{"id":10281,"date":"2025-02-17T00:00:00","date_gmt":"2025-02-16T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lhistoire-en-caricatures-napoleon\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:22","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:22","slug":"lhistoire-en-caricatures-napoleon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-napoleon\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (Napol\u00e9on)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-6-67.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a>Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">DIRECTOIRE<\/span><\/h4>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lesueur_directoire.jpg\" width=\"580\" height=\"389\"><\/p>\n<p>Gouaches r\u00e9volutionnaires de Jean-Baptiste Lesueur (1749-1826). Sept personnages f\u00e9minins, 1794-1800.<\/p>\n<p>Les sous-titres valent citations\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Muscadine s\u2019hyvernant au Palais-Royal.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Cheveux en vrille et spincer ouvert.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Chapeau de tafetas pliss\u00e9, et gance d\u2019or.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Poissarde\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Femmes \u00e0 l\u2019antique, avec les Rubans crois\u00e9s.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Jeune Marchandes des Halles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous retrouvons Jean-Baptiste Lesueur dont le t\u00e9moignage contemporain des faits\u00a0vaut document pour l\u2019Histoire \u00e0 suivre depuis le d\u00e9but de la R\u00e9volution. Ce Girondin qui \u00e9chappera \u00e0 la \u00ab\u00a0charrette\u00a0\u00bb en 1793 invente la caricature bon enfant et bienveillante qui devient sa marque de fabrique.<br>L\u2019ensemble de ses gouaches r\u00e9volutionnaires (83 connues, dont 73 conserv\u00e9es au mus\u00e9e Carnavalet de Paris) est un journal en images, petits tableaux et textes qui les accompagnent refl\u00e9tant les sentiments vari\u00e9s, enthousiastes ou r\u00e9probateurs, de la petite bourgeoisie parisienne face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. C\u2019est un authentique \u00ab\u00a0pris sur le vif\u00a0\u00bb qu\u2019on ne retrouvera plus jamais. Sc\u00e8nes historiques, sc\u00e9nettes plus anodines ou personnages isol\u00e9s comme des figurines militaires sont saisis avec vivacit\u00e9, justesse d\u2019observation, sens de la couleur et de la mise en page.<\/p>\n<p>Les femmes ont la part belle, les hommes auront leur tour, la parit\u00e9 est respect\u00e9e. Et le Directoire convient parfaitement \u00e0 son style de croquis l\u00e9gers, ses gouaches color\u00e9s, peintes sur le vif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre Montagne enfante un Directoire<br>Applaudissons \u00e0 son dernier succ\u00e8s\u00a0!<br>Car sous ce nom inconnu dans l\u2019histoire<br>Cinq rois nouveaux gouvernent les Fran\u00e7ais [\u2026]<br>En adoptant un luxe ridicule<br>Ils font g\u00e9mir la sainte \u00c9galit\u00e9\u00a0;<br>\u00c0 leur aspect la Libert\u00e9 recule<br>Et dans leur c\u0153ur plus de Fraternit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1641\" class=\"cit-num\">1641<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Directoire<\/em> (1795), chanson. <em>Po\u00e9sies r\u00e9volutionnaires et contre-r\u00e9volutionnaires<\/em> (1821), \u00c0 la Librairie historique \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France vit une transition entre la R\u00e9volution et l\u2019Empire. Elle respire\u2026<\/p>\n<p>Ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current\u00a0: apr\u00e8s le Moyen \u00c2ge vint la Renaissance o\u00f9 \u00ab\u00a0le monde rit au monde\u00a0\u00bb (Marot)\u00a0; apr\u00e8s Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et une fin de r\u00e8gne tr\u00e8s sombre, le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence rimait bien avec licence\u00a0; apr\u00e8s les horreurs de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les Ann\u00e9es folles se d\u00e9cha\u00eeneront. Et en 1795, au lendemain de la Terreur, la jouissance est \u00e0 l\u2019ordre du jour, du moins pour les privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La goinfrerie est la base fondamentale de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1642\" class=\"cit-num\">1642<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-S\u00e9bastien <span class=\"caps\">MERCIER<\/span> (1740-1814),<em> Nouveau Paris<\/em> (1799-1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur dramatique connu avant la R\u00e9volution, il juge ainsi la bonne soci\u00e9t\u00e9 du Directoire. Selon un policier, \u00ab\u00a0le d\u00e9bordement des m\u0153urs d\u00e9passe toute id\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La danse fait fureur\u00a0: 645 bals \u00e0 Paris, dont le bal des Z\u00e9phirs au cimeti\u00e8re Saint-Sulpice et le bal des Victimes, r\u00e9serv\u00e9s aux parents d\u2019un guillotin\u00e9. C\u2019est le temps des \u00ab\u00a0Muscadins\u00a0\u00bb (le mot d\u00e9signait sous la R\u00e9volution les jeunes royalistes lyonnais usant de riches parfums au musc). Sur les boulevards parisiens, on voit se pavaner les \u00ab\u00a0Merveilleuses\u00a0\u00bb (\u00e9l\u00e9gantes aux perruques de toutes les couleurs) et les \u00ab\u00a0Incroyables\u00a0\u00bb (excentriques \u00e0 l\u2019extr\u00eame). Ils s\u2019\u00e9tourdissent dans des f\u00eates co\u00fbteuses. C\u2019est une r\u00e9action normale, apr\u00e8s les ann\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de terreur, mais ce beau monde est frelat\u00e9 et le reste du pays souffre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lesueur.jpg\" width=\"580\" height=\"381\"><\/p>\n<p>Gouaches r\u00e9volutionnaires de Jean-Baptiste Lesueur. Cinq repr\u00e9sentations de participants \u00e0 des f\u00eates du Directoire (1796 et 1798)] par Lesueur.<\/p>\n<p>Les sous-titres valent plus que jamais citations\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jeunes gens courants pour le prix de la course \u00e0 pied aux diverses f\u00eates que l\u2019on donnait au Champ de Mars\u2026 C\u2019\u00e9tait vraiment un coup d\u2019\u0153il unique que plus de soixante jeunes gens tous v\u00eatus de m\u00eames et partant au m\u00eame signal parcourir une longue carri\u00e8re, sans presque toucher la terre.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Costume des lutteurs \u00e0 la f\u00eate du 1er Vend\u00e9miaire an <span class=\"caps\">VII<\/span>. Ils \u00e9toient seize. 8 ceinture bleu et 8 Rouge.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Laboureur \u00e0 la f\u00eate de l\u2019agriculture Messidor an <span class=\"caps\">IV<\/span>, V, etc.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0H\u00e9rault pour la proclamation, et la Conduite des vainqueurs aux joutes du Champ de Mars. Ils \u00e9taient 8. 4 \u00e0 pied, 4 \u00e0 cheval.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Conducteur des B\u0153ufs attel\u00e9s au char sur lequel \u00e9tait la charrue d\u2019or. F\u00eate de l\u2019agriculture An 5.