{"id":1953,"date":"2025-06-16T00:00:00","date_gmt":"2025-06-15T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/19\/lhistoire-en-caricatures-troisieme-republique\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:21","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:21","slug":"lhistoire-en-caricatures-troisieme-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-troisieme-republique\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (Troisi\u00e8me R\u00e9publique)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_michel_1.jpg\" width=\"689\" height=\"1024\"><\/p>\n<p><em>Les Contemporains<\/em>, journal hebdomadaire n\u00b0 3, 1880. Louise Michel, dessin d\u2019Alfred Le Petit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,<br>Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.<br>Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,<br>Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2326\" class=\"cit-num\">2326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>\u00c0 ceux qui veulent rester esclaves. La Commune<\/em> (1898), Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune de Paris (18 mars-29 mai 1871) inspire bien des po\u00e8mes, des chants qui sont autant de cris de guerre, de haine ou d\u2019espoir.<\/p>\n<p>Louise Michel est l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus populaire de cette page d\u2019histoire\u00a0: ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste, surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb, elle appelle \u00e0 l\u2019insurrection les quartiers \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois \u00e0 l\u2019aube de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? Rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires. Toute une imagerie populaire va se d\u00e9velopper autour de la Commune et de cette h\u00e9ro\u00efne de la r\u00e9sistance aux forces de l\u2019ordre, aussi embl\u00e9matique qu\u2019une nouvelle Jeanne d\u2019Arc.<\/p>\n<p>Sur cette caricature bienveillante, les barricades \u00e9rig\u00e9es par les communards pour enrayer l\u2019avance des troupes officielles servent de toile de fond \u00e0 la sc\u00e8ne. La barricade repr\u00e9sent\u00e9e est un impressionnant rempart\u00a0: forteresse de la rue de Rivoli, haute de 6 m, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de foss\u00e9s, dot\u00e9e d\u2019embrasures de tir, construite en 24 h\u00a0! C\u2019est l\u2019exception parmi les quelque 600 barricades install\u00e9es dans la capitale, avec la participation active des femmes s\u2019opposant le 18 mars aux troupes de Thiers venues s\u2019emparer des canons install\u00e9s sur la butte Montmartre \u2013 voir le canon situ\u00e9 en arri\u00e8re-plan \u00e0 droite.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ro\u00efne soutient de son bras gauche un soldat bless\u00e9 de la garde nationale de Paris, reconnaissable aux bandes rouges du pantalon, combattant de la principale force arm\u00e9e de la Commune. Louise a fond\u00e9 une ambulance \u00e0 Montmartre, mais elle soigne tous les bless\u00e9s, communards comme versaillais. Son fusil chassepot tenu dans sa main droite montre qu\u2019elle fait aussi le coup de feu. L\u2019\u00e9querre et le niveau port\u00e9s sur le c\u00f4t\u00e9 droit font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la franc-ma\u00e7onnerie \u2013 elle ne sera pourtant initi\u00e9e qu\u2019en 1904.<\/p>\n<p>Ainsi affubl\u00e9e d\u2019une large cornette et d\u2019un habit de religieuse rouge, le pol\u00e9miste d\u2019extr\u00eame droite L\u00e9on Daudet la quali\ufb01era de \u00ab\u00a0s\u0153ur de charit\u00e9 en carmagnole\u00a0\u00bb et Jaur\u00e8s de \u00ab\u00a0s\u0153ur de charit\u00e9 la\u00efque\u00a0\u00bb. C\u2019est conforme \u00e0 sa r\u00e9putation\u00a0: d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, elle y acquiert une aura d\u2019altruisme envers les d\u00e9port\u00e9s, les enfants et les Kanaks qui franchit les mers et se r\u00e9pand en m\u00e9tropole d\u00e8s avant 1880. Ce rouge renvoie aussi \u00e0 la couleur embl\u00e9matique du socialisme et \u00e0 son surnom\u00a0: \u00ab\u00a0la Vierge rouge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<em>, La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa notori\u00e9t\u00e9 a grandi lors de son proc\u00e8s\u00a0: elle revendique son engagement et r\u00e9clame la mort. Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e, amnisti\u00e9e, elle reviendra pour se battre du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb dit Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est une des le\u00e7ons de l\u2019Histoire et la Commune en est l\u2019illustrations, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019animent.<\/p>\n<p>Hugo qui entretient depuis 1850 une relation \u00e9pistolaire avec Louise lui d\u00e9die un po\u00e8me\u00a0: Virgo Major, \u00ab\u00a0plus grande qu\u2019un homme\u00a0\u00bb. Des p\u00e9titions circulent pour la faire lib\u00e9rer. L\u00e0 encore, elle se fait remarquer en rejetant ces initiatives. Sa \ufb01gure de martyr et les revendications autour de sa lib\u00e9ration deviennent un \u00e9l\u00e9ment de mobilisation du mouvement ouvrier. Les \u00e9crits la concernant se multiplient.<\/p>\n<p>De retour en France en novembre 1880, \u00e0 la faveur de l\u2019amnistie g\u00e9n\u00e9rale de tous les communards, des milliers de personnes viennent l\u2019accueillir gare Saint-Lazare. D\u00e9veloppant sa carri\u00e8re de femme de lettres, la construction de sa l\u00e9gende de communarde et son action de militante anarchiste, Louise Michel devient l\u2019incarnation de la Commune, cachant dans son ombre bien d\u2019autres acteurs et actrices.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/anastasie.jpg\" width=\"768\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Madame Anastasie aux grands ciseaux. Par Gill. Page de titre du journal satirique <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>clipse, 19 juillet 1874. BnF, estampes et photographie,<\/p>\n<p>La censure a un visage\u00a0: Madame Anastasie, cr\u00e9ature rev\u00eache arm\u00e9e de ciseaux g\u00e9ants. Sur son dos, la chouette, symbole de la nuit, \u00e9voque les croyances les plus obscures. C\u2019est dans les ann\u00e9es 1870 que le personnage s\u2019installe dans les journaux. Ce dessin d\u2019Andr\u00e9 Gill (alias Louis-Alexandre Gosset de Guines) est sans doute la premi\u00e8re incarnation.<\/p>\n<p>Mais dans l\u2019Histoire, la censure s\u2019est surtout manifest\u00e9e sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, \u00e9tant par d\u00e9finition elle-m\u00eame victime de la censure et donc pas repr\u00e9sent\u00e9e, sous peine de censure\u2026 \u00c0 la veille de la R\u00e9volution, Beaumarchais fut le plus c\u00e9l\u00e8bre auteur \u00e0 s\u2019insurger, la bravant sans la nommer dans son chef d\u2019\u0153uvre d\u2019illustre m\u00e9moire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourvu que je ne parle en mes \u00e9crits ni de l\u2019autorit\u00e9, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en cr\u00e9dit, ni de l\u2019op\u00e9ra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne \u00e0 quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l\u2019inspection de deux ou trois censeurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1235\" class=\"cit-num\">1235<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799), <em>Le Mariage de Figaro <\/em>ou<em> La Folle Journ\u00e9e<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La censure royale avait remplac\u00e9 la censure religieuse de la Sorbonne au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: 79 censeurs ont charge d\u2019autoriser ou d\u2019interdire livres ou pi\u00e8ces, selon leur moralit\u00e9. La censure inqui\u00e9tera plus ou moins tous les philosophes des Lumi\u00e8res qui iront se faire \u00e9diter en Suisse, Hollande, Angleterre. Abolie par la R\u00e9volution, r\u00e9tablie en 1797 et tr\u00e8s stricte sous l\u2019Empire, de nouveau abolie, r\u00e9tablie, etc., ce sera une longue histoire dans l\u2019histoire jusqu\u2019au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Le th\u00e9\u00e2tre, spectacle public, est expos\u00e9 plus encore que le livre aux foudres ou aux tracasseries d\u2019Anastasie aux grands ciseaux. Il \u00e9tait normal que l\u2019insolent Beaumarchais en traite, pour s\u2019en moquer. En tout cas, sa pi\u00e8ce triomphe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a quelque chose de plus fou que ma pi\u00e8ce, c\u2019est son succ\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1236\" class=\"cit-num\">1236<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799). <em>Beaumarchais et son temps\u00a0: \u00e9tudes sur la soci\u00e9t\u00e9 en France au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s des documents in\u00e9dits<\/em> (1836), Louis de Lom\u00e9nie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur enchant\u00e9, apr\u00e8s la cr\u00e9ation \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Sous-titr\u00e9e <em>La Folle Journ\u00e9e<\/em>, la pi\u00e8ce sera jou\u00e9e plus de cent fois de suite \u2013 un record, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais Beaumarchais en fait trop, se retrouve \u00e0 la prison de Saint-Lazare (mars\u00a01785) et sa popularit\u00e9 ne sera plus jamais ce qu\u2019elle fut au soir du <em>Mariage<\/em> qui prit valeur de symbole.<\/p>\n<p>Selon Antoine Vitez, administrateur de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise qui monta la pi\u00e8ce pour le bicentenaire de la R\u00e9volution en 1989, \u00ab\u00a0<em>\u00a0Le Mariage de Figaro<\/em> est tr\u00e8s l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9 comme une pi\u00e8ce r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/thiers_1.jpg\" width=\"1024\" height=\"683\"><\/p>\n<p>Caricature de Thiers, pr\u00e9sident de France, par Adriano Cecioni (1836-1886),<em> Vanity Fair<\/em>, 6 janvier 1872.