{"id":1999,"date":"2025-05-19T00:00:00","date_gmt":"2025-05-18T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/19\/les-mysteres-de-lhistoire-de-napoleon-a-la-seconde-guerre-mondiale\/"},"modified":"2026-05-18T17:54:41","modified_gmt":"2026-05-18T15:54:41","slug":"les-mysteres-de-lhistoire-de-napoleon-a-la-seconde-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mysteres-de-lhistoire-de-napoleon-a-la-seconde-guerre-mondiale\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res de l\u2019histoire (de Napol\u00e9on \u00e0 la Seconde Guerre Mondiale)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1999\" class=\"elementor elementor-1999\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-740b391a e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"740b391a\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-2148658e elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"2148658e\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p>\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\"><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 10px;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-7-1.jpg\" width=\"165\" height=\"220\"><\/a>\u00ab\u00a0J\u2019aime passionn\u00e9ment le myst\u00e8re, parce que j\u2019ai toujours l\u2019espoir de le d\u00e9brouiller.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867). <em>Le Spleen de Paris<\/em> (recueil posthume de po\u00e8mes en prose, 1869)<\/p><\/blockquote><p>Les myst\u00e8res ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique en leur temps, nourris par la rumeur \u2013 bien avant la presse, les r\u00e9seaux sociaux et toutes les \u00ab\u00a0autoroutes de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p><p>Petits et grands myst\u00e8res alternent, souvent associ\u00e9s \u00e0 des Affaires majuscules \u2013 des Templiers \u00e0 l\u2019Affaire Dreyfus. Tant de fois comment\u00e9es, souvent fascinantes, elles sont un vivant reflet de leur \u00e9poque, mais aussi de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me humaine\u00a0\u00bb qui ne varie gu\u00e8re.<\/p><p>Certains myst\u00e8res sont aujourd\u2019hui r\u00e9solus \u2013 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de peste noire, le Collier de la Reine, l\u2019Affaire du Rainbow warrior. D\u2019autres demeurent \u2013 l\u2019assassinat d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, l\u2019\u00e9nigme du Masque de fer et l\u2019Affaire des poisons au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, l\u2019affaire du petit Gr\u00e9gory de nos jours.<\/p><p>Quelques personnages restent \u00e0 jamais (et volontairement) myst\u00e9rieux \u2013 du roi Philippe le Bel \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand, en passant par le marquis de Sade\u2026 et de Gaulle\u00a0: \u00ab\u00a0La grandeur a besoin de myst\u00e8re. On admire mal ce qu\u2019on conna\u00eet bien.\u00a0\u00bb Quant \u00e0 Moli\u00e8re, objet des pires fake-news de son temps, sa vie comporte toujours certains myst\u00e8res.<\/p><p>De nos jours, les \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb se multiplient, le journalisme d\u2019investigation devient un genre prosp\u00e8re et les proc\u00e8s font la une des m\u00e9dias. Faut-il y voir un progr\u00e8s dans la justice, la \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb et la d\u00e9mocratie, ou une d\u00e9rive soci\u00e9tale dangereuse\u00a0?<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><h4>L\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne.<\/h4><h4>Napol\u00e9on suicidaire\u00a0: face cach\u00e9e du personnage, mort \u00e0 51 ans de mort naturelle\u2026 ou pas, selon diverses rumeurs.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours seul au milieu des hommes, je rentre pour r\u00eaver avec moi-m\u00eame et me livrer \u00e0 toute la vivacit\u00e9 de ma m\u00e9lancolie. De quel c\u00f4t\u00e9 est-elle tourn\u00e9e aujourd\u2019hui\u00a0? Du c\u00f4t\u00e9 de la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 3 mai 1786. Cit\u00e9 par Jean-Baptiste Marcaggi (1866-1933), historien, romancier, journaliste, directeur de la Biblioth\u00e8que d\u2019Ajaccio de 1897 \u00e0 1910, et de 1921 \u00e0 1933<\/p><\/blockquote><p>Il a 17 ans et d\u00e9sesp\u00e8re d\u00e9j\u00e0 de la vie. De retour en Corse, il maudit notamment les Fran\u00e7ais qui se sont empar\u00e9s de son \u00eele et se livre \u00e0 une introspection quasi-romantique, avec ce physique de \u00ab\u00a0jeune premier\u00a0\u00bb remarquable dans les premiers tableaux de David ou Antoine-Jean Gros.<\/p><p>\u00ab\u00a0Quelle fureur me porte donc \u00e0 vouloir ma destruction\u00a0? Sans doute, que faire dans ce monde\u00a0? Puisque je dois mourir, ne vaut-il pas autant se tuer\u00a0? Si j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 soixante ans, je respecterais le pr\u00e9jug\u00e9 de mes contemporains et j\u2019attendrais patiemment que la nature eut achev\u00e9 son cours\u00a0; mais puisque je commence \u00e0 \u00e9prouver des malheurs, que rien n\u2019est plaisir pour moi, pourquoi supporterais-je des jours que rien ne prosp\u00e8re\u00a0? Que les hommes sont \u00e9loign\u00e9s de la nature\u00a0! Qu\u2019ils sont l\u00e2ches, vils, rampants\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis annul\u00e9 de la nature humaine\u00a0! j\u2019ai besoin de solitude et d\u2019isolement\u00a0; la grandeur m\u2019ennuie\u00a0; le sentiment est dess\u00e9ch\u00e9\u00a0; la gloire est fade\u00a0; \u00e0 29 ans, j\u2019ai tout \u00e9puis\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1767\" class=\"cit-num\">1767<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Lettre \u00e0 Joseph Bonaparte, Le\u00a0Caire 25\u00a0juillet\u00a01799. <em>Dictionnaire des citations fran\u00e7aises,<\/em> Le Robert<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est moins un mot historique (apr\u00e8s la victoire d\u2019Aboukir) qu\u2019un diagnostic de d\u00e9pression nerveuse \u2013 br\u00e8ve, il va aussit\u00f4t quitter l\u2019\u00c9gypte et rentrer \u00e0 Paris pour pr\u00e9parer son coup d\u2019\u00c9tat de brumaire.<\/p><p>Hyperactif quasi maladif, infatigable battant, il songeait au suicide pour la premi\u00e8re fois \u00e0 17 ans. Il fera plusieurs tentatives, \u00e0 Arcis-sur-Aube o\u00f9 il se bat, \u00e0 Fontainebleau apr\u00e8s l\u2019abdication, o\u00f9 il use du poison, puis \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, lieu du premier exil, avant de reprendre chaque fois courage. Br\u00e8ves faiblesses d\u2019un homme fort.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai tout fait pour mourir \u00e0 Arcis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1883\" class=\"cit-num\">1883<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Caulaincourt, \u00e9voquant la bataille du 19\u00a0mars 1814. <em>M\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Caulaincourt, duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur<\/em> (posthume, 1933)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019aveu est post\u00e9rieur \u00e0 la bataille. Plusieurs fois, Napol\u00e9on tenta de se suicider, notamment \u00e0 l\u2019opium. Et chaque fois, il regrettait cette mort qui se refusait \u00e0 lui.<\/p><p>Mais le 19\u00a0mars 1814, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, il s\u2019est jet\u00e9 dans la m\u00eal\u00e9e \u00e0 Arcis-sur-Aube, bient\u00f4t rejoint par sa Garde. La bataille est rest\u00e9e ind\u00e9cise face \u00e0 Schwarzenberg, ex-ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris, ex-alli\u00e9 de Napol\u00e9on pendant la campagne de Russie, qui commande \u00e0 pr\u00e9sent les arm\u00e9es alli\u00e9es envahissant la France. L\u2019\u00e9tau se resserre autour de Paris.<\/p><p>Le soir du 12\u00a0avril 1814, \u00e0 Fontainebleau, Napol\u00e9on tentera \u00e0 nouveau de se suicider en avalant du cyanure \u2013 cette fois il vomit en souffrant abominablement et renonce \u00e0 la mort qui ne veut pas de lui.<\/p><p>Deux pistolets avec lesquels l\u2019empereur Napol\u00e9on Ier aurait voulu se suicider en 1814 ont \u00e9t\u00e9 vendus aux ench\u00e8res le dimanche 7 juillet 2024. Class\u00e9s \u00ab\u00a0tr\u00e9sors nationaux\u00a0\u00bb par le minist\u00e8re de la Culture, ils ne doivent pas quitter longtemps notre territoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p><\/blockquote><p>Ces mots sont dans son testament, dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe.<\/p><p>Interminable d\u00e9bat sur sa mort \u2013 enrichi par les d\u00e9couvertes de la m\u00e9decine. Ulc\u00e8re ou cancer de l\u2019estomac \u2013 il aurait h\u00e9rit\u00e9 de ce mal paternel et portait souvent la main sur son ventre. On d\u00e9tecte aussi la pr\u00e9sence d\u2019arsenic dans les cheveux \u2013 ce qui ne signifie pas forc\u00e9ment empoisonnement criminel\u2026<\/p><p>S\u2019il faut absolument chercher l\u2019origine de la maladie et du d\u00e9c\u00e8s de l\u2019Empereur, il n\u2019est pas interdit de penser que son attitude \u00e0 Longwood fut suicidaire. Un psychoth\u00e9rapeute (m\u00e9tier alors inconnu) l\u2019aurait aid\u00e9\u00a0\u00e0 prendre conscience de la perte de son statut de chef d\u2019\u00c9tat, \u00e0 surmonter le traumatisme de l\u2019exil et \u00e0 voir son avenir autrement. S\u2019il avait accept\u00e9 de n\u00e9gocier les conditions de sa d\u00e9tention, examin\u00e9 les propositions d\u2019Hudson Lowe \u2013 pas toutes malveillantes \u2013 de participer \u00e0 la vie sociale de l\u2019\u00eele en r\u00e9pondant aux invitations et en continuant \u00e0 recevoir des invit\u00e9s\u00a0; s\u2019il n\u2019avait ressass\u00e9 sans tr\u00eave les phases glorieuses de sa carri\u00e8re, s\u2019il n\u2019avait sans rel\u00e2che cherch\u00e9 les raisons de ses \u00e9checs\u00a0; s\u2019il n\u2019avait inconsciemment favoris\u00e9 les querelles intestines de son entourage (les officiers, leurs \u00e9pouses et les domestiques)\u2026 Si cet hyperactif n\u00e9 avait tout simplement pris un minimum d\u2019exercice physique et renonc\u00e9 \u00e0 mener une vie confin\u00e9e, \u00e0 prendre la nuit pour le jour et \u00e0 se nourrir \u00e0 la va-vite (comme il l\u2019avait toujours fait)\u2026 il aurait pass\u00e9 moins de temps \u00e0\u00a0 \u00ab\u00a0se faire du mauvais sang\u00a0\u00bb selon la formule populaire et n\u2019aurait pas d\u00e9grad\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement sa sant\u00e9 \u00e0 cinquante ans. Fin 1820, il aurait emm\u00e9nag\u00e9 dans la neuve et confortable maison construite sp\u00e9cialement \u00e0 son intention, attendant la lassitude de ses adversaires et la n\u00e9cessit\u00e9 pour la France d\u2019un \u00ab\u00a0recours\u00a0\u00bb. Il n\u2019aurait eu que 60 ans\u2026 De Gaulle qui n\u2019attendait que cela fut rappel\u00e9 au pouvoir \u00e0 70 ans.<\/p><p>Mais le destin auquel Napol\u00e9on croyait avec une superstition de vrai Corse lui a quand m\u00eame donn\u00e9 vingt ans d\u2019une \u00e9pop\u00e9e unique au monde, entr\u00e9e dans la l\u00e9gende, avec ses soleils d\u2019Austerlitz et ses zones d\u2019ombre.<\/p><h4>L\u2019assassinat du duc d\u2019Enghien\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019air est plein de poignards\u00a0\u00bb\u2026 et l\u2019affaire est r\u00e9gl\u00e9e en 24h,\u00a0au m\u00e9pris du droit et de la v\u00e9rit\u00e9.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p><\/blockquote><p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), Fouch\u00e9 apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Il a pour complice Cadoudal, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise fin 1800, et que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Tous ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul.<\/p><p>Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vis dans une d\u00e9fiance continuelle. Chaque jour, on voit \u00e9clore de nouveaux complots contre ma vie. Les Bourbons me prennent pour leur unique point de mire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1742\" class=\"cit-num\">1742<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re Joseph. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p><\/blockquote><p>Et ce n\u2019est pas une parano\u00efa de dictateur\u00a0! De son propre aveu, le comte d\u2019Artois (fr\u00e8re du comte de Provence et futur Charles\u00a0X) entretenait 60 assassins dans Paris. C\u2019est lui qui a nomm\u00e9 Cadoudal, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es du roi en 1800.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p><\/blockquote><p>Cadoudal vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un \u00ab\u00a0prince fran\u00e7ais complice\u00a0\u00bb\u00a0: de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9 pr\u00e8s de la fronti\u00e8re en Allemagne.<\/p><p>Le lendemain, le Premier Consul, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars, par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement arr\u00eate que le ci-devant duc d\u2019Enghien, pr\u00e9venu [\u2026] de faire partie des complots tram\u00e9s [\u2026] contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de la R\u00e9publique, sera traduit devant une commission militaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1744\" class=\"cit-num\">1744<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Proc\u00e8s-verbal du 20\u00a0mars 1804. <em>M\u00e9moires historiques sur la catastrophe du duc d\u2019Enghien<\/em> (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon<\/p><\/blockquote><p>Le prince de 32 ans qui pr\u00e9parait son mariage ne comprend rien \u00e0 ce qui lui arrive\u2026 Il se retrouve enferm\u00e9 au ch\u00e2teau de Vincennes. Le soir m\u00eame, il est jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Duc d\u2019enghien (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p><\/blockquote><p>Bonaparte avait la preuve que le dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9 n\u2019est pour rien dans le complot Cadoudal, m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain ayant fait le projet de l\u2019assassiner. De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9.<\/p><p>Mais l\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1746\" class=\"cit-num\">1746<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Bonapartisme<\/em> (1980), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p><\/blockquote><p>Empereur, il \u00e9crira ces mots, en repensant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien. Dans son testament \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il revendique la responsabilit\u00e9 de cet acte que la post\u00e9rit\u00e9 jugera comme un crime\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph boulay de la meurthe (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p><\/blockquote><p>Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), Boulay de la Meurthe a ce jugement s\u00e9v\u00e8re. Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir\u00a0!<\/p><p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb. Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on sous l\u2019Empire \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p><h3><span class=\"caps\">RESTAURATION<\/span> et <span class=\"caps\">MONARCHIE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">JUILLET<\/span><\/h3><h4>L\u2019ordre des j\u00e9suites est r\u00e9tabli au d\u00e9but de la Restauration\u00a0: p\u00e9dophilie en question, myst\u00e8re bien gard\u00e9\u2026 ou pratique banale\u00a0qui survit au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0?<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes noirs, d\u2019o\u00f9 sortez-vous\u00a0?<br>Nous sortons de dessous terre,<br>Moiti\u00e9 renards, moiti\u00e9 loups.<br>Notre r\u00e8gle est un myst\u00e8re.<br>Nous sommes fils de Loyola,<br>Vous savez pourquoi l\u2019on nous exila.<br>Nous rentrons\u00a0; songez \u00e0 vous taire\u00a0!<br>Et que vos enfants suivent nos le\u00e7ons.<br>C\u2019est nous qui fessons, et qui refessons,<br>Les jolis petits, les jolis gar\u00e7ons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1967\" class=\"cit-num\">1967<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Les R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res<\/em>, chanson. <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00a0: de la r\u00e9volution \u00e0 la belle \u00e9poque<\/em> (1981), Paul Guth<\/p><\/blockquote><p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre chansonnier contemporain vise les j\u00e9suites, de retour avec la monarchie. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> a r\u00e9tabli leur ordre, le 7\u00a0ao\u00fbt 1814. La Charte en forme de compromis constitutionnel reconna\u00eet la libert\u00e9 du culte, mais fait du catholicisme la religion d\u2019\u00c9tat et les p\u00e8res j\u00e9suites pensent avoir le quasi-monopole de l\u2019\u00e9ducation.<\/p><p>Les deux derniers vers aux accents plaisamment polissons d\u00e9noncent en fait la p\u00e9dophilie, pratiqu\u00e9e dans certains coll\u00e8ges catholiques. Cela ne change rien \u00e0 \u00ab\u00a0la chose\u00a0\u00bb, mais l\u2019adolescence n\u2019existait pas sous l\u2019Ancien R\u00e9gime ni \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0o\u00f9 la majorit\u00e9 \u00e9tait \u00e0 13 ans \u2013 y compris pour les rois.<\/p><p>Deux si\u00e8cles apr\u00e8s, le rapport Sauv\u00e9 recense plus de 300 000 victimes en 70 ans\u00a0: chiffres chocs de la p\u00e9dophilie dans l\u2019\u00c9glise. L\u2019ampleur des abus mis en lumi\u00e8re le 5 octobre 2021 par la Commission est bien sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu\u2019on imaginait\u2026 et plus importante dans l\u2019\u00c9glise qu\u2019ailleurs. Depuis quelques jours, la hi\u00e9rarchie catholique, tout particuli\u00e8rement la Conf\u00e9rence des \u00e9v\u00eaques de France (<span class=\"caps\">CEF<\/span>) et la Conf\u00e9rence des religieux et religieuses en France (Corref), toutes deux commanditaires du travail, tentaient de pr\u00e9parer les esprits \u00e0 un \u00ab\u00a0chiffre effarant\u00a0\u00bb.<\/p><p>Qu\u2019en est-il hors de l\u2019\u00c9glise qui a perdu en Franc beaucoup de son influence (bonne ou mauvaise).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 partir de l\u2019\u00e2ge de huit ans, il n\u2019est pas convenable qu\u2019une petite fille soit encore pucelle, m\u00eame si elle suce la pine depuis plusieurs ann\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Fr\u00e9d\u00e9ric <span class=\"caps\">BEIGBEDER<\/span> (n\u00e9 en 1965), <em>De la p\u00e9dophilie en litt\u00e9rature<\/em> (2009)<\/p><\/blockquote><p>Bien connu pour ses provocations multiples, l\u2019auteur nous offre \u00ab\u00a0une citation, insupportablement comique, tir\u00e9e du<em> Manuel de civilit\u00e9 pour les petites filles \u00e0 l\u2019usage des maisons d\u2019\u00e9ducation<\/em> (1926) de Pierre Louys\u00a0\u00bb.<\/p><p>La p\u00e9dophilie (n\u00e9ologisme apparu \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle) ne date pas d\u2019hier. Au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e, les archives judiciaires regorgent de viols d\u2019enfants. Mais depuis un quart de si\u00e8cle, le p\u00e9dophile est devenu la figure m\u00eame de l\u2019ennemi public\u00a0: d\u00e9linquant sexuel \u00ab\u00a0banal\u00a0\u00bb ou violeur homicide. Le chiffre noir (les cas ni d\u00e9nonc\u00e9s ni r\u00e9prim\u00e9s) d\u00e9passerait celui de la r\u00e9pression. Entre famille et institutions publiques, des faits divers m\u00e9diatis\u00e9s scandent les \u00e9pisodes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du saccage des innocents. Partout en Europe, ce contentieux, souvent incestueux, \u00e9meut l\u2019opinion publique, mobilise les \u00ab\u00a0Marches blanches\u00a0\u00bb n\u00e9es en Belgique (1996) et durcit le Code p\u00e9nal. L\u2019abus des enfants s\u2019est m\u00e9diatis\u00e9 en France avec les cas Dutroux (1996) et Outreau (2001-2005)\u00a0: deux faits divers qui questionnent la \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vuln\u00e9rabilit\u00e9 sexuelle\u00a0\u00bb et la parole des mineurs.<\/p><p>Le saccage des innocents est aussi ancien que r\u00e9pandu dans les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. L\u2019archive judiciaire regorge de viols d\u2019enfants. D\u00e8s l\u2019aube du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle au moins, les juges instruisent les cas d\u00e9nonc\u00e9s. A Gen\u00e8ve, entre 1770 et 1790, le bannissement frappe les hommes qui abusent et infectent des fillettes. Toutes en restent \u00ab\u00a0malades\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0honteuses\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0bris\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p><p>La \u00ab\u00a0s\u00e9duction d\u2019une victime si faible et si exp\u00e9riment\u00e9e que cet acte de s\u00e9duction peut \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 une violence\u00a0\u00bb\u00a0: ce plaidoyer d\u2019un magistrat vers 1830 formule pourtant l\u2019urgence r\u00e9pressive de la p\u00e9dophilie. R\u00e9formant le Code p\u00e9nal de 1810, la loi du 28 avril 1832 instaure l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0attentat \u00e0 la pudeur\u00a0\u00bb sur les moins de 11 ans (13 ans en 1863\u00a0; 15 en 1945). Le crime entraine d\u00e9sormais la r\u00e9clusion ou les travaux forc\u00e9s. Apr\u00e8s 1850, la m\u00e9dico-l\u00e9galisation de l\u2019attentat \u00e0 la pudeur forge les pathologies physiques et morales qui condamnent la \u00ab\u00a0dangerosit\u00e9 du monstre\u00a0\u00bb. Sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique se votent enfin les premi\u00e8res lois prot\u00e9geant l\u2019enfance. Mais sous notre Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, une indulgence coupable \u00e9tait encore de r\u00e8gle (culturelle).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019oppos\u00e9 des fesses des adultes, paquets de viande morte, r\u00e9serves adipeuses, tristes comme les bosses du chameau, les fesses des enfants vivantes, fr\u00e9missantes, toujours en \u00e9veil, parfois haves et creus\u00e9es, l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s souriantes et na\u00efvement optimistes, expressives comme des visages.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">TOURNIER<\/span> (1924-2016), <em>Le Roi des aulnes<\/em> (1970), roman et prix Goncourt la m\u00eame ann\u00e9e<\/p><\/blockquote><p>Dans les ann\u00e9es 1970, apr\u00e8s Michel Tournier, Andr\u00e9 Gide et Roger Peyrefitte (trois homosexuels affich\u00e9s), la p\u00e9dophilie du photographe David Hamilton ou quelques \u00ab\u00a0\u00e9crivains d\u2019avant-garde\u00a0\u00bb (Tony Duvert, Gabriel Matzneff) se montrent sans complexe et t\u00e9moignent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. \u00c9loge de la jouissance non entrav\u00e9e\u00a0!<\/p><p>En 1977, <em>Lib\u00e9ration<\/em> soutient le Front de lib\u00e9ration des p\u00e9dophiles (<span class=\"caps\">FLIP<\/span>) qui veut actualiser la \u00ab\u00a0sexualit\u00e9 entre adultes et mineurs\u00a0\u00bb. A contrario, depuis 1980, nourrissant les textes r\u00e9pressifs, la clinique p\u00e9dopsychiatrique objective le trauma de l\u2019enfant abus\u00e9. Celui-ci incarne la figure embl\u00e9matique de la victime ingu\u00e9rissable qui aujourd\u2019hui traque p\u00e9nalement son ancien \u00ab\u00a0ravisseur\u00a0\u00bb. La honte a chang\u00e9 de camp.<\/p><p>Plus r\u00e9cemment, l\u2019affaire de l\u2019abb\u00e9 Pierre va relancer le myst\u00e8re d\u2019une sexualit\u00e9 criminelle chez un homme de Dieu\u2026 qui fit par ailleurs tant de bien.<\/p><h4>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0: socialisme sinc\u00e8re ou man\u0153uvre politique\u00a0? Un myst\u00e8re, cl\u00e9 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du futur empereur.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pauvret\u00e9 ne sera plus s\u00e9ditieuse, lorsque l\u2019opulence ne sera plus oppressive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2118\" class=\"cit-num\">2118<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p><\/blockquote><p>Le prince qui gouvernera bient\u00f4t la France n\u2019est encore qu\u2019un \u00e9vad\u00e9 du fort de Ham. Il y a pass\u00e9 six ans, apr\u00e8s sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 Boulogne, et a r\u00e9ussi \u00e0 fuir en Angleterre, d\u00e9guis\u00e9 en ma\u00e7on, sous le nom de Badinguet \u2013 surnom qui restera ironiquement et parfois cruellement attach\u00e9 \u00e0 sa personne fort chansonn\u00e9e.<\/p><p>Il a profit\u00e9 de sa captivit\u00e9 pour exposer ses th\u00e9ories \u00e9conomiques largement influenc\u00e9es par le socialisme utopique du comte de Saint-Simon (1760-1825). Il sait se pr\u00e9senter comme le protecteur du monde ouvrier.