{"id":2012,"date":"2025-05-05T00:00:00","date_gmt":"2025-05-04T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/19\/lhistoire-en-caricatures-second-empire\/"},"modified":"2025-07-19T09:06:59","modified_gmt":"2025-07-19T07:06:59","slug":"lhistoire-en-caricatures-second-empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lhistoire-en-caricatures-second-empire\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire en caricatures (Second Empire)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-2.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"float: left;margin: 10px\">Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Mani\u00e8re originale de revoir <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, on trouve au fil de cet \u00e9dito en 12 semaines les personnages principaux (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo, Voltaire, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u2026) et les grands \u00e9v\u00e8nements (R\u00e9forme et guerres de Religion, Saint Barth\u00e9lemy, R\u00e9volution, Affaire Dreyfus\u2026), l\u2019explosion de la caricature politique correspondant \u00e0 des p\u00e9riodes de crises.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9e par le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie au <span class=\"caps\">XVI<\/span>\u00b0 si\u00e8cle, \u00e9touff\u00e9e sous la censure de la monarchie absolue et de l\u2019Empire, la caricature s\u2019impose avec la presse populaire au <span class=\"caps\">XIX<\/span>\u00b0 et les dessins provocants de journaux sp\u00e9cialis\u00e9s (<em>La Caricature, Le Charivari<\/em>\u2026). Des formes naissent sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: slogans de Mai 68, <em>Guignols de l\u2019Info<\/em> et autres marionnettes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sans oublier les <span class=\"caps\">BD<\/span> politiques souvent best-sellers.<\/p>\n<p>Deux auteurs seront cit\u00e9s (= montr\u00e9s) une dizaine de fois. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, Gustave Dor\u00e9, artiste peintre du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, se voue \u00e0 la caricature avec un art du trait qui fait mouche et mal. Bien diff\u00e9rent avec sa s\u00e9rie de gouaches, Fran\u00e7ois Lesueur inventa sous la R\u00e9volution une caricature bienveillante et bon enfant comme la Carmagnole du\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em> (premi\u00e8re version).<\/p>\n<p>Une invit\u00e9e surprise, la physiogonomie. Formul\u00e9e par Cic\u00e9ron (\u00ab\u00a0Le visage est le miroir de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb), elle entre en sc\u00e8ne avec le g\u00e9nie du peintre Le Brun sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, s\u2019\u00e9rige en science au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, justifie les pires racismes\u00a0(colonialisme, antis\u00e9mitisme) et se banalise avec le \u00ab\u00a0d\u00e9lit de sale gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ratapoil.jpg\" width=\"765\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Ratapoil et Casmajou, Honor\u00e9 Daumier, <em>Le Charivari<\/em>, 11 octobre 1850. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>Le sous-titre vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">RATAPOIL<\/span> et <span class=\"caps\">CASMAJOU<\/span>. Membres les plus actifs de la soci\u00e9t\u00e9 philanthropique du dix D\u00e9cembre\u00a0: portraits dessin\u00e9s d\u2019apr\u00e8s nature et r\u00e9ellement frappans (sic).\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Daumier qui renoue avec la satire politique cr\u00e9e un personnage r\u00e9current, le \u00ab\u00a0colonel Ratapoil\u00a0\u00bb, sorte de demi-solde, agent de propagande, provocateur et espion au service de la cause bonapartiste, flanqu\u00e9 de son acolyte Casmajou. Il participe d\u2019une campagne de caricatures anti bonapartistes suscit\u00e9e d\u00e8s 1848 par les r\u00e9publicains, inquiets de l\u2019irr\u00e9sistible ascension du neveu de l\u2019empereur, devenu omnipr\u00e9sent dans la vie publique.\u00a0<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 philanthropique du dix D\u00e9cembre\u00a0\u00bb existe bel et bien, dite d\u2019abord \u00ab\u00a0Comit\u00e9 napol\u00e9onien\u00a0\u00bb, cr\u00e9\u00e9 en 1849 par le pr\u00e9fet de police de Paris en r\u00e9f\u00e9rence au 10 d\u00e9cembre 1848 (Louis-Napol\u00e9on Bonaparte \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel), pour lutter contre les r\u00e9publicains et servir le coup d\u2019\u00c9tat bonapartiste en pr\u00e9paration. Ratapoil prend son aspect quasi d\u00e9finitif avec le nom fera sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 le 11 octobre 1850, dans cette premi\u00e8re lithographie. Avec un regard complice, les deux \u00ab\u00a0d\u00e9cembrards\u00a0\u00bb semblent poser pour une entr\u00e9e en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Portrait charge digne du Grand Guignol (genre th\u00e9\u00e2tral macabre et sanguinolent), Ratapoil se caract\u00e9rise par sa longue silhouette \u00e9maci\u00e9e \u00e0 la cambrure insolente et l\u2019attitude provocante. Le costume compose un personnage tragi-comique\u00a0: redingote tirebouchonn\u00e9e, haut de forme ratatin\u00e9 tombant sur l\u2019\u0153il gauche, un long gourdin qui sert d\u2019appui mais dont la pr\u00e9sence ne reste pas moins mena\u00e7ante. Sans caricaturer directement Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, la moustache et la barbe \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019imp\u00e9riale\u00a0\u00bb \u00e9voquent de fa\u00e7on irr\u00e9v\u00e9rencieuse le futur empereur des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Daumier a model\u00e9 la statuette avec une grande libert\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution et un r\u00e9alisme exacerb\u00e9, expressionniste avant la lettre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! Vous avez atteint en plein l\u2019ennemi\u00a0! Voil\u00e0 l\u2019id\u00e9e bonapartiste \u00e0 jamais piloris\u00e9e par vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874) lors d\u2019une visite \u00e0 l\u2019atelier de Daumier, 16 mars 1851. Rapport\u00e9 par Ars\u00e8ne Alexandre, premier biographe de l\u2019artiste<em>. Honor\u00e9 Daumier, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre<\/em> (1888)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cours au Coll\u00e8ge de France du c\u00e9l\u00e8bre historien (ardent r\u00e9publicain) a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 sur ordre du gouvernement le 23 f\u00e9vrier pr\u00e9c\u00e9dent. Michelet vient remercier Daumier pour son action militante et aper\u00e7oit la statuette de Ratapoil en cours d\u2019ex\u00e9cution \u2013 le caricaturiste \u00e9tait aussi sculpteur. Rappelons les spectaculaires trente-six bustes-charges de parlementaires de 1831-1834.<\/p>\n<p>Pour mieux saisir son nouveau personnage, Daumier a model\u00e9 dans la glaise une statuette, d\u00e9truite lors du moulage en pl\u00e2tre. Apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851, ce petit pl\u00e2tre subversif est dissimul\u00e9 avec soin pour \u00e9chapper aux foudres de la censure imp\u00e9riale. La statuette r\u00e9apparait en 1878, montr\u00e9e au public pour la premi\u00e8re fois lors d\u2019une exposition des \u0153uvres de Daumier chez Durand-Ruel. Terriblement moderne, Ratapoil rompt avec les cat\u00e9gories de la sculpture et tend d\u00e9j\u00e0 vers l\u2019expressionnisme. Avec cette statuette mortif\u00e8re, Daumier dresse un constat f\u00e9roce et pessimiste des basses \u0153uvres de la politique.<\/p>\n<p>Cette statuette remarquable par sa hardiesse plastique et sa puissance d\u2019expression se voulait surtout la synth\u00e8se plus vivante que nature de l\u2019agent interlope, l\u2019auxiliaire infatigable de la propagande napol\u00e9onienne, provocateur \u201cd\u00e9cembraillard\u201d et assommeur. \u00ab\u00a0Pour tout dire d\u2019un mot, c\u2019est Ratapoil\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ratapoil repara\u00eet ensuite dans une vingtaine de planches inspir\u00e9es des \u00e9v\u00e9nements politiques, publi\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la veille du coup d\u2019\u00c9tat et constituant autant de mises en garde contre les man\u0153uvres bonapartistes. Le personnage anticipe et r\u00e9sume l\u2019image du nouveau r\u00e9gime imp\u00e9rial aux yeux des r\u00e9publicains\u00a0: propagande, cynisme, affairisme, absence d\u2019envergure du r\u00e8gne de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le petit\u00a0\u00bb en comparaison du Premier Empire\u2026 Vingt ans plus tard, Ratapoil ressurgit dans trois lithographies\u00a0: il incarne la d\u00e9faite du Second Empire.