{"id":8084,"date":"2024-01-08T00:00:00","date_gmt":"2024-01-07T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/portrait-de-louise-michel-en-citations\/"},"modified":"2025-08-12T08:42:59","modified_gmt":"2025-08-12T06:42:59","slug":"portrait-de-louise-michel-en-citations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/portrait-de-louise-michel-en-citations\/","title":{"rendered":"Portrait de Louise Michel en citations"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pouvoir est maudit et c\u2019est pour cela que je suis anarchiste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>\u00c0 mes fr\u00e8res<\/em> (1871), <em>M\u00e9moires<\/em> (1886-1890), <em>La Commune<\/em> (1898) et autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e en 1830 au ch\u00e2teau de Vroncourt (Haute-Marne), fille naturelle du fils du ch\u00e2telain et de la servante Marianne Michel, \u00e9lev\u00e9e par ses grands-parents et b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une \u00e9ducation bourgeoise, elle doit quitter le ch\u00e2teau \u00e0 20 ans, apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re et de ses grands-parents. Louise r\u00eave d\u2019une carri\u00e8re litt\u00e9raire et attire l\u2019attention bienveillante de Victor Hugo, mais elle devient institutrice pour vivre\u2026 et se prend de passion pour son m\u00e9tier.\u00a0<\/p>\n<p>Install\u00e9e \u00e0 Paris, elle suit les cours du soir, rencontre Jules Vall\u00e8s (fondateur du Cri du peuple), se politise \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche au contact des milieux r\u00e9volutionnaires, \u00e9crit pour des journaux d\u2019opposition au Second Empire, milite pour la cause des femmes (ouvri\u00e8res voulant vivre de leur travail)\u2026. et envoie des po\u00e8mes \u00e0 Hugo en exil.<\/p>\n<p>Septembre 1870, au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, \u00e9lue pr\u00e9sidente du Comit\u00e9 de vigilance des citoyennes du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e arrondissement, elle rencontre Clemenceau, jeune maire vend\u00e9en et ardent r\u00e9publicain\u00a0: oubliant sa misogynie, il la prot\u00e8gera jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie.\u00a0<\/p>\n<p>Soldate en uniforme, Louise Michel s\u2019illustre en \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb sur les barricades,\u00a0 rejoint la frange r\u00e9volutionnaire la plus radicale des Communards, anarchiste et activiste se portant volontaire pour aller \u00e0 Versailles tuer Adolphe Thiers, chef du gouvernement repli\u00e9 hors de la capitale. Au terme de la \u00ab\u00a0Semaine sanglante\u00a0\u00bb de mai 1871, prisonni\u00e8re, condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9portation \u00e0 vie, elle est envoy\u00e9e en Nouvelle Cal\u00e9donie. Redevenue institutrice au service des petits Kanaks et refusant la possibilit\u00e9 d\u2019une gr\u00e2ce particuli\u00e8re, elle ne rentre qu\u2019en 1880.<\/p>\n<p>Accueillie par la foule \u00e0 Paris, elle reprend son activit\u00e9 militante, encha\u00eenant les conf\u00e9rences et les meetings pour l\u2019abolition de la peine de mort, la d\u00e9fense des femmes, des ouvriers et des ch\u00f4meurs. Elle milite aussi pour la cause animale.<\/p>\n<p>Lass\u00e9e par les calomnies et les atteintes \u00e0 sa libert\u00e9 d\u2019expression, elle part \u00e0 Londres en 1890, g\u00e8re une \u00e9cole libertaire, revient en 1895 pour faire \u00e9quipe avec l\u2019anarchiste S\u00e9bastien Faure. De nouveau arr\u00eat\u00e9e lors de manifestations, emprisonn\u00e9e, lib\u00e9r\u00e9e sur l\u2019intervention de Clemenceau, militante jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement de ses forces, elle meurt d\u2019une pneumonie au cours d\u2019une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences \u00e0 74 ans.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire-en-citations-volume-8-99.jpg\" width=\"165\" height=\"220\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Revivez toute l\u2019Histoire en citations dans nos Chroniques<\/a>, livres \u00e9lectroniques qui racontent l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, replac\u00e9es dans leur contexte, et sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4>1. La Vierge rouge de la Commune\u00a0: h\u00e9ro\u00efne historique de la Semaine sanglante.<\/h4>\n<p>Cette page exceptionnelle de sa vie est extraite de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>. Elle marquera toute son \u0153uvre \u00e0 venir, le reste de son existence et la m\u00e9moire collective.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,<br>Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.<br>Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,<br>Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2326\" class=\"cit-num\">2326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>\u00c0 ceux qui veulent rester esclaves. La Commune<\/em> (1898), Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune de Paris inspira bien des po\u00e8mes, des chants qui sont autant de cris de guerre, de haine ou d\u2019espoir. Louise Michel est l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus populaire de cette page d\u2019histoire\u00a0: ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste, la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb appelle \u00e0 l\u2019insurrection les quartiers populaires de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs plus contradictoires que compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Star de la Commune, la Vierge rouge symbolise cette br\u00e8ve r\u00e9volution et porte bien son surnom\u00a0! Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fera revivre ces souvenirs vibrants et tragiques. Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s) qui tiennent Paris et improvisent au jour le jour, les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. Thiers, chef du gouvernement r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Versailles, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir pour r\u00e9tablir l\u2019ordre dans la capitale, soutenu en cela par la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire de tendance r\u00e9volutionnaire. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais. Mais la r\u00e9sistance continue et la situation se complique, au sein m\u00eame des Communards.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit aujourd\u2019hui non plus de couper les t\u00eates, mais d\u2019ouvrir les intelligences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2371\" class=\"cit-num\">2371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> Le Mot d\u2019ordre<\/em>, 5\u00a0mai 1871. <em>La T\u00eate coup\u00e9e, ou La Parole coup\u00e9e<\/em> (1991), Arnaud Aaron Upinsky<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les divergences politiques \u00e9clatent\u00a0: ainsi \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9cret instituant le 1er\u00a0mai un Comit\u00e9 de salut public dot\u00e9 de larges pouvoirs. Les (n\u00e9o)jacobins et la plupart des blanquistes, majoritaires, sont pour et s\u2019opposent \u00e0 quelques blanquistes, tous les proudhoniens et certains socialistes proches du marxisme.<\/p>\n<p>Quant au tr\u00e8s r\u00e9publicain Rochefort, il refuse une r\u00e9volution aboutissant logiquement \u00e0 une nouvelle Terreur, en des termes que ne renierait pas Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne sommes s\u00e9par\u00e9s d\u2019une restauration que par l\u2019\u00e9paisseur de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2372\" class=\"cit-num\">2372<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922), <em>Les droits de l\u2019homme<\/em>, 13\u00a0mai 1871. <em>500 citations de culture g\u00e9n\u00e9rale<\/em> (2005), Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, Jean-Marie Le Tallec<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Socialiste marxiste, futur d\u00e9put\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, il rappelle l\u2019essentiel, au-del\u00e0 des d\u00e9bats entre les gauches de la Commune. L\u2019Assembl\u00e9e nationale qui gouverne malgr\u00e9 tout la France et qui la repr\u00e9sente, est monarchiste. La R\u00e9publique est un r\u00e9gime qui fait peur et la Commune qui l\u2019incarne est de plus en plus redout\u00e9e ou ha\u00efe par la majorit\u00e9 du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris. \u00ab\u00a0Anecdotiquement\u00a0\u00bb, la colonne Vend\u00f4me est abattue, suite \u00e0 un vote du Comit\u00e9 de salut public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut vendre Paris, mais [\u2026] on ne peut ni le livrer ni le vaincre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2374\" class=\"cit-num\">2374<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">DELESCLUZE<\/span> (1809-1871). <em>Les Hommes de la r\u00e9volution de 1871\u00a0: Charles Delescluze<\/em> (1898), Charles Prol\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre de la Commune de Paris, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Guerre depuis le 10\u00a0mai, il rappelle la ran\u00e7on n\u00e9goci\u00e9e avec la capitulation de Paris et lance ce d\u00e9fi \u00e0 Thiers et aux troupes versaillaises qui assaillent Paris, le 21\u00a0mai 1871. 