{"id":2044,"date":"2025-04-21T00:00:00","date_gmt":"2025-04-20T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/19\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-xxe-siecle\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:56","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:56","slug":"ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-xxe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/ces-etrangers-qui-firent-lhistoire-de-france-xxe-siecle\/","title":{"rendered":"Ces \u00e9trangers qui firent l\u2019Histoire de France (XXe si\u00e8cle)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [\u2026] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874 ), <em>Histoire de France<\/em>, tome I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. Il m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de ces noms plus ou moins c\u00e9l\u00e8bres.<\/p>\n<ul>\n<li>Diversit\u00e9 d\u2019apports en toute \u00e9poque, avec une majorit\u00e9 de reines (m\u00e8res et r\u00e9gentes) sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, d\u2019auteurs et d\u2019artistes (cr\u00e9ateurs ou interpr\u00e8tes) \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/li>\n<li>Parit\u00e9 num\u00e9rique entre les femmes et les hommes, fait historique exceptionnel.<\/li>\n<li>Origine latine (italienne, espagnole, roumaine), slave (polonais) et de proximit\u00e9 (belge, suisse), plus rarement anglo-saxonne et orientale.<\/li>\n<li>Des noms peuvent surprendre\u00a0: Mazarin, Lully, Rousseau, la comtesse de S\u00e9gur, Le Corbusier, Yves Montand, Pierre Cardin\u2026 et tant d\u2019autres \u00e0 (re)d\u00e9couvrir.<\/li>\n<\/ul>\n<h4>V. <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle politique et tragique, entre r\u00e9volutions artistiques et guerres mondiales.<\/h4>\n<p>Vassily Kandinsky \u2013 Marie Curie \u2013 Serge (de) Diaghilev \u2013 Guillaume Apollinaire \u2013 Pablo Picasso \u2013 Amedeo Modigliani \u2013 Foujita \u2013 Robert Schuman<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-3.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/vassily_kandinsky.jpg\" width=\"900\" height=\"750\"><\/p>\n<p><strong>Vassily Kandinsky (1866-1944), n\u00e9 \u00e0 Moscou, pionnier de l\u2019art abstrait, deux fois exil\u00e9 en Allemagne (1914 et 1933), pour finir sa vie \u00e0 Paris et \u00e0 contretemps des avant-gardes artistiques.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019artiste doit avoir quelque chose \u00e0 dire.\u00a0\u00bb<span id=\"1\" class=\"cit-num\">1<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vassily <span class=\"caps\">KANDINSKY<\/span> (1866-1944), <em>Du Spirituel dans l\u2019art et dans la peinture en particulier<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La peinture est un art, et l\u2019art dans son ensemble n\u2019est pas une cr\u00e9ation sans but qui s\u2019\u00e9coule dans le vide. C\u2019est une puissance dont le but doit \u00eatre de d\u00e9velopper et d\u2019am\u00e9liorer l\u2019\u00e2me humaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019artiste n\u2019oubliera jamais cette mission, malgr\u00e9 un destin rendu chaotique par l\u2019Histoire. Il appartient \u00e0 la longue liste des \u00e9trangers contraints \u00e0 l\u2019\u00e9migration et dont l\u2019existence fut boulevers\u00e9e par les deux guerres mondiales \u2013 douteux privil\u00e8ge d\u00fb aussi \u00e0 l\u2019\u00e2ge. Mais c\u2019est en Allemagne que ce Russe choisira (deux fois) de s\u2019exiler.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Moscou, fils d\u2019un riche marchand qu\u2019il accompagne dans ses d\u00e9placements \u00e0 travers la Russie, c\u2019est un enfant extr\u00eamement sensible \u2013 souffrant de synesth\u00e9sie, maladie inoffensive qui permet d\u2019appr\u00e9cier les sons, les couleurs ou les mots avec plusieurs sens. \u00c9tonnante pr\u00e9destination, d\u2019autant plus qu\u2019il associait les couleurs \u00e0 des sons\u00a0!!\u00a0 \u00ab\u00a0Les couleurs sont les touches d\u2019un clavier, les yeux sont les marteaux, et l\u2019\u00e2me est le piano lui-m\u00eame, aux cordes nombreuses, qui entrent en vibration.\u00a0\u00bb\u00a0! La d\u00e9couverte d\u2019un tableau impressionniste de Claude Monet d\u00e9termine sa vocation artistique. C\u2019est pourtant \u00e0 une carri\u00e8re dans le droit qu\u2019il se destine. Mais \u00e0 30\u00a0ans, ayant accumul\u00e9 dans son pays natal le \u00ab\u00a0capital mythique\u00a0\u00bb qui traversera son \u0153uvre, il d\u00e9cide d\u2019abandonner ses \u00e9tudes pour se consacrer \u00e0 la peinture, sa passion secr\u00e8te\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aube du si\u00e8cle nouveau, il part s\u2019installer en Allemagne \u00e0 Munich, l\u2019un des foyers de la modernit\u00e9. Il prend des cours \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts. Avec sa compagne, la peintre allemande Gabriele M\u00fcnter, il d\u00e9veloppe une peinture postimpressionniste \u00e0 forte composante color\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cheval porte son cavalier avec vigueur et rapidit\u00e9, mais c\u2019est le cavalier qui conduit le cheval. Le talent conduit l\u2019artiste \u00e0 de hauts sommets, mais c\u2019est l\u2019artiste qui ma\u00eetrise son talent\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vassily <span class=\"caps\">KANDINSKY<\/span> (1866-1944), <em>Almanach Der Blaue Reiter<\/em> (1911) Almanach du Cavalier bleu, Mus\u00e9e du Centre Pompidou, Paris<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Le Cavalier bleu<\/em> (1903), premi\u00e8re \u0153uvre fondamentale de l\u2019artiste\u00a0: un personnage portant une cape bleue chevauche \u00e0 travers une prairie. Le cavalier est repr\u00e9sent\u00e9 par une s\u00e9rie de touches color\u00e9es plus que par des d\u00e9tails pr\u00e9cis. Cette peinture indique clairement la direction de Kandinsky dans les ann\u00e9es suivantes et le cavalier hantera son \u0153uvre \u00e0 venir.<\/p>\n<p>En 1909, le couple s\u2019installe \u00e0 Murnau, village de la campagne bavaroise. L\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste devient moins figurative, faisant appara\u00eetre des formes et des masses de couleurs. Il fait une perc\u00e9e vers le monde de l\u2019invisible. Sa premi\u00e8re aquarelle abstraite date de 1910.<\/p>\n<p>En 1911, il cr\u00e9e l\u2019almanach du Cavalier bleu (<em>\u00ab\u00a0Blaue Reiter\u00a0\u00bb<\/em>) avec d\u2019autres artistes peintres et Arnold Sch\u00f6nberg surtout connu comme compositeur \u2013 cr\u00e9ateur de la musique dod\u00e9caphonique, il donne une importance comparable aux douze notes de la gamme chromatique et \u00e9vite ainsi toute tonalit\u00e9. Kandinsky de son c\u00f4t\u00e9 maintient encore un \u00e9quilibre entre la figuration et la puissance autonome des couleurs.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, il r\u00e9dige son essai th\u00e9orique, <em>Du spirituel dans l\u2019art et dans la peinture en particulier<\/em>\u00a0: il exprime sa progression du figuratif vers l\u2019abstraction au moyen de trois expressions\u00a0: les impressions, les improvisations et les compositions. En 1913, il passe \u00e0 l\u2019abstraction radicale\u00a0: la spontan\u00e9it\u00e9 dirige l\u2019action et l\u2019art exprime \u00ab\u00a0une n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure\u00a0\u00bb. Mais l\u2019Histoire rattrape l\u2019artiste, avec une violence extr\u00eame\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et voil\u00e0, c\u2019est arriv\u00e9. N\u2019est-ce pas affreux\u00a0? Je me sens comme arrach\u00e9 au r\u00eave. J\u2019ai v\u00e9cu int\u00e9rieurement dans un temps de l\u2019impossibilit\u00e9 que ces choses puissent se produire. Mon illusion m\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00f4t\u00e9e. Des montagnes de cadavres, des souffrances atroces de toutes sortes, la r\u00e9gression de la civilisation pour un temps ind\u00e9termin\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vassily <span class=\"caps\">KANDINSKY<\/span> (1866-1944), Lettre \u00e0 Herwarth Walden, 2 ao\u00fbt 1914<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand la Grande Guerre \u00e9clate en 1914, Kandinsky quitte l\u2019Allemagne. Apr\u00e8s un p\u00e9riple de six semaines, il retrouve Moscou avec une mentalit\u00e9 d\u2019exil\u00e9. Pendant un an, il ne peint plus. Ce retour forc\u00e9 dans sa ville natale qu\u2019il aime tant pourtant, marque une nouvelle rupture dans sa vie personnelle et artistique.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution d\u2019Octobre (1917) va offrir aux artistes une place privil\u00e9gi\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e8s 1918, Kandinsky est sollicit\u00e9 pour participer \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 post-r\u00e9volutionnaire nouvelle. Nomm\u00e9 \u00e0 des postes prestigieux, il en oublie ses propres cr\u00e9ations. Mais malgr\u00e9 le travail colossal accompli pour les Sovi\u00e9tiques, il ne s\u2019est jamais politiquement engag\u00e9 et se voit de plus en plus isol\u00e9 artistiquement, ses conditions mat\u00e9rielles devenant difficiles. Fin 1921, il quitte l\u2019Union sovi\u00e9tique pour revenir \u00e0 Berlin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00ab\u00a0Everything starts from a dot.\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0Tout part d\u2019un point.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vassily <span class=\"caps\">KANDINSKY<\/span> (1866-1944), <em>Point et ligne sur plan<\/em> (1926)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s son retour en Allemagne, Kandinsky devient citoyen allemand et professeur au Bauhaus. Cette \u00e9cole d\u2019avant-garde cr\u00e9e et dirig\u00e9e par Walter Gropius (1882-1969), architecte, designer et urbaniste allemand (naturalis\u00e9 am\u00e9ricain en 1944), repr\u00e9sente le mouvement cl\u00e9 de l\u2019art europ\u00e9en de l\u2019entre-deux-guerres et jette les bases du style international.<\/p>\n<p>L\u2019approche p\u00e9dagogique originale de Kandinsky est inspir\u00e9e par ses recherches plastiques ant\u00e9rieures et ses m\u00e9thodes appliqu\u00e9es en Russie (ateliers sup\u00e9rieurs d\u2019art). Il travaille avec ses \u00e9tudiants \u00e0 la r\u00e9alisation de d\u00e9cors. Il publie <em>Point et ligne sur plan,<\/em> son second essai. Si son art tend \u00e0 des formes plus g\u00e9om\u00e9triques, c\u2019est plus que jamais dans la continuit\u00e9 de sa recherche d\u2019une perception int\u00e9rieure. Kandinsky cherche de nouvelles techniques picturales. Et en 1927, il commence au Bauhaus son cours de peinture libre qui va devenir tr\u00e8s populaire.<\/p>\n<p>Kandinsky occupe son poste jusqu\u2019\u00e0 la fermeture de l\u2019\u00e9cole, pers\u00e9cut\u00e9e par les nazis et l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019Adolf Hitler en 1933. Vingt ans et un Bauhaus plus tard, le voil\u00e0 une nouvelle fois forc\u00e9 \u00e0 l\u2019exil. Il n\u2019est pas juif, mais il repr\u00e9sente \u00ab\u00a0l\u2019art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb qui sera officiellement interdit en 1937 par le dictateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui ne travaille pas sans rel\u00e2che et ne lutte pas sans cesse sombre immanquablement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vassily <span class=\"caps\">KANDINSKY<\/span> (1866-1944), <em>Du Spirituel dans l\u2019art et dans la peinture en particulier<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fuit l\u2019Allemagne et s\u2019installe \u00e0 Paris, emm\u00e9nageant \u00e0 Neuilly-sur-Seine en 1934 avec sa seconde femme Nina dans un nouvel immeuble que leur a indiqu\u00e9 Marcel Duchamp, peintre et plasticien d\u2019avant-garde \u00e9chappant \u00e0 toutes les \u00e9coles. Les artistes abstraits l\u2019ignorent, contrairement aux po\u00e8tes et artistes surr\u00e9alistes. Il se lie avec Mir\u00f3 et Arp, Breton et Max Ernst, il rencontre aussi son compatriote Marc Chagall, le Roumain Brancusi, Fernand L\u00e9ger le Fran\u00e7ais et le N\u00e9erlandais Piet Mondrian.<\/p>\n<p>L\u2019artiste exil\u00e9 intensifie sa pens\u00e9e en se nourrissant des d\u00e9couvertes qui lui permettront d\u2019illustrer la vibration qu\u2019il ressent face au Monde \u2013 ultime tentative pour d\u00e9passer l\u2019abstraction par trop g\u00e9om\u00e9trique. Il essaye, il d\u00e9couvre, il explore, les formes comme les couleurs, les fonds unis et la multitude d\u2019objets qui s\u2019y d\u00e9veloppe. D\u00e9couverte majeure de cette p\u00e9riode\u00a0: les cellules\u00a0observ\u00e9es au microscope. Kandinsky est fascin\u00e9 par ces formes rondes et les organismes d\u00e9couverts dans les livres de sciences qu\u2019il d\u00e9vore\u00a0:\u00a0 explorations esth\u00e9tiques et infini symbolique se rejoignent. Ces cellules, ces formes, ces couleurs composent notre \u00eatre biologique\u00a0: opportunit\u00e9 extraordinaire pour Kandinsky, plus introspectif que jamais, de \u00ab\u00a0r\u00e9sonner\u00a0\u00bb avec le Monde. Les deux infinis de Pascal s\u2019unissent, l\u2019infiniment petit rejoint l\u2019infiniment grand. Vertige du spectateur perdus dans l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019univers ou dans celle de l\u2019atome, nous partageons le sentiment de l\u2019artiste avec \u00e9motion.<\/p>\n<p>Mais ses recherches ne sont plus ou pas encore dans l\u2019air du temps\u00a0: la mode des avant-gardes fran\u00e7aises est \u00e0 la qu\u00eate formelle, le cubisme ou l\u2019Art d\u00e9co \u2013 arts d\u00e9coratifs devenus objets de commerce. Kandinsky d\u00e9cline pourtant l\u2019invitation de s\u2019installer aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 son \u0153uvre s\u00e9duit le public. En 1937, il a une exposition personnelle \u00e0 New York, une autre, collective \u00e0 Paris, une importante r\u00e9trospective \u00e0 Berne et la pr\u00e9sentation \u00e0 Munich, dans l\u2019exposition \u00ab\u00a0Art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, de quatorze de ses \u0153uvres confisqu\u00e9es par les nazis aux mus\u00e9es allemands.<\/p>\n<p>En 1939, les Kandinsky obtiennent la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Quand l\u2019Allemagne envahit la France en 1940, ils d\u00e9cident de rester \u00e0 Paris, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s quotidiennes qui s\u2019accumulent. Kandinsky, explorateur inlassable, peint sa derni\u00e8re grande toile, <em>Tensions d\u00e9licates<\/em>, en 1942.