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1875, le personnage fait son entr\u00e9e au dictionnaire\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ratapoil\u00a0: de rat, de \u00e0, et de poil.\u00a0\u00bb Familier.<br>\u00ab\u00a0Partisan du militarisme, et particuli\u00e8rement du c\u00e9sarisme napol\u00e9onien\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grand Dictionnaire universel du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle<\/em> (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/train.jpg\" width=\"1000\" height=\"811\"><\/p>\n<p>Les voyageurs appr\u00e9ciant de moins en moins les voyages en hiver \u2013 Les agr\u00e9ments des chemins de fer \u2013 Daumier. Illustration parue dans<em> Le Charivari<\/em> du 25 d\u00e9cembre 1856. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>Le sous-titre vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyageurs appr\u00e9ciant de moins en moins les wagons de troisi\u00e8me classe pendant l\u2019hiver.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019inconfort de ces wagons populaires est d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 juste titre. Trop froid en hiver, trop chaud en \u00e9t\u00e9\u2026 Les premi\u00e8res voitures de chemin de fer \u00e9taient ouvertes aux quatre vents et les voyageurs se gelaient litt\u00e9ralement. Le 3 juin 1956, la <span class=\"caps\">SNCF<\/span> supprimera la troisi\u00e8me classe de ses trains \u2013 tr\u00e8s inconfortable avec leurs banquettes en bois. Le bas prix diminuait la rentabilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019extr\u00eame rapidit\u00e9 des voyages en chemin de fer est une chose antim\u00e9dicale. Aller, comme on fait, en vingt heures, de Paris \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, en traversant d\u2019heure en heure des climats si diff\u00e9rents, c\u2019est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse. Elle arrive ivre \u00e0 Marseille, pleine d\u2019agitation, de vertige.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2282\" class=\"cit-num\">2282<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>La Mer<\/em> (1861)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pratiquement tous les progr\u00e8s techniques ont commenc\u00e9 par susciter la peur, ou le d\u00e9ni d\u2019utilit\u00e9. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, particuli\u00e8rement riche en inventions, pourrait alimenter un \u00e9tonnant b\u00eatisier technologique.<\/p>\n<p>Le chemin de fer n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle. Rappelons le mot de Thiers, en 1836\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but du Second Empire, le r\u00e9seau ferroviaire s\u2019\u00e9tend et rattrape enfin le retard pris sur l\u2019Angleterre. L\u2019\u00c9tat fixe le trac\u00e9 des voies et finance les infrastructures (terrassement, ouvrages d\u2019art), conc\u00e9dant l\u2019exploitation des lignes \u00e0 de grandes compagnies priv\u00e9es, Compagnies de l\u2019Ouest, du Nord, de l\u2019Est, et le fameux <span class=\"caps\">PLM<\/span> (Paris-Lyon-M\u00e9diterran\u00e9e) n\u00e9 en 1857, axe vital de 862 km. Facteur essentiel de l\u2019am\u00e9nagement du territoire, le r\u00e9seau passe de 3 000 km en 1852 \u00e0 17 000 km en 1870. Il s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans le paysage fran\u00e7ais et toute l\u2019\u00e9conomie du pays en b\u00e9n\u00e9ficie.<\/p>\n<p>Mais que d\u2019inqui\u00e9tudes, pour la sant\u00e9 des passagers\u00a0! Michelet, l\u2019historien romantique, n\u2019est pas seul \u00e0 s\u2019en \u00e9mouvoir. Selon Fran\u00e7ois Arago, polytechnicien, astronome et physicien mort en 1853 et t\u00e9moignant donc des tout premiers chemins de fer, \u00ab\u00a0le transport des soldats en wagon les eff\u00e9minerait\u00a0\u00bb\u2026 et les voyageurs sont mis en garde contre le tunnel de Saint-Cloud, qui peut causer \u00ab\u00a0des fluxions de poitrine, des pleur\u00e9sies et des catarrhes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/nadar_mong.jpg\" width=\"340\" height=\"433\"><\/p>\n<p><span class=\"caps\">NADAR<\/span> \u00e9levant la Photographie \u00e0 la hauteur de l\u2019Art. Honor\u00e9 Daumier, publi\u00e9 dans Le Boulevard, apr\u00e8s l\u2019ascension de Nadar dans le ballon \u00ab\u00a0Le G\u00e9ant\u00a0\u00bb, 1862. <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<p>Le titre vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<span class=\"caps\">NADAR<\/span> \u00e9levant la Photographie \u00e0 la hauteur de l\u2019art.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prodigieux inventeur au si\u00e8cle des inventions techniques, Nadar a brevet\u00e9 en 1858 la photographie a\u00e9rienne \u00e0 laquelle il s\u2019adonne \u00e0 partir de 1862, allant jusqu\u2019\u00e0 rassembler l\u2019ann\u00e9e suivant sur le Champ de Mars une foule gigantesque venue admirer l\u2019envol du G\u00e9ant, sa montgolfi\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans le ciel comme sous la terre, c\u2019est l\u2019aventurier de cet \u00ab\u00a0\u00e2ge h\u00e9ro\u00efque de la photographie\u00a0\u00bb (Roland Barthes). Son confr\u00e8re et concurrent \u00c9tienne Carjat, lui aussi caricaturiste et photographe, acte en quelque sorte cette cons\u00e9cration, publiant le 25 mai 1862 dans les pages du <em>Boulevard<\/em> \u2013 journal culturel qu\u2019il vient de fonder \u2013 le dessin humoristique de son ami Daumier\u00a0: \u00ab\u00a0Nadar \u00e9levant la photographie \u00e0 la hauteur de l\u2019art.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Daumier qui vient de quitter <em>Le Charivari<\/em> auquel il a contribu\u00e9 avec Nadar, est l\u2019un des dessinateurs de presse le plus c\u00e9l\u00e8bre de France, souvent en d\u00e9licatesse avec la censure imp\u00e9riale, infatigable chroniqueur surdou\u00e9 de la com\u00e9die humaine de son \u00e9poque\u00a0: des petites mesquineries aux hautes ambitions de ses contemporains.<\/p>\n<p>Avec son \u00ab\u00a0crayon lithographique\u00a0\u00bb (technique allemande mise au point en 1796), il conserve l\u2019aspect esquiss\u00e9 du dessin, mais reproductible comme une gravure. Il use de toutes les subtilit\u00e9s tonales de la lithographie, donnant \u00e0 son dessin un style \u00ab\u00a0enlev\u00e9\u00a0\u00bb qui se pr\u00eate ici particuli\u00e8rement bien au sujet\u00a0: Nadar repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 une bourrasque lui fait perdre son haut de forme, et presque l\u2019\u00e9quilibre. Courb\u00e9 dans sa minuscule nacelle (en \u00e9cho ironique au nom de G\u00e9ant donn\u00e9 \u00e0 son a\u00e9ronef), Daumier le figure les mains arrim\u00e9es \u00e0 sa chambre photographique (capteur cubique de grand format), l\u2019\u0153il riv\u00e9 \u00e0 l\u2019objectif, pr\u00eat \u00e0 s\u2019envoler vers ces contr\u00e9es lointaines en direction desquelles son appareil est point\u00e9\u2026 Aventure toute relative, sugg\u00e8re Daumier qui a dessin\u00e9, sous le photographe, une vue de Paris depuis l\u2019une de ses collines. Le d\u00f4me au loin \u00e9voque le Panth\u00e9on, au sommet de la Montagne Sainte-Genevi\u00e8ve. La distance entre le photographe et son sujet n\u2019est pas si grande que sugg\u00e9r\u00e9, au-dessus des autres photographies qui, sous lui, couvrent litt\u00e9ralement les murs de la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Photographie est une d\u00e9couverte merveilleuse, une science qui occupe les intelligences les plus \u00e9lev\u00e9es, un art qui aiguise les esprits les plus sagaces \u2013 et dont l\u2019application est \u00e0 la port\u00e9e du dernier des imb\u00e9ciles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9lix <span class=\"caps\">TOURNACHON<\/span>, dit <span class=\"caps\">NADAR<\/span> (1820-1910 ), cit\u00e9 dans <em>Beaux-Arts Magazine<\/em>, n\u00b0480. Juin 2024<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation de Nadar est encore plus vraie de nos jours, la photo num\u00e9rique ayant pratiquement remplac\u00e9 l\u2019argentique.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1854, Nadar r\u00e9alise une s\u00e9rie de portraits de ses contemporains c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: de Baudelaire \u00e0 Sarah Bernhardt en passant par Hugo, George Sand et Jules Verne, Gustave Courbet, Eug\u00e8ne Delacroix\u2026 Les plus grands noms de l\u2019\u00e9poque ont pos\u00e9 devant son objectif. Ce visionnaire et exp\u00e9rimentateur g\u00e9nial a marqu\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019image, \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9veloppement quasi industriel de ce nouveau m\u00e9dium.