{"id":1973,"date":"2025-06-09T00:00:00","date_gmt":"2025-06-08T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/19\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-de-francoise-giroud-a-pierre-cardin\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:21","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:21","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-de-francoise-giroud-a-pierre-cardin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-de-francoise-giroud-a-pierre-cardin\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (de Fran\u00e7oise Giroud \u00e0 Pierre Cardin)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin: 10px 15px; float: left;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-10.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), <em>Histoire de France<\/em>, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h3><span class=\"caps\">VIII<\/span>. \u00c9poque contemporaine\u00a0: toute en diversit\u00e9 \u00e0 dominante artistique.<\/h3>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"Fran\u00e7oise Giroud\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/francoise_giroud.jpg\" alt=\"Fran\u00e7oise Giroud\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Fran\u00e7oise Giroud (1916-2003), n\u00e9e en Suisse de deux \u00ab\u00a0Isra\u00e9lites de l\u2019Empire ottoman\u00a0\u00bb,\u00a0 journaliste de gauche et patronne de presse, ministre de droite, romanci\u00e8re \u00e0 succ\u00e8s, personnalit\u00e9 complexe et cach\u00e9e sous un sourire m\u00e9diatique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonheur\u00a0: faire ce que l\u2019on veut et vouloir ce que l\u2019on fait.\u00a0\u00bb<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>Ce que je crois<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Belle devise pour une vie bien remplie et somme toute r\u00e9ussie, malgr\u00e9 quelques drames\u00a0: mort d\u2019un fils, rupture avec <span class=\"caps\">JJSS<\/span> (Jean-Jacques Servan-Schreiber), patron et co-cr\u00e9ateur de l\u2019Express, d\u2019o\u00f9 tentative de suicide en 1960, grave d\u00e9pression et longue psychanalyse avec Jacques Lacan \u00e0 partir de 1963.<\/p>\n<p>Avec la lucidit\u00e9 qui caract\u00e9rise\u00a0cette grande professionnelle, elle d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne crois pas \u00e0 l\u2019importance de ce que je fais, mais je crois important de savoir ce que je fais.\u00a0\u00bb Et d\u2019ajouter avec franchise et pudeur\u00a0: \u00ab\u00a0Agir, c\u2019est se prot\u00e9ger.\u00a0\u00bb Une n\u00e9cessit\u00e9 pour cette femme hypersensible.<br>Fille d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9 politique d\u2019origine turque, tous ses emplois se r\u00e9sumeront en une vocation, <span class=\"caps\">\u00c9CRIRE<\/span>\u00a0: articles de presse, sc\u00e9narios de film (une vingtaine), romans, essais, t\u00e9moignages et autobiographie sous divers titres et formes.<\/p>\n<p>Personnalit\u00e9 parisienne influente \u2013 on parlerait aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0femme puissante\u00a0\u00bb -, elle est connue pour avoir la dent dure (\u00e0 suivre) et le mot juste \u2013 elle invente en 1958 l\u2019expression \u00ab\u00a0nouvelle vague\u00a0\u00bb pour qualifier les cin\u00e9astes issus des <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em>. Vice-pr\u00e9sidente du Parti radical (de gauche), mais deux fois secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat sous la pr\u00e9sidence (centriste) de Giscard d\u2019Estaing, c\u2019est la seule femme rest\u00e9e durablement \u00e0 la t\u00eate d\u2019un groupe de presse en France. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la journaliste politique devenue femme politique, avant de retourner \u00e0 des \u00e9crits personnels nourris par cette exp\u00e9rience.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Choisir, pour une femme, la morale de gauche, c\u2019est voter pour l\u2019homme r\u00e9el contre le mythe du Prince Charmant, pour le droit de vivre contre le droit de r\u00eaver.\u00a0\u00bb<span id=\"2903\" class=\"cit-num\">2903<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), \u00ab\u00a0Voter pour le Prince Charmant\u00a0\u00bb,<em> l\u2019Express,<\/em> 18\u00a0d\u00e9cembre 1955<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle tente de mobiliser dans son hebdo l\u2019\u00e9lectorat f\u00e9minin, en lui prouvant \u00e0 quel point gauche et droite font la diff\u00e9rence dans la vie quotidienne. Mais sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, le r\u00e9gime des partis rend le paysage politique confus et les gouvernements impuissants.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat des \u00e9lections du 2\u00a0janvier 1956\u00a0? Perc\u00e9e de 51 poujadistes (11 d\u00e9put\u00e9s seront invalid\u00e9s), effondrement des gaullistes (correspondant \u00e0 la travers\u00e9e du d\u00e9sert pour de Gaulle), renforcement des communistes (exclus du gouvernement). Les partis classiques de la Quatri\u00e8me se retrouvent plus ou moins perdants (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>, radicaux, <span class=\"caps\">MRP<\/span>) ou gagnants (ind\u00e9pendants et mod\u00e9r\u00e9s). Aucune majorit\u00e9 ne se d\u00e9gage. Le pr\u00e9sident Coty aurait pu s\u2019adresser \u00e0 Mend\u00e8s France pour former le gouvernement, il lui pr\u00e9f\u00e8re Guy Mollet, secr\u00e9taire du Parti socialiste. Encore deux ans avant l\u2019arriv\u00e9e du G\u00e9n\u00e9ral au pouvoir et le nouveau jeu politique sous la Cinqui\u00e8me.<\/p>\n<p>Mais <em>l\u2019Express<\/em>, journal d\u2019opinion, est aussi un journal d\u2019opposition \u00e0 de Gaulle. D\u2019o\u00f9 le jeu consistant \u00e0 guetter ce que pourrait \u00eatre l\u2019apr\u00e8s-gaullisme, apr\u00e8s le retour du g\u00e9n\u00e9ral appel\u00e9 pour mettre fin \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie et promoteur de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique en 1958.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est plus ministre, il n\u2019est plus d\u00e9put\u00e9 et c\u2019est le moment o\u00f9, en quarante-cinq minutes de t\u00e9l\u00e9vision, M.\u00a0Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing a pris soudain la physionomie d\u2019un homme politique [\u2026] Nous avons assist\u00e9 mardi soir \u00e0 la naissance d\u2019un dauphin.\u00a0\u00bb<span id=\"3030\" class=\"cit-num\">3030<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), \u00ab\u00a0Naissance d\u2019un dauphin\u00a0\u00bb,<em> L\u2019Express<\/em>, 21\u00a0f\u00e9vrier 1966<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien vu\u00a0! S\u00e9duite \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00ab\u00a0Face \u00e0 face\u00a0\u00bb entre Giscard d\u2019Estaing et quatre journalistes, la journaliste en tire une conclusion proph\u00e9tique. Notons que ces ann\u00e9es de Gaulle sont aussi les \u00ab\u00a0ann\u00e9es m\u00e9dias\u00a0\u00bb\u00a0: la t\u00e9l\u00e9 fait et d\u00e9fait les destins politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne tire pas sur une ambulance.\u00a0\u00bb<span id=\"3149\" class=\"cit-num\">3149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>L\u2019Express<\/em>, 24\u00a0avril 1974<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le trait d\u2019une charit\u00e9 sans piti\u00e9 vise Chaban-Delmas dont la cote ne cesse de baisser dans les sondages. Le 4\u00a0avril, avant m\u00eame la fin du discours d\u2019hommage d\u2019Edgar Faure (pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale) \u00e0 Pompidou le pr\u00e9sident d\u00e9funt ayant succ\u00e9d\u00e9 au G\u00e9n\u00e9ral en 1969, Chaban-Delmas avait annonc\u00e9 par un communiqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ayant \u00e9t\u00e9 trois ans Premier ministre sous la haute autorit\u00e9 de Georges Pompidou et dans la ligne trac\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Je compte sur l\u2019appui des formations politiques de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle.\u00a0\u00bb Candidature lanc\u00e9e trop t\u00f4t\u00a0? Pas assez solide face \u00e0 Mitterrand \u00e0 gauche\u00a0? Concurrenc\u00e9e par d\u2019autres candidats \u00e0 droite\u00a0?<\/p>\n<p>Et Fran\u00e7oise Giroud de commenter\u00a0: \u00ab\u00a0Alors que <span class=\"caps\">MM<\/span>.\u00a0Giscard d\u2019Estaing et Mitterrand provoquent des mouvements intenses d\u2019admiration ou d\u2019hostilit\u00e9, parfois d\u2019admiration et d\u2019hostilit\u00e9 m\u00eal\u00e9es, on a envie de demander, sans acrimonie, \u00e0 M. Chaban-Delmas\u00a0: \u2018Et vous, qu\u2019est-ce que vous faites au juste dans cette affaire\u00a0?\u2019 Il encombre. Comment le battant a-t-il vir\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien combattant\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sultat\u00a0? Au premier tour, Chaban arrive en troisi\u00e8me position avec 15,1 % de suffrages, largement distanc\u00e9 par Giscard d\u2019Estaing (32,6 %) et Mitterrand (43,2 %). En vue du second tour, il apporte au candidat de centre droit son \u00ab\u00a0soutien conditionnel\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9faite entra\u00eene la naissance du n\u00e9ologisme \u00ab\u00a0chabanisation\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0se faire chabaniser\u00a0\u00bb. Et Giscard l\u2019emportera, le temps d\u2019un septennat r\u00e9formateur o\u00f9 Giroud va jouer un r\u00f4le.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La femme sera] vraiment l\u2019\u00e9gale de l\u2019homme le jour o\u00f9 \u00e0 un poste important on d\u00e9signera une femme incomp\u00e9tente.\u00a0\u00bb<span id=\"3155\" class=\"cit-num\">3155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), cit\u00e9e dans <em>Le\u00a0Monde<\/em>, 11\u00a0mars 1983<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Innovation du nouveau pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing\u00a0: un poste de secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Condition f\u00e9minine, cr\u00e9\u00e9 en juillet\u00a01974 pour la directrice de <em>L\u2019Express<\/em> qui avait pourtant appel\u00e9 \u00e0 voter Mitterrand. C\u2019est un petit \u00e9v\u00e9nement politique, sociologique, m\u00e9diatique. Bien jou\u00e9\u00a0! Les socialistes au pouvoir en 1981 reprendront cette id\u00e9e, avec un minist\u00e8re des Droits de la femme.<\/p>\n<p>La nouvelle femme politique lance \u00ab\u00a0cent une mesures\u00a0\u00bb en faveur des femmes\u00a0: mise en place de droits propres, lutte contre les discriminations, ouverture des m\u00e9tiers dits masculins, etc. 80 mesures sont retenues par le gouvernement Chirac afin de \u00ab\u00a0conduire progressivement la moiti\u00e9 des Fran\u00e7ais au niveau de formation, de r\u00e9tribution, d\u2019int\u00e9gration \u00e0 la vie sociale et \u00e9conomique et de responsabilit\u00e9s o\u00f9 se trouve l\u2019autre\u00a0\u00bb. Mais la t\u00e2che est immense et l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9\u00e7oit \u00e0 plus d\u2019un titre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat aux miracles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), cit\u00e9e dans <em>l\u2019Express,<\/em> 21 juillet 2024<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux critiques qui lui demandent un an apr\u00e8s sa nomination ce qu\u2019elle a fait. Le secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat est dot\u00e9 de moyens limit\u00e9s et peine \u00e0 faire aboutir ses projets, par manque de coordination avec les autres minist\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Historiquement, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement oubli\u00e9, parce qu\u2019au m\u00eame moment, Simone Veil (ministre de la Sant\u00e9) d\u00e9fend la r\u00e9forme de la contraception, puis de l\u2019avortement au Parlement\u00a0\u00bb souligne Bibia Pavard, historienne des f\u00e9minismes. Les cent mesures \u00e9taient en retrait par rapport aux revendications f\u00e9ministes radicales de l\u2019\u00e9poque, notamment le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes (<span class=\"caps\">MLF<\/span>) r\u00e9clamant une transformation totale de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019ao\u00fbt 1976 \u00e0 mars 1977, on retrouve Fran\u00e7oise Giroud secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Culture dans le gouvernement de Raymond Barre. Juste le temps d\u2019ent\u00e9riner des d\u00e9cisions prises avant elle, loi sur l\u2019architecture du 31 janvier 1977, cr\u00e9ation des <span class=\"caps\">DRAC<\/span> (Directions g\u00e9n\u00e9rales des Affaires culturelles). Elle ne sera pas reconduite dans le nouveau gouvernement en raison d\u2019un scandale (concernant sa m\u00e9daille de la R\u00e9sistance). Affaire class\u00e9e sans suite.<\/p>\n<p>Elle se retire de la politique pour revenir \u00e0 l\u2019\u00e9criture et au journalisme. Raymond Aron, \u00e9ditorialiste \u00e0<em> <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>xpress<\/em> qui a chang\u00e9 de patron, s\u2019oppose \u00e0 son retour. Elle ira signer des chroniques dans le <span class=\"caps\">JDD<\/span>. Et m\u00e9diter sur son exp\u00e9rience de la vie politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout chef politique doit avoir l\u2019instinct du tueur\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"3202\" class=\"cit-num\">3202<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>La Com\u00e9die du pouvoir<\/em> (1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour ce premier roman, elle a bien observ\u00e9 les coulisses politiciennes sous les gouvernements Chirac et Barre. Chirac le dira lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Le monde politique est une jungle\u00a0\u00bb, ajoutant \u00ab\u00a0Il ne faut jamais blesser une b\u00eate, on la caresse ou on la tue.\u00a0\u00bb L\u2019homme est de la race des grands fauves et sa rupture avec (ou plut\u00f4t contre) le pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing le prouve.<\/p>\n<p>Autre roman situ\u00e9 dans les coulisses politique, <em>Le Bon Plaisir<\/em> (1983), adapt\u00e9 au cin\u00e9ma\u00a0: l\u2019histoire d\u2019un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui cache l\u2019existence d\u2019un enfant adult\u00e9rin. La romanci\u00e8re a toujours d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019elle ignorait l\u2019existence de Mazarine, l\u2019enfant cach\u00e9e de Mitterrand \u2013 la rumeur courait pourtant dans les milieux \u00ab\u00a0bien inform\u00e9s\u00a0\u00bb. Ironie ou hasard de l\u2019histoire\u00a0: le livre est publi\u00e9 aux \u00e9ditions Mazarine\u00a0! En tout cas, Giroud est vir\u00e9e du <span class=\"caps\">JDD<\/span> pour avoir critiqu\u00e9 Paris Match trahissant le \u00ab\u00a0secret d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb\u2026 Elle n\u2019a aucun probl\u00e8me pour se replacer\u00a0: Jean Daniel l\u2019invite au<em> Nouvel Observateur<\/em> (devenu le journal d\u2019opinion de gauche \u00e0 la place de <em>l\u2019Express<\/em>). Elle \u00e9crit durant vingt ans des chroniques (de t\u00e9l\u00e9vision), produit plusieurs \u00e9missions, publie essais, biographies et romans \u00e0 succ\u00e8s, devenant membre du jury du prix Femina en 1992.