{"id":14235,"date":"2025-10-06T10:01:17","date_gmt":"2025-10-06T08:01:17","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-attentats-et-assassinats-de-lhistoire-de-la-renaissance-a-lempire\/"},"modified":"2025-11-03T10:02:48","modified_gmt":"2025-11-03T09:02:48","slug":"les-attentats-et-assassinats-de-lhistoire-de-la-renaissance-a-lempire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-attentats-et-assassinats-de-lhistoire-de-la-renaissance-a-lempire\/","title":{"rendered":"Les attentats et assassinats de l&rsquo;histoire (de la Renaissance \u00e0 l\u2019Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), ex-ministre de la Police, mi-janvier\u00a01804<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Politique, un m\u00e9tier \u00e0 risque extr\u00eame\u00a0!<\/p>\n<p>Entre attentats (\u00ab\u00a0tentatives criminelles\u00a0\u00bb) et assassinats (\u00ab\u00a0meurtres avec pr\u00e9m\u00e9ditation\u00a0\u00bb), l\u2019Histoire est violente, des origines \u00e0 nos jours et dans le monde.<\/p>\n<p>Rappelons quelques noms de victimes politiques c\u00e9l\u00e8bres\u00a0\u00e0 divers titres\u00a0: C\u00e9sar et Cic\u00e9ron dans l\u2019Antiquit\u00e9. Plus proches de nous, Abraham Lincoln (1865), \u00c9lisabeth d\u2019Autriche dite Sissi (1898), Fran\u00e7ois-Ferdinand d\u2019Autriche (attentat de Sarajevo, 1914), Trotsky (1940), Mahatma Gandhi (1948), <span class=\"caps\">JFK<\/span> (1963), Robert Kennedy (1968), Martin Luther King (1968), Enrico Mattei (1978), Indira Gandhi (1984)\u2026 et le dernier en date, Evgueni Prigojine (\u00ab\u00a0crash\u00a0\u00bb d\u2019avion\u00a0en Russie, 2023).<\/p>\n<p>Pour s\u2019en tenir \u00e0 l\u2019Histoire de France, cet \u00e9dito en deux parties recense 20 victimes sur des centaines de cas\u2026 et nombre de rescap\u00e9s.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on et de Gaulle ont \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 deux attentats fameux\u00a0: la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb (bombe qui d\u00e9truit une partie du quartier St-Honor\u00e9, No\u00ebl 1800) et le Petit-Clamart (<span class=\"caps\">DS<\/span>\u00a019 pr\u00e9sidentielle cribl\u00e9e de 150 balles, 22 ao\u00fbt 1962). Particuli\u00e8rement expos\u00e9, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 quelque 25 tentatives avant Ravaillac\u00a0!<\/p>\n<p>Assassinat ou ex\u00e9cution\u00a0? La question concerne la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et celle du duc d\u2019Enghien, tous deux jug\u00e9s, mais par un tribunal peu conforme aux crit\u00e8res de la justice.<\/p>\n<p>Certaines \u00e9poques sont particuli\u00e8rement violentes\u00a0: guerres de Religion, R\u00e9volution, Seconde guerre mondiale. Les attentats anarchistes \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle frappent au-del\u00e0 de notre pays et jusqu\u2019au d\u00e9but de la Grande guerre de 14-18. Des cas restent non \u00e9lucid\u00e9s \u2013 le jour-m\u00eame de son assassinat en 1942, l\u2019Amiral Darlan parlait de quatre pistes possibles.\u00a0<\/p>\n<p>Bref\u00a0! Voici un long roman policier national plus vrai que nature.<\/p>\n<blockquote>\n<h3>De la Renaissance \u00e0 l\u2019Empire<\/h3>\n<h4>1\/ 1563 \u2013 Fran\u00e7ois de Guise<\/h4>\n<\/blockquote>\n<p>Grand militaire d\u2019Henri <span class=\"caps\">II<\/span> et chef du parti catholique ultra, assassin\u00e9 au d\u00e9but des guerres de Religion par un gentilhomme protestant, Poltrot de M\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De l\u00e0 vient le discord sous lequel nous vivons,<br>De l\u00e0 vient que le fils fait la guerre \u00e0 son p\u00e8re,<br>La femme \u00e0 son mari, et le fr\u00e8re \u00e0 son fr\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"503\" class=\"cit-num\">503<\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Discours des mis\u00e8res de ce temps, Remontrance au peuple de France<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prince des po\u00e8tes, devenu po\u00e8te des princes, Ronsard est prot\u00e9g\u00e9 par Michel de L\u2019Hospital, chancelier de Catherine de M\u00e9dicis. Le massacre de Wassy est l\u2019acte\u00a0I des grandes \u00ab\u00a0mis\u00e8res de ce temps\u00a0\u00bb qui inspirent ses <em>Discours<\/em> au patriotisme \u00e9corch\u00e9 vif et font de ce fervent catholique l\u2019un de nos premiers grands auteurs engag\u00e9s.<\/p>\n<p>1er\u00a0mars 1562. Fran\u00e7ois de Guise et ses gens, revenant de Lorraine, voient des protestants au pr\u00eache dans la ville de Wassy \u2013 pratique interdite par l\u2019\u00c9dit de janvier (ou \u00e9dit de tol\u00e9rance de Saint-Germain). Ils foncent dans la foule au son des trompettes. Bilan\u00a0: 74 morts (hommes, femmes et enfants) et une centaine de bless\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019on appellera la \u00ab\u00a0premi\u00e8re Saint-Barth\u00e9lemy\u00a0\u00bb. Les massacres de huguenots se suivent et se ressemblent dramatiquement \u00e0 Sens et \u00e0 Tours, dans le Maine et l\u2019Anjou. La responsabilit\u00e9 de Fran\u00e7ois de Guise, chef du parti catholique, est toujours discut\u00e9e dans ce massacre.<br>Ainsi commence la premi\u00e8re des huit guerres de Religion \u2013 trente-six ann\u00e9es de guerre civile presque sans r\u00e9pit, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dit de Nantes (1598) sous Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a d\u00e9ploy\u00e9 la force de son bras.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Grande Bible de Tours.<em> Fran\u00e7ois de Lorraine (1520-1563)\u00a0: duc de Guise et nouveau Roi mage<\/em>, \u00c9ric Durot, Histoire, \u00e9conomie <span class=\"amp\">&amp;<\/span> soci\u00e9t\u00e9, 2008\/3<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le th\u00e8me du \u00ab\u00a0bras arm\u00e9\u00a0\u00bb est partout visible au ch\u00e2teau du Grand Jardin que fit construire Claude de Guise \u00e0 Joinville. Quand il meurt en 1550, son fils Fran\u00e7ois devient le nouveau \u00ab\u00a0bras arm\u00e9 de Dieu\u00a0\u00bb, reprenant la devise de sa famille.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois de Guise \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 couronn\u00e9 par Dieu, il est son lieutenant. Le lien divin ne se fait donc pas seulement par le service d\u00fb au Roi Tr\u00e8s-Chr\u00e9tien, mais directement, sans interm\u00e9diaire. La grande famille des Guises peut ainsi \u00eatre d\u00e9finie \u00ab\u00a0comme une race royale sans couronne\u00a0\u00bb (Lucien Romier).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quant \u00e0 la religion, Fran\u00e7ois de Guise s\u2019en remettait \u00e0 ceux qui \u00e9taient plus savants que lui en th\u00e9ologie. Bien s\u2019assurait-il que tous les conciles ne le pourraient d\u00e9tourner ni lui faire changer l\u2019ancienne mani\u00e8re et forme de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, principalement quant aux saints sacrements.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">REGNIER<\/span>, sieur de La Planche (vers 1530-1580),<em> Histoire de l\u2019\u00c9tat de France, tant de la r\u00e9publique que de la Religion sous le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1576)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces arguments permettent de comprendre le rapport de Fran\u00e7ois de Guise \u00e0 Dieu et \u00e0 la religion.<\/p>\n<p>Il veut avant toute chose conserver la religion de ses p\u00e8res qui seule permet le salut collectif et individuel. Les adeptes de la nouvelle religion (dite r\u00e9form\u00e9e) trompent le peuple. Les pr\u00e9dicants sont les nouveaux ant\u00e9christs, ils d\u00e9tournent les catholiques de la voie du salut et les \u00e9loignent de Dieu, \u00ab\u00a0sous couleur de la religion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le duc se place ainsi dans une double continuit\u00e9\u00a0: celle de l\u2019orthodoxie et celle du lignage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aye, mon mignon mon ami, l\u2019amour et la crainte de Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">GUISE<\/span> (1519-1563) \u00e0 son fils a\u00een\u00e9, le prince de Joinville. <em>Les derniers moments du duc Fran\u00e7ois de Guise d\u2019apr\u00e8s un manuscrit de Lancelot de Carle<\/em> (f\u00e9vrier 1563). Article de Jean-Pierre Babelon. Comptes rendus des s\u00e9ances de l\u2019Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1987<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant l\u2019arm\u00e9e du roi Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> (12 ans), le duc de Guise est vainqueur des huguenots \u00e0 Rouen en octobre 1562 et \u00e0 Dreux, en d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e. Il tente ensuite de reprendre Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>Avec son arm\u00e9e de 20 000 hommes, il s\u2019empare des Tourelles le 9 f\u00e9vrier et pr\u00e9pare l\u2019assaut de la ville pour le 19. La veille, 18 f\u00e9vrier au soir, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 le Loiret en barque pour regagner son logis des Vaslins, un coup de pistolet l\u2019atteint dans le dos, tir\u00e9 par un gentilhomme de son arm\u00e9e en embuscade \u2013 un protestant nomm\u00e9 Jean Poltrot de M\u00e9r\u00e9. Gri\u00e8vement bless\u00e9, le duc de Guise mourra quelques jours plus tard.<\/p>\n<p>On soup\u00e7onnera l\u2019amiral Coligny, converti \u00e0 la nouvelle religion, d\u2019avoir commandit\u00e9 le crime \u2013 l\u2019assassin le met en cause sous la torture, puis se r\u00e9tracte\u2026 avant de renouveler ses aveux. Jehan de Poltrot soi-disant seigneur de M\u00e9r\u00e9 est condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre tenaill\u00e9 de fers chauds en quatre endroits de son corps, puis \u00e9cartel\u00e9 par quatre chevaux jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00ab\u00a0mort naturelle\u00a0\u00bb s\u2019ensuive. Son supplice en place de Gr\u00e8ve attire une foule immense, le 18 mars 1563.<\/p>\n<p>La controverse \u00e0 propos de Coligny agite la cour pendant des ann\u00e9es, l\u2019amiral d\u00e9clarant \u00ab\u00a0se r\u00e9jouir de la mort de Guise, mais n\u2019\u00eatre pour rien dans cet attentat.\u00a0\u00bb Les Guise n\u2019auront de cesse de tirer vengeance de ce chef protestant, finalement assassin\u00e9 au d\u00e9but du massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy (1572).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et si \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019entre vous ou \u00e0 d\u2019autres je me trouvais redevable d\u2019aucune dette dont il ne me souvienne, j\u2019entends que \u00e0 la premi\u00e8re demande il y soit promptement satisfait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">GUISE<\/span> (1519-1563), mot de la fin, 24 f\u00e9vrier 1563.<em> Les derniers moments du duc Fran\u00e7ois de Guise. D\u2019apr\u00e8s un manuscrit de Lancelot de Carle<\/em> (f\u00e9vrier 1563). Article de Jean-Pierre Babelon. Comptes rendus des s\u00e9ances de l\u2019Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles-Lettres Ann\u00e9e 1987<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mortellement bless\u00e9, apr\u00e8s une agonie de six jours, telles sont ses derni\u00e8res paroles.\u00a0<\/p>\n<p>Enterr\u00e9 le 19 mars 1563, il re\u00e7oit des fun\u00e9railles quasi royales en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris. Au lieu de l\u2019attentat, sur la commune actuelle de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin (d\u00e9partement du Loiret), on peut voir une grosse pierre appel\u00e9e \u00ab\u00a0la pierre du duc\u00a0\u00bb, sur laquelle la victime se serait assise, atteinte par le projectile mortel.<\/p>\n<h4>2\/ 1569 \u2013 Louis de Cond\u00e9<\/h4>\n<p>Prince du sang (royal), converti au calvinisme et chef (mod\u00e9r\u00e9) des huguenots, assassin\u00e9 par Montesquiou, capitaine des gardes du futur Henri <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lib\u00e9ral et tr\u00e8s affable \u00e0 toutes personnes et avec cela excellent chef de guerre, n\u00e9anmoins amateur de la paix.\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">NOUE<\/span> (1531-1591),<em> Discours politiques et militaires du seigneur de La Noue<\/em> (1587)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis de Bourbon est prince du sang (issu l\u00e9gitimement par les m\u00e2les d\u2019un petit-fils de France), fondateur de la maison de Cond\u00e9 et chef militaire des troupes huguenotes lors des trois premi\u00e8res guerres de Religion. Converti au protestantisme d\u00e8s 1558, mais mod\u00e9r\u00e9, son rang, son exp\u00e9rience militaire, puis la mort pr\u00e9coce de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Antoine de Bourbon le d\u00e9signeront \u00e0 la t\u00eate du camp huguenot d\u00e8s la premi\u00e8re guerre de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait fils de bonne m\u00e8re qui n\u2019en voul\u00fbt go\u00fbter.\u00a0\u00bb<span id=\"493\" class=\"cit-num\">493<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Blaise de <span class=\"caps\">MONLUC<\/span> (1502-1577), <em>Commentaires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Soldat \u00e0 16\u00a0ans sous les ordres du chevalier Bayard, servant sous quatre rois successifs avec sa fi\u00e8re devise <em>\u00ab\u00a0Deo duce, ferro comite\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Dieu pour chef, le fer pour compagnon\u00a0\u00bb), fait mar\u00e9chal de France \u00e0 72\u00a0ans, couvert de gloire et de blessures, Monluc reste fid\u00e8le \u00e0 la religion catholique et s\u2019indigne en 1559 de voir les seigneurs de France embrasser le calvinisme.<\/p>\n<p>Ainsi Louis\u00a0Ier, prince de Cond\u00e9 (futur chef du parti protestant contre les Guise) et trois neveux du conn\u00e9table de Montmorency, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tant l\u2019amiral Gaspard de Coligny. Pour Monluc, militaire gascon pur et dur, tout protestant est un rebelle et un ennemi du roi\u00a0: c\u2019est pour cette trahison et non par fanatisme religieux qu\u2019il participera \u00e0 la r\u00e9pression, durant les guerres de Religion. Il s\u2019en justifie dans ses <em>Commentaires<\/em>, \u00ab\u00a0bible du soldat\u00a0\u00bb selon Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, document clair et pr\u00e9cis sur l\u2019histoire politique et militaire du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ont d\u00e9capit\u00e9 la France, les bourreaux\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"495\" class=\"cit-num\">495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (??