{"id":11620,"date":"2025-07-28T08:32:24","date_gmt":"2025-07-28T06:32:24","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-de-godard-a-joe-dassin\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:01","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:01","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-de-godard-a-joe-dassin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-de-godard-a-joe-dassin\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (de Godard \u00e0 Joe Dassin)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/histoire-en-citations-volume-10.jpg\" width=\"140\" height=\"187\" style=\"margin: 10px 20px;float: left\"><\/a>\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/jean-luc_godard.jpg\" alt=\"Jean-Luc Godard citations\" title=\"Jean-Luc Godard citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Jean-Luc Godard (1930-2022), cin\u00e9aste franco-suisse et co-cr\u00e9ateur de la Nouvelle vague fran\u00e7aise, provocateur fond et forme, alternant films commerciaux et plus souvent exp\u00e9rimentaux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des amis me disent parfois\u00a0: et pourtant le cin\u00e9ma n\u2019est pas la vie\u2026. Mais \u00e0 certains moments, il peut la remplacer\u2026 D\u2019ailleurs, je ne fais pas une telle diff\u00e9rence entre les films et la vie, je dirais m\u00eame que les films m\u2019aident \u00e0 vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), cit\u00e9 par Catherine David \u00e0 la sortie de Sauve qui peut (la vie), \u00ab\u00a0Travail-amour-cin\u00e9ma\u00a0\u00bb, <em>Le Nouvel Observateur<\/em>,\u200e 20 octobre 1980.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La biographie de Godard pourrait se r\u00e9sumer en une filmographie de quelque 120 titres avec alternance des genres. Six films repr\u00e9sentatifs et quelques r\u00e9pliques cultes nous en dirons beaucoup sue ce personnage tr\u00e8s discut\u00e9, entre adoration et d\u00e9testation.<\/p>\n<p>Jean-Luc Godard est n\u00e9 dans une famille de la bourgeoisie franco-suisse. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est naturalis\u00e9 suisse. Envoy\u00e9 en France, il fait ses \u00e9tudes entre Lyon et Paris. Peu motiv\u00e9, il \u00e9choue au bac, rompt avec sa famille, fr\u00e9quente la Cin\u00e9math\u00e8que et les cin\u00e9-clubs, prend l\u2019habitude de voler (des livres et pas que\u2026) Il h\u00e9site encore entre peinture, litt\u00e9rature et cin\u00e9ma. Jusqu\u2019au moment o\u00f9 rencontre Fran\u00e7ois Truffaut, Jacques Rivette et \u00c9ric Rohmer. Il co-fonde <em>La Gazette du cin\u00e9ma<\/em>, \u00e9crit ses premiers articles \u00e0 19 ans, devient critique \u00e0 <em>Arts<\/em> et aux <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em>. En 1954, il tourne son premier court m\u00e9trage \u2013 un documentaire, <em>Op\u00e9ration b\u00e9ton<\/em>. Quatre ans apr\u00e8s, il r\u00e9alise son premier long m\u00e9trage\u00a0: coup d\u2019essai, coup de ma\u00eetre dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous n\u2019aimez pas la mer, si vous n\u2019aimez pas la montagne, si vous n\u2019aimez pas la ville, allez vous faire foutre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022),\u00a0<em> \u00c0 bout de souffle<\/em> (1960)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un mois de tournage \u00e0 l\u2019arrach\u00e9, entre Marseille et Paris (la post-production sera plus travaill\u00e9e\u2026), une histoire d\u2019amour rat\u00e9e entre Jean-Paul Belmondo (Michel) et Jean Seberg (Patricia), jeunes acteurs plus vrais que nature, irr\u00e9sistiblement sympathiques quoiqu\u2019ils fassent et disent. Tout est improvis\u00e9 ou presque, dans la \u00ab\u00a0Nouvelle Vague\u00a0\u00bb. Pas de d\u00e9cors ni de studio, dialogues \u00e9crits sur une table de bistrot, Godard les souffle \u00e0 ses acteurs. Jean Seberg t\u00e9moignera\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une exp\u00e9rience folle\u00a0: pas de spots, pas de maquillage, pas de son\u00a0! C\u2019est tellement contraire aux mani\u00e8res de Hollywood que je deviens naturelle.\u00a0\u00bb Belmondo est lui-m\u00eame, insolemment \u00e0 l\u2019aise et d\u00e9sinvolte.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Michel\u00a0: Les d\u00e9nonciateurs d\u00e9noncent, les cambrioleurs cambriolent, les assassins assassinent, les amoureux s\u2019aiment. \u2014 Je m\u2019int\u00e9resse toujours aux filles qui sont pas faites pour moi. \u2014 D\u00e8s que tu as peur ou que tu es \u00e9tonn\u00e9e, tu as un dr\u00f4le de reflet dans les yeux. Je voudrais recoucher avec toi \u00e0 cause de ce reflet. \u2014 Quand on parlait, je parlais de moi et toi de toi, alors que t\u2019aurais d\u00fb parler de moi et moi de toi.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Patricia\u00a0: Puisque je suis m\u00e9chante avec toi, c\u2019est la preuve que je ne suis pas amoureuse de toi. \u2014 C\u2019est triste le sommeil. On est oblig\u00e9s de se s\u00e9parer. On dit \u00ab\u00a0dormir ensemble\u00a0\u00bb mais c\u2019est pas vrai. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Patricia\u00a0: Tu connais William Faulkner\u00a0? Michel\u00a0: Non. Qui est-ce\u00a0? Tu as couch\u00e9 avec lui\u00a0?\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Patricia\u00a0: Entre le chagrin et le n\u00e9ant je choisis le chagrin. (\u2026) Et toi, tu choisirais quoi\u00a0? Michel\u00a0: Le chagrin c\u2019est idiot. Je choisis le n\u00e9ant. C\u2019est pas mieux mais le chagrin c\u2019est un compromis. Il faut tout ou rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Truffaut \u00e9crira\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a le cin\u00e9ma avant Godard et le cin\u00e9ma apr\u00e8s Godard. <em>\u00c0 bout de souffle<\/em> est le chef-d\u2019\u0153uvre qui a lanc\u00e9 la carri\u00e8re de Godard et chang\u00e9 le visage du cin\u00e9ma.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La photographie, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 et le cin\u00e9ma, c\u2019est vingt-quatre fois la v\u00e9rit\u00e9 par seconde\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022),<em> Le Petit Soldat<\/em> (1960), sortie en salle en 1963<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage principal donne une d\u00e9finition du cin\u00e9ma qui est celle de Godard. Dans la m\u00eame sc\u00e8ne, s\u2019adressant directement \u00e0 la cam\u00e9ra et au spectateur\u00a0: \u00ab\u00a0Bruno\u00a0: Les acteurs, je trouve \u00e7a con, je les m\u00e9prise\u2026 Vous leur dites de rire, ils rient, vous leur dites de pleurer, ils pleurent, vous leur dites de marcher \u00e0 quatre pattes, ils le font. Moi je trouve \u00e7a grotesque. \u2013 V\u00e9ronica\u00a0: Moi je ne vois pas pourquoi \u2013 Bruno\u00a0: Je ne sais pas, ce ne sont pas des gens libres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me long-m\u00e9trage de Godard, il fait tourner pour la premi\u00e8re fois sa (premi\u00e8re) femme, la charmante Anna Karina (1940-2019). Le film est censur\u00e9. La situation en Alg\u00e9rie, la pr\u00e9sentation d\u2019un d\u00e9serteur et la d\u00e9nonciation de l\u2019utilisation de la torture par les deux bords conduisent \u00e0 l\u2019interdiction du film pendant trois ans par le ministre de l\u2019Information\u00a0: \u00ab\u00a01\/ Que ces tortures soient appliqu\u00e9es par des agents du <span class=\"caps\">FLN<\/span> ne saurait modifier le jugement qui doit \u00eatre port\u00e9 contre ces pratiques et contre leurs repr\u00e9sentations \u00e0 l\u2019\u00e9cran. 2\/ \u00c0 un moment o\u00f9 toute la jeunesse fran\u00e7aise est appel\u00e9e \u00e0 servir et \u00e0 combattre en Alg\u00e9rie, il para\u00eet difficilement possible d\u2019admettre que le comportement contraire soit expos\u00e9, illustr\u00e9 et finalement justifi\u00e9. Le fait que le personnage se soit paradoxalement engag\u00e9 dans une action contre-terroriste ne change rien au probl\u00e8me. 3\/ Les paroles pr\u00eat\u00e9es \u00e0 une protagoniste du film et par lesquelles l\u2019action de la France en Alg\u00e9rie est pr\u00e9sent\u00e9e comme d\u00e9pourvue d\u2019id\u00e9al, alors que la cause de la r\u00e9bellion est d\u00e9fendue et exalt\u00e9e, constituent \u00e0 elles seules, dans les circonstances actuelles, un motif d\u2019interdiction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et mes fesses, tu les aimes mes fesses \u2026 et mes seins tu les aimes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), <em>Le M\u00e9pris<\/em> (1963)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un exemple de mise en abyme\u00a0: un film contenant un film. Et cette fois, il y a deux stars \u00e0 l\u2019affiche, la production a les moyens\u00a0: \u00ab\u00a0Quand j\u2019entends le mot culture, je sors mon carnet de ch\u00e8ques\u00a0\u00bb Mais le r\u00e9alisateur a moins de libert\u00e9. Telle est la loi du capitalisme et Godard devra s\u2019y plier plus ou moins.<\/p>\n<p>Adapt\u00e9 du roman d\u2019Alberto Moravia paru en 1955, c\u2019est l\u2019histoire du d\u00e9samour entre un sc\u00e9nariste parisien (Michel Piccoli) et son \u00e9pouse (Brigitte Bardot) venue l\u2019accompagner sur un plateau de tournage en Italie. La premi\u00e8re sc\u00e8ne est iconique\u00a0: les deux protagonistes couch\u00e9s sur un lit, <span class=\"caps\">BB<\/span> au sommet de sa beaut\u00e9, nue, face \u00e0 un miroir. Elle demande \u00e0 son \u00e9poux s\u2019il l\u2019appr\u00e9cie de tout son \u00eatre, partie du corps par partie du corps. D\u2019o\u00f9 une longue tirade o\u00f9 Bardot d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Et mes fesses, tu les aimes mes fesses\u00a0?\u00a0\u00bb La sc\u00e8ne fut rajout\u00e9e, Sam Levine le producteur protestant devant la version initiale\u00a0: \u00ab\u00a0Non, non, \u00e7a ne va pas, je veux voir le cul de Bardot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste l\u2019intrigue\u00a0: l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais Paul Javal est \u00e0 Rome avec sa jeune \u00e9pouse Camille, convoqu\u00e9 par le producteur am\u00e9ricain Jerry Prokosch\u00a0pour r\u00e9\u00e9crire le sc\u00e9nario d\u2019un film sur<em> l\u2019Odyss\u00e9e,<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre cin\u00e9aste allemand Fritz Lang. Paul laisse le riche producteur seul avec Camille, intimid\u00e9e, insistant pour rester aupr\u00e8s de son mari. Elle pense qu\u2019il la laisse \u00e0 sa merci pour ne pas froisser ce nouvel employeur. De l\u00e0 naissent tous les malentendus\u00a0: Camille n\u2019est plus que m\u00e9pris \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son mari qui ne comprend pas le changement radical de sa femme. Le lendemain, le tournage \u00e0 Capri confortera Camille dans son m\u00e9pris. Elle d\u00e9cide de quitter son mari pour partir avec Prokosch\u2026 Ils meurent dans un accident de voiture. Paul se pr\u00e9pare \u00e0 quitter Capri, tandis que Lang continue \u00e0 travailler sur le film remani\u00e9 en fonction des derniers \u00e9v\u00e8nements. Film dans le film, Fritz Lang joue son propre r\u00f4le, Jean-Luc Godard est son assistant et Raoul Coutard (directeur de la photo) le cadreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que je peux faire\u00a0? Je sais pas quoi faire\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), <em>Pierrot le fou<\/em> (1965)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ferdinand (Jean-Paul Belmondo devenu star de retour chez Godard), un homme mari\u00e9, s\u2019installe avec Marianne (Anna Karina, \u00e9pouse de Godard), \u00e9tudiante m\u00eal\u00e9e \u00e0 des affaires louches. Ils sont contraints \u00e0 vivre dans la clandestinit\u00e9. On suit l\u2019ennui de Marianne marchant sur une plage, avec son accent chantant et tra\u00eenant de franco-danoise\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que je peux faire\u00a0? Je sais pas quoi faire\u00a0?\u00a0\u00bb R\u00e9plique improvis\u00e9e par Anna Karina, expliquant en 2018\u00a0: \u00ab\u00a0Je me suis mise \u00e0 jeter machinalement des cailloux dans la mer en sortant ces phrases, comme une enfant.\u00a0\u00bb \u00c0 quoi tient parfois le style et le succ\u00e8s d\u2019un film \u2013 m\u00eame remarque que pour la sc\u00e8ne de <span class=\"caps\">BB<\/span> nue dans <em>Le M\u00e9pris<\/em>, rajout\u00e9e apr\u00e8s tournage par volont\u00e9 du producteur\u2026 Mais la Nouvelle vague a l\u2019art de s\u2019adapter aux situations\u2026 Cependant que Godard politise l\u2019histoire dans l\u2019histoire, avec un art consomm\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cinquante ans apr\u00e8s la r\u00e9volution d\u2019Octobre, le cin\u00e9ma am\u00e9ricain r\u00e8gne sur le cin\u00e9ma mondial [\u2026] \u00c0 notre \u00e9chelon modeste, nous devons nous aussi cr\u00e9er deux ou trois Vietnams [\u2026] et tant \u00e9conomiquement qu\u2019esth\u00e9tiquement, c\u2019est-\u00e0-dire en luttant sur deux fronts, cr\u00e9er des cin\u00e9mas nationaux, libres, fr\u00e8res, camarades et amis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2957\" class=\"cit-num\">2957<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), pr\u00e9sentant <em>La Chinoise<\/em> en 1967.<em> Encyclop\u00e6dia Universalis,<\/em> article\u00a0: \u00ab\u00a0Godard (Jean-Luc)\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0Nouvelle Vague\u00a0\u00bb est n\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960. C\u2019est d\u2019abord une expression de la journaliste Fran\u00e7oise Giroud, pour d\u00e9signer les 18-30\u00a0ans dans une enqu\u00eate de<em> L\u2019Express<\/em> (5\u00a0d\u00e9cembre 1957). Le mot va bient\u00f4t qualifier le jeune cin\u00e9ma fran\u00e7ais des Godard, Truffaut, Chabrol, Rohmer, Rivette, Agn\u00e8s Varda et quelques autres.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, seul cin\u00e9ma national en Europe, r\u00e9sistera au cin\u00e9ma am\u00e9ricain en perte d\u2019audience. Il affiche toujours sa bonne sant\u00e9, m\u00eame si la notion de cin\u00e9ma ch\u00e8re \u00e0 Godard est remise en question au niveau mondial, avec la consommation de s\u00e9ries et de films sur les plateformes de streaming, Netflix en t\u00eate.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai bien r\u00e9fl\u00e9chi, je ne t\u2019aime plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), <em>La Chinoise<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, cinq \u00e9tudiants essaient de vivre dans un appartement aux murs recouverts de petits livres rouges en appliquant les principes de Mao Zedong et en \u00e9tudiant la pens\u00e9e marxiste-l\u00e9niniste. Leur leader, V\u00e9ronique, \u00e9tudiante en philo \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nanterre, propose au groupe l\u2019assassinat d\u2019une personnalit\u00e9. Mais Guillaume, acteur, sermonne sa petite-amie sur le fait d\u2019\u00e9crire et d\u2019\u00e9couter en m\u00eame temps de la musique. Sans d\u00e9tour, la jeune fille \u00e9voque ce qui chez lui la d\u00e9go\u00fbte. Son visage, sa bouche\u2026 Pour finir sur cette r\u00e9plique tranchante\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai bien r\u00e9fl\u00e9chi, je ne t\u2019aime plus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Durant l\u2019ann\u00e9e 1966-67, Godard pr\u00e9pare son film et tourne (mars et avril) avec Jean-Pierre L\u00e9aud (acteur f\u00e9tiche et double de Truffaut) et Juliet Berto. Anne Wiazemsky joue la jeune r\u00e9volutionnaire pro-chinoise. Le 21 juillet 1967, elle \u00e9pouse Godard dans le canton de Vaud, sans publicit\u00e9 (l\u2019assistance est limit\u00e9e aux deux t\u00e9moins). Mais cette union est mal vue dans la famille Mauriac (Anne est la petite-fille de Fran\u00e7ois Mauriac, toujours vivant).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re de <em>La Chinoise<\/em> a lieu le 2 ao\u00fbt au Palais des papes d\u2019Avignon, dans le cadre du festival. R\u00e9alis\u00e9 un an avant les \u00e9v\u00e8nements de Mai 68, le film est consid\u00e9r\u00e9 comme proph\u00e9tique. Tout fait sens, avec Godard\u2026<\/p>\n<p>Anne Wiazemsky tournera d\u2019autres films sign\u00e9s Godard (<em>Week-end, Le Gai Savoir, Vent d\u2019est, Tout va bien<\/em>), mais elle travaille avec d\u2019autres cin\u00e9astes. En juin 1969, Godard, parti deux mois \u00e0 Prague tourner Pravda, la rejoint sur le tournage de <em>Porcherie<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par Pier Paolo Pasolini. Son mari est depuis mai 68 en rupture avec le cin\u00e9ma d\u2019avant et avec lui-m\u00eame\u2026 Les retrouvailles se passent mal. Une nuit, le cin\u00e9aste, jaloux, fait une tentative de suicide. Le couple se s\u00e9parera un an plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut confronter des id\u00e9es vagues avec des images claires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022),<em> La Chinoise<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette citation peut exprimer la pens\u00e9e de Godard, comme nombre de r\u00e9pliques dans ses films. Mais ils changent plusieurs fois de sens, radicalement\u2026 Apr\u00e8s mai 68, Godard deviendra militant actif, son cin\u00e9ma \u00e9tant le moyen de lutter contre le syst\u00e8me <em>(Week-End).<\/em><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, il pr\u00f4ne un cin\u00e9ma id\u00e9aliste permettant au prol\u00e9tariat d\u2019obtenir les moyens de production et de diffusion. En rupture avec le syst\u00e8me (du cin\u00e9ma), il se radicalise politiquement et se marginalise. Il tente avec Jean-Pierre Gorin de faire un cin\u00e9ma politique et signe ses films sous le pseudonyme collectif de \u00ab\u00a0groupe Dziga Vertov\u00a0\u00bb. Ils sont peu diffus\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1974, il travaille pour la t\u00e9l\u00e9vision et s\u2019\u00e9loigne du cin\u00e9ma malgr\u00e9 son axiome\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on va au cin\u00e9ma, on l\u00e8ve la t\u00eate. Quand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision, on la baisse.\u00a0\u00bb Il exp\u00e9rimente la vid\u00e9o\u00a0avec sa nouvelle compagne Anne-Marie Mi\u00e9ville\u00a0: <em>Num\u00e9ro deux, Ici et ailleurs, Jean-Luc six fois deux<\/em> \u2013 sur et sous la communication.