{"id":11455,"date":"2025-06-23T00:00:00","date_gmt":"2025-06-22T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/07\/11\/lhistoire-en-caricatures-suite-de-la-iiie-troisieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:21","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:21","slug":"lhistoire-en-caricatures-suite-de-la-iiie-troisieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-suite-de-la-iiie-troisieme-republique\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (suite de la IIIe Troisi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/histoire-en-citations-volume-8.jpg\" width=\"150\" height=\"200\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a>Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/eiffel.jpg\" width=\"781\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Caricature de Gustave Eiffel en forme de Tour Eiffel, sign\u00e9e Edward Linley Sambourne (1844\u20131910) dans le magazine <em>Punch<\/em>, 29 juin 1889.<\/p>\n<p>Gustave Eiffel (1832-1923), \u00e0 l\u2019image de sa tour, domine fi\u00e8rement Paris au loin avec ses minuscules monuments historiques\u00a0: plant\u00e9 sur ses piliers en guise de jambes, la t\u00eate couronn\u00e9e d\u2019un haut de forme dans le ciel et plus haute qu\u2019une montgolfi\u00e8re, heureux d\u2019avoir triomph\u00e9 de tout\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous d\u00e9cidez la construction de la tour de M. Eiffel, je me coucherai sur le sol. Il ferait beau voir que les piques des terrassiers fr\u00f4lent cette poitrine que n\u2019atteignirent jamais les lances des Uhlans [Prussiens].\u00a0\u00bb<span id=\"2484\" class=\"cit-num\">2484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Tancr\u00e8de <span class=\"caps\">BONIFACE<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle).<em> Guide de Paris myst\u00e9rieux<\/em> (1975), Fran\u00e7ois Caradec, Jean-Robert Masson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capitaine de cuirassier \u00e0 la retraite, riverain du Champ de Mars, il m\u00e8ne la campagne de protestation contre la Tour Eiffel et intente un proc\u00e8s contre \u00ab\u00a0le lampadaire tragique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019odieuse colonne de t\u00f4le boulonn\u00e9e.\u00a0\u00bb Le premier coup de pioche des travaux sera donn\u00e9 le 26\u00a0janvier 1887.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tour Eiffel, t\u00e9moignage d\u2019imb\u00e9cillit\u00e9, de mauvais go\u00fbt et de niaise arrogance, s\u2019\u00e9l\u00e8ve expr\u00e8s pour proclamer cela jusqu\u2019au ciel. C\u2019est le monument-symbole de la France industrialis\u00e9e\u00a0; il a pour mission d\u2019\u00eatre insolent et b\u00eate comme la vie moderne et d\u2019\u00e9craser de sa hauteur stupide tout ce qui a \u00e9t\u00e9 le Paris de nos p\u00e8res, le Paris de nos souvenirs, les vieilles maisons et les \u00e9glises, Notre-Dame et l\u2019Arc de Triomphe, la pri\u00e8re et la gloire.\u00a0\u00bb<span id=\"2497\" class=\"cit-num\">2497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>La Fin du monde<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Mon vieux Paris<\/em> (1878), premier livre qui fit conna\u00eetre l\u2019auteur, d\u00e9bordait d\u00e9j\u00e0 de nostalgie pour cette capitale o\u00f9 il est n\u00e9 et qui a tant chang\u00e9, depuis le Second Empire et les travaux d\u2019Haussmann. \u00c9crivain et journaliste, il reste surtout connu comme pol\u00e9miste d\u2019extr\u00eame droite. <br>Son rejet visc\u00e9ral de la \u00ab\u00a0Tour de 300 m\u00e8tres\u00a0\u00bb (premier nom de l\u2019\u00e9difice) s\u2019inscrit dans un concert de protestations sign\u00e9es des plus grands noms de l\u2019\u00e9poque. Citons l\u2019une des premi\u00e8res publi\u00e9es, jugeant le projet sur plan\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> suffit, pour se rendre compte de ce que nous avan\u00e7ons, de se figurer une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu\u2019une noire et gigantesque chemin\u00e9e d\u2019usine, \u00e9crasant de sa masse barbare\u00a0: Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le d\u00f4me des Invalides, l\u2019Arc de triomphe, tous nos monuments humili\u00e9s, toutes nos architectures rapetiss\u00e9es, qui dispara\u00eetront dans ce r\u00eave stup\u00e9fiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s\u2019allonger sur la ville enti\u00e8re, fr\u00e9missante encore du g\u00e9nie de tant de si\u00e8cles, comme une tache d\u2019encre, l\u2019ombre odieuse de l\u2019odieuse colonne de t\u00f4le boulonn\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Collectif d\u2019artistes, \u00ab\u00a0Les artistes contre la tour Eiffel\u00a0\u00bb, <em>Le Temps<\/em>, 14 f\u00e9vrier 1887<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>B\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une concession de vingt ans, le projet suscita d\u2019ardentes hostilit\u00e9s. D\u00e8s le premier coup de pioche en janvier 1887, cette \u00ab\u00a0Protestation des artistes\u00a0\u00bb contre son \u00e9dification est sign\u00e9e de noms parmi les plus remarquables\u00a0: Charles Garnier (architecte de l\u2019Op\u00e9ra \u00e0 son nom), Charles Gounod (compositeur lyrique) et nombre d\u2019auteurs connus, Victorien Sardou, Alexandre Dumas fils, Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, Sully Prudhomme, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M\u00e9fions-nous des grands hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">EIFFEL<\/span> (1832-1923), r\u00e9ponse souvent cit\u00e9e, mais pas sourc\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Reste l\u2019un des derniers jugements sans appel, sans doute le plus fameux pour son rejet visc\u00e9ral et finalement comique, alors m\u00eame que l\u2019\u0153uvre rencontre un succ\u00e8s \u00e0 la d\u00e9mesure du projet d\u2019Eiffel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa tour ressemble \u00e0 un tuyau d\u2019usine en construction, \u00e0 une carcasse qui attend d\u2019\u00eatre remplie par des pierres de taille ou des briques. On ne peut se figurer que ce grillage infundibuliforme soit achev\u00e9, que ce suppositoire solitaire et cribl\u00e9 de trous restera tel.\u00a0\u00bb<span id=\"2498\" class=\"cit-num\">2498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joris-Karl <span class=\"caps\">HUYSMANS<\/span> (1848-1907), \u00e9voquant Eiffel et sa Tour,<em> \u00c9crits sur l\u2019art \u2013 Certains<\/em> (1894)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le monument est inaugur\u00e9 le 6\u00a0mai 1889, pour la nouvelle Exposition universelle et le centenaire de la R\u00e9volution. Il fut plus attaqu\u00e9 en son temps que le Centre Beaubourg de Renzo Piano et Richard Rogers, ou l\u2019Op\u00e9ra Bastille de Carlos Ott, un\u00a0si\u00e8cle plus tard.<\/p>\n<p>Des savants et des architectes pr\u00e9disent sa chute et pire encore\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 peine finie, la tour s\u2019\u00e9croulera et tuera des milliers de Parisiens.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Arriv\u00e9s au sommet, les visiteurs seront asphyxi\u00e9s.\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Le tout s\u2019enfoncera sous terre cr\u00e9ant un v\u00e9ritable cataclysme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 tout, c\u2019est le triomphe des ing\u00e9nieurs, le d\u00e9fi de l\u2019acier utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame de ses possibilit\u00e9s \u2013 comme la pierre dans les cath\u00e9drales du Moyen \u00c2ge, le verre et le b\u00e9ton dans l\u2019Arche de la D\u00e9fense.<\/p>\n<p>Le gigantesque chantier s\u2019ouvre le 28 janvier 1887. On creuse des entonnoirs dans le Champ-de-Mars pour recevoir les ma\u00e7onneries des piliers, on ass\u00e8che le terrain. On pose \u00ab\u00a0quatre fameux v\u00e9rins hydrauliques\u00a0\u00bb, bref on invente des solutions \u00e0 chaque \u00e9tape.<\/p>\n<p>Les Parisiens, mi-h\u00e9b\u00e9t\u00e9s mi-\u00e9merveill\u00e9s, assistent \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019\u00e9difice au \u00ab\u00a0rythme incroyable\u00a0\u00bb de douze m\u00e8tres par mois. Sur le chantier, on n\u2019effectue que l\u2019assemblage des \u00e9l\u00e9ments de la Tour, dessin\u00e9s et fabriqu\u00e9s dans les ateliers Eiffel \u00e0 Levallois, pr\u00e8s de Paris. L\u2019entrepreneur, qui surveille jour et nuit l\u2019avancement des travaux, affronte une gr\u00e8ve des ouvriers qui r\u00e9clament une augmentation de salaire, invoquant le rythme \u00e9puisant du travail et ses conditions risqu\u00e9es. Eiffel accepte et octroie des salaires exorbitants (pour l\u2019\u00e9poque). Seul mort \u00e0 signaler, un ouvrier italien revenu sur les lieux apr\u00e8s sa participation au chantier avec sa compagne, pour lui montrer la r\u00e9alisation. Il fut \u00e9cras\u00e9 au passage d\u2019un ascenseur en installation.<\/p>\n<p>31 mars 1889, le troisi\u00e8me \u00e9tage est termin\u00e9. \u00ab\u00a0Stup\u00e9fiante prouesse technique, remarquable rapidit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution\u00a0\u00bb (26 mois)\u00a0: la tour \u00ab\u00a0la plus haute du monde\u00a0\u00bb (depuis celle de Babel, ajoutent les mauvaises langues) est inaugur\u00e9e juste \u00e0 temps. Eiffel re\u00e7oit la L\u00e9gion d\u2019honneur. Le 15 mai suivant, le monument est ouvert au public \u00e9merveill\u00e9 par la vue et les ascenseurs hydrauliques \u00ab\u00a0ultra rapides\u00a0\u00bb, totalement novateurs. En six mois, la Tour recevra deux millions de visiteurs. Un triomphe \u00e0 la d\u00e9mesure des pr\u00e9c\u00e9dentes pol\u00e9miques. 1889 sera pour Eiffel l\u2019apog\u00e9e de sa double carri\u00e8re d\u2019ing\u00e9nieur et d\u2019entrepreneur.<\/p>\n<p>Mais Eiffel avait sign\u00e9 pour une concession de 20 ans et l\u2019Exposition termin\u00e9e, la curiosit\u00e9 retombe. Il va d\u00e9ployer son savoir-faire d\u2019homme de r\u00e9seaux et imposer l\u2019id\u00e9e que son \u0153uvre a une utilit\u00e9 scientifique. La Tour devient un laboratoire, on y fait des observations m\u00e9t\u00e9orologiques et astronomiques. \u00c0 la fin du si\u00e8cle na\u00eet l\u2019id\u00e9e de la \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9graphie sans fil\u00a0\u00bb. En 1903, Eiffel autorise des exp\u00e9riences militaires qu\u2019il finance lui-m\u00eame. C\u2019est le d\u00e9but de la <span class=\"caps\">TSF<\/span> et de la transmission pour les arm\u00e9es. L\u2019antenne install\u00e9e au sommet permet d\u2019\u00e9couter les Allemands \u00e0 leur insu et les \u00ab\u00a0grandes oreilles\u00a0\u00bb de la Tour Eiffel vont capter des informations d\u00e9cisives. Une partie de l\u2019arm\u00e9e allemande s\u2019est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 cause de probl\u00e8mes d\u2019intendance. Plusieurs messages d\u00e9cisifs suivent, dont le \u00ab\u00a0radiogramme de la victoire\u00a0\u00bb permettant de d\u00e9jouer l\u2019attaque allemande sur la Marne\u2026<br>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1920, le r\u00e9seau de <span class=\"caps\">TSF<\/span> \u00e0 usage strictement militaire bascule vers un usage civil\u00a0et Radio Tour Eiffel est inaugur\u00e9e le 6 f\u00e9vrier 1922. En 1925, la Tour sert de cadre aux d\u00e9buts de la t\u00e9l\u00e9vision. La technique s\u2019am\u00e9liore, des \u00e9missions exp\u00e9rimentales sont propos\u00e9es entre 1935 et 1939.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960, le tourisme international de masse se d\u00e9veloppe et le nombre de visiteurs augmente pour atteindre le cap des 6 millions d\u2019entr\u00e9es annuelles (en 1998). All\u00e9g\u00e9e, plusieurs fois repeinte et trait\u00e9e contre la corrosion, les ascenseurs de la troisi\u00e8me plate-forme sont remplac\u00e9s, le restaurant gastronomique \u00ab\u00a0le Jules-Verne\u00a0\u00bb est install\u00e9, un dispositif d\u2019\u00e9clairage compos\u00e9 de 352 projecteurs au sodium mis en place. En 2002, le cap des 200 millions d\u2019entr\u00e9es cumul\u00e9es est d\u00e9pass\u00e9. Paris et la Tour Eiffel (con\u00e7ue pour \u00eatre d\u00e9molie vingt ans apr\u00e8s) sont indissolublement li\u00e9s aux yeux du monde. Nul ne l\u2019eut imagin\u00e9 \u00e0 l\u2019origine, m\u00eame pas Gustave Eiffel\u00a0!<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/lanterne.jpg\" width=\"751\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Eug\u00e8ne Og\u00e9 (1861-1936), <em>La Lanterne<\/em> (1902).<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation dans <em>La Lanterne,<\/em> Journal R\u00e9publicain Anti-cl\u00e9rical\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><span class=\"caps\">VOILA<\/span> L\u2019<span class=\"caps\">ENNEMI<\/span>\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019Affaire Dreyfus qui a durablement d\u00e9chir\u00e9 la France, deux blocs s\u2019opposent \u00e0 nouveau sur la question religieuse. La place de l\u2019\u00c9glise catholique dans les affaires politiques (d\u00e9finie en 1801 par le Concordat napol\u00e9onien) provoque une violente querelle entre le parti cl\u00e9rical et les groupes politiques majoritaires \u00e0 la Chambre, en particulier le parti radical.