{"id":13701,"date":"2025-08-18T15:10:08","date_gmt":"2025-08-18T13:10:08","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-couleurs-de-lhistoire-premier-episode\/"},"modified":"2025-08-24T15:10:19","modified_gmt":"2025-08-24T13:10:19","slug":"les-couleurs-de-lhistoire-premier-episode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-couleurs-de-lhistoire-premier-episode\/","title":{"rendered":"Les Couleurs de l\u2019Histoire, premier \u00e9pisode"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00ab\u00a0Des go\u00fbts et des couleurs, on ne discute pas.\u00a0\u00bb (proverbe romain)<\/p>\n<p>Et pourtant, l\u2019on ne cesse d\u2019en d\u00e9battre\u00a0depuis toujours\u00a0!<\/p>\n<p>En deux semaines, vous allez en voir vraiment de toutes les couleurs et il y en aura pour tous les go\u00fbts, au fil des r\u00e9f\u00e9rences factuelles, historiques et artistiques de la Gaule \u00e0 nos jours\u00a0! <\/p>\n<p>En marge de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> qui sert toujours de base, nous allons (re)d\u00e9couvrir les cath\u00e9drales polymorphes et les vitraux multicolores. Au-del\u00e0 de la \u00ab\u00a0peinture d\u2019histoire\u00a0\u00bb, cat\u00e9gorie reine du classicisme, l\u2019histoire de la peinture nous donnera une vision sans cesse renouvel\u00e9e des couleurs. Les modes \u00e9voluent, la musique et le cin\u00e9ma s\u2019invitent dans le jeu, le sport lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Et \u00e0 la fin, c\u2019est le bleu qui gagne.<\/p>\n<p>\u00a0<a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-1\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_1.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">GAULE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici la ronde des jurons<br>Qui chantaient clair, qui dansaient rond,<br>Quand les Gaulois De bon aloi<br>Du franc-parler suivaient la loi,<br>Jurant par-l\u00e0, Jurant par-ci,<br>Jurant \u00e0 langue raccourci\u2019,<br>Comme des grains de chapelet<br>Les joyeux jurons d\u00e9filaient\u00a0:<br><em>(Refrain)<\/em><br>Tous les morbleus, tous les ventrebleus,<br>Les sacrebleus et les cornegidouilles,<br>Ainsi, parbleu, que les jarnibleus<br>Et les palsambleus (\u2026)\u00a0\u00bb<span id=\".\" class=\"cit-num\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BRASSENS<\/span> (1921-1981), <em>La Ronde des jurons<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur-compositeur-interpr\u00e8te \u00e0 la belle \u00e9poque de la chanson fran\u00e7aise (\u00e0 texte), Brassens aime jouer avec le feu de la censure et tous les conformisme de la biens\u00e9ance. Il fut d\u2019ailleurs censur\u00e9 (\u00e0 la radio nationale).<\/p>\n<p>La terminaison \u00ab\u00a0<strong>bleu\u00a0<\/strong>\u00a0\u00bb est un euph\u00e9misme color\u00e9 qui \u00e9vite de dire Dieu \u2013 et donc de blasph\u00e9mer. \u00ab\u00a0Mordieu\u00a0!\u00a0\u00bb c\u2019est jurer \u00ab\u00a0par la mort de Dieu!\u00a0\u00bb. Fallait oser, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la France devenait chr\u00e9tienne \u2013 avant d\u2019\u00eatre fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise et en proie aux guerres de Religion.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> adorait jurer, au grand dam de son confesseur (j\u00e9suite qui plus est\u00a0!), Pierre Coton. Ses deux jurons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s\u00a0: Ventre Saint Gris (d\u00e9formation amusante de Ventre Dieu, double sacril\u00e8ge o\u00f9 Dieu est remplac\u00e9 par Saint-Gris, alias Saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise) et Jarnidiu (Je renie Dieu) devenu Jarnidiou avec l\u2019accent gascon. Nous allons retrouver en son temps le tr\u00e8s populaire Vert-Galant, ses amours et son panache blanc.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9glise resplendit de la lumi\u00e8re merveilleuse et ininterrompue des fen\u00eatres \u00e9tincelantes qui rayonnent leur beaut\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SUGER<\/span> (vers 1081-1151),<em> De constructione ecclesiae sancti Dionysii<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre et ami de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>\u00a0le Gros, puis de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, il d\u00e9veloppe l\u2019autorit\u00e9 royale contre le pouvoir des nobles et assure une meilleure justice. Abb\u00e9 de Saint-Denis pendant trente ans (1122-1151), il remplace l\u2019ancienne abbatiale\u00a0 carolingienne du <span class=\"caps\">VIII<\/span>e si\u00e8cle, veillant de pr\u00e8s \u00e0 la reconstruction. Il \u00ab\u00a0signe\u00a0\u00bb son abbaye, mais ne donne pas dans ses \u00e9crits les noms du ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre, des ma\u00eetres ma\u00e7ons et des ouvriers qui ont particip\u00e9 \u00e0 la reconstruction de l\u2019abbatiale. La basilique actuelle est le r\u00e9sultat de plusieurs si\u00e8cles de travaux.<\/p>\n<p>\u00c9bloui par les vitraux de Notre-Dame de Chartres, Suger \u00e9voque les chapelles rayonnantes du chevet\u00a0: \u00ab\u00a0Notre-Dame de la Belle-Verri\u00e8re\u00a0\u00bb est l\u2019une des 175 repr\u00e9sentations de la Vierge et peut-\u00eatre le vitrail le plus c\u00e9l\u00e8bre au monde. Marie r\u00e8gne sur son tr\u00f4ne c\u00e9leste. On l\u2019appelait commun\u00e9ment\u00a0 la \u00ab\u00a0Vierge bleue\u00a0\u00bb\u00a0: le fameux \u00ab\u00a0<strong>Bleu de Chartres<\/strong>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais ce \u00ab\u00a0bleu roman\u00a0\u00bb tr\u00e8s lumineux fut mis au point dans les ann\u00e9es 1140 sur le chantier de la basilique Saint-Denis, avant d\u2019\u00eatre utilis\u00e9 dans la cath\u00e9drale de Chartres. Son fondant sodique color\u00e9 au cobalt le rend plus r\u00e9sistant que les rouges ou les verts de la m\u00eame \u00e9poque. Notre-Dame de la Belle-Verri\u00e8re faillit dispara\u00eetre lors du terrible incendie de 1194. Seul le panneau central \u2014 celui de Marie et de son Enfant \u2014 et les trois verri\u00e8res qui surplombent le portail royal ont miraculeusement r\u00e9sist\u00e9 au d\u00e9sastre. Chaque face, chaque pierre du v\u00e9n\u00e9rable monument est une page non seulement de l\u2019histoire du pays, mais encore de l\u2019histoire de la science et de l\u2019art.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les po\u00e8mes sont des vitraux colori\u00e9s.\u00a0 Si l\u2019on regarde de la place publique dans l\u2019\u00e9glise, tout est sombre et triste (\u2026) Mais entrez seulement\u00a0! Saluez la Sainte-Chapelle\u00a0! La\u0300 tout est couleur et clart\u00e9\u00a0; histoire, ornements, brillent soudain\u00a0; une noble lumi\u00e8re agit avec force. Enfants de Dieu, cela est fait pour vous\u00a0; que vos c\u0153urs soient touch\u00e9s et que vos yeux soient ravis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Wolfgang <span class=\"caps\">G\u0152THE<\/span> (1749-1832), <em>Parabole, Dieu et le monde<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les vitraux de Notre-Dame (avec la Sainte-Chapelle), de Chartres (avec le fameux \u00ab\u00a0bleu de Chartres\u00a0\u00bb) ou de tout autre cath\u00e9drale ayant pr\u00e9serv\u00e9 ses joyaux \u00e0 travers les si\u00e8cles n\u2019ont cess\u00e9 de fasciner le visiteur, qu\u2019il soit po\u00e8te, croyant ou simplement sensible \u00e0 la beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, les vitraux font office de livre d\u2019images\u00a0: le peuple majoritairement illettr\u00e9 peut apprendre l\u2019histoire sainte. Il faut simplement retenir le principe de lecture de gauche a\u0300 droite et de bas en haut\u00a0: sc\u00e8nes des \u00c9vangiles canoniques ou apocryphes, enfance de J\u00e9sus, relations de miracles, vie de Marie, vie des saints. On trouve aussi des \u00e9vocations profanes et locales sur les protecteurs de la paroisse, les l\u00e9gendes en cours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux lueurs color\u00e9es que laissent filtrer les vitraux, toute cette magnificence de conte oriental chatoie, miroite, \u00e9tincelle dans la p\u00e9nombre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LOTI<\/span> (1850-1923), <em>J\u00e9rusalem<\/em> (1894)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Figuratifs et color\u00e9s, les vitraux existent \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00e9rovingienne et vers 1100, le moine Th\u00e9ophile t\u00e9moigne d\u00e9j\u00e0 de la ma\u00eetrise des techniques. Les vitraux des \u00e9glises romanes sont tr\u00e8s clairs, pour compenser l\u2019\u00e9troitesse des ouvertures dans les murs de pierre. Avec l\u2019architecture gothique, les fen\u00eatres s\u2019agrandissent, la tonalit\u00e9 des vitraux peut donc se foncer, la palette du verrier se diversifie. Le bleu est soutenu, le bleu-rouge domine dans les fonds, les couleurs se nuancent\u00a0: vert-olive et vert-\u00e9meraude, rouge carmin et rouge vermillon. Le jaune est peu employ\u00e9. Plus tard appara\u00eet le violet (placage de verre rouge et bleu) et la sanguine, brun-rouge.<\/p>\n<p>On appelle \u00ab\u00a0sertissage en chef d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb l\u2019incrustation d\u2019un verre, souvent rond, tenu par un plomb, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un autre verre plus grand et de couleur diff\u00e9rente. Ce travail d\u00e9licat permet au compagnon d\u2019obtenir sa ma\u00eetrise, d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0chef d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9, on peut dessiner les blasons diversement color\u00e9s des donateurs.