{"id":11617,"date":"2025-08-04T08:32:23","date_gmt":"2025-08-04T06:32:23","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/plus-de-50-idees-recues-qui-faussent-lhistoire\/"},"modified":"2025-08-12T08:41:08","modified_gmt":"2025-08-12T06:41:08","slug":"plus-de-50-idees-recues-qui-faussent-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/plus-de-50-idees-recues-qui-faussent-lhistoire\/","title":{"rendered":"Plus de 50 id\u00e9es re\u00e7ues qui faussent l\u2019Histoire\u00a0!"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur de ce monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), Sur une philosophie de l\u2019expression, revue <em>Po\u00e9sie<\/em> 44<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et en d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, la grande t\u00e2che de l\u2019homme est de ne pas servir le mensonge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019Histoire nous donne des rep\u00e8res \u2013 encore faut-il qu\u2019ils soient clairs\u2026 et historiquement exacts.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de toutes les confusions, approximations, exag\u00e9rations et autres fake-news, voici donc 55 rep\u00e8res historiques\u00a0: points fondamentaux ou d\u00e9tails anecdotiques, amusants ou tragiques\u2026 \u00e0 m\u00e9diter et partager \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin: 10px 15px;float: left\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/histoire-en-citations-volume-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">GAULE<\/span><\/h3>\n<h4>1. \u00ab\u00a0Les Francs dont nous descendons\u2026\u00a0\u00bb\u00a0: trop simple pour \u00eatre vrai.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Francs dont nous descendons. Eh\u00a0! mon ami, qui vous a dit que vous descendez en droite ligne d\u2019un Franc\u00a0? Hildvic ou Clodvic, que nous nommons Clovis, n\u2019avait probablement pas plus de vingt mille hommes [\u2026] quand il subjugua environ huit ou dix millions de Welches ou Gaulois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"51\" class=\"cit-num\">51<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Dictionnaire philosophique<\/em> (1764)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au <span class=\"caps\">III<\/span>e si\u00e8cle, sous le Bas-Empire romain affaibli, les premi\u00e8res invasions germaniques franchissent le Rhin\u00a0: Francs et Alamans, ces nouveaux peuples vont s\u2019installer en Gaule, comme cultivateurs ou soldats au service des Romains. Apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire romain d\u2019Occident (476), les Francs vont conqu\u00e9rir la Gaule avec leur chef Clovis. Il deviendra roi en 481\u2026 et les Gaulois adopteront le nom de Francs.<\/p>\n<p>Saluons au passage l\u2019esprit de Voltaire, le grand philosophe du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Dans la m\u00eame logique, on chansonnera au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle \u00ab\u00a0nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0\u00bb (texte de Boris Vian, chanson compos\u00e9e et interpr\u00e9t\u00e9e par Henri Salvador) qui se retrouveront en personnages de <span class=\"caps\">BD<\/span>\u00a0: <em>Ast\u00e9rix<\/em> sign\u00e9 Goscinny (dessinateur) et Uderzo (sc\u00e9nariste). Mais les Gaulois ont acquis leurs lettres de noblesse historique un si\u00e8cle plus t\u00f4t, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e qui a invent\u00e9 l\u2019Histoire en tant que science, et mati\u00e8re \u00e0 enseigner aux enfants pour en faire de bons citoyens.<\/p>\n<h4>2. \u00ab\u00a0Nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0\u00bb\u00a0: fondement du \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb n\u00e9 au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e s.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autrefois, notre pays s\u2019appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"500\" class=\"cit-num\">500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">LAVISSE<\/span> (1842-1922), \u00ab\u00a0Petit Lavisse\u00a0\u00bb, premier manuel d\u2019histoire nationale (1884)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi d\u00e9bute le manuel de notre \u00ab\u00a0instituteur national\u00a0\u00bb (mot de Pierre Nora), cat\u00e9chisme patriotique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, apr\u00e8s la d\u00e9faite de Sedan (1870).<\/p>\n<p>Les historiens critiqueront ensuite cette formule\u00a0: la \u00ab\u00a0Gaule\u00a0\u00bb est une fiction g\u00e9ographique, une invention des Romains pour d\u00e9signer un peuple h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, constitu\u00e9 d\u2019ethnies diff\u00e9rentes, les Ambiens, les Helv\u00e8tes, les Pictes et autres Celtes. Jules C\u00e9sar parle \u00ab\u00a0des Gaules\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer le territoire qu\u2019il a conquis de 58 \u00e0 51-50 av. J.-C.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb des anc\u00eatres gaulois est n\u00e9e sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: la noblesse est associ\u00e9e aux Francs de Clovis, fondateurs de la monarchie et le peuple triomphant assimil\u00e9 aux Gaulois qui se veulent libres. L\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s appelle \u00e0 \u00ab\u00a0renvoyer dans les for\u00eats de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle pr\u00e9tention d\u2019\u00eatre issues de la race des conqu\u00e9rants.\u00a0\u00bb <em>Qu\u2019est-ce que le Tiers \u00c9tat<\/em>, c\u00e9l\u00e8bre pamphlet de 1789.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00e8me si\u00e8cle, le mythe gaulois devient s\u00e9rieusement politique. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> qui se prend pour C\u00e9sar ordonne des fouilles sur les sites de Gergovie et d\u2019Alesia, terrains des deux batailles. Vercing\u00e9torix, chef gaulois vaincu par C\u00e9sar est exhum\u00e9 des oubliettes de l\u2019histoire et rentre dans les manuels sous le Second Empire.<\/p>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique fera de Vercing\u00e9torix le premier h\u00e9ros national, chef d\u2019une nation luttant dans l\u2019adversit\u00e9. Les Gaulois r\u00e9sistant aux Romains renvoie \u00e0 la France vaincue par les Prussiens \u00e0 Sedan et victime d\u2019un si\u00e8ge long et p\u00e9nible. On cr\u00e9e les contours d\u2019une imagerie populaire, avec le Gaulois blond et bon sauvage, moustachu et ripailleur\u2026 qu\u2019on retrouvera chez <em>Ast\u00e9rix<\/em>. Certains historiens nationalistes tent\u00e8rent de mesurer \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb la part de sang gaulois qui coulait dans les veines de leurs contemporains\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Fran\u00e7ais n\u2019est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudi\u00e8re o\u00f9, sous la pr\u00e9sidence du roi de France, ont ferment\u00e9 ensemble les \u00e9l\u00e9ments les plus divers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892), <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019une nation\u00a0?<\/em> (1882), titre de sa conf\u00e9rence \u00e0 la Sorbonne, publi\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les historiens de l\u2019\u00e9poque en sont bien conscients\u00a0: l\u2019ascendance gauloise des Fran\u00e7ais est une fiction qui n\u2019a rien d\u2019historique. L\u2019objectif est id\u00e9ologique\u00a0: forger la nation \u00e0 travers un r\u00e9cit commun, celui du \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ernest Lavisse l\u2019explique d\u2019ailleurs en bon instituteur national\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a dans le pass\u00e9 le plus lointain une po\u00e9sie qu\u2019il faut verser dans les jeunes \u00e2mes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons-leur aimer nos anc\u00eatres les Gaulois et les for\u00eats des druides, Charles Martel \u00e0 Poitiers, Roland \u00e0 Roncevaux, Godefroi de Bouillon \u00e0 J\u00e9rusalem, Jeanne d\u2019Arc, Bayard, tous nos h\u00e9ros du pass\u00e9, m\u00eame envelopp\u00e9s de l\u00e9gendes, car c\u2019est un malheur que nos l\u00e9gendes s\u2019oublient, que nous n\u2019ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute po\u00e9sie que les refrains orduriers et b\u00eates, venus de Paris. Un pays comme la France ne peut vivre sans po\u00e9sie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les petits \u00e9coliers fran\u00e7ais apprendront cette le\u00e7on, jusque dans les colonies aux peuples indig\u00e8nes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019on a occult\u00e9 le r\u00e9cit v\u00e9ridique de notre histoire, beaucoup plus multiculturel et multiethnique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Suzanne <span class=\"caps\">CITRON<\/span> (1922-2018 ), <em>Le Mythe national. L\u2019histoire de France revisit\u00e9e<\/em> (2017)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, \u00ab\u00a0nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0\u00bb est une phrase critiqu\u00e9e d\u2019un point de vue historique et id\u00e9ologique. Elle ne permet pas l\u2019inclusion des minorit\u00e9s, nourrit la x\u00e9nophobie, nie les richesses du multiculturalisme.<\/p>\n<p>Et malgr\u00e9 tout\u2026 La volont\u00e9 de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire dans un sens plus \u00ab\u00a0lavissien\u00a0\u00bb pour forger le roman national ressurgit r\u00e9guli\u00e8rement chez les politiques de droite, Nicolas Sarkozy et Fran\u00e7ois Fillon, Emmanuel Macron pr\u00f4nant plus r\u00e9cemment le retour au r\u00e9cit chronologique et aux personnages.