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans l\u2019Almanach de l\u2019an <span class=\"caps\">XII<\/span>, Jean-Baptiste Lesueur est qualifi\u00e9 de peintre de figures de genre historique et de d\u00e9cor. Les documents trouv\u00e9s aux Archives nationales montrent qu\u2019il fut un r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, proche des girondins, et qu\u2019il accueillit Bonaparte comme un sauveur \u2013 ainsi que la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Il a v\u00e9cu l\u2019essentiel de sa vie au c\u0153ur de Paris (quartier de l\u2019actuel boulevard St-Denis) et meurt c\u00e9libataire \u00e0 77 ans. Dans un tout autre style, noir et blanc et plus caustique, le prochain artiste le plus cit\u00e9 et cot\u00e9 sera Gustave Dor\u00e9 au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. En attendant , la caricature anglaise va d\u00e9barquer en France et viser le nouveau ma\u00eetre de la France en d\u00e9fiant la censure.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/buonaparte.jpg\" width=\"456\" height=\"361\"><\/p>\n<p>La l\u00e9gende originale vaut citation en v.f.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fant\u00f4me de Buonaparte apparaissant au Directoire \u2013 1799.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte, en bottes et simplement v\u00eatu d\u2019une longue chemise blanche serr\u00e9e par une ceinture, survient au milieu d\u2019une r\u00e9union du Directoire dont il invective les membres, les accusant d\u2019avoir voulu le faire dispara\u00eetre ainsi que ses soldats (allusion \u00e0 la bataille d\u2019Aboukir et \u00e0 Nelson), en r\u00e9compense de ses victoires en Italie\u2026 En r\u00e9alit\u00e9, le Directoire voulait surtout \u00e9loigner le jeune ambitieux. Les Directeurs grimacent de peur devant cette apparition spectrale qui s\u2019approche de la table et brandit une longue \u00e9p\u00e9e \u00e9br\u00e9ch\u00e9e.<\/p>\n<p>George Cruikshank (1792-1878), caricaturiste et illustrateur britannique (plus pr\u00e9cis\u00e9ment londonien), d\u00e9buta dans la satire politique, cultivant le grotesque dans ses attaques contre Napol\u00e9on. Il parodie ici l\u2019apparition du Christ ressuscit\u00e9 devant ses disciples. Comme lui, il porte une plaie au c\u00f4t\u00e9 droit et sa chemise blanche ressemble \u00e0 un linceul. Dans leur mouvement de recul, les Directeurs font appara\u00eetre sur la table un papier o\u00f9 on lit\u00a0: \u00ab\u00a0Sujet\u00a0: Envoyer Bonaparte en \u00c9gypte pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019organiser le Directoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La caricature sugg\u00e8re (\u00e0 juste titre\u00a0!) que le Directoire avait cherch\u00e9 \u00e0 se d\u00e9barrasser de Bonaparte en l\u2019envoyant en \u00c9gypte, pour l\u2019\u00e9carter le temps n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9organisation du gouvernement. Selon certains historiens anglais, Bonaparte peut \u00eatre vu comme Banquo dans le Macbeth de Shakespeare \u2013 un soir de folie, lors d\u2019un banquet nocturne, <em>Macbeth<\/em> devenu roi voit appara\u00eetre le spectre de son ami g\u00e9n\u00e9ral dans l\u2019arm\u00e9e de Duncan, roi d\u2019\u00c9cosse qu\u2019il a fait assassiner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, nous avons un ma\u00eetre, ce jeune homme fait tout, peut tout et veut tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1681\" class=\"cit-num\">1681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836), tirant la le\u00e7on du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire, apr\u00e8s la r\u00e9union du 11\u00a0novembre\u00a01799. <em>Le R\u00e9alisme<\/em> (1857), Champfleury<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Siey\u00e8s qui cherchait son \u00ab\u00a0sabre\u00a0\u00bb pour remettre de l\u2019ordre en France est \u00e9bloui par Bonaparte qui exerce toujours un irr\u00e9sistible ascendant sur autrui. Cette fois, il l\u2019a vu dominer tous les sujets\u00a0: arm\u00e9e, administration, finances, droit, politique. Dou\u00e9 d\u2019une intelligence \u00e0 la fois synth\u00e9tique et analytique, il poss\u00e8de aussi une excellente m\u00e9moire et une force de travail stup\u00e9fiante.<\/p>\n<p>Ayant parfaitement man\u0153uvr\u00e9 jusque-l\u00e0, Siey\u00e8s va perdre pratiquement tout pouvoir. Non sans regret, il a compris qu\u2019il faut s\u2019effacer. L\u2019empereur ne sera pas totalement ingrat, lui donnant comme lot de consolation un poste de s\u00e9nateur et le titre de comte. Exil\u00e9 sous la Restauration comme r\u00e9gicide, il reviendra sous la Monarchie de Juillet et mourra en 1836, bien apr\u00e8s l\u2019empereur d\u00e9chu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est bien inutile d\u2019aller aux voix pour la pr\u00e9sidence\u00a0: elle vous appartient de droit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1680\" class=\"cit-num\">1680<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">DUCOS<\/span> (1747-1816), \u00e0 Bonaparte qui prend aussit\u00f4t le fauteuil du pr\u00e9sident, 20 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (11\u00a0novembre\u00a01799). <em>Histoire de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1832), <span class=\"caps\">L. A. J.\u00a0<\/span>Mordacque<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi <em>in extremis<\/em>, c\u2019est la premi\u00e8re r\u00e9union des consuls provisoires.<\/p>\n<p>Juriste et politicien depuis 1789, ami de Barras et coll\u00e8gue de Siey\u00e8s au Directoire, Ducos est devenu, dans l\u2019\u00e9lan du coup d\u2019\u00c9tat qu\u2019il a soutenu, l\u2019un des trois membres du gouvernement de transition.<\/p>\n<p>Remis de la rude journ\u00e9e o\u00f9 il faillit tout perdre, Bonaparte, Premier Consul, appelle aux Finances Martin Michel Charles Gaudin qui sera son meilleur et plus fid\u00e8le collaborateur jusqu\u2019\u00e0 la fin (les Cent-Jours, en 1815). Siey\u00e8s assiste \u00e0 la prise du pouvoir par un surdou\u00e9 de 30\u00a0ans.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">CONSULAT<\/span><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bernard.jpg\" width=\"520\" height=\"633\"><\/p>\n<p>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard, Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Malmaison (1800)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans trop de respect pour notre esp\u00e8ce, [Bonaparte] ordonna de nous transformer sur-le-champ en b\u00eates de somme et de trait, ce qui fut effectu\u00e9 comme par enchantement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1701\" class=\"cit-num\">1701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">GERVAIS<\/span> (1779-1858), \u00e9voquant le passage du col du Grand-Saint-Bernard, 18-20 mai 1800. <em>Souvenirs d\u2019un soldat de l\u2019Empire<\/em> (posthume, 1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire en 1793, ce capitaine fera toutes les campagnes de l\u2019Empire. R\u00e9cit pris sur le vif de vingt ann\u00e9es de guerres en Europe, d\u2019un h\u00e9ros qui ne se prend jamais pour tel, ne demande rien et refuse parfois un avancement.