{"id":14137,"date":"2025-09-22T12:00:17","date_gmt":"2025-09-22T10:00:17","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/eloge-de-lanonymat-dans-les-citations-historiques\/"},"modified":"2025-11-19T08:51:35","modified_gmt":"2025-11-19T07:51:35","slug":"eloge-de-lanonymat-dans-les-citations-historiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/eloge-de-lanonymat-dans-les-citations-historiques\/","title":{"rendered":"\u00c9loge de l\u2019anonymat dans les citations historiques"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Anonymat (du grec \u1f00\u03bd\u03ce\u03bd\u03c5\u03bc\u03bf\u03c2 \/ an\u1e53numos, \u00ab\u00a0qui n\u2019a pas re\u00e7u de nom, anonyme\u00a0\u00bb), qualit\u00e9 de ce qui est sans nom (ou sans renomm\u00e9e).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<span id=\"815\" class=\"cit-num\">815<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Dialogues des morts<\/em> (1692-1696)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de France par les chansons existe bel et bien. Souvent anonyme, la chanson fut l\u2019une des rares formes d\u2019opposition possible et de surcro\u00eet tr\u00e8s populaire, sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. \u00c0 l\u2019heure de la R\u00e9volution, c\u2019est la voix du peuple qui s\u2019exprime sur tous les tons, le joyeux \u00ab\u00a0\u00c7a ira\u00a0\u00bb devenant un appel au meurtre des \u00ab\u00a0aristocrates \u00e0 la lanterne\u00a0\u00bb sous la Terreur. Les r\u00e9seaux sociaux n\u2019ont rien invent\u00e9\u2026<\/p>\n<p>D\u2019autres formes d\u2019expression non sign\u00e9es existent. Les pamphlets sont souvent cruels, voire injurieux\u00a0: quelque 6 500 mazarinades contre Mazarin Premier ministre ha\u00ef, avant les poissonnades visant la Pompadour (ma\u00eetresse de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>), n\u00e9e Jeanne Poisson. Les \u00e9pigrammes raillent \u00e0 plaisir et avec esprit, comme les \u00e9pitaphes apr\u00e8s la mort de leur victime. L\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres est quand m\u00eame attribu\u00e9e \u00e0 Rousseau, \u00e9crite sur la tombe de Voltaire. Autres moyens d\u2019opposition\u00a0populaire\u00a0: pancartes et affiches, cris du peuple associ\u00e9s aux manifestations, \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime aussi s\u00fbrement que les pens\u00e9es philosophiques au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle, cahiers de dol\u00e9ances \u00e0 la veille de la R\u00e9volution\u2026 jusqu\u2019aux slogans de Mai 68 encore et toujours cit\u00e9s. Tout fait Histoire\u00a0!<\/p>\n<p>Cas particuliers, des textes c\u00e9l\u00e8bres sont n\u00e9s anonymes, \u00e0 commencer par <em>La Chanson de Roland<\/em> au Moyen \u00c2ge. <em>Le Discours de la m\u00e9thode<\/em> (1637) et les <em>Lettres persanes<\/em> (1721) n\u2019ont \u00e9t\u00e9 revendiqu\u00e9s par l\u2019auteur qu\u2019apr\u00e8s publication et grand succ\u00e8s\u00a0: Descartes et Montesquieu. On n\u2019est jamais trop prudent, avec la censure royale.<\/p>\n<p>Des auteurs se dissimulent sous l\u2019anonymat d\u2019un pseudonyme. Henri Beyle en avait une centaine, dont le plus connu, Stendhal signant <em>Le Rouge et le noir<\/em> (1830) et <em>La Chartreuse de Parme<\/em> (1839). Autres cas, les femmes \u00e9crivant sous un nom d\u2019homme\u00a0: George Sand ne se cache pas vraiment, contrairement aux quatre s\u0153urs Bront\u00eb, dont Charlotte devenue Currer Bell pour signer un best-seller mondial, <em>Jane Eyre<\/em> (1847). Quelques cas extr\u00eames sont quasi-pathologiques\u00a0\u2013 int\u00e9ressants, mais anecdotiques.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, l\u2019anonymat total est de r\u00e8gle dans l\u2019art urbain ou Street-art n\u00e9 aux \u00c9tats-Unis\u00a0: acte de vandalisme ou expression contemporaine originale\u00a0? Banksy, star anonyme, s\u2019expose au mus\u00e9e, se vend aux ench\u00e8res. D\u2019autres artistes restent masqu\u00e9s pour des raisons politiques ou personnelles. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi ancien que l\u2019expression humaine. Faut-il contr\u00f4ler ou censurer\u00a0? C\u2019est un vrai probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9. Quelques-uns s\u2019en amusent\u00a0: \u00ab\u00a0La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 n\u2019est pas facile \u00e0 assumer, je ne vois rien de pire, si peut-\u00eatre, l\u2019anonymat.\u00a0\u00bb Guy Bedos.<br>Reste le probl\u00e8me de l\u2019anonymat dans les r\u00e9seaux sociaux. \u00ab\u00a0Nouveaux r\u00e9seaux, vieux d\u00e9bat. L\u2019ordre contre la libert\u00e9\u00a0?\u00a0Le pi\u00e8ge est l\u00e0.\u00a0\u00bb \u00c0 vous de juger.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">MOYEN<\/span> <span class=\"caps\">\u00c2GE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/histoire-en-citations-volume-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>\u00ab\u00a0La <em>Chanson de Roland<\/em> [\u2026] est le plus ancien monument de notre nationalit\u00e9 [\u2026] Ce n\u2019est pas seulement la po\u00e9sie fran\u00e7aise qu\u2019on voit na\u00eetre avec ce po\u00e8me. C\u2019est la France elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"95\" class=\"cit-num\">95<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PETIT<\/span> de julleville (1841-1900), l\u2019un des traducteurs de la <em>Chanson de Roland<\/em> (anonyme)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire l\u2019importance de ce premier grand texte en langue fran\u00e7aise, chanson de geste de la fin du <span class=\"caps\">XI<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Il existe neuf manuscrits de ce po\u00e8me \u00e9pique\u00a0: le manuscrit d\u2019Oxford du d\u00e9but du <span class=\"caps\">XII<\/span>e si\u00e8cle est le plus complet et le plus ancien, en anglo-normand. Identifi\u00e9 en 1835, consid\u00e9r\u00e9 par les historiens comme le texte faisant autorit\u00e9, c\u2019est lui que l\u2019on d\u00e9signe quand on parle sans autre pr\u00e9cision de la <em>Chanson de Roland<\/em>\u00a0: 4 002 vers, transmis et diffus\u00e9s en chant par les troubadours et jongleurs, et c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France. La composition est parfois attribu\u00e9e \u00e0 un certain Turold, mentionn\u00e9 dans le dernier vers\u00a0: \u00ab\u00a0Ci falt la geste que Turoldus declinet.\u00a0\u00bb Mais c\u2019est peut-\u00eatre le nom d\u2019un troubadour.<\/p>\n<p>La composition est parfois attribu\u00e9e \u00e0 un certain Turold, mentionn\u00e9 dans le dernier vers\u00a0: \u00ab\u00a0Ci falt la geste que Turoldus declinet.\u00a0\u00bb Mais c\u2019est peut-\u00eatre le nom d\u2019un troubadour.<\/p>\n<p>L\u2019escarmouche entre les Vascons (Basques) et l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne va donner naissance, trois si\u00e8cles et demi plus tard, \u00e0 la premi\u00e8re chanson de geste en (vieux) fran\u00e7ais, po\u00e8me \u00e9pique de quelque 4 000 vers, maintes fois traduits, et c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France.<\/p>\n<p>Passage h\u00e9ro\u00efque, celui o\u00f9 le preux Roland refuse de sonner du cor, ce que lui conseille le sage Olivier, pr\u00e9f\u00e9rant se battre et risquer la mort, plut\u00f4t que d\u2019alerter Charlemagne et de trouver le d\u00e9shonneur. \u00ab\u00a0Olivier dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les pa\u00efens viennent en force,\u00a0\/ Et nos Fran\u00e7ais, il me semble qu\u2019ils sont bien peu.\u00a0\/ Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor\u00a0:\u00a0\/ Charles l\u2019entendra et l\u2019arm\u00e9e reviendra.\u00a0\u00bb\u00a0\/ Roland r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce serait une folie\u00a0!\u00a0\/ En douce France j\u2019en perdrais ma gloire.\u00a0\/ Aussit\u00f4t, de Durendal, je frapperai de grands coups\u00a0;\u00a0\/ Sa lame en saignera jusqu\u2019\u00e0 la garde d\u2019or.\u00a0\/ Les pa\u00efens f\u00e9lons ont eu tort de venir aux cols\u00a0:\u00a0\/ Je vous le jure, tous sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Roland va p\u00e9rir avec son compagnon, et toute l\u2019arri\u00e8re-garde des Francs. Charlemagne le vengera en battant les pa\u00efens (Sarrasins) avec l\u2019aide de Dieu\u00a0; et le tra\u00eetre Gamelon, beau-fr\u00e8re de Charlemagne et beau-p\u00e8re de Roland, qui a organis\u00e9 le guet-apens par jalousie, sera jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort et supplici\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s la panse vient la danse.