<\/p>\n<p>A la Renaissance, les sc\u00e8nes deviennent plus r\u00e9alistes, les visages plus expressifs, les formes plus pr\u00e9cises et les couleurs plus nuanc\u00e9es\u2026 L\u2019histoire du vitrail est une magie sans cesse renouvel\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne comprends pas l\u2019abandon du vitrail qui s\u2019\u00e9veillait et s\u2019endormait avec le jour. L\u2019art a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la lumi\u00e8re mais le vitrail, anim\u00e9 par le matin effac\u00e9 par le soir, faisait p\u00e9n\u00e9trer la cr\u00e9ation dans l\u2019\u00e9glise du fid\u00e8le.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>La T\u00eate d\u2019obsidienne<\/em> (1974)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La magie du vitrail continue de s\u2019exercer sur tous les visiteurs et Malraux (futur ministre de la Culture) est l\u2019un des plus \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9s\u00a0\u00bb. Rappelons la parole de J\u00e9sus \u00e0 ses disciples\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, je suis la lumi\u00e8re du monde\u202f; celui qui me suit ne marchera pas dans les t\u00e9n\u00e8bres, mais il aura la lumi\u00e8re de la vie.\u00a0\u00bb \u00c9vangile de J\u00e9sus-Christ selon saint Jean 8, 12.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour moi, un vitrail est une partition transparente entre mon c\u0153ur et le c\u0153ur du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marc <span class=\"caps\">CHAGALL<\/span> (1887-1985), <em>La Rose bleue ou le Christ<\/em>, 1964<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec Pablo Picasso, Chagall est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres artistes install\u00e9s en France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle. Son \u0153uvre ne se rattache \u00e0 aucune \u00e9cole, m\u00eame s\u2019il emprunte au surr\u00e9alisme et au n\u00e9o-primitivisme. Il est surtout inspir\u00e9 par la tradition juive et le folklore russe. Ce peintre toujours original qui a pratiqu\u00e9 la gravure, la sculpture, la po\u00e9sie, la c\u00e9ramique et la mosa\u00efque, est l\u2019un des rares contemporains cr\u00e9ateur de vitraux aux \u00c9tats-Unis, en Isra\u00ebl, en Europe et notamment en France, dans six villes, dont Nice \u2013 o\u00f9 l\u2019auditorium du mus\u00e9e Chagall expose <em>La Cr\u00e9ation du monde<\/em>, trois vitraux qui se lisent de droite \u00e0 gauche, dans le sens de la lecture h\u00e9bra\u00efque\u2026 et du principe valant d\u00e9j\u00e0 au Moyen \u00c2ge pour tous les vitraux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Restauration des sculptures polychrom\u00e9es du portail occidental de la cath\u00e9drale d\u2019Angers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MINISTERE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">CULTURE<\/span>, R\u00e9gions, <span class=\"caps\">DRAC<\/span>, Pays de la Loire, Monuments historiques. Chantiers en cours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand on \u00e9voque les couleurs m\u00e9di\u00e9vales en mati\u00e8re architecturale, on pense naturellement aux vitraux des cath\u00e9drales et \u00e0 leur magie. Mais on oublie les murs de pierre et les statues de ces monuments toujours \u00e0 red\u00e9couvrir\u00a0!<\/p>\n<p>En 2009, lors d\u2019un nettoyage de la cath\u00e9drale d\u2019Angers et sous le badigeon recouvrant les sculptures du portail occidental apparurent des vestiges d\u2019une \u00ab\u00a0polychromie exceptionnelle\u00a0\u00bb r\u00e9sultant de sept couches picturales superpos\u00e9es. Les plus anciennes datent de la construction du portail au <span class=\"caps\">XII<\/span>e si\u00e8cle. En 1617, la foudre endommage fortement le tympan du portail, en partie, re-sculpt\u00e9 et enti\u00e8rement repeint, dans un souci d\u2019harmonisation avec les sculptures anciennes.<\/p>\n<p>En 2020, dans quelques villes c\u00e9l\u00e8bres pour leur cath\u00e9drale, Orl\u00e9ans, Rouen, Strasbourg, des reconstitutions \u00e9ph\u00e9m\u00e8res relevant de \u00ab\u00a0Son et lumi\u00e8re\u00a0\u00bb spectaculaires donnent une id\u00e9e plus festive que fid\u00e8le et sans doute exag\u00e9r\u00e9e de cette r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avoir le sang bleu\u00a0\u00bb<span id=\"..\" class=\"cit-num\">..<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette expression remonte au temps de la noblesse. Le bleu commence son irr\u00e9sistible ascension \u2013 r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 la fin de cet \u00e9dito. Succ\u00e9dant au rouge imp\u00e9rial, il devient couleur royale avec les armoiries des premiers Cap\u00e9tiens\u00a0: fleurs de lys sur fond d\u2019azur, embl\u00e8me du roi de France vers 1130. Deux si\u00e8cles apr\u00e8s, le bleu se retrouvait sur un tiers des blasons.<\/p>\n<p>Mais le \u00ab\u00a0sang bleu\u00a0\u00bb aurait une autre origine\u2026 plus originale. Les nobles se distinguent du peuple par bien des mani\u00e8res, la plus visible \u00e9tant la p\u00e2leur de leur peau\u00a0: ils n\u2019allaient pas au soleil et ne travaillaient pas la terre comme l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des paysans. Ayant la peau tr\u00e8s blanche, les veines (bleut\u00e9es) ressortaient.<\/p>\n<p>Au sommet de la hi\u00e9rarchie aristocratique, les Grands d\u2019Espagne sont les premiers au Moyen \u00c2ge a\u0300 se flatter de leur <em>sangre azul<\/em> (\u00ab\u00a0sang bleu\u00a0\u00bb). L\u2019expression se diffuse peu \u00e0 peu vers l\u2019Italie et Stendhal en voyage le remarque en 1817. Il lance l\u2019expression dans notre pays et depuis cette \u00e9poque, les nobles sont r\u00e9put\u00e9s avoir le \u00ab\u00a0sang bleu\u00a0\u00bb. Nous y reviendrons.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">ANCIEN<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9GIME<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vainqueur de gens et conqu\u00e9reur de terre, <br>Le plus vaillant qui onques fut en vie,<br>Chacun pour vous doit noir v\u00eatir et querre [chercher].<br>Pleurez, pleurez, fleur de la chevalerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"315\" class=\"cit-num\">315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eustache <span class=\"caps\">DESCHAMPS<\/span> (vers 1346-vers 1406), <em>Ballade sur le tr\u00e9pas de Bertrand Du Guesclin<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le noir est la couleur du deuil et de la mort \u2013 en France. En Inde et au Japon, on pleure ses morts en blanc, en Chine c\u2019est en rouge, en Iran en bleu\u2026<\/p>\n<p>Capitaine puis conn\u00e9table, Du Guesclin incarna en guerrier le sentiment patriotique naissant. D\u2019une laideur remarquable et d\u2019une brutalit\u00e9 qui fit la honte de sa famille, il gagna le respect de la noblesse par son courage, sa force et sa ruse, pour devenir le type du parfait chevalier, h\u00e9ros populaire dont po\u00e8mes et chansons c\u00e9l\u00e8brent les hauts faits. Cette ballade est l\u2019\u0153uvre la plus connue d\u2019Eustache Deschamps, po\u00e8te et premier auteur d\u2019un art po\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-3\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_3_citations.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Manger son pain blanc en premier.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Si tu manges ton pain blanc en premier, tu manges ton pain noir plus tard.\u00a0\u00bb<span id=\",\" class=\"cit-num\">,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">DUBOIS<\/span>, dit <span class=\"caps\">CR\u00c9TIN<\/span> (1460-1525),<em> Chroniques Fran\u00e7aises<\/em> (1515-1516)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme d\u2019\u00c9glise, po\u00e8te et rh\u00e9teur, on lui doit la premi\u00e8re expression sur le pain blanc, devenue ensuite dicton\u00a0dans un pays o\u00f9 le pain repr\u00e9sente la base de l\u2019alimentation pour le peuple, gardant au fil de l\u2019histoire et jusqu\u2019\u00e0 nos jours une importance symbolique.<\/p>\n<p>Le pain \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine une chose gris\u00e2tre, faute d\u2019une farine blanche et d\u00e9barrass\u00e9e de ses impuret\u00e9s comme aujourd\u2019hui. Mais quand le paysan ou l\u2019ouvrier pouvait avoir acc\u00e8s \u00e0 une farine plus propre et fine \u2013 g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la haute soci\u00e9t\u00e9 \u2013 il se faisait du pain plus clair que d\u2019ordinaire, pain \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb (bien loin de la blancheur actuelle) \u00e0 la qualit\u00e9 et au go\u00fbt r\u00e9put\u00e9s sup\u00e9rieurs. Du coup, les gens avaient tendance \u00e0 le manger en premier, se condamnant \u00e0 partager le moins bon plus tard.<\/p>\n<p>Cette vieille m\u00e9taphore a depuis longtemps quitt\u00e9 le four \u00e0 pain pour se g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 toutes les occasions o\u00f9 l\u2019on a commenc\u00e9 par faire les choses agr\u00e9ables \u2013 \u00ab\u00a0manger le pain blanc\u00a0\u00bb \u2013 sans savoir qu\u2019on devrait ensuite subir des d\u00e9sagr\u00e9ments divers \u2013 le \u00ab\u00a0pain noir\u00a0\u00bb appel\u00e9 aussi\u00a0 \u00ab\u00a0pain noir de l\u2019adversit\u00e9\u00a0\u00bb. L\u2019expression s\u2019emploie g\u00e9n\u00e9ralement a posteriori, quand une personne a profit\u00e9 de d\u2019une situation ais\u00e9e pour se trouve ensuite dans le besoin ou la peine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> <br>Vive ce roi vaillant\u00a0!