<\/p>\n<p>Au printemps 1800, le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte renouvelle l\u2019exploit d\u2019Hannibal passant les Alpes avec ses \u00e9l\u00e9phants lors de la Deuxi\u00e8me Guerre punique en 218, et Charlemagne au Moyen \u00c2ge en 773, partant faire lui aussi la conqu\u00eate de l\u2019Italie. \u00c0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, luttant contre les Lombards, le nouveau h\u00e9ros franchit les Alpes au col du Saint-Bernard encore sous la neige au printemps, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e et surtout sublim\u00e9e par David\u00a0: <em>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard.<\/em><\/p>\n<p>Il existe cinq versions de ce tableau \u00e9questre, peint entre 1800 et 1803 et destin\u00e9 \u00e0 de grands monuments. Celle-ci se trouve au Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Malmaison. Chef d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9cole n\u00e9o-classique, c\u2019est devenu la repr\u00e9sentation la plus mondialement c\u00e9l\u00e8bre du futur Napol\u00e9on. <br>Le Premier Consul, homme toujours press\u00e9, n\u2019a pas pos\u00e9 pour le tableau\u00a0: David travailla en atelier, avec des mannequins\u00a0; pour la tenue, il prit mod\u00e8le sur l\u2019habit qu\u2019on lui pr\u00eata, port\u00e9 un mois apr\u00e8s \u00e0 la bataille de Marengo contre les Autrichiens.<\/p>\n<p>Conseill\u00e9 par Bonaparte, David d\u00e9passe la simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb et l\u2019artiste cabre l\u2019animal, pour donner un dynamisme \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive (ici ocre jaune, rouge les autres fois). Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, au visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cens\u00e9e \u00eatre cette \u00ab\u00a0troisi\u00e8me voie politique\u00a0\u00bb qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, Bonaparte a franchi le col \u00e0 dos de mule, rev\u00eatu d\u2019une redingote grise. C\u2019est quand m\u00eame un exploit qui contredit les pr\u00e9dictions des habitants du lieu\u00a0! Ce passage r\u00e9ussi va permettre de prendre \u00e0 revers les troupes autrichiennes, dans cette deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie. <br>La suite de l\u2019Histoire en caricatures va montrer un tout autre visage de la r\u00e9alit\u00e9\u2026 vue par les Anglais\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/consulat.jpg\" width=\"413\" height=\"292\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Patriotes anglais s\u2019inclinant devant le haut lieu du despotisme \u2013 1802\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Assis sur un \u00e9l\u00e9gant si\u00e8ge orn\u00e9 de symboles r\u00e9volutionnaires, Bonaparte re\u00e7oit ces hommages avec hauteur, un pied pos\u00e9 sur un petit tabouret, l\u2019autre sur le tapis couvrant son podium. Il porte un costume de Directeur, alors qu\u2019il est devenu Premier consul \u00e0 vie (12 mai 1802). Les plus ridicules de l\u2019histoire sont les trois visiteurs anglais prostern\u00e9s devant le nouveau chef de la France, post\u00e9rieur plus haut que leur t\u00eate, \u00e9p\u00e9e pointant vers le ciel.<\/p>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre est le leader de l\u2019opposition anglaise, Fox \u00e0 gauche, coiff\u00e9 d\u2019un bonnet r\u00e9volutionnaire, prostern\u00e9 si bas que son pantalon se d\u00e9chire. Erskine, au milieu, portant l\u2019habit noir des hommes de loi, a retir\u00e9 son chapeau rouge qu\u2019il met \u00e0 terre. Sur un papier sorti de sa poche est \u00e9crit \u00ab\u00a0O\u2019Conners Brief\u00a0\u00bb (M\u00e9moire O\u2019Conners). \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui, Combe, le maire de Londres (avec sa cha\u00eene d\u2019or) a lui aussi un papier sortant de sa poche\u00a0: \u00ab\u00a0Essay on Porter Brewing by <span class=\"caps\">H. C.<\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette caricature cod\u00e9e est d\u2019abord destin\u00e9e au public anglais. L\u2019opinion favorable se d\u00e9t\u00e9riore d\u00e8s la fin de cette ann\u00e9e 1802, suite \u00e0 l\u2019annexion du Pi\u00e9mont par la France qui laisse envisager le pire pour la suite. En novembre, Fox quitte la France.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on, personnage politique mondialement c\u00e9l\u00e8bre, fut particuli\u00e8rement vis\u00e9 par la caricature. Irr\u00e9v\u00e9rencieuse, sacril\u00e8ge, perverse, elle attaque de front l\u2019image de l\u2019Empereur avec des variantes nationales. Le public prend go\u00fbt \u00e0 ce genre satirique et contestataire. Les Anglais sont les ma\u00eetres incontest\u00e9s du genre, jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019Empire. Napol\u00e9on, repr\u00e9sent\u00e9 comme un personnage de taille plus petite que nature (jusqu\u2019\u00e0 devenir nain), porte un chapeau, des bottes et un sabre trop grand pour lui. Avec ces plumes souvent accroch\u00e9es au chapeau, ce personnage fantaisiste ne ressemble gu\u00e8re \u00e0 un chef d\u2019\u00c9tat et les Anglais ne le reconnaissent pas pour tel\u00a0: ce parvenu arriv\u00e9 au pouvoir apr\u00e8s un coup d\u2019\u00c9tat ne fait pas partie d\u2019une grande famille comme les autres monarchies europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>ngleterre, jamais envahie, mais sans cesse en guerre contre la France depuis la R\u00e9volution ne d\u00e9sarma jamais \u2013 hors le court interm\u00e8de de la Paix d\u2019Amiens (1802-1803). D\u00e9mocratique depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, jouissant d\u2019une plus grande libert\u00e9 d\u2019esprit que la France, elle a forg\u00e9 un art de d\u00e9rision. La<em> Royal Academy<\/em> fond\u00e9e en 1768 n\u2019a pas r\u00e9gn\u00e9 sur l\u2019id\u00e9ologique et le style comme l\u2019Acad\u00e9mie Royale en France, le n\u00e9o-classicisme n\u2019a pas jou\u00e9 le m\u00eame r\u00f4le que sur le continent. D\u2019o\u00f9 cette libert\u00e9 de trait si remarquable dans les \u0153uvres qui annoncent la modernit\u00e9 du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ajoutons que la rigueur de la censure imp\u00e9riale \u00e9touffe cet art politis\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame et freine la cr\u00e9ation en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui para\u00eet est mis\u00e9rable\u00a0! cela d\u00e9go\u00fbte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1758\" class=\"cit-num\">1758<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Journal\u00a0: notes intimes et politiques d\u2019un familier des Tuileries<\/em> (posthume, 1909), Pierre-Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur a souvent ce mot, comme d\u00e9j\u00e0 le Premier Consul, d\u00e9\u00e7u par la production litt\u00e9raire de son temps. Sans doute veut-il trop diriger la pens\u00e9e des cr\u00e9ateurs et des intellectuels. La plupart d\u2019entre eux sont dociles, et les \u00ab\u00a0best-sellers\u00a0\u00bb d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les amateurs de romans et de po\u00e8mes abondent sont aujourd\u2019hui illisibles.