<\/p><p>Sa sinc\u00e9rit\u00e9 socialiste est suspecte, \u00e0 en croire Victor Hugo qui dans <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852) reproduira un billet joint \u00e0 l\u2019ouvrage envoy\u00e9 \u00e0 un de ses amis\u00a0: \u00ab\u00a0Lisez ce travail sur le paup\u00e9risme et dites-moi si vous pensez qu\u2019il soit de nature \u00e0 me faire du bien.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, le r\u00e8gne des castes est fini, on ne peut gouverner qu\u2019avec les masses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2243\" class=\"cit-num\">2243<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p><\/blockquote><p>Une \u00e9vidence bien sentie par le futur empereur qui saura s\u00e9duire les foules, les manipuler \u00e0 l\u2019occasion \u2013 \u00e9lections, pl\u00e9biscites. Mais il est aussi l\u2019homme du mieux-\u00eatre \u00e9conomique, gr\u00e2ce au progr\u00e8s industriel et commercial. Les mesures sociales charg\u00e9es de bonnes intentions seront suivies de peu d\u2019effets sous le Second Empire et le r\u00e9gime ne prendra que tardivement un tournant vraiment lib\u00e9ral.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u00e9ritable Saturne du travail, l\u2019industrie d\u00e9vore ses enfants et ne vit que de leur mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2251\" class=\"cit-num\">2251<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873)<em>, L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019utopie de ces trente pages \u00e9crites par le prisonnier au fort de Ham et le d\u00e9sir d\u2019un futur souverain de se poser en \u00ab\u00a0homme social\u00a0\u00bb n\u2019excluent pas une certaine sinc\u00e9rit\u00e9. Fait unique pour l\u2019\u00e9poque de la part d\u2019un pr\u00e9tendant au pouvoir, il tient \u00e0 visiter les r\u00e9gions industrielles anglaises. Il a 25\u00a0ans et le spectacle de la mis\u00e8re le frappe.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9mancipation des travailleurs sera l\u2019\u0153uvre des travailleurs eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2289\" class=\"cit-num\">2289<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Devise de l\u2019Association internationale des travailleurs, 1864. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1972), Georges Duby<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Association internationale des travailleurs (<span class=\"caps\">AIT<\/span>) est la premi\u00e8re Internationale, cr\u00e9\u00e9e le 28\u00a0septembre 1864 par des militants fran\u00e7ais et anglais\u00a0: \u00ab\u00a0une grande \u00e2me dans un petit corps\u00a0\u00bb. Elle tiendra congr\u00e8s chaque ann\u00e9e, de plus en plus hostile aux \u00e9tats bourgeois.<\/p><p>Apr\u00e8s le Manifeste des soixante et l\u2019<span class=\"caps\">AIT<\/span>, un autre socialisme se r\u00e9veille, plus \u00e9videmment r\u00e9volutionnaire\u00a0: le blanquisme. Plus personne ne croit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019extinction du paup\u00e9risme\u00a0\u00bb par l\u2019empereur, ni m\u00eame au syndicalisme ouvrier selon Proudhon, notre premier grand socialiste qui meurt en janvier\u00a01865.<\/p><h4>La filiation de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0: le poison du doute pour Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, une r\u00e9alit\u00e9 toujours en question.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur, vous n\u2019avez rien de lui\u00a0!<br>\u2014 Tu te trompes, mon cher, j\u2019ai sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2269\" class=\"cit-num\">2269<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873) \u00e0 son cousin germain J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on Bonaparte (1856). <em>Histoire de la France<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1958), Andr\u00e9 Maurois<\/p><\/blockquote><p>J\u00e9r\u00f4me-Napol\u00e9on, dit Prince Napol\u00e9on, fils de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (fr\u00e8re de Napol\u00e9on Ier) et fr\u00e8re de la princesse Mathilde, mettait ainsi en doute l\u2019ascendance paternelle de l\u2019empereur. Non sans quelques raisons\u2026<\/p><p>Sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais (fille de l\u2019imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine), avait eu avant sa naissance en 1808 bien des amants\u00a0: un \u00e9cuyer, son premier chambellan qui \u00e9tait comte, un marquis, un amiral hollandais\u2026 Les historiens ignoreront toujours si Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> est bien le fils de son p\u00e8re Louis Bonaparte, roi de Hollande. Une seule chose est s\u00fbre\u00a0: le doute devait empoisonner l\u2019empereur.<\/p><p>Une nouvelle hypoth\u00e8se porterait le soup\u00e7on sur \u00ab\u00a0Madame M\u00e8re\u00a0\u00bb, m\u00e8re de Napol\u00e9on \u2013 et grand-m\u00e8re de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Charles Bonaparte \u00e9pouse \u00e0 18 ans Letizia Ramolino \u00e2g\u00e9e de treize ans. La jeune femme r\u00e9put\u00e9e pour sa beaut\u00e9 est rapidement m\u00e8re et Napol\u00e9on na\u00eet le 15 ao\u00fbt 1769 \u00e0 Ajaccio. La rumeur d\u00e9fendue par Herv\u00e9 le Borgne et Edmond Outin sur une liaison adult\u00e9rine avec Letizia ferait du comte de Marbeuf le p\u00e8re de Napol\u00e9on Bonaparte. Hypoth\u00e8se d\u00e9mentie par les analyses <span class=\"caps\">ADN<\/span>.<\/p><p>Sa famille n\u2019\u00e9tait pas davantage un cadeau, surtout ce cousin germain, chef de la branche cadette, parfois appel\u00e9 Napol\u00e9on V et surnomm\u00e9 Plon-Plon (diminutif affectueux de sa m\u00e8re, devenu ridicule avec l\u2019\u00e2ge), qui affiche ses convictions anticl\u00e9ricales et jacobines. L\u2019empereur se m\u00e9fie de ce \u00ab\u00a0C\u00e9sar d\u00e9class\u00e9\u00a0\u00bb, impulsif et vell\u00e9itaire, en \u00e9tat de fronde perp\u00e9tuelle. Mais la famille, c\u2019est la famille.<\/p><h3><span class=\"caps\">TROISI\u00c8ME<\/span> <span class=\"caps\">R\u00c9PUBLIQUE<\/span><\/h3><h4>1885. Panth\u00e9onisation imm\u00e9diate de Hugo. Mais l\u2019\u00ab\u00a0horrible canaille\u00a0\u00bb pourrait devenir une affaire, si l\u2019on voulait d\u00e9boulonner la statue ou approfondir le myst\u00e8re d\u2019un g\u00e9nie.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2026 Je sens que je vais \u00eatre une horrible canaille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"34\" class=\"cit-num\">34<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> <span class=\"caps\">L\u2019\u00c9<\/span>clat d\u2019un si\u00e8cle<\/em> (1985), biographie d\u2019Annette Rosa<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Prendre une jeune fille au lieu de la vieille qu\u2019on a\u00a0!<br>Manger de la chair fra\u00eeche avec du bon pain tendre,<br>Au lieu de la chair sal\u00e9e avec ses vieux biscuits<br>O fascination dont la splendeur me luit\u00a0!<br>Je romps avec la vieille, il faut qu\u2019elle s\u2019en aille\u00a0!<br>Je sens que je vais \u00eatre une horrible canaille\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Dans l\u2019un de ses rares sonnets (parfaitement m\u00e9connu), l\u2019homme vieillissant s\u2019avoue l\u2019inavouable\u00a0: il va \u00ab\u00a0tromper\u00a0\u00bb sa vieille et ch\u00e8re et fid\u00e8le ma\u00eetresse Juliette Drouet avec la jeune Judith Gautier \u2013 la belle \u00e9g\u00e9rie de Baudelaire et Flaubert.<\/p><p>Mais depuis longtemps (d\u00e9j\u00e0 en exil \u00e0 Guernesey) et jusqu\u2019\u00e0 sa mort, il multipliera les relations tr\u00e8s sexuelles avec de tr\u00e8s jeunes filles, \u00e0 une \u00e9poque (hypocrite) o\u00f9 c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois mal vu et bien tol\u00e9r\u00e9.<\/p><p>\u00c0 la fin de sa vie, Hugo est devenu le po\u00e8te officiel de la R\u00e9publique\u00a0: l\u2019\u00e9cole, par le biais des morceaux choisis, le fait conna\u00eetre \u00e0 tous les \u00e9coliers de France. Le 8 mai 1881, le conseil municipal de Paris donne \u00e0 la partie principale de l\u2019avenue d\u2019Eylau o\u00f9 il habite (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e arrondissement de Paris) le nom d\u2019avenue Victor Hugo. Ses admirateurs peuvent d\u00e9sormais adresser leur courrier \u00e0 \u00ab\u00a0Monsieur Victor Hugo, en son avenue.\u00a0\u00bb La panth\u00e9onisation qui suivit sa mort de quelques jours fige \u00e0 jamais la statue du grand homme au regard de la \u00ab\u00a0patrie reconnaissante\u00a0\u00bb.