{"id":1994,"date":"2025-05-26T00:00:00","date_gmt":"2025-05-25T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/19\/les-mysteres-de-lhistoire-de-malraux-aux-diamants-de-bokassa\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:56","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:56","slug":"les-mysteres-de-lhistoire-de-malraux-aux-diamants-de-bokassa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mysteres-de-lhistoire-de-malraux-aux-diamants-de-bokassa\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res de l\u2019histoire (de Malraux aux diamants de Bokassa)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a>\u00ab\u00a0J\u2019aime passionn\u00e9ment le myst\u00e8re, parce que j\u2019ai toujours l\u2019espoir de le d\u00e9brouiller.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867). <em>Le Spleen de Paris<\/em> (recueil posthume de po\u00e8mes en prose, 1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les myst\u00e8res ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique en leur temps, nourris par la rumeur \u2013 bien avant la presse, les r\u00e9seaux sociaux et toutes les \u00ab\u00a0autoroutes de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Petits et grands myst\u00e8res alternent, souvent associ\u00e9s \u00e0 des Affaires majuscules \u2013 des Templiers \u00e0 l\u2019Affaire Dreyfus. Tant de fois comment\u00e9es, souvent fascinantes, elles sont un vivant reflet de leur \u00e9poque, mais aussi de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me humaine\u00a0\u00bb qui ne varie gu\u00e8re.<\/p>\n<p>Certains myst\u00e8res sont aujourd\u2019hui r\u00e9solus \u2013 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de peste noire, le Collier de la Reine, l\u2019Affaire du Rainbow warrior. D\u2019autres demeurent \u2013 l\u2019assassinat d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, l\u2019\u00e9nigme du Masque de fer et l\u2019Affaire des poisons au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, l\u2019affaire du petit Gr\u00e9gory de nos jours.<\/p>\n<p>Quelques personnages restent \u00e0 jamais (et volontairement) myst\u00e9rieux \u2013 du roi Philippe le Bel \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand, en passant par le marquis de Sade\u2026 et de Gaulle\u00a0: \u00ab\u00a0La grandeur a besoin de myst\u00e8re. On admire mal ce qu\u2019on conna\u00eet bien.\u00a0\u00bb Quant \u00e0 Moli\u00e8re, objet des pires fake-news de son temps, sa vie comporte toujours certains myst\u00e8res.<\/p>\n<p>De nos jours, les \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb se multiplient, le journalisme d\u2019investigation devient un genre prosp\u00e8re et les proc\u00e8s font la une des m\u00e9dias. Faut-il y voir un progr\u00e8s dans la justice, la \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb et la d\u00e9mocratie, ou une d\u00e9rive soci\u00e9tale dangereuse\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>Malraux mythomane\u00a0? Ce n\u2019est m\u00eame plus un myst\u00e8re, mais cela reste une \u00e9tonnante affaire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grandes man\u0153uvres sanglantes du monde \u00e9taient commenc\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2684\" class=\"cit-num\">2684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9crivain aventurier s\u2019est engag\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des r\u00e9publicains qui combattent au cri de <em>\u00ab\u00a0Viva la muerte\u00a0\u00bb<\/em>, dans cette guerre civile qui va durer trois ans et servir de banc d\u2019essai aux arm\u00e9es fascistes et nazies. Contrairement \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui ont cru \u00e0 la paix du monde, Malraux, des <em>Conqu\u00e9rants<\/em> (1928) \u00e0 <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937) en passant par <em>La Condition humaine<\/em> (prix Goncourt 1933), se fait l\u2019\u00e9cho fid\u00e8le et pr\u00e9monitoire de ce temps d\u2019apocalypse. Lui-m\u00eame devient un h\u00e9ros r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019image des h\u00e9ros de ses livres, avec un tr\u00e8s grand talent, dans l\u2019aventure comme dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>C\u2019est la <span class=\"caps\">VO<\/span> \u2013 version officielle de la belle histoire de Malraux, telle que nous la relatons dans notre <em>Histoire en citations<\/em> \u00e9dit\u00e9e en 1990. Mais en 2001, sa biographie sign\u00e9e Olivier Todd propose une version bien diff\u00e9rente. On peut dire qu\u2019elle s\u2019impose, \u00e0 la relecture d\u2019Andr\u00e9 Malraux. En quelques citations, tout devient clair<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mystification est \u00e9minemment cr\u00e9atrice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976)<em>, La Voie royale<\/em>(1930)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un personnage parle du faux en bibliophilie, qu\u2019il pratiqua lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il est surtout connu pour le trafic d\u2019objets d\u2019art. \u00c0 22 ans, mari\u00e9 \u00e0 Clara, ayant besoin d\u2019argent, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s amateur d\u2019art, Malraux obtient une mission arch\u00e9ologique du minist\u00e8re des Colonies en septembre 1923, pr\u00e9tendant suivre des cours \u00e0 l\u2019\u00c9cole des langues orientales. Parti de Marseille pour Hano\u00ef, il s\u2019\u00e9tablit pr\u00e8s du complexe arch\u00e9ologique d\u2019Angkor, le 13 octobre 1923. Mi-d\u00e9cembre, apr\u00e8s rep\u00e9rage, Malraux et ses compagnons d\u00e9coupent \u00e0 la scie pr\u00e8s d\u2019une tonne de statuettes et de bas-reliefs arrach\u00e9s au temple de Banteay Srei, le plus extraordinaire des quelque 400 temples de la zone. Ils emballent le butin et l\u2019emportent, pour vendre \u00e0 un collectionneur.<\/p>\n<p>Le conservateur du Mus\u00e9e du Cambodge donne l\u2019alerte\u00a0: arr\u00eat\u00e9s \u00e0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Phnom-Penh le 23 d\u00e9cembre 1923,\u00a0 assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Manolis, ils ne peuvent plus payer la note au bout de quatre mois. Le 21 juillet 1924, Malraux est condamn\u00e9 \u00e0 trois ans de prison ferme.<\/p>\n<p>Clara, cens\u00e9e n\u2019avoir fait que suivre son mari, n\u2019est pas inculp\u00e9e. Elle repart pour Paris et mobilise les intellectuels de l\u2019\u00e9poque qui signent une p\u00e9tition r\u00e9clamant un statut privil\u00e9gi\u00e9 pour \u00ab\u00a0ceux qui contribuent \u00e0 augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays.\u00a0\u00bb \u00c9tonnante formule\u00a0! En appel le 28 octobre 1924, la peine de Malraux est r\u00e9duite \u00e0 un an et huit mois de prison avec sursis, sans interdiction de s\u00e9jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout aventurier est n\u00e9 d\u2019un mythomane.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>La Voie royale<\/em> (1930)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur parle ici en son propre nom. Autodidacte et tent\u00e9 par l\u2019aventure, rappelons que le jeune aventurier \u00e9tait d\u2019abord parti avec son \u00e9pouse Clara Malraux en Indochine \u2013 o\u00f9 il sera emprisonn\u00e9 en 1923-1924 pour vol et recel d\u2019antiquit\u00e9s sacr\u00e9es khm\u00e8res.<\/p>\n<p>De retour en France, il transpose cette aventure dans son deuxi\u00e8me roman,<em> La Voie royale<\/em> (1930). Un jeune arch\u00e9ologue breton et un vieux Danois qui a plus d\u2019exp\u00e9rience vont voler des bas-reliefs et veulent retrouver l\u2019aventurier Grabot qui a disparu. Mais abandonn\u00e9s par leur guide, les deux aventuriers doivent survivre dans un environnement hostile (marais, emb\u00fbches, insectes g\u00e9ants\u2026). Le d\u00e9fi n\u2019est pas seulement la survie dans la jungle dangereuse. C\u2019est aussi une r\u00e9flexion m\u00e9taphysique concernant l\u2019homme et sa destin\u00e9e\u2026 Spiritualit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 intense, chez l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Malraux devient c\u00e9l\u00e8bre avec <em>La Condition humaine<\/em> (1933), roman d\u2019aventures et d\u2019engagement qui s\u2019inspire des soubresauts r\u00e9volutionnaires de la Chine et obtient le prix Goncourt. Son tout premier roman,<em> Les Conqu\u00e9rants<\/em> (1928) mettait aussi en sc\u00e8ne des h\u00e9ros r\u00e9volutionnaires en Chine, luttant contre la pr\u00e9sence europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Militant antifasciste, il relate ensuite le d\u00e9but de la guerre d\u2019Espagne \u2013 du putsch militaire franquiste en juillet 1936 \u00e0 la bataille de Guadalajara en mars 1937, o\u00f9 les r\u00e9publicains ont \u00e9t\u00e9 victorieux. Il en tire son quatri\u00e8me roman, <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>spoir<\/em> (d\u00e9cembre 1937), dont il tournera une adaptation film\u00e9e en 1938.<\/p>\n<p>Comme on le voit, Malraux s\u2019est passionn\u00e9ment voulu et r\u00eav\u00e9 aventurier en son temps, arch\u00e9type du h\u00e9ros parfait, pr\u00eat \u00e0 entrer au Panth\u00e9on et \u00e0 rester dans l\u2019Histoire avec de Gaulle \u2013 rencontre du destin, dans sa vie \u00ab\u00a0\u00e0 suivre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je fabule, mais le monde commence \u00e0 ressembler \u00e0 mes fables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot lui est attribu\u00e9 pendant la Seconde Guerre mondiale o\u00f9 il s\u2019est pos\u00e9 en r\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure, alors que la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Mais\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait ni vrai ni faux, c\u2019\u00e9tait v\u00e9cu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>La Condition humaine<\/em> (1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle serait la cl\u00e9 du personnage Malraux, selon son biographe Olivier Todd (1929-2024).<\/p>\n<p>Dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9rieures d\u2019anglais (Sorbonne), licenci\u00e9 et master of Arts en philosophie (Cambridge), professeur au Lyc\u00e9e International de <span class=\"caps\">SHAPE<\/span> (St Germain en Laye), assistant \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure de Saint-Cloud, il fut aussi grand reporter \u00e0 <em>France-Observateur<\/em>, r\u00e9dacteur en chef adjoint au<em> Nouvel Observateur<\/em> de 1970 \u00e0 1977, \u00e9ditorialiste puis r\u00e9dacteur en chef, adjoint au directeur de <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>xpress<\/em> de 1977 \u00e0 1981. Et biographe d\u2019un Malraux qu\u2019il admire, qu\u2019il a beaucoup lu et bien connu, en vertu de quoi il retouche l\u2019image l\u00e9gendaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour moi, Andr\u00e9 Malraux a eu deux tr\u00e8s beaux romans\u00a0: \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>spoir\u00a0\u00bb, et sa propre vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">TODD<\/span> (1929-2024) France-Culture, 4 octobre 2014<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On peut m\u00eame parler de r\u00e9sistance mensong\u00e8re. La mythomanie existe. Malraux de son vivant disait volontiers\u00a0: \u2018 On raconte que je fabule. Mais il se trouve que mes fables viennent petit \u00e0 petit \u00e0 co\u00efncider avec la r\u00e9alit\u00e9.\u2019\u00a0La r\u00e9sistance de Malraux est le c\u0153ur de sa mythomanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Malraux a refus\u00e9 pendant des ann\u00e9es de participer \u00e0 la r\u00e9sistance en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Vous n\u2019avez pas d\u2019armes et vous n\u2019avez pas de chars.\u00a0\u00bb Il est arriv\u00e9 en soi-disant r\u00e9sistance en d\u00e9cembre 1942 \u00e0 Saint-Chamant (en Auvergne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il s\u2019y est install\u00e9 et a v\u00e9cu une vie tout \u00e0 fait normale. Le courrier arrivait \u00e0 son nom, les cartes d\u2019alimentation \u00e9taient \u00e0 son nom. Il se comportait comme un citoyen fran\u00e7ais de Vichy. Il \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 \u00e9crire les 2 600 pages de son ouvrage sur Lawrence d\u2019Arabie. \u00c0 chacun son occupation. Sartre n\u2019\u00e9tait pas dans un char pour prendre la place de la Concorde\u00a0; Malraux n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 Saint-Chamant pour faire de la r\u00e9sistance\u2026<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Il allait sans arr\u00eat \u00e0 Paris, il y voyait beaucoup de gens\u2026 il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 une fois se r\u00e9fugier chez Drieu [La Rochelle]. Comment la Gestapo aurait-elle pu aller le chercher chez Drieu\u00a0? Rentr\u00e9 \u00e0 Saint-Chamant, il parle des contacts qu\u2019il a eus avec la R\u00e9sistance. Aucun n\u2019est av\u00e9r\u00e9. Le dernier membre du Conseil National de la R\u00e9sistance que j\u2019ai rencontr\u00e9, c\u2019\u00e9tait Bourdais. Quand je lui ai demand\u00e9 s\u2019il \u00e9tait exact que Malraux avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par le <span class=\"caps\">CNR<\/span> de repr\u00e9senter la R\u00e9sistance l\u00e0-bas, Bourdais m\u2019a r\u00e9pondu\u00a0: \u2018Absolument pas, on ne l\u2019a jamais vu.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Il existe deux Malraux qui sont de vrais h\u00e9ros de la R\u00e9sistance, ses deux fr\u00e8res qui s\u2019engagent d\u00e9but 1944\u00a0: Claude arr\u00eat\u00e9 le 8 mars et Roland le 22 mars. Claude meurt sous la torture le 18 avril 1944. Roland, d\u00e9port\u00e9 au camp de concentration de Neuengamme en Allemagne, mourra le 3 mai 1945 dans le bombardement du bateau de croisi\u00e8re r\u00e9quisitionn\u00e9 par la <span class=\"caps\">SS<\/span> pour \u00e9vacuer les prisonniers des camps du nord de l\u2019Allemagne, face \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e rapide des troupes britanniques.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Andr\u00e9 Malraux \u00e9crit le 5 f\u00e9vrier 1945 \u00e0 son ami d\u2019enfance Louis Chevasson\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis dans l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 compl\u00e8te depuis mars 1944.\u00a0\u00bb Malraux entre vraiment, du moins verbalement, en r\u00e9sistance, selon lui-m\u00eame, fin mars 1944, peu de temps avant la lib\u00e9ration, mais surtout juste apr\u00e8s avoir appris la mort d\u2019un de ses fr\u00e8res, la d\u00e9portation de l\u2019autre. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne psychanalytique bien connu qui fait na\u00eetre le remords chez les survivants. Malraux n\u2019a-t-il pas essay\u00e9 de se rattraper en devenant grand r\u00e9sistant\u00a0? Malheureusement il n\u2019a pas r\u00e9ussi.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une chose que de vouloir se battre, mais encore faut-il \u00eatre accept\u00e9 par la R\u00e9sistance. Or Malraux n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par la R\u00e9sistance, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Arm\u00e9e Secr\u00e8te, plut\u00f4t \u00e0 droite, ou des <span class=\"caps\">FTP<\/span>, plut\u00f4t \u00e0 gauche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">TODD<\/span> (1929-2024), Malraux\u00a0: \u00e9pid\u00e9miologie d\u2019une l\u00e9gende, S\u00e9ance du lundi 3 novembre 2003, Acad\u00e9mie des Sciences morales et politiques<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 Malraux de se montrer tr\u00e8s courageux, car il se promenait partout, en Dordogne, en Corr\u00e8ze, dans le Lot en proclamant qu\u2019il \u00e9tait le chef. Il inspectait, mais en fait il n\u2019a jamais command\u00e9 qui que ce soit. Dans ses <em>Antim\u00e9moires<\/em>, il narre ses exp\u00e9ditions de parachutage, sa r\u00e9ception d\u2019aviateur et aussi les trains qui ont explos\u00e9. Mais il n\u2019y a pas eu de trains qui ont explos\u00e9. Au Mus\u00e9e de la Lib\u00e9ration, il y a plusieurs documents o\u00f9 Malraux fait \u00e9tat de blessures qu\u2019il n\u2019a jamais eues.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De Gaulle n\u2019\u00e9tait sans doute pas dupe, mais la raison d\u2019\u00c9tat voulait en 1950 que Malraux soit un h\u00e9ros parfait. Il avait fait la brigade Alsace-Lorraine, il \u00e9tait Compagnon de la Lib\u00e9ration et on lui a donn\u00e9 la R\u00e9sistance en plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">TODD<\/span> (1929-2024), Malraux\u00a0: \u00e9pid\u00e9miologie d\u2019une l\u00e9gende, S\u00e9ance du lundi 3 novembre 2003, Acad\u00e9mie des Sciences morales et politiques<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui sont les responsables de la diffusion de la l\u00e9gende Malraux\u00a0? En premier lieu, Malraux lui-m\u00eame, par ce qu\u2019il a dit et surtout par ce qu\u2019il a \u00e9crit, non seulement dans ses romans, mais \u00e9galement dans les papiers administratifs. Il n\u2019y a aucun doute qu\u2019il a trafiqu\u00e9 ses papiers.