-1563), \u00e0 son fils, devant le ch\u00e2teau d\u2019Amboise, mars\u00a01560.<em> La Vie d\u2019un h\u00e9ros, Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/em> (1913), Samuel Rocheblave<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Enfant de 8\u00a0ans, Agrippa d\u2019Aubign\u00e9 sera marqu\u00e9 \u00e0 vie par la vue des conjur\u00e9s protestants pendus sur la terrasse du ch\u00e2teau. C\u2019est l\u2019\u00e9pilogue de la fameuse conjuration d\u2019Amboise.<\/p>\n<p>Les chefs protestants (Cond\u00e9, Coligny, Henri de Bourbon) voulaient exprimer leurs dol\u00e9ances et soustraire le jeune roi Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> \u00e0 l\u2019influence de ses oncles, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, catholiques responsables de la r\u00e9pression religieuse. Refusant la violence, ils projettent l\u2019enl\u00e8vement organis\u00e9 par d\u2019autres gentilshommes, dont Jean d\u2019Aubign\u00e9. Le complot \u00e9choue, le \u00ab\u00a0tumulte\u00a0\u00bb d\u2019Amboise est noy\u00e9 dans le sang. Le prince de Cond\u00e9 sera arr\u00eat\u00e9, mais rel\u00e2ch\u00e9, aussit\u00f4t pr\u00eat \u00e0 une nouvelle conjuration.<\/p>\n<p>La guerre civile imminente est diff\u00e9r\u00e9e par un autre drame, la mort du jeune roi Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">II<\/span> \u00e0 15 ans (probablement d\u2019un abc\u00e8s du cerveau, apr\u00e8s des otites \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quels fols sont ceux-ci, qui s\u2019entr\u2019aiment aujourd\u2019hui et s\u2019entre-tuent demain\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"504\" class=\"cit-num\">504<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot des re\u00eetres au service du prince de Cond\u00e9. <em>Discours politiques et militaires<\/em> (1587), Fran\u00e7ois de la Noue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois, seigneur de La Noue, n\u00e9 en Bretagne en 1531 et d\u2019abord au service du roi de France, se convertit tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la R\u00e9forme (1558) et prend part aux guerres de Religion aux c\u00f4t\u00e9s des huguenots. Il perd son bras gauche et gagne le surnom de \u00ab\u00a0Bras de Fer\u00a0\u00bb. Il finit par concilier, non sans mal, l\u2019ob\u00e9issance au roi et le respect de la foi r\u00e9form\u00e9e. Ce n\u2019est jamais un fanatique, comme il y en a tant \u00e0 cette \u00e9poque, chez les militaires comme chez les th\u00e9ologiens.<\/p>\n<p>Quant aux \u00ab\u00a0rei\u00eeres\u00a0\u00bb du prince de Cond\u00e9, cavaliers mercenaires d\u2019origine le plus souvent allemande, ils s\u2019\u00e9tonnent de voir les catholiques et les r\u00e9form\u00e9s de France un jour s\u2019embrasser, le lendemain se battre avec fureur. Mais le chroniqueur qui rapporte ce fait reconna\u00eet que \u00ab\u00a0certes il est malais\u00e9 de voir ses parents et amis, et ne s\u2019\u00e9mouvoir point\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Doux est le p\u00e9ril pour Christ et le pays\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"510\" class=\"cit-num\">510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince Louis de <span class=\"caps\">COND\u00c9<\/span> (1530-1569), sa devise. <em>La C\u00e9l\u00e8bre Bataille de Jarnac, racont\u00e9e par Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/em> (alors \u00e2g\u00e9 de 17\u00a0ans)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me guerre de Religion\u00a0: Cond\u00e9 (le Prince) et Coligny (l\u2019Amiral) sont les deux chefs convertis au calvinisme, mais mod\u00e9r\u00e9s \u2013 ils ont refus\u00e9 de participer \u00e0 la conjuration d\u2019Amboise (1560). Catherine de M\u00e9dicis veut les faire enlever, ils se r\u00e9fugient \u00e0 La\u00a0Rochelle qui devient une place forte protestante.<\/p>\n<p>Cond\u00e9 prend la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e, avec sa fi\u00e8re devise sur ses \u00e9tendards et malgr\u00e9 une jambe bris\u00e9e par un cheval. L\u2019affrontement avec l\u2019arm\u00e9e royale a lieu le 13 mars 1569 \u00e0 Jarnac. Bless\u00e9 durant le combat, Cond\u00e9 se retrouve immobilis\u00e9 sous son cheval mort, jambe d\u00e9j\u00e0 bris\u00e9e. Faisant fi de tous les usages et des lois de la chevalerie qui auraient voulu qu\u2019il soit captur\u00e9 et mis \u00e0 ran\u00e7on, Montesquiou un capitaine des gardes du duc d\u2019Anjou le tue de sang-froid d\u2019un coup de pistolet, avant d\u2019exposer son corps \u00e0 dos d\u2019\u00e2ne en signe d\u2019ultime humiliation.<\/p>\n<p>(Notons que l\u2019expression \u00ab\u00a0coup de Jarnac\u00a0\u00bb trouve son origine ailleurs, dans un duel de 1547 entre le favori du roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> et le baron de Jarnac qui lui trancha le jarret d\u2019un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e fatal.)<br>Coligny r\u00e9ussit \u00e0 sauver 6\u00a0000 hommes, noyau de la nouvelle arm\u00e9e protestante. Henri de Navarre (futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>), pr\u00e9sent \u00e0 la bataille, devient \u00e0 16\u00a0ans le chef des arm\u00e9es protestantes. Et l\u2019Histoire s\u2019emballe\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La messe ou la mort.\u00a0\u00bb<span id=\"530\" class=\"cit-num\">530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 Henri\u00a0Ier de Bourbon-Cond\u00e9, le 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Pr\u00e9cis de l\u2019histoire de France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri\u00a0Ier de Bourbon-Cond\u00e9 (fils de Louis, assassin\u00e9 \u00e0 Jarnac) a fait alliance avec son cousin Henri de Navarre, devenant l\u2019un des chefs protestants les plus actifs. Il est men\u00e9 devant le jeune roi qui jure \u00ab\u00a0par la mort Dieu\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 faire tomber sa t\u00eate, s\u2019il ne se convertit pas. \u00ab\u00a0Je te donne trois jours pour changer d\u2019avis [\u2026] Trois jours, apr\u00e8s quoi il faudra choisir\u00a0: la messe ou la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Henri\u00a0Ier va abjurer, comme le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et pour la m\u00eame raison. La vie vaut bien une messe. Mais ce genre de conversion sous la contrainte vaut peu et ne dure pas. Et les guerres de Religion vont continuer de s\u2019encha\u00eener.<\/p>\n<h4>3\/ 1572 \u2013 Coligny<\/h4>\n<p>C\u00e9l\u00e8bre amiral, catholique converti \u00e0 la R\u00e9forme et conseiller de Charles <span class=\"caps\">IX<\/span>\u00a0: son assassinat par un sbire des Guise d\u00e9clenche le massacre de la St-Barthelemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Commen\u00e7ons \u00e0 former ce monstre par le ventre.\u00a0\u00bb<span id=\"509\" class=\"cit-num\">509<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral Gaspard de <span class=\"caps\">COLIGNY<\/span> (1519-1572). <em>Choix de Chroniques et M\u00e9moires sur l\u2019histoire de France<\/em> (1836), Jean Alexandre C. Buchon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour ce grand militaire, esprit logique et organisateur, la fourniture des vivres est le premier souci d\u2019un chef d\u2019arm\u00e9e \u2013 autrement dit, l\u2019intendance passe avant tout, quand il s\u2019agit de mettre sur pied une arm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c9lev\u00e9 dans la religion catholique, Coligny est tr\u00e8s en faveur \u00e0 la cour, avant de passer \u00e0 la R\u00e9forme. C\u2019est, avec Cond\u00e9, l\u2019un des chefs huguenots, mais de la tendance mod\u00e9r\u00e9e qui cherche \u00e0 n\u00e9gocier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 massacrer. Il participe activement \u00e0 la troisi\u00e8me guerre de Religion (1568-1570) et sauve 6 000 hommes apr\u00e8s l\u2019assassinat de Cond\u00e9. C\u2019est le noyau de la nouvelle arm\u00e9e protestante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il se souvienne qu\u2019il est p\u00e9rilleux de heurter contre la fureur fran\u00e7aise\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"511\" class=\"cit-num\">511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589) (encore duc d\u2019Anjou) parlant de Coligny, Moncontour, le 3\u00a0octobre 1569.<em> Choix de Chroniques et M\u00e9moires sur l\u2019histoire de France<\/em> (1836), Jean Alexandre C. Buchon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019amiral de Coligny \u00e0 la t\u00eate des huguenots, craignant la mutinerie de ses mercenaires faute de paiement et la d\u00e9fection de certains princes alli\u00e9s, a engag\u00e9 le combat avec des forces inf\u00e9rieures. Son arm\u00e9e est taill\u00e9e en pi\u00e8ces par celle du futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> qui n\u2019a que 18\u00a0ans et s\u2019illustre ici comme \u00e0 Jarnac.<\/p>\n<p>Coligny obtient pourtant la paix de Saint-Germain (paix de la Reine) sign\u00e9e par Catherine de M\u00e9dicis le 8\u00a0ao\u00fbt 1570 et mettant fin \u00e0 cette troisi\u00e8me guerre\u00a0: protestants amnisti\u00e9s, avec libert\u00e9 de conscience et du culte, acc\u00e8s \u00e0 tous les emplois publics, quatre places de s\u00fbret\u00e9 accord\u00e9es (La\u00a0Rochelle, Montauban, Cognac, La Charit\u00e9).<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait trop beau pour \u00eatre vrai\u00a0: la tol\u00e9rance a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre la politique de la r\u00e9gente depuis le renvoi de Michel de L\u2019Hospital et ses concessions ne sont plus que tactique pour gagner du temps \u2013 mais ces clauses seront reprises dans l\u2019\u00e9dit de Nantes, en 1598.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont pas des choses qu\u2019on n\u00e9gocie avec des femmes ni avec des clercs.\u00a0\u00bb<span id=\"515\" class=\"cit-num\">515<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral Gaspard de <span class=\"caps\">COLIGNY<\/span> (1519-1572), au roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi veut prendre l\u2019avis de Catherine de M\u00e9dicis et du cardinal de Lorraine, avant d\u2019entreprendre la guerre contre l\u2019Espagne que Coligny lui conseille, en d\u00e9cembre\u00a01571 \u2013 pour fonder en Flandre une r\u00e9publique calviniste.<\/p>\n<p>Coligny, mod\u00e9r\u00e9 parmi les huguenots, pousse le roi \u00e0 une politique de compromis en France et \u00e0 un renversement d\u2019alliances mettant la France aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Angleterre et des Pays-Bas (pays protestants).<\/p>\n<p>Mais Catherine n\u2019est plus si favorable \u00e0 la conciliation\u00a0: elle sait le m\u00e9contentement des catholiques apr\u00e8s la paix de Saint-Germain trop indulgente envers les protestants et craint que les Guise prennent la t\u00eate d\u2019une r\u00e9action pouvant \u00e9branler le tr\u00f4ne de son fils. Elle redoute aussi l\u2019influence grandissante de Coligny\u2026\u00a0et l\u2019amiral va le payer de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fortune, qui ne laisse jamais une f\u00e9licit\u00e9 enti\u00e8re aux humains, changea bient\u00f4t cet heureux \u00e9tat de triomphe et de noces en un tout contraire, par cette blessure de l\u2019Amiral, qui offensa tellement tous ceux de la religion que cela les mit comme en un d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb<span id=\"521\" class=\"cit-num\">521<\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> de <span class=\"caps\">VALOIS<\/span> (1553-1615), <em>M\u00e9moires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mariage devait sceller la r\u00e9conciliation entre catholiques et protestants. Mais les chefs catholiques ne peuvent admettre qu\u2019un protestant entre dans la famille royale. L\u2019amiral de Coligny, artisan de ce mariage, est le premier vis\u00e9 \u2013 et touch\u00e9 par l\u2019attentat.<\/p>\n<p>Dans la nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt, le tocsin de Saint-Germain-l\u2019Auxerrois appelle les milices bourgeoises et ameute la populace parisienne. Le premier des protestants vis\u00e9s sera Coligny.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-les, mais tuez-les tous, pour qu\u2019il n\u2019en reste pas un pour me le reprocher.\u00a0\u00bb<span id=\"523\" class=\"cit-num\">523<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), 23\u00a0ao\u00fbt 1572.<em> Nouvelle Histoire de France<\/em> (1922), Albert Malet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019amiral de Coligny \u00e9chappa au matin du 22\u00a0ao\u00fbt \u00e0 un (premier) attentat, vraisemblablement organis\u00e9 par les Guise. Le m\u00e9decin Ambroise Par\u00e9 assure que ce coup d\u2019arquebuse au bras sera sans cons\u00e9quence. Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> se rend au chevet de son conseiller qui le conjure de se \u00ab\u00a0d\u00e9fier de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Rentr\u00e9 au Louvre, il r\u00e9p\u00e8te pourtant ses propos \u00e0 Catherine de M\u00e9dicis qui se concerte avec les Guise\u00a0: le massacre des huguenots est d\u00e9cid\u00e9. Les protestants se r\u00e9pandent d\u00e9j\u00e0 dans les rues, r\u00e9clamant justice au nom de Coligny. Catherine persuade son fils. Et \u00e0 contrec\u0153ur, il donne son accord\u00a0: \u00ab\u00a0Tuez-les, tuez-les tous\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si c\u2019\u00e9tait un homme du moins\u00a0! C\u2019est un goujat\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"524\" class=\"cit-num\">524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral Gaspard de <span class=\"caps\">COLIGNY<\/span> (1519-1572), dans la nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, Guerres de religion<\/em> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Coligny toise l\u2019homme qui va le frapper, un certain B\u00eame, sbire des Guise, m\u00eame pas un seigneur digne de lui\u00a0! Cette exclamation de m\u00e9pris peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce grand militaire a servi tous les rois de France depuis Fran\u00e7ois\u00a0Ier, particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres, quitt\u00e9 plusieurs fois la cour pour fuir ses intrigues, toujours rappel\u00e9 pour ses qualit\u00e9s de courage, de diplomatie et m\u00eame de tol\u00e9rance, quand il se convertit \u00e0 la religion r\u00e9form\u00e9e.