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De chaque \u00e8re cultuelle na\u00eet un art qui lui est propre et qui ne saurait \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Tenter de faire revivre des principes d\u2019art anciens ne peut, tout au plus, conduire qu\u2019\u00e0 la production d\u2019\u0153uvres mort-n\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vassily <span class=\"caps\">KANDINSKY<\/span> (1866-1944),<em> Du Spirituel dans l\u2019art et dans la peinture en particulier<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peintre, dessinateur, artiste graphique, sc\u00e9nographe, designer, sculpteur, graveur, illustrateur, professeur d\u2019universit\u00e9, ce th\u00e9oricien de l\u2019art souvent visionnaire nous laisse en marge de son \u0153uvre un floril\u00e8ge de citations tir\u00e9es de cette m\u00eame source, \u00e0 m\u00e9diter pour mieux comprendre l\u2019Art, l\u2019artiste et ses relations \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute \u0153uvre d\u2019art est l\u2019enfant de son temps et, bien souvent, la m\u00e8re de nos sentiments.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art peut atteindre son plus haut niveau s\u2019il se d\u00e9gage de sa situation de subordination vis-\u00e0-vis de la nature, s\u2019il peut devenir absolue cr\u00e9ation et non plus imitation des formes du mod\u00e8le naturel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les couleurs sont les touches d\u2019un clavier, les yeux sont les marteaux, et l\u2019\u00e2me est le piano lui-m\u00eame, aux cordes nombreuses, qui entrent en vibration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019artiste est la main qui par l\u2019usage convenable de telle ou telle touche met l\u2019\u00e2me humaine en vibration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019artiste recherche le salaire de son habilet\u00e9, de sa puissance inventive et de sa sensibilit\u00e9 sous forme mat\u00e9rielle. Son but devient de satisfaire son ambition et sa cupidit\u00e9. Au lieu d\u2019une collaboration approfondie, c\u2019est une concurrence pour la conqu\u00eate de ces biens que l\u2019on voit na\u00eetre entre les artistes. On se plaint de cette concurrence excessive et de la surproduction. La haine, la partialit\u00e9, les coteries, l\u2019envie et les intrigues viennent en cons\u00e9quence de cet art mat\u00e9rialiste d\u00e9tourn\u00e9 de son v\u00e9ritable but.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grandes foules se prom\u00e8nent \u00e0 travers les salles et trouvent les toiles \u00ab\u00a0gentilles\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0formidables\u00a0\u00bb. L\u2019homme qui pourrait parler \u00e0 ses semblables n\u2019a rien dit et celui qui e\u00fbt pu entendre n\u2019a rien entendu.\u00a0C\u2019est cet \u00e9tat de l\u2019art que l\u2019on nomme \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb. Cet \u00e9touffement de toute r\u00e9sonance int\u00e9rieure, qui est la vie des couleurs, cette dispersion inutile des forces de l\u2019artiste, voil\u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art abstrait tourne le dos \u00e0 la figuration, \u00e0 la repr\u00e9sentation du monde. Partant, c\u2019est le plus d\u00e9routant pour le spectateur qui perd ici toutes ses habitudes de lecture directe et imm\u00e9diate de l\u2019\u0153uvre d\u2019art.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0A double titre l\u2019artiste est somm\u00e9 de s\u2019expliquer. Pour le contenu de l\u2019\u0153uvre qui para\u00eet inaccessible, d\u2019abord, mais aussi pour le bouleversement provocateur des coutumes du monde de l\u2019art.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019artiste doit \u00eatre aveugle vis-\u00e0-vis de la forme \u00ab\u00a0reconnue\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0non-reconnue\u00a0\u00bb, sourd aux enseignements et aux d\u00e9sirs de son temps. Son \u0153il doit \u00eatre dirig\u00e9 vers sa vie int\u00e9rieure et son oreille tendue vers la voix de la n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La chasse au succ\u00e8s rend la recherche toujours plus superficielle. De petits groupes, qui ont, par hasard, r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9carter de ce chaos d\u2019artistes et d\u2019images, se retranchent sur les positions conquises. Le public, rest\u00e9 en arri\u00e8re, regarde sans comprendre, perd tout int\u00e9r\u00eat pour un tel art et lui tourne tranquillement le dos.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est beau ce qui proc\u00e8de d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019\u00e2me. Est beau ce qui est beau int\u00e9rieurement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marie_curie_1.jpg\" width=\"900\" height=\"750\"><\/p>\n<p><strong>Marie Curie (1867-1934), polonaise mari\u00e9e \u00e0 Pierre Curie, couple vou\u00e9 \u00e0 la science, nob\u00e9lis\u00e9 et panth\u00e9onis\u00e9, Marie \u00e9tant une seconde fois nob\u00e9lis\u00e9e pour la d\u00e9couverte du radium.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vie n\u2019est facile pour aucun de nous. Mais il faut avoir de la pers\u00e9v\u00e9rance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l\u2019on est dou\u00e9 pour quelque chose, et que cette chose, il faut l\u2019atteindre co\u00fbte que co\u00fbte.\u00a0\u00bb<span id=\"2\" class=\"cit-num\">2<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934)<em> Madame Curie<\/em> (1938), \u00c8ve Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019apparence froide, allure aust\u00e8re, silhouette fantomatique, toujours en noir, elle n\u2019a aucun souci de son apparence. Son monde reste celui des laboratoires, des chaudrons fumants et des fioles d\u00e9bordant de liquide incandescent. Les images que nous en avons semblent d\u2019un autre \u00e2ge. En 1903, elle partage de prix Nobel de physique avec son mari pour leurs travaux sur la radioactivit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que cela fait d\u2019\u00eatre mari\u00e9e \u00e0 un grand savant\u00a0? lui demande un journaliste.<br>\u2014 Je ne sais pas, il faudrait demander \u00e0 mon mari.\u00a0\u00bb<span id=\"3\" class=\"cit-num\">3<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934), citation non sourc\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Veuve \u00e0 39 ans, Marie Curie se retrouve seule \u00e0 \u00e9lever ses deux filles, \u00c8ve et Ir\u00e8ne. Elle recevra le prix Nobel de chimie, doubl\u00e9 unique dans l\u2019histoire. Ir\u00e8ne Joliot-Curie recevra comme ses parents le prix Nobel de chimie en 1935 avec son \u00e9poux Fr\u00e9d\u00e9ric Joliot-Curie pour leurs travaux sur la radioactivit\u00e9 artificielle. Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la recherche scientifique, c\u2019est l\u2019une des trois premi\u00e8res femmes faisant partie d\u2019un gouvernement en 1936, sous le Front Populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans la curiosit\u00e9 de l\u2019esprit, que serions-nous\u00a0? Telle est bien la beaut\u00e9 et la noblesse de la science\u00a0: d\u00e9sir sans fin de repousser les fronti\u00e8res du savoir, de traquer les secrets de la mati\u00e8re et de la vie sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue des cons\u00e9quences \u00e9ventuelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934) <em>Madame Curie<\/em> (1938), \u00c8ve Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa carri\u00e8re culmine en 1911\u00a0: prix Nobel de chimie (doubl\u00e9 unique dans l\u2019histoire, apr\u00e8s son prix Nobel de physique partag\u00e9 avec son \u00e9poux et avec Henri Becquerel). Mais comme Pierre, elle n\u2019a que faire de reconnaissance et elle affronte la rumeur\u00a0: la \u00ab\u00a0Veuve radieuse\u00a0\u00bb est la ma\u00eetresse de son confr\u00e8re Paul Langevin, en instance de divorce. La presse nationaliste et x\u00e9nophobe d\u00e9nonce le scandale et plusieurs duels \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e au v\u00e9lodrome du Parc des Princes opposent les partisans et les d\u00e9tracteurs du couple.<\/p>\n<p>Marie va d\u00e9sormais consacrer toute sa passion \u00e0 la recherche. Quand la guerre \u00e9clate en 1914, elle se rapproche du Dr B\u00e9cl\u00e8re qui lui enseigne l\u2019usage des rayons X \u00e0 des fins diagnostiques. Elle d\u00e9cide de mettre ses connaissances au service de la sant\u00e9 \u2013 et de la France. Sur le front, elle d\u00e9couvre l\u2019horreur de la guerre\u00a0:\u00a0 p\u00e9nurie de denr\u00e9es alimentaires et de m\u00e9dicaments, bless\u00e9s \u00e9vacu\u00e9s \u00e0 m\u00eame la paille dans des wagons \u00e0 bestiaux avec une majorit\u00e9 de m\u00e9decins qui ne savent pas op\u00e9rer. Des milliers de soldats meurent faute de soins. D\u2019autres sont amput\u00e9s \u00e0 cause d\u2019erreurs de diagnostic.<\/p>\n<p>Mi-ao\u00fbt 1914, elle cr\u00e9e le premier service de radiologie mobile. Soutenue par de riches bienfaiteurs, elle r\u00e9cup\u00e8re plus de 200 v\u00e9hicules (les \u00ab\u00a0petites Curie\u00a0\u00bb) qu\u2019elle \u00e9quipe de dynamos, d\u2019appareils \u00e0 rayons X et de mat\u00e9riel photo. Elle sillonne les routes et longe les tranch\u00e9es \u00e0 la recherche de bless\u00e9s. Ses postes de radiologie auraient sauv\u00e9 un million de vies pendant la guerre\u00a0! \u00c0 17 ans, Ir\u00e8ne rejoint Marie au front. Sa fille la seconde, en m\u00eame temps qu\u2019elle apprend sur le terrain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la vie, rien n\u2019est \u00e0 craindre, tout est \u00e0 comprendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">CURIE<\/span> (1867-1934) <em>Madame Curie<\/em> (Gallimard, 1938), \u00c8ve Curie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et d\u2019ajouter\u00a0ce message qui vaut aujourd\u2019hui encore\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est maintenant le moment de comprendre davantage, afin de craindre moins. La seule chose que nous ayons \u00e0 craindre est la crainte elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Marie Curie souffre d\u2019une trop grande exposition aux \u00e9l\u00e9ments radioactifs qu\u2019elle \u00e9tudie depuis 1898, atteinte notamment au niveau des yeux et des oreilles. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, tr\u00e8s affaiblie, elle pense que le radium pourrait avoir une responsabilit\u00e9 dans ses probl\u00e8mes de sant\u00e9\u2026 Elle reste cependant \u00e0 la direction de son Institut sp\u00e9cialis\u00e9 dans la th\u00e9rapeutique contre le cancer gr\u00e2ce aux radiations produites par le radium. Atteinte d\u2019une leuc\u00e9mie radio-induite ayant d\u00e9clench\u00e9 une an\u00e9mie aplasique, elle part en juin 1934 au sanatorium de Sancellemoz (Haute-Savoie). Elle refuse tout acharnement th\u00e9rapeutique qu\u2019elle sait inutile et meurt le 4 juillet, \u00e0 66 ans. Sa fille Ir\u00e8ne Joliot-Curie mourra en 1956 d\u2019une leuc\u00e9mie aigu\u00eb li\u00e9e \u00e0 son exposition au polonium et aux rayons X.<\/p>\n<p>20 avril 1995, sur d\u00e9cision du pr\u00e9sident Mitterrand, les cendres de Pierre et Marie Curie sont transf\u00e9r\u00e9es du cimeti\u00e8re familial de Sceaux au Panth\u00e9on de Paris.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/serge_de_diaghilev.jpg\" width=\"900\" height=\"750\"><\/p>\n<p><strong>Serge de Diaghilev (1872-1929), dandy homo, cr\u00e9ateur des Ballets russes, animateur de la vie culturelle europ\u00e9enne qui r\u00e9volutionne la danse, faisant de Paris la capitale des arts en 1917.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9tonne-moi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"4\" class=\"cit-num\">4<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge (de) <span class=\"caps\">DIAGHILEV<\/span> (1872-1929) \u00e0 Jean Cocteau. Titre de l\u2019Exposition <em>Serge Diaghilev et les Ballets russes<\/em> au Nouveau Mus\u00e9e national de Monaco (9 juillet-27 septembre 2009), Villa Sauber<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot, cit\u00e9 par Cocteau dans une lettre de 1939, est parfaitement contextualis\u00e9\u00a0par l\u2019artiste\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019\u00e2ge absurde o\u00f9 l\u2019on se croit po\u00e8te et je sentais chez Diaghilev une r\u00e9sistance polie. Je l\u2019interrogeais\u00a0: \u2018\u00c9tonne-moi, me r\u00e9pondit-il, j\u2019attendrai que tu m\u2019\u00e9tonnes.\u2019 Cette phrase me sauva d\u2019une carri\u00e8re de brio. Je devinai vite qu\u2019on n\u2019\u00e9tonne pas un Diaghilev en quinze jours. De cette minute, je d\u00e9cidai de mourir et de revivre\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Cocteau\u00a0lui-m\u00eame\u00a0: po\u00e8te, peintre, dessinateur, dramaturge et cin\u00e9aste, il a c\u00f4toy\u00e9 la plupart de ceux qui ont anim\u00e9 la vie culturelle de son \u00e9poque en France. Lanceur de modes, qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0po\u00e8te-orchestre\u00a0\u00bb par Louis Aragon et de bon g\u00e9nie par d\u2019innombrables artistes, il a pu r\u00e9p\u00e9ter le mot \u00e0 tel ou tel venu lui demander conseil.<\/p>\n<p>Reste que Diaghilev, le dandy de Saint-P\u00e9tersbourg (qui ajoute une particule \u00e0 son nom francis\u00e9) n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9tonner lui-m\u00eame le monde artistique en g\u00e9nial promoteur de l\u2019art russe. Animateur multipliant les d\u00e9fis esth\u00e9tiques autant que financiers (jusqu\u2019\u00e0 la ruine finale), il devient \u00ab\u00a0entrepreneur d\u2019art\u00a0\u00bb, montant chaque ann\u00e9e, de 1909 \u00e0 1929, \u00e0 Paris puis \u00e0 Londres, New York ou Monte-Carlo, de somptueux spectacles chor\u00e9graphiques, musicaux et picturaux bient\u00f4t connus sous le nom de \u00ab\u00a0Ballets russes de Diaghilev\u00a0\u00bb. En puisant dans les effectifs des th\u00e9\u00e2tres imp\u00e9riaux, il r\u00e9unit une troupe d\u2019\u00e9lite pour atteindre son but\u00a0: \u00ab\u00a0cr\u00e9er un certain nombre de ballets nouveaux qui, tout en \u00e9tant pourvus de valeur artistique, \u00e9tabliraient un lien plus \u00e9troit que jamais entre les trois facteurs principaux qui devaient les composer\u00a0: la musique, le dessin d\u00e9coratif et la chor\u00e9graphie.\u00a0\u00bb C\u2019est en faisant fusionner ces \u00e9l\u00e9ments constitutifs du ballet que Diaghilev fait \u0153uvre novatrice, voire r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 la liste impressionnante de Noms qui acqui\u00e8rent avec lui une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 internationale\u00a0: les chor\u00e9graphes Michel Fokine, L\u00e9onide Massine, Bronislava Nijinska (s\u0153ur de Nijinski) et George Balanchine\u00a0; les danseurs Vaslav Nijinsky, Anna Pavlova, Serge Lifar\u00a0; les musiciens Igor Stravinsky ou Serge Prokofiev\u00a0; les peintres L\u00e9on Bakst ou Pablo Picasso\u00a0!<\/p>\n<p>Il bouleverse l\u2019art chor\u00e9graphique du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, redonnant au danseur le premier r\u00f4le perdu avec le r\u00e8gne du \u00ab\u00a0ballet blanc\u00a0\u00bb tout en tutus et en pointes et de la ballerine romantique. Son premier grand danseur \u00e9toile, Nijinsky, est \u00e0 l\u2019origine des deux scandales li\u00e9s aux Ballets russes, avec ses chor\u00e9graphies de <em><span class=\"caps\">L\u2019A<\/span>pr\u00e8s-midi d\u2019un faune<\/em> et du<em> Sacre du printemps<\/em>. Le dernier sera Serge Lifar. Tous deux homosexuels, m\u00eame si la femme est quand m\u00eame pr\u00e9sente dans leur vie, Diaghilev affichant une homosexualit\u00e9 provocante qui lui ouvre autant de portes qu\u2019elle lui en ferme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas de femmes\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge (de) <span class=\"caps\">DIAGHILEV<\/span> (1872-1929) \u00e0 ses danseurs<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pas de femmes\u00a0! Autrement dit, la fatigue sacr\u00e9e de la danse doit chasser les tentations mauvaises.