<\/p><p>Reste le secret plus ou moins bien gard\u00e9 de sa vie priv\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant que l\u2019homme peut, tant que la femme veut.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Cahiers et Notes<\/em><\/p><\/blockquote><p>En marge des fameux \u00ab\u00a0Carnets d\u2019amour \u00e0 Juliette Drouet\u00a0\u00bb, Hugo avait un autre carnet secret o\u00f9 il tenait le compte scrupuleux, chiffr\u00e9 et cod\u00e9 de ses innombrables conqu\u00eates.<\/p><p>Cet homme \u00e0 l\u2019app\u00e9tit sexuel toujours hors norme depuis ses vingt ans a poursuivi ses histoires libertines\u00a0: les petites bonnes anonymes, mais aussi Judith Gautier (fille de Th\u00e9ophile Gautier), Sarah Bernhardt (la premi\u00e8re star th\u00e9\u00e2trale qui reprend la reine de <em>Ruy Blas<\/em>), la tr\u00e8s jeune Blanche Lanvin, l\u2019une de ses derni\u00e8res passions. Elle a 21 ans, le po\u00e8te en a presque 70\u2026 Et la vieillesse ne l\u2019arr\u00eate pas.<\/p><p>Dans son ultime <em>Cahier<\/em> conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, dat\u00e9 du printemps 1885, Hugo marque encore d\u2019une croix chacun de ses rapports sexuels\u00a0: le dernier date du 5 avril. Il meurt le 22 mai de la m\u00eame ann\u00e9e, \u00e0 83 ans.<\/p><p>Indissociable de l\u2019\u0153uvre, il reste l\u2019homme. L\u2019Exposition \u00ab\u00a0Eros Hugo, entre pudeur <span class=\"amp\">&amp;<\/span> exc\u00e8s\u00a0\u00bb se tint de novembre 2015 \u00e0 f\u00e9vrier 2016 dans la maison du po\u00e8te, devenue Mus\u00e9e, place des Vosges \u00e0 Paris. Nombre d\u2019\u0153uvres \u00e9rotiques, pornographiques ou obsc\u00e8nes montrent son int\u00e9r\u00eat passionn\u00e9, voire obsessionnel pour le sexe. Le septuag\u00e9naire s\u2019exprime en 1876\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qu\u2019on appelle passion, volupt\u00e9, libertinage, d\u00e9bauche, n\u2019est pas autre chose qu\u2019une violence que nous fait la vie.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Exposition \u00ab\u00a0Eros Hugo, entre pudeur <span class=\"amp\">&amp;<\/span> exc\u00e8s\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>Le commissaire de l\u2019exposition pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Cette violence touche \u00e0 la fois aux passions de Victor Hugo qui fut un grand amoureux, et \u00e0 sa sexualit\u00e9, qu\u2019on s\u2019est complu \u00e0 pr\u00e9senter comme fr\u00e9n\u00e9tique. Elle touche \u00e0 certaines qualit\u00e9s de son \u0153uvre\u00a0: la puissance, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le lyrisme\u2026 Elle a \u00e9volu\u00e9 avec le temps, mais il semble l\u2019avoir surtout subie.\u00a0\u00bb Ces vers, retrouv\u00e9s au milieu de papiers en vrac non class\u00e9s, en t\u00e9moignent\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0O nuit, toi qui lascive et monstrueuse attises \u00a0<br>Les soifs, les app\u00e9tits, les sombres convoitises <br>La volupt\u00e9, le mal, les noirs regards impurs \u00a0<br>La louve au fond des bois, la fille au coin des murs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), Exposition \u00ab\u00a0Eros Hugo, entre pudeur <span class=\"amp\">&amp;<\/span> exc\u00e8s\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>Il faut replacer les vers (quasi baudelairiens) dans l\u2019\u00e9poque\u00a0: entre moralit\u00e9 affich\u00e9e en public et d\u00e9bauche pratiqu\u00e9e en priv\u00e9. Hugo a une femme l\u00e9gitime (Ad\u00e8le Hugo, m\u00e8re de cinq enfants), une femme \u00ab\u00a0back-street\u00a0\u00bb (Juliette Drouet, ex-com\u00e9dienne et passion de sa vie), des ma\u00eetresses plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres prises dans les coulisses des th\u00e9\u00e2tres (il y a quand m\u00eame un doute sur la star Sarah Bernhardt). Il s\u00e9duit ais\u00e9ment les (tr\u00e8s) jeunes filles et femmes \u00e0 son service, s\u2019offre des prostitu\u00e9es de passage, dessine des corps nus parfois \u00e9pi\u00e9s avec ses jumelles et prend des notes cod\u00e9es dans l\u2019un de ses fameux carnets secrets.<\/p><p>La censure veille toujours, politique ou sociale. Mais en cette p\u00e9riode d\u2019Orientalisme, peintures et dessins de femmes nues s\u2019exposent, baptis\u00e9s odalisques du nom des jeunes vierges enferm\u00e9es dans les Harems. Les autres femmes, lorettes et courtisanes, couvertes de la t\u00eate aux pieds, tarifient les parties du corps qu\u2019elles d\u00e9nudent.<\/p><p>Dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Hugo, la femme quotidienne est souvent victime de la concupiscence des hommes \u2013 voir la Fantine des <em>Mis\u00e9rables<\/em>. La femme d\u00e9esse se retrouve face au d\u00e9sir non g\u00e9rable du demi-dieu Eros\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019instant o\u00f9 la femme naquit, est morte l\u2019innocence\u00a0\u00bb. \u00c8ve est une p\u00e8cheresse, une s\u00e9ductrice, \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre en qui Satan avec Dieu se confond\u00a0\u00bb. <em>Toute la Lyre<\/em>, recueil de po\u00e8mes, 1842.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hugo a du grossier et du na\u00eff (je l\u2019ai dit souvent, et je le redis ici d\u2019apr\u00e8s une personne qui le conna\u00eet encore mieux que moi). Juliette [Drouet] vieillie le garde par ses flatteries basses auxquelles il est pris. L\u2019acteur Fr\u00e9d\u00e9rick l\u2019avait dit d\u00e8s le premier jour\u00a0: \u00ab\u00a0Elle le prendra en lui disant\u00a0: Tu es grand\u00a0! Et elle le gardera en lui disant\u00a0: Tu es beau! Il y va chaque jour parce qu\u2019il a besoin de s\u2019entendre dire\u00a0: Tu rayonnes, et elle le lui dit. Elle le lui \u00e9crit jusque dans ses comptes de cuisine qu\u2019elle lui soumet (car avec cela il est ladre), et elle prend note ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Re\u00e7u de mon trop ch\u00e9ri\u2026, re\u00e7u de mon roi\u2026, de mon ange, de mon beau Victor, etc. tant pour le march\u00e9, \u2014 tant pour le blanchissage \u2014 quinze sous qui ont pass\u00e9 par ses belles mains, etc.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Charles-Augustin <span class=\"caps\">SAINTE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BEUVE<\/span> (1804-1869), <em>Mes Poisons (<\/em>posthume, 1926). Sur Victor Hugo<\/p><\/blockquote><p>Ce carnet intime servait d\u2019\u00e9tape pr\u00e9paratoire aux d\u00e9veloppements litt\u00e9raires du plus grand critique de son temps. Au premier rang de ses observations \u00e0 huis clos\u00a0: lui-m\u00eame mais \u00e9galement bon nombre de ses fr\u00e9quentations (Hugo, Lamartine, Michelet, etc.)<\/p><p>Hugo est le plus c\u00e9l\u00e8bre. Il ne le m\u00e9nage pas \u2013 ni l\u2019\u0153uvre, ni l\u2019homme. En plus, il a bien connu le couple, \u00ab\u00a0Toto\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Juju\u00a0\u00bb. Les petits c\u00f4t\u00e9s du grand homme qui l\u2019a toujours tromp\u00e9e, mais toujours aim\u00e9e. <br>Juliette meurt la premi\u00e8re, le 11 mai 1883. On l\u2019emp\u00eache de venir \u00e0 ses obs\u00e8ques, tant il est malheureux. On sait qu\u2019il se consolera portant.<\/p><p>Il meurt le 22 mai 1885 \u2013 jour de la Sainte Juliette. Un si\u00e8cle plus tard, quand on posait la question \u00e0 Andr\u00e9 Gide\u00a0: Le plus grand po\u00e8te fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Victor Hugo, h\u00e9las\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Ne d\u00e9boulonnons pas la statue, mais admettons que ce grand homme avait ses petitesses et ses faiblesses.<\/p><h4>Panama, myst\u00e9rieuse affaire financi\u00e8re autour du canal\u00a0: un des scandales de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande flibusterie du si\u00e8cle\u2026 De l\u2019or, de la boue et du sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2505\" class=\"cit-num\">2505<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>La Libre Parole<\/em>, septembre\u00a01892. <em>Marinoni\u00a0: le fondateur de la presse moderne, 1823-1904<\/em> (2009), \u00c9ric Le Ray<\/p><\/blockquote><p>Journaliste catholique, Drumont a d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 la finance juive dans un essai d\u2019histoire contemporaine en forme de pamphlet,<em> La France juive<\/em> (1886). Il fonde ensuite un journal d\u2019inspiration nationaliste et antis\u00e9mite,<em> La Libre Parole<\/em> (sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0La France aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb) et d\u00e9nonce le scandale de Panama. \u00ab\u00a0De l\u2019or, de la boue et du sang\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019affaire et titre du livre qu\u2019il lui consacrera (1896).