<\/p>\n<p>Sa fin \u00e0 53\u00a0ans est des plus humiliantes\u00a0: surpris dans son lit, achev\u00e9 \u00e0 coups de dague, son corps jet\u00e9 par la fen\u00eatre, \u00e9ventr\u00e9, \u00e9mascul\u00e9, d\u00e9capit\u00e9, puis port\u00e9 au gibet de Montfaucon, exhib\u00e9, pendu par les pieds, expos\u00e9 \u00e0 d\u2019autres s\u00e9vices, pour finir \u00e0 nouveau pendu place de Gr\u00e8ve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le corps d\u2019un ennemi mort sent toujours bon.\u00a0\u00bb<span id=\"525\" class=\"cit-num\">525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), le 24\u00a0ao\u00fbt, jour de la Saint-Barth\u00e9lemy (du nom du saint, f\u00eat\u00e9 sur le calendrier). Cit\u00e9 au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Voltaire (<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, volume\u00a0X), au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Alexandre Dumas (<em>La Reine Margot<\/em>), entre autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les guerres de Religion, c\u2019est l\u2019une des pages d\u2019Histoire les plus riches en mots. Ce mot (de l\u2019empereur romain Vitellius) est attribu\u00e9 \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, devant le corps de Coligny. Cette nuit, cet assassinat et ses suites \u2013 les milliers de morts et le sacrifice de son conseiller \u2013 hanteront cependant les nuits du jeune roi jusqu\u2019\u00e0 sa mort prochaine.<\/p>\n<p>Faible de caract\u00e8re, manipul\u00e9 par sa m\u00e8re et ses proches (les Guise et son fr\u00e8re Henri, le duc d\u2019Anjou), il semble qu\u2019il ait donn\u00e9 son accord pour tuer tous les chefs\u2026 Oui, mais pas tous les protestants de Paris, de Navarre et de France\u00a0!<\/p>\n<p>Selon certaines sources (dont Agrippa d\u2019Aubign\u00e9), il tirait \u00e0 l\u2019arquebuse sur les fuyards. Selon d\u2019autres historiens, il a tent\u00e9 d\u2019arr\u00eater la tuerie qui commence dans les rues, les ruelles. De toute mani\u00e8re, il est trop tard\u00a0! On a ferm\u00e9 les portes de Paris et la capitale est profond\u00e9ment anti-huguenote.<\/p>\n<p>La haine se d\u00e9cha\u00eene et chaque protestant passe pour un Coligny en puissance\u00a0: \u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019ordre royal du 23\u00a0ao\u00fbt est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9chos, tous les carrefours.<\/p>\n<h4>4\/ 1588 \u2013 Henri duc de Guise dit le Balafr\u00e9 (comme son p\u00e8re Fran\u00e7ois de Guise)<\/h4>\n<p>Chef des ultras (Ligue catholique) et ma\u00eetre de Paris, finalement assassin\u00e9 par la garde personnelle d\u2019Henri <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour entretenir la guerre en France, il faut sept cent\u00a0mille livres, tous les mois.\u00a0\u00bb<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri duc de <span class=\"caps\">GUISE<\/span> (1550-1588). <em>Histoire de France, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1860), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouvera ce billet manuscrit apr\u00e8s son assassinat. Il s\u2019exprime quasiment en roi et va se comporter comme tel \u2013 ce qui finira par lui co\u00fbter la vie.<\/p>\n<p>La reine Catherine de M\u00e9dicis l\u2019a \u00e9crit dans une lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne en ao\u00fbt 1570\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019argent est le nerf de la guerre.\u00a0\u00bb La \u00ab\u00a0petite phrase\u00a0\u00bb de Rabelais dans <em>Gargantua<\/em> (selon qui \u00ab\u00a0les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes\u00a0\u00bb) fera fortune dans l\u2019histoire. Mais au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e, tous les souverains d\u2019Europe ont d\u2019\u00e9normes besoins d\u2019argent pour leurs guerres qu\u2019il faut sans cesse faire ou pr\u00e9parer\u00a0: record historique de 85 ann\u00e9es de guerre en ce si\u00e8cle\u00a0! Et elles co\u00fbtent de plus en plus cher, avec le d\u00e9veloppement des armes \u00e0 feu, l\u2019entretien d\u2019arm\u00e9es permanentes, des effectifs croissants.<\/p>\n<p>Henri de Guise qui a conduit la troupe charg\u00e9e ex\u00e9cuter l\u2019amiral de Coligny, chef protestant qu\u2019il tenait pour responsable de la mort de son p\u00e8re, continue d\u2019\u00eatre le pilier du catholicisme ultra. Il accro\u00eet sa renomm\u00e9e en battant les protestants \u00e0 la bataille de Dormans (10 octobre 1575). Bless\u00e9 au visage, il en gardera la marque, d\u2019o\u00f9 son surnom d\u2019Henri le Balafr\u00e9 (selon certains auteurs, son p\u00e8re avait le m\u00eame surnom). Chef de l\u2019opposition aux protestants, il a secr\u00e8tement soutenu les premi\u00e8res ligues populaires qui naissent en 1576.<\/p>\n<p>La huiti\u00e8me et derni\u00e8re guerre de Religion (1585-1593) sera la plus longue. Baptis\u00e9e \u00ab\u00a0la guerre des trois Henri\u00a0\u00bb, elle oppose le roi de France Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Henri <span class=\"caps\">III<\/span> de Navarre (bient\u00f4t Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>) et Henri de Guise, le Balafr\u00e9, chef incontest\u00e9 de la Ligue. Aucun des trois Henri ne mourra au combat, mais chacun sera victime d\u2019un assassinat, dont deux relevant du r\u00e9gicide\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la religion dont tous les deux font parade, c\u2019est un beau pr\u00e9texte pour se faire suivre par ceux de leur parti\u00a0; mais la religion ne les touche ni l\u2019un ni l\u2019autre.\u00a0\u00bb<span id=\"561\" class=\"cit-num\">561<\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><span id=\"&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\"><br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592) en 1588. <em>Dictionnaire universel des Sciences morale, \u00e9conomique, politique et diplomatique<\/em> (1781), Jean B. Robinet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Catholique mod\u00e9r\u00e9, tr\u00e8s hostile aux catholiques \u00ab\u00a0z\u00e9l\u00e9s\u00a0\u00bb de la Ligue et ayant plusieurs fois rencontr\u00e9 Henri de Navarre, il t\u00e9moigne de cette \u00e9vidence\u00a0: les guerres de Religion ne sont plus religieuses, l\u2019enjeu est avant tout politique\u00a0! Henri de Navarre n\u2019a pas plus de conviction protestante que catholique et Henri de Guise ne pense qu\u2019\u00e0 devenir roi. La preuve\u00a0: il s\u2019est fait acclamer par Paris, au printemps 1588.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment sont n\u00e9es les barricades\u00a0? Pour lutter contre les cavaleries royales, le peuple n\u2019ayant jamais de cavalerie.\u00a0\u00bb<span id=\"562\" class=\"cit-num\">562<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976),<em> L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nom de \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Barricades\u00a0\u00bb sera donn\u00e9 \u00e0 plusieurs insurrections parisiennes de l\u2019histoire de France. La premi\u00e8re date du 12\u00a0mai 1588. Henri de Guise brave l\u2019interdiction du roi et se rend \u00e0 Paris, appel\u00e9 par les Seize (comit\u00e9 form\u00e9 par les ligueurs dans la capitale, compos\u00e9 de 16 membres repr\u00e9sentant les 16 quartiers de la ville). Tr\u00e8s populaire, on le surnomme \u00ab\u00a0le Roi de Paris\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> veut riposter avec ses troupes, mais la population se soul\u00e8ve, barrant les rues avec des barriques de terre. Le roi doit s\u2019enfuir et se r\u00e9fugie \u00e0 Chartres. Paris reste au duc de Guise et aux ligueurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est grand\u2019piti\u00e9 quand le valet chasse le ma\u00eetre.\u00a0\u00bb<span id=\"563\" class=\"cit-num\">563<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Achille de <span class=\"caps\">HARLAY<\/span> (1536-1619), premier pr\u00e9sident du Parlement de Paris, mai\u00a01588. <em>Discours sur la vie et la mort du pr\u00e9sident de Harlay<\/em> (1816), Jacques de la Vall\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Saluons le courage de ce magistrat\u00a0: il s\u2019adresse \u00e0 Henri de Guise qui a contraint Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> \u00e0 s\u2019enfuir de Paris. Ajoutant\u00a0: \u00ab\u00a0Au reste, mon \u00e2me est \u00e0 Dieu, mon c\u0153ur est \u00e0 mon roi et mon corps est entre les mains des m\u00e9chants\u00a0; qu\u2019on en fasse ce qu\u2019on voudra.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>In\u00e9branlablement fid\u00e8le au roi et membre influent du parti des Politiques (les mod\u00e9r\u00e9s), Harlay sera jet\u00e9 en prison par les Seize qui font r\u00e9gner la terreur dans la capitale. La situation est grave et le roi convoque les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Blois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je le sais, messieurs, <em>peccavi<\/em>, j\u2019ai offens\u00e9 Dieu, je m\u2019amenderai, je r\u00e9duirai ma maison au petit pied. S\u2019il y avait deux chapons, il n\u2019y en aura plus qu\u2019un.\u00a0\u00bb<span id=\"564\" class=\"cit-num\">564<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de Blois, ao\u00fbt \u00e0 d\u00e9cembre\u00a01588.<em> La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1860), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien d\u00e9crit l\u2019attitude du roi\u00a0dans une situation plus que difficile\u00a0: \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> vivait sur un \u00ab\u00a0grand pied\u00a0\u00bb, aimait les costumes raffin\u00e9s, les f\u00eates extravagantes, les ballets somptueux. Il reconna\u00eet la gravit\u00e9 de la situation financi\u00e8re, ayant convoqu\u00e9 les \u00c9tats pour obtenir des subsides, indispensable pour continuer cette guerre\u00a0: \u00ab\u00a0Comment voulez-vous que je vive\u00a0? Refuser l\u2019argent, c\u2019est me perdre, vous perdre, et l\u2019\u00c9tat avec nous.\u00a0\u00bb Mais l\u2019on se moquait de lui\u00a0: l\u2019un disait \u00ab\u00a0Alors, ne soyez donc point roi\u00a0\u00bb, et l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Ses paroles ne sont que vent.\u00a0\u00bb Il faisait venir les d\u00e9put\u00e9s, leur parlait avec respect, componction. Guise riait. Un autre disait\u00a0: \u00ab\u00a0La marmite du roi est renvers\u00e9e, messieurs\u00a0; allons, faites-la donc bouillir\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Henri de Guise ne cesse d\u2019humilier le roi et se conduit plus que jamais en v\u00e9ritable \u00ab\u00a0maire du palais\u00a0\u00bb. Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> qui craint pour son tr\u00f4ne aussi bien que pour sa vie feint de composer avec le duc de Guise. En fait, il ne l\u2019a attir\u00e9 l\u00e0 que pour mieux le pi\u00e9ger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je bois \u00e0 la sant\u00e9 du roi de France\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis de <span class=\"caps\">LORRAINE<\/span>, cardinal de <span class=\"caps\">GUISE<\/span> (1555-1588), 17 d\u00e9cembre 1588, portant un toast \u00e0 son fr\u00e8re le duc de Guise<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Repr\u00e9sentant du clerg\u00e9 aux \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux, il pousse tr\u00e8s loin l\u2019affront au roi et le paiera lui aussi de sa vie, assassin\u00e9 quelques jours apr\u00e8s en m\u00eame temps que son fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Le 2 octobre 1588, les \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux ont d\u00e9but\u00e9 au ch\u00e2teau de Blois. La nouvelle de l\u2019\u00e9chec de l\u203a\u00ab\u00a0Invincible Armada\u00a0\u00bb en ao\u00fbt 1588 conforte le roi de France. Mais la Ligue catholique reste majoritaire et le duc entame une nouvelle \u00e9preuve de force contre le roi. Gris\u00e9 par ses victoires et pouss\u00e9 par les ligueurs catholiques, le duc de Guise se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, la Sorbonne n\u2019a-t-elle pas oser pr\u00e9ciser qu\u2019on peut d\u00e9poser les \u00ab\u00a0mauvais rois\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><em>Quand ses partisans \u00e9voquaient les menaces sur sa vie venant du camp du roi\u00a0:<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019oserait.\u00a0\u00bb<span id=\"565\" class=\"cit-num\">565<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri de <span class=\"caps\">GUISE<\/span> (1550-1588), parlant du roi, fin 1588. Fi\u00e8re r\u00e9plique, reprise par Alexandre Dumas,<em> Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et sa cour<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire r\u00e9cente donnait pourtant l\u2019exemple de grands chefs de parti assassin\u00e9s, catholiques comme protestants\u00a0: Fran\u00e7ois de Guise (1563), le prince de Cond\u00e9 (1569), l\u2019amiral de Coligny (1572). Avant que vienne le tour des rois. Mais l\u2019orgueil aveugle Henri de Guise qui m\u00e9prise Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> pour sa faiblesse de caract\u00e8re, entre autres d\u00e9fauts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu qu\u2019il est grand\u00a0! Il para\u00eet encore plus grand mort que vivant.\u00a0\u00bb<span id=\"566\" class=\"cit-num\">566<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), face au corps du duc de Guise, ch\u00e2teau de Blois, 23\u00a0d\u00e9cembre 1588.