<\/p>\n<p>Cette \u00e9trange affiche en couverture de<em> La Lanterne<\/em> est surcharg\u00e9e de symboles\u00a0! Elle caricature \u00e0 l\u2019extr\u00eame l\u2019adversaire\u00a0: l\u2019homme d\u2019\u00c9glise, sous les traits d\u2019une chauve-souris g\u00e9ante, couvre de son ombre mena\u00e7ante la \u00ab\u00a0Ville lumi\u00e8re\u00a0\u00bb priv\u00e9e de la clart\u00e9 de l\u2019astre solaire.<\/p>\n<p>Des groupes de droite et de droite extr\u00eame, relay\u00e9s par <em>La Libre Parole<\/em>, voient dans ce pr\u00e9lat une mise en cause de l\u2019Archev\u00eaque de Paris Fran\u00e7ois Marie Benjamin Richard, proche des Catholiques monarchistes ayant \u0153uvr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation du Sacr\u00e9-C\u0153ur sur la butte Montmartre \u2013 avec le fameux petit Moulin \u00e0 gauche. Mais seule importe la basilique g\u00e9ante au centre, enserr\u00e9e par les mains crochues du terrible clerc. Il prot\u00e8ge le b\u00e2timent, la basilique \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e comme une repentance pour les fautes des Communards. Comme l\u2019Archev\u00eaque Richard, il peut aussi honorer la m\u00e9moire de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Monseigneur Darboy, pris en otage et ex\u00e9cut\u00e9 par les troupes de la Commune lors de \u00ab\u00a0la semaine sanglante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Autre \u00e9vocation pour qui sait lire et voir\u00a0: le mouvement des Lumi\u00e8res au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle. La petite lampe en haut \u00e0 gauche et le nom bienvenu de <em>La Lanterne<\/em> en rouge sont les seuls \u00e9l\u00e9ments repr\u00e9sent\u00e9s en couleurs vives. Cette revue est destin\u00e9e \u00e0 sortir la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019obscurantisme dans lequel l\u2019\u00c9glise a plong\u00e9 la France. Le pr\u00e9lat cache la clart\u00e9 du soleil, mais pas celle de <em>La Lanterne<\/em>\u00a0!<\/p>\n<p>La trace laiss\u00e9e dans le ciel parisien et la pr\u00e9\u00e9minence des couleurs sombres soulignent aussi la puissance et l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019\u00c9glise, donc le besoin de s\u2019opposer \u00e0 elle avec force. La trace lugubre en forme de serpent s\u2019analyse \u00e9galement de mani\u00e8re historique\u00a0: elle se perd dans le ciel et symbolise le c\u00f4t\u00e9 ancestral de cette influence de l\u2019\u00c9glise catholique sur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Notons pourtant l\u2019absence de signes blasph\u00e9matoires. L\u2019anticl\u00e9ricalisme qui lutte contre l\u2019influence de l\u2019\u00c9glise veut rallier le plus de personnes \u00e0 sa cause et la tradition anticl\u00e9ricale au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle \u00e9vite de choquer les fid\u00e8les sur des \u00e9l\u00e9ments de foi (repr\u00e9sentation de J\u00e9sus, repr\u00e9sentation de la croix, des ap\u00f4tres\u2026)<\/p>\n<p>Mais l\u2019anath\u00e8me en titre-citation fait clairement \u00e9cho \u00e0 un discours anticl\u00e9rical c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cl\u00e9ricalisme\u00a0? Voil\u00e0 l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb<span id=\"2450\" class=\"cit-num\">2450<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours sur les men\u00e9es ultramontaines, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0mai 1877. <em>Le Cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!<\/em> (1879), Paroles de M.\u00a0Gambetta, comment\u00e9es par \u00c9mile Verney<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La question religieuse a pris des proportions d\u00e9mesur\u00e9es sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. En 1877, les catholiques fran\u00e7ais veulent aider le pape contre le gouvernement italien, mais les r\u00e9publicains refusent absolument cette intervention\u00a0: \u00ab\u00a0Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 nous demander si l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas maintenant dans l\u2019\u00c9glise, \u00e0 l\u2019encontre de la v\u00e9rit\u00e9 des principes qui veut que l\u2019\u00c9glise soit dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb proteste Gambetta. Il redonne \u00e0 l\u2019union des gauches son principe d\u2019anticl\u00e9ricalisme. Sa formule fait mouche, elle va beaucoup resservir\u00a0!<\/p>\n<p>Caricature pour caricature, la chanson n\u2019est pas en reste sur la presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons Combes, chasseur de nonnes,<br>\u00c0 ton cor, mets vite un bouchon [\u2026]<br>Tu mets sous scell\u00e9s les nonettes,<br>T\u2019y mettras pas la religion.\u00a0\u00bb<span id=\"2541\" class=\"cit-num\">2541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antonin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1845-1915), <em>Le Chasseur de nonnes,<\/em> chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien s\u00e9minariste devenu franc-ma\u00e7on, militant provincial, esprit petit-bourgeois radical et born\u00e9, conservateur et anticl\u00e9rical, le petit p\u00e8re Combes est pr\u00e9sident du Conseil de juin\u00a01902 \u00e0 janvier\u00a01905. Il va lasser sa propre majorit\u00e9, irriter le pape et, plus grave, r\u00e9volter une partie du pays, en faisant fermer des milliers d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9coles libres\u00a0\u00bb et en dispersant quelque 18\u00a0000 religieux de congr\u00e9gations.<\/p>\n<p>La chanson refl\u00e8te l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019opinion publique qui veut simplement \u00ab\u00a0la libert\u00e9 pour tout le monde\u00a0\u00bb. L\u2019imbroglio de la question religieuse qui dure depuis 1880 finira bien\u00a0: la loi sur la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, rapport\u00e9e par Aristide Briand le 9\u00a0d\u00e9cembre 1905 (sous le nouveau minist\u00e8re de Rouvier).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/anglais.jpg\" width=\"300\" height=\"423\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Anglais chez nous\u00a0\u00bb par Sancha (1874-1936), <em>L\u2019Assiette au beurre<\/em>, janvier 1903. Mus\u00e9e national de l\u2019Histoire de l\u2019immigration, Paris.<\/p>\n<p>La fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle a vu l\u2019av\u00e8nement de la presse marchandise et le d\u00e9veloppement de la presse populaire. Mais la presse purement satirique demeure. L\u2019Assiette au Beurre, hebdomadaire de seize pages en couleurs \u00e0 tendance anarchiste, conna\u00eet des d\u00e9buts difficiles en 1901. Elle renforce intelligemment sa ligne \u00e9ditoriale humoristique en unissant l\u2019art et la satire, marquant l\u2019aboutissement de la caricature sociale et de m\u0153urs, critiquant au fil de l\u2019actualit\u00e9 et jusqu\u2019\u00e0 la guerre en 1914 l\u2019arm\u00e9e, la police, la justice, les d\u00e9put\u00e9s, le clerg\u00e9, le travailleur\u2026, Chaque num\u00e9ro est confi\u00e9 \u00e0 un dessinateur ou un groupe de collaborateurs de la revue \u2013 parmi eux, de futurs grands peintres, Van Dongen, Juan Gris, F\u00e9lix Vallotton. Les dessins sont pr\u00e9sent\u00e9s en pleine page, ce qui accentue leur charge graphique, surtout en gros plan comme ici.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Anglais chez nous\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au tournant du si\u00e8cle, le renforcement de l\u2019\u00c9tat-nation favorise le d\u00e9veloppement de la x\u00e9nophobie. Mais dans le m\u00eame temps, Paris v\u00e9ritable carrefour artistique international est marqu\u00e9 par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la mondialisation. Nombre d\u2019artistes collaborant \u00e0<em> L\u2019Assiette au beurre<\/em> sont \u00e9trangers\u00a0: Van Dongen, hollandais, Leonetto Cappiello, italien, F\u00e9lix Vallotton, suisse, Francisco Sancha y Lengo, dit Sancha, espagnol. Form\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Beaux-Arts de Malaga dans son pays, il devient l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Juan Gris, peintre cubiste.<\/p>\n<p><em>L\u2019Assiette au beurre<\/em> consacrera pr\u00e8s de 1 300 dessins aux pays \u00e9trangers et \u00e0 la figure de l\u2019\u00e9tranger qu\u2019elle fige en accentuant certains traits. L\u2019image du Royaume-Uni \u00e9volue entre 1901 et 1912. Les premi\u00e8res ann\u00e9es sont marqu\u00e9es par une posture antibritannique et anticoloniale\u00a0: attitude li\u00e9e \u00e0 la guerre des Boers, quand le Royaume-Uni s\u2019empare du Transvaal et d\u2019Orange, en Afrique du Sud. Et l\u2019ann\u00e9e 1903 commence avec cette Une\u00a0: un portrait d\u2019Anglais.<\/p>\n<p>L\u2019homme repr\u00e9sent\u00e9 en buste se d\u00e9tache sur un fond orange vif. Il porte un costume de ville, en contraste de mauvais go\u00fbt avec un bonnet d\u2019int\u00e9rieur glissant sur ses cheveux mal peign\u00e9s. L\u2019Anglais a les yeux clairs perdus dans le vague, les oreilles d\u00e9coll\u00e9es, un nez extr\u00eamement rouge contrastant avec une trop longue moustache noire. Le dessin montre sans nuance ni concession cet Anglais class\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des ivrognes. La caricature transgresse les canons de la repr\u00e9sentation humaine et stigmatise les valeurs morales qui y sont associ\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s cette ann\u00e9e 1903, la France et la Grande-Bretagne se rapprochent et scellent un accord historique, l\u2019Entente cordiale sign\u00e9e le 8 avril 1904. La presse relaie cette nouvelle attitude et L\u2019Assiette au beurre se montrera favorable aux Britanniques. En 1912, Sancha s\u2019installe \u00e0 Londres.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/curie.jpg\" width=\"619\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Caricature de Pierre et Marie Curie<em>, Vanity Fair,<\/em> 22 d\u00e9cembre 1904.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la vie, rien n\u2019est \u00e0 craindre, tout est \u00e0 comprendre.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934) Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934)<em>. Madame Curie<\/em> (1938), \u00c8ve Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter\u00a0ce message qui vaut de nos jours plus que jamais\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est maintenant le moment de comprendre davantage, afin de craindre moins. La seule chose que nous ayons \u00e0 craindre est la crainte elle-m\u00eame. Quand la crainte ne veille pas, il arrive ce qui \u00e9tait \u00e0 craindre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Suite aux travaux d\u2019Henri Becquerel sur les rayonnements \u00e9mis par l\u2019uranium (minerai abondant sous la cro\u00fbte terrestre), Marie et Pierre Curie sont parvenus \u00e0 d\u00e9couvrir deux nouveaux \u00e9l\u00e9ments chimiques\u00a0: le polonium et le radium. En 1903, le couple obtient la moiti\u00e9 du prix Nobel de physique pour ses travaux sur la radioactivit\u00e9, l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e9tant attribu\u00e9e Becquerel. Le retentissement est consid\u00e9rable. L\u2019hebdomadaire britannique<em> Vanity Fair<\/em> avait pour ambition de d\u00e9peindre la \u00ab\u00a0foire aux vanit\u00e9s\u00a0\u00bb victorienne. Cette caricature fait exception \u00e0 sa r\u00e8gle, insistant sur la fascination pour le myst\u00e9rieux produit.<\/p>\n<p>Rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche et partiellement hors champ, une paillasse recouverte de divers objets laisse juste imaginer le d\u00e9cor d\u2019un laboratoire. Ces outils alambiqu\u00e9s et d\u00e9mesur\u00e9s participent au caract\u00e8re \u00e9trange et satirique de la caricature.<\/p>\n<p>Le double portrait en pied donne \u00e0 voir Marie Curie se tenant derri\u00e8re son \u00e9poux, Pierre Curie. Leur posture solennelle est inspir\u00e9e des photographies officielles tir\u00e9es des s\u00e9ances de poses du couple en laboratoire. Leur regard d\u00e9termin\u00e9 converge vers la fiole contenant du radium. Le caricaturiste donne \u00e0 voir le caract\u00e8re in\u00e9branlable des chercheurs par l\u2019exag\u00e9ration de certains attributs physiques \u2013 la bouche pinc\u00e9e, les yeux ac\u00e9r\u00e9s, le front exag\u00e9r\u00e9ment d\u00e9velopp\u00e9. Ce n\u2019est pas un portrait \u00e0 charge, mais plut\u00f4t l\u2019illustration fantasm\u00e9e de la d\u00e9couverte du radium\u00a0: ses rayons se diffusent en cercles concentriques. Ce halo lumineux et dynamique irradie (au sens propre et figur\u00e9) pour \u00e9clairer les parties saillantes des visages. Cette lumi\u00e8re conf\u00e8re \u00e0 la caricature une aura mystique, quasi surnaturelle. Les propri\u00e9t\u00e9s lumineuses du radium sont per\u00e7ues dans l\u2019imaginaire collectif comme extraordinaires, voire magiques. La caricature tend ainsi \u00e0 illustrer le fantasme populaire planant autour de l\u2019\u00e9trange d\u00e9couverte qui va bouleverser le monde. Le couple qui est \u00e0 l\u2019origine est aussi extraordinaire que modeste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut faire de la vie un r\u00eave et faire d\u2019un r\u00eave une r\u00e9alit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1859-1906),<em> Journal intime<\/em> (manuscrit) \u00e9crit \u00e0 18 ans. Gallica, fonds num\u00e9ris\u00e9 de la <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1895, Pierre Curie \u00e9pousa une jeune polonaise, Maria Sklodowska, venue poursuivre ses \u00e9tudes scientifiques \u00e0 la facult\u00e9 des sciences de Paris en 1892. Elle s\u2019int\u00e9resse de pr\u00e8s aux d\u00e9couvertes de Wilhelm R\u00f6ntgen sur les rayons X et \u00e0 celles d\u2019Henri Becquerel qui d\u00e9couvrit la radioactivit\u00e9 en 1896. Pierre Curie abandonne ses recherches sur le magn\u00e9tisme pour travailler avec sa femme sur l\u2019uranium.