<\/p>\n<p>Peintre, caricaturiste, sculpteur, critique d\u2019art, ce Florentin travailla aussi \u00e0 Londres et Paris. La caricature renvoie \u00e0 la photographie contemporaine et vice versa\u2026 Le physique de Thiers est en lui-m\u00eame caricatural\u00a0et reflet de sa nature\u00a0: \u00ab\u00a0Il est conservateur de la bourgeoisie, destructeur et dominateur du reste.\u00a0\u00bb (Louis Veuillot, journaliste et pol\u00e9miste).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019aimais pas ce roi des prud\u2019hommes. N\u2019importe\u00a0! compar\u00e9 aux autres, c\u2019est un g\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2456\" class=\"cit-num\">2456<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), \u00e0 la mort de Thiers, <em>Correspondance<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 et puis il avait une vertu rare\u00a0: le patriotisme. Personne n\u2019a r\u00e9sum\u00e9 comme lui la France, de l\u00e0 l\u2019immense effet de sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Flaubert, dix ans plus t\u00f4t, s\u2019exclamait pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0Rugissons contre M. Thiers\u00a0! Peut-on voir un plus triomphant imb\u00e9cile, un cro\u00fbtard plus abject, un plus \u00e9troniforme bourgeois\u00a0! Non, rien ne peut donner l\u2019id\u00e9e du vomissement que m\u2019inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa b\u00eatise sur le fumier de la bourgeoisie\u00a0! Il me semble \u00e9ternel comme la m\u00e9diocrit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet hommage posthume et du bout de la plume prendra encore plus de valeur par la suite\u00a0: le personnel politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique fut d\u2019une grande m\u00e9diocrit\u00e9. Sauf exceptions \u00e0 rappeler\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/grands_citoyens.jpg\" width=\"743\" height=\"1024\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Salut aux grands citoyens\u00a0!<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hugo \u00e0 la une. A. Bourgevin. <em>Le Carillon,<\/em> journal illustr\u00e9. Mars 1877. Maison de Victor Hugo \u2013 Hauteville House<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dessin humoristique et kitchissime, paru \u00e0 la publication de<em> La L\u00e9gende des si\u00e8cles<\/em> (deuxi\u00e8me s\u00e9rie). Les quatre candidats \u00e0 la gloire citoyenne sont ceints de la m\u00eame couronne de laurier, portent la toge antique \u00e0 la romaine\u2026 et exhibent une musculature virile, malgr\u00e9 leur \u00e2ge.<\/p>\n<p>Victor Hugo (1802-1885) le grand homme du si\u00e8cle, Ego Hugo en vedette et en majest\u00e9, quoique buste nu, se tient sur le tr\u00f4ne, barbu \u00e0 l\u2019air pensif (ou penseur), quelque peu accabl\u00e9 par les ans ou la fatalit\u00e9 (personnelle ou historique). Auteur romantique entr\u00e9 v\u00e9ritablement en politique au d\u00e9but de la r\u00e9volution de 1848, il demeura fid\u00e8le \u00e0 un id\u00e9al r\u00e9publicain humanitaire et g\u00e9n\u00e9reux, se battant contre la mis\u00e8re du peuple, l\u2019injustice sociale, la peine de mort, les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, avec une constance et un courage qui le forceront \u00e0 l\u2019exil sous le Second Empire. Le Panth\u00e9on lui ouvrira ses portes au lendemain de sa mort.<\/p>\n<p>\u00c9mile de Girardin (1802-1881) \u00e0 sa droite, grand patron de la presse populaire \u00e0 succ\u00e8s, homme politique en vue, ami et compagnon de route d\u2019Hugo sur la route chaotique menant \u00e0 la R\u00e9publique, affiche l\u2019air malin et sup\u00e9rieur de celui qui s\u2019en sort toujours, mais par le haut\u2026<\/p>\n<p>L\u00e9on Gambetta (1838-1882) \u00e0 sa gauche, le plus jeune et vigoureux des quatre, bouillant r\u00e9publicain, terrorisant ses confr\u00e8res dans un gouvernement de guerre d\u00e9bord\u00e9 par la situation, anima par son ardente nature la D\u00e9fense nationale en province, incarnant la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupant prussien, avant de faire accepter tr\u00e8s habilement la nouvelle R\u00e9publique \u00e0 une France rest\u00e9e majoritairement paysanne et monarchiste.<\/p>\n<p>Adolphe Thiers (1797-1877), petit bonhomme binoclard, malin et r\u00e9publicain (mod\u00e9r\u00e9) sous tous les r\u00e9gimes, responsable de la d\u00e9fense du territoire en guerre (1870-71), finit par devenir pr\u00e9sident quarante ans apr\u00e8s son entr\u00e9e dans la carri\u00e8re politique\u2026 en se faisant quand m\u00eame voler la place tant attendue et la vedette par le mar\u00e9chal Mac-Mahon.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mac_mahon.jpg\" width=\"668\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Caricature de la crise du 16 mai 1877. Le Mar\u00e9chal Mac-Mahon. Jean-Robert. Carte postale d\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes valent citations et vice-versa\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Mar\u00e9chal Mac-Mahon. Un brave soldat qui n\u2019a pas os\u00e9 redire \u00ab\u00a0J\u2019y suis j\u2019y reste\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et face \u00e0 la majorit\u00e9 surgie comme un diable de la bo\u00eete \u00e0 scrutin en la personne de Gambetta chef de la majorit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Se soumette ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019y suis, j\u2019y reste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2264\" class=\"cit-num\">2264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), au fort de Malakoff, surplombant la citadelle de S\u00e9bastopol, 8\u00a0septembre 1855.<em> Le Mar\u00e9chal de Mac-Mahon, duc de Magenta<\/em> (1960), Jacques Silvestre de Sacy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Second Empire. Mot attribu\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral qui a fini par prendre le fort de Malakoff et ne veut pas le rendre, alors que les Russes annoncent qu\u2019ils vont le faire sauter\u2026 Le si\u00e8ge de S\u00e9bastopol durait depuis 350 jours, quand Mac-Mahon prend la t\u00eate des colonnes d\u2019assaut et part \u00e0 l\u2019attaque, entour\u00e9 de ses zouaves.<\/p>\n<p>Le commandant de l\u2019arm\u00e9e de Crim\u00e9e, P\u00e9lissier, va y gagner son b\u00e2ton de mar\u00e9chal, le titre de duc de Malakoff, sa place au S\u00e9nat, une pension annuelle de 100\u00a0000\u00a0francs et d\u2019autres honneurs. Mac-Mahon, pour ce mot et ce fait de guerre, entre dans l\u2019Histoire \u2013 il aura d\u2019autres occasions de se manifester, comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sous le prochain r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, [\u2026] il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2453\" class=\"cit-num\">2453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours de Lille, 15\u00a0ao\u00fbt 1877.<em> Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que ce discours s\u2019adresse, apr\u00e8s la crise institutionnelle ouverte le 16\u00a0mai avec le renvoi du pr\u00e9sident du Conseil et la dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Le Pr\u00e9sident toujours droit dans ses bottes a tent\u00e9 d\u2019imposer au pays un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel\u2026 et c\u2019est l\u2019orientation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se joue alors. La campagne \u00e9lectorale est dure, le peuple \u00e9tant rendu arbitre de l\u2019opposition entre le l\u00e9gislatif et l\u2019ex\u00e9cutif \u2013 le Parlement et le pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>La carte postale de Jean Robert r\u00e9sume habilement ces deux faits historiques en une caricature l\u00e9gend\u00e9e de la crise du 16 mai 1877. Gambetta, repr\u00e9sentant la majorit\u00e9 r\u00e9publicaine \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, jaillit d\u2019une bo\u00eete \u00e0 surprise tel un diable \u00e0 ressort devant le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Patrice de Mac Mahon, mar\u00e9chal dont les opinions monarchistes sont symbolis\u00e9es par la fleur de lys au-dessus de sa t\u00eate.<\/p>\n<p>Surmont\u00e9 d\u2019un bonnet phrygien et du chiffre \u00e9voquant le \u00ab\u00a0manifeste des 363\u00a0\u00bb (d\u00e9claration adress\u00e9e le 18 mai par les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains au pr\u00e9sident contre sa volont\u00e9 de mettre le duc de Broglie, un monarchiste, \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil), un nuage darde des \u00e9clairs sur le pr\u00e9sident, tandis que son adversaire Gambetta, au nom de la majorit\u00e9 r\u00e9publicaine, \u00e9voque la p\u00e9roraison de son fameux discours lillois du 15 ao\u00fbt 1877\u00a0: \u00ab\u00a0Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se d\u00e9mettre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gambetta.jpg\" width=\"500\" height=\"471\"><\/p>\n<p>Gambetta furieux par Alfred Le Petit, caricature parue dans la presse le 1er juillet 1877.<\/p>\n<p>Un Gambetta au poil grisonnant et \u00e0 la silhouette bien emp\u00e2t\u00e9e, repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019air plus fou furieux que nature avec son \u0153il de verre pr\u00eat \u00e0 jaillir de l\u2019orbite. C\u2019est la vigoureuse illustration de sa col\u00e8re contre les \u00ab\u00a0conspirateurs\u00a0\u00bb du 16 mai (1877) et contre le minist\u00e8re de Broglie o\u00f9 on ne trouve pas un seul ministre \u00ab\u00a0qui soit r\u00e9publicain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cl\u00e9ricalisme\u00a0? Voil\u00e0 l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2450\" class=\"cit-num\">2450<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Discours sur les men\u00e9es ultramontaines, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 4\u00a0mai 1877. <em>Le Cl\u00e9ricalisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi\u00a0!<\/em> (1879), Paroles de M.