaise r\u00e9current et d\u00e9crit les sympt\u00f4mes d\u2019une p\u00e9ritonite. Une autopsie confirme\u00a0le d\u00e9labrement de son corps\u00a0: elle avait toujours v\u00e9cu au-dessus des moyens d\u2019une sant\u00e9 fragile.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, la publication des <em>Lettres<\/em> de Madame (la Palatine, seconde femme du duc d\u2019Orl\u00e9ans), les M\u00e9moires du duc de Saint-Simon et surtout les <em>Fragments historiques<\/em> de Duclos ont chang\u00e9 les soup\u00e7ons d\u2019empoisonnement en certitude. Morel, \u00ab\u00a0contr\u00f4leur de la bouche\u00a0\u00bb, fut introduit secr\u00e8tement la nuit m\u00eame suivant la mort de cette princesse dans le cabinet du roi\u00a0et confirma\u00a0: \u00ab\u00a0Madame a \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e\u00a0: le chevalier de Lorraine a envoy\u00e9 de Rome le poison au marquis d\u2019Effiat, et nous l\u2019avons mis dans l\u2019eau que Madame a bue.\u00a0\u00bb Le chevalier \u00e9tait l\u2019amant en titre de Monsieur et le marquis un serviteur totalement d\u00e9vou\u00e9 au couple. Le t\u00e9moin donne mille autres d\u00e9tails.<\/p>\n<p>Au terme d\u2019un destin hors norme, le myst\u00e8re reste entier sur cette mort.<\/p>\n<h4>La Palatine (1652-1722), m\u00e8re du R\u00e9gent, Bavaroise qui \u00e9tonne et d\u00e9tone \u00e0 la cour par sa libert\u00e9 de ton.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma taille est monstrueuse, je suis carr\u00e9e comme un d\u00e9, la peau est d\u2019un rouge m\u00e9lang\u00e9 de jaune, je commence \u00e0 grisonner, j\u2019ai les cheveux poivre et sel, le front et le pourtour des yeux sont rid\u00e9s, le nez est de travers comme jadis, mais festonn\u00e9 par la petite v\u00e9role, de m\u00eame que les joues\u00a0; je les ai pendantes, de grandes m\u00e2choires, des dents d\u00e9labr\u00e9es\u00a0; la bouche aussi est un peu chang\u00e9e, car elle est devenue plus grande et les rides sont aux coins\u00a0: voil\u00e0 la belle figure que j\u2019ai, ch\u00e8re Amelise\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"14\" class=\"cit-num\">14<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), Lettre \u00e0 sa demi-s\u0153ur, 22 ao\u00fbt 1698<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cruel autoportrait, dans l\u2019une des 60\u00a0000 lettres qui valent \u00e0 son auteur un surnom pour le moins original\u00a0: \u00ab\u00a0Oc\u00e9an d\u2019encre\u00a0\u00bb. Mme de S\u00e9vign\u00e9 est battue, m\u00eame si les deux femmes ne jouent pas sur le m\u00eame terrain ni avec les m\u00eames armes. L\u2019une cr\u00e9e un genre litt\u00e9raire et le porte \u00e0 la perfection \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, l\u2019autre \u00ab\u00a0d\u00e9balle\u00a0\u00bb au fil de ses emportements et ne s\u2019impose aucune censure de fond ni de forme. C\u2019est un personnage totalement atypique du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Venue de Bavi\u00e8re, la Palatine \u00e9pousa Monsieur, fr\u00e8re du roi (veuf de la premi\u00e8re Madame, Henriette d\u2019Angleterre, morte en 1670 \u00e0 26 ans). Ils firent trois enfants pour assurer la descendance, et ensuite lit \u00e0 part \u2013 lui n\u2019aimait pas les femmes, elle \u00e9tait devenue ob\u00e8se et marqu\u00e9e par la petite v\u00e9role, ainsi qu\u2019elle se d\u00e9crit sans complaisance.<\/p>\n<p>Elle n\u2019\u00e9pargne pas non plus les gens de la cour \u2013 sauf son beau-fr\u00e8re Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, par respect d\u00fb au roi. Il lui en voudra des abominables surnoms donn\u00e9s \u00e0 sa seconde \u00e9pouse, Mme de Maintenon, mais \u00e0 la mort de son fr\u00e8re (Monsieur) et contrairement \u00e0 la r\u00e8gle, il autorisera la veuve Palatine \u00e0 conserver son rang, ses r\u00e9sidences et ses appartements au ch\u00e2teau de Versailles.<\/p>\n<p>Elle nous laisse un t\u00e9moignage litt\u00e9ralement extraordinaire de la vie \u00e0 la Cour du Roi Soleil, alliant un humour rare et une insolente franchise qui manquent aux <em>M\u00e9moires<\/em> de Saint Simon dont l\u2019envie et l\u2019aigreur alt\u00e8rent parfois le jugement. M\u00e8re du R\u00e9gent, on la retrouvera sous la R\u00e9gence, jugeant son propre fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aura tous les talents, except\u00e9 celui d\u2019en faire usage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1070\" class=\"cit-num\">1070<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Princesse <span class=\"caps\">PALATINE<\/span> (1652-1722), parlant de son fils, le R\u00e9gent, et \u00ab\u00a0citant\u00a0\u00bb avec humour la mauvaise f\u00e9e venue lui jeter un sort, lors de ses couches.<em> Histoire de France<\/em> (1852), Augustin Challamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son amour maternel ne l\u2019aveugle pas sur ce fils qu\u2019elle n\u2019\u00e9pargne gu\u00e8re\u00a0: premier prince du sang, elle le gifle devant la cour \u00e0 l\u2019annonce de son mariage avec Mlle\u00a0de Blois, fille l\u00e9gitim\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et de la Montespan, malgr\u00e9 tout b\u00e2tarde et \u00ab\u00a0qui ressemble \u00e0 un cul comme deux gouttes d\u2019eau\u00a0\u00bb.<br>Elle admire son intelligence, ses succ\u00e8s militaires. Pierre Gaxotte confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait re\u00e7u en partage tous les dons de l\u2019intelligence, toutes les curiosit\u00e9s de l\u2019esprit, une bont\u00e9 r\u00e9elle et expansive, une bravoure, une endurance et des talents qui avaient brill\u00e9 \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb (<em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>).<\/p>\n<p>Mais elle d\u00e9plore ses m\u0153urs indignes d\u2019un R\u00e9gent\u00a0: il multiplie les blasph\u00e8mes, les beuveries et les b\u00e2tards, se plaisant en mauvaise compagnie (avec ses \u00ab\u00a0rou\u00e9s\u00a0\u00bb, bons pour le supplice de la roue), soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019inceste (avec sa fille), de sorcellerie et d\u2019empoisonnement (sur la personne de ses cousins). Son go\u00fbt de la provocation le pousse \u00e0 afficher ses pires c\u00f4t\u00e9s. Au grand dam de sa m\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<h4>Marie Leczinska (1703-1768), reine \u00e0 jamais amoureuse de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien aim\u00e9, bient\u00f4t lass\u00e9 de cette femme soumise et toujours enceinte.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La princesse de Pologne avait pr\u00e8s de vingt-deux ans, bien faite et aimable de sa personne, ayant d\u2019ailleurs toute la vertu, tout l\u2019esprit, toute la raison qu\u2019on pouvait d\u00e9sirer dans la femme d\u2019un roi qui avait quinze ans et demi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1095\" class=\"cit-num\">1095<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em> (posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vertu est indiscutable chez la nouvelle reine de France \u2013 et le demeura. Peut-\u00eatre le bonheur la f\u00eet elle jolie un temps, car elle adorait son roi qui en fut aussit\u00f4t \u00e9pris. Mais son propre p\u00e8re, le roi de Pologne, assurait n\u2019avoir jamais connu de reines plus ennuyeuses que sa femme et sa fille\u00a0! Or Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, de nature m\u00e9lancolique, aura surtout besoin de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de gaiet\u00e9, d\u2019esprit. On ne peut donc imaginer couple plus mal assorti. Et pourtant\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le mariage (4\u00a0septembre 1725) et selon le t\u00e9moignage de Villars, fringant septuag\u00e9naire, \u00ab\u00a0la nuit du 5 au 6 a \u00e9t\u00e9 pour notre jeune roi une des plus glorieuses [\u2026] la nuit du 6 au 7 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. Le roi, comme vous croyez bien, est fort content de lui et de la reine, laquelle, en v\u00e9rit\u00e9, est avec raison bien reine de toutes les fa\u00e7ons.\u00a0\u00bb Le duc de Bourbon confirme par lettre au p\u00e8re de la mari\u00e9e que le roi donna \u00e0 la reine \u00ab\u00a0sept preuves de tendresse\u00a0\u00bb la premi\u00e8re nuit qui avait dur\u00e9 treize heures.<\/p>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but de la carri\u00e8re amoureuse de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et la preuve que les rois n\u2019ont pas de vie priv\u00e9e. Toujours ce m\u00e9lange de petite et grande histoire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1106\" class=\"cit-num\">1106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), en 1737. <em>Les Rois qui ont fait la France, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1982), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la vocation assign\u00e9e \u00e0 une reine. C\u2019est peu dire qu\u2019elle fait son devoir.\u00a0 En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (dont sept filles). La derni\u00e8re grossesse est difficile, sa sant\u00e9 s\u2019en ressent, elle doit se refuser \u00e0 son \u00e9poux sans lui dire la raison, il s\u2019en offusque et s\u2019\u00e9loigne d\u2019elle.<br>Elle perd toute s\u00e9duction, se couvre de fichus, ch\u00e2les et mantelets pour lutter contre sa frilosit\u00e9. Toujours amoureuse, elle sera malheureuse et l\u2019une des reines les plus ouvertement tromp\u00e9es. Mais elle reste populaire et garde son surnom\u00a0: \u00ab\u00a0Notre Bonne Reine\u00a0\u00bb. La prochaine, Marie-Antoinette l\u2019Autrichienne, finira en Veuve Capet, d\u00e9chue, ha\u00efe et guillotin\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour la petite histoire culinaire, on doit \u00e0 Marie Leczinska l\u2019invention de la fameuse \u00ab\u00a0bouch\u00e9e \u00e0 la reine\u00a0\u00bb par le p\u00e2tissier alsacien de Versailles, Nicolas Stohrer qui ouvrit boutique au 51 rue de Montorgueil \u00e0 Paris. Elle existe toujours.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-4-75.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Carlo Goldoni (1707-1793), surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, c\u2019est aussi l\u2019Italien de Paris au si\u00e8cle de la \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tromanie\u00a0\u00bb.