<em> Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Quoique apocryphe, c\u00e9l\u00e8bre mot historique pr\u00eat\u00e9 \u00e0 Henri <span class=\"caps\">III<\/span>, voyant \u00e9tendu \u00e0 ses pieds le corps de son ennemi qui mesurait presque deux m\u00e8tres \u2013 un quasi g\u00e9ant, pour l\u2019\u00e9poque).<\/p>\n<p>Il a os\u00e9\u00a0: ordre donn\u00e9 aux Quarante-Cinq (garde personnelle du roi, immortalis\u00e9e par le roman de Dumas) d\u2019assassiner Henri le Balafr\u00e9 ainsi que son fr\u00e8re Louis, cardinal de Lorraine \u2013 arr\u00eat\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 le lendemain dans sa prison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est bien taill\u00e9 mon fils\u00a0; maintenant il faut recoudre.\u00a0\u00bb<span id=\"567\" class=\"cit-num\">567<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, ch\u00e2teau de Blois, 23\u00a0d\u00e9cembre 1588.<em> Dictionnaire des citations fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res<\/em> (1982), Robert Carlier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi courut annoncer \u00e0 sa m\u00e8re l\u2019assassinat de son pire ennemi, le duc de Guise. Cette fa\u00e7on d\u2019\u00e9liminer ceux qui font obstacle au pouvoir de ses fils est bien dans ses m\u0153urs \u2013 et dans celles de l\u2019\u00e9poque. Mais \u00e0 70\u00a0ans, et \u00e0 quelques jours de sa mort (5\u00a0janvier 1589), la reine m\u00e8re se fait-elle beaucoup d\u2019illusions sur l\u2019avenir de son dernier fils\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 pr\u00e9sent, je suis roi.\u00a0\u00bb<span id=\"568\" class=\"cit-num\">568<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589)\u00a0: billet adress\u00e9 au l\u00e9gat du pape et \u00e9crit de sa main, qui commence par ces mots.<em> Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il annonce \u00e0 Sixte Quint (grand b\u00e2tisseur de Rome) l\u2019assassinat du duc de Guise et de son fr\u00e8re. Le pape r\u00e9pond en excommuniant le roi de France\u00a0!<\/p>\n<p>Le corps d\u2019Henri de Guise est confi\u00e9 au grand pr\u00e9v\u00f4t de France qui par commandement du roi le fait d\u00e9pecer par le bourreau puis br\u00fbler \u00e0 la chaux vive avant que ses cendres ne soient dispers\u00e9es dans la Loire. Le m\u00eame jour sont arr\u00eat\u00e9s sa m\u00e8re Anne, son fils Charles. Son fr\u00e8re Louis est ex\u00e9cut\u00e9 puis br\u00fbl\u00e9, ses cendres jet\u00e9es \u00e0 la rivi\u00e8re le lendemain.<\/p>\n<p>\u00c0 la nouvelle du drame de Blois, Paris se soul\u00e8ve. Un autre Guise, fr\u00e8re cadet d\u2019Henri, Charles de Lorraine, duc de Mayenne, prend la t\u00eate de la Ligue et le pouvoir \u00e0 Paris. Il s\u2019autoproclame lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume. Le roi tente de \u00ab\u00a0recoudre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4>5\/ 1589 \u2013 Henri <span class=\"caps\">III<\/span><\/h4>\n<p>Fervent catholique, mais finalement alli\u00e9 \u00e0 Henri de Navarre (protestant et futur roi)\u00a0: assassin\u00e9 par un ligueur fanatique et r\u00e9gicide, Jacques Cl\u00e9ment.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les autres ne sont rien o\u00f9 nous ne parlons point.\u00a0\u00bb<span id=\"541\" class=\"cit-num\">541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589). Lettres de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de France, recueillies par Pierre Champion.<em> Revue d\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise de France<\/em>, ann\u00e9e 1960, n\u00b0\u00a0143.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Affirmation de puissance de la Majest\u00e9 royale.<\/p>\n<p>Personnage diversement jug\u00e9\u00a0: brave, intelligent, travailleur, cultiv\u00e9, il veut faire l\u2019unit\u00e9 de la France autour de lui. On lui doit d\u2019importantes r\u00e9formes qui lui valent le surnom de \u00ab\u00a0Roi de la basoche\u00a0\u00bb. La grande ordonnance de Blois (mai\u00a01579) reprend et clarifie toutes les lois ant\u00e9rieures sur l\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise, la justice, l\u2019enseignement, la fiscalit\u00e9, le commerce, le gouvernement des provinces, etc. Le \u00ab\u00a0code Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0\u00bb (1587) se veut recueil \u00ab\u00a0des ordonnances fran\u00e7aises r\u00e9duites en sommaires \u00e0 la forme et mod\u00e8le du droit romain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais le roi est trop souvent ind\u00e9cis et son homosexualit\u00e9 lui fait accorder un cr\u00e9dit excessif \u00e0 ses mignons, \u00c9pernon et Joyeuse (par ailleurs excellents guerriers). Les d\u00e9sordres du temps ne favorisent pas non plus l\u2019autorit\u00e9 royale\u00a0! Il affrontera les quatre derni\u00e8res guerres de Religion, chaque paix sign\u00e9e relance la suivante. Heureusement, le parti des \u00ab\u00a0Politiques\u00a0\u00bb vient \u00e0 son secours\u00a0: un de leur manifeste fait appara\u00eetre l\u2019expression de \u00ab\u00a0lois fondamentales du royaume\u00a0\u00bb en 1575.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis propos\u00e9 pour unique fin le bien, salut et repos de mes sujets. En cette intention, j\u2019ai finalement pris la voie de douceur et r\u00e9conciliation, de laquelle l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 recueilli ce fruit qu\u2019elle a \u00e9teint le feu de la guerre dont tout ce royaume \u00e9tait enflamm\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"544\" class=\"cit-num\">544<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), Discours aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de Blois, 6\u00a0d\u00e9cembre 1576. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, les d\u00e9buts de la Ligue, 1574-1578<\/em> (1887), Berthold Zellar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La volont\u00e9 royale ne fait pas de doute, mais son pouvoir est insuffisant et le temps n\u2019est pas encore venu de la mod\u00e9ration et des Politiques.<\/p>\n<p>Les princes protestants ont battu l\u2019arm\u00e9e royale. Par la paix de Monsieur \u2013\u00a0ou paix de Beaulieu, en mai\u00a01576\u00a0\u2013, ils gagnent la libert\u00e9 de culte (hors Paris) et de nombreuses places fortes dans le Midi. Les victimes de la Saint-Barth\u00e9lemy sont r\u00e9habilit\u00e9es, leurs biens restitu\u00e9s aux familles. D\u2019autres mesures financi\u00e8res vident le Tr\u00e9sor, Catherine de M\u00e9dicis met ses bijoux en gage, mais \u00e7a ne suffit pas\u00a0! D\u2019o\u00f9 la convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p>Cette paix m\u00e9contente les ultra-catholiques. Des ligues de d\u00e9fense de la religion se cr\u00e9ent en Picardie, puis un peu partout, bient\u00f4t unies en Ligue (Sainte Ligue ou Sainte Union) derri\u00e8re le duc de Guise, avec l\u2019appui du pape et du roi Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne. Et la sixi\u00e8me guerre de Religion commence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je poursuis constamment mon dessein de la r\u00e9union de tous mes sujets \u00e0 notre religion.\u00a0\u00bb<span id=\"558\" class=\"cit-num\">558<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), \u00e0 Hurault de Maisse, ambassadeur \u00e0 Venise, juillet\u00a01586.<em> Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1959), Jean H\u00e9ritier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais le roi ne peut m\u00eame pas s\u2019allier les catholiques les plus ardents de la Ligue dont il a pris la t\u00eate\u00a0! Ce n\u2019est point fanatisme religieux de sa part, mais la France est en majorit\u00e9 catholique et le moyen le plus \u00e9vident de refaire l\u2019unit\u00e9 du pays serait d\u2019amener les protestants \u00e0 se convertir. En attendant, il doit les combattre, \u00e0 commencer par leur chef, Henri de Navarre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenez-vous que je suis votre roi et que Dieu, le devoir et la raison veulent tous ensemble que vous me satisfassiez.\u00a0\u00bb<span id=\"569\" class=\"cit-num\">569<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), \u00e0 Pierre d\u2019\u00c9pinac, mai 1588.<em> Henri <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: roi shakespearien<\/em> (1985), Pierre Chevallier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi, fervent catholique, en appelle \u00e0 Pierre d\u2019\u00c9pinac, archev\u00eaque de Lyon et catholique ligueur. L\u2019appel n\u2019est pas entendu et l\u2019excommunication en fait un ennemi, aux yeux des catholiques.<\/p>\n<p>En d\u00e9sespoir de cause, Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> va faire alliance contre les ligueurs avec le chef des protestants, le roi Henri <span class=\"caps\">III<\/span> de Navarre (futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appelle avec moi tous ceux qui auront ce saint d\u00e9sir de paix. Je vous conjure tous, je vous appelle comme Fran\u00e7ais. Je vous somme que vous ayez piti\u00e9 de cet \u00c9tat.\u00a0\u00bb<span id=\"571\" class=\"cit-num\">571<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">NAVARRE<\/span> (1553-1610), 4\u00a0mars 1589. <em>Pens\u00e9es choisies des rois de France<\/em> (1920), recueillies et annot\u00e9es par Gabriel Boissy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nouvel alli\u00e9 du roi en appelle \u00e0 son tour \u00e0 l\u2019union des Fran\u00e7ais contre la Ligue. Au milieu de la tourmente religieuse et politique, il se montre d\u00e9j\u00e0 tel qu\u2019il sera, soucieux du bien-\u00eatre des paysans, cette partie essentielle du peuple qu\u2019il d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0le grenier du royaume, le champ fertile de cet \u00c9tat, de qui le travail nourrit les princes, la sueur les abreuve\u00a0\u00bb. Longue et superbe adjuration. Qui ne sera pas entendue. Seule la force peut d\u00e9nouer une telle situation.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e d\u2019Henri de Navarre rejoint celle du roi. La priorit\u00e9 est de s\u2019emparer de Paris, livr\u00e9 aux fanatiques. Partout, des pr\u00eacheurs appellent au r\u00e9gicide \u2013 la nouvelle \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis tellement r\u00e9solu en la religion catholique, je crois si fermement n\u2019y avoir point de salut hors d\u2019elle, que je prie Dieu me donner plut\u00f4t la mort que de permettre [\u2026] de varier jamais en cette cr\u00e9ance.\u00a0\u00bb<span id=\"572\" class=\"cit-num\">572<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), Lettre \u00e0 Jean de La Barri\u00e8re, abb\u00e9 de Notre-Dame des Feuillants, 6\u00a0avril 1589.<em> Vie du v\u00e9n\u00e9rable Jean de La Barri\u00e8re, abb\u00e9 et r\u00e9formateur de l\u2019abbaye des Feuillants, fondateur de la Congr\u00e9gation des Feuillants et des Feuillantines, et ses rapports avec Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, roi de France\u00a0: avec pi\u00e8ces justificatives<\/em> (1885), Annoncia Baxy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec les \u00e9preuves, la pi\u00e9t\u00e9 du roi devient extr\u00eame, sinon maladive. Persuad\u00e9 que ses malheurs (dont l\u2019absence d\u2019h\u00e9ritiers) et ceux de son royaume sont caus\u00e9s par ses p\u00e9ch\u00e9s, il participe aux processions de p\u00e9nitents, s\u2019impose des retraites spirituelles, se mortifie dans des monast\u00e8res. Il a cr\u00e9\u00e9 le couvent de Notre-Dame des Feuillants en 1587. Il se rapproche de ces moines blancs qui vont toujours t\u00eate et pieds nus, mangent \u00e0 genoux, dorment sur des planches et s\u2019imposent des privations surhumaines.<\/p>\n<p>Le roi noue avec l\u2019abb\u00e9 une relation intime, ponctu\u00e9e de lettres \u00e9mouvantes. La Barri\u00e8re lui reste fid\u00e8le, alors que certains de ses disciples participent \u00e0 la Ligue \u2013 tel Bernard de Montgaillard, dit le Petit Feuillant, dont le roi d\u00e9plore l\u2019attitude.<\/p>\n<p>Cette lettre \u00e9crite \u00e0 Tours se termine ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Continuez vos bonnes pri\u00e8res et oraisons pour moi envers Sa divine Majest\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019il lui plaise fortifier et assister de sa gr\u00e2ce ma juste cause et bonne intention, comme je le prie qu\u2019il vous ait, monsieur de Feuillants, en sa sainte garde.\u00a0\u00bb<br>Jean de La Barri\u00e8re, boulevers\u00e9, prononcera l\u2019oraison fun\u00e8bre du roi, au Parlement de Bordeaux. Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> se savait menac\u00e9, quasiment condamn\u00e9, tant la haine et le fanatisme sont grands.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! le m\u00e9chant moine, il m\u2019a tu\u00e9, qu\u2019on le tue\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"573\" class=\"cit-num\">573<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), Saint-Cloud, 1er\u00a0ao\u00fbt 1589, \u00ab\u00a0premier mot de la fin\u00a0\u00bb. <em>M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au ch\u00e2teau de Saint-Cloud, le roi pr\u00e9pare le si\u00e8ge de Paris avec Henri de Navarre\u00a0: 30\u00a0000 hommes sont pr\u00eats \u00e0 attaquer la capitale, d\u00e9fendue par la milice bourgeoise et la Ligue, arm\u00e9e par Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Dominicain de 22\u00a0ans, ligueur fanatique, Jacques Cl\u00e9ment pr\u00e9parait son geste\u00a0: le complot est connu, approuv\u00e9 de nombreux catholiques et b\u00e9ni par le pape Sixte Quint. Le moine r\u00e9ussit \u00e0 approcher le roi \u2013 seul, sur sa chaise perc\u00e9e.<\/p>\n<p>La garde personnelle (les Quarante-Cinq), alert\u00e9e par les cris du roi poignard\u00e9, transperce l\u2019assassin \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e\u00a0: d\u00e9fenestr\u00e9, le corps est sit\u00f4t tir\u00e9 par quatre chevaux, \u00e9cartel\u00e9, et br\u00fbl\u00e9 sur le b\u00fbcher, pour r\u00e9gicide.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se rejouera avec Ravaillac et Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Ces assassinats, comme tous les complots et attentats contre les rois de l\u2019\u00e9poque, s\u2019inspirent de la th\u00e9orie du tyrannicide, dont Jean Gerson fut l\u2019un des proph\u00e8tes\u00a0: \u00ab\u00a0Nulle victime n\u2019est plus agr\u00e9able \u00e0 Dieu qu\u2019un tyran.