70\u00a0000 soldats entrent \u00e0 l\u2019ouest par le bastion mal surveill\u00e9 du Point du Jour et par la porte de Saint-Cloud.<\/p>\n<p>La Semaine sanglante commence le lendemain. Delescluze se fera tuer sur une barricade du Ch\u00e2teau d\u2019Eau abandonn\u00e9e par ses d\u00e9fenseurs, o\u00f9 il reste seul, le 25\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Semaine sanglante\u00a0: la Vierge rouge se retrouve sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s, rue Ramponeau, tombe le 28\u00a0mai 1871. \u00c0 15\u00a0heures, toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<p>Elle prononcera ces mots lors de son proc\u00e8s, r\u00e9clamant la peine de mort qui lui fut \u00e9pargn\u00e9e lors du combat et mena\u00e7ant ses juges\u00a0: \u00ab\u00a0Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance, et je d\u00e9noncerai \u00e0 la vengeance de mes fr\u00e8res les assassins de la commission des gr\u00e2ces\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge t\u00e9moigne de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>Rappelons que la Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands, Bismarck ayant pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique. En comparaison, sous la R\u00e9volution, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb dit aussi Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est l\u2019illustration, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019animent. Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera bient\u00f4t le cours\u00a0: <em>L\u2019Internationale.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On aura besoin du socialisme pour faire un monde nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2434\" class=\"cit-num\">2434<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), Lettre \u00e0 la Commission des gr\u00e2ces, mai\u00a01873. <em>Je vous \u00e9cris de ma nuit\u00a0: correspondance g\u00e9n\u00e9rale de Louise Michel, 1850-1904<\/em> (1999), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge de la Commune, des barricades et des quartiers populaires, est condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9portation en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Elle se mettra au service des indig\u00e8nes avant de revenir en France (amnistie de 1880),\u00a0 soutenue par Clemenceau qui estime cette femme \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019un homme.<\/p>\n<p>Elle va continuer de se battre au c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb et militer par la plume et la parole, pr\u00eachant l\u2019anarchie, l\u2019union libre, les droits des femmes et des animaux, avec un m\u00e9lange d\u2019id\u00e9alisme et de militantisme clairement exprim\u00e9s dans ses \u0153uvres toujours passionn\u00e9es.<\/p>\n<h4>2. Une \u0153uvre multiforme\u00a0: t\u00e9moignages, po\u00e8mes, chansons et fiction.<\/h4>\n<p>Combattante sous la Commune, entr\u00e9e dans l\u2019Histoire \u00e0 40 ans, engag\u00e9e au p\u00e9ril de sa vie, plus tard jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces\u00a0et sur tous les fronts jusqu\u2019\u00e0 74 ans, elle\u00a0 fut d\u2019abord une intellectuelle \u2013 enfant naturelle \u00e9lev\u00e9e dans un milieu bourgeois, institutrice (passionn\u00e9e), collaboratrice \u00e0 des journaux d\u2019opposition sous le Second Empire. Devenue romanci\u00e8re et po\u00e9tesse trop didactique, Louise Michel nous laisse des milliers de pages en forme de t\u00e9moignages vibrants\u00a0: une page d\u2019Histoire qui nous dit presque tout d\u2019elle \u2013 trop discr\u00e8te pour en faire \u00e9tat, elle fut aussi franc-ma\u00e7onne et bisexuelle.<\/p>\n<p>R\u00e9sumons en quelques dizaines de citations l\u2019essentiel de son \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><em>\u00c0 <span class=\"caps\">MES<\/span> <span class=\"caps\">FR\u00c8RES<\/span>, prison de Versailles<\/em> (1871)<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pouvoir est maudit et c\u2019est pour cela que je suis anarchiste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation qui lui est ch\u00e8re, souvent reprise jusque dans son \u0153uvre majeure, <em>La Commune<\/em> (1898). Cette v\u00e9rit\u00e9 lui tient \u00e0 c\u0153ur depuis son engagement politique des ann\u00e9es 1860\u00a0: elle se lie \u00e0 Paris avec des r\u00e9volutionnaires adeptes de Blanqui \u2013 donc bien avant la Commune et sa d\u00e9portation\u00a0!<\/p>\n<p>Notons pourtant l\u2019erreur tenace, r\u00e9currente chez les historiens\u00a0et r\u00e9sum\u00e9e en une phrase\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, elle s\u2019\u00e9veille \u00e0 la pens\u00e9e anarchiste gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019influence de Nathalie Le Mel, militante libertaire, cod\u00e9tenue avec elle.\u00a0\u00bb (Wikip\u00e9dia) <\/p>\n<p>L\u2019essentiel de ce texte \u00e9crit \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb quelques mois apr\u00e8s \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb Commune, t\u00e9moigne surtout d\u2019une d\u00e9termination intacte et d\u2019une personnalit\u00e9 combattante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prenons donc pour mot d\u2019ordre et pour point de ralliement la haine du capital, le m\u00e9pris du pouvoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il y a des mis\u00e9reux dans la soci\u00e9t\u00e9, des gens sans asile, sans v\u00eatements et sans pain, c\u2019est que la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons est mal organis\u00e9e. On ne peut pas admettre qu\u2019il y ait encore des gens qui cr\u00e8vent la faim quand d\u2019autres ont des millions \u00e0 d\u00e9penser en turpitudes. C\u2019est cette pens\u00e9e qui me r\u00e9volte\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et s\u2019adressant \u00e0 ses \u00ab\u00a0fr\u00e8res\u00a0\u00bb, aux hommes craignant que les femmes veuillent prendre le pouvoir\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez tranquilles\u00a0! Nous ne sommes pas assez sottes pour cela\u00a0! Ce serait faire durer l\u2019autorit\u00e9\u00a0; gardez-la afin qu\u2019elle finisse plus vite\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Saluant enfin ses compagnons de route dans la forme po\u00e9tique qui lui est ch\u00e8re (tr\u00e8s inspir\u00e9e de son ami Hugo)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fr\u00e8res, dans la lutte g\u00e9ante, <br>J\u2019aimais votre courage ardent,<br>La mitraille rouge et tonnante, <br>Les banni\u00e8res flottant au vent.<br>Sur les flots, par la grande houle, <br>Il est beau de tenter le sort\u00a0;<br>Le but, c\u2019est de sauver la foule, <br>La r\u00e9compense, c\u2019est la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"citation-small\">\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><em><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">MIS\u00c8RE<\/span><\/em> (1882)<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaudrait mieux que j\u2019allasse pr\u00e9venir la justice. Dans ce cas-l\u00e0, dit avec amertume le jeune vagabond, vous trouverez des magistrats, mais vous ne trouverez pas la justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux mois apr\u00e8s son retour du bagne de Nouvelle-Cal\u00e9donie, elle se lance passionn\u00e9ment dans cette premi\u00e8re fiction. Elle qui a tant \u00e0 dire, son imagination s\u2019accommode au genre populaire du roman feuilleton, un moyen de toucher un vaste public.