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est un monde. Tout y est grand\u00a0: beaucoup de mal et beaucoup de bien. Aller aux spectacles, aux promenades, aux endroits de plaisir, tout est plein. Aller aux \u00e9glises, il y a foule partout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"980\" class=\"cit-num\">980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de ma vie et \u00e0 celle du th\u00e9\u00e2tre<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est imm\u00e9diatement s\u00e9duit par le lieu\u00a0: \u00ab\u00a0Paris est beau, ses environs sont d\u00e9licieux, ses habitants sont aimables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Auteur dramatique v\u00e9nitien adopt\u00e9 par la capitale, il profite du go\u00fbt des Parisiens pour les spectacles. Les salles se multiplient (c\u2019est la fameuse \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tromanie\u00a0\u00bb du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res), cependant que les superbes h\u00f4tels particuliers voisinent avec des immeubles de rapport cossus. Le tr\u00e8s fran\u00e7ais Montesquieu confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je hais Versailles parce que tout le monde y est petit\u00a0; j\u2019aime Paris parce que tout le monde y est grand.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Moli\u00e8re italien\u00a0\u00bb, il voulut r\u00e9former la com\u00e9die italienne dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre, La <em>Locandiera<\/em>. Il fut violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur d\u00e9fendant la tradition de la <em>commedia dell\u2019arte<\/em> \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 de cette \u00ab\u00a0guerre des deux Carlo\u00a0\u00bb, le paisible Goldoni, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p>\n<p>Rappelons trois de ses titres rest\u00e9s au r\u00e9pertoire. <em>La Locandiera, Arlequin valet de deux ma\u00eetres <\/em>et la<em> Trilogie de la Villegiature.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui me courent apr\u00e8s ont vite fait de m\u2019ennuyer. La noblesse, ce n\u2019est pas pour moi. La richesse, je l\u2019estime, mais pas plus que \u00e7a. Tout mon plaisir consiste \u00e0 me voir servie, courtis\u00e9e, ador\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 mon point faible et celui de presque toutes les femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>La Locandiera<\/em> (1752)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans une auberge de Florence, un marquis et un comte rivalisent de gr\u00e2ces aupr\u00e8s de la ma\u00eetresse des lieux dont ils voudraient l\u2019un et l\u2019autre obtenir les faveurs. Mais Mirandolina pr\u00eate davantage d\u2019attention \u00e0 un autre de ses clients, le sombre Chevalier de Ripafratta, misogyne et rugueux, plein de morgue \u00e0 son endroit. Pour venger l\u2019affront qu\u2019il fait \u00e0 son sexe, elle se met en t\u00eate de le s\u00e9duire \u2013 pour mieux le berner.<\/p>\n<p>Jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois le 26 d\u00e9cembre 1752, cette satire de la bourgeoisie italienne, com\u00e9die de m\u0153urs et d\u2019humour, doit beaucoup \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne dont la faconde, le charme et le talent de simulation ne font pas oublier la face d\u2019ombre que le chevalier finit par d\u00e9couvrir tardivement et \u00e0 ses d\u00e9pens. Son caract\u00e8re se construit ainsi sous nos yeux et justifie la remarque de Stendhal disant de Goldoni que ses personnages \u00ab\u00a0tournent et vivent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai servi \u00e0 table deux ma\u00eetres, et aucun des deux ne s\u2019est dout\u00e9 qu\u2019il y en avait un autre. Mais puisque j\u2019ai servi pour deux, maintenant, je veux manger pour quatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>Arlequin valet de deux ma\u00eetres<\/em> (1753)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Servir deux ma\u00eetres \u00e0 la fois, tel est le d\u00e9fi de Truffaldin. Ing\u00e9nu autant qu\u2019ing\u00e9nieux valet. Il s\u2019invente un double, bouleverse les amours de ses ma\u00eetres, re\u00e7oit double ration de coups de b\u00e2ton, mais finit par triompher\u00a0avec ce principe\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019amour, c\u2019est le meilleur des menus\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Simple canevas en 1745, la pi\u00e8ce parfaitement construite et \u00e9crite au final est \u00e0 la fois un hommage virtuose \u00e0 la<em> commedia dell\u2019arte<\/em> n\u00e9e deux si\u00e8cles plus t\u00f4t et un premier pas vers la r\u00e9forme de la com\u00e9die et des com\u00e9diens voulue par Goldoni.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde a un charme si puissant qu\u2019il vous fait faire des choses qu\u2019on ne voudrait pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>Trilogie de la Villegiature<\/em> (1761)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour imiter la mode aristocratique, des bourgeois de Venise s\u2019adonnent aux migrations estivales de la \u00ab\u00a0vill\u00e9giature\u00a0\u00bb. Tout le monde pr\u00e9pare un s\u00e9jour \u00e0 la campagne. Des intrigues amoureuses se nouent et se d\u00e9nouent d\u00e9j\u00e0. Guglielmo et Giacinta qui s\u2019aiment d\u00e9cident, par respect des engagements pris pour eux, de renoncer \u00e0 leur amour\u2026<\/p>\n<p>En 1954, au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on \u00e0 Paris, la mise en sc\u00e8ne magique et brechtienne de Giogio Strehler (1921-1997) marqua une g\u00e9n\u00e9ration de spectateurs. On peut regretter le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du spectacle vivant \u2013 cela fait aussi son charme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des plaisirs pour tous les \u00e9tats\u00a0: bornez vos d\u00e9sirs, mesurez vos forces, vous serez bien ici, ou vous serez mal partout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de ma vie et \u00e0 celle du th\u00e9\u00e2tre<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Laissons le mot de la fin au personnage le plus attachant\u00a0: cet auteur aussi fran\u00e7ais qu\u2019italien, singuli\u00e8rement dou\u00e9 pour le bonheur (par l\u2019art)\u00a0et en cela proche des philosophes des Lumi\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis pas Musicien, mais j\u2019aime la musique de passion\u00a0; si un air me touche, s\u2019il m\u2019amuse, je l\u2019\u00e9coute avec d\u00e9lice, je n\u2019examine pas si la musique est Fran\u00e7aise ou Italienne\u00a0; je crois m\u00eame qu\u2019il n\u2019y en a qu\u2019une.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Rousseau (1712-1778), n\u00e9 en Suisse (et genevois), philosophe des Lumi\u00e8res qui fait bande \u00e0 part et reste comme le meilleur ami-ennemi du grand Voltaire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00c9vangile jusqu\u2019au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1000\" class=\"cit-num\">1000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>M\u00e9langes litt\u00e9raires, politiques et philosophiques<\/em>, \u00ab\u00a0Sur les \u00e9loges historiques de <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0S\u00e9guier et de Malesherbes\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les philosophes n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9volutionnaires, mais leur pens\u00e9e le devint, diffus\u00e9e par leurs \u0153uvres. En sch\u00e9matisant\u00a0: \u00e0 Voltaire le temps de la pr\u00e9-R\u00e9volution\u00a0; Montesquieu triomphe sous la Constituante o\u00f9 Diderot aussi a son heure\u00a0; L\u00e9gislative et Convention s\u2019inscrivent sous le signe de Rousseau qui inspire l\u2019\u00e9lan des discours jacobins.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1032\" class=\"cit-num\">1032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Voltaire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle de raison va c\u00e9der le pas au si\u00e8cle des passions. Voltaire exprime et r\u00e9sume le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle avec son ardente humanit\u00e9, sa vocation \u00e0 l\u2019universel, sa sagesse, sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, des droits formels. Rousseau annonce le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e avec l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, la fibre civique, les droits r\u00e9els.<\/p>\n<p>Brouill\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 mort\u00a0\u00bb dans la vie, Voltaire et Rousseau seront r\u00e9concili\u00e9s devant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 par la m\u00eame \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb d\u2019une R\u00e9volution qui rend ainsi hommage \u00e0 tout le si\u00e8cle philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne nous a donn\u00e9 une plus juste id\u00e9e du peuple que Rousseau, parce que personne ne l\u2019a plus aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1033\" class=\"cit-num\">1033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours aux Jacobins (1792). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage se situe aux antipodes du courtisan Voltaire, ou de Montesquieu le seigneur. Si La Bruy\u00e8re a dit \u00ab\u00a0je veux \u00eatre peuple\u00a0\u00bb, Rousseau l\u2019a prouv\u00e9. Sa vie sociale, en accord avec sa philosophie, est sa d\u00e9fense contre qui l\u2019attaque. Laquais, vagabond, aventurier, pr\u00e9cepteur, secr\u00e9taire, se d\u00e9consid\u00e9rant par une liaison avec la servante d\u2019auberge Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, il refuse pensions et sin\u00e9cures, se fait copiste de musique pour vivre et seul de tous les \u00e9crivains militants de son\u00a0si\u00e8cle signe tous ses \u00e9crits, ce qui lui vaudra encore plus d\u2019ennuis qu\u2019aux autres. Luttant contre la mis\u00e8re plus que pour la gloire, Rousseau \u00e9prouvera toujours une ranc\u0153ur de roturier contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jet\u00e9 d\u00e8s mon enfance dans le tourbillon du monde, j\u2019appris de bonne heure par l\u2019exp\u00e9rience que je n\u2019\u00e9tais pas fait pour y vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1034\" class=\"cit-num\">1034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Les R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em> (posthume, 1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire et Diderot furent injustes et m\u00eame cruels envers lui, comme Hugo le traitant de \u00ab\u00a0faux misanthrope rococo\u00a0\u00bb. Sinc\u00e8rement \u00e9pris de nature et de solitude, il est inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution. Exception \u00e0 la r\u00e8gle dans ce si\u00e8cle \u00e9minemment sociable et volontiers heureux, il conclut dans un dernier paradoxe de ses <em>R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature a fait l\u2019homme heureux et bon, mais [\u2026] la soci\u00e9t\u00e9 le d\u00e9prave et le rend mis\u00e9rable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1035\" class=\"cit-num\">1035<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Dialogues\u00a0: Rousseau juge de Jean-Jacques<\/em> (1772-1776)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce postulat fonde toute son \u0153uvre politique, p\u00e9dagogique, morale, religieuse, romanesque. On le trouve d\u00e8s 1750 dans le Discours sur les sciences et les arts\u00a0: \u00ab\u00a0Nos \u00e2mes se sont corrompues \u00e0 mesure que nos sciences et nos arts se sont avanc\u00e9s \u00e0 la perfection.\u00a0\u00bb Il r\u00e9cidive avec sa <em>Lettre \u00e0 d\u2019Alembert sur les spectacles<\/em> (1758) qui dit les dangers du th\u00e9\u00e2tre en g\u00e9n\u00e9ral et de Moli\u00e8re en particulier, \u00ab\u00a0\u00e9cole de mauvaises m\u0153urs\u00a0\u00bb. Rousseau en fait aussi un roman par lettres, \u00ab\u00a0best-seller\u00a0\u00bb du temps (plus de 70 \u00e9ditions en quarante ans), hymne \u00e0 la nature, la vertu et la passion\u00a0:<em> Julie ou la Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em> (1761). Ce \u00ab\u00a0barbare\u00a0\u00bb qui d\u00e9nonce le faux progr\u00e8s de la civilisation des Lumi\u00e8res heurte les autres philosophes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ose presque assurer que l\u2019\u00e9tat de r\u00e9flexion est un \u00e9tat contre nature et que l\u2019homme qui m\u00e9dite est un animal d\u00e9prav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1036\" class=\"cit-num\">1036<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette petite phrase va naturellement faire r\u00e9agir Voltaire\u00a0! Provocation lanc\u00e9e \u00e0 ce si\u00e8cle \u00e9pris de raison et \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui font m\u00e9tier de penser. Le <em>Discours sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9<\/em> est un br\u00fblot dangereux \u00e0 bien d\u2019autres \u00e9gards\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates perdus si vous oubliez que les fruits sont \u00e0 tous, et que la terre n\u2019est \u00e0 personne\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1037\" class=\"cit-num\">1037<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em> (1755)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Constat num\u00e9ro un, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 na\u00eet de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le premier qui ayant enclos un terrain s\u2019avisa de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Ceci est \u00e0 moi\u00a0\u00bb, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 civile.\u00a0\u00bb Mise en cause du principe de la propri\u00e9t\u00e9 sur lequel reposent les soci\u00e9t\u00e9s modernes, c\u2019est la voie ouverte au socialisme. Rousseau se montre ici le plus hardi des philosophes, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Voltaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les lois sont toujours utiles \u00e0 ceux qui poss\u00e8dent et nuisibles \u00e0 ceux qui n\u2019ont rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1038\" class=\"cit-num\">1038<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u0152uvre majeure de l\u2019auteur et autre constat\u00a0: la l\u00e9gislation, sous pr\u00e9texte de prot\u00e9ger les faibles, renforce l\u2019in\u00e9galit\u00e9. C\u2019est le cercle vicieux de l\u2019injustice sociale n\u00e9e du mal initial qu\u2019est la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est n\u00e9 libre et partout il est dans les fers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1039\" class=\"cit-num\">1039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778),<em> Du contrat social, Pr\u00e9ambule<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Constat r\u00e9it\u00e9r\u00e9 de l\u2019\u00e9chec des soci\u00e9t\u00e9s modernes. Et d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Comment ce changement s\u2019est-il fait\u00a0? Je l\u2019ignore. Qu\u2019est-ce qui peut le rendre l\u00e9gitime\u00a0? Je crois pouvoir r\u00e9soudre cette question.\u00a0\u00bb Il m\u00e9ditait depuis longtemps de livrer le message de son id\u00e9al politique\u00a0: selon Edgar Quinet, le<em> Contrat social<\/em> est le \u00ab\u00a0livre de la loi\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution et Rousseau \u00ab\u00a0est lui-m\u00eame \u00e0 cette R\u00e9volution ce que le germe est \u00e0 l\u2019arbre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce que l\u2019homme perd par le contrat social, c\u2019est sa libert\u00e9 naturelle et un droit illimit\u00e9 \u00e0 tout ce qui le tente et qu\u2019il peut atteindre\u00a0; ce qu\u2019il gagne, c\u2019est la libert\u00e9 civile et la propri\u00e9t\u00e9 de tout ce qu\u2019il poss\u00e8de.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1041\" class=\"cit-num\">1041<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La libert\u00e9 naturelle n\u2019a pour bornes que les forces de l\u2019individu, alors que la libert\u00e9 civile est limit\u00e9e par la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale\u00a0; la possession n\u2019est que l\u2019effet de la force ou du droit du premier occupant, alors que la propri\u00e9t\u00e9 ne peut \u00eatre fond\u00e9e que sur un titre positif. Dans la mesure o\u00f9 les citoyens adh\u00e8rent librement au pacte social, la libert\u00e9 est respect\u00e9e, car \u00ab\u00a0l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la loi qu\u2019on s\u2019est prescrite est libert\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La volont\u00e9 est g\u00e9n\u00e9rale, ou elle ne l\u2019est pas\u00a0: elle est celle du corps du peuple, ou seulement d\u2019une partie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1042\" class=\"cit-num\">1042<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9e neuve\u00a0: le peuple est un, dou\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 comme un individu, et non pas une multitude d\u00e9sordonn\u00e9e d\u2019individus et de pens\u00e9es en conflit \u2013 Voltaire parle de \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb. Rousseau rendit possible et acceptable l\u2019op\u00e9ration litt\u00e9ralement r\u00e9volutionnaire\u00a0: remplacer le roi et sa volont\u00e9 par ceux qui expriment la volont\u00e9 du peuple. Cette volont\u00e9 une, donc indivisible, fondera aussi chez les r\u00e9volutionnaires le refus d\u2019un partage et d\u2019un \u00e9quilibre des pouvoirs (si chers \u00e0 Montesquieu).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute loi que le peuple en personne n\u2019a pas ratifi\u00e9e est nulle\u00a0; ce n\u2019est point une loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1044\" class=\"cit-num\">1044<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le principe de la ratification populaire des lois est l\u2019une des rares id\u00e9es rousseauistes pr\u00e9cises, apport\u00e9e \u00e0 la R\u00e9volution et adopt\u00e9e par la Constitution de 1793. Le plus souvent, l\u2019inspiration est au niveau de principes aussi g\u00e9n\u00e9raux que g\u00e9n\u00e9reux, dont la relative ind\u00e9termination permettra d\u2019ailleurs d\u2019inspirer des politiques contradictoires. Mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 le destin politique de bien des id\u00e9es philosophiques et th\u00e9oriques\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019un peuple est contraint d\u2019ob\u00e9ir et qu\u2019il ob\u00e9it, il fait bien\u00a0; sit\u00f4t qu\u2019il peut secouer le joug et qu\u2019il le secoue, il fait encore mieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1047\" class=\"cit-num\">1047<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le droit \u00e0 l\u2019insurrection, et m\u00eame le devoir, quand le contrat social est viol\u00e9. Il sera reconnu dans l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Constitution de 1793, inappliqu\u00e9e mais aussi inapplicable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une science \u00e0 enseigner aux enfants, c\u2019est celle des devoirs de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1050\" class=\"cit-num\">1050<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de soci\u00e9t\u00e9 saine sans des hommes sains. Id\u00e9al p\u00e9dagogique\u00a0: pr\u00e9server la libert\u00e9 naturelle de l\u2019enfant. Rousseau qui doit beaucoup \u00e0 Montaigne s\u2019inspire aussi de son exp\u00e9rience d\u2019autodidacte\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre ce que nous fit la nature\u00a0; on n\u2019est toujours que trop ce que les hommes veulent que l\u2019on soit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si les corps des enfants ne sont plus oppress\u00e9s par des ressorts de baleine, si leur esprit n\u2019est plus surcharg\u00e9 de pr\u00e9ceptes, si leurs premi\u00e8res ann\u00e9es du moins \u00e9chappent \u00e0 l\u2019esclavage et \u00e0 la g\u00eane, c\u2019est \u00e0 Rousseau qu\u2019ils le doivent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1193\" class=\"cit-num\">1193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794), en 1774. <em>Lettres d\u2019un th\u00e9ologien, \u0152uvres compl\u00e8tes de Condorcet<\/em>, volume X (1804)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Disciple des physiocrates, auteur de plusieurs articles d\u2019\u00e9conomie politique dans <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, ce philosophe et math\u00e9maticien qui jouera un r\u00f4le politique sous la R\u00e9volution, rend hommage \u00e0 l\u2019auteur de <em>l\u2019\u00c9mile<\/em>. Les id\u00e9es des philosophes parfois ont chang\u00e9 la vie, avant de r\u00e9volutionner la France.