\u00a0Gambetta, comment\u00e9es par \u00c9mile Verney<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La question religieuse prend des proportions d\u00e9mesur\u00e9es, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Pour l\u2019heure, les catholiques fran\u00e7ais veulent aider le pape contre le gouvernement italien\u2026 et les r\u00e9publicains refusent absolument cette intervention\u00a0: \u00ab\u00a0Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 nous demander si l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas maintenant dans l\u2019\u00c9glise, \u00e0 l\u2019encontre de la v\u00e9rit\u00e9 des principes qui veut que l\u2019\u00c9glise soit dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb proteste Gambetta. Il redonne \u00e0 l\u2019union des gauches son principe d\u2019anticl\u00e9ricalisme. Sa formule fait mouche, elle va beaucoup resservir\u00a0!<\/p>\n<p>Le 16 mai, Mac-Mahon, apr\u00e8s le renvoi de Jules Simon, rappelle un monarchiste, le duc de Broglie, comme chef de gouvernement. L\u2019ordre moral revient \u00e0 l\u2019ordre du jour, face \u00e0 une Assembl\u00e9e qui ne peut l\u2019accepter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates le gouvernement des pr\u00eatres et le ministre des cur\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2451\" class=\"cit-num\">2451<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Fourtou, mi-juin\u00a01877. <em>Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta<\/em> (1884)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Oscar Bardy de Fourtou, adepte de la mani\u00e8re forte, a pour mission d\u2019emp\u00eacher le retour en force des r\u00e9publicains \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. De nouveau la coalition monarchiste et conservatrice \u00ab\u00a0caresse la France \u00e0 rebrousse-poil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 18\u00a0juin, les 363 d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains font adopter un ordre du jour \u2013 l\u2019Ordre des 363 \u2013 qui refuse la confiance au cabinet de Broglie. Le 25 juin, avec l\u2019accord du S\u00e9nat, Mac-Mahon dissout la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. C\u2019est la crise la plus grave depuis la Commune\u00a0: le sort du r\u00e9gime r\u00e9publicain est en jeu. Tout va d\u00e9pendre des prochaines \u00e9lections, fix\u00e9es au 14\u00a0octobre. C\u2019est la victoire des R\u00e9publicains. De Broglie d\u00e9missionne et Mac-Mahon se soumet\u2026 avant de se d\u00e9mettre, quand les R\u00e9publicains deviendront majoritaires au S\u00e9nat.<\/p>\n<p>Gr\u00e9vy est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Gambetta qui ne se porte d\u2019ailleurs pas candidat, se jugeant trop jeune. Ce septuag\u00e9naire, tr\u00e8s \u00ab\u00a0bourgeois moyen\u00a0\u00bb, rassure l\u2019Assembl\u00e9e nationale (S\u00e9nat et Chambre des d\u00e9put\u00e9s, r\u00e9unis pour \u00e9lire le pr\u00e9sident). Le lendemain, Gambetta est logiquement \u00e9lu pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9publique pr\u00e9sidentielle, version Mac-Mahon, le nouveau pr\u00e9sident opte clairement pour une r\u00e9publique parlementaire\u00a0: c\u2019est la \u00ab\u00a0Constitution Gr\u00e9vy\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs est rompu au b\u00e9n\u00e9fice de la Chambre et les d\u00e9put\u00e9s, trop s\u00fbrs que le pr\u00e9sident n\u2019osera plus jouer de la dissolution, vont d\u00e9sormais user et abuser de ce pouvoir, faisant tomber les minist\u00e8res et se succ\u00e9der les crises. Tel est le vice inh\u00e9rent au r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gambetta [\u2026] ce n\u2019est pas du fran\u00e7ais, c\u2019est du cheval\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2465\" class=\"cit-num\">2465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GR\u00c9VY<\/span> (1807-1891). <em>Histoire des institutions et des r\u00e9gimes politiques de la France<\/em> (1985), Jean Jacques Chevallier, G\u00e9rard Conac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux avocats, deux r\u00e9publicains, mais trente ans les s\u00e9parent et la haine \u00e9clate au grand jour. Le rigide Gr\u00e9vy se moque de Gambetta qui parle, passionn\u00e9ment, pr\u00e9cipitamment, impressionnant \u00e0 la tribune. Il l\u2019\u00e9cartera vite du pouvoir, de peur qu\u2019il fasse peur au pays, surtout aux ruraux.<\/p>\n<p>Dans les premiers temps et apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience Mac-Mahon, l\u2019Assembl\u00e9e nationale prendra des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique choisis pour leur effacement, lesquels nommeront des pr\u00e9sidents du Conseil eux-m\u00eames assez insignifiants pour ne pas leur porter ombrage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9ron, Diocl\u00e9tien, Attila, pr\u00e9figurateur de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2466\" class=\"cit-num\">2466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les catholiques insultant Jules Ferry. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surnomm\u00e9 hier Ferry-la-Famine \u2013 sous la Commune \u2013 et demain Ferry-Tonkin \u2013 pour sa politique coloniale. Cette fois, il est attaqu\u00e9 en tant que ministre de l\u2019Instruction publique et des Beaux-Arts\u00a0: son projet de r\u00e9forme de l\u2019enseignement public primaire (la\u00efc, gratuit et obligatoire) r\u00e9duit l\u2019importance de l\u2019enseignement priv\u00e9. D\u00e9bats d\u00e9j\u00e0 anim\u00e9s, le 15\u00a0mars 1879. Le 16\u00a0juin, la loi Ferry enflammera la Chambre\u2026<\/p>\n<p>Gambetta d\u00e9fend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu\u2019il perd son \u0153il de verre. Les d\u00e9put\u00e9s en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols\u00a0! Il faut encore trois ans avant que passe le train des lois Ferry.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boulanger.jpg\" width=\"374\" height=\"512\"><\/p>\n<p>Gabriel Roques (1851-1915), caricature non dat\u00e9e. Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un \u00ab\u00a0Boulanger\u00a0\u00bb qui n\u2019est pas dangereux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019explosion du ph\u00e9nom\u00e8ne boulangiste, aussi violente que br\u00e8ve (1887-1889), met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la R\u00e9publique dans son principe de repr\u00e9sentation populaire. Pl\u00e9biscit\u00e9 par les \u00e9lecteurs de la France enti\u00e8re, l\u2019ex-g\u00e9n\u00e9ral Boulanger ancien ministre de la Guerre, incarne l\u2019homme providentiel pour des mouvances antiparlementaires extr\u00eames, de gauche comme de droite. Cette crise r\u00e9v\u00e8le les tensions internes d\u2019une France qui s\u2019interroge (d\u00e9j\u00e0) sur son r\u00f4le dans le monde et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui peine \u00e0 se structurer politiquement. Le succ\u00e8s de Boulanger indique surtout que la dimension personnelle du pouvoir \u2013 aliment\u00e9e par les exemples historiques des monarques et des empereurs \u2013 demeure une valeur dominante au d\u00e9but de l\u2019\u00e8re d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Le caricaturiste joue sur le nom \u00ab\u00a0Boulanger\u00a0\u00bb, profession \u00e0 laquelle le chat est souvent associ\u00e9, vraisemblablement \u00e0 cause de ses pattes qui p\u00e9trissent avec conscience et volupt\u00e9. La pr\u00e9sence du petit animal imitant le pas du cheval de mani\u00e8re drolatique renvoie \u00e0 ce r\u00e9f\u00e9rent, tout en accentuant le ridicule d\u2019un chef qui ne serait qu\u2019un \u00ab\u00a0pseudo-lion\u00a0\u00bb. Si le cheval de Boulanger ob\u00e9it aux conventions du genre \u2013 fier trot guerrier, encolure cabr\u00e9e et dompt\u00e9e \u2013, son cavalier est ridiculis\u00e9. Manifestement \u00e0 la \u00ab\u00a0revue\u00a0\u00bb comme l\u2019indique l\u2019orientation de la t\u00eate, il appara\u00eet en costume civil et en bottes de cavalier \u00e0 \u00e9perons, sans sabre. Son calot fait penser \u00e0 un tricorne d\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0charge\u00a0\u00bb dessin\u00e9e s\u2019inscrit dans le contexte iconographique charg\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger et dans la repr\u00e9sentation traditionnelle des chefs militaires. Mais on le voit en costume civil, seul sur le fond blanc\u00a0: c\u2019est un militaire sans arm\u00e9e. Son modeste calot sans attribut symbolise la confusion politique r\u00e9gnant dans le camp boulangiste. Le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger \u00e9tait simplement n\u00e9 du \u00ab\u00a0d\u00e9sir des masses\u00a0\u00bb (Barr\u00e8s) et de l\u2019obsession de \u00ab\u00a0la Revanche reine de France\u00a0\u00bb (Maurras), apr\u00e8s la d\u00e9faite face \u00e0 la Prusse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dissolution, R\u00e9vision, Constituante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2492\" class=\"cit-num\">2492<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), Mot d\u2019ordre de sa campagne \u00e9lectorale, printemps 1888. <em>Histoire politique de l\u2019Europe contemporaine<\/em> (1897), Charles Seignobos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0scandale des d\u00e9corations\u00a0\u00bb qui \u00e9clabousse le pr\u00e9sident Jules Gr\u00e9vy a transform\u00e9 la vague de sentimentalit\u00e9 populaire en mouvement politique\u00a0: le boulangisme, devenu \u00ab\u00a0syndicat des m\u00e9contents\u00a0\u00bb, hostile aux (r\u00e9publicains) opportunistes au pouvoir, menace le r\u00e9gime parlementaire. Ce populisme rassemble des radicaux qui veulent depuis toujours la r\u00e9vision de la Constitution (Rochefort, Naquet), des patriotes de droite qui ne r\u00eavent que revanche (D\u00e9roul\u00e8de), mais aussi des royalistes et des bonapartistes.