<\/p>\n<p>Pendant dix ans, le couple tente d\u2019extraire une quantit\u00e9 suffisante pour en d\u00e9terminer la masse atomique, tentative r\u00e9ussie en 1902. D\u2019o\u00f9 le prix Nobel de physique en 1903. Cette m\u00eame ann\u00e9e, ils sont laur\u00e9ats de la M\u00e9daille Davy.<\/p>\n<p>Le couple continue \u00e0 travailler. Pierre, grand gar\u00e7on timide, silencieux et doux, au visage m\u00e9ditatif jusqu\u2019\u00e0 la tristesse, fuyait le bruit fait autour de ses recherches. Il n\u2019avait que faire de la gloire, cherchant le calme n\u00e9cessaire \u00e0 son \u00e9tude. Il redoutait aussi les conclusions h\u00e2tives tir\u00e9es ici ou l\u00e0 des faits constat\u00e9s. Fuyant les honneurs et les d\u00e9corations, l\u2019argent du Nobel servit \u00e0 financer la suite des recherches dans une sorte de hangar mal \u00e9clair\u00e9. Des tables, des fourneaux, des flacons de verre, des \u00e9prouvettes, un mat\u00e9riel succinct, rue Lhomond, derri\u00e8re le Panth\u00e9on. C\u2019est l\u00e0 que va naitre le radium extrait de l\u2019uranium, dans des conditions aujourd\u2019hui impensables, vu la dangerosit\u00e9 des manipulations, en attendant le laboratoire en cours de construction\u2026<\/p>\n<p>19 avril 1906, sa mort bouleverse le destin. \u00c0 l\u2019angle de la rue Dauphine, courant pour \u00e9viter un fiacre qui se dirige vers le pont Neuf, il se heurte au cheval d\u2019un camion arrivant en sens inverse. Il glisse et tombe sur le macadam. Une roue arri\u00e8re le blesse mortellement \u00e0 la t\u00eate. Ses obs\u00e8ques ont lieu dans l\u2019intimit\u00e9 familiale. Marie Curie va continuer le combat, tout enti\u00e8re vou\u00e9e \u00e0 la cause scientifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans la curiosit\u00e9 de l\u2019esprit, que serions-nous\u00a0? Telle est bien la beaut\u00e9 et la noblesse de la science\u00a0: d\u00e9sir sans fin de repousser les fronti\u00e8res du savoir, de traquer les secrets de la mati\u00e8re et de la vie sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue des cons\u00e9quences \u00e9ventuelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934). <em>Madame Curie<\/em> (1938), \u00c8ve Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa carri\u00e8re culmine en 1911\u00a0: prix Nobel de chimie (doubl\u00e9 unique dans l\u2019histoire). Mais comme Pierre, elle n\u2019a que faire de la reconnaissance et doit affronter la rumeur\u00a0: la \u00ab\u00a0Veuve radieuse\u00a0\u00bb est la ma\u00eetresse de son confr\u00e8re Paul Langevin, en instance de divorce. La presse nationaliste d\u00e9nonce le scandale et plusieurs duels \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e au v\u00e9lodrome du Parc des Princes opposent les partisans et les d\u00e9tracteurs du couple\u00a0! Marie va d\u00e9sormais consacrer toute sa passion \u00e0 la recherche.<\/p>\n<p>Quand la guerre \u00e9clate, elle se rapproche du Dr B\u00e9cl\u00e8re qui lui enseigne l\u2019usage des rayons X \u00e0 des fins diagnostiques. Elle d\u00e9cide de mettre ses connaissances au service de la sant\u00e9 \u2013 et de la France, en 1914. Mi-ao\u00fbt, elle cr\u00e9e le premier service de radiologie mobile. Soutenue par de riches bienfaiteurs, elle r\u00e9cup\u00e8re plus de 200 v\u00e9hicules (les \u00ab\u00a0petites Curie\u00a0\u00bb) qu\u2019elle \u00e9quipe de dynamos, d\u2019appareils \u00e0 rayons X et de mat\u00e9riel photo. Elle sillonne les routes et longe les tranch\u00e9es \u00e0 la recherche de bless\u00e9s. Ses postes de radiologie auraient sauv\u00e9 un million de vies pendant la guerre\u00a0! \u00c0 17 ans, sa fille Ir\u00e8ne rejoint Marie au front. Elle la seconde, apprend sur le terrain.<\/p>\n<p>Marie mourra d\u2019une leuc\u00e9mie ou \u00ab\u00a0an\u00e9mie pernicieuse\u00a0\u00bb, suite \u00e0 une exposition aux rayons dont elle sous-estimait l\u2019extr\u00eame dangerosit\u00e9, naturellement li\u00e9e \u00e0 leur efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/bernhardt.jpg\" width=\"1024\" height=\"683\"><\/p>\n<p>Alfred Le Petit. La Poule aux \u0153ufs d\u2019or, Sarah Bernhardt-F\u00e9dora \u2014 Victorien Sardou.<em> Le Grelot,<\/em> 31 d\u00e9cembre 1882.<br>Photographie de Nadar en 1859\u00a0: Sarah \u00ab\u00a0maigre \u00e0 faire pleurer les oies\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pire que jolie\u00a0\u00bb, fascinante.<\/p>\n<p>Cette caricature est une vraie sc\u00e9nette de th\u00e9\u00e2tre. Clairement sign\u00e9e (\u00e0 droite) par Alfred Le Petit qui a sa part de gloire (et d\u2019argent), Sarah Bernhardt pose en vedette au centre, juive au long nez, \u00ab\u00a0maigre \u00e0 faire pleurer les oies\u00a0\u00bb, mais fi\u00e8re dans son r\u00f4le-titre\u00a0: <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">POULE<\/span> <span class=\"caps\">AUX<\/span> <span class=\"caps\">\u0152UFS<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">OR<\/span>. Qualificatif \u00e9quivoque\u00a0: courtisane \u00e0 ses d\u00e9buts, comme sa m\u00e8re Youle, singuli\u00e8rement belle comme sur la photographie de Nadar, Sarah se battra pour \u00e9chapper \u00e0 cet engrenage de la prostitution et devenir \u00e0 cet \u00e9gard la star \u00ab\u00a0intouchable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle ach\u00e8ve de pondre les \u0153ufs dor\u00e9s tombant dans des paniers d\u00e9j\u00e0 pleins, tandis qu\u2019au pied de la sc\u00e8ne, un Victorien Sardou au regard concupiscent surveille son croupion f\u00e9cond d\u2019un \u0153il torve. C\u2019est la recette de sa nouvelle pi\u00e8ce au Vaudeville, dont Sarah Bernhardt affich\u00e9e en bas tient le r\u00f4le-titre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), sa devise. <em>Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas un fait du hasard, mais bien la suite d\u2019un vouloir r\u00e9fl\u00e9chi. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de neuf ans, j\u2019avais choisi cette devise, apr\u00e8s un saut formidable au-dessus d\u2019un foss\u00e9 que personne ne pouvait sauter et auquel mon jeune cousin m\u2019avait d\u00e9fi\u00e9e\u00a0; je m\u2019\u00e9tais ab\u00eem\u00e9 la figure, cass\u00e9 un poignet, endolori le corps. Et pendant qu\u2019on me transportait, je m\u2019\u00e9criais, rageuse\u00a0: \u00ab\u00a0Si, si, je recommencerai, quand m\u00eame, si on me d\u00e9fie encore\u00a0! Et je ferai toute ma vie ce que je veux faire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je r\u00e9solus d\u2019\u00eatre la grande artiste que je souhaitais \u00eatre. Et je me vouai \u00e0 ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sarah <span class=\"caps\">BERNHARDT<\/span> (1844-1923), <em>Ma double vie<\/em> (1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9fiant tous les \u00ab\u00a0quand m\u00eame\u00a0\u00bb et relevant tous les paris, malgr\u00e9 les critiques, les ennemis, les \u00e9checs in\u00e9vitables dans une longue carri\u00e8re, Sarah Bernhardt devient un mythe vivant et m\u00e9rite ses surnoms\u00a0: la Divine, l\u2019Imp\u00e9ratrice du th\u00e9\u00e2tre, la Voix d\u2019or selon Hugo boulevers\u00e9 par sa cr\u00e9ation dans la Reine de <em>Ruy Blas<\/em>. Quant \u00e0 Jean Cocteau, fascin\u00e9 par le personnage, il invente pour elle l\u2019expression qui lui va si bien\u00a0: \u00ab\u00a0monstre sacr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle a invent\u00e9 la notion de star, avec son excentricit\u00e9, ses col\u00e8res, ses caprices, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, sa bisexualit\u00e9 affirm\u00e9e, mais aussi l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la ma\u00eetrise de son image. Durant toute sa carri\u00e8re, elle est la cible des caricaturistes, dans les journaux satiriques de l\u2019\u00e9poque parmi lesquels <em>Le Grelot, Le Charivari<\/em> ou encore <em>L\u2019\u00c9clipse<\/em>. Que ce soit son physique, ses succ\u00e8s, ses nombreuses activit\u00e9s artistiques, ses origines juives, ses prises de positions politiques \u2013 notamment lors de l\u2019affaire Dreyfus -, les caricaturistes s\u2019acharnent. Elle trouve de mauvais go\u00fbt certains dessins dirig\u00e9s contre elle, mais n\u2019est pas pour autant hostile \u00e0 la caricature qui lui sert de \u00ab\u00a0r\u00e9clame\u00a0\u00bb, avec la m\u00eame intelligence que Sand, Hugo ou Dumas.<\/p>\n<p>Les tourn\u00e9es internationales de \u00ab\u00a0Sarah Barnum\u00a0\u00bb lui permettent de \u00ab\u00a0remplir la sacoche\u00a0\u00bb, d\u2019entretenir son fils Maurice, sa cour, sa \u00ab\u00a0m\u00e9nagerie\u00a0\u00bb de b\u00eates parfois sauvages\u2026 et un train de vie extravagant. Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, elle dit tout de sa rencontre avec l\u2019impr\u00e9sario am\u00e9ricain Edward Jarrett qui conna\u00eet l\u2019importance de la \u00ab\u00a0r\u00e9clame\u00a0\u00bb et sait utiliser \u00e0 merveille les d\u00e9fauts comme les qualit\u00e9s de sa vedette. La carri\u00e8re de Sarah Bernhardt est amplement document\u00e9e, comment\u00e9e, illustr\u00e9e \u2013 avec sa photog\u00e9nie stup\u00e9fiante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maigre \u00e0 faire pleurer les oies\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la mode est aux femmes \u00e9panouies de Renoir, elle est caricatur\u00e9e comme enceinte apr\u00e8s avoir aval\u00e9 une cerise\u2026 Sarah rel\u00e8ve le d\u00e9fi et sublime ce d\u00e9faut d\u00e8s ses premi\u00e8res photographies sign\u00e9es Nadar \u2013 c\u2019est lui qui a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019arracher un \u00e9pais rideau de son studio et de le mettre sur ses \u00e9paules pour cacher les sali\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, Sarah n\u2019est encore qu\u2019une actrice d\u00e9butante. Ce clich\u00e9 nous renvoie l\u2019image d\u2019une magnifique jeune femme au regard m\u00e9lancolique, accoud\u00e9e \u00e0 une colonne, les \u00e9paules nues, drap\u00e9e comme dans un burnous qui rappelle le go\u00fbt de l\u2019\u00e9poque pour l\u2019Orient. Son visage est model\u00e9 par un \u00e9clairage lat\u00e9ral, caract\u00e9ristique des portraits de F\u00e9lix Nadar. Aucun d\u00e9tail superflu ne d\u00e9tourne l\u2019attention du spectateur de ce mod\u00e8le dont la rayonnante beaut\u00e9 laisse pressentir le grand destin. \u00c0 la diff\u00e9rence de ce qui se pratiquait alors dans les autres ateliers, le d\u00e9cor se ram\u00e8ne ici \u00e0 presque rien, et pour tout bijou Sarah porte un cam\u00e9e \u00e0 l\u2019oreille.<\/p>\n<p>Bedonnante pass\u00e9e la cinquantaine, elle cr\u00e9era<em> l\u2019Aiglon<\/em> (1900) d\u2019Edmond Rostand, dernier h\u00e9ros romantique qu\u2019elle a voulu et qu\u2019elle jouera plus de mille fois\u00a0: un d\u00e9fi devenu l\u2019un de ses plus grands triomphes. Fascin\u00e9e par le progr\u00e8s, elle d\u00e9couvre le cin\u00e9matographe et le phonographe, trop t\u00f4t pour ces techniques naissantes, trop tard pour elle, mais elle se lance \u00ab\u00a0quand m\u00eame\u00a0\u00bb, au risque de laisser d\u2019elle une image fausse, d\u00e9mod\u00e9e\u2026 Amput\u00e9e \u00e0 70 ans de la jambe droite (tuberculose osseuse et s\u00e9rie de chutes sur le genou dans le r\u00f4le-titre de <em>Tosca<\/em>), elle refuse d\u2019\u00eatre appareill\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0On me portera\u00a0\u00bb dit-elle. La \u00ab\u00a0M\u00e8re Lachaise\u00a0\u00bb jouera sur sc\u00e8ne et devant la cam\u00e9ra pendant dix-huit ans, ne s\u2019apitoyant jamais sur son sort, se moquant d\u2019elle-m\u00eame \u2013 \u00ab\u00a0Je fais la pintade\u00a0\u00bb \u2013 et mourant pendant le tournage de son dernier film, <em>La Voyante<\/em> de Sacha Guitry.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/clemenceau_0.jpg\" width=\"405\" height=\"612\"><\/p>\n<p>Clemenceau Le P\u00e8re la Victoire. 1918. Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons vaincre pour \u00eatre justes.\u00a0\u00bb<span id=\"2604\" class=\"cit-num\">2604<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, D\u00e9claration minist\u00e9rielle du 20\u00a0novembre 1917.