\u00a0\u00bb<span id=\"138\" class=\"cit-num\">138<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dicton populaire. <em>Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em> (1694), au mot \u00ab\u00a0panse\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On mange, on boit, on s\u2019amuse bien au Moyen \u00c2ge, au ch\u00e2teau comme au village, hors les temps de famine, de peste, de guerre.<\/p>\n<p>Plus clairement que de longs commentaires, ce dicton infirme la version d\u2019un Moyen \u00c2ge sombre et triste, en opposition avec la Renaissance qui va suivre, au \u00ab\u00a0beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0\u00bb si\u00e8cle, lui-m\u00eame oppos\u00e9 \u00e0 la terrible p\u00e9riode des Guerres de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ces temps, \u00e9taient les loups si affam\u00e9s qu\u2019ils entraient de nuit dans les bonnes villes et passaient souvent la rivi\u00e8re de Seine et aux cimeti\u00e8res qui \u00e9taient aux champs, aussit\u00f4t qu\u2019on avait enterr\u00e9 les corps, ils venaient la nuit et les d\u00e9terraient et mangeaient.\u00a0\u00bb<span id=\"330\" class=\"cit-num\">330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Journal d\u2019un bourgeois de Paris<\/em> (chronique anonyme des ann\u00e9es 1405 \u00e0 1449)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u0152uvre anonyme \u00e9crite par un Parisien.<\/p>\n<p>C\u2019est la Guerre de Cent ans. Hiver 1421-1422. La mis\u00e8re n\u2019est pas \u00e9gale dans tout le royaume. La \u00ab\u00a0France anglaise\u00a0\u00bb demeure la plus pauvre, avec la Normandie occup\u00e9e par les garnisons, \u00e9cras\u00e9e par les imp\u00f4ts, et les campagnes bordelaises qui se remettent lentement des r\u00e9centes d\u00e9vastations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 toute personne qu\u2019ils [les \u00e9corcheurs] rencontraient, ils demandaient\u00a0: Qui vive\u00a0? Si on \u00e9tait de leur parti, on \u00e9tait simplement d\u00e9pouill\u00e9 de tout\u00a0; si on \u00e9tait du parti adverse, on \u00e9tait vol\u00e9 et tu\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"352\" class=\"cit-num\">352<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Journal d\u2019un bourgeois de Paris<\/em> (chronique anonyme des ann\u00e9es 1405 \u00e0 1449)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ann\u00e9e 1440. La paix d\u2019Arras laisse \u00ab\u00a0sans emploi\u00a0\u00bb les bandes de mercenaires bourguignons. Voici revenu le temps des Grandes Compagnies et des routiers.<\/p>\n<h4><span class=\"caps\">RENAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">ET<\/span> <span class=\"caps\">GUERRES<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">RELIGION<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand ce dur printemps je vois<br>Je connais toute malheuret\u00e9 au monde<br>Je ne vois que toute erreur et horreur<br>Courir ainsi que fait l\u2019onde.\u00a0\u00bb<span id=\"557\" class=\"cit-num\">557<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson du Printemps retourn\u00e9<\/em> (vers 1586). Anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson reprend le po\u00e8me c\u00e9l\u00e8bre de Ronsard\u00a0: \u00ab\u00a0Quand ce beau printemps je vois\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et elle d\u00e9tourne les vers. C\u2019en est fini de ce temps (qui n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas si calme). La Ligue (ultra-catholique) s\u00e8me le vent et va r\u00e9colter la temp\u00eate, cependant que la litt\u00e9rature s\u2019apitoie sur la France \u00e0 nouveau d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/histoire-en-citations-volume-2-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">NAISSANCE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">ABSOLUE<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> <br>Vive ce roi vaillant\u00a0!<br>Ce diable \u00e0 quatre <br>A le triple talent<br>De boire et de se battre<br>Et d\u2019\u00eatre un Vert Galant\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"605\" class=\"cit-num\">605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Vive Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em>, chanson anonyme. <em>Chansons populaires du pays de France<\/em> (1903), Jean-Baptiste Weckerlin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce premier couplet est contemporain du roi.<\/p>\n<p>Au fil des si\u00e8cles, d\u2019autres s\u2019ajoutent, \u00e0 mesure qu\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> devient l\u2019un des mythes de l\u2019histoire de France. Au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le culte du bon roi Henri atteint son apog\u00e9e.<em> La Partie de chasse d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1774), pi\u00e8ce de Charles Coll\u00e9 qui reprend la chanson, triomphera apr\u00e8s les foudres de la censure \u2013 la comparaison se fait fatalement au d\u00e9savantage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> qui n\u2019est plus le Bien-Aim\u00e9, en fin de r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Quant au caract\u00e8re public des amours royales, il d\u00e9passe la m\u00e9diatisation qu\u2019en fait aujourd\u2019hui la presse <em>people<\/em>. Que ce soit pour applaudir ou m\u00e9dire, pour dire la v\u00e9rit\u00e9 ou r\u00e9pandre la rumeur, les chansons et les pamphlets (souvent anonymes) sont les premiers m\u00e9dias populaires.<br>L\u2019amour des femmes est quand m\u00eame le point faible du roi, qui mettra en danger la paix du royaume pour litt\u00e9ralement courir apr\u00e8s sa derni\u00e8re ma\u00eetresse, Charlotte Marguerite de Montmorency\u00a0: elle a 15\u00a0ans, et lui 56.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le preux Henry, le monarque fran\u00e7ois,<br>\u00c0 qui Mars a c\u00e9d\u00e9 tout l\u2019honneur de la guerre,<br>Rien n\u2019importe qu\u2019ici tu n\u2019entendes sa voix<br>Quand le bruit de ses faits remplit toute la terre.\u00a0\u00bb<span id=\"609\" class=\"cit-num\">609<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Quatrain sous une gravure d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1599). \u00ab\u00a0The Politics of Promiscuity\u00a0: Masculinity and Heroic Representation at the Court of Henry <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0\u00bb, Katherine B.\u00a0Crawford, <em>French Historical Studies<\/em> (printemps 2003)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame si cela rel\u00e8ve de son \u00ab\u00a0g\u00e9nie propre\u00a0\u00bb et de sa raison d\u2019\u00eatre, l\u2019anonymat n\u2019est pas toujours critique\u00a0!<\/p>\n<p>Le roi est souvent repr\u00e9sent\u00e9 comme un chevalier de la Renaissance, galopant, \u00e9p\u00e9e point\u00e9e sur l\u2019ennemi. On le voit aussi en <em>imperator<\/em> romain couronn\u00e9 de lauriers, quand ce n\u2019est pas en Hercule gaulois ou en Atlas portant la Terre. Ces images apolog\u00e9tiques ne sont pas toujours sign\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu fais le catholique<br>Mais c\u2019est pour nous piper<br>Et comme un hypocrite<br>T\u00e2che \u00e0 nous attraper,<br>Puis, sous bonne mine,<br>Nous mettre en ruine.\u00a0\u00bb<span id=\"626\" class=\"cit-num\">626<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet ligueur (anonyme). <em>La Satire en France ou la litt\u00e9rature militante au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1886), Charles F\u00e9lix Lenient<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni la conversion ni le sacre ne peuvent rallier les catholiques irr\u00e9ductibles (baptis\u00e9s parfois papistes)\u00a0: la vingtaine de tentatives d\u2019assassinat qui marqueront tout le r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le prouvent assez.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9r\u00e9tique point ne seras<br>De fait ni de consentement.