<\/p>\n<p>Boulanger se pose en champion d\u2019une R\u00e9publique nouvelle et cr\u00e9e son Parti r\u00e9publicain national. Mais Clemenceau se m\u00e9fie, voyant poindre un nouveau Bonaparte, et Charles Floquet, pr\u00e9sident du Conseil, dans son discours \u00e0 la Chambre du 19\u00a0avril 1888, qualifie le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger de \u00ab\u00a0manteau trou\u00e9 de la dictature\u00a0\u00bb, avant de le blesser dans un duel \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e, le 13\u00a0juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous que j\u2019aille conqu\u00e9rir ill\u00e9galement le pouvoir quand je suis s\u00fbr d\u2019y \u00eatre port\u00e9 dans six mois par l\u2019unanimit\u00e9 de la France\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2496\" class=\"cit-num\">2496<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">BOULANGER<\/span> (1837-1891), r\u00e9ponse aux manifestants, 27\u00a0janvier 1889. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est sa r\u00e9ponse aux manifestants qui lui crient\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb et marchent vers le palais o\u00f9 le pr\u00e9sident Carnot fait d\u00e9j\u00e0 ses malles\u00a0! Boulanger choisit la l\u00e9galit\u00e9 ce 27\u00a0janvier 1889, il choisit aussi d\u2019\u00e9couter les conseils de Marguerite de Bonnemains, ma\u00eetresse passionn\u00e9ment aim\u00e9e \u2013 on sait aujourd\u2019hui qu\u2019elle travaillait pour la police.<\/p>\n<p>Cela laisse le temps au gouvernement de r\u00e9agir\u00a0: le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Ernest Constans, l\u2019accuse de complot contre l\u2019\u00c9tat. Craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, Boulanger fuit en Belgique. Son prestige s\u2019effondre. Le boulangisme a v\u00e9cu.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/boulanger_2.jpg\" width=\"662\" height=\"768\"><\/p>\n<p>Caricature du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger. P\u00e9pin (\u00c9douard Guillaumin), <em>Le Grelot,<\/em> 20 janvier 1889.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyen\u2026 Croyez en un homme qui n\u2019a <span class=\"caps\">JAMAIS<\/span> <span class=\"caps\">MENTI<\/span><br>Je soutiendrai la R\u00e9publique\u2026 jusqu\u2019\u00e0 la mort\u00a0!!!\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette caricature du <em>Grelot<\/em> prouve l\u2019opposition de ce journal illustr\u00e9 r\u00e9publicain au g\u00e9n\u00e9ral Boulanger. Lui qui se disait d\u00e9fenseur de la R\u00e9publique est montr\u00e9 assassinant Marianne, symbole de cette R\u00e9publique.<\/p>\n<p>En costume militaire, gringalet \u00e0 la mine patibulaire, la carotte de la r\u00e9vision sur le k\u00e9pi, il tient une Marianne pieds et poings li\u00e9es par un levier, pr\u00eate \u00e0 la pendaison. \u00c0 sa droite, une affiche \u00e9voque les positions politiques de Boulanger et de ses soutiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2499\" class=\"cit-num\">2499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante et la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable.<\/p>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9agi apr\u00e8s ce qui aurait tourn\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat, si Boulanger avait os\u00e9\u00a0marcher sur l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0! Accus\u00e9 de complot contre l\u2019\u00c9tat, craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il s\u2019est enfui le 1er\u00a0avril 1889 \u00e0 Londres, puis \u00e0 Bruxelles, avec sa ma\u00eetresse (de m\u00e8che avec la police). Son prestige s\u2019effondre aussit\u00f4t. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat, r\u00e9uni en Haute Cour de justice, le condamne par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Bonnemains meurt du mal du si\u00e8cle (phtisie) le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, fou d\u2019amour, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger fait graver ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlez-nous de lui, grand-m\u00e8re,<br>Grand-m\u00e8re, parlez-nous de lui\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2500\" class=\"cit-num\">2500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mac-Nab (1856-1889), <em>Les Souvenirs du populo,<\/em> chanson<em>. Chansons du chat noir<\/em> (1890), Camille Baron, Maurice Mac-Nab<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parodie de la c\u00e9l\u00e8bre chanson de B\u00e9ranger, comme si Bonaparte et Boulanger \u00e9taient \u00e9galement sensibles au c\u0153ur du peuple\u00a0: \u00ab\u00a0Devant la photographie\u00a0\/ D\u2019un militaire \u00e0 cheval\u00a0\/ En habit de g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\/ Songeait une femme attendrie.\u00a0\/ Ses quatre petits-enfants\u00a0\/ Disaient \u00ab\u00a0Quel est donc cet homme\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0\/ \u00ab\u00a0Mes fils, ce fut dans le temps\u00a0\/ Un brave g\u00e9n\u00e9ral comme\u00a0\/ On n\u2019en voit plus aujourd\u2019hui\u00a0\/ Son image m\u2019est bien ch\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne Boulanger aura dur\u00e9 trois ans. Mais le nationalisme revanchard va lui survivre dans les milieux de droite. Menaces sur le r\u00e9gime proches dans le temps, les deux affaires, Boulanger et Dreyfus, sont li\u00e9e. La seconde aura des cons\u00e9quences autrement plus graves, dans le climat violemment antis\u00e9mite de la France\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/antisemitisme.jpg\" width=\"459\" height=\"639\"><\/p>\n<p>Antis\u00e9mitisme. Esnault, \u00ab\u00a0Leur patrie\u00a0\u00bb, <em>La Libre parole illustr\u00e9e,<\/em> 28\/10\/1893.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, la caricature est reconnue comme un genre \u00e0 part enti\u00e8re. C\u2019est aussi \u00e0 cette p\u00e9riode qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le sa face sombre, devenant un instrument privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019antis\u00e9mitisme, du nationalisme et de la presse d\u2019extr\u00eame droite. \u00c9douard Drumont, auteur de <em>La France juive<\/em>\u00a0et cr\u00e9ateur de <em>La Libre parole<\/em> se r\u00e9v\u00e8le au fil des ann\u00e9es l\u2019un des proph\u00e8tes de l\u2019antis\u00e9mitisme \u00e0 la fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Juifs ont introduit, dans les habitudes de la haute soci\u00e9t\u00e9, les plaisanteries de manants, les farces de fumistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917),\u00a0<em> La France juive<\/em> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage de 1 200 pages (deux volumes) publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur en forme de \u00ab\u00a0chronique scandaleuse\u00a0\u00bb avec son index de plus de 3 000 noms de personnalit\u00e9s juives ou ayant cultiv\u00e9 des relations avec des Juifs, se vend \u00e0 62 000 exemplaires la premi\u00e8re ann\u00e9e. V\u00e9ritable \u00ab\u00a0best-seller de la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0\u00bb, republi\u00e9 en 1888 dans une version populaire r\u00e9sum\u00e9e en un volume, il conna\u00eet 200 r\u00e9\u00e9ditions au total jusqu\u2019en 1914\u00a0!<\/p>\n<p>La France Juive est la premi\u00e8re unification \u00ab\u00a0dans une perspective historique \u2014 sociale, religieuse, politique \u2014 [des] trois sources principales des passions antijuives\u00a0: l\u2019antijuda\u00efsme chr\u00e9tien, l\u2019anticapitalisme populaire et le racisme moderne\u00a0\u00bb selon Michel Winock (<em>Nationalisme, antis\u00e9mitisme et fascisme en France<\/em>, 1990). Il recycle et donne leur autonomie aux th\u00e8mes de l\u2019antis\u00e9mitisme catholique, affirmant que \u00ab\u00a0la question religieuse m\u00eame ne joue qu\u2019un r\u00f4le secondaire \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la question de race qui prime toutes les autres.\u00a0\u00bb Drumont d\u00e9veloppe un antis\u00e9mitisme racial (opposition entre \u00ab\u00a0aryens\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0s\u00e9mites\u00a0\u00bb), \u00e9conomique (la finance et le capitalisme sont aux mains des Juifs) et religieux (r\u00e9f\u00e9rence au peuple d\u00e9icide).<\/p>\n<p>Il multiplie les poncifs et les id\u00e9es re\u00e7ues Les juifs sont hypocondriaques, sujets \u00ab\u00a0\u00e0 toutes les maladies qui indiquent la corruption du sang\u00a0: les scrofules, le scorbut, la gale\u2026\u00a0\u00bb, rong\u00e9s par la \u00ab\u00a0n\u00e9vrose\u00a0\u00bb, maladie moderne par excellence. \u00ab\u00a0Dans son essence m\u00eame, le Juif est triste. Enrichi, il devient insolent en restant lugubre\u00a0; il a l\u2019arrogance morose.\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab\u00a0\u00c0 Paris, ils vivent dans des appartements herm\u00e9tiquement clos o\u00f9 r\u00e8gne toujours une atmosph\u00e8re surchauff\u00e9e.\u00a0\u00bb Les Juifs \u00ab\u00a0puent \u2026 Chez les plus hupp\u00e9s il y a une odeur\u2026\u00a0 un relent qui indique la race et les aident \u00e0 se reconna\u00eetre entre eux.\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab\u00a0Les femmes [juives], avec tous les diamants de Golconde, ressembleront toujours \u00e0 des marchandes \u00e0 la toilette, non point endimanch\u00e9es, mais ensabbat\u00e9es\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le juif fran\u00e7ais est syst\u00e9matiquement associ\u00e9 \u00e0 l\u2019argent, la pr\u00e9varication, l\u2019avarice, tandis que le juif \u00ab\u00a0exog\u00e8ne\u00a0\u00bb permet d\u2019\u00e9voquer le cosmopolitisme, sinon l\u2019antipatriotisme des juifs, d\u00e9nonc\u00e9s bien avant l\u2019arrestation d\u2019Alfred Dreyfus comme des espions allemands en puissance, donc des tra\u00eetres \u00e0 la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour \u00e9crire un livre semblable [La France juive], il faut avoir \u00e9t\u00e9 d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 cheval, en quelque sorte, sur la fin de l\u2019Empire et le commencement de la R\u00e9publique\u00a0; il faut avoir vu na\u00eetre, se d\u00e9velopper et grandir le monde jud\u00e9o-germain qui nous opprime \u00e0 l\u2019heure actuelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>Le Testament d\u2019un antis\u00e9mite<\/em> (1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Antis\u00e9mite autoproclam\u00e9,<em> La Libre parole illustr\u00e9e<\/em> l\u2019aide naturellement \u00e0 pr\u00e9ciser le st\u00e9r\u00e9otype facial. Le nez s\u2019est \u00e9pat\u00e9, les l\u00e8vres \u00e9paissies, tout comme le visage arrondi. Le juif typifi\u00e9 atteint une forme d\u2019unit\u00e9 corporelle qui s\u2019oppose en tout point \u00e0 celle de l\u2019aryen, dans un syst\u00e8me dual que Drumont per\u00e7oit comme \u00ab\u00a0une clef majeure de l\u2019histoire universelle\u00a0\u00bb et dans lequel le juif constitue un \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb incompatible.