<\/p>\n<p>Immense succ\u00e8s de ce trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation. Cette \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb morale profite aussi aux esprits. \u00ab\u00a0Il me semble que l\u2019enfant \u00e9lev\u00e9 suivant les principes de Rousseau serait \u00c9mile, et qu\u2019on serait heureux d\u2019avoir \u00c9mile pour son fils\u00a0\u00bb dira Mme\u00a0de Sta\u00ebl en 1788. Moins heureux furent les cinq enfants de Rousseau et Th\u00e9r\u00e8se Levasseur, abandonn\u00e9s aux Enfants trouv\u00e9s \u2013 Rousseau affirmant n\u2019avoir pas assez d\u2019argent pour subvenir \u00e0 leurs besoins\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme est faite pour c\u00e9der \u00e0 l\u2019homme et pour supporter m\u00eame son injustice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1051\" class=\"cit-num\">1051<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peut-on parler d\u2019une ombre \u00e0 la philosophie des Lumi\u00e8res, dans un\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 les femmes, reines en leurs salons litt\u00e9raires, ont aussi une influence dans la politique et l\u2019art\u00a0?<\/p>\n<p>Rousseau pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9ducation des femmes doit \u00eatre relative aux hommes. Leur plaire, leur \u00eatre utiles, se faire aimer et honorer d\u2019eux, les \u00e9lever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agr\u00e9able et douce\u00a0: voil\u00e0 les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu\u2019on doit leur apprendre d\u00e8s l\u2019enfance.\u00a0\u00bb C\u2019est dire que la petite Sophie ne partira pas avec les m\u00eames chances dans la vie que le petit \u00c9mile\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Proposez ce qui est faisable, ne cesse-t-on de me r\u00e9p\u00e9ter. C\u2019est comme si l\u2019on me disait\u00a0: proposez de faire ce que l\u2019on fait [\u2026] P\u00e8res, m\u00e8res, ce qui est faisable est ce que vous voulez faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1052\" class=\"cit-num\">1052<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>L\u2019\u00c9mile ou De l\u2019\u00c9ducation<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toute la R\u00e9volution va marcher dans l\u2019\u00e9lan de ce \u00ab\u00a0vouloir, c\u2019est pouvoir\u00a0\u00bb, appliqu\u00e9 aux choses politiques, et comparable deux si\u00e8cles plus tard au fier slogan de Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Soyons r\u00e9alistes, demandons l\u2019impossible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain [\u2026] On n\u2019a jamais employ\u00e9 tant d\u2019esprit \u00e0 vouloir nous rendre b\u00eates. Il prend envie de marcher \u00e0 quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1138\" class=\"cit-num\">1138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Jean-Jacques Rousseau, 30\u00a0ao\u00fbt 1755, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce jugement vise le <em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes<\/em>, point de d\u00e9part de la philosophie politique de Rousseau qui annonce le <em>Contrat social.<\/em> Il y a incompatibilit\u00e9 d\u2019esprit entre les deux personnages et Rousseau \u00e9crira cinq ans plus tard \u00e0 son ami M.\u00a0Moulton\u00a0: \u00ab\u00a0Je le ha\u00efrais davantage, si je le m\u00e9prisais moins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux hommes s\u2019opposent en tout. Rappelons le mot de Goethe\u00a0: \u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb La R\u00e9volution va les r\u00e9unir, au Panth\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous fiez \u00e0 l\u2019ordre actuel de la soci\u00e9t\u00e9 sans songer que cet ordre est sujet \u00e0 des r\u00e9volutions in\u00e9vitables [\u2026] Nous approchons de l\u2019\u00e9tat de crise et du si\u00e8cle des r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1167\" class=\"cit-num\">1167<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En note, il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l\u2019Europe aient encore longtemps \u00e0 durer.\u00a0\u00bb La guerre de Sept Ans fut le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une crise morale profonde, ayant \u00e9puis\u00e9 tous les pays, m\u00eame l\u2019Angleterre et la Prusse, gagnantes, mais \u00e0 quel prix\u00a0! Les pertes militaires sont partout consid\u00e9rables et les populations civiles ont souffert, y compris du pillage, des famines.<\/p>\n<p>Les philosophes des Lumi\u00e8res, proph\u00e8tes des id\u00e9es nouvelles sans \u00eatre pour autant r\u00e9volutionnaires, voient-ils venir la R\u00e9volution\u00a0?<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1762, Rousseau publie <em>L\u2019\u00c9mile<\/em> et <em>La Profession de foi du vicaire savoyard<\/em>. C\u2019en est trop pour le Parlement, irrit\u00e9 surtout par ses id\u00e9es religieuses\u00a0: d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de prise de corps, il passe en Suisse et l\u2019homme traqu\u00e9 commence huit ann\u00e9es d\u2019errance, pers\u00e9cut\u00e9 dans sa vie et dans sa t\u00eate malade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fou, votre Rousseau\u00a0; c\u2019est lui qui nous a men\u00e9s o\u00f9 nous sommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1712\" class=\"cit-num\">1712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Stanislas Girardin, lors d\u2019une visite \u00e0 Ermenonville, dans la chambre o\u00f9 mourut le philosophe, 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01800.<em> \u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.<\/span> Roederer<\/em> (1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019y a sans doute pas une phrase du<em> Contrat social<\/em> \u00ab\u00a0tol\u00e9rable\u00a0\u00bb pour Bonaparte Premier Consul, et moins encore Napol\u00e9on Empereur. Mais aucun philosophe des Lumi\u00e8res ne peut \u00eatre pris pour ma\u00eetre \u00e0 penser ou \u00e0 gouverner d\u2019un homme aussi autoritaire. Il l\u2019a d\u2019ailleurs \u00e9crit dans ses <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0On ne fait rien d\u2019un philosophe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Necker (1732-1804), banquier suisse, homme des Lumi\u00e8res et politique aux id\u00e9es mod\u00e9r\u00e9es, financi\u00e8rement tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux avec la France et populaire jusque sous la R\u00e9volution.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des \u00e9trangers ont peine \u00e0 se faire une juste id\u00e9e de l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019exerce en France l\u2019opinion publique [\u2026] puissance invisible qui, sans tr\u00e9sors, sans gardes et sans arm\u00e9e, donne des lois \u00e0 la ville, \u00e0 la cour et jusque dans le palais des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"990\" class=\"cit-num\">990<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), <em>De l\u2019administration des finances de la France<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grand banquier suisse, tr\u00e8s populaire en France et ministre des Finances de la derni\u00e8re chance sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, fait remonter tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9gence la naissance de cette force nouvelle\u00a0: l\u2019opinion publique. \u00c9clair\u00e9e par les philosophes des Lumi\u00e8res selon les uns, manipul\u00e9e par la \u00ab\u00a0secte\u00a0\u00bb philosophique selon les autres, elle va remettre en question les fondements de l\u2019Ancien R\u00e9gime et conduire logiquement, quoique sans le vouloir ni le savoir, \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela ressemble \u00e0 mes id\u00e9es [\u2026] comme un moulin \u00e0 vent ressemble \u00e0 la lune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1227\" class=\"cit-num\">1227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURGOT<\/span> (1727-1781), prenant connaissance du projet de Necker, Lettre \u00e0 Dupont de Nemours, f\u00e9vrier\u00a01778<em>. La Tactique financi\u00e8re de Calonne<\/em> (1901), G.\u00a0Susane<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Necker, ministre en charge des Finances en fait sinon en titre, est salu\u00e9 comme un nouveau Colbert qui va moderniser l\u2019\u00e9conomie de la France. Banquier suisse ayant pr\u00eat\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Terray (surnomm\u00e9 Vide-gousset aux Finances en 1772), il esp\u00e9rait lui succ\u00e9der en 1774, mais Turgot l\u2019a \u00e9vinc\u00e9.<\/p>\n<p>En fait, Necker emprunte des sommes consid\u00e9rables pour faire face, sans nouveaux imp\u00f4ts, aux d\u00e9penses militaires. Reprenant un projet de Turgot pour limiter le r\u00f4le des intendants, il tente une d\u00e9centralisation qui multiplie les compromis \u2013 et m\u00e9contentera finalement tout le monde.<\/p>\n<p>Les deux ministres sont l\u2019un et l\u2019autre honn\u00eates et comp\u00e9tents, mais Turgot, proche des physiocrates, pr\u00f4ne une politique \u00e9conomique lib\u00e9rale. Il y a aussi opposition de caract\u00e8re\u00a0: le doctrinaire Turgot passe en force, quand Necker, philanthrope et diplomate, cherche la conciliation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est du Necker tout pur que vous me donnez l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1245\" class=\"cit-num\">1245<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), lisant le m\u00e9moire de Calonne, d\u2019ordinaire moins rigoureux dans sa gestion publique. <em>Histoire de France<\/em> (1874), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi s\u2019\u00e9tonne du changement de politique propos\u00e9 par son ministre. Plus que \u00ab\u00a0du Necker\u00a0\u00bb, c\u2019est du Turgot. Face \u00e0 la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances propose au roi un projet radical pour unifier l\u2019administration des provinces et \u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 fiscale. Mais jamais les Parlements n\u2019accepteront de cautionner cette r\u00e9forme remettant en cause tous les privil\u00e8ges\u00a0!