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seul Henri de Navarre a droit au tr\u00f4ne, et il est d\u2019un caract\u00e8re trop sinc\u00e8re et trop noble pour ne pas rentrer dans le sein de l\u2019\u00c9glise\u00a0; t\u00f4t ou tard, il reviendra \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"574\" class=\"cit-num\">574<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), sur son lit de mort, \u00ab\u00a0second mot de la fin\u00a0\u00bb, 1er\u00a0ao\u00fbt 1589. <em>La Conversion et l\u2019abjuration d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, roi de France et de Navarre<\/em>, Henri Gaubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi bless\u00e9 \u00e0 mort, transport\u00e9 sur son lit, met en garde son alli\u00e9 contre le danger qui le menace \u00e0 son tour et le conjure de se convertir.<\/p>\n<p>Enfin et surtout, il trouve la force de d\u00e9signer son successeur au tr\u00f4ne et de le faire reconna\u00eetre face aux nobles pr\u00e9sents. En m\u00eame temps, il proph\u00e9tise la conversion d\u2019Henri de Navarre. De tous les mots de la fin qui ponctuent l\u2019histoire de France, celui d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> a une port\u00e9e doublement remarquable.<\/p>\n<p>Le roi meurt le lendemain\u00a0: c\u2019est la fin de la dynastie des Valois, au pouvoir depuis 1328. Place \u00e0 la dynastie des Bourbons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Roy \u00e9toit un bon prince, s\u2019il e\u00fbt rencontr\u00e9 un meilleur si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<span id=\"575\" class=\"cit-num\">575<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de l\u2019<span class=\"caps\">ESTOILE<\/span> (1546-1611),<em> M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le jugement du fid\u00e8le chroniqueur, \u00e0 la mort du roi. Avec le recul de l\u2019Histoire, il semble que ce soit bien vu. Le personnage est toujours discut\u00e9, mais son action finit par \u00eatre reconnue.<\/p>\n<p>Quant au si\u00e8cle d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, son fanatisme \u00e9tonne autant qu\u2019il effraie. Paris honore le moine meurtrier comme un saint et un martyr. On c\u00e9l\u00e8bre des messes pour le repos de son \u00e2me, son portrait tr\u00f4ne sur l\u2019autel des \u00e9glises. On le nomme lib\u00e9rateur de la religion, sauveur de Paris. L\u2019ambassadeur d\u2019Espagne annonce \u00e0 Philippe Il l\u2019assassinat d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> en disant\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 la main seule du Tr\u00e8s-Haut qu\u2019on est redevable de cet heureux \u00e9v\u00e9nement.\u00a0\u00bb On demande au pape la b\u00e9atification de Jacques Cl\u00e9ment, et, dans les processions, on porte son image sur une banni\u00e8re, comme celle d\u2019un saint et d\u2019un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Cependant que les princes ultra-catholiques jurent de ne jamais reconna\u00eetre Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> pour roi\u00a0: \u00ab\u00a0Plut\u00f4t mourir de mille morts\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>6\/ 1610 \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/h4>\n<p>Protestant converti au catholicisme, particuli\u00e8rement expos\u00e9 aux attentats, finalement assassin\u00e9 par Ravaillac (adepte du tyrannicide) et devenu le plus populaire de nos rois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Diable est d\u00e9cha\u00een\u00e9. Je suis \u00e0 plaindre et c\u2019est merveille que je ne succombe pas sous le faix. Si je n\u2019\u00e9tais huguenot, je me ferais Turc\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"560\" class=\"cit-num\">560<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">NAVARRE<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Diane d\u2019Andouins, dite la Belle Corisande, 8\u00a0mars 1588. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en Gascogne (1553-1589)<\/em>, Charles Henry Joseph de Batz-Trenquell\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi de Navarre se plaint \u00e0 sa ma\u00eetresse de cette guerre de Religion dont il ne voit pas la fin \u2013 et qu\u2019elle finance d\u2019ailleurs par amour pour lui.<\/p>\n<p>Gris\u00e9 par ses victoires et pouss\u00e9 par les ligueurs catholiques (soutenus par les subsides du tr\u00e8s catholique roi d\u2019Espagne Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), Henri de Guise se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France et se comporte comme tel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 Marie de M\u00e9dicis.<em> Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi sait-il que sa femme n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui\u00a0? Cette phrase est en tout cas pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0(Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>)\u00a0: une v\u00e9ritable guerre, au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, pour finir en exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4tez tout cela de votre esprit. Dites des chapelets, mangez de bons potages et retournez en votre pays\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"660\" class=\"cit-num\">660<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">P\u00e8re d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGNY<\/span> (fin <span class=\"caps\">XVI<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle) \u00e0 Ravaillac, au matin du 14\u00a0mai 1610. <em>La Politique des j\u00e9suites<\/em> (1955), Pierre Dominique<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Successivement valet de chambre, ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, convers chez les Feuillants qui le chass\u00e8rent, Fran\u00e7ois Ravaillac, comme Jacques Cl\u00e9ment vingt ans avant, a la t\u00eate tourn\u00e9e par ceux qui pr\u00eachent la l\u00e9gitimit\u00e9 du tyrannicide et haussent le ton\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> s\u2019appr\u00eate \u00e0 entrer en guerre contre les Habsbourg (Espagne et Pays-Bas) trop puissants en Europe et \u00e0 s\u2019allier aux princes protestants. L\u2019id\u00e9e d\u2019un nouveau conflit avec la tr\u00e8s catholique Espagne fait horreur aux extr\u00e9mistes catholiques de France. Assassiner le roi para\u00eet la solution \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ravaillac, s\u00fbr de sa mission, exalt\u00e9 par ses visions, se dit l\u2019homme du destin et va confesser son intention\u00a0: ne pouvant approcher le roi pour lui parler, il veut le poignarder. Le p\u00e8re n\u2019y croit pas \u2013 ou feint de ne pas le croire\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je mourrai un de ces jours et, quand vous m\u2019aurez perdu, vous conna\u00eetrez lors ce que je valais et la diff\u00e9rence qu\u2019il y a de moi aux autres hommes.\u00a0\u00bb<span id=\"661\" class=\"cit-num\">661<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, au matin du 14\u00a0mai 1610. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1822), Maximilien de B\u00e9thune Sully<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce jour-l\u00e0, de tr\u00e8s bonne heure, le roi est assailli de pressentiments. Il se sait menac\u00e9, apr\u00e8s douze tentatives en dix ans \u2013 dix-huit selon d\u2019autres calculs et vingt-cinq durant son r\u00e8gne\u00a0!<\/p>\n<p>Outre la th\u00e9orie du tyrannicide qui causa la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u2019autres motifs existent\u00a0: la fiscalit\u00e9 qui s\u2019alourdit pour pr\u00e9parer la guerre, le m\u00e9contentement croissant du peuple, les nobles jaloux des honneurs qu\u2019ils n\u2019ont pas, une affaire de c\u0153ur avec une tr\u00e8s jeune ma\u00eetresse mari\u00e9e au prince de Cond\u00e9 et qui se complique, une conspiration avec l\u2019Espagne, n\u00e9e dans l\u2019entourage de la reine et que le roi ne doit pas ignorer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien.\u00a0\u00bb<span id=\"662\" class=\"cit-num\">662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), mot de la fin, 14\u00a0mai 1610. <em>Histoire du r\u00e8gne de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1862), Auguste Poirson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019\u00eatre poignard\u00e9 par Ravaillac\u00a0: l\u2019homme a saut\u00e9 dans le carrosse bloqu\u00e9 par un encombrement, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait \u00e0 l\u2019Arsenal, chez Sully son ministre et ami, souffrant. Le bless\u00e9 a tressailli sous le coup et redit \u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien\u00a0\u00bb, avant de mourir.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gicide sera \u00e9cartel\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9\u00a0: il affirme avoir agi seul. Sully, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, n\u2019y croit pas. Le myst\u00e8re demeure sur la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand. C\u2019est l\u2019une des grandes \u00e9nigmes de l\u2019Histoire de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais n\u2019\u00eatre point roi et que mon fr\u00e8re le f\u00fbt plut\u00f4t\u00a0: car j\u2019ai peur qu\u2019on me tue, comme on a fait du roi mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"663\" class=\"cit-num\">663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), le soir du 14\u00a0mai 1610.<em> Journal pour le r\u00e8gne de Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (posthume, 1960), Pierre de L\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019enfant qui n\u2019a pas neuf ans restera traumatis\u00e9 \u00e0 jamais par ce drame o\u00f9 sa m\u00e8re est sans doute compromise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 m\u2019excusera. Les rois ne meurent point en France.\u00a0\u00bb<span id=\"664\" class=\"cit-num\">664<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BRULART<\/span> de <span class=\"caps\">SILLERY<\/span> (1544-1624), 14\u00a0mai 1610. <em>Le Mercure fran\u00e7ais<\/em> (1611), Jean Richier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le chancelier, devant le petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, cependant que la reine Marie de M\u00e9dicis se lamente bien fort sur le corps du roi ramen\u00e9 au Louvre et que les conseillers la prient instamment d\u2019agir \u00ab\u00a0en homme et en roi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En juriste, Sillery rappelle un tr\u00e8s ancien pr\u00e9cepte de la monarchie fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi de France ne meurt jamais\u00a0\u00bb de sorte que le tr\u00f4ne ne soit jamais vacant, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi est mort. Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que je dise ici que la France, en le perdant, perdit un des plus grands rois qu\u2019elle e\u00fbt encore eus\u00a0; il n\u2019\u00e9tait pas sans d\u00e9fauts, mais en r\u00e9compense il avait de sublimes vertus.\u00a0\u00bb<span id=\"665\" class=\"cit-num\">665<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630).<em> Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu<\/em> (1857), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Protestant ardent, mais rest\u00e9 fid\u00e8le au roi m\u00eame apr\u00e8s l\u2019abjuration et l\u2019\u00e9dit de Nantes (qui ne le satisfaisait pas), d\u2019Aubign\u00e9 \u00e9nonce une grande v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand.<\/p>\n<p>L\u2019assassinat frappe la France de stupeur et fait du roi un martyr. Ce drame change aussit\u00f4t son image, fait taire toute critique et donne au personnage une immense popularit\u00e9. La l\u00e9gende fera le reste. D\u2019autant que la r\u00e9gente qui lui succ\u00e8de manque totalement de ces vertus politiques qui font les grands r\u00e8gnes.<\/p>\n<h4>7\/ 1617 \u2013 Concino Concini<\/h4>\n<p>Prot\u00e9g\u00e9 et conseiller de Marie de M\u00e9dicis, ministre tout puissant, assassin\u00e9 sur ordre de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> qui va enfin pouvoir r\u00e9gner, au terme de ce coup d\u2019\u00c9tat royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand je pense que mon p\u00e8re n\u2019\u00e9tait que le secr\u00e9taire du grand-duc de Toscane et que je suis aujourd\u2019hui le favori de la reine, et \u00e0 ce titre, le Premier ministre du royaume le plus puissant d\u2019Occident\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Concino <span class=\"caps\">CONCINI<\/span> (1569-1617), mar\u00e9chal de France et marquis d\u2019Ancre, baron de L\u00e9signy, comte de Penna,\u00a0 H\u00e9l\u00e8ne Duccini, <em>Concini, Grandeur et mis\u00e8re du favori de Marie de M\u00e9dicis<\/em> (1991)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son ascension est li\u00e9e au destin de Marie de M\u00e9dicis, devenue r\u00e9gente apr\u00e8s l\u2019assassinat d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>. Il se m\u00e9fiait de Concini et de sa femme Leonora Galiga\u00ef\u00a0: \u00ab\u00a0Je leur trouve des desseins au-dessus de leur condition et contraires \u00e0 leur devoir.\u00a0\u00bb Mais Concini est un bon partenaire de jeu de cartes\u2026 et le roi lui confie certaines missions diplomatiques, le nomme premier ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel et premier \u00e9cuyer, bien plac\u00e9 pour surveiller et influencer la reine.<\/p>\n<p>La mort d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> permet l\u2019irr\u00e9sistible ascension des deux ambitieux. La reine a besoin d\u2019un homme de confiance pour r\u00e9gner et Concini s\u2019est arrang\u00e9 pour \u00e9pouser sa s\u0153ur de lait, L\u00e9onora Dori, surnomm\u00e9e la Galiga\u00ef, dame d\u2019atours un peu sorci\u00e8re, astrologue, devenue sa confidente et amie.