<em> Discours de guerre<\/em> (1968), Georges Clemenceau, Soci\u00e9t\u00e9 des amis de Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Appel\u00e9 \u00e0 76\u00a0ans par Poincar\u00e9, le 16\u00a0novembre 1917, il forme un nouveau gouvernement, accept\u00e9 par une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s, le 20\u00a0novembre. Clemenceau le \u00ab\u00a0tombeur de minist\u00e8res\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb va devenir le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb, exer\u00e7ant une v\u00e9ritable dictature, avec supr\u00e9matie du pouvoir civil sur le militaire. Il incarne une r\u00e9publique jacobine au patriotisme ardent, anim\u00e9 par la volont\u00e9 de se battre jusqu\u2019au bout, mais autrement. Il commence, en d\u00e9cembre, par poursuivre les politiciens d\u00e9faitistes, Malvy, mais aussi et surtout Caillaux, ex-pr\u00e9sident du Conseil, accus\u00e9 d\u2019intelligence avec l\u2019ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur le front, les soldats voyaient appara\u00eetre un vieil homme au feutre en bataille, qui brandissait un gourdin et poussait brutalement les g\u00e9n\u00e9raux vers la victoire. C\u2019\u00e9tait Georges Clemenceau.\u00a0\u00bb<span id=\"2605\" class=\"cit-num\">2605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MAUROIS<\/span> (1885-1967), <em>Terre promise<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des<em> Silences du colonel Bramble<\/em> (1918), agent de liaison aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e britannique, \u00e9voque ses souvenirs dans ce livre dont le succ\u00e8s d\u00e9cidera de sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p>Moins terrible que sa l\u00e9gende de Tigre, Clemenceau recherche le contact avec les poilus des tranch\u00e9es qui l\u2019appellent affectueusement et simplement \u00ab\u00a0le Vieux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0vieux Gaulois acharn\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le sol et le g\u00e9nie de notre race\u00a0\u00bb auquel de Gaulle rend hommage dans ses <em>Discours et messages<\/em>, va restaurer la confiance dans le pays. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battu pour l\u2019amnistie des Communards, contre la colonisation de Jules Ferry, contre Boulanger et le boulangisme, pour Dreyfus et avec Zola dans l\u2019Affaire, pour la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, pour l\u2019ordre et contre les gr\u00e8ves, Clemenceau va mener son dernier grand combat national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me battrai devant Paris, je me battrai dans Paris, je me battrai derri\u00e8re Paris\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2609\" class=\"cit-num\">2609<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), printemps 1918. <em>Les Grandes Heures de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Robert Aron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019offensive allemande du 27\u00a0mai sur le Chemin des Dames (lieu de sanglante m\u00e9moire) enfonce en quelques heures les positions franco-anglaises, fait une avanc\u00e9e de 20\u00a0km en un jour, franchit bient\u00f4t l\u2019Aisne et la Marne, cr\u00e9ant une nouvelle \u00ab\u00a0poche\u00a0\u00bb de 70\u00a0km sur 50.<\/p>\n<p>Foch, un moment contest\u00e9, est sauv\u00e9 par Clemenceau. Et les Alli\u00e9s re\u00e7oivent d\u2019Am\u00e9rique les renforts pr\u00e9vus, en hommes et en mat\u00e9riel. D\u2019o\u00f9 la contre-offensive men\u00e9e par Foch\u00a0: seconde bataille de la Marne, d\u00e9clench\u00e9e le 18\u00a0juillet. Les chars d\u2019assaut (tanks) sont pour la premi\u00e8re fois utilis\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle. Ils enfoncent les barbel\u00e9s allemands en un rien de temps. Cette fois, la victoire est plus rapide qu\u2019esp\u00e9r\u00e9\u00a0: la guerre d\u2019usure a physiquement et moralement atteint l\u2019arm\u00e9e allemande. D\u00e9faite le 8\u00a0ao\u00fbt \u00e0 Montdidier, elle commence une retraite g\u00e9n\u00e9rale. Malgr\u00e9 tout, ce ne sera jamais la d\u00e9b\u00e2cle, seulement le recul pied \u00e0 pied, sur le terrain peu \u00e0 peu reconquis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me semble qu\u2019\u00e0 cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli [\u2026] Au nom du peuple fran\u00e7ais, au nom du gouvernement de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, j\u2019envoie le salut de la France une et indivisible \u00e0 l\u2019Alsace et \u00e0 la Lorraine retrouv\u00e9es.\u00a0\u00bb<span id=\"2612\" class=\"cit-num\">2612<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours \u00e9crit et parl\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 11\u00a0novembre 1918.<em> Histoire politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: la Grande Guerre, 1914-1918<\/em> (1967), Georges Bonnefous, \u00c9douard Bonnefous<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9put\u00e9 Paul Deschanel, pr\u00e9sident de la Chambre, a appel\u00e9 Clemenceau qui monte \u00e0 la tribune sous les vivats, tire de sa poche un long papier. Et cet homme de 77\u00a0ans lit d\u2019une voix claire. Avant de conclure\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Honneur \u00e0 nos grands morts [\u2026] Gr\u00e2ce \u00e0 eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd\u2019hui soldat de l\u2019humanit\u00e9, sera toujours soldat de l\u2019id\u00e9al.\u00a0\u00bb<span id=\"2613\" class=\"cit-num\">2613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours \u00e9crit et parl\u00e9 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 11\u00a0novembre 1918.<em> Histoire de la Troisi\u00e8me\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1979), Paul Ducatel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour la France, c\u2019est le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb qui lui a donn\u00e9 le courage de vaincre. Pour les Alli\u00e9s, la France qui a fourni l\u2019effort de guerre essentiel ressort aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019un immense prestige. Mais le bilan humain est vertigineux. En Europe, la Grande Guerre aura fait 18\u00a0millions de morts, 6\u00a0millions d\u2019invalides, plus de 4\u00a0millions de veuves et deux fois plus d\u2019orphelins. Le mar\u00e9chal Lyautey, ministre de la Guerre pendant quelques mois dans le cabinet Briand, avait dit au d\u00e9clenchement du conflit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la plus monumentale \u00e2nerie que le monde ait jamais faite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/tigre.jpg\" width=\"775\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Tigre\u00a0\u00bb, Georges Clemenceau caricatur\u00e9 par Sem \u00e0 la une de <em>La Ba\u00efonnette<\/em>, 13 mars 1919.<\/p>\n<p>On voit le Tigre r\u00e9publicain terrassant l\u2019Aigle imp\u00e9rial r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de pitoyable volatile, mais le fauve vainqueur a lui-m\u00eame triste mine \u2013 avec une sensibilit\u00e9 rarement vue dans les repr\u00e9sentations du redoutable bomme d\u2019\u00c9tat. Il est pourtant \u00e9trangement reconnaissable, avec son regard plus humain que nature et sa terrible moustache. La France est unanimement reconnaissante au P\u00e8re la Victoire, mais l\u2019apr\u00e8s-guerre est politiquement cruelle pour lui comme pour le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est plus facile de faire la guerre que la paix.\u00a0\u00bb<span id=\"2633\" class=\"cit-num\">2633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Discours de Verdun, 14\u00a0juillet 1919.<em> Discours de paix<\/em> (posthume), Georges Clemenceau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le P\u00e8re la Victoire est toujours \u00e0 la t\u00eate du gouvernement d\u2019une France \u00e9puis\u00e9e par l\u2019\u00e9preuve des quatre ans de guerre, m\u00eame si une minorit\u00e9 artiste et privil\u00e9gi\u00e9e f\u00eate la d\u00e9cennie des \u00ab\u00a0Ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Mais le vieil homme est devenu le \u00ab\u00a0Perd la Victoire\u00a0\u00bb\u00a0: pi\u00e8tre n\u00e9gociateur au trait\u00e9 de Versailles sign\u00e9 le 28\u00a0juin, il a laiss\u00e9 l\u2019Anglais Lloyd George et l\u2019Am\u00e9ricain Wilson l\u2019emporter sur presque tous les points. Et il ne sera pas pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, l\u2019Assembl\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rant voter en 1920 pour un homme qui ne lui portera pas ombrage, Deschanel.<\/p>\n<p>Les paroles de Clemenceau sont proph\u00e9tiques d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9 qui marque les vingt ans \u00e0 venir\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne, vaincue, humili\u00e9e, d\u00e9sarm\u00e9e, amput\u00e9e, condamn\u00e9e \u00e0 payer \u00e0 la France pendant une g\u00e9n\u00e9ration au moins le tribut des r\u00e9parations, semblait avoir tout perdu. Elle gardait l\u2019essentiel, la puissance politique, g\u00e9n\u00e9ratrice de toutes les autres\u00a0\u00bb (Pierre Gaxotte, <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/pape.jpg\" width=\"754\" height=\"1000\"><\/p>\n<p>Charles Lucien L\u00e9andre. Dessin en couleur publi\u00e9 dans<em> Le Rire Rouge<\/em>, n\u00b0179, 20 avril 1918.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><span class=\"caps\">UN<\/span> <span class=\"caps\">PAPE<\/span> <span class=\"caps\">QUI<\/span> N\u2019A <span class=\"caps\">PAS<\/span> L\u2019<span class=\"caps\">AIR<\/span> <span class=\"caps\">TRES<\/span> \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">CATHOLIQUE<\/span>\u00a0\u00bb \u2026<span id=\"17\" class=\"cit-num\">17<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019autant plus que le Kaiser lui donne quelque distraction.<\/p>\n<p>Charles Lucien L\u00e9andre (1862-1934) est illustrateur, lithographe, caricaturiste, dessinateur, sculpteur et peintre. L\u2019\u00e9ventail de ses dons rappelle Honor\u00e9 Daumier, mais l\u2019artiste peintre sera mieux reconnu par ses confr\u00e8res. Comme Daumier et nombre de caricaturistes, il met ses dons au service d\u2019une cause qui lui tient \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n<p>Dans cette illustration tragique, il d\u00e9nonce l\u2019inaction de l\u2019\u00e9glise catholique en la personne du pape Beno\u00eet <span class=\"caps\">XV<\/span> (1854-1922), face aux atrocit\u00e9s commises par l\u2019arm\u00e9e allemande au cours de la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u2013 le pape en longue robe blanche aux allures de chef d\u2019orchestre du chaos b\u00e9nit en r\u00e9alit\u00e9 le massacre d\u2019une m\u00e8re et de son b\u00e9b\u00e9 au premier plan\u2026 et ignore l\u2019incendie de la cath\u00e9drale Notre-Dame de Reims en arri\u00e8re-plan, crucifi\u00e9 entre \u00ab\u00a0le pouvoir temporel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le denier de St-Pierre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/banania.jpg\" width=\"1024\" height=\"683\"><\/p>\n<p>Y\u2019a bon <span class=\"caps\">BANANIA<\/span> \u2013 un slogan publicitaire et un tirailleur qui font miracle \u00e0 la Belle \u00e9poque du colonialisme. <br>Le slogan publicitaire vaut citation dans cette longue histoire\u00a0coloniale\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><span class=\"caps\">BANANIA<\/span> Y\u2019a bon<br>Y\u2019a bon <span class=\"caps\">BANANIA<\/span><span id=\"18\" class=\"cit-num\">18<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tirailleur s\u00e9n\u00e9galais est un merveilleux mercenaire, puisqu\u2019il a la vraie qualit\u00e9 du soldat, celle qui prime tout\u00a0: l\u2019aptitude \u00e0 se faire tuer.\u00a0\u00bb<span id=\"2401\" class=\"cit-num\">2401<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 25 d\u00e9cembre 1910.\u00a0 <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut d\u00e9battre \u00e0 l\u2019infini du colonialisme et les historiens ne s\u2019en privent pas. Au nom du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames qui s\u2019imposera apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, on intente un proc\u00e8s aux peuples et aux responsables politiques jadis coupables de ce \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb. C\u2019est p\u00e9cher par anachronisme et ignorer les r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques de ce temps heureusement r\u00e9volu. Cela dit, la lecture du grand quotidien alg\u00e9rien (r\u00e9dig\u00e9 en fran\u00e7ais) montre plus clairement que de longs discours l\u2019inhumanit\u00e9 du colonialisme et le racisme inh\u00e9rent.