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi le pari de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> qui cumule autant que possible les deux approches, th\u00e9matique et chronologique\u00a0!<\/p>\n<h4>3. La th\u00e9orie des\u00a0\u00ab\u00a0fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb\u00a0: une r\u00e9alit\u00e9 essentiellement politique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Gaule avait \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e et fortifi\u00e9e par la nature avec un art v\u00e9ritable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Flavius <span class=\"caps\">JOS\u00c8PHE<\/span> (37-100), <em>Guerres des Juifs<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La constatation de cet historien juif du Ier\u00a0si\u00e8cle se retrouve chez son confr\u00e8re latin Ammien Marcellin au ive\u00a0si\u00e8cle. Mais fleuves et montagnes ne sont pas infranchissables\u00a0!<\/p>\n<p>La Gaule (anc\u00eatre de la France) a p\u00e9riodiquement subi des vagues d\u2019invasions, profitant par ailleurs d\u2019une exceptionnelle diversit\u00e9 de peuplements et de civilisations. Il faut attendre le Moyen \u00c2ge pour que le pays acqui\u00e8re un territoire \u00e0 peu pr\u00e8s hexagonal, en m\u00eame temps que sa coh\u00e9sion, sa conscience nationale et, plus tard, une notion pr\u00e9cise de la fronti\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Paris boira le Rhin, toute la Gaule aura sa fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"508\" class=\"cit-num\">508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BON<\/span> (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle), <em>Le Rhin au Roy<\/em> (1568). \u00ab\u00a0La Monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime et les fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb, Gaston Zeller, <em>Revue d\u2019histoire moderne<\/em> (1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pamphlet est sign\u00e9 d\u2019un Lorrain, connu aussi comme m\u00e9decin de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> et des Guise (branche cadette de la maison de Lorraine, politiquement tr\u00e8s active et catholique).<\/p>\n<p><em>Le Rhin au Roy<\/em> rappelle les limites de l\u2019ancienne Gaule et manifeste sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une politique rh\u00e9nane plut\u00f4t qu\u2019italienne. Autrement dit, le Rhin est plus n\u00e9cessaire que le P\u00f4. On peut y voir une des premi\u00e8res expressions de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles de la France\u00a0: Rhin, Alpes et Pyr\u00e9n\u00e9es forment ses limites continentales, mer du Nord et Manche (<em>Channel<\/em>), Atlantique et M\u00e9diterran\u00e9e compl\u00e9tant l\u2019hexagone.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles existe sans doute \u00e0 l\u2019\u00e9tat latent dans la politique des rois de l\u2019Ancien R\u00e9gime, m\u00eame si les historiens sont partag\u00e9s sur ce point \u2013 comme sur beaucoup d\u2019autres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendre \u00e0 la France les fronti\u00e8res que la nature lui a assign\u00e9es, confondre la Gaule avec la France et, partout o\u00f9 fut la Gaule antique, la reconstituer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"601\" class=\"cit-num\">601<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut voir dans cette phrase l\u2019expression de la politique des fronti\u00e8res naturelles, r\u00e9currente dans l\u2019histoire de France. Elle n\u2019est pas syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019\u00e9poque, m\u00eame si elle demeure \u00e0 l\u2019\u00e9tat latent dans les consciences. Au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, les fronti\u00e8res de la France \u00e0 l\u2019est sont trop voisines de Paris, de sorte que la capitale est menac\u00e9e en cas de conflit \u2013 cette \u00e9vidence redeviendra sensible au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, face \u00e0 l\u2019ennemi allemand.<\/p>\n<p>Richelieu veut surtout occuper des points strat\u00e9giques importants, pour bloquer les routes de communication de l\u2019adversaire et pr\u00e9venir l\u2019invasion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les limites de la France sont marqu\u00e9es par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points\u00a0: \u00e0 l\u2019Oc\u00e9an, au Rhin, aux Alpes, aux Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), <em>Discours civiques de Danton sur\u00a0les fronti\u00e8res naturelles<\/em>, 31 janvier1793<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Discours destin\u00e9 \u00e0 justifier la r\u00e9union de la Belgique \u00e0 la France. L\u2019orateur est loin d\u2019\u00eatre le seul \u00e0 penser ainsi. La question des fronti\u00e8res et des limites naturelles sous-tend les d\u00e9bats sur la r\u00e9union d\u2019Avignon ou de la Savoie \u00e0 la France, d\u00e8s 1792.<\/p>\n<p>L\u2019argument est largement repris dans le milieu politique comme dans la presse et guide la diplomatie et les campagnes militaires fran\u00e7aises contre la Prusse et l\u2019Autriche jusqu\u2019en 1797. Le Directoire concr\u00e9tise les ambitions rh\u00e9nanes de la France\u00a0: \u00e0 partir de territoires pris \u00e0 l\u2019Empire ausrro-hongrois, quatre nouveaux d\u00e9partements sont cr\u00e9\u00e9s sur la rive gauche du fleuve, le Mont-Tonnerre, la Sarre, le Rhin-et-Moselle et la Roer \u2013 tirant son nom de la rivi\u00e8re Roer (Rur en allemand, Rour ou Roule en fran\u00e7ais).<\/p>\n<p>Mais sous le Premier Empire, l\u2019ambition de Napol\u00e9on n\u2019aura plus de limites, jusqu\u2019\u00e0 la campagne de Russie en 1812. \u00ab\u00a0La fortune m\u2019a \u00e9bloui\u00a0\u00bb avouera-t \u2019il \u00e0 ses ministres en d\u00e9cembre, avant m\u00eame de conna\u00eetre le bilan total\u00a0: 530\u00a0000 morts \u2013 victimes surtout du typhus, du froid et de la faim.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019en 1871, le trait\u00e9 de Francfort ent\u00e9rine la perte par la France de l\u2019Alsace et de la Moselle au profit du nouvel Empire allemand, proclam\u00e9 quelques mois auparavant, dans la galerie des Glaces du ch\u00e2teau de Versailles. Les deux provinces resteront annex\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la fin de la Grande Guerre.<\/p>\n<h4>4. C\u00e9sar\u00a0\u00ab\u00a0imperator\u00a0\u00bb\u00a0n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 empereur\u00a0: contresens historique absolu sous la R\u00e9publique romaine, all\u00e8grement popularis\u00e9 par la <span class=\"caps\">BD<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sous la R\u00e9publique romaine, un imperator est un magistrat titulaire de l\u2019imperium, pouvoir supr\u00eame de commandement militaire et civil. Imperator est \u00e9galement un titre honorifique port\u00e9 par certains commandants militaires, \u00e0 la fin de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Imperator (titre). Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s une grande victoire, les soldats rassembl\u00e9s saluaient leur g\u00e9n\u00e9ral du nom d\u2019imperator, acclamation n\u00e9cessaire afin d\u2019obtenir l\u2019accord du S\u00e9nat pour un triomphe. Le g\u00e9n\u00e9ral acclam\u00e9 \u00ab\u00a0imperator\u00a0\u00bb avait le droit de porter ce titre apr\u00e8s son nom jusqu\u2019\u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de son triomphe, apr\u00e8s quoi il devait l\u2019abandonner en m\u00eame temps que son imperium.<\/p>\n<p>Jules C\u00e9sar marque un tournant quand le S\u00e9nat lui d\u00e9cerne le droit de porter le titre d\u2019imperator\u00a0en permanence et \u00e0 titre h\u00e9r\u00e9ditaire pour ses descendants. Mais C\u00e9sar meurt assassin\u00e9 en 44 av. J.-C. Le premier empereur romain sera Auguste qui met fin \u00e0 la R\u00e9publique en 27 av. J.-C.<\/p>\n<p>La confusion lexicale entre le latin \u00ab\u00a0imperator\u00a0\u00bb et le mot fran\u00e7ais d\u2019empereur est encore encourag\u00e9e par la bande dessin\u00e9e d\u2019Ast\u00e9rix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh C\u00e9sar, immortel Empereur, des cadeaux arrivent de toutes les provinces de l\u2019Empire, nous organisons un spectacle en guise de soumission pour c\u00e9l\u00e9brer ta gloire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AST\u00c9RIX<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">SURPRISE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span>, film r\u00e9alis\u00e9 par Ga\u00ebtan Brizzi et Paul Brizzi (1985)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Ast\u00e9rix le Gaulois<\/em>, devenu simplement <em>Ast\u00e9rix<\/em>, est une s\u00e9rie fran\u00e7aise cr\u00e9\u00e9e le 29 octobre 1959 par le sc\u00e9nariste Ren\u00e9 Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo, dans le n\u00b01 du journal fran\u00e7ais <em>Pilote<\/em>. Les ventes cumul\u00e9es des albums, traduits en 117 langues et dialectes, approchent aujourd\u2019hui les 400 millions d\u2019exemplaires, sans parler des versions film\u00e9es.