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Est \u00e9galement responsable de la l\u00e9gende Malraux le g\u00e9n\u00e9ral Jacquot, qui a mis Malraux en piste pour la brigade Alsace-Lorraine. Les deux hommes se sont d\u00e9fendus l\u2019un l\u2019autre et se sont donn\u00e9 des certificats de r\u00e9sistance l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Les Anglais \u00e9galement ont aid\u00e9 Malraux en lui conf\u00e9rant le <em>Distinguished Service Order<\/em>. Dans la citation anglaise, Malraux devient l\u2019homme qui a organis\u00e9 toute la r\u00e9sistance dans le sud-ouest\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Georges Pompidou fait \u00e9galement partie des responsables. Il a aval\u00e9 toutes les couleuvres que Malraux servait, \u00e0 commencer par son dipl\u00f4me des langues orientales, qu\u2019il n\u2019a jamais eu. Il y a aussi le g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle qui a \u00e9tabli une liste de tous les chefs de r\u00e9gion en France et fait la part belle \u00e0 Malraux\u2026<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Des journalistes aussi, tel mon confr\u00e8re Jean Lacouture, ont renforc\u00e9 la l\u00e9gende en ne v\u00e9rifiant pas leurs sources. D\u2019autres, tel Andr\u00e9 Brincourt, ont encens\u00e9 Malraux et cach\u00e9 certaines choses, par exemple que Malraux \u00e9tait un tr\u00e8s grand d\u00e9pressif et un alcoolique.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Malraux a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la complicit\u00e9 d\u2019une partie de la presse et de la critique. Les journalistes ne se croient pas habilit\u00e9s \u00e0 \u00e9mettre des jugements litt\u00e9raires et parall\u00e8lement les critiques litt\u00e9raires ne veulent pas juger de l\u2019histoire. Cela a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une double l\u00e9gende\u00a0: la l\u00e9gende journalistique et la l\u00e9gende litt\u00e9raire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une des raisons profondes, je crois, qui a motiv\u00e9 son attitude, c\u2019est ce qu\u2019il \u00e9crit au d\u00e9but de ses <em>Antim\u00e9moires<\/em>\u00a0: \u2018Il n\u2019y a pas de grandes personnes.\u2019 Malraux lui-m\u00eame n\u2019est pas une grande personne. Il est rest\u00e9 toute sa vie un perp\u00e9tuel adolescent confondant all\u00e8grement r\u00e9alit\u00e9 et fiction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">TODD<\/span> (1929-2024), Malraux\u00a0: \u00e9pid\u00e9miologie d\u2019une l\u00e9gende, S\u00e9ance du lundi 3 novembre 2003, Acad\u00e9mie des Sciences morales et politiques.<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Antim\u00e9moires sont pleines de bonne litt\u00e9rature qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement de la bonne histoire\u2026 M\u00eame sa fille a toujours pens\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019embellissements, comme aurait dit Chateaubriand.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Oliver Todd recense une foule de d\u00e9tails inexacts, d\u2019exag\u00e9rations, de pures inventions\u2026 \u00ab\u00a0Il y a aussi son arriv\u00e9e \u00e0 la prison Saint-Michel, qui est un formidable morceau d\u2019anthologie. Proclamant qu\u2019il est le colonel Berger, il refuse d\u2019\u00eatre soign\u00e9, apr\u00e8s que les Allemands l\u2019ont mis au lit, avec une bouteille de Bordeaux et des draps blancs, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la plupart des r\u00e9sistants\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Un autre document est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, il s\u2019agit du dernier roman de Malraux, un fragment qui s\u2019appelle Non.\u00a0[A. Malraux, <em>Non. Fragments d\u2019un roman sur la r\u00e9sistance<\/em> (in\u00e9dit)] Dans ce roman, Malraux se remet en sc\u00e8ne, mais tr\u00e8s mal parce qu\u2019il n\u2019a absolument jamais connu la r\u00e9sistance. Malraux, h\u00e9ros du roman, arrive \u00e0 Paris et on apprend que Max, c\u2019est-\u00e0-dire Jean Moulin, vient de dispara\u00eetre. Qui va prendre automatiquement la succession de Jean Moulin\u00a0? Bien s\u00fbr le colonel Berger\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malraux \u00e9tait mythomane, il n\u2019y a pas de doute l\u00e0-dessus. Mais \u00e7a ne me g\u00eane pas outre mesure. Chateaubriand aussi \u00e9tait mythomane, il a invent\u00e9 dans les \u00ab\u00a0M\u00e9moires d\u2019outre-tombe\u00a0\u00bb des choses \u2013 et des choses consid\u00e9rables \u2013 qui n\u2019ont pas eu lieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">CHERON<\/span> (n\u00e9 en 1958), auteur de plusieurs livres sur Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>Affaire Salengro, 1936\u00a0: myst\u00e8re \u00e9clairci sous le Front populaire, m\u00eame si l\u2019extr\u00eame-droite s\u2019y r\u00e9f\u00e8re encore\u00a0!<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils porteront la responsabilit\u00e9 de ma mort car je ne suis ni un d\u00e9serteur ni un tra\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">SALENGRO<\/span> (1890-1936), lettre \u00e0 l\u2019intention de L\u00e9on Blum<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Touch\u00e9 profond\u00e9ment en son honneur et affaibli par la mort de son \u00e9pouse L\u00e9onie l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, il se suicide au gaz dans la nuit du 17 au 18 novembre 1936. Avant de mourir, il donne une explication de son geste dans la lettre destin\u00e9e \u00e0 son ami L\u00e9on Blum.<\/p>\n<p>Le lendemain 19 novembre, <em>Le Populaire,<\/em> journal de Blum, titre\u00a0: \u00ab\u00a0Ils l\u2019ont tu\u00e9. Roger Salengro est mort.\u00a0\u00bb Trois jours plus tard, Blum prononce un discours poignant lors des obs\u00e8ques de son ami\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019antidote contre le poison de la calomnie.\u00a0\u00bb C\u2019est aussi \u00ab\u00a0l\u2019assassinat moral\u00a0\u00bb d\u00e9fini par Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Lille en 1890, Roger Salengro fit tout son cursus scolaire et universitaire dans sa ville natale. Il s\u2019engage en politique, militant pour la <span class=\"caps\">SFIO<\/span>, Section fran\u00e7aise de l\u2019internationale ouvri\u00e8re, anc\u00eatre du Parti socialiste fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Engag\u00e9 pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, il sort de sa tranch\u00e9e pour tenter de r\u00e9cup\u00e9rer le corps d\u2019un ami tu\u00e9 au combat. Il est captur\u00e9 par les Allemands, cependant que les troupes fran\u00e7aises pensent qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 abattu. Les autorit\u00e9s le soup\u00e7onnent d\u2019avoir d\u00e9sert\u00e9, mais l\u2019ancien prisonnier de guerre amaigri, jug\u00e9, a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de milieu\u00a0: la conduite de M. Salengro, le 7 octobre [1915], est celle d\u2019un h\u00e9ros ou celle d\u2019un d\u00e9serteur. Or nous devons constater que M. Salengro n\u2019a fait l\u2019objet, de la part de ses chefs, d\u2019aucune proposition de r\u00e9compense, mais d\u2019une plainte qui devait le conduire en conseil de guerre.\u00a0\u00bb (Applaudissements \u00e0 droite.)<\/p>\n<p class=\"auteur\">Me Henri <span class=\"caps\">BECQUART<\/span> (1891-1954), Roger Salengro Chambre des d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9ance du 13 novembre 1936, assemblee-nationale.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s trois ann\u00e9es de captivit\u00e9, Roger Salengro avait repris ses activit\u00e9s militantes. D\u00e9put\u00e9 socialiste et maire de Lille, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Blum de Front populaire, Salengro avait refus\u00e9 de faire \u00e9vacuer par la force les usines occup\u00e9es pendant les grandes gr\u00e8ves de mai-juin 1936 en r\u00e9gion parisienne. C\u2019\u00e9tait l\u2019homme \u00e0 abattre pour l\u2019extr\u00eame droite. Il sera abattu par une campagne de presse.<\/p>\n<p>L\u2019Affaire Salengro commence dans l\u2019\u00e9t\u00e9 1936\u00a0: <em>Gringoire<\/em> (hebdomadaire nationaliste) relance une accusation de d\u00e9sertion remontant \u00e0 1915. Une commission militaire, pr\u00e9sid\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Gamelin, r\u00e9examine les dossiers des Conseils de guerre\u00a0: Salengro avait demand\u00e9 l\u2019autorisation de quitter la tranch\u00e9e pour ramener le corps d\u2019un camarade, il n\u2019\u00e9tait pas revenu et avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 d\u00e9serteur par contumace\u2026 alors qu\u2019il \u00e9tait prisonnier de guerre en Allemagne. \u00c0 son second proc\u00e8s, il est acquitt\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la dissolution des ligues d\u2019extr\u00eame droite, Salengro est pris pour cible par les m\u00e9dias fascisants qui m\u00e8nent une violente campagne d\u2019all\u00e9gations contre le ministre, affirmant pour le d\u00e9cr\u00e9dibiliser qu\u2019il a d\u00e9sert\u00e9 pendant la guerre<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne va pas chercher les ministres sur les bancs des conseils de guerre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2686\" class=\"cit-num\">2686<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri de <span class=\"caps\">K\u00c9RILLIS<\/span> (1889-1958), <em>L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em>, 19\u00a0novembre 1936. <em>Le Quatri\u00e8me pouvoir, la presse fran\u00e7aise de 1830 \u00e0 1960<\/em> (1969), Jean Andr\u00e9 Faucher, No\u00ebl Jacquemart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue de l\u2019affaire Salengro, vue par un d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain national (extr\u00eame droite).<\/p>\n<p>Son suicide va bouleverser la France. Un mois plus tard, le pouvoir l\u00e9gislatif aggrave les peines pour diffamation.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ses p\u00e9rip\u00e9ties partisanes, locales puis nationales, ce que l\u2019on appelle l\u2019 \u00ab\u00a0affaire Salengro\u00a0\u00bb ne se limite pas aux articles diffamatoires de <em>Gringoire<\/em> et d\u2019une presse hostile au gouvernement de L\u00e9on Blum. Elle pose cr\u00fbment la question, toujours d\u2019actualit\u00e9, de la libert\u00e9 d\u2019expression. Jusqu\u2019o\u00f9 peut-on aller dans l\u2019invective\u00a0?<\/p>\n<p>Les faits sont clairs, la cause est entendue\u2026 mais en 2024, le Rassemblement national faisait encore r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Salengro consid\u00e9r\u00e9 comme un traitre. L\u2019erreur a parfois la vie dure.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-9-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px\"><\/a><span class=\"caps\">SECONDE<\/span> <span class=\"caps\">GUERRE<\/span> <span class=\"caps\">MONDIALE<\/span><\/h3>\n<h4>Marx Dormoy, cible de l\u2019antis\u00e9mitisme, incarc\u00e9r\u00e9 sous le r\u00e9gime de Vichy, victime d\u2019une bombe sous son lit en 1941, m\u00e9daill\u00e9 de la R\u00e9sistance en 1947.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Marx Dormoy fut le maire exemplaire d\u2019une ville industrielle [Montlu\u00e7on], pratiquant une politique sociale et sanitaire d\u2019avant-garde. Il eut \u00e9galement un destin national, d\u2019abord sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la pr\u00e9sidence du conseil du minist\u00e8re Blum, puis ministre de l\u2019Int\u00e9rieur\u2026 Avec lui, le Front Populaire et les accords de Matignon de 1936, la lutte contre la Cagoule, le refus des pleins pouvoirs au mar\u00e9chal P\u00e9tain le 10 juillet 1940, font partie de notre histoire nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"70\" class=\"cit-num\">70<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">TOURET<\/span> (1929-2018), <em>Marx Dormoy<\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre et l\u2019entre-deux-guerres, autant d\u2019\u00e9poques propices \u00e0 cr\u00e9er ce qu\u2019on appelle un \u00ab\u00a0destin national\u00a0\u00bb, quand la fin est tragique. \u00ab\u00a0Homme de conviction, de courage et d\u2019une rare clairvoyance, il s\u2019opposa aux r\u00e9gimes totalitaires et comme L\u00e9on Blum avec qui il se lia d\u2019une solide amiti\u00e9, il ne d\u00e9sesp\u00e9ra pas de la victoire des Alli\u00e9s. Mais au bout du chemin, un crime abominable, aujourd\u2019hui en partie \u00e9lucid\u00e9, fit de lui un martyr.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bande de salauds. Et d\u2019abord un Juif vaut bien un Breton\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marx <span class=\"caps\">DORMOY<\/span> (1888-1941), 5 avril 1938, Chambre des d\u00e9but\u00e9s. Laurent Joly (n\u00e9 en 1976), \u00ab\u00a0Antis\u00e9mites et antis\u00e9mitisme \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s sous la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique\u00a0\u00bb, <em>Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine<\/em> (2007)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du Front populaire depuis 1936, il intensifia la lutte contre Jacques Doriot et la Cagoule, d\u2019o\u00f9 un pilonnage en r\u00e8gle de la part de cette presse d\u2019extr\u00eame droite visant \u00e0 le criminaliser et le diaboliser. Caricaturistes et journalistes trouv\u00e8rent mati\u00e8re \u00e0 exprimer leur anticommunisme, leur antis\u00e9mitisme, leur antir\u00e9publicanisme contre L\u00e9on Blum et son ministre. Ils s\u2019efforc\u00e8rent de le \u00ab\u00a0fictionnaliser\u00a0\u00bb, l\u2019associant \u00e0 des figures telles que Fant\u00f4mas ou le docteur Caligari pour le fragiliser. Durant cinq ans, Marx Dormoy endura les pires calomnies, les menaces des Doriotistes et des Cagoulards.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une s\u00e9ance particuli\u00e8rement houleuse qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en bagarre, les cris \u00ab\u00a0\u00c0 bas les Juifs\u00a0!\u00a0\u00bb se font entendre. Dormoy r\u00e9torque en ces termes \u00e0 un d\u00e9put\u00e9 breton antis\u00e9mite\u00a0: \u00ab\u00a0Bande de salauds. Et d\u2019abord un Juif vaut bien un Breton\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est sous le triple signe du Travail, de la Famille et de la Patrie que nous devons aller vers l\u2019ordre nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2763\" class=\"cit-num\">2763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LAVAL<\/span> (1883-1945), \u00ab\u00a0R\u00e9union d\u2019information\u00a0\u00bb des d\u00e9put\u00e9s, 8\u00a0juillet 1940. <em>Soixante jours qui \u00e9branl\u00e8rent l\u2019Occident<\/em> (1956), Jacques Benoist-M\u00e9chin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s un long parcours politique, Laval est entr\u00e9 dans le gouvernement P\u00e9tain install\u00e9 \u00e0 Vichy depuis le 3\u00a0juillet. Il a provisoirement le portefeuille de la Justice et man\u0153uvre pour que P\u00e9tain obtienne les pleins pouvoirs.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une lutte acharn\u00e9e contre la capitulation, Marx Dormoy s\u2019est rendu \u00e0 Vichy le 4 juillet 1940 et participe \u00e0 l\u2019ensemble des conf\u00e9rences pr\u00e9liminaires \u00e0 la r\u00e9union de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Il propose une r\u00e9solution de soutien \u00e0 la R\u00e9publique, rejet\u00e9e par Laval.