<\/p>\n<p>Roman-fleuve de quelque 1 200 pages en deux parties,\u00a0 co-\u00e9crit non sans probl\u00e8me avec Marguerite Tinayre (alias Jean Gu\u00eatr\u00e9),<em> La Mis\u00e8re<\/em> (rappelant <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> d\u2019Hugo) remporte un grand succ\u00e8s\u00a0: 40 000 abonn\u00e9s. Le nom de Louise Michel est bien connu, attach\u00e9 au souvenir de la Commune dont elle fut l\u2019h\u00e9ro\u00efne \u2013 entre autres femmes relativement tr\u00e8s pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>Le texte serait aujourd\u2019hui illisible, avec son style hyperr\u00e9aliste\u00a0ou m\u00e9lodramatique pour d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste moribonde. Il est pratiquement introuvable (sous forme papier ou num\u00e9rique), hormis quelques extraits \u00e9vocateurs\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour on nous a mis dans la rue, maman et moi. Elle disait\u00a0: c\u2019est les cr\u00e9anciers. Moi, je ne savais pas ce que c\u2019\u00e9tait, je croyais que c\u2019\u00e9taient des b\u00eates. Aujourd\u2019hui je le sais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle a, en ce moment, quelque chose de boulevers\u00e9 qui ne l\u2019embellit pas. Elle est d\u2019une p\u00e2leur cadav\u00e9reuse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un petit crev\u00e9, d\u2019assez jolie mais fort insignifiante binette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos filles vendent leur honneur au dernier courtaud de boutique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui est-ce qui veut faire une t\u00eate dans la plume avec moi cette nuit\u00a0? Je vous pr\u00e9viens, faut abouler avant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"citation-small\">\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><em>L\u2019<span class=\"caps\">\u00c8RE<\/span> <span class=\"caps\">NOUVELLE<\/span>, pens\u00e9e derni\u00e8re, Souvenirs de Nouvelle Cal\u00e9donie<\/em> (1887)<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut bien qu\u2019il meure ce vieux monde, puisque nul n\u2019y est plus en s\u00fbret\u00e9, puisque l\u2019instinct de conservation de la race s\u2019\u00e9veille, et que chacun, pris d\u2019inqui\u00e9tude et ne respirant plus dans la ruine pestilentielle, jette un regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 vers l\u2019horizon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Incarc\u00e9r\u00e9e d\u2019abord en France apr\u00e8s \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb Commune combattante, condamn\u00e9e au bagne en 1873, elle restera sept ans en Nouvelle Cal\u00e9donie (avec 17 autres femmes). Bient\u00f4t libre de ses mouvements, elle se lie aux autochtones, apprend leur langue, redevient institutrice, botanise minutieusement\u2026 et \u00e9crit ardemment.<\/p>\n<p>Par ordre chronologique, nous passons de l\u2019apocalypse du monde ancien \u00e0 l\u2019espoir\u00a0du monde nouveau. Notons le panoramique historique et le maniement de la m\u00e9taphore qui fait image. Fond et forme, c\u2019est une voix politique qui ne va plus cesser de s\u2019exprimer par tous les moyens \u00e9crits et parl\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a br\u00fbl\u00e9 les \u00e9tapes\u00a0; hier encore, beaucoup croyaient tout cela solide\u00a0; aujourd\u2019hui, personne autre que des dupes ou des fripons ne nie l\u2019\u00e9vidence des faits. La R\u00e9volution s\u2019impose. L\u2019int\u00e9r\u00eat de tous exige la fin du parasitisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Romains, quand ils n\u2019\u00e9taient pas assez riches pour envoyer le trop-plein de leurs esclaves \u00e0 Carthage, les enfouissaient vivants\u00a0; une h\u00e9catombe e\u00fbt fait trop de bruit\u00a0; le linceul du sable est muet. Est-ce ainsi que proc\u00e9dera la s\u00e9quelle capitaliste\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Emplira-t-on les prisons avec tous les cr\u00e8ve-de-faim\u00a0? Elles regorgeraient bient\u00f4t jusqu\u2019\u00e0 la gueule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 humaine n\u2019en a plus pour longtemps de ces guerres qui ne servent qu\u2019\u00e0 ses ennemis, ses ma\u00eetres\u00a0: nul ne peut emp\u00eacher le soleil de demain de succ\u00e9der \u00e0 notre nuit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui nul homme ne peut vivre autrement que comme l\u2019oiseau sur la branche, c\u2019est-\u00e0-dire guett\u00e9 par le chat ou le chasseur. Les \u00c9tats eux-m\u00eames ont l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue sur leur t\u00eate\u00a0: la dette les ronge et l\u2019emprunt qui les fait vivre s\u2019use comme le reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les cr\u00e8ve-de-faim, les dents longues, sortent des bois\u00a0; ils courent les plaines, ils entrent dans les villes\u00a0: la ruche, lasse d\u2019\u00eatre pill\u00e9e, bourdonne en montrant l\u2019aiguillon. Eux qui ont tout cr\u00e9\u00e9, ils manquent de tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a de travail que pour ceux qui s\u2019accommodent d\u2019un salaire d\u00e9risoire ou qui s\u2019abrutissent dans une t\u00e2che quotidienne de huit \u00e0 dix heures.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Alors la col\u00e8re monte\u00a0: les exploit\u00e9s se sentent, eux aussi, un c\u0153ur, un estomac, un cerveau.<br>Tout cela est affam\u00e9, tout cela ne veut pas mourir\u00a0; et ils se l\u00e8vent\u00a0! Les Jacques allument la torche aux lampes des mineurs\u00a0: nul prol\u00e9taire ne rentrera dans son trou\u00a0: mieux vaut crever dans la r\u00e9volte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faudra bien que le droit triomphe, \u00e0 moins qu\u2019on n\u2019abatte les travailleurs, qu\u2019on les assomme, qu\u2019on les fusille comme des bandes de loups qui hurlent la faim.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ceux qui produisent tout, et qui n\u2019ont ni pain, ni abri, commencent \u00e0 sentir que chaque que chaque \u00eatre doit avoir sa place au banquet du trop-plein.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour finir par <em>Le Chant des captifs<\/em> (dans le style de<em> l\u2019Internationale<\/em>)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici la lutte universelle\u00a0: <br>Dans l\u2019air plane la Libert\u00e9\u00a0!<br>A la bataille nous appelle <br>La clameur du d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9\u00a0!\u2026<br>L\u2019aurore a chass\u00e9 l\u2019ombre \u00e9paisse, <br>Et le Monde nouveau se dresse<br>A l\u2019horizon ensanglant\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><em><span class=\"caps\">M\u00c9MOIRES<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">LOUISE<\/span> <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> <span class=\"caps\">\u00c9CRITS<\/span> <span class=\"caps\">PAR<\/span> <span class=\"caps\">ELLE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MEME<\/span><\/em> (1886-1890)<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvent, on m\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire mes M\u00e9moires\u00a0; mais toujours j\u2019\u00e9prouvais \u00e0 parler de moi une r\u00e9pugnance pareille \u00e0 celle qu\u2019on \u00e9prouverait \u00e0 se d\u00e9shabiller en public. Aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 ce sentiment pu\u00e9ril et bizarre, je me r\u00e9signe \u00e0 rassembler quelques souvenirs. Je t\u00e2cherai qu\u2019ils ne soient pas trop impr\u00e9gn\u00e9s de tristesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son \u0153uvre principale, elle se livre corps et \u00e2me, t\u00eate et c\u0153ur, infiniment touchante jusque dans l\u2019exc\u00e8s et l\u2019utopie\u2026 et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infinie tristesse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">(Enfant) \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9coutais \u00e0 la fois ma tante catholique exalt\u00e9e et les grands-parents voltairiens. Je cherchais, \u00e9mue par des r\u00eaves \u00e9tranges\u00a0; ainsi l\u2019aiguille cherche le nord, affol\u00e9e, dans les cyclones. Le nord, c\u2019\u00e9tait la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas une miette de pain, c\u2019est la moisson du monde entier qu\u2019il faut \u00e0 la race humaine, sans exploiteur et sans exploit\u00e9.\u00a0\u00bb (Note annexe \u00e0 l\u2019audience du 23 juin 1883, lors de son nouvel emprisonnement).