<br>Ce diable \u00e0 quatre <br>A le triple talent<br>De boire et de se battre<br>Et d\u2019\u00eatre un Vert Galant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"605\" class=\"cit-num\">605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Vive Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em>, chanson anonyme. <em>Chansons populaires du pays de France<\/em> (1903), Jean-Baptiste Weckerlin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier couplet contemporain du roi. Au fil du temps, d\u2019autres s\u2019ajoutent, \u00e0 mesure qu\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> devient l\u2019un des mythes de l\u2019histoire de France. Au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle, le culte du Bon roi atteint son apog\u00e9e. <em>La Partie de chasse d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1774), pi\u00e8ce de Charles Coll\u00e9 qui reprend la chanson, fait un triomphe apr\u00e8s les foudres de la censure \u2013 la comparaison se faisant fatalement au d\u00e9savantage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> qui n\u2019est plus le Bien-Aim\u00e9, en fin de r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Quant au caract\u00e8re public des amours royales, il d\u00e9passe la m\u00e9diatisation qu\u2019en fait aujourd\u2019hui la presse <em>people<\/em>. Que ce soit pour applaudir ou m\u00e9dire, pour dire la v\u00e9rit\u00e9 ou r\u00e9pandre la rumeur, chansons et pamphlets (souvent anonymes) sont les premiers m\u00e9dias populaires. L\u2019amour des femmes est quand m\u00eame le point faible du Vert Galant. \u00c0 56 ans, il mettra en danger la paix du royaume pour litt\u00e9ralement courir apr\u00e8s sa derni\u00e8re ma\u00eetresse Charlotte Marguerite de Montmorency, \u00e2g\u00e9e de 15 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ralliez-vous \u00e0 mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l\u2019honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"616\" class=\"cit-num\">616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, avant la bataille d\u2019Ivry, 14\u00a0mars 1590. <em>Histoire universelle<\/em> (posthume), Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb entrera dans la l\u00e9gende et la commune de l\u2019Eure (pr\u00e8s de Chartres) prendra le nom d\u2019Ivry-la-Bataille. Les soldats semblent h\u00e9siter\u00a0: les troupes de la Ligue (ultra-catholique) command\u00e9es par le duc de Mayenne sont trois fois sup\u00e9rieures en hommes et en armes.<\/p>\n<p>Le roi va trouver les gestes et les mots qu\u2019il faut. Il plante un panache de plumes blanches sur son casque et harangue ses troupes\u00a0: \u00ab\u00a0Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les n\u00f4tres\u00a0! Voici votre roi\u00a0! Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j\u2019aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir\u2026\u00a0\u00bb Et le roi charge en t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand une fois j\u2019ai pris ma r\u00e9solution, je vais droit \u00e0 mon but, je renverse tout, je fauche tout, et ensuite je couvre tout de ma robe rouge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"684\" class=\"cit-num\">684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Histoire du minist\u00e8re du cardinal de Richelieu<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span> (1816), Antoine Jay<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Michelet fait un saisissant portrait du \u00ab\u00a0sphinx \u00e0 robe rouge\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Que de contrastes en lui\u00a0! Si dur, si souple, si entier, si bris\u00e9\u00a0! Par combien de tortures doit-il avoir \u00e9t\u00e9 p\u00e9tri, form\u00e9 et d\u00e9form\u00e9, disons mieux, d\u00e9sarticul\u00e9, pour \u00eatre devenu cette chose \u00e9minemment artificielle qui marche sans marcher, qui avance sans qu\u2019il y paraisse et sans faire de bruit, comme glissant sur un tapis sourd, puis, arriv\u00e9, renverse tout. Il vous regarde du fond de son myst\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Myst\u00e8re en vertu de quoi l\u2019\u00ab\u00a0homme rouge\u00a0\u00bb est tr\u00e8s diversement jug\u00e9 par les contemporains comme par les historiens. Son<em> Testament politique<\/em> nous donne quelques pistes, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas enti\u00e8rement \u00e9crit de sa main et si le sphinx garde toujours quelques secrets.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-3\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_3_citations.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les couleurs dans la peinture, ce sont des leurres qui persuadent les yeux comme des vers dans la po\u00e9sie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">POUSSIN<\/span> (1594-1665), <em>Mesures de la c\u00e9l\u00e8bre statue de l\u2019Antino\u00fcs, suivies de quelques observations sur la peinture<\/em> (1672)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le peintre classique par excellence, sans doute le plus connu (et le mieux reconnu) en France comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. L\u2019essentiel de sa formation et de sa carri\u00e8re se passe \u00e0 Rome \u2013 v\u00e9ritable capitale artistique europ\u00e9enne. Mais son s\u00e9jour \u00e0 Paris (de 1640 \u00e0 1642) lui permet de rencontrer Richelieu qui lui passe commande pour son ch\u00e2teau parisien (le Palais Royal). Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> fait de m\u00eame. Poussin obtient le brevet de \u00ab\u00a0premier peintre ordinaire du roi\u00a0\u00bb et la direction g\u00e9n\u00e9rale de tous les ouvrages de peintures et d\u2019ornements pour l\u2019embellissement des maisons royales, avec 3 000 livres de gages.<\/p>\n<p>Certains autres peintres (classiques) du roi le critiquent et le jalousent \u2013 les bonnes places sont ch\u00e8res et le march\u00e9 de la peinture restera tr\u00e8s \u00e9troit durant deux si\u00e8cles. Cela affecte sa sant\u00e9 fragile et il retourne \u00e0 Rome pour une belle fin de carri\u00e8re. Il approfondit er raffine son classicisme \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Anciens, il \u00ab\u00a0rumine la mati\u00e8re\u00a0\u00bb, autrement dit il pense longuement au sujet \u00e0 traiter, r\u00e9alisant de nombreux dessins, travaillant parfois un an sur la toile. Sa cote augmente, il devient l\u2019un des peintres les plus c\u00e9l\u00e8bres de Rome et de son temps, les autres artistes chantent ses louanges de son vivant, appr\u00e9ciant autant le caract\u00e8re de l\u2019homme que la qualit\u00e9 de ses \u0153uvres. Sa main qui tremble maladivement freine malheureusement son activit\u00e9. Apr\u00e8s sa mort, il continue d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9 et admir\u00e9, notamment dans les collections royales et par l\u2019enseignement de l\u2019Acad\u00e9mie, car Poussin incarne la primaut\u00e9 du dessin sur la couleur \u2013 une histoire \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>Ce peintre tr\u00e8s classique va pourtant influencer les artistes modernes\u00a0: apr\u00e8s C\u00e9zanne, les cubistes pour sa coh\u00e9rence plastique. Picasso \u00e9tude la composition du <em>Massacre des Innocents<\/em> et reprend dans ses dessins l\u2019attitude de certains personnages de femmes qu\u2019on retrouve dans <em>Guernica<\/em>, son tableau le plus connu\u2026 et exceptionnellement sans couleur\u00a0: \u00ab\u00a0Picasso utilise beaucoup le blanc, le noir et le gris dans les moments o\u00f9 il veut dire quelque chose de tr\u00e8s important et o\u00f9 il ne veut pas perdre son temps dans la couleur\u00a0\u00bb, selon Carmen Gim\u00e9nez, administratrice du mus\u00e9e Reina Sof\u00eda qui expos\u00e9 <em>Guernica<\/em> depuis 1981.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fonction de la couleur est de satisfaire les yeux tandis que le dessin satisfait l\u2019esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BRUN<\/span> (1619-1690), <em>Discours, Sentiments sur le discours du m\u00e9rite de la couleur<\/em>, 9 janvier 1672<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0querelle du coloris\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0querelle des poussinistes et des rub\u00e9nistes\u00a0\u00bb est une forme de d\u00e9bat esth\u00e9tique dont l\u2019\u00e9lite cultiv\u00e9e raffole en France, opposant la plupart du temps les Anciens aux Modernes et n\u2019emp\u00eachant pas les auteurs ou artistes de cr\u00e9er en fonction de leur talent ou de leur g\u00e9nie. Sauf que\u2026 l\u2019Acad\u00e9mie fait quand m\u00eame la loi, surtout au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, aboutissant par d\u00e9finition \u00e0 un acad\u00e9misme contre lequel les nouveaux peintres du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle se r\u00e9volteront, \u00e0 commencer par les impressionnistes. En attendant, le m\u00e9c\u00e9nat et les commandes publiques d\u00e9pendent de l\u2019Acad\u00e9mie et les collectionneurs priv\u00e9s sont influenc\u00e9s par ses choix \u2013 le march\u00e9 de l\u2019art aura au moins le m\u00e9rite d\u2019\u00e9largir la client\u00e8le, la diversit\u00e9 des courants esth\u00e9tiques et le nombre des cr\u00e9ateurs vivant de leur m\u00e9tier.