<br>Tous tes p\u00e9ch\u00e9s confesseras<br>Au Saint P\u00e8re d\u00e9votement [\u2026]<br>En ce faisant te garderas<br>Du couteau de fr\u00e8re Cl\u00e9ment.\u00a0\u00bb<span id=\"635\" class=\"cit-num\">635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Commandements d\u2019Henri<\/em> (1597).<em> Petites ignorances historiques et litt\u00e9raires<\/em> (1888), Charles Rozan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les pr\u00e9tendus commandements sont au nombre de dix, dans ce pamphlet papiste en forme de parodie. Rappelons que fr\u00e8re Cl\u00e9ment fut l\u2019assassin d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>La conversion d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> semble suspecte aux ultra-catholiques, plus chr\u00e9tiens que le pape qui finit par lui accorder son absolution (septembre\u00a01595), incitant Mayenne (gouverneur de Bourgogne) et la maison de Lorraine \u00e0 faire la paix avec le roi. Le mar\u00e9chal de Joyeuse (gouverneur du Languedoc) et le duc d\u2019\u00c9pernon (gouverneur de Provence) ont suivi, obtenant leur gr\u00e2ce et se soumettant, moyennant finances ou avantages personnels. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> sait pardonner \u2013 en bon politique plus encore qu\u2019en bon chr\u00e9tien. Mais les Espagnols, partis de Paris, n\u2019ont pas quitt\u00e9 le royaume et restent une menace toujours pr\u00e9sente.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ne soyez point courtois<br>\u00c0 ces rebelles Rochellois<br>Point de pardon\u00a0: il faut tout pendre\u00a0!<br>Vous m\u2019avez donn\u00e9 la maison<br>D\u2019un parpaillot. S\u2019il faut la rendre,<br>Je serai sot comme un oison.\u00a0\u00bb<span id=\"700\" class=\"cit-num\">700<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Rochellois,<\/em> chanson anonyme. <em>Annales<\/em> (1830), Soci\u00e9t\u00e9 acad\u00e9mique de Nantes et du d\u00e9partement de la Loire inf\u00e9rieure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 la tradition qui en fait un droit, le pillage est interdit, d\u2019o\u00f9 les murmures des vainqueurs d\u00e9sabus\u00e9s, entrant dans la ville, le 1er\u00a0novembre 1628.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quinze mois de si\u00e8ge, les trois quarts des habitants ont p\u00e9ri (22\u00a0500 morts) et l\u2019on n\u2019ose pas f\u00eater cette am\u00e8re victoire des Fran\u00e7ais contre des Fran\u00e7ais. Fortifications ras\u00e9es, franchises municipales supprim\u00e9es\u00a0: la ville ne s\u2019en remettra pas de longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fou n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e, abattre la maison d\u2019Autriche [\u2026] Il d\u00e9clenchera la guerre g\u00e9n\u00e9rale et les hordes de barbares se jetteront sur le trottoir fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"705\" class=\"cit-num\">705<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre Richelieu. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cette ann\u00e9e 1630, que d\u2019opposants \u00e0 la politique anti-habsbourgeoise de Richelieu\u00a0! Le tr\u00e8s catholique cardinal de B\u00e9rulle est mort (octobre\u00a01629), mais il reste le garde des Sceaux Michel de Marillac (farouchement antiprotestant et pr\u00f4nant la paix et l\u2019alliance avec l\u2019Espagne), le fr\u00e8re du roi qui est de tous les complots, la reine et la reine m\u00e8re, \u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s hostile au cardinal et \u00e2me du parti d\u00e9vot.<\/p>\n<p>Richelieu, de son c\u00f4t\u00e9, paie des publicistes \u00e0 gages pour mener une propagande anti-espagnole incessante, d\u2019o\u00f9 une gu\u00e9rilla de libelles et de pamphlets. \u00c0 dater de mai\u00a01631, La Gazette, hebdomadaire de Th\u00e9ophraste Renaudot, organe officieux du gouvernement, a pour but de r\u00e9duire les \u00ab\u00a0faux bruits qui servent souvent d\u2019allumettes aux mouvements et s\u00e9ditions intestines\u00a0\u00bb. Elle use de son monopole officiel pour diffuser les nouvelles et faire passer les articles transmis par le roi et Richelieu\u00a0: tirage moyen de 1\u00a0200 exemplaires, qui deviendront 12\u00a0000 au si\u00e8cle suivant. Organe officiel du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous le nom de<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense, donc je suis.\u00a0\u00bb<span id=\"722\" class=\"cit-num\">722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">DESCARTES<\/span> (1596-1650), <em>Discours de la m\u00e9thode pour bien conduire sa raison et chercher la v\u00e9rit\u00e9 dans les sciences, plus la dioptrique, les m\u00e9t\u00e9ores et la g\u00e9om\u00e9trie, qui sont des essais de cette m\u00e9thode<\/em> (1637)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte philosophique publi\u00e9 anonymement par Descartes \u00e0 Leyde le 8 juin 1637. Ce discours marque une rupture avec la tradition scolastique, jug\u00e9e trop \u00ab\u00a0sp\u00e9culative\u00a0\u00bb. \u00c9v\u00e9nement majeur d\u00e9passant le cadre de la litt\u00e9rature pour devenir fait de soci\u00e9t\u00e9. Le titre est \u00e0 lui seul une citation et tout un programme. La formule lapidaire, rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre, va d\u00e9clencher, avec quelques autres, des pol\u00e9miques qui finiront par la mise \u00e0 l\u2019Index des \u0153uvres de Descartes, apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p>Philosophe, math\u00e9maticien et physicien, l\u2019auteur s\u2019est prudemment r\u00e9fugi\u00e9 dans la proche, protestante et bourgeoise Hollande, pour poursuivre son \u0153uvre. La condamnation de Galil\u00e9e par le Saint-Office n\u2019est pas si lointaine (1633). Coupable d\u2019avoir affirm\u00e9, contre la Bible, que la Terre tourne autour du Soleil, et non l\u2019inverse, l\u2019astronome italien aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Et pourtant, elle tourne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Descartes a d\u2019autres audaces, et la premi\u00e8re est simple\u00a0: il faut v\u00e9rifier par le raisonnement toutes les id\u00e9es ou v\u00e9rit\u00e9s re\u00e7ues. C\u2019est cela, l\u2019essentiel de sa m\u00e9thode. Mais c\u2019est une rupture avec tout ce qui est enseign\u00e9 dans les universit\u00e9s. Le cart\u00e9sianisme aura des vertus d\u00e9stabilisantes et des cons\u00e9quences scientifiques que l\u2019auteur ne soup\u00e7onnait pas\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand les Fran\u00e7ais prendront Arras,<br>Les souris mangeront les chats.\u00a0\u00bb<span id=\"727\" class=\"cit-num\">727<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Message en deux octosyllabes, affich\u00e9 par les Espagnols sur une des portes de la ville d\u2019Arras, printemps 1640. <em>Nouvelle collection des m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de France\u00a0: depuis le <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e<\/em> (1837), J.\u00a0Michaud, <span class=\"caps\">J. J. F.<\/span> Poujoulat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour du peuple espagnol s\u2019affiche contre l\u2019ennemi fran\u00e7ais. L\u2019Artois (chef-lieu Arras), province r\u00e9unie \u00e0 la couronne sous Philippe Auguste, passa aux ducs de Bourgogne, puis aux Habsbourg d\u2019Espagne, par h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>Le si\u00e8ge d\u2019Arras par les Fran\u00e7ais est un \u00e9pisode de la guerre de Trente Ans qui d\u00e9chire l\u2019Allemagne, de 1618 \u00e0 1648. Richelieu intervient dans ce conflit, entrant en \u00ab\u00a0guerre ouverte\u00a0\u00bb contre l\u2019Espagne (alli\u00e9e de l\u2019Allemagne) en 1635. Il faut \u00e9viter l\u2019encerclement de la France par les possessions des Habsbourg. Les premi\u00e8res batailles sont des d\u00e9faites. Mais l\u2019arm\u00e9e r\u00e9organis\u00e9e, la flotte reconstitu\u00e9e, le concours assur\u00e9 d\u2019un des meilleurs g\u00e9n\u00e9raux du temps, Bernard de Saxe-Weimar (mort trop t\u00f4t, en 1639), vont permettre aux Fran\u00e7ais de regagner du terrain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand les Fran\u00e7ais rendront Arras<br>Les souris mangeront les chats.