<\/p>\n<p>Difficile de lutter contre C\u00e9sar, \u00ab\u00a0immortel empereur\u00a0\u00bb pass\u00e9 au rang de mythe. Ce sera \u00ab\u00a0pire\u00a0\u00bb encore avec J\u00e9sus, personnage r\u00e9ellement historique le plus mythifi\u00e9 au monde depuis deux mille ans\u2026<\/p>\n<h4>5. Vercing\u00e9torix, notre premier h\u00e9ros national, est un guerrier vaincu (par C\u00e9sar \u00e0 Al\u00e9sia en -52 av.J.-C.)\u00a0: vrai paradoxe historique, dat\u00e9 du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 82-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de C\u00e9sar, fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia.<em> Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire romaine depuis Romulus jusqu\u2019\u00e0 Auguste<\/em>, Florus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu rapport\u00e9s par le vainqueur dans sa <em>Guerre des Gaules<\/em> servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du guerrier gaulois, face au plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains. Il avait quand m\u00eame remport\u00e9 une belle victoire \u00e0 Gergovie, en mai.<\/p>\n<p>Grand strat\u00e8ge, C\u00e9sar est parvenu \u00e0 enfermer Vercing\u00e9torix et son arm\u00e9e \u00e0 Al\u00e9sia (en Bourgogne). L\u2019arm\u00e9e de secours, mal pr\u00e9par\u00e9e, est mise en pi\u00e8ces par C\u00e9sar qui exag\u00e8re les chiffres\u00a0: 246\u00a0000 morts chez les Gaulois, dont 8\u00a0000 cavaliers. Vercing\u00e9torix juge la r\u00e9sistance inutile et se rend pour \u00e9pargner la vie de ses hommes \u2013 quelque 50\u00a0000, mourant de faim apr\u00e8s quarante jours de si\u00e8ge.<\/p>\n<p>La chute d\u2019Al\u00e9sia marque la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine. Mais le mythe demeure bien vivant, en France\u00a0: Vercing\u00e9torix, red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et popularis\u00e9 jusque dans la bande dessin\u00e9e, est bien notre premier h\u00e9ros national.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019il doit sa r\u00e9surrection \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. En 1865, l\u2019empereur fait \u00e9riger \u00e0 Al\u00e9sia une statue de sept m\u00e8tres repr\u00e9sentant le chef arverne. Sur le socle, l\u2019inscription\u00a0: \u00ab\u00a0La Gaule unie, formant une seule nation, anim\u00e9e d\u2019un m\u00eame esprit, peut d\u00e9fier l\u2019univers.\u00a0\u00bb Cette image de Vercing\u00e9torix, h\u00e9ros patriotique d\u2019une nation gauloise unie, sera massivement popularis\u00e9e sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique dans le \u00ab\u00a0Petit Lavisse\u00a0\u00bb. Le chef gaulois y est d\u00e9peint en h\u00e9ros, finalement vaincu, mais courageux et digne dans la d\u00e9faite, symbole de la r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019envahisseur.<\/p>\n<h4>6. Les bienfaits de la colonisation de la Gaule par les Romains\u00a0: une exception \u00e0 la r\u00e8gle historique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces th\u00e9\u00e2tres, ces cirques, ces aqueducs, ces voies que nous admirons encore sont le durable symbole de la civilisation fond\u00e9e par les Romains, la justification de leur conqu\u00eate de la Gaule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"29\" class=\"cit-num\">29<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France,<\/em> tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Gaule romanis\u00e9e s\u2019est couverte de superbes monuments qui ont aussi leur utilit\u00e9. Les thermes, aqueducs et \u00e9gouts apportent le raffinement de l\u2019eau courante. Le r\u00e9seau routier rend le commerce florissant, la production de bl\u00e9 augmente, la culture de la vigne se d\u00e9veloppe \u2013 le vin remplace la bi\u00e8re, jusqu\u2019alors boisson nationale des Gaulois. L\u2019essor \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral enrichit le Tr\u00e9sor public\u00a0: politique d\u2019urbanisme et politique sociale en b\u00e9n\u00e9ficient. La Gaule romaine fut une Gaule heureuse.<\/p>\n<p>Elle infirme l\u2019id\u00e9e qui fera loi plus tard de l\u2019anticolonialisme formul\u00e9 par Montaigne\u00a0dans ses <em>Essais<\/em> (1580)\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai peur que nous n\u2019ayons les yeux plus grands que le ventre et plus de curiosit\u00e9 que nous n\u2019avons de capacit\u00e9. Nous embrassons tout, mais nous n\u2019\u00e9treignons que le vent.\u00a0\u00bb Id\u00e9e reprise par les philosophes des Lumi\u00e8res, \u00e0 commencer par Diderot.<\/p>\n<p>Ne c\u00e9dons pas au p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019anachronisme et rappelons que toutes les grandes puissances europ\u00e9ennes (Espagne, Portugal, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Belgique, Hollande) ont eu un empire colonial (ou deux) dont elles \u00e9taient fi\u00e8res. La vague de d\u00e9colonisation, qui a chang\u00e9 la face de la plan\u00e8te, est n\u00e9e avec l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span> et fut d\u00e9crite \u00e0 juste titre comme le \u00ab\u00a0premier grand succ\u00e8s\u00a0\u00bb de l\u2019organisation mondiale.<\/p>\n<h4>7.\u00a0 J\u00e9sus n\u2019est pas n\u00e9 le 25 d\u00e9cembre, ni en l\u2019an I de notre \u00e8re\u00a0: quelques explications s\u2019imposent.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et le Christ\u00a0?<br>\u2014 C\u2019est un anarchiste qui a r\u00e9ussi. C\u2019est le seul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous le r\u00e8gne du deuxi\u00e8me empereur romain Tib\u00e8re (14-37) vit en Galil\u00e9e un homme dont les enseignements vont bouleverser l\u2019histoire du monde. De sa mort sur la croix va na\u00eetre une religion qui lentement s\u2019\u00e9tendra sur l\u2019Empire et essaimera dans le monde.<\/p>\n<p>Pour les Romains, les premiers chr\u00e9tiens ne sont qu\u2019une secte juive dont le fondateur passe pour un agitateur politique. Pour les chr\u00e9tiens, il est Dieu, fils de Dieu, ce Dieu \u00e9tant un dieu unique, comme celui qu\u2019adorent les juifs.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite de l\u2019\u00ab\u00a0anarchiste\u00a0\u00bb qui termina sa vie comme un criminel mis en croix entre deux \u00ab\u00a0larrons\u00a0\u00bb est due \u00e0 ses disciples, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 Paul de Tarse\u00a0: il fera du message de J\u00e9sus une religion \u00e0 vocation universelle. La Gaule sera tardivement acquise\u00a0: l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des villes, puis des campagnes, ne se fera qu\u2019au ive\u00a0si\u00e8cle, le christianisme devenant religion d\u2019\u00c9tat en 391.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une chose est s\u00fbre, J\u00e9sus n\u2019est pas n\u00e9 le 25 d\u00e9cembre de l\u2019an I, comme le veut la tradition. Ce n\u2019est qu\u2019au <span class=\"caps\">IV<\/span>e si\u00e8cle que le pape Lib\u00e8re (352-366) instaura la solennit\u00e9 de la Nativit\u00e9, afin de christianiser la f\u00eate du solstice d\u2019hiver, le <em>Sol Invictus<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Christian <span class=\"caps\">PETITFILS<\/span> (n\u00e9 en 1944), historien et \u00e9crivain, auteur de <em>J\u00e9sus<\/em> (2011) et du<em> Dictionnaire amoureux de J\u00e9sus<\/em> (2015)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fixation de la date de naissance de J\u00e9sus (la Nativit\u00e9) au 25 d\u00e9cembre, \u00e0 No\u00ebl, semble avoir \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e dans l\u2019Occident latin vers le milieu du <span class=\"caps\">IV<\/span>e si\u00e8cle, pour co\u00efncider avec la f\u00eate romaine de la naissance de<em> Sol Invictus<\/em> \u2013 expression latine signifiant \u00ab\u00a0Soleil invaincu\u00a0\u00bb, divinit\u00e9 solaire romaine dont le culte appara\u00eet dans l\u2019Empire romain au <span class=\"caps\">III<\/span>e si\u00e8cle, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 cette date comme la naissance du dieu Mithra, n\u00e9 selon la l\u00e9gende un 25 d\u00e9cembre, \u00e0 la remont\u00e9e du soleil apr\u00e8s le solstice d\u2019hiver.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019ann\u00e9e de naissance de J\u00e9sus \u2026 \u00ab\u00a0Selon les \u00e9vangiles de saint Matthieu et de saint Luc, il serait n\u00e9 au temps du roi H\u00e9rode. Or, celui-ci est mort en l\u2019an 4 (ou 2) avant notre \u00e8re. C\u2019est par suite d\u2019une erreur de calcul d\u2019un moine du <span class=\"caps\">VI<\/span>e si\u00e8cle, Denys le Petit, que la date de l\u2019an I a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e.\u00a0\u00bb \u00c0 quoi tiennent les dates historiques\u2026 et notre calendrier moderne. On peut quand m\u00eame relativiser\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les historiens soulignent le peu d\u2019importance que les \u00e9vang\u00e9listes accordent \u00e0 cette date de naissance, les r\u00e9cits \u00e9difiants de l\u2019enfance des personnalit\u00e9s ne relevant pas de la \u00ab\u00a0biographie\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 nous l\u2019entendons aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie-Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">BASLEZ<\/span> (1946-2022), <em>Bible et histoire\u00a0: Juda\u00efsme, hell\u00e9nisme, christianisme<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi ignore-t-on la date de naissance de nombre de personnages de l\u2019Antiquit\u00e9.