<\/p>\n<p>Depuis sa majorit\u00e9 en 1614, Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> semble impatient de gouverner seul, sans s\u2019encombrer de sa m\u00e8re ni de son entourage. Il cherche surtout \u00e0 se d\u00e9barrasser de l\u2019encombrant personnage qui contr\u00f4le tous les \u00e9chelons du pouvoir, se permet de se couvrir en sa pr\u00e9sence et de s\u2019asseoir sur le tr\u00f4ne \u00e0 sa place\u00a0! Concini a tout fait pour se rendre d\u00e9testable \u2013 c\u2019est la \u00ab\u00a0l\u00e9gende noire\u00a0\u00bb de Concini, m\u00eame si sa derni\u00e8re biographe tend \u00e0 r\u00e9habiliter l\u2019homme d\u2019\u00c9tat, entre Sully et Richelieu, dans la continuit\u00e9 des grands ministres qui ont b\u00e2ti la monarchie absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme le plus puissant du royaume, c\u2019est moi. Ce jeune Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> n\u2019osera jamais porter atteinte \u00e0 celui qui a tenu la France alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait encore qu\u2019un enfant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Concino <span class=\"caps\">CONCINI<\/span> (1569-1617), mar\u00e9chal de France et marquis d\u2019Ancre, baron de L\u00e9signy, comte de Penna,\u00a0 H\u00e9l\u00e8ne Duccini,<em> Concini, Grandeur et mis\u00e8re du favori de Marie de M\u00e9dicis<\/em> (1991)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et pourtant\u2026 le jeune roi va se d\u00e9cider au coup d\u2019\u00c9tat qui met fin \u00e0 la R\u00e9gence. Difficile de faire arr\u00eater un homme qui dispose d\u2019une arm\u00e9e personnelle de 7\u00a0000 soldats\u00a0! Apr\u00e8s avoir longtemps h\u00e9sit\u00e9, il va le faire assassiner dans la cour du Louvre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au nom du roi, je vous arr\u00eate\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron de <span class=\"caps\">VITRY<\/span> (1581-1644), mar\u00e9chal de France et capitaine des gardes du roi. Centre de recherche du ch\u00e2teau de Versailles, <em>Nouvelle collections des M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, tome V\u00a0: Relation exacte de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 la mort du mar\u00e9chal d\u2019Ancre<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Que se passe-t-il donc\u00a0?\u00a0\u00bb s\u2019exclame Concino Concini, portant la main \u00e0 son \u00e9p\u00e9e. Les soldats l\u2019entourent et referment la porte d\u2019acc\u00e8s au Louvre derri\u00e8re lui, emp\u00eachant son escorte de venir le retrouver. Vitry sort son pistolet et tire cinq coups, trois atteignent Concini au visage et \u00e0 la gorge. Il tombe \u00e0 genoux, dos au parapet, tandis que les gardes l\u2019ach\u00e8vent \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e. Une fen\u00eatre de l\u2019appartement royal s\u2019ouvre\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Merci\u00a0! Grand merci \u00e0 vous\u00a0! \u00c0 cette heure, je suis roi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"670\" class=\"cit-num\">670<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), au baron de Vitry, apr\u00e8s l\u2019assassinat de Concini au Louvre, 24\u00a0avril 1617. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste<\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019en pouvait plus d\u2019attendre, \u00e9cart\u00e9 par sa m\u00e8re qui le traite en enfant et humili\u00e9 par son conseiller nomm\u00e9 mar\u00e9chal d\u2019Ancre et promu mar\u00e9chal de France alors qu\u2019il n\u2019a jamais combattu. Ministre tout-puissant \u00e0 la cour, Concini \u00e9tait \u00e9galement devenu tr\u00e8s impopulaire dans le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on m\u2019aille qu\u00e9rir les vieux serviteurs du feu roi mon p\u00e8re et anciens conseillers de mon Conseil d\u2019\u00c9tat. C\u2019est par le conseil de ceux-l\u00e0 que je veux gouverner.\u00a0\u00bb<span id=\"671\" class=\"cit-num\">671<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), apr\u00e8s l\u2019assassinat de Concini au Louvre, 24\u00a0avril 1617. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1843), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier acte d\u2019autorit\u00e9, le jeune roi de 15 ans roi fait le vide au Conseil, renvoyant par l\u00e0 m\u00eame Richelieu, li\u00e9 au clan Concini. Et il rappelle Brulart de Sillery et les \u00ab\u00a0barbons\u00a0\u00bb du temps de son p\u00e8re Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si on ne veut pas lui dire la nouvelle, qu\u2019on la lui chante\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"672\" class=\"cit-num\">672<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1575-1642), 24\u00a0avril 1617. <em>Richelieu<\/em> (1968), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine m\u00e8re a ce mot terrible, quand on lui demande d\u2019annoncer la mort de Concini \u00e0 sa femme L\u00e9onora Galiga\u00ef \u2013 confidente et s\u0153ur de lait de Marie de M\u00e9dicis, c\u2019est une amie de quarante ans\u00a0!<\/p>\n<p>Concini abattu dans la cour du Louvre, enterr\u00e9 discr\u00e8tement dans l\u2019\u00e9glise Saint-Germain-l\u2019Auxerrois, est exhum\u00e9 par la populace parisienne et tra\u00een\u00e9 dans les rues de Paris, puis profan\u00e9. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lapid\u00e9 et b\u00e2tonn\u00e9, il est pendu par les pieds \u00e0 l\u2019une des potences qu\u2019il avait fait \u00e9lever sur le pont Neuf, puis d\u00e9pec\u00e9 et ses restes br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p>Sa femme est jug\u00e9e pour trahison, sorcellerie, juiverie, pratique de la magie r\u00e9prouv\u00e9e et de l\u2019astrologie judiciaire. Condamn\u00e9e pour crime de \u00ab\u00a0l\u00e8se-majest\u00e9 divine et humaine\u00a0\u00bb, elle est d\u00e9capit\u00e9e, mais la foule ne l\u2019a pas conspu\u00e9e. Elle a vu que cette femme a su faire preuve de courage, tandis que les juges ont sembl\u00e9 s\u2019acharner contre elle. L\u2019opinion publique s\u2019\u00e9tait retourn\u00e9e en sa faveur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On m\u2019a fait, six ans durant, fouetter les mulets aux Tuileries. Il est temps qu\u2019enfin je fasse mon m\u00e9tier de roi.\u00a0\u00bb<span id=\"674\" class=\"cit-num\">674<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0(1601-1643), apr\u00e8s la mort de Concini et le d\u00e9part de Marie de M\u00e9dicis.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu<\/em> (1855), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour une fois, le romancier est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire et le mot de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> est souvent repris. L\u2019heure de sa revanche a sonn\u00e9. Richelieu (introduit au Conseil du roi par Concini) est rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 Lu\u00e7on, mais il saura rendre cette disgr\u00e2ce tr\u00e8s provisoire. Marie de M\u00e9dicis se retrouve en exil et en prison \u00e0 Blois, mais s\u2019en \u00e9vadera en 1619 pour prendre la t\u00eate d\u2019une r\u00e9volte des Grands contre le roi.<\/p>\n<p>Pour faire son m\u00e9tier de roi qu\u2019il prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> aura toujours besoin d\u2019un second. Luynes \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, promu duc, pair, conn\u00e9table de France, gouverneur de Picardie, va diriger les affaires du royaume. Belle promotion pour le fauconnier royal \u2013 il est vrai que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> adore la chasse. Mais quand m\u00eame, tant d\u2019honneurs et de pouvoir\u00a0! On va jusqu\u2019\u00e0 comparer le favori \u00e0 Concini.<\/p>\n<h4>8\/ 1793 \u2013 Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span><\/h4>\n<p>Victime de la R\u00e9volution, condamn\u00e9 et guillotin\u00e9 au terme d\u2019un proc\u00e8s perdu d\u2019avance et tr\u00e8s diversement jug\u00e9 par les contemporains et les historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les circonstances o\u00f9 se trouve la monarchie fran\u00e7aise, il faudra au jeune roi de la force et du g\u00e9nie.\u00a0\u00bb<span id=\"1198\" class=\"cit-num\">1198<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FREDERIC<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse (1712-1786). <em>\u0152uvres posthumes de Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">II<\/span>, roi de Prusse\u00a0: Correspondance<\/em> (1788), Frederick <span class=\"caps\">II<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Admirateur de Richelieu, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et du Grand\u00a0Si\u00e8cle, il porte ce jugement qui vaut d\u00e9j\u00e0 condamnation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, apr\u00e8s un an de r\u00e8gne. Ce grand politique qui mena la puissance prussienne \u00e0 son apog\u00e9e (avec tous les exc\u00e8s de l\u2019autoritarisme et du centralisme) pr\u00e9voit la course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme de la monarchie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019aura probablement jamais ni la force ni la volont\u00e9 de r\u00e9gner par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb Parole de Mercy-Argenteau, ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris de grande influence sur Marie-Antoinette. Il note l\u2019inqui\u00e9tante suj\u00e9tion du roi vis-\u00e0-vis de sa femme\u00a0: \u00ab\u00a0Sa complaisance ressemble \u00e0 de la soumission.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mirabeau tentant de sauver la royaut\u00e9 en juillet\u00a01790 soupirera\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme\u00a0: c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Choiseul se montre plus s\u00e9v\u00e8re, voyant en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> un \u00ab\u00a0imb\u00e9cile\u00a0\u00bb au sens d\u2019handicap\u00e9 c\u00e9r\u00e9bral\u00a0; selon ses fr\u00e8res et ses cousins, cette imb\u00e9cillit\u00e9 aurait justifi\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence (comme jadis pour Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou). En fait, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est surtout un timide maladif, myope de surcro\u00eet au point de ne pas reconna\u00eetre les gens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale renferme dans son sein les d\u00e9vastateurs de ma monarchie, mes d\u00e9nonciateurs, mes juges et probablement mes bourreaux\u00a0! On n\u2019\u00e9claire pas de pareils hommes, on ne les rend pas justes, on peut encore moins les attendrir.\u00a0\u00bb<span id=\"1461\" class=\"cit-num\">1461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes \u00e9crite \u00e0 la prison du Temple, d\u00e9cembre\u00a01792. Lettre <span class=\"caps\">LXXI<\/span>, non dat\u00e9e.<em> Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Convention s\u2019est \u00e9rig\u00e9e en tribunal\u00a0: le proc\u00e8s du roi se tient dans la salle du Man\u00e8ge toujours ouverte au public, ce qui dramatise encore l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, devenu Louis Capet (dynastie des Cap\u00e9tiens), choisit d\u2019abord un avocat renomm\u00e9, Target, qui se d\u00e9robe, pour ne pas \u00eatre compromis. Un autre accepte, Tronchet, mais \u00e9met des r\u00e9serves pour pr\u00e9server sa responsabilit\u00e9. Malesherbes (73\u00a0ans) propose ses services, par fid\u00e9lit\u00e9 au ma\u00eetre qui l\u2019honora de sa confiance en tant que ministre \u2013 le roi est fort touch\u00e9 par ce geste. Et Des\u00e8ze viendra assister ses deux confr\u00e8res. Le proc\u00e8s se d\u00e9roule du 10\u00a0d\u00e9cembre 1792 au 20\u00a0janvier 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Foutre\u00a0! [\u2026] Il est bon que le peuple souverain s\u2019accoutume \u00e0 juger les rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1463\" class=\"cit-num\">1463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journal d\u2019H\u00e9bert, dont le nom est peut-\u00eatre inspir\u00e9 par un marchand de fourneaux qui jurait et sacrait \u00e0 chaque phrase, s\u2019exasp\u00e8re des lenteurs proc\u00e9durales et craint que \u00ab\u00a0le plus grand sc\u00e9l\u00e9rat qui e\u00fbt jamais exist\u00e9 reste impuni\u00a0\u00bb, entre jurons et injures contre les Conventionnels, les tra\u00eetres, l\u2019\u00ab\u00a0ivrogne Capet\u00a0\u00bb et tous les \u00ab\u00a0capons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis, le peuple fran\u00e7ais vous accuse d\u2019avoir commis une multitude de crimes pour \u00e9tablir la tyrannie en d\u00e9truisant la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1464\" class=\"cit-num\">1464<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Acte d\u2019accusation de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Convention, 11\u00a0d\u00e9cembre 1792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chefs d\u2019accusation les plus graves\u00a0: haute trahison, double jeu politique avec les assembl\u00e9es, complot avec l\u2019ennemi autrichien, tentative de fuite \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Varennes), responsabilit\u00e9 des morts aux journ\u00e9es d\u2019octobre (1789) et \u00e0 la fusillade du Champ de Mars (17\u00a0juillet 1791).<\/p>\n<p>Le 12\u00a0d\u00e9cembre, la Convention accorde trois d\u00e9fenseurs au roi. Mais aucun t\u00e9moin, ni \u00e0 charge ni \u00e0 d\u00e9charge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je subirai le sort de Charles\u00a0Ier, et mon sang coulera pour me punir de n\u2019en avoir jamais vers\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1465\" class=\"cit-num\">1465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes, \u00e9crite au Temple, d\u00e9cembre\u00a01792. <em>M\u00e9moires du marquis de Ferri\u00e8res<\/em> (1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9c\u00e9dent historique maintes fois rappel\u00e9\u00a0: Charles\u00a0Ier, roi d\u2019Angleterre, d\u2019\u00c9cosse et d\u2019Irlande, victime de la r\u00e9volution anglaise, jug\u00e9 par le Parlement, d\u00e9capit\u00e9 en 1649.