\u00a0\u00bb<span id=\"728\" class=\"cit-num\">728<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9crit sur une des portes de la ville d\u2019Arras que les Fran\u00e7ais ont prise, le 9\u00a0ao\u00fbt\u00a01640. <em>Le Magasin pittoresque<\/em> (1839), \u00c9douard Charton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a seulement enlev\u00e9 le \u00ab\u00a0p\u00a0\u00bb, ce qui change tout. Les Fran\u00e7ais r\u00e9pondent sur le m\u00eame ton, mais l\u2019humour fait rarement r\u00e9f\u00e9rence aux animaux, alors qu\u2019ils sont tr\u00e8s pr\u00e9sents \u2013 les chevaux indispensables \u00e0 la guerre, les animaux de la ferme dans une France agricole \u00e0 90%.<\/p>\n<p>Cette victoire et quelques autres m\u00e8nent \u00e0 un renversement des forces en Europe, au b\u00e9n\u00e9fice de la France et au d\u00e9triment de l\u2019Empire d\u2019Allemagne et de l\u2019Espagne, donc de la puissante maison d\u2019Autriche (les Habsbourg).<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/histoire-en-citations-volume-3.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">SI\u00c8CLE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre France est ruin\u00e9e,<br>Faut de ce Cardinal<br>Abr\u00e9ger les ann\u00e9es,<br>Il est auteur du mal.\u00a0\u00bb<span id=\"751\" class=\"cit-num\">751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson populaire anonyme. <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cardinal Mazarin succ\u00e9dant au cardinal de Richelieu est \u00e9galement d\u00e9test\u00e9, en raison de la crise des subsistances et de la lourdeur des imp\u00f4ts n\u00e9cessaires pour financer la guerre. Le peuple taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci chante\u00a0: \u00ab\u00a0Pour payer les subsides\u00a0\/ J\u2019ai vendu mon godet\u00a0\/ Ma po\u00eale, ma marmite\u00a0\/ Jusques \u00e0 mon soufflet\u00a0\/ Moi, pour payer les tailles\u00a0\/ J\u2019ai vendu mes moutons\u00a0\/ Je couche sur la paille\u00a0\/ Je n\u2019ai pas le teston [monnaie royale]\u00a0\/ Moi, j\u2019ai chose certaine\u00a0\/ Vendu un gros pourceau\u00a0\/ Mes ch\u00e8vres et mes g\u00e9lines\u00a0\/ Pour payer les imp\u00f4ts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand Cardinal, que la fortune<br>Qui t\u2019\u00e9l\u00e8ve en un si haut rang,<br>Ne te fasse oublier ton sang,<br>Et que tu es de la commune.\u00a0\u00bb<span id=\"758\" class=\"cit-num\">758<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Avertissement des enfarin\u00e9s. La Vieille Fronde, 1648<\/em> (1832), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple d\u00e9teste cet Italien de petite extraction qui, au terme d\u2019une irr\u00e9sistible ascension, poss\u00e8de un si grand pouvoir, en quelque sorte vol\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gente, puis au jeune roi devenu majeur.<\/p>\n<p>Mazarin accumule une immense fortune. \u00c0 sa mort, il fait don \u00e0 l\u2019\u00c9tat de ses collections et de sa biblioth\u00e8que personnelle\u00a0: la Mazarine, premi\u00e8re biblioth\u00e8que ouverte au public d\u00e8s 1643, b\u00e2tie dans l\u2019aile gauche du palais de l\u2019Institut, \u00e9difi\u00e9 \u00e0 ses frais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler<br>Notre pute de Reine\u00a0!<br>\u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter\u00a0; et les reines pas plus que les rois n\u2019ont de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot. Attaqu\u00e9 aussi, et m\u00eame en premier, le cardinal d\u00e9test\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, ce bougeron \/ Dit qu\u2019il n\u2019aime pas les cons \/ C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat \/ C\u2019est un bougre ingrat\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0;<br>Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine<br>Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant,<\/em> mazarinade. <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour de ce prince<\/em> (1793), F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> dont les chansons c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent les insuffisances conjugales, voil\u00e0 que l\u2019on soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte, dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret. Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant m\u00eame que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes\u00a0\u00bb, mais laissa gouverner le cardinal, mieux qu\u2019elle n\u2019avait jadis laiss\u00e9 r\u00e9gner son royal \u00e9poux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de paix, point de Mazarin\u00a0! Il faut aller \u00e0 Saint-Germain qu\u00e9rir notre bon Roi\u00a0; il faut jeter dans la rivi\u00e8re tous les mazarins.\u00a0\u00bb<span id=\"781\" class=\"cit-num\">781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris du peuple de Paris assi\u00e9g\u00e9, d\u00e9but mars\u00a01649.<em> M\u00e9moires du Cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des pourparlers de paix s\u2019engagent entre la cour (\u00e0 Saint-Germain) et le Parlement de Paris.<\/p>\n<p>Mais il y a des opposants irr\u00e9ductibles, une part du peuple se soul\u00e8ve, neutralise les \u00e9chevins et les magistrats fid\u00e8les au roi (les \u00ab\u00a0mazarins\u00a0\u00bb). Cependant que les Grands deviennent le \u00ab\u00a0pi\u00e8tre \u00e9tat-major d\u2019une r\u00e9volution incertaine\u00a0\u00bb (Georges Duby). On retrouve le duc de Beaufort (le roi des Halles refaisant le coup de la Cabale des Importants), l\u2019in\u00e9vitable de Retz (port\u00e9 par son ambition politique et bient\u00f4t perdu par ses propres subtilit\u00e9s), le prince de Conti \u2013\u00a0\u00ab\u00a0un z\u00e9ro qui ne multipliait que parce qu\u2019il \u00e9tait prince du sang\u00a0\u00bb, selon de Retz\u00a0\u2013 et la belle duchesse de Longueville (fr\u00e8re et s\u0153ur du Grand Cond\u00e9 qui se bat dans le camp du roi). Et tout ce beau monde se querelle ou s\u2019aime, intrigue, h\u00e9site, fanfaronne, encha\u00eene les volte-face et s\u2019\u00e9tonne de tant d\u2019audace.<\/p>\n<p>Les nouvelles des r\u00e9volutionnaires de Cromwell vont terrifier les plus rebelles\u00a0: ils ont os\u00e9 ex\u00e9cuter le roi Charles\u00a0Ier d\u2019Angleterre\u00a0!<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident du Parlement de Paris, Mol\u00e9, signe alors la paix de Rueil, le 11\u00a0mars 1649\u00a0: au prix de concessions mutuelles, c\u2019est la fin (provisoire) de la Fronde parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faut sonner le tocsin, din-din<br>Pour pendre Mazarin.\u00a0\u00bb<span id=\"793\" class=\"cit-num\">793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Chasse donn\u00e9e \u00e0 Mazarin<\/em>, chanson.<em> Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em> (1835), Renouard \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Prendre\u00a0\u00bb est devenu \u00ab\u00a0pendre\u00a0\u00bb\u00a0! Le Parlement de Paris, qui l\u2019a banni en janvier\u00a01649, met sa t\u00eate \u00e0 prix en d\u00e9cembre\u00a01651\u00a0: 50\u00a0000 \u00e9cus, payables par la vente de sa biblioth\u00e8que et ses collections (471 tableaux de ma\u00eetre r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u00e0 sa mort). Mazarin, confondant parfois ses affaires et celles de l\u2019\u00c9tat, a d\u00e9j\u00e0 accumul\u00e9 une immense fortune.<\/p>\n<p>Le cardinal a de nouveau pris la fuite avec la reine, et rejoint le jeune roi \u00e0 Poitiers. Le Parlement envoie des \u00e9missaires dans les provinces, tente de les soulever contre Mazarin, mais nul ne bouge.<\/p>\n<p>Turenne, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e royale, bat Cond\u00e9 qui a recrut\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 une arm\u00e9e espagnole.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 se r\u00e9fugie dans Paris (avril\u00a01652), ses partisans y font r\u00e9gner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans) se lance dans la Fronde \u00e0 c\u0153ur perdu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet pour Mazarin<\/em> (1652).<em> Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juste retour des choses. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9, qui fuit \u00e0 son tour aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle.<\/p>\n<p>Cependant que les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre.<\/p>\n<p>Et Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de roi\u00a0; p\u00e8re de roi\u00a0; jamais roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"864\" class=\"cit-num\">864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Horoscope anonyme de Louis de France. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On fredonna une chanson\u00a0sue ce th\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0Fils de roi, p\u00e8re de roi \/ mais jamais roi lui-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le Grand Dauphin (Monseigneur) na\u00eet le 1er\u00a0novembre 1661. Fils a\u00een\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, il sera p\u00e8re de Philippe\u00a0V roi d\u2019Espagne, mais meurt de la petite v\u00e9role \u00e0 50\u00a0ans, avant d\u2019avoir pu acc\u00e9der au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait ardemment d\u00e9sir\u00e9, vu son caract\u00e8re un peu mou et son \u00e9ducation un peu rude. Il reporta toute la fiert\u00e9 de son sang royal sur son deuxi\u00e8me fils, le duc d\u2019Anjou (les deux autres moururent jeunes), revendiquant l\u2019h\u00e9ritage de la couronne d\u2019Espagne, sur laquelle sa m\u00e8re Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche (infante espagnole) lui a donn\u00e9 des droits.<\/p>\n<p>Les astrologues \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement consult\u00e9s en ces \u00e9poques o\u00f9 superstition, sorcellerie et magie faisaient partie de la vie quotidienne \u2013 le Grand Si\u00e8cle est en cela plus proche de la Renaissance que des Lumi\u00e8res. Mais de nos jours, la classe politique reste une client\u00e8le fid\u00e8le des devins, encore tr\u00e8s sollicit\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Colbert avait un grand-p\u00e8re<br>Qui n\u2019\u00e9tait pas si savant<br>Ni si riche que son p\u00e8re<br>Ni si dur aux pauvres gens.\u00a0\u00bb<span id=\"881\" class=\"cit-num\">881<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Colbert avait un grand-p\u00e8re<\/em>, chanson anonyme.<em> Fouquet, surintendant g\u00e9n\u00e9ral des finances, d\u2019apr\u00e8s les documents d\u2019archives et les me\u0301moires<\/em> (1908), Albert Savine, Fran\u00e7ois Bournand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Choisir un bourgeois pour ministre est une initiative royale mal accept\u00e9e des Grands. Mais le peuple lui-m\u00eame se m\u00e9fie\u00a0: la fortune rapide de Colbert devient suspecte. Autre raison de son impopularit\u00e9\u00a0: les imp\u00f4ts accrus ou cr\u00e9\u00e9s, indirects et particuli\u00e8rement injustes, causant des \u00e9meutes fiscales. 1675 sera l\u2019ann\u00e9e de la r\u00e9volte du papier timbr\u00e9 \u2013 notamment en Bretagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet l\u2019auteur de tous imp\u00f4ts<br>Dont \u00e0 pr\u00e9sent la France abonde.<br>Ne priez point pour son repos<br>Puisqu\u2019il l\u2019\u00f4tait \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00bb<span id=\"892\" class=\"cit-num\">892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe (anonyme) de Colbert, 1683. <em>Dictionnaire de la mort<\/em> (1967), Robert Sabatier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les ministres des Finances sont souvent impopulaires et Colbert, par sa rigueur, le fut tout particuli\u00e8rement.<\/p>\n<p><em>La Mort de Colbert<\/em> est le titre d\u2019une chanson connue, en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1683\u00a0: \u00ab\u00a0Caron \u00e9tant sur le rivage,\u00a0\/ Voyant Colbert, dit aussit\u00f4t\u00a0:\u00a0\/ Ne vient-il pas mettre un imp\u00f4t\u00a0\/ Sur mon pauvre passage.\u00a0\u00bb (Dans la mythologie, Caron avec sa barque permet aux \u00e2mes d\u2019acc\u00e9der au royaume des morts, mais il exige un p\u00e9age, pour franchir le fleuve Styx.)<\/p>\n<p>Les imp\u00f4ts accrus ou cr\u00e9\u00e9s, indirects et particuli\u00e8rement injustes au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ont caus\u00e9 des \u00e9meutes fiscales, comme en 1675\u00a0: r\u00e9volte du papier timbr\u00e9, notamment en Bretagne. Autre raison d\u2019impopularit\u00e9\u00a0: la fortune rapide de ce fils de bourgeois anobli, mal vu par les Grands, et suspect au peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Bossuet touchant le pur amour<br>\u00c0 F\u00e9nelon est si contraire<br>Il parle en \u00e9v\u00eaque de Cour<br>Qui ne conna\u00eet que l\u2019amour mercenaire.\u00a0\u00bb<span id=\"920\" class=\"cit-num\">920<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Bossuet et F\u00e9nelon<\/em> (1698), chanson anonyme.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne badine pas avec la religion (officielle) et cette \u00ab\u00a0chanson\u00a0\u00bb est naturellement anonyme, d\u2019autant plus qu\u2019elle attaque Bossuet l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9v\u00eaque de cour\u00a0\u00bb, ardent d\u00e9fenseur de l\u2019absolutisme politique et du droit divin des roi, charg\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> d\u2019enqu\u00eater sur le qui\u00e9tisme \u00e0 la mode. Strict l\u00e9galiste, Bossuet craint que cette doctrine ne d\u00e9tourne les croyants de la pratique religieuse et des dogmes, pour aboutir au d\u00e9isme. En vertu de quoi il condamne l\u2019h\u00e9r\u00e9sie dans sa<em> Relation sur le qui\u00e9tisme<\/em> (1698). F\u00e9nelon r\u00e9plique, et les deux pr\u00e9lats jadis amis s\u2019opposent publiquement. Bossuet l\u2019emporte. Le pape condamne F\u00e9nelon, dont Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pr\u00e9cipite la disgr\u00e2ce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pleurez, pleurez jouvenceaux,<br>Monsieur descend dans la bi\u00e8re\u00a0!<br>\u00c0 ses yeux vous \u00e9tiez beaux,<br>Mais las\u00a0! il perd la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"925\" class=\"cit-num\">925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Mort de Monsieur<\/em> (1701), chanson anonyme.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe, duc d\u2019Orl\u00e9ans, fr\u00e8re du roi, meurt \u00e0 Saint-Cloud le 8\u00a0juin. Mari de la princesse Palatine et p\u00e8re du futur R\u00e9gent, il fut r\u00e9put\u00e9 pour son homosexualit\u00e9 et son amour des rubans, fards et cornettes. D\u2019o\u00f9 des couplets dont les moins os\u00e9s sont\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon prince avait raison\u00a0\/ Quand le beau sexe on cajole\u00a0\/ Une telle liaison\u00a0\/ Est sujette \u00e0 la v\u00e9role\u00a0\/ Mais le cul d\u2019un beau gar\u00e7on\u00a0\/ Dans aucun risque ne jette\u00a0\/ Point de g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\/ Dans ce plaisant t\u00eate-\u00e0-t\u00eate.\u00a0\u00bb La chanson ne pouvait pr\u00e9voir le mal de la fin du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, qui touchera d\u2019abord les homosexuels, dans les \u00ab\u00a0ann\u00e9es sida\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! que votre \u00e2me est abus\u00e9e<br>Dans le choix de tous les guerriers.<br>Faut-il qu\u2019une vieille \u00e9dent\u00e9e<br>Fasse fl\u00e9trir tous vos lauriers\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"929\" class=\"cit-num\">929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Contre Maintenon<\/em>, chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re vis\u00e9e, Mme de Maintenon, \u00e9pouse morganatique de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. L\u2019influence de cette femme de t\u00eate sur le roi vieillissant fait jaser. Le peuple \u00e9puis\u00e9, ruin\u00e9, lass\u00e9 d\u2019une gloire dont il voit les faiblesses, la prend pour bouc \u00e9missaire. Cependant que la guerre de Succession d\u2019Espagne tourne au drame, avec des troupes moins combatives, sous des chefs militaires aussi m\u00e9diocres que La Feuillade, Marcin, Villeroy (ou Villeroi).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne bl\u00e2mons pas Villeroy,<br>Il fut choisi par le Roy\u00a0;<br>Mais bl\u00e2mons tous ce grand prince<br>Qui sut faire un choix si mince.\u00a0\u00bb<span id=\"930\" class=\"cit-num\">930<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Sur le mar\u00e9chal de Villeroy<\/em>, chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019opinion \u00e9volue\u00a0: si tout va mal, le responsable en est le roi. Cette accusation directe est signe de temps nouveaux.