\u00a0Il part \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (New York, Canada, Cuba, Italie, Prague) o\u00f9 il commence des films qu\u2019il ne terminera pas ou qu\u2019il refuse de voir diffuser (<em>One American Movie, Communication(s), British Sounds, Lotte in Italia<\/em>). Avant le retour bien programm\u00e9 \u00e0 un cin\u00e9ma qui attire \u00e0 nouveau des acteurs cot\u00e9s ou bankable, au tournant des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9crire, tu vois, c\u2019est quand m\u00eame dispara\u00eetre un peu. C\u2019est \u00eatre derri\u00e8re quelque chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), <em>Sauve qui peut (la vie)<\/em> (1979)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Producteur de t\u00e9l\u00e9, Paul se fait renverser par une voiture sous les yeux de sa fille et de son ex-femme qui se d\u00e9tournent de lui. Dans une sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente, Paul est au volant de sa voiture, cigare \u00e0 la bouche, avec la voix-off de Marguerite Duras\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire, tu vois, c\u2019est quand m\u00eame dispara\u00eetre un peu. C\u2019est \u00eatre derri\u00e8re quelque chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon Godard, c\u2019est le \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me premier film\u00a0\u00bb de sa carri\u00e8re (apr\u00e8s<em> \u00c0 bout de souffle<\/em>). Suite \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019avant-garde et d\u2019engagement politico-artistique depuis 1968, il revient \u00e0 une forme d\u2019art plus traditionnelle. Pour le choix des interpr\u00e8tes, Godard convient avec le producteur Alain Sarde\u00a0: \u00ab\u00a0connus mais plut\u00f4t jeunes, attirants mais pas n\u00e9cessairement des vedettes sur lesquelles b\u00e2tir financi\u00e8rement le film, dans le vent mais bon professionnels, un homme et deux femmes pour les trois r\u00f4les principaux\u00a0\u00bb. Au g\u00e9n\u00e9rique, on trouve\u00a0Jacques Dutronc, Isabelle Huppert, Nathalie Baye.<\/p>\n<p>Le film choque par son obsc\u00e9nit\u00e9 et sa violence\u00a0: la fille gifl\u00e9e \u00e0 la gare parce qu\u2019elle refuse de choisir entre deux hommes\u00a0; Paul qui se jette litt\u00e9ralement sur Denise en sautant par-dessus la table lorsqu\u2019il comprend qu\u2019il ne la r\u00e9cup\u00e9rera jamais\u00a0; l\u2019agression gratuite d\u2019Isabelle par les clients, etc, etc. Le langage est \u00e9galement violent, souvent obsc\u00e8ne, avec les avances du concierge, les conversations entre Paul et son ex-femme truff\u00e9es de gros mots, le sexe tarif\u00e9 expliqu\u00e9 par Isabelle \u00e0 sa s\u0153ur en termes crus. Violence, abus et obsc\u00e9nit\u00e9 deviennent le leitmotiv du film, mais\u2026 Rien n\u2019est comme il semble chez Godard\u00a0: la vulgarit\u00e9 est mise en sc\u00e8ne avec des images d\u2019une beaut\u00e9 \u00e9mouvante, d\u2019une puret\u00e9 confinant \u00e0 la po\u00e9sie. La presse est plus que r\u00e9serv\u00e9e\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette rentr\u00e9e de Jean-Luc Godard s\u2019annon\u00e7ait comme fracassante. Elle est tout juste d\u00e9solante. L\u2019ancien galopin plein de charme, de hargne, de talent et d\u2019irrespect est devenu un monsieur un peu fatigu\u00e9 qui se r\u00e9p\u00e8te et cherche dans la pornographie le renouvellement d\u2019une inspiration qui b\u00e9gaie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">CHAZAL<\/span> (1912-2002), dans <em>France-Soir<\/em>. Cit\u00e9 par Antoine de Baecque, <em>Godard\u00a0: Biographie<\/em> (2011)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais<em> Le Figaro<\/em> a vu et applaudi\u00a0: \u00ab\u00a0Le miracle est que dans cette p\u00e9rilleuse entreprise, Jean-Luc Godard demeure un po\u00e8te et un cr\u00e9ateur, qu\u2019il n\u2019est pas une image ou un son qui ne porte la marque de son style, que le r\u00e9el emplit sans cesse l\u2019\u00e9cran, que le film est d\u2019une dr\u00f4lerie c\u00e9linienne et que, dans le r\u00f4le d\u2019une tr\u00e8s helv\u00e9tique putain, Isabelle Huppert est sublime d\u2019indiff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis fier quand je me compare, humble quand je me consid\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">GODARD<\/span> (1930-2022), <em>H\u00e9las pour moi<\/em> (1994)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette \u00ab\u00a0com\u00e9die dramatique, fantastique et romance\u00a0\u00bb, G\u00e9rard Depardieu est au g\u00e9n\u00e9rique, partant pour l\u2019aventure\u2026 Tr\u00e8s librement inspir\u00e9 de la l\u00e9gende d\u2019Alcm\u00e8ne et d\u2019Amphitryon,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rimentation dans les ann\u00e9es 90, ce sera le retour \u00e0 Cannes en 2014\u00a0: <em>Adieu au Langage<\/em>, sixi\u00e8me film \u00e0 concourir pour la Palme d\u2019or. Il remporte le Prix du jury ex-aequo avec <em>Mommy<\/em> du jeune Xavier Dolan. Godard revient encore \u00e0 Cannes en 2018 avec <em>Le Livre d\u2019image<\/em> qui obtient une Palme d\u2019or sp\u00e9ciale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait pas malade, il \u00e9tait simplement \u00e9puis\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Lib\u00e9ration<\/em>, annon\u00e7ant la mort de Jean-Luc Godard, 13 septembre 2022<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ultime volont\u00e9, derni\u00e8re libert\u00e9, retour au pays natal\u00a0: Jean-Luc Godard recourt au suicide assist\u00e9.\u00a0 \u00ab\u00a0Le cin\u00e9aste franco-suisse, mort ce mardi 13 septembre \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 91 ans, a eu recours \u00e0 cette pratique autoris\u00e9e et encadr\u00e9e en Suisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/dalida_citations.jpg\" alt=\"dalida citations\" title=\"dalida citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Dalida (1933-1987), chanteuse d\u2019origine italienne, n\u00e9e au Caire (\u00c9gypte), carri\u00e8re fran\u00e7aise et renomm\u00e9e internationale surfant sur toutes les modes, elle reste une ic\u00f4ne au destin tragique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai travers\u00e9 la vie sans la regarder. Je sais ce qu\u2019est ma vie. Mon mari, c\u2019est le public. Les chansons, ce sont mes enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dalida (1933-1987) cit\u00e9 par Jacques Pessis, <em>Dalida. Une vie<\/em> (2007)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Iolanda Gigliotti na\u00eet au Caire, d\u2019une famille de Calabre (Italie) install\u00e9e en \u00c9gypte. \u00c9lue Miss \u00c9gypte en 1954, elle tourne quelques films avant de s\u2019installer en France. En trente ans de carri\u00e8re, \u00ab\u00a0l\u2019Orchid\u00e9e noire\u00a0\u00bb a marqu\u00e9 la chanson fran\u00e7aise, enregistr\u00e9 pr\u00e8s de 1 000 chansons dans plusieurs langues et vendu plus de 120 millions de disques dans le monde.<\/p>\n<p>Avec sa longue silhouette, son accent et sa voix reconnaissables entre mille, elle a travers\u00e9 les \u00e9poques, surf\u00e9 sur les modes et cr\u00e9\u00e9 des refrains le plus souvent \u00e9crits pour elle et devenus des airs de tous les temps\u00a0:<em> Bambino, Come Prima, La Danse de Zorba, Les Enfants du Pir\u00e9e<\/em> (apr\u00e8s M\u00e9lina Mercouri), <em>Il venait d\u2019avoir 18 ans, Gigi l\u2019amoroso, Paroles\u2026 Paroles, Laissez-moi danser, Mourir sur sc\u00e8ne<\/em>\u2026 Avec un tr\u00e8s s\u00fbr instinct de ce qui est \u00ab\u00a0fait pour elle\u00a0\u00bb, Dalida a aussi repris quelques classiques de la chanson fran\u00e7aise\u00a0: <em>Avec le temps<\/em> (L\u00e9o Ferr\u00e9),\u00a0 <em>Je suis malade<\/em> (Serge Lama), <em>Quand on a que l\u2019amour<\/em> (Jacques Brel).\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je chante avec tout, m\u00eame avec mes cheveux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DALIDA<\/span> (1933-1987), \u00ab\u00a0Le Jeu de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, <span class=\"caps\">TF1<\/span>, 11 octobre 1985<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Presque quinquag\u00e9naire avec sa ligne impeccable et longue chevelure devenue blond-roux, Dalida fait le point sur sa carri\u00e8re. Elle a beaucoup et bien jou\u00e9 de son physique, un atout \u00e9vident, malgr\u00e9 le strabisme dont elle a souffert. Elle poss\u00e9dait surtout un sens du rythme qui la faisait onduler de la t\u00eate aux pieds, le corps serr\u00e9 dans des robes fourreaux. On lui a reproch\u00e9 de chanter parfois en play-back, mais le show mis en sc\u00e8ne \u00e9tait particuli\u00e8rement exigeant.<\/p>\n<p>Ainsi a-t \u2019elle embrass\u00e9 plusieurs styles musicaux, le twist et le sirtaki, la pop et le ra\u00ef. Apr\u00e8s le y\u00e9-y\u00e9 des ann\u00e9es 60, Dalida devient dans les ann\u00e9es 70 l\u2019une des reines du disco, genre musical et danse n\u00e9s aux Etats-Unis, issu des genres funk, soul, pop, salsa et psych\u00e9d\u00e9lique, devenu particuli\u00e8rement populaire \u2013 comme le rap aujourd\u2019hui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je vis d\u2019amour et de danse \/ Je vis comme si j\u2019\u00e9tais en vacances<br>Je vis comme si j\u2019\u00e9tais \u00e9ternelle \/ Comme si les nouvelles \u00e9taient sans probl\u00e8mes<br>Moi, je vis d\u2019amour et de rire \/ Je vis comme si y avait rien \u00e0 dire<br>J\u2019ai tout le temps d\u2019\u00e9crire mes m\u00e9moires \/ D\u2019\u00e9crire mon histoire \u00e0 l\u2019encre bleue\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DALIDA<\/span> (1933-1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Regardez <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KKZdWnCcUJQ\"><em>Laissez-moi Danser<\/em><\/a> sur Youtube.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0disco\u00a0\u00bb d\u00e9rive du mot en fran\u00e7ais \u00ab\u00a0discoth\u00e8que\u00a0\u00bb. Son public initial est issu des communaut\u00e9s afro-am\u00e9ricaine, latino-am\u00e9ricaine, italo-am\u00e9ricaine et psych\u00e9d\u00e9lique de New York et Philadelphie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Le disco \u00e9merge en tant que r\u00e9ponse \u00e0 la domination de la sc\u00e8ne rock et \u00e0 la stigmatisation de la musique dance par la contre-culture durant cette p\u00e9riode. \u00c0 son apog\u00e9e, le genre se popularisa parmi de nombreux groupes et artistes.<\/p>\n<p>La danse disco se pratique sur une piste diffusant une musique dont le rythme r\u00e9gulier, comparable \u00e0 des battements de c\u0153ur, s\u2019accompagne de d\u00e9hanchements sensuels unisexes exacerb\u00e9s par l\u2019exig\u00fcit\u00e9 des lieux, les \u00e9clairages et les tenues parfois suggestives. Ce m\u00e9lange des genres funk, soul, pop, salsa et psych\u00e9d\u00e9lique semblait cr\u00e9\u00e9 pour Dalida\u00a0: <em>Besame mucho, J\u2019attendrai\u2026<\/em> F\u00eat\u00e9e de New York \u00e0 Tokyo en passant par San Remo, Beyrouth, Sa\u00efgon ou Le Caire, ovationn\u00e9e par tous les publics et les plus grands de ce monde, premi\u00e8re artiste f\u00e9minine \u00e0 ouvrir son fan club et surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0mademoiselle Juke-Box\u00a0\u00bb, elle a re\u00e7u tous les honneurs, crois\u00e9 le bonheur\u2026 Sa vie\u00a0: une success-story comme on en r\u00eave rarement. Et pourtant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonheur, je ne sais pas ce que c\u2019est.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DALIDA<\/span> (1933-1987), cit\u00e9e dans <em>Vogue France<\/em>, 17 janvier 2019 (pour l\u2019anniversaire de sa naissance, 17 janvier 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle dit aussi cette \u00e9vidence qui vaut pour nombre de cas\u00a0: \u00ab\u00a0La douleur est le terreau de l\u2019artiste.\u00a0\u00bb La vie de Dalida, au-del\u00e0 des paillettes, c\u2019est quand m\u00eame une succession de drames personnels, avec entre autres le suicide de trois hommes tr\u00e8s proches d\u2019elle.<\/p>\n<p>Le 8 avril 1961, Lucien Morisse, directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Europe n\u1d52 1 et du label discographique fran\u00e7ais \u00ab\u00a0Disc\u2019<span class=\"caps\">AZ<\/span>\u00a0\u00bb divorce de sa premi\u00e8re femme et \u00e9pouse Dalida apr\u00e8s cinq ans de vie commune. Un couple mythique, il a lanc\u00e9 sa vedette avec <em>Bambino<\/em>, mais leur mariage ne dure que quelques mois, Dalida l\u2019ayant quitt\u00e9 pour Jean Sobieski, acteur et artiste peintre fran\u00e7ais d\u2019origine polonaise. Lucien Morisse, remari\u00e9, p\u00e8re de deux enfants, se suicidera \u00e0 41 ans.<\/p>\n<p>Luigi Tenco est sans doute la seule passion amoureuse de sa vie. Ils font couple et Dalida pousse le jeune chanteur \u00e0 se pr\u00e9senter avec elle le 26 janvier 1967, au Festival de Sanremo avec la chanson <em>Ciao amore,<\/em> ciao, chant\u00e9e, comme c\u2019est l\u2019usage, par deux chanteurs s\u00e9par\u00e9ment. Ce soir-l\u00e0, les amants ont l\u2019intention d\u2019annoncer leur projet de mariage \u00e0 leurs proches. Angoiss\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de mal chanter un texte qu\u2019il n\u2019aime gu\u00e8re, Tenco prend de l\u2019alcool et des tranquillisants, cocktail malheureux. Il rate son passage et malgr\u00e9 la prestation de Dalida, le titre <em>Ciao amore<\/em>, ciao n\u2019est pas retenu par le jury. Terrass\u00e9 par la honte, le chanteur regagne sa chambre d\u2019h\u00f4tel et se suicide en se tirant une balle dans la t\u00eate. Dalida le d\u00e9couvre et tente de se suicider. Elle restera hospitalis\u00e9e plusieurs mois.<\/p>\n<p>Le 25 avril 1975, un de ses meilleurs amis, le chanteur Mike Brant, se donne la mort \u00e0 28 ans, apr\u00e8s une premi\u00e8re tentative de suicide cinq mois avant. Dalida l\u2019avait invit\u00e9 en premi\u00e8re partie de son Olympia \u00e0 l\u2019automne 1971,\u00a0 contribuant \u00e0 son succ\u00e8s en France. Elle avait \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 se rendre au chevet du chanteur isra\u00e9lien lors de sa premi\u00e8re tentative de suicide.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai appris beaucoup sur la vie, gr\u00e2ce aux livres et \u00e0 la spiritualit\u00e9.\u00a0Mon d\u00e9sespoir, c\u2019est de ne jamais avoir eu d\u2019enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DALIDA<\/span> (1933-1987) <span class=\"caps\">INA<\/span>-Mus\u00e9e national des archives t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es et de la t\u00e9l\u00e9vision, 1984<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine remise de sa tentative de suicide apr\u00e8s la mort de Luigi Tenco en 1967, la chanteuse rencontre un \u00e9tudiant originaire de Rome, Lucio, 22 ans. Leur liaison ne dure pas, Dalida enceinte d\u00e9cide d\u2019avorter. L\u2019avortement n\u2019\u00e9tant pas autoris\u00e9 en France, l\u2019op\u00e9ration a lieu en Italie\u2026 Elle en ressort st\u00e9rile. Sa relation avec le jeune homme inspire \u00e9videmment la nostalgique chanson\u00a0: <em>Il venait d\u2019avoir 18 ans\u2026<\/em><\/p>\n<p>Dalida entame une psychoth\u00e9rapie pour venir \u00e0 bout de sa d\u00e9pression chronique. Elle lit Teilhard de Chardin et Freud, elle en parle dans les m\u00e9dias comme d\u2019une d\u00e9couverte qui va changer sa vie. Elle se lie, entre 1969 et 1971, au philosophe et \u00e9crivain Arnaud Desjardins. En 1972, par l\u2019entremise de Pascal Sevran, elle rencontre Richard Chanfray cens\u00e9 r\u00e9incarner le comte de Saint-Germain \u2013 un aventurier alchimiste et pr\u00e9tendument immortel qui fr\u00e9quentait la cour de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>. Dalida vit avec lui une idylle tumultueuse de neuf ann\u00e9es\u00a0! Lass\u00e9e par ses frasques, elle met un terme \u00e0 l\u2019aventure en 1981\u2026 Deux ans plus tard, il se suicide par asphyxie, avec sa nouvelle compagne.<\/p>\n<p>Rappelant que ses trois principaux compagnons (Lucien Morisse, Luigi Tenco et Richard Chanfray) se sont suicid\u00e9s, Dalida d\u00e9clare (comme Marie-Antoinette en son temps)\u00a0qu\u2019elle porte malheur \u00e0 tous ceux qu\u2019elle aime.