<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ignore o\u00f9 se livrera le combat entre le vieux monde et le nouveau, mais peu importe\u00a0: j\u2019y serai. Que ce soit \u00e0 Rome, \u00e0 Berlin, \u00e0 Moscou, je n\u2019en sais rien, j\u2019irai et sans doute bien d\u2019autres aussi. Et quelque part que ce soit, l\u2019\u00e9tincelle gagnera le monde\u00a0; les foules seront debout, pr\u00eates \u00e0 secouer les vermines de leurs crini\u00e8res de lions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est bagne sur la terre, tout est prison. La mine, la caserne, l\u2019atelier sont des bagnes pires, quelquefois, que ceux dans lesquels sont envoy\u00e9s ceux que d\u2019autres hommes se permettent de d\u00e9clarer coupables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par-del\u00e0 notre temps maudit viendra le jour o\u00f9 l\u2019homme, conscient et libre, ne torturera plus ni l\u2019homme ni la b\u00eate. Cette esp\u00e9rance-l\u00e0 vaut bien qu\u2019on s\u2019en aille \u00e0 travers l\u2019horreur de la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019h\u00e9ro\u00efsme puisqu\u2019on est empoign\u00e9 par la grandeur de l\u2019\u0153uvre \u00e0 accomplir et qu\u2019on reste au-dessous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 elle, malgr\u00e9 tout s\u2019exprime la tristesse t\u00eatue \u2013 confession personnelle et forme d\u2019hypersensibilit\u00e9 (artistique ou f\u00e9minine)\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous cherchez le bonheur, pauvres fous\u00a0? Passez votre chemin\u00a0: le bonheur n\u2019est nulle part.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle aurait voulu vivre pr\u00e8s de moi, dans un coin paisible, quelque \u00e9cole de village perdue au milieu des bois. Pauvre m\u00e8re\u00a0! Maintenant, tout est fini\u00a0; mais, apr\u00e8s toi\u00a0 (si ce n\u2019est la R\u00e9volution), apr\u00e8s toi plus ne m\u2019est rien, si ce n\u2019est d\u2019aller pr\u00e8s de toi l\u00e0-bas o\u00f9 tu dors.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas le mal du pays, j\u2019ai le mal des morts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><em><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">COMMUNE<\/span>, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9crire ce livre, c\u2019est revivre les jours terribles o\u00f9 la libert\u00e9 nous fr\u00f4lant de son aile s\u2019envola de l\u2019abattoir\u00a0; c\u2019est rouvrir la fosse sanglante o\u00f9, sous le d\u00f4me tragique de l\u2019incendie s\u2019endormit la Commune belle pour ses noces avec la mort, les noces rouges du martyre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8re \u0153uvre majeure, en relation avec le mois terrible (mai 1871) et la Semaine sanglante o\u00f9 s\u2019est jou\u00e9 son destin, sinon celui du monde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes auraient palabr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde, les femmes ne se demandaient pas si une chose \u00e9tait possible mais si elle \u00e9tait utile, alors on r\u00e9ussissait \u00e0 l\u2019accomplir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Simple, forte, aimant l\u2019art et l\u2019id\u00e9al, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni \u00eatre domin\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous reviendrons sur le f\u00e9minisme de Louise Michel, mais n\u2019oublions pas le r\u00f4le essentiel des femmes dans cette r\u00e9volution, participant activement aux soins des bless\u00e9s, au ravitaillement, cr\u00e9ant des cr\u00e8ches populaires et n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 venir aux barricades avec leurs enfants.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est une forme r\u00e9currente \u2013 Louise Michel est marqu\u00e9e sinon inspir\u00e9e par son ami Hugo, et pas seulement dans ses vers\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la foule aujourd\u2019hui muette, <br>Comme l\u2019Oc\u00e9an grondera, <br>Qu\u2019\u00e0 mourir elle sera pr\u00eate, <br>La Commune se l\u00e8vera.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suivent des d\u00e9finitions qui s\u2019ajoutent \u00e0 toutes celles des commentateurs, t\u00e9moins ou historiens\u00a0de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Ici, c\u2019est l\u2019actrice principale qui en parle\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Commune, c\u2019est la forme militante de la R\u00e9volution sociale. C\u2019est la R\u00e9volution debout, ma\u00eetresse de ses ennemis. La Commune, c\u2019est la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire d\u2019o\u00f9 sortira la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Commune, ne l\u2019oublions pas non plus, nous qui avons re\u00e7u charge de la m\u00e9moire et de la vengeance des assassin\u00e9s, c\u2019est aussi la revanche.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Combien e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus beau le b\u00fbcher qui, vivants nous e\u00fbt ensevelis, que cet immense charnier\u00a0! Combien les cendres sem\u00e9es aux quatre vents pour la libert\u00e9 eussent moins terrifi\u00e9 les populations, que ces boucheries humaines\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout quartier pris par Versailles \u00e9tait chang\u00e9 en abattoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c\u2019\u00e9tait bien la Commune compos\u00e9e d\u2019hommes d\u2019intelligence, de courage, d\u2019une incroyable honn\u00eatet\u00e9 et qui avaient donn\u00e9 d\u2019incontestables preuves de d\u00e9vouement et d\u2019\u00e9nergie. Le pouvoir les annihila, ne leur laissant plus d\u2019implacable volont\u00e9 que pour le sacrifice\u00a0; ils surent mourir h\u00e9ro\u00efquement. C\u2019est que le pouvoir est maudit et c\u2019est pour cela que je suis anarchiste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation r\u00e9currente et obsessionnelle. S\u2019il fallait n\u2019en retenir qu\u2019une seule\u2026 Mais ce serait dommage pour toutes les autres.<\/p>\n<h4>3. Les mots d\u2019une combattante engag\u00e9e\u00a0: anarchiste, f\u00e9ministe, animaliste, utopiste.<\/h4>\n<p>Nous faisons ici le pari de r\u00e9sumer (et d\u2019ordonner) l\u2019essentiel de son action et de sa pens\u00e9e en quelques dizaines de citations emprunt\u00e9es \u00e0 son \u0153uvre. Cette relecture originale enrichit le personnage et pr\u00e9cise son (auto)portrait.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><span class=\"caps\">ANARCHISTE<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Leitmotiv personnel en forme de profession de foi, c\u2019est son premier combat politique et tous les autres en d\u00e9couleront plus ou moins logiquement pendant un demi-si\u00e8cle d\u2019activisme. Son anarchisme r\u00e9volutionnaire l\u2019apparente \u00e0 Blanqui et sa devise\u00a0 (\u00ab\u00a0Ni Dieu, ni ma\u00eetre) bien plus qu\u2019\u00e0 Proudhon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est que le pouvoir est maudit, et c\u2019est pour cela que je suis anarchiste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>\u00c0 mes fr\u00e8res<\/em> (1871), <em>M\u00e9moires<\/em> (1886-1890), <em>La Commune<\/em> (1898) et autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les anarchistes se proposent d\u2019apprendre au peuple \u00e0 se passer de gouvernement comme il commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se passer de Dieu.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus de drapeau rouge mouill\u00e9 du sang de nos soldats. J\u2019arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions.\u00a0\u00bb<em> (M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019instruction nous a rendus sceptiques\u00a0; c\u2019est fini, nous ne croyons plus \u00e0 Dieu, la R\u00e9volution de 71 est ath\u00e9e, notre R\u00e9publique a un bouquet d\u2019immortelles au corsage\u2026\u00a0\u00bb <em>(La Commune)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ne me parlez pas de Dieu, le croquemitaine ne nous effraie plus, il y a trop longtemps qu\u2019il n\u2019est plus que pr\u00e9texte \u00e0 pillage et \u00e0 assassinat.\u00a0\u00bb <em>(La Commune)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les religions se dissipent au souffle du vent et nous sommes d\u00e9sormais les seuls ma\u00eetres de nos destin\u00e9es.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous r\u00eavons au bonheur universel, nous voulons l\u2019humanit\u00e9 libre et fi\u00e8re, sans entrave, sans castes, sans fronti\u00e8res, sans religions, sans gouvernements, sans institutions.\u00a0\u00bb<em> (\u00c0 mes fr\u00e8res)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prenons donc pour mot d\u2019ordre et pour point de ralliement la haine du capital, le m\u00e9pris du pouvoir.