<\/p><p>Ferdinand, comte de Lesseps (1805-1894), diplomate et entrepreneur fran\u00e7ais, a cr\u00e9\u00e9 en 1881 une compagnie pour le percement de l\u2019isthme. Des difficult\u00e9s techniques et bancaires l\u2019obligent \u00e0 demander de nouveaux fonds. Pour se lancer sur le march\u00e9 des obligations, il lui faut une loi \u2013 il ach\u00e8te les voix de parlementaires et de ministres\u2026 Trop tard. Sa compagnie est liquid\u00e9e (f\u00e9vrier\u00a01889), 800\u00a0000 souscripteurs sont touch\u00e9s. On tente d\u2019\u00e9touffer le scandale, mais une enqu\u00eate pour abus de confiance et escroquerie est lanc\u00e9e contre de Lesseps, p\u00e8re et fils.<\/p><p>Dans la nuit du 19 au 20\u00a0novembre\u00a01892, le suicide du baron Reinach, interm\u00e9diaire entre la Compagnie de Panama et le monde politique, met le feu aux poudres. \u00c0 la tribune de la Chambre, le d\u00e9put\u00e9 royaliste Jules Delahaye accuse sans les nommer 150 d\u00e9put\u00e9s d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s. La presse d\u00e9nonce les \u00ab\u00a0ch\u00e9quards\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0panamistes\u00a0\u00bb, dont Clemenceau. C\u2019est le plus gros scandale financier de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019affaire de Panama a montr\u00e9 toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance [\u2026] La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle f\u00e9odalit\u00e9 cosmopolite les forteresses qu\u2019ils lui ont ravies pour la dominer\u00a0: la Banque de France, les chemins de fer, les mines.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2506\" class=\"cit-num\">2506<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">MILLERAND<\/span> (1859-1943), Profession de foi aux \u00e9lecteurs du <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0arrondissement, 1893. <em>Les Socialistes ind\u00e9pendants<\/em> (1911), Albert Ory<\/p><\/blockquote><p>Id\u00e9e toujours actuelle du pouvoir de la finance internationale\u00a0! Sont d\u2019ailleurs cit\u00e9es des entreprises qui seront nationalis\u00e9es en 1945-1946.<\/p><p>Millerand, r\u00e9publicain radical devenu socialiste (avant de finir conservateur et pr\u00e9sident de la R\u00e9publique apr\u00e8s la guerre) fait partie de ces hommes nouveaux qui, comme Jean Jaur\u00e8s, seront d\u00e9put\u00e9s au terme des \u00e9lections des 20\u00a0ao\u00fbt et 3\u00a0septembre 1893.<\/p><h4>Chez Clemenceau, la haine pour sa femme d\u00e9passe les bornes de la misogynie et confine \u00e0 l\u2019assassinat moral\u00a0: une affaire judiciaire et un myst\u00e8re comportemental.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lois, r\u00e8glements, police, tout prot\u00e8ge l\u2019homme. Lois r\u00e8glements, police, tout \u00e9crase la femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"56\" class=\"cit-num\">56<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), <em>La M\u00eal\u00e9e sociale<\/em> (1907), recueil d\u2019articles<\/p><\/blockquote><p>Cet homme de gauche regrette la misogynie dont souffrent les femmes \u00e0 son \u00e9poque Il se montrera tr\u00e8s protecteur avec Louise Michel \u2013 un cas politique et humain particulier. En octobre 1870, maire de Montmartre, il exprima publiquement son admiration pour cette femme qui s\u2019effor\u00e7ait d\u2019instruire les enfants pauvres ou abandonn\u00e9s de la capitale. Lorsque la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb fut d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie pour avoir particip\u00e9 activement \u00e0 la Commune de Paris, il continua de lui \u00e9crire et lui adressa m\u00eame des mandats. Et sa derni\u00e8re \u00ab\u00a0love-story\u00a0\u00bb sera tr\u00e8s touchante.<\/p><p>Le Tigre n\u2019en reste pas moins un grand misogyne. Phallocrate, il a une repr\u00e9sentation essentialiste des diff\u00e9rences des sexes. \u00ab\u00a0Selon la physiologie\u00a0\u00bb, l\u2019un est fort, l\u2019autre est faible. Son machisme est th\u00e9oris\u00e9 \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb dans un essai de jeunesse, afin de r\u00e9futer l\u2019ouvrage r\u00e9volutionnaire de John Stuart Mill, <em>De l\u2019assujettissement des femmes<\/em> (1869). Clemenceau r\u00e9torque\u00a0: \u00ab\u00a0La femme est un homme malade.\u00a0\u00bb Aux affaires, il ne cesse de r\u00e9affirmer son opposition au droit de vote des femmes. Dans sa vie priv\u00e9e, il multiplie les conqu\u00eates, menant ses affaires de c\u0153ur avec audace et discr\u00e9tion. Il existe peu de lettres de ses amours\u00a0: il demandait \u00e0 ses bonnes amies, souvent des femmes mari\u00e9es, de br\u00fbler les correspondances.<\/p><p>Reste le cas de Mary Clemenceau\u00a0: il rel\u00e8ve de l\u2019assassinat moral \u00e9voqu\u00e9 par Napol\u00e9on dans sa <em>Correspondance\u00a0<\/em>: . \u00ab\u00a0Il y a diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019assassiner un homme\u00a0: par le pistolet, par l\u2019\u00e9p\u00e9e, par le poison ou par l\u2019assassinat moral. C\u2019est la m\u00eame chose, au d\u00e9finitif, except\u00e9 que ce dernier moyen est le plus cruel.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><p>Le 25 juillet 1865, suite \u00e0 un d\u00e9pit amoureux avec Hortense Kestner (belle-s\u0153ur de son ami Auguste Scheurer-Kestner, l\u2019un de ses plus fid\u00e8les soutiens en politique), il s\u2019embarque pour les \u00c9tats-Unis. C\u2019est aussi pour \u00e9chapper, en tant que jeune r\u00e9publicain, au r\u00e9gime r\u00e9actionnaire du Second Empire.<\/p><p>Clemenceau trouve dans le Connecticut un poste d\u2019enseignant dans une \u00e9cole pour jeunes filles. Le f\u00e9roce anticl\u00e9rical s\u2019\u00e9prend d\u2019une de ses \u00e9l\u00e8ves, Mary Plummer. Elle a dix-sept ans. Elle est ravissante. Orpheline d\u2019un dentiste de Bristol, elle est \u00e9lev\u00e9e par son oncle maternel, Horace Taylor, riche n\u00e9gociant. Clemenceau veut l\u2019\u00e9pouser mais sans passer par l\u2019\u00e9glise comme il le faudrait.\u00a0<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut choisir entre Dieu et moi\u00a0!\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0Pr\u00e9f\u00e8re vous.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Mary <span class=\"caps\">PLUMMER<\/span> (1848-1922) r\u00e9pondant le lendemain par t\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <span class=\"caps\">TV5<\/span> Monde, Info. 28 septembre 2018<\/p><\/blockquote><p>Ils se marient en juin 1869 \u00e0 New York et le couple revient en France l\u2019ann\u00e9e suivante. Trois enfants vont na\u00eetre de cette union dans les trois ann\u00e9es qui suivent\u00a0: Madeleine, Th\u00e9r\u00e8se, Michel.<\/p><p>Ils se s\u00e9parent en 1876. Clemenceau multiplie les ma\u00eetresses, Mary \u00ab\u00a0devenue exclusive et jalouse\u00a0\u00bb selon son mari, se plaint de ses absences. L\u2019\u00e9pouse d\u00e9laiss\u00e9e noue une idylle avec le jeune pr\u00e9cepteur des enfants.<\/p><p>Cl\u00e9menceau l\u2019apprend. Fou de rage, il la fait suivre, fait constater un flagrant d\u00e9lit d\u2019adult\u00e8re par un commissaire de police. Il exige que la loi soit appliqu\u00e9e. Le d\u00e9lit d\u2019adult\u00e8re est passible de 15 jours de prison. Mary se retrouve pendant deux semaines \u00e0 Saint-Lazare, parmi les voleuses et les prostitu\u00e9es.<\/p><p>\u00c0 sa sortie, il demande le divorce et l\u2019obtient aux torts de sa femme qui n\u2019aura rien \u2013 et surtout pas la garde des trois enfants\u00a0! Divorc\u00e9e, Mary est redevenue am\u00e9ricaine. Clemenceau exige qu\u2019elle soit expuls\u00e9e de France comme \u00e9trang\u00e8re condamn\u00e9e pour d\u00e9lit de droit commun\u2026 Avec sa belle-s\u0153ur am\u00e9ricaine, ses malles et ses affaires, la voici escort\u00e9e par des gendarmes \u00e0 Boulogne-sur-Mer. Les deux femmes embarquent sur un vapeur avec un billet de troisi\u00e8me classe. Direction Boston, aux \u00c9tats-Unis.