<\/p>\n<p>Ses liaisons suivantes sont autant de d\u00e9ceptions sentimentales et la star adul\u00e9e (y compris des homosexuels pour lesquels Dalida s\u2019engage alors) est finalement tr\u00e8s seule. Elle s\u2019engage aussi dans la lutte contre le <span class=\"caps\">SIDA<\/span>, pour le soutien aux radios libres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi je veux mourir sur sc\u00e8ne<br>Devant les projecteurs<br>Oui, je veux mourir sur sc\u00e8ne<br>Le c\u0153ur ouvert tout en couleurs<br>Mourir sans la moindre peine<br>Au dernier rendez-vous<br>Moi je veux mourir sur sc\u00e8ne<br>En chantant jusqu\u2019au bout\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DALIDA<\/span> (1933-1987), <em>Mourir sur sc\u00e8ne<\/em> (1983)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=X16fYEugii4\">\u00c9coutez<em> Mourir sur sc\u00e8ne<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>\u00c9crite par Michel Jouveaux et compos\u00e9e par Jeff Barnel, con\u00e7ue pour Johnny Hallyday ou Michel Sardou, parfaitement mise en sc\u00e8ne comme sa vie, <em>Mourir sur sc\u00e8ne<\/em> demeure l\u2019une des chansons embl\u00e9matiques du r\u00e9pertoire de Dalida \u2013 sortie en 1983, consid\u00e9r\u00e9e comme la chanson la plus repr\u00e9sentative de sa fin de carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle s\u2019adresse directement \u00e0 la mort, faisant allusion \u00e0 sa tentative de suicide en 1967 et affirmant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Viens, mais ne viens pas quand je serai seule \/ Quand le rideau un jour tombera<br>Je veux qu\u2019il tombe derri\u00e8re moi \/ Viens, mais ne viens pas quand je serai seule<br>Moi qui ai tout choisi dans ma vie \/ Je veux choisir ma mort aussi<br>Il y a ceux qui veulent mourir un jour de pluie \/ Et d\u2019autres en plein soleil<br>Il y a ceux qui veulent mourir seuls dans un lit \/ Tranquilles dans leur sommeil\u2026 <br>Moi je veux mourir sur sc\u00e8ne \/ Devant les projecteurs\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vie m\u2019est insupportable. Pardonnez-moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DALIDA<\/span> (1933-1987), 3 mai 1987, <em>Encyclop\u00e9die Universalis<\/em>, premiers mots de la biographie de Dalida<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Expatri\u00e9 en FranceApr\u00e8s le tournage de son dernier film au Caire (<em>Le Sixi\u00e8me jour<\/em>, tir\u00e9 du roman \u00e9ponyme d\u2019Andr\u00e9e Chedid et titre de la derni\u00e8re chanson enregistr\u00e9e avant son d\u00e9c\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Un \u00e0 un j\u2019ai compt\u00e9 les jours \/ Qui s\u2019\u00e9teignaient au ralenti \/ Mon tout petit, mon tendre amour \/ Il neige sur Alexandrie\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Trois des hommes de sa vie se sont suicid\u00e9s, elle-m\u00eame a d\u00e9cid\u00e9 de mettre fin \u00e0 ses jours, le 3 mai 1987, parce que la vie lui \u00e9tait devenue insupportable. Atteinte d\u2019une d\u00e9pression chronique d\u00e9finitivement ingu\u00e9rissable, elle se produit pour la derni\u00e8re fois en concert du 28 au 29 avril 1987, \u00e0 Antalya, au th\u00e9\u00e2tre antique d\u2019Aspendos (en Turquie). De retour \u00e0 Paris, elle semble \u00e9teinte\u00a0: elle ne sort plus, fume de fa\u00e7on compulsive, encha\u00eene les insomnies. Le 2 mai 1987, elle fait croire \u00e0 son entourage qu\u2019elle ira voir dans la soir\u00e9e la com\u00e9die <em>Cabaret<\/em> de J\u00e9r\u00f4me Savary au th\u00e9\u00e2tre Mogador, et d\u00eener en ville avec son compagnon, le docteur Fran\u00e7ois Naudy. Mais il a d\u00e9command\u00e9 le rendez-vous, ce qui l\u2019aurait boulevers\u00e9e. Dans la nuit du 2 au 3 mai, seule dans sa maison du 11 bis, rue d\u2019Orchampt \u00e0 Montmartre, elle se suicide par surdose de barbituriques, aval\u00e9 avec du whisky (l\u2019alcool accentue l\u2019effet de ce type de m\u00e9dicament). Son habilleuse d\u00e9couvre son corps le 3 mai en fin d\u2019apr\u00e8s-midi. Elle a laiss\u00e9 une lettre \u00e0 Fran\u00e7ois Naudy, avec un mot sans doute \u00e0 l\u2019adresse de son public\u00a0: \u00ab\u00a0La vie m\u2019est insupportable. Pardonnez-moi.\u00a0\u00bb C\u2019est treize ans avant l\u2019an 2000, ann\u00e9e choisie par elle pour ses adieux.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/karl_lagerfeld_citations.jpg\" alt=\"Karl Lagerfeld citations\" title=\"Karl Lagerfeld citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Karl Lagerfeld (1933-2019), l\u00e9gendaire cr\u00e9ateur de mode allemand, le \u00ab\u00a0Kaiser\u00a0\u00bb a cr\u00e9\u00e9 son propre personnage, redonn\u00e9 vie \u00e0 la maison Chanel, bouscul\u00e9 les codes de la haute couture et touch\u00e9 \u00e0 (presque) tout.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Karl Lagerfeld\u00a0? Je ne connais pas son travail.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020) cit\u00e9 par <em>Vogue France<\/em>, \u00ab\u00a0Pierre Cardin\u00a0: itin\u00e9raire d\u2019un cr\u00e9ateur de l\u00e9gende\u00a0\u00bb, 2 ao\u00fbt 2021<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la pire vacherie sign\u00e9e d\u2019un distingu\u00e9 confr\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>Les deux grands couturiers de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration et morts \u00e0 un an d\u2019intervalle ont bien des points communs\u00a0: bonne long\u00e9vit\u00e9, homosexualit\u00e9 assum\u00e9e, inventivit\u00e9 permanente, capacit\u00e9 de travail hors du commun, innovation dans le pr\u00eat-\u00e0-porter, dispersion artistique en divers secteurs, r\u00e9ussite exceptionnelle au niveau mondial.<\/p>\n<p>Mais les deux personnalit\u00e9s s\u2019opposent, l\u2019un italien, l\u2019autre allemand. On parle de \u00ab\u00a0l\u2019empire Cardin\u00a0\u00bb, alors que Lagerfeld reste comme \u00ab\u00a0le Kaiser\u00a0\u00bb (l\u2019Empereur) solitaire. Le premier travaille en \u00e9quipe et s\u2019efface au profit de l\u2019\u0153uvre accomplie, le second tient \u00e0 s\u2019imposer personnellement, cr\u00e9ant l\u2019image unique en son genre qui devra rester de lui. Et cela vaut bien au-del\u00e0 des apparences.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne vends que la fa\u00e7ade, sa propre v\u00e9rit\u00e9 on ne la doit qu\u2019\u00e0 soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019), cit\u00e9 dans <em>Le Monde<\/em>, \u00ab\u00a0Karl Lagerfeld, un roi seul\u00a0\u00bb,\u00a0 26 septembre 2008<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il dit ce qu\u2019il veut bien dire. Pas facile pour faire sa bio\u00a0! M\u00eame sa date de naissance est incertaine\u00a0: est-il n\u00e9 en 1933 ou 1938\u00a0? \u00ab\u00a0Les archives ont br\u00fbl\u00e9\u2026\u00a0\u00bb pr\u00e9tend-il, avant d\u2019impliquer sa m\u00e8re fantasque et loufoque dans cette histoire\u2026<\/p>\n<p>Fa\u00e7onnant sa l\u00e9gende, visage rest\u00e9 \u00e9tonnamment jeune pass\u00e9 80 ans avec un look inimitable, il n\u2019a cess\u00e9 de mentir sur son \u00e2ge et de modifier le r\u00e9cit recompos\u00e9 de sa vie, racontant que son p\u00e8re \u00e9tait un baron danois\u2026 puis su\u00e9dois (n\u2019assumant pas qu\u2019il ait continu\u00e9 \u00e0 diriger son entreprise pendant la guerre), que sa m\u00e8re (avec laquelle il entretient une relation particuli\u00e8re, entre cruaut\u00e9 et tendresse) \u00e9tait une femme lib\u00e9r\u00e9e, pilotant son avion personnel\u2026 Avec le temps, il r\u00e9endossera son identit\u00e9 germanique, jusqu\u2019\u00e0 retrouver son accent d\u2019aristocrate allemand.<\/p>\n<p>Reste l\u2019essentiel, ce dont il est l\u00e9gitimement fier, son \u0153uvre parfaitement document\u00e9e, quand commence sa vie professionnelle et publique dans le secteur de la mode \u2013 qui vit sa belle \u00e9poque dans la seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis une sorte de nymphomane de la mode qui n\u2019atteint jamais l\u2019orgasme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019), <em>Le Monde selon Karl.<\/em> Citations choisies de Karl Lagerfeld (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne saurait mieux d\u00e9finir sa boulimie cr\u00e9atrice\u2026 Les fondements de son style aff\u00fbt\u00e9, moderne et structur\u00e9 se trouvent dans une \u00e9ducation bourgeoise et cosmopolite, avec la connaissance des langues acquise \u00e0 Hambourg sa ville natale. Sa vocation de couturier na\u00eet le 13 d\u00e9cembre 1949, quand il accompagne sa m\u00e8re au d\u00e9fil\u00e9 de mode Christian Dior, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Esplanade o\u00f9 la famille vit momentan\u00e9ment. Passionn\u00e9 de dessin, le jeune Karl se met \u00e0 dessiner des mod\u00e8les. Il quitte son pays natal avec sa m\u00e8re pour s\u2019installer \u00e0 Paris, capitale de la mode.<\/p>\n<p>\u00c9l\u00e8ve peu assidu dans une \u00e9cole priv\u00e9e, puis au lyc\u00e9e Montaigne, il arpente les rues de la capitale, fr\u00e9quentant les cin\u00e9mas \u00ab\u00a0de la premi\u00e8re s\u00e9ance \u00e0 la derni\u00e8re, pour travailler mon accent fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Le dessinateur commence \u00e0 gagner sa vie comme illustrateur de mode. Le 25 novembre 1954, il re\u00e7oit le premier prix au concours du \u00ab\u00a0Secr\u00e9tariat international de la laine\u00a0\u00bb organis\u00e9 par la marque <em>Woolmark<\/em>, dans la cat\u00e9gorie manteaux, ex aequo avec Yves Saint Laurent (1936-2008) dans la cat\u00e9gorie robe du soir. On sait l\u2019importance des rencontres, dans ce milieu tr\u00e8s \u00e9troit (et homosexuel) de la mode\u00a0: le couturier Pierre Balmain qui fait partie du jury le prend comme nouvel assistant de 1955 \u00e0 1962. Trois ans plus tard, il est nomm\u00e9 directeur artistique de la maison Jean Patou \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019homme qui aimait les femmes\u00a0\u00bb. Saint-Laurent, assistant de Christian Dior et directeur artistique apr\u00e8s sa mort, va cr\u00e9er sa propre maison en 1958, associ\u00e9 \u00e0 Pierre Berg\u00e9. La presse aimera opposer Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent qui partagent le m\u00eame cercle d\u2019amis et les m\u00eames f\u00eates parisiennes, jusqu\u2019\u00e0 ce que Jacques de Bascher (1951-1989) brise leur amiti\u00e9\u00a0: dandy parisien n\u00e9 \u00e0 Sa\u00efgon, membre de la jet set fran\u00e7aise, devenu l\u2019amant sadique d\u2019Yves Saint-Laurent, il l\u2019entra\u00eene dans sa d\u00e9bauche, avant de devenir le seul amour (fou) de Karl Lagerfeld.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans mon m\u00e9tier, je suis un mercenaire, je n\u2019ai pas d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me\u00a0: il n\u2019y a que les clients qui comptent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019), cit\u00e9 dans le <em>Figaro Madame<\/em>, 3 octobre 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors qu\u2019apparaissent les premi\u00e8res silhouettes de \u00ab\u00a0pr\u00eat-\u00e0-porter\u00a0\u00bb, le Ka\u00efser se lance dans une carri\u00e8re de styliste freelance en France, en Italie, en Angleterre et en Allemagne, allant jusqu\u2019au Japon. \u00c0 Paris, il appose sa patte de 1963 \u00e0 1984 chez Chlo\u00e9, maison connue pour ses mod\u00e8les souples aux mati\u00e8res l\u00e9g\u00e8res. \u00c0 Rome, il s\u2019attaque \u00e0 la modernisation de la fourrure pour Fendi d\u00e8s 1965, puis \u00e0 celle des collections de pr\u00eat-\u00e0-porter (de luxe). Fendi et Karl Lagerfeld f\u00eateront leurs noces d\u2019or en 2015, marquant ce qui restera la plus longue collaboration d\u2019un styliste avec une maison de mode. Cam\u00e9l\u00e9on du style, Karl Lagerfeld cis\u00e8le ses propres codes graphiques devenus signatures embl\u00e9matiques dans sa propre marque, \u00e0 partir de 1984. Appel\u00e9 \u00e0 r\u00e9veiller Chanel un an plus t\u00f4t, il va y rester 36 ans\u00a0! Gr\u00e2ce \u00e0 lui, la prestigieuse Parisienne de la rue Cambon n\u2019a cess\u00e9 de prendre des cures de jouvence. Lagerfeld a bouscul\u00e9 ses codes, r\u00e9invent\u00e9 ses grands classiques comme le fameux tailleur. Il a organis\u00e9 des d\u00e9fil\u00e9s de mode r\u00e9volutionnaires, notamment sous la verri\u00e8re du Grand Palais, dans des d\u00e9cors extraordinaires. Pour le plus grand bonheur des clients et clientes \u2013 et du cr\u00e9ateur adul\u00e9, quoique contest\u00e9 aussi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui m\u2019amuse, c\u2019est ce que je n\u2019ai jamais fait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019), <em>Le Monde selon Karl<\/em>. Citations choisies de Karl Lagerfeld (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand couturier et styliste, le Kaiser est \u00e9galement photographe, dessinateur, designer, r\u00e9alisateur et \u00e9diteur dans la mode et bien au-del\u00e0\u2026 Il cr\u00e9e des costumes d\u2019op\u00e9ra, r\u00e9alise le premier lifting de la bouteille Coca-Cola Light, le relooking des jouets du Bearbrick (petit ours au vendre rebondi) de Medicom Toy et de la peluche Steiff\u2026 Il collabore avec les 3 Suisses, Hogan et Melissa (chaussures, sacs et accessoires de luxe)\u2026 Il cr\u00e9e aussi fragrance Chlo\u00e9 (dont il signe en m\u00eame temps les collectons). Son catalogue olfactif s\u2019enrichira plus tard de Lagerfeld pour Homme (1978), Jako (1998), Kapsule (2008)\u2026 Il \u00ab\u00a0relooke\u00a0\u00bb le journal Lib\u00e9ration dans son \u00e9dition du 22 juin 2010. En 2011, il s\u2019associe avec Optic 2000 pour cr\u00e9er 55 mod\u00e8les de paires de lunettes. Il dessine le nouveau maillot de l\u2019\u00e9quipe de France de football. Il rhabille trois nouvelles bouteilles Coca-Cola Light. Il tourne dans un spot publicitaire de la marque Volkswagen et r\u00e9alise une s\u00e9rie de publicit\u00e9s pour les glaces Magnum. En 2016, il se lance dans le design en immobilier am\u00e9ricain. En partenariat avec Eddie Trump Group et Jules Trump, il contribue \u00e0 la conception de deux espaces r\u00e9sidentiels \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019une plage de Miami, ch\u00e8re au pr\u00e9sident Donald Trump. \u00ab\u00a0Pas d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me,\u00a0il n\u2019y a que les clients qui comptent.\u00a0\u00bb Mais depuis 1987, il est son propre client\u2026<\/p>\n<p>Il r\u00e9alise toutes les campagnes publicitaires des marques dont il est le designer \u2013 et ce n\u2019est pas une mince affaire\u00a0! Il contribue \u00e0 lancer la mode des mannequins stars\u00a0: Claudia Schiffer et Diane Kruger (deux Allemandes), Freja Beha Erichsen (une des premi\u00e8res tops noires) et In\u00e8s de La Fressange, la Fran\u00e7aise choisie pour repr\u00e9senter l\u2019image de Chanel, premier mannequin \u00e0 signer un contrat d\u2019exclusivit\u00e9 avec une maison de haute couture et \u00e0 devenir autant m\u00e9diatis\u00e9e dans l\u2019histoire de la mode. Plus original encore, il choisit Vanessa Paradis (chanteuse et actrice) comme principale repr\u00e9sentante de Chanel. Il la photographie pour des revues de mode prestigieuses et plusieurs campagnes de publicit\u00e9 (parfum, sacs, cosm\u00e9tiques).<\/p>\n<p>Le Kaiser prend le temps d\u2019\u00e9crire (sur lui-m\u00eame), de lire (avec sa biblioth\u00e8que de collectionneur aux 50 000 livres, fou de l\u2019esprit fran\u00e7ais qu\u2019il incarne \u00e0 sa mani\u00e8re, bien que grand bourgeois allemand). Il passe \u00e0 la r\u00e9alisation sur grand \u00e9cran avec les courts m\u00e9trages<em> Remember Now, Vol de Jour, Shopping Fever, Once Upon a Time<\/em>. Et il est toujours et plus que jamais (grand) couturier\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a017 collections par an, c\u2019est impossible, mais je le fais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019), interview sur <span class=\"caps\">TMC<\/span>, avril 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Et \u00e7a bouffe tout mon temps, mais je suis ravi\u2026\u00a0\u00bb Il a 85 ans, se sait malade, mais porte beau face \u00e0 la cam\u00e9ra, sous le feu des questions plus ou moins complices et complaisantes. Quand il ne veut pas r\u00e9pondre, il botte en touche avec un art de la r\u00e9partie assum\u00e9 depuis le d\u00e9but de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je sais combien j\u2019ai sur mon compte bancaire\u00a0? mais c\u2019est une question de pauvre, \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019, <em>Le Monde selon Karl.<\/em> <em>Citations choisies de Karl Lagerfeld<\/em> (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa r\u00e9ussite financi\u00e8re\u00a0est comparable \u00e0 celle de Pierre Cardin \u2013 exemplaire. Mais il ne communique pas les chiffres, m\u00eame au fisc\u2026 D\u2019o\u00f9 quelques probl\u00e8mes, malgr\u00e9 ses relations. Seule certitude, en avril 2000, il doit vendre la collection de sept cents toiles de ma\u00eetre, de meubles et d\u2019objets d\u2019art du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle fran\u00e7ais qu\u2019il poss\u00e8de dans son h\u00f4tel particulier. \u00c0 Monaco, Christie\u2019s propose l\u2019ensemble de la collection dans des ventes qui font date parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres ench\u00e8res pour le mobilier et les objets d\u2019art fran\u00e7ais du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Sa collection, estim\u00e9e \u00e0 180 millions de francs, est dispers\u00e9e pour un montant de 139 millions. Afin de r\u00e9gler sa cr\u00e9ance fiscale, il doit \u00e9galement vendre son ch\u00e2teau de Penho\u00ebt (\u00e0 Grand-Champ dans le Morbihan).<\/p>\n<p>\u00c0 sa mort, Karl Lagerfeld laisse un h\u00e9ritage estim\u00e9 \u00e0 plus de 200 millions d\u2019euros, investi surtout dans l\u2019immobilier. Mais \u00e0 cause de montages financiers imput\u00e9s \u00e0 son ex-comptable, il a accumul\u00e9 des dettes fiscales consid\u00e9rables. Le fisc fran\u00e7ais r\u00e9clamait quelque 20 millions d\u2019euros d\u2019amendes et de p\u00e9nalit\u00e9s. Ses huit h\u00e9ritiers d\u00e9sign\u00e9s ont fini par se mettre d\u2019accord.<\/p>\n<p>Reste Choupette en invit\u00e9e surprise. Choupette en vedette qu\u2019il a mise en sc\u00e8ne \u2013 sa derni\u00e8re love-story, apr\u00e8s la mort de Jacques de Bascher, son amant mort du sida \u00e0 38 ans en 1989. Depuis, le sexe ne l\u2019int\u00e9resse plus, le Kaiser\u00a0 vit en solitaire, avant d\u2019avoir Choupette dont il avoue \u00eatre \u00ab\u00a0tomb\u00e9 amoureux\u00a0\u00bb \u00e0 la <span class=\"caps\">CNN<\/span> (Cable News Network), premi\u00e8re cha\u00eene mondiale d\u2019info en continu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle a sa propre petite fortune, c\u2019est une h\u00e9riti\u00e8re\u00a0: s\u2019il m\u2019arrive quelque chose, la personne qui s\u2019en occupera ne sera pas dans la mis\u00e8re. L\u2019argent des pubs o\u00f9 elle appara\u00eet a \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9 pour elle\u2026. Choupette est une fille riche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019), confidence \u00e0 Marc-Olivier Fogiel dans son \u00e9mission \u00ab\u00a0Le Divan\u00a0\u00bb, mars 2015. France 3<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette Sacr\u00e9 de Birmanie sera le dernier amour de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Baptiste Giabiconi\u00a0 [l\u2019une de ses muses masculines, mannequin et chanteur fran\u00e7ais ] m\u2019a demand\u00e9 de m\u2019en occuper pour deux semaines, pendant son absence. Mais j\u2019ai ensuite refus\u00e9 de la lui rendre. Elle est trop mignonne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il donne des d\u00e9tails quelques semaines plus tard dans un entretien au <em>New York Magazine<\/em>. Sa chatte qui compte 126 000 abonn\u00e9s sur Instagram avait gagn\u00e9 3 millions de dollars rien qu\u2019en 2014 (selon <em>La Tribune<\/em>), gr\u00e2ce \u00e0 des contrats publicitaires bien n\u00e9goci\u00e9s. Elle dispose d\u2019un train de vie luxueux, avec deux dames de compagnie et un garde du corps dans chaque r\u00e9sidence partag\u00e9e avec son ma\u00eetre. La chatte la plus \u00ab\u00a0hype\u00a0\u00bb de la plan\u00e8te ne mange que dans des plats en argent, d\u2019apr\u00e8s son journal\u00a0: <em>Choupette, la vie enchant\u00e9e d\u2019un chat fashion<\/em> (2014). Et naturellement, il la laisse vivre sa vie, attentif et admiratif.