\u00a0\u00bb <em>(\u00c0 mes fr\u00e8res)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours ceux qui s\u2019attaqu\u00e8rent aux dieux et aux rois furent bris\u00e9s dans la lutte\u00a0; pourtant les dieux sont tomb\u00e9s, les rois tombent, et bient\u00f4t se v\u00e9rifieront les paroles de Blanqui\u00a0: \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb <em>(L\u2019\u00c8re nouvelle)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Blanqui, son premier ma\u00eetre virtuel nomm\u00e9ment cit\u00e9, \u00e0 qui elle rendra hommage en compagnie de son disciple Eudes, lors de son inhumation au P\u00e8re-Lachaise (1881).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La t\u00e2che des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se r\u00e9volter.\u00a0\u00bb<em> (M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que Louise Michel fut institutrice (passionn\u00e9e) dans des \u00e9coles libres sous le Second Empire \u2013 d\u00e9fiant alors le r\u00e9gime ha\u00ef par elle. Sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique (critiqu\u00e9e pour diverses raisons), elle assista \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019instruction gratuite, obligatoire et la\u00efque (lois Ferry de 1881-1882) avec les \u00ab\u00a0hussards noirs de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, ces instituteurs chers au c\u0153ur de Charles P\u00e9guy. Quant \u00e0 la mission anarchiste que leur attribue Louise Michel, elle ressort de sa pens\u00e9e anarchiste toujours militante, voire activiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><span class=\"caps\">F\u00c9MINISTE<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Au si\u00e8cle le plus misogyne de l\u2019Histoire et qui s\u2019assume comme tel, cette femme est sans liaison masculine connue \u2013 hormis une passion platonique (?)\u00a0pour Th\u00e9ophile Ferr\u00e9, communard fusill\u00e9 en 1871. Elle vit entour\u00e9e d\u2019amies-compagnes fid\u00e8les et s\u2019inscrit parmi les plus ardentes f\u00e9ministes des femmes combattantes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La question des femmes est, surtout \u00e0 l\u2019heure actuelle, ins\u00e9parable de la question de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>M\u00e9moires<\/em> (1886-1890)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais je n\u2019ai compris qu\u2019il y e\u00fbt un sexe pour lequel on cherch\u00e2t \u00e0 atrophier l\u2019intelligence comme s\u2019il y en avait trop dans la race.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a une chose qui vous \u00e9tonne, qui vous \u00e9pouvante, c\u2019est une femme qui ose se d\u00e9fendre. On n\u2019est pas habitu\u00e9 \u00e0 voir une femme qui ose penser\u00a0; on veut selon l\u2019expression de Proudhon, voir dans la femme une m\u00e9nag\u00e8re ou une courtisane\u00a0!\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme, quel qu\u2019il soit, est le ma\u00eetre\u00a0; nous sommes l\u2019\u00eatre interm\u00e9diaire entre lui et la b\u00eate\u2026\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Quand nous avons du courage, c\u2019est un cas pathologique\u00a0; quand nous nous assimilons facilement certaines connaissances, c\u2019est un cas pathologique.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme, cette pr\u00e9tendue faible de c\u0153ur, sait plus que l\u2019homme dire\u00a0: Il le faut\u00a0! Elle se sent d\u00e9chir\u00e9e jusqu\u2019aux entrailles, mais elle reste impassible. Sans haine, sans col\u00e8re, sans piti\u00e9 pour elle-m\u00eame ni pour les autres, il le faut, que le c\u0153ur saigne ou non.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et dire qu\u2019il y a de pauvres enfants qu\u2019on e\u00fbt forc\u00e9es d\u2019\u00e9pouser un de ces vieux crocodiles\u00a0! Si on e\u00fbt fait ainsi pour moi, je sentais que, lui ou moi, il aurait fallu passer par la fen\u00eatre.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les femmes sont le b\u00e9tail humain qu\u2019on \u00e9crase et qu\u2019on vend.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre place dans l\u2019humanit\u00e9 ne doit pas \u00eatre mendi\u00e9e, mais prise.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne valons pas mieux que les hommes, mais le pouvoir ne nous a pas encore corrompues.\u00a0\u00bb<em> (M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il faudra du courage \u00e0 vos fr\u00e8res pour les choses qu\u2019ils verront, il vous en faudra cent fois davantage. Il faut aujourd\u2019hui, qu\u2019o\u00f9 les hommes pleureraient, les femmes aient les yeux secs.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les deux sexes \u00e9tait reconnue, ce serait une fameuse br\u00e8che dans la b\u00eatise humaine. En attendant, la femme est toujours, comme le disait le vieux Moli\u00e8re, le potage de l\u2019homme.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le sexe fort descend jusqu\u2019\u00e0 flatter l\u2019autre en le qualifiant de beau sexe. Il y a fichtre longtemps que nous avons fait justice de cette force-l\u00e0, et nous sommes pas mal de r\u00e9volt\u00e9es.\u00a0\u00bb<br><em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas des march\u00e9s o\u00f9 l\u2019on vend, dans la rue, aux \u00e9talages des trottoirs, les belles filles du peuple, tandis que les filles des riches sont vendues pour leur dot\u00a0? L\u2019une, la prend qui veut\u00a0; l\u2019autre, on la donne \u00e0 qui on veut. La prostitution est la m\u00eame.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Esclave est le prol\u00e9taire, esclave entre tous est la femme du prol\u00e9taire.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le diable existait, il saurait que si l\u2019homme r\u00e8gne, menant grand tapage, c\u2019est la femme qui gouverne \u00e0 petit bruit.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u00eatres, les races et, dans les races, ces deux parties de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: l\u2019homme et la femme, qui devraient marcher la main dans la main et dont l\u2019antagonisme durera tant que la plus forte commandera ou croira commander \u00e0 l\u2019autre r\u00e9duite aux ruses, \u00e0 la domination occulte qui sont les armes des esclaves.\u00a0\u00bb<em> (M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><span class=\"caps\">ANIMALISTE<\/span><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au fond de ma r\u00e9volte contre les forts, je trouve du plus loin qu\u2019il me souvienne l\u2019horreur des tortures inflig\u00e9es aux b\u00eates.\u00a0\u00bb <span id=\"10\" class=\"cit-num\">10<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>M\u00e9moires<\/em> (1886-1890)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cause des animaux est li\u00e9e \u00e0 la cause des femmes, d\u2019o\u00f9 son importance dans la logique toujours militante de Louise Michel. Cela remonte aux impressions de son enfance provinciale (en Haute-Marne). La Parisienne ne les oubliera jamais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aurais voulu que l\u2019animal se venge\u00e2t, que le chien mord\u00eet celui qui l\u2019assommait de coups, que le cheval saignant sous le fouet renvers\u00e2t son bourreau\u00a0; mais toujours la b\u00eate muette subit son sort avec la r\u00e9signation des races dompt\u00e9es. \u2014 Quelle piti\u00e9 que la b\u00eate\u00a0!\u00a0\u00bb<em> (M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se tra\u00eener au soleil la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant \u00e0 s\u2019enfouir sous la terre, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oie dont on cloue les pattes, jusqu\u2019au cheval qu\u2019on fait \u00e9puiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la b\u00eate subit, lamentable, le supplice inflig\u00e9 par l\u2019homme.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et plus l\u2019homme est f\u00e9roce envers la b\u00eate, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On m\u2019a souvent accus\u00e9e de plus de sollicitude pour les b\u00eates que pour les gens\u00a0: pourquoi s\u2019attendrir sur les brutes quand les \u00eatres raisonnables sont malheureux\u00a0? C\u2019est que tout va ensemble, depuis l\u2019oiseau dont on \u00e9crase la couv\u00e9e jusqu\u2019aux nids humains d\u00e9cim\u00e9s par la guerre. La b\u00eate cr\u00e8ve de faim dans son trou, l\u2019homme en meurt au loin des bornes.\u00a0\u00bb<em> (M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des cruaut\u00e9s que l\u2019on voit dans les campagnes commettre sur les animaux, de l\u2019aspect horrible de leur condition, date avec ma piti\u00e9 pour eux la compr\u00e9hension des crimes de la force.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est ainsi que ceux qui tiennent les peuples agissent envers eux\u00a0! Cette r\u00e9flexion ne pouvait manquer de me venir. Pardonnez-moi, mes chers amis des provinces, si je m\u2019appesantis sur les souffrances endur\u00e9es chez vous par les animaux.