<\/p>\n<p>Contre Vergennes (qui fait office de Premier ministre depuis la mort de Maurepas et m\u00e9nage les coteries de la cour), Calonne va convaincre le roi de convoquer une Assembl\u00e9e des notables pour leur pr\u00e9senter son projet, au d\u00e9but de 1787. C\u2019est le type m\u00eame de la \u00ab\u00a0fausse bonne id\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand prince, votre bienfaisance<br>De nos maux peut tarir le cours.<br>Rendez vous aux cris de la France\u00a0:<br>Rappelez Necker \u00e0 votre cour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1257\" class=\"cit-num\">1257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00d4 toi qui sais de la finance<\/em> (1788), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, le roi se d\u00e9cide \u00e0 rappeler Necker. La reine, qui a pouss\u00e9 \u00e0 cette d\u00e9cision, tremble cependant. Elle ne sait plus que conseiller au roi. Elle aura plus tard ce mot terrible\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici enfin M. Necker roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1258\" class=\"cit-num\">1258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1788. <em>Necker<\/em> (1938), \u00c9douard Chapuisat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Li\u00e9 au duc d\u2019Orl\u00e9ans et partisan d\u2019une monarchie constitutionnelle, il ironise au rappel de Necker qui devient ministre principal (ministre d\u2019\u00c9tat)\u00a0: c\u2019est l\u2019homme de la derni\u00e8re chance pour cette monarchie.<\/p>\n<p>Le banquier suisse pr\u00eate 2\u00a0millions \u00e0 l\u2019\u00c9tat sur sa fortune personnelle, en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu\u2019aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Et convoque une seconde Assembl\u00e9e des notables, pour novembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bienheureux D\u00e9ficit, tu es devenu le Tr\u00e9sor de la Nation\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1260\" class=\"cit-num\">1260<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794), septembre\u00a01788. Citation qui lui est attribu\u00e9e, sans source, et sans doute apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bon r\u00e9sum\u00e9 de ce qu\u2019il a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0En France, le d\u00e9ficit aura r\u00e9tabli la libert\u00e9. Tout le monde sera devenu citoyen, parce que tout le monde aura \u00e9t\u00e9 contribuable. \u00d4 bienheureux d\u00e9ficit\u00a0! \u00f4 mon cher Calonne\u00a0!\u00a0\u00bb (<em>La France libre<\/em>).<\/p>\n<p>Avocat, confr\u00e8re et ami de Robespierre dont il partage les id\u00e9es avanc\u00e9es, il ironise \u00e0 son tour et se r\u00e9jouit de pr\u00e9voir le pire. Il n\u2019a pas tort\u2026<\/p>\n<p>Necker s\u2019imagine que les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux voteront de nouveaux imp\u00f4ts et de nouveaux emprunts pour r\u00e9tablir la situation financi\u00e8re catastrophique de la monarchie, cause \u00e0 la fois imm\u00e9diate et profonde de la R\u00e9volution. Le roi, dit-on, ne calcule pas ses d\u00e9penses sur ses recettes, mais ses recettes sur ses d\u00e9penses. Les frais de la Maison royale ne sont cependant qu\u2019un des postes dans les d\u00e9penses de l\u2019administration, et peu de chose compar\u00e9 au service de la dette publique (tripl\u00e9e pendant les quinze ans du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et aux d\u00e9penses militaires\u00a0: ces deux derniers postes atteignaient 74\u00a0% du budget en 1786, ann\u00e9e de paix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous qui nous traitez de racaille,<br>Si poliment,<br>Comme nous vous payerez la taille<br>Tr\u00e8s noblement.<br>Vive le sauveur de la France,<br>Necker, vivat\u00a0!<br>D\u2019o\u00f9 ce h\u00e9ros tient-il naissance\u00a0?<br>Du tiers \u00e9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1264\" class=\"cit-num\">1264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Tiers \u00c9tat<\/em>, chanson de janvier 1789. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson c\u00e9l\u00e8bre le roi et son ministre qui a obtenu, non sans difficult\u00e9, que le tiers ait \u00e0 lui seul autant de repr\u00e9sentants que les deux autres ordres r\u00e9unis.<\/p>\n<p>Paris illumine \u00e0 cette nouvelle \u2013 d\u00e9cision prise le 27\u00a0d\u00e9cembre 1788 en Conseil royal et connue le 1er\u00a0janvier 1789. Le roi est baptis\u00e9 \u00ab\u00a0restaurateur de la libert\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Mais \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1788 et dans les premiers mois de 1789, l\u2019effervescence populaire est partout aggrav\u00e9e par de tr\u00e8s mauvaises r\u00e9coltes qui font monter le prix du pain, d\u2019o\u00f9 des \u00e9meutes. Cependant qu\u2019on proc\u00e8de \u00e0 la r\u00e9daction des cahiers de dol\u00e9ances et \u00e0 l\u2019\u00e9lection des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 perd l\u2019homme du monde qui lui \u00e9tait le plus tendrement d\u00e9vou\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1327\" class=\"cit-num\">1327<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 11\u00a0juillet 1789. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de M.\u00a0Necker<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi, par lettre, invite son directeur g\u00e9n\u00e9ral des Finances \u00e0 \u00ab\u00a0sortir momentan\u00e9ment du royaume\u00a0\u00bb. Exiler ce financier sage et honn\u00eate, l\u2019un des hommes les plus populaires du royaume, est une erreur grave.<\/p>\n<p>Le renvoi de Necker est connu le 12\u00a0juillet au matin. Le peuple s\u2019amasse au Palais-Royal. Camille Desmoulins, sortant du caf\u00e9 de Foy \u00e9tabli sous les galeries, saute sur une chaise, brandit son \u00e9p\u00e9e d\u2019une main, un pistolet dans l\u2019autre, et crie\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Il improvise son premier discours\u00a0: \u00ab\u00a0Necker est chass\u00e9\u00a0; c\u2019est le tocsin d\u2019une Saint-Barth\u00e9lemy de patriotes. Ce soir m\u00eame tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous \u00e9gorger. Une ressource nous reste, c\u2019est de courir aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Des milliers de voix hurlent\u00a0: \u00ab\u00a0Aux armes\u00a0!\u00a0\u00bb Les manifestations ne vont plus cesser dans les rues\u00a0: la R\u00e9volution est en marche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je retourne en France en victime de l\u2019estime dont on m\u2019honore [\u2026] Il me semble que je vais rentrer dans le gouffre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1335\" class=\"cit-num\">1335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804). <em>Manuscrits de M.\u00a0Necker publi\u00e9s par sa fille<\/em> (1804), Jacques Necker, Mme\u00a0de Sta\u00ebl<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappel\u00e9 par le roi le 16\u00a0juillet 1789, il va en effet accepter de reprendre un pouvoir impossible \u00e0 assumer\u00a0: situation \u00e9conomique et financi\u00e8re d\u00e9plorable, contexte politique et social explosif. Cet homme honn\u00eate et sage en est douloureusement conscient.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1731\" class=\"cit-num\">1731<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804),<em> Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique depuis 1790, install\u00e9 en Suisse \u00e0 Coppet, sur les bords du lac L\u00e9man, avec sa fille Mme\u00a0de Sta\u00ebl, le septuag\u00e9naire, partisan de toujours du gouvernement anglais, revient sur son pr\u00e9jug\u00e9 contre la R\u00e9volution \u00e0 la fran\u00e7aise et ses effets.<\/p>\n<h4>Marie-Antoinette (1755-1793), destin de princesse et de femme qui passe du meilleur au pire et d\u00e9passe une jeune reine devenue trop tard digne de ce nom.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne parlez point allemand, Monsieur\u00a0; \u00e0 dater de ce jour, je n\u2019entends plus d\u2019autre langue que le fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1186\" class=\"cit-num\">1186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> d\u2019Autriche (1755-1793), \u00e0 M.\u00a0d\u2019Antigny, chef de la Cit\u00e9 (Strasbourg), 7\u00a0mai 1770.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il lui adressait la bienvenue en allemand. On parle couramment le fran\u00e7ais dans toutes les cours d\u2019Europe. C\u2019est aussi la langue de la diplomatie. Mais Marie-Antoinette, \u00e0 14\u00a0ans, est sans doute l\u2019une des princesses les moins couramment francophones, vue son \u00e9ducation imparfaite \u00e0 la cour d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>La jeune \u00ab\u00a0princesse accomplie\u00a0\u00bb va \u00e0 la rencontre de son fianc\u00e9 le dauphin Louis (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et de toute la cour qui l\u2019attend \u00e0 Compi\u00e8gne. Elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb, selon l\u2019\u00e9tiquette de la cour, se d\u00e9pouiller de tout ce qui pouvait la rattacher \u00e0 son ancienne patrie, pour s\u2019habiller \u00e0 la mode fran\u00e7aise. Le mariage fut n\u00e9goci\u00e9 par le ministre Choiseul et la m\u00e8re de la mari\u00e9e, \u00e9galement soucieux de r\u00e9concilier les Bourbons et les Habsbourg. Cette alliance g\u00e9opolitique renforce la position de la France en Europe, en cas de guerre avec l\u2019Angleterre ou la Prusse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, vous avez l\u00e0 deux cent mille amoureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1192\" class=\"cit-num\">1192<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BRISSAC<\/span> (1734-1792), gouverneur de Paris, \u00e0 Marie-Antoinette, 8\u00a0juin 1773. <em>M\u00e9moires de Mme\u00a0la comtesse du Barri<\/em> (posthume, 1829), Jeanne B\u00e9cu du Barry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux courtisan lui montre la foule immense venue l\u2019acclamer pour son entr\u00e9e solennelle \u00e0 Paris. La Dauphine de France d\u00e9couvre le peuple se pressant dans les jardins de Versailles pour l\u2019entrevoir. Cet exc\u00e8s de popularit\u00e9 a retard\u00e9 de trois ans son entr\u00e9e dans la capitale \u2013 elle s\u2019est mari\u00e9e avec le Dauphin le 16\u00a0mai\u00a01770, \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Elle \u00e9crira \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne puis vous dire, ma ch\u00e8re maman, les transports de joie, d\u2019affection, qu\u2019on nous a t\u00e9moign\u00e9s. Avant de nous retirer, nous avons salu\u00e9 avec la main le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu\u2019on est heureux dans notre \u00e9tat de gagner l\u2019amiti\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 si bon march\u00e9\u00a0! Il n\u2019y a pourtant rien de si pr\u00e9cieux. Je l\u2019ai senti et je ne l\u2019oublierai jamais.