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois de Neufville, duc de Villeroi (ou Villeroy), mar\u00e9chal de France, fils du gouverneur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, resta toujours son ami. Il remplace le prestigieux mar\u00e9chal de Luxembourg \u00e0 la t\u00eate des arm\u00e9es et ne cesse d\u2019accumuler les d\u00e9faites. Ainsi le 23\u00a0mai 1706 \u00e0 Ramillies, triste \u00e9pisode de la guerre de Succession d\u2019Espagne, marqu\u00e9e par une d\u00e9bandade de l\u2019arm\u00e9e franco-bavaroise en quatre heures, d\u2019o\u00f9 20\u00a0000 morts et la perte de la Belgique.<\/p>\n<p>La chanson passe en revue les autres personnages jug\u00e9s indignes du r\u00e8gne, divers ministres, le boiteux du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Montespan), la Maintenon reine. La France vit plus que jamais en \u00ab\u00a0monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, avec sa charmante, <br>Enferm\u00e9 dans Trianon,<br>Sur la mis\u00e8re pr\u00e9sente, <br>Se lamente sur ce ton\u00a0:<br>Et allons, ma tourlourette<br>Et allons, ma tourlouron.\u00a0\u00bb<span id=\"934\" class=\"cit-num\">934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Louis avec sa charmante,<\/em> chanson anonyme. <em>Le Nouveau Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> ou Choix de chansons historiques et satiriques<\/em> (1857), Gustave Brunet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La crise \u00e9conomique et sociale ronge le pays, et m\u00eame \u00e0 la cour, les marchands exigent d\u2019\u00eatre pay\u00e9s comptant, pour livrer au roi le linge \u00e0 son usage personnel. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9, trouve un r\u00e9confort moral aupr\u00e8s de Mme\u00a0de Maintenon, mais il est de plus en plus conscient de la gravit\u00e9 de la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un homme d\u2019esprit me disait l\u2019autre jour que le gouvernement de la France \u00e9tait une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<span id=\"993\" class=\"cit-num\">993<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHAMFORT<\/span> (1740-1794), <em>Pens\u00e9es, maximes et anecdotes<\/em> (posthume, 1803)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons ce mot du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, repris par Eug\u00e8ne Scribe en 1834, dans son Discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus souvent anonyme, la chanson \u00e9tait l\u2019une des rares formes d\u2019opposition possibles. Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, elle garde cette fonction.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px 15px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/histoire-en-citations-volume-4-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a><span class=\"caps\">SIECLE<\/span> <span class=\"caps\">DES<\/span> <span class=\"caps\">LUMI\u00c8RES<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ce prince admirable<br>Passe ses nuits \u00e0 table<br>En se noyant de vin<br>Aupr\u00e8s de sa putain.\u00a0\u00bb<span id=\"1073\" class=\"cit-num\">1073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet (anonyme). <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9 du R\u00e9gent s\u2019exprime par des vers publi\u00e9s ou chant\u00e9s, rarement sign\u00e9s \u2013 prudence oblige. Aucun des princes qui vont gouverner la France n\u2019\u00e9chappera d\u00e9sormais \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9crits. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 mourra ha\u00ef du peuple. Et Marie-Antoinette, dauphine adul\u00e9e, devenue reine, sera la cible de pamphlets par milliers.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lundi, je pris des actions,<br>Mardi, je gagnai des millions,<br>Mercredi, je pris \u00e9quipage,<br>Jeudi, j\u2019agrandis mon m\u00e9nage,<br>Vendredi, je m\u2019en fus au bal,<br>Et samedi, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.\u00a0\u00bb<span id=\"1083\" class=\"cit-num\">1083<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Lundi je pris des actions<\/em> (1720), chanson de rue. <em>Histoire du vaudeville<\/em> (1899), <span class=\"caps\">M.E.<\/span> Prioleau<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout est pr\u00e9texte \u00e0 chanson populaire\u00a0! L\u2019\u00e9difice fragile du \u00ab\u00a0Syst\u00e8me de Law\u00a0\u00bb s\u2019effondre en 1720, au terme d\u2019un emballement affol\u00e9\u00a0: chute des dividendes, perte de confiance des porteurs, sp\u00e9culation \u00e0 la baisse de banquiers rivaux (les fr\u00e8res P\u00e2ris), trop forte \u00e9mission de billets que la banque ne peut rembourser \u00e0 vue, panique boursi\u00e8re. Et les compagnies cr\u00e9\u00e9es dans les colonies n\u2019ont pas eu le temps de rapporter les richesses esp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>La bourse de la rue Quincampoix est ferm\u00e9e en mars, la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale provoque des \u00e9meutes en juillet. Le 21, une semi-banqueroute est prononc\u00e9e, un arr\u00eat du 10\u00a0octobre retire tout usage mon\u00e9taire aux billets de banque de Law (il y en avait pour plus de 10\u00a0milliards de livres). John Law, devenu entre-temps contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, prend la fuite et mourra ruin\u00e9 aux Pays-Bas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! Ah\u00a0! Monsieur est Persan\u00a0! C\u2019est une chose bien extraordinaire\u00a0! Comment peut-on \u00eatre Persan\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1086\" class=\"cit-num\">1086<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721), premi\u00e8re \u00e9dition anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles-Louis de Secondat, baron de la Br\u00e8de et de Montesquieu, est un homme qui se pla\u00eet \u00e0 se dire heureux, dans son si\u00e8cle \u00e9pris de bonheur. C\u2019est aussi le premier-n\u00e9 des philosophes dits des Lumi\u00e8res. Magistrat fortun\u00e9, il \u00e9crit pour se distraire, avant de se consacrer tout entier \u00e0 une \u0153uvre dont le titre le plus s\u00e9rieux est <em>L\u2019Esprit des lois<\/em> (1748).<\/p>\n<p>Il a commenc\u00e9 par un petit ouvrage plaisant, publi\u00e9 \u00e0 Amsterdam, anonyme et \u00ab\u00a0persan\u00a0\u00bb\u00a0: trois pr\u00e9cautions valent mieux qu\u2019une pour d\u00e9jouer la censure\u00a0! Le masque ne trompe personne et le subterfuge rend l\u2019auteur c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: sa r\u00e9putation de bel esprit est faite, et sa critique des m\u0153urs contemporaines, fort hardie sous l\u2019apparence badine, s\u00e9duit le public des salons. Ainsi la lettre\u00a0<span class=\"caps\">XXX<\/span> raille la curiosit\u00e9 na\u00efve et indiscr\u00e8te des Parisiens du temps, pour tout ce qui sort de l\u2019ordinaire. Cette curiosit\u00e9 \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb sera l\u2019une des qualit\u00e9s du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De par le Roi, d\u00e9fense \u00e0 Dieu<br>De faire miracle en ce lieu.\u00a0\u00bb<span id=\"1103\" class=\"cit-num\">1103<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme (anonyme) \u00e0 la porte du cimeti\u00e8re Saint-M\u00e9dard, fin janvier\u00a01732. <em>Dictionnaire philosophique<\/em> (1764), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019affaire des convulsionnaires du cimeti\u00e8re Saint-M\u00e9dard, cas spectaculaire de transe collective, d\u00e9fraie la chronique durant cinq ann\u00e9es, cr\u00e9ant un trouble \u00e0 l\u2019ordre public du plus mauvais effet.<\/p>\n<p>Finalement, le Parlement approuvera l\u2019ordonnance royale qui a ordonn\u00e9 la fermeture du cimeti\u00e8re. Et le jans\u00e9nisme est discr\u00e9dit\u00e9. Le vieux cardinal Fleury esp\u00e8re pouvoir gouverner en paix, et r\u00e9tablir les finances de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions vingt ou trente <br>Brigands dans une bande,<br>Tous habill\u00e9s de blanc, <br>\u00c0 la mode des\u2026 <br>Vous m\u2019entendez\u00a0?