<\/p>\n<p>Les seuls grands talents seront des opposants au r\u00e9gime\u00a0: Chateaubriand hostile \u00e0 Napol\u00e9on apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien (1804), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, coupable d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napol\u00e9on Bonaparte inspirera des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, et mondiale.<\/p>\n<p>M\u00eame pauvret\u00e9 dans le domaine th\u00e9\u00e2tral. Le genre qui fait fureur sur les boulevards, c\u2019est le m\u00e9lodrame. Napol\u00e9on m\u00e9prise le \u00ab\u00a0m\u00e9lo\u00a0\u00bb, il n\u2019aime que le genre noble, la trag\u00e9die (\u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), mais aucun auteur ne peut rivaliser, m\u00eame de tr\u00e8s loin, avec les dramaturges du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Il a quand m\u00eame trouv\u00e9 son grand acteur, Talma.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on a plus de chance dans le domaine des beaux-arts\u00a0: David, peintre officiel, d\u2019ailleurs issu de la R\u00e9volution, restera magnifiquement inspir\u00e9 dans le parcours impos\u00e9 par le nouveau ma\u00eetre de la France\u00a0: voir Le Sacre, chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais nomme et le S\u00e9nat proclame Napol\u00e9on Bonaparte Premier Consul \u00e0 vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1727\" class=\"cit-num\">1727<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le S\u00e9nat, proclamation des r\u00e9sultats du pl\u00e9biscite, 2\u00a0ao\u00fbt 1802<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le peuple tout entier qui donne ce pouvoir \u00e0 Bonaparte\u00a0: sur plus de 3,5\u00a0millions de votants, gu\u00e8re plus de 8\u00a0000 non. \u00c0 Paris\u00a0: 60 non. En Vend\u00e9e, 6\u00a0! Le consensus national est \u00e9vident, et justifi\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le second pas fait vers la royaut\u00e9. Je crains que cet homme ne soit comme les dieux d\u2019Hom\u00e8re, qu\u2019au troisi\u00e8me acte il n\u2019atteigne l\u2019Olympe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1729\" class=\"cit-num\">1729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), jugeant l\u2019irr\u00e9sistible ascension du Premier Consul. <em>Bonaparte<\/em> (1977), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Opposante r\u00e9solue, elle ironise quand le 15\u00a0ao\u00fbt (anniversaire de Bonaparte n\u00e9 sous le signe astral du Lion) devient jour de f\u00eate nationale. Le pr\u00e9nom Napol\u00e9on s\u2019inscrit d\u00e9j\u00e0 sur des pi\u00e8ces de monnaie. Le s\u00e9natus-consulte du 4\u00a0ao\u00fbt 1802 (Constitution de l\u2019an X) augmente encore les pouvoirs du Premier Consul \u00e0 vie au d\u00e9triment du l\u00e9gislatif.<\/p>\n<p>Un agent du comte de Provence (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>) constate\u00a0: \u00ab\u00a0Bonaparte continue \u00e0 r\u00e9gner avec une pl\u00e9nitude de pouvoirs que ne d\u00e9ploy\u00e8rent jamais nos rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gulliver.jpg\" width=\"324\" height=\"401\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi de Brobdingnag et Gulliver \u2013 1803.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"20\" class=\"cit-num\">20<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gillray<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Brobdingnag est un royaume de fiction o\u00f9 vit un peuple de g\u00e9ants, les Brobdingnags dont parle Jonathan Swift dans son roman <em>Les Voyages de Gulliver<\/em> (1721). Le navire de Gulliver ayant \u00e9chou\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Brobdingnag, il rencontre ces g\u00e9ants\u00a0: les femmes ont des m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res et les courtisans sont hideux.<\/p>\n<p>On va souvent retrouver la m\u00eame configuration du nain Bonaparte, face au g\u00e9ant Georges <span class=\"caps\">III<\/span> \u2013 les caricaturistes anglais font fortune en France. C\u2019est l\u2019une des \u0153uvres les plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019artiste anglais James Gillray (1756-1815), caricaturiste et graveur de dessin satirique, qui s\u2019inspire comme beaucoup de l\u2019\u0153uvre de Swift et met en sc\u00e8ne le nain Bonaparte, face au g\u00e9ant Georges <span class=\"caps\">III<\/span>. Th\u00e8me repris plus tard par les caricaturistes allemands.<\/p>\n<p>George <span class=\"caps\">III<\/span> examine \u00e0 la jumelle le nain Gulliver pos\u00e9 sur sa main droite. Pour lui, il s\u2019agit du \u00ab\u00a0petit reptile le plus pernicieux et le plus odieux \u00e0 qui la nature a permis de ramper sur la surface de la terre\u00a0\u00bb. La suppos\u00e9e petite taille de Bonaparte est mise en opposition avec ses ambitions d\u00e9mesur\u00e9es. L\u2019uniforme de Georges <span class=\"caps\">III<\/span> souligne sa l\u00e9gitimit\u00e9, tandis que celui de Bonaparte rappelle qu\u2019il est le produit de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gulliver_2.jpg\" width=\"600\" height=\"424\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi de Brobdingnag et Gulliver.\u00a0Gulliver man\u0153uvrant avec son petit bateau dans la citerne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette seconde caricature prend forme de tableau, avec les m\u00eames acteurs principaux. Entour\u00e9 ici de sa cour, le g\u00e9ant Georges <span class=\"caps\">III<\/span> lorgne avec m\u00e9pris la tentative de d\u00e9barquement du nain Bonaparte sur la Manche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1718\" class=\"cit-num\">1718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 Talleyrand, ministre des Relations ext\u00e9rieures, 19\u00a0avril 1801. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il est bon que l\u2019Angleterre sache que l\u2019opinion du Premier Consul est que l\u2019espace\u2026\u00a0\u00bb Cela sonne comme une menace. En f\u00e9vrier\u00a01798, le Directoire avait soumis \u00e0 Bonaparte un projet d\u2019invasion de l\u2019Angleterre. Sur le conseil de Talleyrand, l\u2019ambitieux a renonc\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant combattre l\u2019ennemi en M\u00e9diterran\u00e9e, d\u2019o\u00f9 la campagne d\u2019\u00c9gypte. Mais l\u2019id\u00e9e revient.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte a pris le pouvoir en 1799, devenant Premier Consul, puis empereur en 1804. Il r\u00e9fl\u00e9chit encore et toujours pour envahir l\u2019Angleterre. Il a fait construire de nombreux bateaux, recrut\u00e9 des marins. Il organise un plan pour attirer la flotte anglaise loin de ses c\u00f4tes, mais c\u2019est un \u00e9chec.<\/p>\n<p>Dans ce tableau anglais, le caricaturiste met en sc\u00e8ne Napol\u00e9on dans un tr\u00e8s petit bateau. Il para\u00eet bien ridicule pour envahir l\u2019Angleterre. \u00c0 gauche, deux pages soufflent dans la voile pour faire avancer l\u2019embarcation. Le projet de Napol\u00e9on est un divertissement pour le roi anglais et sa cour\u00a0: bien assis, George <span class=\"caps\">III<\/span>, sa femme Charlotte, avec son \u00e9ventail, et leurs filles s\u2019amusent \u00e0 regarder le spectacle.