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 travailler, on s\u2019ennuie moins qu\u2019\u00e0 s\u2019amuser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003)<em>, Journal d\u2019une parisienne<\/em> (1994)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle commence ce <em>Journal<\/em> presque \u00e0 la fin d\u2019une vie toujours bien remplie, presque trop\u2026 pour oublier le temps qui passe, la vieillesse mal support\u00e9e. Vu le succ\u00e8s, il y aura deux suites chez le m\u00eame \u00e9diteur, <em>Le Seuil\u00a0: Chienne d\u2019ann\u00e9e<\/em> (1995) et <em>Gais-z-et contents<\/em> (1996). La s\u00e9rie continuera ensuite ailleurs et sous un autre titre\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un dr\u00f4le de pays, la France, o\u00f9 les n\u00e9gociations ont toujours lieu apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des gr\u00e8ves et non avant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>La Rumeur du monde<\/em>, journal (1997 et 1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre r\u00e9flexion et m\u00eame inspiration\u00a0: \u00ab\u00a0Que cela plaise ou non, les Fran\u00e7ais n\u2019aiment pas les \u00e9trangers. Les pauvres, bien s\u00fbr. Les riches, on les appelle des touristes.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Sa vocation reste intacte\u00a0: \u00ab\u00a0Le journalisme n\u2019est pas seulement un m\u00e9tier\u00a0: c\u2019est une disposition de l\u2019esprit, une passion pour la vie sous toutes ses formes, la perp\u00e9tuelle surprise des \u00e9v\u00e9nements auxquels se confrontent l\u2019intelligence, les convictions, le c\u0153ur.\u00a0\u00bb On retrouve son in\u00e9puisable curiosit\u00e9 que tout alimente, un livre, une conversation, un voyage. Et bien s\u00fbr l\u2019actualit\u00e9\u00a0: du retour de la gauche au pouvoir en France \u00e0 la crise en Russie, de la mort de Lady Diana au d\u00e9bat sur le <span class=\"caps\">PACS<\/span>\u2026 Mille et un sujets dont elle parle avec la nettet\u00e9 et la vigueur d\u2019une femme engag\u00e9e dans son si\u00e8cle. Non sans laisser poindre entre les lignes, au d\u00e9tour d\u2019une phrase, un d\u00e9sarroi devant le temps qui passe\u2026 La soci\u00e9t\u00e9 qui change\u00a0: \u00ab\u00a0Le foot, c\u2019est la guerre sans morts\u2026 Les footballeurs n\u2019ont plus de nationalit\u00e9. Ils n\u2019ont que des clubs qui ont plus ou moins d\u2019argent pour les acheter.\u00a0\u00bb Ou qui ne change pas\u00a0vraiment\u00a0: \u00ab\u00a0Les Bourses ne traduisent pas l\u2019\u00e9tat des \u00e9conomies, mais la psychologie des investisseurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans un genre de litt\u00e9rature plus romanesque, mais toujours avec humour, elle \u00e9crit un roman d\u2019amour au vitriol inspir\u00e9 de sa fr\u00e9quentation des milieux litt\u00e9raires\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Connu ou pas, talentueux ou besogneux, un auteur est toujours un sac de nerfs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), <em>Mon tr\u00e8s cher amour<\/em> (1994)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne peut s\u2019emp\u00eacher de citer Andr\u00e9 Malraux qui a bien connu \u00ab\u00a0le milieu\u00a0\u00bb (des artistes et des auteurs, lui-m\u00eame \u00e9tant aussi essayiste et romancier)\u00a0: \u00ab\u00a0Un artiste n\u2019est pas plus sensible qu\u2019une jeune fille, il l\u2019est autrement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019histoire\u00a0? Elle\u00a0: divorc\u00e9e, de beaux yeux, du charme, du chic, du chien. Avec une belle situation dans l\u2019\u00e9dition et quelques aventures. Elle est libre. Lui\u00a0: angoiss\u00e9, fauch\u00e9, insolent mais dr\u00f4le. Avocat, chacun lui pr\u00e9dit un brillant avenir qu\u2019il attend en piaffant. Ils seront heureux ensemble, mais le soup\u00e7on se glisse entre eux. Elle passera par tous les \u00e9chelons de la jalousie contre une rivale insaisissable qui occupe toutes les pens\u00e9es de son amant. Jusqu\u2019\u00e0 ce que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate. L\u2019amour, ce tr\u00e8s cher amour, est lui aussi mortel. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant exist\u00e9\u2026 n\u2019est pas purement fortuite et involontaire.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, Servan-Schreiber l\u2019amour de sa vie et son compagnon de travail \u00e0 <em>l\u2019Express<\/em> se s\u00e9para d\u2019elle pour \u00e9pouser une stagiaire de vingt ans, Sabine Becq de Fouqui\u00e8res\u2026 ce qui la pousse \u00e0 l\u2019envoi de lettres antis\u00e9mites aux futurs \u00e9poux et \u00e0 leurs parents, suivi d\u2019une tentative de suicide aux barbituriques en 1960. Dans son livre <em>Histoire d\u2019une femme libre<\/em> (posthume, 2013), elle revient sur ces faits et nie avoir envoy\u00e9 ces lettres.<\/p>\n<p>Mais le drame l\u2019a marqu\u00e9e\u00a0: apr\u00e8s une grave d\u00e9pression, elle entame en 1963 aupr\u00e8s de Jacques Lacan une nouvelle phase, beaucoup plus s\u00e9rieuse et intense, de sa psychanalyse \u00e9voqu\u00e9e dans <em>Arthur ou Le bonheur de vivre<\/em> et trait\u00e9e en huit pages dans<em> Le\u00e7ons particuli\u00e8res.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas \u00eatre heureux tout le temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), titre en forme d\u2019aphorisme (2001)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En fin de vie, elle r\u00e9sume le changement de position personnelle auquel a abouti sa psychanalyse\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui m\u2019emp\u00eache d\u2019aimer ma vie\u00a0? \u2026 La r\u00e9ponse peut vous conduire \u00e0 faire tout valser, ou changer de m\u00e9tier et d\u00e9cider d\u2019habiter seule avec votre chat, par exemple\u2026 Tant bien que mal, avec des succ\u00e8s, avec des \u00e9checs, je me suis gouvern\u00e9e quasiment depuis l\u2019\u00e2ge tendre\u00a0; j\u2019ai connu de grandes douleurs, de grands malheurs \u2013 on ne peut pas \u00eatre heureux tout le temps, de grandes amours, des honneurs aussi\u2026En fait, ce sont les premi\u00e8res quarante ann\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 les plus dures\u2026 C\u2019est absurde de croire que l\u2019on est heureux parce qu\u2019on est jeune. L\u2019\u00e9lan vital, c\u2019est superbe. \u00c7a ne suffit pas \u00e0 vous dire ce que l\u2019on fait sur terre\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La jeunesse est courte. C\u2019est la vie qui est longue\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003),<em> Journal d\u2019une parisienne<\/em> (1994)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En janvier 2003, \u00e0 86 ans, elle travaillait toujours \u2013 un livre d\u2019entretiens avec Albina du Boisrouvray, productrice de films \u00e0 succ\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 la mort de son fils Fran\u00e7ois-Xavier Bagnoud, 14 janvier 1986, dans le Rallye Dakar. Il pilotait l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re pris dans une temp\u00eate de sable au Mali et s\u2019\u00e9crasant sur une dune \u2013 avec le chanteur Daniel Balavoine et Thierry Sabine, organisateur du rallye. Ce drame dans la vie d\u2019une m\u00e8re rapprochait les deux femmes.<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise Giroud\u00a0meurt suite \u00e0 plusieurs chutes, la derni\u00e8re en sortant d\u2019une g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique. Le lendemain 17 janvier, elle travaille encore chez elle jusqu\u2019au soir, tombe dans le coma, transport\u00e9e \u00e0 l\u2019H\u00f4pital am\u00e9ricain de Neuilly. Six jours apr\u00e8s, la presse titrera sur \u00ab\u00a0la grande \u00e9motion aux obs\u00e8ques de Fran\u00e7oise Giroud\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" title=\"Lino Ventura \" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lino_ventura.jpg\" alt=\"Lino Ventura \" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Lino Ventura (1919-1987), fils d\u2019immigr\u00e9 italien fid\u00e8le \u00e0 cette nationalit\u00e9, il fait carri\u00e8re en France, catcheur (bless\u00e9), puis acteur (d\u2019instinct), p\u00e8re d\u2019une enfant handicap\u00e9e et cr\u00e9ateur de la fondation Perce-neige.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Touchez pas au grisbi\u2026 \u00ab\u00a0Cela s\u2019est pass\u00e9 par accident.\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), \u00ab\u00a0Touchez pas au Grisbi (1954) ou le duel au sommet entre Gabin et Ventura\u00a0\u00bb,<em> Le Figaro<\/em>, 10 juin 2021<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Angiolino Giuseppe Pasquale Ventura na\u00eet \u00e0 Parme dans un milieu modeste\u00a0: enfance marqu\u00e9e par l\u2019absence de son p\u00e8re, parti travailler en France comme beaucoup de \u00ab\u00a0ritals\u00a0\u00bb \u2013 la mention \u00ab\u00a0R. ital.\u00a0\u00bb (pour \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9 italien\u00a0\u00bb) figurait sur les papiers des immigr\u00e9s. Il arrive \u00e0 Paris avec sa m\u00e8re en 1927 pour retrouver le p\u00e8re \u2013 sans succ\u00e8s. Il quitte l\u2019\u00e9cole et travaille pour aider sa m\u00e8re, femme de chambre dans un h\u00f4tel.<\/p>\n<p>Coursier \u00e0 la Compagnie italienne de Tourisme, il d\u00e9couvre la lutte gr\u00e9co-romaine. Au d\u00e9but de la guerre, il combat au sein de l\u2019arm\u00e9e italienne comme Italien \u2013 il ne sera jamais naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, ne souhaitant pas \u00ab\u00a0renier sur un bout de papier avec une signature la terre o\u00f9 [il \u00e9tait] n\u00e9\u00a0\u00bb. D\u00e9serteur en \u00e9t\u00e9 1943, traqu\u00e9 par les soldats allemands, il se cache. Apr\u00e8s la guerre, il devient catcheur professionnel, sacr\u00e9 champion d\u2019Europe des poids moyens. Une grave blessure \u00e0 la jambe lors d\u2019un combat brise sa carri\u00e8re. Il devient organisateur de combats.<\/p>\n<p>1954. Un r\u00e9alisateur de film cherche \u00ab\u00a0une gueule\u00a0\u00bb inconnue et jette son d\u00e9volu sur l\u2019ex-champion de lutte pour un second r\u00f4le. Pas vraiment tent\u00e9, il demande un cachet d\u2019un million de francs (anciens), \u00e9quivalent \u00e0 celui de la vedette. Proposition accept\u00e9e \u00e0 sa plus grande surprise, d\u2019o\u00f9 le mot\u00a0de Ventura\u00a0: \u00ab\u00a0Cela s\u2019est pass\u00e9 par accident.\u00a0\u00bb<em> Touchez pas au Grisbi<\/em> de Jean Becker (adapt\u00e9 du roman d\u2019Albert Simonin) reste dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma pour avoir relanc\u00e9 la carri\u00e8re de Jean Gabin, t\u00eate d\u2019affiche dans l\u2019entre-deux-guerres et peinant \u00e0 s\u2019imposer apr\u00e8s la guerre \u00e0 son retour en France. C\u2019est aussi la premi\u00e8re apparition au cin\u00e9ma de Lino Ventura, 34 ans. Il cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du film,\u00a0 Max (Jean Gabin) et Riton (Ren\u00e9 Dary) viennent de r\u00e9ussir leur plus beau coup\u00a0: d\u00e9rober 50 millions de francs en lingots d\u2019or \u00e0 Orly. De quoi s\u2019offrir une retraite peinarde. Mais la nouvelle s\u2019\u00e9bruite et le jeune trafiquant Angelo (Lino Ventura) kidnappe Riton, esp\u00e9rant r\u00e9cup\u00e9rer le \u00ab\u00a0grisbi\u00a0\u00bb en \u00e9change du vieux complice de Gabin. Entre ces deux rivaux, l\u2019affrontement sera sans merci. La jeune garde contre le vieux lion \u00e0 l\u2019\u00e9cran\u2026 \u00c0 la ville, une amiti\u00e9 na\u00eet entre les deux com\u00e9diens.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb de Ventura \u00e0 l\u2019\u00e9cran lance sa carri\u00e8re. Il encha\u00eene les r\u00f4les au c\u00f4t\u00e9 de son complice Jean Gabin comme dans <em>Crime et ch\u00e2timent<\/em> ou <em>Maigret tend un pi\u00e8ge<\/em>. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 50,<em> Le Gorille vous salue bien<\/em> (1957) et <em>Ascenseur pour l\u2019\u00e9chafaud<\/em> (1958)\u2026 Il arr\u00eate l\u2019organisation des combats de catch pour se consacrer au 7\u00e8me art. En 1961, <em>Un taxi pour Tobrouk<\/em> \u2013 presque 5 millions d\u2019entr\u00e9es \u2013 lance d\u00e9finitivement sa carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Trois morts subites en moins d\u2019une demi-heure, ah \u00e7a part s\u00e9v\u00e8re les droits de succession\u2026\u00a0\u00bb <br>Les cons, \u00e7a ose tout\u00a0! C\u2019est m\u00eame \u00e0 \u00e7a qu\u2019on les reconna\u00eet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), Monsieur Fernand dans<em> Les Tontons flingueurs<\/em> (1963), film de Georges Lautner, dialogues de Michel Audiard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Propri\u00e9taire d\u2019une petite usine de tracteurs, Fernand Naudin m\u00e8ne une vie tranquille quand un t\u00e9l\u00e9gramme l\u2019appelle \u00e0 Paris. Il arrive \u00e0 temps pour recueillir le dernier soupir d\u2019un ami de jeunesse, Louis dit \u00ab\u00a0le Mexicain\u00a0\u00bb, qui lui confie ses affaires louches en m\u00eame temps que la garde de sa fille Patricia. Et les ennuis commencent\u2026 Une s\u00e9rie de r\u00e9pliques d\u2019anthologie et de sc\u00e8nes plus comiques que dramatiques.<\/p>\n<p>L\u2019acteur devenu vedette encha\u00eenera les (premiers) r\u00f4les dans des films bien \u00e9crits (dialogues sign\u00e9s 15 fois par Michel Audiard\u00a0!), toujours bien entour\u00e9 (son ami Jean Gabin dans six films) et dirig\u00e9 dans des genres tr\u00e8s diff\u00e9rents par une belle brochette de metteurs en sc\u00e8ne\u00a0: Jacques Becker, Yves Boisset, Henri Decoin, Julien Duvivier, Robert Enrico, Jos\u00e9 Giovanni, Gilles Grangier, Georges Lautner, Louis Malle, Jean-Pierre Melville, Claude Miller, \u00c9douard Molinaro, Denys de La Patelli\u00e8re, Claude Sautet, Henri Verneuil\u2026<\/p>\n<p>Cet homme pudique, ce \u00ab\u00a0grand taiseux\u00a0\u00bb va soudain mettre son immense notori\u00e9t\u00e9 et son capital de sympathie au service d\u2019une cause qui lui est ch\u00e8re, en d\u00e9voilant le drame de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai pris le parti de le dire publiquement parce que j\u2019esp\u00e8re de tout mon c\u0153ur que cela fera pencher la balance en notre faveur. Je suis p\u00e8re d\u2019une enfant pas comme les autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), Appel du 6 d\u00e9cembre 1965 \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">ORTF<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Linda, n\u00e9e en 1958, troisi\u00e8me des quatre enfants de Lino Ventura et Odette Lucienne Lecomte (sa femme, son amour de jeunesse) fut victime d\u2019un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 la naissance et garde de lourdes s\u00e9quelles. La vie du com\u00e9dien en est boulevers\u00e9e. Il fonde l\u2019association \u00ab\u00a0Perce-neige\u00a0\u00bb en 1966, enti\u00e8rement d\u00e9volue aujourd\u2019hui encore \u00e0 ce combat\u00a0: la cause des enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On recommence\u00a0!