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de #Metoo, il faut contextualiser ce mot. Un drame bouleversa le m\u00e9c\u00e8ne fondateur des Ballets russe. En 1913, lors d\u2019une tourn\u00e9e en Am\u00e9rique du Sud qu\u2019il ne peut accompagner pour cause de mal de mer, Nijinski tombe amoureux de la danseuse hongroise Romola de Pulszky et l\u2019\u00e9pouse le 10 septembre \u00e0 Buenos Aires. Il en informe Diaghilev par t\u00e9l\u00e9gramme\u2026 L\u2019attachement de Serge \u00e9tait pour lui sans limite. C\u2019\u00e9tait son ami et son amant, c\u2019est avec lui qu\u2019il a remport\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet, le 18 mai 1909, sa victoire d\u00e9cisive. C\u2019est un peu son \u0153uvre et son bien le plus cher. Fou de jalousie, Diaghilev cong\u00e9die Nijinski sans pr\u00e9avis. Il fera de nouveau appel \u00e0 lui en 1916. Leurs relations seront toujours orageuses\u2026 Mais l\u2019Art est le plus fort.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la R\u00e9volution russe de 1917, Diaghilev est contraint de quitter d\u00e9finitivement la Russie. Il produit \u00e0 nouveau sa troupe \u00e0 Paris, la nouveaut\u00e9, la fra\u00eecheur et l\u2019inventivit\u00e9 des danses font le grand succ\u00e8s de ses ballets. Il propose \u00e0 Picasso de r\u00e9aliser les costumes de <em>Parade<\/em>. Cela lui permet de se tourner vers l\u2019avant-garde internationale et de se d\u00e9tacher de ses d\u00e9corateurs russes. Il rencontre Debussy qui cr\u00e9e la musique tir\u00e9e du po\u00e8me de Mallarm\u00e9<em> Pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un faune<\/em>. La chor\u00e9graphie de Nijinski choque par sa sensualit\u00e9 sauvage, mais la modernit\u00e9 des gestes marque durablement les contemporains. L\u2019artiste semble irrempla\u00e7able, il en use et en abuse et Diaghilev n\u2019est pas en reste dans ce jeu de couple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Diaghilev qui, en toutes choses, aimait \u00e0 se faire remarquer, portait un monocle. M\u2019\u00e9tant aper\u00e7u qu\u2019il ne lui \u00e9tait pas n\u00e9cessaire, je lui demandai pourquoi et il me r\u00e9pondit en m\u2019affirmant que la vue de cet \u0153il-l\u00e0 \u00e9tait d\u00e9fectueuse. Ce mensonge o\u00f9 je trouvais la preuve que Diaghilev abusait de ma cr\u00e9dulit\u00e9 me causa une si vive contrari\u00e9t\u00e9 que je ne lui accordai plus aucune confiance et \u00e0 dater de ce jour, je mis tous mes efforts \u00e0 progresser d\u2019une fa\u00e7on ind\u00e9pendante. Il me garda rancune de ce changement qui ne lui avait pas \u00e9chapp\u00e9, mais sachant que lui-m\u00eame avait modifi\u00e9 son attitude, il me garda aupr\u00e8s de lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Vaslav <span class=\"caps\">NIJINSKI<\/span> (1889-1950),<em> Journal de Nijinsky<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Querelles d\u2019artistes qui refl\u00e8tent le climat des Ballets russes et nous fait entrer ici dans l\u2019intimit\u00e9 de ses deux stars (russes). Nijinski poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 le ha\u00efr ouvertement. Un jour dans une rue de Paris je lui envoyai une bourrade pour montrer que je n\u2019avais pas peur de lui. Mais au moment o\u00f9 j\u2019allais m\u2019en aller dans une autre direction, il me frappa avec sa canne. Puis \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je le quittais pour de bon, il me courut apr\u00e8s. Je marchais pos\u00e9ment de peur d\u2019\u00eatre remarqu\u00e9 car les gens d\u00e9j\u00e0 nous observaient. En le repoussant, je m\u2019\u00e9tais fait mal \u00e0 la jambe \u2014 sans avoir toutefois agi avec brutalit\u00e9\u00a0; ce qu\u2019il m\u2019inspirait n\u2019\u00e9tait pas de la col\u00e8re, mais seulement de la tristesse. Et puis je me suis mis \u00e0 pleurer, tandis que lui m\u2019invectivait, ce qui me fit \u00e9prouver autant d\u2019abattement que si une arm\u00e9e de chats s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 m\u2019\u00e9corcher l\u2019\u00e2me\u00a0; je n\u2019\u00e9tais plus moi-m\u00eame. Nous marchions lentement l\u2019un pr\u00e8s de l\u2019autre \u2014 et je ne me rappelle plus o\u00f9 nous sommes all\u00e9s. Nous v\u00e9c\u00fbmes \u00e0 la suite de ces \u00e9v\u00e9nements tr\u00e8s longtemps ensemble, moi en un isolement triste o\u00f9 je me laissais aller au chagrin dans ma solitude pleine de larmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour son entourage, Diaghilev appara\u00eet comme s\u00e9v\u00e8re et exigeant, mais ce qui compte avant tout, c\u2019est sa troupe. Il se d\u00e9pense <span class=\"caps\">ET<\/span> d\u00e9pense sans compter pour elle, capable de faire preuve d\u2019une extr\u00eame gentillesse. En contrepartie, il peut lancer aux danseurs des phrases assassines.<\/p>\n<p>Sa compagnie de ballets donnera 19 saisons de spectacles \u00e0 Paris entre 1909 et 1929, ann\u00e9e de son d\u00e9c\u00e8s. Quand il meurt \u00e0 Venise, il ne reste que les proches, Boris Kochno (\u00e9crivain et librettiste russe naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, n\u00e9 en 1904 \u00e0 Moscou et mort en 1990 \u00e0 Paris) et Serge Lifar (Nom \u00e0 suivre), les favoris qui partageaient sa vie. C\u2019est sa grande amie Coco Chanel qui r\u00e8glera les obs\u00e8ques. Sa succession houleuse entra\u00eene la dispersion d\u2019une immense collection de textes, manuscrits, partitions et livres rares. Malgr\u00e9 les tentatives de Serge Lifar et de Boris Kochno, la troupe ne survit pas \u00e0 son fondateur, mais l\u2019esprit en sera pr\u00e9serv\u00e9 jusqu\u2019au Ballet du marquis de Cuevas (1885-1961) cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Monte-Carlo en 1951 et dissoute en 1962.<\/p>\n<p>Autre destin de Nijinsky\u00a0: il souffrait d\u2019hallucinations et le psychiatre de Zurich Eugen Bleuler lui diagnostique une schizophr\u00e9nie en 1919. Sa femme le fait soigner en Suisse, sans succ\u00e8s. Il passera le reste de sa vie d\u2019h\u00f4pitaux en cliniques. Mort \u00e0 Londres le 8 avril 1950, il est enterr\u00e9 \u00e0 Paris au cimeti\u00e8re de Montmartre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/apollinaire.jpg\" width=\"900\" height=\"750\"><\/p>\n<p><strong>Guillaume Apollinaire (1880-1918), n\u00e9 polonais dans l\u2019Empire russe, nationalis\u00e9 fran\u00e7ais et \u00ab\u00a0mort pour la France\u00a0\u00bb \u00e0 38 ans, po\u00e8te avant-gardiste et pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De temps en temps, il est bon d\u2019arr\u00eater notre qu\u00eate de bonheur et d\u2019\u00eatre tout simplement heureux.\u00a0\u00bb<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), Wikiquote<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Douteux privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui cit\u00e9 dans tous les livres de feel-good et autres r\u00e9f\u00e9rences \u00ab\u00a0inspirantes\u00a0\u00bb, diffus\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux, imprim\u00e9 sur les tee-shirts. Publicit\u00e9 paradoxale pour ce po\u00e8te discret, toujours en qu\u00eate de bonheur, affirmant en m\u00eame temps que \u00ab\u00a0Le r\u00eave est la meilleure chose qui soit au monde, car c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui que nous avan\u00e7ons dans le r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au nom de quoi il a men\u00e9 une vie chaotique et souvent secr\u00e8te, avec l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019Art en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier de la po\u00e9sie, sous le signe d\u2019amours ambigu\u00ebs et d\u2019une m\u00e8re \u00ab\u00a0surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb, avec quelques prises de position qui s\u2019opposent aux prises de t\u00eate esth\u00e9tique de son temp et aux recherches pouss\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis partisan acharn\u00e9 d\u2019exclure l\u2019intervention de l\u2019intelligence, c\u2019est-\u00e0-dire de la philosophie et de la logique dans les manifestations de l\u2019art. L\u2019art doit avoir pour fondement la sinc\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9motion et la spontan\u00e9it\u00e9 de l\u2019expression\u00a0: l\u2019une et l\u2019autre sont en relation directe avec la vie qu\u2019elles s\u2019efforcent de magnifier esth\u00e9tiquement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), ArtWiki, Apollinaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Oui. Mais\u2026 rien n\u2019est simple dans une vie d\u2019artiste et en cela, Apollinaire est exemplaire, de sa naissance d\u2019apatride jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00ab\u00a0pour la France\u00a0\u00bb dans la Grande Guerre.<\/p>\n<p>Wilhelm Albert W\u0142odzimierz Apollinary de W\u0105\u017c-Kostrowicki est n\u00e9 \u00e0 Rome de p\u00e8re inconnu et d\u2019une m\u00e8re \u2013 Angelika Kostrowicka, polonaise de l\u2019Empire russe \u2013 qui le reconna\u00eet quelques mois apr\u00e8s, demi-mondaine exub\u00e9rante et intrigante qui ne cessera de veiller sur lui. Il se r\u00eave po\u00e8te et en 1900, le couple s\u2019installe \u00e0 Paris, centre des arts et de la litt\u00e9rature europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>La vocation po\u00e9tique ne rapporte rien et sa m\u00e8re sugg\u00e8re \u00e0 Guillaume la st\u00e9nographie pour gagner sa vie. Employ\u00e9 de banque, il \u00e9crit comme n\u00e8gre un roman-feuilleton dans<em> Le Matin<\/em> pour un avocat, mais faute de r\u00e9mun\u00e9ration, il s\u00e9duit sa jeune ma\u00eetresse. Il s\u00e9duira autant qu\u2019il sera s\u00e9duit, source sans fin de malheur(s) et de po\u00e9sie(s).<\/p>\n<p>Il travaille pour divers organismes boursiers, publiant contes et po\u00e8mes dans des revues, sous le pseudonyme d\u2019\u00ab\u00a0Apollinaire\u00a0\u00bb inspir\u00e9 du pr\u00e9nom de son grand-p\u00e8re maternel et rappelant aussi Apollon, dieu de la po\u00e9sie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite, je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou m\u00eame onze mille verges me ch\u00e2tient si je mens\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), <em>Les Onze mille verges<\/em> (1907), sign\u00e9 G.A<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur ne fait plus de doute aujourd\u2019hui. Le parcours du h\u00e9ros est ponctu\u00e9 de sc\u00e8nes donnant \u00e0 voir tous les fantasmes\u00a0: le sadisme alterne avec le masochisme, la zoophilie avec l\u2019ondinisme, la scatophilie avec le vampirisme, la p\u00e9dophilie avec la g\u00e9rontophilie et la n\u00e9crophilie, l\u2019onanisme avec les orgies, le saphisme avec la p\u00e9d\u00e9rastie\u2026 L\u2019\u00e9criture est alerte, l\u2019humour (noir au besoin) toujours pr\u00e9sent, l\u2019ensemble du roman d\u00e9gageant une impression de \u00ab\u00a0joie infernale\u00a0\u00bb qui trouve son apoth\u00e9ose dans la sc\u00e8ne finale.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1907, il rencontre Marie Laurencin \u2013 une relation chaotique et orageuse de sept ans avec cette artiste peintre. Il fr\u00e9quente les peintres Andr\u00e9 Derain, Maurice de Vlaminck, le Douanier Rousseau et nous une amiti\u00e9 qui durera jusqu\u2019\u00e0 sa mort avec Picasso. Il commence enfin \u00e0 vivre de sa plume\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 un fait divers qui fait la une des journaux, le 7 septembre 1911.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9coute les bruits de la ville<br>Et prisonnier sans horizon<br>Je ne vois rien qu\u2019un ciel hostile<br>Et les murs nus de ma prison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), <em>Alcools<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est accus\u00e9 de complicit\u00e9 dans le vol de La Joconde \u2013 parce qu\u2019une de ses relations avait d\u00e9rob\u00e9 des statuettes au Louvre. Il se retrouve en prison \u00e0 la Sant\u00e9. L\u2019innocent est marqu\u00e9 par cette exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Mais Apollinaire, toute sa vie, a jou\u00e9 \u00e0 cache-cache avec la censure (comme il joue double jeu avec les femmes). Officiellement, il gagne sa vie comme journaliste, \u00e9crivain et po\u00e8te. Officieusement, l\u2019auteur des <em>Onze mille verges<\/em> est \u00e9diteur clandestin de textes qu\u2019il coupe et fait publier sous le manteau. Il exhume Sade \u2013 qui a aujourd\u2019hui les honneurs de la Pl\u00e9iade. L\u2019\u00ab\u00a0apatride cosmopolite\u00a0\u00bb qui n\u2019a pour tout papier qu\u2019une carte de lecteur \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale est soup\u00e7onn\u00e9 de participer \u00e0 la diffusion de la litt\u00e9rature pornographique clandestine. Il d\u00e9fend fi\u00e8rement ce travail de bibliophile, exfiltre ses auteurs f\u00e9tiches du second rayon (celui des livres interdits), mais m\u00eame \u00e9dulcor\u00e9es, ces \u00e9ditions demeurent compromettantes. C\u2019est d\u2019autant plus courageux que, s\u2019il va trop loin, n\u2019\u00e9tant pas de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, il risque l\u2019expulsion. Il jouera toujours avec le feu. Et pourtant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je souhaite dans ma maison\u00a0:<br>Une femme ayant sa raison,<br>Un chat passant parmi les livres,<br>Des amis en toute saison<br>Sans lesquels je ne peux pas vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), Le Chat 1911 <em>Le Bestiaire, ou Cort\u00e8ge d\u2019Orph\u00e9e<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il rejoint la longue liste des artistes et des intellectuels \u00e9pris de cette race, \u00e0 commencer par Montaigne au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle et naturellement Baudelaire \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, dans un genre plus sulfureux. Mais ce r\u00eave r\u00e9current d\u2019\u00ab\u00a0\u00catre tout simplement heureux\u00a0\u00bb est un fantasme et rien ne sera jamais simple pour l\u2019<em>Homo Poeticus. <\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon beau navire \u00f4 ma m\u00e9moire<br>Avons-nous assez navigu\u00e9<br>Dans une onde mauvaise \u00e0 boire<br>Avons-nous assez divagu\u00e9<br>De la belle aube au triste soir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), La Chanson du Mal-Aim\u00e9 publi\u00e9 dans <em>Alcools<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Long po\u00e8me lyrique inspir\u00e9 au \u00ab\u00a0Mal-Aim\u00e9\u00a0\u00bb qui est aussi mal-aimant dans ses engagements douteux. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9chec de sa relation amoureuse avec Annie Playden, gouvernante anglaise dans une grande famille o\u00f9 il jouait les pr\u00e9cepteurs. Le ton g\u00e9n\u00e9ral est celui d\u2019une complainte, le po\u00e8te voguant entre regrets, r\u00eaveries consolatrices et la dure acceptation d\u2019un pr\u00e9sent douloureux. La juxtaposition des tons, des sentiments, des points de vue rapproche ce po\u00e8me de l\u2019esth\u00e9tique cubiste, ce mouvement qui constitue au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>\u1d49 si\u00e8cle une r\u00e9volution dans la peinture et la sculpture, influen\u00e7ant aussi l\u2019architecture, la musique et la litt\u00e9rature.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sous le pont Mirabeau coule la Seine<br>Et nos amours \/ Faut-il qu\u2019il m\u2019en souvienne<br>La joie venait toujours apr\u00e8s la peine<br>Vienne la nuit sonne l\u2019heure<br>Les jours s\u2019en vont je demeure.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), Le Pont Mirabeau (publi\u00e9 dans <em>Alcools<\/em>, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019amour s\u2019en va comme cette eau courante \/ L\u2019amour s\u2019en va \/ Comme la vie est lente<br>Et comme l\u2019Esp\u00e9rance est violente \/ Passent les jours et passent les semaines<br>Ni temps pass\u00e9 \/ Ni les amours reviennent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Pont Mirabeau, avec Les Saltimbanques et autres chansons, ont \u00ab\u00a0popularis\u00e9\u00a0\u00bb le nom du po\u00e8te qui a s\u00e9duit de grands interpr\u00e8tes, tels L\u00e9o Ferr\u00e9, Yves Montand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ta bouche me disait<br>Des mots de damnation si pervers et si tendres<br>Que je me demande \u00f4 mon \u00e2me bless\u00e9e<br>Comment j\u2019ai pu alors sans mourir les entendre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), <em>Po\u00e8mes \u00e0 Lou,<\/em> \u00e9crit en 1915 (publi\u00e9 en 1955)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre aventure amoureuse et naturellement malheureuse. \u00ab\u00a0O mots si doux si forts que quand j\u2019y pense il me semble \/ Que je les touche \/ Et que s\u2019ouvre encore la porte de ta bouche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La guerre est d\u00e9clar\u00e9e En ao\u00fbt 1914, Apollinaire tente de s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, mais le conseil de r\u00e9vision ajourne sa demande\u00a0: cet apatride n\u2019a toujours pas la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Il part pour Nice o\u00f9 sa seconde demande sera enfin accept\u00e9e en d\u00e9cembre. Entre temps, un ami lui pr\u00e9sente Louise de Coligny-Ch\u00e2tillon. Divorc\u00e9e, elle m\u00e8ne une vie tr\u00e8s libre. Il s\u2019\u00e9prend d\u2019elle le jour m\u00eame, la surnomme Lou et la courtise, elle c\u00e8de, mais ne lui dissimule pas son attachement pour un autre homme. Apr\u00e8s la rupture, ils resteront amis, il \u00e9crira d\u00e8s qu\u2019il le peut pour garder le moral et rester po\u00e8te.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De cette alliance nouvelle \u2013 car jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent costume et d\u00e9cor d\u2019une part, chor\u00e9graphie d\u2019autre part, n\u2019\u00e9taient li\u00e9s qu\u2019artificiellement \u2013 na\u00eet dans Parade une sorte de surr\u00e9alisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), 1917<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019artiste toujours engag\u00e9 dans l\u2019Art est spectateur du premier rang aux Ballets russes de Diaghilev \u2013 et ami de Picasso \u00e0 l\u2019affiche comme d\u00e9corateur. Influenc\u00e9 par la po\u00e9sie symboliste dans sa jeunesse, admir\u00e9 de son vivant par les jeunes po\u00e8tes qui form\u00e8rent plus tard le noyau du groupe surr\u00e9aliste (Breton, Aragon, Soupault), Apollinaire est bien l\u2019inventeur du terme \u00ab\u00a0surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e9lant tr\u00e8s t\u00f4t une originalit\u00e9 qui l\u2019affranchit de toute influence d\u2019\u00e9cole et en fait l\u2019un des pr\u00e9curseurs de la r\u00e9volution litt\u00e9raire qui marque la premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah Dieu\u00a0! que la guerre est jolie<br>Avec ses chants, ses longs loisirs.\u00a0\u00bb<span id=\"2574\" class=\"cit-num\">2574<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), <em>Calligrammes<\/em>, \u00ab\u00a0L\u2019Adieu du cavalier\u00a0\u00bb (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>A la fois russe, polonais, italien, apatride jusqu\u2019\u00e0 ses trente-six ans, son engagement militaire en 1916 lui permit enfin d\u2019obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Le 14 mars, il re\u00e7oit sur le front le d\u00e9cret lui notifiant cette naturalisation.<\/p>\n<p>Trois jours apr\u00e8s, le 17 mars, \u00ab\u00a0le sous-lieutenant Kostrowitzky est bless\u00e9 par l\u2019\u00e9clat d\u2019un obus qui traverse son casque et son cr\u00e2ne.\u00a0\u00bb Ironie de l\u2019histoire, il lisait le<em> Mercure de France<\/em> dans sa tranch\u00e9e\u2026 \u00c9vacu\u00e9 du front sur Paris, tr\u00e9pan\u00e9 le 10 mai 1916, voil\u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019homme \u00e9toil\u00e9\u00a0\u00bb nomm\u00e9 censeur par une autre ironie du destin\u00a0: il relit les courriers des soldats, les expurge de toute indication g\u00e9ographique qui pourrait renseigner l\u2019ennemi sur la position des troupes, mais aussi de tout propos nuisible au moral des \u00ab\u00a0vainqueurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une longue convalescence, Apollinaire se remet au travail. Il fait jouer sa pi\u00e8ce <em>Les Mamelles de Tir\u00e9sias<\/em> (sous-titr\u00e9e drame surr\u00e9aliste) en juin 1917. Autre invention\u00a0: Th\u00e9r\u00e8se r\u00e9alise une transition de genre pour gagner du pouvoir parmi les hommes, modifier les coutumes et obtenir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes. Mais \u00e0 la fin, elle doit accepter le r\u00f4le de procr\u00e9atrice et met fin au renversement carnavalesque. La premi\u00e8re de la pi\u00e8ce fit scandale.<\/p>\n<p>En 1918, il publie <em>Calligrammes<\/em> (autre n\u00e9ologisme d\u00e9signant ses po\u00e8mes \u00e9crits en forme de dessins et non de forme classique en vers et strophes). Il \u00e9pouse enfin Jacqueline (la \u00ab\u00a0jolie rousse\u00a0\u00bb d\u2019un po\u00e8me) \u00e0 qui l\u2019on doit nombre de publications posthumes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon cher Pablo la guerre dure<br>Guerre b\u00e9nie et non pas dure<br>Guerre tendre de la douceur<br>O\u00f9 chaque obus est une fleur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), \u00c0 mon ami Pablo Picasso en souvenir de son mariage le 10 juillet 1918<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impossible de ne pas faire le rapprochement avec les utopistes de la Commune qui qualifiaient en 1871 de \u00ab\u00a0choses printani\u00e8res\u00a0\u00bb les obus des Versaillais venant r\u00e9tablir l\u2019ordre.<\/p>\n<p>La guerre s\u2019arr\u00eate le 11 novembre 1918. Affaibli par sa blessure, \u00e0 38 ans, Apollinaire mort le 9 novembre de la grippe espagnole est d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0mort pour la France\u00a0\u00bb en raison de son engagement durant la guerre. Il est enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise \u00e0 Paris le 11 novembre, alors que, dans les rues, les Parisiens c\u00e9l\u00e8brent la fin de la guerre. Sa m\u00e8re, elle aussi victime de la pand\u00e9mie comme quelque 20 millions d\u2019Europ\u00e9ens, meurt le 7 mars 1919.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/picasso_0.jpg\" width=\"900\" height=\"750\"><\/p>\n<p><strong>Pablo Picasso (1881-1973), espagnol r\u00e9fugi\u00e9 en France, artiste engag\u00e9 au g\u00e9nie multiple et cr\u00e9ateur infatigable, il restera l\u2019un des peintres les plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019Histoire.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne cherche pas, je trouve.\u00a0\u00bb<span id=\"3143\" class=\"cit-num\">3143<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> (1881-1973). <em>Le Sens ou La Mort\u00a0: essai sur Le Miroir des limbes d\u2019Andr\u00e9 Malraux<\/em> (2010), Claude Pillet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 8\u00a0avril 1973 mourait \u00e0 Mougins (Alpes-Maritimes) le plus grand peintre du si\u00e8cle, \u00e2g\u00e9 de 91\u00a0ans et travaillant jusqu\u2019au bout \u2013 il fut aussi dessinateur, graveur, sculpteur, c\u00e9ramiste. C\u2019est un mythe toujours vivant. En 1907, ses <em>Demoiselles d\u2019Avignon<\/em>, rupture avec l\u2019art figuratif et attentat contre la vraisemblance, provoqu\u00e8rent stupeur et scandale. Malraux voit dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre \u00ab\u00a0la plus grande entreprise de destruction et de cr\u00e9ation de formes de notre temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es\u00a01970 et\u00a01980 marquent l\u2019explosion du march\u00e9 de l\u2019art avec une inflation record des prix de vente\u00a0: <em>Yo Picasso (Moi Picasso<\/em>, autoportrait) voit son prix d\u00e9cupler de 1981 \u00e0 1989 (310\u00a0millions de francs). En 2010, <em>Nu au plateau de sculpteur<\/em> (portrait de sa ma\u00eetresse et muse Marie-Th\u00e9r\u00e8se Walter en 1932) bat le record de l\u2019\u0153uvre d\u2019art la plus ch\u00e8re jamais vendue aux ench\u00e8res\u00a0: adjug\u00e9e pour 106,4\u00a0millions de dollars chez Christie\u2019s \u00e0 New York.<\/p>\n<p>La folie des prix continue et Picasso \u00ab\u00a0garde la cote\u00a0\u00bb\u00a0: printemps 2021, ses <em>Femmes d\u2019Alger<\/em> (1955) ont battu un nouveau record aux ench\u00e8res chez Christie\u2019s \u00e0 New York\u00a0: 161,5 millions de dollars.<\/p>\n<p>On a tout dit et tout \u00e9crit sur lui. Rappelons une anecdote Historique au sens litt\u00e9ral du mot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est vous qui avez fait cela\u00a0?<br>\u2014 Non\u2026 Vous\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse de Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> \u00e0 Otto <span class=\"caps\">ABETZ<\/span>, ambassadeur du Troisi\u00e8me Reich \u00e0 Paris durant l\u2019Occupation. Cit\u00e9 par Roland Penrose (1900-1984), <em>Pablo Picasso. His Life and Work<\/em> (1958), biographie traduite en fran\u00e7ais, <em>Picasso<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Picasso avait quitt\u00e9 le Bateau-Lavoir, cit\u00e9 d\u2019artistes de ses d\u00e9buts d\u00e9sargent\u00e9s \u00e0 Montmartre, et vivait rue des Grands-Augustins \u00e0 Paris, dans un beau quartier. Aux visiteurs allemands des ann\u00e9es 1940, il distribuait volontiers des photos de son <em>Guernica\u00a0<\/em> (toile conserv\u00e9e \u00e0 New York au MoMA)\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Emportez-les. Souvenirs, souvenirs\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lundi 26 avril 1937, jour de march\u00e9, quatre escadrilles compos\u00e9es d\u2019appareils de la l\u00e9gion Condor, de bombardiers italiens et escort\u00e9es par des avions de chasse allemands bombardent la ville, symbole historique des libert\u00e9s traditionnelles basques. Cette op\u00e9ration permet aux 44 avions allemands et 11 italiens de tester leurs nouvelles armes. L\u2019attaque d\u00e9bute \u00e0 17 h 30 et dure trois heures, par vagues successives, \u00e0 la mitrailleuse puis aux bombes explosives et incendiaires. Entre les destructions directes et la propagation des incendies, les deux tiers de cette ville de 6 000 habitants sont d\u00e9truits. Le bilan humain demeure controvers\u00e9 \u2013 de 120 morts \u00e0 plus de 1 500.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s, Picasso apprend le drame de Guernica. Tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la d\u00e9fense de la R\u00e9publique espagnole et marqu\u00e9 par la prise de Malaga \u2013 sa ville natale \u2013 par les rebelles en f\u00e9vrier, il d\u00e9cide de prendre ce crime pour th\u00e8me de la commande faite par le gouvernement r\u00e9publicain en guerre, destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9corer le pavillon de l\u2019Espagne \u00e0 l\u2019Exposition internationale dite \u00ab\u00a0des arts et des techniques appliqu\u00e9s \u00e0 la vie moderne\u00a0\u00bb de Paris. Il esp\u00e8re, entre autres, convaincre la France de sortir de sa neutralit\u00e9 et de s\u2019engager au c\u00f4t\u00e9 des R\u00e9publicains. L\u2019intervention directe des Allemands et des Italiens pourrait provoquer cet engagement. Il n\u2019en fut rien.<\/p>\n<p>Du 1er au 11 mai, Picasso con\u00e7oit <em>Guernica<\/em> et le r\u00e9alise en quelques semaines, assist\u00e9 de sa ma\u00eetresse Dora Maar qui photographie l\u2019\u0153uvre en gestation et l\u2019artiste en pleine cr\u00e9ation. Le choix du noir et blanc n\u2019est pas seulement d\u00fb \u00e0 l\u2019urgence et aux couleurs du deuil. Il rejoint la perception des reportages photographiques dans les journaux. La toile achev\u00e9e le 4 juin est expos\u00e9e \u00e0 partir du 12 juillet\u00a0: trop \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb, trop \u00ab\u00a0compliqu\u00e9\u00a0\u00bb, trop c\u00e9r\u00e9bral. Par ailleurs insuffisamment engag\u00e9 de fa\u00e7on explicite\u00a0: ni symboles politiques, ni r\u00e9f\u00e9rences exactes \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, ni \u00e9vocation de la cause menant \u00e0 la catastrophe. Tout cela fait aujourd\u2019hui sa force, son universalit\u00e9, son intemporalit\u00e9\u00a0: un manifeste contre la guerre et l\u2019horreur, par la repr\u00e9sentation, dans une grande \u00ab\u00a0peinture d\u2019histoire\u00a0\u00bb (3,493 x 7,766 m), d\u2019une sc\u00e8ne de violence, de barbarie et de mort. On peut y voir une g\u00e9niale caricature de la r\u00e9alit\u00e9, appartenant \u00e0 la p\u00e9riode cubiste de l\u2019artiste, n\u00e9e en 1906 avec <em>Les Demoiselles d\u2019Avignon.<\/em><\/p>\n<p>Mais en 1937, la prise de position de l\u2019homme est aussi forte que celle de l\u2019artiste\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019exprime clairement mon horreur sur la caste militaire qui a fait sombrer l\u2019Espagne dans un oc\u00e9an de douleur et de mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La peinture n\u2019est pas faite pour d\u00e9corer les appartements, c\u2019est un instrument de guerre offensif et d\u00e9fensif contre l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peindre un tableau, c\u2019est engager une action dramatique au cours de laquelle la r\u00e9alit\u00e9 se trouve d\u00e9chir\u00e9e. Ce drame l\u2019emporte sur toute autre consid\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019Exposition, la toile part pour Londres, puis voyage en Europe, afin de collecter des fonds pour la cause r\u00e9publicaine. \u00c0 partir de 1939, elle est au Museum of Modern Art (Moma) de New York. En novembre 1970, dans une lettre \u00e9crite avec son avocat Roland Dumas, Picasso refuse que le tableau aille en Espagne au pouvoir de Franco, et aussi longtemps que \u00ab\u00a0les libert\u00e9s publiques n\u2019y seront pas r\u00e9tablies\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur les sources d\u2019inspiration du tableau (Horreurs de la guerre de Cranach et Goya, Massacre des Innocents de Poussin) et sur son symbolisme (taureau, cheval, oiseau, lumi\u00e8re). Reste la port\u00e9e politique et historique de <em>Guernica<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi je ne fais pas la guerre\u2026 Je r\u00e9volutionne l\u2019art.