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, ce roi si faible, incapable de r\u00e9gner quand il avait le pouvoir et les hommes (quelques grands ministres), cet homme de 38\u00a0ans pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, parfois compar\u00e9 \u00e0 un vieillard, va faire preuve de courage et de lucidit\u00e9 dans ces deux derniers mois. Toujours \u00e0 son ami et avocat, Malesherbes, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne me fais pas d\u2019illusion sur mon sort\u00a0; les ingrats qui m\u2019ont d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 ne s\u2019arr\u00eateront pas au milieu de leur carri\u00e8re\u00a0; ils auraient trop \u00e0 rougir de voir sans cesse sous leurs yeux leur victime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> hors de Versailles, hors du tr\u00f4ne, seul et sans cour, d\u00e9pouill\u00e9 de tout l\u2019appareil de la royaut\u00e9, se croyait roi malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 le jugement de Dieu, malgr\u00e9 sa chute m\u00e9rit\u00e9e, malgr\u00e9 ses fautes [\u2026] C\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019on voulut tuer. C\u2019est cette pens\u00e9e impie.\u00a0\u00bb<span id=\"1466\" class=\"cit-num\">1466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien dit le paradoxe de cette trag\u00e9die \u00e0 la fois personnelle et nationale. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, profond\u00e9ment croyant, demeure en son \u00e2me et conscience \u00ab\u00a0roi de droit divin\u00a0\u00bb et non pas roi des Fran\u00e7ais dans une monarchie constitutionnelle. La France profonde, tr\u00e8s catholique, partage cette \u00ab\u00a0pens\u00e9e impie\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 le traumatisme caus\u00e9 par ce proc\u00e8s public \u00e0 l\u2019issue passionn\u00e9ment attendue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le v\u00e9ritable patriote ne conna\u00eet point les personnes, il ne conna\u00eet que les principes.\u00a0\u00bb<span id=\"1467\" class=\"cit-num\">1467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794), 15\u00a0d\u00e9cembre 1792 au proc\u00e8s du roi.<em> \u0152uvres de Camille Desmoulins<\/em> (posthume, 1874), Camille Desmoulins, Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montagnard, membre des Cordeliers et ami de Danton, il exprime la pens\u00e9e devenue majoritaire dans le personnel politique. Et le roi qui n\u2019est plus roi, mais seulement Louis Capet, est un justiciable comme les autres dans ce proc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis sera-t-il donc le seul Fran\u00e7ais pour lequel on ne suive nulle loi, nulle forme\u00a0? Louis ne jouit ni du droit de citoyen, ni de la pr\u00e9rogative des rois\u00a0: il ne jouira ni de son ancienne condition, ni de la nouvelle\u00a0! Quelle \u00e9trange exception.\u00a0\u00bb<span id=\"1468\" class=\"cit-num\">1468<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Romain <span class=\"caps\">DES\u00c8ZE<\/span> (1748-1828), Plaidoirie pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 26\u00a0d\u00e9cembre 1792.<em> Histoire de France depuis la R\u00e9volution de 1789<\/em> (1803), Fran\u00e7ois-Emmanuel Toulongeon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019avocat t\u00e9moignera plus tard du grand \u0153uvre de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Trois jours et quatre nuits, j\u2019ai lutt\u00e9 pied \u00e0 pied avec les documents pour \u00e9difier avec Malesherbes et Tronchet, et surtout avec mon Roi, la d\u00e9fense de celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 par la Convention. J\u2019ai voulu plaider avec la justice, le c\u0153ur, le talent que l\u2019on me reconnaissait alors. Mon ma\u00eetre ne me laissa combattre que sur le terrain du droit\u00a0: il se souciait de balayer les accusations dont il \u00e9tait l\u2019objet, non d\u2019apitoyer. Pendant plus d\u2019une heure, je lui ai donn\u00e9 ma voix. En vain\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a bien travaill\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1469\" class=\"cit-num\">1469<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), apr\u00e8s la plaidoirie de son avocat Romain Des\u00e8ze, 26\u00a0d\u00e9cembre\u00a01792.<em> Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, Volume 4, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des\u00e8ze s\u2019est assis, \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s la plaidoirie. En sueur, il demande une chemise. \u00ab\u00a0Donnez-la-lui, car il a bien travaill\u00e9\u00a0\u00bb dit le roi. \u00ab\u00a0Avec une familiarit\u00e9 touchante et un peu vulgaire\u00a0\u00bb, commente l\u2019historien socialiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La cl\u00e9mence qui compose avec la tyrannie est barbare.\u00a0\u00bb<span id=\"1470\" class=\"cit-num\">1470<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Discours du 28\u00a0d\u00e9cembre 1792 au proc\u00e8s de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand le chef des Montagnards prend la parole en commen\u00e7ant par \u00ab\u00a0Citoyens\u2026\u00a0\u00bb, c\u2019est naturellement contre l\u2019accus\u00e9, mais au nom de grands principes. L\u2019Incorruptible est avocat de profession et il n\u2019est pas homme \u00e0 \u00ab\u00a0composer\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 la cl\u00e9mence, elle n\u2019est plus de mise, non plus que la simple d\u00e9ch\u00e9ance du roi jadis envisag\u00e9e. Robespierre votera donc pour la mort du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut point r\u00e9gner innocemment\u00a0: la folie en est trop \u00e9vidente. Tout roi est un rebelle et un usurpateur.\u00a0\u00bb<span id=\"1471\" class=\"cit-num\">1471<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Question concernant le jugement de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, 13\u00a0novembre\u00a01792. <em>\u0152uvres de Saint-Just, repr\u00e9sentant du peuple \u00e0 la Convention nationale<\/em> (posthume, 1834), Saint-Just<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune th\u00e9oricien de la R\u00e9volution, il s\u2019est exprim\u00e9 sur le proc\u00e8s du si\u00e8cle avant le proc\u00e8s, et dans le m\u00eame esprit, fond et forme, que son ami Robespierre. Il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit en 1791, dans <em>L\u2019Esprit de la R\u00e9volution et de la Constitution en France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les crimes sont venus de la tyrannie qui fut le premier de tous.\u00a0\u00bb Saint-Just votera bien \u00e9videmment pour la mort du roi. D\u2019autres Montagnards auront des arguments moins juridiques. Mais les Girondins vont tenter de sauver la vie du roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la justice a parl\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 doit avoir son tour.\u00a0\u00bb<span id=\"1472\" class=\"cit-num\">1472<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), Discours du 17\u00a0janvier 1793. <em>Les Grands Orateurs de la R\u00e9volution, Mirabeau, Vergniaud, Danton, Robespierre<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Girondin (du d\u00e9partement de la Gironde), avocat au Parlement de Bordeaux, maintenant \u00e0 la t\u00eate des Girondins de Paris, Vergniaud, pr\u00e9sident de s\u00e9ance, cherche \u00e0 sauver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Les Girondins craignent d\u2019en faire un martyr, d\u2019autres redoutent que la R\u00e9volution se radicalise \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re question pos\u00e9e le 15\u00a0janvier\u00a0: Louis Capet est-il \u00ab\u00a0coupable de conspiration contre la libert\u00e9 de la nation et d\u2019attentats contre la s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat\u00a0?\u00a0\u00bb Oui, pour 707 d\u00e9put\u00e9s sur 718 pr\u00e9sents. C\u2019est la quasi-unanimit\u00e9 pour une culpabilit\u00e9 \u00e9vidente. La \u00ab\u00a0justice a parl\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me question, m\u00eame jour\u00a0: le jugement de la Convention sera-t-il soumis \u00e0 la ratification populaire\u00a0? Les Girondins sont pour cet appel au peuple, persuad\u00e9s que la cl\u00e9mence l\u2019emportera\u00a0: l\u2019\u00ab\u00a0humanit\u00e9\u00a0\u00bb aurait son tour. Mais cela risque de diviser la France, de faire croire \u00e0 une d\u00e9mission de la Convention. Les Montagnards sont massivement contre et le Non l\u2019emporte\u00a0: 424 voix contre 283, une dizaine d\u2019abstentions et une trentaine d\u2019absents.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me question, pos\u00e9e dans la s\u00e9ance du 16 au 17\u00a0janvier\u00a0: la peine encourue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vote pour la mort du tyran dans les vingt-quatre heures. Il faut se h\u00e2ter de purger le sol de la patrie de ce monstre odieux.\u00a0\u00bb<span id=\"1473\" class=\"cit-num\">1473<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">RAFFRON<\/span> de <span class=\"caps\">TROUILLET<\/span> (1723-1801).<em> Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat et diplomate, il s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne durant le proc\u00e8s du roi. Il fait aussi partie de ceux qui ont refus\u00e9 l\u2019appel au peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour pr\u00e9server les \u00e2mes pusillanimes de l\u2019amour de la tyrannie, je vote pour la mort dans les vingt-quatre heures\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1474\" class=\"cit-num\">1474<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">JAVOGUES<\/span> (1759-1796). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>366 d\u00e9put\u00e9s votent pour la mort sans condition, 72 pour la mort sous diverses conditions et 288 pour d\u2019autres peines (prison, bannissement). Cela trahit un embarras certain des d\u00e9put\u00e9s. D\u2019o\u00f9 la d\u00e9cision de voter \u00e0 nouveau pour un \u00e9ventuel sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution, quatri\u00e8me question, pos\u00e9e les 19 et 20\u00a0janvier\u00a0: sursis rejet\u00e9 par 380 d\u00e9put\u00e9s contre 310. Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort \u00e0 une voix de majorit\u00e9\u00a0! Mais son cousin Philippe \u00c9galit\u00e9 s\u2019est totalement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 en votant pour la mort.<\/p>\n<p>Les votes se sont d\u00e9roul\u00e9s sur quatre jours, nuits comprises, avec appel nominal, chaque d\u00e9put\u00e9 montant \u00e0 la tribune pour justifier chaque fois son vote sur la peine \u00e0 appliquer. Le jugement, l\u2019appel au peuple et le sursis une fois rejet\u00e9s, la sentence est ex\u00e9cutoire dans les 24\u00a0heures.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arbre de la libert\u00e9 ne saurait cro\u00eetre s\u2019il n\u2019\u00e9tait arros\u00e9 du sang des rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1475\" class=\"cit-num\">1475<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BAR\u00c8RE<\/span> de <span class=\"caps\">VIEUZAC<\/span> (1755-1841), \u00e0 la tribune, 20\u00a0janvier\u00a01793. <em>M\u00e9moires de M. de Bourrienne, ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0: sur Napol\u00e9on, le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire et la Restauration<\/em> (1829), Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la Convention, dans l\u2019effervescence g\u00e9n\u00e9rale, justifie ainsi la condamnation \u00e0 mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> contre la partie la plus mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019assembl\u00e9e qui souhaitait att\u00e9nuer la peine. Lui-m\u00eame s\u2019est prononc\u00e9 pour la mort sans appel au peuple, sans sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. On retrouvera Bar\u00e8re en juillet\u00a01793, membre du Comit\u00e9 de salut public et l\u2019un des organisateurs les plus z\u00e9l\u00e9s de la Terreur, nomm\u00e9 l\u2019Anacr\u00e9on de la guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis doit mourir pour que la patrie vive.\u00a0\u00bb<span id=\"1476\" class=\"cit-num\">1476<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre sentence\u00a0\u00bb. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots furent prononc\u00e9s au d\u00e9but du proc\u00e8s, le 3\u00a0d\u00e9cembre. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pour Louis ni amour ni haine\u00a0: je ne hais que ses forfaits\u2026\u00a0\u00bb En fait, le roi \u00e9tait jug\u00e9 d\u2019avance. La R\u00e9volution, c\u2019est la souverainet\u00e9 du peuple et elle ne peut composer avec la souverainet\u00e9 du roi. Ce n\u2019est pas l\u2019homme Capet qui est en cause, aux yeux des th\u00e9oriciens tels que Robespierre et Saint-Just, c\u2019est l\u2019extravagante condition du monarque.<\/p>\n<p>Au terme de la proc\u00e9dure, l\u2019ex\u00e9cution aura lieu le 21\u00a0janvier\u00a01793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793.<em> Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est rapport\u00e9 par les nombreux journaux du temps. La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793. <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours. Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<p>Autres \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Et dans le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb comme pour alimenter la l\u00e9gende. Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 la France coupa la t\u00eate de son roi, elle commit un suicide.\u00a0\u00bb<span id=\"1483\" class=\"cit-num\">1483<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892),<em> La R\u00e9forme intellectuelle et morale de la France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien chr\u00e9tien, il fait r\u00e9f\u00e9rence au lien charnel entre le pays et le roi, allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019identification \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, sous Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> qui affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis France\u00a0\u00bb. Plus contemporain, on pense aussi au mot de Mauriac \u00e0 propos du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, en 1940\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit, moi la France, et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tu\u00e9 des rois bien avant le 21\u00a0janvier 1793. Mais Ravaillac, Damiens et leurs \u00e9mules voulaient atteindre la personne du roi, non le principe [\u2026] Ils n\u2019imaginaient pas que le tr\u00f4ne p\u00fbt rester toujours vide.