<\/p>\n<p>En 1672, cette d\u00e9claration de Le Brun, peintre tr\u00e8s classique et directeur de l\u2019Acad\u00e9mie royale de peinture et de sculpture (cr\u00e9\u00e9e en 1648) tente d\u2019apaiser le conflit, m\u00eame s\u2019il est personnellement plus favorable au dessin, l\u2019essentiel de ce qu\u2019enseigne cette institution.<\/p>\n<p>Cette histoire de l\u2019art fait naturellement partie de l\u2019histoire de France, au m\u00eame titre que les batailles militaires et les institutions politiques. Elle en est m\u00eame le plus fid\u00e8le reflet, la \u00ab\u00a0peinture d\u2019histoire\u00a0\u00bb arrivant en t\u00eate dans la hi\u00e9rarchie des genres, cens\u00e9e demander aux artistes un plus grand effort intellectuel de connaissance, d\u2019interpr\u00e9tation et de composition. Juste apr\u00e8s, le portrait \u2013 qui vaut aussi t\u00e9moignage historique. Moins \u00ab\u00a0noble\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0peinture de genre\u00a0\u00bb (sc\u00e8ne de la vie quotidienne), puis la peinture de paysage, la peinture animali\u00e8re et la nature morte.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0f\u00eates galantes\u00a0\u00bb seront un genre nouveau, sp\u00e9cialement cr\u00e9\u00e9 pour le g\u00e9nie de Watteau admis \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie en 1717, avec son <em>P\u00e8lerinage \u00e0 l\u2019\u00eele de Cyth\u00e8re<\/em>. C\u2019est la victoire des coloristes\u00a0! Le d\u00e9bat rebondira jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, le romantisme de Delacroix, g\u00e9nie passionn\u00e9ment coloriste, s\u2019opposant au classicisme d\u2019Ingres, dessinateur de g\u00e9nie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Selon que vous serez puissant ou mis\u00e9rable<br>Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"842\" class=\"cit-num\">842<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables, Les Animaux malades de la peste<\/em> (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Expression toujours valable, si la r\u00e9alit\u00e9 ne l\u2019est plus \u2013 l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la justice sera l\u2019un des acquis majeurs de la R\u00e9volution. Notons que La Fontaine se sert \u00ab\u00a0d\u2019animaux pour instruire les hommes\u00a0\u00bb, mais aussi pour faire une satire de son \u00e9poque, comme Moli\u00e8re et La Bruy\u00e8re.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-4\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_4.jpg\" width=\"200\" height=\"268\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un cardinal\u00a0? C\u2019est un pr\u00eatre habill\u00e9 de rouge qui a cent mille \u00e9cus du roi, pour se moquer de lui au nom du pape.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"960\" class=\"cit-num\">960<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0rouge cardinal\u00a0\u00bb est un rouge soutenu dont le nom \u00e9voque justement la robe port\u00e9e par les cardinaux de l\u2019\u00c9glise catholique. L\u2019expression s\u2019emploie toujours pour les fleurs et dans la mode, depuis le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Quant \u00e0 l\u2019humour de Chamfort, il est typique du si\u00e8cle de Voltaire qui prend la libert\u00e9 de se moquer du clerg\u00e9.<\/p>\n<p>Le clerg\u00e9 reste l\u2019un des fondements de l\u2019Ancien R\u00e9gime et sans doute le plus profond\u00e9ment loyaliste. Mais la religion est contest\u00e9e dans son ensemble, \u00e9branl\u00e9e par la philosophie nouvelle et d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e par diverses pratiques et querelles, cependant que le haut clerg\u00e9 (tous les \u00e9v\u00eaques sont nobles apr\u00e8s 1760) a des pr\u00e9occupations plus la\u00efques que religieuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme, blanc en Europe, noir en Afrique, jaune en Asie, et rouge en Am\u00e9rique, n\u2019est que le m\u00eame homme teint de la couleur du climat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BUFFON<\/span> (1707-1788), <em>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em>, tome V (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encyclop\u00e9diste des Lumi\u00e8res, mais dans le domaine des sciences de la nature o\u00f9 il est v\u00e9ritablement pionnier. Cette affirmation (quelque peu na\u00efve) d\u00e9cr\u00e9dibilise les th\u00e9ories raciales, souvent sources de racisme. Elle sera reprise sous d\u2019autres formes au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se sert des couleurs, mais on peint avec le sentiment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARDIN<\/span> (1699-1779), <em>Chardin<\/em>, biographie d\u2019\u00c9tienne Jollet (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La peinture est naturellement l\u2019art d\u2019utiliser les couleurs et l\u2019occasion d\u2019en parler \u00e0 l\u2019infini \u2013 notons au passage que les peintres ont aussi l\u2019art du mot et s\u2019expriment de mani\u00e8re aussi claire qu\u2019originale sur leur passion dont ils ont fait m\u00e9tier. Cette r\u00e9flexion va se retrouver au cours du d\u00e9bat esth\u00e9tique et n\u00e9anmoins violent qui oppose durant deux si\u00e8cles les d\u00e9fenseurs (classiques) du dessin aux promoteurs (de plus en plus r\u00e9volutionnaires) de la couleur.<\/p>\n<p>Reconnu aujourd\u2019hui comme l\u2019un des plus grands peintres europ\u00e9ens du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res (philosophiques), Jean Sim\u00e9on Chardin devient acad\u00e9micien \u00ab\u00a0dans le talent des animaux et des fruits\u00a0\u00bb, autrement dit le niveau inf\u00e9rieur de la hi\u00e9rarchie des genres reconnus \u2013 la \u00ab\u00a0peinture d\u2019histoire\u00a0\u00bb \u00e9tant la cat\u00e9gorie reine. Mais ses clients fortun\u00e9s savent appr\u00e9cier son art. Le \u00ab\u00a0Bonhomme Chardin\u00a0\u00bb reste surtout pour ses portraits, ses natures mortes et ses pastels \u2013 avec une utilisation originale et d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s libre des couleurs, et des audaces qui pr\u00e9figurent l\u2019impressionnisme du si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 Chardin\u00a0! Ce n\u2019est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette\u00a0: c\u2019est la substance m\u00eame des objets, c\u2019est l\u2019air et la lumi\u00e8re que tu prends \u00e0 la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile.\u00a0\u00bb<span id=\"\u201e,\" class=\"cit-num\">\u201e,<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DIDEROT<\/span> (1713-1784), Salon de 1763<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe des Lumi\u00e8res tr\u00e8s libre d\u2019esprit, c\u2019est aussi un critique d\u2019art passionn\u00e9 (comme Baudelaire au si\u00e8cle suivant) qui s\u2019exprime devant un sujet apparemment modeste\u00a0: <em>Le Bocal d\u2019olives<\/em> sign\u00e9 Chardin.<\/p>\n<p>Il est tout \u00e0 fait logique que l\u2019admiration de Diderot vise l\u2019utilisation (d\u00e9j\u00e0) r\u00e9volutionnaire des couleurs\u00a0: \u00ab\u00a0On n\u2019entend rien \u00e0 cette magie. Ce sont des couches \u00e9paisses de couleur appliqu\u00e9es les unes aux autres et dont l\u2019effet transpire de dessous en dessus. D\u2019autres fois, on dirait que c\u2019est une vapeur qu\u2019on a souffl\u00e9e sur la toile\u00a0; ailleurs une \u00e9cume l\u00e9g\u00e8re qu\u2019on y a jet\u00e9e. Rubens, Berghem, Greuze vous expliqueraient ce faire bien mieux que moi\u00a0; tous en feront sentir l\u2019effet \u00e0 vos yeux. Approchez-vous, tout se brouille, s\u2019aplatit et dispara\u00eet\u00a0; \u00e9loignez-vous, tout se cr\u00e9e et se reproduit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On ne saurait mieux d\u00e9crire avec des mots le choc de l\u2019image.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions vingt ou trente <br>Brigands dans une bande,<br>Tous habill\u00e9s de blanc, <br>\u00c0 la mode des\u2026 <br>Vous m\u2019entendez\u00a0?<br>Tous habill\u00e9s de blanc <br>\u00c0 la mode des marchands.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1137\" class=\"cit-num\">1137<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Complainte de Mandrin<\/em> (1755), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur est anonyme, mais le texte semble bien dat\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e de sa mort. Tout est fait pour rendre le bandit Mandrin sympathique, humain, proche du peuple.<\/p>\n<p>Depuis le Moyen \u00c2ge, chaque cat\u00e9gorie sociale se distingue par ses v\u00eatements\u00a0et par leur couleur. Les nobles portent des couleurs vives et chatoyantes \u2013 les teintures sont tr\u00e8s co\u00fbteuses et flatteuses pour mieux se distinguer. Le peuple est forc\u00e9 \u00e0 plus de modestie, le bourgeois (sauf particuli\u00e8rement riche) ne se distingue pas davantage. Quant au bandit, il n\u2019a pas non plus int\u00e9r\u00eat de se faire remarquer.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La premi\u00e8re volerie\u00a0\/ Que je fis dans ma vie\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9,\u00a0\/ La bourse d\u2019un\u2026\u00a0\/ Vous m\u2019entendez\u00a0?