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Pablo <span class=\"caps\">PICASSO<\/span> (1881-1973) \u00e0 Modigliani, cit\u00e9 par Laurent Seksik, <em>Modigliani\u00a0: Prince de la Boh\u00e8me<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mission accomplie au-del\u00e0 de Guernica, de la guerre et de l\u2019imaginable. Picasso est un mythe.<\/p>\n<p>Est-il intouchable\u00a0? On ne peut s\u2019emp\u00eacher, toute proportion gard\u00e9e, de comparer avec l\u2019abb\u00e9 Pierre au c\u0153ur d\u2019une pol\u00e9mique \u00e0 la une des m\u00e9dias, depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2024. Bienfaiteur de l\u2019humanit\u00e9 souffrante et pr\u00e9dateur sexuel. Faut-il d\u00e9boulonner la statue, d\u00e9baptiser les rues\u00a0?<\/p>\n<p>Le cas Picasso \u2013 connu de son vivant \u2013 est publiquement pos\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je l\u2019adore et je le hais. L\u2019homme est ex\u00e9crable, le g\u00e9nie est absolu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sophie <span class=\"caps\">CHAUVEAU<\/span> (n\u00e9e en 1953), <em>Picasso, le Minotaure<\/em> (2020)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je vais tenter de comprendre comment est n\u00e9 l\u2019ogre Picasso. Ce Minotaure qui d\u00e9vore ses proies, ses amours comme la peinture. Celui qui occupe tout le temps, partout, toute la place, toutes les places.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle admet avoir un rapport \u00ab\u00a0schizophr\u00e9nique\u00a0\u00bb avec les \u0153uvres de Picasso. Sp\u00e9cialiste de l\u2019artiste, elle dresse le portrait d\u2019un \u00ab\u00a0grand d\u00e9vorateur\u00a0\u00bb dans son livre et regrette le manque de prise de conscience des mus\u00e9es. Cinquante ans apr\u00e8s sa mort, le peintre de <em>Guernica<\/em> (1937) et des <em>Demoiselles d\u2019Avignon<\/em> (1907) continue de fasciner. Les mus\u00e9es du monde entier, notamment en France et en Espagne, lui consacrent en 2023 une cinquantaine d\u2019expositions\u00a0! Or, Picasso est accus\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 violent avec les femmes et son entourage. Dans la foul\u00e9e du mouvement #metoo, la figure de ce bourreau de travail \u00e0 l\u2019\u0153uvre pl\u00e9thorique est \u00e9corn\u00e9e par les accusations d\u2019emprise parfois violente, qu\u2019il pouvait exercer sur les femmes qui ont partag\u00e9 sa vie et inspiraient son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Universellement adul\u00e9, Picasso \u00e9blouit de son g\u00e9nie tant les artistes qu\u2019il c\u00f4toie que ses proches, ses amis ou les femmes de sa vie. Mais cette emprise irr\u00e9sistible est tout aussi d\u00e9vastatrice. Du tremblement de terre de 1884 o\u00f9 le petit Pablo assiste p\u00e9trifi\u00e9 \u00e0 la naissance de sa s\u0153ur jusqu\u2019\u00e0 ses derni\u00e8res ann\u00e9es o\u00f9 il fait figure de demi-dieu, l\u2019auteure dresse un portrait stup\u00e9fiant des deux visages de Picasso. Un monstre consacr\u00e9 qui s\u2019enfonce r\u00e9solument dans un labyrinthe dont il a fa\u00e7onn\u00e9 les parois, cr\u00e9ant sans r\u00e9pit une \u0153uvre titanesque qui semble ne jamais devoir s\u2019achever.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/amedeo_modigliani.jpg\" width=\"900\" height=\"750\"><\/p>\n<p><strong>Amadeo Modigliani (1884-1920), juif italien attir\u00e9 par Paris la capitale des avant-gardes artistiques, peintre \u00ab\u00a0maudit\u00a0\u00bb et incarnation de la boh\u00e8me, dandy s\u00e9ducteur et autodestructeur.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonheur est un ange au visage grave.\u00a0\u00bb<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), message dat\u00e9 de 1913 \u00e0 son tr\u00e8s proche ami Paul Alexandre et sign\u00e9 \u00ab\u00a0Le ressuscit\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Expression r\u00e9currente dans nombre d\u2019articles et d\u2019expositions consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019artiste. C\u2019est son autoportrait, celui d\u2019un jeune dandy italien naturellement s\u00e9duisant sur les photos et toujours soucieux de son image. L\u2019homme a le sentiment d\u2019\u00eatre diff\u00e9rent des autres, y compris des artistes boh\u00eames qui l\u2019entourent. Et toute sa vie, il sera hant\u00e9 par la mort \u00e0 laquelle il a \u00e9chapp\u00e9 enfant et qui le rattrape \u00e0 35 ans.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi le portrait de son dernier amour, la jeune Jeanne H\u00e9buterne qui se suicidera en apprenant la nouvelle, enceinte de neuf mois de leur deuxi\u00e8me enfant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019un \u0153il, observer le monde ext\u00e9rieur, de l\u2019autre regarder au fond de soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), cit\u00e9 par Laurent Seksik, <em>Modigliani\u00a0: Prince de la Boh\u00e8me<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u00e9opold Survage (peintre russe lui aussi attir\u00e9 par le Paris de tous les arts) invite en 1918 son ami Modi \u00e0 peindre dans son appartement de Nice. Devant son portrait, il l\u2019interroge\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi ne m\u2019as-tu fait qu\u2019un seul \u0153il\u00a0?\u00a0\u00bb et le peintre lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Parce que tu regardes le monde avec l\u2019un, avec l\u2019autre, tu regardes en toi\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 la citation couramment reproduite, tr\u00e8s juste autoportrait de l\u2019artiste si souvent refl\u00e9t\u00e9 dans son \u0153uvre.<\/p>\n<p>N\u00e9 en Toscane dans une famille juive s\u00e9farade et d\u00e9sargent\u00e9e, le jeune Amedeo est un enfant ch\u00e9tif, atteint d\u2019une typho\u00efde, suivie d\u2019une pleur\u00e9sie \u00e0 l\u2019origine d\u2019une tuberculose qui ne le quittera jamais. Devant sa vocation d\u2019artiste pr\u00e9coce, on lui paie ses ann\u00e9es de formation italienne, de la Toscane \u00e0 Venise en passant par le Mezzogiorno (sud de la p\u00e9ninsule). En 1906, il choisit de se fixer \u00e0 Paris, capitale europ\u00e9enne des avant-gardes artistiques.<\/p>\n<p>Il int\u00e8gre \u00e0 Montmartre les cercles de la boh\u00e8me et fr\u00e9quente les peintres du Bateau-Lavoir, cit\u00e9 d\u2019artistes sur la Butte. Picasso y peint depuis deux ans, rejoint par van Dongen, Juan Gris, le Douanier Rousseau\u2026<\/p>\n<p>En 1909, il rencontre Constantin Brancusi, sculpteur roumain (naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1952), ma\u00eetre de l\u2019abstraction et pionnier du surr\u00e9alisme dans son art. Modigliani le rejoint \u00e0 Montparnasse, second centre de l\u2019avant-garde parisienne plus intellectuelle, d\u00e9couvre l\u2019art africain et se consacre \u00e0 la sculpture sur pierre en s\u2019inspirant de mod\u00e8les primitifs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019alcool nous isole du dehors, nous aide \u00e0 entrer dans notre int\u00e9rieur, tout en se servant du monde du dehors\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), Extrait d\u2019une lettre du 6 juin 1913, pr\u00e9sent\u00e9e lors de l\u2019exposition \u00ab\u00a0Modigliani, l\u2019ange au visage grave\u00a0\u00bb. Mus\u00e9e du Luxembourg, Paris, 2003<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toute son \u00e9tude artistique se tourne vers l\u2019analyse de la figure, de pr\u00e9f\u00e9rence f\u00e9minine et nue. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019alcool et \u00e0 la drogue, Modigliani parvient \u00e0 atteindre cet id\u00e9al de \u00ab\u00a0pl\u00e9nitude\u00a0\u00bb qui lui permet de plonger dans l\u2019\u00e2me humaine, telle \u00ab\u00a0une voyante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019effervescence artistique d\u2019avant-guerre d\u00e9borde dans ce Paris bouillonnant, laissant libre cours aux exc\u00e8s. Modigliani tombe dans cette spirale infernale, ce qui n\u2019arrange en rien sa sant\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fragile. Errance, toxicomanie et alcoolisme croissants, amours orageuses ou sans lendemain, exhibitionnisme agressif\u00a0: Modigliani incarnera \u00ab\u00a0la jeunesse br\u00fbl\u00e9e\u00a0\u00bb dont parle sa premi\u00e8re fille, Jeanne Modigliani, <em>Amedeo Modigliani<\/em> (1958).<\/p>\n<p>Sous l\u2019effet de l\u2019alcool ou des stup\u00e9fiants, il peut devenir violent\u00a0: jour de l\u2019an 1909, rue du Delta, il aurait balafr\u00e9 plusieurs toiles de ses camarades et provoqu\u00e9 un incendie en faisant br\u00fbler du punch. Cachant un certain mal-\u00eatre derri\u00e8re son exub\u00e9rance, il a l\u2019ivresse spectaculaire et peut finir la nuit dans une poubelle ou au commissariat.\u00a0 Quoiqu\u2019il en soit, admirateurs, m\u00e9c\u00e8nes et collectionneurs, dont Roger Dutilleul, croient en son talent. Il vend peu. Mais leur soutien inconditionnel aide quand m\u00eame \u00e0 sa survie.<\/p>\n<p>Ayant \u00e9puis\u00e9 ses r\u00e9serves et vivant au jour le jour, Modigliani habite chez un camarade. On le retrouve quelques mois plus tard, mis\u00e9rablement install\u00e9 \u00e0 Montmartre mais soucieux de sa tenue vestimentaire, errant de brasserie en caf\u00e9, r\u00e9citant \u00e0 la perfection des passages entiers de Dante, Verlaine ou Rimbaud, toujours ivre, ex\u00e9cutant en un tour de main des dessins sublimes qu\u2019il donne ou vend pour quelques sous. Pour trouver la forme parfaite, Modigliani dessine sans rel\u00e2che. Puis il sculpte directement dans la pierre, au prix d\u2019un effort surhumain.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1914, il doit renoncer \u00e0 son id\u00e9al artistique, la taille directe et la sculpture en raison de sa sant\u00e9 fragile\u00a0: les poussi\u00e8res et l\u2019\u00e9puisement l\u2019obligent \u00e0 se consacrer seulement \u00e0 la peinture. C\u2019est pour lui un renoncement et un \u00e9norme constat d\u2019\u00e9chec. Paul Guillaume, jeune marchand devenu son m\u00e9c\u00e8ne et ami, le pousse \u00e0 peindre et encourage son penchant pour le portrait \u2013 il lui servira aussi de mod\u00e8le. L\u2019artiste cherche son style et la trentaine d\u2019\u0153uvres de cette p\u00e9riode montre les h\u00e9sitations du peintre, les tableaux sont mal construits et pas toujours r\u00e9ussis, cependant que la guerre fait rage. Il veut s\u2019engager, mais l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais refuse les tuberculeux\u00a0! Il est r\u00e9form\u00e9. Apollinaire, lui aussi \u00e9tranger volontaire, n\u2019aura pas cette chance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je fais de nouveau de la peinture et je vends.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), Lettre \u00e0 sa m\u00e8re, novembre 1915, Jean-Luc Chalumeau, <em>Modigliani<\/em> (1995)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il finit par atteindre \u00ab\u00a0la pl\u00e9nitude\u00a0\u00bb. Ses \u0153uvres se partagent d\u00e9sormais entre des portraits et des nus.<\/p>\n<p>Devenu le portraitiste de la boh\u00e8me cosmopolite de Paris, il prend comme mod\u00e8les les artistes crois\u00e9s au fil de ses rencontres \u2013 Pablo Picasso, Mo\u00efse Kisling, Diego Rivera, Cha\u00efm Soutine, etc. \u2013 ainsi que les marchands, les po\u00e8tes et les excentriques qui gravitent autour de lui.<\/p>\n<p>Il trouve en m\u00eame temps \u00ab\u00a0la figure id\u00e9ale\u00a0\u00bb et son style figuratif abstrait reconnaissable entre tous. Le visage de ses mod\u00e8les devient \u00ab\u00a0le masque\u00a0\u00bb de leur \u00e2me\u00a0: visage grave et derri\u00e8re les yeux souvent inexpressifs se cache le plus profond de l\u2019\u00eatre que l\u2019artiste r\u00e9v\u00e8le par le juste trait, le bon geste et une couleur souvent monochrome. Au gr\u00e9 des mod\u00e8les, le portrait se fait ironique, critique, respectueux, amoureux, compatissant\u2026 L\u2019artiste d\u00e9voile ainsi les faiblesses ou les qualit\u00e9s de l\u2019autre. Cependant que le vrai visage de Modigliani est finalement dans son \u0153uvre\u00a0: un homme sensible et tendre qui peint avec un sens tr\u00e8s pur de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour travailler, j\u2019ai besoin d\u2019un \u00eatre vivant, de le voir devant moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), Mus\u00e9e de Grenoble, Femme au col blanc, Modigliani<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une constante chez l\u2019artiste, quel que soit son mal de vivre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019\u00eatre humain qui m\u2019int\u00e9resse. Son visage est la cr\u00e9ation supr\u00eame de la nature. Je m\u2019en sers inlassablement.\u00a0\u00bb Lors d\u2019une discussion \u00e0 Paris avec le peintre mexicain Diego Rivera, il a m\u00eame assur\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le paysage n\u2019existe pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En bras de chemise, tout \u00e9bouriff\u00e9, essayant de fixer mes traits sur la toile, de temps en temps, il tendait la main vers une bouteille de vieux marc. Je voyais que l\u2019alcool faisait son effet\u00a0: il s\u2019excitait , je n\u2019existais plus\u00a0; il ne voyait plus que son \u0153uvre. Il \u00e9tait si absorb\u00e9 qu\u2019il me parlait en italien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Lunia <span class=\"caps\">CZECHOWSKA<\/span> (1894-1990), surnomm\u00e9e Lunia, Cit\u00e9e par Ambrogio Ceroni,<em> Amedeo Modigliani, Peintre<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle t\u00e9moigne ainsi, alors qu\u2019il ex\u00e9cute son premier portrait, en 1916. Totalement concentr\u00e9, Modigliani ne per\u00e7oit plus le mod\u00e8le, mais p\u00e9n\u00e8tre la nature profonde de l\u2019\u00eatre humain. Au total 14 portraits de cette Polonaise qui fut son mod\u00e8le et une amie, n\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e que lui, mais morte \u00e0 95 ans.<\/p>\n<p><em><strong>\u00ab\u00a0Nu couch\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong><\/em>, 1917. Vendu aux ench\u00e8res 170,4\u00a0millions de dollars en 2015 chez Christie\u2019s.