\u00a0\u00bb<span id=\"1484\" class=\"cit-num\">1484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960),<em> L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est vrai que l\u2019histoire du monde est riche en r\u00e9gicides. Mais les assassins des rois qui tuent un homme ne font que renforcer le mythe de la royaut\u00e9. Alors qu\u2019un proc\u00e8s public, devant une Assembl\u00e9e nationale devenue tribunal du peuple, devait mettre fin \u00e0 la monarchie de droit divin. La mort du roi, chacun en juge selon son camp, des royalistes aux r\u00e9volutionnaires, en passant par toutes les nuances d\u2019opinion, de la droite r\u00e9actionnaire \u00e0 la gauche extr\u00eame. Cela vaut de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale pour la R\u00e9volution et aujourd\u2019hui encore, on en discute.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous savez l\u2019affreuse nouvelle, ma bonne Rose. Votre c\u0153ur, comme mon c\u0153ur, en a tressailli d\u2019indignation. Voil\u00e0 donc notre pauvre France livr\u00e9e aux mis\u00e9rables qui nous ont d\u00e9j\u00e0 fait tant de mal [\u2026] Tous ces hommes qui devaient nous donner la libert\u00e9 l\u2019ont assassin\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"1486\" class=\"cit-num\">1486<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), Lettre \u00e0 une amie, 28\u00a0janvier 1793.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le cri du c\u0153ur d\u2019une partie de la France, litt\u00e9ralement \u00e9pouvant\u00e9e d\u2019avoir tu\u00e9 son roi. Autre cons\u00e9quence directe, impr\u00e9vue sinon impr\u00e9visible, et la plus dramatique de toutes, la guerre de Vend\u00e9e, une guerre civile qui va d\u00e9chirer, endeuiller, marquer profond\u00e9ment le pays.<\/p>\n<h4>9\/ 1793 \u2013 Marat<\/h4>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019Ami du peuple\u00a0\u00bb, r\u00e9volutionnaire le plus extr\u00eame et d\u00e9test\u00e9 par ses confr\u00e8res, poignard\u00e9 par Charlotte Corday, jeune h\u00e9ro\u00efne aussit\u00f4t guillotin\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle marche toujours seul, le dindon fait troupe\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1303\" class=\"cit-num\">1303<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793) en r\u00e9ponse \u00e0 Fr\u00e9ron et Desmoulins, septembre\u00a01789.<em> Le Petit Livre de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1989), Jean Vincent<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Marat est un solitaire, il ne supporte pas la moindre objection. Quand il cr\u00e9e son journal, l\u2019Ami du peuple (\u00e0 partir du 12\u00a0septembre\u00a01789), il refuse en ces termes aux deux journalistes r\u00e9volutionnaires de participer \u00e0 la r\u00e9daction.<\/p>\n<p>La phrase explique aussi pourquoi cet \u00e9ternel aigri qui se pose en \u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb n\u2019a pas d\u2019ami. Marat est tout \u00e0 la fois le grand malade, le grand pers\u00e9cut\u00e9, le grand visionnaire de son temps. Il se pose comme \u00ab\u00a0le seul homme \u00e0 avoir vu clair\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9ternel proph\u00e8te de malheur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 de ce que propose Marat, il ne peut y avoir que d\u00e9lire et extravagance.\u00a0\u00bb<span id=\"1305\" class=\"cit-num\">1305<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794). <em>Le Vieux cordelier\u00a0: journal politique<\/em> (1825), Camille Desmoulins, Joachim Vlate<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Lamartine \u00e9crira dans son <em>Histoire des Girondins<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Marat personnifiait en lui ces r\u00eaves vagues et fi\u00e9vreux de la multitude qui souffre [\u2026] Il introduisait sur la sc\u00e8ne politique cette multitude jusque-l\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9e dans son impuissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Marat joue le r\u00f4le du journaliste redresseur de torts et formateur de l\u2019opinion publique, critiquant toujours tout et tous, voulant ouvrir les yeux, ne cessant de r\u00e9clamer des t\u00eates, inventant le langage m\u00eame de la Terreur, cherchant \u00e0 d\u00e9truire tous ses adversaires. En cela, il incarne le r\u00e9volutionnaire type jusqu\u2019\u00e0 la caricature.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a une ann\u00e9e que cinq ou six cents t\u00eates abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd\u2019hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois peut-\u00eatre en abattrez-vous cent mille, et vous ferez \u00e0 merveille\u00a0: car il n\u2019y aura point de paix pour vous, si vous n\u2019avez extermin\u00e9, jusqu\u2019au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie.\u00a0\u00bb<span id=\"1380\" class=\"cit-num\">1380<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, d\u00e9cembre\u00a01790. <em>Histoire politique et litt\u00e9raire de la presse en France<\/em> (1860), Eug\u00e8ne Hatin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 populaire aupr\u00e8s du petit peuple parisien, mais d\u00e9test\u00e9 de toute la classe politique, Marat joue au \u00ab\u00a0proph\u00e8te de malheur\u00a0\u00bb dans le journal quotidien qu\u2019il publie et qui est pour l\u2019heure sa seule tribune. Ici, c\u2019est un v\u00e9ritable appel au meurtre, alors que la guillotine n\u2019est pas encore entr\u00e9e en sc\u00e8ne et que la Terreur est une notion inconnue.<\/p>\n<p>Ce genre de phrase et le personnage de Marat r\u00e9voltent les mod\u00e9r\u00e9s. On parlerait aujourd\u2019hui et sans exag\u00e9ration de \u00ab\u00a0parano\u00efa\u00a0\u00bb. Hugo \u00e9crit, dans son roman <em>Quatre-vingt-treize\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les factions \u00e9clatent de toutes parts\u00a0: la Montagne triomphe par le crime et par l\u2019oppression\u00a0; quelques monstres abreuv\u00e9s de notre sang conduisent ces d\u00e9testables complots [\u2026] Si je ne r\u00e9ussis pas dans mon entreprise, Fran\u00e7ais, je vous ai montr\u00e9 le chemin\u00a0: vous connaissez vos ennemis. Levez-vous, marchez et frappez.\u00a0\u00bb<span id=\"1519\" class=\"cit-num\">1519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), Adresse aux Fran\u00e7ais, amis des lois et de la paix. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette jeune normande de 25\u00a0ans, mont\u00e9e \u00e0 Paris pour tuer Marat, \u00e9crit le 12\u00a0juillet 1793 un long texte dans le style de l\u2019\u00e9poque \u2013 descendante de Corneille, elle a aussi beaucoup lu Plutarque, Tacite, et Rousseau. On le trouvera sur elle le lendemain, lors de son arrestation pr\u00e8s de la baignoire o\u00f9 elle vient de poignarder Marat \u2013 un ecz\u00e9ma sur tout le corps l\u2019oblige \u00e0 passer des heures dans l\u2019eau pour moins souffrir, et il a re\u00e7u la visiteuse, cens\u00e9e lui apporter une liste de tra\u00eetres \u00e0 la patrie.<\/p>\n<p>Six mois plus t\u00f4t, l\u2019ex\u00e9cution du roi l\u2019a \u00e9pouvant\u00e9e, comme tant de Fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 donc notre pauvre France livr\u00e9e aux mis\u00e9rables qui nous ont d\u00e9j\u00e0 fait tant de mal [\u2026] Tous ces hommes qui devaient nous donner la libert\u00e9 l\u2019ont assassin\u00e9e.\u00a0\u00bb Elle va en quelque sorte venger le roi, venger la France\u00a0: en assassinant l\u2019assassin, elle fait acte de justice. Le retentissement de ce \u00ab\u00a0fait divers politique\u00a0\u00bb est consid\u00e9rable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici repose Marat, l\u2019Ami du Peuple, assassin\u00e9 par les ennemis du peuple, le 13\u00a0juillet 1793.\u00a0\u00bb<span id=\"1520\" class=\"cit-num\">1520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe sur la tombe de Marat. <em>Marat, l\u2019ami du peuple<\/em> (1865), Alfred Bougeart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son journal s\u2019intitulait L\u2019Ami du peuple et l\u2019homme ha\u00ef (et redout\u00e9) de ses confr\u00e8res \u00e9tait idol\u00e2tr\u00e9 des sans-culottes. Lamartine explique cette popularit\u00e9 dans son<em> Histoire des Girondins<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Marat personnifiait en lui ces r\u00eaves vagues et fi\u00e9vreux de la multitude qui souffre. Il introduisait sur la sc\u00e8ne politique cette multitude jusque-l\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9e dans son impuissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marat pervertissait la France. J\u2019ai tu\u00e9 un homme pour en sauver cent mille, un sc\u00e9l\u00e9rat pour sauver des innocents, une b\u00eate f\u00e9roce pour donner le repos \u00e0 mon pays. J\u2019\u00e9tais r\u00e9publicaine bien avant la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<span id=\"1522\" class=\"cit-num\">1522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charlotte <span class=\"caps\">CORDAY<\/span> (1768-1793), \u00e0 son proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, 17\u00a0juillet 1793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En un jour, la jeune fille devient une h\u00e9ro\u00efne et reste l\u2019une des figures de la R\u00e9volution. Le po\u00e8te Andr\u00e9 Ch\u00e9nier la salue par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Seule, tu fus un homme\u00a0\u00bb, ce qui contribuera \u00e0 le perdre. Le d\u00e9put\u00e9 de Mayence, Adam Lux, qui la vit dans la charrette l\u2019emmenant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u00ab\u00a0Plus grande que Brutus\u00a0\u00bb et ce mot lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>Lamartine la baptise l\u2019Ange de l\u2019assassinat et Michelet retrouve les accents qu\u2019il eut pour Jeanne d\u2019Arc\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le fil d\u2019une vie, elle crut couper celui de nos mauvaises destin\u00e9es, nettement, simplement, comme elle coupait, fille laborieuse, celui de son fuseau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>10\/ 1805 \u2013 duc d\u2019Enghien<\/h4>\n<p>Dernier prince de Cond\u00e9, innocent du complot dont on l\u2019accuse, sit\u00f4t jug\u00e9, condamn\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 par ordre du futur Napol\u00e9on qui ne regrettera jamais cet acte politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards\u00a0\u00bb a dit Fouch\u00e9, ex-ministre de la Police en janvier 1804. Cadoudal, g\u00e9n\u00e9ral chouan, conspirateur et organisateur de l\u2019attentat manqu\u00e9 du 24 d\u00e9cembre 1800 contre le Premier Consul (la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb) vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un prince fran\u00e7ais complice\u00a0: de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9 pr\u00e8s de la fronti\u00e8re en Allemagne.<\/p>\n<p>Le lendemain, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, le Premier Consul donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement arr\u00eate que le ci-devant duc d\u2019Enghien, pr\u00e9venu [\u2026] de faire partie des complots tram\u00e9s [\u2026] contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de la R\u00e9publique, sera traduit devant une commission militaire.\u00a0\u00bb<span id=\"1744\" class=\"cit-num\">1744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proc\u00e8s-verbal du 20\u00a0mars 1804. <em>M\u00e9moires historiques sur la catastrophe du duc d\u2019Enghien<\/em> (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince qui pr\u00e9parait son mariage et ne comprend rien \u00e0 ce qui lui arrive se retrouve enferm\u00e9 au ch\u00e2teau de Vincennes. Le soir m\u00eame, il est jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort, ex\u00e9cut\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc d\u2019<span class=\"caps\">ENGHIEN<\/span> (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte a maintenant la preuve que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le complot Cadoudal \u2013 il est quand m\u00eame le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui a fait le projet de l\u2019assassiner.<\/p>\n<p>De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9. Mais l\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb<span id=\"1746\" class=\"cit-num\">1746<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Bonapartisme<\/em> (1980), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Empereur, il \u00e9crira ces mots, en repensant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien. Et dans son testament \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il revendique la responsabilit\u00e9 de cet acte que la post\u00e9rit\u00e9 jugera comme un crime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re. Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb Joseph FOUCH\u00c9 (1759-1820), ex-ministre de la Police, mi-janvier\u00a01804 La Politique, un m\u00e9tier \u00e0 risque extr\u00eame&nbsp;! Entre attentats (\u00ab\u00a0tentatives criminelles\u00a0\u00bb) et assassinats (\u00ab\u00a0meurtres avec pr\u00e9m\u00e9ditation\u00a0\u00bb), l\u2019Histoire est violente, des origines \u00e0 nos jours et dans le monde. Rappelons quelques noms de victimes politiques c\u00e9l\u00e8bres\u00a0\u00e0 divers titres&nbsp;: C\u00e9sar et Cic\u00e9ron dans [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14237,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":45,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-14235","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14235","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14235"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14235\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14238,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14235\/revisions\/14238"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14237"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14235"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}