\u2026 Alors mari\u00e9\u00a0? Des enfants\u00a0? Non\u00a0! Pourquoi, \u00e7a fait des salet\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), r\u00f4le du commissaire de police dans<em> Garde \u00e0 vue<\/em> (1981) de Claude Miller, dialogues de Michel Audiard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le soir\u00a0de la Saint-Sylvestre, ma\u00eetre Martinaud (Michel Serrault) est convoqu\u00e9 au commissariat pour une sordide affaire\u00a0: viol et meurtre de deux petites filles. D\u2019abord consid\u00e9r\u00e9 comme t\u00e9moin, il devient suspect aux yeux de l\u2019inspecteur Gallien (Lino Ventura). Il n\u2019a aucun alibi pour ces deux crimes. Chantal, sa femme, ne l\u2019ayant jamais aim\u00e9, d\u00e9cide de l\u2019accabler un peu plus\u2026<\/p>\n<p>Aux antipodes des films de gangsters, composition bouleversante de Ventura, comme celle de son partenaire, Michel Serrault \u2013 ironie du sort, quatre ans plus t\u00f4t, l\u2019acteur a perdu sa fille Caroline, 18 ans (accident d\u2019auto). Huit nominations pour le film \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un type qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, se retrouve seul, abandonn\u00e9 par ses amis, et par ses ennemis si je puis dire, parce que dans un sens, tout le monde s\u2019arrange sur son dos [\u2026], ce sont des situations que j\u2019affectionne particuli\u00e8rement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), <em>Espion, l\u00e8ve-toi<\/em> (1982)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Expert financier \u00e0 Zurich, S\u00e9bastien Grenier (Lino Ventura) m\u00e8ne une vie tranquille aux c\u00f4t\u00e9s de sa femme. En sommeil depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, c\u2019est un ancien espion, membre du <span class=\"caps\">SDECE<\/span> (service de renseignements fran\u00e7ais). Le pass\u00e9 remonte \u00e0 la surface, quand il est contact\u00e9 par un certain Jean-Paul Chance (Michel Piccoli) pour enqu\u00eater sur les attentats des Brigades populaires. Se m\u00e9fiant de lui, il alerte un ami et confr\u00e8re pour qu\u2019il v\u00e9rifie les ant\u00e9c\u00e9dents de Chance. \u00c0 sa mort, il comprend qu\u2019il est manipul\u00e9 par le <span class=\"caps\">KGB<\/span> dont la volont\u00e9 est d\u2019\u00e9liminer tous les espions fran\u00e7ais. Piqu\u00e9 au vif, il d\u00e9cide de se venger\u2026<\/p>\n<p>Ce film plus noir que nature marque une nouvelle \u00e9tape dans la carri\u00e8re de Ventura qui sait se renouveler comme tous les grands interpr\u00e8tes\u2026 Au total 75 films et 130 millions d\u2019entr\u00e9es (en France), mais pas de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur un plateau, je suis chez moi. Sur une sc\u00e8ne\u2026 Je n\u2019ai pas assez de courage pour me torturer (\u2026) D\u2019ailleurs, soyons honn\u00eate, je ne suis pas un acteur, je ne suis ni Laurence Olivier, ni Robert Hirsch. Je ne suis qu\u2019un com\u00e9dien instinctif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), cit\u00e9 par Gilles Durieux,\u00a0<em>Lino Ventura<\/em> (2001)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lui qui adore le th\u00e9\u00e2tre ne montera jamais sur une sc\u00e8ne, conscient de ses limites. Volontairement ou pas, il fait r\u00e9f\u00e9rence au c\u00e9l\u00e8bre<em> Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em> de Diderot, avec la distinction pas toujours claire entre l\u2019acteur et le com\u00e9dien \u2013 le tr\u00e8s m\u00e9diatique Alain Delon tenant toujours \u00e0 faire savoir qu\u2019il est lui-m\u00eame acteur (d\u2019instinct, et star au cin\u00e9ma), non pas com\u00e9dien (un m\u00e9tier qu\u2019il n\u2019a jamais appris, d\u2019o\u00f9 une seule incursion rat\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019\u00e9tait convaincu qu\u2019il \u00e9tait incapable d\u2019en faire [du th\u00e9\u00e2tre]. Le Conservatoire, c\u2019\u00e9tait pour lui un mot magique, la destin\u00e9e rat\u00e9e. \u00c0 la place, il avait fait la guerre dans l\u2019arm\u00e9e italienne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">BLIER<\/span> (1916-1989), parlant de son partenaire dans Cent mille dollars au soleil (1964).<em> Paris Match<\/em>, 6 novembre 1987<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour Ventura, le th\u00e9\u00e2tre serait finalement une vocation manqu\u00e9e, mais il met toujours en avant son instinct, son flair\u2026 qui l\u2019a rarement tromp\u00e9 dans ses choix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand on me parle d\u2019un personnage \u00e0 interpr\u00e9ter, je sais d\u2019une fa\u00e7on imm\u00e9diate si je peux le faire, si \u00e7a me convient ou si \u00e7a ne va pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), <a href=\"https:\/\/mediatheque.sainthilairederiez.fr\/\">https:\/\/mediatheque.sainthilairederiez.fr\/<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore une allusion au<em> Paradoxe sur le com\u00e9dien<\/em> de Diderot qui d\u00e9passe le clivage entre th\u00e9\u00e2tre et cin\u00e9ma (inconnu de son temps), mais se r\u00e9f\u00e8re au \u00ab\u00a0personnage\u00a0\u00bb \u00e0 interpr\u00e9ter, jouer ou incarner. \u00ab\u00a0Paradoxe\u00a0\u00bb, car on pourrait croire que le meilleur acteur est celui qui met le plus de lui-m\u00eame dans ce qu\u2019il joue \u00ab\u00a0de sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb. En fait, c\u2019est le contraire\u00a0: le grand acteur est celui qui joue de sang-froid (au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle, on \u00e9crit \u00ab\u00a0de sens froid\u00a0\u00bb, en gardant le sens, la raison, la t\u00eate froide). Diderot lui-m\u00eame s\u2019embrouille \u00e0 la fin, mais le philosophe n\u2019est pas \u00e0 une contradiction pr\u00e8s\u2026 et la confusion perdure jusqu\u2019\u00e0 nos jours, sans doute parce qu\u2019un com\u00e9dien (ou acteur) rel\u00e8ve toujours plus ou moins des deux cat\u00e9gories, y compris Lino Ventura.<\/p>\n<p>Il a refus\u00e9 des r\u00f4les pour diverses raisons, y compris dans des productions majeures\u00a0: <em>Apocalypse Now<\/em> de Francis Ford Coppola, <em>Rencontres du troisi\u00e8me type<\/em> de Steven Spielberg, <em>La Ch\u00e8vre<\/em> de Francis Veber, <em>Le Vieux Fusil<\/em> de Robert Enrico. Il a aussi refus\u00e9 bien des occasions m\u00e9diatiques de para\u00eetre, de parler\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Passer pour un ours, \u00e0 un moment, \u00e7a arrange tr\u00e8s bien les choses, comme \u00e7a on vous fout la paix et c\u2019est fini .\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lino <span class=\"caps\">VENTURA<\/span> (1919-1987), <a href=\"https:\/\/mediatheque.sainthilairederiez.fr\/\">https:\/\/mediatheque.sainthilairederiez.fr\/<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pudique, l\u2019homme a su pr\u00e9server sa vie priv\u00e9e (hors l\u2019existence de sa fille et pour la bonne cause, celle de tous les enfants handicap\u00e9s). Son nom n\u2019appara\u00eet pas dans la presse \u00e0 scandale\u00a0: <span class=\"caps\">RAS<\/span>, \u00ab\u00a0rien \u00e0 signaler\u00a0\u00bb. Vingt ans apr\u00e8s sa mort, une attach\u00e9e de presse dira sa liaison amoureuse avec Lino Ventura de 1972 \u00e0 1982. C\u2019est quand m\u00eame tr\u00e8s peu\u2026 Ajoutons qu\u2019il a toujours refus\u00e9 de s\u2019engager publiquement en politique, expliquant la n\u00e9cessit\u00e9 de cette neutralit\u00e9 par sa qualit\u00e9 d\u2019\u00e9tranger en France \u2013 ayant en effet conserv\u00e9 la nationalit\u00e9 italienne.<\/p>\n<p>C\u2019est surtout un homme simple de go\u00fbt, bon enfant, bon copain avec ses amis et donc finalement sociable, mais en petit comit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La perspective de manger avec mes copains, c\u2019est pour moi une f\u00eate. \u00catre \u00e0 table avec eux, c\u2019est une v\u00e9ritable communion.\u00a0\u00bb Il cultive l\u2019amiti\u00e9 avec Georges Brassens, Jacques Brel, Jean Gabin, Claude Sautet ou Jos\u00e9 Giovanni. Les plaisirs de la table sont tr\u00e8s importants pour lui, des plaisirs simples \u00e0 l\u2019image de sa vie quotidienne. Une exception humaine dans la s\u00e9rie de nos grands acteurs.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Yves Montand\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/yves_montand.jpg\" alt=\"Yves Montand\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Yves Montand (1921-1991), n\u00e9 Yvo Livi, il fait une carri\u00e8re internationale, chanteur de music-hall et b\u00eate de sc\u00e8ne, acteur inspir\u00e9 au cin\u00e9ma, homme \u00e0 femmes (c\u00e9l\u00e8bres) et politiquement engag\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la voix d\u2019un homme qui fut acteur privil\u00e9gi\u00e9 de son temps, et aux premi\u00e8res loges. Le temps de Montand, c\u2019est la travers\u00e9e d\u2019un demi-si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Herv\u00e9 <span class=\"caps\">HAMON<\/span> (n\u00e9 en 1946) et Patrick <span class=\"caps\">ROTMAN<\/span> (n\u00e9 en 1949),<em> Montand raconte Montand<\/em> (2001)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hormis l\u2019origine italienne et la conscience professionnelle, tout oppose ces deux artistes contemporains\u00a0: Lino Ventura et Yves Montand, le grand taiseux et la b\u00eate m\u00e9diatique. Le couple de journalistes bien connus Hamon et Rotman (<em>G\u00e9n\u00e9ration<\/em>, 1987) est entr\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019artiste vieillissant qui se penche sur son pass\u00e9.<\/p>\n<p>Son histoire personnelle traverse un demi-si\u00e8cle d\u2019Histoire, Seconde guerre mondiale, Guerre froide, d\u00e9colonisation probl\u00e9matique et d\u00e9sillusions de toute une g\u00e9n\u00e9ration. C\u2019est un chemin fait de travail acharn\u00e9, de rencontres d\u00e9terminantes (Pr\u00e9vert, Picasso, Costa-Gavras ou Jorge Semprun) et d\u2019amours passionn\u00e9es (la m\u00f4me Piaf, Simone Signoret, Marylin Monroe). Sa vie est un vrai film d\u2019aventures\u00a0: il en d\u00e9die le r\u00e9cit \u00e0 son unique enfant toujours discret, Valentin Livi n\u00e9 trois ans avant sa mort\u00a0de son dernier amour, Carole Amiel, son assistante n\u00e9e en 1960.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>lcazar, le patron c\u2019est M. \u00c9mile Audiffred. C\u2019est \u00e0 lui que je dois mes d\u00e9buts. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chic pour moi. Il me disait\u00a0: \u2018Tu verras, petit, tu seras mondial \u00e0 Marseille\u00a0!\u2019 Et on riait tous les deux. N\u2019emp\u00eache que, le premier soir, j\u2019avais un de ces tracs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991), interview dans <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>xpress<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 dans une famille ouvri\u00e8re et militante en Toscane un an avant l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Mussolini, il aura toute sa vie une v\u00e9n\u00e9ration pour un p\u00e8re qui lui transmet son attachement pour le communisme\u00a0: contraint de fuir la brutalit\u00e9 des \u00ab\u00a0Chemises noires\u00a0\u00bb et du fascisme, il souhaite \u00e9migrer aux \u00c9tats-Unis et se retrouve bloqu\u00e9 \u00e0 Marseille faute de visa\u2026 L\u2019enfant vit dans une famille unie, mais pauvre. Il travaille \u00e0 l\u2019usine, obtient un <span class=\"caps\">CAP<\/span> de coiffeur pour assister sa s\u0153ur. Mais il est fascin\u00e9 par l\u2019univers de la com\u00e9die musicale.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re apparition sur la sc\u00e8ne de l\u2019Alcazar en juin 1939. Le choc\u00a0! Il r\u00eave de \u00ab\u00a0monter \u00e0 Paris\u00a0\u00bb\u2026 La guerre \u00e9clate en 1939. Il trouve un emploi de docker et commence comme \u00ab\u00a0chauffeur de salle\u00a0\u00bb, passe dans des caf\u00e9s, des cabarets modestes, des cin\u00e9mas o\u00f9 il chante durant l\u2019entracte\u2026 D\u00e9but 1941, deuxi\u00e8me apparition \u00e0 l\u2019Alcazar\u00a0: ce sont les vrais d\u00e9buts. Il trouve son nom de sc\u00e8ne en hommage \u00e0 sa m\u00e8re qui, enfant, lui intimait toujours l\u2019ordre de rentrer \u00e0 la maison par un tonique \u00ab\u00a0Ivo, monta\u00a0!\u00a0\u00bb Yves Montand chante Trenet, Chevalier\u2026 Mais Audiffred qui va devenir son producteur sait qu\u2019il lui faut un r\u00e9pertoire \u00e0 lui pour faire carri\u00e8re. Premi\u00e8re chanson originale et premier grand succ\u00e8s\u00a0\u00e0 18 ans\u00a0: <em>Dans les plaines du Far-West<\/em>. Il en a donn\u00e9 le th\u00e8me \u00e0 Charles Humel, auteur aveugle n\u2019ayant jamais vu de western, mais le jeune Montand sait lui transmettre sa passion pour le genre.<\/p>\n<p>Pour fuir le <span class=\"caps\">STO<\/span> (Service du Travail obligatoire), Audiffred va l\u2019aider \u00e0 monter enfin \u00e0 Paris et favorise sa rencontre avec une vedette, \u00c9dith Piaf. Elle tombe folle amoureuse de lui et va le lancer en lui apprenant toutes les ficelles du m\u00e9tier. Le public a soif de divertissement. C\u2019est le d\u00e9but de la notori\u00e9t\u00e9 en 1946 avec <em>Battling Joe<\/em>,<em> Sur les grands boulevards.<\/em><\/p>\n<p>Montand commence \u00e0 tourner quelques films, son charisme est aussi \u00e9vident \u00e0 l\u2019\u00e9cran qu\u2019\u00e0 sc\u00e8ne et \u00e0 la ville\u00a0: <em>\u00c9toile sans lumi\u00e8re<\/em>, 1944, premier film en duo avec une Piaf rayonnante. Mais elle craint que cette nouvelle vedette ne lui fasse de l\u2019ombre et rompt brutalement. Un double drame pour le d\u00e9butant sinc\u00e8rement amoureux. En 1948, c\u2019est la mort pr\u00e9matur\u00e9e de son producteur et ami \u00c9mile Audiffred. Il fait une pause de trois ans au music-hall.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Simone Signoret dont le poids, quoi qu\u2019il fasse, o\u00f9 qu\u2019il aille, de quelque mani\u00e8re qu\u2019il vive est l\u00e0, sera l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Herv\u00e9 <span class=\"caps\">HAMON<\/span> (n\u00e9 en 1946) et Patrick <span class=\"caps\">ROTMAN<\/span> (n\u00e9 en 1949), <em>Montand raconte Montand<\/em> (2001)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jacques Pr\u00e9vert, l\u2019un des paroliers les plus dou\u00e9s de Montand (<em>Les Feuilles mortes<\/em>), lui fait d\u00e9couvrir \u00ab\u00a0La Colombe d\u2019Or\u00a0\u00bb, une auberge de Saint-Paul-de-Vence, village proven\u00e7al fr\u00e9quent\u00e9 par les artistes. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il rencontre Simone Signoret, le 19 ao\u00fbt 1949. Coup de foudre r\u00e9ciproque, ils ne se quittent plus. L\u2019actrice met sa carri\u00e8re entre parenth\u00e8ses et divorce d\u2019avec le r\u00e9alisateur Yves All\u00e9gret (p\u00e8re de Catherine All\u00e9gret). Le 22 d\u00e9cembre 1951, Montand et Signoret se marient \u00e0 la mairie de Saint-Paul-de-Vence et deviennent l\u2019un des couples fran\u00e7ais les plus en vogue du monde du spectacle. Ils vont vivre place Dauphine, avec la fille de Signoret.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de cette fusion, amoureuse, artistique, intellectuelle et militante (il fr\u00e9quente Sartre et de Beauvoir), il poursuit une double carri\u00e8re, le cin\u00e9ma et l\u2019engagement politique. Sans oublier sa vocation premi\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Mars 1951, il triomphe avec un tour de chant de vingt-deux chansons qui marque l\u2019histoire du music-hall et influencera nombre de chanteurs s\u2019essayant au one-man-show. En 1953, ce tour de chant demeure \u00e0 l\u2019affiche dans la salle de l\u2019\u00c9toile (pr\u00e8s de la place parisienne) pendant 8 mois \u00e0 guichets ferm\u00e9s, un record\u00a0: ce premier double album 33 T enregistr\u00e9 en public reste une le\u00e7on de music-hall exemplaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pense qu\u2019un homme peut avoir deux, peut-\u00eatre trois affaires alors qu\u2019il est mari\u00e9. Mais trois est le maximum absolu. Ensuite, c\u2019est trichez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991), citation souvent reprise dans la presse (leparisien.fr)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la th\u00e9orie des trois amours. Mais il n\u2019y a pas de r\u00e8gle en amour et encore moins de quota, surtout pour cet homme \u00e0 femmes, irr\u00e9sistiblement s\u00e9ducteur et s\u00e9duit.\u00a0Reste quand m\u00eame le trio de t\u00eate, public.<\/p>\n<p>Il y a la femme de sa vie, Simone. Ils forment l\u2019un des couples les plus fameux de l\u2019\u00e9poque en France et l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres du cin\u00e9ma. Malgr\u00e9 les infid\u00e9lit\u00e9s, Signoret ne quittera jamais Yves Montand. Issue d\u2019un milieu bourgeois, elle l\u2019\u203aintroduit dans les cercles intellectuels. C\u2019est son initiatrice \u00e0 la culture qui lui fait totalement d\u00e9faut, son \u00ab\u00a0compagnon de route\u00a0\u00bb sur le chemin de la politique qui va mener ce couple de communistes convaincus dans la Russie Khrouchtchev.