<\/p>\n<p>Le 10 juillet, l\u2019Assembl\u00e9e nationale (S\u00e9nat et Chambre des d\u00e9put\u00e9s) tient une s\u00e9ance exceptionnelle dans le casino de Vichy. Elle vote la loi constitutionnelle qui permet d\u2019attribuer les pleins pouvoir au Mar\u00e9chal P\u00e9tain et fera de Vichy la capitale de l\u2019\u00c9tat Fran\u00e7ais jusqu\u2019en ao\u00fbt 1944. Trop r\u00e9publicain, le slogan trinitaire h\u00e9rit\u00e9 de la R\u00e9volution de 1789 \u2013 Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 \u2013 est remplac\u00e9 par \u00ab\u00a0Travail, Famille, Patrie\u00a0\u00bb. Tout l\u2019esprit de r\u00e9volution nationale du r\u00e9gime de Vichy est dans ces mots et la nouvelle loi constitutionnelle en prend acte\u00a0: \u00ab\u00a0Cette Constitution doit garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec Marx Dormoy, 80 parlementaires \u2013 23 s\u00e9nateurs et 57 d\u00e9put\u00e9s \u2013 refus\u00e8rent cette r\u00e9vision constitutionnelle, voyant en elle la fin de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Le 20 septembre, en raison de son action dans la lutte contre le fascisme et de son opposition au nouveau r\u00e9gime, Dormoy est suspendu de ses fonctions de maire de Montlu\u00e7on (depuis 15 ans). Prenant acte de cette d\u00e9cision, il r\u00e9unit une derni\u00e8re fois son conseil municipal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je quitterai cet h\u00f4tel de ville quand la notification officielle m\u2019en sera faite, la t\u00eate haute et la conscience tranquille, avec la certitude d\u2019avoir accompli, en toutes occasions, mon devoir. En ce moment, je ne veux penser qu\u2019\u00e0 la France meurtrie, envahie. J\u2019ai foi en la d\u00e9livrance de mon pays. J\u2019y aspire de toute ma raison, de toute mon \u00e2me, de tout mon c\u0153ur\u00a0: c\u2019est l\u00e0 ma seule pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marx <span class=\"caps\">DORMOY<\/span> (1888-1941), 20 septembre 1940, \u00e0 son conseil municipal. Site du S\u00e9nat. Marx-dormoy-1888-1941<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cinq jours apr\u00e8s, le 25 septembre, arr\u00eat\u00e9 \u00e0 son domicile, il est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 Pellevoisin (Indre) dans un h\u00f4tel transform\u00e9 en prison, puis transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Vals-les-Bains (Ard\u00e8che) le 31 d\u00e9cembre. Soumis au secret et \u00e0 l\u2019isolement, il \u00e9crit pour demander sa mise en libert\u00e9 ou \u00e0 d\u00e9faut le b\u00e9n\u00e9fice du r\u00e9gime politique de d\u00e9tention applicable \u00e0 toute personne d\u00e9tenue en raison de ses opinions.<\/p>\n<p>Le 20 mars 1941, plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e \u00e0 Mont\u00e9limar, il prend pension \u00e0 l\u2019h\u00f4tel \u00ab\u00a0Le relais de l\u2019empereur\u00a0\u00bb o\u00f9 il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une libert\u00e9 toute relative. Il est assassin\u00e9 dans la nuit du 25 juillet au 26 juillet 1941: une bombe \u00e0 retardement plac\u00e9e sous son lit par trois anciens cagoulards (extr\u00eame droite), avec la complicit\u00e9 d\u2019une com\u00e9dienne qui sert d\u203a\u00ab\u00a0app\u00e2t\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les coupables sont arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s, mais qui sont les commanditaires\u00a0? Des cagoulards voulant se venger du d\u00e9mant\u00e8lement de leur organisation, Jacques Doriot anim\u00e9 d\u2019une haine tenace contre Dormoy, ou les Allemands pour faire pression sur le mar\u00e9chal P\u00e9tain\u00a0? Les pr\u00e9venus, jamais jug\u00e9s, sont lib\u00e9r\u00e9s de prison le 23 janvier 1943 par des militaires allemands.<\/p>\n<p>Pour emp\u00eacher toute manifestation de soutien, le gouvernement de Vichy imposa une inhumation discr\u00e8te de Marx Dormoy et censura l\u2019annonce de son assassinat dans la presse.<\/p>\n<p>Des fun\u00e9railles solennelles seront organis\u00e9es en son honneur \u00e0 Montlu\u00e7on, le 9 d\u00e9cembre 1945. Marx Dormoy sera cit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre de la Nation en 1946 et m\u00e9daill\u00e9 de la R\u00e9sistance fran\u00e7aise avec rosette en 1947.<\/p>\n<h4>Affaire Darlan\u00a0: amiral assassin\u00e9 en 1942 par Bonnier de la Chapelle \u2013 fusill\u00e9 \u00e0 20 ans et r\u00e9habilit\u00e9 comme r\u00e9sistant en 1945. Comme pour Dormoy, on ignore le(s) commanditaire(s) de l\u2019assassinat.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ont leur conception du patriotisme. Moi j\u2019ai la mienne et je ne suis pas s\u00fbr d\u2019avoir raison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2793\" class=\"cit-num\">2793<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LAVAL<\/span> (1883-1945). <em>Les Grands Dossiers de l\u2019histoire contemporaine<\/em> (1962), Robert Aron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chef du gouvernement de Vichy r\u00e9pond en ces termes \u00e0 qui stigmatise comme une trahison le ralliement aux Alli\u00e9s de l\u2019amiral Darlan avec les Forces fran\u00e7aises d\u2019Afrique du Nord, apr\u00e8s le d\u00e9barquement du 8\u00a0novembre 1942. C\u2019est une histoire complexe qui se joue en deux mois.<\/p>\n<p>Darlan cumulait quatre portefeuilles (Marine, Affaires \u00e9trang\u00e8res, Int\u00e9rieur et Information) dans le gouvernement P\u00e9tain dont il est le dauphin assur\u00e9. Mais Laval l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement vichyste.<\/p>\n<p>Il se trouve fortuitement \u00e0 Alger en novembre 1942, lors du d\u00e9barquement alli\u00e9 en Afrique du Nord et se rallie avec r\u00e9ticences et h\u00e9sitations aux Alli\u00e9s\u00a0; Giraud qui aurait d\u00fb y \u00eatre en tant que responsable militaire choisi par les Am\u00e9ricains n\u2019y est pas\u00a0; les Am\u00e9ricains qui n\u2019ont pas inform\u00e9 de Gaulle du d\u00e9barquement profitent de la pr\u00e9sence de Darlan, trop heureux d\u2019en profiter lui aussi pour prendre la place qui aurait d\u00fb revenir \u00e0 de Gaulle ou \u00e0 Giraud\u00a0!<\/p>\n<p>24\u00a0d\u00e9cembre. Coup de th\u00e9\u00e2tre\u00a0: l\u2019assassinat de Darlan touch\u00e9 par deux balles de pistolet tir\u00e9es par un \u00e9tudiant de 20 ans, Fernand Bonnier de La Chapelle, dans l\u2019antichambre de son bureau du Haut-commissariat de France en Afrique du Nord. Pris sur le fait, il d\u00e9clare avoir agi seul. Arr\u00eat\u00e9, jug\u00e9 de mani\u00e8re exp\u00e9ditive par le tribunal militaire d\u2019Alger et condamn\u00e9 \u00e0 mort le 25 d\u00e9cembre, le coupable est fusill\u00e9 \u00e0 l\u2019aube du 26 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Pas de myst\u00e8re sur l\u2019assassinat lui-m\u00eame. Mais pourquoi Darlan fut-il assassin\u00e9\u00a0? Beaucoup de gens se m\u00e9fiaient de lui et non sans raison\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Darlan se comporte comme le successeur de P\u00e9tain\u00a0; si les choses continuent \u00e0 aller mal pour nous, il changera de camp \u00e0 nouveau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">EISENHOWER<\/span> (1890-1969), Lettre du 8 d\u00e9cembre 1942 au g\u00e9n\u00e9ral Marshall \u00e0 Washington. \u00ab\u00a0Les Britanniques premiers int\u00e9ress\u00e9s\u00a0\u00bb, Le Monde.fr,\u200e 29 d\u00e9cembre 1986. Anthony Verrier.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 le soutien personnel du pr\u00e9sident am\u00e9ricain Roosevelt \u00e0 Darlan (datant du d\u00e9but de 1941et confirm\u00e9 en octobre 1942), ses repr\u00e9sentants \u00e0 Alger n\u2019\u00e9taient pas unanimes. L\u2019\u00e9missaire personnel de Roosevelt, Robert Murphy, militait logiquement en sa faveur. Mais Eisenhower, <em>Major General<\/em> nomm\u00e9 en juin 1942 commandant en chef des forces am\u00e9ricaines en Europe, doutait de cet homme visiblement ind\u00e9cis. Et pour cause\u2026<\/p>\n<p>D\u00e9jeunant le jour m\u00eame de sa mort avec l\u2019amiral britannique Andrew Cunningham, Darlan parla de quatre complots contre lui\u00a0! Cependant que circulent\u00a0quatre th\u00e9ories\u00a0: les \u00ab\u00a0agents de l\u2019Axe\u00a0\u00bb (histoire r\u00e9pandue sur instruction d\u2019Eisenhower par le service de presse anglo-am\u00e9ricain \u00e0 Alger)\u00a0; l\u2019<em>Intelligence Service<\/em>, selon les radios de Berlin et de Rome (information jamais d\u00e9mentie, ni par la <span class=\"caps\">BBC<\/span> ni par les autorit\u00e9s britanniques \u00e0 Alger)\u00a0; un complot gaulliste\u00a0; un complot monarchiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je savais que les Anglais m\u2019auraient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">DARLAN<\/span>\u00a0 (1881-1942), ses derniers mots. \u00ab\u00a0Les Britanniques premiers int\u00e9ress\u00e9s\u00a0\u00bb, Le Monde.fr,\u200e 29 d\u00e9cembre 1986. Anthony Verrier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De fait, son assassin Bonnier de La Chapelle fut recrut\u00e9 dans le corps franc d\u2019Afrique par le <span class=\"caps\">SOE<\/span> britannique (<em>Special Operations Executive<\/em>), entra\u00een\u00e9 au sabotage et aux techniques annexes par ses officiers et arm\u00e9 par une \u00ab\u00a0source\u00a0\u00bb britannique. Churchill aurait manipul\u00e9 les ex\u00e9cutants, sans qu\u2019ils en aient conscience. C\u2019est une piste parmi d\u2019autres.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Giraud qui succ\u00e8de \u00e0 Darlan soup\u00e7onne un complot et redoute d\u2019en \u00eatre la prochaine victime.<\/p>\n<p>Le 9 janvier 1943, il d\u00e9signe un nouveau juge d\u2019instruction, le commandant Albert-Jean Voituriez, appel\u00e9 du Maroc, qui commence le jour-m\u00eame son enqu\u00eate en interrogeant le commissaire Andr\u00e9 Achiary, chef de la brigade de surveillance du territoire \u00e0 Alger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse deux personnes d\u2019\u00eatre les instigateurs directs du meurtre de l\u2019amiral Darlan. Ces deux personnes sont\u00a0:\u00a0 l\u2019abb\u00e9 Cordier, demeurant \u00e0 Alger, 2 rue La Fayette, et Henri d\u2019Astier de La Vigerie demeurant au m\u00eame endroit, secr\u00e9taire adjoint aux Affaires politiques au Haut-Commissariat en Afrique fran\u00e7aise. Ces deux personnes ont fait assassiner l\u2019amiral Darlan pour le compte et au profit du Comte de Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">ACHIARY<\/span>(1909-1983 ), chef de la brigade de surveillance du territoire \u00e0 Alger,\u00a0 Geoffroy d\u2019Astier de La Vigerie, <em><span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>x\u00e9cution de Darlan, La Fin d\u2019une \u00e9nigme<\/em> (2022)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les heures pr\u00e9c\u00e9dant son ex\u00e9cution, Fernand Bonnier de la Chapelle avait fait des r\u00e9v\u00e9lations aux deux officiers de la garde mobile charg\u00e9s de sa surveillance. Consign\u00e9es dans un rapport, les d\u00e9clarations de Bonnier mettent en \u00e9vidence ses liens personnels avec Henri d\u2019Astier et son fils Jean-Bernard, et \u00e9voquent la mission de Fran\u00e7ois d\u2019Astier \u00e0 Alger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai tu\u00e9 l\u2019amiral Darlan parce que c\u2019est un tra\u00eetre, il vendait la France \u00e0 l\u2019Allemagne \u00e0 son profit [\u2026]. J\u2019ai appris qu\u2019une personne [Fran\u00e7ois d\u2019Astier] venant de la part du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle avait demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre re\u00e7ue par l\u2019Amiral. [\u2026] L\u2019Amiral a refus\u00e9 de recevoir l\u2019envoy\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, marquant sa volont\u00e9 de garder pour lui le pouvoir. Certaines personnalit\u00e9s ont parl\u00e9 devant moi de cette d\u00e9marche infructueuse et ont dit\u00a0: \u2018Il faut que Darlan disparaisse.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fernand <span class=\"caps\">BONNIER<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">CHAPELLE<\/span> (1922-1942).\u00a0 Geoffroy d\u2019Astier de La Vigerie,<em> <span class=\"caps\">L\u2019E<\/span>x\u00e9cution de Darlan, La Fin d\u2019une \u00e9nigme<\/em> (2022)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En quelques jours, le commandant Albert-Jean Voituriez a donc mis au jour un complot monarchiste\u00a0imagin\u00e9 par le comte de Paris, persuad\u00e9 que de Gaulle (catholique et homme de droite) r\u00e9tablirait la monarchie en France \u2013 une des versions fournies par les historiens pour expliquer cet acte.<\/p>\n<p>Quatre fid\u00e8les ont organis\u00e9 l\u2019attentat\u00a0: Henri d\u2019Astier de La Vigerie et l\u2019abb\u00e9 Cordier font neuf mois de prison et sont lib\u00e9r\u00e9s le 13 septembre 1943. Le g\u00e9n\u00e9ral Giraud demande au juge de ne pas inqui\u00e9ter Alfred Pose et Marc Jacquet qui soutiennent financi\u00e8rement son gouvernement\u2026<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutant\u2026 Fernand Bonnier de la Chapelle aurait tir\u00e9 \u00e0 la courte paille avec trois de ses camarades \u00e9tudiants (Othon Gross, Robert Tournier et Philippe Ragueneau) pour d\u00e9signer celui qui \u00ab\u00a0aurait le privil\u00e8ge d\u2019ex\u00e9cuter le tra\u00eetre Darlan\u00a0\u00bb. Fusill\u00e9 \u00e0 20 ans, il sera r\u00e9habilit\u00e9 comme r\u00e9sistant fran\u00e7ais le 21 d\u00e9cembre 1945 par un arr\u00eat de la Chambre des r\u00e9visions de la cour d\u2019appel d\u2019Alger jugeant qu\u2019il avait agi \u00ab\u00a0dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la lib\u00e9ration de la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, le myst\u00e8re demeure\u00a0: qui a r\u00e9ellement commandit\u00e9 le meurtre\u00a0? Les gaullistes, les monarchistes ou quelque service secret manipulateur des uns et des autres\u00a0? L\u2019assassin est connu, ex\u00e9cut\u00e9 en moins de quarante-huit heures. Mais cette ex\u00e9cution ressemble beaucoup \u00e0 un second assassinat.<\/p>\n<h4>Le cas Brasillach\u00a0fit beaucoup parler\u00a0: assur\u00e9ment coupable de d\u00e9nonciations et responsable de morts, mais lui-m\u00eame victime des r\u00e8glements de comptes \u00e0 la Lib\u00e9ration.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En finira-t-on avec les relents de pourriture parfum\u00e9e qu\u2019exhale encore la vieille putain agonisante, la garce v\u00e9rol\u00e9e, fleurant le patchouli et la perte blanche, la R\u00e9publique toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours l\u00e0, la mal blanchie, elle est toujours l\u00e0, la craquel\u00e9e, la l\u00e9zard\u00e9e, sur le pas de sa porte, entour\u00e9e de ses mich\u00e9s et de ses petits jeunots, aussi acharn\u00e9s que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapport\u00e9 de billets dans ses jarretelles\u00a0; comment auraient-ils le c\u0153ur de l\u2019abandonner, malgr\u00e9 les blennorragies et les chancres\u00a0? Ils en sont pourris jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2781\" class=\"cit-num\">2781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert Brasillach (1909-1945), <em>Je suis partout<\/em>, 7 f\u00e9vrier 1942<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain de talent et d\u2019autant plus responsable (selon de Gaulle), il s\u2019est engag\u00e9 politiquement avec <em>l\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> (le mouvement et le journal) dans l\u2019entre-deux-guerres, mais c\u2019est comme r\u00e9dacteur en chef de <em>Je suis partout<\/em> qu\u2019il va se faire remarquer.<\/p>\n<p>Il pr\u00f4ne un \u00ab\u00a0fascisme \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Sa haine du Front populaire et de la R\u00e9publique va de pair avec celle des juifs, notamment ceux au pouvoir, comme L\u00e9on Blum et Georges Mandel (n\u00e9 Rothschild), ex-ministre et d\u00e9put\u00e9 dont il demande r\u00e9guli\u00e8rement la mise \u00e0 mort\u2026 et qui finira assassin\u00e9 par la Milice fran\u00e7aise, en juillet 1944.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est un autre droit que nous revendiquons, c\u2019est d\u2019indiquer ceux qui trahissent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2749\" class=\"cit-num\">2749<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945). Cit\u00e9 dans <em>La Force de l\u2019\u00e2ge<\/em> (1960), Simone de Beauvoir<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La d\u00e9lation est la forme la plus inf\u00e2me, parce que la plus l\u00e2che de la collaboration. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des trafiquants trop contents de faire des affaires sur le march\u00e9 noir, d\u2019autres ont des raisons politiques. Faiblesse devant le vainqueur admir\u00e9, calcul pour \u00eatre du \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb c\u00f4t\u00e9 au jour de la victoire escompt\u00e9e, mais aussi et plus rarement, conviction id\u00e9ologique m\u00ealant souvent anticommunisme, antis\u00e9mitisme, anglophobie. Brasillach est de ce camp.<\/p>\n<p>Venu de L\u2019Action fran\u00e7aise, on le retrouve dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019un journal de sinistre m\u00e9moire, <em>Je suis partout<\/em>. La chasse aux r\u00e9sistants, de plus en plus nombreux et organis\u00e9s, se radicalise, en janvier\u00a01943 avec la Milice, police suppl\u00e9tive de volontaires charg\u00e9s de les traquer. Cependant que le Service du travail obligatoire (<span class=\"caps\">STO<\/span>) institu\u00e9 en f\u00e9vrier va augmenter consid\u00e9rablement le nombre de \u00ab\u00a0ceux qui trahissent\u00a0\u00bb (d\u00e9nonc\u00e9s fr\u00e9n\u00e9tiquement par Brasillach) pour ne pas aller travailler en Allemagne. La r\u00e9sistance est alors une activit\u00e9 clandestine \u00e0 haut risque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2821\" class=\"cit-num\">2821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), refusant la gr\u00e2ce de Robert Brasillach. <em>M\u00e9moires de Guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Le Salut, 1944-1946 (1959), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur 2\u00a0071 recours pr\u00e9sent\u00e9s, de Gaulle en acceptera 1\u00a0303.