{"id":13695,"date":"2025-08-11T15:08:42","date_gmt":"2025-08-11T13:08:42","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/plus-de-50-idees-recues-qui-faussent-lhistoire-2\/"},"modified":"2025-08-24T15:09:12","modified_gmt":"2025-08-24T13:09:12","slug":"plus-de-50-idees-recues-qui-faussent-lhistoire-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/plus-de-50-idees-recues-qui-faussent-lhistoire-2\/","title":{"rendered":"Plus de 50 id\u00e9es re\u00e7ues qui faussent l\u2019Histoire\u00a0! (2)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur de ce monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), Sur une philosophie de l\u2019expression, revue <em>Po\u00e9sie<\/em> 44<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et en d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, la grande t\u00e2che de l\u2019homme est de ne pas servir le mensonge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019Histoire nous donne des rep\u00e8res \u2013 encore faut-il qu\u2019ils soient clairs\u2026 et historiquement exacts.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de toutes les confusions, approximations, exag\u00e9rations et autres fake-news, voici donc 55 rep\u00e8res historiques\u00a0: points fondamentaux ou d\u00e9tails anecdotiques, amusants ou tragiques\u2026 \u00e0 m\u00e9diter et partager \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-3\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 0px 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/histoire-en-citations-volume-2.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span><\/h3>\n<h4>22. Christophe Colomb n\u2019a pas \u00ab\u00a0d\u00e9couvert l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb en 1492 \u2013 et il cherchait l\u2019Inde.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne va jamais aussi loin que lorsqu\u2019on ne sait pas o\u00f9 on va.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"13\" class=\"cit-num\">13<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christophe <span class=\"caps\">COLOMB<\/span> (1451-1506), 1492 \u2013 Journal. Le nouveau monde et ccitav\u00e9rifi\u00e9es.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phrase pr\u00e9monitoire, vu la suite de l\u2019aventure. Et presque trop belle pour \u00eatre vraie, quoique souvent cit\u00e9e. On la trouve dans <em>Le Dictionnaire amoureux de l\u2019entreprise et des entrepreneurs<\/em> (2021) du journaliste Christophe Barbier.\u00a0Mais une petite enqu\u00eate s\u00e9mantique l\u2019attribuerait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 Cromwell, en passant par le t\u00e9moignage du cardinal de Retz\u2026 avant de remonter jusqu\u2019\u00e0 Rivarol et Robespierre.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, Colomb parti pour d\u00e9couvrir l\u2019Inde en naviguant vers l\u2019ouest\u2026 tombe sur l\u2019Am\u00e9rique\u2026 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couverte par les Vikings et qu\u2019il prend pour l\u2019Inde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bien entendu, l\u2019Am\u00e9rique avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte avant Colomb, mais le secret en avait \u00e9t\u00e9 bien gard\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Oscar <span class=\"caps\">WILDE<\/span> ( 1854-1900)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de dandy, po\u00e8te irlandais, homosexuel et provocateur qui ne respecte rien sous l\u2019\u00e8re victorienne. Fascin\u00e9 par sa propre image, c\u00e9l\u00e8bre pour son<em> Portrait de Dorian Gray<\/em>, Oscar Wilde meurt dans la mis\u00e8re \u00e0 Paris. Il sera tr\u00e8s vite reconnu comme un g\u00e9nie, m\u00eame s\u2019il appliquait ce mot \u00e0 sa vie, pour ne donner \u00e0 ses \u0153uvres que son talent.<\/p>\n<p>Pr\u00e9monition ou provocation, il s\u2019exprime plus d\u2019un demi-si\u00e8cle avant la d\u00e9couverte scientifique d\u2019un couple d\u2019arch\u00e9ologues norv\u00e9giens qui confirme.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir cartographi\u00e9 une partie des colonies vikings, les Ingstad (Anne Stine et son mari) trouvent en 1960 les restes d\u2019une colonie \u00e0 <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>nse aux Meadows sur l\u2019\u00eele de Terre-Neuve (province canadienne). Ils sont ainsi les premiers \u00e0 prouver que des Vikings venus du Groenland ont travers\u00e9 l\u2019oc\u00e9an Atlantique pour atteindre l\u2019Am\u00e9rique du Nord bien avant Christophe Colomb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les vikings avaient d\u00e9couvert l\u2019Am\u00e9rique 500 ans avant Christophe Colomb. La science est d\u00e9sormais unanime \u00e0 ce sujet\u00a0: l\u2019actuel Canada fut explor\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1021 par des vikings. L\u2019\u00eele de Terre-Neuve rassemble les premi\u00e8res traces de pr\u00e9sence europ\u00e9enne sur le continent am\u00e9ricain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Margot <span class=\"caps\">HINRY<\/span>, <em>National Geographic<\/em>. Histoire, 30 septembre 2022<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon l\u2019\u00e9tude parue en 2021 dans la revue scientifique <em>Nature<\/em>, \u00ab\u00a0les vikings \u00e9taient pr\u00e9sents \u00e0 Terre-Neuve en 1021. On savait d\u00e9j\u00e0 \u2013 gr\u00e2ce aux vestiges arch\u00e9ologiques \u2013 que les vikings \u00e9taient arriv\u00e9s aux Am\u00e9riques. Mais on ne savait pas vraiment quand. Pour obtenir des datations pr\u00e9cises, une \u00e9quipe de chercheurs n\u00e9erlandais s\u2019est appuy\u00e9e sur d\u2019anciens pr\u00e9l\u00e8vements r\u00e9alis\u00e9s des ann\u00e9es plus t\u00f4t. Des dizaines de datations au carbone 14 r\u00e9alis\u00e9es sur des artefacts en bois mis au jour \u00e0 L\u2019Anse aux Meadows dans les ann\u00e9es 1960 avaient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le site avait environ 1 000 ans.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, le mythe demeure\u00a0: \u00ab\u00a0Christophe Colomb a d\u00e9couvert l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb\u00a0: contre-v\u00e9rit\u00e9 tellement ancr\u00e9e dans la culture collective que la date de 1492 sert de charni\u00e8re historique entre le Moyen \u00c2ge et l\u2019\u00c9poque Moderne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mer apportera \u00e0 chaque homme des raisons d\u2019esp\u00e9rer, comme le sommeil apporte son cort\u00e8ge de r\u00eaves.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Christophe <span class=\"caps\">COLOMB<\/span> (1451-1506), <em>La d\u00e9couverte de l\u2019Am\u00e9rique\u00a0: I. Journal de bord 1492-1493<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Navigateur et commer\u00e7ant en M\u00e9diterran\u00e9e au service de n\u00e9gociants g\u00e9nois, Christophe Colomb poursuit sa carri\u00e8re au Portugal \u00e0 partir de 1476. Alors que les navigateurs portugais longent les c\u00f4t\u00e9s d\u2019Afrique pour atteindre les Indes (l\u2019Asie de l\u2019est) par l\u2019oc\u00e9an Indien, il projette au contraire d\u2019atteindre les Indes en naviguant vers l\u2019ouest \u00e0 travers l\u2019oc\u00e9an Atlantique (la \u00ab\u00a0mer Oc\u00e9ane\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Parti en ao\u00fbt 1492 de Palos de la Frontera (Andalousie) avec trois navires \u2013 la Santa Mar\u00eda, la Pinta, la Ni\u00f1a \u2013 il atteint en octobre des \u00eeles qu\u2019il croit proches de son but, nommant leurs habitants \u00ab\u00a0Indiens\u00a0\u00bb (Indios), alors qu\u2019il se trouve sur l\u2019archipel am\u00e9ricain des Cara\u00efbes. De retour en mars 1493, c\u2019est la gloire\u00a0: nomm\u00e9 \u00ab\u00a0amiral de la mer Oc\u00e9ane, gouverneur et vice-roi des Indes\u00a0\u00bb, il devient l\u2019\u00e9gal des grands d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>D\u00e8s son deuxi\u00e8me voyage en septembre 1493, il s\u2019engage dans la colonisation d\u2019Hispaniola dont il est gouverneur. Mais cette colonisation se passe mal\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 sa mort, Colomb est persuad\u00e9 d\u2019avoir atteint les Indes. Un autre navigateur, Amerigo Vespucci, popularisera le concept d\u2019un \u00ab\u00a0Nouveau Monde\u00a0\u00bb (1503) nomm\u00e9 en son honneur \u00ab\u00a0America\u00a0\u00bb par des cartographes allemands en 1507.<\/p>\n<p>Reste le bilan d\u2019explorateur de Colomb\u00a0: il a d\u00e9couvert un grand nombre des \u00eeles des Cara\u00efbes et nomm\u00e9 plusieurs d\u2019entre elles\u00a0: la Guadeloupe, Marie-Galante, la Trinit\u00e9, la Dominique, etc. Le nom de Colomb sera ensuite attribu\u00e9 \u00e0 plusieurs territoires d\u2019Am\u00e9rique\u00a0: la Colombie, la Grande Colombie, la Colombie-Britannique.<\/p>\n<h4>23. La Palice encore en vie en 1525, mais chansonn\u00e9 plus tard \u00e0 contre sens.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las, La Palice est mort <br>Il est mort devant Pavie<br>H\u00e9las\u00a0! s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort <br>Il serait encore en vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"454\" class=\"cit-num\">454<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Mort de La Palice<\/em>, chanson de 1525. <em>Revue de la Renaissance<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1903), L\u00e9on S\u00e9ch\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson populaire a une longue histoire.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, elle c\u00e9l\u00e8bre la vaillance de Jacques\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Chabannes, seigneur de La Palice, chambellan du roi, mar\u00e9chal de France, h\u00e9ros de toutes les grandes batailles des guerres d\u2019Italie depuis Fornoue avec Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Parcours comparable \u00e0 celui de Bayard, mort un an plus t\u00f4t, couvrant la retraite de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, honor\u00e9 et pleur\u00e9 m\u00eame par ses ennemis.<\/p>\n<p>Bravoure \u00e9gale de La Palice, chant\u00e9e par les Fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Un quart d\u2019heure avant sa mort\u00a0\/ Il faisait encore envie\u00a0\u00bb, ou bien, autre version\u00a0: \u00ab\u00a0Un quart d\u2019heure avant sa mort\u00a0\/ Il \u00e9tait encore en vie\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire plein de courage, jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re heure.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle qu\u2019on d\u00e9forme le sens de ces vers, pour n\u2019en retenir que la na\u00efvet\u00e9 et en faire une \u00ab\u00a0lapalissade\u00a0\u00bb, injustement associ\u00e9e au nom du seigneur de La Palice.<\/p>\n<h4>24. Les mignons d\u2019Henri <span class=\"caps\">III<\/span>\u2026 n\u2019\u00e9taient pas du tout ce que l\u2019on croit.