<\/p>\n<p>Le corps des Tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais fut cr\u00e9\u00e9 en 1857 par Louis Faidherbe, gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">AOF<\/span> (Afrique de l\u2019Ouest Fran\u00e7aise). Ces unit\u00e9s de combat indig\u00e8nes doivent pallier l\u2019insuffisance des effectifs venant de m\u00e9tropole. Les r\u00e9giments sont constitu\u00e9s d\u2019esclaves affranchis (rachet\u00e9s par les Fran\u00e7ais \u00e0 leurs maitres africains), mais aussi de prisonniers de guerre et de volontaires. Les Tirailleurs dits s\u00e9n\u00e9galais viennent de toutes les colonies fran\u00e7aises d\u2019Afrique. Apr\u00e8s 1905, ils deviennent indispensables\u00a0: forces de police sur l\u2019immense territoire africain sous administration fran\u00e7aise et intervention lors des r\u00e9voltes sporadiques (en Mauritanie, au Maroc), ils serviront dans la Grande Guerre (1014-1918) \u00e0 renforcer les troupes sur le front lorrain. Beaucoup de g\u00e9n\u00e9raux fran\u00e7ais entreront dans la carri\u00e8re comme officiers dans les Tirailleurs \u2013 Joffre, Gallieni, Marchand, Gouraud, ou encore le g\u00e9n\u00e9ral Mangin. Il \u00e9crit <em>La Force Noire<\/em>, faisant l\u2019apologie de ces troupes africaines avec des arguments racistes\u00a0: les Africains, dot\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me nerveux moins d\u00e9velopp\u00e9, sont moins sensibles \u00e0 la douleur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9chirerai les rires banania sur tous les murs de France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9opold S\u00e9dar <span class=\"caps\">SENGHOR<\/span> (1906-2001), po\u00e8me pr\u00e9liminaire d\u2019<em>Hosties noires<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9laissant l\u2019Antillaise de ses premi\u00e8res affiches, la marque Banania (n\u00e9e en 1914) cherche \u00e0 transformer en produit patriotique son cacao additionn\u00e9 de farine de banane et s\u2019identifie d\u00e8s 1915 \u00e0 un tirailleur s\u00e9n\u00e9galais hilare, adoptant comme slogan la locution \u00ab\u00a0y\u2019a bon\u00a0\u00bb, associ\u00e9e \u00e0 sa pratique sommaire du fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 en 1857, le corps des Tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais compte 31 000 hommes en 1914, tous recrut\u00e9s en Afrique occidentale fran\u00e7aise. Ils ont servi au Maroc \u00e0 partir de 1908 et le 14 juillet 1913, d\u00e9fil\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Paris, faisant sensation. En 1916, ils sont massivement engag\u00e9s sur le front m\u00e9tropolitain. Plus de 134 000 au total viennent combattre en Europe, dont 100 000 recrut\u00e9s entre 1916 et 1918. La publicit\u00e9 se montre plus rapide \u00e0 mobiliser leur image ambivalente de sauvages f\u00e9roces, mais loyaux.<\/p>\n<p>L\u2019affiche dessin\u00e9e en 1915 par Giacomo de Andreis (1885-1952) repr\u00e9sente un tirailleur assis sous un arbre, son fusil \u00e0 ses pieds, savourant une gamelle de Banania. Il porte sa tenue de parade\u00a0: fez rouge \u00e0 pompon, courte vareuse bleue, culotte bouffante. La vaste plaine en arri\u00e8re-plan \u00e9voque des bl\u00e9s m\u00fbrs et la savane africaine sous un ciel jaune banane. Seuls les brodequins poussi\u00e9reux sugg\u00e8rent la pr\u00e9sence de la guerre dans ce paysage qui semble tout ignorer des tranch\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019artiste reprend les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux utilis\u00e9s par la publicit\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1890\u00a0: l\u2019uniforme exotique et quasiment d\u2019op\u00e9rette (abandonn\u00e9 au combat, car trop voyant)\u00a0; le contraste outr\u00e9 entre la peau noire et le blanc des dents exhib\u00e9es par le rire, ou des yeux \u00e9carquill\u00e9s\u00a0; la mimique et la gestuelle comme modes d\u2019expression, faute de mots en fran\u00e7ais. Et l\u2019insouciance d\u2019un soldat auquel une boisson lact\u00e9e fait oublier la guerre.<\/p>\n<p>La petite histoire veut que l\u2019un d\u2019eux, bless\u00e9 et rapatri\u00e9 du front, ait \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9 \u00e0 l\u2019usine de Courbevoie o\u00f9 il se serait exclam\u00e9 \u00ab\u00a0Y\u2019a bon Banania\u00a0!\u00a0\u00bb apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 la boisson. Vrai ou faux\u00a0? Peu importe. Le slogan mariant assonances et allit\u00e9rations aura une longue et parfois terrible post\u00e9rit\u00e9. \u00ab\u00a0Cela correspond \u00e0 l\u2019esprit colonialiste fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque, d\u00e9clare le directeur du mus\u00e9e du chocolat, Fabrice Stijnen. On peut lui faire dire ce que l\u2019on veut en changeant le contexte \u2013 et aujourd\u2019hui ce slogan a effectivement pris une forte connotation raciste. Il est devenu hautement pol\u00e9mique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9, affirm\u00e9e d\u00e8s 1948 par Senghor dans <em>Hosties noires<\/em>, de d\u00e9chirer \u00ab\u00a0les rires Banania sur tous les murs de France\u00a0\u00bb. Mise au rebut \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, cette imagerie a fit une br\u00e8ve r\u00e9apparition \u00e0 partir de 2005 sous couvert de nostalgie, avant d\u2019\u00eatre condamn\u00e9e en 2011 pour ce qu\u2019elle est\u00a0: l\u2019adh\u00e9sion tacite \u00e0 un racisme structurel qui doit au contraire \u00eatre combattu.<\/p>\n<p>L\u2019utilisation d\u00e9voy\u00e9e de l\u2019ancien slogan contre la tr\u00e8s m\u00e9diatique garde des Sceaux fran\u00e7aise Christiane Taubira n\u00e9e en 1952 en Guyane et ind\u00e9pendantiste \u2013 \u00ab\u00a0Y\u2019a bon Banania, y\u2019a pas bon Taubira\u00a0\u00bb \u2013 et l\u2019existence de nombreux collectionneurs de produits d\u00e9riv\u00e9s de la marque Banania d\u00e9montrent l\u2019emprise mentale sur des consommateurs fa\u00e7onn\u00e9s par l\u2019id\u00e9ologie coloniale et par une m\u00e9connaissance de l\u2019autre relevant d\u2019un racisme plus ou moins conscient.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/revue_negre.jpg\" width=\"304\" height=\"392\"><\/p>\n<p>1925. <em>La Revue n\u00e8gre.<\/em> Affiche de Paul Colin. Mus\u00e9e franco-am\u00e9ricain du Ch\u00e2teau de Bl\u00e9rancourt.<\/p>\n<p>Triomphe de l\u2019Art d\u00e9co \u2013 image des Ann\u00e9es folles, antidote \u00e0 la Grande Guerre \u2013 destin de femme exemplaire, du music-hall au Panth\u00e9on. C\u2019est une histoire plus belle que nature et totalement vraie\u00a0qui commence ainsi\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que j\u2019habitais dans un pays o\u00f9 j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre noire. C\u2019\u00e9tait un pays r\u00e9serv\u00e9 aux Blancs. Il n\u2019y avait pas de place pour les Noirs. J\u2019\u00e9touffais aux \u00c9tats-Unis. Beaucoup d\u2019entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter \u00e7a\u2026 Je me suis sentie lib\u00e9r\u00e9e \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<span id=\"19\" class=\"cit-num\">19<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975). <em>Alliages culturels\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en transformation<\/em> (2014), Heather Willis Allen, S\u00e9bastien Dubreil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le Paris des Ann\u00e9es folles, l\u2019esth\u00e9tique n\u00e8gre est furieusement \u00e0 la mode et la premi\u00e8re exposition d\u2019Art n\u00e8gre va influencer les artistes Fauves et Cubistes. Le peintre Fernand L\u00e9ger conseille \u00e0 l\u2019administrateur du Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es de monter un spectacle enti\u00e8rement ex\u00e9cut\u00e9 par des Noirs\u00a0: \u00ab\u00a0la Revue n\u00e8gre\u00a0\u00bb, vingt-cinq artistes dont douze musiciens parmi lesquels le trompettiste Sidney Bechet et une danseuse de 19 ans \u00e0 l\u2019incroyable pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Paul Colin cr\u00e9e l\u2019affiche de la revue, osant une g\u00e9niale caricature en mouvement. Sur le fond blanc, le brun fonc\u00e9 et le rouge des figures stylis\u00e9es se d\u00e9tachent nettement. La danseuse en blanc et gris \u00ab\u00a0cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran\u00a0\u00bb, toute en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, suggestion \u00e9rotique et fr\u00eale provocation, oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9nergie brute et massive du musicien et du danseur. La rondeur exag\u00e9r\u00e9e de ses formes et des yeux du couple n\u00e8gre, arch\u00e9type aux \u00e9paisses l\u00e8vres rouges et aux cheveux cr\u00e9pus, tire le dessin vers un mauvais go\u00fbt assum\u00e9.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0V\u00e9nus noire\u00a0\u00bb est lanc\u00e9e ce 2 octobre 1925\u00a0: sur sc\u00e8ne, elle a le diable au corps, v\u00eatue d\u2019une ceinture de plumes blanches et dansant le charleston avec son partenaire Joe Alex. Scandale et succ\u00e8s imm\u00e9diat. La salle affiche complet. Forte de sa renomm\u00e9e, Jos\u00e9phine devient la meneuse des Folies Berg\u00e8re en 1926\u00a0: les plumes laissent place \u00e0 la ceinture de bananes. Encore plus provoquant\u00a0! Le tout Paris des Ann\u00e9es folles n\u2019a plus que ce nom \u00e0 la bouche\u00a0: Jos\u00e9phine Baker. D\u2019autres artistes afro-am\u00e9ricains vont s\u00e9journer en Europe\u00a0: peintres, sculpteurs, po\u00e8tes, romanciers trouvent \u00e0 Paris le lieu o\u00f9 prolonger la \u00ab\u00a0renaissance n\u00e8gre\u00a0\u00bb de Harlem et y appr\u00e9cient une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale qui ignore la s\u00e9gr\u00e9gation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai deux amours\u00a0: mon pays et Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson de 1930. Paroles de G\u00e9o Koger et Henri Varna, musique de Vincent Scotto<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le refrain f\u00e9tiche de Jos\u00e9phine Baker et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, qu\u2019elle entre en sc\u00e8ne, sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision, dans un restaurant ou une bo\u00eete de nuit, l\u2019orchestre se met aussit\u00f4t \u00e0 jouer les premi\u00e8res mesures\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai deux amours \/ Mon pays et Paris \/ Par eux toujours \/ Mon c\u0153ur est ravi \/ Ma savane est belle \/ Mais \u00e0 quoi bon le nier \/ Ce qui m\u2019ensorcelle \/ C\u2019est Paris, Paris tout entier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Panth\u00e9on lui ouvre ses portes le 30 novembre 2021. Elle \u00ab\u00a0coche toutes les cases\u00a0\u00bb comme l\u2019on dit\u00a0: artiste populaire, star mondiale, femme libre, descendante d\u2019esclave noire, bisexuelle assum\u00e9e, naturalis\u00e9e fran\u00e7aise, r\u00e9sistante triplement d\u00e9cor\u00e9e, protectrice des animaux, m\u00e8re de douze enfants adopt\u00e9s et chacun d\u2019ethnie diff\u00e9rente\u2026 Sa vie est un feuilleton dont l\u2019h\u00e9ro\u00efne est dou\u00e9e de tous les talents, avec un sacr\u00e9 caract\u00e8re et une \u00e9nergie hors norme dont elle a quand m\u00eame abus\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh oui\u00a0! Je danserai, chanterai, jouerai, toute ma vie, je suis n\u00e9e seulement pour cela. Vivre, c\u2019est danser, j\u2019aimerais mourir \u00e0 bout de souffle, \u00e9puis\u00e9e, \u00e0 la fin d\u2019une danse ou d\u2019un refrain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975),<em> Les M\u00e9moires de Jos\u00e9phine Baker recueillies par Marcel Sauvage<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle a tenu parole, ses derni\u00e8res apparitions sont path\u00e9tiques, telle est sa (riche) nature\u00a0! Mais ce n\u2019est pas la raison de sa panth\u00e9onisation et ses racines sont plus profondes. Elle nous a donn\u00e9 la cl\u00e9 de l\u2019\u00e9nigme qu\u2019est sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la France qui m\u2019a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance \u00e9ternelle. La France est douce, il fait bon y vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu\u2019il n\u2019y existe pas de pr\u00e9jug\u00e9s racistes. Ne suis-je pas devenue l\u2019enfant ch\u00e9rie des Parisiens. Ils m\u2019ont tout donn\u00e9, en particulier leur c\u0153ur. Je leur ai donn\u00e9 le mien. Je suis pr\u00eate, capitaine, \u00e0 leur donner aujourd\u2019hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l\u2019entendez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975) \u00e0 Jacques Abtey chef du contre-espionnage militaire \u00e0 Paris qui la cite dans \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais Libres\u00a0\u00bb.