\u00a0\u00bb Plus dure sera la chute \u2013 on ne peut lire ces mots sans se rappeler la fin de l\u2019Histoire, sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et\u00a0<span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est tout de suite effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s, plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Marie-Antoinette est d\u2019un an sa cadette. Est-elle d\u00e9j\u00e0 consciente de ce qui attend la reine de France\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Belle, l\u2019\u0153il doit l\u2019admirer,<br>Reine, l\u2019Europe la r\u00e9v\u00e8re,<br>Mais le Fran\u00e7ais doit l\u2019adorer,<br>Elle est sa reine, elle est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1207\" class=\"cit-num\">1207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Romance en l\u2019honneur de Marie-Antoinette<\/em>, chanson (1774). <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La jeune et jolie reine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France il y a quatre ans et Versailles la salue en ce style pr\u00e9cieux. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce, comme jamais avant et jamais apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Certes, il y a des jalousies et d\u00e9j\u00e0 quelques soup\u00e7ons contre l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb \u00e0 la cour. On aura plus tard la preuve qu\u2019elle est manipul\u00e9e par sa famille autrichienne, restant tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se, imp\u00e9ratrice d\u2019Autriche durant trente ans et forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laiss\u00e9e par son royal \u00e9poux, peu soucieuse de l\u2019\u00e9tiquette \u00e0 la cour et moins encore des finances de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9pensi\u00e8re et futile, Marie-Antoinette va accumuler les erreurs. \u00ab\u00a0Ma fille court \u00e0 grands pas vers sa ruine\u00a0\u00bb, confie sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Vienne, en 1775. Pour l\u2019heure, et pour trois ans encore, le peuple adore sa reine. La suite sera d\u2019autant plus brutale et en partie injuste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. La malencontreuse \u00ab\u00a0affaire du Collier\u00a0\u00bb va renforcer ce sentiment, m\u00eame si elle n\u2019est pour rien dans cette escroquerie.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1538\" class=\"cit-num\">1538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819), Convention, 3\u00a0octobre\u00a01793. <em>L\u2019Agonie de Marie-Antoinette<\/em> (1907), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un parmi d\u2019autres conventionnels \u00e0 r\u00e9clamer la mise en jugement de la \u00ab\u00a0Panth\u00e8re autrichienne\u00a0\u00bb. Marie-Antoinette, en prison depuis pr\u00e8s d\u2019un an, attendait son sort au Temple, avant son transfert \u00e0 la Conciergerie, le 1er\u00a0ao\u00fbt 1793.<\/p>\n<p>Le 3\u00a0octobre, au moment o\u00f9 la Convention vient de d\u00e9cr\u00e9ter que les Girondins seront traduits devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, Billaud-Varenne parle en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Il reste encore un d\u00e9cret \u00e0 rendre\u00a0: une femme, la honte de l\u2019humanit\u00e9 et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l\u2019\u00e9chafaud. On publie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e secr\u00e8tement et blanchie par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de Fran\u00e7ais pouvait \u00eatre absoute par un jury fran\u00e7ais. Je demande que le Tribunal r\u00e9volutionnaire prononce cette semaine sur son sort.\u00a0\u00bb La Convention adopte cette proposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi, au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est \u00e0 son comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de 4\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793. <em>La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9. L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle. La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice et l\u2019issue ne fait aucun doute.<\/p>\n<p>Au pied de la guillotine, les derni\u00e8res paroles de Marie-Antoinette sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb Un mot de la fin sans doute authentique, mais trop anodin pour devenir citation.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-5-83.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Mme de Sta\u00ebl (1766-1817), fille de Necker et b\u00eate noire de Napol\u00e9on, coupable d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France, on ne permet qu\u2019aux \u00e9v\u00e9nements de voter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1672\" class=\"cit-num\">1672<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la R\u00e9volution et les principes qui doivent fonder la R\u00e9publique en France<\/em> (posthume, 1906)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019adage d\u2019un homme d\u2019esprit qu\u2019elle rapporte pour le conjurer, dans cet ouvrage \u00e9crit en 1798 et dont le titre est tout un programme. Un an apr\u00e8s, le coup d\u2019\u00c9tat de Bonaparte va balayer la r\u00e9forme constitutionnelle et l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs que la fille de Necker et l\u2019\u00e9l\u00e8ve des philosophes \u00e9clair\u00e9s appelait de ses v\u0153ux\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>), c\u2019est l\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve pour oser d\u00e9noncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur. \u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, fervente lectrice de Rousseau, fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine et la Terreur. Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir et impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789.<\/p>\n<p>Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> lui \u00f4tent toutes ses illusions.<\/p>\n<p>Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression d\u2019une femme. D\u2019o\u00f9 son nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte, tr\u00e8s en col\u00e8re de l\u2019impassibilit\u00e9 de Paris, a dit \u00e0 ses courtisans r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0Que leur faut-il donc\u00a0?\u00a0\u00bb Et personne ne s\u2019est lev\u00e9 pour lui dire\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9, citoyen consul, la libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1723\" class=\"cit-num\">1723<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817). <em>Lettres in\u00e9dites de Mme\u00a0de Sta\u00ebl \u00e0 Henri Meister<\/em> (posthume, 1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e9videmment le genre de v\u00e9rit\u00e9 que le \u00ab\u00a0citoyen consul\u00a0\u00bb et futur empereur ne saurait entendre. Mais l\u2019opposition est discr\u00e8te, la censure imp\u00e9riale y veille et l\u2019opportunisme prudent est quasiment de r\u00e8gle, chez les auteurs qu\u2019on n\u2019appelle pas encore \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le second pas fait vers la royaut\u00e9. Je crains que cet homme ne soit comme les dieux d\u2019Hom\u00e8re, qu\u2019au troisi\u00e8me acte il n\u2019atteigne l\u2019Olympe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1729\" class=\"cit-num\">1729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span>\u00a0(1766-1817), jugeant l\u2019irr\u00e9sistible ascension du Premier Consul. <em>Bonaparte<\/em> (1977), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Opposante r\u00e9solue, elle ironise quand le 15\u00a0ao\u00fbt (anniversaire de Bonaparte n\u00e9 sous le signe astral du Lion) devient jour de f\u00eate nationale. Le pr\u00e9nom Napol\u00e9on s\u2019inscrit d\u00e9j\u00e0 sur des pi\u00e8ces de monnaie. Le s\u00e9natus-consulte du 4\u00a0ao\u00fbt 1802 (Constitution de l\u2019an X) augmente encore les pouvoirs du Premier Consul \u00e0 vie au d\u00e9triment du l\u00e9gislatif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e de cette femme, comme celle d\u2019un oiseau de mauvais augure, a toujours \u00e9t\u00e9 le signal de quelque trouble. Mon intention n\u2019est pas qu\u2019elle reste en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1738\" class=\"cit-num\">1738<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Grand Juge R\u00e9gnier (ministre de la Justice). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019apprendre le retour de Mme\u00a0de Sta\u00ebl pr\u00e8s de Beaumont-sur-Oise, le 3\u00a0octobre 1803. Il lui donne cinq jours pour partir, sinon, il la fera reconduire \u00e0 la fronti\u00e8re par la gendarmerie.<\/p>\n<p>Les seuls grands talents seront des opposants au r\u00e9gime\u00a0: Chateaubriand hostile \u00e0 Napol\u00e9on apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien (1804), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, coupable d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napol\u00e9on Bonaparte inspirera des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et mondiale.