<\/p>\n<p>On peut clairement rep\u00e9rer deux types de juifs selon Drumont qui pousse tr\u00e8s loin la caricature refl\u00e9tant selon lui la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: le juif fran\u00e7ais, assimil\u00e9, en costume trois pi\u00e8ces, plut\u00f4t grassouillet, le cr\u00e2ne d\u00e9garni, les cheveux fris\u00e9s, le nez imposant, et le juif exog\u00e8ne, maigre, \u00e9lanc\u00e9, dot\u00e9 d\u2019une longue barbichette, cheveux longs et filasses, plus proche de la repr\u00e9sentation du juif religieux traditionnel ou du juif \u00ab\u00a0du ghetto\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parfois le caricaturiste \u00e9voque la fronti\u00e8re (ou recourt \u00e0 une carte g\u00e9ographique) qu\u2019enjambe le juif pour exporter ses richesses hors de France. La connexion entre les deux types est parfois r\u00e9alis\u00e9e, le juif pauvre \u00e9tranger venant s\u2019installer dans l\u2019Hexagone pour y faire fortune. On passe alors d\u2019un type \u00e0 l\u2019autre en quelques \u00e9tapes qui illustrent les deux p\u00f4les visuels de la d\u00e9testation physique\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 maigreur, mis\u00e8re et salet\u00e9 repoussante, de l\u2019autre, embonpoint, luxe et attitude hautaine du parvenu. Dans les deux cas, l\u2019anormalit\u00e9 pr\u00e9domine.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me iconographique fond\u00e9 sur cette bipolarisation doit pouvoir susciter chez le lecteur\/voyeur identification d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et rejet de l\u2019autre (ce qui revient au m\u00eame), dans une logique de construction identitaire.<\/p>\n<p>La physiogonomie, pseudo-science qui fait son retour dans les journaux vou\u00e9s \u00e0 la caricature comme <em>la Libre parole illustr\u00e9e<\/em>, a la m\u00eame vocation de d\u00e9molition m\u00e9diatique visant diverses personnalit\u00e9s, juives ou pas.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pysiogonomie.jpg\" width=\"473\" height=\"639\"><\/p>\n<p>Physiogonomie. Dessins d\u2019apr\u00e8s Chanteclair, <em>La Libre parole illustr\u00e9e<\/em>, samedi 4 ao\u00fbt 1894, n\u00b056.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation\u00a0(contre le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Casimir-P\u00e9rier)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u2014 Ceci, tas de malins, a pour but de vous prouver que Casimir \u00e9tait vraiment pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre le gardien fid\u00e8le, \u00f4 combien, de notre aimable Constitution.<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La couverture de <em>La Libre parole illustr\u00e9e<\/em> montre une m\u00e9tamorphose de Casimir P\u00e9rier en bouledogue sous le titre \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">PHYSIOGNOMONIE<\/span>\u00a0\u00bb. Les deux num\u00e9ros suivants seront con\u00e7us sur ce principe.<\/p>\n<p>Ignorant les pr\u00e9jug\u00e9s religieux courants en son temps, Casimir-P\u00e9rier admet dans sa compagnie des protestants, les Hottinguer, les Delessert, et des Juifs \u2013 le Baron de Rothschild se flatte d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0son ami\u00a0\u00bb et de le voir r\u00e9guli\u00e8rement. Il oublie volontiers le pass\u00e9 politique de ses amis, cette tol\u00e9rance doit \u00eatre port\u00e9e \u00e0 son cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Les charges de <em>La Libre parole<\/em> contre l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, opposant le riche parvenu aux pauvres h\u00e8res, sont d\u2019ailleurs comparables \u00e0 celles du <em>Chambard socialiste<\/em>, entre autres. Cette charge en quatre \u00e9tapes, sign\u00e9e Chanteclair et titr\u00e9e Physiognomonie, aussi repoussante que fascinante, constitue le sommet d\u2019un courant qui fait momentan\u00e9ment passer l\u2019antis\u00e9mitisme au second plan (Casimir-P\u00e9rier n\u2019\u00e9tant pas juif)\u00a0: le dessinateur transforme la t\u00eate du pr\u00e9sident (fine et s\u00e9duisante) en une gueule de molosse monstrueux.<\/p>\n<p>Cette attaque \u2013 entre beaucoup d\u2019autres \u2013 aura raison de la fragilit\u00e9 du nouveau pr\u00e9sident, si peu fait pour ce m\u00e9tier de son aveu m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le poids des responsabilit\u00e9s est trop lourd pour que j\u2019ose parler de ma reconnaissance. J\u2019aime trop ardemment mon pays pour \u00eatre heureux le jour o\u00f9 je deviens son chef. Qu\u2019il me soit donn\u00e9 de trouver dans ma raison et dans mon c\u0153ur la force n\u00e9cessaire pour servir dignement la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CASIMIR<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PERIER<\/span> (1847-1907), Message du nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu le 27 juin 1894<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9trange message du nouvel\u00a0\u00e9lu\u00a0! Soutenu par la droite, il h\u00e9sitait pourtant \u00e0 poser sa candidature, mais il se laisse convaincre. Facilement \u00e9lu par le S\u00e9nat et la Chambre (contre le radical Henri Brisson et le r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 Charles Dupuy), p\u00e2le et d\u00e9fait, il \u00e9clate en sanglots\u00a0! <em>L\u2019Intransigeant<\/em> d\u2019Henri Rochefort titre un entrefilet pr\u00e9monitoire\u00a0: \u00ab\u00a0Premi\u00e8res larmes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 46 ans, c\u2019est le troisi\u00e8me plus jeune pr\u00e9sident (apr\u00e8s Louis-Napol\u00e9on Bonaparte en 1848 et Emmanuel Macron en 2017). Casimir-P\u00e9rier d\u00e9tient surtout le record du mandat pr\u00e9sidentiel le plus court, toutes r\u00e9publiques confondues\u00a0: 6 mois et 20 jours.<\/p>\n<p>La presse satirique de gauche (<em>Le Chambard socialiste<\/em> en t\u00eate) le caricature comme il est d\u2019usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: le \u00ab\u00a0criblage caricatural\u00a0\u00bb vise ici un pr\u00e9sident \u00ab\u00a0descendant de\u00a0\u00bb et fortun\u00e9. Les radicaux et les socialistes font chorus contre le \u00ab\u00a0pr\u00e9sident de la r\u00e9action\u00a0\u00bb. Il appartient \u00e0 la haute bourgeoisie. Propri\u00e9taire de la majeure partie des actions des mines d\u2019Anzin, \u00ab\u00a0Casimir d\u2019Anzin\u00a0\u00bb est trop riche aux yeux de la France d\u00e9mocratique. Les campagnes de presse hostiles se multiplient, parall\u00e8lement aux proc\u00e8s pour offense au chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Casimir-P\u00e9rier prend aussi conscience du faible r\u00f4le r\u00e9serv\u00e9 au pr\u00e9sident. Tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des Affaires \u00e9trang\u00e8res (domaine pourtant r\u00e9serv\u00e9 au chef de l\u2019\u00c9tat), marginalis\u00e9 par le pr\u00e9sident du Conseil Charles Dupuy, il sombre dans l\u2019abattement. Surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Prisonnier de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0\u00bb, il ne supporte plus cette prison dor\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9cor menteur o\u00f9 l\u2019on ne fait que recevoir des coups sans pouvoir les rendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sous ses allures hautaines, l\u2019homme est sensible, fragile et angoiss\u00e9. Cloitr\u00e9 en son Palais, il n\u2019ose plus sortir dans la rue de peur d\u2019\u00eatre insult\u00e9 ou siffl\u00e9. Il demande aux cochers de retirer leur cocarde tricolore pour qu\u2019on ne remarque pas la voiture pr\u00e9sidentielle dans la capitale. Se croyant espionn\u00e9, il re\u00e7oit ses intimes sur la pelouse de l\u2019\u00c9lys\u00e9e pour pouvoir parler librement. Il va d\u00e9missionner au premier pr\u00e9texte, un jour apr\u00e8s son pr\u00e9sident du Conseil avec qui l\u2019entente \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9ment impossible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me r\u00e9signe pas \u00e0 comparer le poids des responsabilit\u00e9s morales qui p\u00e8sent sur moi et l\u2019impuissance \u00e0 laquelle je suis condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CASIMIR<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PERIER<\/span> (1847-1907), Dernier message du Pr\u00e9sident d\u00e9missionnaire, janvier 1895<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autoritaire et susceptible, il pr\u00e9sente sa d\u00e9mission en janvier 1895, r\u00e9sumant ainsi le drame de sa situation. Retir\u00e9 de la politique, il consacra la fin de sa vie \u00e0 la gestion de la fortune familiale. Il n\u2019\u00e9voqua jamais plus le souvenir de son bref passage \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e.<\/p>\n<p>Le\u00e7ons de l\u2019histoire\u00a0?\u00a0 La politique est un m\u00e9tier interdit aux faibles. Et la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 parlementaire\u00a0\u00bb l\u2019emporte une fois de plus au d\u00e9triment de la pr\u00e9sidence toujours rabaiss\u00e9e. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, la famille, fid\u00e8le \u00e0 son v\u0153u, refusa toute c\u00e9r\u00e9monie officielle\u00a0: obs\u00e8ques sans fleurs, ni couronnes, ni discours.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dreyfus_1.jpg\" width=\"554\" height=\"800\"><\/p>\n<p>\u00c0 propos de Judas-Dreyfus. Dessin de Chanteclair dans <em>La Libre parole illustr\u00e9e<\/em> (10 novembre 1894).<\/p>\n<p>Suite \u00e0 l\u2019arrestation du capitaine Dreyfus pour trahison (octobre 1894), le sous-titre vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u2014 Fran\u00e7ais, voil\u00e0 huit ann\u00e9es que je vous le r\u00e9p\u00e8te chaque jour\u00a0!<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Edouard Drumont, t\u00eate fid\u00e8le \u00e0 sa photo, pose ici en colosse \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses \u0153uvres empil\u00e9es qui font un barrage antis\u00e9mite depuis sa d\u00e9nonciation de <em>La France juive<\/em> (1886). Il tient \u00e0 bout de pincettes (pour \u00e9viter toute contamination) un abominable avorton coiff\u00e9 d\u2019un casque allemand \u00e0 pointe (Dreyfus accus\u00e9 d\u2019espionnage pour l\u2019ennemi), tandis qu\u2019un brave soldat veille en arri\u00e8re-plan sous le soleil, symbole d\u2019une aube nouvelle pour la nation.<\/p>\n<p>Aux yeux des nationalistes chr\u00e9tiens, la trahison de la France vaut celle de J\u00e9sus par Judas.<\/p>\n<p>Rappelons que <em>La Libre parole (illustr\u00e9e)<\/em> fond\u00e9e en 1886 par Drumont est le premier journal antidreyfusard. En 1889 et dans le m\u00eame esprit, Drumont a fond\u00e9<em> La Ligue Nationale antis\u00e9mitique de France.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/caran.jpg\" width=\"804\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Un diner en famille, dessin de presse de Caran d\u2019Ache (1858-1909) qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Affaire Dreyfus. <em>Le Figaro<\/em>, 14 f\u00e9vrier 1898.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende vaut citation et fait litt\u00e9ralement partie de la caricature qui se joue en deux actes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u2014 Surtout\u00a0! ne parlons pas de l\u2019affaire Dreyfus\u00a0! <br>\u2014 Ils en ont parl\u00e9.<span id=\"12\" class=\"cit-num\">12<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019affaire Dreyfus qui marquera l\u2019histoire de France jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale constitue un temps fort de l\u2019histoire de la caricature. La presse satirique se lance dans la bataille\u00a0: c\u00f4t\u00e9 antidreyfusard<em> La Libre parole<\/em> de Drumont et <em>L\u2019Intransigeant<\/em> de Rochefort, auquel s\u2019oppose Le Grelot.<\/p>\n<p>Certains journaux seront m\u00eame cr\u00e9\u00e9s pour l\u2019occasion\u00a0: <em>Psst<\/em> (antidreyfusard) et<em> Le Sifflet<\/em> (dreyfusard).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un d\u00eener en famille\u00a0\u00bb est un diptyque compos\u00e9 de deux dessins superpos\u00e9s. Le premier repr\u00e9sente une grande famille bourgeoise attabl\u00e9e pour le d\u00e9but du d\u00eener, le second montre la m\u00eame famille, plus tard, se battant autour de la table d\u00e9vast\u00e9e. L\u2019originalit\u00e9, ajoutons m\u00eame l\u2019\u00e9l\u00e9gance, c\u2019est que l\u2019\u0153uvre ne prend absolument pas parti, pour ou contre Dreyfus.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0simplement\u00a0\u00bb une m\u00e9taphore de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise profond\u00e9ment divis\u00e9e entre dreyfusards et anti-dreyfusards, durant l\u2019Affaire. Cette illustration est devenue une r\u00e9f\u00e9rence pour illustrer les d\u00e9bats qui passionnent toutes les tranches de la soci\u00e9t\u00e9, sur lesquels tous se forgent un avis, sans que personne ne convainque personne.<\/p>\n<p>Signalons pourtant que Caran d\u2019Ache (1858-1909), dessinateur humoristique et caricaturiste, est membre de la Ligue de la patrie fran\u00e7aise, organisation politique d\u2019orientation nationaliste, fond\u00e9e le 31 d\u00e9cembre 1898 dans le cadre de l\u2019affaire Dreyfus. Elle rassemble les antidreyfusards intellectuels et mondains\u00a0: acad\u00e9miciens, tels Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, Jules Lema\u00eetre et Paul Bourget, membres de l\u2019Institut de France, artistes et \u00e9crivains en vue, \u00e0 commencer par Maurice Barr\u00e8s, les peintres Edgar Degas et Auguste Renoir, le romancier Jules Verne, les po\u00e8tes Jos\u00e9-Maria de Heredia et Pierre Lou\u00ffs, le musicien Vincent d\u2019Indy, le peintre et dessinateur Jean-Louis Forain, le caricaturiste Job, Th\u00e9odore Botrel, etc.<\/p>\n<p>Annonc\u00e9e d\u2019abord comme une organisation \u00ab\u00a0centriste et r\u00e9gionaliste\u00a0\u00bb cens\u00e9e rassembler les bonnes volont\u00e9s pour apaiser les tensions politiques, son jeu se pr\u00e9cise bient\u00f4t clairement\u00a0: r\u00e9action \u00e0 la Ligue des droits de l\u2019homme cr\u00e9\u00e9e pour f\u00e9d\u00e9rer et organiser les forces antidreyfusardes les plus h\u00e9t\u00e9roclites. Plusieurs personnalit\u00e9s tromp\u00e9es, comme Heredia ou Mistral, la quittent aussit\u00f4t. Son action restera limit\u00e9e. Elle semble triompher lors des \u00e9lections municipales en 1900, notamment \u00e0 Paris. Mais pas plus que la Ligue des patriotes de Paul D\u00e9roul\u00e8de elle ne r\u00e9siste \u00e0 la victoire \u00e9lectorale du Bloc des gauches en 1902. Elle est officiellement dissoute en 1904.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, l\u2019Affaire prend une telle importance qu\u2019elle va engendrer un flot de caricatures atteignant des sommets de haine et de vulgarit\u00e9, avec un antis\u00e9mitisme qui rel\u00e8verait aujourd\u2019hui de la censure et de la justice. N\u2019ayant que l\u2019embarras du choix, nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 le meilleur, donc le pire. \u00c0 vous de juger\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/zola.jpg\" width=\"795\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Mus\u00e9e des horreurs, n\u00b04, Le Roi des Porcs. \u00c9mile Zola. Par V. Lenepveu. Automne 1898.<\/p>\n<p>Le bien nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Mus\u00e9e des horreurs\u00a0\u00bb est une s\u00e9rie de 51 affiches satiriques attaquant les hommes politiques, les \u00e9crivains et les journalistes ayant pris des positions dreyfusardes, publi\u00e9e chaque semaine pendant un an, apr\u00e8s le second proc\u00e8s en r\u00e9vision de la Cour Martiale de Rennes. Ces dessins \u00e9chappent aux repr\u00e9sentations caricaturales classiques de l\u2019\u00e9poque\u00a0: les visages des personnages, absolument pas d\u00e9form\u00e9s, sont m\u00eame d\u2019une pr\u00e9cision \u00e9tonnante. Victor Lenepveu 1819-1898) d\u00e9sire que ses lecteurs identifient au premier regard les personnages.<\/p>\n<p>Publication interrompue un an plus tard, sur ordre du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. L\u2019auteur invoquera de son c\u00f4t\u00e9 des soucis de financement et des tracas policiers.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un dessinateur de beaucoup d\u2019esprit, au coup de crayon d\u2019un comique intense, <span class=\"caps\">M. V.<\/span> Lenepveu, a eu l\u2019heureuse id\u00e9e d\u2019inaugurer une s\u00e9rie des portraits des vendus les plus c\u00e9l\u00e8bres de la tourbe dreyfusarde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"13\" class=\"cit-num\">13<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> L\u2019Intransigeant<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mise en vente du premier num\u00e9ro, le 1er octobre 1899, est annonc\u00e9e et salu\u00e9e par son confr\u00e8re Henri Rochefort, anticl\u00e9rical, nationaliste, favorable \u00e0 la Commune, boulangiste, socialiste et antidreyfusard\u2026 et plus que tout extr\u00e9miste. Son engagement lui vaut le surnom de \u00ab\u00a0l\u2019homme aux vingt duels et trente proc\u00e8s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces dessins \u00e9chappent aux repr\u00e9sentations caricaturales classiques de l\u2019\u00e9poque\u00a0: le visage, jamais d\u00e9form\u00e9, est m\u00eame d\u2019une pr\u00e9cision \u00e9tonnante. Victor Lenepveu, d\u00e9sire que ses lecteurs-voyeurs identifient au premier regard les personnages. Mais la t\u00eate est greff\u00e9e sur le corps d\u2019un animal plus monstrueux que nature.<\/p>\n<p>\u00c9mile Zola, c\u00e9l\u00e8bre romancier populaire qui n\u2019est pas juif, mais ne supporte plus l\u2019antis\u00e9mitisme ambiant, est gratifi\u00e9 d\u2019un corps de porc. Avant son engagement en faveur de Dreyfus, le chef de file de la litt\u00e9rature naturaliste fut souvent trait\u00e9 de \u00ab\u00a0pornographe\u00a0\u00bb par les conservateurs et d\u00e9j\u00e0 caricatur\u00e9 en porc.<\/p>\n<p>Le dessin en rajoute, \u00e9voquant une posture scatologique\u00a0: assis dans une auge, sur une pile de quelques-uns de ses romans, il badigeonne de \u00ab\u00a0caca international\u00a0\u00bb la carte de la m\u00e8re patrie. La th\u00e9orie du complot est sous-jacente et le terme \u00ab\u00a0international\u00a0\u00bb prouve les influences n\u00e9fastes de l\u2019\u00e9tranger. La pr\u00e9cision du dessin permet de saisir le message\u00a0: Zola n\u2019\u00e9crit pas ses \u0153uvres, il les produit d\u2019une mani\u00e8re beaucoup moins noble\u2026 Ses textes peuvent m\u00eame avoir une autre utilit\u00e9 que celle de la simple lecture\u2026 Ajoutons que le choix des ouvrages dans l\u2019auge du porc a un sens\u00a0: la droite nationaliste et antis\u00e9mite rejette les romans naturalistes tels <em>L\u2019Assommoir<\/em> ou<em> Germinal<\/em> qui t\u00e9moignent des difficiles conditions de vie de la classe ouvri\u00e8re dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise issue de l\u2019industrialisation.