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re (et derni\u00e8re) exposition de nus sign\u00e9s Modigliani fait scandale \u00e0 la Galerie Berthe Weill\u00a0: les toiles, jug\u00e9es ind\u00e9centes par le pr\u00e9fet de police, doivent \u00eatre d\u00e9croch\u00e9es trois heures apr\u00e8s l\u2019ouverture. Que reproche-t-on \u00e0 l\u2019artiste\u00a0? Une toison pubienne sur sa V\u00e9nus pourtant id\u00e9alis\u00e9e. Scandale\u00a0!<\/p>\n<p>Le <em>Nu couch\u00e9<\/em> est l\u2019une de ses \u0153uvres ma\u00eetresses. Une femme brune alanguie r\u00e9actualise le motif de la V\u00e9nus allong\u00e9e dont la sensualit\u00e9 incitative, presque provocatrice, est temp\u00e9r\u00e9e par le regard vide, une des marques de fabrique de l\u2019artiste. Le tableau fait partie d\u2019une s\u00e9rie de nus peinte en 1917 sous le patronage du marchand d\u2019art polonais L\u00e9opold Zborowski, rencontr\u00e9 en 1916, devenu son marchand exclusif et son ami \u2013 il organise les expositions, lui ach\u00e8te ses toiles pour la somme de 15 francs vers\u00e9s chaque jour, son domicile servant souvent d\u2019atelier \u00e0 l\u2019artiste qui peindra de lui trois portraits authentifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Un si\u00e8cle plus tard, les notes de Christie\u2019s concernant la vente de Nu couch\u00e9 indiquent que la s\u00e9rie des nus de Modigliani a servi \u00e0 r\u00e9affirmer et relancer le genre comme un sujet d\u2019art moderne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peignez avec joie\u2026 avec la m\u00eame joie que celle que vous mettez \u00e0 aimer une femme\u2026 Caressez longtemps vos toiles. Moi, je pelote des fesses pendant des jours avant de terminer une toile.<br>\u2014 Moi, je n\u2019aime pas les fesses\u00a0! Ni les peloter, ni les peindre\u00a0!\u2026 Et mon nom est Modigliani\u00a0! Allez on s\u2019en va\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), dialogue avec Renoir, cit\u00e9 par Laurent Seksik, <em>Modigliani\u00a0: Prince de la Boh\u00e8me<\/em> (2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Souffrant de tuberculose d\u00e9clar\u00e9e, Modi ne peut plus travailler dans son atelier glac\u00e9 de Montparnasse et livrer \u00e0 Zborowski les tableaux promis pour la prochaine expo. Il faut partir, rejoindre le soleil de la C\u00f4te d\u2019Azur avec la femme qui partage d\u00e9sormais sa vie, Jeanne H\u00e9buterne.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Nice, le 29 novembre 1918, que viendra au monde la fille du couple, la petite Jeanne, tandis que pour la premi\u00e8re fois, des paysages apparaissent sous la palette du peintre \u2013 quatre recens\u00e9s, un faux air de Van Gogh.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience n\u2019aura pas de suite, tout comme la relation qui aurait pu s\u2019\u00e9tablir avec Auguste Renoir, le grand ma\u00eetre impressionniste, lui aussi plus attir\u00e9 par la femme que par le paysage. Rong\u00e9 depuis plus de vingt ans par une douloureuse (et tr\u00e8s invalidante) polyarthrite rhumato\u00efde, retir\u00e9 \u00e0 Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le septuag\u00e9naire travaille toujours. Ses ongles p\u00e9n\u00e9trant dans la chair de ses paumes, des bandelettes de gaze talqu\u00e9es prot\u00e8gent ses mains (de l\u00e0, la l\u00e9gende du pinceau attach\u00e9 \u00e0 sa main). L\u2019infatigable artiste s\u2019est quand m\u00eame mis \u00e0 la sculpture\u00a0! Il continue surtout de peindre ses femmes \u00ab\u00a0\u00e0 la Renoir\u00a0\u00bb, ostensiblement \u00e9panouies, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des nus et des visages de Modigliani.<\/p>\n<p>Il est temps de rentrer \u00e0 Paris pour partager le succ\u00e8s de l\u2019exposition organis\u00e9e en Angleterre par Zborowski. Mais \u00ab\u00a0Modi\u00a0\u00bb n\u2019aura pas le loisir de profiter de sa renomm\u00e9e. 24 janvier 1920 au soir, une m\u00e9ningite tuberculeuse finit par l\u2019emporter, \u00e0 35 ans.<\/p>\n<p>Un autre marchand d\u2019art, Valenkoff, guettait la nouvelle, persuad\u00e9 que la cote de l\u2019artiste allait s\u2019envoler post mortem. Il s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 chez Jeanne pour lui acheter des toiles \u2013 il les enl\u00e8ve toutes une \u00e0 une, press\u00e9 de payer \u00e0 bas prix la pauvre et na\u00efve Jeanne, ravie de vendre enfin des toiles de son amant incompris. Quand elle apprend sa mort, en \u00e9tat de choc, enceinte de leur deuxi\u00e8me enfant, elle se jette au milieu de la nuit par la fen\u00eatre du cinqui\u00e8me \u00e9tage de la maison de ses parents. Ils attendront 10 ans avant d\u2019accepter que les corps des deux amants soient r\u00e9unis au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas peindre ce qu\u2019on voit, il faut peindre ce qu\u2019on sent. La ligne du dessin doit toujours \u00eatre un peu la ligne du c\u0153ur\u2026 prolong\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Amedeo <span class=\"caps\">MODIGLIANI<\/span> (1884-1920), cit\u00e9 par Henri Jeanson, dialoguiste du film <em>Modigliani, Montparnasse 19<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Montparnasse 19<\/em> (ou<em> Les Amants de Montparnasse<\/em>) est un film fran\u00e7ais en coproduction franco-italienne, r\u00e9alis\u00e9 par Jacques Becker. Il raconte les derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019Amedeo Modigliani, depuis sa rencontre en 1917 avec sa derni\u00e8re compagne, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1920 \u00e0 Montparnasse en pleine effervescence artistique. La passion de Jeanne pour son \u00ab\u00a0Modi\u00a0\u00bb lui fait supporter tous ses exc\u00e8s. L\u2019alcool et la drogue, son amour d\u00e9mesur\u00e9 pour son art et son refus de vendre ses \u0153uvres \u00e0 des fins commerciales le m\u00e8nent inexorablement vers la d\u00e9ch\u00e9ance et une fin tragique.<\/p>\n<p>G\u00e9rard Philipe (1922-1959), \u00e9ternel jeune premier, incarne id\u00e9alement le dandy fascinant, mort au m\u00eame \u00e2ge \u00e0 quelques mois pr\u00e8s\u00a0! Anouk Aim\u00e9e est parfaite en Jeanne. Les dialogues de Jeanson ont \u00e9t\u00e9 en partie coup\u00e9s (d\u2019o\u00f9 son refus d\u2019\u00eatre cr\u00e9dit\u00e9 parmi les auteurs)\u00a0: le r\u00e9alisateur rempla\u00e7ant Max Ophuls d\u00e9c\u00e9d\u00e9 voulait plus de r\u00e9alisme que de romantisme. Reste le personnage fid\u00e8le \u00e0 sa \u00ab\u00a0l\u00e9gende\u00a0\u00bb d\u2019artiste maudit\u00a0: \u00ab\u00a0Les souvenirs\u00a0? Des verres vides. On ne sait plus ce qu\u2019ils contenaient, ni si on a bu avec plaisir ou d\u00e9go\u00fbt, mais on est quand m\u00eame so\u00fbl\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tsugouharu_foujita.jpg\" width=\"800\" height=\"500\"><\/p>\n<p><strong>Foujita (1886-1968), peintre japonais attir\u00e9 par Paris en 1913, \u00ab\u00a0Foufou\u00a0\u00bb adopt\u00e9 par la boh\u00e8me des Ann\u00e9es folles, mais compromis dans la guerre du Japon, ce surdou\u00e9 finira mystique.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On me pr\u00e9disait que je serais le premier peintre du Japon, mais c\u2019\u00e9tait le premier peintre de Paris que je r\u00eavais d\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb<span id=\"33\" class=\"cit-num\">33<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), Fondation Foujita<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 14 ans, un dessin du jeune Japonais est distingu\u00e9 \u00e0 l\u2019Exposition universelle de Paris (1900)\u00a0: cela renforce son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre peintre\u00a0! Admis \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Beaux-arts de Tokyo en 1905, inscrit dans la section \u00ab\u00a0Peinture occidentale\u00a0\u00bb, il prend des cours de fran\u00e7ais le soir. Dipl\u00f4m\u00e9 en 1910, il se distingue en pr\u00e9sentant un autoportrait aux couleurs sourdes qui s\u2019opposent aux enseignements re\u00e7us. Il montre d\u00e9j\u00e0 son int\u00e9r\u00eat pour la figure humaine et la figuration classique. Il participe au d\u00e9cor de l\u2019Op\u00e9ra imp\u00e9rial de Tokyo, mais r\u00eave plus que jamais de se confronter \u00e0 l\u2019avant-garde parisienne, comme tant d\u2019artistes de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Avec l\u2019accord de son p\u00e8re (g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale, m\u00e9decin, ouvert aux id\u00e9es progressistes et \u00e0 l\u2019Occident) et une g\u00e9n\u00e9reuse pension, il d\u00e9couvre en 1913 la Ville lumi\u00e8re. Il rencontre aussit\u00f4t Picasso dans son atelier, derri\u00e8re le cimeti\u00e8re du Montparnasse\u00a0! Le choc\u00a0!!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis bien tomb\u00e9 au milieu des meilleurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), cit\u00e9 par J\u00e9r\u00f4me Coignard, \u00ab\u00a0R\u00e9cit d\u2019une vie\u00a0: L\u00e9onard Foujita, artiste fou de dessin\u00a0\u00bb, Connaissance des Arts. Arts et Expositions, 27 novembre 2019<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les premiers mois de son s\u00e9jour, le jeune ambitieux ne se pr\u00e9cipite pas sur son pinceau. Trop \u00e2g\u00e9 pour s\u2019inscrire aux Beaux-Arts, il prend une carte de copiste au Louvre, arpente les salles, avide de tout d\u00e9couvrir, \u00e0 commencer par l\u2019art antique dont il appr\u00e9cie le hi\u00e9ratisme et la stylisation. Il s\u2019impr\u00e8gne de l\u2019atmosph\u00e8re de la ville, dessine dans les caf\u00e9s. Il s\u2019impr\u00e8gne aussi des \u0153uvres occidentales et apprend en copiant. Il admire l\u2019art na\u00eff du Douanier Rousseau, honor\u00e9 par Picasso deux ans avant sa mort en 1910. Il s\u2019int\u00e9resse au cubisme, sans s\u2019y attarder. On le rattache \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9cole de Paris\u00a0\u00bb, mais cela ne signifie pas grand-chose. Il dit aimer \u00ab\u00a0\u2009peindre \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne avec des pinceaux japonais\u2009\u00a0\u00bb et lui seul saura le faire. Pour diverses raisons (et folies), ce serait un extraordinaire personnage de manga.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il prend conscience tr\u00e8s rapidement qu\u2019il lui faut repenser non seulement sa peinture, mais aussi sa culture, et se fa\u00e7onner un avenir soit en rupture, soit en conciliation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Anne Le <span class=\"caps\">DIBERDER<\/span> (n\u00e9e dans les ann\u00e9es 60) directrice de la maison-atelier Foujita, cit\u00e9e par Sylvie Buisson, \u00e9ditrice du catalogue g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u0153uvre de Foujita<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce sera la conciliation\u2026 Et la pratique de l\u2019hybridation\u00a0: tout un art dans l\u2019art.<\/p>\n<p>Rompu \u00e0 la technique picturale occidentale enseign\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Beaux-arts de Tokyo, Foujita va \u00e9laborer une remarquable synth\u00e8se entre les traditions issues de son pays natal et l\u2019art moderne europ\u00e9en en pleine \u00e9mergence. Il sera tr\u00e8s vite remarqu\u00e9 par de grands galeristes et marchands, ainsi que par ses pairs. Il fascine d\u00e9j\u00e0 avec son allure de dandy excentrique et ambigu\u2026 et ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucun autre artiste japonais avant lui n\u2019a os\u00e9 transgresser les conventions de son pays.\u00a0Les pr\u00e9cieuses estampes nishiki-e l\u2019enchantent au m\u00eame titre que les madones du gothique et de la Renaissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sylvie <span class=\"caps\">BUISSON<\/span> (n\u00e9e en 1947), \u00e9ditrice du catalogue g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u0153uvre de Foujita \u00e0 qui le mus\u00e9e Maillol rend hommage en 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle s\u2019est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude et l\u2019expertise des \u0153uvres sign\u00e9es du plus japonais des artistes modernes fran\u00e7ais, universellement reconnu et surnomm\u00e9 Foufou par les connaisseurs. Attir\u00e9e par le Japon lors de ses \u00e9tudes d\u2019Histoire de l\u2019art et des techniques, elle rencontre le peintre et \u00ab\u00a0tr\u00e9sor national\u00a0\u00bb vivant Keisuke Serizawa\u00a0: il lui dit son admiration pour Foujita et lui sugg\u00e8re d\u2019\u00e9crire sur cet artiste m\u00e9connu du plus grand nombre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus japonais des Parisiens et le plus parisien des Japonais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968) se d\u00e9crivant lui-m\u00eame, cit\u00e9 par Sylvie Buisson, <em>Foujita, le ma\u00eetre japonais de Montparnasse<\/em> (2004)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cela s\u2019entend \u00e0 deux niveaux\u00a0: l\u2019\u0153uvre et l\u2019homme, l\u2019essentiel et l\u2019apparence. L\u2019art de Foujita sera de r\u00e9unir les deux, avec une originalit\u00e9 absolue. Aucun autre artiste peintre n\u2019y parviendra aussi vite et bien. Trop vite et trop bien sans doute\u2026 L\u2019autoportrait occupe une place de choix dans la construction de son identit\u00e9 artistique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne ressemble \u00e0 personne, m\u00eame pas \u00e0 un autre Japonais. Sa frange noire, ses lunettes de myope, ses costumes \u00e9tranges qu\u2019il confectionne dans le tissu des rideaux et des corsets, ses bijoux trop voyants qui pendent \u00e0 son cou et \u00e0 ses oreilles comme ceux des gitans effraient\u2026 Et que dire de la montre-bracelet qu\u2019il s\u2019est tatou\u00e9e lui-m\u00eame au poignet\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sylvie <span class=\"caps\">BUISSON<\/span> (n\u00e9e en 1947), <em>Foujita\u00a0: peindre dans les ann\u00e9es folles<\/em> (2018)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sans oublier le Chat\u00a0! Les chats de sa vie, petits f\u00e9lins myst\u00e9rieux et t\u00eatus comme lui, omnipr\u00e9sents dans sa vie et son \u0153uvre, toujours admirables \u00e0 ses yeux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019abandonnent jamais. Ils sont pr\u00eats \u00e0 tout pour obtenir ce qu\u2019ils veulent. Ils ont des mani\u00e8res passionn\u00e9es de tigre si on les provoque. Ils ont cette gr\u00e2ce, cette myst\u00e9rieuse langueur, ces mouvements magnifiques. Ils ne sont jamais press\u00e9s, jamais anguleux. Ils se meuvent en douceur, lentement, tout en courbes et en d\u00e9li\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968) parlant des chats, cit\u00e9 par Sylvie Buisson, <em>L\u00e9onard-Tsuguharu Foujita<\/em>, tome 1 (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Foujita a multipli\u00e9 ses autoportraits au chat, cet animal \u00e9tant son double. Il se repr\u00e9sente volontiers assis \u00e0 une table basse et pr\u00eat \u00e0 dessiner. Le chat pose et s\u2019impose ailleurs et autrement, dans tous ses \u00e9tats, joueur ou dormeur, c\u00e2lin et malin, preuve qu\u2019il les a beaucoup aim\u00e9s, bien observ\u00e9s et quotidiennement fr\u00e9quent\u00e9s. Les femmes aussi\u2026 Ses Nus concurrencent les Chats dans l\u2019\u0153uvre et la vie et de Foujita. Son \u00e9clectisme et sa passion de peindre se refl\u00e8tent \u00e9galement dans ses portraits d\u2019enfants, surtout des fillettes, souvent accompagn\u00e9es de chats ou d\u2019oiseaux, d\u2019autres animaux, des paysages et des natures mortes, notamment ses bouquets de fleurs. Des sujets religieux existent, Maternit\u00e9, Vierge et enfant ou M\u00e8re et enfant, Madones. En attendant sa (derni\u00e8re) p\u00e9riode mystique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le chef-d\u2019\u0153uvre ne se produisant que rarement, je pris la ferme r\u00e9solution d\u2019essayer de laisser des milliers d\u2019\u0153uvres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), cit\u00e9 par Vincent Remy, \u00ab\u00a0Qui \u00e9tait vraiment Foujita, grand peintre japonais des ann\u00e9es folles\u00a0?