<\/p>\n<p>Le personnage debout derri\u00e8re le roi est le lord chambellan\u00a0: un grand officier de la cour qui g\u00e8re tout ce qui se passe au palais (une cl\u00e9 est accroch\u00e9e \u00e0 son habit) et g\u00e8re notamment les spectacles et les jeux. Les seuls soldats repr\u00e9sent\u00e9s sont deux gardes, debout \u00e0 droite\u00a0: eux aussi s\u2019amusent et n\u2019ont aucune crainte face \u00e0 la menace du petit Bonaparte. Toujours mena\u00e7ant dans la r\u00e9alit\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous voulez la guerre. Nous nous sommes battus pendant quinze ans. C\u2019en est d\u00e9j\u00e0 trop. Mais vous voulez la guerre quinze ann\u00e9es encore et vous m\u2019y forcez\u00a0! [\u2026] Si vous armez, j\u2019armerai aussi. Vous pouvez peut-\u00eatre tuer la France, mais l\u2019intimider, jamais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1733\" class=\"cit-num\">1733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), apostrophant Lord Whitworh, ambassadeur d\u2019Angleterre \u00e0 Paris, 13\u00a0mars 1803.<em> La France, l\u2019Angleterre et Naples, de 1803 \u00e0 1806<\/em> (1904), Charles Auriol<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe aux Tuileries, devant deux cents t\u00e9moins, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Talleyrand et le corps diplomatique p\u00e9trifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Bonaparte est furieux\u00a0: l\u2019Angleterre n\u2019a pas rempli les conditions du trait\u00e9 de paix d\u2019Amiens (25\u00a0mars 1802) mettant fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. Elle refuse notamment d\u2019\u00e9vacuer l\u2019\u00eele de Malte. Bon pr\u00e9texte pour relancer la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette paix [d\u2019Amiens] n\u2019avait pas encore re\u00e7u sa compl\u00e8te ex\u00e9cution, qu\u2019il jetait d\u00e9j\u00e0 les semences de nouvelles guerres qui devaient, apr\u00e8s avoir accabl\u00e9 l\u2019Europe et la France, le conduire lui-m\u00eame \u00e0 sa ruine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1734\" class=\"cit-num\">1734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre des Relations ext\u00e9rieures a tent\u00e9 de minimiser cette d\u00e9claration peu diplomatique du 13\u00a0mars\u00a01803, mais il se rend \u00e0 l\u2019\u00e9vidence et rendra Bonaparte responsable de la suite des \u00e9v\u00e9nements, quand sera venu le temps de t\u00e9moigner face \u00e0 l\u2019histoire.<\/p>\n<p>De toute mani\u00e8re, les Affaires \u00e9trang\u00e8res rel\u00e8vent du Premier Consul et Talleyrand joue le second r\u00f4le comme il peut, y trouvant des avantages financiers plus ou moins occultes. Le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb est malin.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Angleterre s\u2019inqui\u00e8te de la politique expansionniste de la France\u00a0: Bonaparte s\u2019est fait \u00e9lire pr\u00e9sident de la R\u00e9publique cisalpine (l\u2019Italie), avant de transformer la Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique en protectorat fran\u00e7ais (pour mieux contr\u00f4ler les men\u00e9es antifran\u00e7aises qui s\u2019y trament).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bonaparte.jpg\" width=\"637\" height=\"493\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le petit g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte pr\u00eat \u00e0 envahir l\u2019Angleterre\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"50\" class=\"cit-num\">50<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1803 et 1804, le Premier Consul repense plus que jamais \u00e0 ce projet. Ce nain ambitieux a fait construire de nombreux bateaux, recrut\u00e9 des marins. Il organise un plan pour attirer la flotte anglaise loin de ses c\u00f4tes, mais c\u2019est un \u00e9chec. Le caricaturiste s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie et l\u2019Angleterre, sabre au clair, l\u2019attend de pied ferme, tandis que le peuple anglais se moque de lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais hasarder l\u2019entreprise la plus difficile, mais la plus f\u00e9conde en r\u00e9sultats effrayants que la politique ait con\u00e7ue. En trois jours, un temps brumeux et des circonstances un peu favorisantes peuvent me rendre ma\u00eetre de Londres, du parlement, de la Banque.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1737\" class=\"cit-num\">1737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au marquis de Lucchesini, 16\u00a0mai 1803. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e le hantait depuis le Directoire qui projetait cette attaque par la Manche. Le Premier Consul s\u2019en ouvre au ministre pl\u00e9nipotentiaire du roi de Prusse. Quatre jours plus tard, c\u2019est la rupture de la paix d\u2019Amiens, annonc\u00e9e aux assembl\u00e9es. Il accuse l\u2019Angleterre et dit ne se r\u00e9soudre \u00e0 la guerre \u00ab\u00a0qu\u2019avec la plus grande r\u00e9pugnance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un foss\u00e9 qui sera franchi lorsqu\u2019on aura l\u2019audace de le tenter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1739\" class=\"cit-num\">1739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s, Boulogne, 16\u00a0novembre\u00a01803. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce foss\u00e9, c\u2019est naturellement la Manche qui s\u00e9pare la France des c\u00f4tes d\u2019Angleterre, visibles des hauteurs d\u2019Ambleteuse (d\u00e9partement du Pas-de-Calais). Et c\u2019est une id\u00e9e r\u00e9currente, sinon une obsession.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, il d\u00e9testera toujours l\u2019Angleterre, territoire qu\u2019il a r\u00eav\u00e9 de conqu\u00e9rir mais qui fut l\u2019instrument de sa perte. Napol\u00e9on ne cachait pas son d\u00e9dain pour cette \u00ab\u00a0nation de commer\u00e7ants\u00a0\u00bb incapable d\u2019appr\u00e9cier les id\u00e9aux les plus nobles comme la gloire et l\u2019honneur, caract\u00e9ristiques de la France selon lui. Il a longtemps r\u00eav\u00e9 de mener une invasion maritime de l\u2019Angleterre, mission pour laquelle il pr\u00e9para ses troupes au camp de Boulogne pendant la tr\u00eave des hostilit\u00e9s initi\u00e9es \u00e0 Amiens. Projet irr\u00e9alisable, parce qu\u2019il lui manquait le port en eaux profondes d\u2019o\u00f9 lancer sa flotte sur la Manche. Sous l\u2019Empire, le Blocus continental contre l\u2019Angleterre sera imparfaitement respect\u00e9, Trafalgar la laissera ma\u00eetresse des mers et Waterloo sera sa victoire finale.