<\/p><p>Clemenceau est-il satisfait\u00a0? Non. Sa haine pour Mary va trouver un \u00e9pilogue particuli\u00e8rement atroce. Il r\u00e9unit ses trois enfants et br\u00fble devant eux toutes les photographies et lettres de son ex- femme. Ainsi, ils n\u2019auront pas le moindre souvenir de leur m\u00e8re. Et, comme il reste un buste en marbre de la jeune femme sur la chemin\u00e9e, il se saisit d\u2019un marteau et brise rageusement l\u2019objet. Toujours en pr\u00e9sence de ses enfants.<\/p><p>\u00c0 jamais, Mary restera \u00ab\u00a0La tra\u00eetresse\u00a0\u00bb pour Clemenceau. Elle ne se remettra jamais de sa disgr\u00e2ce. Elle revient en France en 1900 et s\u2019installe dans un petit appartement parisien situ\u00e9 au 208, rue de la Convention.\u00a0 Elle devient guide pour touristes et publie plusieurs articles pour des revues am\u00e9ricaines. Rest\u00e9e moralement perturb\u00e9e par ces \u00e9v\u00e9nements conjugaux, elle mourra dans une solitude terrible, le 13 septembre 1922.<\/p><p>Le Tigre a d\u00e9vor\u00e9 sa femme. Il \u00e9crira laconiquement \u00e0 son fr\u00e8re Albert\u2026<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ton ex-belle-s\u0153ur a fini de souffrir. Aucun de ses enfants n\u2019\u00e9tait l\u00e0. Un rideau \u00e0 tirer.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Lettre du 27 septembre 1922 \u00e0 son fr\u00e8re Albert. Georges Clemenceau, <em>Correspondance<\/em> (1858-1929), Biblioth\u00e8que nationale de France (2008)<\/p><\/blockquote><p>Elle est enterr\u00e9e au cimeti\u00e8re de Bagneux, avec une concession pour cinq ans. Sa tombe a aujourd\u2019hui disparu.<\/p><p>Une fiche Wikip\u00e9dia tente de lui rendre justice et de perp\u00e9tuer sa m\u00e9moire. Qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0jolie fille stupide et conventionnelle\u00a0\u00bb dont Clemenceau se serait aper\u00e7u \u00ab\u00a0qu\u2019elle n\u2019avait ni l\u2019intelligence ni la curiosit\u00e9 d\u2019esprit qu\u2019il aurait voulue\u00a0\u00bb, Mary Plummer subit en r\u00e9alit\u00e9 le m\u00eame traitement que beaucoup de femmes d\u2019hommes c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: \u00ab\u00a0Ab\u00eem\u00e9 par de nombreux biographes qui ont jug\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Am\u00e9ricaine trop b\u00eate pour le grand homme\u00a0\u00bb, [son souvenir] est \u00e0 r\u00e9\u00e9crire dans un souci de v\u00e9rit\u00e9 et de justice.\u00a0\u00bb Sylvie Brodziak et Samu\u00ebl Tomei, <em>Dictionnaire Clemenceau<\/em> (2017).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous aiderai \u00e0 vivre , vous m\u2019aiderez \u00e0 mourir.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), titre du livre de Nathalie Saint-Cricq (2021)<\/p><\/blockquote><p>Un an apr\u00e8s la mort de son ex-femme. 2 mai 1923. Comme chaque jour, Clemenceau s\u2019installe \u00e0 sa table de travail. \u00c0 82 ans, le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb n\u2019a rien perdu de sa flamboyance ni de son orgueil. Alors que la R\u00e9publique l\u2019a remerci\u00e9, il va vivre ses ann\u00e9es les plus passionn\u00e9es.<\/p><p>Marguerite Baldensperger (1882-1936), \u00e9ditrice de quarante ans sa cadette, a rendez-vous pour lui proposer d\u2019\u00e9crire un livre. D\u00e8s lors, leurs destins seront li\u00e9s, alors que tout les oppose. Elle est aussi r\u00e9serv\u00e9e et discr\u00e8te que le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb est col\u00e9rique et temp\u00e9tueux. Mais d\u00e8s leur rencontre, un pacte les unit\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous aiderai \u00e0 vivre, vous m\u2019aiderez \u00e0 mourir\u00a0\u00bb.<\/p><p>Marguerite surmontera le grand chagrin de sa vie \u2013 le suicide de sa fille Annette, 17 ans, amoureuse d\u2019un pasteur mari\u00e9 et plus \u00e2g\u00e9 qu\u2019elle. Elle reprendra go\u00fbt \u00e0 l\u2019existence. Clemenceau puisera dans sa pr\u00e9sence une vigueur nouvelle pour le combat politique et retrouvera la fougue de ses anciennes batailles. Malgr\u00e9 les ann\u00e9es qui les s\u00e9parent, ils vont s\u2019aimer, chacun \u00e0 leur fa\u00e7on. Pr\u00e8s de 668 lettres, que certains qualifient de lettres d\u2019amour, entre 1923 et 1929.<\/p><h4>Derni\u00e8re victime de l\u2019Affaire Dreyfus\u00a0? La mort d\u2019\u00c9mile Zola\u00a0restera un myst\u00e8re.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est en marche\u00a0; rien ne peut plus l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2515\" class=\"cit-num\">2515<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902),<em> Le Figaro<\/em>, 25\u00a0novembre 1897<\/p><\/blockquote><p>Zola commente la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s du capitaine Dreyfus.<\/p><p>L\u2019histoire, complexe et longue, commence fin septembre\u00a01894, quand une femme de m\u00e9nage fran\u00e7aise de l\u2019ambassade allemande, travaillant pour le Service de renseignements, d\u00e9couvre un bordereau prouvant la trahison d\u2019un officier de l\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais. Le 10\u00a0octobre, le g\u00e9n\u00e9ral Mercier, ministre de la Guerre, met en cause Alfred Dreyfus. On lui fait faire une dict\u00e9e, il y a similitude entre son \u00e9criture et celle du bordereau en cause.<\/p><p>Dreyfus est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation en Guyane par le Conseil de guerre de Paris, le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894. Ni lui ni son avocat n\u2019ont eu acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces d\u2019un \u00ab\u00a0dossier secret\u00a0\u00bb. Diverses irr\u00e9gularit\u00e9s seront ensuite mises en \u00e9vidence. Sa qualit\u00e9 de juif joue aussi contre lui, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019antis\u00e9mitisme a ses h\u00e9rauts, ses journaux, ses r\u00e9seaux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897. <em>Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p><\/blockquote><p>Mot malheureux, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus qui deviendra l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Les dreyfusards (tr\u00e8s minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de<em> L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p><\/blockquote><p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour la France me remerciera d\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 sauver son honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2518\" class=\"cit-num\">2518<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>La V\u00e9rit\u00e9 en marche<\/em>, d\u00e9claration au jury. <em>L\u2019Aurore,<\/em> 22 f\u00e9vrier 1898<\/p><\/blockquote><p>Le proc\u00e8s Zola en cour d\u2019assises (7-21\u00a0f\u00e9vrier 1898) fit conna\u00eetre l\u2019affaire Dreyfus au monde entier.<\/p><p>Formidable tribune pour l\u2019intellectuel converti aux doctrines socialistes et aux grandes id\u00e9es humanitaires\u00a0! \u00ab\u00a0Tout semble \u00eatre contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux \u00e0 grand tirage, l\u2019opinion publique qu\u2019ils ont empoisonn\u00e9e. Et je n\u2019ai pour moi que l\u2019id\u00e9e, un id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.\u00a0\u00bb<\/p><p>En attendant, Zola est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison et 3\u00a0000\u00a0francs d\u2019amende.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902),<em> L\u2019Aurore<\/em>, 5\u00a0juin 1899<\/p><\/blockquote><p>Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb.<\/p><p>Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. Mais l\u2019Affaire a litt\u00e9ralement d\u00e9chir\u00e9 en deux la France, tous les partis, les milieux, les familles. Quant \u00e0 Zola alors au fa\u00eete de sa gloire litt\u00e9raire, les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie sont marqu\u00e9es par un engagement sans rel\u00e2che pour la cause de Dreyfus.<\/p><p>Zola sort de ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s judiciaires avec une stature du justicier pour toute une frange de la population, d\u00e9fenseur de valeurs de tol\u00e9rance, de justice et de v\u00e9rit\u00e9. En t\u00e9moignent les innombrables hommages qui lui sont rendus d\u00e8s f\u00e9vrier 1898.