<\/p>\n<p>Il en reparle souvent et ne se lasse pas de cette compagne\u00a0: \u00ab\u00a0Choupette est paisible, rigolote, amusante, gracieuse, elle est jolie \u00e0 regarder et elle a une belle d\u00e9marche, mais sa principale qualit\u00e9 est qu\u2019elle ne parle pas.\u00a0\u00bb Comme tant d\u2019auteurs et d\u2019artistes cr\u00e9ateurs, le Kaiser solitaire appr\u00e9cie le Chat.<\/p>\n<p>Mais Lagerfeld est aussi un grand communicateur, dou\u00e9 du sens de la formule plus que tous ses confr\u00e8res\u00a0! Pour finir, abordons avec lui les deux th\u00e8mes o\u00f9 il excelle. La Mode et Lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mode n\u2019est ni morale, ni amorale, mais elle est faite pour remonter le moral.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019, <em>Le Monde selon Karl<\/em> (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses conseils peuvent \u00eatre utiles ou simplement amusants, l\u2019humour \u00e9tant toujours pr\u00e9sent\u00a0et parfois surprenant\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez la vie en rose, mais n\u2019en portez pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les pantalons de jogging sont un signe de d\u00e9faite. Vous avez perdu le contr\u00f4le de votre vie, donc vous sortez en jogging.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ultra confortables, d\u00e9di\u00e9s aux journ\u00e9es d\u00e9tente, les joggings \u00e9taient devenus le signe d\u2019un laisser-aller g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, tout ce que le couturier d\u00e9testait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En g\u00e9n\u00e9ral, je ne recommande pas les robes de mari\u00e9es. Il y a trop de divorces apr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je pouvais \u00eatre r\u00e9incarn\u00e9 en un accessoire de mode, ce serait un shopping bag.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces sacs \u00e0 provisions distribu\u00e9s suite \u00e0 un achat en boutique ou magasin sont un support publicitaire id\u00e9al pour v\u00e9hiculer une marque. En papier ou en plastique, en toile ou en coton, disponibles en plusieurs formats avec des finitions possibles (\u0153illets, poign\u00e9es, etc.), ils sont personnalisables avec la marque et le logo de l\u2019entreprise. Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 Karl Lagerfeld\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Je suis devenu comme le crocodile de Lacoste. Il va bient\u00f4t falloir me coudre sur les v\u00eatements.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Penser que l\u2019apparence ne compte pas est un mensonge. Elle permet de vivre en harmonie avec soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">LAGERFELD<\/span> (1933-2019, <em>Le Monde selon Karl<\/em> (2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retour \u00e0 l\u2019essentiel, son personnage, celui qu\u2019il joue \u00e0 \u00eatre et finit par devenir.<\/p>\n<p>Catogan poudr\u00e9, lunettes noires, costume \u00e9triqu\u00e9, col dur et mitaines de cuir perfor\u00e9\u00a0: l\u2019homme est-il celui que son image renvoie\u00a0? Poup\u00e9e articul\u00e9e qui a perdu plus de 40 kilos en moins d\u2019un an (en 2000) avec un r\u00e9gime, avan\u00e7ant \u00e0 petits pas dans des boots de croco noir \u00e0 talons. Haute protection, fragilit\u00e9, pudeur\u00a0? Citons d\u2019abord quelques aphorismes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est indispensable et naturel de ne pas \u00eatre comme les autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux avoir un d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9 que pas de personnalit\u00e9 du tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La personnalit\u00e9 commence o\u00f9 finit la comparaison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Incomparable \u00e0 maints points de vue, saluons aussi son humour grin\u00e7ant qui n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 qu\u2019aux autres\u00a0: il se d\u00e9crit sans complaisance et nous livre quelques v\u00e9rit\u00e9s. Malgr\u00e9 le masque et la pudeur de la star, qui aurait cette franchise\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux bien \u00eatre gentil, mais je ne veux pas que \u00e7a se voie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime l\u2019id\u00e9e que les gens pensent que je suis m\u00e9chant. Moi, je me trouve une brave patate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les myopes ont toujours un regard de bon chien, et je ne veux pas exposer le mien \u00e0 la populace.\u00a0\u00bb <br>\u00a0Mes lunettes de soleil, c\u2019est ma burqa \u00e0 moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime savoir, tout savoir. \u00catre inform\u00e9. Je suis une esp\u00e8ce de concierge universel, pas un intellectuel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis une meringue ambulante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes cheveux ne sont pas vraiment blancs, plut\u00f4t gris, et je n\u2019aime pas cette couleur. Je les blanchis au shampooing sec Klorane.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis comme une caricature de moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre heureux\u00a0? Non, je ne suis pas si ambitieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/roman_polanski_citations.jpg\" alt=\"Roman Pola\u0144ski citations\" title=\"Roman Pola\u0144ski citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Roman Pola\u0144ski (n\u00e9 en 1933), acteur et r\u00e9alisateur polonais, naturalis\u00e9 fran\u00e7ais\u00a0: une carri\u00e8re internationale, des chefs d\u2019\u0153uvre multi-prim\u00e9s, des \u00e9checs et une vie priv\u00e9e dramatique \u00e0 divers titres.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est aussi absurde de regretter le pass\u00e9 que d\u2019organiser l\u2019avenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933), dans son autobiographie\u00a0: <em>Roman par Polanski<\/em> (1984)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa vie est un roman et Polanski joue sur ce mot dans cette autobiographie. Rarement la vie et l\u2019\u0153uvre vont s\u2019enchainer aussi inexorablement, m\u00e9lange d\u2019Histoire (majuscule), de faits divers (criminels) et de films qui ponctuent ces \u00e9v\u00e8nements. D\u2019o\u00f9 notre mise en sc\u00e8ne simplement chronologique, pour r\u00e9sumer l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 du cas Polanski.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Paris, fils unique d\u2019un couple juif, p\u00e8re polonais et m\u00e8re russe. Son p\u00e8re artiste peintre choisit de repartir avec sa famille en Pologne et s\u2019installe \u00e0 Cracovie en 1937. Deux ans apr\u00e8s, l\u2019Allemagne envahit le pays. Les Nazis instaurent une politique antis\u00e9mite, l\u2019\u00e9cole est interdite aux enfants juifs. La famille se retrouve dans le ghetto de Cracovie \u00e0 l\u2019heure de la Shoah. Sa m\u00e8re Bella travaille comme femme de m\u00e9nage au ch\u00e2teau historique du Wawel et Moj\u017cesz son p\u00e8re dans une usine de munitions. Roman quitte fr\u00e9quemment le ghetto par des voies d\u00e9tourn\u00e9es, aid\u00e9 par son apparence parfaitement \u00ab\u00a0aryenne\u00a0\u00bb. Il consacre une partie de son temps au cin\u00e9ma \u2013 celui des forces d\u2019occupation. Il raconte\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aller au cin\u00e9ma n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 comme un acte patriotique\u00a0: la fa\u00e7ade du b\u00e2timent \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement recouverte de graffitis comme \u2018Seuls les porcs vont au cin\u00e9ma\u2019. Je me retrouvais donc souvent dans des salles vides, \u00e0 regarder des films allemands, les seuls \u00e0 \u00eatre projet\u00e9s\u00a0: des com\u00e9dies stupides, des op\u00e9rettes nullissimes ou des drames de propagande. Je savais que c\u2019\u00e9tait nul, mais \u00eatre dans la salle me plaisait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1930) interview\u00e9 par Christophe Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En f\u00e9vrier 1943, sa m\u00e8re Bella (enceinte de 4 mois) et sa grand-m\u00e8re Maria sont emmen\u00e9es au camp d\u2019Auschwitz (proche de Cracovie) o\u00f9 elles seront assassin\u00e9es. Le 14 mars, c\u2019est la liquidation du ghetto de Cracovie\u00a0: les personnes inaptes au travail, quelque 2 000 vieillards, enfants et malades tu\u00e9s dans les rues ou d\u00e9port\u00e9es, 3 000 restants envoy\u00e9s \u00e0 Auschwitz. Mojszesz aide son fils \u00e0 partir en lui donnant de quoi \u00eatre h\u00e9berg\u00e9 par des familles catholiques\u2026 Cracovie sera lib\u00e9r\u00e9e par l\u2019Arm\u00e9e rouge le 19 janvier 1945. Roman reverra son p\u00e8re, mais ces premiers traumatismes et le manque d\u2019affection marqueront son \u0153uvre \u2013 avant d\u2019inspirer trente ans apr\u00e8s son film le plus personnel<em> (Le Pianiste).<\/em><\/p>\n<p>M\u00e9diocre \u00e9l\u00e8ve car peu motiv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, entr\u00e9 d\u00e8s 1945 dans le mouvement scout, il d\u00e9couvre sa vocation d\u2019artiste lors du camp d\u2019\u00e9t\u00e9 de 1946 en Pom\u00e9ranie. Son go\u00fbt pour \u00ab\u00a0les blagues et les farces l\u2019a beaucoup aid\u00e9 dans les moments difficiles\u00a0\u00bb dit-il.<\/p>\n<p>En 1953, il rencontre Andrzej Wajda, le premier metteur en sc\u00e8ne polonais \u00e0 r\u00e9aliser des films s\u2019\u00e9loignant de la \u00ab\u00a0grande hypocrisie\u00a0\u00bb du cin\u00e9ma d\u2019\u00c9tat. En 1955, Polanski est re\u00e7u au concours de la nouvelle \u00c9cole nationale de cin\u00e9ma de \u0141\u00f3d\u017a\u00a0: les \u00e9l\u00e8ves ont acc\u00e8s aux films sovi\u00e9tiques et aux films occidentaux inaccessibles au grand public. Le jeune Roman r\u00e9alise huit courts m\u00e9trages remarqu\u00e9s au niveau international. En 1959, il \u00e9pouse l\u2019actrice principale de ses premiers petits films, Barbara Kwiatkowska, mais le couple divorce en 1961. L\u2019ann\u00e9e suivante, il r\u00e9alise son premier long m\u00e9trage, le seul tourn\u00e9 dans sa langue maternelle et son premier d\u00e9fi\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M\u00eame sans tenir compte du vent, du temps et des risques naturels qu\u2019il y a \u00e0 tourner sur l\u2019eau, <em>Le Couteau dans l\u2019eau<\/em> \u00e9tait un film diaboliquement difficile. Le yacht \u00e9tait d\u2019une dimension parfaitement suffisante pour accueillir les trois protagonistes, mais inconfortablement exigu pour la petite douzaine de gens qui se tenaient derri\u00e8re la cam\u00e9ra.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1930)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1962, <em>Le Couteau dans l\u2019eau<\/em>, co\u00e9crit avec Jerzy Skolimowski, montre les rapports de forces entre un journaliste sportif brutal et un \u00e9tudiant arrogant sur un voilier. Andrejz et Christine, un couple fortun\u00e9, d\u00e9cident de partir en croisi\u00e8re. Sur leur chemin, ils rencontrent sur le bord de la route un jeune homme et lui proposent de les suivre \u00e0 bord de leur yacht. Malgr\u00e9 la bonne entente de d\u00e9part, la diff\u00e9rence sociale entre le couple et leur invit\u00e9 pose probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Le film est mal accueilli en Pologne\u00a0: un cin\u00e9ma qui dessert l\u2019\u00c9tat et sert \u00e0 l\u2019auteur de passeport pour l\u2019Occident. De fait, c\u2019est un succ\u00e8s international, prim\u00e9 \u00e0 la <em>Mostra<\/em> de Venise, projet\u00e9 au Festival du film de New York, nomin\u00e9 \u00e0 l\u2019Oscar du meilleur film \u00e9tranger \u2013 le 8 1\/2 de Federico Fellini l\u2019emportera quand m\u00eame.<\/p>\n<p>Polanski s\u2019installe \u00e0 Paris pour une \u00e9poque de \u00ab\u00a0vaches maigres\u00a0\u00bb\u00a0: impossible de placer ses sc\u00e9narios trop \u00ab\u00a0d\u00e9cal\u00e9s\u00a0\u00bb. Il s\u2019\u00e9tablit \u00e0 Londres\u00a0: \u00ab\u00a0une des p\u00e9riodes les plus heureuses de [sa] vie\u00a0\u00bb, avec la d\u00e9couverte de l\u2019industrie du cin\u00e9ma britannique. Il met en sc\u00e8ne son deuxi\u00e8me long m\u00e9trage, un thriller jouant sur la schizophr\u00e9nie\u00a0: <em>R\u00e9pulsion<\/em> (1965), avec Catherine Deneuve. Les critiques voient en lui l\u2019h\u00e9ritier d\u2019Hitchcock.<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, changement de genre avec <em>Le Bal des vampires\u00a0<\/em>: un chasseur de vampires g\u00e2teux (Jack MacGowran) et son assistant maladroit (Roman Polanski) se rendent dans un village de montagne et trouvent des traces \u00e9videntes de vampires. L\u2019assistant est s\u00e9duit par la fille du tavernier local, Sarah (Sharon Tate) qui est rapidement enlev\u00e9e. Bien d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 sauver la jeune fille, ils affrontent le comte vampire dans son ch\u00e2teau\u2026<\/p>\n<p>Cette com\u00e9die horrifique et parodique, son premier film en couleurs et en Cin\u00e9maScope, met en valeur le r\u00e9alisateur et la com\u00e9dienne am\u00e9ricaine Sharon Tate. Devenus amants sur le tournage, ils se marient \u00e0 Londres le 20 janvier 1968. Heureuse ann\u00e9e pour Polanski, rep\u00e9r\u00e9 par le jeune producteur am\u00e9ricain Robert Evansb qui lui confie la r\u00e9alisation de son premier film hollywoodien, produit par Paramount\u00a0: <em>Rosemary\u2019s Baby<\/em>, thriller fantastique adapt\u00e9 du best-seller \u00e9ponyme d\u2019Ira Levin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>\u201cRosemary\u2019s Baby\u201d<\/em>, de Roman Polanski\u00a0: effrayante descente aux enfers.<br>Le ventre de Mia Farrow comme m\u00e9taphore de l\u2019Am\u00e9rique post-<span class=\"caps\">LSD<\/span>, dont les pires ennemis sont d\u00e9sormais les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames. \u00c2mes sensibles et femmes enceintes s\u2019abstenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, \u00e0 la sortie du film en France, le 30 octobre 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une jeune femme est victime d\u2019une secte de sorciers octog\u00e9naires adorateurs de Satan, qui fait d\u2019elle la m\u00e8re de l\u2019Ant\u00e9christ. Le livre d\u2019Ira Levin est, selon Polanski, un \u00ab\u00a0thriller remarquablement construit\u00a0\u00bb. Mais \u00e9tant agnostique, il ne va pas garder l\u2019aspect surnaturel de l\u2019histoire, jouant sur un autre pari\u00a0: \u00ab\u00a0Pour la cr\u00e9dibilit\u00e9, je d\u00e9cidai de pr\u00e9server une \u00e9quivoque\u00a0: la possibilit\u00e9 que les exp\u00e9riences surnaturelles de Rosemary soient un pur produit de son imagination enfi\u00e9vr\u00e9e. Voil\u00e0 pourquoi une ambigu\u00eft\u00e9 court d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tout le long du film.\u00a0\u00bb Le r\u00f4le principal est confi\u00e9 \u00e0 Mia Farrow, celui de son mari revenant \u00e0 John Cassavetes.<\/p>\n<p>Produit pour un budget de deux millions de dollars, Rosemary\u2019s Baby atteint le sommet du box-office de 1968, lance la mode des thrillers sataniques <em>(<span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>xorciste, La Mal\u00e9diction\u2026)<\/em>, salu\u00e9 par la critique comme l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre du cin\u00e9ma fantastique, avec sa mani\u00e8re de sugg\u00e9rer l\u2019horreur et jouer de l\u2019angoisse surnaturelle dans la banalit\u00e9 quotidienne. Deux fois nomm\u00e9 aux Oscars en 1969, le film vaut \u00e0 Ruth Gordon (voisine mal\u00e9fique), la statuette du meilleur second r\u00f4le f\u00e9minin. Polanski re\u00e7oit le David di Donatello de la meilleure r\u00e9alisation \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Au fa\u00eete de sa jeune gloire, Polanski est affront\u00e9 en 1969 \u00e0 un nouveau drame\u00a0: en pleine pr\u00e9paration d\u2019un film au Royaume-Uni \u2013 adaptation du roman d\u2019anticipation de Robert Merle<em> Un animal dou\u00e9 de raison<\/em> \u2013 sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, trois de leurs amis proches et un ami du jeune gardien de la propri\u00e9t\u00e9 sont assassin\u00e9s dans la demeure du couple \u00e0 Los Angeles par des proches de Charles Manson, gourou d\u2019une secte (\u00ab\u00a0la Famille\u00a0\u00bb) et surtout tueur en s\u00e9rie. Le retentissement dans la presse est inimaginable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces derniers mois avaient \u00e9t\u00e9 la seule p\u00e9riode de vrai bonheur de toute ma vie\u2026 Les faits qui seront d\u00e9voil\u00e9s jour apr\u00e8s jour feront honte \u00e0 beaucoup de journalistes qui, pour des raisons \u00e9go\u00efstes, \u00e9crivent des choses insupportables sur ma femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933), cit\u00e9 dans <em>Roman Polanski\u00a0: Wanted and Desired<\/em>, film documentaire am\u00e9ricano-britannique de Marina Zenovich, cha\u00eene am\u00e9ricaine <span class=\"caps\">HBO<\/span>, 2008<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La presse \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb et pas que\u2026 s\u2019acharne sur le cas Polanski, le fait divers o\u00f9 il n\u2019est pour rien, sinon le mari veuf d\u2019une femme ador\u00e9e qu\u2019il a rendue c\u00e9l\u00e8bre, enceinte et assassin\u00e9e \u00e0 26 ans dans des conditions atroces par un fou.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande trag\u00e9die de ma vie. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 moi-m\u00eame pendant des ann\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933), dans son autobiographie\u00a0: <em>Roman par Polanski<\/em> (1984)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quinze ans plus tard, cet homme pour qui le terme de \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb a pu \u00eatre invent\u00e9 en tire les cons\u00e9quences. Le meurtre de sa femme est \u00ab\u00a0la seule ligne de partage qui ait r\u00e9ellement compt\u00e9 dans ma vie\u00a0\u00bb\u00a0: sa personnalit\u00e9 optimiste et positive laissa place \u00e0 un \u00ab\u00a0pessimisme visc\u00e9ral\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0\u00e9ternelle insatisfaction de l\u2019existence\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0certitude que tout bonheur, toute joie se payent un jour\u00a0\u00bb. L\u2019avenir ne cessera de lui donner raison.<\/p>\n<p>Le traumatisme est tel que le cin\u00e9aste fait pause, d\u00e9clarant qu\u2019aucun sujet ne lui semble avoir suffisamment d\u2019importance pour qu\u2019il lui consacre deux ans de sa vie. \u00ab\u00a0Quand la police a mis la main sur Manson et sa bande, je me suis r\u00e9fugi\u00e9 en Suisse, \u00e0 ne rien pouvoir faire sauf du ski [\u2026] Tout \u00e0 coup, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Shakespeare, j\u2019avais toujours eu envie de faire un film shakespearien, j\u2019avais une vieille passion, le souvenir de ce <em>Hamlet<\/em> de Laurence Olivier (vu et revu dans ma jeunesse). C\u2019\u00e9tait le genre de sujet qui pouvait me passionner, qui m\u00e9ritait de s\u2019y consacrer, de \u201cplonger\u201d un an ou deux.\u00a0\u00bb <em>Polanski par Polanski<\/em>, Pierre-Andr\u00e9 Boutang (1986).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des critiques am\u00e9ricains estim\u00e8rent que j\u2019avais utilis\u00e9 ce film dans un but cathartique. La v\u00e9rit\u00e9 est que j\u2019avais choisi <em>Macbeth<\/em> parce que j\u2019esp\u00e9rais que Shakespeare au moins me mettrait au-dessus de tout soup\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il d\u00e9fend ce grand film malade, contamin\u00e9 par la folie de ses protagonistes\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut \u00e9viter, dans un film, de montrer ce sang. Macbeth ne peut pas dispara\u00eetre derri\u00e8re une porte et revenir avec des mains tach\u00e9es de sang\u2026 on est au cin\u00e9ma, pas \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise ou \u00e0 Stratford sur Avon [lieu du <em>Royal Shakespeare Theatre<\/em>]. Pour faire comprendre le choc, la folie dans laquelle sombrent Macbeth puis Lady Macbeth, les images du meurtre de Duncan devaient durer longtemps, \u00eatre horribles et sanglantes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c9chec commercial \u00e0 sa sortie aux \u00c9tats-Unis, Macbeth est mieux accueilli en Angleterre. En France, le film est pr\u00e9sent\u00e9 au Festival de Cannes en 1972, mais hors comp\u00e9tition. Il acquiert ensuite une excellente r\u00e9putation aupr\u00e8s des cin\u00e9philes, consid\u00e9r\u00e9 comme une \u0153uvre importante au sein de la riche filmographie d\u2019un auteur passionnant, qui se renouvelle sans fin. Les films de Polanski se suivent et ne se ressemblent pas\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui m\u2019a attir\u00e9 dans le personnage de Tess, c\u2019est ce m\u00e9lange d\u2019incroyable honn\u00eatet\u00e9, de soumission et de fatalisme. Elle ne se plaint jamais. Des choses terribles lui arrivent et elle ne se plaint jamais, jusqu\u2019\u00e0 la fin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans l\u2019Angleterre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00e8me si\u00e8cle, un paysan du Dorset, John Durbeyfield, d\u00e9couvre qu\u2019il est le dernier descendant d\u2019une grande famille d\u2019aristocrates. Motiv\u00e9 par le profit qu\u2019il pourrait tirer de cette noblesse perdue, il envoie sa fille a\u00een\u00e9e, Tess, se r\u00e9clamer de cette parent\u00e9 chez la riche famille des d\u2019Urberville. Le jeune Alec d\u2019Urberville, charm\u00e9 par la beaut\u00e9 de sa \u00ab\u00a0d\u00e9licieuse cousine\u00a0\u00bb, accepte de l\u2019employer et met tout en \u0153uvre pour la s\u00e9duire. Tess finit par c\u00e9der aux avances et, enceinte, retourne chez ses parents o\u00f9 elle donne naissance \u00e0 un enfant qui meurt peu de temps apr\u00e8s\u2026 Tess fuit son village et trouve un emploi dans une ferme o\u00f9 nul ne conna\u00eet son malheur. Elle y rencontre son v\u00e9ritable amour\u00a0: un fils de pasteur Angel Clare. Voyant en Tess est une jeune paysanne innocente, il tombe \u00e9perdument amoureux d\u2019elle et, malgr\u00e9 l\u2019ab\u00eeme social qui les s\u00e9pare, la demande en mariage.<\/p>\n<p>Ce film de 1979 est d\u00e9di\u00e9 en d\u00e9but de g\u00e9n\u00e9rique \u00e0 sa femme Sharon Tate \u2013 quelques jours avant son assassinat, elle lui avait envoy\u00e9 le roman <em>Tess d\u2019Urberville<\/em> de Thomas Hardy, imaginant que \u00e7a pourrait faire un bon film. C\u00e9saris\u00e9, oscaris\u00e9, magiquement incarn\u00e9 dans le r\u00f4le-titre par Nastassja Kinski (18 ans), c\u2019est le seul film d\u2019amour r\u00e9alis\u00e9 par Polanski. \u00c9puis\u00e9 par un an de tournage et un an de postproduction, il faillit quand m\u00eame arr\u00eater le cin\u00e9ma.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tess a exig\u00e9 beaucoup d\u2019efforts, de temps et d\u2019\u00e9nergie. Et pourtant, la plupart des acteurs et techniciens se souviennent de ce tournage comme de l\u2019un des plus heureux de leur vie. Une partie de l\u2019atmosph\u00e8re idyllique a d\u00fb se refl\u00e9ter dans le film.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Polanski \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque accus\u00e9 de viol sur mineur aux \u00c9tats-Unis et menac\u00e9 d\u2019extradition depuis l\u2019Angleterre. D\u00e9finitivement \u00e9tabli en France, il dut trouver des d\u00e9cors vraisemblables, avec son obsession de perfectionniste. La production a requis 40 lieux diff\u00e9rents de tournage, certains exigeant une saison pr\u00e9cise, d\u2019o\u00f9 les neuf mois n\u00e9cessaires. Son directeur de la photographie meurt au d\u00e9but du tournage. Premier film fran\u00e7ais \u00e0 utiliser la technologie Dolby St\u00e9r\u00e9o, c\u2019est le plus cher du cin\u00e9ma fran\u00e7ais lors de sa sortie \u2013 11 millions de dollars. Le producteur Claude Berri dut hypoth\u00e9quer plusieurs biens pour financer le film\u2026 Seul compte le r\u00e9sultat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma rencontre avec Emmanuelle est la meilleure chose qui me soit arriv\u00e9e. C\u2019est quelqu\u2019un avec qui je peux continuer de vivre\u2026 et le temps que nous avons pass\u00e9 ensemble prouve que je ne me suis pas tromp\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933) Interview dans<em> Paris-Match<\/em>, 19 avril 2016<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il la rencontre sur le tournage de <em>Frantic<\/em> (1988), un thriller policier franco-am\u00e9ricain. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019un colloque, le docteur Walker, un cardiologue am\u00e9ricain (Harrison Ford) et sa femme Sondra (Emmanuelle Seigner) reviennent \u00e0 Paris, lieu de leur voyage de noces vingt ans auparavant. D\u00e8s leur arriv\u00e9e, tout se bouscule\u00a0: Sondra se trompe de valise \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, puis dispara\u00eet. Son mari se confronte \u00e0 la police fran\u00e7aise qui ne fait aucun effort pour l\u2019aider, comme l\u2019ambassade am\u00e9ricaine. Il va mener lui-m\u00eame sa propre enqu\u00eate, rendue difficile par sa m\u00e9connaissance du fran\u00e7ais. Une bo\u00eete d\u2019allumettes trouv\u00e9e dans la valise inconnue va lui faire remonter une fili\u00e8re d\u2019espionnage gr\u00e2ce \u00e0 une troublante jeune femme\u2026<\/p>\n<p>Le film n\u2019est pas sans int\u00e9r\u00eat dans la filmographie du r\u00e9alisateur, mais l\u2019\u00e9v\u00e9nement, c\u2019est d\u2019avoir trouv\u00e9 la nouvelle femme de sa vie. Une renaissance, une vie de famille avec deux enfants (Morgane n\u00e9e en 1993 et Elvis en 1998), trois lieux de vie (appartement \u00e0 Paris, \u00e0 Cracovie et chalet \u00e0 Gstaad (Suisse). Et le bonheur de pouvoir continuer \u00e0 tourner, parfois avec elle. Elle se fait tr\u00e8s discr\u00e8te, mais peut aussi s\u2019exprimer, \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les femmes voulaient coucher avec mon mari\u2026 \u00c7a peut surprendre, mais c\u2019\u00e9tait une \u00e9poque et\u2026 moi, en tout cas, je l\u2019ai vu, tout \u00e7a, je l\u2019ai v\u00e9cu, donc j\u2019ai vu comment les femmes \u00e9taient avec lui. Je comprends que \u00e7a puisse choquer, mais c\u2019est quand m\u00eame la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuelle <span class=\"caps\">SEIGNER<\/span> (n\u00e9e en 1966) au micro d\u2019Aur\u00e9lie Casse, sur le succ\u00e8s de son illustre mari aupr\u00e8s de la gent f\u00e9minine, quand elle l\u2019a rencontr\u00e9 \u00e0 18 ans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mouvement #<span class=\"caps\">METOO<\/span> va naturellement changer la donne, n\u00e9 en 2006 aux \u00c9tats-Unis et d\u00e9ferlant une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard en France. Polanski se retrouvera particuli\u00e8rement vis\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em> Le Pianiste<\/em> est un film que j\u2019aurais pu tourner les yeux ferm\u00e9s, ayant moi-m\u00eame v\u00e9cu ces \u00e9v\u00e9nements et en les gardant tr\u00e8s pr\u00e9sents en moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, pendant le tournage, j\u2019ai eu l\u2019impression que tout ce que j\u2019avais fait jusqu\u2019alors n\u2019\u00e9tait qu\u2019une r\u00e9p\u00e9tition en vue de ce tournage.\u00a0\u00bb Interview\u00e9 sur <span class=\"caps\">TF1<\/span>, il assure\u00a0: \u00ab\u00a0Le seul film o\u00f9 il y a beaucoup de ce que j\u2019ai v\u00e9cu, c\u2019est<em> Le Pianiste<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le film est pourtant, adapt\u00e9 du roman autobiographique \u00e9ponyme de W\u0142adys\u0142aw Szpilman (1911-2000), pianiste, auteur et compositeur juif polonais qui \u00e9tudia le piano \u00e0 Varsovie. En 1931, il part en Allemagne poursuivre ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de l\u2019Art de Berlin, mais en 1933, face \u00e0 la mont\u00e9e du nazisme, il rentre en Pologne, engag\u00e9 \u00e0 la radio d\u2019\u00c9tat polonaise \u00e0 Varsovie. En 1946 il publie ce r\u00e9cit hallucinant des six ann\u00e9es de guerre, avec la cr\u00e9ation du ghetto, l\u2019enfermement des 500 000 juifs, leur extermination, puis son errance fantomatique dans une ville syst\u00e9matiquement d\u00e9truite, maison par maison.<\/p>\n<p>Polanski tient \u00e0 d\u00e9mentir l\u2019id\u00e9e que l\u2019ensemble de son \u0153uvre est la copie conforme ou m\u00eame le reflet de son v\u00e9cu particuli\u00e8rement dramatique. Seule exception, ce film, le plus grand succ\u00e8s public et critique. Reste l\u2019\u00e9vidence\u00a0: tout ce qu\u2019il a v\u00e9cu a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019artiste et par une alchimie cr\u00e9atrice classique, son \u0153uvre en est le reflet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec son film <em>La V\u00e9nus \u00e0 la fourrure<\/em>, Roman Polanski atteint le sommet de son art de la mise en sc\u00e8ne des duels psychologiques, d\u00e9but\u00e9 il y a plus de 50 ans d\u00e9j\u00e0 avec <em>Le Couteau dans l\u2019eau<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Motivation du jury, Cannes 2014<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire est simple et troublante. Thomas (Mathieu Almaric) veut r\u00e9aliser une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre et cherche une actrice pour le r\u00f4le principal. Les candidates se sont succ\u00e9d\u00e9 en vain et il se plaint de leur m\u00e9diocrit\u00e9. Arrive alors, en retard, Vanda (Emmanuelle Seigner), fille dynamique, d\u00e9brid\u00e9e, \u00e9cervel\u00e9e \u2013 tout ce que Thomas d\u00e9teste. Il lui laisse quand m\u00eame sa chance, elle se m\u00e9tamorphose, conna\u00eet le r\u00f4le par c\u0153ur, a trouv\u00e9 des accessoires pour ce r\u00f4le. Le rejet de Thomas se mue alors en obsession.<\/p>\n<p>Le r\u00e9alisateur donne son plus beau r\u00f4le \u00e0 sa troisi\u00e8me (et jeune) \u00e9pouse\u00a0: elle parle mieux que personne de sa direction d\u2019acteurs et surtout d\u2019actrices \u2013 apr\u00e8s sa premi\u00e8re femme Barbara Lass dans ses premiers courts m\u00e9trages, citons Catherine Deneuve dans R\u00e9pulsion, Sharon Tate sa deuxi\u00e8me femme dans <em>Rosemary\u2019s Baby, <\/em>Faye Dunaway dans<em> Chinatown,<\/em> Isabelle Adjani dans<em> Le Locataire, <\/em>Nastassja Kinski dans<em> Tess\u2026<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il inscrit le corps dans ses images avec une redoutable pr\u00e9cision, d\u00e9terminant avec fermet\u00e9 la place de la t\u00eate, la courbure du cou ou le positionnement des doigts. Pourtant, dans le m\u00eame temps, il laisse une libert\u00e9 absolue dans le jeu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuelle <span class=\"caps\">SEIGNER<\/span> (n\u00e9e en 1966 ) \u00e0 Xavier Leherpeur, \u00ab\u00a0Emmanuelle Seigner: \u00ab\u00a0Je n\u2019en ai plus rien \u00e0 foutre que l\u2019on m\u2019aime\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb,<em> <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>xpress,<\/em>\u200e 13 novembre 2013<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9v\u00e9l\u00e9e au public par le film <em>D\u00e9tective<\/em>, de Jean-Luc Godard, puis par le thriller parisien de Polanski, <em>Frantic<\/em>, c\u2019est la s\u0153ur a\u00een\u00e9e de Mathilde Seigner, com\u00e9dienne, la petite-fille du com\u00e9dien Louis Seigner, la ni\u00e8ce de la com\u00e9dienne Fran\u00e7oise Seigner, tous deux soci\u00e9taires honoraires de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. C\u2019est dire qu\u2019elle conna\u00eet le m\u00e9tier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne parlerais pas d\u2019une identification, ou alors dans un sens assez g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019essentiel de cette affaire, c\u2019est quoi\u00a0? Le refus d\u2019une institution, l\u2019arm\u00e9e en l\u2019occurrence, de reconna\u00eetre son erreur, et son obstination \u00e0 s\u2019enfoncer dans le d\u00e9ni en produisant de fausses preuves. Moi, je connais \u00e7a, m\u00eame si ce n\u2019est pas avec l\u2019arm\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933), cit\u00e9 par \u00c9ric Mandel, \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">EXCLUSIF<\/span>. Le <span class=\"caps\">JDD<\/span> a assist\u00e9 au dernier jour de tournage du film de Roman Polanski sur l\u2019affaire Dreyfus\u00a0\u00bb,<em> Le Journal du dimanche<\/em>, 6 mai 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb Titre de l\u2019article d\u2019\u00c9mile Zola en page un de <em>L\u2019Aurore,<\/em> 13\u00a0janvier 1898. Il lance l\u2019Affaire Dreyfus, la plus grave crise qui divise la France sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. C\u2019est aussi le titre du dernier film de Polanski. L\u2019histoire d\u2019un homme injustement accus\u00e9 est toujours fascinante, mais c\u2019est aussi un probl\u00e8me tr\u00e8s actuel \u00e9tant donn\u00e9 la r\u00e9surgence de l\u2019antis\u00e9mitisme. Roman Polanski y dresse \u00e9galement une analogie avec ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s face \u00e0 la justice am\u00e9ricaine. L\u2019ann\u00e9e suivante, \u00e0 la C\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars o\u00f9 son dernier film est nomin\u00e9 12 fois (!), il est de nouveau la cible des ligues f\u00e9ministes plus nombreuses et plus fortes depuis le mouvement #<span class=\"caps\">METOO<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si violer est un art, donnez \u00e0 Polanski tous les C\u00e9sars\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00ab\u00a0Les signataires\u00a0: Osez le F\u00e9minisme\u00a0! Planning Familial, Collectif F\u00e9ministe Contre le Viol, <span class=\"caps\">HF<\/span>, Association Internationale des Victimes de l\u2019Inceste, Marche Mondiale des Femmes, Chiennes de garde, Collectif national pour les droits des femmes, Abandon de Famille \u2013 Tol\u00e9rance Z\u00e9ro\u00a0!, R\u00e9seau f\u00e9ministe Ruptures.\u00a0\u00bb 2020<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte int\u00e9gral\u00a0: \u00ab\u00a012 nominations aux C\u00e9sars pour le film J\u2019accuse de Roman Polanski. 12, comme le nombre de femmes qui l\u2019accusent de viols p\u00e9docriminels. Les associations et personnalit\u00e9s f\u00e9ministes seront l\u00e0 le 28 f\u00e9vrier 2020 \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars pour appeler \u00e0 dire <span class=\"caps\">NON<\/span> \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019un violeur qui silencie les victimes.<\/p>\n<p>Par ces 12 nominations, le monde du cin\u00e9ma a apport\u00e9 un soutien franc et inconditionnel \u00e0 un violeur en cavale, qui a reconnu avoir drogu\u00e9 et viol\u00e9 une enfant de 13 ans et a fui la justice am\u00e9ricaine. Deux ans apr\u00e8s #<span class=\"caps\">METOO<\/span>, tandis qu\u2019aux Etats-Unis Harvey Weinstein risque la prison \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, en France, nous acclamons et c\u00e9l\u00e9brons un violeur p\u00e9docriminel en fuite.