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">PREMIER<\/span> <span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talma.jpg\" width=\"292\" height=\"550\"><\/p>\n<p>T. (Talma) donnant une le\u00e7on de Gr\u00e2ce et de Dignit\u00e9 Imp\u00e9riale (\u00e0 Buonaparte). Estampe, <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00ab\u00a0Com\u00e9dien\u00a0! Trag\u00e9dien\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1781\" class=\"cit-num\">1781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1742-1823). <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835), Alfred de Vigny<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux mots n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s tels qu\u2019ils sont pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, mais ils refl\u00e8tent ce que ce pape de caract\u00e8re pensait de l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Don de la simulation et sens th\u00e9\u00e2tral, deux qualit\u00e9s reconnues au grand premier r\u00f4le que fut Napol\u00e9on, sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire. Son don de la mise en sc\u00e8ne, il en joue en artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Rien n\u2019interrompt aussi bien une sc\u00e8ne tragique qu\u2019inviter l\u2019autre \u00e0 s\u2019asseoir\u00a0; lorsqu\u2019il est assis, le tragique devient comique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande. Le sommet de l\u2019art reste le sacre, dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin, et acteur, condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame et le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0! David immortalise la sc\u00e8ne dans \u00ab\u00a0Le Sacre\u00a0\u00bb d\u2019ailleurs revu et corrig\u00e9 sur l\u2019ordre de l\u2019Empereur \u2013 par exemple, sa m\u00e8re est pr\u00e9sente alors qu\u2019elle lui avait fait l\u2019affront de refuser\u2026 (f\u00e2ch\u00e9e par sa brouille avec son fr\u00e8re Lucien).<\/p>\n<p>Reste sa relation avec Talma (1763-1826), le trag\u00e9dien du si\u00e8cle\u2026 Sur la caricature, Napol\u00e9on singe de fa\u00e7on grotesque les nobles attitudes du trag\u00e9dien\u2026 qui reprend la pose du Napol\u00e9on en Mars pacificateur de Canova (marbre au Wellington Museum \u00e0 Londres, bronze \u00e0 la pinacoth\u00e8que de Brera \u00e0 Milan).<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 et admiration certaines et r\u00e9ciproques entre les deux hommes. Le\u00e7ons\u00a0? Au sens figur\u00e9, assur\u00e9ment. Ils s\u2019inspiraient mutuellement. De l\u00e0 \u00e0 prendre des cours\u2026 ce serait une l\u00e9gende dont Napol\u00e9on aurait ri avec Talma lors des Cent-Jours son retour en 1815\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh bien, lui dit-il, on dit donc que j\u2019ai pris de vos le\u00e7ons\u00a0? Au reste, ajouta-t-il en souriant, si Talma a \u00e9t\u00e9 mon ma\u00eetre, c\u2019est une preuve que j\u2019ai bien rempli mon r\u00f4le.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"90\" class=\"cit-num\">90<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) \u00e0 Talma.\u00a0 P.-F. Tissot, <em>Souvenirs historiques sur la vie et la mort de F.Talma<\/em>, Librairie Chamonal (1826)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici la v\u00e9rit\u00e9, d\u2019apr\u00e8s le m\u00eame auteur\u00a0: il y avait entre les deux hommes \u00ab\u00a0une sympathie dont le r\u00e9sultat fut, jusqu\u2019aux derniers instants du r\u00e8gne de Napol\u00e9on, une sorte de r\u00e9action continuelle du personnage id\u00e9al sur le personnage r\u00e9el et du personnage r\u00e9el sur le personnage id\u00e9al.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il ne soit pas exact de dire que Napol\u00e9on ait pris des le\u00e7ons de Talma, il est certain que, par l\u2019habitude de voir et d\u2019entendre ce grand acteur, il avait adopt\u00e9 plusieurs de ses mani\u00e8res, de ses attitudes, et m\u00eame des inflexions de sa voix\u00a0; ainsi qu\u2019il est souvent arriv\u00e9 \u00e0 Talma d\u2019\u00e9tudier profond\u00e9ment Napol\u00e9on et d\u2019appliquer le r\u00e9sultat de ses observations \u00e0 ceux de ses r\u00f4les qui \u00e9taient en analogie avec ce mod\u00e8le et dans lesquels il avoue que la pens\u00e9e de Napol\u00e9on lui est toujours pr\u00e9sente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, Talma et Bonaparte devinrent amis au d\u00e9but du Consulat, vu la forte ressemblance entre le trag\u00e9dien et le Premier consul\u00a0: Talma apparaissait comme l\u2019incarnation th\u00e9\u00e2trale de Bonaparte, ce qui intrigua et attira ce dernier, tr\u00e8s amateur de trag\u00e9die. Tous deux pr\u00e9f\u00e9raient Corneille \u00e0 Racine et adoraient les trag\u00e9dies du th\u00e9\u00e2tre classique antique. Talma apprit beaucoup de choses au jeune Bonaparte sur l\u2019art dramatique, tandis que Bonaparte introduisit Talma dans son entourage et lui fit rencontrer Talleyrand, Murat, Berthollet, Laplace et Monge, \u00e0 Malmaison, Saint-Cloud ou aux Tuileries.<\/p>\n<p>La carri\u00e8re de Talma connut des hauts et des bas, mais Napol\u00e9on lui accorda un soutien jamais d\u00e9menti. Outre l\u2019argent, il ne manquait pas de donner son avis \u00e0 l\u2019acteur. Ainsi, au lendemain de la pi\u00e8ce <em>La Mort de Pomp\u00e9e<\/em> (sign\u00e9e Corneille), Napol\u00e9on d\u00e9clara \u00e0 Talma qui avait jou\u00e9 C\u00e9sar\u00a0: \u00ab\u00a0Vous fatiguez trop vos bras\u00a0; les chefs d\u2019empire sont moins prodigues de mouvements\u00a0; ils savent qu\u2019un geste est un ordre, qu\u2019un regard est la mort\u00a0: d\u00e8s lors ils m\u00e9nagent le geste et le regard. Il est aussi un vers dont l\u2019intention vous \u00e9chappe\u00a0; vous paraissez convaincu en pronon\u00e7ant \u2018 Pour moi qui tiens le tr\u00f4ne \u00e9gal \u00e0 l\u2019infamie\u2026\u2019. C\u00e9sar ne pense alors pas un mot de ce qu\u2019il dit.\u00a0\u00bb<em> Biblioth\u00e8que-Mus\u00e9e de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, Dossier Talma.<\/em><\/p>\n<p>Talma \u00e9tait souvent appel\u00e9 pour jouer au gr\u00e9 des s\u00e9jours de Napol\u00e9on dans les diff\u00e9rents palais imp\u00e9riaux et il l\u2019accompagnait lors de visites diplomatiques \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il eut une liaison avec sa s\u0153ur Pauline, vers 1810. \u00c0 la fin de la Premi\u00e8re Restauration, le lendemain de son arriv\u00e9e \u00e0 Paris, Napol\u00e9on \u00e9tait dans sa loge pour voir Talma. L\u2019acteur rendit visite \u00e0 Napol\u00e9on \u00e0 Malmaison, apr\u00e8s Waterloo. Leur amiti\u00e9 dura jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exil de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_fleuve.jpg\" width=\"450\" height=\"335\"><\/p>\n<p>Du haut en bas\u2026 ou les causes et les effets, Anonyme Eau-forte colori\u00e9e, parue apr\u00e8s l\u2019abdication de Napol\u00e9on \u00e0 Fontainebleau le 6 avril 1814. Mus\u00e9e de l\u2019Histoire vivante.<\/p>\n<p>Cette gravure satirique repr\u00e9sente Napol\u00e9on qui enjambe un fleuve entre Madrid et Moscou\u2026 mais l\u2019\u00e9cart est trop important et les \u00e9chasses sur lesquelles il se dresse ne manquent pas de rompre. Il perd alors sceptre et globe. La critique de l\u2019ambition d\u00e9mesur\u00e9e de Napol\u00e9on Bonaparte et de sa chute in\u00e9luctable est ici \u00e9tonnamment figur\u00e9e en une seule image. Napol\u00e9on en fut conscient, mais trop tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fortune m\u2019a \u00e9bloui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1873\" class=\"cit-num\">1873<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 ses ministres, 19\u00a0d\u00e9cembre 1812. <em>Les Ministres de Napol\u00e9on<\/em> (1959), Jean Savant<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De retour \u00e0 Paris dans la nuit du 18\u00a0d\u00e9cembre, il avoue \u00e0 ses ministres, le lendemain\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 Moscou, j\u2019ai cru signer la paix. J\u2019y suis rest\u00e9 trop longtemps [\u2026] J\u2019ai fait une tr\u00e8s grande faute, mais la fortune peut encore la r\u00e9parer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il apprend quelques jours plus tard la trag\u00e9die, apr\u00e8s son d\u00e9part de Russie. Murat s\u2019est querell\u00e9 violemment avec Davout, abandonnant le commandement au prince Eug\u00e8ne et regagnant son royaume de Naples. Le prince Eug\u00e8ne de Beauharnais (fils de Jos\u00e9phine, et adopt\u00e9 par l\u2019empereur) fait l\u2019impossible, \u00e9vite l\u2019encerclement, et accomplit ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un exploit. Il ram\u00e8nera tant bien que mal 100\u00a0000 hommes. C\u2019est quand m\u00eame la d\u00e9b\u00e2cle. Le bilan total de cette campagne sera de 530\u00a0000 morts, victimes surtout du typhus, du froid et de la faim.