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le majeur de Zola dans l\u2019Affaire va l\u2019exposer m\u00e9diatiquement et bouleverser sa vie \u2013 sa mort \u00ab\u00a0accidentelle\u00a0\u00bb par intoxication cinq ans plus tard est consid\u00e9r\u00e9e comme un assassinat par certains historiens, mais ce fait-l\u00e0 ne sera jamais prouv\u00e9. Chemin\u00e9e mal ramon\u00e9e ou a\u00e9ration bouch\u00e9e sur ordre d\u2019anti-dreyfusards. Pour le reste\u2026 l\u2019Histoire a finalement rendu justice \u00e0 Dreyfus et aux dreyfusards. <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> r\u00e9sume l\u2019affaire en quelques mots.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche\u00a0; rien ne peut plus l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2515\" class=\"cit-num\">2515<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Le Figaro,<\/em> 25\u00a0novembre 1897<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Zola commente la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine Dreyfus.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, complexe et longue, commence fin septembre\u00a01894, quand une femme de m\u00e9nage fran\u00e7aise de l\u2019ambassade allemande, travaillant pour le Service de renseignements, d\u00e9couvre un bordereau prouvant la trahison d\u2019un officier de l\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais. Le 10\u00a0octobre, le g\u00e9n\u00e9ral Mercier, ministre de la Guerre, met en cause Alfred Dreyfus. On lui fait faire une dict\u00e9e, il y a similitude entre son \u00e9criture et celle du bordereau en cause. Dreyfus est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Guyane par le Conseil de guerre de Paris, le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894. Ni lui ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces d\u2019un \u00ab\u00a0dossier secret\u00a0\u00bb. Diverses irr\u00e9gularit\u00e9s sont ensuite mises en \u00e9vidence. Sa qualit\u00e9 de juif joue contre lui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019antis\u00e9mitisme a ses h\u00e9rauts, ses journaux, ses r\u00e9seaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897. <em>Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus, qui deviendra l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, et la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de<em> L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2518\" class=\"cit-num\">2518<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche,<\/em> d\u00e9claration au jury. <em>L\u2019Aurore,<\/em> 22 f\u00e9vrier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fit conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier. Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus serait la fin de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2520\" class=\"cit-num\">2520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), 1er mai 1898.\u00a0<em> Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 souvent et \u00e0 juste titre pour son humour cinglant, Rochefort s\u2019impose en pol\u00e9miste antidreyfusard. Son journal<em> l\u2019Intransigeant<\/em> d\u00e9nonce le syndicat des dreyfusards et soutient le camp des antidreyfusards, tr\u00e8s majoritaires, mais plus ou moins militants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dreyfus_2.jpg\" width=\"772\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Mus\u00e9e des horreurs n\u00b06. Dreyfus, le Traitre. Par V. Lenepveu.<\/p>\n<p>Portrait caricature d\u2019Alfred Dreyfus, en hydre (ou dragon ou serpent g\u00e9ant) \u00e0 t\u00eate d\u2019homme parfaitement ressemblante, entour\u00e9 de serpents, corps transperc\u00e9 par une \u00e9p\u00e9e avec un papier mentionnant \u00ab\u00a0le tra\u00eetre\u00a0\u00bb, r\u00f4le attribu\u00e9 par d\u00e9finition m\u00eame au juif apatride. Dans la tradition chr\u00e9tienne, le serpent est assimil\u00e9 au p\u00each\u00e9\u00a0: il est donc un agent du malin, sa culpabilit\u00e9 malgr\u00e9 la gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle ne fait aucun doute. Cette cr\u00e9ature symbolise un danger multiple. Pour le combattre, il ne faut pas h\u00e9siter \u00e0 employer la violence comme le sugg\u00e8re l\u2019\u00e9p\u00e9e plant\u00e9e dans sa queue. Cette arme \u00e9voquerait aussi le caract\u00e8re chevaleresque voire m\u00e9di\u00e9val, de la lutte antis\u00e9mite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! ch\u00e8re France, toi que j\u2019aime de toute mon \u00e2me, de tout mon c\u0153ur, toi \u00e0 qui j\u2019ai consacr\u00e9 toutes mes forces, toute mon intelligence, comment a-t-on pu m\u2019accuser d\u2019un crime aussi \u00e9pouvantable\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">DREYFUS<\/span> (1859-1935), Lettre, \u00e0 sa femme Lucie, 7 d\u00e9cembre 1894<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Accus\u00e9 \u00e0 tort d\u2019avoir divulgu\u00e9 des informations militaires secr\u00e8tes \u00e0 l\u2019arm\u00e9e allemande pendant la guerre de 1870, condamn\u00e9 \u00e0 10 ans de prison le 9 septembre 1899, graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00c9mile Loubet le 19 septembre, mais pas encore innocent\u00e9, il sera remis en libert\u00e9 le 21 septembre.<\/p>\n<p>Ce conflit politique et social divise la France en deux camps oppos\u00e9s, les\u00a0 \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb partisans de l\u2019innocence de Dreyfus et les \u00ab\u00a0antidreyfusards\u00a0\u00bb, convaincus de sa culpabilit\u00e9 ou pr\u00e9f\u00e9rant prendre ce juif comme bouc \u00e9missaire, plut\u00f4t que d\u2019incriminer un haut responsable de l\u2018arm\u00e9e fran\u00e7aise, indispensable pour aller au bout de la Revanche reine de France, et r\u00e9cup\u00e9rer les deux d\u00e9partements d\u2019Alsace-Lorraine perdus en 1870-71.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce d\u00e9chirement de l\u2019opinion publique en deux blocs hostiles, que l\u2019on qualifie de droite et de gauche, fut brutalement accentu\u00e9 par l\u2019affaire Dreyfus. La vie publique de la France, pendant une grande partie de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, allait en porter l\u2019empreinte. L\u2019extension de l\u2019 \u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb qui n\u2019\u00e9tait \u00e0 ses d\u00e9buts qu\u2019une affaire juridique, n\u2019est explicable que si l\u2019on tient compte de ce qu\u2019il y a dans l\u2019esprit fran\u00e7ais de violence pour et contre les id\u00e9es. (\u2026) De l\u2019affaire est sortie ce qui a \u00e9t\u00e9 exactement nomm\u00e9 la r\u00e9volution dreyfusienne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Edouard <span class=\"caps\">BONNEFOUS<\/span> (1907-2007), <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, f\u00e9vrier 1950<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette affaire fut l\u2019un des exemples les plus marquants d\u2019erreur judiciaire difficilement r\u00e9par\u00e9e, avec un r\u00f4le majeur jou\u00e9 par la presse et l\u2019opinion publique. L\u2019affaire Dreyfus s\u2019inscrit dans un contexte social particuli\u00e8rement propice \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme et \u00e0 la haine de l\u2019Empire allemand. Plus qu\u2019une simple erreur, ce fut un v\u00e9ritable complot judiciaire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/zadoc_kahn.jpg\" width=\"500\" height=\"655\"><\/p>\n<p>Mus\u00e9e des horreurs n\u00b07. Le grand rabbin de France Zadoc Kahn, en loup. Par V. Lenepveu. <span class=\"caps\">MAHJ<\/span> Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire du juda\u00efsme.<\/p>\n<p>L\u2019affiche repr\u00e9sente le grand rabbin Zadoc-Kahn dans le corps d\u2019un \u00e2ne ou d\u2019un loup (selon les r\u00e9f\u00e9rences), coupant la queue tirebouchonn\u00e9e d\u2019un porc, ch\u00e2treur par allusion \u00e0 la circoncision alors appel\u00e9e \u00ab\u00a0bapt\u00eame des cochons\u00a0\u00bb. \u00c0 droite, une affichette indique le Tarif des sacrifices, croissant en fonction d\u2019une op\u00e9ration simple \u2013 soign\u00e9e \u2013 \u00e0 domicile. A gauche, sur la nappe de la table, informations publicitaires sur les prochaines parutions du<em> Mus\u00e9e des horreurs\u00a0<\/em>: Georgette, La morue blanche \u2013 Crassus, Pr\u00e9-Sal\u00e9 \u2013 La casserole, Sali\u00e8re et sa bande, etc. etc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Zadoc Kahn] est lui-m\u00eame une r\u00e9ponse vivante \u00e0 ceux qui accusent les juifs d\u2019\u00eatre en tout excessifs et de manquer d\u2019\u00e9quilibre\u2026 La mod\u00e9ration et la mesure qu\u2019il met en toute chose accroissent la force de sa parole. On sent dans ce qu\u2019il dit un feu int\u00e9rieur et une ardeur toujours contenue, on voit que ce qu\u2019il \u00e9prouve et ne dit pas vaut autant et plus que ce qu\u2019il dit. Cette pens\u00e9e dont on devine les profondeurs sans les voir fait vibrer tout ce qu\u2019il y a chez l\u2019homme de bon, de noble et de po\u00e9tique, et par une sorte de r\u00e9sonance morale \u00e9veille dans les c\u0153urs mille \u00e9chos myst\u00e9rieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Isidore <span class=\"caps\">LOEBE<\/span> (1839-1892), Revue des \u00e9tudes juives (Ann\u00e9e 1886),<em> Sermons et Allocutions par Zadoc Kahn, grand-rabbin de Paris<\/em> (1886)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rabbin philologue et historien fran\u00e7ais du <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u1d49 si\u00e8cle, sp\u00e9cialiste des \u00e9tudes sur l\u2019histoire, la culture et la litt\u00e9rature juives, il rend hommage \u00e0 son confr\u00e8re lors de la publication de ses \u0153uvres.