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons pas \u00ab\u00a0s\u00e9parer l\u2019homme de l\u2019artiste\u00a0\u00bb quand Polanski lui-m\u00eame, dans le dossier de presse du film, parle \u00ab\u00a0d\u2019accusations mensong\u00e8res, proc\u00e9dures juridiques pourries\u00a0\u00bb. Personne n\u2019est dupe. Polanski utilise sa notori\u00e9t\u00e9, instrumentalise l\u2019affaire Dreyfus pour se r\u00e9habiliter et se poser en victime alors qu\u2019il est bourreau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours aim\u00e9 les jeunes filles. Quand j\u2019avais huit ans, c\u2019\u00e9tait plus grave\u00a0: elles \u00e9taient encore plus jeunes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roman <span class=\"caps\">POLANSKI<\/span> (n\u00e9 en 1933), dans son autobiographie\u00a0: <em>Roman par Polanski<\/em> (1984)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nul besoin de commenter ces deux derni\u00e8res citations, une accusation, une provocation. Polanski aura beaucoup donn\u00e9, beaucoup re\u00e7u, beaucoup souffert. Il restera malgr\u00e9 tout pour son \u0153uvre. Comme Hugo autoproclam\u00e9 \u00ab\u00a0cette horrible canaille\u00a0\u00bb, comme Picasso authentique \u00ab\u00a0pr\u00e9dateur sexuel\u00a0\u00bb, comme le marquis de Sade (entr\u00e9 au dictionnaire et \u00e0 la Pl\u00e9iade), comme l\u2019abb\u00e9 Pierre dans un autre genre\u2026 et d\u2019innombrables cas. Au-del\u00e0 de l\u2019actualit\u00e9 et des al\u00e9as juridiques, c\u2019est une question historique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/georges_moustaki_citations.jpg\" alt=\"Georges Moustaki citations\" title=\"Georges Moustaki citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Georges Moustaki (1934-2013) n\u00e9 en \u00c9gypte et \u00e0 jamais M\u00e9diterran\u00e9en, infatigable paresseux, cr\u00e9ant sur mesure pour Piaf, Barbara, Reggiani\u2026 avant de chanter <em>Le M\u00e9t\u00e8que<\/em> et de faire carri\u00e8re.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013. <em>La Philosophie Batucada<\/em>, chanson de 1975<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la\u2026<br>C\u2019est une jolie bande de joyeux f\u00eatards<br>Qui se couchent \u00e0 l\u2019aurore et se l\u00e8vent tr\u00e8s tard<br>Ne pensant qu\u2019\u00e0 aimer ou jouer de la guitare<br>Ils n\u2019ont dans la vie que cette philosophie<br>Nous avons toute la vie pour nous amuser<br>Nous avons toute la mort pour nous reposer\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9coutez <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Am5hhp3OntI\"><em>La Philosophie Batucada<\/em><\/a> sur Youtube.<\/p>\n<p>Georges Moustaki, de son vrai nom Yussef Mustacchi, na\u00eet \u00e0 Alexandrie en \u00c9gypte. Il vit son enfance dans un environnement multiculturel. Ses parents d\u2019origine grecque parlent toujours italien. Dans la rue, ses camarades s\u2019expriment en arabe. Inscrit dans une institution fran\u00e7aise, il se passionne pour la litt\u00e9rature et la chanson fran\u00e7aise (Trenet, Piaf, Tino Rossi\u2026). Cet environnement cosmopolite lui donne envie de voyager, mais Alexandrie restera une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>lexandrie de mon enfance c\u2019\u00e9tait le monde en r\u00e9duction\u00a0: toutes les races, toutes les religions, tous les bruits, toutes les saveurs. J\u2019ai visit\u00e9 une soixantaine de pays depuis et je me suis rarement senti \u00e9tranger quelque part. Je trouve toujours une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Alexandrie, dans les langues que j\u2019y ai entendues, les odeurs que j\u2019y ai respir\u00e9es, les couleurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013), \u00ab\u00a0Heureux qui comme Ulysse a fait de beaux voyages avec Georges Moustaki.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En attendant, il a 18 ans quand il d\u00e9barque \u00e0 Paris, encha\u00eenant les petits boulots pour gagner sa vie\u00a0: journaliste pigiste, vendeur de livres en porte \u00e0 porte, barman dans un piano bar. \u00c0 ses moments perdus, il compose sur sa guitare, \u00e9crit des chansons, fr\u00e9quente le cabaret des Trois baudets et assiste au tour de chant de Georges Brassens, en premi\u00e8re partie d\u2019Henri Salvador. C\u2019est la r\u00e9v\u00e9lation\u2026 Il va lui faire \u00e9couter ses compositions. Brassens encourage le jeune artiste \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer. En hommage au \u00ab\u00a0grand Georges\u00a0\u00bb, il se rebaptise Georges Moustaki. Il restera toujours son ami.<\/p>\n<p>Premier interpr\u00e8te \u00e0 accepter ses chansons, Henri Salvador, lui-m\u00eame auteur, compositeur, interpr\u00e8te et chanteur de charme original, humoriste et guitariste\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est celle-l\u00e0 que j\u2019aime \/ Celle qui n\u2019est jamais la m\u00eame \/ Qui est toujours elle-m\u00eame \/ C\u2019est celle-l\u00e0 que j\u2019aime \/ Celle qui n\u2019est qu\u2019une simple femme \/ Qui vaut toutes les femmes\u2026\u00a0\u00bb Chanson co-\u00e9crite avec Moustaki et qui fera bient\u00f4t partie de son r\u00e9pertoire.<\/p>\n<p>Moustaki aimera les femmes et certaines vont marquer sa carri\u00e8re, sans \u00eatre jamais \u00ab\u00a0simples\u00a0\u00bb\u2026 En 1958, le guitariste Henri Crolla le pr\u00e9sente \u00e0 \u00c9dith Piaf, 41 ans. Il en a 24. Elle bouleverse sa vie et le \u00ab\u00a0lance\u00a0\u00bb dans le m\u00e9tier. Il lui \u00e9crit l\u2019un de ses plus grands succ\u00e8s, <em>Milord<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez venez Milord \/ Vous asseoir \u00e0 ma table<br>Il fait si froid dehors \/ Ici, c\u2019est confortable <br>Laissez-vous faire, Milord \/ Et prenez bien vos aises<br>Vos peines sur mon c\u0153ur \/ Et vos pieds sur une chaise\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013), <em>Milord<\/em> (1958), musique de Marguerite Monnot (1903-1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=IapZwHGDAk8\">\u00c9coutez Milord sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Il tombe amoureux fou de \u00ab\u00a0la m\u00f4me\u00a0\u00bb \u2013 apr\u00e8s Yves Montand, Jean-Louis Jaubert le fondateur des \u00ab\u00a0Compagnons de la chanson\u00a0\u00bb, Eddie Constantine (acteur vedette), Jacques Pills, pour ne parler que des chanteurs.<\/p>\n<p>Piaf le pr\u00e9sente \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise\u00a0: gauche et timide, la voix h\u00e9sitante, il se produit pour la premi\u00e8re fois devant une cam\u00e9ra\u2026 \u00ab\u00a0\u00c9dith m\u2019a tout appris, \u00e0 m\u2019habiller, \u00e0 manger. Avec elle, chaque instant \u00e9tait intense.\u00a0\u00bb Les exc\u00e8s de la chanteuse d\u00e9cident Georges \u00e0 la quitter au bout d\u2019un an, \u00e0 moins que ce ne soit-elle, tomb\u00e9e amoureuse d\u2019un jeune peintre italien, Douglas Davis aux petits soins pour la grande malade, hospitalis\u00e9e plusieurs mois.<\/p>\n<p>Moustaki poursuit son apprentissage de la vie et du m\u00e9tier. Il va \u00e9crire pour trois autres vedettes f\u00e9minines, Colette Renard, Dalida et surtout Barbara, sa plus belle histoire d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis la longue dame brune que tu attends<br>Je suis la longue dame brune et je t\u2019entends<br>Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi<br>Ta guitare, orgue de fortune, guide mes pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013) et <span class=\"caps\">BARBARA<\/span> ((1930-1997), <em>La Dame brune<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=P6whtJq6LlU\">\u00c9coutez <em>La Dame brune<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Cette chanson les lie \u00e0 jamais et ils l\u2019interpr\u00e8teront en duo, sur la sc\u00e8ne de l\u2019Olympia. En attendant, de 1960 \u00e0 1965, Moustaki s\u2019essaie au m\u00e9tier d\u2019interpr\u00e8te et sort quelques 45 tours chez Path\u00e9 Marconi. Ces enregistrements ne marquent pas les m\u00e9moires.<\/p>\n<p>En 1966, Barbara le pr\u00e9sente \u00e0 Serge Reggiani\u00a0: c\u2019est une nouvelle \u00e9tape dans la carri\u00e8re de Moustaki et de Reggiani. L\u2019acteur qui d\u00e9sire devenir chanteur lui commande plusieurs titres qui seront tous des succ\u00e8s\u00a0: <em>Sarah, Ma libert\u00e9, Ma solitude<\/em>\u2026 contribuent \u00e0 faire conna\u00eetre les talents d\u2019auteur-compositeur de Moustaki.<\/p>\n<p>Par chance, Reggiani refuse un titre, persuad\u00e9 que le texte est pour Moustaki\u2026 Il se d\u00e9cidera \u00e0 l\u2019enregistrer pour chanter ses racines. Il y a aussi l\u2019air du temps \u00e0 Paris, en Mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0Des choses merveilleuses se d\u00e9roulaient dans la rue, les facult\u00e9s, les usines, je devais chanter\u00a0!\u00a0\u00bb La po\u00e9sie libertaire de Moustaki allait s\u2019accorder aux humeurs de l\u2019\u00e9poque, avec son allure et son naturel de m\u00e9t\u00e8que\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec ma gueule de m\u00e9t\u00e8que<br>De juif errant, de p\u00e2tre grec<br>Et mes cheveux aux quatre vents<br>Avec mes yeux tout d\u00e9lav\u00e9s <br>Qui me donnent l\u2019air de r\u00eaver, <br>Moi qui ne r\u00eave plus souvent\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013), <em>Le M\u00e9t\u00e8que<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=yUt94aTfDFE\">\u00c9coutez <em>Le M\u00e9t\u00e8que<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p><em>Le M\u00e9t\u00e8que<\/em> se vend \u00e0 un million d\u2019exemplaires en France. Il enregistre un album du m\u00eame nom avec des chansons qu\u2019il interpr\u00e8te \u00e0 Bobino en 1970. Le 33 tours re\u00e7oit le Grand Prix de l\u2019Acad\u00e9mie Charles Cros. Le 1er janvier 1970, l\u2019apprenti chanteur sort d\u00e9finitivement de l\u2019ombre, propuls\u00e9 sur la mythique sc\u00e8ne de Bobino \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>En 1972, Moustaki donne un nouvel album, <em>Danse<\/em>, et rempile pour un tour de chant \u00e0 Bobino. Le voil\u00e0 devenu un <span class=\"caps\">ACI<\/span> (auteur-compositeur-interpr\u00e8te) \u00e0 la fois original, libre des contraintes du show-biz et populaire. C\u2019est au Festival International de la Chanson Populaire de Rio de Janeiro que d\u00e9bute son histoire d\u2019amour avec le Br\u00e9sil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un pas, une pierre, un chemin qui chemine<br>Un reste de racine, c\u2019est un peu solitaire<br>C\u2019est un \u00e9clat de verre, c\u2019est la vie, le soleil<br>C\u2019est la mort, le sommeil, c\u2019est un pi\u00e8ge entrouvert\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013),<em> Les Eaux de mars<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=PxMjenL4k-g&amp;list=RDPxMjenL4k-g&amp;start_radio=1\">\u00c9coutez\u00a0<em>Les Eaux de mars<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Il rencontre les grands noms de la musique br\u00e9silienne\u00a0: Gilberto Gil, Chico Buarque, Jorge Ben. Dans son album D\u00e9claration, les influences br\u00e9siliennes apparaissent. <em>Les Eaux de mars<\/em> est une sublime reprise d\u2019A<em>guas de mar\u00e7o<\/em> d\u2019Antonio Carlos Jobim. \u00c0 (re)d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Moustaki enchaine d\u00e9sormais les tourn\u00e9es en citoyen du monde, appr\u00e9ci\u00e9 de tous les publics pour la simplicit\u00e9, l\u2019intimit\u00e9 de ses concerts et de ses titres. Il parcourt le Japon, l\u2019Afrique, le Canada. Il se retrouve \u00e0 l\u2019affiche de la prestigieuse salle du <em>Carnegie Hall<\/em> \u00e0 New York, le 28 octobre 1973. Malgr\u00e9 ses voyages, il participe en 1974 \u00e0 un opus en hommage \u00e0 Georges Brassens, <em>Georges et ses amis.<\/em><\/p>\n<p>Pour un paresseux\u00a0ou proclam\u00e9 tel, rarement artiste fut aussi prolifique, sortant parfois deux albums par an\u00a0! Entre 1972 et 1981, neufs albums originaux. Ces compositions s\u2019impr\u00e8gnent de ses voyages et des diff\u00e9rentes cultures. Dans les ann\u00e9es 1990, il continue \u00e0 encha\u00eener tourn\u00e9es et enregistrements studio\u00a0: \u00ab\u00a0Par boutade, je pr\u00e9tends que, plut\u00f4t que d\u2019organiser ma vie en fonction d\u2019un m\u00e9tier, j\u2019ai choisi le m\u00e9tier qui correspondait \u00e0 ma fa\u00e7on de vivre. Quel autre me permettrait de me lever \u00e0 l\u2019heure que je choisis, d\u2019avoir une totale disponibilit\u00e9 par rapport \u00e0 mes pulsions, qu\u2019elles soient anodines ou importantes, de voyager\u2026\u00a0\u00bb Tout cela en affichant toujours la m\u00eame nonchalance fr\u00e9n\u00e9tique et nostalgique, en vrai m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ce bassin o\u00f9 jouent \/ Des enfants aux yeux noirs,<br>Il y a trois continents \/ Et des si\u00e8cles d\u2019histoire,<br>Des proph\u00e8tes des dieux, \/ Le Messie en personne.<br>Il y a un bel \u00e9t\u00e9 \/ Qui ne craint pas l\u2019automne,<br>En M\u00e9diterran\u00e9e. Il y a l\u2019odeur du sang qui flotte sur ses rives<br>Et des pays meurtris \/ Comme autant de plaies vives\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">MOUSTAKI<\/span> (1934-2013), <em>En M\u00e9diterran\u00e9e<\/em> (1971) album M\u00e9diterran\u00e9en<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=xlLOk-HYlgc&amp;list=OLAK5uy_k69EK8XUMfyI0vTgcKiWw-8-AljvDovQs&amp;index=4\">\u00c9coutez <em>En M\u00e9diterran\u00e9e<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Prix National de la Chanson pour ce titre, il sort une int\u00e9grale en 10 cd, fin 2002. En 2004, la <span class=\"caps\">SACEM<\/span> le r\u00e9compense pour son apport \u00e0 la chanson fran\u00e7aise. Son dernier album sort en septembre 2005\u00a0: <em>Le Vagabond<\/em>. Enregistr\u00e9 au Br\u00e9sil, il \u00e9voque un th\u00e8me cher au chanteur, les sentiments, avec sa relation particuli\u00e8re aux femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Les femmes sont les \u00eatres qui nous compl\u00e8tent, qui compl\u00e8tent nos pulsions de d\u00e9sir, d\u2019amour et de tendresse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 20 ans, Georges Moustaki avait \u00e9pous\u00e9 Annick Cozannec, de cinq ans son a\u00een\u00e9e. Le couple a une fille, Pia, n\u00e9e en 1954. Dans la chanson <em>Il est trop tard<\/em>, il mentionne son existence. Le chanteur a multipli\u00e9 les conqu\u00eates, dont une liaison avec Jeanne Moreau. Dans les ann\u00e9es 70, c\u2019est la s\u0153ur de Maxime Le Forestier, Catherine. La journaliste Sophie Delassein raconte sa liaison dans son livre <em>La Vie avec Moustaki<\/em> (2014).<\/p>\n<p>Souffrant des poumons et n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 parler de cette \u00ab\u00a0maladie irr\u00e9versible\u00a0\u00bb, il a cess\u00e9 de chanter depuis 2009. Hospitalis\u00e9, il meurt \u00e0 79 ans des suites d\u2019un emphys\u00e8me. Il est inhum\u00e9 au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise. En juin 2013, une rue de Paris est renomm\u00e9e en son honneur. Anne Hidalgo la maire de Paris inaugure la nouvelle place Georges-Moustaki en 2017. D\u2019autres rues en France lui rendent hommage, ainsi qu\u2019une \u00e9cole et un village de vacances. Depuis 2010, le Prix Georges-Moustaki r\u00e9compense l\u2019album ind\u00e9pendant et\/ou autoproduit de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/joe_dassin_citations.jpg\" alt=\"Joe Dassin citations\" title=\"Joe Dassin citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Joe Dassin (1938-1980), la course au succ\u00e8s d\u2019un artiste discret ayant tout pour r\u00e9ussir, d\u2019o\u00f9 15 ans de carri\u00e8re et quelques tubes de \u00ab\u00a0l\u2019ic\u00f4ne\u00a0\u00bb, pour finir \u00e0 41 ans sur une impression d\u2019\u00e9chec humain.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non, Joe ne voulait pas en finir avec la vie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">LEMESLE<\/span> (n\u00e9 en 1945), ami tr\u00e8s proche et parolier de Joe Dassin. <em>Claude Barzotti, Hommage \u00e0 Joe Dassin<\/em>, 20 ao\u00fbt 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Idole de la chanson fran\u00e7aise dans les ann\u00e9es 70, il meurt en vacances \u00e0 Tahiti. \u00c0 cette nouvelle, les plus folles rumeurs circulent. Suicide\u00a0? Overdose\u00a0? Son ami coupe court \u00e0 la premi\u00e8re option\u2026 La seconde est possible. La coca\u00efne \u00e9tait banalis\u00e9e, dans le milieu artistique. Et \u00e0 41 ans, Joe Dassin avait abus\u00e9 de ses forces, sa r\u00e9sistance nerveuse, son c\u0153ur malade \u2013 lui qui avait tant d\u2019atouts dans son jeu\u00a0!<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 New York en 1938, c\u2019est le fils du r\u00e9alisateur am\u00e9ricain Jules Dassin (1911-2008), suspect\u00e9 de communisme et contraint de s\u2019expatrier en 1950. Supportant mal d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9 de sa famille, l\u2019enfant suit son p\u00e8re au fil de ses tournages et d\u00e9m\u00e9nagements, faisant onze \u00e9coles et coll\u00e8ges. Bachelier en 1956 (mention bien), de retour aux <span class=\"caps\">USA<\/span> pour r\u00e9tablir la r\u00e9putation paternelle, il tente la Fac de m\u00e9decine, abandonne apr\u00e8s trois ans et va jusqu\u2019au doctorat d\u2019ethnologie. Il finance ses \u00e9tudes avec des petits boulots (plongeur dans un restaurant, chauffeur-livreur) et chante du Brassens dans les caf\u00e9s pr\u00e8s du campus ou dans les mariages, trop timide pour se risquer devant un vrai public\u00a0!<\/p>\n<p>R\u00e9form\u00e9 par les autorit\u00e9s militaires en raison d\u2019un souffle au c\u0153ur, il part travailler en France comme technicien sur les films de son p\u00e8re. Apr\u00e8s quelques figurations au cin\u00e9ma, il entre dans \u00ab\u00a0les vari\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb par relation \u2013 sa femme est l\u2019amie d\u2019une secr\u00e9taire chez <span class=\"caps\">CBS<\/span> Records. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de sa bande, la maison de disque am\u00e9ricaine est partante pour lancer son premier artiste francophone. Il signe et commence \u00e0 enregistrer, mais sans succ\u00e8s. Il faut dire que la concurrence est rude avec la pop et les nouveaux \u00ab\u00a0y\u00e9y\u00e9s\u00a0\u00bb (Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Sheila, Fran\u00e7oise Hardy, Claude Fran\u00e7ois\u2026), les \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb (Adamo, Aznavour, B\u00e9caud, Brel, Brassens, Barbara, Ferrat, Ferr\u00e9\u2026), sans parler des anglo-saxons en t\u00eate des hit-parades (Elvis Presley, les Beatles, les Stones\u2026). Pas facile d\u2019int\u00e9resser la presse autrement qu\u2019en \u00e9tant \u00ab\u00a0le fils de son p\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0! En 1967, il tient enfin son premier succ\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9coutez, bonnes gens, la cruelle<br>Et douloureuse histoire des fr\u00e8res Dalton<br>Qui furent l\u2019incarnation du mal<br>Et que ceci serve d\u2019exemple<br>\u00c0 tous ceux que le diable \u00e9carte du droit chemin.