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont eux [les mignons] qui \u00e0 la guerre ont \u00e9t\u00e9 les premiers aux assauts, aux batailles et aux escarmouches, et s\u2019il y avait deux coups \u00e0 recevoir ou \u00e0 donner, ils en voulaient avoir un pour eux, et mettaient la poussi\u00e8re ou la fange \u00e0 ces vieux capitaines qui causaient [raillaient] tant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"559\" class=\"cit-num\">559<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRANT\u00d4ME<\/span> (1540-1614). <em>Lexique des \u0153uvres de Brant\u00f4me<\/em> (1880), Ludovic Lalanne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de cour autant que de guerre, il d\u00e9fend ici, en t\u00e9moin, la r\u00e9putation des mignons du roi, comme le fera l\u2019autre chroniqueur bien connu, Pierre de l\u2019Estoile, dans ses M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (posthume). Le roi couvrait ses favoris de biens et d\u2019honneurs, les appelant \u00ab\u00a0mes enfants\u00a0\u00bb et pleurant d\u2019abondance leur tr\u00e9pas. Ils furent en retour tr\u00e8s fid\u00e8les au roi et vaillants au combat.<\/p>\n<p>Michelet confirme, dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Puisque ce mot de mignon est arriv\u00e9 sous ma plume, je dois dire pourtant que je ne crois ni certain ni vraisemblable le sens que tous les partis, acharn\u00e9s contre Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, s\u2019acharn\u00e8rent \u00e0 lui donner [\u2026] Plusieurs des pr\u00e9tendus mignons furent les premi\u00e8res \u00e9p\u00e9es de France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un po\u00e8me de Ronsard brocarde pourtant le roi et ses mignons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi comme l\u2019on dit, accole, baise et l\u00e8che <br>De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour\u00a0; <br>Eux pour avoir argent, lui pr\u00eatent tour \u00e0 tour <br>Leurs fessiers rebondis et endurent la br\u00e8che.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), Historia.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi des po\u00e8tes \u2013 et po\u00e8te des rois \u2013 se fait volontiers libertin et m\u00eame \u00e9rotique \u00e0 ses heures.<\/p>\n<p>Cependant que la propagande des Ligueurs ultra-catholiques s\u2019acharne \u00e0 discr\u00e9diter le roi \u00ab\u00a0sodomite\u00a0\u00bb avec ses \u00ab\u00a0mignons de couchette\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Henri <span class=\"caps\">III<\/span> finira assassin\u00e9 par un moine ligueur, Jacques Cl\u00e9ment, son successeur \u00e9tant \u00e9galement victime d\u2019un catholique fanatique \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> ayant une solide r\u00e9putation de Vert-Galant avec les femmes.<\/p>\n<p>Reste le contexte, la mode italienne (\u00e0 l\u2019image de la reine m\u00e8re, Catherine de M\u00e9dicis) et les m\u0153urs du temps qui peuvent pr\u00eater \u00e0 confusion, si l\u2019on se fie aux apparences restitu\u00e9es par les tableaux. Costumes raffin\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame, bijoux port\u00e9s par des hommes prompts \u00e0 sortir leurs pendentifs endiamant\u00e9s aussi bien que leurs dagues, travestissement mettant en valeur une minceur eff\u00e9min\u00e9e. La complexit\u00e9 du personnage d\u2019Henri <span class=\"caps\">III<\/span> pr\u00eate \u00e9galement \u00e0 confusion.<\/p>\n<p>Finalement, qu\u2019importe sa libert\u00e9 de m\u0153urs et sa sexualit\u00e9 r\u00e9elle ou suppos\u00e9e\u00a0! Seule certitude, ses Mignons surent se battre et mourir comme les plus vaillants guerriers du temps.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin-left: 15px;margin-right: 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/histoire-en-citations-volume-3.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00e8 et <span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h3>\n<h4>25. \u00ab\u00a0Est-il heureux\u00a0?\u00a0\u00bb Un mot bien connu de Mazarin, mais mal entendu.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-il heureux\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"756\" class=\"cit-num\">756<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661). <em>M\u00e9moires de madame la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, princesse Palatine<\/em> (1832), Busoni<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot du ministre, rapport\u00e9 en ces termes par la Palatine, m\u00e8re du r\u00e9gent\u00a0: \u00ab\u00a0Le cardinal Mazarin ne pouvait souffrir autour de lui des gens malheureux. Quand on lui proposait quelqu\u2019un pour entrer \u00e0 son service, sa premi\u00e8re question \u00e9tait celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Est-il heureux\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<br>Cela signifie en r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La chance est-elle avec lui\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mazarin saura s\u2019entourer des meilleurs collaborateurs au gouvernement, \u00e0 tel point que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, prenant le pouvoir \u00e0 sa mort, les garde \u00e0 son service \u2013 notamment Colbert, Le Tellier, Lionne. Seul le surintendant des Finances Fouquet, devenu richissime, est \u00e9limin\u00e9 et condamn\u00e9 pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0trop heureux\u00a0\u00bb dans ses affaires personnelles.<\/p>\n<h4>26. Galil\u00e9e n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort pour avoir soutenu que la Terre \u00e9tait ronde.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et pourtant elle tourne\u00a0!\u00a0\u00bb <em>\u00ab\u00a0Eppur si muove\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GALIL\u00c9E<\/span> (1564-1642), citation apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Accul\u00e9 par les inquisiteurs le 22 juin 1633, Galil\u00e9e aurait, selon la l\u00e9gende, prononc\u00e9 cette phrase pour lui-m\u00eame apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 d\u2019abjurer sa th\u00e9orie mettant le soleil au c\u0153ur de notre Syst\u00e8me solaire\u00a0: h\u00e9liocentrisme oppos\u00e9 au g\u00e9ocentrisme, repr\u00e9sentation du monde o\u00f9 la Terre se trouve immobile, au centre de l\u2019Univers. Cette r\u00e9volution majeure avait \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e par Copernic en 1543\u00a0:<em> Des r\u00e9volutions des sph\u00e8res c\u00e9lestes.<\/em><\/p>\n<p>Galil\u00e9e, convaincu par l\u2019h\u00e9liocentrisme, ne s\u2019engage dans le d\u00e9bat qu\u2019en 1609-1610, \u00e9poque o\u00f9 il devient le math\u00e9maticien et philosophe du grand-duc de Toscane. La lunette astronomique vient de na\u00eetre et il peut r\u00e9pondre \u00e0 certaines objections faites \u00e0 l\u2019h\u00e9liocentrisme. C\u2019est le sujet de <em>Dialogue sur les deux grands syst\u00e8mes du monde<\/em>, publi\u00e9 en 1632. Suivi du proc\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Vingt ans avant, Galil\u00e9e avait r\u00e9dig\u00e9 ce qui allait devenir une des plus lourdes pi\u00e8ces dans sa condamnation\u00a0: une lettre de sept pages \u00e0 son ami math\u00e9maticien Benedetto Castelli, o\u00f9 il d\u00e9taille sa th\u00e9orie et malm\u00e8ne la Bible et les Saintes \u00c9critures. Il ajoute que les r\u00e9f\u00e9rences de la Bible \u00e0 des faits astronomiques ne doivent pas \u00eatre prises \u00e0 la lettre et que les autorit\u00e9s religieuses n\u2019ont pas les comp\u00e9tences pour juger ces choses.<\/p>\n<p>Si cette abjuration lui a sauv\u00e9 la vie, elle n\u2019aura pas suffi \u00e0 lui \u00e9viter le ch\u00e2timent\u00a0: l\u2019astronome italien est condamn\u00e9 pour h\u00e9r\u00e9sie, condamnation commu\u00e9e par le pape Urbain <span class=\"caps\">VIII<\/span> (qui fut son m\u00e9c\u00e8ne) en une peine d\u2019exil et de de r\u00e9sidence surveill\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Avec interdiction d\u2019aborder \u00e0 nouveau le sujet\u00a0! Pour l\u2019\u00e9poque, cette condamnation peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme mod\u00e9r\u00e9e \u2013 la mort eut \u00e9t\u00e9 plus logique\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me de Galil\u00e9e c\u2019est qu\u2019il exposait sa th\u00e9orie sans preuve r\u00e9elle\u2026 M\u00eame s\u2019il avait raison, il \u00e9tait impossible au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle de prouver que la Terre tournait bien autour du Soleil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yael <span class=\"caps\">NAZE<\/span> (n\u00e9e en 1976), astrophysicienne belge travaillant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Li\u00e8ge. Cit\u00e9e dans <em>Le Figaro<\/em>, 26\/09\/2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sp\u00e9cialiste des \u00e9toiles massives et de leurs interactions avec leur environnement, elle explique\u00a0: \u00ab\u00a0Le syst\u00e8me h\u00e9liocentrique \u00e9tait en fait plus logique. Il rendait l\u2019ensemble des calculs astronomiques plus simples.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Galil\u00e9e ne disposant pas des outils permettant de prouver sa th\u00e9orie, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 tordre les faits ou \u00e0 en inventer pour convaincre ses interlocuteurs. \u00ab\u00a0Galil\u00e9e \u00e9tait un g\u00e9nie qui avait compris que le syst\u00e8me aristot\u00e9licien ne fonctionnait pas. Mais c\u2019\u00e9tait aussi un \u00eatre humain qui avait ses d\u00e9fauts et n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 mentir lorsqu\u2019il se sentait accul\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>27. \u00ab\u00a0Ultima ratio regum\u00a0\u00bb, devise grav\u00e9e sur les canons de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: encore un contresens.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Ultima ratio regum.\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Dernier argument des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"817\" class=\"cit-num\">817<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), devise grav\u00e9e sur ses canons<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Concise et pr\u00e9cise, la devise est une bonne citation historique. Celle-ci donne une cl\u00e9 de la politique ext\u00e9rieure du r\u00e8gne et du personnage. La guerre est l\u2019une des passions du roi, comme l\u2019amour, la chasse, les b\u00e2timents, la danse, les spectacles\u2026 et par-dessus tout le m\u00e9tier de roi.<\/p>\n<p>La victoire est ce qui peut le mieux servir sa gloire. D\u2019o\u00f9 trente-trois ann\u00e9es de guerre sur un r\u00e8gne personnel de cinquante-quatre ans. Ses contemporains sont du m\u00eame avis\u00a0: un roi guerrier fait son m\u00e9tier de roi.