<\/p>\n<p>Avant, il y a eu \u00c9dith Piaf, une passion partag\u00e9e, une affiche aussi, au music-hall et au cin\u00e9ma. Apr\u00e8s, il y aura Marylin Monroe, le temps d\u2019un tournage hollywoodien sign\u00e9 Georges Cukor, <em>Le Milliardaire<\/em> (1960) et d\u2019une aventure hyper m\u00e9diatis\u00e9e qui fait vaciller le couple l\u00e9gitime et beaucoup souffrir Simone.<\/p>\n<p>Devant affronter une honte internationale, elle livre \u00e0 la presse des r\u00e9ponses remarquables\u00a0: \u00ab\u00a0Si Marilyn est amoureuse de mon mari, c\u2019est la preuve qu\u2019elle a bon go\u00fbt\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0Vous en connaissez beaucoup d\u2019hommes, vous, qui resteraient insensibles en ayant Marilyn Monroe dans leurs bras\u00a0?\u00a0\u00bb Montand finit par se lasser des sentiments pourtant sinc\u00e8res de l\u2019actrice am\u00e9ricaine et revient vers Signoret. Il raconte dans les ann\u00e9es 1980\u00a0: \u00ab\u00a0Pas une seconde je n\u2019ai envisag\u00e9 de rompre avec ma femme, pas une seconde\u00a0; mais si [Simone] avait, elle, claqu\u00e9 la porte, j\u2019aurais probablement refait ma vie avec Marilyn. Ou essay\u00e9. \u00c7a n\u2019aurait peut-\u00eatre dur\u00e9 que deux ou trois ans. Je n\u2019avais pas trop d\u2019illusions. N\u2019emp\u00eache, ces deux ou trois ans, quelles ann\u00e9es\u00a0!\u00a0\u00bb On ne saurait \u00eatre plus sinc\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seule la v\u00e9rit\u00e9 est r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991), autre citation souvent reprise dans la presse (leparisien.fr) et sur divers sites.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1956, la vedette s\u2019appr\u00eatait \u00e0 entamer une tourn\u00e9e de music-hall en <span class=\"caps\">URSS<\/span>. Mais le 23 octobre, les chars de l\u2019Arm\u00e9e rouge envahissent Budapest en Hongrie (insurrection de Budapest)\u2026 Cas de conscience\u00a0: Montand d\u00e9cide malgr\u00e9 tout de chanter devant les Sovi\u00e9tiques \u00e0 Moscou, o\u00f9 il rencontre le Premier secr\u00e9taire du Comit\u00e9 central du Parti communiste de l\u2019Union sovi\u00e9tique, Nikita Khrouchtchev. L\u2019entretien dure quatre heures et Montand demande personnellement des explications au chef du Kremlin sur les raisons de l\u2019invasion de la capitale hongroise.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, accompagn\u00e9 de Simone Signoret, il entreprend une tourn\u00e9e triomphale dans tous les pays du Bloc de l\u2019Est. Cette fois, il en revient profond\u00e9ment d\u00e9sabus\u00e9, d\u00e9\u00e7u de ce qu\u2019il a vu de l\u2019application concr\u00e8te du communisme. Ses convictions \u00e9tant enracin\u00e9es en lui par les croyances familiales, surtout paternelles, il aura beaucoup de mal \u00e0 les r\u00e9futer et mettra du temps \u00e0 reconna\u00eetre ses erreurs de jugement. Mais il le fera, contrairement \u00e0 Jean-Paul Sartre, le ma\u00eetre \u00e0 penser de toute une g\u00e9n\u00e9ration, arguant du pr\u00e9cepte\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer Billancourt\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pire l\u00e2chet\u00e9 est de savoir ce qui est juste et ne pas le faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991), paraphrase de<em> L\u2019Aveu<\/em> (1970), film de Costa-Gavras<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tir\u00e9 du r\u00e9cit authentique d\u2019Artur London, membre du Parti communiste tch\u00e9coslovaque contraint d\u2019avouer de faux crimes et de d\u00e9noncer amis et coll\u00e8gues, <em><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>veu<\/em> stigmatise les pratiques staliniennes au d\u00e9but des ann\u00e9es 50. Avec une grande rigueur, le film raconte la longue destruction morale de cet homme, incarn\u00e9 par Yves Montand (lui-m\u00eame proche du Parti communiste), remarquable dans l\u2019incompr\u00e9hension, le d\u00e9go\u00fbt et le d\u00e9sespoir d\u2019un partisan pris au pi\u00e8ge de sa fid\u00e9lit\u00e9<\/p>\n<p>Le film vient un an apr\u00e8s le ph\u00e9nom\u00e8ne Z (sign\u00e9 aussi de Costa-Gavras) montrant la dictature des colonels grecs, Montand interpr\u00e9tant un d\u00e9put\u00e9 progressiste assassin\u00e9 par le r\u00e9gime. Costa-Gavras poursuit dans sa volont\u00e9 de d\u00e9noncer tous les totalitarismes et permet \u00e0 l\u2019acteur d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019un des plus beaux r\u00f4les de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis indign\u00e9 de la fa\u00e7on qui consiste \u00e0 traiter Sardou de fasciste et \u00e0 se conduire soi-m\u00eame comme des petits fachos\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991),<em> France-Soir<\/em>, 1976<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le parler-franc de Montand au risque de d\u00e9plaire ou d\u2019\u00e9tonner son public. Qu\u2019importe si ce n\u2019est pas le m\u00eame que celui de Sardou, autre grand professionnel qu\u2019il est de bon ton de critiquer, mais qui touche aussi un tr\u00e8s grand public populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la Crise\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991), 22 f\u00e9vrier 1984, Antenne 2<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet <span class=\"caps\">OVNI<\/span> (objet visuel non identifiable) est un cas dans les annales t\u00e9l\u00e9visuelles\u00a0: \u00ab\u00a0une \u00e9mission fran\u00e7aise de sp\u00e9culation \u00e9conomique\u00a0\u00bb (Wikip\u00e9dia), con\u00e7ue par le journaliste et producteur Jean-Claude Guillebaud, pr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019acteur Yves Montand avec le jeune journaliste \u00e9conomique \u00e0 <em>Lib\u00e9ration<\/em> Laurent Joffrin et le recours \u00e0 plusieurs reportages fictifs, dans un but dit \u00ab\u00a0p\u00e9dagogique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Trois ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir avec le pr\u00e9sident Mitterrand, il faut convaincre les Fran\u00e7ais du bien-fond\u00e9 politique d\u2019un changement de cap d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par le gouvernement socialiste et du fameux \u00ab\u00a0tournant de la rigueur\u00a0\u00bb, suite \u00e0 la crise \u00e9conomique. Montand fait tout pour avoir l\u2019air convaincu, plaidant pour des \u00ab\u00a0sc\u00e9narios alternatifs commen\u00e7ant par \u00ab\u00a0Et si\u2026\u00a0\u00bb D\u2019autres vrais acteurs politiques sont au g\u00e9n\u00e9rique, de gauche comme de droite. C\u2019est de la t\u00e9l\u00e9 grand public, devant plus de 20 millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs\u00a0! Pour comparaison, la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture des <span class=\"caps\">JO<\/span> en 2024 battra le record absolu de 24,43 millions, replay compris.<\/p>\n<p>Mais est-ce un r\u00f4le fait pour Yves Montand\u00a0? On verrait mieux Bernard Tapie dans le genre\u2026 A-t-il eu l\u2019envie d\u2019entrer en politique, voire de se pr\u00e9senter \u00e0 la prochaine pr\u00e9sidentielle, hypoth\u00e8se par ailleurs \u00e9voqu\u00e9e \u2013 une fausse bonne id\u00e9e, il le dira lui-m\u00eame, tout en regrettant que tout ne soit pas possible.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 ceux qui pensent\u00a0: Montand devient g\u00e2teux, je r\u00e9ponds\u00a0: Vive le g\u00e2tisme\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Yves <span class=\"caps\">MONTAND<\/span> (1921-1991), <em>Paris-Match<\/em>, novembre 1989<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019artiste engag\u00e9 d\u00e9range encore par ses prises de position divergentes et parfois \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce. On est loin du jeune homme refusant de rejoindre le maquis en janvier 1944, affirmant ne pas comprendre suffisamment la situation politique\u2026<\/p>\n<p>Mais Montand reste avant tout un formidable acteur, \u00e0 la sc\u00e8ne comme \u00e0 la ville. Il meurt deux ans plus tard d\u2019un infarctus, le 9 novembre 1991, sur le tournage d\u2019<span class=\"caps\">IP5<\/span>, film de Jean-Jacques Beineix qui fera pol\u00e9mique\u00a0: une rumeur accuse le metteur en sc\u00e8ne de ne pas avoir assez m\u00e9nag\u00e9 l\u2019acteur\u2026 qui pr\u00e9parait en m\u00eame temps son prochain r\u00e9cital \u00e0 Bercy\u00a0! La pol\u00e9mique p\u00e9nalise le film, d\u2019o\u00f9 un \u00e9chec commercial. La jeune femme de Montand, Carole Amiel, tient \u00e0 r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La pol\u00e9mique a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s injuste pour Jean-Jacques qui avait pris toutes les pr\u00e9cautions\u2026 Les Fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 tellement choqu\u00e9s, surpris et tristes qu\u2019il a fallu trouver un coupable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Yves Montand aura travers\u00e9 la vie \u2013 nos vies \u2013 avec ses coups de gueule, ses col\u00e8res flamboyantes, ses emballements, ses d\u00e9ceptions lucides et courageuses. Il aimait \u00e0 dire, vers la fin du parcours, qu\u2019il avait \u2018perdu ses certitudes mais gard\u00e9 ses illusions\u2019\u00a0: celles d\u2019une vie plus humaine, tout simplement plus vivable, pour les humili\u00e9s et les offens\u00e9s de la plan\u00e8te.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jorge <span class=\"caps\">SEMPRUN<\/span> (1923-2011), pr\u00e9face de la biographie sign\u00e9e Alain-Guy Aknin et Philippe Crocq,<em> Yves Montand\u00a0: le temps n\u2019efface rien<\/em> (2006)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne saurait mieux dire que cet \u00e9crivain espagnol qui fut aussi un homme politique, immigr\u00e9 en France, restant surtout comme le sc\u00e9nariste de Z et de <em>l\u2019Aveu<\/em>. Il bien connu et parfaitement compris le personnage de Montand, \u00e0 la ville comme \u00e0 la sc\u00e8ne (ou l\u2019\u00e9cran).<\/p>\n<h4>Andr\u00e9e Chedid (1920-2011), d\u2019origine \u00e9gyptienne et libanaise, naturalis\u00e9e fran\u00e7aise, sa nouvelle langue lui permet d\u2019exprimer toute ses sensibilit\u00e9s plurielles jusqu\u2019\u00e0 la fin cruelle et douce.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne donnons rien au po\u00e8me qu\u2019il ne nous rende au centuple. Nous croyons le faire\u00a0; c\u2019est lui qui, secr\u00e8tement nous fait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9e <span class=\"caps\">CHEDID<\/span> (1920-2011).<em> Au c\u0153ur du c\u0153ur<\/em> (2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019origine syro-libanaise, Andr\u00e9e Saab na\u00eet au Caire (\u00c9gypte) et fait ses \u00e9tudes dans des \u00e9coles \u00e9gyptiennes puis fran\u00e7aises, avant d\u2019int\u00e9grer l\u2019Universit\u00e9 am\u00e9ricaine du Caire. \u00c0 22 ans, elle obtient un baccalaur\u00e9at universitaire en journalisme et se marie avec le biologiste Louis Selim Chedid, lui aussi \u00e9gyptien d\u2019origine libanaise.<\/p>\n<p>En 1943, elle part vivre au Liban avec son mari et publie son premier recueil de po\u00e9sie, en anglais, \u00ab\u00a0On the Trails of My Fancy\u00a0\u00bb, Elle s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris en 1946, avec son mai professeur \u00e0 l\u2019Institut Pasteur. Tous deux acqui\u00e8rent la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Elle \u00e9crit son premier roman en 1952, Le Sommeil d\u00e9livr\u00e9 (Stock), En 1960, avec Le Sixi\u00e8me Jour (Julliard), r\u00e9cit de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra qui frappa l\u2019\u00c9gypte en 1948, un succ\u00e8s populaire se dessine. Elle \u00e9crit aussi des nouvelles, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des romans, de la litt\u00e9rature jeunesse. Elle collabore aux chansons de son petit-fils Matthieu Chedid M). Mais la po\u00e9sie reste son royaume de pr\u00e9dilection (prix Goncourt de la po\u00e9sie en 2002).<\/p>\n<p>Son \u0153uvre questionne sans fin la condition humaine et les liens entre l\u2019homme et le monde. Elle c\u00e9l\u00e8bre la vie tant aim\u00e9e, avec la vive conscience de sa pr\u00e9carit\u00e9. Dans un style fluide, mais tr\u00e8s travaill\u00e9, elle \u00e9voque l\u2019Orient avec une grande sensualit\u00e9 pour mettre en avant ses parfums. Elle s\u2019\u00e9merveille des beaut\u00e9s de l\u2019univers et de l\u2019amour, s\u2019attache \u00e0 question de la condition de la femme et d\u00e9crit aussi la guerre du Liban.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marie se souvient\u00a0:<br>\u2013 Je ne serai pas ta routine.<br>Et Steph de r\u00e9torquer\u00a0:<br>\u2013 Je ne deviendrai jamais ton habitude.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9e <span class=\"caps\">CHEDID<\/span> (1920-2011), <em>Le Message<\/em> (2007)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans un pays en guerre, une jeune femme, Marie, est bless\u00e9e par une balle. Malgr\u00e9 la douleur, elle ne pense qu\u2019\u00e0 une chose\u00a0: rejoindre Steph, qui habite de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ville. Entre eux, il y a un pont. Ils partagent une passion tr\u00e8s vive et viennent de traverser une crise. Malgr\u00e9 cela, Marie est pr\u00eate \u00e0 tout pour revoir Steph. C\u2019est le message qu\u2019elle avait pour lui, avant d\u2019\u00eatre mortellement touch\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle vacille sous la lumi\u00e8re de midi. Le sang coule de sa blessure. A mesure qu\u2019elle avance, des images de son pass\u00e9 surgissent, emport\u00e9es par une mort au ralenti que rien n\u2019arr\u00eatera. D\u2019autres personnages l\u2019aident, comme aimant\u00e9s par ce lieu o\u00f9 la vie, le hasard et le destin m\u00e9langent leurs cartes.<\/p>\n<p>Dans ce roman, elle convoque tous les massacr\u00e9s, les fusill\u00e9s, les supplici\u00e9s. Ils convergent vers ce c\u0153ur aux abois, vers cette femme \u00e0 la fois anonyme et singuli\u00e8re. \u00ab\u00a0Comment peut-on se prendre au s\u00e9rieux quand l\u2019existence est si \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et qu\u2019elle ne cesse de courir vers sa fin\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne vous m\u00e9prenez pas <br>Je ne suis que de passage <br>Un \u00eatre fictif sur un trajet <br>Sans itin\u00e9raire <br>Je pousse des portes <br>Qui s\u2019ouvrent <br>Sur la vie <br>Et d\u2019autres portes <br>Qui m\u00e8nent je ne sais o\u00f9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9e <span class=\"caps\">CHEDID<\/span> (1920-2011), <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>toffe de l\u2019univers<\/em> (2010).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Atteinte de la maladie d\u2019Alzheimer, elle \u00e9voque cette \u00e9preuve dans son dernier recueil de po\u00e8mes. Elle remonte aux origines de sa vie, explore le myst\u00e8re du passage sur terre, la beaut\u00e9 et la force, mais aussi la fragilit\u00e9, surtout quand l\u2019aventure est malmen\u00e9e par la vieillesse, la mort qui r\u00f4de.<\/p>\n<p>Son fils le chanteur Louis Chedid (p\u00e8re de Matthieu Chedid, alias M.) \u00e9voquera lui aussi cette \u00e9preuve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, maman, tu es partie si loin<br>Que tous les boniments ne riment plus \u00e0 rien<br>Maman, maman, depuis qu\u2019tu m\u2019as laiss\u00e9 tomber<br>J\u2019n\u2019ai plus aucun parent \u00e0 qui parler\u2026<br>La faute \u00e0 qui\u00a0? \u00e0 personne<br>Juste le temps qui passe l\u2019heure qui sonne\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">CHEDID<\/span> (n\u00e9 en 1948), \u00ab\u00a0Maman, Maman\u00a0\u00bb, chanson (2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Laissons-lui le mot de la fin qui est aussi le titre de son deuxi\u00e8me album dat\u00e9 de 2015\u00a0: \u00ab\u00a0On ne dit jamais assez aux gens qu\u2019on aime qu\u2019on les aime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Serge Reggiani\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/serge_reggiani.jpg\" alt=\"Serge Reggiani\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Serge Reggiani (1922-2004), n\u00e9 italien, acteur de th\u00e9\u00e2tre et de cin\u00e9ma, peintre et sculpteur \u00e0 ses heures, carri\u00e8re tardive dans la chanson, soutenue par ses confr\u00e8res et ovationn\u00e9e tous \u00e2ges confondus.