<\/p>\n<h4>8. Genevi\u00e8ve de Paris\u00a0: combattante et sainte patronne de la capitale sauv\u00e9e par son courage face aux\u00a0Huns, premi\u00e8re h\u00e9ro\u00efne d\u2019une liste de femmes plus nombreuses qu\u2019on ne le croit dans l\u2019Histoire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0 les habitants se pr\u00e9paraient \u00e0 \u00e9vacuer leurs murs\u00a0; ils en sont dissuad\u00e9s par les assurances proph\u00e9tiques d\u2019une simple berg\u00e8re de Nanterre, Genevi\u00e8ve, devenue, depuis, la patronne de la capitale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"43\" class=\"cit-num\">43<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Pierre <span class=\"caps\">ANQUETIL<\/span> (1723-1806), <em>Histoire de France<\/em> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien Jules Michelet, lyrique pour \u00e9voquer Jeanne d\u2019Arc, ne consacra qu\u2019une ligne \u00e0 cette premi\u00e8re grande r\u00e9sistante de l\u2019histoire\u00a0: \u00ab\u00a0Paris fut sauv\u00e9 par les pri\u00e8res de Sainte Genevi\u00e8ve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, Paris n\u2019est encore que Lut\u00e8ce, bourgade de 2\u00a0000 habitants, d\u00e9daign\u00e9e par Attila (le Fl\u00e9au de Dieu) qui vient de piller Metz, Reims et Troyes, et fonce sur Orl\u00e9ans, en 451. Mais Genevi\u00e8ve sauvera r\u00e9ellement Paris de la famine, lorsque les Francs assi\u00e9geront la ville en 465.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Simple berg\u00e8re\u00a0\u00bb pour certains historiens (comme Jeanne d\u2019Arc\u2026 qui ne l\u2019est d\u2019ailleurs que par la l\u00e9gende), elle est plus probablement de haute naissance \u2013 aristocratie gallo-romaine. Genevi\u00e8ve (\u00ab\u00a0jeune fille\u00a0\u00bb, en gallois) a pris tr\u00e8s t\u00f4t le voile. Fille unique h\u00e9ritant de la charge de membre du conseil municipal (curia) d\u00e9tenue par son p\u00e8re, elle aurait exerc\u00e9 tout d\u2019abord \u00e0 Nanterre, puis \u00e0 Paris, faisant partie des dix principales constituant l\u2019aristocratie municipale apr\u00e8s son installation dans cette ville, chez une \u00ab\u00a0marraine\u00a0\u00bb influente.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion du si\u00e8ge de Paris par les Huns que la pieuse Genevi\u00e8ve va s\u2019illustrer\u00a0: \u00e0 28 ans, elle r\u00e9ussit \u00e0 convaincre les Parisiens de ne pas fuir et abandonner la cit\u00e9 \u00e0 l\u2019envahisseur \u2013 avec un argument d\u00e9j\u00e0 f\u00e9ministe, t\u00e9moignant de sa force de caract\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que les hommes fuient, s\u2019ils veulent, s\u2019ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu\u2019Il entendra nos supplications.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sainte <span class=\"caps\">GENEVIEVE<\/span> (n\u00e9e en 422 \u00e0 Nanterre \u2013 morte \u00e0 Paris en 512). <em>Sainte Genevi\u00e8ve, la fin de la Gaule romaine<\/em> (2008), Jo\u00ebl Schmidt<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle ne se contente pas de prier\u00a0! Elle r\u00e9quisitionne des bateaux et organise une exp\u00e9dition qui remonte par la Seine, allant chercher le ravitaillement jusqu\u2019en Champagne. Elle va n\u00e9gocier le bl\u00e9 n\u00e9cessaire, \u00e9vitant ainsi la famine \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Une autre version raconte la ruse de Genevi\u00e8ve faisant courir le bruit chez l\u2019envahisseur que la ville \u00e9tait touch\u00e9e par une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra, de quoi faire fuir les plus braves. Quoiqu\u2019il en soit, Paris est sauv\u00e9 et suite \u00e0 cet exploit, Genevi\u00e8ve jouit d\u2019un grand prestige.<\/p>\n<p>Elle entre en relation avec le roi Child\u00e9ric et son fils Clovis qui admire la future sainte. Elle forme le projet de conduire Clovis au bapt\u00eame et se lie d\u2019amiti\u00e9 avec Clotilde, son \u00e9pouse catholique, autre \u00ab\u00a0femme puissante\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque\u00a0! Elles pr\u00e9parent la future c\u00e9r\u00e9monie avec l\u2019\u00e9v\u00eaque de Reims, saint R\u00e9mi.<\/p>\n<p>Bref, une femme pleine de ressources qui v\u00e9cut \u00ab\u00a0plus de dix fois huit ans\u00a0\u00bb. Sainte patronne de la capitale, elle prot\u00e8ge aussi les gendarmes. La rue de la Montagne-Sainte-Genevi\u00e8ve (Paris 5e) lui est d\u00e9di\u00e9e, comme la place et l\u2019Abbaye \u00e0 son nom, construite par la future sainte Clotilde \u2013 on sanctifiait beaucoup dans cette France tr\u00e8s chr\u00e9tienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sent enveloppe le pass\u00e9 et dans le pass\u00e9 toute l\u2019Histoire a \u00e9t\u00e9 faite par des m\u00e2les.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2854\" class=\"cit-num\">2854<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone de <span class=\"caps\">BEAUVOIR<\/span> (1908-1986),<em> Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Livre \u00e9v\u00e9nement dans l\u2019histoire du f\u00e9minisme.<\/p>\n<p>Mais un r\u00e9cent \u00e9dito (en ligne sur notre site), \u00ab\u00a0Les femmes de l\u2019histoire\u00a0\u00bb de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours, en passant par toutes les \u00e9poques, nous a permis de combattre l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue d\u2019une histoire sexiste. Genevi\u00e8ve et la tr\u00e8s influente Clotilde en sont les exemples.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h3>\n<h4>9. L\u2019empereur \u00e0 la \u00ab\u00a0barbe fleurie\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00e9tail l\u00e9gendaire, mais symbolique de Charlemagne.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il respirait dans toute sa personne, soit qu\u2019il f\u00fbt assis ou debout, un air de grandeur et de dignit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"63\" class=\"cit-num\">63<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne (Vita Caroli magni imperatoris)<\/em> \u00e9crite dans les ann\u00e9es 830<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ayant form\u00e9 le projet d\u2019\u00e9crire la vie, l\u2019histoire priv\u00e9e et la plupart des actions du ma\u00eetre qui daigna me nourrir, le roi Charles, le plus excellent et le plus justement fameux des princes, je l\u2019ai ex\u00e9cut\u00e9 en aussi peu de mots que je l\u2019ai pu faire\u00a0; j\u2019ai mis tous mes soins \u00e0 ne rien omettre des choses parvenues \u00e0 ma connaissance, et \u00e0 ne point rebuter par la prolixit\u00e9 les esprits qui rejettent avec d\u00e9dain tous les \u00e9crits nouveaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi commence la pr\u00e9face de cette biographie en deux parties\u00a0: les guerres men\u00e9es par Charlemagne\u00a0; le portrait de l\u2019empereur, la vie \u00e0 la cour, son testament. Tr\u00e8s pr\u00e9cieux document, contemporain des faits et gestes relat\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gros, robuste, d\u2019une taille \u00e9lev\u00e9e mais bien proportionn\u00e9e [\u2026] les yeux grands et vifs, le nez un peu long, une belle chevelure blanche, une physionomie avenante et agr\u00e9able\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"64\" class=\"cit-num\">64<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne (Vita Caroli magni imperatoris)<\/em> \u00e9crite dans les ann\u00e9es 830<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Secr\u00e9taire et ministre de Charlemagne, \u00c9ginhard nous d\u00e9crit l\u2019illustre Carolingien Mais nulle allusion \u00e0 la l\u00e9gendaire \u00ab\u00a0barbe fleurie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le terme serait une interpr\u00e9tation d\u00e9form\u00e9e de l\u2019ancien fran\u00e7ais \u00ab\u00a0flori\u00a0\u00bb qui \u00e9voque une barbe blanche, voire brillante. Cette barbe souvent associ\u00e9e \u00e0 Charlemagne aurait fait son apparition tardive dans la <em>Chanson de Roland<\/em> (vers 1065) o\u00f9 Charlemagne \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 comme un patriarche de la Bible. Mais cette \u00ab\u00a0barbe fleurie\u00a0\u00bb interroge aujourd\u2019hui encore les historiens\u00a0! Elle rel\u00e8ve probablement du mythe, la barbe n\u2019\u00e9tant pas r\u00e9pandue chez les Francs, contrairement \u00e0 la moustache. La barbe est absente de nombreuses repr\u00e9sentations de Charlemagne, en particulier sur des deniers imp\u00e9riaux.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>mpereur \u00e0 la barbe fleurie. Charlemagne dans la mythologie et l\u2019histoire de France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">MORRISSEY<\/span> (n\u00e9 en 1954), titre de son livre publi\u00e9 chez Gallimard (1997)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e8gne de Charlemagne fut long\u00a0: presque un demi-si\u00e8cle. Son r\u00e8gne posthume sur l\u2019Occident dura bien plus longtemps encore\u00a0: un mill\u00e9naire. Tout le monde peut le revendiquer\u00a0: les Allemands comme un compatriote, les Italiens comme leur empereur et m\u00eame l\u2019\u00c9glise comme un de ses saints. Quant \u00e0 Napol\u00e9on, il se voit ou plut\u00f4t se r\u00eave comme son h\u00e9ritier, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 ce genre d\u2019empire est r\u00e9volu, le peuple ayant go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 avec la R\u00e9volution\u00a0!<\/p>\n<p>R\u00e9v\u00e9lateur des conflits ou signe de ralliement, le personnage de Charlemagne appara\u00eet dans la multiplicit\u00e9 de ses figures contradictoires\u00a0: l\u00e9gislateur et tyran, chevalier et barbare, p\u00e8re de l\u2019\u00e9cole et empereur illettr\u00e9, mod\u00e8le de vertu et p\u00e8re incestueux, roi des nobles et h\u00e9ros du peuple.