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> va poursuivre trois buts\u00a0qu\u2019on nommerait aujourd\u2019hui g\u00e9opolitiques\u00a0: pr\u00e9\u00e9minence de la France dans le monde, fronti\u00e8re strat\u00e9gique assur\u00e9e au nord-est, vis\u00e9es sur la prochaine succession d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Il se donnera les moyens de sa politique\u00a0: grands diplomates (Lionne, Pomponne, de Torcy, le neveu de Colbert), r\u00e9organisation militaire conduite par Louvois, effectifs consid\u00e9rables pour une arm\u00e9e de m\u00e9tier (passant de 72\u00a0000 hommes en 1667 \u00e0 400\u00a0000 en 1703), marine de guerre d\u00e9velopp\u00e9e par Colbert (La Royale a 18 vaisseaux en 1661, 276 en 1683), places fortes cr\u00e9\u00e9es ou renforc\u00e9es par Vauban.<\/p>\n<p>L\u2019opposition se manifestera pourtant \u00e0 la fin du r\u00e8gne\u00a0: le peuple est \u00e9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit les faiblesses, cependant que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires m\u00e9diocres. Le roi se pose alors en p\u00e8re de son peuple, en appelant pour la premi\u00e8re fois et directement \u00e0 ses sujets, persuad\u00e9 qu\u2019ils s\u2019opposeraient eux-m\u00eames \u00e0 recevoir la paix assortie de conditions contraires \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019honneur du nom fran\u00e7ais. Cet appel \u00e9mouvant et solennel est lu dans toutes les \u00e9glises du royaume, le 12\u00a0juin 1709. L\u2019adh\u00e9sion populaire est \u00e9vidente. Et la guerre continue. La situation va peu \u00e0 peu se redresser. Villars, mar\u00e9chal de France \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de Flandre, redonne confiance aux troupes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il faut faire la guerre, j\u2019aime mieux la faire \u00e0 mes ennemis qu\u2019\u00e0 mes enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"937\" class=\"cit-num\">937<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), Manifeste au peuple, juillet\u00a01710. <em>Histoire de France depuis l\u2019av\u00e8nement de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1896), Fr\u00e9d\u00e9ric Mane.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les alli\u00e9s, Hollande en t\u00eate, exigent cette fois que Philippe\u00a0V renonce au tr\u00f4ne d\u2019Espagne et, en cas de refus, que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le fasse d\u00e9tr\u00f4ner par ses arm\u00e9es. Le roi de France rend public l\u2019outrage.<\/p>\n<p>Un sursaut national permet un redressement franco-espagnol. Encore quelques ann\u00e9es d\u2019une succession de d\u00e9faites et de victoires (sign\u00e9es Villars). Tous les pays sont \u00e9puis\u00e9s, le pacifisme gagne du terrain en Angleterre, et l\u2019issue de cette guerre ne peut \u00eatre que diplomatique.<\/p>\n<h4>28. \u00ab\u00a0Tu trembles Carcasse\u2026\u00a0\u00bb Mot de Turenne \u00e0 double sens.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais o\u00f9 je vais te mener\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"868\" class=\"cit-num\">868<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURENNE<\/span> (1611-1675) se parlant \u00e0 lui-m\u00eame, en 1667. <em>Nouvelles consid\u00e9rations sur les rapports du physique et du moral<\/em> (1834), Pierre Maine de Biran<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri de La Tour d\u2019Auvergne, vicomte de Turenne, s\u2019appr\u00eate \u00e0 reprendre du service, vingt ans apr\u00e8s sa brillante guerre de Trente Ans.<\/p>\n<p>La guerre de D\u00e9volution, dite aussi de Flandre ou des Droits de la Reine, premi\u00e8re guerre de conqu\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, se pr\u00e9pare depuis le d\u00e9but du r\u00e8gne par un jeu d\u2019alliances.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne (1665), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, invoquant le trait\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es (1659), entend faire valoir les droits de sa femme sur les Pays-Bas (espagnols)\u00a0: fille du roi d\u2019Espagne, elle y a renonc\u00e9 en \u00e9pousant le roi de France, mais en \u00e9change d\u2019une dot consid\u00e9rable, toujours impay\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Les victoires se succ\u00e8dent, Louvois et Vauban ont bien pr\u00e9par\u00e9 l\u2019arm\u00e9e. En trois mois, cette ann\u00e9e 1667, Turenne enl\u00e8ve la Flandre (dont Lille) \u00e0 l\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Autre version du mot de Turenne\u00a0: il parlerait \u00e0 son cheval Carcasse, avant sa derni\u00e8re bataille en 1675. De toute mani\u00e8re, c\u2019est le mot d\u2019un tr\u00e8s courageux soldat de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, promu mar\u00e9chal de France \u00e0 32\u00a0ans et qui se battra donc jusqu\u2019\u00e0 cette derni\u00e8re bataille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort aujourd\u2019hui un homme qui faisait honneur \u00e0 l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"883\" class=\"cit-num\">883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince <span class=\"caps\">MONTECUCOLLI<\/span> (1609-1680), rendant hommage \u00e0 son ennemi Turenne, Salzbach (ou Sasbach), 27\u00a0juillet 1675. <em>L\u2019Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em> (1875), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s Turckheim, la foule avait accueilli Turenne \u00e0 Paris comme le lib\u00e9rateur du royaume. Combl\u00e9 d\u2019honneurs et toujours modeste, il souhaite se retirer \u00e0 l\u2019Oratoire, mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui donne le commandement de la nouvelle campagne de 1675. Et \u00e0 64\u00a0ans, le mar\u00e9chal de France retrouve son vieil adversaire Montecucolli\u00a0: g\u00e9n\u00e9ralissime des troupes de l\u2019empereur germanique, \u00e2g\u00e9 de 66\u00a0ans et toujours combattant.<\/p>\n<p>Deux mois durant, ils d\u00e9ploient leurs arm\u00e9es en grands tacticiens. Turenne semble avoir l\u2019avantage et va passer \u00e0 l\u2019offensive, quand il est mortellement bless\u00e9 par un boulet de canon, au cours d\u2019une op\u00e9ration de reconnaissance. Il sera enseveli \u00e0 la basilique de Saint-Denis \u2013 et transf\u00e9r\u00e9 en 1800 aux Invalides, par Bonaparte admiratif.<\/p>\n<h4>29. Moli\u00e8re, cible de toutes les rumeurs\u00a0imaginables\u00a0: de son vivant, mourant\u2026 et jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Presque tous les hommes meurent de leurs rem\u00e8des et non pas de leurs maladies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"879\" class=\"cit-num\">879<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), <em>Le Malade imaginaire<\/em> (1673)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malade d\u2019une tuberculose que les m\u00e9decins du temps sont impuissants \u00e0 gu\u00e9rir, affect\u00e9 par la mort de son fils et de sa vieille amie Madeleine B\u00e9jart, \u00e9puis\u00e9 de travail \u00e0 la t\u00eate de sa troupe et supplant\u00e9 par l\u2019intrigant Lully aupr\u00e8s de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Moli\u00e8re, 51\u00a0ans, est pris d\u2019une d\u00e9faillance sur la sc\u00e8ne de son th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal, o\u00f9 il joue pour la quatri\u00e8me fois le r\u00f4le du Malade. Il meurt chez lui, quelques heures plus tard, crachant le sang. Armande, sa femme (Mlle Moli\u00e8re), fait intervenir personnellement Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour obtenir de l\u2019archev\u00eaque de Paris des fun\u00e9railles (nocturnes) et une s\u00e9pulture chr\u00e9tienne, le 21\u00a0f\u00e9vrier 1673.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le monde sait les difficult\u00e9s que l\u2019on eut \u00e0 faire enterrer Moli\u00e8re comme un chr\u00e9tien catholique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-L\u00e9onor <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">GALLOIS<\/span>, sieur de <span class=\"caps\">GRIMAREST<\/span> (1659-1713, auteur de la premi\u00e8re biographie de Moli\u00e8re (1705)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019inspire des souvenirs de Michel Baron, \u00e9l\u00e8ve, puis camarade de sc\u00e8ne et grand ami de Moli\u00e8re, t\u00e9moin de sa mort et de tout ce qui s\u2019ensuivit. Ceci pour d\u00e9mentir la l\u00e9gende\u00a0: Moli\u00e8re mort en sc\u00e8ne et son cadavre jet\u00e9 \u00e0 la fosse commune.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas non plus mort dans la mis\u00e8re. Son train de vie et sa fortune personnelle en attestent, quoiqu\u2019en rien comparables \u00e0 ceux de Lully.<\/p>\n<p>Star de son temps, naturellement jalous\u00e9 des confr\u00e8res, Moli\u00e8re fut l\u2019objet de toutes les rumeurs. On l\u2019accuse de plagier les auteurs italiens et espagnols \u2013 mais en l\u2019absence de droit d\u2019auteur, on s\u2019inspirait librement de tel ou tel. La Fontaine r\u00e9\u00e9crit en mieux les fables d\u2019\u00c9sope et le Don Juan de Tirso de Molina, repris par la commedia dell arte, va devenir un mythe sans fin repris.<\/p>\n<p>D\u2019autres accusations portent sur sa vie priv\u00e9e. Cocu et dangereux libertin\u2026 mais les coulisses th\u00e9\u00e2trales n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 des couvents mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Plus grave, le crime d\u2019inceste, suite au mariage avec sa propre fille Armande, fruit de sa liaison avec Madeleine B\u00e9jart, com\u00e9dienne de sa troupe depuis les origines. Accusation publiquement port\u00e9e par Montfleury, vedette de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne, troupe rivale. Moli\u00e8re, cr\u00e9ateur du naturel en sc\u00e8ne, s\u2019est moqu\u00e9 de son jeu emphatique (parodi\u00e9 dans <em>l\u2019Impromptu de Versailles<\/em>). En fait, la naissance de la future Mlle Moli\u00e8re reste un myst\u00e8re d\u2019\u00e9tat-civil et le dossier \u00e0 charge est vide.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Corneille est-il l\u2019auteur d\u2019Amphitryon\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LOU\u0178S<\/span> (1870-1925 ), \u00ab\u00a0Moli\u00e8re auteur des \u0153uvres de Moli\u00e8re. L\u2019apparition de la th\u00e9orie Corneille.\u00a0\u00bb huma-num.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parmi les autres fake-news colport\u00e9es sur l\u2019auteur fran\u00e7ais le plus jou\u00e9 au monde\u2026 voici la plus \u00e9tonnante. Il n\u2019aurait pas \u00e9crit ses pi\u00e8ces\u00a0!!! \u00c0 l\u2019appui de cette th\u00e8se, on n\u2019a retrouv\u00e9 aucun manuscrit de Moli\u00e8re (ni m\u00eame aucune trace de son \u00e9criture dans le fameux <em>Registre<\/em> de la troupe, tenu par le com\u00e9dien La Grange). Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les auteurs ne gardaient pas leurs brouillons, apr\u00e8s publication.<\/p>\n<p>L\u2019auteur cach\u00e9, autrement dit le n\u00e8gre, serait tout simplement\u2026 le vieux Corneille, \u00e9cart\u00e9 de la sc\u00e8ne par le succ\u00e8s du jeune Racine et ex-collaborateur de Moli\u00e8re dans <em>Psych\u00e9<\/em> (1671), trag\u00e9die-ballet de cinq heures o\u00f9 les noms de Quinault et Lully apparaissent aussi au g\u00e9n\u00e9rique. Cette rumeur fut lanc\u00e9e il y a un si\u00e8cle par Pierre Lou\u00ffs, po\u00e8te parnassien adepte du canular \u2013 ayant fait passer ses tr\u00e8s \u00e9rotiques <em>Chansons de Bilitis<\/em> pour la traduction d\u2019une po\u00e9tesse de la Gr\u00e8ce antique. Il publie un premier article titr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Corneille est-il l\u2019auteur d\u2019Amphitryon\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rumeur relanc\u00e9e tr\u00e8s \u00ab\u00a0s\u00e9rieusement\u00a0\u00bb en 2003 par un linguiste, Dominique Labb\u00e9, trouvant une forte uniformit\u00e9 lexicale entre les deux r\u00e9pertoires (nombre de rimes r\u00e9duit et constructions syntaxiques uniformes).<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des acteurs et des connaisseurs de Moli\u00e8re s\u2019insurgent contre cette th\u00e8se qui fait beaucoup parler, comme toute \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb rumeur. Des controverses s\u2019ensuivent. Aux derni\u00e8res nouvelles, la rumeur fait partie des fake-news. Deux chercheurs du <span class=\"caps\">CNRS<\/span> ont fait une analyse statistique approfondie des habitudes d\u2019\u00e9criture et des tics de langage au si\u00e8cle classique\u00a0: tout le th\u00e9\u00e2tre pr\u00e9sente certaines similitudes et Moli\u00e8re est bien l\u2019auteur de ses pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>Shakespeare, l\u2019homme de th\u00e9\u00e2tre le plus illustre au monde, connut une m\u00e9saventure comparable pour le 400e anniversaire de sa mort, en 2016. Un groupe d\u2019universitaires anglais d\u00e9montra que sur 44 pi\u00e8ces, 17 sont co\u00e9crites par son grand rival, Christopher Marlowe. L\u2019honneur est sauf et l\u2019histoire d\u2019Angleterre reste la plus passionnante, juste apr\u00e8s notre histoire de France.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin-left: 15px;margin-right: 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/histoire-en-citations-volume-4.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h3>\n<h4>30. Petite histoire de l\u2019op\u00e9ra-comique cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Paris en 1714\u00a0: un genre musical populaire, mais pas comique\u00a0.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu ce que je n\u2019avais jamais vu, des op\u00e9ras comiques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 d\u2019Argental, 19 sept. 1766. \u00ab\u00a0op\u00e9ra\u00a0\u00bb, d\u00e9finition dans le dictionnaire Littr\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand philosophe des Lumi\u00e8res appartient au si\u00e8cle de la \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tromanie\u00a0\u00bb qu\u2019il incarne lui aussi. N\u2019oublions pas qu\u2019il a \u00e9crit pour le th\u00e9\u00e2tre et connut son grand succ\u00e8s avec Za\u00efre (1732)\u2026 m\u00eame si ses trag\u00e9dies sont aujourd\u2019hui injouables\u2026<\/p>\n<p>Les Parisiens sont fous de spectacles, les salles qui s\u2019ouvrent par dizaines font le plein, des genres nouveaux s\u2019imposent. Aux antipodes du genre noble de la trag\u00e9die, l\u2019op\u00e9ra comique (sic, en deux mots), ce genre mixte qui tient de la com\u00e9die par le dialogue et de l\u2019op\u00e9ra par le chant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis afflig\u00e9 de la Martinique [prise par les Anglais] et de mon rou\u00e9 [Calas]\u202f; nous sommes bien sots et bien fanatiques\u202f; mais l\u2019op\u00e9ra comique r\u00e9pare tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Voltaire, Lettre \u00e0 Damilaville, 13 d\u00e9c. 1762. \u00ab\u00a0op\u00e9ra\u00a0\u00bb, d\u00e9finition dans le dictionnaire Littr\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre infatigable auteur qui pratique avec bonheur tous les genres se distingue par son abondante <em>Correspondance<\/em> (quelque 40 000 lettres \u2013 il nous en reste 14 000, petit tr\u00e9sor consultable en ligne et cit\u00e9 \u00e0 l\u2019envi dans d\u2019innombrables sources, dont les dictionnaires). Le th\u00e9\u00e2tre en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier l\u2019op\u00e9ra comique est un th\u00e8me in\u00e9puisable.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Joue-t-on encore \u00c9ponine\u202f? L\u2019op\u00e9ra comique soutient-il toujours la gloire de la France\u202f?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ne fallait aux Romains que panem et circenses\u202f; nous avons retranch\u00e9 panem, il nous suffit du circenses, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019op\u00e9ra comique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je puis dire qu\u2019en relevant le caract\u00e8re de l\u2019op\u00e9ra comique, j\u2019en cr\u00e9ais un genre nouveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MARMONTEL<\/span> (1723-1799), <em>M\u00e9moires <span class=\"caps\">IX<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre polygraphe contemporain, \u00e9crivain, encyclop\u00e9diste, historien, conteur, romancier, grammairien, po\u00e8te, philosophe\u2026 et dramaturge.<\/p>\n<p>Li\u00e9 \u00e0 Voltaire par une amiti\u00e9 de plus de trente ans et \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb ennemi de Rousseau (qui d\u00e9teste le th\u00e9\u00e2tre, mais \u00e9crit quand m\u00eame), il se lance dans la trag\u00e9die, le genre noble\u00a0: <em>Denys le Tyran<\/em> (1748) et <em>Aristom\u00e8ne<\/em> (1749) remportent le m\u00eame succ\u00e8s. Les deux trag\u00e9dies qui suivent sont un \u00e9chec et la derni\u00e8re, <em>Egyptus<\/em>, n\u2019a qu\u2019une seule repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Marmontel va prendre sa revanche en ajoutant de la\u00a0musique \u00e0 ses prochaines \u0153uvres destin\u00e9es \u00e0 la sc\u00e8ne. Sollicit\u00e9 par le compositeur Andr\u00e9 Gr\u00e9try, il \u00e9crit le livret du <em>Huron<\/em>, adapt\u00e9 de <em><span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>ng\u00e9nu<\/em> de son ami Voltaire, cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre-Italien de Paris le 20 ao\u00fbt 1768\u00a0: le succ\u00e8s est au rendez-vous.<\/p>\n<p>Il encha\u00eene avec <em>Lucile<\/em>, le 5 janvier 1769, <em>Silvain<\/em>, le 19 f\u00e9vrier 1770, <em><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>mi de la maison<\/em>, donn\u00e9 \u00e0 Fontainebleau le 26 octobre 1771 et \u00e0 Paris le 24 mai 1772, <em>Z\u00e9mire et Azor<\/em>, adaptation du conte de <em>La Belle et la B\u00eate<\/em>, jou\u00e9e \u00e0 Fontainebleau le 9 novembre 1771 et \u00e0 Paris le 16 d\u00e9cembre 1771. Concernant cette \u0153uvre, R\u00e9tif de La Bretonne \u00e9crit dans<em> Les Nuits de Paris<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Marmontel, je te remercie de cette sc\u00e8ne d\u00e9licieuse\u00a0! C\u2019est presque la seule com\u00e9die-ariette que je te pardonne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous embellissez tout ce que vous touchez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Charles-Simon Favart, 3 octobre 1775<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s juste hommage \u00e0 Charles Simon Favart (1710-1792), d\u2019abord connu pour <em>Les Trois Sultanes ou Soliman second<\/em> (1761)\u00a0: \u00ab\u00a0Point d\u2019esclaves chez nous\u00a0; on ne respire en France\u00a0\/ Que les plaisirs, la libert\u00e9, l\u2019aisance\u00a0\/ Tout citoyen est roi sous un roi citoyen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mari\u00e9 \u00e0 Justine Favart, com\u00e9dienne et chanteuse de talent, consid\u00e9r\u00e9 comme le cr\u00e9ateur de la com\u00e9die musicale et du vaudeville dramatique, il fait du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre aux arm\u00e9es\u00a0\u00bb, attach\u00e9 au service du mar\u00e9chal de Saxe. Ce c\u00e9l\u00e8bre s\u00e9ducteur s\u2019\u00e9prend de Mme\u00a0Favart qui s\u2019enfuit pour lui \u00e9chapper, la m\u00e9saventure tourne mal et le couple ne retrouvera sa libert\u00e9 qu\u2019\u00e0 la mort du mar\u00e9chal (1750).<\/p>\n<p>En 1750, le couple rallie la Com\u00e9die Italienne, rivale de l\u2019Op\u00e9ra-Comique cr\u00e9\u00e9 en 1714. De danseuse, Justine devient actrice chantante ainsi que co-auteure de la plupart des pi\u00e8ces de son \u00e9poux\u00a0: 42 cr\u00e9ations sur presque 27 ans de carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Quand l\u2019Op\u00e9ra-Comique fusionne avec la Com\u00e9die Italienne en 1763, ils peuvent enfin d\u00e9ployer tous leurs talents. Remarquable par son art de la m\u00e9tamorphose, Mme Favart impose sur la troisi\u00e8me sc\u00e8ne du royaume la r\u00e9forme du costume et la v\u00e9rit\u00e9 sc\u00e9nique, avant Mlle Clairon et Lekain \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Pionni\u00e8re en France de l\u2019art moderne de l\u2019interpr\u00e9tation, elle engage l\u2019op\u00e9ra-comique dans la peinture authentique des m\u0153urs et des sentiments. Le nom de (des) Favart reste aujourd\u2019hui encore attach\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique, th\u00e9\u00e2tre national toujours situ\u00e9 place Boieldieu, 2eme arrondissement. Mais la mort de sa femme brise l\u2019homme et sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>On appelle d\u00e9sormais op\u00e9ra-comique le genre de spectacle repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019Op\u00e9ra-Comique o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre parl\u00e9 s\u2019int\u00e8gre aux morceaux chant\u00e9s. L\u2019op\u00e9ra-comique fran\u00e7ais le plus mondialement connu est un drame, Carmen (1875), musique de Georges Bizet, sur un livret de Meilhac et Hal\u00e9vy, adapt\u00e9 de la nouvelle de Prosper M\u00e9rim\u00e9e, Carmen. Les autres titres du r\u00e9pertoire sont \u00e9galement dramatiques\u00a0: <em>Faust, Manon, Rom\u00e9o et Juliette, Werther, Louise<\/em>. Un op\u00e9ra litt\u00e9ralement comique est un op\u00e9ra-bouffe (de l\u2019italien, <em>opera buffa<\/em>)\u00a0: chef d\u2019\u0153uvre du genre, <em>Le Barber de S\u00e9ville<\/em> de Rossini, d\u2019apr\u00e8s la com\u00e9die de Beaumarchais. Cas particulier des<em> Contes d\u2019Hoffmann<\/em> de Jacques Offenbach, qualifi\u00e9 \u00e0 juste titre d\u2019op\u00e9ra fantastique. Reste l\u2019op\u00e9rette, \u00e0 l\u2019origine plus modeste\u00a0: livret court et peu de personnages, mais devenue plus ambitieuse et \u00ab\u00a0\u00e0 grand spectacle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si le genre est \u00ab\u00a0en d\u00e9clin\u00a0\u00bb, faute de cr\u00e9ations, les salles toujours vou\u00e9es \u00e0 l\u2019op\u00e9ra-comique sont pleines, y compris \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris (Garnier ou Bastille)<\/p>\n<h4>31. \u00ab\u00a0Messieurs les Anglais, tirez les premiers\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9plique tactique loin du mythe de la \u00ab\u00a0guerre en dentelles\u00a0\u00bb.