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous, les exil\u00e9s, la terre natale a une saveur particuli\u00e8re\u00a0: plus on s\u2019\u00e9loigne, plus elle est cors\u00e9e, plus on se sent impr\u00e9gn\u00e9 de sa patrie, ne serait-ce que dans le regard des autres, qui te font bien comprendre que tu n\u2019es pas d\u2019ici.\u00a0\u00bb<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), <em>Dernier courrier avant la nuit<\/em> (1995)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Venu d\u2019Italie avec sa famille pour fuir le fascisme (comme Yves Montand et nombre d\u2019immigr\u00e9s), Reggiani gardera toujours l\u2019amour de la libert\u00e9, pr\u00eat \u00e0 se battre pour d\u00e9fendre les droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Le petit Serge est d\u2019abord tent\u00e9 par la boxe qu\u2019il pratique assid\u00fbment. Un peu par hasard, il entre au Conservatoire d\u2019art dramatique. Rep\u00e9r\u00e9 par Jean Cocteau, le com\u00e9dien glane ses premiers lauriers sur les planches avant de se tourner vers le cin\u00e9ma. Son talent et les bonnes rencontres le font figurer au panth\u00e9on du 7\u00e8me art, \u00e0 l\u2019affiche de chef d\u2019\u0153uvres comme <em>Les Portes de la nuit<\/em> de Marcel Carn\u00e9, avec Yves Montand, <em>Le Doulos<\/em> de Jean-Pierre Melville avec Belmondo et surtout<em> Casque d\u2019or<\/em> avec Simone Signoret au summum de sa beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Serge Reggiani qui chante pour le plaisir n\u2019aborde cette discipline qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 44 ans, en 1966\u00a0: encore une bonne rencontre, Jacques Canetti, c\u00e9l\u00e8bre producteur ami du couple Montand-Signoret. Son premier album, sign\u00e9 Boris Vian (r\u00e9f\u00e9rence de qualit\u00e9), couronn\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie Charles Cros, rencontre imm\u00e9diatement son public. Mais Reggiani, si \u00e0 l\u2019aise au th\u00e9\u00e2tre, est dramatiquement maladroit devant un micro\u00a0! C\u2019est un autre m\u00e9tier\u2026<\/p>\n<p>Barbara, conquise par le chanteur, initiera ce \u00ab\u00a0n\u00e9ophyte\u00a0\u00bb aux d\u00e9lices de la sc\u00e8ne. Passant en premi\u00e8re partie de la chanteuse, il gagne en confiance et pourra bient\u00f4t remplir seul des salles qu\u2019il fera vibrer avec sa voix grave, au timbre \u00e9mouvant et sans cesse au bord du gouffre.<\/p>\n<p>Le public vient d\u00e9sormais applaudir l\u2019heureux artiste, qu\u2019il chante, qu\u2019il joue au th\u00e9\u00e2tre \u2013 c\u2019est l\u2019\u00e9poque de Sartre et des <em>S\u00e9questr\u00e9s d\u2019Altona<\/em> \u2013 ou au cin\u00e9ma. Reggiani a un go\u00fbt tr\u00e8s s\u00fbr de ce qu\u2019il peut et doit interpr\u00e9ter, surtout dans la chanson o\u00f9 il peut d\u00e9cider seul, chanteur \u00ab\u00a0\u00e0 texte\u00a0\u00bb, toujours intelligent, mais pas \u00ab\u00a0intellectuel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les loups sont entr\u00e9s dans Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), chanson de 1967, paroles\u00a0: Albert Vidalie et Louis Bessi\u00e8res<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce deuxi\u00e8me album tr\u00e8s attendu est un nouveau succ\u00e8s. Il cr\u00e9e \u00e0 cette occasion ce grand classique de chanteur engag\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 comme une all\u00e9gorie de l\u2019entr\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e allemande dans Paris et une ode \u00e0 la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Les hommes avaient perdu le go\u00fbt \/ De vivre, et se foutaient de tout<br>Leurs m\u00e8res, leurs frangins, leurs nanas \/ Pour eux c\u2019\u00e9tait qu\u2019du cin\u00e9ma<br>Le ciel redevenait sauvage, \/ Le b\u00e9ton bouffait l\u2019paysage\u2026 alors<\/p>\n<p>Les loups, ououh! ououououh! \/ Les loups \u00e9taient loin de Paris<br>En Croatie, en Germanie \/ Les loups \u00e9taient loin de Paris<br>J\u2019aimais ton rire, charmante Elvire \/ Les loups \u00e9taient loin de Paris.<br>Les loups ououh! ououououh! \/ Les loups ont envahi Paris<br>Soit par Issy, soit par Ivry \/ Les loups ont envahi Paris<br>Cessez de rire, charmante Elvire \/ Les loups ont envahi Paris (\u2026)<\/p>\n<p>Les loups ououh! ououououh! \/ Les loups sont sortis de Paris<br>Soit par Issy, soit par Ivry \/ Les loups sont sortis de Paris<br>Tu peux sourire, charmante Elvire \/ Les loups sont sortis de Paris<br>J\u2019aime ton rire, charmante Elvire \/ Les loups sont sortis de Paris\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne choisis pas les chansons, je parle avec les auteurs de certains sujets qui m\u2019amusent, qui me pr\u00e9occupent ou qui m\u2019int\u00e9ressent, et de l\u00e0 naissent des chansons\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), avril 1970, r\u00e9ponse aux questions de Jo\u00eblle Wiltold, \u00e9mission \u00ab\u00a0Au chat qui pouffe\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors qu\u2019il enregistre son quatri\u00e8me disque, l\u2019acteur d\u00e9sormais reconnu parle de son nouveau m\u00e9tier de chanteur, de lui, de son public, du milieu\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je m\u2019amuse \u00e0 chanter, j\u2019aime la chanson et la musique, et je fais mon m\u00e9tier de soi-disant chanteur de music-hall, parce que je l\u2019aime, parce que j\u2019aime bien \u00eatre sur une sc\u00e8ne, parce que j\u2019aime bien me raconter et raconter des histoires\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon public est tr\u00e8s vaste, il va du bourgeois \u00e0 l\u2019intellectuel ou au travailleur. C\u2019est comme le public de Bobino, un public id\u00e9al, un \u00e9ventail absolu du public fran\u00e7ais\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le milieu de la chanson est un milieu tr\u00e8s dur, on est seul sur la sc\u00e8ne, on doit se d\u00e9fendre seul, contrairement au th\u00e9\u00e2tre et au cin\u00e9ma o\u00f9 on a des partenaires \u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est moi, c\u2019est l\u2019Italien\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), <em>L\u2019Italien<\/em>, paroles de Jean-Loup Dabadie, musique de Michel Legrand (1971)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=H3s1mt7aFlc\">\u00c9coutez la chanson sur Youtube.<\/a><\/p>\n<p>Une chanson alternant passages en fran\u00e7ais et en italien que le chanteur ne souhaite pas interpr\u00e9ter\u00a0: l\u2019int\u00e9gration des italiens \u00e9tant difficile au d\u00e9but du si\u00e8cle, Reggiani ne voulait pas qu\u2019on le ram\u00e8ne \u00e0 ses origines de \u00ab\u00a0petit macaroni\u00a0\u00bb. Il se laisse pourtant convaincre et ajoute \u00e0 son r\u00e9pertoire cette chanson qui deviendra son embl\u00e8me. C\u2019est elle qui sera chant\u00e9e \u00e0 son enterrement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est moi, c\u2019est l\u2019Italien \/ Est-c\u2019qu\u2019il y a quelqu\u2019un \/ Est-c\u2019qu\u2019il y a quelqu\u2019une<br>D\u2019ici j\u2019entends le chien \/ Et si tu n\u2019es pas mort\u203a \/ Ouvre-moi sans rancune<br>Je rentre un peu tard, je sais \/ Dix-huit ans de retard c\u2019est vrai \/ Mais j\u2019ai trouv\u00e9 mes allumettes<br>Dans un\u203a rue du Massachussetts \/ Il est fatigant le voyage \/ Pour un enfant de mon \u00e2ge<br>Ouvre-moi \/ Ouvre-moi la porte \/ Le non ne posso proprio pi\u00f9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un nouveau r\u00e9cital \u00e0 Bobino, Reggiani part en tourn\u00e9e \u00e0 travers la France. La chanson lui a permis de sortir de son image de mauvais gar\u00e7on et les metteurs en sc\u00e8ne d\u00e9couvrent de nouvelles facettes du personnage. En 1975, le cin\u00e9aste Claude Lelouch lui offre deux tr\u00e8s beaux r\u00f4les qui exploitent le grand humour de Reggiani, dans<em> Le Chat et la souris<\/em> avec Mich\u00e8le Morgan et dans <em>Le Bon et les m\u00e9chants<\/em> avec Jacques Dutronc.<\/p>\n<p>Son fils Stephan partage avec lui son go\u00fbt pour la chanson. Serge Reggiani est tr\u00e8s admiratif des talents de musiciens de son fils et de la charge de d\u00e9sespoir que l\u2019on lit dans ses compositions. Auteur, compositeur et interpr\u00e8te, il est \u00e0 l\u2019affiche avec son p\u00e8re \u00e0 Bobino en 1975. Les avis sont mitig\u00e9s. Une complicit\u00e9 \u00e9vidente se d\u00e9gage des concerts, mais le public accueille ti\u00e8dement le duo p\u00e8re-fils. Le 24 avril, la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9 de Jacques Chancel, \u00ab\u00a0Le Grand \u00e9chiquier\u00a0\u00bb, est enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 Reggiani p\u00e8re et fils. En juin, sort un album enregistr\u00e9 pendant leur s\u00e9rie de r\u00e9citals. \u00c0 la rentr\u00e9e, ils passent en vedette \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Huma, rassemblement annuel du parti communiste fran\u00e7ais, puis s\u2019envolent pour une tourn\u00e9e au Canada.<\/p>\n<p>24 septembre 1977, Maritie et Gilbert Carpentier, producteurs de shows t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s c\u00e9l\u00e9brissimes en France, consacrent un de leurs \u00ab\u00a0Num\u00e9ro un\u00a0\u00bb \u00e0 Serge Reggiani. Trois jours plus tard, le chanteur r\u00e9investit la sc\u00e8ne de Bobino qu\u2019il partage avec son fils St\u00e9phan et avec sa fille Carine. Mais la presse est cette fois tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re devant cette affiche familiale et reproche \u00e0 Serge Reggiani d\u2019\u00e9touffer, involontairement, la carri\u00e8re de ses enfants. Malgr\u00e9 ces critiques, les trois Reggiani partent en tourn\u00e9e durant l\u2019hiver 77-78.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un premier divorce, un remariage qui \u00e9choue \u00e9chec, une carri\u00e8re en suspens, le moral de St\u00e9phan est au plus bas. En vacances dans la maison de son p\u00e8re \u00e0 Mougins en 1980, St\u00e9phan Reggiani se suicide d\u2019une balle dans le lit de son p\u00e8re. \u00c0 33 ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vrai chanteur dans la famille, c\u2019\u00e9tait toi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004) \u00e0 l\u2019enterrement de son fils.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout s\u2019effondre pour Serge Reggiani. Il se laisse gagner par l\u2019alcoolisme. Il trouve quand m\u00eame dans le travail un moyen de lutter contre la d\u00e9prime et l\u2019alcool qui commence \u00e0 le ronger. Du 5 au 17 mai 1981, en pleine campagne \u00e9lectorale qui m\u00e8nera Fran\u00e7ois Mitterrand au pouvoir, le public de l\u2019Olympia fait un triomphe au chanteur, lui t\u00e9moignant ainsi son affection et sa solidarit\u00e9 dans l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es 80 difficiles et suite \u00e0 de tr\u00e8s s\u00e9rieux probl\u00e8mes de sant\u00e9, ayant arr\u00eat\u00e9 la boisson, il reprend go\u00fbt \u00e0 la vie et sort l\u2019album \u00ab\u00a0Reggiani 91\u00a0\u00bb. En 1992, une int\u00e9grale de 8 <span class=\"caps\">CD<\/span> fait le tour de la carri\u00e8re du chanteur. Un coffret de 5 <span class=\"caps\">CD<\/span> renferme les plus belles lectures que Serge Reggiani a fait de ses \u00e9crivains et po\u00e8tes favoris\u00a0: Albert Camus, Victor Hugo, Fran\u00e7ois Villon, Arthur Rimbaud et m\u00eame Serge Gainsbourg.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tes soixante-dix balais \/ Bats-les<br>Va-t\u2019en jusqu\u2019\u00e0 cent ans \/ Chantant<br>T\u2019as eu quatre-vingt-dix \/ Jadis<br>Mais trois chiffres c\u2019est mieux \/ Mon vieux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), auteur de la chanson<em> 70 balais<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il c\u00e9l\u00e8bre ses 70 ans dans un album au titre explicite, \u00ab\u00a070 balais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tes soixante-dix printemps \/ Tiens-t\u2019en \/ Jamais \u00e0 eux, papa \/ Faut pas<br>Grimpe encore \u00e0 l\u2019\u00e9chelle \/ Du ciel \/Quelques long \u00e9chelons\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019essaie \u00e0 la composition. Affrontant son \u00e2ge avec optimisme et m\u00eame enthousiasme, il s\u2019installe sur la grande sc\u00e8ne du Palais des Congr\u00e8s du 23 f\u00e9vrier au 7 mars, devant 3000 spectateurs chaque soir. Le 15 juillet, il donne un concert aux Francofolies de La Rochelle face \u00e0 un public jeune et chaleureux.<\/p>\n<p>En 1995, il d\u00e9clare ne pas avoir \u00e9t\u00e9 aussi en forme depuis longtemps et sort un nouvel album, \u00ab\u00a0Reggiani 95\u00a0\u00bb essentiellement compos\u00e9 par Claude Lemesle, avec une chanson de sa fille C\u00e9lia.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour lutter contre l\u2019insomnie, certains comptent les moutons\u00a0; moi je pourrais compter les amis que la mort m\u2019a arrach\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), <em>Dernier courrier avant la nuit<\/em> (1995)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit des lettres \u00e0 tous ceux qu\u2019il aime et admire, de Jean-Paul Sartre \u00e0 Romy Schneider, en passant par \u00c9dith Piaf ou Lino Ventura. Du 19 au 24 septembre, il entame une s\u00e9rie de concerts \u00e0 l\u2019Olympia. Chaque soir, apr\u00e8s un r\u00e9cital de 33 chansons, il est ovationn\u00e9 plusieurs minutes par un public \u00e9mu devant sa vitalit\u00e9 et sa rage de vivre.<\/p>\n<p>Il ralentit quand m\u00eame la fr\u00e9quence\u00a0: un album tous les deux ans. Tr\u00e8s occup\u00e9 par ses diff\u00e9rentes passions (la peinture, la sculpture, l\u2019\u00e9criture), la chanson devient finalement une de ses activit\u00e9s parmi les autres. Mais le public lui t\u00e9moigne, \u00e0 chacune de ses apparitions, sa sympathie et, m\u00fb par un temp\u00e9rament d\u2019artiste hors pair, il refait surface dans les ann\u00e9es 90 o\u00f9 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration le d\u00e9couvre. \u00ab\u00a0Reggiani 89\u00a0\u00bb,\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Reggiani 91\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Reggiani 95\u00a0\u00bb sont des albums tr\u00e8s personnels\u00a0: le chanteur explore des th\u00e8mes qui le passionnent et t\u00e9moignent de sa r\u00e9surrection. Peintre, sculpteur, \u00e9crivain, il continue \u00e0 d\u00e9fendre une certaine id\u00e9e de l\u2019art. Refl\u00e9tant son humeur solitaire, il pratique de plus en plus souvent la peinture\u00a0: premi\u00e8re exposition en 1989.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une sant\u00e9 fragile, il continue d\u2019enregistrer des chansons. En ao\u00fbt 1999 sort un nouvel album\u00a0: \u00ab\u00a0Les Adieux diff\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, titre ironique\u00a0: le com\u00e9dien chanteur aborde le th\u00e8me de la vie, de la nostalgie, des femmes et de l\u2019amour bien s\u00fbr. Rien \u00e0 voir avec ce qui pourrait \u00eatre une fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante de tirer sa r\u00e9v\u00e9rence. Alors qu\u2019il expose ses toiles dans une galerie parisienne, il s\u2019appr\u00eate \u00e0 remonter sur sc\u00e8ne. Mais la s\u00e9rie de concerts pr\u00e9vue en octobre est finalement annul\u00e9e\u00a0: Reggiani est hospitalis\u00e9 en septembre. Un an plus tard, il sort un album en forme de testament.