<\/p>\n<p>Insaisissable et fondamental. Entre mythe et histoire, l\u00e9gende et v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est un cas type des rapports complexes des Fran\u00e7ais avec leur pass\u00e9 fondateur. Ce que confirme Daniel-Rops, jusque dans ce d\u00e9tail\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charlemagne, le sage empereur \u00ab\u00a0\u00e0 la barbe fleurie\u00a0\u00bb de la <em>Chanson de Roland<\/em>, vit dans nos m\u00e9moires autant que le terrible soldat \u00e0 longues moustaches qui fit massacrer dix mille saxons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANIEL<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ROPS<\/span> (1901-1965), <em>Le Peuple de la Bible<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Joseph B\u00e9dier confirme \u00e0 son tour dans <em>La Chanson de Roland<\/em> (1921)\u00a0: \u00ab\u00a0Sa barbe est blanche, et tout fleuri son chef.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>10. Charlemagne \u00ab\u00a0illettr\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: une banale erreur de traduction.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Passionn\u00e9 pour la science, il eut toujours en v\u00e9n\u00e9ration et comblait de toutes sortes d\u2019honneurs ceux qui l\u2019enseignaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"65\" class=\"cit-num\">65<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lui-m\u00eame est fort savant, quoique autodidacte, ayant appris la rh\u00e9torique, la dialectique, le grec, le latin, l\u2019astronomie, il compose m\u00eame une grammaire de la langue franque.<\/p>\n<p>Se fondant sur une remarque d\u2019\u00c9ginhard, mal traduite (du latin) et mal comprise, certains vulgarisateurs ont pr\u00e9tendu qu\u2019il savait \u00e0 peine \u00e9crire. En r\u00e9alit\u00e9, cette remarque signifie que m\u00eame \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, l\u2019empereur s\u2019exer\u00e7ait \u00e0 la calligraphie, pour atteindre cette perfection propre aux scribes avec lesquels il ne put cependant rivaliser.<\/p>\n<h4>11. Charlemagne n\u2019a pas \u00ab\u00a0invent\u00e9 l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, mais on lui doit la \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a eu cette id\u00e9e folle un jour d\u2019inventer l\u2019\u00e9cole\u00a0? <br>Qui a eu cette id\u00e9e folle un jour d\u2019inventer l\u2019\u00e9cole\u00a0?<br>C\u2019est ce sacr\u00e9 Charlemagne, sacr\u00e9 Charlemagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">France <span class=\"caps\">GALL<\/span> (1947-2018), paroles de Robert Gall et musique de Georges Liferman (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson \u00e9crite sur mesure pour sa voix d\u2019enfant t\u00eatue, mais France Gall ne voulait pas la chanter. Son p\u00e8re Robert Gall a bien fait d\u2019insister\u00a0: troisi\u00e8me au hit-parade en France, elle lance la carri\u00e8re internationale de la jeune artiste.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui a eu cette id\u00e9e folle un jour d\u2019inventer l\u2019\u00e9cole\u00a0?\u00a0De nous laisser dans la vie, que les dimanches, les jeudis \/ De nous laisser dans la vie, que les dimanches, les jeudis \/ C\u2019est ce sacr\u00e9 Charlemagne, sacr\u00e9 Charlemagne \/ Ce fils de P\u00e9pin le Bref nous donne beaucoup d\u2019ennuis \/ Et nous avons cent griefs contre, contre, contre lui \/ Qui a eu cette id\u00e9e folle un jour d\u2019inventer l\u2019\u00e9cole\u00a0? \/ Qui a eu cette id\u00e9e folle un jour d\u2019inventer l\u2019\u00e9cole\u00a0? C\u2019est ce sacr\u00e9 Charlemagne, sacr\u00e9 Charlemagne.\u00a0\u00bb Qu\u2019en est-il de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Vers 789, Charlemagne, le roi des Francs, d\u00e9cide effectivement d\u2019ouvrir des \u00e9coles dans tout le royaume. Avant, seuls les religieux \u00e9taient \u00e9duqu\u00e9s. Avec Charlemagne, au Moyen \u00c2ge, les enfants des familles riches commencent \u00e0 s\u2019instruire. En 1816, une loi obligera toutes les communes fran\u00e7aises \u00e0 ouvrir des \u00e9coles primaires. Enfin, Jules Ferry est \u00e0 l\u2019origine des lois de 1881-82 sur l\u2019\u00e9cole la\u00efque, gratuite et obligatoire, qui fondent le syst\u00e8me scolaire tel qu\u2019il existe encore aujourd\u2019hui en France.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, Charlemagne lui-m\u00eame tr\u00e8s savant, mais autodidacte, m\u00e8ne une v\u00e9ritable politique culturelle, au point que l\u2019on voit en son si\u00e8cle une \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La renaissance carolingienne, premi\u00e8re p\u00e9riode de renouveau culturel majeur au Moyen \u00c2ge \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Occident, est une p\u00e9riode d\u2019importants progr\u00e8s intellectuels, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la red\u00e9couverte de la langue latine, \u00e0 la sauvegarde de nombreux auteurs classiques, et \u00e0 la promotion des arts lib\u00e9raux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb, Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette notion de \u00ab\u00a0renaissance\u00a0\u00bb fut pourtant remise en cause par l\u2019historiographie contemporaine\u00a0: cela pr\u00e9supposerait un effondrement de la culture entre l\u2019\u00e9poque romaine et l\u2019\u00e9poque carolingienne. Tel n\u2019est pas le cas\u00a0:\u00a0 le Haut Moyen \u00c2ge, autrefois qualifi\u00e9 d\u203a\u00ab\u00a0\u00c2ge sombre\u00a0\u00bb, fut en effet r\u00e9habilit\u00e9.<\/p>\n<p>Autre argument des m\u00e9di\u00e9vistes, on devrait parler de \u00ab\u00a0renaissances carolingiennes\u00a0\u00bb au pluriel, cette p\u00e9riode comportant plusieurs phases. Il faudrait plut\u00f4t parler de \u00ab\u00a0r\u00e9forme carolingienne\u00a0\u00bb. Philippe Depreux, \u00ab\u00a0Ambitions et limites des r\u00e9formes culturelles \u00e0 l\u2019\u00e9poque carolingienne\u00a0\u00bb,<em> Revue historique<\/em>, 2002.<\/p>\n<h4>12. La monarchie n\u2019est pas toujours h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0: en France, elle fut d\u2019abord \u00e9lective et pendant plus de cinq si\u00e8cles.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la personne de Hugues Capet s\u2019op\u00e8re une r\u00e9volution importante\u00a0: la monarchie \u00e9lective devient h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0; en voici la cause imm\u00e9diate\u00a0: le sacre usurpa le droit d\u2019\u00e9lection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"155\" class=\"cit-num\">155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand \u00e9crivain romantique projetait une Histoire de France qui ne verra jamais le jour, mais il a publi\u00e9 quelques essais et r\u00e9flexions sur les deux th\u00e8mes qui lui tiennent le plus \u00e0 c\u0153ur\u00a0: la religion et la monarchie.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des apports capitaux du r\u00e8gne d\u2019Hugues Capet\u00a0: il fonde une nouvelle dynastie et pour en assurer la p\u00e9rennit\u00e9, le jour de No\u00ebl suivant (25\u00a0d\u00e9cembre 987), il s\u2019empresse de faire \u00e9lire et sacrer par anticipation son fils Robert dit le Pieux, qu\u2019il associe au tr\u00f4ne.<\/p>\n<h4>13. Comment (y) allez-vous\u00a0?\u00a0: une vraie question au Moyen \u00c2ge.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au Moyen \u00c2ge, on demandait \u00ab\u00a0comment allez-vous\u00a0?\u00a0\u00bb \u00e0 une personne lorsqu\u2019on voulait lui demander\u2026 \u00e0 quoi ressemblaient ses selles (son caca) du jour\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JDE<\/span>, <em>Journal des enfants<\/em>, 08\/02\/2022<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 qui est clair\u00a0! Et m\u00e9rite quand m\u00eame une explication toute simple\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, l\u2019expression \u00e9tait \u00ab\u00a0comment allez-vous \u00e0 la selle\u00a0?\u00a0\u00bb Une question bien indiscr\u00e8te \u00e0 notre \u00e9poque. Et pourtant, c\u2019\u00e9tait pratique courante au Moyen \u00c2ge et \u00e0 la Renaissance. La m\u00e9decine \u00e9tait peu \u00e9volu\u00e9e\u2026 sans parler de la di\u00e9t\u00e9tique invent\u00e9e par le chimiste Lavoisier \u00e0 la veille de la R\u00e9volution\u00a0! Inspecter la consistance, la couleur ou l\u2019odeur des selles \u00e9tait la meilleure manier de veiller sur la sant\u00e9. Les enfants rois \u00e9taient particuli\u00e8rement surveill\u00e9s sur ce point.<\/p>\n<p>Aussi bizarre que cela puisse para\u00eetre, demander \u00e0 quelqu\u2019un comment \u00e9taient ses selles \u00e9tait donc une marque d\u2019attention\u00a0!<\/p>\n<h4>14. La peur de l\u2019An Mil\u00a0: un fantasme\u2026 comme le bug de l\u2019an 2000.