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les paysans ont la triste coutume de donner de petits animaux pour jouets \u00e0 leurs enfants. On voit sur le seuil des portes, au printemps, au milieu des foins ou des bl\u00e9s coup\u00e9s en \u00e9t\u00e9, de pauvres petits oiseaux ouvrant le bec \u00e0 des mioches de deux ou trois ans qui y fourrent innocemment de la terre\u00a0; ils suspendent l\u2019oiselet par une patte pour le faire voler, regardent s\u2019agiter ses petites ailes sans plumes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019autres fois ce sont de jeunes chiens, de jeunes chats que l\u2019enfant tra\u00eene comme des voitures, sur les cailloux ou dans les ruisseaux. Quand la b\u00eate mord, le p\u00e8re l\u2019\u00e9crase sous son sabot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong><span class=\"caps\">UTOPISTE<\/span><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous r\u00eavons au bonheur universel, nous voulons l\u2019humanit\u00e9 libre et fi\u00e8re, sans entrave, sans castes, sans fronti\u00e8res, sans religions, sans gouvernements, sans institutions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> \u00c0 mes fr\u00e8res<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e est le si\u00e8cle des utopies (socialistes), \u00e0 commencer par le saint-simonisme (comte de Saint-Simon) et le fouri\u00e9risme (Charles Fourier). Le capitalisme florissant aggrave le foss\u00e9 entre les riches (bourgeois) et les pauvres (ouvriers de plus en plus nombreux, priv\u00e9s de toute protection sociale).<\/p>\n<p>Louise Michel est sans doute la seule femme utopiste\u00a0: trait de caract\u00e8re pr\u00e9sent dans toutes ses \u0153uvres et inh\u00e9rent aux multitudes d\u2019actions entreprises par le personnage combattant sur tous les fronts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les anarchistes sont g\u00e9n\u00e9ralement trait\u00e9s d\u2019utopistes. Nous ne sommes pas des utopistes. N\u2019oubliez pas que l\u2019utopie est la r\u00e9alit\u00e9 de demain.\u00a0\u00bb<em> (\u00c0 mes fr\u00e8res)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas une miette de pain, c\u2019est la moisson du monde entier qu\u2019il faut \u00e0 la race humaine tout enti\u00e8re, sans exploiteurs et sans exploit\u00e9s.\u00a0\u00bb <em>(La Commune)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grand nombre d\u2019entre nous songent au temps ardemment d\u00e9sir\u00e9 o\u00f9 dans la grande paix de l\u2019humanit\u00e9 la terre sera connue, la science famili\u00e8re \u00e0 tous, o\u00f9 des flottes traverseront l\u2019air et glisseront sous les flots, parmi les coraux, les for\u00eats sous-marines qui recouvrent tant d\u2019\u00e9paves, o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments seront dompt\u00e9s, l\u2019\u00e2pre nature adoucie pour l\u2019\u00eatre conscient et libre qui nous succ\u00e9dera.\u00a0\u00bb <em>(La Commune)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chacun cherche sa route\u00a0; nous cherchons la n\u00f4tre et nous pensons que le jour o\u00f9 le r\u00e8gne de la libert\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sera arriv\u00e9, le genre humain sera heureux.\u00a0\u00bb <em>(M\u00e9moires)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un seul, il y aurait la lumi\u00e8re, il y aurait la v\u00e9rit\u00e9, il y aurait la justice. L\u2019autorit\u00e9 d\u2019un seul, c\u2019est un crime. Ce que nous voulons, c\u2019est l\u2019autorit\u00e9 de tous.\u00a0\u00bb (Plaidoirie, audience du 22 juin 1883)<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Simple, forte, aimant l\u2019art et l\u2019id\u00e9al, brave et libre aussi, la femme de demain ne voudra ni dominer, ni \u00eatre domin\u00e9e.\u00a0\u00bb (La Commune)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4>4. Morale de l\u2019Histoire en faveur de Louise Michel\u00a0: deux cautions majeures de son vivant (Hugo, Clemenceau) et la post\u00e9rit\u00e9 unique en son genre d\u2019une Jeanne d\u2019Arc contemporaine.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je ne vous \u00e9crivais pas, je ne pourrais supporter la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"20\" class=\"cit-num\">20<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), Premi\u00e8re lettre \u00e0 Victor Hugo, 1850.\u00a0 <em>Je vous \u00e9cris de ma nuit\u00a0: correspondance g\u00e9n\u00e9rale de Louise Michel, 1850-1904<\/em> (1999), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle a 20 ans. Provinciale, encore pieuse et d\u00e9j\u00e0 tourment\u00e9e, elle r\u00eave d\u2019\u00eatre po\u00e8te. Apr\u00e8s une enfance qui semble douce malgr\u00e9 sa situation d\u2019enfant ill\u00e9gitime, sa vie bascule. La mort de sa grand-m\u00e8re l\u2019oblige \u00e0 quitter le ch\u00e2teau o\u00f9 elle vivait avec sa m\u00e8re aim\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle s\u2019adresse au plus c\u00e9l\u00e8bre romantique de l\u2019\u00e9poque\u00a0: lettre fleuve exalt\u00e9e. Le Ma\u00eetre va lui r\u00e9pondre. Un miracle pour elle\u2026 et un pi\u00e8ge pour lui.<\/p>\n<p>Louise entretient une correspondance assidue avec le ma\u00eetre et lui adresse ses po\u00e8mes, bient\u00f4t sign\u00e9s sous le pseudonyme d\u2019Enjolras \u2013 nom du chef r\u00e9volutionnaire des <em>Mis\u00e9rables<\/em> (1862), comme si elle s\u2019identifiait \u00e0 ce c\u00e9l\u00e8bre activiste. Passionn\u00e9e d\u2019\u00e9criture jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, elle a pourtant abandonn\u00e9 ses ambitions litt\u00e9raires afin de se donner tout enti\u00e8re \u00e0 la politique\u2026 et \u00e0 l\u2019anarchie. Tout ce qu\u2019Hugo d\u00e9teste, m\u00eame si son c\u0153ur bat d\u00e9sormais \u00e0 gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Haine vigoureuse de l\u2019anarchie, tendre et profond amour du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2178\" class=\"cit-num\">2178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), devise de<em> L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, juillet\u00a01848-septembre\u00a01851<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses discours \u00e9lectoraux de mai\u00a01848. Le po\u00e8te a renonc\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre (apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des <em>Burgraves<\/em>) et entre sur la sc\u00e8ne politique. \u00c9lu par la bourgeoisie sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, favorable \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux (une absurdit\u00e9 \u00e9conomique) et partisan r\u00e9solu de la r\u00e9pression des journ\u00e9es insurrectionnelles qui s\u2019ensuivent, Hugo demeure pourtant lib\u00e9ral. Tout en refusant le socialisme, il s\u2019oppose au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l\u2019Ordre, menace la libert\u00e9 de la presse et multiplie les mesures r\u00e9pressives.<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, Louise Michel, institutrice militante, pr\u00e9side le Comit\u00e9 de vigilance des femmes du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e arrondissement. Ses lettres de Montmartre (1862 \u00e0 1870) exposent \u00e0 Hugo (alors exil\u00e9 \u00e0 Guernesey) ses id\u00e9es r\u00e9volutionnaires\u00a0: divergences politiques \u00e9videntes entre ces deux passionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Elle vient voir Hugo au milieu d\u2019une immense foule le jour de son retour \u00e0 Paris, le 5 septembre 1870, apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire et ses dix-neuf ans d\u2019exil.