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants, soyez meilleurs que nous<br>On a rat\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s tout<br>On a pourtant beaucoup r\u00eav\u00e9<br>R\u00eav\u00e9 de construire pour vous<br>Un monde plus joli, plus doux<br>Un monde moins dur et moins fou<br>Enfants, soyez meilleurs que nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), d\u00e9cembre 2000, Michel Legrand (musique) et Jean Dr\u00e9jac (texte)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On a rat\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s tout \/ On a pourtant beaucoup r\u00eav\u00e9<br>R\u00eav\u00e9 de construire pour vous \/ Un monde plus joli, plus doux<br>Un monde moins dur et moins fou\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Combien de temps encore<br>Des ann\u00e9es, des jours, des heures combien\u00a0?<br>Quand j\u2019y pense mon c\u0153ur bat si fort\u2026<br>Mon pays c\u2019est la vie.<br>Combien de temps\u2026 Combien\u00a0?<br>Je l\u2019aime tant, le temps qui reste\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">REGGIANI<\/span> (1922-2004), <em>Le temps qui reste<\/em> (2002), Goraguer et Dabadie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Reggiani est encore en sc\u00e8ne comme il est en vie. L\u2019artiste est bouleversant de force et de faiblesse\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je veux rire, courir, parler, pleurer, \/ Et voir, et croire<br>Et boire, danser, Crier, manger, nager, bondir, d\u00e9sob\u00e9ir<br>J\u2019ai pas fini, j\u2019ai pas fini \/ Voler, chanter, partir, repartir<br>Souffrir, aimer \/ Je l\u2019aime tant le temps qui reste<br>Je ne sais plus o\u00f9 je suis n\u00e9, ni quand \/ Je sais qu\u2019il n\u2019y a pas longtemps\u2026<br>Et que mon pays c\u2019est la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, une victoire d\u2019honneur r\u00e9compense l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re, aux 18\u00e9me Victoires de la Musique. Une derni\u00e8re tourn\u00e9e d\u00e9bute dans la salle parisienne du Palais des Congr\u00e8s. Acclam\u00e9, il se produit encore en Belgique, au Canada et en Suisse. <br>Artiste engag\u00e9 et figure de proue du Saint Germain des ann\u00e9es 50-60, il d\u00e9c\u00e8de le 22 juillet 2004 d\u2019un arr\u00eat cardiaque \u00e0 son domicile parisien, \u00e2g\u00e9 de 82 ans. Il est inhum\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de son fils Stephan, au cimeti\u00e8re de Montparnasse \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Symbole du Saint Germain insouciant des ann\u00e9es 1950-1960 et de l\u2019engagement artistique exigeant, il reste comme l\u2019une des figures majeures de la chanson fran\u00e7aise du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Pierre Cardin\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pierre_cardin.jpg\" alt=\"Pierre Cardin\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Pierre Cardin (1922-2020), n\u00e9 italien, couturier tout-parisien, homme d\u2019affaires \u00e0 la t\u00eate d\u2019un empire mondial, m\u00e9c\u00e8ne artistique au th\u00e9\u00e2tre\u00a0: la success-story d\u2019un cr\u00e9ateur passionn\u00e9\u2026 avec un luxe supr\u00eame, l\u2019ind\u00e9pendance<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai eu beaucoup de chance, je faisais partie de la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre o\u00f9 tout devait \u00eatre refait.\u00a0\u00bb<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Beaucoup de chance\u00a0\u00bb, mais surtout beaucoup de volont\u00e9 pour arriver \u00e0 son but et une capacit\u00e9 de travail proportionnelle \u00e0 ses dons \u2013 sans limite.<\/p>\n<p>Il na\u00eet dans une famille d\u2019agriculteurs v\u00e9nitiens ruin\u00e9s par la Premi\u00e8re Guerre mondiale, \u00e9migr\u00e9s en France avec leurs dix enfants dans les ann\u00e9es 1920 \u2013 le petit Pietro est le dernier de la fratrie. La famille s\u2019installe \u00e0 Saint-\u00c9tienne. Ils obtiennent la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise en 1936 et Pierre Cardin, 14 ans, commence son apprentissage chez un tailleur pour hommes, comme comptable, puis coupeur. Il rejoint Vichy \u00e0 bicyclette et travaille chez un autre tailleur. Il \u00ab\u00a0monte\u00a0\u00bb enfin \u00e0 Paris, capitale des arts.<\/p>\n<p>Vers la fin de la guerre, il d\u00e9bute dans la \u00ab\u00a0maison Paquin\u00a0\u00bb \u2013 Jeanne Paquin (1869-1936) est la premi\u00e8re grande couturi\u00e8re fran\u00e7aise \u00e0 avoir acquis une renomm\u00e9e internationale et b\u00e2ti un empire \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. C\u2019est un mod\u00e8le pour l\u2019ambitieux Cardin et c\u2019est chez elle, dans ce milieu tr\u00e8s particulier de la haute-couture, qu\u2019il va faire ses premi\u00e8res rencontres.<\/p>\n<p>\u00c0 signaler, un passage \u00e9clair chez Elsa Schiaparelli, autre cr\u00e9atrice de mode et mod\u00e8le de r\u00e9ussite, issue de l\u2019aristocratie italienne. Cr\u00e9atrice de l\u2019entreprise Schiaparelli, elle l\u2019a dirig\u00e9e des ann\u00e9es 1930 aux ann\u00e9es 1950. Provocatrice et avant-gardiste, on la remarque pour son utilisation du surr\u00e9alisme. Mais Cardin veut \u00eatre lui-m\u00eame et bient\u00f4t chez lui\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ma vie, les rencontres ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes. Il y a, bien s\u00fbr, Christian Dior, mais aussi le po\u00e8te Jean Cocteau, le metteur en sc\u00e8ne Jean Delannoy et le d\u00e9corateur Christian B\u00e9rart. Ils m\u2019ont apport\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9gance, la gr\u00e2ce et la confiance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), Interview de Pierre Cardin, <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>cho r\u00e9publicain<\/em>, 15 mars 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier tailleur de la maison Christian Dior lors de son ouverture en d\u00e9cembre 1946, le jeune Pierre Cardin participe au succ\u00e8s du \u00ab\u00a0tailleur Bar\u00a0\u00bb qui d\u2019apr\u00e8s le <em>Harper\u2019s Bazaar<\/em>, d\u00e9finit le New-Look de Dior. Trois ans apr\u00e8s, il part sur un coup de t\u00eate.<\/p>\n<p>Entre temps, il a fait la rencontre de Cocteau et de Christian B\u00e9rard surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0B\u00e9b\u00e9\u00a0\u00bb, peintre, illustrateur, sc\u00e9nographe, d\u00e9corateur et cr\u00e9ateur de costumes avec qui il r\u00e9alise des costumes et des masques pour <em>La Belle et la B\u00eate<\/em> en 1946. De quoi lancer un nouveau talent de cr\u00e9ateur \u2013 c\u2019est la premi\u00e8re d\u00e9finition qu\u2019il donne de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>En 1950, il rach\u00e8te la maison Pascaud, sp\u00e9cialis\u00e9e dans les costumes de sc\u00e8ne, pour ouvrir sa propre maison de couture. Il gardera cette double activit\u00e9 cr\u00e9atrice\u00a0: costumes de sc\u00e8ne \u2013 il adore le th\u00e9\u00e2tre dont il deviendra m\u00e9c\u00e8ne \u2013 et cr\u00e9ations de haute couture \u2013 \u00ab\u00a0le luxe, c\u2019est la raret\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9, l\u2019\u00e9l\u00e9gance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il cr\u00e9e des tenues pour les bals, les f\u00eates somptueuses d\u2019apr\u00e8s-guerre, en m\u00eame temps que des manteaux et tailleurs, sa sp\u00e9cialit\u00e9. Progressivement, sa client\u00e8le s\u2019agrandit.<\/p>\n<p>Sa premi\u00e8re collection voit le jour trois ans plus tard en 1953. Il y montre, rue du Faubourg-Saint-Honor\u00e9, ses manteaux et tailleurs d\u2019une coupe impeccable, associant inventivit\u00e9 et sens du d\u00e9tail. Quatre ans apr\u00e8s, il triomphe avec la pr\u00e9sentation d\u2019une collection de 120 v\u00eatements et devient membre de la Chambre syndicale de la couture parisienne. Il voit naturellement plus grand, plus loin\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une voyante m\u2019avait pr\u00e9dit que mon nom flotterait partout dans le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), <em>Madame Figaro<\/em>, Pierre Cardin, soixante ans de cr\u00e9ations, 28 d\u00e9cembre 2006<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Obsession r\u00e9currente du \u00ab\u00a0nom\u00a0\u00bb \u00e0 suivre\u2026 \u00ab\u00a0Mon nom est plus important que moi-m\u00eame\u2026 Je ne crois pas qu\u2019il y ait eu un nom aussi important que Pierre Cardin dans l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale de la couture\u00a0\u00bb et initiative assum\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 d\u00e9mocratiser la mode, \u00e0 mettre mes initiales sur mes v\u00eatements.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le personnage aura toujours confiance en ses dons et son destin, affirmant qu\u2019\u00ab\u00a0on ne vient pas au monde avec une personnalit\u00e9, il faut se la faire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 une carri\u00e8re men\u00e9e tr\u00e8s intelligemment (quoique passionn\u00e9ment)\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais pu me lancer dans la politique car je suis un meneur. Mais j\u2019ai toujours dit Non.\u00a0\u00bb Il n\u2019a qu\u2019un but\u00a0: devenir le chef d\u2019une gigantesque entreprise qu\u2019il contr\u00f4lera dans les moindres d\u00e9tails, artistiques et \u00e9conomiques. Autrement dit, \u00eatre \u00e0 la fois Yves Saint-Laurent et Pierre Berg\u00e9 \u2013 r\u00e9f\u00e9rence au couple le plus c\u00e9l\u00e8bre et talentueux de la mode.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, je suis d\u2019abord un cr\u00e9ateur, et mes cr\u00e9ations g\u00e9n\u00e8rent de l\u2019argent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), Interview de Pierre Cardin, <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>cho r\u00e9publicain<\/em>, 15 mars 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se distingue d\u2019abord de ses concurrents par sa client\u00e8le de pr\u00eat-\u00e0-porter\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont dit, le pr\u00eat-\u00e0-porter tuera votre nom, et cela m\u2019a sauv\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s 1954, il d\u00e9ploie une \u00e9nergie farouche, s\u2019engageant dans la politique de diffusion avec l\u2019ouverture de sa premi\u00e8re boutique Eve, suivie d\u2019Adam en 1957. Consid\u00e9r\u00e9 comme un pr\u00e9curseur, il souhaite poser les bases d\u2019une production de pr\u00eat-\u00e0-porter en parall\u00e8le \u00e0 la haute couture. En r\u00e9alit\u00e9, il ne croit pas au mod\u00e8le \u00e9conomique d\u2019une haute couture produisant de fa\u00e7on \u00e9litiste.<\/p>\n<p>Pour les grands couturiers traditionnels, attach\u00e9s \u00e0 s\u00e9parer la mode haut de gamme de la mode populaire, c\u2019est un scandale\u00a0! Il persiste et signe en 1959 une collection de pr\u00eat-\u00e0-porter luxueux au Printemps\u00a0: premier couturier \u00e0 pr\u00e9senter un d\u00e9fil\u00e9 de pr\u00eat-\u00e0-porter inspir\u00e9 de la haute couture, qui plus est dans un grand magasin. Cet acte de \u00ab\u00a0r\u00e9bellion\u00a0\u00bb va engendrer la l\u00e9gende d\u2019un Pierre Cardin exclu de la Chambre syndicale de la couture parisienne, ou renvoy\u00e9 puis r\u00e9int\u00e9gr\u00e9. Fait clairement d\u00e9menti, d\u2019autant plus que la pr\u00e9sidence lui sera bient\u00f4t propos\u00e9e \u2013 et qu\u2019il la refuse.<br>Dans les ann\u00e9es 60, inspir\u00e9 par la conqu\u00eate de l\u2019espace, il participe \u00e0 la cr\u00e9ation du style futuriste avec sa collection \u00ab\u00a0Space age\u00a0\u00bb, avec des robes aux motifs g\u00e9om\u00e9triques en plastique et en m\u00e9tal. On le surnomme alors \u00ab\u00a0le m\u00e9tallurgiste\u00a0\u00bb \u2013 Courr\u00e8ges et Paco Rabanne occupent le m\u00eame cr\u00e9neau artistique. Dans une de ses collections pour hommes, Cardin cr\u00e9e une veste sans col nomm\u00e9e \u00ab\u00a0cylindre\u00a0\u00bb. Le couturier des Beatles s\u2019en inspire pour cr\u00e9er les vestes \u00e0 col Mao port\u00e9es par les \u00ab\u00a0Quatre gar\u00e7ons dans le vent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En revanche, il d\u00e9teste la mode du jean qui s\u2019impose partout et a ses d\u00e9fenseurs chez quelques grands couturiers (dont Saint-Laurent)\u00a0: \u00ab\u00a0Le jean\u00a0! Le jean est le destructeur. C\u2019est un dictateur\u00a0! C\u2019est d\u00e9truire la cr\u00e9ativit\u00e9\u00a0! Le jean doit \u00eatre arr\u00eat\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Personnellement, il affiche la sobri\u00e9t\u00e9 la plus classique\u00a0: \u00ab\u00a0Je peux aller partout dans le monde avec seulement trois tenues\u00a0: un blazer bleu et un pantalon de flanelle gris, un costume de flanelle gris et une cravate noire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je vois une tr\u00e8s belle bo\u00eete de sardines, j\u2019ai envie de lui donner mon nom\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), cit\u00e9 par St\u00e9phane Marchand, <em>Les Guerres du luxe<\/em> (2001), \u00ab\u00a0Pierre Cardin dans l\u2019enfer des licences\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre id\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u2026 et d\u00e9finition la plus originale de la licence. Son mod\u00e8le, pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, est devenu un cas d\u2019\u00e9cole, \u00e9tudi\u00e9 dans le marketing sous le n\u00e9ologisme de \u00ab\u00a0cardinisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1960, Cardin est l\u2019un des premiers dans le secteur tr\u00e8s \u00e9litiste de mode \u00e0 se lancer sur le cr\u00e9neau des licences \u2013 le droit donn\u00e9 par une marque, \u00e0 un fabricant ou un distributeur, d\u2019apposer son nom sur un produit, en \u00e9change de \u00ab\u00a0royalties\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le couturier-homme d\u2019affaires commence par les cravates et va b\u00e2tir au fil des ans un empire qui d\u00e9cline son nom \u00e0 l\u2019infini\u00a0: chemises, draps, eau min\u00e9rale, n\u00e9cessaire \u00e0 couture, lieux culturels, design, en passant par les d\u00e9riv\u00e9s du restaurant Maxim\u2019s dont il \u00e9tait propri\u00e9taire. Cardin s\u2019en vante\u00a0: \u00ab\u00a0Je me lave avec mon propre savon qui porte mon propre parfum\u2026 je me suis couch\u00e9 sur mes propres draps\u2026 j\u2019ai mes propres produits alimentaires. Je vis sur moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s difficile d\u2019avoir un nom dans la mode. Alors quand on en a un, il faut en profiter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), r\u00e9sumait en mai 2019 le c\u00e9l\u00e8bre couturier dans un entretien \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">AFP<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation souvent simplifi\u00e9e\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019ai un nom, je dois en profiter.\u00a0\u00bb Il en a donc profit\u00e9 \u00e0 l\u2019infini et s\u2019est enrichi gr\u00e2ce \u00e0 ce syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Pouss\u00e9 au maximum, il lui permet d\u2019adapter son concept au march\u00e9, le pla\u00e7ant premier au monde en nombre de licences et en volume de ventes. Selon lui, il existera plus de 700 licences \u00e0 son nom, du textile aux arts de la table, en passant par l\u2019eau min\u00e9rale, les po\u00eales \u00e0 frire, les v\u00e9los, les sacs en plastique, les briquets ou les tringles \u00e0 rideaux.