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-66.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Marie Walewska (1786-1817), la \u00ab\u00a0femme polonaise de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb qui lui donne un espoir de libert\u00e9 pour la Pologne en \u00e9change d\u2019un fils.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai vu que vous, je n\u2019ai admir\u00e9 que vous, je ne d\u00e9sire que vous. Une r\u00e9ponse bien prompte pour calmer l\u2019impatiente ardeur de\u2026 N.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"21\" class=\"cit-num\">21<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre, janvier 1807. <em>Napol\u00e9on<\/em> (2019), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Coup de foudre imp\u00e9rial devenu un v\u00e9ritable amour \u2013 le second apr\u00e8s Jos\u00e9phine. La naissance d\u2019un fils prolongera cette aventure polonaise qui aurait pu devenir un fait historique.<\/p>\n<p>Marie \u00e9pousa \u00e0 17 ans le comte et chambellan Anastazy Walewski, noble polonais quasi septuag\u00e9naire. Aussi jolie que bien \u00e9duqu\u00e9e (au couvent Notre-Dame-de-l\u2019Assomption \u00e0 Varsovie), r\u00eavant d\u2019une Pologne libre, \u00ab\u00a0elle nourrit une haine virile du Russe qui occupe la Mazovie o\u00f9 elle est n\u00e9e, \u00e0 quelques lieues de Varsovie, mais aussi du Prussien et de l\u2019Autrichien qui se sont partag\u00e9 le reste du pays\u00a0\u00bb (Guy Godlewski). \u00c0 20 ans, elle donne naissance \u00e0 son premier fils, Antoni.<\/p>\n<p>Talleyrand, ministre fran\u00e7ais des Relations ext\u00e9rieures, a organis\u00e9 un bal \u00e0 Varsovie pour l\u2019ouverture du carnaval. La gazette de Varsovie fait \u00e9tat d\u2019une contredanse avec l\u2019\u00e9pouse du chambellan \u2013 le Diable boiteux est tr\u00e8s amateur de jolies femmes. \u00c0 midi le lendemain, une voiture s\u2019arr\u00eate devant l\u2019h\u00f4tel des Walewski. Duroc, grand mar\u00e9chal du palais, en descend avec un gigantesque bouquet de fleurs et une lettre ferm\u00e9e du sceau vert imp\u00e9rial.<\/p>\n<p>Marie ne r\u00e9pond pas. L\u2019Empereur r\u00e9attaque\u00a0: \u00ab\u00a0Vous ai-je d\u00e9plu, madame\u00a0? J\u2019avais cependant le droit d\u2019esp\u00e9rer le contraire. Me suis-je tromp\u00e9\u00a0! Votre empressement s\u2019est ralenti, tandis que le mien augmente. Vous m\u2019\u00f4tez le repos\u00a0! Oh\u00a0! donnez un peu de joie, de bonheur \u00e0 un pauvre c\u0153ur tout pr\u00eat \u00e0 vous adorer. Une r\u00e9ponse est-elle si difficile \u00e0 obtenir\u00a0? Vous m\u2019en devez deux. N.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame silence de la jeune femme. Son entourage lui assure qu\u2019\u00eatre la ma\u00eetresse de l\u2019Empereur, ce n\u2019est pas manquer \u00e0 l\u2019honneur\u2026 et ce serait utile pour le salut et la grandeur de la Pologne. Marie refuse ce compromis. Napol\u00e9on insiste une troisi\u00e8me fois. Son billet est plus tendre encore, plus long. Et il promet ce que tous les Polonais d\u00e9sirent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des moments o\u00f9 trop d\u2019\u00e9l\u00e9vation p\u00e8se, et c\u2019est ce que j\u2019\u00e9prouve. Comment satisfaire le besoin d\u2019un c\u0153ur \u00e9pris qui voudrait s\u2019\u00e9lancer \u00e0 vos pieds et qui se trouve arr\u00eat\u00e9 par le poids de hautes consid\u00e9rations paralysant les plus vifs d\u00e9sirs\u00a0? Oh\u00a0! si vous vouliez\u00a0!\u2026 Il n\u2019y a que vous seule qui puissiez lever les obstacles qui nous s\u00e9parent. Mon ami Duroc vous en facilitera les moyens. Oh\u00a0! venez\u00a0! venez\u00a0! Tous vos d\u00e9sirs seront remplis. Votre patrie me sera plus ch\u00e8re quand vous aurez piti\u00e9 de mon pauvre c\u0153ur. \u00ab\u00a0N.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre, janvier 1807. <em>Napol\u00e9on<\/em> (2019), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chantage imp\u00e9rial est clair, mais il est normal que cet homme follement amoureux se serve de ses armes. Marie va c\u00e9der, \u00e0 son corps d\u00e9fendant. Elle a montr\u00e9 les lettres \u00e0 son mari, il lui conseille de se rendre au rendez-vous, elle peut se croire vraiment pr\u00e9destin\u00e9e pour sauver sa patrie.\u00a0 \u00a0<br>Elle arrive en larmes. Napol\u00e9on l\u2019interroge sur sa famille, sur l\u2019\u00e2ge de son \u00e9poux. Elle lui parle de la n\u00e9cessit\u00e9 de rendre \u00e0 la Pologne son ind\u00e9pendance. Il l\u2019appelle \u00ab\u00a0ma douce colombe\u00a0\u00bb. Mais rien ne se passe, ce premier soir. Il ne la force pas. Elle promet de revenir. Faut-il qu\u2019il soit \u00e9pris pour \u00eatre aussi patient, lui dont la r\u00e9putation \u00e9tait de ne m\u00eame pas enlever ses bottes pour satisfaire son d\u00e9sir\u2026 et de ne pas supporter les larmes de femme.<\/p>\n<p>Marie reviendra le voir comme promis et devient finalement sa ma\u00eetresse. Elle lui donne sa tendresse, alors que la passion imp\u00e9riale s\u2019exprime avec une touchante na\u00efvet\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marie, ma douce Marie, ma premi\u00e8re pens\u00e9e est pour toi, mon premier d\u00e9sir est de te revoir. Tu reviendras, n\u2019est-ce pas\u00a0? Tu me l\u2019as promis. Sinon l\u2019aigle volerait vers toi. Je te verrai \u00e0 d\u00eener\u2026 Daigne donc accepter ce bouquet\u00a0: qu\u2019il devienne un lien myst\u00e9rieux qui \u00e9tablisse entre nous un rapport secret au milieu de la foule qui nous environne. Expos\u00e9s aux regards de la multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon c\u0153ur, tu sauras qu\u2019il est tout occup\u00e9 de toi et, pour r\u00e9pondre, tu presseras le bouquet\u00a0! Aime-moi, ma gentille Marie, et que ta main ne quitte jamais ton bouquet. N.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre, janvier 1807. <em>Napol\u00e9on<\/em> (2019), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La conversation s\u2019engage entre elle et l\u2019Empereur \u00e0 l\u2019aide de ce bouquet. Elle revient au palais. L\u2019habitude prise, elle y revient chaque soir. Et l\u2019homme press\u00e9 va changer de vie.<\/p>\n<p>Loin de Varsovie, au ch\u00e2teau de Finckenstein, l\u203a\u00ab\u00a0idylle\u00a0\u00bb printani\u00e8re du couple (d\u2019avril \u00e0 juin) est un moment unique dans l\u2019existence de Napol\u00e9on qui d\u00e9ploie ce qu\u2019un historien appela une \u00ab\u00a0\u00e9nergie miraculeuse\u00a0\u00bb. Les deux amants sont finalement tr\u00e8s \u00e9pris l\u2019un de l\u2019autre et l\u2019empereur consacre du temps \u00e0 ses amours, comme avec Jos\u00e9phine de Beauharnais au temps du Consulat.<\/p>\n<p>Dans cette nouvelle r\u00e9sidence, Marie m\u00e8ne une vie clo\u00eetr\u00e9e, enferm\u00e9e dans un ch\u00e2teau morne o\u00f9 elle ne voit personne. L\u2019Empereur para\u00eet aux heures des repas, pris en t\u00eate \u00e0 t\u00eate. Elle le passe le reste du temps, \u00e0 lire, \u00e0 broder, \u00e0 voir la parade imp\u00e9riale \u00e0 travers les persiennes.<\/p>\n<p>Avec son doux caract\u00e8re polonais, Marie ram\u00e8ne la conversation sur son id\u00e9e fixe\u00a0: la r\u00e9surrection de la Pologne. Patiemment, Napol\u00e9on discute avec elle sans toutefois s\u2019engager. Ses arguments sont toujours les m\u00eames\u00a0: que les Polonais fassent preuve de coh\u00e9sion, de maturit\u00e9, qu\u2019ils soutiennent militairement sa lutte contre l\u2019Empire russe et ils seront r\u00e9compens\u00e9s selon leurs m\u00e9rites.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on cr\u00e9e en 1807 le Duch\u00e9 de Varsovie \u2013 qui dispara\u00eetra peu apr\u00e8s la d\u00e9faite de la campagne de Russie en 1812-1813. C\u2019\u00e9tait un compromis pour ne pas d\u00e9plaire au tsar, mais une r\u00e9ponse faible \u00e0 l\u2019attente des Polonais dont des milliers de soldats sont morts pour l\u2019empereur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Venez \u00e0 Vienne, je d\u00e9sire vous voir et vous donner de nouvelles preuves de la tendre amiti\u00e9 que j\u2019ai pour vous. Vous ne pouvez douter du prix que je mets \u00e0 tout ce qui vous regarde. Mille tendres baisers sur vos belles mains et un seul sur votre belle bouche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre de 1809. <em>Ma\u00eetresses et femmes d\u2019influence<\/em> ( 2021), Robert Schneider<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>13 mai 1809, Napol\u00e9on entre dans Vienne et s\u2019installe \u00e0 Sch\u00f6nbrunn. Apr\u00e8s sa victoire d\u00e9finitive sur les troupes autrichiennes \u00e0 Wagram le 6 juillet, il demande \u00e0 la comtesse Marie Walewska, sa ma\u00eetresse qu\u2019il n\u2019a pas vue depuis seize mois, de venir le rejoindre.<\/p>\n<p>Deux jours apr\u00e8s, Marie quitte la Pologne pour faire une cure \u00e0 Bad Gastein. En r\u00e9alit\u00e9, elle part rejoindre l\u2019empereur. Il a retenu pour elle une agr\u00e9able maison dans le vieux village de Modling, \u00e0 quinze kilom\u00e8tres de Sch\u00f6nbrunn. Le fid\u00e8le Duroc veille toujours sur leurs amours. Il s\u2019est occup\u00e9 de la location de la maison et, une fois Marie arriv\u00e9e, il va secr\u00e8tement la chercher tous les soirs dans une voiture ferm\u00e9e, sans armoiries, avec un seul domestique sans livr\u00e9e. Il l\u2019am\u00e8ne au palais par une porte d\u00e9rob\u00e9e et l\u2019introduit chez l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Elle le suivra ensuite \u00e0 Paris o\u00f9 il lui ach\u00e8te un h\u00f4tel particulier au 48 rue de la Victoire. Et le 4 mai 1810, de retour en Pologne, elle accouchera d\u2019un fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 au ch\u00e2teau Walewice en Pologne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">WALEWSKY<\/span> (1810-1868), <em>La Vie passionnante du comte Walewsky<\/em> (1953), Comte d\u2019Ornano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anastazy Walewski, 73 ans, pour \u00e9viter le ridicule ou par patriotisme polonais, reconna\u00eet l\u2019enfant, d\u00e9clarant qu\u2019il est issu de son mariage avec Maria n\u00e9e \u0141\u0105czy\u0144ska \u2013 23 ans. On le retrouvera dans l\u2019Histoire, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on apprend la naissance de son fils au cours d\u2019un voyage triomphal en Belgique avec Marie-Louise d\u2019Autriche qu\u2019il a \u00e9pous\u00e9e pour avoir l\u2019enfant que Jos\u00e9phine n\u2019\u00e9tait plus en \u00e2ge de lui donner. Fou de joie, il fait parvenir des dentelles de Bruxelles et 20 000 francs en or pour Alexandre. <br>Le 5 mai 1812, \u00e0 Saint-Cloud, en pr\u00e9sence de Marie, Napol\u00e9on signe un long document juridique garantissant l\u2019avenir du jeune homme. La dotation consistait en 69 fermes dans le royaume de Naples pour un chiffre d\u2019affaires de 170 000 francs, et le titre de comte.