<\/p>\n<p>N\u00e9 F\u00e9lix Tournachon, ce gamin de Paris doit travailler pour faire vivre sa famille. Il entre dans la presse, l\u2019une des grandes industries du si\u00e8cle. Par ce biais, le jeune homme se lie avec le milieu des artistes, notamment Baudelaire. En 1838, il prend le surnom de Nadar. D\u2019abord caricaturiste pour certains journaux (dont <em>Le Charivari<\/em>), il opte finalement pour la photographie, technique encore exp\u00e9rimentale. Avec audace, Nadar l\u2019exploite en ext\u00e9rieur. En 1858, il est le premier \u00e0 embarquer un appareil photographique dans un ballon, ce qui en fait le pionnier de la photographie a\u00e9rienne\u00a0!<\/p>\n<p>Il est surtout c\u00e9l\u00e8bre pour la galerie de portraits singuli\u00e8rement sensibles des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de son temps, \u00e9crivains, artistes et hommes politiques. Dans un premier atelier de la rue Saint-Lazare, il re\u00e7oit le beau monde. Associ\u00e9 avec son fr\u00e8re Adrien, il parvient \u00e0 saisir la personnalit\u00e9 de ses mod\u00e8les en supprimant tous les accessoires et d\u00e9cors superflus. Il cherche \u00e0 saisir la v\u00e9rit\u00e9, en jouant des \u00e9clairages. Le portrait photographique est, \u00e0 cette \u00e9poque, un march\u00e9 tr\u00e8s concurrentiel. Plus tard, Nadar c\u00e9dera son commerce \u00e0 son fils Paul.<\/p>\n<p>En 1860, il ouvre une grande boutique boulevard des Capucines, fr\u00e9quent\u00e9 par le Tout-Paris. Il louera l\u2019un de ses \u00e9tages aux peintres impressionnistes pour leur premi\u00e8re exposition, en 1874.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9 de technologie, Nadar se lance dans la grande aventure de l\u2019a\u00e9rostation. En 1863, il fait construire un ballon g\u00e9ant, capable d\u2019embarquer plusieurs dizaines de personnes \u00e0 bord. Mais cette invention ne rencontre pas le succ\u00e8s escompt\u00e9. Lors de la Commune, Nadar se rend c\u00e9l\u00e8bre en proposant de construire des ballons militaires. Gambetta quitte ainsi Paris assi\u00e9g\u00e9 par les Prussiens pour Tours o\u00f9 s\u2019organise la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019ennemi. Mais le d\u00e9veloppement de son invention n\u2019est pas financ\u00e9 par le gouvernement.<\/p>\n<p>Sa fin de vie est moins glorieuse. Ruin\u00e9, il s\u2019installe dans le Midi. Un dernier sursaut de notori\u00e9t\u00e9 lui parvient lors de l\u2019Exposition universelle de 1900, o\u00f9 son \u0153uvre est salu\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sens venir tout de bon le moment de dire\u00a0: Ne bougeons plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9lix <span class=\"caps\">TOURNACHON<\/span>, dit <span class=\"caps\">NADAR<\/span> (1820-1910 ), cit\u00e9 par Philippe H\u00e9racl\u00e8s, <em>Le Grand livre de l\u2019humour noir<\/em> (1992)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les derni\u00e8res paroles du photographe nonag\u00e9naire sont naturellement une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la photographie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/velo.jpg\" width=\"540\" height=\"383\"><\/p>\n<p>La V\u00e9locip\u00e8domanie, planche chromolithographique constitu\u00e9e de onze sayn\u00e8tes l\u00e9gend\u00e9es, r\u00e9alis\u00e9e par Alfred Darjou (1832-1874), ex\u00e9cut\u00e9e entre 1864 et 1874. Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime la bicyclette pour l\u2019oubli qu\u2019elle donne. J\u2019ai beau marcher, je pense. \u00c0 bicyclette je vais dans le vent, je ne pense plus, et rien n\u2019est d\u2019un aussi d\u00e9licieux repos.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>Les Annales politiques et litt\u00e9raires<\/em>, 12 juillet 1896<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mes impressions de bicycliste? Elles sont fort modestes, car je ne suis qu\u2019un tr\u00e8s humble amateur et mes prouesses se bornent \u00e0 faire mes quinze \u00e0 vingt petits kilom\u00e8tres l\u2019apr\u00e8s-midi, pour la joie de l\u2019exercice et du plein air. Mais je regrette vraiment la jeunesse et le temps \u00e0 perdre, que je n\u2019ai pas. Avec du loisir et vingt ans de moins, je crois que j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 un fervent, un passionn\u00e9. Aller \u00e0 l\u2019aventure, voler avec le vent, voir les horizons fuir comme en un r\u00eave, c\u2019est l\u00e0 une griserie d\u00e9licieuse. Et puis, pour nous autres, noircisseurs de papier, cerveaux encombr\u00e9s de phrases, rien n\u2019est plus sain que d\u2019oublier le m\u00e9tier; et la bicyclette, c\u2019est l\u2019oubli total, c\u2019est la fuite dans la continuelle pr\u00e9occupation de l\u2019\u00e9quilibre, m\u00eame devenue inconsciente. Je reviens de mes quinze \u00e0 vingt kilom\u00e8tres totalement rafra\u00eechi, le cerveau comme nettoy\u00e9, remis \u00e0 neuf pour le lendemain. De la joie, de l\u2019hygi\u00e8ne physique et morale, que demander de plus\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0v\u00e9locip\u00e8de\u00a0\u00bb entre en sc\u00e8ne au cours du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. \u00c0 partir de la draisienne con\u00e7ue en 1817 (engin \u00e0 deux roues reli\u00e9es par un cadre en bois, d\u00e9pourvu de p\u00e9dales et m\u00fb par l\u2019impulsion des pieds), de nombreuses variations et am\u00e9liorations conduisent \u00e0 l\u2019invention de la bicyclette \u00e0 p\u00e9dales par Pierre Michaux en 1861.<\/p>\n<p>Objet de curiosit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme excentrique et extravagant, le \u00ab\u00a0v\u00e9locip\u00e8de\u00a0\u00bb cesse peu \u00e0 peu d\u2019\u00eatre ridiculis\u00e9. Suscitant progressivement l\u2019engouement, il devient \u00ab\u00a0\u00e0 la mode\u00a0\u00bb dans les milieux ais\u00e9s, s\u00e9duits par cette invention moderne. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1860, les repr\u00e9sentations qui l\u2019accompagnent et l\u2019enracinent dans les imaginaires \u00e9voluent.<\/p>\n<p>R\u00e9alis\u00e9e par Alfred Darjou, La V\u00e9locip\u00e9domanie est une planche chromolithographique r\u00e9unissant onze sayn\u00e8tes l\u00e9gend\u00e9es. Avec des couleurs plut\u00f4t sobres et un trait assez pr\u00e9cis, l\u2019artiste examine la mobilit\u00e9 nouvelle n\u00e9e de cette invention \u2013 le mot de \u00ab\u00a0mobilit\u00e9\u00a0\u00bb revenant \u00e0 la mode en 2024\u00a0! Hormis une exception, chaque croquis montre le v\u00e9lo \u00ab\u00a0en marche\u00a0\u00bb et les cyclistes encore h\u00e9sitants, en mouvement de fa\u00e7on plus ou moins contr\u00f4l\u00e9e. L\u2019ensemble de la composition est \u00e9galement dynamique \u2013 les sayn\u00e8tes semblent se t\u00e9lescoper. Prodiguant des conseils en l\u00e9gende, cette \u00ab\u00a0bande dessin\u00e9e\u00a0\u00bb pr\u00e9sente de mani\u00e8re assez comique les divers usages du v\u00e9locip\u00e8de.<\/p>\n<p>Les premiers mod\u00e8les ont de grandes roues qui les rendent difficiles \u00e0 man\u0153uvrer, La V\u00e9locip\u00e9domanie moque moins le nouvel engin que les images des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes\u00a0: on continue de le pr\u00e9senter comme une curiosit\u00e9 excentrique et ses utilisateurs comme un peu \u00ab\u00a0toqu\u00e9s\u00a0\u00bb (voir le dandy au centre). La repr\u00e9sentation semi-burlesque des chutes souligne le caract\u00e8re encore perfectible de l\u2019invention\u2026 Mais la transition semble d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9e, certains dessins (celui sur les courses ou la promenade) montrant sous un jour meilleur des pratiques plus ma\u00eetris\u00e9es\u00a0: le v\u00e9locip\u00e8de est en voie d\u2019adoption.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/velocipede.jpg\" width=\"1024\" height=\"741\"><\/p>\n<p><span class=\"caps\">S.A.<\/span> Le Prince imp\u00e9rial se promenant en v\u00e9locip\u00e8de dans le jardin r\u00e9serv\u00e9 des Tuileries. Dessin de M. Maurand. Ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on Eug\u00e8ne-Louis-Jean-Joseph V\u00e9locip\u00e8de <span class=\"caps\">IV<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est plus une caricature, mais une gravure\u2026 et la preuve par l\u2019image que le v\u00e9locip\u00e8de est entr\u00e9 dans les m\u0153urs. Elle t\u00e9moigne aussi (au premier plan et en vedette) de la passion du Prince Imp\u00e9rial pour ce nouveau sport. D\u2019o\u00f9 le surnom que lui donn\u00e8rent les caricaturistes \u00e0 la chute de l\u2019Empire\u00a0: \u00ab\u00a0Napol\u00e9on Eug\u00e8ne-Louis-Jean-Joseph V\u00e9locip\u00e8de <span class=\"caps\">IV<\/span>.