<em> La Guerre secr\u00e8te de Jos\u00e9phine Baker<\/em> (1948), Jacques Abtey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Septembre 1939. Le capitaine Abtey est charg\u00e9 de recruter des \u00ab\u00a0Honorables Correspondants\u00a0\u00bb susceptibles de se rendre partout et sans \u00e9veiller les soup\u00e7ons, pour recueillir des renseignements sur l\u2019activit\u00e9 des agents allemands. Elle se pr\u00e9sente \u00e0 lui en toute simplicit\u00e9, lors de leur premi\u00e8re rencontre, villa Beau Ch\u00eane au V\u00e9sinet. Elle expliquera ensuite sa m\u00e9thode pour faire passer des messages secrets\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s pratique d\u2019\u00eatre Jos\u00e9phine Baker. D\u00e8s que je suis annonc\u00e9e dans une ville, les invitations pleuvent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. A S\u00e9ville, \u00e0 Madrid, \u00e0 Barcelone, le sc\u00e9nario est le m\u00eame. J\u2019affectionne les ambassades et les consulats qui fourmillent de gens int\u00e9ressants. Je note soigneusement en rentrant\u2026 Ces papiers seraient sans doute compromettants si on les trouvait. Mais qui oserait fouiller Jos\u00e9phine Baker jusqu\u2019\u00e0 la peau\u00a0? Ils sont bien mis \u00e0 l\u2019abri, attach\u00e9s par une \u00e9pingle de nourrice (\u00e0 son soutien-gorge). D\u2019ailleurs mes passages de douane s\u2019effectuent toujours dans la d\u00e9contraction\u2026 Les douaniers me font de grands sourires et me r\u00e9clament effectivement des papiers\u2026 mais ce sont des autographes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lors de son passage \u00e0 Alger en 1943, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, en reconnaissance de ses actions dans la R\u00e9sistance, lui offre une petite Croix de Lorraine en or \u2013 qu\u2019elle vendra aux ench\u00e8res pour la somme de 350.000 francs au profit exclusif de la R\u00e9sistance. Titulaire d\u2019un brevet de pilote pour masquer son engagement dans le contre-espionnage, elle rejoint les Infirmi\u00e8res Pilotes Secouristes de l\u2019Air (<span class=\"caps\">IPSA<\/span>) et accueille des r\u00e9fugi\u00e9s de la Croix Rouge.<\/p>\n<p>\u00c0 ses fun\u00e9railles en 1975, c\u2019est la premi\u00e8re femme d\u2019origine am\u00e9ricaine \u00e0 recevoir les honneurs militaires. Et le Panth\u00e9on\u00a0? Id\u00e9e \u00e9mise par l\u2019\u00e9crivain R\u00e9gis Debray dans une tribune du <em>Monde<\/em>, 16 d\u00e9cembre 2013. Son pass\u00e9 de r\u00e9sistante, sur lequel la V\u00e9nus noire fut toujours discr\u00e8te, ainsi que son combat contre le racisme beaucoup plus m\u00e9diatis\u00e9, m\u00e9ritent de rester dans nos m\u00e9moires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle importance y a-t-il \u00e0 ce que je sois noire, blanche, jaune ou rouge\u00a0? (\u2026) Dieu, en nous cr\u00e9ant, n\u2019a pas fait de diff\u00e9rence. Pourquoi l\u2019homme voudrait-il le surpasser en cr\u00e9ant des lois auxquelles Dieu m\u00eame n\u2019a pas song\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jos\u00e9phine <span class=\"caps\">BAKER<\/span> (1906-1975), Discours du 28 d\u00e9cembre 1953 \u2013 Meeting de la <span class=\"caps\">LICA<\/span> (Ligue internationale contre l\u2019antis\u00e9mitisme) (<span class=\"caps\">LICA<\/span>) devenue en 1980 <span class=\"caps\">LICRA<\/span> (Ligue internationale contre le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son ch\u00e2teau des Milandes (o\u00f9 elle perd tout l\u2019argent gagn\u00e9 en tourn\u00e9es), elle est fi\u00e8re de sa \u00ab\u00a0tribu arc-en-ciel\u00a0\u00bb. Faute de pouvoir \u00eatre m\u00e8re, elle a adopt\u00e9 ses douze enfants, chacun d\u2019une ethnie diff\u00e9rente\u00a0(cor\u00e9en, finnois, fran\u00e7ais, japonais, ivoirien, colombien, canadien, alg\u00e9rien, marocain, v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, juif fran\u00e7ais\u2026).<\/p>\n<p>Elle retourne aux <span class=\"caps\">USA<\/span> en 1963 et participe \u00e0 la Marche sur Washington pour l\u2019emploi et la libert\u00e9 organis\u00e9e par Martin Luther King \u2013 elle prononce un discours, v\u00eatue de son ancien uniforme de l\u2019Arm\u00e9e de l\u2019air fran\u00e7aise et de ses m\u00e9dailles de r\u00e9sistante. Tout le reste de sa vie, elle mettra sa popularit\u00e9 au service de ses id\u00e9es inlassablement r\u00e9p\u00e9t\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Je combats la discrimination raciale, religieuse et sociale n\u2019importe o\u00f9 je la trouve, car je ne puis rester insensible aux malheurs de celui qui ne peut pas se d\u00e9fendre dans ce domaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bref, une belle personne, \u00e0 tout point de vue, partie de la Revue n\u00e8gre au music-hall des Champs-\u00c9lys\u00e9es et bienvenue au Panth\u00e9on de Paris.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/sennep.jpg\" width=\"670\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Le g\u00e9ant Sennep. \u00ab\u00a0Hommage \u00e0 un g\u00e9nie de la caricature\u00a0\u00bb, sign\u00e9 Ralph Soupault, <em>Fantasio<\/em>, 16 juillet 1933.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ennui avec nos hommes politiques, c\u2019est qu\u2019on croit faire leur caricature, alors qu\u2019on fait leur portrait.\u00a0\u00bb<span id=\"2844\" class=\"cit-num\">2844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SENNEP<\/span> (1894-1982), Potins de la Comm\u00e8re, <em>France-Soir<\/em>, 18\u00a0juin 1958<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des plus talentueux caricaturistes de la presse fran\u00e7aise, venu de <em>l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, d\u2019extr\u00eame-droite avant la Seconde Guerre, mais gaulliste ralli\u00e9 en 1941 et dessinateur attitr\u00e9 du <em>Figaro<\/em>. Il cible tout particuli\u00e8rement les politiques en for\u00e7ant syst\u00e9matiquement le trait\u00a0: les gros sont \u00e9normes, les maigres filiformes, parfois repr\u00e9sent\u00e9s sous forme d\u2019animaux. \u00c0 la fin de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, il caricaturait Hitler et sa r\u00e9flexion s\u2019applique parfaitement au dictateur. Les documents d\u2019\u00e9poque (film ou photo) en t\u00e9moignent et la voix compl\u00e8te le personnage \u2013 g\u00e9nialement incarn\u00e9 par Chaplin, en 1940.<\/p>\n<p>En attendant, la France de 1933 s\u2019installe dans la crise \u00e9conomique. Les divers gouvernements de centre droit ou centre gauche appliquent les m\u00eames m\u00e9thodes et renoncent au bout de quelques mois. L\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle provoque une mont\u00e9e de l\u2019antiparlementarisme et une violente mise en cause des institutions de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, port\u00e9es par les ligues d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre patriote, et \u00eatre Fran\u00e7ais, en 1932, c\u2019est vivre crucifi\u00e9. La France est en pleine d\u00e9composition.\u00a0\u00bb<span id=\"2659\" class=\"cit-num\">2659<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henry de <span class=\"caps\">MONTHERLANT<\/span> (1895-1972), <em>Carnets, 1930-1944<\/em> (1957)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fervent lecteur de Barr\u00e8s, patriote, sans \u00eatre pour autant nationaliste, adversaire d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Allemagne nazie, mais soup\u00e7onn\u00e9 ensuite de collaboration, Montherlant est moins politiquement engag\u00e9 que la plupart de ses confr\u00e8res. Il est surtout lucide, dans son pessimisme hautain.<br>La France est malade de la crise \u00e9conomique mondiale qui l\u2019atteint avec retard. La bataille politique perturbe un r\u00e9gime parlementaire dont l\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle est chronique. Les accords de Lausanne (juillet\u00a01932) ent\u00e9rinent le renoncement de la France aux r\u00e9parations allemandes. Et le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Paul Doumer, est victime d\u2019un attentat commis par un \u00e9migr\u00e9 russe, le 6\u00a0mai 1932. La situation ne peut qu\u2019empirer dans cette Entre-deux-guerres de tous les dangers, avec la mont\u00e9e des dictatures \u00e0 nos fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Cette caricature pleine-page, en noir et blanc, est extraite de <em>Fantasio<\/em>, petit hebdomadaire parisien d\u2019\u00e9chos et d\u2019humour (1906-1936) tir\u00e9 \u00e0 quelques dizaines de milliers d\u2019exemplaires. Son auteur Ralph Soupault (1904-1962) d\u00e9buta dans la presse d\u2019extr\u00eame gauche, rejoignit l\u2019autre extr\u00eame de <em>l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> au milieu des ann\u00e9es 1920. Collaborateur sous l\u2019Allemagne nazie, il sera condamn\u00e9 pour intelligence avec l\u2019ennemi \u00e0 la Lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Soupault salue ici son a\u00een\u00e9 Sennep. Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es dans <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, puis dans <em>L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em> et dans <em>Candide<\/em>, il s\u2019amuse f\u00e9rocement des m\u0153urs du Palais-Bourbon \u2013 Chambre des d\u00e9put\u00e9s figur\u00e9e en arri\u00e8re-plan \u2013 et fustige l\u2019incurie des hommes publics devant la situation. Le voici donc ici en g\u00e9ant \u00e0 grosses lunettes, arm\u00e9 d\u2019un pulv\u00e9risateur \u00e0 insectifuge, provoquant la panique parmi les leaders politiques de tous bords.<\/p>\n<p>Qui sont-ils\u00a0? Au premier plan, les responsables du Cartel des gauches, radicaux et socialistes de la Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>)) qui, apr\u00e8s avoir remport\u00e9 les \u00e9lections de 1932, se sont montr\u00e9s incapables de gouverner ensemble \u2013 les socialistes, refusant de participer au cabinet form\u00e9 par \u00c9douard Herriot, l\u2019ont conduit \u00e0 sa perte et finalement pouss\u00e9 les radicaux \u00e0 gouverner avec le centre droit. On reconna\u00eet, dans le coin gauche, Herriot, puis les socialistes L\u00e9on Blum (les bras lev\u00e9s) et Pierre Renaudel (qui nous fait face).<\/p>\n<p>Ce dessin est aussi une caricature de la pouss\u00e9e antiparlementaire qui se banalise, avant d\u2019atteindre son paroxysme au lendemain de la manifestation sanglante du 6 f\u00e9vrier 1934, devant le Palais-Bourbon. En 1933, le dessin antiparlementaire reste bon enfant\u00a0; il versera dans la pire injure, l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/1934.jpg\" width=\"760\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>1934. Le r\u00e9gime parlementaire s\u2019\u00e9croule. Anonyme.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0avec un constat et une solution\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Le r\u00e9gime parlementaire s\u2019\u00e9croule\u00a0! <br>R\u00e9vision de la Constitution.<span id=\"21\" class=\"cit-num\">21<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Palais-Bourbon, au fronton duquel pend un triste drapeau tricolore, se fissure et s\u2019effondre.<\/p>\n<p>La foule des d\u00e9put\u00e9s affol\u00e9s fuient en une d\u00e9bandade indigne, au point de chuter les uns sur les autres. Le responsable de ce s\u00e9isme politique n\u2019est pas d\u00e9sign\u00e9. Mais l\u2019opinion \u00e9clair\u00e9e ne peut que constater\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans doute faut-il incriminer d\u2019abord les institutions qui, d\u2019avance, d\u00e9truisent les chefs. Nul r\u00e9gime n\u2019aura, autant que le n\u00f4tre, us\u00e9 d\u2019individus plus rapidement.\u00a0\u00bb<span id=\"2624\" class=\"cit-num\">2624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> M\u00e9moires politiques<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9crivain engag\u00e9 \u00e9crit ces mots en juillet\u00a01933\u00a0: valse des gouvernements, cr\u00e9dibilit\u00e9 du r\u00e9gime entam\u00e9e dans l\u2019opinion, d\u2019o\u00f9 ce proc\u00e8s du radicalisme et, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, de la politique sous cette R\u00e9publique frapp\u00e9e d\u2019impuissance.<\/p>\n<p>Selon Andr\u00e9 Tardieu, on a \u00ab\u00a0substitu\u00e9 la souverainet\u00e9 parlementaire \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb. Le journal Ordre nouveau se d\u00e9cha\u00eenera en f\u00e9vrier\u00a01934 (\u00e9poque de l\u2019affaire Stavisky)\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de politique\u00a0; il n\u2019y a plus que des politiciens, six cents bavards soit inconscients, soit trop malins, toujours impuissants. \u00c9lire un d\u00e9put\u00e9 signifie trop souvent aujourd\u2019hui donner l\u2019impunit\u00e9 parlementaire \u00e0 un escroc, un receleur, un dangereux imb\u00e9cile.\u00a0\u00bb On reconna\u00eet le \u00ab\u00a0tous pourris\u00a0\u00bb devenu plus tard slogan d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et plus ou moins populiste.<\/p>\n<p>Le mode de scrutin proportionnel, qui induit un \u00e9miettement de la repr\u00e9sentation, favorise l\u2019instabilit\u00e9 gouvernementale. Les affiches participent de ce combat qui vaut \u00e0 la violence politique d\u2019op\u00e9rer un retour en force, le 6 f\u00e9vrier 1934. Au lendemain de cette grave crise politique, la droite retrouve le pouvoir, mais se voit r\u00e9duite \u00e0 de nouveaux exp\u00e9dients. Le minist\u00e8re Doumergue tombera en novembre 1934 apr\u00e8s avoir une nouvelle fois tent\u00e9 de r\u00e9viser la Constitution, tentative rest\u00e9e vaine et qui sera la derni\u00e8re de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/1934_suite.jpg\" width=\"686\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>1934. Suite. Jeu de massacre parlementaire. Anonyme.<\/p>\n<p>Sur cette affiche, le texte occupe les deux-tiers de la surface et le Parlement, de victime et d\u2019objet qu\u2019il \u00e9tait, devient le sujet malheureux et ridicule de l\u2019Histoire. <\/p>\n<p>La l\u00e9gende (r\u00e9sum\u00e9e) vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Jeu de massacre parlementaire.