\u00a0\/ C\u2019est d\u2019avoir goupill\u00e9\u00a0\/ La bourse d\u2019un cur\u00e9\u2026\u00a0\u00bb Un couplet le fait mourir pendu, sur la place du march\u00e9. Petite erreur historique. Mais le personnage entre v\u00e9ritablement dans la l\u00e9gende et y demeure, avec la complicit\u00e9 de chanteurs populaires comme Yves Montand\u00a0: \u00ab\u00a0Compagnons de mis\u00e8re,\u00a0\/ Allez dire \u00e0 ma m\u00e8re,\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant, vous m\u2019entendez\u2026\u00a0\/ Qu\u2019elle ne me reverra plus,\u00a0\/ J\u2019suis un enfant perdu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-5\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_5.jpg\" width=\"200\" height=\"269\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">R\u00c9VOLUTION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cocarde va surtout faire carri\u00e8re dans notre Histoire\u00a0!<\/p>\n<p>Rappelons le r\u00f4le du tr\u00e8s populaire \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 19\u00a0ans, il s\u2019engage personnellement et financi\u00e8rement dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00ab\u00a0Insurgents\u00a0\u00bb contre l\u2019Angleterre \u2013 et contre la politique \u00e9trang\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Le Congr\u00e8s des jeunes \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique le fait citoyen d\u2019honneur en 1781. La France des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9volution y a gagn\u00e9 un alli\u00e9 pour les si\u00e8cles \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 commandant de la garde nationale le lendemain de la prise de la Bastille (15 juillet), La Fayette fait un geste v\u00e9ritablement historique et lourd de symboles\u00a0: il prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par cet autre geste \u00e9galement symbolique, il reconna\u00eet la R\u00e9volution. Mais ce geste est sans lendemain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, avec la cocarde,<br>Aux tyrans, foutre malheur\u00a0;<br>Puis, allons \u00e0 l\u2019accolade,<br>Foutons-nous l\u00e0 de bon c\u0153ur.<br>Au diable toutes les fronti\u00e8res<br>Qui nous tenaient d\u00e9sunis,<br>Foutre, il n\u2019est point de barri\u00e8res<br>Sur la terre des amis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1454\" class=\"cit-num\">1454<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le R\u00e9veil du P\u00e8re Duchesne<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un couplet bien dans le ton du <em>P\u00e8re Duchesne<\/em>, l\u2019un des journaux les plus populaires de l\u2019\u00e9poque, distribu\u00e9 aux arm\u00e9es pour \u00e9veiller la conscience politique des soldats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis de la couleur de ceux qu\u2019on pers\u00e9cute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1395\" class=\"cit-num\">1395<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TOUSSAINT<\/span> <span class=\"caps\">LOUVERTURE<\/span> (1743-1803). <em>Toussaint Louverture<\/em> (1850), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le h\u00e9ros de ce po\u00e8me dramatique en cinq actes et en vers. La couleur de la peau, associ\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb, renvoie naturellement au racisme, une longue histoire qui n\u2019en finit pas de finir.<\/p>\n<p>La nuit du 22 au 23\u00a0ao\u00fbt 1791, Fran\u00e7ois Toussaint prend la t\u00eate de la r\u00e9volte des Noirs \u00e0 Saint-Domingue, colonie des Antilles (\u00eele d\u2019Ha\u00efti). Rest\u00e9s esclaves apr\u00e8s le timide d\u00e9cret du 13\u00a0mai, ils veulent les m\u00eames droits que les citoyens blancs. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, les colons s\u2019effraient du droit de vote donn\u00e9 aux mul\u00e2tres. L\u2019insurrection aboutit \u00e0 des massacres entre Blancs et Noirs, sucreries et plantations de caf\u00e9 sont d\u00e9vast\u00e9es.<\/p>\n<p>Les planteurs vont demander secours \u00e0 l\u2019Espagne et l\u2019Angleterre, mais Toussaint se rallie \u00e0 la R\u00e9volution quand le gouvernement fran\u00e7ais abolit l\u2019esclavage en 1794.<\/p>\n<p>Son courage lui vaudra le surnom de Louverture, celui qui ouvre et enfonce les br\u00e8ches dans les troupes adverses\u00a0! Il devient gouverneur de la colonie prosp\u00e8re, les anciens esclaves travaillant comme salari\u00e9s dans les plantations. Il proclame l\u2019autonomie de l\u2019\u00eele en 1801. Mais Bonaparte enverra 25\u00a0000 hommes contre Toussaint qui mourra (de froid) en captif, dans le Jura. L\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Ha\u00efti, premier \u00c9tat noir ind\u00e9pendant en 1804, est la victoire posthume de ce grand leader noir. Et le 23\u00a0ao\u00fbt est devenu \u00ab\u00a0Journ\u00e9e internationale du souvenir de la traite n\u00e9gri\u00e8re et de son abolition\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pays, Patrie, ces deux mots r\u00e9sument toute la guerre de Vend\u00e9e, querelle de l\u2019id\u00e9e locale contre l\u2019id\u00e9e universelle, paysans contre patriotes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1489\" class=\"cit-num\">1489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les insurg\u00e9s vend\u00e9ens (les <strong>Blancs<\/strong>) vont r\u00e9unir jusqu\u2019\u00e0 40\u00a0000 hommes et remporter plusieurs victoires contre les patriotes (les <strong>Bleus<\/strong>) en ce printemps 1793, avant d\u2019\u00e9chouer devant Nantes (29\u00a0juin).<\/p>\n<p>Dernier roman historique situ\u00e9 en 1793, ann\u00e9e charni\u00e8re et riche en \u00e9v\u00e9nements, il met en sc\u00e8ne trois personnages\u00a0: un pr\u00eatre r\u00e9volutionnaire, un aristocrate royaliste et vend\u00e9en, et son petit-neveu ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution. Ce choc des extr\u00eames rappelle la Commune (1871) et ses drames v\u00e9cus par Hugo. Les guerres civiles se suivent et se ressemblent tragiquement.<\/p>\n<p>La Convention envoie des troupes r\u00e9publicaines d\u00e8s juillet, mais les grands combats suivis de massacres seront organis\u00e9s sous la Terreur, \u00e0 partir d\u2019octobre. Au total, la guerre de Vend\u00e9e et la guerre des Chouans (m\u00eames causes, m\u00eames effets, en Bretagne et Normandie) feront quelque 600\u00a0000 morts, dont 210\u00a0000 civils ex\u00e9cut\u00e9s, 300\u00a0000 morts de faim et de froid (100\u00a0000 enfants). Ce g\u00e9nocide (mot employ\u00e9 par certains historiens) est, sans conteste, le plus lourd bilan \u00e0 porter au passif de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les yeux verts, le teint p\u00e2le, habit nankin ray\u00e9 vert, gilet blanc ray\u00e9 bleu, cravate blanche ray\u00e9e rouge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">G\u00c9RARD<\/span> (1770-1837), note au bas d\u2019un croquis rehauss\u00e9 d\u2019aquarelle de <span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (mus\u00e9e Carnavalet de Paris)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peintre d\u2019histoire (cat\u00e9gorie reine) et portraitiste connu, \u00e9l\u00e8ve de David, il a r\u00e9alis\u00e9 une esquisse du nouveau \u00ab\u00a0ma\u00eetre de la France\u00a0\u00bb durant une s\u00e9ance de la Convention. Ce m\u00e9lange original et d\u00e9licat des couleurs refl\u00e8te l\u2019\u00e9l\u00e9gance l\u00e9gendaire du personnage qui parle toujours au nom du Peuple et incarne la Terreur, avant le coup d\u2019\u00c9tat de Thermidor qui va y mettre fin le 27 juillet 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du pain et la Constitution de 1793\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1619\" class=\"cit-num\">1619<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots d\u2019ordre cri\u00e9s par le peuple envahissant la Convention, 20\u00a0mai 1795, pr\u00e9lude \u00e0 la <span class=\"caps\">TERREUR<\/span> <span class=\"caps\">BLANCHE<\/span>. <em>Histoire de France, 1750-1995\u00a0: Monarchies et R\u00e9publiques<\/em> (1996), Ren\u00e9 Souriac, Patrick Cabanel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Seconde insurrection populaire\u00a0: journ\u00e9es des 1er, et 2 et 3 prairial an\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (20 au 22\u00a0mai 1795). Les m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets, la disette s\u2019aggrave \u00e0 Paris, la Constitution de 1793 reste suspendue, les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau se soul\u00e8vent, les insurg\u00e9s envahissent la Convention et massacrent le d\u00e9put\u00e9 F\u00e9raud. Encore une t\u00eate au bout d\u2019une pique\u00a0! On \u00e9vite de peu le bain de sang \u00e0 Paris, mais il s\u2019ensuit une r\u00e9action tr\u00e8s violente contre les terroristes r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>La Terreur blanche s\u00e9vit surtout dans le sud-est de la France\u00a0: les bandes royalistes pourchassent et massacrent Jacobins, r\u00e9publicains, pr\u00eatres constitutionnels, protestants, g\u00e9n\u00e9ralement avec la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s cherchant \u00e0 an\u00e9antir le terrorisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-6\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_6.jpg\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">L\u2019<span class=\"caps\">\u00c9POP\u00c9E<\/span> <span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ONIENNE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019est-ce pas que je suis de la poule blanche\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1714\" class=\"cit-num\">1714<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 sa m\u00e8re, apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, 24\u00a0d\u00e9cembre 1800. <em>Histoire de la France<\/em> (1986), Andr\u00e9 Bendjebbar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u00catre de la poule blanche\u00a0\u00bb est une expression corse qui signifie avoir de la chance et ce Corse fut toute sa vie tr\u00e8s superstitieux.