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs les Anglais, tirez les premiers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1122\" class=\"cit-num\">1122<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte d\u2019<span class=\"caps\">ANTERROCHES<\/span> (1710-1785), \u00e0 Lord Charles Hay, Fontenoy, 11\u00a0mai 1745.<em> Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot c\u00e9l\u00e8bre, cit\u00e9 par ailleurs dans une <em>Histoire de l\u2019arm\u00e9e <\/em>d\u2019Adrien Pascal (1847), r\u00e9sume le bref dialogue rapport\u00e9 par Voltaire, suite de la guerre de Succession d\u2019Autriche, lors d\u2019un si\u00e8ge men\u00e9 par les Fran\u00e7ais pr\u00e8s de Tournai. Le commandant de la compagnie de t\u00eate des gardes anglaises a lanc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs des gardes fran\u00e7aises, tirez\u00a0!\u00a0\u00bb Le commandant des gardes fran\u00e7aises lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. Tirez vous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9plique, plus tactique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, est moins l\u2019illustration d\u2019une guerre en dentelle que l\u2019expression d\u2019un imp\u00e9ratif militaire\u00a0: quand une arm\u00e9e a tir\u00e9, le temps qu\u2019elle recharge ses armes, l\u2019ennemi peut attaquer avec profit. C\u2019est pourquoi le mar\u00e9chal de Saxe d\u00e9non\u00e7ait les \u00ab\u00a0abus de tirerie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>32. \u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer.\u00a0\u00bb\u00a0: Voltaire n\u2019\u00e9tait pas du tout ath\u00e9e, mais d\u00e9iste.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1024\" class=\"cit-num\">1024<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>\u00c9p\u00eetres<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9iste fervent, il s\u2019oppose aux encyclop\u00e9distes ath\u00e9es (Diderot, d\u2019Holbach). Il croit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel g\u00e9om\u00e8tre\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0architecte du monde\u00a0\u00bb\u00a0qu\u2019il ne cesse d\u2019\u00e9voquer\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers m\u2019embarrasse et je ne puis songer\u00a0\/ Que cette horloge existe et n\u2019ait pas d\u2019horloger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation du monde, Voltaire reconna\u00eet un Dieu qui garde une influence dans son fonctionnement, mais il rejette entre Lui et les hommes tout interm\u00e9diaire, comme les religions et leur tradition<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu\u00a0? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1129\" class=\"cit-num\">1129<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), \u00e0 un ami s\u2019\u00e9tonnant de le voir se d\u00e9couvrir devant le Saint-Sacrement \u00e0 une procession en 1750, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre philosophe trouve par ailleurs une grande utilit\u00e9 \u00e0 Dieu qui fonde la morale\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux que mon procureur, mon tailleur, mes valets croient en Dieu\u00a0; et je m\u2019imagine que j\u2019en serai moins vol\u00e9.\u00a0\u00bb En revanche, il s\u2019en prend \u00e0 la religion qui cr\u00e9e l\u2019intol\u00e9rance et en France, au catholicisme qui b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui du pouvoir civil. Tout l\u2019inverse de ce qui se passe outre-Manche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019y avait en Angleterre qu\u2019une religion, le despotisme serait \u00e0 craindre\u00a0; s\u2019il y en avait deux, elles se couperaient la gorge\u00a0; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1025\" class=\"cit-num\">1025<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, ou <em>Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur admire le r\u00e9gime anglais, qu\u2019il eut tout loisir d\u2019\u00e9tudier en trois ans d\u2019exil. Il expose les le\u00e7ons que la France peut en tirer en maints domaines (religion, \u00e9conomie, politique).<\/p>\n<p>La R\u00e9volution qui s\u2019empressera de panth\u00e9oniser son grand homme juste avant son confr\u00e8re ennemi Rousseau, avait bien compris Voltaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il combattit les ath\u00e9es et les fanatiques <br>Il inspira la tol\u00e9rance<br>Il r\u00e9clama les droits de l\u2019homme contre la servitude de la f\u00e9odalit\u00e9. <br>Po\u00e8te, historien, philosophe, il agrandit l\u2019esprit humain, et lui apprit \u00e0 \u00eatre libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe entour\u00e9e de deux anges sur le tombeau en pierre de Voltaire au Panth\u00e9on.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>33.\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9plique faussement attribu\u00e9e \u00e0 Marie-Antoinette, pour nuire \u00e0 la reine.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019ils n\u2019ont pas de pain, qu\u2019ils mangent de la brioche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1217\" class=\"cit-num\">1217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot attribu\u00e9 (sans doute \u00e0 tort) \u00e0 <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), et incontestablement emprunt\u00e9 \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778).<em> La Grande Peur de 1789<\/em> (1932), Georges Lefebvre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot se trouve dans les <em>Confessions<\/em> (r\u00e9dig\u00e9es de 1765 \u00e0 1770, \u00e9dition posthume). Sc\u00e8ne plaisante, par son souci du d\u00e9tail autobiographique\u00a0: le narrateur a envie de boire un petit vin blanc d\u2019Artois, mais il n\u2019a jamais pu boire sans manger, il songe \u00e0 un morceau de pain, mais il n\u2019ose pas en demander au ma\u00eetre de maison, ni aller en acheter lui-m\u00eame, cela ne se fait pas, quand on est un Monsieur trop bien habill\u00e9\u2026 \u00ab\u00a0Enfin, je me rappelais le pis-aller d\u2019une grande princesse \u00e0 qui l\u2019on disait que les paysans n\u2019avaient pas de pain et qui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019ils mangent de la brioche\u00a0!\u00a0\u00bb J\u2019achetai de la brioche\u00a0\u00bb (livre\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> des <em>Confessions<\/em>).<\/p>\n<p>Le mot refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9 sociologique\u00a0: l\u2019ignorance (ou l\u2019insouciance) des privil\u00e9gi\u00e9s face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple. Le temps n\u2019est plus aux famines, mais les disettes sont p\u00e9riodiques en cas de mauvaise r\u00e9colte, surtout aux p\u00e9riodes de soudure. En mai\u00a01775 \u00e0 Paris, la hausse du prix du pain, denr\u00e9e vitale, entra\u00eene une vague d\u2019\u00e9meutes. C\u2019est la \u00ab\u00a0guerre des Farines\u00a0\u00bb, pr\u00e9mices de la R\u00e9volution. C\u2019est aussi une r\u00e9volte contre la lib\u00e9ralisation du commerce des grains, par \u00e9dit de Turgot (13\u00a0septembre 1774). La concurrence devait faire baisser les prix, en vertu du \u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer\u00a0\u00bb cher aux physiocrates. C\u2019est compter sans la sp\u00e9culation. D\u2019autres \u00e9dits vont rendre le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances Turgot plus populaire aux pauvres.<\/p>\n<p>C\u2019est un journaliste qui attribue pour la premi\u00e8re fois cette phrase \u00e0 la reine d\u00e9chue. \u00ab\u00a0On se rappelle quelle indignation on excita, dans le temps, contre la malheureuse reine Marie-Antoinette, en faisant courir le bruit que, entendant dire que le peuple \u00e9tait malheureux et qu\u2019il n\u2019avait pas de pain, elle avait r\u00e9pondu\u00a0: Eh bien\u00a0! Qu\u2019il mange de la brioche\u00a0\u00bb, \u00e9crit ainsi Alphonse Karr dans un num\u00e9ro du journal satirique <em>Les Gu\u00eapes<\/em> publi\u00e9 en 1843. Depuis, la croustillante anecdote est entr\u00e9e dans la culture populaire.<\/p>\n<p>La rumeur est tenace. En f\u00e9vrier 2023, lors de la r\u00e9forme des retraites, la d\u00e9put\u00e9e insoumise Elisa Martin convoquait encore cette citation de Marie-Antoinette pour d\u00e9noncer la politique du gouvernement sur les retraites.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin-left: 15px;margin-right: 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/histoire-en-citations-volume-5.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span><\/h3>\n<h4>34.\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb Mot not\u00e9 dans un carnet de chasse\u00a0: interpr\u00e9tation \u00e0 charge contre Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1331\" class=\"cit-num\">1331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), note ces deux mots dans son carnet avant de se coucher, ch\u00e2teau de Versailles, le soir du 14\u00a0juillet 1789. <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1847), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire lui a beaucoup reproch\u00e9 cette indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais il faut pr\u00e9ciser \u00e0 sa d\u00e9charge que le fameux carnet consigne surtout ses tableaux de chasse.<\/p>\n<p>Le roi a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de l\u2019agitation \u00e0 Paris, par une d\u00e9putation de l\u2019Assembl\u00e9e. Le 11\u00a0juillet, il a malencontreusement renvoy\u00e9 Necker, ministre des Finances jug\u00e9 trop lib\u00e9ral, l\u2019homme le plus populaire du royaume, et il le rappellera le 16. En attendant, le mal est fait\u00a0: manifestations le 12\u00a0juillet, municipalit\u00e9 insurrectionnelle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, milice et foule arm\u00e9es le 13 (avec 28\u00a0000 fusils et 20 canons pris aux Invalides). \u00c0 la Bastille, on est all\u00e9 chercher la poudre et les munitions.<\/p>\n<p>La forteresse est avant tout le symbole historique de l\u2019absolutisme royal\u00a0: la r\u00e9volution parlementaire est devenue soudain populaire, et parisienne, en ce 14\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit trop souvent, ce jour n\u2019est pas l\u2019origine de notre f\u00eate nationale. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante, la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<h4>35. La prise de la Bastille lib\u00e8re \u00ab\u00a0les victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: sept embastill\u00e9s, quatre faussaires, deux fous, un d\u00e9bauch\u00e9\u00a0!<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois et le marchand<br>Marchent \u00e0 la Bastille<br>Et ran plan plan [\u2026]<br>Sortez de vos cachots fun\u00e8bres<br>Victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9<br>Voyez \u00e0 travers les t\u00e9n\u00e8bres<br>Les rayons de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1330\" class=\"cit-num\">1330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Prise de la Bastille<\/em> (1790), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson vaudeville, genre en vogue \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement se joue en deux actes\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9part pour le si\u00e8ge\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0D\u00e9livrance des captifs\u00a0\u00bb. Le style est typique de l\u2019\u00e9poque. Les \u00ab\u00a0victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9\u00a0\u00bb, ce sont les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais l\u2019inventaire est d\u00e9risoire. Ils sont sept\u00a0: quatre escrocs ayant falsifi\u00e9 une lettre de change, deux malades mentaux et un jeune gentilhomme prodigue, le comte de Solanges, embastill\u00e9 pour inceste. \u00c0 quelques jours pr\u00e8s, on trouvait le marquis de Sade \u2013 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton.<\/p>\n<h4>36.\u00ab\u00a0Ah \u00e7a ira\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0: le m\u00eame mot change de sens \u00e0 un an d\u2019intervalle et en deux carmagnoles.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira<br>Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira.<br>Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira [\u2026]<br>Pierre et Margot chantent \u00e0 la guinguette\u00a0:<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira.<br>R\u00e9jouissons-nous le bon temps viendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1371\" class=\"cit-num\">1371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LADR\u00c9<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), paroles, et <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), musique, <em>Le Carillon national<\/em>, chanson.<em> Chansons nationales et populaires de France<\/em> (1846), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chant est plus connu sous le nom de son refrain\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira\u00a0\u00bb. Ladr\u00e9, chanteur des rues, en a \u00e9crit les paroles sur<em> Le Carillon national<\/em>, musique de contredanse sign\u00e9e B\u00e9court, violoniste de l\u2019orchestre au th\u00e9\u00e2tre des Beaujolais. La reine Marie-Antoinette la jouait volontiers sur son clavecin.<\/p>\n<p>Le texte, innocent \u00e0 l\u2019origine, reprend l\u2019expression de Benjamin Franklin venu en mars\u00a01777 pour d\u00e9fendre la cause des Insurgents am\u00e9ricains contre l\u2019Angleterre. La simplicit\u00e9 de mise et le franc-parler de cet ambassadeur septuag\u00e9naire, envoy\u00e9 du Nouveau Monde, contrastent avec les airs de la cour et s\u00e9duisent d\u2019embl\u00e9e les Parisiens. Voltaire et Turgot l\u2019admirent \u00e9galement.<\/p>\n<p>R\u00e9solument optimiste, il r\u00e9p\u00e9tait au plus fort de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance, \u00e0 qui lui demande des nouvelles\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb Le mot est connu, le personnage populaire et dans l\u2019enthousiasme des pr\u00e9paratifs de la f\u00eate, le peuple chante\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c7a ira, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates \u00e0 la lanterne,<br>Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira,<br>Les aristocrates on les pendra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1381\" class=\"cit-num\">1381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ah\u00a0! \u00e7a ira,<\/em> couplet anonyme, sur une musique de <span class=\"caps\">B\u00c9COURT<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0refrain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, n\u00e9 bon enfant, se durcit et se radicalise, quand une main anonyme ajoute ce couplet vengeur. Toujours sur le m\u00eame air de contredanse populaire du <em>Carillon national.<\/em><\/p>\n<h4>37. La premi\u00e8re \u00e9lection au \u00ab\u00a0suffrage universel\u00a0\u00bb\u00a0: tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9lecteurs et femmes exclues\u2026 jusqu\u2019en 1944.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais est invit\u00e9 \u00e0 former une Convention nationale [\u2026] Le chef du pouvoir ex\u00e9cutif est provisoirement suspendu de ses fonctions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1424\" class=\"cit-num\">1424<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gislative, 10 ao\u00fbt 1792.<em> Collection g\u00e9n\u00e9rale des lois\u00a0: d\u00e9crets, arr\u00eat\u00e9s, s\u00e9natus-consultes, avis du Conseil d\u2019\u00c9tat et r\u00e8glements d\u2019administration publi\u00e9s depuis 1789 jusqu\u2019au 1er avril 1814, Assembl\u00e9e l\u00e9gislative\u00a0: mai- septembre 1792<\/em>, volume <span class=\"caps\">III<\/span>, n\u00b0 2 (1818)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux mesures sont prises par l\u2019Assembl\u00e9e qui ne fait que se survivre jusqu\u2019\u00e0 la prochaine Convention. Juridiquement, ce n\u2019est qu\u2019une suspension de plus\u00a0; politiquement, la L\u00e9gislative se saborde et le roi est d\u00e9chu, le pouvoir est \u00e0 la Commune de Paris\u00a0: la \u00ab\u00a0Premi\u00e8re Terreur\u00a0\u00bb va durer six semaines, pr\u00e9figurant la dictature de la gauche jacobine et montagnarde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019assembl\u00e9e nationale d\u00e9cr\u00e8te que, pour la formation de la convention nationale prochaine, tout Fran\u00e7ais \u00e2g\u00e9 de vingt et un ans, domicili\u00e9 depuis un an, vivant du produit de son travail, sera admis \u00e0 voter dans les assembl\u00e9es de commune et dans les assembl\u00e9es primaires, comme tout autre citoyen actif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9cret relatif \u00e0 la formation de la convention nationale du 10 ao\u00fbt 1792<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Finalement, trois \u00e0 quatre millions de \u00ab\u00a0passifs\u00a0\u00bb obtiennent une nationalit\u00e9 \u00e0 laquelle ils ne sont pas pr\u00e9par\u00e9s et une proportion infime se rend dans les assembl\u00e9es primaires le 26 ao\u00fbt\u00a01792\u00a0: \u00e0 peine 700 000 sur sept millions de votants potentiels, chiffres proches de la monarchie censitaire.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, le petit peuple s\u2019y manifeste pour la premi\u00e8re fois, m\u00eame si le nombre ne peut \u00eatre clairement \u00e9valu\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019effondrement \u00e9lectoral constat\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1791 se confirme, malgr\u00e9 l\u2019instauration du \u00ab\u00a0suffrage universel\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9largissement du corps \u00e9lectoral n\u2019a pratiquement aucun effet sur le niveau de la participation\u00a0! \u00c0 Paris (pourtant particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0politis\u00e9), moins de 10 % des inscrits se rendent aux urnes.\u00a0Au total, 3 360 000 voix (sur une population de 28,1 millions d\u2019habitants en 1790).<\/p>\n<p>Quant aux femmes\u2026\u00a0 Ce sont les grandes absentes de ce \u00ab\u00a0suffrage universel\u00a0\u00bb. Une infime minorit\u00e9 d\u2019entre elles revendiquent pourtant le droit de vote sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme a le droit de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u00a0; elle doit avoir \u00e9galement celui de monter \u00e0 la tribune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1397\" class=\"cit-num\">1397<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, septembre\u00a01791. <em>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Maurice Agulhon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9ambule du texte est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la reine. Cette f\u00e9ministe, l\u2019une des premi\u00e8res de l\u2019histoire, mourra guillotin\u00e9e en 1793, apr\u00e8s bien d\u2019autres provocations.<\/p>\n<p>Comme Condorcet qui finira Girondin, se suicidant pour \u00e9chapper \u00e0 la guillotine, Olympe de Gouges plaide pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 (permettant de monter \u00e0 la tribune en tant que d\u00e9put\u00e9). Mais c\u2019est impossible aussi longtemps que la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme juridiquement mineure, soumise au p\u00e8re ou \u00e0 l\u2019\u00e9poux.<\/p>\n<p>Les femmes seront finalement la \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb la plus durablement brim\u00e9e, dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res \u00ab\u00a0suffragettes\u00a0\u00bb appara\u00eetront en 1903 en Grande-Bretagne, pour d\u00e9signer les militantes d\u2019un mouvement nouveau fond\u00e9 \u00e0 Manchester par Emmeline Pankhurst\u00a0: l\u2019Union politique et sociale des femmes. Le terme appara\u00eet dans The Daily Mail en 1906\u00a0: utilis\u00e9 pour railler les femmes et d\u00e9nigrer leur engagement (le suffixe -ette \u00e0 valeur de diminutif visait \u00e0 minorer tant les femmes que leur engagement).<\/p>\n<p>Les suffragettes d\u00e9cid\u00e8rent de s\u2019approprier le terme et de et le revendiquer. Le terme d\u00e9signera toutes celles qui se sont engag\u00e9es dans un combat aux m\u00e9thodes plus radicales, voire plus violentes. Aux \u00c9tats-Unis, ce mot a rev\u00eatu une connotation p\u00e9jorative, pour se moquer des femmes engag\u00e9es dans la lutte et les discr\u00e9diter, en insinuant notamment que les Am\u00e9ricaines suivaient les \u00e9garements violents des Britanniques.