<br>En 17 ans le Parlement fran\u00e7ais a renvers\u00e9 30 minist\u00e8res.<br><span class=\"caps\">FRAN\u00c7AIS<\/span>\u00a0! un pareil r\u00e9gime ne peut pas durer\u2026<br><span class=\"caps\">EXIGEZ<\/span> la r\u00e9forme de la Constitution\u2026<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a 17 ans, c\u2019\u00e9tait la fin de la Grande Guerre. Les 30 minist\u00e8res renvers\u00e9s dans ce jeu de massacre prennent place dans un cadre qui rappelle (vaguement) la silhouette du Palais-Bourbon, Les \u00ab\u00a0t\u00eates\u00a0\u00bb \u00e0 abattre sont pr\u00e9sent\u00e9es dans l\u2019ordre chronologique de succession des minist\u00e8res, avec la photographie de chacun des pr\u00e9sidents du Conseil sur un socle \u00e0 son nom, de Clemenceau \u00e0 Doumergue. \u00ab\u00a0La dur\u00e9e moyenne d\u2019un minist\u00e8re est de 6 mois\u00a0\u00bb, dit le texte.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime en question n\u2019est pas nomm\u00e9, mais simplement d\u00e9sign\u00e9 par ses actes\u00a0: massacres des minist\u00e8res, impuissance face \u00e0 la crise et aux tensions europ\u00e9ennes qui ne sont pas davantage nomm\u00e9es. Le Fran\u00e7ais interpell\u00e9 est invit\u00e9 \u00e0 agir en exigeant la r\u00e9forme de la Constitution, r\u00e9forme qui passe par l\u2019obtention du droit de dissolution et de r\u00e9f\u00e9rendum, deux mesures susceptibles de modifier radicalement l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs au profit de l\u2019ex\u00e9cutif. Ce serait revenir aux origines de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et d\u2019un pouvoir pr\u00e9sidentiel fort, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Mac-Mahon\u2026 qui a d\u00fb se soumettre, puis se d\u00e9mettre, laissant place au pouvoir parlementaire.<\/p>\n<p>Ce genre de d\u00e9bat reprend toute son actualit\u00e9 en 2024, apr\u00e8s la dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s par le pr\u00e9sident Macron qui n\u2019avait plus de majorit\u00e9 pour gouverner. La Cinqui\u00e8me R\u00e9publique est un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel (cr\u00e9\u00e9 par de Gaulle), succ\u00e9dant \u00e0 la Quatri\u00e8me, r\u00e9gime parlementaire qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 trop faible pour r\u00e9gler le grave probl\u00e8me de la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie. \u00c9ternel retour des dilemmes et des choix politiques.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/couteau.jpg\" width=\"1024\" height=\"585\"><\/p>\n<p>1919. Comment voter contre le bolch\u00e9visme\u00a0? L\u2019homme au couteau entre les dents, Adrien Barri\u00e8re.<br>Autre version en 1936\u00a0: Contre \u00e7a, votez communiste. Cabrol.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re l\u00e9gende valait citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment voter contre le bolch\u00e9visme\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"28\" class=\"cit-num\">28<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), encercl\u00e9 \u00e0 Sedan, 1er\u00a0septembre 1870. <em>Histoire contemporaine<\/em> (1897), Samuel Denis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La symbolique du couteau entre les dents connut un succ\u00e8s grandissant en France. La premi\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence revient \u00e0 Adrien Barri\u00e8re qui illustre en 1919 la couverture d\u2019une brochure appelant les Fran\u00e7ais \u00e0 voter contre le bolchevisme, symbolis\u00e9 par l\u2019homme au couteau entre les dents, lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de novembre.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la r\u00e9volution d\u2019Octobre (1917), les diplomates et militaires fran\u00e7ais en poste en Russie tentent de comprendre la nouvelle donne politique et de composer avec un pouvoir bolchevique qui promeut la \u00ab\u00a0paix sans annexion ni compensation\u00a0\u00bb. Loin de repr\u00e9senter un moment de rupture, la s\u00e9quence de novembre 1917 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1918 est riche en projets de coop\u00e9rations militaires et d\u2019hypoth\u00e8ses d\u2019alliance entre Fran\u00e7ais et bolcheviks.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais, leurs alli\u00e9s et les bolcheviks ne renoncent que tr\u00e8s tardivement \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une coop\u00e9ration militaire, voire d\u2019une alliance contre l\u2019Allemagne. Il faut une s\u00e9rie de crises diplomatiques et militaires pour que la rupture soit consomm\u00e9e et que les bolcheviks soient d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9s comme des ennemis.<\/p>\n<p>La seconde l\u00e9gende vaut \u00e9galement citation\u00a0en 1936\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Contre \u00e7a, votez communiste\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1934, les R\u00e9publicains nationaux d\u2019Henri de K\u00e9rillis (1889-1958), ancien r\u00e9sistant de la Grande Guerre appartenant \u00e0 la droite patriote, sinon nationaliste, r\u00e9activ\u00e8rent le symbole en pla\u00e7ant cette fois le couteau entre les dents non plus d\u2019un bolchevik ivre de sang, mais d\u2019un Staline diabolis\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>En 1936, \u00e0 la veille des \u00e9lections l\u00e9gislatives qui vont donner la victoire au Front populaire, Cabrol le caricaturiste du <em>Populaire<\/em> (journal communiste) renoue \u00e0 son tour avec le d\u00e9tournement de l\u2019embl\u00e8me de l\u2019anticommunisme. Dans un style volontairement caricatural, cette parodie perp\u00e9tue l\u2019ancrage du symbole du couteau dans l\u2019imaginaire national, tout en d\u00e9voilant nettement l\u2019alternative pour les Fran\u00e7ais\u00a0: Hitler ou Staline, \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0communiste\u00a0\u00bb, barbarie ou Front populaire.<\/p>\n<p>Rappelons que la Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale communiste (<span class=\"caps\">S.F.I.C.<\/span>) est n\u00e9e en novembre 1920 de la scission entre socialistes et communistes, lors du congr\u00e8s de Tours de la <span class=\"caps\">S.F.I.O.<\/span> Entre 1921 et 1933, le <span class=\"caps\">PCF<\/span> (parti communiste fran\u00e7ais) conna\u00eet une p\u00e9riode d\u2019\u00e9clipse \u00e9lectorale et de d\u00e9saffection militante. Abandonnant avec l\u2019accord de Staline la strat\u00e9gie de lutte \u00ab\u00a0classe contre classe\u00a0\u00bb, les communistes s\u2019engagent alors dans le combat antifasciste. Hitler s\u2019\u00e9tant d\u00e9finitivement empar\u00e9 du pouvoir en Allemagne, Staline, un temps h\u00e9sitant, accepte la possibilit\u00e9 d\u2019une alliance avec les socialistes et les radicaux-socialistes, partis \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb. En France, la mont\u00e9e en puissance des ligues d\u2019extr\u00eame droite, dont la crise du 6 f\u00e9vrier 1934 est la manifestation la plus visible, justifie plus encore l\u2019adoption de la \u00ab\u00a0politique de la main tendue\u00a0\u00bb par Maurice Thorez, dirigeant de la <span class=\"caps\">S.F.I.C.<\/span> Socialistes, communistes et radicaux signent alors des accords \u00e9lectoraux qui leur permettront de remporter largement les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1936 et de former un gouvernement de \u00ab\u00a0Front populaire\u00a0\u00bb. Le Nouveau Front populaire en 2024 renouvellera le pari. L\u2019enjeu n\u2019est pourtant pas le m\u00eame, malgr\u00e9 la dramatisation de la situation. L\u2019Histoire ne se r\u00e9p\u00e8te pas, mais elle b\u00e9gaie.<\/p>\n<p>Cabrol recourt au m\u00eame cadrage contre Hitler, r\u00e9sum\u00e9 dans un \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb profond\u00e9ment m\u00e9prisant, auquel il oppose radicalement le terme \u00ab\u00a0communiste\u00a0\u00bb. Le manche du couteau est orn\u00e9 de symboles contemporains\u00a0: la t\u00eate de mort des Croix-de-feu \u00e0 gauche, le casque ail\u00e9 et l\u2019\u00e9p\u00e9e des Jeunes Patriotes au centre, la fleur de lys de l\u2019Action fran\u00e7aise \u00e0 droite. La moustache de Hitler, loin de rappeler des flamm\u00e8ches comme dans la chevelure de Staline, dessine clairement une aigle imp\u00e9riale allemande (figure h\u00e9raldique). Il accentue le caract\u00e8re parodique du portrait\u00a0: les pupilles rappellent des svastikas (croix aux branches coud\u00e9es), les oreilles et le nez du dictateur nazi sont rouges, ses traits compl\u00e8tement d\u00e9form\u00e9s, sa fameuse frange exag\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019au ridicule. Il en faudra plus pour le tuer \u2013 une guerre mondiale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/blum.jpg\" width=\"696\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>La Terre promise, caricature de L\u00e9on Blum par Ralph Soupault (1904-1962), <em>Le Charivari<\/em> (en couverture), 20 f\u00e9vrier 1937. (lithographie en couleur). Collection priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019Allemagne qui conna\u00eet tr\u00e8s t\u00f4t un regain d\u2019antis\u00e9mitisme, l\u2019Union sacr\u00e9e suivie de la victoire de 1918 en France ont emp\u00each\u00e9 que se diffusent massivement la haine des juifs. Il faut attendre les ann\u00e9es 1930 pour que l\u2019antis\u00e9mitisme retrouve un certain niveau d\u2019adh\u00e9sion, mouvement qui s\u2019accentue avec l\u2019accession d\u2019un juif \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil\u00a0: L\u00e9on Blum. L\u2019appel nominatif au meurtre est \u00e0 venir\u2026<\/p>\n<p>Parmi les dessinateurs jud\u00e9ophobes, Ralph Soupault caricaturiste engag\u00e9 d\u2019extr\u00eame-droite se montre le plus acharn\u00e9, r\u00e9actualisant des motifs qui avaient \u00e9merg\u00e9 pendant l\u2019Affaire Dreyfus et les ann\u00e9es suivantes. Le s\u00e9cateur qui permet de d\u00e9membrer la France renvoie ici \u00e0 la circoncision.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est revenu un espoir, un go\u00fbt du travail, un go\u00fbt de la vie.\u00a0\u00bb<span id=\"2681\" class=\"cit-num\">2681<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), constat du chef du gouvernement, 31\u00a0d\u00e9cembre 1936. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 La France a une autre mine et un autre air. Le sang coule plus vite dans un corps rajeuni. Tout fait sentir qu\u2019en France, la condition humaine s\u2019est relev\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Georges Duby confirme, dans son <em>Histoire de la France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le Front populaire, ce n\u2019est pas seulement un catalogue de lois ou une coalition parlementaire. C\u2019est avant tout l\u2019intrusion des masses dans la vie politique et l\u2019\u00e9closion chez elle d\u2019une immense esp\u00e9rance [\u2026] Il y a une exaltation de 1936 faite de foi dans l\u2019homme, de croyance au progr\u00e8s, de retour \u00e0 la nature, de fraternit\u00e9 et qu\u2019on retrouve aussi bien dans les films de Renoir que dans ce roman de Malraux qui relate son aventure espagnole et justement s\u2019appelle <em>L\u2019Espoir<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux pas faire la guerre pour Hitler, moi je le dis, mais je veux pas la faire contre lui, pour les Juifs\u2026 On a beau me salader \u00e0 bloc, c\u2019est bien les Juifs et eux seulement, qui nous poussent aux mitrailleuses\u2026 Il aime pas les Juifs Hitler, moi non plus\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"2688\" class=\"cit-num\">2688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Ferdinand <span class=\"caps\">C\u00c9LINE<\/span> (1894-1961), <em>Bagatelles pour un massacre<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(C\u00e9line met une majuscule aux Juifs, dans la logique de la doctrine nazie, faisant r\u00e9f\u00e9rence au peuple, et plus encore \u00e0 la race).<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le seul antis\u00e9mite de ces ann\u00e9es-l\u00e0, mais c\u2019est l\u2019un de ceux qui s\u2019expriment avec le plus de violence \u2013 et un g\u00e9nie litt\u00e9raire non contestable dans ses romans. Ce pamphlet o\u00f9 la haine l\u2019\u00e9gare ach\u00e8ve de faire l\u2019unanimit\u00e9 contre lui. Il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 des ennemis chez les bien-pensants avec son <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> (1932) qui attaque le militarisme, le colonialisme, l\u2019injustice sociale. Ses impressions de retour d\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> publi\u00e9es dans<em> Mea Culpa<\/em> (1936) lui ont ensuite ali\u00e9n\u00e9 tous les sympathisants communistes. Il pourra ensuite jouer les incompris, mais difficilement les victimes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils s\u2019obstinent, ces cannibales, \u00e0 faire de nous des h\u00e9ros, il faut que nos premi\u00e8res balles soient pour Mandel, Blum et Reynaud.\u00a0\u00bb<span id=\"2697\" class=\"cit-num\">2697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0\u00c0 bas la guerre\u00a0\u00bb,<em> l\u2019Action Fran\u00e7aise<\/em>, num\u00e9ro saisi le 27\u00a0septembre 1938.