\u00a0\u00bb Mort volontaire au combat dans l\u2019arm\u00e9e britannique (contre les zoulous) \u00e0 23 ans.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dumas.jpg\" width=\"662\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Dumas en Mousquetaire par Gill,<em> La Lune<\/em>, 2 d\u00e9cembre 1866. <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9poque du portrait-charge, caract\u00e9ris\u00e9 par la ressemblance du sujet et l\u2019exag\u00e9ration d\u2019une t\u00eate \u00e9norme pos\u00e9e sur un corps r\u00e9tr\u00e9ci. Le sous-titre plein d\u2019humour vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019autorise le Journal La Lune \u00e0 publier ma charge, les caricatures \u00e9tant les seuls portraits ressemblans (sic) qu\u2019on ait fait de moi jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"5\" class=\"cit-num\">5<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">DUMAS<\/span> (dit aussi Alexandre Dumas p\u00e8re) (1802-1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase t\u00e9moigne du go\u00fbt assum\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain pour la d\u00e9mesure et l\u2019exub\u00e9rance. Rappelons que de leur c\u00f4t\u00e9, George Sand et Victor Hugo se sont accommod\u00e9s intelligemment de toutes les caricatures qu\u2019ils ne pouvaient combattre, les consid\u00e9rant comme des atouts pour leur notori\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Entre 1866 et 1868, Gill (alias Louis-Alexandre Gosset de Guines, 1840-1885) croque toutes les personnalit\u00e9s du Second Empire. Il fait de Dumas un mousquetaire d\u2019op\u00e9rette, une t\u00eate \u00e9norme coll\u00e9e sur un petit corps replet et ridicule. Il exag\u00e8re l\u2019embonpoint du romancier, connu pour ses exc\u00e8s de bonne ch\u00e8re, Signe particulier\u00a0: une face boursoufl\u00e9 accentue dans son visage les traits dus \u00e0 son ascendance noire, carnation l\u00e9g\u00e8rement brune, abondante chevelure cr\u00eapue et l\u00e8vre inf\u00e9rieure plus charnue. Faut-il parler de racisme\u00a0? Rien de comparable aux caricatures qui suivront l\u2019Affaire Dreyfus et nourriront l\u2019antis\u00e9mitisme de l\u2019Entre-deux-guerres.<\/p>\n<p>Citons quand m\u00eame une anecdote pertinente. Traversant le foyer du Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais et entendant un petit homme mal b\u00e2ti chuchoter \u00e0 son voisin\u00a0: \u00ab\u00a0On dit qu\u2019il a beaucoup de sang noir\u00a0\u00bb, Dumas lui avait lanc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mais parfaitement, Monsieur, j\u2019ai du sang noir\u00a0; mon p\u00e8re \u00e9tait un mul\u00e2tre, mon grand-p\u00e8re \u00e9tait un n\u00e8gre, et mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re \u00e9tait un singe\u00a0! Vous voyez que nos deux familles ont la m\u00eame filiation, mais pas dans le m\u00eame sens\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme dans la plupart de ses portraits peints ou photographiques, Dumas nous fixe avec assurance. Il arbore fi\u00e8rement le costume type mousquetaire\u00a0: par-dessus son pourpoint et ses hauts-de-chausse, une casaque rouge orn\u00e9e d\u2019une croix celtique laissant appara\u00eetre le large rabat \u00e0 dentelles du col de sa chemise, typique du costume sous Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>. Plant\u00e9 sur ses minuscules jambes chauss\u00e9es de bottes \u00e0 entonnoir, il se tient en position de garde, sa main gauche empoignant un critique microscopique, la droite transper\u00e7ant de l\u2019\u00e9norme plume qui lui sert de rapi\u00e8re un feuillet titr\u00e9 \u00ab\u00a0Le Remousquetaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019ai viol\u00e9 l\u2019Histoire, je lui ai fait de beaux enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plusieurs versions \u00e0 cette citation non sourc\u00e9e. Il semble que ce soit la plus vraie\u00a0! Il avoue la \u00ab\u00a0faute\u00a0\u00bb, mais il revendique le bien-fond\u00e9 de son acte cr\u00e9ateur. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1840, Dumas r\u00e8gne sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire parisienne\u00a0: il vit de sa plume depuis le succ\u00e8s de son drame historique <em>Henri <span class=\"caps\">III<\/span> et sa cour<\/em> (1829) et produit de tr\u00e8s nombreux textes, pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, chroniques historiques, r\u00e9cits de voyages, critiques litt\u00e9raires\u2026 En 1844, c\u2019est le triomphe des<em> Trois Mousquetaires<\/em>, r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 partir des \u00e9bauches livr\u00e9es par Maquet (son \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb le plus connu). Publication en feuilleton dans le Si\u00e8cle, puis en huit volumes chez Baudry, adaptation au th\u00e9\u00e2tre par Dumas d\u00e8s 1845, traduction en anglais l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Ce roman inaugure le genre \u00ab\u00a0de cape et d\u2019\u00e9p\u00e9e\u00a0\u00bb, avec les aventures de d\u2019Artagnan, jeune Gascon venu \u00e0 Paris en 1625 pour entrer dans la compagnie des mousquetaires du roi Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et de ses trois fid\u00e8les amis, Athos, Porthos et Aramis\u00a0: \u00ab\u00a0Tous pour un, un pour tous\u00a0!\u00a0\u00bb Pour son h\u00e9ros, Dumas s\u2019inspire (librement et g\u00e9nialement) d\u2019un personnage historique dont la vie a fait l\u2019objet de m\u00e9moires apocryphes.<\/p>\n<p>Il r\u00e9cidive avec bonheur\u00a0:<em> Vingt ans apr\u00e8s<\/em> (1845) et<em> Le Vicomte de Bragelonne<\/em> (1847) suivent les quatre amis sous le r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, en 1648-1649 puis de 1660 \u00e0 1673.<\/p>\n<p>La popularit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre est telle que Dumas est d\u00e9sormais indissociable des mousquetaires. D\u2019o\u00f9 la caricature de Gill. En avril 1872, <em>La Chronique illustr\u00e9e<\/em> relate les obs\u00e8ques publiques du grand homme, mort pendant le Si\u00e8ge de Paris (1871) et c\u2019est encore un mousquetaire que dessine Henri Demare.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ratapoil_2.jpg\" width=\"1024\" height=\"512\"><\/p>\n<p>Le Ratapoil de 1850 \u2026 et le Ratapoil de 1869, Les beaux jours sont pass\u00e9s. Alfred Le Petit. Le P\u00e9tard n\u00b0 43, 14\/4\/1878.. Mus\u00e9e d\u2019Orsay, Paris.<\/p>\n<p>L\u2019inscription en marge \u00e0 droite vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les beaux jours sont pass\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aujourd\u2019hui \u2013 Journal des Ridicules. \u00ab\u00a0Les Bas-Bleus\u00a0\u00bb, article d\u2019ouverture ressassant les lieux communs sur ce type de femmes (1839). Henri-G\u00e9rard Fontallard (1798-1843), dessinateur-lithographe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vingt ans apr\u00e8s, Ratapoil ressurgit dans trois lithographies\u00a0: il incarne d\u00e9sormais la fin du Second Empire. Sa longue silhouette \u00e9maci\u00e9e \u00e0 la cambrure insolente et \u00e0 l\u2019attitude provocante n\u2019est plus que le fant\u00f4me de lui-m\u00eame, plus tragique que comique.<\/p>\n<p>La presse ayant gagn\u00e9 en libert\u00e9, les mauvais jours commencent aussi pour Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, victime de caricatures et d\u2019attaques dans la presse, avant m\u00eame 1870, la d\u00e9faite de Sedan et la chute du Second Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, dit l\u2019Almanach imp\u00e9rial, contient trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de m\u00e9contentement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2294\" class=\"cit-num\">2294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> La Lanterne<\/em>, 1er\u00a0juin 1868<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re phrase du premier num\u00e9ro.<\/p>\n<p>Un vent de libert\u00e9 souffle sur l\u2019Empire. Le 9\u00a0mai 1868, c\u2019en est fini du r\u00e9gime de la presse de 1852\u00a0: l\u2019autorisation pr\u00e9alable et le syst\u00e8me des avertissements sont supprim\u00e9s. Au grand m\u00e9contentement des bonapartistes autoritaires, mais sans r\u00e9elle satisfaction des r\u00e9publicains\u00a0: la libert\u00e9 de la presse souffre encore de restrictions. Gouverner, c\u2019est m\u00e9contenter, doit penser l\u2019empereur qui prendra d\u2019autres mesures lib\u00e9rales, avant la chute de Sedan.