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusill\u00e9 le 6\u00a0f\u00e9vrier 1945. Ses convictions hitl\u00e9riennes ne font aucun doute et son journal (<em>Je suis partout<\/em>) en t\u00e9moigne abondamment. Le proc\u00e8s fut b\u00e2cl\u00e9, de des confr\u00e8res ont tent\u00e9 de le sauver. Mais le <span class=\"caps\">PC<\/span> voulait la t\u00eate de l\u2019homme responsable de la mort de nombreux camarades et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, r\u00e9sistant ex\u00e9cut\u00e9 par la Milice, apr\u00e8s les appels au meurtre sign\u00e9s, entre autres, par Brasillach.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ceux que l\u2019on m\u00e8ne au poteau<br>Dans le petit matin glac\u00e9,<br>Au front la p\u00e2leur des cachots,<br>Au c\u0153ur le dernier chant d\u2019Orph\u00e9e,<br>Tu leur tends la main sans un mot,<br>O mon fr\u00e8re au col d\u00e9graf\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2822\" class=\"cit-num\">2822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Po\u00e8mes de Fresnes, Chant pour Andr\u00e9 Ch\u00e9nier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ch\u00e9nier, po\u00e8te ex\u00e9cut\u00e9 sous la R\u00e9volution, \u00e0 la fin de la Terreur, presque au m\u00eame \u00e2ge. Brasillach avait 35\u00a0ans.<\/p>\n<p>Jean Luchaire (journaliste, directeur des<em> Nouveaux Temps<\/em>) et Jean H\u00e9rold-Paquis (de Radio-Paris) subiront le m\u00eame sort, parmi quelque 3\u00a0000 condamn\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire est \u00e9crite par les vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2826\" class=\"cit-num\">2826<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Les Fr\u00e8res ennemis<\/em> (dialogue \u00e9crit \u00e0 Fresnes fin 1944, posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 \u00c9crite par les vivants plus que par les vainqueurs. Et Brasillach ne sera pas fusill\u00e9 pour cause de d\u00e9faite, mais de trahison. L\u2019histoire de la Seconde Guerre mondiale, cette page d\u2019histoire de France encore si sensible et m\u00eame br\u00fblante, fut d\u2019ailleurs r\u00e9\u00e9crite tant de fois que les vaincus ont eu, l\u00e9gitimement, le droit de t\u00e9moigner aux c\u00f4t\u00e9s des vainqueurs.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-10-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin: 10px;float: left\"><\/a><span class=\"caps\">CINQUI\u00c8ME<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9PUBLIQUE<\/span><\/h3>\n<h4>L\u2019affaire de l\u2019Observatoire\u00a0: le \u00ab\u00a0vrai faux\u00a0\u00bb enl\u00e8vement de Mitterrand, leader de l\u2019opposition au r\u00e9gime gaulliste en 1959.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne dirais rien qui puisse ajouter au d\u00e9sordre des esprits. Mais il est logique de penser que le climat de passion politique cr\u00e9\u00e9 par des groupements extr\u00e9mistes explique cette affaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"66\" class=\"cit-num\">66<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <span class=\"caps\">L\u2019INA<\/span> \u00e9claire l\u2019actu. 1959, Fran\u00e7ois Mitterrand et le myst\u00e9rieux \u00ab\u00a0attentat\u00a0\u00bb de l\u2019Observatoire, 15 octobre 2019.ina.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis, comme mes amis politiques, un patriote. Je ne lutte que pour le meilleur service de la France, il est triste que des campagnes d\u2019excitation aient pu dresser \u00e0 ce point les Fran\u00e7ais contre les Fran\u00e7ais\u2026 Je pense qu\u2019il appartient d\u00e9sormais aux services qualifi\u00e9s de faire l\u2019enqu\u00eate qui convient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019affaire en question, c\u2019est l\u2019attentat survenu dans la nuit du 15 au 16 octobre 1959, quartier du Luxembourg \u00e0 Paris. Mitterrand rentrait seul chez lui apr\u00e8s avoir d\u00een\u00e9 avec un ami \u00e0 la brasserie Lipp. Aux abords du jardin de l\u2019Observatoire, vers minuit trente, sa voiture est cribl\u00e9e de sept balles. Il parvient \u00e0 sortir et \u00e0 prendre la fuite \u00e0 travers les jardins. Depuis le d\u00e9but du mois, selon ses dires, il \u00e9tait harcel\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone (comme sa femme) par des coups de t\u00e9l\u00e9phone mena\u00e7ants.<\/p>\n<p>Robert Pesquet, un ancien d\u00e9put\u00e9 gaulliste puis poujadiste, proche des milieux d\u2019extr\u00eame droite, l\u2019avait mis en garde plusieurs fois et donn\u00e9 des pr\u00e9cisions sur le lieu de l\u2019attentat le jour m\u00eame, avec des conseils pour fuir selon la topographie du lieu\u2026<\/p>\n<p>Ancien ministre, t\u00e9nor de la gauche socialiste sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce avec le retour au pouvoir du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en 1958, il se retrouve aussit\u00f4t la Une des journaux, jouissant avec cette affaire d\u2019un vrai regain de popularit\u00e9. L\u2019indignation gagne le monde politique et Pierre Mend\u00e8s France lui \u00e9crit pour soutenir son ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, du temps o\u00f9 il \u00e9tait chef du gouvernement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sachez bien que, dans ces circonstances o\u00f9 tant de haine de nouveau se d\u00e9cha\u00eene contre vous, tous vos amis vous entourent affectueusement et \u00e9prouvent le d\u00e9sir de vous aider s\u2019ils le peuvent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Cit\u00e9 par Michel Winock, <em>Fran\u00e7ois Mitterrand<\/em> (2015)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mitterrand s\u2019empresse d\u2019abord de remercier Robert Pesquet qui lui a sans doute sauv\u00e9 la vie\u2026<\/p>\n<p>Mais une semaine apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement, le 21 octobre, Robert Pesquet d\u00e9clare que l\u2019attentat est en fait un coup mont\u00e9, perp\u00e9tr\u00e9 par ses soins, en collaboration avec Mitterrand lui-m\u00eame\u00a0! Pour preuve, une lettre qu\u2019il s\u2019est adress\u00e9e \u00e0 lui-m\u00eame avant l\u2019attentat, le cachet de la poste faisant foi, et d\u00e9taillant les \u00e9tapes de la pr\u00e9paration de l\u2019attentat et la r\u00e9action de Fran\u00e7ois Mitterrand. La description des \u00e9v\u00e9nements co\u00efncide avec le d\u00e9roulement exact de la soir\u00e9e du 15 au 16 octobre.<\/p>\n<p>L\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t contre la pr\u00e9tendue victime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les adversaires de droite sont hilares\u2026 les journalistes tombent des nues, se sentent ridiculis\u00e9s pour avoir \u00e9t\u00e9 men\u00e9s en bateau et avoir du m\u00eame coup tromp\u00e9 leurs lecteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">WINOCK<\/span> (n\u00e9 en 1937), <em>Fran\u00e7ois Mitterrand<\/em> (2015)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais Mend\u00e8s continue de soutenir Mitterrand, de m\u00eame que Fran\u00e7ois Mauriac dont l\u2019avis fait autorit\u00e9, dans son nouveau Bloc-notes de <em>l\u2019Express<\/em>\u2026 Mitterrand passe presque aussit\u00f4t \u00e0 la contre-offensive, en bon avocat et fin d\u00e9batteur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De deux choses l\u2019une\u00a0: ou j\u2019\u00e9tais abattu, et je ne pouvais plus parler\u00a0; ou j\u2019en r\u00e9chappais, ce qui \u00e9tait le cas, et je tombais dans cette machination.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), cit\u00e9 dans <em>Le Monde<\/em>, 24 octobre 1959<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Mitterrand se d\u00e9fend. Il soutient que l\u2019attentat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un complot ourdi par lui-m\u00eame, et qu\u2019il est tomb\u00e9 dans une machination qui ne pouvait, une fois lanc\u00e9e, que se conclure par sa d\u00e9faite. Certains t\u00e9moignages disent son d\u00e9sespoir, \u00e0 l\u2019id\u00e9e que sa carri\u00e8re politique est termin\u00e9e. Mais le combat continue\u2026<\/p>\n<p>29 octobre 1959, <em>L\u2019Express<\/em> publie la d\u00e9fense de Fran\u00e7ois Mitterrand sur trois pages, avec le titre\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que j\u2019ai \u00e0 dire\u00a0\u00bb. Il accuse plusieurs personnalit\u00e9s d\u2019extr\u00eame droite (Jean-Louis Tixier-Vignancour, Jean Dides, Jean-Baptiste Biaggi, Pascal Arrighi, Jean-Marie Le Pen) d\u2019avoir \u00ab\u00a0sorti les poignards de la guerre civile\u00a0\u00bb. Il reconna\u00eet \u00ab\u00a0\u00eatre tomb\u00e9 dans un guet-apens\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis, comme mes amis politiques, un patriote. Je ne lutte que pour le meilleur service de la France, il est triste que des campagnes d\u2019excitation aient pu dresser \u00e0 ce point les Fran\u00e7ais contre les Fran\u00e7ais. C\u2019est cette d\u00e9claration que j\u2019ai faite, qu\u2019y puis-je ajouter\u00a0? Je pense qu\u2019il appartient d\u00e9sormais aux services qualifi\u00e9s de faire l\u2019enqu\u00eate qui convient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <span class=\"caps\">L\u2019INA<\/span> \u00e9claire l\u2019actu. 1959, Fran\u00e7ois Mitterrand et le myst\u00e9rieux \u00ab\u00a0attentat\u00a0\u00bb de l\u2019Observatoire, 15 octobre 2019.ina.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement dirig\u00e9 par Michel Debr\u00e9 porte un coup qu\u2019il veut fatal \u00e0 son principal adversaire\u00a0: le minist\u00e8re public demande le 27 octobre au S\u00e9nat que l\u2019immunit\u00e9 parlementaire du s\u00e9nateur Mitterrand soit lev\u00e9e pour outrage \u00e0 magistrat. Le parquet d\u00e9cide \u00e9galement d\u2019engager des poursuites pour d\u00e9tention d\u2019armes contre Robert Pesquet et son comparse, Abel Dahuron, auteur des coups de feu.<\/p>\n<p>L\u2019affaire est finalement judiciaris\u00e9e. 11 ao\u00fbt 1966, le juge d\u2019instruction rend une ordonnance de non-lieu dans le dossier ouvert contre X pour tentative d\u2019homicide volontaire. Il renvoie Pesquet et ses deux complices en correctionnelle pour d\u00e9tention d\u2019armes. Mitterrand, partie civile dans le dossier, fait aussit\u00f4t appel\u00a0: accepter cette ordonnance de non-lieu serait en effet reconna\u00eetre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un faux attentat\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon vrai-faux attentat contre Mitterrand\u00a0: la v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019affaire de l\u2019Observatoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">PESQUET<\/span> (1917-2010), titre de son livre publi\u00e9 en 1995<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019\u00e9claircit pas vraiment cette affaire qui reste l\u2019un des myst\u00e8res sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique. Il fait \u00e9tat d\u2019une manipulation gaulliste pour l\u2019id\u00e9e de l\u2019attentat dont il ne serait pas le cerveau. C\u2019est \u00e0 la demande de Michel Debr\u00e9 qu\u2019il aurait approch\u00e9 Mitterrand, pour discr\u00e9diter celui qui venait d\u2019abandonner l\u2019id\u00e9e de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u2026<\/p>\n<p>Il est impossible de savoir la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019arriv\u00e9e de Mitterrand \u00e0 la pr\u00e9sidence en 1981 va voir la multiplication du nombre d\u2019affaires qui accr\u00e9ditent la r\u00e9putation du personnage\u00a0: Sphinx, Florentin, Machiavel et autres Prince de l\u2019\u00e9quivoque ou de l\u2019esquive, ces surnoms reviennent sans fin sous la plume des observateurs.<\/p>\n<h4>Affaire Ben Barka\u00a0et myst\u00e8re de sa disparition en 1965\u00a0: double affaire d\u2019\u00c9tat entre le Maroc et la France, toujours pas \u00e9lucid\u00e9e au nom de la raison d\u2019\u00c9tat.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit pas pour nous, quand nous pensons \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage colonial, de faire cesser seulement l\u2019exploitation n\u00e9e de la p\u00e9riode du protectorat, mais aussi l\u2019exploitation qui a pu exister de l\u2019homme marocain par l\u2019homme marocain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mehdi <span class=\"caps\">BEN<\/span> <span class=\"caps\">BARKA<\/span> (1920 -1965), Probl\u00e8mes d\u2019\u00e9dification du Maroc et du Maghreb. <em>Quatre entretiens avec Mehdi Ben Barka<\/em>, recueillis par Jean Raymond, \u00e9dit\u00e9s par Plon (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ben Barka\u00a0\u2013 il faudrait \u00e9crire\u00a0: n\u00e9 en 1920 \u00e0 Rabat au Maroc \u2013 disparu le 29 octobre 1965 \u00e0 Fontenay-le-Vicomte en France. Vraisemblablement assassin\u00e9, son corps n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Dans l\u2019histoire contemporaine, jamais la raison d\u2019\u00c9tat ne s\u2019est impos\u00e9e avec plus de force. \u00c0 cela du moins, il y a de \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb raisons.<\/p>\n<p>Cet homme politique marocain fut l\u2019un des principaux opposants socialistes au roi Hassan <span class=\"caps\">II<\/span>. Chef de file du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste, Ben Barka anticipait le \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb n\u00e9 en d\u00e9cembre 2010.<\/p>\n<p>Il dresse un constat tr\u00e8s clair de la situation marocaine. Apr\u00e8s l\u2019Ind\u00e9pendance (1956), le Maroc se trouvait devant un fait accompli\u00a0: le poids de deux h\u00e9ritages\u00a0: \u00ab\u00a0Le premier qu\u2019on pourrait appeler l\u2019h\u00e9ritage colonial, le second (souvent marqu\u00e9 par le premier et beaucoup plus important) l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une situation de stagnation et d\u2019isolement qui a fait que le Maroc doit rattraper un retard de quelque trois si\u00e8cles. Ce retard appara\u00eet sur le plan \u00e9conomique, sur le plan technique, sur le plan institutionnel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce retard est d\u00fb \u00e0 l\u2019obligation de pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc. Pour ce faire, comme l\u2019Inde et la Chine, \u00ab\u00a0les murailles que nous avions dress\u00e9es contre l\u2019invasion pendant ces si\u00e8cles depuis la p\u00e9riode sa\u00e2dienne [de 1554 \u00e0 1636] ont \u00e9t\u00e9 des murailles qui ont emp\u00each\u00e9 \u00e9galement la science de p\u00e9n\u00e9trer chez nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais cet id\u00e9ologue prolifique est aussi un leader et un organisateur toujours actif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie n\u2019est pas une enseigne qu\u2019on exhibe pour les touristes, c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 qui doit ouvrir concr\u00e8tement \u00e0 chacun des possibilit\u00e9s de progr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Mehdi <span class=\"caps\">BEN<\/span> <span class=\"caps\">BARKA<\/span> (1920 -1965), <em>La D\u00e9mocratie dans la pens\u00e9e et l\u2019action de Ben Barka,\u00a0 Journ\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire de Mehdi Ben Barka<\/em>. Paris \u2013 24 f\u00e9vrier 1996<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9mocratie omnipr\u00e9sente dans la pens\u00e9e et l\u2019action de <span class=\"caps\">M.B.<\/span>B., elle transcende tous les axes de r\u00e9flexion abord\u00e9s et pratiqu\u00e9s durant sa courte vie\u00a0: lutte anticoloniale et lib\u00e9ration, d\u00e9veloppement et progr\u00e8s, unit\u00e9 maghr\u00e9bine et arabe, solidarit\u00e9 des peuples et internationalisme, id\u00e9ologie et socialisme, parti et organisations populaires\u2026<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire d\u2019\u00c9tat attach\u00e9e \u00e0 son nom, les faits sont simples. Ben Barka s\u2019\u00e9tant oppos\u00e9 aux choix autoritaires du roi Hassan <span class=\"caps\">II<\/span>, il avait \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 une tentative d\u2019assassinat, avant d\u2019\u00eatre \u00e0 deux reprises condamn\u00e9 \u00e0 mort par contumace. Il refusait cat\u00e9goriquement de se rendre au<\/p>\n<p>Maroc sans la publication par le roi d\u2019un d\u00e9cret d\u2019amnistie. Un pi\u00e8ge lui a donc \u00e9t\u00e9 tendu pour le faire venir en France, en lui faisant croire que sa s\u00e9curit\u00e9 \u00e9tait garantie.<\/p>\n<p>29 octobre 1965, il arrive \u00e0 Paris pour pr\u00e9parer un film sur la d\u00e9colonisation, intitul\u00e9 <em>Basta<\/em>, destin\u00e9 \u00e0 la Conf\u00e9rence des peuples d\u2019Afrique, d\u2019Asie et d\u2019Am\u00e9rique latine, la Tricontinentale pr\u00e9vue \u00e0 La Havane en janvier 1966. \u00c0 12h30, il est interpell\u00e9 par deux policiers fran\u00e7ais devant la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain. Il n\u2019est jamais r\u00e9apparu.