<br><em>(refrain)<\/em> Tagada, tagada, voil\u00e0 les Dalton<br>Tagada, tagada, voil\u00e0 les Dalton<br>C\u2019\u00e9taient les Dalton<br>Tagada, tagada, y a plus personne\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joe <span class=\"caps\">DASSIN<\/span> (1938-1980), <em>Les Dalton<\/em> (1967), adaptation fran\u00e7aise par Joe Dassin de <em>The Ox Driver<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les fr\u00e8res Dalton sont un groupe de hors-la-loi qui a s\u00e9vi dans l\u2019Ouest am\u00e9ricain de 1890 \u00e0 1892\u2026 La chanson se classe n\u00b0 8 du hit-parade fran\u00e7ais. Au cours de l\u2019\u00e9mission les \u00ab\u00a0Salves d\u2019Or\u00a0\u00bb d\u2019Henri Salvador o\u00f9 Dassin interpr\u00e8te son premier tube, la femme de l\u2019artiste, Jacqueline Salvador, lui sugg\u00e8re de chanter en costume blanc \u2013 \u00e7a capte mieux la lumi\u00e8re. Un conseil suivi scrupuleusement\u00a0par le jeune artiste\u00a0!<\/p>\n<p>Il continue sur sa lanc\u00e9e, avec sa s\u00e9duisante nonchalance, son d\u00e9hanchement discret, son look tr\u00e8s \u00e9tudi\u00e9, son strabisme convergent \u2013 comme Dalida qui en a beaucoup souffert\u00a0! Il encha\u00eene les tubes et surfe sur Mai 68 avec bonheur\u00a0: <em>Marie-Jeanne, Siffler sur la colline<\/em> et <em>Ma bonne \u00e9toile<\/em> \u2013 deux reprises de chansons italiennes, Pierre Delano\u00eb devenant son ami et parolier attitr\u00e9, un atout dans le m\u00e9tier\u00a0! Leur Petit pain au chocolat (autre adaptation italienne) se vend \u00e0 450 000 exemplaires\u00a0! Jusqu\u2019au succ\u00e8s mondial au titre magique\u00a0: <em>Les Champs-\u00c9lys\u00e9es.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019baladais sur l\u2019avenue \/ Le c\u0153ur ouvert \u00e0 l\u2019inconnu<br>J\u2019avais envie de dire bonjour \u00e0 n\u2019importe qui \/ N\u2019importe qui, ce fut toi<br>Je t\u2019ai dit n\u2019importe quoi \/ Il suffisait de te parler \/ Pour t\u2019apprivoiser<br>Aux Champs-\u00c9lys\u00e9es \/ Aux Champs-\u00c9lys\u00e9es<br>Au soleil, sous la pluie \/\u00c0 midi ou \u00e0 minuit<br>Il y a tout c\u2019que vous voulez \/Aux Champs-\u00c9lys\u00e9es\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joe <span class=\"caps\">DASSIN<\/span> (1938-1980), <em>Les Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/em> (1969), paroles de Pierre Delano\u00eb et Michael Deighan, musique de Michael Wilshaw<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=woFTMwLJilI\">\u00c9coutez <em>Les Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>600 000 exemplaires vendus, l\u2019un des plus grands succ\u00e8s du chanteur, traduit par la suite en plusieurs langues (allemand, italien, anglais, japonais) et tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre en Russie. Autre mot magique dans la bouche d\u2019un Dassin irr\u00e9sistiblement sympathique\u2026 <em>l\u2019Am\u00e9rique.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les amis, je dois m\u2019en aller<br>Je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 jeter mes cl\u00e9s<br>Car elle m\u2019attend depuis que je suis n\u00e9\u2026<br><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>m\u00e9rique, l\u2019Am\u00e9rique, je veux l\u2019avoir et je l\u2019aurai<br><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>m\u00e9rique, l\u2019Am\u00e9rique, si c\u2019est un r\u00eave, je le saurai<br>Tous les sifflets de trains, toutes les sir\u00e8nes de bateaux<br>M\u2019ont chant\u00e9 cent fois la chanson de l\u2019Eldorado<br>De l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joe <span class=\"caps\">DASSIN<\/span> (1938-1980), <em>L\u2019Am\u00e9rique<\/em> (1970), paroles de Pierre Delano\u00eb, adaptation fran\u00e7aise de la chanson Yellow River du groupe anglais de Jeff Christie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=nr2enzcl83o\">\u00c9coutez <em>L\u2019Am\u00e9rique<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Artiste heureux en m\u00e9nage, il apprend que sa femme est enceinte. Il d\u00e9cide de lever un peu le pied pour profiter de cette paternit\u00e9 tant d\u00e9sir\u00e9e. Joshua na\u00eet le 12 septembre 1973\u00a0: un grand pr\u00e9matur\u00e9 qui meurt cinq jours\u2026 Maryse Grimaldi et Joe Dassin tenteront de sauver leur couple. Moins de quatre ans plus tard, ils divorcent \u00e0 l\u2019amiable. Il connaitra les joies de la paternit\u00e9 avec Jonathan et Julien, n\u00e9s de son second mariage avec Christine Delvaux. Ils feront perdurer la m\u00e9moire de leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un passage \u00e0 vide, Joe Dassin est de retour dans ces ann\u00e9es 70, sa meilleure d\u00e9cennie professionnelle, v\u00e9cue sur le rythme \u00e9puisant de la course aux tubes, des enregistrements en studio, des tourn\u00e9es, des promos\u2026 Avec le paradoxe de moins en moins facile \u00e0 assumer du chanteur intelligent et cultiv\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 plaire encore et toujours plus \u00e0 son public f\u00e9minin avec des textes r\u00e9put\u00e9s \u00ab\u00a0faciles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si tu t\u2019appelles M\u00e9lancolie <br>Si l\u2019amour n\u2019est plus qu\u2019une habitude<br>Ne me raconte pas ta vie<br>Je la connais, ta solitude\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joe <span class=\"caps\">DASSIN<\/span> (1938-1980), <em>Si tu t\u2019appelles m\u00e9lancolie<\/em>, paroles (1974), paroles de Claude Lemesle et Pierre Delano\u00eb, musique de Shepstone <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Dibbens<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il sort un nouvel album\u00a0: <em>Vade r\u00e9tro<\/em> et surtout <em>Si tu t\u2019appelles m\u00e9lancolie<\/em> lui permettent, tout en changeant de genre, de retrouver le succ\u00e8s avec les premi\u00e8res places des hit-parades. Mais les autres chansons de l\u2019album sont totalement \u00e9clips\u00e9es. L\u2019ann\u00e9e suivante, <em>l\u2019\u00c9t\u00e9 indien<\/em> sera bien plus que le \u00ab\u00a0tube de l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ira o\u00f9 tu voudras, quand tu voudras<br>Et on s\u2019aimera encore, lorsque l\u2019amour sera mort<br>Toute la vie sera pareille \u00e0 ce matin<br>Aux couleurs de l\u2019\u00e9t\u00e9 indien\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joe <span class=\"caps\">DASSIN<\/span> (1938-1980), <em>L\u2019\u00c9t\u00e9 indien<\/em> (1975), adaptation d\u2019une chanson de Toto Cutugno et Vito Pallavicini<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=jXP4s4E84bs\">\u00c9coutez <em>L\u2019\u00c9t\u00e9 indien<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>C\u2019est le plus grand succ\u00e8s de sa carri\u00e8re\u00a0: plus d\u2019un million d\u2019exemplaires vendus en France et pr\u00e8s de trois millions dans le monde, sorti dans 25 pays et traduit en allemand, italien, espagnol. Joe Dassin devient le chanteur fran\u00e7ais le plus appr\u00e9ci\u00e9 et le plus export\u00e9 dans les pays de l\u2019Est, comme l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> ou la Pologne. Le charme du chanteur va de nouveau op\u00e9rer comme par magie\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et si tu n\u2019existais pas<br>Dis-moi pourquoi j\u2019existerais<br>Pour tra\u00eener dans un monde sans toi<br>Sans espoir et sans regret\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joe <span class=\"caps\">DASSIN<\/span> (1938-1980), <em>Et si tu n\u2019existais pas<\/em> (1976), paroles de Pierre Delano\u00eb, musique de Toto Cutugno<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=0fYr5vh3wXI\">\u00c9coutez <em>Et si tu n\u2019existais pas<\/em> sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>La chanson est aussit\u00f4t adapt\u00e9e en plusieurs langues. Joe Dassin continue \u00e0 travailler d\u2019arrache-pied, encha\u00eenant les tourn\u00e9es, ce qui l\u2019\u00e9puise. En d\u00e9cembre 1979, une alerte cardiaque, doubl\u00e9e d\u2019une op\u00e9ration d\u2019un ulc\u00e8re \u00e0 l\u2019estomac, entraine l\u2019annulation de toutes ses tourn\u00e9es. Les mois suivants, il multiplie les malaises cardiaques, accrus par le stress \u2013 avec la proc\u00e9dure juridique concernant la garde de ses enfants depuis son divorce en 1980, \u00e0 quoi s\u2019ajoutent les faux amis \u2013 l\u2019alcool et la drogue. Il sort quand m\u00eame un ultime single.<\/p>\n<p>N\u2019\u00e9coutant pas les conseils des m\u00e9decins, il prend l\u2019avion pour des vacances \u00e0 Tahiti. Le 20 ao\u00fbt 1980, il invite \u00e0 d\u00e9jeuner dans un restaurant de Papeete sa m\u00e8re, ses deux fils Jonathan et Julien, ainsi que son ami Carlos. Il a soudain ressenti une \u00e9trange douleur\u00a0: \u00ab\u00a0Oh merde, qu\u2019est-ce qu\u2019il m\u2019arrive\u00a0?\u00a0\u00bb Hors les paroles de chanson, ce mot de la fin est la seule citation connue de cet artiste discret, juste avant de s\u2019effondrer sur le sol. Il n\u2019a pu \u00eatre ranim\u00e9. Il est inhum\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>Hollywood Forever Cemetery<\/em> en Californie.<\/p>\n<p>Il aura vendu pr\u00e8s de 50 millions de disques dans le monde, dont 17 millions en France\u2026 Apr\u00e8s sa mort, <span class=\"caps\">CD<\/span> puis <span class=\"caps\">DVD<\/span> de compilations et autres hommages ne cessent de sortir r\u00e9guli\u00e8rement. En 2013, Joe Dassin se situe encore en 14e position des chanteurs ayant vendu le plus de disques en France.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/romy_schneider_citations.jpg\" alt=\"Romy Schneider citations\" title=\"Romy Schneider citations\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Romy Schneider (1938-1982), n\u00e9e allemande, une belle carri\u00e8re d\u2019actrice fran\u00e7aise au cin\u00e9ma avec des r\u00f4les inoubliables, au prix d\u2019une vie priv\u00e9e de plus en plus chaotique, jusqu\u2019au drame final.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai quinze ans. J\u2019ai v\u00e9cu chez Mamie \u00e0 Berchtesgaden, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, puis en pension. Et me voil\u00e0 soudain \u00e0 faire du cin\u00e9ma. Et je dois jouer pour la premi\u00e8re fois des choses dont je n\u2019ai aucune id\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"52\" class=\"cit-num\">52<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy<\/em> (1954). Compl\u00e9t\u00e9 par une \u00e9dition posthume avec extraits de son journal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rosemarie Albach-Retty, fille d\u2019un couple d\u2019acteurs et sit\u00f4t surnomm\u00e9e Romy, na\u00eet \u00e0 Vienne dans une Autriche int\u00e9gr\u00e9e au Reich allemand. Elle grandit en Bavi\u00e8re pr\u00e8s de Berchtesgaden et du \u00ab\u00a0Nid d\u2019Aigle\u00a0\u00bb cher \u00e0 Hitler. \u00ab\u00a0Mamie\u00a0\u00bb, sa m\u00e8re qu\u2019elle admire, sera tr\u00e8s proche du r\u00e9gime nazi. Apr\u00e8s le divorce de ses parents, elle se retrouve \u00e9l\u00e8ve dans un pensionnat proche de Salzbourg, visiblement dou\u00e9e pour le th\u00e9\u00e2tre. En 1953, elle retrouve sa m\u00e8re\u00a0: Magda Schneider d\u00e9cide de prendre en main la carri\u00e8re de sa fille \u00e0 la photog\u00e9nie d\u00e9j\u00e0 \u00e9tonnante.<\/p>\n<p>Romy d\u00e9bute \u00e0 15 ans dans des personnages de jeunes filles romantiques. Premier triomphe avec <em>Sissi<\/em> (1955), alias \u00c9lisabeth de Wittelsbach, imp\u00e9ratrice \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la beaut\u00e9 l\u00e9gendaires, \u00e9pouse de l\u2019empereur Fran\u00e7ois-Joseph d\u2019Autriche, assassin\u00e9e en 1898 \u00e0 Gen\u00e8ve et devenue mythique. Ce personnage va lui coller \u00e0 la peau et Magda Schneider est trop heureuse de jouer le r\u00f4le de sa m\u00e8re pour relancer sa carri\u00e8re\u2026 et veiller sur celle de Romy. Mais la romantique jeune fille pense surtout \u00e0 sa vie priv\u00e9e, comme en t\u00e9moigne son journal intime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pour quand mon mariage\u00a0? Et surtout avec qui\u00a0? Je m\u2019imagine d\u00e9j\u00e0 quelque part un homme, qui travaille ou qui fl\u00e2ne, mais qui vit et m\u2019est destin\u00e9, sans pour autant le savoir\u00a0; \u00e7a me donne une dr\u00f4le d\u2019impression.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982), parlant d\u2019elle le 12 juillet 1955. <em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle gardera longtemps ce c\u0153ur de \u00ab\u00a0midinette\u00a0\u00bb et ne cessera de penser \u00e0 son destin. Le r\u00e9cit des premi\u00e8res ann\u00e9es para\u00eetront sous le titre <em>Moi, Romy<\/em> (1954), republi\u00e9es avec la suite sous forme d\u2019une autobiographie posthume, indispensable \u00e0 la compr\u00e9hension du personnage. Autre source essentielle, la filmographie de cette actrice particuli\u00e8rement investie dans ses r\u00f4les et souvent identifi\u00e9e \u00e0 eux par le public.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite l\u2019\u00e9tonne, au d\u00e9but. Romy se confie, telle une enfant. La femme vivra la m\u00eame contradiction et en souffrira davantage\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une sensation curieuse, quand je sors dans la rue maintenant. Parfois les gens se poussent du coude en disant\u00a0: \u2018N\u2019est-ce pas Romy Schneider\u00a0?\u2019 Et ils me d\u00e9visagent. C\u2019est agr\u00e9able et aga\u00e7ant \u00e0 la fois. Je me sens tiraill\u00e9e. Une fois je suis fi\u00e8re, une autre fois j\u2019aimerais m\u2019asseoir dans un bistrot et manger une saucisse sans que personne ne me regarde et ne m\u2019examine pour voir comment je m\u2019y prends et si je me tiens bien \u00e0 table. Ou si au contraire je me tiens mal et pourquoi.\u00a0\u00bb Elle comprendra bient\u00f4t la r\u00e9alit\u00e9 du m\u00e9tier d\u2019actrice.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son triomphe personnel dans <em>Sissi<\/em> (1955) suivent imm\u00e9diatement <em>Sissi imp\u00e9ratrice<\/em> (1956) et<em> Sissi face \u00e0 son destin<\/em> (1957). La m\u00eame ann\u00e9e, elle rencontre son premier amour sur le tournage d\u2019<em>Un petit coin de paradis<\/em> avec Horst Buchholz, 23 ans, autre \u00e9toile montante du cin\u00e9ma germanique. La presse est trop heureuse de les marier\u2026 mais son beau-p\u00e8re s\u2019y oppose. Elle a 18 ans, donc mineure \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La jeune star s\u2019incline, pour la derni\u00e8re fois\u2026 Et elle refuse un quatri\u00e8me <em>Sissi<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai jou\u00e9 le r\u00f4le de Sissi avec plaisir, c\u2019est ind\u00e9niable. Malgr\u00e9 tout, je ne voulais pas qu\u2019on m\u2019identifie au personnage. Je me sentais \u00e9tiquet\u00e9e, et rien n\u2019est plus dangereux pour une actrice que de porter une \u00e9tiquette au front. Mon \u00e9tiquette s\u2019appelait Sissi. Personne ne voulait croire que je puisse \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982), <em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie,<\/em> posthume (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les attendus de cette d\u00e9cision sont parfaitement clairs et justes. Elle d\u00e9cide de s\u2019installer \u00e0 Paris pour poursuivre sa carri\u00e8re et tourner son premier film fran\u00e7ais, <em>Christine<\/em> (1958). Elle rencontre alors le premier homme de sa vie, un quasi inconnu avant<em> Plein soleil<\/em> (1960) qui en fera une star\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En bas de l\u2019escalier se tenait un jeune homme trop beau, trop jeune, trop bien coiff\u00e9, habill\u00e9 comme un gentleman, cravate et costume trop \u00e0 la mode. Alain Delon. M\u00eame le bouquet de roses qu\u2019il avait \u00e0 la main \u00e9tait trop rouge. J\u2019ai trouv\u00e9 l\u2019ensemble de mauvais go\u00fbt et le gar\u00e7on sans int\u00e9r\u00eat. Lui m\u2019a trouv\u00e9e \u00e0 vomir. C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019en est exprim\u00e9 plus tard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils tombent amoureux fous sur le tournage. En mars 1959, leurs fian\u00e7ailles sur les bords du lac Lugano sont tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9es. Mais l\u2019acteur star la quittera pour \u00e9pouser Nathalie\u2026 Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0facile \u00e0 vivre\u00a0\u00bb au quotidien, exer\u00e7ant le m\u00eame m\u00e9tier avec la m\u00eame passion d\u00e9vorante. Lui est plus discret, secret, ambigu aussi.<\/p>\n<p>En 1961, Romy Schneider et Alain Delon se retrouvent au th\u00e9\u00e2tre dans la pi\u00e8ce <em>Dommage qu\u2019elle soit une putain<\/em>, sous la direction de Luchino Visconti \u2013 autre rencontre d\u00e9cisive pour Romy, mais son homosexualit\u00e9 simplifie la situation. L\u2019insucc\u00e8s relatif du spectacle vient de sa difficult\u00e9 \u00e0 parler fran\u00e7ais et du manque de pr\u00e9sence th\u00e9\u00e2trale de son partenaire. Devenu star de cin\u00e9ma, Alain Delon imposera Romy dans La Piscine en 1968, nouveau d\u00e9part de sa carri\u00e8re\u2026 Leurs relations seront comment\u00e9es (voire fantasm\u00e9es) jusqu\u2019\u00e0 l\u2019enterrement de Romy, \u00e0 43 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Personne ne peut se renier. Peut-\u00eatre ne peut-on tout simplement pas faire tomber en se secouant toutes les influences qui ont marqu\u00e9 une enfance. Alain ne le pouvait pas, je ne le pouvais pas non plus. C\u2019est pourquoi, d\u00e8s le d\u00e9but de nos rapports, la fin \u00e9tait in\u00e9vitable. Seulement, \u00e0 ce moment-l\u00e0, nous ne le savions pas encore. Ou bien nous ne voulions pas en convenir \u2013 en tous cas, pas moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En vertu de quoi sa vie priv\u00e9e sera chaotique. Autre raison\u00a0: cette femme passionn\u00e9e tombera presque toujours sur l\u2019homme pas fait pour elle\u2026 \u00e0 commencer par le premier, le plus beau, le plus c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une parenth\u00e8se am\u00e9ricaine dans deux com\u00e9dies oubliables, Romy revient en France et d\u00e9cide non sans courage de casser son image \u2013 le genre de risque qu\u2019elle ne cessera de prendre. Sa carri\u00e8re prouve qu\u2019elle a eu raison, mais la femme le paiera tr\u00e8s cher et les accidents de parcours seront nombreux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, c\u2019est un sale m\u00e9tier d\u2019\u00eatre actrice de cin\u00e9ma.