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/menagerie.jpg\" width=\"420\" height=\"650\"><\/p>\n<p><em>La M\u00e9nagerie imp\u00e9riale<\/em> de Paul Hadol. Page de garde. 1870. Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<p>Le titre et la longue inscription verticale en marge \u00e0 gauche valent citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MENAGERIE<\/span> <span class=\"caps\">IMPERIALE<\/span> \u00ab\u00a0compos\u00e9e des ruminants, amphibies, carnivores et autres budg\u00e9tivores qui ont d\u00e9vor\u00e9 la France pendant 20 ans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"7\" class=\"cit-num\">7<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aujourd\u2019hui \u2013 Journal des Ridicules. \u00ab\u00a0Les Bas-Bleus\u00a0\u00bb, article d\u2019ouverture ressassant les lieux communs sur ce type de femmes (1839). Henri-G\u00e9rard Fontallard (1798-1843), dessinateur-lithographe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Recueil de caricatures ex\u00e9cut\u00e9es par Paul Hadol, dit White (1835-1875). L\u2019ouvrage est publi\u00e9 apr\u00e8s la chute du Second Empire, sorti des presses de l\u2019imprimerie Coulb\u0153uf avec un feuillet de titre et 31 planches caricaturant la famille imp\u00e9riale et quelques membres des classes dirigeantes.<br>Sur chaque feuille, le dessinateur a r\u00e9alis\u00e9 le portrait-charge d\u2019une personnalit\u00e9 du r\u00e9gime imp\u00e9rial d\u00e9chu\u00a0: t\u00eate aux traits fortement accentu\u00e9s, greff\u00e9e sur un corps zoomorphe. Chaque personnage est affubl\u00e9 \u2013 m\u00e9nagerie oblige \u2013 d\u2019un nom d\u2019animal suivi de deux caract\u00e9ristiques d\u00e9sobligeantes stigmatisant ses vices r\u00e9els ou suppos\u00e9s. Les derniers feuillets du recueil constituent le Mus\u00e9e des Empaill\u00e9s\u00a0: ils regroupent plusieurs figures par page dans un environnement digne du Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re lithographie orne la couverture du recueil. La R\u00e9publique, v\u00eatue \u00e0 l\u2019antique et coiff\u00e9e du traditionnel bonnet phrygien, \u00e9carte la tenture du cirque cens\u00e9 abriter la \u00ab\u00a0m\u00e9nagerie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb. Elle invite le public \u00e0 entrer en d\u00e9signant l\u2019enseigne avec une r\u00e8gle. \u00c0 droite, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> figure sous les traits d\u2019un rapace\u00a0: caricature sous-titr\u00e9e \u00ab\u00a0Le grand vautour de Sedan\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00e9galement sous la forme d\u2019un vautour que l\u2019empereur est repr\u00e9sent\u00e9 sur le feuillet qui lui est consacr\u00e9. Il y est montr\u00e9 d\u00e9pe\u00e7ant une France exsangue qu\u2019il retient dans ses serres. Paul Hadol lui impute deux vices\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e2chet\u00e9 \u2013 F\u00e9rocit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Toutes les caricatures composant \u00ab\u00a0La M\u00e9nagerie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb sont d\u2019une rare cruaut\u00e9. Cette \u0153uvre satirique est l\u2019expression plastique du discr\u00e9dit et de l\u2019opprobre frappant le r\u00e9gime imp\u00e9rial apr\u00e8s Sedan\u00a0: Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et son entourage jug\u00e9s seuls responsables d\u2019une guerre catastrophique \u00e0 laquelle, pourtant, l\u2019opinion publique et la plupart des hommes politiques \u00e9taient largement favorables\u2026 Mais le souverain vaincu, prisonnier, contraint de remettre son \u00e9p\u00e9e au roi de Prusse Guillaume Ier, fait figure de l\u00e2che. C\u2019est le d\u00e9but de \u00ab\u00a0la l\u00e9gende noire du Second Empire\u00a0\u00bb ( Jean des Cars), longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une parenth\u00e8se f\u00e2cheuse dans l\u2019Histoire. Il serait r\u00e9ducteur de limiter le r\u00e8gne de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> \u00e0 une f\u00eate imp\u00e9riale effr\u00e9n\u00e9e et \u00ab\u00a0budg\u00e9tivore\u00a0\u00bb, le Second Empire \u00e9tant la p\u00e9riode o\u00f9 la France entre dans l\u2019\u00e8re du modernisme \u00e9conomique, des progr\u00e8s techniques et industriels. Mais la caricature vient de l\u2019italien <em>caricare<\/em>, \u00ab\u00a0charger, exag\u00e9rer\u00a0\u00bb et la mesure est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cet art r\u00e9solument engag\u00e9.<\/p>\n<p>Il faudra quand m\u00eame attendre la tr\u00e8s lib\u00e9rale loi sur la presse du 29 juillet 1881 pour que la verve satirique des caricaturistes puisse \u00e0 nouveau s\u2019exprimer pleinement et librement. Le meilleur est \u00e0 venir \u2013 et aussi le pire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/menagerie_2.jpg\" width=\"326\" height=\"500\"><\/p>\n<p>La M\u00e9nagerie imp\u00e9riale de Paul Hadol. Princesse Mathilde \/ La Truie (Impudeur-Luxure), 1870, Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La princesse elle-m\u00eame, \u00e0 laquelle chacun s\u2019accordait \u2013 je ne sais pourquoi \u2013 \u00e0 trouver grand air, \u00e9tait une vieille et lourde dame, au visage imp\u00e9rieux plus qu\u2019imp\u00e9rial, qui avait le tort de se d\u00e9colleter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">DAUDET<\/span> (1867-1942), Fant\u00f4mes et vivants\u00a0: souvenirs des milieux litt\u00e9raires, politiques, artistiques et m\u00e9dicaux de 1880 \u00e0 1905\u00a0; Nouvelle Librairie nationale (1914).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime imp\u00e9rial en 1870, la presse r\u00e9publicaine se d\u00e9cha\u00eena contre les souverains d\u00e9chus, mais n\u2019\u00e9pargna pas la famille de l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>La M\u00e9nagerie imp\u00e9riale<\/em>\u00a0de Paul Hadol, on trouve la princesse Mathilde-L\u00e9tizia Bonaparte (1820-1904), dite la princesse Mathilde, fille unique de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte (1784-1860), le plus jeune fr\u00e8re de Napol\u00e9on et cousine germaine de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Fianc\u00e9e avec lui \u00e0 15 ans, elle \u00e9pousera finalement le prince Demidoff, fabuleusement riche mais violent et refusant de quitter sa ma\u00eetresse. Mathilde qui a trouv\u00e9 l\u2019amant de sa vie s\u2019enfuit pour Paris en emportant les bijoux de sa dot. Le mari sera condamn\u00e9 \u00e0 lui verser une pension de 200 000 francs par an.<\/p>\n<p>L\u2019impudeur et la luxure dont elle est cr\u00e9dit\u00e9e font allusion \u00e0 sa liaison d\u00e9sormais affich\u00e9e aux yeux du monde avec le \u00ab\u00a0beau Batave\u00a0\u00bb, le comte \u00c9milien de Nieuwerkerke, sculpteur et surintendant des Beaux-Arts de l\u2019empereur. Elle s\u2019installe dans son h\u00f4tel particulier, 10, rue de Courcelles \u00e0 Paris, Tr\u00e8s cultiv\u00e9e, la princesse Mathilde tient salon et de 1848 \u00e0 1852, elle fait office de ma\u00eetresse de maison au palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Premi\u00e8re \u00e0 occuper ce r\u00f4le, son cousin \u00e9tant le premier pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, l\u2019on peut dire que Mathilde Bonaparte est la premi\u00e8re femme \u00e0 avoir tenu le r\u00f4le de premi\u00e8re dame en France (terme apparu plus tard avec Marguerite Lebrun). L\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie prendra ensuite sa place au c\u00f4t\u00e9 de l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Elle assure pourtant l\u2019aspect culturel et litt\u00e9raire de la cour de son cousin devenu empereur en 1852. Parmi les \u00e9crivains qu\u2019elle aime recevoir, citons les fr\u00e8res Goncourt, Tourgeniev, le jeune Marcel Proust, Gustave Flaubert, Th\u00e9ophile Gautier ou encore le sculpteur Carpeaux, les peintres H\u00e9bert, Baudry et les fr\u00e8res Giraud.<\/p>\n<p>Lucide sur le monde et consciente de son sort de privil\u00e9gi\u00e9e, on lui doit cette phrase r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par Proust\u00a0: \u00ab\u00a0Sans Napol\u00e9on Ier, je vendrais des oranges dans les rues d\u2019Ajaccio.