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de Gaulle devait recevoir Mehdi Ben Barka durant son s\u00e9jour Apprenant cette arrestation ill\u00e9gale commise par la police fran\u00e7aise, le g\u00e9n\u00e9ral est furieux. Furieux que le <span class=\"caps\">SDECE<\/span>, service secret fran\u00e7ais, ait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 depuis plusieurs mois du projet du roi du Maroc de se saisir de Mehdi Ben Barka sur le sol fran\u00e7ais. Furieux de ce qu\u2019une fois celui-ci enlev\u00e9, le 29 octobre, un agent du <span class=\"caps\">SDECE<\/span> en ait imm\u00e9diatement pr\u00e9venu le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur marocain, le g\u00e9n\u00e9ral Oufkir charg\u00e9 d\u2019organiser son interception ou son assassinat. Furieux que celui-ci soit arriv\u00e9 \u00e0 Orly le 30 octobre, avec le directeur de la s\u00fbret\u00e9 marocaine, le colonel Dlimi, et qu\u2019ils aient pu repartir l\u2019un et l\u2019autre d\u2019Orly, comme leur \u00e9quipe de tueurs, une fois leur mission accomplie. Une mission dont le chef du <span class=\"caps\">SDECE<\/span>, le g\u00e9n\u00e9ral Jacquier, mais aussi le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Roger Frey et le pr\u00e9fet de police de Paris Maurice Papon, \u00e9taient inform\u00e9s sans en informer le chef de l\u2019\u00c9tat. Cela fait d\u00e9sordre\u2026<\/p>\n<p>Ayant eu connaissance de ces faits, le g\u00e9n\u00e9ral lance en janvier 1966 un mandat d\u2019arr\u00eat contre le g\u00e9n\u00e9ral Oufkir. Il s\u2019explique le mois suivant en conf\u00e9rence de presse, arguant non sans humour de son \u00ab\u00a0inexp\u00e9rience\u00a0\u00bb dans cette affaire. Il faut quand m\u00eame avouer que le g\u00e9n\u00e9ral va \u00ab\u00a0botter en touche\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faut consid\u00e9rer d\u2019abord dans cette affaire c\u2019est que le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement marocain, gouvernement qui fut plusieurs fois aux prises avec de graves crises politiques, a, comme tout l\u2019indique, fait dispara\u00eetre sur notre sol un des principaux chefs de l\u2019opposition. Cette affaire marocaine en est donc une entre Paris et Rabat, parce la disparition de Ben Barka a eu lieu chez nous, parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9e avec la complicit\u00e9 obtenue d\u2019agents ou de membres de services officiels fran\u00e7ais et la participation de truands recrut\u00e9s ici, enfin parce qu\u2019en d\u00e9pit des d\u00e9marches du gouvernement de Paris, des commissions rogatoires et mandats adress\u00e9s par notre juge d\u2019instruction, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait par le gouvernement marocain pour aider la justice fran\u00e7aise \u00e0 \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9, pour la r\u00e9v\u00e9ler en tant qu\u2019elle le concerne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 21 f\u00e9vrier 1966, elysee.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Au total, il y a eu, en territoire fran\u00e7ais intervention directe d\u2019un membre du gouvernement marocain et le fait est que ce gouvernement n\u2019a, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, rien fait pour justifier, ni r\u00e9parer, l\u2019atteinte qui a \u00e9t\u00e9 ainsi port\u00e9e \u00e0 notre souverainet\u00e9. Il est donc in\u00e9vitable, quelque regret qu\u2019on en ait, que les rapports franco-marocains en subissent les cons\u00e9quences.\u00a0\u00bb Dont acte. Mais\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais\u2026 ce qui s\u2019est pass\u00e9 n\u2019a rien eu que de vulgaire et de subalterne. Il s\u2019est agi d\u2019une op\u00e9ration consistant \u00e0 amener Ben Barka au contact d\u2019Oufkir et de ses assistants en un lieu propice au r\u00e8glement de leurs comptes\u2026 Mais rien, absolument rien, n\u2019indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l\u2019op\u00e9ration, a fortiori qu\u2019ils l\u2019aient couverte. Bien au contraire, quand ils l\u2019eurent apprise, la police mit ceux des participants qui \u00e9taient \u00e0 sa port\u00e9e en \u00e9tat d\u2019arrestation ou de garde \u00e0 vue et la justice fut saisie. Depuis lors, celle-ci fait son \u0153uvre sans \u00eatre aucunement entrav\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb En fait, rien n\u2019est moins s\u00fbr, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne peut pas tout dire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cependant, au sujet de cette affaire qui, au point de vue de nos rapports avec le Maroc ne laisse pas, je le r\u00e9p\u00e8te, d\u2019avoir un caract\u00e8re de gravit\u00e9, mais qui, en ce qui concerne les culpabilit\u00e9s fran\u00e7aises, n\u2019est, je le r\u00e9p\u00e8te aussi, que vulgaire et subalterne, on a vu se d\u00e9cha\u00eener des fr\u00e9n\u00e9tiques offensives tendant \u00e0 ameuter l\u2019opinion contre les pouvoirs publics\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 21 f\u00e9vrier 1966, elysee.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et cela n\u2019est \u00e9videmment pas supportable. D\u2019o\u00f9 la mise au point tr\u00e8s gaullienne\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2018L\u2019honneur du navire\u2019, c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui en r\u00e9pond et qui le d\u00e9fend. Et il le fait. Il le fait en marquant dans le domaine de ses relations diplomatiques le manquement commis \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa souverainet\u00e9\u00a0; il le fait en facilitant tant qu\u2019il peut l\u2019action de la justice pour la recherche et le ch\u00e2timent des coupables et il le fait en apportant \u00e0 ses propres services les modifications utiles \u00e0 un meilleur fonctionnement. Cela, l\u2019\u00c9tat le fait et continuera de le faire. Que les bons citoyens se rassurent\u00a0!\u00a0\u00bb Dont acte\u2026<\/p>\n<p>Ajoutons qu\u2019Hassan <span class=\"caps\">II<\/span> ayant refus\u00e9 de d\u00e9savouer Oufkir, de Gaulle a rappel\u00e9 l\u2019ambassadeur de France au Maroc, en subordonnant la normalisation des relations diplomatiques \u00e0 la d\u00e9mission et au jugement du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur marocain. Oufkir sera condamn\u00e9 par contumace \u00e0 Paris le 5 juin 1967. Et la crise diplomatique a dur\u00e9 aussi longtemps que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est rest\u00e9 au pouvoir \u2013 encore deux ans.<\/p>\n<p>Un premier proc\u00e8s a permis d\u2019\u00e9tablir que l\u2019enl\u00e8vement avait \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9 par les services secrets marocains avec la complicit\u00e9 de policiers et de truands fran\u00e7ais. Les dix juges d\u2019instruction successifs de la plus longue enqu\u00eate jamais men\u00e9e en France n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 lever la chape de plomb qui entoure cette affaire d\u2019\u00c9tat. Depuis cinquante-cinq ans, en France comme au Maroc, la raison d\u2019\u00c9tat est parvenue \u00e0 emp\u00eacher que la v\u00e9rit\u00e9 soit dite sur l\u2019enl\u00e8vement et l\u2019assassinat de Mehdi Ben Barka.<\/p>\n<p>Au nom du reste de sa famille, son fils a\u00een\u00e9 a entrepris de rendre justice \u00e0 son p\u00e8re et d\u2019\u00e9claircir cette sombre affaire, tant qu\u2019il est encore temps. Et il accuse\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a eu crime d\u2019\u00c9tats [au pluriel], il y a eu complot pour aboutir \u00e0 l\u2019enl\u00e8vement et \u00e0 la disparition de mon p\u00e8re. Et puis ce complot s\u2019est poursuivi par les \u00c9tats qui \u00e9taient impliqu\u00e9s dans la disparition de mon p\u00e8re pour emp\u00eacher la justice de faire son travail. Et cette raison d\u2019\u00c9tat, elle se conjugue au Maroc, en France, aux \u00c9tats-Unis, en Isra\u00ebl o\u00f9 il n\u2019y a pas de r\u00e9elle volont\u00e9 politique pour lever les obstacles face \u00e0 l\u2019action de la justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Bachir <span class=\"caps\">BEN<\/span> <span class=\"caps\">BARKA<\/span> (n\u00e9 en 1950), <em>Le Monde<\/em>, entretien avec le fils de Mehdi Ben Barka, le 24 d\u00e9c. 2021<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il avait 15 ans \u00e0 la mort de son p\u00e8re. Il en a fait le combat de sa vie, prenant le relais pour r\u00e9soudre ce myst\u00e8re. En 1975, il a d\u00e9pos\u00e9 une nouvelle plainte pour assassinat et complicit\u00e9 d\u2019assassinat afin d\u2019\u00e9viter la prescription du dossier.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous pensons qu\u2019il est possible d\u2019arriver \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Des t\u00e9moins, tr\u00e8s actifs dans la pr\u00e9paration du crime, sont encore vivants. Ils connaissent une part de v\u00e9rit\u00e9. Il y a aussi des documents \u00e9crits de l\u2019administration et ces documents, en grande partie, sont encore couverts par le secret-d\u00e9fense.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Instructions, r\u00e9v\u00e9lations, enqu\u00eates, t\u00e9moignages, proc\u00e8s, interminable feuilleton relat\u00e9 par la presse qui ne se lasse pas de l\u2019affaire Ben Barka. Son fils continue le combat et r\u00e9sume la situation, fin 2024.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a cinquante-neuf ans, le 29 octobre 1965, mon p\u00e8re, Mehdi Ben Barka, \u00e9tait enlev\u00e9 \u00e0 Paris et \u2018disparaissait\u2019. Les circonstances de sa mort ne sont toujours pas \u00e9lucid\u00e9es, sa s\u00e9pulture est toujours inconnue \u00e0 sa famille et ses amis. Les responsabilit\u00e9s marocaines et fran\u00e7aises dans ce crime sont ind\u00e9niables et ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies par la justice. Seulement, malgr\u00e9 une instruction toujours ouverte devant le Tribunal judiciaire de Paris, les obstacles au nom de la raison d\u2019\u00c9tat emp\u00eachent les magistrats instructeurs saisis d\u2019apporter les r\u00e9ponses \u00e0 notre l\u00e9gitime qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Bachir <span class=\"caps\">BEN<\/span> <span class=\"caps\">BARKA<\/span> (n\u00e9 en 1950), Lettre ouverte adress\u00e9e aux deux chefs d\u2019\u00c9tat, Mohammed <span class=\"caps\">VI<\/span> et Emmanuel Macron. Affaire d\u2019\u00c9tat. Pour que \u00ab\u00a0justice se fasse\u00a0\u00bb. <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 28 octobre 2024.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Profitant de la visite d\u2019\u00c9tat du pr\u00e9sident Emmanuel Macron au roi du Maroc Mohamed <span class=\"caps\">VI<\/span> (28 au 30 octobre 2024), le fils de Mehdi Ben Barka sollicite les deux chefs d\u2019\u00c9tat sur la disparition de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans une lettre publi\u00e9e par \u00ab\u00a0Orient <span class=\"caps\">XXI<\/span>\u00a0\u00bb, Bachir Ben Barka leur demande de prendre les d\u00e9cisions n\u00e9cessaires. Il suffirait de lever le secret-d\u00e9fense en France et d\u2019ex\u00e9cuter les Commissions rogatoires internationales au Maroc. Mais la raison d\u2019\u00c9tat continue de s\u2019y opposer. Pourquoi\u00a0? Comment\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 quand\u00a0? Myst\u00e8re, myst\u00e8res de l\u2019Affaire Ben Barka depuis 60 ans.<\/p>\n<p>Rappelons que sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, l\u2019Affaire Dreyfus a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue en six ann\u00e9es de combat.<\/p>\n<h4>Le plus court myst\u00e8re de l\u2019Histoire\u2026 De Gaulle a disparu\u00a0: c\u2019est la \u00ab\u00a0fuite\u00a0\u00bb \u00e0 Baden, une affaire d\u2019\u00c9tat qui dure six heures, en mai 1968.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grandeur a besoin de myst\u00e8re. On admire mal ce qu\u2019on conna\u00eet bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"101\" class=\"cit-num\">101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970).<em> Paris-Match<\/em> \u2013 9 d\u00e9cembre 1967<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre plus grand personnage historique contemporain (n\u00b02 sur le podium de l\u2019Histoire en citations, apr\u00e8s Napol\u00e9on et avant Victor Hugo) est aussi un \u00ab\u00a0communicant\u00a0\u00bb remarquable\u00a0: ses <em>Appels<\/em> \u00e0 la radio de Londres ont lanc\u00e9 la R\u00e9sistance fran\u00e7aise, ses trois tomes de <em>M\u00e9moires<\/em> ont les honneurs de la Pl\u00e9iade, ses conf\u00e9rences de presse au d\u00e9but de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique furent des shows apparemment improvis\u00e9s, mais parfaitement mis en sc\u00e8ne. La part du jeu n\u2019exclut pas la sinc\u00e9rit\u00e9, la grandeur se nourrit du myst\u00e8re.<\/p>\n<p>La disparition du g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019espace-temps de quelques heures en Mai 68, a marqu\u00e9 les esprits. Il s\u2019en est plus ou moins expliqu\u00e9, apr\u00e8s. Voici quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse, m\u00eame si une part de myst\u00e8re existe encore dans cette \u00e9tonnante affaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis quelque chose comme trente ans que j\u2019ai affaire \u00e0 l\u2019histoire, il m\u2019est arriv\u00e9 quelquefois de me demander si je ne devais pas la quitter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3072\" class=\"cit-num\">3072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Folle journ\u00e9e du 29\u00a0mai 1968\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral a disparu. Conseil des ministres de 10\u00a0heures d\u00e9command\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re minute. De Gaulle a quitt\u00e9 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, mais il n\u2019est pas \u00e0 Colombey\u00a0: \u00ab\u00a0Oui\u00a0! le 29\u00a0mai, j\u2019ai eu la tentation de me retirer. Et puis, en m\u00eame temps, j\u2019ai pens\u00e9 que, si je partais, la subversion mena\u00e7ante allait d\u00e9ferler et emporter la R\u00e9publique. Alors, une fois de plus, je me suis r\u00e9solu.\u00a0\u00bb (Entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 7\u00a0juin).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une \u00ab\u00a0d\u00e9pression\u00a0\u00bb\u00a0? une \u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb \u00e0 Baden\u00a0? une \u00ab\u00a0man\u0153uvre\u00a0\u00bb difficile \u00e0 comprendre\u00a0? un \u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre tactique\u00a0\u00bb\u00a0? Qui, t\u00e9moin, chroniqueur, analyste, partisan ou adversaire, peut dire le dernier mot sur cet \u00e9trange d\u00e9tour vers la For\u00eat-Noire\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3073\" class=\"cit-num\">3073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LACOUTURE<\/span> (n\u00e9 en 1921), <em>De Gaulle<\/em>, volume <span class=\"caps\">III<\/span>. <em>Le souverain<\/em> (1986)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un de ses biographes attitr\u00e9s s\u2019interroge, comme il se doit.<\/p>\n<p>On l\u2019a su plus tard, le pr\u00e9sident est all\u00e9 voir le g\u00e9n\u00e9ral Massu en Allemagne. Oui, mais pourquoi\u00a0? Dans sa biographie sur de Gaulle, Jean Lacouture confronte les interpr\u00e9tations qui opposent deux \u00e9coles\u00a0: celle du d\u00e9sarroi et celle de la tactique, du burn out ou de la ruse, pour conclure\u2026 que le myst\u00e8re demeure.<\/p>\n<p>Reste quand m\u00eame quelques faits qui ont valeur d\u2019histoire, dans cette folle p\u00e9riode de Mai 68.<\/p>\n<p>29 mai. La France est en pleine crise \u00e9conomique et sociale. Les manifestations des jours pr\u00e9c\u00e9dents ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s violentes. Le discours prononc\u00e9 par le pr\u00e9sident le 24 mai n\u2019a pas calm\u00e9 les esprits. Le pr\u00e9sident annon\u00e7ait un r\u00e9f\u00e9rendum sur la participation. Le message ne passe pas\u00a0: affirmer des principes vagues pour demander, au bout de dix ans, qu\u2019on continue \u00e0 lui faire confiance, c\u2019\u00e9tait selon ses propres termes plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0mettre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque\u00a0\u00bb. Une nouvelle violence allait se d\u00e9cha\u00eener dans la nuit.