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1964, Henri-Georges Clouzot choisit Romy Schneider, 26 ans, et Serge Reggiani, 42 ans, pour \u00eatre les vedettes de <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>nfer, film maudit rest\u00e9 dans les annales du septi\u00e8me art.<\/p>\n<p>Projet \u00e9nigmatique au budget illimit\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb cin\u00e9matographique lors de sa sortie, film unique en son genre sur la folie et la jalousie film\u00e9es en cam\u00e9ra subjective jouant sur l\u2019op art et l\u2019art cin\u00e9tique. Jamais Romy ne fut aussi belle et hypnotique, avec son rouge-\u00e0-l\u00e8vres bleu, sexy et d\u00e9nud\u00e9e, faisant preuve d\u2019un professionnalisme et d\u2019une patience \u00e0 toute \u00e9preuve. Jamais r\u00e9alisateur n\u2019aura \u00e9t\u00e9 aussi proche et fusionnel avec son h\u00e9ros\u2026 Mais apr\u00e8s trois semaines de tournage, le psychodrame est interrompu\u00a0: Reggiani renonce, invoquant un probl\u00e8me de sant\u00e9, Jean-Louis Trintignant le remplace, mais Clouzot est victime d\u2019un infarctus\u2026<\/p>\n<p>Romy marque une pause dans sa carri\u00e8re pour se consacrer \u00e0 sa vie personnelle. En juillet 1966, elle \u00e9pouse le metteur en sc\u00e8ne allemand Harry Meyen. Ils ont un fils, David, n\u00e9 en d\u00e9cembre 1966. Le couple se s\u00e9pare en 1972, divorce prononc\u00e9 en 1975. Elle retrouvera l\u2019amour avec Daniel Biasini, son ancien secr\u00e9taire, de onze ans son cadet. Ils se marient en d\u00e9cembre 1975, leur fille, Sarah na\u00eet le 21 juillet 1977\u2026 Mais le couple divorcera en 1981.<\/p>\n<p>Romy est de retour en 1968, \u00e0 l\u2019affiche de<em> La Piscine<\/em> de Jacques Deray, impos\u00e9e \u00e0 la production par son ami (et ex-amant) Alain Delon. La presse, comme le public, attend beaucoup des retrouvailles du couple, dix ans apr\u00e8s <em>Christine<\/em>. Le sc\u00e9nario de ce drame psychologique est simple\u00a0: Jean-Paul et Marianne forment un couple id\u00e9al et coulent des jours heureux dans une villa pr\u00eat\u00e9e \u00e0 Saint-Tropez, n\u2019ayant d\u2019autre souci que d\u2019assouvir leur passion\u2026 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Harry au bras de sa fille, l\u2019incendiaire P\u00e9n\u00e9lope. Ancien amant de Marianne, il trouble cette vie tranquille. L\u2019atmosph\u00e8re charnelle et l\u00e9g\u00e8re du d\u00e9but devient moite, lourde et tendue, jusqu\u2019au meurtre final dans la piscine\u2026 La r\u00e9ussite tient \u00e0 la pr\u00e9sence du quatuor d\u2019acteurs irr\u00e9sistibles\u00a0: Romy et Delon, mais aussi Maurice Ronet le \u00ab\u00a0dandy suicidaire\u00a0\u00bb et dans le r\u00f4le de sa fille la tr\u00e8s jeune (et tr\u00e8s anglaise) Jane Birkin.<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, nouvelle rencontre et vraie miracle cin\u00e9matographique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce soir nous sommes septembre, et j\u2019ai ferm\u00e9 ma chambre, le soleil n\u2019y entrera plus, tu ne m\u2019aimes plus.<br>\u2014 Je t\u2019aimais tant H\u00e9l\u00e8ne, il faut se quitter, les avions partiront sans nous, je ne sais plus t\u2019aimer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Choses de la vie<\/em> (1970), \u00ab\u00a0La Chanson d\u2019H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb, musique de Philippe Sarde pour le film de Claude Sautet, adaptation du roman \u00e9ponyme de Paul Guimard (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9coutez<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=nVdKQQDEGtE\"><em> Les Choses de la vie<\/em><\/a> sur Youtube.<\/p>\n<p>Alter ego, muse et pygmalion\u2026 La relation unissant Romy Schneider \u00e0 Claude Sautet donne un duo embl\u00e9matique du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. Le r\u00e9alisateur croise l\u2019actrice venant doubler son personnage pour <em>La Piscine<\/em> dans les studios de Boulogne Billancourt. Il ne la connait pas, il n\u2019a vu aucun de ses films, mais il la trouve \u00ab\u00a0vivante\u00a0\u00bb, fascin\u00e9 par son \u00ab\u00a0m\u00e9lange de charme v\u00e9n\u00e9neux et de puret\u00e9 vertueuse\u00a0\u00bb. Elle voit en lui un p\u00e8re spirituel et rassurant.<\/p>\n<p>Exclusive et caract\u00e9rielle, elle exige un lien affectif absolu. Malgr\u00e9 le coup de foudre r\u00e9ciproque, la complicit\u00e9 parfaite, une relation fusionnelle, Sautet r\u00e9ussira \u00e0 sauvegarder son mariage avec Graziella\u2026 Romy devient son actrice pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, il se pla\u00eet \u00e0 cultiver son accent et son phras\u00e9 inimitables, son chignon serr\u00e9 autour d\u2019un visage qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9nud\u00e9. Avec cette voix qui chante simplement \u00ab\u00a0les choses de la vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019histoire est banale. Pierre (Michel Piccoli) a quitt\u00e9 sa femme Catherine (Lea Massari) et son fils (G\u00e9rard Lartigau). Il fr\u00e9quente la jeune H\u00e9l\u00e8ne (Romy Schneider), peinant \u00e0 s\u2019engager v\u00e9ritablement. Elle insiste. Il se d\u00e9robe. Apr\u00e8s une nouvelle dispute, il part, il fonce en voiture dans la nuit. En chemin, il tente de faire le point. Il s\u2019arr\u00eate \u00e0 un caf\u00e9, \u00e9crit une lettre de rupture \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne, reprend la route\u2026 Un camion cale au beau milieu du carrefour. Pierre ne peut \u00e9viter la collision. Il se retrouve \u00e9ject\u00e9 de son v\u00e9hicule. L\u2019ambulance arrive. Les chirurgiens l\u2019emm\u00e8nent au bloc, trop tard. Avant de mourir, Pierre ne pense qu\u2019\u00e0 supprimer sa lettre\u2026<\/p>\n<p>Sautet brise l\u2019image trop lisse de Romy et la place au sommet de sa popularit\u00e9 dans le c\u0153ur des Fran\u00e7ais pour qui elle incarne La Femme, moderne et \u00e9mancip\u00e9e. Il impose son talent de portraitiste, aid\u00e9 par le dialogue de Jean-Loup Dabadie, la musique lyrique de Philippe Sarde et le tandem captivant de Romy et Michel Piccoli.<\/p>\n<p>Il remettra en sc\u00e8ne ce couple mythique dans<em> Max et les Ferrailleurs<\/em> (1971), offrant \u00e0 son \u00e9g\u00e9rie un personnage encore plus sensuel, \u00e0 la fois solaire et m\u00e9lancolique, assumant ses f\u00ealures et ses d\u00e9sirs. D\u00e9cid\u00e9ment inspir\u00e9, il cr\u00e9e le triangle amoureux de <em>C\u00e9sar e Rosalie<\/em> (1972)\u00a0: Rosalie (Romy), objet du d\u00e9sir et gr\u00e2ce incarn\u00e9e, mari\u00e9e \u00e0 C\u00e9sar (Yves Montand plus truculent que nature) voit ressurgir David, un ancien amour (Sami Frey au z\u00e9nith de la s\u00e9duction naturelle). C\u00e9sar r\u00e9agit violemment, avant d\u2019abandonner la lutte\u2026 et Rosalie \u00e0 David. Mais une \u00e9trange amiti\u00e9 complice se noue entre les deux rivaux\u2026 Sautet entrelace force de vie et tendre m\u00e9lancolie, dans ce drame d\u2019une sensibilit\u00e9 renversante. Et Romy incarnera la femme moderne \u00e0 travers de nombreux films.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Romy Schneider, 40 ans apr\u00e8s Greta et Marl\u00e8ne, 15 ans apr\u00e8s Marylin, le cin\u00e9ma red\u00e9couvre une star.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Paris Match<\/em>, \u00e9t\u00e9 1971<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Se retrouver compar\u00e9e \u00e0 trois monstres sacr\u00e9s, Garbo, Monroe et Dietrich, quel r\u00eave\u00a0! Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1960-1970 a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un brelan de stars\u00a0: Jeanne Moreau (1928-2017), Annie Girardot 1931-2011), Romy Schneider (1938-1982).<\/p>\n<p>Romy si parfaitement servie par ses metteurs en sc\u00e8ne \u00e0 qui elle donne toujours tout en \u00e9change s\u2019est une seule fois r\u00e9volt\u00e9e publiquement contre ce \u00ab\u00a0sale m\u00e9tier d\u2019\u00eatre actrice de cin\u00e9ma\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maudit film\u00a0! Maudit tournage\u00a0! Maudit r\u00f4le\u00a0! Maudit Zulawski\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982), \u00e0 propos du film d\u2019Andrei Zulawski, <em>L\u2019Important c\u2019est d\u2019aimer<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1975. Servais (Fabio Testi), reporter photographe, rencontre Nadine, com\u00e9dienne contrainte pour survivre de tourner des films pornos. Elle est attir\u00e9e par le jeune homme, mais elle aime son mari (Jacques Dutronc, acteur d\u00e9butant), sorte de Pierrot d\u00e9senchant\u00e9 qui fuit les r\u00e9alit\u00e9s de la vie. L\u2019actrice de second plan et le journaliste vont vivre un amour contrari\u00e9 par le milieu violent et pervers du show-biz dans lequel ils \u00e9voluent.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res minutes du film, Romy Schneider offre le versant sombre et tragique de son jeu d\u2019actrice et son regard boulevers\u00e9 \u00e0 la cam\u00e9ra du polonais Zulawski. Terrible sc\u00e8ne d\u2019ouverture o\u00f9 il cherche \u00e0 provoquer le spectateur, lui livrant une Romy d\u00e9faite et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, dans la peau d\u2019une actrice rat\u00e9e.<\/p>\n<p>Film d\u00e9rangeant, interdit aux moins de 16 ans, mis en sc\u00e8ne par le r\u00e9alisateur polonais qui \u00e9puise et pousse son interpr\u00e8te principale dans ses retranchements\u00a0: Romy gardera le pire souvenir de ce tournage \u00ab\u00a0maudit\u00a0\u00bb, quatre fois maudit\u00a0! Zulawski reviendra sur cette aventure. C\u2019est son plus grand succ\u00e8s public et Romy n\u2019a rien \u00e0 regretter. D\u00e9chir\u00e9e et d\u00e9chirante, elle sera la premi\u00e8re actrice \u00e0 obtenir en 1976 le C\u00e9sar, r\u00e9compense supr\u00eame du cin\u00e9ma fran\u00e7aise \u2013 face \u00e0 Isabelle Adjani (dans <em>Ad\u00e8le H<\/em>), Catherine Deneuve et Delphine Seyrig\u00a0! Elle n\u2019y croyait pas\u2026 et d\u00e9die la prestigieuse statuette \u00e0 Visconti\u00a0!! En 1979, elle remportera son second C\u00e9sar de meilleure actrice dans <em>Une histoire simple<\/em> (1978).\u00a0C\u2019est elle qui a demand\u00e9 \u00e0 Sautet et son sc\u00e9nariste Jean-Loup Dabadie de lui \u00e9crire un \u00ab\u00a0film de femmes\u00a0\u00bb sur l\u2019avortement, th\u00e8me novateur et sujet tabou, trois ans avant la loi Veil.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1975, Romy s\u2019est donn\u00e9e corps et \u00e2me dans <em>Le Vieux fusil\u00a0<\/em>de Robert Enrico\u00a0: trois millions de spectateurs, vrai succ\u00e8s commercial. L\u2019action se d\u00e9roule en 1944, \u00e0 Montauban. Le chirurgien Julien Dandieu (Philippe Noiret) m\u00e8ne une vie paisible avec sa femme Clara et leur fille Florence. Mais l\u2019invasion allemande l\u2019inqui\u00e8te\u00a0: pr\u00e9f\u00e9rant les savoir \u00e9loign\u00e9es des tourments de cette guerre, il demande \u00e0 un ami de conduire les deux femmes \u00e0 la campagne o\u00f9 la famille poss\u00e8de un ch\u00e2teau, forteresse m\u00e9di\u00e9vale qui surplombe un village. Une semaine plus tard, il rejoint sa famille pour d\u00e9couvrir que les Allemands ont sem\u00e9 la terreur dans le village\u2026 inspir\u00e9 du massacre d\u2019Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne qui fit 642 victimes le 10 juin 1944.<\/p>\n<p>Victime de la barbarie nazie, sa femme p\u00e9rit viol\u00e9e et br\u00fbl\u00e9e vive au lance-flammes\u00a0: sc\u00e8ne insoutenable en contraste avec les moments heureux v\u00e9cus par le couple, passages tendres et d\u00e9licats ponctuant comme autant de flashbacks le reste du film. Pr\u00e9sence fantomatique, Romy Schneider hante les pens\u00e9es de Philippe Noiret dans sa qu\u00eate de vengeance\u2026 Certains virent dans cette performance une volont\u00e9 de l\u2019actrice d\u2019exorciser un lourd secret familial \u2013 sa m\u00e8re Magda Schneider soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019une relation avec Goebbels, ministre de la Propagande nazie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais que je peux m\u2019identifier au personnage que j\u2019interpr\u00e8te.\u00a0C\u2019est comme un poison qu\u2019on avale, auquel on s\u2019habitue et qu\u2019on maudit en m\u00eame temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 interpr\u00e9ter des personnages tr\u00e8s sombres qui marquent le public, mais aussi l\u2019actrice, totalement investie dans ses incarnations\u00a0: <em>Le Trio infernal, L\u2019Important c\u2019est d\u2019aimer<\/em>\u2026 Elle attire les meilleurs r\u00e9alisateurs de l\u2019\u00e9poque\u00a0: Luchino Visconti, Pierre Granier-Deferre, Claude Chabrol, Costa-Gavras, Claude Miller. Mais en 1982, avec son dernier film, la fiction va rejoindre la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Actrice\u00a0! Il faut s\u2019y donner de tout son c\u0153ur. Et, \u00e0 un autre moment, il ne faut pas. On est assis ou debout, on crie, on pleure. Il faut se laisser aller, vivre la situation si on veut bien la rendre. En m\u00eame temps, il faut garder ses distances, ne pas perdre la t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De plus en plus consciente du pi\u00e8ge, elle illustre le fameux<em> Paradoxe du com\u00e9dien<\/em> de Diderot. Mais il est difficile, voire impossible de jouer sur les deux tableaux, se donner totalement \u00e0 un r\u00f4le et garder en m\u00eame temps le contr\u00f4le de la situation. C\u2019est son drame personnel et professionnel\u00a0: consciente, mais prise au pi\u00e8ge. C\u2019est la passion du m\u00e9tier, de son m\u00e9tier parfaitement d\u00e9finie. Elle ira jusqu\u2019au bout, le \u00ab\u00a0clap de fin\u00a0\u00bb dans <em>La Passante du sans-souci<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu as de la chance. Tu es tranquillement assise devant ta chemin\u00e9e. Tu as encore ton fils. Mais moi\u00a0? Je suis une femme fichue. \u00c0 quarante-trois ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle est \u00e0 l\u2019initiative du projet\u00a0: adapter le roman de Joseph Kessel, <em>La Passante du Sans-Souci<\/em>. Jacques Rouffio (r\u00e9alisateur du<em> Trio infernal<\/em> en 1974) rel\u00e8ve le d\u00e9fi et coadapte le livre. Le sc\u00e9nario (complexe) met en sc\u00e8ne le pr\u00e9sident d\u2019une organisation humanitaire (Michel Piccoli) qui abat aujourd\u2019hui de sang-froid un ambassadeur dont il a d\u00e9couvert le pass\u00e9, un ancien nazi qui a ruin\u00e9 sa vie lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant. Romy tient \u00e0 la fois le r\u00f4le de l\u2019\u00e9pouse de Piccoli dans le pr\u00e9sent et de sa m\u00e8re dans le pass\u00e9. Le couple d\u2019aujourd\u2019hui sera abattu un an plus tard.<\/p>\n<p>Le tournage est un calvaire visible, quoique parfaitement \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb.<em> Le Paradoxe de Diderot<\/em> joue \u00e0 plein, entre le sc\u00e9nario du film et la vie de Romy qui tourne au drame. Au cours d\u2019une thalassoth\u00e9rapie annuelle lui permettant de se reposer et de perdre du poids, elle se brise le pied, retardant le tournage\u2026 En mai, une tumeur sur le rein droit doit \u00eatre op\u00e9r\u00e9e\u00a0: tournage interrompu\u2026 Survient le drame absolu\u00a0: son fils David Biasini, 14 ans, se tue accidentellement en escaladant la grille de la demeure familiale. Le tournage est arr\u00eat\u00e9. Les producteurs allemands refusent d\u2019assurer la com\u00e9dienne, craignant un suicide, comme le raconte Jacques Rouffio dans les bonus <span class=\"caps\">DVD<\/span> du film. Mais un ami de Romy, le producteur Laurent P\u00e9tin, la convainc de terminer<em> La Passante.<\/em><\/p>\n<p>Certaines sc\u00e8nes tournent au calvaire\u00a0: son fils devait jouer le fils de son personnage dans les flashbacks du film. D\u2019octobre \u00e0 d\u00e9cembre 1981, Romy donne la r\u00e9plique \u00e0 un adolescent rempla\u00e7ant son fils\u2026 La s\u00e9quence fait partie des plus (tristement) c\u00e9l\u00e8bres de sa carri\u00e8re d\u2019actrice.<br>10 avril 1982, elle donne sa derni\u00e8re interview \u00e0 Michel Drucker. L\u2019actrice appara\u00eet bris\u00e9e. Elle interpelle les journalistes qui se faisaient passer pour des infirmiers pour voler des clich\u00e9s du mort et qui la harc\u00e8lent toujours. Le 29 mai, on la retrouve morte \u00e0 son domicile. Sarah Biasini sa fille d\u00e9mentira les rumeurs\u00a0: ni l\u2019alcool, ni les tranquillisants, ni la drogue ne sont en cause.<\/p>\n<p>Elle sera nomm\u00e9e au C\u00e9sar \u00e0 titre posthume pour son r\u00f4le dans le film de Rouffio et d\u00e8s 1984 est cr\u00e9\u00e9 un prix r\u00e9compensant le meilleur espoir f\u00e9minin du cin\u00e9ma francophone, le \u00ab\u00a0Prix Romy Schneider\u00a0\u00bb. Laissons-lui le mot de la Fin\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut esp\u00e9rer tout avoir. Le succ\u00e8s a un prix qu\u2019il faut payer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Romy <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1938-1982),\u00a0<em>Moi, Romy\u00a0: le journal d\u2019une vie<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La caricature fait figure d\u00e8s sa naissance d\u2019art engag\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":151,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-11620","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11620"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16241,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11620\/revisions\/16241"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}