<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9e en mai 1871, la \u00ab\u00a0pasionaria\u00a0\u00bb de la Commune continue de lui \u00e9crire depuis les prisons de Versailles et d\u2019Auberive. Elle plaide surtout aupr\u00e8s du po\u00e8te la cause de Th\u00e9ophile Ferr\u00e9 (dont elle s\u2019est passionn\u00e9ment \u00e9prise), substitut du procureur de la Commune ayant donn\u00e9 son accord pour l\u2019ex\u00e9cution des otages, notamment celui de l\u2019archev\u00eaque de Paris, Georges Darboy. Hugo reste sourd \u00e0 ses requ\u00eates et Ferr\u00e9 sera fusill\u00e9. Mais il rend un vibrant hommage au courage de la Vierge rouge sur les barricades, Enjolras plus vraie que nature dans son costume de soldate\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ayant vu le massacre immense, le combat,<br>Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,<br>La piti\u00e9 formidable \u00e9tait dans tes paroles\u00a0;<br>Tu faisais ce que font les grandes \u00e2mes folles,<br>Et lasse de lutter, de r\u00eaver, de souffrir,<br>Tu disais\u00a0: J\u2019ai tu\u00e9\u00a0! car tu voulais mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Viro Major\u00a0\u00bb, Toute la lyre, d\u00e9cembre 1871. Site <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand homme qui intervient personnellement pour elle la d\u00e9peint telle \u00ab\u00a0Judith la sombre Juive\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Aria la Romaine\u00a0\u00bb, deux femmes aux destins tragiques. Le manuscrit autographe sur papier verg\u00e9 visible sur le site de la <span class=\"caps\">BNF<\/span> montre le premier titre barr\u00e9, Louise Michel. Viro Major signifie \u00ab\u00a0plus grande qu\u2019un homme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me qui lui est d\u00e9di\u00e9 rappelle ce qui les unit depuis deux d\u00e9cennies et fit beaucoup pour la l\u00e9gende vivante de l\u2019h\u00e9ro\u00efne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui savent tes vers myst\u00e9rieux et doux,<br>Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs, donn\u00e9s \u00e0 tous,<br>Ton oubli de toi-m\u00eame \u00e0 secourir les autres,<br>Ta parole semblable aux flammes des ap\u00f4tres (\u2026)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Viro Major\u00a0\u00bb, Toute la lyre, d\u00e9cembre 1871. Site <span class=\"caps\">BNF<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Ta bont\u00e9, ta fiert\u00e9 de femme populaire,<br>L\u2019\u00e2pre attendrissement qui dort sous ta col\u00e8re,<br>Ton long regard de haine \u00e0 tous les inhumains,<br>Et les pieds des enfants r\u00e9chauff\u00e9s dans tes mains (\u2026)<br>Tu fus belle et semblas \u00e9trange en ces d\u00e9bats\u00a0;<br>Car, ch\u00e9tifs comme sont les vivants d\u2019ici-bas,<br>Rien ne les trouble plus que deux \u00e2mes m\u00eal\u00e9es,<br>Que le divin chaos des choses \u00e9toil\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sign\u00e9 du grand homme revenu d\u2019exil \u00e0 la chute de l\u2019Empire pour souffrir avec les Fran\u00e7ais en guerre, Paris assi\u00e9g\u00e9, affam\u00e9, la R\u00e9publique d\u00e9chir\u00e9e, le peuple \u00e9puis\u00e9\u2026 cet hommage lyrique et typiquement hugolien sauve peut-\u00eatre Louise Michel de la mort qu\u2019elle demandait \u00e0 ses juges pour partager le sort de ses camarades fusill\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle est quand m\u00eame envoy\u00e9e au bagne, exil\u00e9e \u00e0 partir de 1873 en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Hugo continue de la d\u00e9fendre et essaie d\u2019adoucir les conditions de son s\u00e9jour, m\u00eame si elle refuse par principe tout traitement de faveur. De son c\u00f4t\u00e9, elle continue de lui \u00e9crire jusqu\u2019en 1879, des lettres plus apais\u00e9es, ayant trouv\u00e9 un but \u00e0 sa vie\u00a0: prendre soin des Kanaks dont elle a appris la langue et qu\u2019elle d\u00e9fendra v\u00e9h\u00e9mentement avec leur chef Alta\u00ef, lors de leur Grande r\u00e9volte, en 1878.<\/p>\n<p>Mais Clemenceau, autre (futur) grand homme, a pris le relais et la politique les unit plus \u00e9videmment.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette R\u00e9publique qui porte un masque d\u2019honn\u00eatet\u00e9 sur son visage de prostitu\u00e9e, me fait horreur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), Lettre \u00e0 Clemenceau.\u00a0<em> Je vous \u00e9cris de ma nuit\u00a0: correspondance g\u00e9n\u00e9rale de Louise Michel, 1850-1904<\/em> (1999), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ardent r\u00e9publicain (radical, oppos\u00e9 aux opportunistes et \u00e0 Gambetta) fut l\u2019ami de deux f\u00e9ministes, la r\u00e9volutionnaire Louise Michel et la mod\u00e9r\u00e9e, Marguerite Durand (fondatrice du journal <em>La Fronde<\/em>). Il s\u2019int\u00e9ressa aux droits des femmes, restant malgr\u00e9 tout misogyne (terriblement injuste avec son \u00e9pouse) et adversaire du suffrage f\u00e9minin (qui aboutirait selon lui \u00e0 la mainmise de l\u2019\u00c9glise sur la politique).<\/p>\n<p>Il a rencontr\u00e9 Louise Michel en octobre 1870. Maire de Montmartre, il adresse aux instituteurs du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e arrondissement une circulaire visant \u00e0 supprimer tout enseignement religieux de leurs \u00e9coles. Institutrice adjointe, Louise Michel est la seule \u00e0 lui r\u00e9pondre. Il permet aussi \u00e0 Blanqui de devenir commandant du 169e bataillon de la garde nationale, le si\u00e8ge de Paris par les Prussiens ayant commenc\u00e9 le 19 septembre 1870.<\/p>\n<p>Une relation amicale s\u2019\u00e9tablit d\u00e8s cette premi\u00e8re rencontre et dura jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louise.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, elle lui demande de s\u2019occuper des enfants des d\u00e9port\u00e9s morts au bagne. Elle r\u00e9clame de l\u2019argent et des livres pour sa classe \u2013 \u00e9tant redevenue institutrice pour les petits kanaks devenus sa nouvelle raison de vivre. Ses lettres sont volontiers politiques, pour attaquer le gouvernement Gr\u00e9vy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je regarde la France avec ma vieille exp\u00e9rience de sept ans de Cal\u00e9donie comme une nation pourrie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), Lettre \u00e0 Clemenceau.\u00a0 <em>Je vous \u00e9cris de ma nuit\u00a0: correspondance g\u00e9n\u00e9rale de Louise Michel, 1850-1904<\/em> (1999), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Tigre a lui aussi la dent dure, brocardant la plupart des politiciens de cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique des camarades\u00a0\u00bb en proie \u00e0 une s\u00e9rie de crises et luttant sans rel\u00e2che pour l\u2019amnistie des Communards. Mais Louise Michel, alias Enjolras, \u00ab\u00a0jeune homme charmant, capable d\u2019\u00eatre terrible\u00a0\u00bb (<em>Les Mis\u00e9rables<\/em>), refuse d\u2019\u00eatre en cela mieux trait\u00e9e que ses compagnons.<\/p>\n<p>L\u2019amnistie pleine et enti\u00e8re enfin vot\u00e9e, elle rentre du bagne le 9 novembre 1880\u00a0: ses amis Georges Clemenceau, Jules Vall\u00e8s, Henri Rochefort, Nathalie Le Mel sont venus l\u2019accueillir sur les quais de la gare Saint-Lazare, avec une foule de 10 000 fans pour l\u2019acclamer.<\/p>\n<p>Elle redevient militante \u00e0 plein temps, multiplie les conf\u00e9rences, intervient dans les r\u00e9unions politiques.<\/p>\n<p>Le 9 mars 1883, elle m\u00e8ne aux Invalides une manifestation au nom des \u00ab\u00a0sans-travail\u00a0\u00bb qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en pillages de trois boulangeries et en affrontement avec les forces de l\u2019ordre. Elle se rend quelques semaines plus tard, condamn\u00e9e le 21 juin \u00e0 six ans de prison assortis de dix ann\u00e9es de surveillance de haute police, pour \u00ab\u00a0excitation au pillage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On tue les vip\u00e8res et on ne laisse point les panth\u00e8res en libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Figaro<\/em>, 22 juin 1883, cit\u00e9 par Les Amies et Amis de la Commune de Paris, association en ligne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louise Michel est naturellement aussi ador\u00e9e que d\u00e9test\u00e9e.<\/p>\n<p>Clemenceau intervient de nouveau en sa faveur aupr\u00e8s du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jules Gr\u00e9vy. Elle n\u2019accepte la lib\u00e9ration provisoire (contraire \u00e0 sa d\u00e9ontologie) que pour une seule raison\u00a0: aller rendre visite \u00e0 sa m\u00e8re mourante, Marianne Michel.<\/p>\n<p>D\u00e8s le mois d\u2019ao\u00fbt, elle se retrouve en prison pour quatre mois \u00e0 cause d\u2019un discours prononc\u00e9 en faveur des mineurs de Decazeville, aux c\u00f4t\u00e9s de Jules Guesde (socialiste r\u00e9volutionnaire, futur cr\u00e9ateur de la <span class=\"caps\">SFIO<\/span> contre Jaur\u00e8s). Refusant de faire appel, elle est finalement rel\u00e2ch\u00e9e en novembre \u00e0 la suite d\u2019une remise de peine.