<\/p>\n<p>En France, l\u2019\u00e9volution est plus tardive, y compris dans les mentalit\u00e9s f\u00e9minines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les paysannes restaient bouche b\u00e9e quand je leur parlais du vote. Les ouvri\u00e8res riaient, les commer\u00e7antes haussaient les \u00e9paules, les bourgeoises me repoussaient horrifi\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2665\" class=\"cit-num\">2665<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">WEISS<\/span> (1893-1983) \u00e9voquant une de ses conf\u00e9rences de 1934. <em>Ce que femme veut<\/em> (1946), Louise Weiss<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e en 1893 (ann\u00e9e o\u00f9 la loi accordait \u00e0 la femme s\u00e9par\u00e9e de corps la pleine capacit\u00e9 civile), morte en 1983 (ann\u00e9e o\u00f9 la loi du 13\u00a0juillet instaure l\u2019\u00e9galit\u00e9 professionnelle entre les sexes), cette militante f\u00e9ministe et europ\u00e9enne sera t\u00e9moin de tous les progr\u00e8s dans la condition f\u00e9minine.<\/p>\n<p>En 1944, le droit de vote des femmes fait partie des \u00e9volutions n\u00e9cessaires pour tourner la page du r\u00e9gime de Vichy et renouer avec la R\u00e9publique. Le 18 mars 1944, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, alors pr\u00e9sident du Comit\u00e9 fran\u00e7ais de lib\u00e9ration nationale, d\u00e9clare devant l\u2019Assembl\u00e9e consultative provisoire que \u00ab\u00a0le r\u00e9gime nouveau doit comporter une repr\u00e9sentation \u00e9lue par tous les hommes et toutes les femmes de chez nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 21 avril 1944, l\u2019ordonnance portant organisation des pouvoirs publics en France apr\u00e8s la Lib\u00e9ration dispose que \u00ab\u00a0les femmes sont \u00e9lectrices et \u00e9ligibles dans les m\u00eames conditions que les hommes\u00a0\u00bb (article 17). Les premi\u00e8res \u00e9lections auxquelles les femmes participent seront les municipales d\u2019avril-mai 1945.<\/p>\n<p>R\u00e9dig\u00e9 et adopt\u00e9 en 1946, le pr\u00e9ambule de la Constitution de la <span class=\"caps\">IV<\/span>e R\u00e9publique rappelle que \u00ab\u00a0la loi garantit \u00e0 la femme, dans tous les domaines, des droits \u00e9gaux \u00e0 ceux de l\u2019homme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>38. Le \u00ab\u00a0sang impur\u00a0\u00bb de la Marseillaise n\u2019est pas le sang ennemi (sang bleu des nobles), mais celui du peuple fran\u00e7ais.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux armes, citoyens\u00a0!<br>Formez vos bataillons\u00a0!<br>Marchez, marchez,<br>Qu\u2019un sang impur<br>Abreuve nos sillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1417\" class=\"cit-num\">1417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> L\u2019<span class=\"caps\">ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836), <em>Le Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin,<\/em> refrain (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Trouv\u00e9 \u00e0 Strasbourg [\u2026] il ne lui fallut pas deux mois pour p\u00e9n\u00e9trer toute la France. Il alla frapper au fond du Midi, comme par un violent \u00e9cho, et Marseille r\u00e9pondit au Rhin. Sublime destin\u00e9e de ce chant\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00e9crit Michelet, lyrique et romantique, dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<p>Myst\u00e9rieusement arriv\u00e9 \u00e0 Marseille, le chant pla\u00eet au bataillon des Marseillais, qui l\u2019adopte comme hymne de ralliement et le chante le 29\u00a0juin 1792, en plantant dans la ville un arbre de la Libert\u00e9. Son histoire ne fait que commencer.<\/p>\n<p>Il est toujours chant\u00e9 avec la m\u00eame conviction, fait d\u2019autant plus \u00e9tonnant que le \u00ab\u00a0sang impur\u00a0\u00bb est l\u2019objet d\u2019un contresens quasi g\u00e9n\u00e9ral, m\u00eame chez les intellectuels les plus respect\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces paroles ignobles de la Marseillaise o\u00f9 on parle du sang impur des ennemis, qui est un mot d\u2019un racisme tel qu\u2019on devrait avoir honte de l\u2019enseigner aux enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">SERRES<\/span> (1930-2019 ), 9 mai 2008, France Culture, \u00ab\u00a0Vendredis de la philosophie\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Quels que soient les ennemis, qu\u2019ils aient un sang impur, c\u2019est quand m\u00eame d\u2019un racisme, j\u2019aurais honte de l\u2019enseigner \u00e0 mes \u00e9tudiants, ils ont tous un sang pur et l\u2019impuret\u00e9 du sang est quelque chose qui me fait horreur. [\u2026] Ce n\u2019est pas seulement un imaginaire raciste, c\u2019est une tradition qui a \u00e9t\u00e9 si longue qu\u2019elle a fond\u00e9 beaucoup de traditions politiques, beaucoup de philosophies du droit .\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9tablissons la v\u00e9rit\u00e9 en puisant \u00e0 une bonne source. <a href=\"https:\/\/resistance-44.fr\">https:\/\/resistance-44.fr<\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9poque, ce qu\u2019on appelait le sang pur, c\u2019\u00e9tait le sang des nobles qui, seuls, pouvaient pr\u00e9tendre au Pouvoir et \u00e0 des fonctions d\u2019officiers dans l\u2019Arm\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lors de la R\u00e9volution \u2013 et notamment de l\u2019attaque des autrichiens \u2013 les nobles se sont enfuis et il ne restait donc que des \u00ab\u00a0Sang impur\u00a0\u00bb (R\u00e9publicains), par opposition aux \u00ab\u00a0Sang pur\u00a0\u00bb (Royalistes).<\/p>\n<p>Au cri de \u00ab\u00a0La nation est en danger\u00a0\u00bb, c\u2019\u00e9taient des gens du peuple qui prenaient les armes pour combattre l\u2019envahisseur et qui \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 verser leur propre sang pour la libert\u00e9. C\u2019est dans le m\u00eame esprit qu\u2019a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 le \u00ab\u00a0Chant du d\u00e9part\u00a0\u00bb \u2026<\/p>\n<p>Et les sillons sont des tranch\u00e9es creus\u00e9es un peu partout dans la campagne et les champs, lors des sanglantes batailles. Ainsi,\u00a0 \u00ab\u00a0Qu\u2019un sang impur abreuve nos sillons\u00a0\u00bb signifie donc que c\u2019est notre \u00ab\u00a0Sang impur\u00a0\u00bb \u00e0 <span class=\"caps\">NOUS<\/span>, le peuple, qui nourrira nos terres. En aucun cas il ne s\u2019agit du sang de l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Ce serait bizarre et incoh\u00e9rent quand m\u00eame, de chanter que le sang de l\u2019ennemi nourrit nos terres, nos sillons. On peut reprocher beaucoup de choses \u00e0 <em>la Marseillaise<\/em>, notamment son esprit guerrier, mais pas le \u00ab\u00a0Sang impur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>39. \u00ab\u00a0Sans-culottes\u00a0\u00bb contre \u00ab\u00a0culottes dor\u00e9es\u00a0\u00bb\u00a0: Robespierre les oppose, oubliant ses origines.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui a des culottes dor\u00e9es est l\u2019ennemi de tous les sans-culottes. Il n\u2019existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1502\" class=\"cit-num\">1502<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), au club des Jacobins, 8\u00a0mai 1793. <em>\u0152uvres de Maximilien Robespierre<\/em> (posthume, de 1912 \u00e0 1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans les nommer, l\u2019Incorruptible dans son discours d\u00e9nonce les Girondins qui seront bient\u00f4t les victimes de la Terreur qu\u2019il fera d\u00e9cr\u00e9ter le 5 septembre 1793\u00a0: \u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Rappelons que les Girondins sont issus de la m\u00eame classe bourgeoise que les amis de Robespierre et que l\u2019ex-avocat d\u2019Arras est toujours tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatu (perruqu\u00e9 et poudr\u00e9 sur ses portraits).<\/p>\n<p>Ce manich\u00e9isme est donc simpliste, mais efficace. Il oppose les riches aux pauvres \u2013 les \u00ab\u00a0sans-culottes\u00a0\u00bb, nom donn\u00e9 au d\u00e9but de la R\u00e9volution et par m\u00e9pris aux manifestants populaires qui portent des pantalons \u00e0 rayures et non des culottes (hauts-de-chausses), symbole vestimentaire de l\u2019aristocratie d\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<h4>40. \u00ab\u00a0L\u2019insurrection est le plus sacr\u00e9 des droits\u2026\u00a0\u00bb\u00a0: notre premi\u00e8re Constitution est inapplicable.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l\u2019insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacr\u00e9 des droits et le plus indispensable des devoirs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1514\" class=\"cit-num\">1514<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution du 24\u00a0juin 1793, article\u00a035<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la Constitution de l\u2019an I, jamais appliqu\u00e9e du fait de la Terreur d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e le 5 septembre et qui instaure un r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Constitution m\u00e9morable \u00e0 divers titres, approuv\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum au suffrage universel (toujours masculin), texte tr\u00e8s d\u00e9mocratique et d\u00e9centralisateur, proclamant de nouveaux droits \u00e9conomiques et sociaux (dont l\u2019instruction), consacrant la souverainet\u00e9 populaire, le recours au r\u00e9f\u00e9rendum\u2026 et le droit \u00e0 l\u2019insurrection, consid\u00e9r\u00e9 comme un devoir.<\/p>\n<p>Cet article est en tout cas inapplicable. L\u2019explication juridique est tr\u00e8s claire et (pour une fois) ais\u00e9e \u00e0 comprendre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le droit \u00e0 l\u2019insurrection, incontestable en th\u00e9orie, est en fait d\u00e9pourvu d\u2019efficacit\u00e9. La loi constitutionnelle d\u2019un pays ne peut le reconna\u00eetre sans jeter dans ce pays un ferment d\u2019anarchie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">DUGUIT<\/span> ( 1859-1928), <em>Trait\u00e9 de droit constitutionnel<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter\u2026 \u00ab\u00a0C\u2019est ce qui faisait dire \u00e0 Boissy d\u2019Anglas que la Constitution de 1793 avait organis\u00e9 l\u2019anarchie.\u00a0\u00bb Ce <em>Trait\u00e9 de droit constitutionnel<\/em> propose une vision nouvelle de la th\u00e9orie de l\u2019\u00c9tat et du droit. Il occupe une place singuli\u00e8re parmi les ouvrages de la doctrine et joue un r\u00f4le important dans la construction du droit public.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la Constitution de l\u2019An I, elle s\u2019inspire des id\u00e9es de Rousseau et du <em>Contrat social<\/em>, livre de chevet de Robespierre.<\/p>\n<h4>41. Marat,\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019Ami du Peuple\u00a0\u00bb\u00a0: sit\u00f4t panth\u00e9onis\u00e9\u2026 et vite d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a une ann\u00e9e que cinq ou six cents t\u00eates abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd\u2019hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois peut-\u00eatre en abattrez-vous cent mille, et vous ferez \u00e0 merveille\u00a0: car il n\u2019y aura point de paix pour vous, si vous n\u2019avez extermin\u00e9, jusqu\u2019au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1380\" class=\"cit-num\">1380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01790. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 populaire aupr\u00e8s du petit peuple parisien, mais d\u00e9test\u00e9 de toute la classe politique, Marat joue au \u00ab\u00a0proph\u00e8te de malheur\u00a0\u00bb dans le journal quotidien qu\u2019il publie et qui est pour l\u2019heure sa seule tribune. Ici, c\u2019est un v\u00e9ritable appel au meurtre, alors que la guillotine n\u2019est pas encore entr\u00e9e en sc\u00e8ne et que la Terreur est une notion inconnue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est par la violence que doit s\u2019\u00e9tablir la libert\u00e9, et le moment est venu d\u2019organiser momentan\u00e9ment le despotisme de la libert\u00e9 pour \u00e9craser le despotisme des rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1495\" class=\"cit-num\">1495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793),<em> L\u2019Ami du peuple<\/em>, 13\u00a0avril 1793. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Claude Manceron, Anne Manceron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son journal presque quotidien et tr\u00e8s populaire, il justifie le Tribunal r\u00e9volutionnaire qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 rendre plus exp\u00e9ditif, pour s\u2019opposer \u00e0 la contre-r\u00e9volution qu\u2019il d\u00e9nonce au sein m\u00eame de la Convention nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Levons-nous, oui, levons-nous tous\u00a0! Mettons en \u00e9tat d\u2019arrestation tous les ennemis de notre R\u00e9volution et toutes les personnes suspectes. Exterminons sans piti\u00e9 tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas \u00eatre extermin\u00e9s nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus encore que la rh\u00e9torique et la rigueur d\u2019un Robespierre, ce genre de phrase et le personnage de Marat r\u00e9voltent les mod\u00e9r\u00e9s. On parlerait aujourd\u2019hui et sans exag\u00e9ration de \u00ab\u00a0parano\u00efa\u00a0\u00bb. Hugo \u00e9crit, dans son roman <em>Quatre-vingt-treize\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Trop, c\u2019est trop\u00a0! Et l\u2019accusateur se retrouvera bient\u00f4t accus\u00e9, devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire. Mais sa popularit\u00e9 est telle aupr\u00e8s du peuple qu\u2019il est pratiquement intouchable et port\u00e9 par la foule, il retrouve sa place \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. C\u2019est Charlotte Corday, jeune normande digne du grand Corneille dont elle descend, qui \u00ab\u00a0monte\u00a0\u00bb \u00e0 Paris pour poignarder Marat dans sa baignoire \u2013 souffrant d\u2019une maladie de peau qui contribuait \u00e0 sa laideur repoussante, il n\u2019\u00e9prouvait de soulagement qu\u2019au contact de l\u2019eau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb, et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais pour les sans-culottes de Paris qui lui vouent un v\u00e9ritable culte, c\u2019est un h\u00e9ros qu\u2019il convient d\u2019honorer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici repose Marat, l\u2019Ami du Peuple, assassin\u00e9 par les ennemis du peuple, le 13\u00a0juillet 1793.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1520\" class=\"cit-num\">1520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe sur la tombe de Marat. <em>Marat, l\u2019ami du peuple<\/em> (1865), Alfred Bougeart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Double rappel\u00a0: son journal s\u2019intitulait <em>L\u2019Ami du peuple et l\u2019homme ha\u00ef<\/em> (et redout\u00e9) de ses confr\u00e8res \u00e9tait idol\u00e2tr\u00e9 des sans-culottes. Sa gloire posthume fut \u00e9clatante, mais br\u00e8ve.<\/p>\n<p>Le 25 juillet 1793, la rue des Cordeliers, o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 Marat \u00e0 son domicile, est baptis\u00e9e rue Marat, en m\u00eame temps que l\u2019on renomme la rue de l\u2019Observance\u00a0: place de l\u2019Ami du Peuple. De nombreuses manifestations eurent lieu en son honneur, 58 localit\u00e9s chang\u00e8rent leur nom en celui de Marat et le 21 septembre 1794, son corps fut transf\u00e9r\u00e9 au Panth\u00e9on.\u00a0 Bref s\u00e9jour et gloire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Apr\u00e8s la Terreur, Marat n\u2019\u00e9tait plus un mod\u00e8le r\u00e9publicain\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des enfants ont promen\u00e9 un buste de Marat en l\u2019accablant de reproches [et] l\u2019ont ensuite jet\u00e9 dans l\u2019\u00e9gout, en lui criant\u00a0: \u2018Marat, voil\u00e0 ton Panth\u00e9on\u00a0!\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Le Moniteur du 16 pluvi\u00f4se an <span class=\"caps\">III<\/span> (4 f\u00e9vrier 1795)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le monument \u00e9lev\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire sur la place du Carrousel est d\u00e9truit. Et le 8 f\u00e9vrier 1795, un d\u00e9cret le d\u00e9panth\u00e9onise en pr\u00e9cisant que l\u2019image d\u2019aucun citoyen ne figurera plus dans l\u2019Assembl\u00e9e ou en un lieu public quelconque que dix ans apr\u00e8s sa mort \u2013 prudence pour \u00e9viter toute pr\u00e9cipitation\u00a0! Rappelons que Mirabeau \u00ab\u00a0l\u2019Orateur du peuple\u00a0\u00bb avait subi le m\u00eame sort, apr\u00e8s la d\u00e9couverte de la fameuse armoire de fer du roi qui contenait la preuve de son double jeu, autrement dit sa trahison bien monnay\u00e9e.<\/p>\n<p>Reste heureusement une \u00ab\u00a0valeur s\u00fbre\u00a0\u00bb comparable \u00e0 Voltaire d\u00e9j\u00e0 au Panth\u00e9on, un Nom rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour de bonnes raisons r\u00e9publicaines, Rousseau. Et les deux confr\u00e8res ennemis se retrouveront c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<h4>42 .\u00ab\u00a0La Trag\u00e9die court les rues.\u00a0\u00bb\u00a0: 2 639 morts \u00e0 Paris, mais 600 000 morts dans la guerre de Vend\u00e9e. Les malentendus s\u00e9mantiques et statistiques compromettent souvent le r\u00e9cit historique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que parles-tu, Vallier, de faire des trag\u00e9dies\u00a0? La Trag\u00e9die court les rues.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1596\" class=\"cit-num\">1596<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">DUCIS<\/span> (1733-1816), Correspondance, au plus fort de la Terreur. <em>Essais de M\u00e9moires, ou Lettres sur la vie, le caract\u00e8re et les \u00e9crits de J.-F. Ducis<\/em> (1824), Fran\u00e7ois Nicolas Vincent Campenon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te tragique et traducteur (tr\u00e8s libre) de Shakespeare, il r\u00e9pond \u00e0 l\u2019un de ses amis. Et t\u00e9moigne, dans cette lettre\u00a0: \u00ab\u00a0Si je mets les pieds hors de chez moi, j\u2019ai du sang jusqu\u2019\u00e0 la cheville.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Certes\u2026 mais les spectacles sont florissants (hors les jours et les quartiers tragiques), on joue beaucoup d\u2019\u0153uvres \u00ab\u00a0de circonstance\u00a0\u00bb, la R\u00e9volution n\u2019ayant inspir\u00e9 aucune \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale jouable par la suite. On se rabat sur les trag\u00e9dies de Voltaire, qui ne sont pas non plus des chefs-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Deux noms d\u2019artistes resteront\u00a0: Talma, trag\u00e9dien de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, et David, peintre politiquement inspir\u00e9. On les retrouvera, au service de l\u2019empereur Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Dans le flot des chants et chansons r\u00e9volutionnaires, il reste deux chefs d\u2019\u0153uvre, <em>La Marseillaise<\/em> de Rouget de l\u2019Isle et <em>Le Chant du d\u00e9part<\/em> de Ch\u00e9nier (Marie-Joseph) et M\u00e9hul. Et toute une s\u00e9rie de chansons populaires.<\/p>\n<p>C\u2019est la Grande Terreur\u00a0: plus de 1\u00a0300 ex\u00e9cutions \u00e0 Paris, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet (9 thermidor). Selon une \u00e9tude de Donald Greer qui fait r\u00e9f\u00e9rence, 16\u00a0600 victimes sont ex\u00e9cut\u00e9es en France apr\u00e8s condamnation par une cour de justice r\u00e9volutionnaire \u2013 avec pr\u00e8s de 500\u00a0000 arrestations, de mars \u00e0 juillet\u00a01794.<\/p>\n<p>Ces statistiques certes terribles\u2026 sont sans commune mesure avec le bilan de la guerre civile en province.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pays, Patrie, ces deux mots r\u00e9sument toute la guerre de Vend\u00e9e, querelle de l\u2019id\u00e9e locale contre l\u2019id\u00e9e universelle, paysans contre patriotes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1489\" class=\"cit-num\">1489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier roman historique, situ\u00e9 en 1793, ann\u00e9e charni\u00e8re et riche en \u00e9v\u00e9nements, il met en sc\u00e8ne trois personnages\u00a0: un pr\u00eatre r\u00e9volutionnaire, un aristocrate royaliste et vend\u00e9en et son petit-neveu ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution. Ce choc des extr\u00eames rappelle la Commune (1871) et ses drames, v\u00e9cus par Hugo. Les guerres civiles se suivent et se ressemblent tragiquement.<\/p>\n<p>Les insurg\u00e9s vend\u00e9ens (les Blancs) vont r\u00e9unir jusqu\u2019\u00e0 40\u00a0000 hommes et remporter plusieurs victoires contre les patriotes (les Bleus), en ce printemps 1793\u00a0: prise de Cholet, Parthenay, Saumur, Angers, avant d\u2019\u00e9chouer devant Nantes (29\u00a0juin).<\/p>\n<p>La Convention envoie des troupes r\u00e9publicaines d\u00e8s juillet, mais les grands combats suivis de massacres seront organis\u00e9s sous la Terreur, \u00e0 partir d\u2019octobre. Au total, la guerre de Vend\u00e9e et la guerre des Chouans (m\u00eames causes, m\u00eames effets, en Bretagne et Normandie) feront quelque 600\u00a0000 morts, dont 210\u00a0000 civils ex\u00e9cut\u00e9s, 300\u00a0000 morts de faim et de froid (100\u00a0000 enfants).<\/p>\n<p>Ce g\u00e9nocide (mot employ\u00e9 par certains historiens) est, sans conteste, le plus lourd bilan \u00e0 porter au passif de la R\u00e9volution.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00ab\u00a0Mal nommer un objet, c\u2019est ajouter au malheur de ce monde.\u00a0\u00bbAlbert CAMUS (1913-1960), Sur une philosophie de l\u2019expression, revue Po\u00e9sie 44Et en d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, la grande t\u00e2che de l\u2019homme est de ne pas servir le mensonge.\u00a0\u00bbL\u2019Histoire nous donne des rep\u00e8res \u2013 encore faut-il qu\u2019ils soient 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