<\/p>\n<p>C\u2019est miracle s\u2019il n\u2019est pas mort, ce soir de No\u00ebl 1800. Au passage de son carrosse, c\u2019est l\u2019explosion de la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb \u2013 tonneau de 200\u00a0livres de poudre et rempli de clous. L\u2019attentat fait 22 morts, une cinquantaine de bless\u00e9s, 46\u00a0maisons d\u00e9truites. Le fracas \u00e9branle tout le quartier Saint-Honor\u00e9\u2026 Le Premier Consul est indemne. Il dormait, \u00e9puis\u00e9, toujours prompt \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, avant d\u2019aller \u00e0 <em>La Cr\u00e9ation du monde<\/em> de Joseph Haydn \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra (alors place Louvois). Il se rendra d\u2019ailleurs au spectacle, sans se soucier de son \u00e9pouse Jos\u00e9phine (l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9e) dans une autre voiture du cort\u00e8ge, avec sa fille Hortense.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0octobre, et cette fois dans sa loge \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, il a \u00e9chapp\u00e9 de peu au couteau de cinq conjur\u00e9s \u2013 la \u00ab\u00a0conspiration des poignards\u00a0\u00bb. Bonaparte est persuad\u00e9 que cette s\u00e9rie d\u2019attentats contre sa personne est l\u2019\u0153uvre des Jacobins. Mais Fouch\u00e9 a d\u2019autres informations et le ministre de la Police est toujours bien inform\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> Recueil de pi\u00e8ces authentiques sur le captif de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, de m\u00e9moires et documents \u00e9crits par l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1821-1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur annonce litt\u00e9ralement la couleur d\u00e8s le premier jour, se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement \u00e0 tous les ennemis de la France\u00a0! Arborez cette <strong>cocarde tricolore<\/strong>\u00a0; vous la portiez dans nos grandes journ\u00e9es [\u2026] Reprenez ces aigles que vous aviez \u00e0 Ulm, \u00e0 Austerlitz, \u00e0 I\u00e9na.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations, et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence le vol de l\u2019Aigle, sur la route Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats du 5e, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi. S\u2019il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voil\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1932\" class=\"cit-num\">1932<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) ouvrant sa redingote grise et montrant sa poitrine nue aux soldats venus l\u2019arr\u00eater, 7\u00a0mars 1815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00e0 Laffrey, pr\u00e8s de Grenoble. L\u2019officier fid\u00e8le au roi a cri\u00e9 \u00ab\u00a0Feu\u00a0!\u00a0\u00bb \u00e0 ses hommes, Napol\u00e9on a eu ce geste, ce mot. Aucun ne tire, le cri de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9pond \u00e0 sa voix. Tous les soldats jettent les cocardes <strong>blanches<\/strong> et remettent les<strong> cocardes tricolores<\/strong> remis\u00e9es dans leur sac il y a un an. Tous se rallient \u00e0 l\u2019empereur, dans la \u00ab\u00a0prairie de la Rencontre\u00a0\u00bb\u00a0: Stendhal raconte la sc\u00e8ne, Steuben (artiste allemand) la peint et l\u2019immortalise.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.histoire-en-citations.fr\/boutique\/volume-7\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/tome_7.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span> <span class=\"caps\">AU<\/span> <span class=\"caps\">SECOND<\/span> <span class=\"caps\">EMPIRE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les femmes de la haute noblesse affectent de parler du nez. J\u2019ai entendu l\u2019une d\u2019elles dire d\u2019une autre femme\u00a0: <em>A-t-elle du sang bleu\u00a0?<\/em> ce qui veut dire\u00a0: <em>Est-elle vraiment noble\u00a0?<\/em> et j\u2019ai eu la sottise de rire aux \u00e9clats (sang bleu se prononce de m\u00eame en milanais et en fran\u00e7ais).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842), <em>Rome, Naples et Florence\u2026<\/em> (\u0152uvres compl\u00e8tes, volume 10)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entr\u00e9 avec des relations mais sans vocation au minist\u00e8re de la Guerre sous le Consulat, il est envoy\u00e9 en mission \u00e0 Milan\u00a0en 1800\u00a0: premier coup de foudre pour l\u2019Italie. Avec la musique et la peinture, ces trois passions vont donner sens \u00e0 sa vie. Perdant son emploi \u00e0 la chute de l\u2019Empire, il retourne dans ce pays qui le fascine, \u00e9crivant ce journal de voyage vibrant de ses sensations artistiques plus que touristiques.<\/p>\n<p>Il note cette anecdote dat\u00e9e de 1817 \u00e0 Milan, \u00ab\u00a0le plus beau lieu de la terre.\u00a0\u00bb Tout lui fait bonheur et profit dans cette ville, les mus\u00e9es, les monuments, les femmes et la Scala, temple de l\u2019op\u00e9ra\u00a0! Il introduit ensuite dans les salons parisiens la locution haute en couleur. Il la reprend dans un prochain roman\u00a0: \u00ab\u00a0Je montais les chevaux de l\u2019homme d\u2019affaires, qui voulait bien le souffrir par respect pour mon sang bleu, mais il commen\u00e7ait \u00e0 trouver mon s\u00e9jour un peu long\u00a0; mon p\u00e8re m\u2019avait assign\u00e9 une pension de douze cents francs, et se croyait damn\u00e9 de donner du pain \u00e0 un jacobin.\u00a0\u00bb <em>La Chartreuse de Parme<\/em>, 1839.<\/p>\n<p>Hector Malot \u00e9crit<em> Le Sang bleu<\/em> qui fait explicitement r\u00e9f\u00e9rence aux nobles dont la peau blanche et fine laissait voir le bleu des veines. Avec ce roman, il s\u2019agit pour lui de contribuer \u00e0 ce que Mona Ozouf d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0le lent travail de transaction entre les deux France, celle de la tradition, celle de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb entrepris par les \u00e9crivains du si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Rouge et le Noir\u00a0\u00bb (1830)<span id=\":\" class=\"cit-num\">:<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842). Le plus connu de ses romans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le titre original \u00e9tait <em>Julien<\/em>, mais Stendhal l\u2019a remplac\u00e9 par <em>Le Rouge et le Noir<\/em> qui para\u00eet toujours \u00e9nigmatique. L\u2019auteur n\u2019a pas donn\u00e9 d\u2019explication, d\u2019o\u00f9 diverses interpr\u00e9tations. Voici la plus courante.<\/p>\n<p>Le rouge symbolise l\u2019arm\u00e9e et le noir le clerg\u00e9. Le h\u00e9ros, Julien Sorel, h\u00e9site tout le temps entre l\u2019arm\u00e9e et sa passion pour Napol\u00e9on ou le clerg\u00e9 qui lui a permis de faire ses \u00e9tudes et favoris\u00e9 son ascension sociale. Selon le critique litt\u00e9raire Paul-\u00c9mile Daurand-Forgues, Stendhal a bien donn\u00e9 cette explication \u00e0 ses amis\u00a0: \u00ab\u00a0Le rouge signifie que, venu plus t\u00f4t, Julien, le h\u00e9ros du livre, e\u00fbt \u00e9t\u00e9 soldat\u00a0; mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il v\u00e9cut, il fut forc\u00e9 de prendre la soutane.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notons que l\u2019auteur aime titrer ses romans avec des noms de couleurs\u00a0: <em>Le Rouge et le Noir, Le Rose et le Vert, Lucien Leuwen<\/em> (<em>Le Rouge et le Blanc<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te a pris rang de h\u00e9ros politique et populaire. Son lyrisme fait merveille, aux grandes heures du si\u00e8cle romantique.<\/p>\n<p>La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, il a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville. Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier voit juste, certes aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire d\u00e9clare que la nation adopte les trois couleurs dispos\u00e9es comme elles l\u2019\u00e9taient pendant la R\u00e9publique. Ce drapeau portera ces mots\u00a0: R\u00e9publique fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2149\" class=\"cit-num\">2149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gouvernement provisoire, D\u00e9cret du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848\u00a0: Gouvernement provisoire<\/em> (1862), Louis-Antoine Garnier-Pag\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement provisoire pense \u00e0 tout et va prendre une s\u00e9rie de mesures dans les premiers jours\u00a0: de la proclamation de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019abolition des titres de noblesse, en passant par une r\u00e9forme d\u00e9mocratique de la garde nationale, la dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, la proclamation du suffrage universel et l\u2019annonce de l\u2019\u00e9lection prochaine d\u2019une Assembl\u00e9e constituante, la reconnaissance de toutes les libert\u00e9s d\u2019expression (presse, th\u00e9\u00e2tre, clubs), l\u2019abolition de la peine de mort en mati\u00e8re politique, la limitation de la journ\u00e9e de travail (dix\u00a0heures \u00e0 Paris, onze\u00a0heures en province), etc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2173\" class=\"cit-num\">2173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Flaubert rejette ici dos \u00e0 dos le bourgeois et le peuple.