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Hugo, un autre po\u00e8te plaide la cause de Louise Michel dans un autre style \u2013 et pas au meilleur de sa forme, m\u00eame si le c\u0153ur y est\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyenne\u00a0! votre \u00e9vangile<br>On meurt pour\u00a0! c\u2019est l\u2019Honneur\u00a0! et bien<br>Loin des Taxil et des Bazile,<br>Louise Michel est tr\u00e8s bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VERLAINE<\/span> (1844-1896), Ballade en l\u2019honneur de Louise Michel , extrait du recueil <em>Amour<\/em>, 1888 (posthume, 1905)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 L\u00e9o Taxil, c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain \u00e0 sensation et politiquement douteux, pass\u00e9 de l\u2019anticl\u00e9ricalisme \u00e0 l\u2019antima\u00e7onnisme apr\u00e8s une soi-disant conversion au catholicisme, propagateur d\u2019une mystification consistant \u00e0 pr\u00e9tendre que la franc-ma\u00e7onnerie rendait un culte secret \u00e0 Satan\u00a0!<br>Quant \u00e0 Bazile, c\u2019est un personnage du <em>Barbier de S\u00e9ville<\/em> de Beaumarchais, caricature du d\u00e9vot hypocrite et v\u00e9nal.<\/p>\n<p>Dans cette ballade, Verlaine rapproche Louise Michel des h\u00e9ro\u00efnes r\u00e9volutionnaires\u00a0: Charlotte Corday (qui assassina Marat), Lucile Desmoulins (\u00e9pouse de Camille Desmoulins, guillotin\u00e9e comme son mari), Th\u00e9roigne de M\u00e9ricourt (agress\u00e9e par des Jacobins), Pauline Roland (h\u00e9ro\u00efne f\u00e9ministe et martyre sous la r\u00e9volution de 1848).<\/p>\n<p>La fin de la vie de Louise Michel se partage entre l\u2019\u00e9criture (po\u00e8mes et <em>M\u00e9moires<\/em>), l\u2019instruction dans des \u00e9coles libertaires, l\u2019organisation de manifestations et d\u2019actions pour les sans-travail et les sans-pain, des conf\u00e9rences et meetings.<\/p>\n<p>Elle prend la parole pour d\u00e9fendre des mineurs aux c\u00f4t\u00e9s des socialistes \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb marxistes, Jules Guesde et Paul Lafargue. Elle reste proche de ses amis socialistes d\u00e9sormais dits \u00ab\u00a0r\u00e9formistes\u00a0\u00bb\u00a0: le journaliste Henri Rochefort rencontr\u00e9 au bagne et bien s\u00fbr Clemenceau. D\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre une cause qui lui semble juste \u2013 les faibles contre les forts, les d\u00e9munis contre les privil\u00e9gi\u00e9s, les colonis\u00e9s contre les imp\u00e9rialistes \u2013 Louise Michel s\u2019engage de toute son \u00e9nergie.<\/p>\n<p>Elle meurt \u00e0 Marseille le 9 janvier 1905, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 74 ans, d\u2019une pneumonie contract\u00e9e lors d\u2019une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences dans le sud de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Salut au r\u00e9veil du peuple et \u00e0 ceux qui en tombant ont ouvert si grandes les portes de l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe de Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur l\u2019aust\u00e8re caveau de marbre gris vein\u00e9 de blanc, surmont\u00e9 de son buste en bronze, ses amis firent graver ces mots. Citation extraite de ses <em>M\u00e9moires<\/em> et d\u2019ailleurs incompl\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Salut au r\u00e9veil du peuple et \u00e0 ceux qui en tombant ont ouvert si grandes les portes de l\u2019avenir\u2026 que toute la R\u00e9volution y passe\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son enterrement est l\u2019occasion d\u2019une immense c\u00e9r\u00e9monie populaire. Corbillard de septi\u00e8me classe, dit \u00ab\u00a0des pauvres\u00a0\u00bb, recouvert d\u2019un drap rouge et bord\u00e9 de noir. Une foule de 120 000 personnes l\u2019accompagne jusqu\u2019au cimeti\u00e8re de Levallois.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents courants socialistes qui se d\u00e9chirent sur le monde id\u00e9al et la mani\u00e8re d\u2019y parvenir enterrent leurs diff\u00e9rences\u00a0: br\u00e8ve \u00ab\u00a0union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb pour comm\u00e9morer la vie d\u2019une femme qui savait d\u00e9passer les querelles entre r\u00e9volutionnaires pour concentrer toutes les forces vers un seul objectif\u00a0: dresser et d\u00e9fendre la barricade entre les oppresseurs et les opprim\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les gauches\u00a0\u00bb ne cesseront de se diviser et se d\u00e9tester jusqu\u2019\u00e0 nos jours, mais la popularit\u00e9 de la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb reste immense. \u00c9tonnamment comparable \u00e0 la \u00ab\u00a0Pucelle d\u2019Orl\u00e9ans\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louise Michel est une unique anomalie dans la construction du r\u00e9cit historique dominant ant\u00e9rieur au <span class=\"caps\">XX<\/span>\u00e8me si\u00e8cle. Anomalie puisque c\u2019est une femme, et qu\u2019elle n\u2019est pas tomb\u00e9e dans l\u2019oubli le plus profond. Avec Jeanne d\u2019Arc et quelques reines, c\u2019est une des seules femmes \u00e0 avoir une place importante dans l\u2019imaginaire collectif avant les grandes figures du <span class=\"caps\">XX<\/span>\u00e8me si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Insoumission. Portrait \u2013 Louise Michel, figure de l\u2019insoumission. <span class=\"caps\">L\u2019I<\/span>nsoumission.fr, 12 f\u00e9vrier 2023<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeanne est sans conteste une l\u00e9gende unique en son genre et indissociable du Moyen \u00c2ge. De m\u00eame que Louise Michel parfaitement ancr\u00e9e dans son si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Unique, puisque c\u2019est la seule figure f\u00e9minine c\u00e9l\u00e9brissime qui n\u2019ait pas d\u00e9fendu la monarchie, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire\u00a0: r\u00e9publicaine, r\u00e9volutionnaire, communarde, anarchiste, en m\u00eame temps que po\u00e9tesse, \u00e9crivaine, institutrice, soldate, amie de Hugo, Clemenceau, Vall\u00e8s et Guesde\u2026<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre cette femme \u00e9tait-elle tout simplement trop immense, trop altruiste, trop courageuse pour \u00eatre atteinte par les basses critiques des exploiteurs. Les innombrables attaques de la bourgeoisie n\u2019ont fait que glisser sur sa m\u00e9moire. Elle est ressortie toujours plus grande de ses multiples condamnations, emprisonnements, pol\u00e9miques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La figure de Louise Michel acquiert tr\u00e8s t\u00f4t une dimension de mythe universel, objet d\u2019une s\u00e9rie de r\u00e9appropriations m\u00e9morielles du Parti communiste en <span class=\"caps\">URSS<\/span> d\u00e8s 1921, de mouvements f\u00e9ministes \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, avant d\u2019\u00eatre reconnue pour son patriotisme r\u00e9publicain \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, revendiqu\u00e9e par le mouvement <em>queer<\/em> aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 1916, une manifestation a lieu chaque ann\u00e9e sur sa tombe au cimeti\u00e8re de Levallois-Perret. En 1946, ses restes sont d\u00e9plac\u00e9s au rond-point des Victimes du devoir, dans le m\u00eame cimeti\u00e8re et sa tombe est toujours fleurie \u00e0 chaque anniversaire.<\/p>\n<p>En 2015, c\u2019est le 26e personnage le plus c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au fronton des 67 000 \u00e9tablissements publics fran\u00e7ais\u00a0: 190 \u00e9coles, coll\u00e8ges et lyc\u00e9es lui ont donn\u00e9 son nom, derri\u00e8re Saint Joseph (880), Jules Ferry (642), Notre-Dame (546), Jacques Pr\u00e9vert (472), Jean Moulin (434).\u00a0 Le r\u00e9seau des biblioth\u00e8ques de la Ville de Paris en 2011 une biblioth\u00e8que \u00e0 son nom dans le populaire <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0\u00a0 arrondissement de Paris.<\/p>\n<p>En 2013, sa panth\u00e9onisation est sugg\u00e9r\u00e9e. La promotion 2014 des conservateurs du patrimoine de l\u2019Institut national du patrimoine porte son nom.<\/p>\n<p>Louise Michel reste une figure embl\u00e9matique du mouvement anarchiste et du mouvement ouvrier en g\u00e9n\u00e9ral. Un vocabulaire relevant de celui r\u00e9serv\u00e9 aux saintes lui est parfois appliqu\u00e9\u00a0: la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb est aussi la \u00ab\u00a0Bonne Louise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00ab\u00a0Le pouvoir est maudit et c&#8217;est pour cela que je suis anarchiste.\u00a0\u00bb Louise MICHEL (1830-1905), \u00c0 mes fr\u00e8res (1871), M\u00e9moires (1886-1890), La Commune (1898) et autres sources N\u00e9e en 1830 au ch\u00e2teau de Vroncourt (Haute-Marne), fille naturelle du fils du ch\u00e2telain et de la servante Marianne Michel, \u00e9lev\u00e9e par ses grands-parents et b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une 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