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La princesse Mathilde] accueillait tous ses visiteurs, avec un sans fa\u00e7on qui \u00e9tait l\u2019extr\u00eame raffinement de la condescendance et de la politesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Abel <span class=\"caps\">HERMANT<\/span> (1862-1950), <em>Souvenirs de la vie mondaine<\/em> (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une anecdote d\u00e9peint son fort caract\u00e8re\u00a0: seule membre de la maison Bonaparte demeur\u00e9e sur le sol fran\u00e7ais apr\u00e8s la seconde loi d\u2019exil (juin 1886), elle fut invit\u00e9e dix ans apr\u00e8s \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019accueil du couple imp\u00e9rial russe \u00e0 la chapelle des Invalides par le ministre F\u00e9lix Faure. La princesse septuag\u00e9naire, un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s la chute de l\u2019empire, retourna le bristol au ministre avec ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Cette carte m\u2019est inutile, j\u2019ai la clef\u00a0\u00bb, faisant savoir qu\u2019elle s\u2019en servirait pour se rendre librement \u00e0 la place dont le droit d\u2019acc\u00e8s lui appartenait par l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 ou qu\u2019elle s\u2019abstiendrait de para\u00eetre \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Finalement, l\u2019amiral Duperr\u00e9 lui remit une invitation sp\u00e9ciale pour la chapelle. Mais le 7 octobre 1896 au matin, seul son prie-Dieu l\u2019attendit\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/menagerie_3.jpg\" width=\"540\" height=\"840\"><\/p>\n<p><em>La M\u00e9nagerie imp\u00e9riale<\/em> de Paul Hadol. Baron Haussmann \/ Le Castor (Activit\u00e9-Lucre). 1870. Mus\u00e9e national du ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<p>Le baron Haussmann est astucieusement repr\u00e9sent\u00e9 en castor, ce portrait-charge faisant allusion \u00e0 son r\u00f4le dans la reconstruction de Paris et la reconfiguration des quartiers anciens pour un style plus moderne.<\/p>\n<p>Pr\u00e9fet pendant dix-sept ans, d\u00e9bordant d\u2019\u00e9nergie, il taille et retaille la capitale \u00e0 coups de pioches et de millions. Les t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque n\u2019admirent pas tous ces travaux et s\u2019inqui\u00e8tent \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u2013 de l\u2019excessive centralisation, un mal bien fran\u00e7ais. Avec son incontestable Activit\u00e9, le titre l\u2019accuse aussi de Lucre, la recherch\u00e9 de son profit \u00e9tant tout aussi incontestable et d\u00e9passant les bornes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osman, pr\u00e9fet de Bajazet,<br>Fut pris d\u2019un \u00e9trange d\u00e9lire\u00a0:<br>Il d\u00e9molissait pour construire,<br>Et pour d\u00e9molir, construisait.<br>Est-ce d\u00e9mence\u00a0? Je le nie.<br>On n\u2019est pas fou pour \u00eatre musulman\u00a0;<br>Tel fut Osman,<br>P\u00e8re de l\u2019osmanomanie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2258\" class=\"cit-num\">2258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">NADAUD<\/span> (1820-1893), <em>L\u2019Osmanomanie<\/em>, chanson.<em> Chansons de Gustave Nadaud<\/em> (1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte en forme de conte, sign\u00e9 d\u2019un po\u00e8te chansonnier faisant la satire du Second Empire, parfois interdite par le r\u00e9gime. Remarquons que toutes ces formes de contestation \u00e9chappent \u00e0 l\u2019anonymat, preuve que les auteurs courent malgr\u00e9 tout moins de risques que jadis.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 pr\u00e9fet de la Seine le 1er\u00a0juillet 1853, le baron Haussmann voit grand et beau pour le Paris imp\u00e9rial. Il faut en finir avec le Paris de Balzac aux rues pittoresques, mais sales et mal \u00e9clair\u00e9es, cr\u00e9er une capitale aussi moderne que Londres qui a s\u00e9duit l\u2019empereur (jadis en exil), creuser des \u00e9gouts, approvisionner en eau les Parisiens, am\u00e9nager des espaces verts, loger une immigration rurale massive, percer de larges avenues pour faciliter l\u2019action de la police et de l\u2019artillerie contre d\u2019\u00e9ventuelles barricades.<\/p>\n<p>La chanson poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019auraient tent\u00e9 sans profit\u00a0\/ Les rats, les castors, les termites\u00a0\/ Le feu, le fer et les j\u00e9suites\u00a0\/ Il le voulut faire et le fit.\u00a0\/ Puis quand son \u0153uvre fut finie\u00a0\/ Il s\u2019endormit comme un bon musulman\u00a0\/ Tel fut Osman\u00a0\/ P\u00e8re de l\u2019Osmanomanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le baron est aussi accus\u00e9 de sacrifier des joyaux anciens, d\u2019avoir un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour la ligne droite et bient\u00f4t de jongler avec les op\u00e9rations de cr\u00e9dit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Julien fait des boulettes,<br>C\u2019est un grand p\u00e2tissier,<br>Quand Haussmann double nos dettes,<br>C\u2019est un bien grand financier\u00a0! [\u2026]<br><em>Refrain<\/em> <br>Ce pr\u00e9fet \u2013 Est parfait<br>Il fait bien tout ce qu\u2019il fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2299\" class=\"cit-num\">2299<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">AVENEL<\/span> (1823-1902), <em>Les Comptes fantastiques d\u2019Haussmann<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si la chanson est d\u2019Avenel, le mot qui fait titre est de Jules Ferry (avocat et d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain) et va faire mal au pr\u00e9fet vis\u00e9, d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9 par le Corps l\u00e9gislatif et l\u2019opinion publique. Les \u00ab\u00a0Comptes fantastiques d\u2019Haussmann\u00a0\u00bb font allusion aux <em>Contes fantastiques<\/em> d\u2019Hoffmann, classique de la litt\u00e9rature romantique allemande, d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre par Carr\u00e9 et Barbier (avant d\u2019\u00eatre mis en musique par Offenbach, en 1881).<\/p>\n<p>Les grands travaux d\u2019\u00ab\u00a0Osman\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e8lent ruineux, l\u2019\u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb rime plus que jamais avec m\u00e9galomanie, les combinaisons de cr\u00e9dit sont douteuses. Le pr\u00e9fet Haussmann sera limog\u00e9 en 1869, mais le Paris imp\u00e9rial de ses r\u00eaves et de ses plans est presque achev\u00e9 et restera le n\u00f4tre, jusque sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/plebiscite.jpg\" width=\"798\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Honor\u00e9 Daumier. <em>Le Charivari,<\/em> 30 avril 1870. Maison de Victor Hugo (alors en exil) \u2013 Hauteville House<\/p>\n<p>On retrouve l\u2019infatigable Daumier qui nous laissera plus de 4 000 lithographies\u00a0! Le dialogue (qui est rarement de lui) vaut citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u2013 M\u2019sieur l\u2019Maire, quoi donc que c\u2019est qu\u2019un bibiscite\u00a0? <br>\u2013 C\u2019est un mot latin qui veut dire <span class=\"caps\">OUI<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Caricature peinte \u00e0 l\u2019occasion du pl\u00e9biscite du 8 mai 1870 \u2013 destin\u00e9 \u00e0 ratifier un s\u00e9natus-consulte modifiant le fonctionnement des institutions\u00a0: Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> accordait au Corps l\u00e9gislatif l\u2019initiative des lois et \u00e9tablissait la responsabilit\u00e9 parlementaire des ministres. La caricature a toujours une intention satirique.<\/p>\n<p>Les personnages de gauche ont l\u2019allure de pauvres paysans, analphab\u00e8tes et ignorants, donc manipulables. Ils repr\u00e9sentent le corps \u00e9lectoral (un grand enfant). Le personnage de droite est le maire du village, incarnation de l\u2019autorit\u00e9 au faux air de Ratapoil (m\u00eame cambrure insolente, mais double ventre ridicule). Il d\u00e9tourne le sens du mot pl\u00e9biscite pour servir les int\u00e9r\u00eats du r\u00e9gime en place.<\/p>\n<p>Daumier d\u00e9nonce \u00e0 la fois la pratique du pl\u00e9biscite et la manipulation du corps \u00e9lectoral. Le pl\u00e9biscite est un appel au peuple pour le renouvellement de la confiance en un homme. Contrairement au r\u00e9f\u00e9rendum, il ne ratifie pas un texte fondamental. La candidature officielle permet au gouvernement de d\u00e9signer ses candidats. Ils obtiennent le soutien des pr\u00e9fets et des fonctionnaires locaux. Ils b\u00e9n\u00e9ficient \u00e9galement de la propagande officielle (pay\u00e9e par l\u2019\u00c9tat). Le candidat officiel est soutenu de diff\u00e9rentes mani\u00e8res\u00a0: droit \u00e0 l\u2019affiche blanche, couleur des communications officielles \u2013 affiches coll\u00e9es par les fonctionnaires locaux sur les emplacements l\u00e9gaux \u2013 affiches de couleur pour les candidats de l\u2019opposition imprim\u00e9es et coll\u00e9es \u00e0 leurs propres frais \u2013 propagande des fonctionnaires locaux aupr\u00e8s de la population). C\u2019est une atteinte au principe d\u2019\u00e9galit\u00e9, une manipulation du corps \u00e9lectoral (l\u2019ensemble des \u00e9lecteurs) trait\u00e9 comme un mineur qu\u2019il convient de tenir sous tutelle, de prendre en main. M\u00eame si le suffrage universel (masculin) est maintenu, le peuple cesse donc d\u2019\u00eatre souverain.