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812. <em>Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il l\u2019a pr\u00e9dit avant tout le monde, sans savoir l\u2019ampleur de la d\u00e9b\u00e2cle.<\/p>\n<p>Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb, comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux, et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral Ebl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fuss\u00e9-je mort \u00e0 Moscou, ma renomm\u00e9e serait celle du plus grand conqu\u00e9rant qu\u2019on ait connu. Mais les sourires de la Fortune \u00e9taient \u00e0 leur fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1870\" class=\"cit-num\">1870<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lieu de cela, Paris continue de chanter tout bas la cruelle chanson de <em>La Campagne de Russie<\/em>, durant la retraite de d\u00e9cembre 1812\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait un p\u2019tit homme\u00a0\/ Qu\u2019on appelait le grand [\u2026]\u00a0\/ Sans demander son reste\u00a0\/ Fier comme un C\u00e9sar\u00a0\/ De hasard\u00a0\/ Dans cet \u00e9tat funeste\u00a0\/ Napol\u00e9on le Grand\u00a0\/ Fout le camp\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du sublime au ridicule, il n\u2019y a qu\u2019un pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1871\" class=\"cit-num\">1871<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 son ambassadeur \u00e0 Varsovie, Monseigneur de Pradt, 5\u00a0d\u00e9cembre\u00a01812. <em>Biographie universelle ancienne et moderne<\/em> (1854), Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot figure dans ses <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>. Il fait partie d\u2019un \u00e9trange discours, tenu par un homme fatalement \u00e9prouv\u00e9 dans son esprit et son corps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les puissances ayant d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019Empereur Napol\u00e9on \u00e9tait le seul obstacle au r\u00e9tablissement de la paix en Europe, l\u2019Empereur Napol\u00e9on, fid\u00e8le \u00e0 ses serments, d\u00e9clare qu\u2019il renonce, pour lui et pour ses enfants, aux tr\u00f4nes de France et d\u2019Italie, et qu\u2019il n\u2019est aucun sacrifice, m\u00eame celui de la vie, qu\u2019il ne soit pr\u00eat \u00e0 faire dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1891\" class=\"cit-num\">1891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Abdication du 6\u00a0avril 1814, \u00e9crite de sa main sur le c\u00e9l\u00e8bre gu\u00e9ridon d\u2019acajou de Fontainebleau. <em>Le Fils de l\u2019empereur<\/em> (1962), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par le trait\u00e9 de Fontainebleau du 11\u00a0avril, il garde son titre d\u2019empereur avec la souverainet\u00e9 (d\u00e9risoire) de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, 223\u00a0km2, la plus grande des petites \u00eeles italiennes de l\u2019archipel toscan. Autrement dit, l\u2019ambitieux a tout perdu de son Empire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tyran.jpg\" width=\"430\" height=\"550\"><\/p>\n<p>Jean-Baptiste <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> L\u2019<span class=\"caps\">AINE<\/span> (actif entre 1780\/1820), Le Tyran d\u00e9masqu\u00e9, \u00ab\u00a0Napol\u00e9on Ier, caricatures, recueil factice\u00a0\u00bb, vers 1814. Biblioth\u00e8que historique de la Ville de Paris. Fondation Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Nous retrouvons le th\u00e8me du chat noir ou du tigre (associ\u00e9 au diable) qui traduit la duplicit\u00e9, les mal\u00e9fices, les sortil\u00e8ges de Napol\u00e9on. La France est repr\u00e9sent\u00e9e par une all\u00e9gorie\u00a0: la Monarchie et son manteau fleurdelis\u00e9. Elle seule parvient \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9masquer\u00a0\u00bb litt\u00e9ralement le tyran et r\u00e9v\u00e9ler ses v\u00e9ritables intentions, la tyrannie et l\u2019obscurantisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sont meubles par nature les animaux et les corps qui peuvent se transporter d\u2019un lieu \u00e0 un autre, soit qu\u2019ils se meuvent par eux-m\u00eames, soit qu\u2019ils ne puissent changer de place que par l\u2019effet d\u2019une force \u00e9trang\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"60\" class=\"cit-num\">60<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Code civil, article 528, 21 mars 1804<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on \u00e9tait \u00e0 juste titre tr\u00e8s fier de son \u0153uvre\u00a0: \u00ab\u00a0Ma vraie gloire, ce n\u2019est pas d\u2019avoir gagn\u00e9 quarante batailles\u00a0; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n\u2019effacera, ce qui vivra \u00e9ternellement, c\u2019est mon Code civil\u00a0\u00bb dira Napol\u00e9on en exil \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.<\/p>\n<p>Quelques remarques s\u2019imposent\u00a0: le Code, v\u00e9ritable monument juridique reconnu dans le monde entier, sera r\u00e9form\u00e9 en divers points, notamment sur la condition des femmes et des animaux. La misogynie de l\u2019empereur est bien connue et r\u00e9elle, cependant que les chats, les chiens et autres b\u00eates du m\u00eame ordre sont d\u00e9finis juridiquement comme des meubles. Sa phobie des chats est souvent \u00e9voqu\u00e9e. Beaucoup de tyrans n\u2019ont pas support\u00e9 leur ind\u00e9pendance, certains en avaient une peur maladive, Alexandre le Grand, Jules C\u00e9sar, Adolf Hitler\u2026<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, Napol\u00e9on a su reconna\u00eetre l\u2019utilit\u00e9 des chats, notamment pendant sa campagne d\u2019\u00c9gypte. Alors que son arm\u00e9e \u00e9tait immobilis\u00e9e par une \u00e9pid\u00e9mie de peste en Palestine, les chats qui faisaient partie du voyage furent employ\u00e9s pour chasser les rats, principaux vecteurs de la maladie, dans les campements des soldats. L\u2019op\u00e9ration fut un succ\u00e8s.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">LES<\/span> <span class=\"caps\">CENT<\/span> <span class=\"caps\">JOURS<\/span><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/cent_jours.jpg\" width=\"1024\" height=\"768\"><\/p>\n<p>Napol\u00e9on Retour de l\u2019ile d\u2019Elbe, il ram\u00e8ne la libert\u00e9\u00a0!