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une croyance universelle au Moyen \u00c2ge, que le monde devait finir avec l\u2019an mille de l\u2019incarnation [\u2026] Cette fin d\u2019un monde si triste \u00e9tait tout ensemble l\u2019espoir et l\u2019effroi du Moyen \u00c2ge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"140\" class=\"cit-num\">140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette croyance en une fin du monde pour l\u2019an mille aurait fortement marqu\u00e9 les esprits de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Elle se fonde sur le mill\u00e9narisme, doctrine selon laquelle le Jugement dernier devait avoir lieu mille ans apr\u00e8s la naissance du Christ, d\u2019apr\u00e8s une interpr\u00e9tation du chapitre\u00a0<span class=\"caps\">XX<\/span> de l\u2019<em>Apocalypse de saint Jean (Nouveau Testament)<\/em>. Certes, la foi est grande alors, et les superstitions plus encore. Mais la majorit\u00e9 des contemporains, illettr\u00e9s, ne sont pas sensibles aux dates.<\/p>\n<p>Il faut ajouter que les auteurs romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle auront contribu\u00e9 \u00e0 renforcer ce mythe de \u00ab\u00a0la Grande Peur de l\u2019an mille\u00a0\u00bb, sur la foi de quelques textes douteux, mal interpr\u00e9t\u00e9s et parfois post\u00e9rieurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La milli\u00e8me ann\u00e9e apr\u00e8s la Passion du Seigneur [\u2026] les pluies, les nu\u00e9es s\u2019apais\u00e8rent, ob\u00e9issant \u00e0 la bont\u00e9 et la mis\u00e9ricorde divines [\u2026] Toute la surface de la terre se couvrit d\u2019une aimable verdeur et d\u2019une abondance de fruits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"141\" class=\"cit-num\">141<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RAO\u00dbL<\/span> le Glabre (985-avant 1050), <em>Histoires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce moine historien d\u00e9crit ainsi la fin des terreurs du tournant mill\u00e9nariste. Rien ne s\u2019est pass\u00e9, comme il en a toujours \u00e9t\u00e9 pour ce genre de superstition \u2013 devins et astrologues entretiendront \u00e0 l\u2019envi d\u2019autres peurs, y compris dans les cours royales.<\/p>\n<p>Rao\u00fbl le Glabre qui a craint le pire et contribu\u00e9 \u00e0 la Grande Peur t\u00e9moigne en termes po\u00e9tiques d\u2019un renouveau de civilisation\u00a0: \u00ab\u00a0Comme approchait la troisi\u00e8me ann\u00e9e qui suivit l\u2019an Mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, r\u00e9nover les basiliques des \u00e9glises\u00a0; bien que la plupart, fort bien construites, n\u2019en eussent nul besoin, une \u00e9mulation poussait chaque communaut\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 en avoir une plus somptueuse que celle des autres. C\u2019\u00e9tait comme si le monde lui-m\u00eame se fut secou\u00e9 et, d\u00e9pouillant sa v\u00e9tust\u00e9, ait rev\u00eatu de toutes parts une blanche robe d\u2019\u00e9glise.\u00a0\u00bb Georges Duby, grand m\u00e9di\u00e9viste du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, appelle cela \u00ab\u00a0le printemps du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019an deux mille d\u00e9clenchera moins de fantasmes, mais leur diffusion se fera \u00e0 la vitesse d\u2019Internet, l\u2019obsession des dates est une nouvelle religion et une autre raison a pu expliquer cette peur mill\u00e9nariste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bug de l\u2019an 2000.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3356\" class=\"cit-num\">3356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Non-\u00e9v\u00e9nement vedette, \u00e0 la une des m\u00e9dias depuis des mois \u2013 et le jour venu, rien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 massivement informatis\u00e9e, on pouvait craindre le pire au 1er\u00a0janvier 2000\u00a0: la pagaille dans le ciel a\u00e9ronautique et sur le r\u00e9seau ferr\u00e9, voire des accidents d\u2019avions et de trains en s\u00e9rie. Moins grave, ascenseurs en panne, ordinateurs bloqu\u00e9s, distributeurs de billets refusant de livrer les derniers francs papiers\u2026 M\u00eame pas.<\/p>\n<p>Alors, on parle de la plus grosse arnaque de ce nouveau mill\u00e9naire.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le bug, ou plut\u00f4t des milliards de bugs pouvaient survenir dans les logiciels manipulant des dates et provoquer des dysfonctionnements apr\u00e8s le 31\u00a0d\u00e9cembre 1999, avec la donn\u00e9e \u00ab\u00a0ann\u00e9e\u00a0\u00bb cod\u00e9e sur deux caract\u00e8res (les deux derniers chiffres de l\u2019ann\u00e9e), pour gagner de la place. Ainsi, le 01\/01\/00 pouvait nous faire revenir\u2026 au 1er\u00a0janvier 1900\u00a0!<\/p>\n<p>Bob Berner, co-inventeur de l\u2019<span class=\"caps\">ASCII<\/span> <em>(American Standard Code for Information Interchange)<\/em> avait pr\u00e9venu la communaut\u00e9 internationale d\u00e8s 1971\u00a0! Cinq ans avant la date fatidique, Internet aidant, les entreprises de g\u00e9nie logiciel se sont mobilis\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Co\u00fbt total des travaux de contr\u00f4le et de maintenance pr\u00e9ventive estim\u00e9 \u00e0 500 milliards de francs (anciens), pour la France\u00a0!<\/p>\n<p>Notons au passage que le 1er\u00a0janvier 2000 ne marque pas le d\u00e9but du troisi\u00e8me mill\u00e9naire, f\u00eat\u00e9 en France et dans le monde \u00e0 cette date. Pour que s\u2019ach\u00e8ve la 2000e ann\u00e9e, il faut attendre le 1er\u00a0janvier 2001.<\/p>\n<h4>15. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la panse vient la danse\u00a0\u00bb\u00a0: contre l\u2019id\u00e9e d\u2019un sombre Moyen \u00c2ge.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la panse vient la danse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"138\" class=\"cit-num\">138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dicton populaire.<em> Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1694), au mot \u00ab\u00a0panse\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On mange, on boit, on s\u2019amuse bien au Moyen \u00c2ge, au ch\u00e2teau comme au village, hors les temps de famine, de peste, de guerre. Ces mille ans d\u2019Histoire sont aussi riches que l\u2019Antiquit\u00e9 et la Gaule qui pr\u00e9c\u00e8dent (rappelons la ou les \u00ab\u00a0Renaissances carolingiennes\u00a0\u00bb), et la Renaissance qui suit au \u00ab\u00a0beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucune soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est irr\u00e9m\u00e9diable, aucun moyen \u00e2ge n\u2019est d\u00e9finitif. Si \u00e9paisse que soit la nuit, on aper\u00e7oit toujours une lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Choses vues<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019appellation \u00ab\u00a0Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb est un chrononyme (concept introduit par la linguiste suisse \u00c9va B\u00fcchi en 1961), une portion de temps \u00e0 laquelle la communaut\u00e9 sociale attribue une coh\u00e9rence, ce qui s\u2019accompagne du besoin de la nommer \u2013 avec le recul de l\u2019Histoire. Ainsi parle-t \u2019on de la \u00ab\u00a0Belle \u00c9poque\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0Ann\u00e9es Folles\u00a0\u00bb et m\u00eame de l\u2019Entre-deux-guerres.<\/p>\n<p>Le terme de \u00ab\u00a0Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb semble n\u00e9gliger l\u2019importance de cette \u00e9poque historique, la rel\u00e9guant au rang d\u2019\u00e2ge moyen, interm\u00e9diaire, pris en \u00e9tau entre l\u2019Antiquit\u00e9 et la Renaissance. D\u2019ailleurs, le terme de \u00ab\u00a0Renaissance\u00a0\u00bb, qui \u00e9voque la r\u00e9surrection de l\u2019antique (dans les arts notamment) suppose sa mort pendant le Moyen \u00c2ge\u00a0!<\/p>\n<p>C\u2019est oublier que l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale est une p\u00e9riode d\u2019intense progr\u00e8s, d\u00e9cisive dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. La division du travail, l\u2019ouverture des routes commerciales, le d\u00e9veloppement de la scolarisation (notamment dans les monast\u00e8res), l\u2019explosion des arts, le temps des cath\u00e9drales, la chevalerie et ses commandements, l\u2019amour courtois\u2026 contrebalancent la vision d\u2019une \u00e9poque sombre et arri\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 un historien m\u00e9di\u00e9viste contemporain et bien consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Moyen \u00c2ge a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode essentielle pour la formation de notre soci\u00e9t\u00e9 et de notre culture, peut-\u00eatre m\u00eame la plus importante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">GOFF<\/span> (1924-2014), <em>Le Monde de l\u2019\u00e9ducation<\/em>, mai 2000<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>16. Loi salique n\u00e9e sous Clovis\u00a0: d\u00e9tourn\u00e9e au Moyen \u00c2ge et pr\u00e9texte \u00e0 la Guerre de Cent ans contre l\u2019Angleterre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucune terre ne pourra \u00eatre d\u00e9volue par h\u00e9ritage \u00e0 une femme\u00a0; toute la terre appartiendra aux h\u00e9ritiers de sexe viril.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"53\" class=\"cit-num\">53<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Loi salique. <em>Les Barbares<\/em> (1997), Louis Halphen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le plus c\u00e9l\u00e8bre des articles de cette loi dite aussi \u00ab\u00a0loi des Francs saliens\u00a0\u00bb, dont la premi\u00e8re r\u00e9daction remonte au r\u00e8gne de Clovis\u00a0(481-511)\u00a0: code de proc\u00e9dure criminelle et code de la famille, bases de la soci\u00e9t\u00e9 franque.