\u00a0\u00bb <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, 27 novembre 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1914. Foujita d\u00e9cide de rester en France pendant la Grande Guerre. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre engag\u00e9 comme infirmier de la Croix-Rouge, il tombe \u00e9perdument amoureux de Fernande Barrey, peintre et mod\u00e8le. Il l\u2019\u00e9pouse treize jours plus tard. Le couple ne survivra pas aux aventures extraconjugales et parfois homosexuelles des deux partenaires.<\/p>\n<p>Invit\u00e9 \u00e0 Cagnes-sur-Mer pour travailler et \u00e9chapper aux bombes allemandes, son art s\u2019\u00e9panouit enfin sur la C\u00f4te d\u2019Azur\u00a0! Le 1er juin 1917, il expose pour la premi\u00e8re fois une centaine d\u2019\u0153uvres, des aquarelles, \u00e0 la galerie de Georges Ch\u00e9ron, marchand de ses amis Modigliani Soutine. C\u2019est un triomphe. Picasso vient d\u00e8s le premier jour et reste plusieurs heures\u00a0! Ch\u00e9ron lui demande de produire deux aquarelles par jour. Cela tombe bien\u2026 il a donc d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0laisser des milliers d\u2019\u0153uvres\u00a0\u00bb \u2013 quelque 6 000 authentifi\u00e9es. Les faux se multiplieront avec la cote qui s\u2019affole sur le march\u00e9 de l\u2019art \u2013 50 000 \u00e0 2 000 000 euros pour une peinture en 2024.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre, \u00e0 la r\u00e9ouverture du Grand Palais au printemps 1919 et surtout au Salon d\u2019automne, Foujita expose au milieu des grands de la peinture fran\u00e7aise. Les Ann\u00e9es folles battent leur plein. Paris veut oublier la guerre et refuse de voir la mont\u00e9e des p\u00e9rils. Les \u00ab\u00a0Montparnos\u00a0\u00bb vivent une euphorie sans pr\u00e9c\u00e9dent\u2026 Une anecdote entre mille, \u00e0 propos d\u2019une autre originale qui sert de mod\u00e8le \u00e0 Foujita et va contribuer \u00e0 son succ\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand elle a quitt\u00e9 son manteau, elle \u00e9tait absolument nue [\u2026]. Elle prend ma place devant le chevalet, me demande de ne pas bouger et tranquillement commence \u00e0 dessiner mon portrait. Elle m\u2019a demand\u00e9 de l\u2019argent de sa pose et triomphalement est partie, son croquis sous le bras. Trois minutes apr\u00e8s, au caf\u00e9 du D\u00f4me, un riche collectionneur lui avait achet\u00e9 un prix fou ce croquis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), pr\u00e9face pour <em>Souvenirs<\/em>, cit\u00e9 par Wikip\u00e9dia<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle, c\u2019est Kiki de Montparnasse (1901-1953), rencontr\u00e9e \u00e0 16 ans et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9lur\u00e9e, \u00ab\u00a0Reine de Montparnasse\u00a0\u00bb avant une d\u00e9ch\u00e9ance pr\u00e9coce. Muse et amante d\u2019artistes c\u00e9l\u00e8bres \u2013 Modigliani, Soutine, Kisling, Man Ray le peintre et phonographe am\u00e9ricain naturalis\u00e9 fran\u00e7ais devenu son fid\u00e8le compagnon. Elle sera aussi chanteuse, danseuse, g\u00e9rante de cabaret, artiste peintre et actrice de cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Autre rencontre, Lucie Badoud n\u2019a pas 20 ans quand Foujita l\u2019aborde \u00e0 la Rotonde, en 1922. Pour son anniversaire, il lui offre une d\u00e9capotable \u2013 le bouchon de radiateur est un bronze de Rodin plus co\u00fbteux que la voiture. Sa blancheur de peau inspire \u00e0 Foujita le pr\u00e9nom de Youki, \u00ab\u00a0neige\u00a0\u00bb en japonais. Devenue son mod\u00e8le et sa femme (apr\u00e8s Fernande qui l\u2019a ouvertement tromp\u00e9 avec son cousin le peintre Koyanagi), il n\u2019a de cesse de l\u2019observer, la peindre, la photographier.<\/p>\n<p>Elle lui inspire ses plus beaux Nus, selon un processus cr\u00e9atif \u00e9tonnant. Foujita s\u2019impr\u00e8gne de la pose, \u00e9labore un dessin pr\u00e9paratoire, jamais retouch\u00e9. Sur la toile et en son absence, le mod\u00e8le \u00ab\u00a0est r\u00e9duit \u00e0 son \u00e2me, \u00e0 un r\u00e9seau de lignes d\u2019une sensibilit\u00e9 extr\u00eame, porteuses de vie\u00a0\u00bb. Pour l\u2019artiste, l\u2019essence du mod\u00e8le est dans le trait\u00a0: \u00ab\u00a0Le trait est vivant. Et l\u2019intervalle qui s\u2019installe dans l\u2019entre-deux, le vide que les lignes m\u00e9nagent entre elles, est un \u00e9l\u00e9ment constituant du trait et de l\u2019\u0153uvre. Il s\u2019agit du \u00ab\u00a0ma\u00a0\u00bb, concept esth\u00e9tique qui r\u00e9git l\u2019art japonais depuis toujours et auquel Foujita ne d\u00e9roge jamais.\u00a0\u00bb (Vincent R\u00e9my, \u00ab\u00a0Qui \u00e9tait vraiment Foujita, grand peintre japonais des ann\u00e9es folles\u00a0?\u00a0\u00bb <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, 27 novembre 2018). Il s\u2019en explique, revendiquant sa diff\u00e9rence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des artistes, comme Matisse, Braque, peignaient avec une brosse large. Contrairement \u00e0 eux, je me suis mis \u00e0 peindre avec un pinceau fin. Tout le monde utilisait beaucoup de couleurs superbes. Mais j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 peindre l\u00e9g\u00e8rement, et en noir et blanc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), Fondation Foujita<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9sireux de \u00ab\u00a0repr\u00e9senter la qualit\u00e9 de la mati\u00e8re la plus belle qui soit, celle de la peau humaine\u00a0\u00bb, il s\u2019est appropri\u00e9 un genre absent de la peinture japonaise, le Nu. Il peint d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019huile. Sa technique sur toile est unique. Son atelier est un espace de travail solitaire\u00a0: \u00ab\u00a0Jaloux de ses secrets, en particulier de ses fonds blancs, il laisse peu de personnes s\u2019approcher\u00a0\u00bb (Anne Le Diberder). On finit par savoir qu\u2019il applique en glacis un m\u00e9lange d\u2019huile de lin, de blanc de plomb ou de Meudon et de silicate de magn\u00e9sium. Cette technique in\u00e9dite en Occident conf\u00e8re \u00e0 sa mati\u00e8re une rare opalescence. Il travaille ses fonds en dernier, entourant le trait d\u2019une aur\u00e9ole grise qui fait ressortir et vibrer les corps.<\/p>\n<p>Son style et son originalit\u00e9 ont s\u00e9duit le Tout-Paris des Ann\u00e9es Folles et ses amis de Montparnasse. Cet univers artistique et intime repr\u00e9sente d\u00e9sormais une conjugaison r\u00e9ussie entre Orient et Occident, faisant de lui un personnage embl\u00e9matique dans la relation d\u2019amiti\u00e9 entre la France et le Japon. Artiste aux multiples facettes, il incarne tour \u00e0 tour l\u2019image du peintre perfectionniste, du photographe ouvert au monde, du styliste-dandy extravagant et de l\u2019artisan magicien du quotidien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il se met en sc\u00e8ne dans son \u0153uvre, mais aussi dans sa vie, au risque d\u2019\u00eatre pris \u00e0 son propre jeu et d\u2019y \u00eatre pour ainsi dire claquemur\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Anne Le <span class=\"caps\">DIBERDER<\/span> (n\u00e9e dans les ann\u00e9es 60), historienne d\u2019art, conservatrice et directrice de la Maison-Atelier Foujita \u00e0 Villiers-le-B\u00e2cle (Essonne), \u00e0 propos de l\u2019exposition Foujita, <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> 27 novembre 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Foufou\u00a0\u00bb s\u2019est compos\u00e9 un personnage au look inimitable\u00a0et m\u00e9morable\u00a0: avec sa coupe au bol et sa frange, sa fine moustache et ses grosses lunettes rondes cercl\u00e9es de noir, il ressemble \u00e0 un acteur fard\u00e9 de blanc du th\u00e9\u00e2tre Kabuki. Il d\u00e9ambule aussi en tunique grecque dans les rues de Montparnasse, il apparait dans les bals costum\u00e9s en coolie quasiment nu, portant sur son dos sa compagne Youki dans une cage \u00e0 oiseau. M. \u00ab\u00a0Champs de Glycine\u00a0\u00bb est de toutes les f\u00eates, tous les d\u00e9lires. Mais sans jamais \u00eatre ivre ni se coucher apr\u00e8s minuit, contrairement \u00e0 ses nombreux amis Modigliani, Soutine, Kisling, Pascin\u2026<\/p>\n<p>Il gardera jusqu\u2019\u00e0 81 ans sa silhouette, sa discipline de vie et son \u00e9nergie cr\u00e9atrice, mais l\u2019image initialement constructive peut se retourner contre lui.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Progressivement, aux yeux du public, des critiques et du milieu artistique, l\u2019image de dandy va prendre le pas sur sa peinture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Anne Le <span class=\"caps\">DIBERDER<\/span> (n\u00e9e dans les ann\u00e9es 60), Visite priv\u00e9e de l\u2019exposition Foujita au mus\u00e9e Maillol, <em>Le Point<\/em>, 12 mars 2018<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il faut pourtant r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Artiste au-del\u00e0 du dandy. Derri\u00e8re l\u2019oiseau de nuit mani\u00e9r\u00e9 aux tenues extravagantes et le noceur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 se cache un travailleur acharn\u00e9 qui laissera derri\u00e8re lui une \u0153uvre consid\u00e9rable o\u00f9 domine le fameux trait, sa marque de fabrique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 toutes les sortes de lignes que l\u2019homme avait trac\u00e9es\u00a0: les premiers dessins de l\u2019humanit\u00e9, les peintures d\u2019enfants, les lignes de l\u2019art primitif des N\u00e8gres, les lignes trac\u00e9es par les fous, les criminels, les dessins des peintres contemporains et m\u00eame les lignes de style nouveau dans un \u00e9tat hors du bons sens, produites artificiellement sous l\u2019effet de m\u00e9dicaments. Je me suis promis de tracer des lignes meilleures que tout cela.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), cit\u00e9 par Sylvie Buisson, <em>L\u00e9onard-Tsuguharu Foujita<\/em>, tome 1 (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en t\u00e9moigne avec ce m\u00e9lange de passion et de minutie propre \u00e0 l\u2019artiste qu\u2019il est, litt\u00e9ralement unique en son genre et reconnu comme tel aujourd\u2019hui sur le march\u00e9 de l\u2019art \u2013 au passage, il incrimine le m\u00e9lange de drogues et d\u2019alcool fatal \u00e0 l\u2019art et aux artistes de son temps. Picasso eut la m\u00eame attitude et les deux hommes s\u2019admiraient pour de bonnes raisons.<\/p>\n<p>En 1925, nomm\u00e9 chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur, c\u2019est l\u2019un des artistes qui gagnent le plus d\u2019argent. Envi\u00e9 et inconscient de l\u2019ampleur de sa r\u00e9ussite, un lourd redressement fiscal en 1928 va bouleverser sa vie. Il divorce de Fernande pour \u00e9pouser Youki. Mais les commandes se rar\u00e9fient. Pour vendre ses \u0153uvres, alors que la Crise de 1929 touche l\u2019Occident, il retourne \u00e0 Tokyo apr\u00e8s dix-sept ans d\u2019absence. Il doit quand m\u00eame diminuer son train de vie, vendre maison et voiture\u2026 et il perd Youki, follement \u00e9prise de Robert Desnos. Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une vie \u00e0 trois, Foujita ne voit qu\u2019une issue possible, quitter Paris.<\/p>\n<p>Il part fin 1931 avec son mod\u00e8le, danseuse au Casino de Paris, Madeleine Lequeux, dite Mady Dormans, pour un voyage de deux ans en Am\u00e9rique latine. Elle l\u2019aide \u00e0 surmonter ses d\u00e9boires et leurs d\u00e9couvertes \u2013 Br\u00e9sil, Argentine, Colombie, P\u00e9rou, Mexique et Californie \u2013 lui redonnent go\u00fbt \u00e0 la vie et \u00e0 la peinture. C\u00e9l\u00e8bre pour son look, se pr\u00e9sentant comme citoyen du monde, il s\u00e9duit avec sa gentillesse et son humour. Il aime observer les gens dans leur diversit\u00e9 et leur vie quotidienne, pour les saisir dans leur singuli\u00e8re humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Le couple vit du fruit des expositions et arrive \u00e0 Tokyo en novembre 1933. Accueilli en vedette, Foujita organise \u00e0 la galerie Nichido une s\u00e9rie d\u2019expositions et r\u00e9alise de grandes peintures murales. Mais en juin 1936, Madeleine meurt d\u2019une overdose \u00e0 Tokyo\u2026 Une jeune Japonaise, Kimiyo Horiuchi, lui apporte le r\u00e9confort. Elle sera sa derni\u00e8re femme. Bref retour \u00e0 Paris, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Allemands en mai 1940. Rattrap\u00e9 par l\u2019Histoire, sa vie bascule \u00e0 nouveau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Figure de proue des peintres de guerre, il n\u2019avait jamais manifest\u00e9 le plus petit doute, m\u00eame en priv\u00e9, quant \u00e0 la justesse de la cause imp\u00e9riale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Louis <span class=\"caps\">MARGOLIN<\/span> (n\u00e9 en 1952), <em>L\u2019Arm\u00e9e de l\u2019empereur\u00a0: Violence et crimes du Japon en guerre 1937-1945<\/em> (2007)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une organisation japonaise pr\u00e9cise en 1946 que Foujita \u00ab\u00a0collabora de la fa\u00e7on la plus active et la plus \u00e9nergique avec l\u2019arm\u00e9e au travers de son travail artistique. S\u2019investit par \u00e9crit dans la propagande militariste. Voix \u00e9cout\u00e9e dans le monde de l\u2019art, comme dans la soci\u00e9t\u00e9, il eut un r\u00f4le important dans les mouvements militaristes et une influence extr\u00eamement forte sur l\u2019ensemble du peuple.