<\/p>\n<p>Devant cette diversification tous azimuts de produits d\u00e9riv\u00e9s sans notion de qualit\u00e9, nombre de ses pairs lui tournent le dos, jugeant cela inconciliable avec l\u2019id\u00e9e de la couture ou du luxe. Nombre de marques issues de la mode ont sensiblement r\u00e9duit leurs licences ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, avec la reprise en main de Saint Laurent, Gucci ou Dior, pour maintenir un niveau de gamme \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ubiquit\u00e9 a tu\u00e9 la d\u00e9sirabilit\u00e9 de la marque. Avec cette d\u00e9multiplication \u00e0 l\u2019infini des licences, c\u2019est la valeur qualit\u00e9 qui en a souffert. On trouvait du Cardin dans n\u2019importe quel produit, n\u2019importe o\u00f9 dans le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Eric <span class=\"caps\">BRIONES<\/span>, cofondateur de l\u2019\u00e9cole de mode \u00ab\u00a0Paris School of Luxury\u00a0\u00bb, d\u00e9claration \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">AFP<\/span>, 30 d\u00e9cembre 2020, \u00e0 la mort de Pierre Cardin, \u00e2g\u00e9 de 98 ans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il d\u00e9nonce une \u00ab\u00a0dimension schizophr\u00e9nique\u00a0: autant Pierre Cardin le cr\u00e9ateur \u00e9tait avant-gardiste et moderniste, autant dans le monde des licences le style \u00e9tait bourgeois, rassurant, bien loin de ses exp\u00e9rimentations couture.\u00a0\u00bb Mais c\u2019est un choix personnel et Cardin \u00e9tait plus que jamais \u00ab\u00a0cardiniste\u00a0\u00bb et fier de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis \u00e9tendu sur tous les domaines et mon nom a inond\u00e9 le monde entier, gr\u00e2ce \u00e0 mes licences qui assurent une vraie solidit\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), cit\u00e9 dans <em>Ouest-France<\/em> le 29 d\u00e9cembre 2020, au lendemain de la mort du couturier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9curseur de la mondialisation, il a mis\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t sur l\u2019Asie pour y d\u00e9velopper ses licences\u00a0: il a mis le pied en Chine d\u00e8s 1978, devenant un des premiers investisseurs \u00e9trangers \u00e0 s\u2019implanter sur ce march\u00e9 et aussi le premier couturier occidental \u00e0 d\u00e9filer \u00e0 P\u00e9kin en 1979.<\/p>\n<p>\u00c0 son apog\u00e9e, ce syst\u00e8me commercial repr\u00e9sente du travail pour 200 000 personnes et un chiffre d\u2019affaires de dix milliards de francs (environ 1,5 milliard d\u2019euros), permettant \u00e0 Pierre Cardin de multiplier ses acquisitions vari\u00e9es. Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de devenir acad\u00e9micien\u2026 et d\u2019en \u00eatre \u00e9galement fier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon entr\u00e9e parmi les Immortels a \u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s important car il n\u2019y avait jamais eu d\u2019acad\u00e9micien couturier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), <em>La Montagne<\/em>, 15 mars 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1992, c\u2019est le premier couturier \u00e0 \u00eatre \u00e9lu membre de l\u2019Acad\u00e9mie des beaux-arts \u2013 l\u2019une des cinq acad\u00e9mies qui forment l\u2019Institut de France par ailleurs constitu\u00e9 de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences, l\u2019Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles-Lettres et l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences morales et politiques. Il dessine lui-m\u00eame son \u00e9p\u00e9e d\u2019acad\u00e9micien. On n\u2019est jamais mieux d\u00e9cor\u00e9 que par soi-m\u00eame, quand on s\u2019appelle Pierre Cardin.<\/p>\n<p>Autre sujet de fiert\u00e9 souvent revendiqu\u00e9e\u2026 avec la m\u00eame obsession du nom.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis le seul nom libre de la mode. Depuis les ann\u00e9es 1950, je suis rest\u00e9 Pierre Cardin de A \u00e0 Z. Tous les autres sont morts ou alors pass\u00e9s dans d\u2019autres mains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), \u00ab\u00a0Pierre Cardin, soixante ans de cr\u00e9ations\u00a0\u00bb, Fabienne Reybaud, 28 d\u00e9cembre 2006, <em>Madame Figaro<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019exposition de mes cr\u00e9ations dans les mus\u00e9es est la reconnaissance de mon travail, et aussi cela a montr\u00e9 le comment et le pourquoi derri\u00e8re le fait de \u00ab\u00a0devenir Pierre Cardin. Ce n\u2019est pas un hasard, vous savez. C\u2019est un travail sans fin, des responsabilit\u00e9s stressantes et une forte personnalit\u00e9. Il faut se cr\u00e9er une identit\u00e9 personnelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette obsession du travail est r\u00e9currente, cela fait aussi partie de sa fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre lui, Pierre Cardin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je fais des croquis chaque matin. Non seulement je dessine, mais je vais aussi aux ateliers de couture. C\u2019est une r\u00e8gle, comme celle d\u2019un danseur qui fait des exercices de barre pour bien danser. Pour moi, c\u2019est un besoin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), Interview de Pierre Cardin, <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>cho r\u00e9publicain<\/em>, 15 mars 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame entretien, le nonag\u00e9naire explique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai trouv\u00e9 mon bonheur dans le travail. J\u2019ai la haute couture, des th\u00e9\u00e2tres, des restaurants, des salles de spectacles, des maisons, des h\u00f4tels, des palais, des bateaux, etc. J\u2019ai tout fait et je suis all\u00e9 partout.\u00a0\u00bb Mention particuli\u00e8re pour le th\u00e9\u00e2tre\u2026 ses th\u00e9\u00e2tres. Autrement dit, son m\u00e9c\u00e9nat.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, il a cr\u00e9\u00e9 en 1971 \u00ab\u00a0L\u2019Espace Cardin\u00a0\u00bb,\u00a0 ex-th\u00e9\u00e2tre des Ambassadeurs, situ\u00e9 dans les jardins des Champs-\u00c9lys\u00e9es, produisant des pi\u00e8ces avant-gardistes avec des distributions parfois prestigieuses, dans une salle \u00ab\u00a0design\u00e9e\u00a0\u00bb selon ses go\u00fbts, mais dont les fauteuils originaux se r\u00e9v\u00e9laient fort inconfortables.<\/p>\n<p>Projet pharaonique, il s\u2019attelle \u00e0 la r\u00e9habilitation du ch\u00e2teau du marquis de Sade, \u00e0 Lacoste, au c\u0153ur du Luberon (Vaucluse). Il organise un festival annuel et veut faire du village un \u00ab\u00a0Saint-Tropez local de la culture\u00a0\u00bb. Il ach\u00e8te une quarantaine de maisons, une dizaine de boutiques et quarante hectares de terre qu\u2019il laisse inexploit\u00e9es. Il transforme ce village en un village-mus\u00e9e qui reprend vie chaque \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour moi, mes salari\u00e9s sont ma vraie famille. Rassurez-vous, j\u2019ai r\u00e9gl\u00e9 ma succession.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CARDIN<\/span> (1922-2020), Interview de Pierre Cardin, <em><span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>cho r\u00e9publicain<\/em>, 15 mars 2015<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a tout r\u00e9gl\u00e9, avec un regret souvent avou\u00e9, paradoxal chez cet homosexuel d\u00e9clar\u00e9, entour\u00e9 d\u2019homosexuels \u00e0 sa d\u00e9votion\u00a0: ne pas avoir eu d\u2019enfant(s) avec la com\u00e9dienne Jeanne Moreau qui fut quatre ans sa compagne. Et comme il l\u2019a souvent dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tant que j\u2019aurai la sant\u00e9, je cr\u00e9erai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Trois ans apr\u00e8s sa mort, la succession de Pierre Cardin \u2013 autant dire l\u2019empire \u00e0 son nom \u2013 provoque une bataille judiciaire entre ses descendants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Maria Callas\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/maria_callas.jpg\" alt=\"Maria Callas\" width=\"600\" height=\"400\"><\/p>\n<h4>Maria Callas (1923-1977), grecque n\u00e9e \u00e0 New York et morte \u00e0 Paris, la \u00ab\u00a0Voix du si\u00e8cle\u00a0\u00bb, la <em>Diva assoluta<\/em> a r\u00e9volutionn\u00e9 l\u2019op\u00e9ra par son jeu dramatique et d\u00e9cha\u00een\u00e9 les passions dans le monde.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais \u00eatre Maria, mais il y a La Callas qui exige que je me porte avec sa dignit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977), citation non sourc\u00e9e, sans doute apocryphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot r\u00e9sume le drame de toutes les stars, mais avec ce personnage hors norme au destin exceptionnel, cela prendra des allures de trag\u00e9die grecque.<\/p>\n<p>Cantatrice d\u2019origine grecque, Sophia Cecelia Kaloyeropoulos, dite Maria Callas, surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la Bible de l\u2019op\u00e9ra\u00a0\u00bb par Leonard Bernstein (compositeur de <em>West Side Story<\/em> et chef d\u2019orchestre \u00e9clectique) a boulevers\u00e9 en vingt ans de carri\u00e8re l\u2019art lyrique du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: par sa voix unique en son genre, v\u00e9ritable signature vocale, et par son jeu, sa pr\u00e9sence sc\u00e9nique dont il reste malheureusement peu d\u2019enregistrements visibles.<\/p>\n<p>Elle garde un souvenir douloureux de son enfance modeste \u00e0 New York, dans une cit\u00e9 durablement affect\u00e9e par la grande crise de 1929. Sa m\u00e8re a vite compris son don inn\u00e9 pour le chant et s\u2019improvise impresario \u2013 c\u2019est l\u2019\u00e9poque des enfants stars, Shirley Temple, Judy Garland\u2026 Elle lui fait r\u00e9p\u00e9ter inlassablement ses chansons et la pousse \u00e0 se produire, gamine pomponn\u00e9e, v\u00eatue de robes \u00e0 volants et suppos\u00e9e \u00eatre une enfant prodige\u2026 Maria restera marqu\u00e9e \u00e0 vie par cette enfance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma s\u0153ur \u00e9tait mince, belle et attirante si bien que ma m\u00e8re l\u2019a toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 moi. J\u2019\u00e9tais un vilain petit canard, grosse, maladroite et mal-aim\u00e9e. Il est cruel pour un enfant de ressentir qu\u2019il est laid et non d\u00e9sir\u00e9\u2026 Pendant toutes les ann\u00e9es o\u00f9 j\u2019aurais d\u00fb jouer et grandir, je chantais ou gagnais de l\u2019argent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977), \u00ab\u00a0The Prima Donna\u00a0\u00bb in <em>Time Magazine<\/em>, 29 octobre 1956<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Petite fille ronde et tr\u00e8s myope, elle se persuade que sa m\u00e8re pr\u00e9f\u00e8re sa grande s\u0153ur, Jackie. \u00c0 tort et\/ou \u00e0 raison, elle \u00e9prouve une haine qui ne fera que cro\u00eetre, publiquement d\u00e9nonc\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne lui pardonnerai jamais de m\u2019avoir vol\u00e9 mon enfance. J\u2019avais toutes les bont\u00e9s pour elle et tout ce qu\u2019elle me rendait \u00e9tait du mal\u2026\u00a0\u00bb Mais le chant va faire miracle, quand ses parents divorcent. D\u2019o\u00f9 le retour en Gr\u00e8ce de sa m\u00e8re avec ses deux filles et l\u2019entr\u00e9e au Conservatoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand je chantais, je sentais que j\u2019\u00e9tais vraiment aim\u00e9e. Alors chanter est progressivement devenu le rem\u00e8de \u00e0 mon complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977), \u00ab\u00a0The Prima Donna\u00a0\u00bb in <em>Time Magazine<\/em>, 29 octobre 1956<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c2g\u00e9e de 13 ans, trop jeune pour aborder le r\u00e9pertoire lyrique, elle travaille quand m\u00eame en cours priv\u00e9s pendant deux ans avec Maria Trivella, son premier professeur qui dirige le nouveau Conservatoire national \u00e0 Ath\u00e8nes et d\u00e9couvre cette chanteuse d\u00e9j\u00e0 unique en son genre\u00a0: \u00ab\u00a0Fanatique, exigeante avec elle-m\u00eame, d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 ses \u00e9tudes corps et \u00e2me. Ses progr\u00e8s \u00e9taient ph\u00e9nom\u00e9naux. Elle travaillait cinq \u00e0 six heures par jour\u2026 En six mois, elle \u00e9tait capable de chanter les arias les plus difficiles du r\u00e9pertoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Maria int\u00e8gre enfin le Conservatoire dans la classe de la maestria Elvira de Hidalgo, s\u00e9duite \u00e0 son tour par ce ph\u00e9nom\u00e8ne vocal et sa capacit\u00e9 \u00e0 apprendre. Elle peut d\u00e9sormais chanter \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra d\u2019Ath\u00e8nes\u00a0: des seconds r\u00f4les qui lui permettent de subvenir aux besoins de sa famille pendant la guerre, la Gr\u00e8ce \u00e9tant occup\u00e9e \u00e0 la fois par les Italiens et les Allemands.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la lib\u00e9ration, elle donne des r\u00e9citals dans tout le pays, mais sa m\u00e8re est soup\u00e7onn\u00e9e de collaboration avec l\u2019occupant, elle-m\u00eame \u00e9tant accus\u00e9e d\u2019avoir trop chant\u00e9 pour l\u2019ennemi et plus encore\u2026 Elle rompt avec sa m\u00e8re, repart \u00e0 New-York pour retrouver son p\u00e8re, tente sa chance aupr\u00e8s de la direction du <span class=\"caps\">MET<\/span> (<em>Metropolitan Opera<\/em>, la plus grande salle au monde), rencontre des producteurs de spectacles \u00e0 fuir\u2026 Elle fuit et part en Italie, pays du bel canto.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle \u00e9tait si \u00e9tonnante, si imposante physiquement et moralement, si certaine de son avenir. Je savais que cette fille, dans un th\u00e9\u00e2tre en plein air comme V\u00e9rone, avec sa voix puissante et son courage, ferait un effet d\u00e9mentiel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Tullio <span class=\"caps\">SERAFIN<\/span> (1878-1968), <em>Callas\u00a0: The Art and the Life<\/em> (1974), John Ardoin, Gerald Fitzgerald<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en Italie, \u00e0 V\u00e9rone en 1947, que la jeune chanteuse va d\u00e9crocher son premier r\u00f4le-titre,<em> La Gioconda<\/em>, op\u00e9ra de\u00a0Ponchielli. \u00c0 peine l\u2019a-t-il vue et entendue, le grand chef d\u2019orchestre italien l\u2019engage aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>Interview\u00e9e en 1968, Callas reconnaitra que son travail sous la direction de Serafin fut la chance de sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019a enseign\u00e9 qu\u2019il doit y avoir une formulation\u00a0; qu\u2019il doit y avoir une justification. Il m\u2019a enseign\u00e9 le sens profond de la musique, la justification de la musique. J\u2019ai r\u00e9ellement, v\u00e9ritablement absorb\u00e9 tout ce que je pouvais de cet homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Autre chance, sa rencontre \u00e0 V\u00e9rone avec le premier homme de sa vie, son \u00ab\u00a0Tita\u00a0\u00bb dont elle dira toujours l\u2019extr\u00eame g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Giovanni Battista Meneghini, de vingt-huit ans son a\u00een\u00e9, riche industriel et amateur d\u2019op\u00e9ra, prend sa carri\u00e8re en main. Elle l\u2019\u00e9pouse le 21 avril 1949 \u00e0 V\u00e9rone et s\u2019appellera d\u00e9sormais Maria Meneghini Callas, jusqu\u2019\u00e0 leur divorce en 1959 \u2013 elle vit alors avec le second homme de sa vie, le grec Onassis.<\/p>\n<p>Meneghini, son mentor, son p\u00e8re de substitution et son impresario, g\u00e8re sa carri\u00e8re lyrique en homme d\u2019affaires et son apparence physique en homme de go\u00fbt. La Diva n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 chanter\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019importe quelle cantatrice aurait cr\u00e9\u00e9 la surprise en interpr\u00e9tant un r\u00f4le aussi diff\u00e9rent vocalement que la Brunehilde de Wagner et l\u2019Elvira de Bellini dans une m\u00eame carri\u00e8re mais essayer (et r\u00e9ussir) de faire les deux dans la m\u00eame saison ressemble fort \u00e0 la \u2018folie des grandeurs\u2019.