<\/p>\n<p>La crise \u00e9conomique et sociale brise l\u2019\u00e9lan du \u00ab\u00a0beau Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb. Une crise dynastique va suivre. Philippe\u00a0V meurt en 1322, ne laissant que des filles. Son fr\u00e8re Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, troisi\u00e8me et dernier fils de Philippe <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel, acc\u00e8de au tr\u00f4ne et meurt \u00e0 son tour sans descendance m\u00e2le, le 1er\u00a0f\u00e9vrier 1328. C\u2019est la fin des Cap\u00e9tiens directs.<\/p>\n<p>Quelque peu oubli\u00e9e, on va exhumer la loi salique (droit civil, secteur du droit priv\u00e9 qui r\u00e9git les rapports d\u2019un individu \u00e0 un autre) et appliquer le principe de masculinit\u00e9\u00a0: les barons de France choisissent pour roi Philippe <span class=\"caps\">VI<\/span> de Valois, fils du fr\u00e8re de Philippe le Bel, pour \u00e9carter celui qui en est le petit-fils par sa m\u00e8re, \u00c9douard <span class=\"caps\">III<\/span>, roi d\u2019Angleterre. C\u2019est l\u2019origine de la guerre de Cent Ans.<\/p>\n<p>Le royaume se trouve en grand p\u00e9ril. \u00c9douard <span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre revendique le titre de roi de France (1337) et commence contre Philippe <span class=\"caps\">VI<\/span> de Valois une guerre si longue que les historiens lui donneront plus tard le nom de guerre de Cent ans (1337-1453).<\/p>\n<p>Le roi d\u2019Angleterre et son fils, le Prince Noir, commencent par battre les Fran\u00e7ais \u00e0 Cr\u00e9cy.<\/p>\n<h4>17. Le vrai bilan du \u00ab\u00a0massacre\u00a0\u00bb de Cr\u00e9cy, assimil\u00e9 \u00e0 la fin de la chevalerie\u00a0: 1 500 chevaliers tu\u00e9s. Malentendus s\u00e9mantiques et statistiques toujours \u00e0 suivre.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces bombardes menaient si grand bruit qu\u2019il semblait que Dieu tonn\u00e2t, avec grand massacre de gens et renversement de chevaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"283\" class=\"cit-num\">283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em>, bataille de Cr\u00e9cy, 26\u00a0ao\u00fbt 1346<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les canons anglais, m\u00eame rudimentaires et tirant au jug\u00e9, impressionnent les troupes fran\u00e7aises, avec leurs boulets de pierre. L\u2019artillerie anglaise, jointe \u00e0 la pi\u00e9taille des archers gallois, d\u00e9cime la cavalerie fran\u00e7aise r\u00e9put\u00e9e la meilleure du monde, mais trop pesamment cuirass\u00e9e pour lutter contre ces armes nouvelles. \u00c0 cela s\u2019ajoutent un manque d\u2019organisation total, l\u2019incoh\u00e9rence dans le commandement, la panique dans les rangs\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est la fin de la chevalerie en tant qu\u2019ordre militaire. C\u2019est aussi une r\u00e9volution dans l\u2019art de combattre. Malheureusement, les Fran\u00e7ais n\u2019ont pas compris la le\u00e7on, \u00e0 cette premi\u00e8re d\u00e9faite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ouvrez, c\u2019est l\u2019infortun\u00e9 roi de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"284\" class=\"cit-num\">284<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">VI<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1294-1350), aux gardes du ch\u00e2teau de la Broye, le soir de la d\u00e9faite de Cr\u00e9cy, 26\u00a0ao\u00fbt 1346. <em>Chroniques<\/em>, Jean Froissart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi demande asile. Apr\u00e8s cette bataille mal pr\u00e9par\u00e9e, mal conduite, mal termin\u00e9e, il a d\u00fb fuir. Tous les chevaliers qui lui \u00e9taient rest\u00e9s fid\u00e8les sont morts ou en d\u00e9route. Il se repose au ch\u00e2teau jusqu\u2019\u00e0 minuit, avant de repartir pour Amiens. Quand il apprend l\u2019\u00e9tendue du d\u00e9sastre, il se retire \u00e0 l\u2019abbaye de Moncel, pour y m\u00e9diter plusieurs jours.<\/p>\n<p>Le bilan de Cr\u00e9cy est difficile \u00e0 faire, les chiffres variant de 1 \u00e0 10 selon les sources\u00a0! Et Froissart exag\u00e8re toujours dans ses <em>Chroniques<\/em>. Il y a vraisemblablement quelque 1\u00a0500 chevaliers fran\u00e7ais tu\u00e9s, dont 11 de haute noblesse. Parmi eux, Louis\u00a0Ier, comte de Nevers et de Flandre, prend le nom posthume de Louis de Cr\u00e9cy.<\/p>\n<p>On parle toujours du \u00ab\u00a0massacre\u00a0\u00bb de Cr\u00e9cy, synonyme de la fin de la chevalerie. Dix ans apr\u00e8s, Poitiers confirmera le d\u00e9sastre. Mais les \u00ab\u00a0grandes batailles\u00a0\u00bb du Moyen \u00c2ge ne concernent qu\u2019une minorit\u00e9 d\u2019hommes. Sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, on atteindra les 400\u00a0000 soldats\u2026 et 4\u00a0millions de mobilis\u00e9s en 1914 (pour un pays seulement deux fois plus peupl\u00e9).<\/p>\n<h4>18. Le mythe de Jeanne d\u2019Arc\u00a0: le plus inextricable m\u00e9lange de vrai et de faux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage inspire ses plus belles pages \u00e0 l\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb Quel autre personnage historique peut-il \u00eatre qualifi\u00e9 de son vivant de \u00ab\u00a0l\u00e9gende\u00a0\u00bb\u00a0? Proposons quand m\u00eame une cl\u00e9 qui explique presque tout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu premier servi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"339\" class=\"cit-num\">339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">jeanne d\u2019Arc (1412-1431), devise.<em> Jeanne d\u2019Arc\u00a0: le pouvoir et l\u2019innocence<\/em> (1988), Pierre Moinot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni l\u2019\u00c9glise, ni le roi, ni la France, ni rien ni personne d\u2019autre ne passe avant Lui, \u00ab\u00a0Messire Dieu\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi du Ciel\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi des Cieux\u00a0\u00bb, obsessionnellement invoqu\u00e9 ou \u00e9voqu\u00e9 par Jeanne, aux moments les plus glorieux ou les plus sombres de sa vie. C\u2019est la raison m\u00eame de sa passion, cette foi forte et fragile, \u00e0 l\u2019image du personnage. En cela, elle incarne bien le Moyen \u00c2ge chr\u00e9tien, le temps des cath\u00e9drales et des croisades. C\u2019est la seule v\u00e9rit\u00e9 incontournable. Jeanne sera sanctifi\u00e9e, mais tr\u00e8s tardivement\u00a0: en 1920\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Je n\u2019ai] jamais gard\u00e9 les moutons et autres b\u00eates\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431) \u00e0 son proc\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 deux reprises, irrit\u00e9e de cette question.<\/p>\n<p>C\u2019est aujourd\u2019hui une certitude. Jeanne est issue d\u2019une famille de laboureurs ais\u00e9s \u2013 son p\u00e8re a officie\u0301 dans son village comme \u00ab\u00a0doyen\u00a0\u00bb (\u00e9quivalent de maire). Elle n\u2019\u00e9tait donc pas berg\u00e8re, mais elle connaissait la vie de la campagne \u2013 comme la plupart des gens en son temps.<\/p>\n<p>Le mythe de la pauvre petite berg\u00e8re est propage\u0301 par les partisans de Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> au printemps 1429, pour accroitre la popularit\u00e9\u0301 de Jeanne. Dans les \u00c9vangiles, J\u00e9sus se compare a\u0300 un berger. Qualifier la jeune fille de berg\u00e8re, c\u2019\u00e9tait souligner la dimension divine de sa mission aux c\u00f4t\u00e9s du souverain fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Certains historiens font d\u2019elle une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre la fille de la reine Isabeau de Bavi\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait de Jeanne la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Impossible \u00e0 prouver.<\/p>\n<p>Autre hypoth\u00e8se\u00a0: ce serait un homme, fils ill\u00e9gitime de la reine et de Louis d\u2019Orl\u00e9ans. Donc, le demi-fr\u00e8re du futur Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>. D\u2019o\u00f9 les habits d\u2019homme, l\u2019aisance \u00e0 cheval, ses qualit\u00e9s au combat. On ne le saura jamais\u2026<\/p>\n<p>Reste le personnage providentiel qui va r\u00e9ellement galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013 et d\u2019abord \u00e0 son roi.<\/p>\n<p>Si Jeanne d\u2019Arc s\u2019est ensuite impos\u00e9e parmi les principales figures de l\u2019histoire de France, c\u2019est en partie d\u00fb aux nombreux relais litt\u00e9raires et artistiques, religieux et politiques, qui mirent en avant le personnage au fil des si\u00e8cles\u00a0: Wikip\u00e9dia en recense une douzaine (liste non exhaustive, oubliant sa r\u00e9cup\u00e9ration politique par l\u2019extr\u00eame droite comme par la gauche)\u00a0: <br>\u2013 femme ind\u00e9pendante et forte pour Christine de Pizan, premi\u00e8re \u00e9crivaine \u00e0 vivre de sa plume\u00a0\u00a0;<br>\u2013 \u00ab\u00a0Jeanne la bonne lorraine\u00a0\u00bb pour le po\u00e8te Fran\u00e7ois Villon n\u00e9 vraisemblablement l\u2019ann\u00e9e de sa mort\u00a0;<br>\u2013 sorci\u00e8re mal\u00e9fique pour le tr\u00e8s anglais William Shakespeare\u00a0;<br>\u2013 h\u00e9ro\u00efne \u00e9pique pour Jean Chapelain, initiateur de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise avec Richelieu\u00a0;<br>\u2013 personnage burlesque pour Voltaire (qui ne respecte rien ni personne)\u00a0;<br>\u2013 guerri\u00e8re mourant sur le champ de bataille pour Schiller, pr\u00e9romantique allemand\u00a0;<br>\u2013 incarnation du peuple fran\u00e7ais pour Jules Michelet qui en est vraiment amoureux\u00a0;<br>\u2013 instrument d\u2019un complot cl\u00e9rical pour Anatole France, ma\u00eetre-penseur de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique anticl\u00e9ricale\u00a0;<br>\u2013 sainte nationale pour l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Orl\u00e9ans F\u00e9lix Dupanloup au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0;<br>\u2013 r\u00e9sistante patriotique pour Bernard Shaw et Sacha Guitry\u00a0;<br>\u2013 f\u00e9ministe avant l\u2019heure pour les suffragettes\u00a0;<br>\u2013 sainte de l\u2019\u00c9glise universelle et personnalit\u00e9 de stature internationale pour Guido G\u00f6rres, historien allemand du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e s. <br>\u2013 femme opprim\u00e9e et victime pour l\u2019auteur-compositeur-interpr\u00e8te canadien Leonard Cohen, le r\u00e9alisateur fran\u00e7ais Luc Besson (film de 1999).