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rose_imperiale.jpg\" width=\"391\" height=\"500\"><\/p>\n<p><em>La Rose imp\u00e9riale<\/em> par Alfred Le Petit. Vers 1870. Suppl\u00e9ment au journal <em>La Charge<\/em> n\u00b04. Eug\u00e9nie de Montijo, Mus\u00e9e Carnavalet. Histoire de Paris.<\/p>\n<p>L\u2019inscription finale vaut citation en forme d\u2019avertissement\u2026 au lecteur ou au pouvoir\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le journal La Charge est suspendu. Il reparaitra aussit\u00f4t que les communications avec l\u2019ext\u00e9rieur seront r\u00e9tablies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la fin du Second Empire, la popularit\u00e9 de l\u2019imp\u00e9ratrice est au plus bas. La d\u00e9sastreuse exp\u00e9dition au Mexique, l\u2019\u00e9chec de Sadowa et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques sont imput\u00e9es \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019Espagnole\u00a0\u00bb. Que l\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie ait souhait\u00e9 ou non la guerre avec la Prusse, le d\u00e9sastre de Sedan sonne le glas du Second Empire et contraint la famille imp\u00e9riale \u00e0 l\u2019exil.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, vaincu et prisonnier en Allemagne, est un sujet de pr\u00e9dilection pour les humoristes qui le repr\u00e9sentent sous les traits d\u2019un vautour se repaissant du cadavre exsangue de la France. L\u2019imp\u00e9ratrice est attaqu\u00e9e pour ses origines \u00e9trang\u00e8res, son go\u00fbt du faste et de la repr\u00e9sentation, son entourage de courtisans serviles et int\u00e9ress\u00e9s. On la soup\u00e7onne d\u2019avoir souhait\u00e9 la guerre avec la Prusse pour consolider un r\u00e9gime imp\u00e9rial affaibli. Elle devient la victime expiatoire d\u2019une culpabilit\u00e9 collective. Et la \u00ab\u00a0rose imp\u00e9riale\u00a0\u00bb d\u2019Alfred Le Petit est pitoyablement fan\u00e9e.<\/p>\n<p>La t\u00eate allong\u00e9e et couronn\u00e9e de la souveraine surmonte une tige h\u00e9riss\u00e9e d\u2019\u00e9pines. La mantille de dentelle rappelle son origine espagnole, le nez est excessivement pro\u00e9minent, le regard sournois. Dix abeilles viennent butiner la rose imp\u00e9riale. Sur leur corps d\u2019insecte, le dessinateur a greff\u00e9 le visage de ces familiers de la cour\u00a0: le duc de Gramont, \u00c9mile Ollivier, Cl\u00e9ment Duvernois, le g\u00e9n\u00e9ral de Failly, Julien-Henri Chevreau, le comte de Nieuwerkerke, Pierre Magne, Paul de Cassagnac, le g\u00e9n\u00e9ral Le B\u0153uf, le baron Haussmann.<\/p>\n<p>Que l\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie ait souhait\u00e9 ou non la guerre avec la Prusse, le d\u00e9sastre de Sedan sonna le glas du Second Empire et contraignit la famille imp\u00e9riale \u00e0 l\u2019exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Porte aux Prussiens ta vieille Badinguette\u00a0!<br>Bon voyage, vieux Badinguet,<br>Ton p\u2019tit b\u00e2tard ne r\u00e9gnera jamais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2334\" class=\"cit-num\">2334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Actes de Badinguet<\/em> (1870), chanson.<em> La Commune en chantant<\/em> (1970), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces couplets vengeurs s\u2019adressent \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu dont la popularit\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9e en quelques jours \u2013 Badinguet est le nom du ma\u00e7on dont Louis-Napol\u00e9on Bonaparte emprunta les v\u00eatements pour s\u2019enfuir du fort de Ham, en 1846. Quant \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice, elle ne fut jamais aim\u00e9e du peuple et souvent prise pour cible par les caricaturistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous pensez que je suis un obstacle, que le nom de l\u2019Empereur est un obstacle au lieu d\u2019\u00eatre une force, prononcez notre d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0; je ne me plaindrai pas, je serai d\u00e9charg\u00e9e du lourd fardeau qui p\u00e8se sur moi et je pourrai me retirer avec honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2322\" class=\"cit-num\">2322<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Imp\u00e9ratrice <span class=\"caps\">EUG\u00c9NIE<\/span> (1826-1920), en r\u00e9ponse \u00e0 la d\u00e9claration du tr\u00e8s r\u00e9publicain Gambetta, 4\u00a0septembre 1870. <em>M\u00e9moires de l\u2019Acad\u00e9mie royale des sciences morales et politiques de l\u2019Institut de France<\/em> (1904), Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques (France)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9venue de la d\u00e9claration qui proclame la d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019empereur, l\u2019imp\u00e9ratrice se d\u00e9cide \u00e0 fuir quand les grilles des Tuileries sont forc\u00e9es par la foule. Elle va quitter Paris non sans mal, gagner Deauville, se r\u00e9fugier en Angleterre.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, prisonnier des Allemands, est lib\u00e9r\u00e9 en mars\u00a01871 pour un nouvel et dernier exil en Angleterre o\u00f9 il rejoint sa femme. Un complot doit le faire rentrer en France. Auparavant, il veut se faire op\u00e9rer (calcul \u00e0 la vessie) et meurt des suites de l\u2019op\u00e9ration, le 9\u00a0janvier\u00a01873.<\/p>\n<p>Eug\u00e9nie luttera pour redonner la couronne au prince imp\u00e9rial. En juin 1879, \u00e0 la mort de ce fils unique (parti en guerre contre les zoulous avec l\u2019arm\u00e9e britannique), elle se retire de la vie politique. Elle meurt en 1920, assez \u00e2g\u00e9e pour que son ami le colonel Willoughby Verner mette un terme \u00e0 \u00ab\u00a0cinquante ans de tristesse et de soucis noblement subis\u00a0\u00bb, lui apprenant l\u2019armistice du 11\u00a0novembre 1918 par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, le jour de Sedan est veng\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_petit.jpg\" width=\"714\" height=\"1024\"><\/p>\n<p>Napol\u00e9on le Petit. Badinguet. Au bagne\u00a0! Mis\u00e9rable\u00a0! Mus\u00e9e Carnavalet Histoire de Paris<\/p>\n<p>Le texte de l\u2019\u00e9criteau vaut citation\u00a0et condamnation de \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">BADINGUE<\/span>\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mis\u00e9rable l\u00e2che, a vendu son pays et livr\u00e9 son arm\u00e9e. <br>Tous les honn\u00eates citoyens doivent lui cracher au visage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince Louis Napol\u00e9on avait pass\u00e9 six ans prisonnier au fort de Ham, apr\u00e8s sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 Boulogne.\u00a0 Il r\u00e9ussit \u00e0 fuir en Angleterre, d\u00e9guis\u00e9 en ma\u00e7on sous le nom de Badinguet \u2013 le surnom restera ironiquement et cruellement attach\u00e9 \u00e0 sa personne fort chansonn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u2019l\u00e0 le Sire de Fish-ton-Kan,<br>Qui s\u2019en va-t-en guerre,<br>En deux temps et trois mouv\u2019ments<br>Sens devant derri\u00e8re <br>Badinguet, fich ton camp.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2319\" class=\"cit-num\">2319<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">BURANI<\/span> (1845-1901), paroles, et Antonin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1845-1915) musique, <em>Le Sire de Fich-ton-kan<\/em> (1870), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La capitulation de Sedan fut accueillie par les applaudissements de la gauche, le 3\u00a0septembre \u00e0 la Chambre\u00a0: l\u2019opposition sait que le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale. De fait, l\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t\u00a0: pl\u00e9biscit\u00e9 en mai, l\u2019empereur qui tombe est insult\u00e9. La rue chante\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/badinguet_pilori.jpg\" width=\"350\" height=\"357\"><\/p>\n<p>Badinguet au pilori. <span class=\"caps\">TOULON<\/span>. Po\u00e8me extrait des <em>Ch\u00e2timents<\/em> (1853) de Victor Hugo, accompagn\u00e9 d\u2019une gravure anonyme en couleur, imprim\u00e9e \u00e0 Bruxelles pour \u00eatre placard\u00e9e dans les rues.