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">GLOTZ<\/span> (1931-2010), cit\u00e9 par Alain Lompech, \u00ab\u00a0Michel Glotz, agent artistique\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>,\u200e 19 f\u00e9vrier 2010<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Janvier 1949. Nouvelle chance offerte par Serafin \u00e0 Maria Callas. Elle chante La Walkyrie de Wagner \u00e0 la Fenice de Venise, quand Margherita Carosio, interpr\u00e8te d\u2019Elvira, r\u00f4le principal des Puritains de Bellini, tombe malade.<\/p>\n<p>Incapable de trouver une rempla\u00e7ante, Serafin convoque Maria et lui donne six jours pour apprendre le r\u00f4le. Elle alterne ainsi dans le m\u00eame mois l\u2019un des r\u00f4les les plus lourds du r\u00e9pertoire wagn\u00e9rien et l\u2019un des plus brillants du bel canto italien, soumettant sa voix \u00e0 d\u2019\u00e9normes tensions, apparemment sans efforts.<\/p>\n<p>Critiques dithyrambiques\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame le plus sceptique doit reconna\u00eetre que Maria Callas a accompli un miracle [\u2026] Souplesse de sa magnifique voix parfaitement \u00e9quilibr\u00e9e et ses splendides notes haut perch\u00e9es [\u2026] Interpr\u00e9tation d\u2019une humanit\u00e9, d\u2019une chaleur et d\u2019expression qu\u2019on chercherait vainement dans la froide expression d\u2019autres Elvira.\u00a0\u00bb Michel Glotz confirme\u00a0: \u00ab\u00a0De tous les nombreux r\u00f4les que Callas a chant\u00e9s, il est indubitable qu\u2019aucun n\u2019est plus brillant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette incursion dans le \u00ab\u00a0bel canto romantique\u00a0\u00bb infl\u00e9chit la carri\u00e8re de Callas qui va bient\u00f4t encha\u00eener tous les grands r\u00f4les du r\u00e9pertoire\u00a0: <em>Lucia di Lammermoor, La Traviata, La Sonnambula<\/em>. Elle fait une tourn\u00e9e triomphale en Am\u00e9rique du Sud, Buenos Aires en 1949, Mexico en 1950\/51\/52 \u2013 o\u00f9 elle fait venir sa m\u00e8re qui tente de s\u2019approprier sa gloire. Maria rompt d\u00e9finitivement avec elle, mais l\u2019histoire de cette haine n\u2019en finira jamais.<\/p>\n<p>La cantatrice \u00e9veille un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour des op\u00e9ras longtemps n\u00e9glig\u00e9s de Bellini (<em>Norma<\/em>), Rossini (<em>Semiramide, la Cenerentola<\/em>), Donizetti\u00a0: en 1957, elle chante \u00e0 la Scala le r\u00f4le-titre d\u2019<em>Anna Bolena<\/em>. Triomphe sans pr\u00e9c\u00e9dent et v\u00e9ritable renaissance pour ce compositeur.<\/p>\n<p>Ainsi peut-elle \u00ab\u00a0tout chanter, tout jouer\u00a0\u00bb. Comme un coureur s\u2019alignant sur le 100m, le 400m et le marathon. C\u2019est le m\u00eame exploit physique inimaginable. La Callas donne une explication toute simple de son jeu \u2013 la voix suivant ensuite la musique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019un chanteur a besoin de trouver l\u2019expression gestuelle qui convient, lorsqu\u2019il cherche comment il doit se comporter sur sc\u00e8ne, tout ce qu\u2019il doit faire est d\u2019\u00e9couter la musique. Le compositeur y a d\u00e9j\u00e0 pourvu. Lorsque vous avez pris la peine d\u2019\u00e9couter avec votre \u00e2me et vos oreilles \u2014 je dis \u2018\u2018\u00e2me\u2019\u2019 et \u2018\u2018oreilles\u2019\u2019, le c\u00e9r\u00e9bral aussi doit fonctionner, mais pas trop \u2014 vous y trouverez la gestuelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977), Entretien avec James Fleetwood, les 13 et 27 mars 1958 \u00e0 New York,<em> The Callas \u00c9dition<\/em>, 1998<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa voix lyrique et son jeu dramatique \u2013 en cela, elle est unique. D\u2019o\u00f9 cette carri\u00e8re unique en son genre. En une d\u00e9cennie magnifique, Maria Callas conquiert le monde de l\u2019op\u00e9ra et s\u2019impose dans les plus grandes salles, \u00e0 commencer par la Scala de Milan, temple du bel canto.<\/p>\n<p>Elle y chante pour remplacer au pied lev\u00e9 (une fois encore) la soprano Renata Tebaldi dans le r\u00f4le-titre d\u2019<em>Aida<\/em> de Verdi, en 1950. Le public manque d\u2019enthousiasme, les critiques sont mauvaises, sa voix est jug\u00e9e in\u00e9gale, forc\u00e9e. L\u2019ann\u00e9e suivante, elle fait ses d\u00e9buts officiels en ouvrant la saison, le 5 d\u00e9cembre 1951. C\u2019est un triomphe. Jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, la Diva r\u00e8gne sur la Scala. L\u2019illustre maison monte de nouvelles productions sp\u00e9cialement pour la cantatrice avec des r\u00e9alisateurs ou des personnalit\u00e9s prestigieuses du monde de la musique\u00a0: Herbert von Karajan, Carlo Maria Giulini, Luchino Visconti, Franco Zeffirelli entre autres. Remarquons au passage la pseudo-rivalit\u00e9 entre Callas et Tebaldi. Elles \u00e9taient amies et la Tebaldi a reconnu sa sup\u00e9riorit\u00e9. Mais chacune avait ses fans et la musicalit\u00e9 parfaite de la diva italienne reste sans \u00e9gale.<\/p>\n<p>En 1952, Callas chante <em>Norma<\/em> au Royal Opera House de Londres (<em>Covent Garden<\/em>). C\u2019est le d\u00e9but d\u2019\u00ab\u00a0une longue histoire d\u2019amour\u00a0\u00bb. Elle revient r\u00e9guli\u00e8rement devant \u00ab\u00a0son parterre\u00a0\u00bb et elle y fera ses adieux \u00e0 la sc\u00e8ne le 5 juillet 1965 dans la Tosca, mise en sc\u00e8ne par Zeffirelli, avec son vieil ami Tito Gobbi dans le r\u00f4le du terrible Scarpia.<\/p>\n<p>Elle fait naturellement la conqu\u00eate des Am\u00e9riques, mais plus tardivement du <span class=\"caps\">MET<\/span> de New York pour des raisons extra-artistiques. M\u00eame remarque pour l\u2019Op\u00e9ra Garnier de Paris \u2013 o\u00f9 elle vit \u00e0 partir de 1961. Elle y chante pour la premi\u00e8re fois en 1964, le 22 mai, dans <em>Norma<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas un ange et ne pr\u00e9tends pas l\u2019\u00eatre. Ce n\u2019est pas l\u2019un de mes r\u00f4les. Mais je ne suis pas non plus un d\u00e9mon. Je suis une femme et une artiste s\u00e9rieuse et j\u2019aimerais tellement \u00eatre jug\u00e9e pour \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977), <em>Lettres <span class=\"amp\">&amp;<\/span> M\u00e9moires,<\/em> Textes \u00e9tablis et traduits par Tom Wolf (2019)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son caract\u00e8re, ses caprices et ses scandales sont presque aussi c\u00e9l\u00e8bres que ses prouesses vocales \u2013 cela fait vendre \u00ab\u00a0du papier\u00a0\u00bb et des places. Dans cette histoire aux multiples rebondissements, impossible de d\u00e9m\u00ealer le vrai du faux, et surtout de faire la part chez Callas d\u2019une exigence professionnelle \u00e0 la d\u00e9mesure de son g\u00e9nie propre\u00a0: \u00ab\u00a0Un op\u00e9ra commence bien avant que le rideau ne se l\u00e8ve et se termine longtemps apr\u00e8s sa chute. \u00c7a commence dans mon imagination, \u00e7a devient ma vie et \u00e7a reste une partie de ma vie bien apr\u00e8s mon d\u00e9part de l\u2019op\u00e9ra.\u00a0\u00bb L\u2019investissement humain est total. \u00ab\u00a0Je me pr\u00e9pare pour les r\u00e9p\u00e9titions comme je le ferais pour le mariage.\u00a0\u00bb Elle dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque le rideau se l\u00e8ve, la seule chose qui parle est le courage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Autre d\u00e9bat qui ne cessera d\u2019agiter le monde de l\u2019op\u00e9ra\u00a0et dont elle est naturellement consciente\u00a0: sa voix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certains disent que j\u2019ai une voix magnifique, d\u2019autres disent le contraire. C\u2019est une question d\u2019opinion. Tout ce que je peux dire est que ceux qui ne l\u2019aiment pas n\u2019ont qu\u2019\u00e0 ne pas m\u2019\u00e9couter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977), Interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e accord\u00e9e \u00e0 Norman Ross, Chicago, 1957<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On ne saurait \u00eatre plus franche. Mais il faut citer l\u00e0 encore les avis des professionnels qui ont travaill\u00e9 avec la Callas pour mieux comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Elle se consid\u00e9rait avant tout comme \u00ab\u00a0le premier instrument de l\u2019orchestre\u00a0\u00bb. Le chef Victor de Sabata confie au critique Walter Legge\u00a0: \u00ab\u00a0Si le public pouvait comprendre comme nous le faisons nous-m\u00eames, combien le chant de Callas est absolu et profond, il serait stup\u00e9fait. Callas poss\u00e8de un sens inn\u00e9 de l\u2019architecture et des contours de la musique ainsi qu\u2019un myst\u00e9rieux sens du rythme qu\u2019un de ses coll\u00e8gues d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0un sens du rythme dans le rythme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa voix est un instrument extr\u00eamement sp\u00e9cial. Il arrive que la premi\u00e8re fois o\u00f9 vous \u00e9coutez le son d\u2019un instrument \u00e0 cordes \u2013 violon, viole, violoncelle \u2013 votre premi\u00e8re sensation soit quelque peu \u00e9trange. Au bout de quelques minutes, lorsque vous vous y \u00eates habitu\u00e9, le son acquiert des qualit\u00e9s magiques. J\u2019ai d\u00e9fini Callas.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo Maria <span class=\"caps\">GIULINI<\/span> (1914-2005), <em>Callas\u00a0: A Documentary\u00a0<\/em>(documentaire <span class=\"caps\">TV<\/span> de 1978), John Ardoin, Franco Zeffirelli<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chef d\u2019orchestre attitr\u00e9 de la Scala (entre autres sc\u00e8nes lyriques et festivals illustres), il dirigea en 1955 la s\u00e9rie de repr\u00e9sentations de <em>La Traviata<\/em> de Verdi, mise en sc\u00e8ne de Luchino Visconti, production devenue mythique avec une Callas longiligne, \u00e9blouissante de beaut\u00e9, au summum de son art \u2013 il est impensable qu\u2019un tournage n\u2019en garde pas la trace, outre l\u2019enregistrement\u2026 et les photos.<\/p>\n<p>Au plan strictement vocal, la Diva est la r\u00e9incarnation de la \u00ab\u00a0soprano sfogato\u00a0\u00bb (soprano \u00ab\u00a0sans limites\u00a0\u00bb) du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, telles que l\u2019\u00e9taient Maria Malibran et Giuditta Pasta. En fait, une mezzo-soprano dont le registre a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu par le travail et la volont\u00e9. Au final, une voix \u00e0 laquelle il manque homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et r\u00e9gularit\u00e9 si pr\u00e9cieuses dans le chant. Maria Callas en \u00e9tait consciente, mais elle avait un autre atout magique pour pallier ses imperfections.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En \u00e9change du manque de beaut\u00e9 \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, Callas \u00e9tait capable de moduler le timbre et la couleur de sa voix pour la rendre plus proche du personnage qu\u2019elle interpr\u00e9tait. Elle donnait \u00e0 chacun sa propre individualit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">John <span class=\"caps\">ARDOIN<\/span> (1935-2001),\u00a0<em>The Callas Legacy<\/em> (1991)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un critique musical am\u00e9ricain en relation avec le <span class=\"caps\">MET<\/span> qui n\u2019a jamais \u00ab\u00a0fait de cadeau\u00a0\u00bb \u00e0 la Diva, mais le public l\u2019a ovationn\u00e9e le temps venu dans ses grands r\u00f4les comme <em>Tosca et Norma.<\/em><\/p>\n<p>Au final, ce qui fait d\u2019elle un ph\u00e9nom\u00e8ne, une Diva de l\u2019op\u00e9ra, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 tout chanter. Elle sait user de la puissance dramatique de ses sons graves comme de l\u2019\u00e9clat de ses notes aigu\u00ebs. Un registre \u00e9tendu de pr\u00e8s de trois octaves (de Lakm\u00e9 \u00e0 Carmen), alli\u00e9 \u00e0 sa grande virtuosit\u00e9, avec un phras\u00e9 unique et son talent de trag\u00e9dienne lui permettant d\u2019incarner ses personnages avec la plus grande intensit\u00e9 dramatique (Lucia, M\u00e9d\u00e9e, Norma, Tosca, Violetta).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai d\u2019abord perdu du poids, puis j\u2019ai perdu ma voix et maintenant j\u2019ai perdu Onassis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Maria <span class=\"caps\">CALLAS<\/span> (1923-1977),\u00a0 <em>Maria Callas, l\u2019ultime tourn\u00e9e<\/em> (2017), Robert Sutherland<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa voix\u00a0? Apr\u00e8s 1965, la Callas ne se produit plus \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Il y aura une derni\u00e8re tourn\u00e9e en 1973 avec son partenaire de longue date (et nouvel amant) Giuseppe di Stefano. Sa pr\u00e9sence sc\u00e9nique fascine toujours le public, mais sa voix n\u2019est plus au rendez-vous. Elle en est douloureusement consciente. Diverses raisons possibles, \u00e0 commencer par les efforts incessants demand\u00e9s \u00e0 ses cordes vocales. On a aussi parl\u00e9 de sa perte de poids \u2013 c\u2019est faux, elle a parfaitement chant\u00e9 pendant deux saisons avec sa nouvelle silhouette.<\/p>\n<p>Son poids\u00a0? Plus de 92 kg en 1952 et \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1954, trente kilos en moins gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9gime dont on a tout dit (jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ingestion volontaire d\u2019un t\u00e9nia\u00a0!) En tout cas, sa volont\u00e9 \u00e9tait quasiment sans limite. Elle est pass\u00e9e du statut de \u00ab\u00a0paysanne endimanch\u00e9e\u00a0\u00bb (selon sa couturi\u00e8re) au titre de \u00ab\u00a0femme la plus \u00e9l\u00e9gante du monde\u00a0\u00bb en 1957, d\u00e9sormais habill\u00e9e par les grands couturiers, passant \u00e0 la rubrique \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb apr\u00e8s sa rencontre avec l\u2019armateur grec milliardaire et s\u00e9ducteur.<\/p>\n<p>Aristote Onassis\u00a0? Premi\u00e8re rencontre le 3 septembre 1957 \u00e0 Venise, au bar de l\u2019h\u00f4tel Danieli. Il a 53 ans, un empire d\u2019armateur grec et une tr\u00e8s jeune \u00e9pouse, Tina. Maria a 33 ans, le monde \u00e0 ses pieds et un vieux manager de mari, Meneghini. Elle est subjugu\u00e9e par cette force de vie. Elle devient sa ma\u00eetresse dans la nuit du 6 au 7 ao\u00fbt 1959, \u00e0 bord de son yacht le Christina. Elle est pr\u00eate \u00e0 tout abandonner pour cette nouvelle passion. Mais lui \u00e9tait surtout attir\u00e9 par la Diva\u2026 En 1961, elle quitte Monte-Carlo pour s\u2019installer \u00e0 Paris, dans l\u2019appartement du 44 avenue Foch achet\u00e9 par Onassis. Elle passe son temps \u00e0 l\u2019attendre\u2026 C\u2019est une autre c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, Jackie Kennedy, la jolie veuve du pr\u00e9sident Kennedy, qu\u2019il va \u00e9pouser en 1968 apr\u00e8s avoir humili\u00e9 Maria de toutes les mani\u00e8res. Mais elle est presque seule au chevet du mourant, le 15 mars 1975 \u00e0 l\u2019H\u00f4pital am\u00e9ricain de Neuilly.<\/p>\n<p>La fin de sa vie parisienne (au 36 avenue Georges Mandel dans le 16e arrondissement) est solitaire et triste \u00e0 mourir. Elle \u00e9coute sa voix perdue sur ses vieux enregistrements, elle prom\u00e8ne ses caniches, elle re\u00e7oit de tr\u00e8s rares amis, elle fait une tentative de suicide aux somnif\u00e8res, elle use et abuse de m\u00e9dicaments et meurt (sans doute) d\u2019une embolie pulmonaire le 16 septembre 1977, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 53 ans.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. 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