\u00a0\u00bb Cela ne l\u2019emp\u00eacha pas d\u2019\u00eatre, d\u00e8s 1945, \u00ab\u00a0le principal collaborateur des Am\u00e9ricains dans le domaine de l\u2019art [\u2026] de rassembler pour eux des peintures de guerre, sans se priver au passage de placer certains de ses propres tableaux dans les meilleures collections am\u00e9ricaines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette mission fait basculer Foujita du statut de h\u00e9ros \u00e0 tra\u00eetre et collaborateur. Cette remise en cause est ressentie comme une terrible injustice. D\u00e9sirant quitter le Japon pour toujours, il obtient un visa aupr\u00e8s des \u00c9tats-Unis en mars 1949. Prot\u00e9g\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral MacArthur, il rappelle qu\u2019un peintre ne doit s\u2019occuper que de peinture. Seuls \u00ab\u00a0la paix et le beau v\u00e9ritable\u00a0\u00bb doivent \u00eatre recherch\u00e9s avec obstination. Il r\u00e9affirmera cette nouvelle foi artistique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seule la force de l\u2019art d\u00e9passe les barri\u00e8res de langue et de croyance, elle d\u00e9passe les fronti\u00e8res et \u0153uvre pour la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FOUJITA<\/span> (1886-1968), cit\u00e9 par Sylvie Buisson, \u00ab\u00a0L\u00e9onard Foujita, sa vie, son \u0153uvre\u00a0\u00bb, Union fran\u00e7aise des Experts en objets d\u2019art, ufe-experts.fr<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette vision de la place de l\u2019artiste dans la soci\u00e9t\u00e9 annonce une rupture dans son parcours. Le 14 f\u00e9vrier 1950, il retrouve Paris et s\u2019installe avec Kimiyo \u00e0 Montparnasse, renouant avec ses anciens marchands. Il repart \u00e0 z\u00e9ro, mais il m\u00e8ne d\u00e9sormais une vie calme, laborieuse, sereine et retir\u00e9e du monde.<\/p>\n<p>En 1955, il obtient la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Il se convertit au catholicisme en 1959, apr\u00e8s une illumination mystique en visitant la basilique Saint-R\u00e9mi \u00e0 Reims. Il prend le pr\u00e9nom baptismal de \u00ab\u00a0L\u00e9onard\u00a0\u00bb\u00a0: en l\u2019honneur du bienheureux L\u00e9onard Kimura, l\u2019un des martyrs du Japon\u2026 ou de l\u2019amour qu\u2019il voue depuis toujours \u00e0 l\u2019art de L\u00e9onard de Vinci. Les deux versions alternent, dans l\u2019abondante litt\u00e9rature le concernant.<\/p>\n<p>Il ach\u00e8te en 1960 une petite maison dans la vall\u00e9e de Chevreuse, aspirant \u00e0 une retraite mystique et artistique avec sa femme, ne recevant que de tr\u00e8s bons et vieux amis. En 1964, il d\u00e9cide de b\u00e2tir et d\u00e9corer une chapelle \u00e0 Reims\u00a0: la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix, dite chapelle Foujita, C\u2019est son dernier grand chantier. Mort \u00e0 Zurich, il repose depuis 2003 dans la chapelle \u00e0 son nom, aupr\u00e8s du corps de sa derni\u00e8re \u00e9pouse qui l\u2019a rejoint en 2009.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le destin de Foujita \u00e9tait de na\u00eetre Japonais et de mourir Fran\u00e7ais\u2026 Le destin de son art est d\u2019\u00eatre, pour la post\u00e9rit\u00e9, ce trait d\u2019union parfait entre l\u2019art de l\u2019Orient et celui de l\u2019Occident.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Sylvie <span class=\"caps\">BUISSON<\/span> (n\u00e9e en 1947), <em>L\u00e9onard-Tsuguharu Foujita<\/em>, tome 1 (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 cette admiratrice \u00e9clair\u00e9e de l\u2019\u0153uvre d\u2019un des artistes les plus originaux en raison de sa double nature.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/robert_schuman.jpg\" width=\"800\" height=\"500\"><\/p>\n<p><strong>Robert Schuman (1886-1963), luxembourgeois, homme d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et p\u00e8re fondateur de la construction europ\u00e9enne (\u00ab\u00a0Plan Schuman\u00a0\u00bb), sauv\u00e9 de l\u2019indignit\u00e9 nationale par de Gaulle en 1945 et en voie de b\u00e9atification par le pape Fran\u00e7ois en 2021.<\/strong><\/p>\n<p><em>Ne pas confondre avec Robert Schumann (1810-1856), compositeur allemand, et Maurice Schumann (1911-1998), ministre fran\u00e7ais de l\u2019Europe et des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que soit vid\u00e9 sur-le-champ ce produit de Vichy\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"34\" class=\"cit-num\">34<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">DIETHELM<\/span> (1896-1954), ministre de la Guerre en 1944, premier gouvernement de Gaulle \u00e0 la Lib\u00e9ration<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9sistant ralli\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 la France libre pendant la Seconde guerre mondiale, il parle en ces termes de Robert Schuman pris dans une situation absurde, au terme d\u2019un itin\u00e9raire boulevers\u00e9 par deux guerres.<\/p>\n<p>Orphelin \u00e0 24 ans, il songe au sacerdoce avant d\u2019y renoncer sur le conseil de son meilleur ami\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, nous avons besoin de saints en costume.\u00a0\u00bb Mais il restera un militant et fervent catholique, selon les t\u00e9moignages de tous ceux qui l\u2019ont approch\u00e9. \u00c0 26 ans, en juin 1912, il ouvre un cabinet d\u2019avocat \u00e0 Metz. Il conna\u00eet mal la France d\u2019avant-guerre, se d\u00e9finissant comme un \u00ab\u00a0cosmopolite\u00a0\u00bb ou un \u00ab\u00a0indiff\u00e9rent comme il y en a beaucoup dans nos pays fronti\u00e8res, o\u00f9 le sang se m\u00e9lange et les caract\u00e8res nationaux se confondent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1914, il est choqu\u00e9 par une guerre qu\u2019il ne fait pas \u2013 r\u00e9form\u00e9 en 1908 pour raisons m\u00e9dicales, dispens\u00e9 de service militaire, incorpor\u00e9 dans le service auxiliaire et affect\u00e9 \u00e0 une unit\u00e9 non combattante, il remplit des fonctions de soldat-secr\u00e9taire pendant un an. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 l\u2019uniforme, surnum\u00e9raire ballot\u00e9 par les autorit\u00e9s allemandes, embusqu\u00e9 discret, frapp\u00e9 par les horreurs de cette Grande Guerre, sa seule obsession est de pr\u00e9server les valeurs essentielles, car dans ce \u00ab\u00a0tourbillon d\u2019\u00e9go\u00efsme et d\u2019instincts primaires\u2026 on s\u2019accroche aux Bons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, sa formation de juriste et sa connaissance de la langue fran\u00e7aise font de lui un des rares Lorrains capables de participer \u00e0 la d\u00e9licate r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019Alsace-Moselle dans l\u2019ensemble fran\u00e7ais. \u00c9lu \u00e0 33 ans d\u00e9put\u00e9 de la Moselle d\u00e8s 1919, il repr\u00e9sentera ce d\u00e9partement ou la circonscription de Thionville pendant toute sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s actif parlementaire de l\u2019entre-deux-guerres, ardent d\u00e9fenseur de la justice sociale et du maintien du Concordat (exception \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 de 1905, s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat), il est appel\u00e9 au gouvernement aux heures tragiques\u00a0: sous-secr\u00e9taire d\u203a \u00c9tat aux r\u00e9fugi\u00e9s dans le gouvernement Paul Reynaud du 21 mars 1940. Apr\u00e8s l\u2019offensive allemande du 10 mai, il estime qu\u2019il \u00ab\u00a0faut mettre bas les armes\u00a0\u00bb. Confirm\u00e9 \u00e0 son poste, il est du premier gouvernement P\u00e9tain et vote pour les pleins pouvoirs au mar\u00e9chal, le 10 juillet. Mais il refuse de participer \u00e0 son second gouvernement et retourne \u00e0 Metz. Emprisonn\u00e9 par les nazis le 14 septembre, plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans le Palatinat en avril 1941, il s\u2019\u00e9vade en ao\u00fbt 1942, passe quelques jours r\u00e9fugi\u00e9 dans des couvents et des monast\u00e8res (comme la trappe de Notre-Dame des Neiges) et gagne la zone libre. Quand les Allemands d\u00e9cident de l\u2019envahir en novembre (surnomm\u00e9e alors Zone sud), il entre dans la clandestinit\u00e9.<\/p>\n<p>En septembre 1944, le g\u00e9n\u00e9ral De Lattre de Tassigny qui progresse vers l\u2019Alsace avec la Premi\u00e8re Arm\u00e9e Fran\u00e7aise le choisit comme conseiller politique exp\u00e9riment\u00e9 dans les affaires d\u2019Alsace-Lorraine. Mais trois semaines plus tard, le ministre de la Guerre, Andr\u00e9 Diethelm, exige que \u00ab\u00a0soit vid\u00e9 sur-le-champ ce produit de Vichy\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Metz lib\u00e9r\u00e9e accueille avec enthousiasme son ancien d\u00e9put\u00e9, il n\u2019en est pas moins consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0indigne\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0in\u00e9ligible\u00a0\u00bb. Ses amis mosellans le font si\u00e9ger au Comit\u00e9 d\u00e9partemental de lib\u00e9ration o\u00f9 cet homme sensible et juste s\u2019emploie \u00e0 mod\u00e9rer l\u2019\u00e9puration. Soucieux de reprendre des responsabilit\u00e9s politiques, il finit par \u00e9crire au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle le 24 juillet 1945\u00a0: affaire class\u00e9e sur son intervention personnelle. Un non-lieu est prononc\u00e9 par la commission de la Haute Cour d\u00e9but septembre\u00a0: il peut reprendre sa place dans la vie politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vie sans responsabilit\u00e9 politique est certes plus facile, surtout dans le d\u00e9sarroi actuel. Mais nul n\u2019a le droit de se d\u00e9rober, moins que jamais. Ma sant\u00e9 est bonne, malgr\u00e9 des acc\u00e8s de lassitude qui ne sont pas toujours suffisamment expliqu\u00e9s par l\u2019effort que je fais. Mais j\u2019esp\u00e8re pouvoir faire face \u00e0 toutes les exigences raisonnables. Je m\u2019en remets pour cela \u00e0 la Providence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">SCHUMAN<\/span> (1886-1963), texte cit\u00e9 (entre autres) par Jeunes Cathos, Le Portail des Jeunes de l\u2019\u00c9glise catholique<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son collaborateur et ami Jean Monnet intervient au bon moment dans son parcours\u00a0: fonctionnaire international fran\u00e7ais, banquier international, promoteur de l\u2019atlantisme et du libre-\u00e9change et visionnaire du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, il d\u00e9fend le principe de supranationalit\u00e9 dans une Europe traumatis\u00e9e par deux guerres successives. Il lui fait part de l\u2019urgente n\u00e9cessit\u00e9 pour la France de se faire un alli\u00e9 de l\u2019Allemagne et r\u00e9dige un projet de f\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne. Schuman est l\u2019homme de la situation pour le faire passer\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Europe ne se fera pas d\u2019un coup, ni dans une construction d\u2019ensemble\u00a0: elle se fera par des r\u00e9alisations concr\u00e8tes cr\u00e9ant d\u2019abord des solidarit\u00e9s de fait. Le rassemblement des nations europ\u00e9ennes exige que l\u2019opposition s\u00e9culaire de la France et de l\u2019Allemagne soit \u00e9limin\u00e9e. L\u2019action entreprise doit toucher au premier chef la France et l\u2019Allemagne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">SCHUMAN<\/span> (1886-1963), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8re, D\u00e9claration du 9 mai 1950<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fait accepter le projet en un temps record par les ministres des Affaires \u00e9conomiques du Royaume-Uni, des trois pays du Benelux et de l\u2019Italie r\u00e9unis dans le plus grand secret \u00e0 Paris le 8 mai 1950\u00a0; par Konrad Adenauer aupr\u00e8s de qui Schuman a d\u00e9p\u00each\u00e9 un \u00e9missaire sp\u00e9cial et par le gouvernement Bidault en Conseil des ministres, le 9 mai \u2013 devenu depuis la \u00ab\u00a0Journ\u00e9e de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>Il concr\u00e9tise l\u2019initiative en proposant de placer la production franco-allemande du charbon et de l\u2019acier sous une Haute Autorit\u00e9 commune, dans une organisation ouverte \u00e0 la participation des autres pays d\u2019Europe. Suivi de rencontres discr\u00e8tes (comme \u00e0 Luxeuil-les-Bains en juillet 1950), le \u00ab\u00a0plan Schuman\u00a0\u00bb entra\u00eene la signature du trait\u00e9 de Paris (18 avril 1951) cr\u00e9ant la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne du charbon et de l\u2019acier (<span class=\"caps\">CECA<\/span>) \u00e0 l\u2019origine de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0: \u00ab\u00a0une grande strat\u00e9gie \u00e0 petits pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>P\u00e8lerin de la paix et de la d\u00e9tente en Europe, Robert Schuman, pr\u00e9sident du Mouvement europ\u00e9en, est \u00e9lu par acclamation premier pr\u00e9sident du nouveau Parlement europ\u00e9en en 1958. En 1959, frapp\u00e9 par les premiers sympt\u00f4mes d\u2019une scl\u00e9rose c\u00e9r\u00e9brale, il renonce \u00e0 ses engagements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre contemplatif en action, comp\u00e9tent, rayonner de l\u2019esp\u00e9rance de la foi, ne pas se d\u00e9courager par la bureaucratie europ\u00e9enne et les d\u00e9fis de ce projet \u00e0 27, \u00eatre personnaliste, avoir le respect absolu de la dignit\u00e9 humaine et promouvoir la culture de solidarit\u00e9 et de dialogue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Dioc\u00e8se de Namur, \u00ab\u00a0Mod\u00e8le du politique en voie de saintet\u00e9, Robert Schuman incarne les caract\u00e9ristiques de l\u2019humaniste chr\u00e9tien\u00a0\u00bb. 30 avril 2024<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 qualifi\u00e9 par Paul <span class=\"caps\">VI<\/span> de \u00ab\u00a0pionnier infatigable de l\u2019Europe unie\u00a0\u00bb, le pape Fran\u00e7ois a fait de Robert Schuman un \u00ab\u00a0v\u00e9n\u00e9rable de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, rappelant le \u00ab\u00a0saint en costume\u00a0\u00bb appel\u00e9 de ses v\u0153ux par son meilleur ami le dissuadant d\u2019entrer en religion. En juin 2021, il reconnait par un d\u00e9cret ses vertus h\u00e9ro\u00efques, ouvrant la voie \u00e0 la b\u00e9atification de ce r\u00e9conciliateur de la France et de l\u2019Allemagne. Lors de nombreuses interventions publiques, ce Pape voyageur a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 son souhait de voir l\u2019esprit de la \u00ab\u00a0D\u00e9claration Schuman\u00a0\u00bb inspirer ceux qui ont la responsabilit\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne actuelle.<\/p>\n<p>Rappelons que le monument d\u00e9voil\u00e9 le 20 octobre 2012 \u00ab\u00a0Hommage aux P\u00e8res fondateurs de l\u2019Europe\u00a0\u00bb devant la maison de Robert Schuman \u00e0 Scy-Chazelles (d\u00e9partement de la Moselle) donne \u00e0 voir les quatre fondateurs de l\u2019Europe\u00a0: Robert Schuman, Jean Monnet, Alcide De Gasperi (fondateur de la D\u00e9mocratie italienne) et Konrad Adenauer (premier chancelier de la nouvelle R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Allemagne de 1949 \u00e0 1963).<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup \u00e0 l&#8217;influence \u00e9trang\u00e8re. Toutes les races du monde ont contribu\u00e9 pour doter cette Pandore. [&#8230;] Races sur races, peuples sur peuples.\u00a0\u00bb Jules MICHELET (1798-1874 ), Histoire de France, tome I (1835) Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019immigration n\u2019est pas trait\u00e9 en tant que tel. 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