<\/p>\n<p>Les n\u00e9gociations tripartites lanc\u00e9es par Georges Pompidou avec les syndicats et le patronat, d\u00e8s le 25, sont mal accueillies par la base ouvri\u00e8re. Le pouvoir politique vacille. Alors que le <span class=\"caps\">PC<\/span> rassemble dans la rue des dizaines de milliers de manifestants en faveur d\u2019un \u00ab\u00a0gouvernement populaire\u00a0\u00bb, Pierre Mend\u00e8s-France appara\u00eet de plus en plus comme un recours, tandis que Fran\u00e7ois Mitterrand, le 28, se d\u00e9clare \u00ab\u00a0pr\u00eat \u00e0 se porter candidat \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le chef de l\u2019\u00c9tat se retrouve isol\u00e9 et impuissant face \u00e0 un pays devenu incontr\u00f4lable \u00e0 ses yeux. En milieu de journ\u00e9e, il dispara\u00eet sans pr\u00e9venir son Premier ministre de sa destination. Pendant six heures, on ne le reverra plus, avant qu\u2019il ne r\u00e9apparaisse en fin de journ\u00e9e \u00e0 Colombey-les-Deux-\u00c9glises.<\/p>\n<p>Entre temps, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle s\u2019est bien rendu en secret \u00e0 Baden-Baden, quartier g\u00e9n\u00e9ral des Forces Fran\u00e7aises en Allemagne. Sur place, il s\u2019est longuement entretenu avec le g\u00e9n\u00e9ral Massu, commandant des Forces Fran\u00e7aises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0tout est foutu\u00a0! Les communistes ont provoqu\u00e9 une paralysie totale du pays, je ne commande plus rien [\u2026] donc je me retire. Comme je me sens menac\u00e9 en France, je viens chez vous chercher quoi faire.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Jacques <span class=\"caps\">MASSU<\/span> (1908-2002), Les Dossiers de l\u2019\u00e9cran, 2eme chaine de l\u2019<span class=\"caps\">ORTF<\/span>, juin 1983<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Massu l\u00e8ve le voile sur ce pan d\u2019histoire m\u00e9connu dont il fut un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9. Il revient en d\u00e9tails sur sa rencontre \u00e0 Baden-Baden avec un g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle aux abois. Apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 que le film diffus\u00e9 avant le d\u00e9bat ne correspondait pas aux faits historiques, il relate comment il tenta de pousser le g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 se ressaisir.<\/p>\n<p>Leur entrevue se d\u00e9roule dans le bureau de sa r\u00e9sidence. Le g\u00e9n\u00e9ral, affal\u00e9 dans le fauteuil des invit\u00e9s face \u00e0 un Massu perplexe, adoss\u00e9 \u00e0 son bureau, lui explique qu\u2019il a fait venir son fils et sa famille, car il craignait pour leur vie \u00e0 Paris. Il lui confie \u00e9galement son d\u00e9sespoir face \u00e0 la situation catastrophique de la France qu\u2019il se sent incapable de reprendre en main\u00a0: \u00ab\u00a0Au d\u00e9but, il soliloque et je suis \u00e9videmment tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 de voir le g\u00e9n\u00e9ral, tel qu\u2019il m\u2019apparait \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il me demande tout de suite s\u2019il pourrait aller \u00e0 Strasbourg.\u00a0\u00bb Ils \u00e9voquent la situation dans cette ville et le g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9clare souhaiter rester en Allemagne.<\/p>\n<p>Massu, contre cette id\u00e9e, temporise. Il va tenter de convaincre le g\u00e9n\u00e9ral de rentrer en France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais assez loin [\u2026] allant jusqu\u2019\u00e0 lui dire qu\u2019un homme comme lui ne peut pas laisser tomber le pays\u2026 qu\u2019il se d\u00e9shonorerait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Jacques <span class=\"caps\">MASSU<\/span> (1908-2002), Les Dossiers de l\u2019\u00e9cran, 2eme chaine de l\u2019<span class=\"caps\">ORTF<\/span>, juin 1983<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au bout de quelques heures, le g\u00e9n\u00e9ral reprend ses esprits et l\u2019\u00e9coute plus attentivement. La conversation continue et alors que Massu d\u00e9sesp\u00e8re et s\u2019appr\u00eate \u00e0 appeler l\u2019ambassadeur de France en Allemagne pour organiser l\u2019exil du pr\u00e9sident, le g\u00e9n\u00e9ral se l\u00e8ve et lui demande d\u2019appeler sa femme. Puis, il s\u2019entretient avec d\u2019autres membres de l\u2019\u00e9quipe. Il s\u2019est ressaisi et est repartit le soir m\u00eame. Le g\u00e9n\u00e9ral Massu avoue ne jamais avoir compris pourquoi de Gaulle \u00e9tait venu le voir, lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne voyait l\u2019ext\u00e9rieur que par le biais de la t\u00e9l\u00e9vision. En allant \u00e0 Baden-Baden, il voulait \u00e9chapper \u00e0 la manifestation qui se pr\u00e9parait ce jour-l\u00e0. Il voulait surtout marquer l\u2019opinion publique. L\u2019id\u00e9e de quitter Paris faisait en effet partie de ses hypoth\u00e8ses\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LEFRANC<\/span> (1922-2012), ancien r\u00e9sistant et proche collaborateur du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, Les Dossiers de l\u2019\u00e9cran, 2eme chaine de l\u2019<span class=\"caps\">ORTF<\/span>, juin 1983<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il souligne l\u2019isolement du Pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e pendant les \u00e9v\u00e9nements de mai. Puis vient le t\u00e9moignage de Bernard Tricot, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9lys\u00e9e en 1968. Il revient sur l\u2019ambiance \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque. Il d\u00e9crit aussi la tristesse et la fatigue du pr\u00e9sident au cours des \u00e9v\u00e9nements\u00a0: \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un homme humili\u00e9 de voir la situation dans laquelle \u00e9tait r\u00e9duit son gouvernement et humili\u00e9 pour la France, de voir comment ce pays g\u00e2chait ses chances\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces t\u00e9moignages attestent que le fondateur de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique \u00e9tait bel et bien \u00e9puis\u00e9 et pr\u00eat \u00e0 abandonner le pays. Un burn out politique in\u00e9dit\u00a0!<\/p>\n<p>Finalement, Charles de Gaulle va rentrer, sans doute ragaillardi par son entrevue et les conseils prodigu\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral Massu.\u00a0 Il r\u00e9appara\u00eet pour prendre la parole\u2026 et la parole va faire miracle<\/p>\n<p>Une semaine apr\u00e8s, de Gaulle a retrouv\u00e9 ses marques, les mots qu\u2019il faut, le ton qui s\u2019impose.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me retirerai pas [\u2026] Je ne changerai pas le Premier ministre, dont la valeur, la solidit\u00e9, la capacit\u00e9 m\u00e9ritent l\u2019hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui para\u00eetront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd\u2019hui l\u2019Assembl\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3074\" class=\"cit-num\">3074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours radiodiffus\u00e9, jeudi 30\u00a0mai 1968, 16\u00a0h\u00a030. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le transistor est toujours le \u00ab\u00a0cordon ombilical qui relie la France \u00e0 sa r\u00e9volution\u00a0\u00bb (Danielle Heymann). De Gaulle ajoute que \u00ab\u00a0partout et tout de suite, il faut que s\u2019organise l\u2019action civique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mitterrand, c\u2019est rat\u00e9\u00a0! Les cocos, chez Mao\u00a0! Le Rouquin, \u00e0 P\u00e9kin\u00a0! Giscard, avec nous\u00a0! De Gaulle n\u2019est pas seul\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3075\" class=\"cit-num\">3075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris scand\u00e9s par la foule sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, 30\u00a0mai 1968. <em>L\u2019Express<\/em>, \u00ab\u00a0Mai\u00a068, les archives secr\u00e8tes de la police\u00a0\u00bb, 19\u00a0mars 1998<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils sont donc 300\u00a0000\u00a0ou 400\u00a0000 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du g\u00e9n\u00e9ral, dans une solidarit\u00e9 populaire presque spontan\u00e9e. En fait, la manifestation \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e, mais le succ\u00e8s est inesp\u00e9r\u00e9\u00a0: ce ne sont pas seulement les anciens combattants et les bourgeois du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0arrondissement qui d\u00e9filent, on voit aussi beaucoup de jeunes et des gens modestes. En t\u00eate du cort\u00e8ge, Malraux, Mauriac, diverses personnalit\u00e9s, et Debr\u00e9 le gaulliste de la premi\u00e8re heure peut clamer\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle n\u2019est pas seul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>1968-1969, l\u2019affaire Markovi\u0107, premi\u00e8re \u00ab\u00a0infox\u00a0\u00bb\u00a0politique de la Ve R\u00e9publique\u00a0: fait divers sordide devenu affaire d\u2019\u00c9tat, visant \u00e0 d\u00e9consid\u00e9rer Pompidou.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Infox\u00a0: une information mensong\u00e8re, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment biais\u00e9e ou tronqu\u00e9e, diffus\u00e9e par un m\u00e9dia.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"15\" class=\"cit-num\">15<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Commission d\u2019enrichissement de la langue fran\u00e7aise, octobre 2018.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chose existait avant le mot, elle remonte m\u00eame \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime. Mais cette affaire reste embl\u00e9matique de son \u00e9poque, si proche et si lointaine \u2013 la fin du gaullisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est, je crois, un myst\u00e8re pour personne que je serai candidat \u00e0 une \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique quand il y en aura une. Mais je ne suis pas du tout press\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3084\" class=\"cit-num\">3084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), D\u00e9claration \u00e0 la fin de son s\u00e9jour \u00e0 Rome, 17\u00a0janvier 1969. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier ministre du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle durant six ans et particuli\u00e8rement habile pour \u00e9viter le pire en Mai 68, Pompidou a bien m\u00e9rit\u00e9 de la France et acquis une vraie popularit\u00e9. Il est remplac\u00e9 par Couve de Murville.<\/p>\n<p>Ce professeur, normalien et agr\u00e9g\u00e9 de lettres, a pris go\u00fbt \u00e0 la politique et vise plus haut. Il n\u2019y a qu\u2019un poste\u00a0: la pr\u00e9sidence. Il y pense. Quelques jours plus tard, \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un pass\u00e9 politique. J\u2019aurai peut-\u00eatre, si Dieu le veut, un destin national.\u00a0\u00bb Mais depuis octobre 1968, l\u2019affaire Markovi\u0107\u00a0empoisonne sa vie publique et priv\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un cadavre sur la route de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0: Les derniers secrets de l\u2019affaire Markovi\u0107.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Herv\u00e9 <span class=\"caps\">GATTEGNO<\/span> (n\u00e9 en 1964), titre de son dernier livre (publi\u00e9 le 25 octobre 2023)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce journaliste d\u2019investigation s\u2019est passionn\u00e9 pour ce \u00ab\u00a0fait divers sordide devenu affaire d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb dont reparle aussi l\u2019historien Arnaud Teyssier (n\u00e9 en 1958), haut fonctionnaire et historien fran\u00e7ais, s\u2019exprimant sur France Info et d\u2019autres m\u00e9dias. Emballement d\u2019une rumeur, mises en cause personnelles de quelques stars impliqu\u00e9es dans l\u2019affaire (\u00e0 commencer par Alain Delon) et entreprise de d\u00e9molition visant Pompidou, \u00e0 travers ce qu\u2019il a de plus cher au monde, sa femme.<\/p>\n<p>Tout commence le 1er octobre 1968. Un ferrailleur d\u00e9couvre le cadavre d\u2019un homme ligot\u00e9 dans une d\u00e9charge publique pr\u00e8s d\u2019\u00c9lancourt, dans les Yvelines. Le corps de Stefan Markovic est rapidement identifi\u00e9 par la police. Ce Yougoslave a probablement \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un r\u00e8glement de comptes. Il travaillait comme garde du corps d\u2019Alain Delon. Il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Il se m\u00e9fiait, il a laiss\u00e9 ce message post mortem.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il advienne, et pour tous les ennuis qui pourraient m\u2019\u00eatre caus\u00e9s, adressez-vous \u00e0 Alain Delon, \u00e0 sa femme et \u00e0 son associ\u00e9, un Corse, vrai gangster.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Stefan <span class=\"caps\">MARKOVIC<\/span> (1937-1968), message cit\u00e9 dans Affaire Markovi\u0107, Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>3 octobre 1968, deux inspecteurs sonnent \u00e0 la porte de l\u2019acteur install\u00e9 \u00e0 Saint-Tropez pour le tournage de <em>La Piscine<\/em> (avec Romy Schneider). Ils viennent l\u2019interroger sur le meurtre de son ami\u2026<\/p>\n<p>Alain Delon admet qu\u2019il s\u2019est quitt\u00e9 en mauvais terme avec la victime qu\u2019il a licenci\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0une personnalit\u00e9 envahissante\u00a0\u00bb au comportement \u00ab\u00a0devenu inacceptable\u00a0\u00bb. Il ne voulait \u00ab\u00a0plus avoir de rapport avec lui. On apprend quelques jours plus tard que son \u00e9pouse, Nathalie Delon, aurait eu une br\u00e8ve liaison avec Markovic, alors que le couple \u00e9tait en instance de divorce.<\/p>\n<p>La police soup\u00e7onne bient\u00f4t que la victime faisait chanter des personnalit\u00e9s avec des photos prises lors de soir\u00e9es libertines, parfois grossi\u00e8rement truqu\u00e9es. L\u2019enqu\u00eate explore les coulisses du cin\u00e9ma, puis celles du grand banditisme. Principal suspect, l\u2019associ\u00e9, le Corse en question dans le message, Fran\u00e7ois Marcantoni, figure du Milieu, authentique gangster (13 ans de prison au total), ami proche de Delon\u2026 Marcantoni affirme aux enqu\u00eateurs n\u2019avoir jamais parl\u00e9 \u00e0 la victime, avant d\u2019admettre dans<em> <span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>urore<\/em> qu\u2019il le connaissait, l\u2019ayant aid\u00e9 \u00e0 obtenir la prolongation de son permis de s\u00e9jour en France. Aucune charge n\u2019est pourtant retenue contre Delon ni Marcantoni.<\/p>\n<p>Mais un t\u00e9moin met en cause la femme de Pompidou, la tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante Claude pr\u00e9sente dans ces \u00ab\u00a0parties fines\u00a0\u00bb\u2026 Dans les d\u00eeners en ville, les salles de r\u00e9daction, la rumeur se r\u00e9pand \u00e0 la vitesse du son\u2026 Pompidou aimait la vie mondaine, il avait travaill\u00e9 chez Rothschild. Il appr\u00e9ciait le monde de l\u2019art, de l\u2019argent, du spectacle. Sa femme aussi. Le couple avait un train de vie tr\u00e8s diff\u00e9rent du personnel politique de l\u2019\u00e9poque. Il fr\u00e9quentait des artistes, le milieu du spectacle, les personnalit\u00e9s du show business, partait en vacances \u00e0 Saint-Tropez, roulait en Porsche\u2026<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas le genre de la \u00ab\u00a0maison de Gaulle\u00a0\u00bb, Couve de Murville, Michel Debr\u00e9\u2026 Un entourage plut\u00f4t jans\u00e9niste et bon bourgeois. Le pr\u00e9sident est plus ou moins inform\u00e9 par ses ministres et amis (selon l\u2019enqu\u00eate et divers t\u00e9moignages), plus ou moins incr\u00e9dule (idem)\u2026 et surtout tr\u00e8s contrari\u00e9. Il fait passer le message \u00e0 son ex-Premier ministre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites attention, vous allez peut-\u00eatre me succ\u00e9der, donc il faut peut-\u00eatre vous \u00e9loigner un peu de ce milieu-l\u00e0\u2026\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. <em>De Gaulle. Les infox de l\u2019Histoire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019affaire Markovic, Georges Pompidou face \u00e0 la calomnie\u00a0\u00bb.France Info Podcats.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, les r\u00e9seaux sociaux n\u2019existaient pas. La radio et la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9taient encore sous tutelle de l\u2019\u00c9tat. C\u2019est donc la presse \u00e9crite (majoritairement antigaulliste) qui commence \u00e0 \u00e9voquer la pr\u00e9sence d\u2019une femme politique dans l\u2019entourage de Markovi<br>\u00a0et d\u2019Alain Delon.