<br>Tous habill\u00e9s de blanc <br>\u00c0 la mode des marchands.\u00a0\u00bb<span id=\"1137\" class=\"cit-num\">1137<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Complainte de Mandrin<\/em> (1755), chanson anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur est anonyme, mais le texte semble bien dat\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e de sa mort. Tout est fait pour rendre Mandrin sympathique, humain, proche du peuple.<\/p>\n<p>Bandit de grand chemin, prenant la t\u00eate de contrebandiers et de faux saulniers (faisant le trafic du sel), il forme une troupe disciplin\u00e9e qui s\u2019attaque aux fermes g\u00e9n\u00e9rales et aux greniers \u00e0 sel avec une incroyable audace. \u00ab\u00a0On pr\u00e9tend que Mandrin est \u00e0 la t\u00eate de 6\u00a0000 hommes d\u00e9termin\u00e9s\u00a0; que les soldats d\u00e9sertent pour se ranger sous ses drapeaux et qu\u2019il se verra bient\u00f4t \u00e0 la t\u00eate d\u2019une grande arm\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e9crit encore Voltaire.<\/p>\n<p>En 1754, il a men\u00e9 six campagnes contre les fermiers g\u00e9n\u00e9raux, collecteurs d\u2019imp\u00f4ts ha\u00efs du peuple, qui pr\u00e9l\u00e8vent des taxes sur les marchandises et en gardent les trois-quarts \u2013 la plus connue est la gabelle, sur le sel, indispensable \u00e0 la conservation des aliments.<br>Il faudra plusieurs d\u00e9tachements d\u2019Argoulets (troupe sp\u00e9ciale) envoy\u00e9s ill\u00e9galement en Savoie (royaume sarde) pour que Mandrin soit pris, sit\u00f4t jug\u00e9, et rou\u00e9 vif, le 26\u00a0mai 1755 \u2013 il meurt \u00e0 30\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soubise dit, la lanterne \u00e0 la main,<br>J\u2019ai beau chercher\u00a0! o\u00f9 diable est mon arm\u00e9e\u00a0?<br>Elle \u00e9tait l\u00e0 pourtant hier matin.<br>Me l\u2019a-t-on prise, ou l\u2019aurais-je \u00e9gar\u00e9e\u00a0?<br>Ah\u00a0! je perds tout, je suis un \u00e9tourdi\u00a0!<br>Mais attendons au grand jour, \u00e0 midi.<br>Que vois-je\u00a0! \u00d4 ciel\u00a0! que mon \u00e2me est ravie\u00a0!<br>Prodige heureux\u00a0! La voil\u00e0, la voil\u00e0\u00a0!<br>Ah\u00a0! ventrebleu, qu\u2019est-ce donc que cela\u00a0?<br>Ma foi, c\u2019est l\u2019arm\u00e9e ennemie.\u00a0\u00bb<span id=\"1148\" class=\"cit-num\">1148<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme au lendemain de la d\u00e9faite de Rossbach, 5\u00a0novembre\u00a01757. <em>Histoire de France pendant le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1830), Charles de Lacretelle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris c\u00e9l\u00e8bre les d\u00e9faites avec un humour qui n\u2019appartient vraiment qu\u2019\u00e0 ce temps\u00a0! On ridiculise le prince de Soubise, prot\u00e9g\u00e9 de la Pompadour et favori du roi. C\u2019est le moins talentueux des amis de la marquise. Et c\u2019est un triste \u00e9pisode de la guerre de Sept Ans (1756-1763)\u00a0: apr\u00e8s les premi\u00e8res victoires viennent de nombreux revers, sur terre comme sur mer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, il s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autrefois de Versailles<br>Nous venait le bon go\u00fbt,<br>Aujourd\u2019hui la canaille<br>R\u00e8gne et tient le haut bout.<br>Si la cour se ravale,<br>De quoi s\u2019\u00e9tonne-t-on\u00a0?<br>N\u2019est-ce pas de la halle<br>Que nous vient le poisson\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1163\" class=\"cit-num\">1163<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade de 1749. <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dictionnaire de la langue fran\u00e7aise s\u2019en tient \u00e0 la d\u00e9finition culinaire\u00a0de la poissonnade\u00a0: \u00ab\u00a0repas collectif principalement compos\u00e9 de poissons et fruits de mer.\u00a0\u00bb Mais la marquise de Pompadour est n\u00e9e Jeanne-Antoinette Poisson \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb et sera particuli\u00e8rement chansonn\u00e9e pour son patronyme.<\/p>\n<p>M\u00eame si le peuple reproche son origine non noble \u00e0 la dame, c\u2019est de la cour que part le plus souvent ce genre de pamphlets (anonymes). La personne du roi est \u00e9galement attaqu\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! la belle statue\u00a0! oh\u00a0! le beau pi\u00e9destal\u00a0!<br>Les Vertus sont \u00e0 pied et le Vice \u00e0 cheval.\u00a0\u00bb<span id=\"1177\" class=\"cit-num\">1177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vers anonymes \u00e9crits sur le socle de la statue \u00e9questre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. <em>Le Vandalisme de la R\u00e9volution<\/em> (1993), Fran\u00e7ois Souchal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La statue de Bouchardon, inaugur\u00e9e \u00e0 Paris le 2\u00a0juin 1765 sur la place Louis-<span class=\"caps\">XV<\/span> (aujourd\u2019hui place de la Concorde) est entour\u00e9e de quatre figures symbolisant les vertus.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 a perdu la Pompadour et pas encore trouv\u00e9 la du Barry\u00a0: entre deux favorites officielles, les dames ne manquent pas, surtout de tr\u00e8s jeunes demoiselles, discr\u00e8tement abrit\u00e9es dans le Parc-aux-Cerfs \u00e0 Versailles, fournies par des parents consentants, ignorant elles-m\u00eames l\u2019identit\u00e9 de leur royal amant et mari\u00e9es \u00e0 des courtisans sit\u00f4t qu\u2019engross\u00e9es. Dit-on. La marquise de Pompadour, maquerelle vigilante, veillait \u00e0 ce que le roi ne s\u2019attache durablement \u00e0 aucune. Disait-on aussi. Le r\u00e8gne est celui de toutes les rumeurs et la vie amoureuse de ce roi tr\u00e8s sensuel et \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef est un sujet de choix.<\/p>\n<p>La cruaut\u00e9 populaire s\u2019exercera jusqu\u2019\u00e0 la mort de l\u2019ex \u00ab\u00a0Bien Aim\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami des propos libertins,<br>Buveur fameux, et roi c\u00e9l\u00e8bre<br>Par la chasse et par les catins\u00a0:<br>Voil\u00e0 ton oraison fun\u00e8bre.\u00a0\u00bb<span id=\"1195\" class=\"cit-num\">1195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson anonyme \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1774). <em>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne<\/em> (1781), Mouffle d\u2019Angerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On l\u2019enterra promptement et sans la moindre escorte\u00a0; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller \u00e0 Saint-Denis. \u00c0 son passage, des cris de d\u00e9rision ont \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: on r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0ta\u00efaut\u00a0! ta\u00efaut\u00a0!\u00a0\u00bb comme lorsqu\u2019on voit un cerf et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer\u00a0\u00bb (Lettre de la comtesse de Boufflers).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus bel esprit que grand g\u00e9nie,<br>Sans loi, sans m\u0153urs et sans vertu,<br>Il est mort comme il a v\u00e9cu,<br>Couvert de gloire et d\u2019infamie.\u00a0\u00bb<span id=\"1230\" class=\"cit-num\">1230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme, juin\u00a01778, attribu\u00e9e \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), \u00e0 la mort de Voltaire.<em> M\u00e9moires sur Voltaire et sur ses ouvrages<\/em> (1826), S\u00e9bastien Longchamp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quatrain anonyme, car non sign\u00e9. L\u2019attribution est vraisemblable, la haine de Rousseau pouvant <em>in fine<\/em> se venger de l\u2019humour voltairien dont l\u2019auteur avait us\u00e9 et abus\u00e9.<\/p>\n<p>Rousseau mourra deux mois apr\u00e8s, \u00e0 Ermenonville. Fin d\u2019une longue gu\u00e9rilla philosophico-pol\u00e9mique, qui ne fit honneur \u00e0 aucun des deux personnages, si talentueux (ou g\u00e9niaux) fussent-ils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale presque toujours anonymes o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlement \u00e0 vendre<br>Ministres \u00e0 pendre<br>Couronne \u00e0 louer.\u00a0\u00bb<span id=\"1255\" class=\"cit-num\">1255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots grav\u00e9s sur les murs du Palais de justice, mai\u00a01788. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des meneurs crient au coup d\u2019\u00c9tat. Des soul\u00e8vements \u00e9clatent partout en France, orchestr\u00e9s par une campagne de cabales et de pamphlets. En Languedoc \u00e0 Toulouse, en Bretagne \u00e0 Rennes, on manifeste. En Dauphin\u00e9 \u00e0 Grenoble le 7\u00a0juin\u00a01788, on se soul\u00e8vera pendant la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Tuiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez, tyrans, votre r\u00e8gne va finir.\u00a0\u00bb<span id=\"1256\" class=\"cit-num\">1256<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9criteau anonyme plac\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre des Italiens, sur la loge de la reine, mai\u00a01788. <em>La Reine Marie-Antoinette<\/em> (1889), Pierre de Nolhac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi essaie de faire passer les \u00e9dits par lit de justice. Les Parlements organisent la r\u00e9sistance, font la gr\u00e8ve de la justice, et demandent la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Les remontrances succ\u00e8dent aux remontrances, les \u00e9meutes aux \u00e9meutes. Le roi doit fixer la date de la convocation tant redout\u00e9e\u00a0: au 1er\u00a0mai 1789.<\/p>\n<p>Le 16\u00a0ao\u00fbt 1788, c\u2019est la banqueroute\u00a0: l\u2019\u00c9tat suspend ses paiements. Brienne d\u00e9missionne, Paris illumine et br\u00fble son mannequin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand prince, votre bienfaisance<br>De nos maux peut tarir le cours.<br>Rendez vous aux cris de la France\u00a0:<br>Rappelez Necker \u00e0 votre cour.\u00a0\u00bb<span id=\"1257\" class=\"cit-num\">1257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>\u00d4 toi qui sais de la finance<\/em> (1788), chanson anonyme. <em>Sur le timbre de R\u00e9veillez-vous belle endormie Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, le roi se d\u00e9cide \u00e0 rappeler Necker. On c\u00e9l\u00e8bre le disgraci\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0O toi qui sais de la finance \/ Mettre les secrets au grand jour, <br>Tu seras ch\u00e9ri de la France \/ Tu seras chass\u00e9 de la cour.<br>Par une noble confiance, \/ Tu veux m\u00e9riter notre amour.<br>Tu connais l\u2019esprit de la France, \/ Ce n\u2019est pas celui de la cour.<br>Tu voulais que la r\u00e9compense \/ Du m\u00e9rite f\u00fbt le retour,<br>C\u2019\u00e9tait bien le v\u0153u de la France, \/ Que n\u2019est-ce celui de la cour\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>25\u00a0ao\u00fbt\u00a01788, le roi se d\u00e9cide \u00e0 rappeler Necker \u2013 le peuple applaudit et Mirabeau s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Voici enfin M. Necker roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb Li\u00e9 au duc d\u2019Orl\u00e9ans et partisan d\u2019une monarchie constitutionnelle, il ironise au rappel de Necker qui devient ministre principal (ministre d\u2019\u00c9tat)\u00a0: c\u2019est l\u2019homme de la derni\u00e8re chance pour cette monarchie.\u00a0<\/p>\n<p>Le banquier suisse pr\u00eate 2\u00a0millions \u00e0 l\u2019\u00c9tat sur sa fortune personnelle, en trouve quelques autres, le temps de tenir jusqu\u2019aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Et convoque une seconde Assembl\u00e9e des notables, pour novembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces grands \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux<br>F\u2019ront-ils du brouet d\u2019andouille\u00a0?<br>Ces messieurs s\u2019ront-ils si sots<br>Que d\u2019s\u2019en retourner chez eux bredouilles,<br>Quand par miracle un bon roi<br>Veut faire l\u2019bien d\u2019si bonne foi\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1259\" class=\"cit-num\">1259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Motion des hareng\u00e8res de la halle<\/em> (1788), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple, reconnaissant au roi de la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, a quand m\u00eame un doute apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la pr\u00e9c\u00e9dente Assembl\u00e9e des notables. \u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits\u00a0\u00bb, \u00e9crira Michelet dans son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous qui nous traitez de racaille,<br>Si poliment,<br>Comme nous vous payerez la taille<br>Tr\u00e8s noblement.<br>Vive le sauveur de la France,<br>Necker, vivat\u00a0!<br>D\u2019o\u00f9 ce h\u00e9ros tient-il naissance\u00a0?<br>Du tiers \u00e9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"1264\" class=\"cit-num\">1264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Tiers \u00c9tat<\/em>, chanson de janvier 1789.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson c\u00e9l\u00e8bre le roi et son ministre qui a obtenu, non sans difficult\u00e9, que le tiers ait \u00e0 lui seul autant de repr\u00e9sentants que les deux autres ordres r\u00e9unis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, il n\u2019y a qu\u2019un monarque dans votre royaume, c\u2019est le fisc. Il \u00f4te l\u2019or de la couronne, l\u2019argent de la crosse, le fer de l\u2019\u00e9p\u00e9e et l\u2019orgueil aux paysans.\u00a0\u00bb<span id=\"1315\" class=\"cit-num\">1315<\/span><\/p>\n<p>Cahier de dol\u00e9ances de la ville de Marseille. Cit\u00e9 par Marcel Jullian, invit\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution, matinale sur France Inter en 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe style qui contraste avec le ton quotidien, terre \u00e0 terre et souvent laborieux des quelque 50\u00a0000 cahiers r\u00e9dig\u00e9s en f\u00e9vrier-mars\u00a01789, pour exprimer les revendications des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Un cahier de dol\u00e9ances (du verbe doloir, <em>dolere<\/em> en latin) est un document dans lequel les assembl\u00e9es charg\u00e9es d\u2019\u00e9lire les d\u00e9put\u00e9s aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux faisaient part de leurs souhaits et leurs r\u00e9criminations par \u00e9crit. Cet usage remonte au <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle. Les cahiers de dol\u00e9ances les plus notoires restent ceux de 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9tant d\u00e9montr\u00e9, avec raison, qu\u2019un noble ne peut repr\u00e9senter un roturier, ni celui-ci un noble, de m\u00eame, un homme ne pourrait avec plus d\u2019\u00e9quit\u00e9 repr\u00e9senter une femme, puisque les repr\u00e9sentants doivent avoir absolument les m\u00eames int\u00e9r\u00eats que les repr\u00e9sent\u00e9s\u00a0: les femmes ne pourraient donc \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es que par des femmes.\u00a0\u00bb<span id=\"1317\" class=\"cit-num\">1317<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cahier de dol\u00e9ances et r\u00e9clamation des femmes, sign\u00e9 d\u2019une Madame <span class=\"caps\">B.B.<\/span> (cauchoise rest\u00e9e anonyme). \u00ab\u00a0La revendication de la d\u00e9mocratie paritaire\u00a0\u00bb, Marie-Blanche Tahon, <em>Politique et Soci\u00e9t\u00e9s,<\/em> volume <span class=\"caps\">XVII<\/span> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les femmes, c\u2019est un peu le \u00ab\u00a0quart ordre\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque. Sous la R\u00e9volution va s\u2019exprimer un courant f\u00e9ministe, mais les hommes qui gouvernent n\u2019accorderont pas aux femmes les droits bient\u00f4t reconnus aux \u00ab\u00a0n\u00e8gres\u00a0\u00bb et aux juifs. Elles auront seulement le droit de mourir sur l\u2019\u00e9chafaud.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Anonymat (du grec \u1f00\u03bd\u03ce\u03bd\u03c5\u03bc\u03bf\u03c2 \/ an\u1e53numos, \u00ab\u00a0qui n\u2019a pas re\u00e7u de nom, anonyme\u00a0\u00bb), qualit\u00e9 de ce qui est sans nom (ou sans renomm\u00e9e).\u00ab\u00a0En France et sous nos rois, la chanson fut longtemps la seule opposition possible\u00a0; on d\u00e9finissait le gouvernement d\u2019alors comme une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par des chansons.\u00a0\u00bb815F\u00c9NELON (1651-1715), Dialogues des morts (1692-1696)L\u2019histoire de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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