<\/p>\n<h4>19. Agn\u00e8s Sorel, premi\u00e8re favorite en titre sous Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>\u00a0: la \u00ab\u00a0Dame de beaut\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 double sens.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est mon seigneur, il a tout pouvoir sur mes actions, et moi, aucun sur les siennes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"355\" class=\"cit-num\">355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie d\u2019<span class=\"caps\">ANJOU<\/span> (1404-1463), reine de France. <em>Histoire de France depuis les Gaulois jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1822), Louis-Pierre Anquetil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine, qui donna 13 enfants en vingt-trois ans \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, lui pardonne en ces termes sa liaison commenc\u00e9e vers 1444 avec Agn\u00e8s Sorel. Elle pr\u00e9f\u00e8re cette \u00ab\u00a0rivale soucieuse du bien de l\u2019\u00c9tat \u00e0 une femme ambitieuse qui aurait dilapid\u00e9 les biens du royaume\u00a0\u00bb et les historiens reconna\u00eetront la bonne influence de la Dame de Beaut\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates deux fois ma dame de beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1403-1461) \u00e0 Agn\u00e8s Sorel. Cit\u00e9 par Herodote.net, \u00ab\u00a0Agn\u00e8s Sorel (1422-1450), La Dame de Beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce surnom sied naturellement \u00e0 la beaut\u00e9 d\u2019Agn\u00e8s Sorel, salu\u00e9e par tous les contemporains, immortalis\u00e9e (entre autres) par le tableau de la <em>Vierge \u00e0 l\u2019Enfant<\/em> de Jean Fouquet. Mais il vient surtout du ch\u00e2teau de Beaut\u00e9-sur-Marne dont Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> lui fit don.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s patriote, elle influence heureusement la politique du roi. Elle redonne aussi confiance \u00e0 l\u2019homme. Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> n\u2019a pas eu de chance avec ses parents\u00a0: sa m\u00e8re Isabeau de Bavi\u00e8re l\u2019a d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 comme dauphin et trait\u00e9 en b\u00e2tard,\u00a0 son p\u00e8re Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> est le roi fou (quoiqu\u2019aim\u00e9 du peuple). Quant \u00e0 son premier fils, le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, il ne cessera de comploter contre lui, Dauphin en son Dauphin\u00e9 \u2013 dix ans gouverneur de cette province. Fait rare dans l\u2019histoire o\u00f9 ce sont surtout les fr\u00e8res du roi qui jouent contre lui. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance du r\u00f4le de la Dame.<\/p>\n<p>Fille d\u2019honneur d\u2019Isabelle de Lorraine, duchesse d\u2019Anjou, Agn\u00e8s a vingt et un ans quand elle rencontre, \u00e0 Toulouse, Charles <span class=\"caps\">VII<\/span> qui en a quarante. Sa beaut\u00e9 fait de lui un amant subjugu\u00e9, le transfigurant\u00a0: de terne, inquiet, d\u00e9fiant, malchanceux, il devint joyeux, hardi, plein d\u2019allant, habile. <br>Premi\u00e8re d\u2019une tr\u00e8s longue liste de favorites officielles des rois de France, reconnue officiellement, affich\u00e9e, combl\u00e9e de titres et de biens, elle s\u2019identifia si parfaitement au si\u00e8cle charni\u00e8re qui fut le sien qu\u2019elle en refl\u00e8te le double aspect\u00a0: m\u00e9di\u00e9vale par la foi et la gaiet\u00e9, d\u00e9j\u00e0 moderne par le go\u00fbt du confort et les besoins mat\u00e9riels.<\/p>\n<p>Le Roi chevalier de la Renaissance rendra un juste hommage \u00e0 la femme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gentille Agn\u00e8s, plus d\u2019honneur tu m\u00e9rites,<br>La cause \u00e9tant de France recouvrer, <br>Que ce que peut dedans un clo\u00eetre ouvrer<br>Close nonnain, ou bien d\u00e9vot ermite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Citation en quatrain du roi Fran\u00e7ois Ier en hommage \u00e0 Agn\u00e8s Sorel. <em>Essai critique sur l\u2019histoire de Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>, d\u2019Agn\u00e8s Sorel et de Jeanne d\u2019Arc<\/em> (2009), Joseph Delort<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>20. Car tel est notre plaisir\u00a0: ni frivolit\u00e9, ni fantaisie dans cette formule royale et r\u00e9currente n\u00e9e sous Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Car tel est notre plaisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"378\" class=\"cit-num\">378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), \u00e9dit du 31\u00a0octobre 1472, forme des placets royaux. <em>Histoire des institutions politiques et administratives de la France<\/em> (1966), Paul Viollet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vers 1470, le pouvoir royal ne cesse de s\u2019affermir et p\u00e8se de plus en plus lourd sur le clerg\u00e9, l\u2019Universit\u00e9, l\u2019\u00e9conomie, la justice. Comme l\u2019\u00e9crit Georges Duby dans son Histoire de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Tout d\u00e9pendait du Conseil du roi\u00a0: diverse, temp\u00e9r\u00e9e par ses propres agents, la monarchie tendait vers la centralisation\u00a0; elle devint autoritaire sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, absolue sous ses successeurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, Fran\u00e7ois\u00a0Ier, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> reprendront la formule. Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, l\u2019expression deviendra \u00ab\u00a0Car tel est notre bon plaisir\u00a0\u00bb, adopt\u00e9e par Napol\u00e9on et maintenue jusqu\u2019\u00e0 la Restauration comprise.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0plaisir\u00a0\u00bb a souvent \u00e9t\u00e9 mal compris. Il ne renvoie pas \u00e0 une forme d\u2019arbitraire royal, ni de caprice du souverain. Il exprime la volont\u00e9, la d\u00e9termination d\u2019un homme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h4>21. \u00ab\u00a0\u00c0 c\u0153ur vaillant, rien d\u2019impossible\u00a0\u00bb\u00a0: proverbe n\u00e9 d\u2019une fi\u00e8re devise.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 c\u0153ur vaillant, rien d\u2019impossible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"360\" class=\"cit-num\">360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">C\u0152UR<\/span> (vers 1395-1456), devise. <em>Le Grand C\u0153ur<\/em> (2012), Jean-Christophe Rufin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette devise illustre \u00e0 merveille l\u2019esprit d\u2019entreprise sans limite de cet homme d\u2019affaires aux multiples activit\u00e9s (banque, change, mines, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, \u00e9pices, sel, bl\u00e9, draps, laine, pelleterie, orf\u00e8vrerie), banquier de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et qui finan\u00e7a comme tel la reconqu\u00eate de la Normandie en 1449.<br>Ma\u00eetre des monnaies en 1436, argentier du roi en 1440, puis conseiller en 1442, charg\u00e9 de missions diplomatiques \u00e0 Rome, G\u00eanes, il aide aussi le roi \u00e0 r\u00e9tablir une monnaie saine et \u00e0 redonner vie au commerce fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Soup\u00e7onn\u00e9 de malversations et crimes vrais ou suppos\u00e9s (et m\u00eame d\u2019avoir empoisonn\u00e9 Agn\u00e8s Sorel, la ma\u00eetresse du roi, morte le 9\u00a0f\u00e9vrier 1450), il est arr\u00eat\u00e9 en 1451 et condamn\u00e9 par une commission extraordinaire le 29\u00a0mai 1453\u00a0: confiscation de ses biens et amende de 400\u00a0000 \u00e9cus.<\/p>\n<p>En 1454, il s\u2019\u00e9vade de prison, se fait innocenter par le Pape Calixte <span class=\"caps\">III<\/span> qui lui confie le commandement d\u2019une flotte pour guerroyer contre les Turcs. Il meurt en croisade \u00e0 Chio, en 1456.<\/p>\n<p>Son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re fortune symbolise la g\u00e9n\u00e9ration des nouveaux riches, issue de la guerre de Cent Ans. Mais cette vie en forme de roman d\u2019aventures, qui a frapp\u00e9 ses contemporains, fait de lui un personnage de la proche Renaissance.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur de ce monde.\u00a0\u00bbAlbert CAMUS (1913-1960), Sur une philosophie de l\u2019expression, revue Po\u00e9sie 44Et en d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, la grande t\u00e2che de l\u2019homme est de ne pas servir le mensonge.\u00a0\u00bbL\u2019Histoire nous donne des rep\u00e8res \u2013 encore faut-il qu\u2019ils soient 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