\u2026. Estampe <span class=\"caps\">BNF<\/span> Gallica.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris<br>Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys,<br>C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire.<br>De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays,<br>Crac\u00a0! Il se met en route.<br>En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris.<br>C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Cent Jours. Le plus incroyable come-back de notre Histoire, tr\u00e8s diversement jug\u00e9 par les contemporains et comment\u00e9 par les historiens.<\/p>\n<p>Voici l\u2019un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore. Mais \u00e0 Paris comme \u00e0 Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise. D\u00e8s que la nouvelle touche la capitale, le 5\u00a0mars 1815, le comte d\u2019Artois (fr\u00e8re de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et futur Charles X) prend la route de Lyon.<\/p>\n<p>Le <em>Journal des D\u00e9bats<\/em> stigmatise le tra\u00eetre, les anciens compagnons de l\u2019empereur s\u2019appr\u00eatent \u00e0 le combattre, avant de se rallier \u00e0 lui pour la plupart, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tant le mar\u00e9chal Ney, le Brave des Braves.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est donc revenu cheux nous<br>C\u2019t\u2019homme qu\u2019on croyait si tranquille\u00a0?<br>J\u2019aurions ben pari\u00e9 deux sous<br>Qu\u2019i n\u2019resterait pas dans son \u00eele,<br>Car c\u2019n\u2019est pas un fait nouveau<br>Qu\u2019les enrag\u00e9s n\u2019aimions pas l\u2019iau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1930\" class=\"cit-num\">1930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Retour de Nicolas,<\/em> chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une des chansons royalistes qui surnomment Napol\u00e9on \u00ab\u00a0Nicolas\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Nicod\u00e8me\u00a0\u00bb, autrement dit un sot, en langage de l\u2019\u00e9poque. Mais le futur Charles X ne parvient pas \u00e0 rassembler les r\u00e9giments esp\u00e9r\u00e9s. Quant au congr\u00e8s de Vienne, il ne danse plus, il ne marche plus. Il est frapp\u00e9 de stupeur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815.<em> Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate, \u00e0 60\u00a0ans. Intrigant comme il sait l\u2019\u00eatre et souvent pour le bien de la France, il a conclu un trait\u00e9 secret avec l\u2019Autriche et l\u2019Angleterre contre la Prusse et la Russie. C\u2019est un exploit diplomatique\u00a0: le repr\u00e9sentant du pays vaincu a r\u00e9ussi \u00e0 diviser les Alli\u00e9s, \u00e0 limiter les exigences de la Prusse et de la Russie. L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours va ruiner tous ses efforts\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours et de nouveau sous la seconde Restauration. Napol\u00e9on conna\u00eet bien les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815, en confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>La France n\u2019a aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes et manieur de foules qui veut encore et toujours forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop, c\u2019est aussi la l\u00e9gende. C\u2019est de toute mani\u00e8re l\u2019Histoire, et l\u2019un des \u00e9pisodes les plus \u00e9tonnants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/serpent.jpg\" width=\"528\" height=\"370\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Caricature repr\u00e9sentant Napol\u00e9on sous la forme d\u2019un serpent, qui se repa\u00eet de chair humaine\u00a0\u00bb <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende (en bas \u00e0 droite de la caricature) vaut citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Serpent d\u2019Afrique sous les armes<br>En France il vint d\u2019abord couvrir sa nudit\u00e9<br>Fl\u00e9au de la patrie et de l\u2019humanit\u00e9<br>Le monstre n\u2019a v\u00e9cu que de sang et de larmes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"70\" class=\"cit-num\">70<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dat\u00e9e de 1815, cette caricature intitul\u00e9e vraisemblablement a posteriori (lors de son entr\u00e9e dans les collections de la Biblioth\u00e8que) semble sans \u00e9quivoque, renforc\u00e9e par sa l\u00e9gende originelle\u00a0:<\/p>\n<p>Napol\u00e9on laisse un champ de ruines et de morts, c\u2019est la l\u00e9gende noire oppos\u00e9e \u00e0 la l\u00e9gende dor\u00e9e\u00a0! Il est pr\u00e9sent\u00e9 comme un serpent venu d\u2019Afrique (comprendre, en l\u2019occurrence, la Corse\u00a0!) qui se nourrit des d\u00e9sastres qu\u2019il occasionne, en France comme en Europe.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende se superpose \u00e0 une repr\u00e9sentation na\u00efve de grognards morts sur le champ de bataille, d\u2019ossements et de villages incendi\u00e9s, sous l\u2019\u0153il impavide de l\u2019avide Napol\u00e9on-serpent. La taille de l\u2019animal et les squelettes abandonn\u00e9s sugg\u00e8rent que les festins durent depuis un bon moment\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c0 cette interpr\u00e9tation litt\u00e9rale, correspondant \u00e0 un des effets imm\u00e9diats recherch\u00e9s chez les lecteurs par le caricaturiste anonyme, on peut ajouter des interpr\u00e9tations plus complexes. Le serpent est pr\u00e9sent\u00e9 comme le plus rus\u00e9 des animaux terrestres par la Gen\u00e8se. Maintes fois animalis\u00e9 par la caricature anglaise sous le Premier Empire, puis par la caricature fran\u00e7aise \u00e0 partir de 1814, Napol\u00e9on n\u2019appara\u00eet pas souvent en serpent. Il y a donc un hommage ambigu \u00e0 la symbolique duale du reptile\u00a0: il attire et repousse, il incarne le Diable, mais aussi la Connaissance. Notons que ce serpent est loin d\u2019\u00eatre vaincu\u00a0: ses anneaux sugg\u00e8rent la permanence, voire la renaissance\u00a0; tel Cerb\u00e8re, il garde sa grotte dont il est proche. Enfin, ce dragon-serpent ne voit \u00e0 l\u2019horizon nul saint George venir l\u2019occire, au contraire des repr\u00e9sentations anglaises contemporaines. Son \u0153il rus\u00e9 sugg\u00e8re m\u00eame qu\u2019il n\u2019est pas pr\u00e8s de rendre les armes\u2026<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l&#8217;italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson. Mani\u00e8re originale de revoir l\u2019Histoire en citations, on [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":168,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-10281","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10281","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10281"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10281\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12119,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10281\/revisions\/12119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10281"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10281"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10281"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}