<em> La Vie politique sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique\u00a0: 1870-1940<\/em> (1984), Jean-Marie Mayeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le num\u00e9ro para\u00eet en pleine crise de Munich, avec l\u2019article ainsi titr\u00e9. Les termes disent la violence de l\u2019opposition d\u2019extr\u00eame droite\u00a0: antis\u00e9mitisme et appel (nominatif\u00a0!) au meurtre, ce qui a d\u00e9j\u00e0 tu\u00e9 Jaur\u00e8s \u00e0 la veille de la guerre, en 1914.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/guernica.jpg\" width=\"1024\" height=\"469\"><\/p>\n<p>Guernica (1937), Mus\u00e9e Reina Sofia de Madrid.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est vous qui avez fait cela\u00a0?<br>\u2014 Non\u2026 Vous\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"32\" class=\"cit-num\">32<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse de Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> \u00e0 Otto <span class=\"caps\">ABETZ<\/span>, ambassadeur du Troisi\u00e8me Reich \u00e0 Paris durant l\u2019Occupation. Cit\u00e9 par Roland Penrose (1900-1984), <em>Pablo Picasso. His Life and Work<\/em> (1958), biographie traduite en fran\u00e7ais, <em>Picasso<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Picasso avait quitt\u00e9 le Bateau-Lavoir, cit\u00e9 d\u2019artistes de ses d\u00e9buts \u00e0 Montmartre, et vivait rue des Grands-Augustins \u00e0 Paris. Aux visiteurs allemands des ann\u00e9es 1940, il distribuait volontiers des photos de Guernica\u00a0 (toile conserv\u00e9e \u00e0 New York au MoMA)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Emportez-les. Souvenirs, souvenirs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lundi 26 avril 1937, jour de march\u00e9, quatre escadrilles compos\u00e9es d\u2019appareils de la l\u00e9gion Condor, de bombardiers italiens et escort\u00e9es par des avions de chasse allemands bombardent la ville, symbole historique des libert\u00e9s traditionnelles basques. Cette op\u00e9ration permet aux 44 avions allemands et 11 italiens de tester leurs nouvelles armes. L\u2019attaque d\u00e9bute \u00e0 17 h 30 et dure trois heures, par vagues successives, \u00e0 la mitrailleuse puis aux bombes explosives et incendiaires. Entre les destructions directes et la propagation des incendies, les deux tiers de cette ville de 6 000 habitants sont d\u00e9truits. Le bilan humain demeure controvers\u00e9 \u2013 de 120 morts \u00e0 plus de 1 500.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s, Picasso apprend le drame de Guernica. Tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la d\u00e9fense de la R\u00e9publique espagnole et marqu\u00e9 par la prise de Malaga \u2013 sa ville natale \u2013 par les rebelles en f\u00e9vrier, il d\u00e9cide de prendre ce crime pour th\u00e8me de la commande faite par le gouvernement r\u00e9publicain en guerre, destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9corer le pavillon de l\u2019Espagne \u00e0 l\u2019Exposition internationale dite \u00ab\u00a0des arts et des techniques appliqu\u00e9s \u00e0 la vie moderne\u00a0\u00bb de Paris. Il esp\u00e8re, entre autres, convaincre la France de sortir de sa neutralit\u00e9 et de s\u2019engager au c\u00f4t\u00e9 des R\u00e9publicains. L\u2019intervention directe des Allemands et des Italiens pourrait provoquer cet engagement. Il n\u2019en fut rien.<\/p>\n<p>Du 1er au 11 mai, Picasso con\u00e7oit <em>Guernica<\/em> et le r\u00e9alise en quelques semaines, assist\u00e9 de sa ma\u00eetresse Dora Maar qui photographie l\u2019\u0153uvre en gestation et l\u2019artiste en pleine cr\u00e9ation. Le choix du noir et blanc n\u2019est pas seulement d\u00fb \u00e0 l\u2019urgence et aux couleurs du deuil. Il rejoint la perception des reportages photographiques dans les journaux. La toile achev\u00e9e le 4 juin est expos\u00e9e \u00e0 partir du 12 juillet\u00a0: trop \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb, trop \u00ab\u00a0compliqu\u00e9\u00a0\u00bb, trop c\u00e9r\u00e9bral. Par ailleurs insuffisamment engag\u00e9 de fa\u00e7on explicite\u00a0: ni symboles politiques, ni r\u00e9f\u00e9rences exactes \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, ni \u00e9vocation de la cause menant \u00e0 la catastrophe. Tout cela fait aujourd\u2019hui sa force, son universalit\u00e9, son intemporalit\u00e9\u00a0: un manifeste contre la guerre et l\u2019horreur, par la repr\u00e9sentation, dans une grande \u00ab\u00a0peinture d\u2019histoire\u00a0\u00bb (3,493 x 7,766 m), d\u2019une sc\u00e8ne de violence, de barbarie et de mort. On peut y voir une g\u00e9niale caricature de la r\u00e9alit\u00e9, appartenant \u00e0 la p\u00e9riode cubiste de l\u2019artiste, n\u00e9e en 1906 avec <em>Les Demoiselles d\u2019Avignon.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019exprime clairement mon horreur sur la caste militaire qui a fait sombrer l\u2019Espagne dans un oc\u00e9an de douleur et de mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La peinture n\u2019est pas faite pour d\u00e9corer les appartements, c\u2019est un instrument de guerre offensif et d\u00e9fensif contre l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peindre un tableau, c\u2019est engager une action dramatique au cours de laquelle la r\u00e9alit\u00e9 se trouve d\u00e9chir\u00e9e. Ce drame l\u2019emporte sur toute autre consid\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> (1881-1973)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019Exposition, la toile part pour Londres, puis voyage en Europe, afin de collecter des fonds pour la cause r\u00e9publicaine. \u00c0 partir de 1939, elle est au Museum of Modern Art (Moma) de New York. En novembre 1970, dans une lettre \u00e9crite avec son avocat Roland Dumas, Picasso refuse que le tableau aille en Espagne au pouvoir de Franco, et aussi longtemps que \u00ab\u00a0les libert\u00e9s publiques n\u2019y seront pas r\u00e9tablies\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur les sources d\u2019inspiration du tableau (<em>Horreurs de la guerre<\/em> de Cranach et Goya, <em>Massacre des Innocents<\/em> de Poussin) et sur son symbolisme (taureau, cheval, oiseau, lumi\u00e8re). Reste la port\u00e9e politique et historique de <em>Guernica.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne cherche pas, je trouve.\u00a0\u00bb<span id=\"3142\" class=\"cit-num\">3142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> (1881-1973). <em>Le Sens ou La Mort\u00a0: essai sur Le Miroir des limbes d\u2019Andr\u00e9 Malraux<\/em> (2010), Claude Pillet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 8\u00a0avril 1973 meurt \u00e0 Mougins le plus grand peintre du si\u00e8cle, \u00e2g\u00e9 de 91\u00a0ans et travaillant jusqu\u2019au bout \u2013 il fut aussi dessinateur, graveur, sculpteur, c\u00e9ramiste. C\u2019est un mythe toujours vivant. En 1907, ses <em>Demoiselles d\u2019Avignon<\/em>, rupture avec l\u2019art figuratif et attentat contre la vraisemblance, provoqu\u00e8rent stupeur et scandale. Malraux voit dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre \u00ab\u00a0la plus grande entreprise de destruction et de cr\u00e9ation de formes de notre temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es\u00a01970 et\u00a01980 marquent l\u2019explosion du march\u00e9 de l\u2019art avec une inflation record des prix de vente\u00a0: <em>Yo Picasso<\/em> (<em>Moi Picasso<\/em>, autoportrait) voit son prix d\u00e9cupler de 1981 \u00e0 1989 (310\u00a0millions de francs). En 2010, <em>Nu au plateau de sculpteur<\/em> (portrait de sa ma\u00eetresse et muse Marie-Th\u00e9r\u00e8se Walter en 1932) bat le record de l\u2019\u0153uvre d\u2019art la plus ch\u00e8re jamais vendue aux ench\u00e8res\u00a0: adjug\u00e9e pour 106,4\u00a0millions de dollars chez Christie\u2019s \u00e0 New York.<\/p>\n<p>La folie des prix continue et Picasso \u00ab\u00a0garde la cote\u00a0\u00bb\u00a0: printemps 2021, ses <em>Femmes d\u2019Alger<\/em> (1955) ont battu un nouveau record aux ench\u00e8res chez Christie\u2019s \u00e0 New York\u00a0: 161,5 millions de dollars.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/hitler.jpg\" width=\"724\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Hitler dresse le cousin russe. Fin ao\u00fbt 1939. Gilbert. Carte postale. M\u00e9morial de Caen.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation, bien dans le ton de la caricature plus subtile qu\u2019il n\u2019y para\u00eet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hitler dresse le cousin russe.\u00a0\u00bb<span id=\"39\" class=\"cit-num\">39<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9es \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, les cartes postales reprennent des th\u00e8mes politiques ou d\u2019actualit\u00e9 sur un mode satirique, humoristique et plus ou moins didactique. Florissantes des ann\u00e9es 1910 aux ann\u00e9es 1930, elles sont moyens de communication autant qu\u2019objets de collection. Diffus\u00e9e dans toute la France, cette carte postale reprend les codes caract\u00e9ristiques du genre, montrant un v\u00e9ritable jeu de dupes dont personne n\u2019est dupe (pas plus les parties prenantes de l\u2019accord que les observateurs \u00e9trangers et fran\u00e7ais).<\/p>\n<p>Le dessin au trait simple et direct repr\u00e9sente l\u2019accord entre Hitler et Staline conclu par le pacte germano-sovi\u00e9tique (23 ao\u00fbt 1939)\u00a0: trait\u00e9 de non-agression entre l\u2019Allemagne et l\u2019Union Sovi\u00e9tique, sign\u00e9 au Kremlin en pr\u00e9sence de Staline par les ministres des Affaires \u00c9trang\u00e8res allemand (von Ribbentrop) et russe (Molotov).<\/p>\n<p>Cet accord stup\u00e9fie le monde entier\u00a0! La rh\u00e9torique nazie est nourrie d\u2019anticommunisme, l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> et ses dirigeants \u00e9tant toujours pr\u00e9sent\u00e9s comme les ennemis du fascisme contre lequel ils ont d\u2019ailleurs lutt\u00e9 en Espagne pendant la guerre civile. Les communistes occidentaux sont d\u00e9boussol\u00e9s\u00a0: en France, des militants, cadres et parlementaires d\u00e9missionnent du parti. Le Pr\u00e9sident du Conseil Daladier trouve dans ce pacte une occasion d\u2019interdire la presse communiste (26 ao\u00fbt), avant de dissoudre le parti une fois la guerre d\u00e9clar\u00e9e (27 septembre).<\/p>\n<p>M\u00eame si la Russie communiste n\u2019est plus l\u2019alli\u00e9 de 1914, la perspective d\u2019avoir \u00e0 affronter l\u2019Allemagne sans un soutien russe ouvrant un front \u00e0 l\u2019est effraie \u00e0 juste titre. A l\u2019instar de la carte postale \u00ab\u00a0Hitler dresse le cousin russe\u00a0\u00bb \u00e9dit\u00e9e entre fin ao\u00fbt et septembre 1939, nombre de m\u00e9dias (illustrations, presse, radio, actualit\u00e9s film\u00e9es) reviennent tr\u00e8s largement sur cet \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la caricature refl\u00e8te la perplexit\u00e9 de l\u2019opinion. Les deux leaders se tiennent debout sur une carte de l\u2019Europe (Hitler \u00e0 l\u2019Ouest, Staline \u00e0 l\u2019Est). Reconnaissable \u00e0 sa m\u00e8che (exag\u00e9r\u00e9e, un peu d\u00e9sordonn\u00e9e), \u00e0 sa moustache et son uniforme avec la croix gamm\u00e9e, Hitler joue du tambourin pour un Staline caricatur\u00e9 en ours, portant une casquette marqu\u00e9e de l\u2019\u00e9toile rouge \u2013 on reconna\u00eet les traits de son visage, jusqu\u2019\u00e0 la moustache. Le tambourin \u00e9voque un dressage en douceur, presque hypnotique par la musique (les belles paroles), mais le fouet sous le bras d\u2019Hitler sugg\u00e8re d\u2019autres mani\u00e8res et d\u2019autres \u00e9tapes possibles du rapport entre le ma\u00eetre et la b\u00eate.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la mine et la silhouette bonhommes de Staline sont d\u00e9menties par la faucille pleine de sang qu\u2019il tient entre ses \u00ab\u00a0mains\u00a0\u00bb. L\u2019ob\u00e9issance, la docilit\u00e9 de l\u2019ours dress\u00e9 et normalement inoffensif doivent \u00eatre relativis\u00e9es. Presque aussi mena\u00e7antes que le fouet et la faucille, les pattes griffues de Staline comme les chaussures clout\u00e9es d\u2019Hitler sugg\u00e8rent un danger pour l\u2019Europe sur laquelle elles p\u00e8sent.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l&#8217;italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson. Mani\u00e8re originale de revoir l\u2019Histoire en citations, on [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":208,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-11455","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11455","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11455"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11455\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12100,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11455\/revisions\/12100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11455"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11455"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}