<\/p>\n<p>Fin du po\u00e8me en forme de mal\u00e9diction contre Napol\u00e9on le Petit,\u00a0 neveu de Napol\u00e9on \u2013 avec rappel du si\u00e8ge de Toulon o\u00f9 le capitaine Bonaparte, 24 ans, s\u2019illustra en reprenant la ville aux Anglais en d\u00e9cembre 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ville que l\u2019infamie et la gloire ensemencent,<br>O\u00f9 du for\u00e7at pensif le fer tond les cheveux,<br>\u00d4 Toulon\u00a0! c\u2019est par toi que les oncles commencent,<br>Et que finissent les neveux\u00a0!<br>Va, maudit\u00a0! ce boulet que, dans des temps sto\u00efques,<br>Le grand soldat, sur qui ton opprobre s\u2019assied,<br>Mettait dans les canons de ses mains h\u00e9ro\u00efques,<br>Tu le tra\u00eeneras \u00e0 ton pied\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des caricatures en feuilles volantes sont transmises sous le manteau, placard\u00e9es aux murs ou vendues en suppl\u00e9ment de journaux. Toute l\u2019effervescence et la violence des \u00e9v\u00e9nements politiques, sociaux et militaires des ann\u00e9es 1869-1871 transparaissent dans ces centaines de feuillets.<\/p>\n<p>L\u2019assassinat du journaliste Victor Noir par Pierre Bonaparte (fils du fr\u00e8re cadet de Napol\u00e9on, Lucien) en janvier 1870, l\u2019impopularit\u00e9 croissante de la famille imp\u00e9riale et de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, les premiers jours triomphalistes du conflit contre la Prusse, la chute de l\u2019Empereur \u00e0 Sedan, les intrigues politiques qui agitent les premiers mois de la fragile r\u00e9publique, les \u00e9checs militaires, la famine et les massacres qui \u00e9maillent les deux si\u00e8ges de Paris au premier semestre 1871 sont croqu\u00e9s avec rage, humour ou d\u00e9rision. Cependant que la chanson r\u00e9sonne, obs\u00e9dante et insultante, contre toute la famille imp\u00e9riale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Badinguet, fisch\u2019ton camp,<br>L\u2019p\u00e8r\u203a, la m\u00e8r\u203a, Badingue,<br>\u00c0 deux sous tout l\u2019paquet,<br>L\u2019p\u00e8r\u203a, la m\u00e8r\u203a, Badingue,<br>Et le p\u2019tit Badinguet.<br>Enfin, pour finir la l\u00e9gende,<br>De c\u2019monsieur qu\u2019on croyait C\u00e9sar,<br>Croyait C\u00e9sar\u00a0!<br>Sous ce grand homm\u203a de contrebande,<br>V\u2019la qu\u2019on n\u2019trouve plus qu\u2019un mouchard,<br>Qu\u2019un mouchard\u00a0!<br>Chez c\u2019bohomm\u2019l\u00e0, tout \u00e9tait louche,<br>Et la moral\u203a de c\u2019boniment,<br>C\u2019est qu\u2019\u00e9tant port\u00e9 sur sa bouche<br>Il devait finir par Sedan. <br>(Refrain) <br>V\u2019l\u00e0 le Sire de Fish-ton-Kan,<br>Qui s\u2019en va-t-en guerre,<br>En deux temps et trois mouv\u2019ments<br>Sens devant derri\u00e8re <br>Badinguet, fich ton camp.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">BURANI<\/span> (1845-1901), paroles, et Antonin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1845-1915) musique, <em>Le Sire de Fich-ton-kan<\/em> (1870), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La capitulation de Sedan est accueillie par les applaudissements de la gauche, le 3\u00a0septembre \u00e0 la Chambre\u00a0: l\u2019opposition sait que le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale. De fait, l\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t\u00a0: pl\u00e9biscit\u00e9 en mai, l\u2019empereur qui tombe est insult\u00e9. La rue chante\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/france_vaincue.jpg\" width=\"500\" height=\"603\"><\/p>\n<p>La France vaincue. Daumier. Hommage \u00e0 Hugo, <em>Les Ch\u00e2timents.<\/em> Page d\u2019histoire parue dans <em>Le Charivari<\/em>, novembre 1870, <span class=\"caps\">BNF<\/span>.<\/p>\n<p>Avant de perdre la vue, le g\u00e9nie fran\u00e7ais de la caricature compose sa derni\u00e8re lithographie, \u00ab\u00a0Les Ch\u00e2timents\u00a0\u00bb, hommage au livre \u00e9ponyme de Victor Hugo. L\u2019aigle imp\u00e9rial est terrass\u00e9 par la foudre et par le volume publi\u00e9 \u00e0 Bruxelles en 1853. Sa mise en vente en France, le 20 octobre 1870, inspira cette composition \u00e0 Daumier. Une \u00e9preuve de l\u2019\u0153uvre porte les signatures du po\u00e8te et du dessinateur, prouvant l\u2019\u00e9troite communaut\u00e9 de vue entre eux. Et Hugo pr\u00e9sidera la premi\u00e8re exposition r\u00e9trospective de l\u2019\u0153uvre de Daumier organis\u00e9e en 1878 \u00e0 la galerie Durand-Ruel, un an avant la mort de l\u2019artiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais le d\u00e9sastre. L\u2019arm\u00e9e s\u2019est sacrifi\u00e9e. C\u2019est \u00e0 mon tour de m\u2019immoler. Je suis r\u00e9solu \u00e0 demander un armistice.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2317\" class=\"cit-num\">2317<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), encercl\u00e9 \u00e0 Sedan, 1er\u00a0septembre 1870. <em>Histoire contemporaine<\/em> (1897), Samuel Denis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a pris cette d\u00e9cision, alors que le g\u00e9n\u00e9ral de Wimpffen \u00ab\u00a0le plus ancien dans le grade le plus \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb, voulait forcer la ligne ennemie pour lib\u00e9rer Sedan et ouvrir le passage \u00e0 son empereur. Tentative h\u00e9ro\u00efque, mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, que l\u2019\u00e9tat-major n\u2019osait pas d\u00e9conseiller. Le bilan aurait \u00e9t\u00e9 de 60\u00a0000 morts, une boucherie\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019artillerie allemande continue de tirer sur la ville, 400 pi\u00e8ces de canon font pleuvoir des tonnes de projectiles, quand les premiers drapeaux blancs sont hiss\u00e9s sur les murailles. Guillaume donne l\u2019ordre de faire cesser le feu, envoie deux officiers \u00e0 Wimpffen pour le sommer de rendre la place. Ils vont se retrouver devant l\u2019empereur, \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re, n\u2019ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu\u2019\u00e0 remettre mon \u00e9p\u00e9e entre les mains de Votre Majest\u00e9. Je suis, de Votre Majest\u00e9, le bon fr\u00e8re, Napol\u00e9on.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2318\" class=\"cit-num\">2318<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), Lettre \u00e0 Guillaume\u00a0Ier, Sedan, 1er\u00a0septembre 1870. <em>La D\u00e9b\u00e2cle<\/em> (1893), \u00c9mile Zola<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur vient d\u2019\u00e9crire ces mots. Lettre imm\u00e9diatement port\u00e9e au vainqueur qui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur mon fr\u00e8re, en regrettant les circonstances dans lesquelles nous nous rencontrons, j\u2019accepte l\u2019\u00e9p\u00e9e de Votre Majest\u00e9, et je la prie de vouloir bien nommer un de vos officiers muni de vos pleins pouvoirs, pour traiter de la capitulation de l\u2019arm\u00e9e qui s\u2019est si bravement battue sous vos ordres. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai d\u00e9sign\u00e9 le mar\u00e9chal de Moltke, \u00e0 cet effet. Je suis, de Votre Majest\u00e9, le bon fr\u00e8re.\u00a0\u00bb Sign\u00e9, Guillaume Ier.<\/p>\n<p>La capitulation est sign\u00e9e au ch\u00e2teau de Bellevue, dans la nuit du 1er\u00a0septembre 1870. Conditions terribles\u00a0: toute l\u2019arm\u00e9e de Sedan sera intern\u00e9e en Allemagne, y compris l\u2019empereur, d\u00e9sormais prisonnier. La capitulation est publi\u00e9e le 2, rendue effective le 3.<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, la d\u00e9ch\u00e9ance de la famille Bonaparte est proclam\u00e9e, un gouvernement de D\u00e9fense nationale mis en place. Le pouvoir est d\u2019abord aux mains du r\u00e9publicain Gambetta, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur et de la Guerre. Le 18 janvier 1871 \u00e0 Versailles, la proclamation du <span class=\"caps\">II<\/span>e Reich est n\u00e9goci\u00e9e par Bismarck avec les princes allemands. Le roi de Prusse devient l\u2019empereur Guillaume Ier. Dix jours apr\u00e8s, Paris capitule. L\u2019Assembl\u00e9e nationale \u00e0 majorit\u00e9 royaliste \u00e9lue le 8 f\u00e9vrier 1871 nomme Thiers chef du pouvoir ex\u00e9cutif et approuve les pr\u00e9liminaires de paix le 26 f\u00e9vrier. C\u2019est autour de la question de la d\u00e9faite que vont se nouer les conflits politiques \u00e0 venir, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u2026<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Repr\u00e9sentation d\u00e9formante de la r\u00e9alit\u00e9, la caricature (de l&#8217;italien caricare, charger) est aussi d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre\u00a0\u00bb. Art engag\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine (Moyen \u00c2ge), sign\u00e9e ou anonyme, sans tabou et destin\u00e9e \u00e0 tous les publics, elle joue un r\u00f4le historique comparable \u00e0 la chanson. 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