<\/p>\n<p>Zadoc Kahn (1839-1905) est n\u00e9 dans une famille ashk\u00e9naze \u00e0 Mommenheim en Alsace. Son p\u00e8re est colporteur, sa m\u00e8re descend du grand-rabbin de Rh\u00e9nanie. Il pr\u00e9pare l\u2019examen d\u2019entr\u00e9e au S\u00e9minaire rabbinique, \u00e9tudie \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie talmudique de Strasbourg. Tr\u00e8s affect\u00e9 par la guerre de 1870 et la perte de son Alsace natale, il fonde en 1879 la <em>Soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9tudes juives,<\/em> creuset du \u00ab\u00a0franco-juda\u00efsme\u00a0\u00bb. En 1889, il est nomm\u00e9 grand-rabbin de France. Luttant inlassablement contre l\u2019antis\u00e9mitisme, il milite pour la r\u00e9habilitation d\u2019Alfred Dreyfus dont il c\u00e9l\u00e9bra le mariage (21 avril 1890) avec Lucie Hadamard, dans la synagogue de la Victoire \u00e0 Paris. \u00c0 la diff\u00e9rence de beaucoup d\u203a\u00ab\u00a0Isra\u00e9lites\u00a0\u00bb parisiens, il soutint aussi les projets pour le retour des Juifs en Palestine.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/clemenceau.jpg\" width=\"780\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Mus\u00e9e des horreurs n\u00b010, Georges Clemenceau, en hy\u00e8ne, veillant sur des sacs de livres sterling, en \u00e9cho aux accusations du temps de l\u2019affaire Norton (1893). Par V. Lenepveu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Tigre\u00a0\u00bb qui terrorise la classe politique par son humour f\u00e9roce et ses convictions politiques sans concessions politiciennes est r\u00e9duit au rang d\u2019une hy\u00e8ne. Le titre en haut \u00e0 droite en fait \u00ab\u00a0l\u2019ex-copain de Cornelius Herz\u00a0\u00bb,\u00a0 rappelant ses liens avec Cornelius Herz, impliqu\u00e9 dans le scandale de Panama (1892). Clemenceau veille sur des sacs de livres sterling, en \u00e9cho aux accusations du temps de l\u2019affaire Norton (1893).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande flibusterie du si\u00e8cle\u2026 De l\u2019or, de la boue et du sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2505\" class=\"cit-num\">2505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917),<em> La Libre Parole<\/em>, septembre\u00a01892. <em>Marinoni\u00a0: le fondateur de la presse moderne, 1823-1904<\/em> (2009), \u00c9ric Le Ray<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Drumont a d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 la finance juive dans son essai d\u2019histoire contemporaine en forme de pamphlet,<em> La France juive<\/em> (1886). Dans son journal nationaliste et antis\u00e9mite, <em>La Libre Parole<\/em> (sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0La France aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb), il d\u00e9nonce le scandale de Panama. \u00ab\u00a0De l\u2019or, de la boue et du sang\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019affaire et titre du livre qu\u2019il lui consacrera (1896).<\/p>\n<p>De Lesseps (juif d\u2019origine allemande) a cr\u00e9\u00e9 en 1881 une compagnie pour le percement de l\u2019isthme. Des difficult\u00e9s techniques et bancaires l\u2019obligent \u00e0 demander de nouveaux fonds. Pour se lancer sur le march\u00e9 des obligations, il lui faut une loi \u2013 il ach\u00e8te les voix de parlementaires et de ministres. Trop tard. Sa compagnie est liquid\u00e9e (f\u00e9vrier\u00a01889), 800\u00a0000 souscripteurs sont touch\u00e9s. On tente d\u2019\u00e9touffer le scandale, mais une enqu\u00eate pour abus de confiance et escroquerie est lanc\u00e9e contre de Lesseps, p\u00e8re et fils.<\/p>\n<p>Dans la nuit du 19 au 20\u00a0novembre\u00a01892, le suicide du baron Reinach, interm\u00e9diaire entre la Compagnie de Panama et le monde politique, met le feu aux poudres.<\/p>\n<p>\u00c0 la tribune de la Chambre, le d\u00e9put\u00e9 royaliste Jules Delahaye accuse sans les nommer 150 d\u00e9put\u00e9s d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s. La presse d\u00e9nonce les \u00ab\u00a0ch\u00e9quards\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0panamistes\u00a0\u00bb, dont Clemenceau. Ce vend\u00e9en n\u2019a rien de juif, mais le r\u00e9publicain radical est ath\u00e9iste convaincu. Il se bat pour la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat\u2026 et s\u2019illustre en ardent dreyfusard, ouvrant son journal au \u00ab\u00a0J\u2019accuse\u00a0\u00bb de Zola (le titre de cette lettre ouverte est d\u2019ailleurs de lui). Personnage tr\u00e8s en vue \u00e0 divers titres, redout\u00e9 pour son caract\u00e8re et son humour f\u00e9roce, le Tigre se retrouve impliqu\u00e9 dans le plus gros scandale financier de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019affaire de Panama a montr\u00e9 toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance [\u2026] La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle f\u00e9odalit\u00e9 cosmopolite les forteresses qu\u2019ils lui ont ravies pour la dominer\u00a0: la Banque de France, les chemins de fer, les mines.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2506\" class=\"cit-num\">2506<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">MILLERAND<\/span> (1859-1943), Profession de foi aux \u00e9lecteurs du <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0arrondissement, 1893.<em> Les Socialistes ind\u00e9pendants<\/em> (1911), Albert Ory<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9e toujours actuelle du pouvoir de la finance internationale. Sont d\u2019ailleurs cit\u00e9es des entreprises qui seront nationalis\u00e9es en 1945-1946. Millerand, r\u00e9publicain radical devenu socialiste (avant de finir conservateur et pr\u00e9sident de la R\u00e9publique apr\u00e8s la guerre) fait partie de ces hommes nouveaux qui, comme Jean Jaur\u00e8s, seront d\u00e9put\u00e9s au terme des \u00e9lections des 20\u00a0ao\u00fbt et 3\u00a0septembre 1893.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique reste mod\u00e9r\u00e9e, mais la nouvelle Chambre amorce un tournant \u00e0 gauche avec l\u2019apparition du socialisme parlementaire, encore trop d\u00e9suni pour \u00eatre fort. Quant \u00e0 l\u2019affaire de Panama, elle laisse des traces durables\u00a0: antiparlementarisme et antis\u00e9mitisme accrus, dans une France divis\u00e9e par l\u2019Affaire (Dreyfus).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dreyfus_3.jpg\" width=\"618\" height=\"800\"><\/p>\n<p>Mus\u00e9e des horreurs n\u00b035. Juin 1900. Dreyfus le Tra\u00eetre, pendu. Par V. Lenepveu.<\/p>\n<p>Retour au personnage principal de l\u2019Affaire, titr\u00e9 en haut \u00e0 droite \u00ab\u00a0Amnistie populaire\u00a0!\u00a0\u00bb (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la loi d\u2019amnistie vot\u00e9e par les s\u00e9nateurs le 2 juin 1900). Dreyfus m\u00e9rite de finir pendu comme Judas \u00e0 un gibet, avec la mention \u00ab\u00a0Tra\u00eetre\u00a0\u00bb \u00e9pingl\u00e9e \u00e0 sa chemise. Assimiler Dreyfus \u00e0\u00a0Judas\u00a0est une \u00e9vidence et la m\u00e9taphore religieuse a toute la force d\u2019une vindicte deux fois mill\u00e9naire. Nul besoin de caricaturer Dreyfus racialement, il a trahi la France chr\u00e9tienne, celle de Vercing\u00e9torix et de Jeanne d\u2019Arc. Avec le \u00ab\u00a0Syndicat Dreyfus\u00a0\u00bb (complot jud\u00e9o-ma\u00e7onnique), c\u2019est l\u2019un des codes iconographiques les plus efficaces.<\/p>\n<p>La caricature antidreyfusarde constitue un fond imagier o\u00f9 la presse collaborationniste ira puiser pendant la Seconde Guerre mondiale. <em>Je suis partout<\/em>\u00a0(journal de la collaboration) titrera un \u00e9ditorial de Lucien Rebatet \u00ab\u00a0Les Juifs et la France\u00a0\u00bb, reprenant en 1939 un dessin de Caran D\u2019Ache (antidreyfusard), publi\u00e9 en 1898 dans\u00a0Psst\u2026\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902),<em> L\u2019Aurore<\/em>, 5\u00a0juin 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. Mais l\u2019Affaire a litt\u00e9ralement d\u00e9chir\u00e9 en deux la France, tous les partis, les milieux, les familles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au moral, la haine de l\u2019esprit militaire, au mat\u00e9riel, un d\u00e9sarmement qui attire la guerre comme l\u2019aimant le fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2525\" class=\"cit-num\">2525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), <em>Au signe de Flore\u00a0: souvenirs de vie politique, l\u2019affaire Dreyfus, la fondation de l\u2019Action fran\u00e7aise, 1898-1900<\/em> (1931)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le th\u00e9oricien du nationalisme int\u00e9gral sera hant\u00e9 \u00e0 vie par le souvenir de l\u2019affaire Dreyfus. Elle a de graves cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Militaires d\u2019abord. L\u2019arm\u00e9e en sort divis\u00e9e (on se bat en duel dans les garnisons, dreyfusards contre \u00ab\u00a0anti\u00a0\u00bb), affaiblie, discr\u00e9dit\u00e9e, \u00e9pur\u00e9e, et le Service de renseignements est remplac\u00e9 par la police civile qui ne sera pas de taille face au Service de Renseignement allemand.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quences psychologiques ensuite. La France va vivre en guerre de religion, deux camps se lan\u00e7ant leurs invectives\u00a0: haine raciale, violation des droits de l\u2019homme, contre antipatriotisme, antimilitarisme.<\/p>\n<p>Politiquement enfin, les r\u00e9publicains, mod\u00e9r\u00e9s, gravement divis\u00e9s sur l\u2019Affaire, vont s\u2019appuyer sur la gauche et finalement perdre le pouvoir au profit des radicaux. Le centrisme n\u2019est plus possible, il faut \u00eatre \u00e0 gauche ou \u00e0 droite, et le gouvernement en fait vite l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.Mani\u00e8re originale de revoir l\u2019Histoire en citations, on trouve au [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":593,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-1953","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1953"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1953\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12102,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1953\/revisions\/12102"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}