<\/p>\n<p>Les repr\u00e9sailles ont suivi les combats. Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie. Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont peu \u00e0 peu se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La couleur ajoute des ornements \u00e0 la peinture, mais elle n\u2019en est que la dame d\u2019atour, puisqu\u2019elle ne fait que rendre plus aimables les v\u00e9ritables perfections de l\u2019art.\u00a0\u00bb<span id=\";\" class=\"cit-num\">;<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Auguste Dominique <span class=\"caps\">INGRES<\/span> (1780-1867) Notes et pens\u00e9es extraites d\u2019un article d\u2019Henri Delaborde, paru dans la<em> Gazette des beaux-arts<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 23 ans, l\u2019\u00e9l\u00e8ve de l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts a l\u2019insigne honneur de peindre <em>Bonaparte, Premier consul<\/em> (1804). La commande vient du nouveau ma\u00eetre de la France en personne, mais il n\u2019a pas le temps de poser. Ingres devra s\u2019inspirer d\u2019un tableau d\u2019Antoine-Jean Gros, comme lui dans la classe de David, le plus c\u00e9l\u00e8bre peintre de l\u2019\u00e9cole n\u00e9o-classique.<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, c\u2019est <em>Napol\u00e9on Ier sur le tr\u00f4ne imp\u00e9rial<\/em> (1806) en costume de sacre, assis sur le tr\u00f4ne imp\u00e9rial. Tous les codes de cette peinture d\u2019histoire tr\u00e8s acad\u00e9mique sont au rendez-vous (sceptre, main de justice, couronne de lauriers, abeilles d\u2019or, grand collier de la L\u00e9gion d\u2019honneur\u2026), avec la pr\u00e9cision quasi hyper r\u00e9aliste des moindres d\u00e9tails et la dominante du rouge imp\u00e9rial.<\/p>\n<p>Sa carri\u00e8re est bien lanc\u00e9e, il multiplie les portraits de commande, il d\u00e9couvre Rome, la peinture de Rapha\u00ebl et le <em>Quattrocento<\/em> (contraction de \u00ab\u00a0<em>millequattrocento\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, le <span class=\"caps\">XV<\/span>e si\u00e8cle de la Renaissance italienne). Il en reste marqu\u00e9 \u00e0 jamais, comme peintre et comme enseignant. Son originalit\u00e9 s\u2019exercera dans ses nus f\u00e9minins, toujours fascinants et r\u00e9pondant \u00e0 ce pr\u00e9cepte\u00a0: \u00ab\u00a0Dessiner ne veut pas dire simplement reproduire des contours\u00a0; le dessin ne consiste pas uniquement dans le trait. Le dessin, c\u2019est encore l\u2019expression, la forme int\u00e9rieure, le plan, le model\u00e9. Voyez ce qui reste apr\u00e8s cela\u00a0! Le dessin comprend les trois quarts et demi de ce qui constitue la peinture. Si j\u2019avais \u00e0 mettre une enseigne au-dessus de ma porte, j\u2019\u00e9crirais\u00a0: \u00c9cole de dessin, et je suis s\u00fbr que je ferais des peintres (\u2026) Les grands peintres, comme Rapha\u00ebl et Michel-Ange, ont insist\u00e9 sur le trait en finissant. Ils l\u2019ont redit avec un pinceau fin, ils ont ainsi ranim\u00e9 le contour\u00a0; ils ont imprim\u00e9 \u00e0 leur dessin le nerf et la rage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer sa pens\u00e9e th\u00e9oris\u00e9e \u00e0 l\u2019envi, nul besoin d\u2019\u00e9tudier la nature, il suffit d\u2019\u00e9tudier les Anciens, les ma\u00eetres du dessin qui prime logiquement sur la couleur\u00a0: ils <span class=\"caps\">SONT<\/span> la nature et peuplent le mus\u00e9e personnel, pour ne pas dire le Panth\u00e9on d\u2019Ingres, \u00e0 l\u2019exclusion des autres artistes qui se veulent coloristes\u00a0: \u00ab\u00a0Il est sans exemple qu\u2019un grand dessinateur n\u2019ait pas eu le coloris qui convenait exactement aux caract\u00e8res de son dessin. Aux yeux de beaucoup de personne, Rapha\u00ebl n\u2019a pas color\u00e9. Il n\u2019a pas color\u00e9 comme Rubens et Van Dyck\u00a0: parbleu, je le crois bien\u00a0! Il s\u2019en serait bien, gard\u00e9\u00a0: Rubens et Van Dyck peuvent plaire au regard, mais ils le trompent\u00a0; ils sont d\u2019une mauvaise \u00e9cole, coloriste, de l\u2019\u00e9cole du mensonge. Titien, voil\u00e0 la couleur vraie, voil\u00e0 la nature sans exag\u00e9ration, sans \u00e9clat forc\u00e9\u00a0! c\u2019est juste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On a reproch\u00e9 \u00e0 Ingres cette exigence qui devient intol\u00e9rance, mais elle exprime avant tout sa passion artistique\u00a0: \u00ab\u00a0Oui sans doute Rubens est un grand peintre, mais c\u2019est ce grand peintre qui a tout perdu. Chez Rubens il y a du boucher\u00a0; il y a avant tout de la chair fra\u00eeche dans sa pens\u00e9e et de l\u2019\u00e9tal dans sa mise en sc\u00e8ne.\u00a0\u00bb On ne saurait \u00eatre plus r\u00e9aliste.<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre est toujours formel\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates mes \u00e9l\u00e8ves\u00a0; par cons\u00e9quent mes amis, et, comme tels, vous ne salueriez pas un de mes ennemis, s\u2019il venait \u00e0 passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous dans la rue. D\u00e9tournez-vous donc de Rubens dans les mus\u00e9es o\u00f9 vous le rencontrerez\u00a0; car si vous l\u2019abordez, pour s\u00fbr il vous dira du mal de mes enseignements et de moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tr\u00e8s pr\u00e9sent dans les mus\u00e9es, Ingres s\u2019oppose \u00e0 Delacroix, l\u2019autre grand pilier de la peinture fran\u00e7aise. Avec eux, deux conceptions de la peinture s\u2019affrontent\u00a0: le <em>disegno<\/em> (dessin) et l\u2019effacement de l\u2019artiste derri\u00e8re le sujet pour les (n\u00e9o)classiques, le <em>colorito<\/em> (couleur) et l\u2019affirmation de l\u2019expression et de la touche individuelle pour les romantiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La couleur est par excellence la partie de l\u2019art qui d\u00e9tient le don magique. Alors que le sujet, la forme, la ligne s\u2019adressent d\u2019abord \u00e0 la pens\u00e9e, la couleur n\u2019a aucun sens pour l\u2019intelligence, mais elle a tous les pouvoirs sur la sensibilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"22\" class=\"cit-num\">22<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">DELACROIX<\/span> (1798-1863), <em>Journal<\/em>, 2 janvier 1853<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Delacroix reste c\u00e9l\u00e8bre pour une \u00ab\u00a0peinture d\u2019histoire\u00a0\u00bb, mais sa <em>Libert\u00e9 guidant le peuple<\/em> (1830) n\u2019a rien d\u2019acad\u00e9mique ni de classique\u00a0! Elle devient l\u2019\u00e9tendard du romantisme, divise les critiques et d\u00e9cha\u00eene les passions, au Salon officiel de 1831. Elle c\u00e9l\u00e8bre les Trois Glorieuses journ\u00e9es des 27, 28 et 29 juillet 1830, le soul\u00e8vement du peuple parisien qui met fin \u00e0 la Restauration. Liant all\u00e9gorie antique et repr\u00e9sentation contemporaine, le lyrisme et la violence de cette \u0153uvre magistrale surprennent le public. Une jeune femme \u00e0 la poitrine nue, coiff\u00e9e du bonnet phrygien, tenant un drapeau tricolore figure La Libert\u00e9. Elle marche arm\u00e9e, accompagn\u00e9e d\u2019un enfant des rues brandissant des pistolets (il inspira peut-\u00eatre son Gavroche \u00e0 Victor Hugo ).<\/p>\n<p>L\u2019image du peuple combattant divise la critique. Delescluze parle de \u00ab\u00a0ce tableau peint avec verve, color\u00e9 dans plusieurs de ses parties avec un rare talent\u00a0\u00bb (<em>Journal des d\u00e9bats<\/em> du 7 mai 1831). Mais pour le <em>Journal des artistes<\/em> du 8 mai\u00a0: \u00ab\u00a0M. Delacroix a peint notre belle r\u00e9volution avec de la boue.\u00a0\u00bb D\u2019autres critiques trouvent inacceptable la figure de la Libert\u00e9, qu\u2019ils qualifient de \u00ab\u00a0poissarde, fille publique, faubourienne\u00a0\u00bb. Son r\u00e9alisme d\u00e9range\u00a0: la nudit\u00e9 de son torse, la pilosit\u00e9 des aisselles. Les d\u00e9tails morbides, les repr\u00e9sentations sans concession du sale choquent les partisans d\u2019un nouveau r\u00e9gime qui souhaite apaiser les classes populaires et donner une image id\u00e9alis\u00e9e des combats.<\/p>\n<p>Louis-Philippe en fait pourtant l\u2019acquisition en octobre, pour 3 000 francs, l\u2019expose au mus\u00e9e Royal (palais du Luxembourg), puis \u00e0 Versailles. L\u2019ann\u00e9e suivante, les massacres par la police des manifestants de la rue Transnonain \u00e0 Paris, rendent difficile l\u2019exposition du tableau des Barricades. Il est rendu \u00e0 l\u2019artiste\u00a0!<\/p>\n<p>La premi\u00e8re Exposition universelle \u00e0 Paris en 1855, souhait\u00e9e par l\u2019empereur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, est l\u2019occasion d\u2019une belle reconnaissance pour Delacroix. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Ingres et d\u2019Horace Vernet, il est au Palais des beaux-arts, avenue Montaigne. Une exposition particuli\u00e8re, r\u00e9unissant plus de trente de ses \u0153uvres qu\u2019il a choisies, lui est d\u00e9di\u00e9e. Delacroix est ainsi d\u00e9sign\u00e9 comme l\u2019un des grands peintres fran\u00e7ais de son temps. La toile est finalement accueillie au mus\u00e9e du Louvre en 1874. <em>La Libert\u00e9 guidant le peuple<\/em> devient, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, un tableau iconique.