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les rumeurs, Marie garde une position confortable dans la haute soci\u00e9t\u00e9, polonaise comme fran\u00e7aise. Le 17 ao\u00fbt 1812, son mariage avec le vieux comte est d\u00e9clar\u00e9 nul, gr\u00e2ce au t\u00e9moignage de son fr\u00e8re affirmant que cette union lui avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e. Il fallait surtout \u00e9viter que le mari couvert de dettes ne ruine sa femme. Marie revint \u00e0 Paris au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Quand Napol\u00e9on se retrouve en exil \u00e0 l\u2019\u00cele d\u2019Elbe, elle vient le voir (avec son fils) le 1er septembre 1814 \u2013 Caroline Bonaparte aura la m\u00eame attention pour son fr\u00e8re. Comme elle, on la retrouve \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en 1815, pendant les Cent Jours. Apr\u00e8s la seconde abdication et l\u2019exil pour Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, Marie se pensa d\u00e9gag\u00e9e de tout serment, pour \u00e9pouser\u2026 un cousin de l\u2019Empereur, Philippe-Antoine, g\u00e9n\u00e9ral comte d\u2019Ornano, ancien colonel des dragons de la Garde. Elle met au monde un troisi\u00e8me fils, le 9 juin 1817. Quelques mois apr\u00e8s, elle meurt \u00e0 Paris dans son h\u00f4tel de la rue de la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute la maison \u00e9tait plong\u00e9e dans un vrai d\u00e9sespoir. Ma m\u00e8re \u00e9tait l\u2019une des femmes les plus remarquables qui e\u00fbt exist\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">WALEWSKY<\/span> (1810-1868), <em>La Vie passionnante du comte Walewsky<\/em> (1953), comte d\u2019Ornano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle avait 31 ans. Dans son testament, celle qui fut sept ans la ma\u00eetresse de Napol\u00e9on exprima le d\u00e9sir que son c\u0153ur reste en France et que son corps soit transport\u00e9 en Pologne dans le caveau familial de Kiernozia. Conform\u00e9ment \u00e0 ce v\u0153u, une urne contenant son c\u0153ur repose aujourd\u2019hui au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise dans le caveau des d\u2019Ornano, portant la simple inscription\u00a0: \u00ab\u00a0Maria Walewska, comtesse d\u2019Ornano\u00a0\u00bb \u2013 et le corps fut emmen\u00e9 en Pologne quatre mois plus tard.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une femme charmante, un ange\u00a0! C\u2019est bien d\u2019elle qu\u2019on peut dire que son \u00e2me est aussi belle que sa figure\u00a0!\u00a0\u00bb Parole de Napol\u00e9on \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<h4>Marie-Louise (1791-1814), imp\u00e9ratrice et seconde \u00e9pouse soumise de Napol\u00e9on \u00e0 qui elle donne le fils esp\u00e9r\u00e9, l\u2019Aiglon, avant une seconde vie plus \u00e9panouie en \u00ab\u00a0Bonne duchesse\u00a0\u00bb de Parme.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un ventre que j\u2019\u00e9pouse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1846\" class=\"cit-num\">1846<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on confirme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0belle g\u00e9nisse\u00a0\u00bb sacrifi\u00e9e par l\u2019Autriche et assume le r\u00f4le du Minotaure pr\u00e9dateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de h\u00e2te qu\u2019on parle d\u2019un enl\u00e8vement, plus que d\u2019un mariage. La c\u00e9r\u00e9monie religieuse a lieu le 2\u00a0avril 1810. Marie-Louise a 18\u00a0ans, il vit une lune de miel de trois semaines qui le comble et sa seconde femme lui donnera un fils, le 20\u00a0mars 1811\u00a0: le roi de Rome.<\/p>\n<p>C\u2019est peu dire que la nouvelle imp\u00e9ratrice est impopulaire dans son pays d\u2019adoption\u00a0! \u00c0 la cour, toutes les s\u0153urs et belles-s\u0153urs de Napol\u00e9on se refusent \u00e0 porter la tra\u00eene de \u00ab\u00a0l\u2019Autrichienne\u00a0\u00bb\u00a0: m\u00eame accueil et m\u00eame surnom que pour Marie-Antoinette la dauphine et future reine. Mais la famille imp\u00e9riale n\u2019aimait pas davantage Jos\u00e9phine la coquette Cr\u00e9ole, ex-imp\u00e9ratrice r\u00e9pudi\u00e9e pour cause de st\u00e9rilit\u00e9.<\/p>\n<p>Marie-Louise tient surtout \u00e0 sa tranquillit\u00e9 (mot r\u00e9current dans ses lettres et trait de caract\u00e8re constant) et semble ignorer ce qu\u2019on dit d\u2019elle dans tout Paris\u00a0: les bonapartistes pr\u00e9f\u00e8rent Jos\u00e9phine, les r\u00e9publicains la ha\u00efssent en sa qualit\u00e9 de ni\u00e8ce de la reine d\u00e9capit\u00e9e, les monarchistes ne peuvent accepter le semblant de l\u00e9gitimit\u00e9 que ce mariage donne \u00e0 la famille\u00a0!<\/p>\n<p>Pendant quatre ans, elle joue dignement le r\u00f4le de premi\u00e8re dame. Elle donne le fils attendu \u00e0 Napol\u00e9on, p\u00e8re combl\u00e9, fou de joie\u00a0! Mais les \u00e9preuves \u00e0 venir pour son \u00e9poux et pour son pays d\u2019adoption la France sont trop fortes pour cette jeune femme. \u00c9cras\u00e9e par le d\u00e9sespoir, elle se confie \u00e0 Hortense de Beauharnais (fille de Jos\u00e9phine et femme de Louis, fr\u00e8re de Napol\u00e9on)\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malchance partout o\u00f9 je vais. Tous ceux avec qui j\u2019ai eu affaire ont \u00e9t\u00e9 plus ou moins touch\u00e9s, et depuis l\u2019enfance je n\u2019ai fait que passer ma vie \u00e0 fuir.\u00a0\u00bb On croirait entendre Marie-Antoinette sous la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Je porte malheur \u00e0 tous ceux que j\u2019aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sa vie en France se termine en 1814, quand Napol\u00e9on part en exil \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe. Elle a renonc\u00e9 \u00e0 le suivre. Les Cent-Jours seront un nouveau drame v\u00e9cu de loin. Au second exil de Napol\u00e9on, elle \u00e9crit \u00e0 son p\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re qu\u2019on le traitera avec bont\u00e9 et douceur, et je vous prie, tr\u00e8s cher papa, d\u2019y contribuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1959\" class=\"cit-num\">1959<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUISE<\/span> (1791-1847), Lettre \u00e0 son p\u00e8re l\u2019empereur d\u2019Autriche, 15\u00a0ao\u00fbt 1815.<em> Revue historique<\/em>, 28e ann\u00e9e, volume\u00a0<span class=\"caps\">LXXXII<\/span> (1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La femme de l\u2019empereur d\u00e9chu ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la seule pri\u00e8re que je puisse oser pour lui et la derni\u00e8re fois que je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 son sort, car je lui dois de la reconnaissance pour la tranquille indiff\u00e9rence dans laquelle il m\u2019a laiss\u00e9e vivre, au lieu de me rendre malheureuse.\u00a0\u00bb Ce sont vraiment des paroles de fille et d\u2019\u00e9pouse soumise, aspirant toujours \u00e0 la tranquillit\u00e9.<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accorder \u00e0 Marie-Louise le duch\u00e9 de Parme, en Italie. Elle va vivre une seconde existence plus heureuse. L\u2019entr\u00e9e officielle a lieu le 18 avril 1816. Elle \u00e9crit \u00e0 son p\u00e8re sur un tout autre ton\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les gens m\u2019ont accueillie avec tant d\u2019enthousiasme que j\u2019ai eu les larmes aux yeux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LOUISE<\/span> (1791-1847), <em>Marie-Louise \u2013 Le destin d\u2019une Habsbourg de Paris \u00e0 Parme<\/em> (1997), Franz Herre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marie-Louise s\u2019installe avec son amant Neipperg \u00e0 qui elle laisse le soin d\u2019administrer ses territoires. Il le fait d\u2019une main de fer, tandis que la duchesse s\u2019attache \u00e0 cr\u00e9er des h\u00f4pitaux, des monuments et des mus\u00e9es. Elle m\u00e9rite et appr\u00e9cie son nouveau surnom\u00a0: \u00ab\u00a0la Bonne duchesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avant de partir en Italie, Marie-Louise a d\u00fb laisser \u00e0 Vienne son fils, devenu duc de Reichstadt \u00e0 sa demande\u00a0: il lui fallut renoncer \u00e0 vivre avec son enfant, elle a cependant insist\u00e9 pour qu\u2019il puisse avoir ce titre et des terres pour \u00eatre plus tard libre de choisir sa vie\u2026 Mais le roi de Rome meurt de la tuberculose \u00e0 21 ans, dans les bras de sa m\u00e8re qui s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e \u00e0 Vienne pour vivre les derniers instants du fils qu\u2019elle aura peu connu, mais beaucoup pleur\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Napol\u00e9on \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, le 5 mai 1821, elle a pu \u00e9pouser Neipperg le 8 ao\u00fbt suivant. Le couple aura quatre enfants avant que Neipperg ne meure en 1829. Suite aux \u00e9meutes \u00e0 Parme en 1831, Marie-Louise, r\u00e9put\u00e9e trop laxiste et na\u00efve dans la gestion de ses sujets \u00e9pousera en 1834 le comte Charles-Ren\u00e9 de Bombelles, charg\u00e9 de reprendre l\u2019administration par la puissance autrichienne qui domine ce territoire italien. Encore un destin de femme malmen\u00e9e par l\u2019Histoire qui n\u2019\u00e9pargne personne, en ces temps boulevers\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. 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