<\/p>\n<p>D\u00e8s la mi-octobre, les quotidiens \u00e9voquent le carnet d\u2019adresses de Markovi\u0107. <em>Le Figaro<\/em> d\u00e9crit la victime\u00a0: \u00ab\u00a0Repris de justice, Markovic avait cependant r\u00e9ussi \u00e0 se faire de nombreuses relations dans les milieux de la politique, du spectacle et de la chanson. On \u00e9voque \u00ab\u00a0les noms de plusieurs actrices, de chanteuses, celui de la femme d\u2019un ancien membre du gouvernement et ceux d\u2019un d\u00e9put\u00e9, de deux hauts fonctionnaires et de plusieurs vedettes\u00a0\u00bb\u2026\u00a0 <em>Le Monde<\/em> parle de \u00ab\u00a0la promesse d\u2019un scandale en raison des relations que la victime avait pu nouer dans les milieux du spectacle, des rencontres qu\u2019elle avait pu faire dans le monde de la politique comme de ses liaisons avec de mauvais gar\u00e7ons\u00a0\u00bb\u2026 Quelques jours apr\u00e8s, <em>Le Figaro<\/em> est plus pr\u00e9cis, citant les possibles mobiles du crime\u00a0: \u00ab\u00a0escroquerie, chantage, trafic d\u2019influence ou peut-\u00eatre r\u00e8glement de comptes \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pompidou a bien \u00e9videmment entendu parler de l\u2019affaire par la presse. Mais il sous-estime encore son importance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je connaissais un peu Delon, mais pas assez pour me passionner pour son sort, loin de l\u00e0. J\u2019avais bien not\u00e9 l\u2019allusion \u00e0 la femme d\u2019un ancien ministre. Je m\u2019\u00e9tais m\u00eame pos\u00e9 la question, essayant de savoir \u00e0 qui cela pouvait s\u2019appliquer, \u00e9voquant un ou deux noms\u2026 Comme je n\u2019ai aucun go\u00fbt pour les ragots et pour principe de ne me m\u00ealer que de ce qui me regarde, j\u2019oubliai toutes ces histoires dont personne ne me parlait d\u2019ailleurs pour m\u2019occuper de mes propres affaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), cit\u00e9 par Jacques Chapsal, <em>Pour r\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9<\/em> (1982)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce m\u00eame 4 novembre, il interpelle Jean-Luc Javal, l\u2019un de ses anciens collaborateurs pr\u00e9sent dans ses bureaux, boulevard de La Tour-Maubourg\u00a0: \u00ab\u00a0Dites-moi, Javal, vous qui \u00eates toujours au courant de tout, qui est cet homme politique important dont parle la presse et qui serait m\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire Markovic\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Javal a justement \u00e9t\u00e9 mandat\u00e9 par Pierre Juillet pour lui faire part des rumeurs au sujet de son \u00e9pouse\u00a0! \u00ab\u00a0Il faut que vous sachiez quelque chose que personne n\u2019ose vous dire\u2026 La femme d\u2019un ancien ministre dont tout le monde parle \u00e0 propos de l\u2019affaire Markovic, c\u2019est votre femme et ce que je puis vous assurer, c\u2019est que dans les d\u00eeners en ville, dans les salles de r\u00e9daction, il n\u2019est question que de cela.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pompidou prend soudain conscience de la situation\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais indign\u00e9. Ainsi Couve [de Murville] n\u2019avait m\u00eame pas eu le courage de me pr\u00e9venir\u00a0! Ainsi ces hommes, dont plusieurs connaissaient bien mon m\u00e9nage, avaient plus ou moins cru \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 des faits puisqu\u2019ils jugeaient que l\u2019enqu\u00eate pouvait se poursuivre dans cette voie\u00a0! Ainsi le G\u00e9n\u00e9ral lui-m\u00eame, qui connaissait ma femme depuis si longtemps, n\u2019avait pas tout balay\u00e9 d\u2019un revers de main\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), cit\u00e9 par Jacques Chapsal, <em>Pour r\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9<\/em> (1982)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 6 novembre, il fait de vifs reproches aux \u00ab\u00a0barons\u00a0\u00bb du gaullisme avec qui il d\u00e9jeune\u00a0: Jacques Chaban-Delmas, Roger Frey, Olivier Guichard, Henri Rey et Jacques Foccart. \u00ab\u00a0C\u2019est une affaire que je ne laisserai pas passer comme cela\u2026 Notre honneur est en jeu, c\u2019est ce que nous avons de plus sacr\u00e9. Je tiens \u00e0 dire que si c\u2019est n\u00e9cessaire, c\u2019est moi qui vengerai l\u2019honneur de ma femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pompidou organise sa riposte. \u00c0 sa demande, il est re\u00e7u le 8 novembre par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et exprime son indignation. De Gaulle explique qu\u2019il n\u2019a jamais cru \u00e0 ces rumeurs et qu\u2019il a demand\u00e9 de le faire pr\u00e9venir. Apr\u00e8s l\u2019entretien, Pompidou r\u00e9sume \u00e0 Jacques Foccart la r\u00e9action de De Gaulle\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le G\u00e9n\u00e9ral semblait pein\u00e9 de tout cela, conscient que son Premier ministre et d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale un peu tout le monde, n\u2019avaient pas fait tout ce qu\u2019il fallait vis-\u00e0-vis de moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), cit\u00e9 par Jacques Foccart, <em>Le G\u00e9n\u00e9ral en mai \u2013 Journal de l\u2019\u00c9lys\u00e9e <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1998)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Pompidou prend enfin l\u2019affaire en main\u00a0! Il d\u00e9monte \u00ab\u00a0le m\u00e9canisme de l\u2019op\u00e9ration polici\u00e8re et judiciaire.\u00a0\u00bb Il met en \u00e9vidence les invraisemblances et les contradictions\u2026 Il \u00e9voque \u00ab\u00a0l\u2019orientation singuli\u00e8re des interrogatoires, men\u00e9s comme s\u2019il n\u2019y avait pas \u00e0 rechercher un assassin, mais la preuve du d\u00e9vergondage des Pompidou\u00a0\u00bb. Il fait part du curieux comportement de Jacques Aubert, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral pour la police au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, qui a selon lui colport\u00e9 des ragots aupr\u00e8s des journalistes. De Gaulle est apparemment impressionn\u00e9\u2026 En quittant Pompidou, il lui conseille de \u00ab\u00a0traiter ces racontars par le m\u00e9pris.\u00a0\u00bb Facile \u00e0 dire, mais Pompidou restera marqu\u00e9 \u00e0 vie par l\u2019\u00e9preuve de l\u2019Affaire Markovi\u0107.<\/p>\n<p>Cette affaire reste aussi pour la police une des enqu\u00eates les plus retentissantes de l\u2019apr\u00e8s-guerre\u00a0: 60 000 cotes judiciaires, un dossier lourd d\u2019une tonne et demie, conserv\u00e9 dans les coffres-forts du tribunal de Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne sommes que trois \u00e0 conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: Delon, moi et Dieu, or ce dernier ne balance jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MARCANTONI<\/span> (1920-2010) \u00ab\u00a0L\u2019ancien truand Fran\u00e7ois Marcantoni est mort\u00a0\u00bb, <em>France- Soir<\/em>, 20 ao\u00fbt 2010 (version du 24 octobre 2019 sur Internet Archive)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pompidou s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 plus pr\u00e9cis, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019\u00e9preuve. Laissons-lui le mot de la fin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9tais promis de tout savoir. Je sais tout. Les noms sont l\u00e0. \u00c0 l\u2019origine, il y a une sordide affaire de chantage et un crime quasi accidentel. Des hommes qui voulaient \u00ab\u00a0\u00e9craser l\u2019affaire\u00a0\u00bb ont eu l\u2019id\u00e9e de la politiser. D\u2019autres, qui voulaient me barrer la route, ont saisi la balle au bond. Et puis, certains, h\u00e9las\u00a0! ont laiss\u00e9 faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974) \u00e0 Pierre Viansson-Pont\u00e9, \u00ab\u00a0Georges Pompidou et l\u2039\u2009\u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb [archive]\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 30 septembre 1975<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son t\u00e9moignage, il exprime pr\u00e9cis\u00e9ment son ressentiment \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un certain nombre de fonctionnaires et d\u2019hommes politiques. Certains d\u2019entre eux virent leur carri\u00e8re politique d\u00e9finitivement ou provisoirement bloqu\u00e9e pendant sa pr\u00e9sidence.<\/p>\n<h4>Fran\u00e7ois Renaud, juge embl\u00e9matique pour sa lutte contre la p\u00e8gre lyonnaise, abattu de plusieurs balles en 1975\u2026 Cas d\u2019\u00e9cole d\u2019une affaire jamais \u00e9lucid\u00e9e.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mordez la ligne jaune, mordez-la bien, mais ne la d\u00e9passez pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"208\" class=\"cit-num\">208<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RENAUD<\/span> (1923-1975 ), cit\u00e9 par Xavier Niel,<em> Le Figaro<\/em>, 10 mai 2024<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est par cette citation m\u00e9taphorique que l\u2019homme d\u2019affaires Xavier Niel (n\u00e9 en 1967) a rendu hommage au juge d\u2019instruction Renaud Van Ruymbeke. \u00ab\u00a0C\u2019est le meilleur conseil que j\u2019ai re\u00e7u. L\u2019homme qui m\u2019a mis en prison et me l\u2019a donn\u00e9 est mort. Hommage \u00e0 Renaud Van Ruymbeke\u00a0\u00bb poursuit le fondateur et actionnaire principal d\u2019Iliad, groupe de t\u00e9l\u00e9communications fran\u00e7ais, maison m\u00e8re du fournisseur d\u2019acc\u00e8s \u00e0 Internet Free et de l\u2019op\u00e9rateur de t\u00e9l\u00e9phonie mobile Free Mobile.<\/p>\n<p>Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa condamnation, en 2006, pour recel d\u2019abus de bien sociaux. Un feuilleton judiciaire qu\u2019avait instruit Renaud Van Ruymbeke \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Autre hommage circonstanci\u00e9\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En huit ans de magistrature \u00e0 Lyon, le juge Renaud a trait\u00e9 1 500 affaires de droit commun\u00a0: braquages du gang des Lyonnais, hold-up du gang de Guy Reynaud dit \u00ab\u00a0le Dingue\u00a0\u00bb, enl\u00e8vement d\u2019Yves Marin-Lafl\u00e8che (riche h\u00f4telier lyonnais), plusieurs r\u00e8glements de comptes qui valent \u00e0 Lyon \u00e0 l\u2019\u00e9poque la triste appellation de \u00ab\u00a0Chicago-sur-Rh\u00f4ne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Roland <span class=\"caps\">PASSEVANT<\/span> (1928-2002), <em>Les Flammes de l\u2019exclusion\u00a0: ins\u00e9curit\u00e9 urbaine, Temps des cerises<\/em> (1999)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le <span class=\"caps\">CV<\/span> et le bilan de carri\u00e8re exceptionnel du premier magistrat fran\u00e7ais assassin\u00e9 depuis l\u2019Occupation, \u00e0 52 ans. Le personnage a inspir\u00e9 le r\u00e9alisateur Yves Boisset\u00a0:<em> Le Juge Fayard dit \u00ab\u00a0le Sh\u00e9riff\u00a0\u00bb<\/em> (1977), incarn\u00e9 par Patrick Dewaere qui pr\u00e9sente une \u00e9vidente ressemblance avec le \u00ab\u00a0petit juge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lors du tournage, Yves Boisset observe l\u2019acteur qui, selon lui, n\u2019interpr\u00e8te pas le r\u00f4le mais l\u2019incarne\u00a0: \u00ab\u00a0Ce jour-l\u00e0, j\u2019ai compris qu\u2019il ne jouait pas, mais qu\u2019il vivait la sc\u00e8ne et je me suis dit, mon Dieu, il est en danger\u00a0!\u00a0\u00bb Il mesure \u00e0 quel point ses r\u00f4les peuvent influencer la vie de Dewaere. Le r\u00e9alisateur se jure alors de ne lui proposer que des personnages et des histoires positives, mais Dewaere mit fin \u00e0 ses jours \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 35 ans, juste avant le d\u00e9but du prochain tournage avec Claude Lelouch, r\u00f4le du boxeur Marcel Cerdan\u00a0dans<em> \u00c9dith et Marcel.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas voulu remuer la merde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">MARCHAL<\/span> (n\u00e9 en 1958), ex policier, devenu acteur, r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il tourne lui aussi un film sur \u00ab\u00a0le gang des Lyonnais\u00a0\u00bb\u00a0:<em> Les Lyonnais<\/em> (2011) m\u00eale \u00ab\u00a0fiction totale et r\u00e9alit\u00e9s historiques, avec justesse et prudence\u00a0\u00bb selon Le Progr\u00e8s, 24 septembre 2011. Paradoxalement, il ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence au juge Fran\u00e7ois Renaud. C\u2019est le droit absolu de l\u2019auteur, f\u00fbt-il ex-policier. Refus de \u00ab\u00a0remuer la merde\u00a0\u00bb et crainte de s\u2019aventurer en terrain min\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, l\u2019affaire non r\u00e9solue reste tr\u00e8s sensible pour diverses raisons tenant au personnage, au lieu, aux circonstances et \u00e0 la \u00ab\u00a0le\u00e7on de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. C\u2019est ce qu\u2019on appelle un \u00ab\u00a0cas d\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, avec cette particularit\u00e9 notable\u00a0: Lyon l\u2019emporte ici sur Marseille.<\/p>\n<p>Le cas et la mort du \u00ab\u00a0petit juge\u00a0\u00bb, le myst\u00e8re qui entoure toujours cette affaire ne laissent pas d\u2019attiser la curiosit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Engag\u00e9 dans une guerre sans merci contre la mont\u00e9e d\u2019une criminalit\u00e9 des plus violentes, propre \u00e0 la r\u00e9gion lyonnaise depuis une douzaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019intr\u00e9pide magistrat est tomb\u00e9 dans une sorte d\u2019embuscade tendue par ceux qu\u2019il consid\u00e9rait moins comme des justiciables que comme des ennemis du peuple et de la loi. Si le mobile du crime n\u2019a rien, apparemment, de politique, le scandale de son impunit\u00e9 l\u2019est, au sens profond du terme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">DEROGY<\/span> (1925-1997), Enqu\u00eate sur un juge assassin\u00e9. <em>Vie et mort du magistrat lyonnais Fran\u00e7ois Renaud<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pionnier en France du journalisme d\u2019investigation, sa conclusion ne donne pas de nom, mais une accusation de principe. Au milieu d\u2019une foule de faits divers qui font la une des m\u00e9dias et tombent bient\u00f4t dans l\u2019oubli, l\u2019affaire reste aujourd\u2019hui encore un cas d\u2019\u00e9cole d\u2019autant plus passionnant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019assassinat du juge Renaud n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 totalement \u00e9clairci malgr\u00e9 de nombreuses enqu\u00eates publi\u00e9es, entre autres dans l\u2019Express\u00a0sous la plume de Jacques Derogy. La volont\u00e9 d\u2019\u00e9touffer, voire d\u2019enterrer ces affaires a-t-elle effectivement exist\u00e9\u00a0? L\u2019affaire du juge Renaud a \u00e9t\u00e9 instruite pas six magistrats successifs et 23 ans apr\u00e8s les faits, le 17 septembre 1992, elle a \u00e9t\u00e9 class\u00e9e sans suite. Depuis les faits ont \u00e9t\u00e9 prescrits.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">PINOL<\/span> (n\u00e9 en 1949), \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res sur Rh\u00f4ne-Alpes, l\u2019Affaire du juge Renaud de Lyon\u00a0\u00bb, 9 mars 1976, site de l\u2019<span class=\"caps\">INA<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle en historien sp\u00e9cialiste d\u2019histoire urbaine, professeur \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">ENS<\/span> (\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure) de Lyon. Et<em> Le Monde<\/em>, en date du 1er juillet 2015, revient sur l\u2019affaire qui fascine toujours\u00a0: \u00ab\u00a0Les myst\u00e8res de l\u2019assassinat du juge Renaud. Quarante apr\u00e8s les faits, le fils du magistrat est retourn\u00e9 voir les diff\u00e9rents acteurs d\u2019une affaire dans laquelle la R\u00e9publique ne sort pas grandie.\u00a0\u00bb Ce sera la seule conclusion de cette histoire.<\/p>\n<h4>Le faux suicide de Robert Boulin, 30 octobre 1979\u00a0: un myst\u00e8re toujours en d\u00e9bat.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit pas d\u2019un suicide, mais d\u2019un crime, contrairement \u00e0 la version officielle d\u2019une mort par noyade dans 50 cm d\u2019eau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"18\" class=\"cit-num\">18<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Beno\u00eet <span class=\"caps\">COLLOMBAT<\/span> (n\u00e9 en 1970). 30 octobre 2024, Francebleu.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste \u00e0 la cellule investigation de Radio France, il a travaill\u00e9 plus de vingt ans sur cette affaire d\u2019\u00c9tat \u00e0 rebondissements, compilant les t\u00e9moignages, regroupant des documents, recoupant les faits.