<\/p><p>Mais cet engagement co\u00fbte tr\u00e8s cher au romancier. Sur le plan financier d\u2019abord\u00a0: en fuite, dans l\u2019impossibilit\u00e9 de payer ses condamnations, la justice fait saisir ses biens et les revend aux ench\u00e8res. L\u2019un de ses \u00e9diteurs, Fasquelle, se porte acqu\u00e9reur de ses meubles et lui sauve la mise \u00e0 plusieurs reprises. Sur le plan moral, Zola souffre aussi, devenu la cible de tous les anti-dreyfusards, il incarne \u00e0 lui seul le tra\u00eetre \u00e0 la patrie et \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. D\u00e8s 1898, l\u2019\u00e9crivain est l\u2019objet d\u2019un torrent d\u2019articles satiriques, de caricatures, de chansons et de livrets le tra\u00eenant dans la boue, l\u2019insultant, le diffamant. Dans certains journaux, il est m\u00eame l\u2019objet d\u2019attaques quotidiennes.<\/p><p>L\u2019attaque la plus cruelle est lanc\u00e9e par Ernest Judet, r\u00e9dacteur en chef du<em> Petit Journal<\/em> au moment du premier proc\u00e8s de l\u2019\u00e9crivain\u00a0: une campagne de presse contre son p\u00e8re Fran\u00e7ois Zola engag\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re vers 1830, accus\u00e9 de d\u00e9tournement de fonds et d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e. Zola se lance alors dans une enqu\u00eate fouill\u00e9e sur son p\u00e8re, et d\u00e9monte point \u00e0 point les arguments du journaliste nationaliste de mani\u00e8re factuelle. Il prouve aussi que les documents sur lesquels Judet s\u2019appuie sont des faux grossiers. Il s\u2019ensuit un proc\u00e8s, Zola est acquitt\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort d\u2019\u00c9mile Zola, \u00e9pouvantable accident.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3516\" class=\"cit-num\">3516<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><em>Le Petit Bleu de Paris<\/em>, titre du 30 septembre 1902<\/p><\/blockquote><p>La mort est survenue au matin du 29 septembre 1902 en son domicile du 9e arrondissement de Paris, 21 bis, rue de Bruxelles, \u00e0 la suite d\u2019une asphyxie par un gaz survenue la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, issue d\u2019\u00e9manations toxiques produites par sa chemin\u00e9e.<\/p><p>Le m\u00eame jour, c\u2019est \u00ab\u00a0Mort tragique d\u2019\u00c9mile Zola\u00a0\u00bb pour<em> Le Fran\u00e7ais<\/em>, \u00ab\u00a0Mort dramatique\u00a0\u00bb pour <em>Le Matin<\/em>. Quand<em> Le Soir<\/em> annonce \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 sur la mort de Zola\u00a0\u00bb <em>L\u2019Aurore<\/em>, le plus sobre, titre sur six colonnes \u00e0 la Une\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9mile Zola\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9motion est immense, \u00e0 la mesure de la popularit\u00e9 de Zola.<\/p><p>Cette mort provoque une immense \u00e9motion. La presse nationale et internationale rend hommage \u00e0 ce romancier de g\u00e9nie disparu \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 62 ans. Mais le souvenir de l\u2019affaire Dreyfus est encore vivace et certains journaux comme<em> La Croix<\/em> ou <em>La Libre Parole<\/em> raillent un \u00ab\u00a0fait divers naturaliste\u00a0\u00bb et vont jusqu\u2019\u00e0 lancer la rumeur d\u2019un suicide\u2026 Sans suite.<\/p><p>L\u2019atmosph\u00e8re est sous haute tension, au point qu\u2019Alexandrine, veuve de l\u2019\u00e9crivain, demande \u00e0 Anatole France de ne pas \u00e9voquer l\u2019affaire Dreyfus au cours de son discours et d\u00e9conseille \u00e0 Alfred Dreyfus de se rendre aux obs\u00e8ques\u2026 Il viendra pourtant et l\u2019immense cort\u00e8ge o\u00f9 se pressent nombre d\u2019ouvriers vibre au rythme de l\u2019oraison fun\u00e8bre \u00e9crite et prononc\u00e9e par Anatole France son ami, dreyfusard de la premi\u00e8re heure.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Envions-le [Zola], sa destin\u00e9e et son c\u0153ur lui firent le sort le plus grand\u00a0: il fut un moment de la conscience humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2536\" class=\"cit-num\">2536<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Anatole France (1844-1924), \u00c9loge fun\u00e8bre d\u2019\u00c9mile Zola, 5\u00a0octobre 1902. R\u00e9habilitation d\u2019Alfred Dreyfus par la Chambre des d\u00e9put\u00e9s [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>Discours prononc\u00e9 au cimeti\u00e8re de Montmartre, lors de l\u2019enterrement de Zola.<\/p><p>Anatole France fait naturellement allusion au combat men\u00e9 par son confr\u00e8re pour que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate enfin dans l\u2019affaire Dreyfus. Lui-m\u00eame fit partie de ces intellectuels engag\u00e9s dans le camp des \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La rumeur d\u2019outrage qui enveloppe le nom et le cercueil de Zola est une rumeur de gloire.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), \u00e9ditorial du jour de la panth\u00e9onisation dans<em> l\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 4 juin 1908<\/p><\/blockquote><p>Six ans plus tard, malgr\u00e9 l\u2019offensive antidreyfusarde, la Chambre des d\u00e9put\u00e9s a vot\u00e9 le transfert des cendres du cimeti\u00e8re de Montmartre au Panth\u00e9on, par 344 voix contre 144. L\u00e0 encore, la tension est \u00e0 son comble\u00a0: les d\u00e9bats parlementaires sont houleux et opposent notamment Jean Jaur\u00e8s et Gaston Doumergue \u00e0 Maurice Barr\u00e8s. Une communaut\u00e9 antidreyfusarde et plusieurs courants de l\u2019extr\u00eame-droite s\u2019offusquent qu\u2019un \u00ab\u00a0tra\u00eetre\u00a0\u00bb entre au Panth\u00e9on.<\/p><p>Jaur\u00e8s, le fondateur de<em> l\u2019Humanit\u00e9<\/em>,\u00a0 poursuit son hommage \u00e0 \u00c9mile Zola, \u00e9voquant les hu\u00e9es nationalistes ayant perturb\u00e9 le cort\u00e8ge fun\u00e9raire de l\u2019\u00e9crivain. C\u00e9r\u00e9monie grandiose et solennelle, interrompue soudain par un bruit de coup de feu\u00a0: Alfred Dreyfus s\u2019est fait tirer dessus. Le coupable, un journaliste, Louis Gr\u00e9gori, est rapidement arr\u00eat\u00e9. Sous pression des groupes d\u2019extr\u00eame-droite, il est finalement acquitt\u00e9.<\/p><p>Le coup de th\u00e9\u00e2tre n\u2019intervient qu\u2019un demi-si\u00e8cle plus tard.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hacquin, je vais vous dire comment Zola est mort. (\u2026) Zola a \u00e9t\u00e9 asphyxi\u00e9 volontairement. C\u2019est nous qui avons bouch\u00e9 la chemin\u00e9e de son appartement.\u00a0\u00bb<\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">HACQUIN<\/span> (mort en 1970). <em>Les \u00c9nigmes de l\u2019histoire de France<\/em>, sous la direction de Jean-Christian Petitfils (2018)<\/p><\/blockquote><p>En 1953, le journaliste Jean Bedel fait para\u00eetre une s\u00e9rie d\u2019articles\u00a0: un pharmacien normand du nom de Pierre Hacquin lui a confi\u00e9 que bien des ann\u00e9es auparavant, en 1928, un homme dont le nom est d\u2019abord tenu secret lui aurait avou\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019homme en question, Henri Buronfosse (1874-1928), \u00e9tait fumiste, c\u2019est-\u00e0-dire ramoneur, et aurait bouch\u00e9 le conduit de chemin\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain la veille de sa mort alors qu\u2019il travaillait sur une chemin\u00e9e voisine.<\/p><p>Madame Zola ne voulait pas faire d\u2019enqu\u00eate, ne souhaitant pas relancer un scandale. Mais l\u2019arri\u00e8re-petite-fille d\u2019\u00c9mile Zola, Martine Leblond-Zola, pense que \u00ab\u00a0l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un assassinat politique est cr\u00e9dible\u00a0\u00bb, dans le climat politique explosif du d\u00e9but des ann\u00e9es 1900.<\/p><p>Cependant, comme il n\u2019y a aucune preuve r\u00e9elle, la mort de Zola reste un myst\u00e8re.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0J&#8217;aime passionn\u00e9ment le myst\u00e8re, parce que j&#8217;ai toujours l&#8217;espoir de le d\u00e9brouiller.\u00a0\u00bb Charles BAUDELAIRE (1821-1867). Le Spleen de Paris (recueil posthume de po\u00e8mes en prose, 1869) Les myst\u00e8res ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique en leur temps, nourris par la rumeur &#8211; bien avant la presse, les r\u00e9seaux sociaux et toutes les \u00ab\u00a0autoroutes de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb\u00a0! 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