<\/p>\n<p>Ce parcours chaotique est \u00e0 l\u2019image de sa carri\u00e8re. En janvier 1857, \u00e0 la septi\u00e8me tentative, il est enfin accept\u00e9 au sein de l\u2019Acad\u00e9mie des beaux-arts. Th\u00e9ophile Gautier a critiqu\u00e9 certaines toiles, mais au fil des ans, l\u2019admiration l\u2019emporte\u00a0: \u00ab\u00a0M. Delacroix comprend parfaitement la port\u00e9e de son art, car c\u2019est un po\u00e8te en m\u00eame temps qu\u2019un homme d\u2019ex\u00e9cution. Il ne fait retourner la peinture ni aux pu\u00e9rilit\u00e9s gothiques ni aux radoteries pseudo-grecques. Son style est moderne et r\u00e9pond \u00e0 celui de Victor Hugo dans <em>Les Orientales<\/em>\u00a0: c\u2019est la m\u00eame fougue et le m\u00eame temp\u00e9rament.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9fendant le peintre toujours attaqu\u00e9, Baudelaire \u00e9crit un article apolog\u00e9tique pour la<em> Revue fran\u00e7aise<\/em>, \u00ab\u00a0Salon de 1859\u00a0\u00bb qui conclut par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Excellent dessinateur, prodigieux coloriste, compositeur ardent et f\u00e9cond, tout cela est \u00e9vident, tout cela a \u00e9t\u00e9 dit. Mais d\u2019o\u00f9 vient qu\u2019il produit la sensation de nouveaut\u00e9\u00a0? Que nous donne-t-il de plus que le pass\u00e9\u00a0? Aussi grand que les grands, aussi habile que les habiles, pourquoi nous pla\u00eet-il davantage\u00a0? On pourrait dire que, dou\u00e9 d\u2019une plus riche imagination, il exprime surtout l\u2019intime du cerveau, l\u2019aspect \u00e9tonnant des choses, tant son ouvrage garde fid\u00e8lement la marque et l\u2019humeur de sa conception. C\u2019est l\u2019infini dans le fini. C\u2019est le r\u00eave\u00a0! et je n\u2019entends pas par ce mot les capharna\u00fcms de la nuit, mais la vision produite par une intense m\u00e9ditation, ou, dans les cerveaux moins fertiles, par un excitant artificiel. En un mot, Eug\u00e8ne Delacroix peint surtout l\u2019\u00e2me dans ses belles heures.\u00a0\u00bb Delacroix r\u00e9pond au po\u00e8te par une lettre rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Comment vous remercier dignement pour cette nouvelle preuve de votre amiti\u00e9\u00a0? [\u2026] Vous me traitez comme on ne traite que les grands morts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Delacroix souffrit toujours de cette guerre entre classiques et romantiques, dessinateurs et coloristes. Il se voulait et voulait tout \u00e0 la fois\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la nature, une teinte qui semble uniforme est form\u00e9e de la r\u00e9union d\u2019une foule de teintes diverses, perceptibles seulement pour l\u2019\u0153il qui sait voir (\u2026)\u00a0C\u2019est avec les teintes ignobles qu\u2019on produit l\u2019effet de tons splendides.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le parfums, les couleurs et les sons se r\u00e9pondent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867),<em> Fleurs du Mal<\/em> (1857), <em>Correspondances<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te maudit (et censur\u00e9), c\u2019est aussi un critique d\u2019art \u00e9clair\u00e9. Au Salon de 1845, il d\u00e9fendait d\u00e9j\u00e0 ardemment Delacroix comme repr\u00e9sentant du romantisme. C\u2019est \u00e0 propos de sa peinture et de l\u2019\u0153uvre de Th\u00e9ophile Gautier que Baudelaire lance la formule qui caract\u00e9rise son art\u00a0: \u00ab\u00a0Manier savamment une langue, c\u2019est pratiquer une esp\u00e8ce de sorcellerie \u00e9vocatoire. C\u2019est alors que la couleur parle, comme une voix profonde et vibrante\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il utilise souvent la synesth\u00e9sie (association de deux sens) pour cr\u00e9er une fusion artistique des sens, notamment dans le sonnet <em>Correspondances\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Comme de longs \u00e9chos qui de loin se confondent \/ Les parfums, les couleurs et les sons se r\u00e9pondent. \/ Il est des parfums frais comme des chairs d\u2019enfants, \/ Doux comme des hautbois, verts comme des prairies, \/ Et d\u2019autres corrompus, riches et triomphants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais le vert paradis des amours enfantines,<br>L\u2019innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,<br>Est-il d\u00e9j\u00e0 plus loin que l\u2019Inde et que la Chine\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867), <em>Fleurs du Mal<\/em> (1857), <em>Moesta et Errabunda<\/em> (Triste et Vagabonde) dans <em>Spleen et Id\u00e9al<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te se pla\u00eet \u00e0 opposer l\u2019image du bonheur id\u00e9alis\u00e9 \u2013 l\u2019enfance \u2013 aussit\u00f4t associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il est bien loin et perdu \u00e0 jamais, la seule chance de le recr\u00e9er se trouvant dans le r\u00eave et l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, stimul\u00e9s par les \u00ab\u00a0paradis artificiels\u00a0\u00bb des diverses drogues.<\/p>\n<p>Ici, le paradis de l\u2019enfance est peint en vert. On le retrouvera peint en bleu par Charles Trenet. \u00ab\u00a0Des go\u00fbts et des couleurs\u00a0\u00bb, chacun en dispose \u00e0 son gr\u00e9 \u2013 hors les classiques du rouge sang, du noir associ\u00e9 \u00e0 la mort et au deuil (en Occident).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un public qui a perdu l\u2019habitude de voir des couleurs assembl\u00e9es est oblig\u00e9 de faire un effort pour comprendre l\u2019harmonie qui r\u00e9sulte de cet assemblage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">VIOLLET<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DUC<\/span> (1814-1879),<em> Dictionnaire, article Peinture<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Architecte de m\u00e9tier, restaurateur de g\u00e9nie\u2026 il en a parfois abus\u00e9, notamment dans la restauration des cath\u00e9drales, accus\u00e9 d\u2019avoir r\u00e9invent\u00e9 un Moyen \u00c2ge de fantaisie dans sa volont\u00e9 de rendre sa splendeur \u00e0 un b\u00e2timent en triste \u00e9tat, en d\u00e9but du chantier.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat est sans fin\u00a0: aux yeux des sp\u00e9cialistes comme des profanes, on en fait toujours trop ou pas assez. Mais la \u00ab\u00a0restauration \u00e0 l\u2019identique\u00a0\u00bb est impossible, vu que ces monuments religieux aussi imposants que fragiles ont \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9s et compl\u00e9t\u00e9s au fil des si\u00e8cles. <br>Pour s\u2019en tenir \u00e0 Notre-Dame dont la restauration dirig\u00e9e par Viollet-le-Duc s\u2019est \u00e9tal\u00e9e entre 1845 et 1867, il a \u00ab\u00a0os\u00e9\u00a0\u00bb lui ajouter cette fameuse fl\u00e8che qui s\u2019est effondr\u00e9e en direct sous les\u00a0 yeux du monde entier, lors du tragique incendie du 15 au 16 avril 2019. Apr\u00e8s d\u00e9bats, controverses et consultations diverses, il fut d\u00e9cid\u00e9 de reconstituer Notre-Dame telle qu\u2019elle \u00e9tait, dot\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle fl\u00e8che adapt\u00e9e aux techniques et enjeux de notre \u00e9poque\u00a0\u00bb. Donc, ce sera la cath\u00e9drale \u00ab\u00a0de Viollet-le-Duc\u00a0\u00bb, hommage posthume \u00e0 ce visionnaire \u2013 on peut le comparer au baron Haussmann qui m\u00e9tamorphosa Paris, pr\u00e9fet tr\u00e8s contest\u00e9 sous le Second Empire et finalement reconnu pour son g\u00e9nie architectural.<\/p>\n<p>Dans son <em>Dictionnaire<\/em>, Viollet-le-Duc r\u00e9cuse par avance d\u2019\u00e9ventuelles critiques sur l\u2019usage de la couleur que certains pourraient juger malvenue, voire intrusive, dans un \u00e9crin immacul\u00e9 comme une cath\u00e9drale. Invoquant les d\u00e9couvertes des arch\u00e9ologues et les t\u00e9moignages historiques, il rappelle que la peinture fut toujours pr\u00e9sente dans les monuments anciens, y compris m\u00e9di\u00e9vaux. C\u2019est le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, avec sa vision erron\u00e9e d\u2019une pr\u00e9tendue puret\u00e9 antique, qui a impos\u00e9 le dogme de la pierre brute. Il va m\u00eame plus loin, reprochant au classicisme d\u2019avoir d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 le go\u00fbt et le sens esth\u00e9tique du public par son refus born\u00e9 des couleurs\u00a0: \u00ab\u00a0Nos yeux se sont si bien d\u00e9shabitu\u00e9s des harmonies colorantes, gr\u00e2ce au classicisme moderne.\u00a0\u00bb La peinture est indispensable et ne saurait se contenter d\u2019un simple r\u00f4le de contraste. Il lui faut assumer des tons \u00ab\u00a0tr\u00e8s vigoureux\u00a0\u00bb pour att\u00e9nuer l\u2019aspect blafard de parois qui n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues \u00e0 l\u2019origine pour \u00eatre contempl\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur. Il faut par ailleurs tenir compte des qualit\u00e9s d\u2019\u00e9clairages diff\u00e9rentes de ces espaces, li\u00e9es \u00e0 l\u2019exposition nord-sud de la cath\u00e9drale, ce qui suppose encore une r\u00e9partition \u00e9quitable entre les tons froids et chauds des couleurs.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Des go\u00fbts et des couleurs, on ne discute pas.\u00a0\u00bb (proverbe romain)Et pourtant, l\u2019on ne cesse d\u2019en d\u00e9battre\u00a0depuis toujours\u00a0!En deux semaines, vous allez en voir vraiment de toutes les couleurs et il y en aura pour tous les go\u00fbts, au fil des r\u00e9f\u00e9rences factuelles, historiques et artistiques de la Gaule \u00e0 nos jours\u00a0! 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