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer\u2026 Sa conviction est faite sur le pr\u00e9tendu suicide de Robert Boulin. \u00ab\u00a0Ce que j\u2019ai pu documenter, c\u2019est que, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on a voulu le d\u00e9stabiliser politiquement avec une affaire bidon de terrain, Robert Boulin menace de donner des informations sur le <span class=\"caps\">RPR<\/span> [parti gaulliste fond\u00e9 trois ans auparavant], sur son financement ill\u00e9gal, sur ses accointances avec la Fran\u00e7afrique, avec l\u2019argent noir qui transite par le Gabon. C\u2019est sa r\u00e9action qui va causer sa perte selon moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rappelons les faits. Le mardi 30 octobre \u00e0 8\u2009h\u200940, le corps est d\u00e9couvert par les gendarmes dans un \u00e9tang peu profond \u00e0 Rambouillet (Yvelines) \u00c0 quelques m\u00e8tres de la berge, la voiture de Robert Boulin est retrouv\u00e9e verrouill\u00e9e, avec un mot d\u2019adieu \u00e9crit sur un bristol et d\u00e9pos\u00e9 sur le pare-brise. Dans la corbeille de son bureau, on retrouvera peu apr\u00e8s un papier d\u00e9chir\u00e9, ais\u00e9ment reconstitu\u00e9 avec ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019intention de me noyer dans un lac de la for\u00eat de Rambouillet o\u00f9 j\u2019aimais beaucoup faire du cheval.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La France apprend avec stupeur son suicide \u2013 th\u00e8se officielle, sans attendre l\u2019autopsie. Ancien r\u00e9sistant, gaulliste historique, avocat, tr\u00e8s populaire d\u00e9put\u00e9-maire de Libourne (Gironde), plusieurs fois ministre, impliqu\u00e9 dans une affaire d\u2019achat de terrain \u00e0 Ramatuelle, il s\u2019est noy\u00e9 apr\u00e8s ingestion de barbiturique. Pour preuve, plusieurs lettres expliquent son geste. Mais elles seront bient\u00f4t suspect\u00e9es\u2026 Alors que d\u2019autres faits sont incontestables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a retrouv\u00e9 le corps, \u00e0 7 m\u00e8tres du rivage. Le corps flottait, le visage \u00e9tait aux deux tiers hors de l\u2019eau, pleins d\u2019ecchymoses et d\u2019h\u00e9matomes tr\u00e8s traumatis\u00e9s. On ne voyait qu\u2019un bras, l\u2019autre on ne le voyait pas [\u2026] Son corps \u00e9tait tout recroquevill\u00e9 et l\u2019un des pompiers a m\u00eame d\u00e9clar\u00e9 je m\u2019en souviens, \u201don dirait qu\u2019il sort d\u2019une malle\u201d.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Priscillia <span class=\"caps\">ABEREKO<\/span>, L\u2019Affaire Boulin\u2009: qui a tu\u00e9 l\u2019ancien ministre du Travail de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing\u2009? Public Senat, 15 juin 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arriv\u00e9 en m\u00eame temps que les pompiers sur les lieux du drame, le m\u00e9decin du Samu se rappellera les d\u00e9tails qui contredisent totalement la version du suicide. Pour lui, c\u2019est \u00e9vident, la noyade n\u2019est pas \u00e0 l\u2019origine des marques sur son visage. Autre constatation d\u2019un t\u00e9moin \u00e9galement professionnel, aussi pr\u00e9cis et formel\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout de suite, ce qui nous a saut\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait dans l\u2019eau, mais pas dans la position d\u2019un noy\u00e9. Il \u00e9tait \u00e0 quatre pattes, un bras en l\u2019air et un autre vers le bas. [\u2026] On avait l\u2019impression qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 mort dans l\u2019eau, parce qu\u2019il n\u2019avait pas la position d\u2019un noy\u00e9 dans l\u2019eau. \u00c0 priori, il devait \u00eatre mort avant. [\u2026] Vu sa position dans l\u2019eau, ce n\u2019\u00e9tait pas possible que ce soit un suicide.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">M\u00e9decin r\u00e9animateur, de garde avec les pompiers le jour de la d\u00e9couverte du corps de Robert Boulin. SudOuest.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 entendu dans l\u2019enqu\u00eate initiale, mais la juge d\u2019instruction Aude Montrieux a recueilli plus tard ce nouveau t\u00e9moignage\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait presque \u00e0 genoux. [\u2026] Il \u00e9tait comme assis, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il \u00e9tait comme dans une position assise mais penchant vers le bas. [\u2026] Un noy\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 plat sur l\u2019eau. Il n\u2019avait pas la position d\u2019un noy\u00e9, pas du tout.\u00a0\u00bb Autre fait anormal\u2026.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019un premier substitut se d\u00e9place lui-m\u00eame pour intervenir au cours d\u2019une autopsie et pour demander \u00e0 un m\u00e9decin de ne pas faire tel ou tel acte, je ne l\u2019avais jamais vu. Il a simplement d\u00e9clar\u00e9, \u201dNon, pas la t\u00eate, la famille s\u2019y oppose\u201d\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Pierre <span class=\"caps\">COURTEL<\/span>, ancien inspecteur de police <span class=\"caps\">SRPJ<\/span> de Versailles, L\u2019Affaire Boulin\u2009: qui a tu\u00e9 l\u2019ancien ministre du Travail de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing\u2009? Public Senat, 15 juin 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et la premi\u00e8re autopsie s\u2019arr\u00eate, \u00e0 la demande du juge, avec la description du visage tum\u00e9fi\u00e9, sans analyser les fractures du cr\u00e2ne. Alors que selon c t\u00e9moin professionnel, l\u2019examen approfondi du cr\u00e2ne aurait permis de conna\u00eetre rapidement les raisons de la mort\u00a0!<\/p>\n<p>Autopsie incompl\u00e8te, disparition de toutes les pi\u00e8ces \u00e0 conviction (organes, collecte de sang\u2026), pour la famille Boulin, il ne fait plus aucun doute qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un sabotage.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019attente, en 1983, la famille Boulin, conseill\u00e9e par l\u2019avocat bien connu Jacques Verg\u00e8s, d\u00e9pose plainte contre X. L\u2019information judiciaire men\u00e9e pendant neuf ans aboutit \u00e0 un non-lieu en 1992. Le non-lieu est confirm\u00e9 en appel.<\/p>\n<p>Cinq ans apr\u00e8s le vol de scell\u00e9s en 2010 et suite \u00e0 une nouvelle plainte avec constitution de partie civile de\u00a0sa fille Fabienne Boulin-Burgeat (n\u00e9e en 1951), une nouvelle information judiciaire s\u2019ouvre, cette fois, pour \u00ab\u00a0arrestation, enl\u00e8vement et s\u00e9questration suivi de mort ou assassinat.\u00a0\u00bb Divers t\u00e9moignages relancent l\u2019affaire \u00e0 plusieurs reprises, d\u2019o\u00f9 l\u2019impression d\u2019un mauvais feuilleton policier qui n\u2019en finit pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais t\u00e9moign\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019\u00e9tais mort (\u2026). Si ces gens avaient \u00e9t\u00e9 capables de tuer un ministre, imaginez ce qu\u2019ils auraient pu faire avec moi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"auteur\">Elio <span class=\"caps\">DARMON<\/span> (n\u00e9 en 1948), <em>Ouest-France<\/em>, 7 novembre 2024<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, son \u00e2ge (76 ans) et ses soucis de sant\u00e9 l\u2019ont convaincu que le temps de parler \u00e9tait venu, car il se trouvait, d\u00e9sormais, \u00ab\u00a0au cr\u00e9puscule de [sa] vie\u00a0\u00bb et n\u2019avait plus grand-chose \u00e0 perdre. Ces derniers jours, Elio Darmon a d\u00e9livr\u00e9 plusieurs interviews \u00e0 la presse, confirmant les propos tenus devant le juge. Un affabulateur\u00a0? Pas certain\u00a0: si ses d\u00e9clarations sont absolument fracassantes, les v\u00e9rifications effectu\u00e9es semblent les cr\u00e9dibiliser.<\/p>\n<p>D\u2019autant plus que la version du crime politique est toujours plausible. Et cela depuis le d\u00e9but de l\u2019affaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La rupture avec Giscard a provoqu\u00e9 la naissance d\u2019une haine presque ovarienne, c\u2019est-\u00e0-dire visc\u00e9rale et profonde. Nous avions le sentiment que Giscard nous avait d\u00e9rob\u00e9, vol\u00e9 le pouvoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">PONS<\/span> (1926-2022). L\u2019Affaire Boulin\u2009: qui a tu\u00e9 l\u2019ancien ministre du Travail de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing\u2009? Public Senat, 15 juin 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tiraill\u00e9 entre sa loyaut\u00e9 envers Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing et son appartenance \u00e0 la famille gaulliste, Robert Boulin va devenir une cible et son destin va basculer.<\/p>\n<p>Accus\u00e9 et menac\u00e9 de toutes parts, y compris dans sa propre famille politique, le ministre se sait en danger et d\u00e9clare \u00e0 son entourage\u00a0: \u00ab\u00a0Le grand veut ma peau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jean Lalande, beau-fr\u00e8re de Robert Boulin va l\u2019apprendre aussi par un responsable des services d\u2019\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques de Gironde\u2009\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019a dit le contrat est pour mardi. Il m\u2019a dit d\u2019avertir Robert Boulin qu\u2019il y avait un contrat sur lui. Il m\u2019a donc donn\u00e9 le temps et la date.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait l\u2019air d\u2019un homme qui avait envie de se battre. Il \u00e9tait combatif. Il avait de bonnes raisons de penser qu\u2019avec les dossiers qu\u2019il d\u00e9tenait, il arriverait \u00e0 faire taire ses d\u00e9tracteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">FONFREDE<\/span> (n\u00e9 en 1947), t\u00e9moin dans l\u2019affaire Boulin. France Inter, par Beno\u00eet Collombat. 28 janvier 2013<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la mort du ministre, l\u2019ancien assistant parlementaire du d\u00e9put\u00e9 suppl\u00e9ant de Robert Boulin a re\u00e7u l\u2019ordre de faire d\u00e9truire toutes les archives de Robert Boulin par des hommes du <span class=\"caps\">SAC<\/span> (Service d\u2019action civique), service d\u2019ordre muscl\u00e9 du parti gaulliste, engag\u00e9 alors dans une d\u00e9rive sanglante sur d\u2019autres fronts. Dans ces archives transport\u00e9es depuis Paris par des camionnettes de gendarmerie jusqu\u2019\u00e0 la ville de Libourne (dont Robert Boulin \u00e9tait le d\u00e9put\u00e9-maire) se trouvaient de nombreux courriers personnels envoy\u00e9s par le ministre \u00e0 des proches, notamment ses amis francs-ma\u00e7ons. Ces courriers, Bernard Fonfr\u00e8de les a lus avant leur destruction. Il t\u00e9moigne clairement\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Monsieur Boulin expliquait qu\u2019il avait des dossiers concernant le financement des partis politiques, principalement le <span class=\"caps\">RPR<\/span>, par des soci\u00e9t\u00e9s africaines, comme Elf-Gabon. Il pr\u00e9tendait qu\u2019il avait de quoi faire taire tous ses d\u00e9tracteurs. Il parlait d\u2019Elf-Gabon, principalement, mais il parlait aussi de comptes en Suisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bernard Fonfr\u00e8de explique \u00e9galement que dans ses lettres, Robert Boulin se sentait clairement menac\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9crivait par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Le Grand veut ma peau.\u00a0\u00bb Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Ils veulent me descendre.\u00a0\u00bb \u00c7a veut dire quoi\u00a0? Me descendre politiquement\u2026 ou physiquement\u00a0\u00bb, s\u2019interroge ce t\u00e9moin qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 entendu par la justice. \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait l\u2019omerta\u00a0\u00bb dit-il. Mais il se dit pr\u00eat \u00e0 en dire davantage devant un juge d\u2019instruction, en cas de r\u00e9ouverture du dossier.<\/p>\n<p>Il a d\u2019autant plus de m\u00e9rite qu\u2019en 2003, il s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 confi\u00e9 \u00e0 France Inter, racontant l\u2019op\u00e9ration de destruction des archives, sans d\u00e9voiler le contenu des courriers, par pr\u00e9caution. Mais quelques jours apr\u00e8s la diffusion de son t\u00e9moignage, il est approch\u00e9 par deux individus louches qui lui conseillent d\u2019\u00e9viter de parler des archives de Boulin. Le soir m\u00eame, violemment agress\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de sa maison, il se retrouve \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour un mois, avec deux jours dans le coma et deux fractures du cr\u00e2ne, \u00e9chappant de peu \u00e0 la mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours pens\u00e9, ayant bien \u00e9tudi\u00e9 la question, que Robert Boulin avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. La justice a failli. M\u00eame 30 ans apr\u00e8s, il faut tenter de chercher la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019Histoire finira pas dire la v\u00e9rit\u00e9. Le ou les vrais responsables on les retrouvent dans plusieurs capitales\u00a0: \u00e0 Libreville, chez Bongo, \u00e0 Bangui, en Centrafrique, et peut-\u00eatre \u00e0 Paris\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">PROBST<\/span> (1949-2014) Ex-conseiller de Charles Pasqua et de Jacques Chirac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin connaisseur des r\u00e9seaux \u00ab\u00a0fran\u00e7africains\u00a0\u00bb, Jean-Fran\u00e7ois Probst consid\u00e9rait que Robert Boulin a bien \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Il faisait, lui aussi, le lien avec les \u00ab\u00a0affaires africaines\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Peut-on, doit-on \u00e9crire\u00a0: Affaire \u00e0 suivre\u00a0? Ou la raison d\u2019\u00c9tat est-elle encore si forte dans notre d\u00e9mocratie fran\u00e7aise, plus de quarante-cinq ans apr\u00e8s\u00a0?<\/p>\n<h4>Affaire des diamants de Bokassa\u00a0: le pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing plus victime que coupable dans cette histoire lanc\u00e9e par la presse en 1979.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3193\" class=\"cit-num\">3193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), interrog\u00e9 sur l\u2019\u00ab\u00a0affaire des diamants\u00a0\u00bb, Antenne 2, 27\u00a0novembre 1979<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>10\u00a0octobre dernier, <em>Le Canard encha\u00een\u00e9<\/em> publie que Bokassa, pr\u00e9sident d\u00e9chu de la R\u00e9publique centrafricaine, fit cadeau de diamants \u00e0 Giscard d\u2019Estaing, ministre des Finances, en 1973. Valeur, un\u00a0million de francs, selon une note de Bokassa. \u00ab\u00a0C\u2019est grotesque\u00a0\u00bb, selon <span class=\"caps\">VGE<\/span>. Les diamants, oubli\u00e9s dans un tiroir, ont \u00e9t\u00e9 estim\u00e9s entre 4\u00a0000\u00a0et 7\u00a0000 francs. La note est un faux grossier.<\/p>\n<p>Mais <em>Le\u00a0Monde<\/em> reprend l\u2019information et d\u00e9nonce le silence de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La semaine suivante, <em>Le Canard<\/em> publie une nouvelle note de Bokassa, sur des diamants remis \u00e0 Giscard devenu pr\u00e9sident, et la presse internationale se d\u00e9cha\u00eene sur ce \u00ab\u00a0Watergate parisien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><span class=\"caps\">VGE<\/span> ne change pas de ligne de d\u00e9fense, autrement dit, il ne se d\u00e9fend m\u00eame pas. <em>Le Point<\/em> publiera une contre-enqu\u00eate infirmant la plupart des accusations. La <span class=\"caps\">DST<\/span> r\u00e9v\u00e9lera qu\u2019on a aid\u00e9 Bokassa dans cette manipulation. Trop tard, le m\u00e9pris silencieux de l\u2019accus\u00e9 l\u2019a finalement rendu suspect\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019imaginais que les Fran\u00e7ais \u00e9carteraient d\u2019eux-m\u00eames l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une telle m\u00e9diocrit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crira-t-il dans<em> Le Pouvoir et la vie<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>,<em> L\u2019Affrontement<\/em> (1991).<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0J&#8217;aime passionn\u00e9ment le myst\u00e8re, parce que j&#8217;ai toujours l&#8217;espoir de le d\u00e9brouiller.\u00a0\u00bb Charles BAUDELAIRE (1821-1867). Le Spleen de Paris (recueil posthume de po\u00e8mes en prose, 1869) Les myst\u00e8res ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique en leur temps, nourris par la rumeur &#8211; bien avant la presse, les r\u00e9seaux sociaux et toutes les \u00ab\u00a0autoroutes de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb\u00a0! [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":212,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-1994","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1994","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1994"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1994\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12540,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1994\/revisions\/12540"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1994"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1994"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1994"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}