{"id":8391,"date":"2020-06-08T00:00:00","date_gmt":"2020-06-07T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lexception-culturelle-a-la-francaise-mythe-ou-realite-1\/"},"modified":"2026-06-26T12:21:06","modified_gmt":"2026-06-26T10:21:06","slug":"lexception-culturelle-a-la-francaise-mythe-ou-realite-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lexception-culturelle-a-la-francaise-mythe-ou-realite-1\/","title":{"rendered":"L\u2019exception culturelle \u00e0 la fran\u00e7aise. Mythe ou r\u00e9alit\u00e9\u00a0? (1)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"8391\" class=\"elementor elementor-8391\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-2098d0c2 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"2098d0c2\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-2614f6af elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"2614f6af\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div><p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bandeau_culture.jpg\" width=\"861\" height=\"220\"><\/p><p>Notre pays poss\u00e8de un grand pass\u00e9 culturel et nous vivons sur cet h\u00e9ritage. Si la France est la premi\u00e8re destination touristique au monde, son patrimoine culturel attire au m\u00eame titre que la diversit\u00e9 des paysages (et la gastronomie r\u00e9gionale \u00e9lev\u00e9e au rang d\u2019art vivant).<\/p><p>Notre politique culturelle h\u00e9rite aussi d\u2019un long pass\u00e9 de m\u00e9c\u00e9nat royal et r\u00e9publicain, avec un minist\u00e8re de la Culture. Tous les secteurs sont concern\u00e9s\u00a0: monuments historiques, beaux-arts (architecture, peinture, sculpture et gravure), livre et lecture, musique, danse, cirque, arts de la rue, cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre, op\u00e9ra, arts d\u00e9coratifs, ainsi que les \u00e9coles correspondantes, dont les Conservatoires nationaux.<\/p><p>Le r\u00e9gime particulier des intermittents du spectacle (artistes et techniciens), le prix unique du livre prot\u00e9geant les (petites) librairies, le financement public pr\u00e9f\u00e9rentiel des films fran\u00e7ais, autant de mesures sp\u00e9cifiques et favorables au secteur culturel.<\/p><p>Omnipr\u00e9sente et jamais suffisante, l\u2019aide \u00e0 la culture est consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00fb. En cette ann\u00e9e de crise exceptionnelle, elle est revendiqu\u00e9e au m\u00eame titre que l\u2019aide \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, l\u2019\u00e9ducation nationale, les restaurants, le tourisme, l\u2019industrie automobile\u2026 et tous les secteurs plus ou moins sinistr\u00e9s.<\/p><p>Cela dit, la Culture a perdu le sens et l\u2019importance qu\u2019elle avait jusque dans les ann\u00e9es Mitterrand. \u00c0 travers 15 p\u00e9riodes historiques, rappelons quelques rep\u00e8res importants en deux \u00e9ditos. Du Moyen \u00c2ge \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, l\u2019exception culturelle fran\u00e7aise s\u2019impose comme une \u00e9vidence en Europe.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-3.jpg\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><p>\u00a0<\/p><p><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"charlemagne culture citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/charlemagne_culture_citation.jpg\" alt=\"charlemagne culture citation\" width=\"365\" height=\"430\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">1. Le Moyen \u00c2ge vit une br\u00e8ve \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb avec Charlemagne, avant le \u00ab\u00a0beau\u00a0Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb au XIIe si\u00e8cle.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Passionn\u00e9 pour la science, il eut toujours en v\u00e9n\u00e9ration et comblait de toutes sortes d\u2019honneurs ceux qui l\u2019enseignaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"65\" class=\"cit-num\">65<\/span><\/p><p>\u00c9GINHARD (vers 770-840),<em> Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p><\/blockquote><p>Charlemagne m\u00e8ne une v\u00e9ritable politique culturelle, au point que les historiens voient en son si\u00e8cle une \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb. Lui-m\u00eame est fort savant, quoique autodidacte, ayant appris la rh\u00e9torique, la dialectique, le grec, le latin, l\u2019astronomie\u00a0; il compose m\u00eame une grammaire de la langue franque.<\/p><p>Cette id\u00e9e re\u00e7ue se fonde sur une remarque d\u2019\u00c9ginhard, mal traduite (du latin) et surtout mal comprise, certains vulgarisateurs ont pr\u00e9tendu qu\u2019il savait \u00e0 peine \u00e9crire. \u00c9ginhard explique que Charlemagne s\u2019essayait \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<\/p><p>En r\u00e9alit\u00e9, cette remarque signifie que m\u00eame \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, l\u2019empereur s\u2019exer\u00e7ait \u00e0 la calligraphie, pour atteindre cette perfection propre aux scribes avec lesquels il ne put cependant rivaliser.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019aimais justement en vous ce que je vous voyais chercher en moi.\u00a0\u00bb66<\/p><p>ALCUIN (vers 735-804), Derniers mots d\u2019une lettre \u00e0 Charlemagne. <em>Alcuin et Charlemagne<\/em> (1864), Francis Monnier<\/p><\/blockquote><p>Moine anglais consid\u00e9r\u00e9 par \u00c9ginhard comme l\u2019\u00ab\u00a0homme le plus savant de son temps\u00a0\u00bb. Charles (qui n\u2019est encore que roi des Francs) le place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00e9cole palatine d\u2019Aix-la-Chapelle, en 782. V\u00e9ritable ma\u00eetre \u00e0 penser du monde franc, Alcuin promeut l\u2019enseignement des arts lib\u00e9raux et les ateliers de copies permettant la diffusion des textes sacr\u00e9s et profanes, bien avant l\u2019invention de l\u2019imprimerie (1450). Il laisse de nombreux trait\u00e9s de p\u00e9dagogie et de th\u00e9ologie, et une version de la Bible r\u00e9vis\u00e9e.<\/p><p>Ami et conseiller de Charles, il lui \u00e9crit en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Je savais le vif int\u00e9r\u00eat que vous portiez \u00e0 la science et combien vous l\u2019aimiez. Je savais que vous excitiez tout le monde \u00e0 la conna\u00eetre et que vous offriez des r\u00e9compenses et des dignit\u00e9s \u00e0 ceux qui l\u2019aimaient comme vous, pour les engager \u00e0 venir s\u2019associer \u00e0 votre g\u00e9n\u00e9reuse entreprise. Vous avez bien voulu m\u2019appeler, moi le moindre serviteur de cette science sainte, et me faire venir du fond de la [Grande-]Bretagne. Ah\u00a0! que n\u2019ai-je apport\u00e9 dans le service de Dieu autant d\u2019empressement et de z\u00e8le que j\u2019en ai mis \u00e0 vous seconder\u00a0! C\u2019est que j\u2019aimais justement en vous\u2026\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Charles, savant, modeste, [\u2026] ma\u00eetre du monde, bien-aim\u00e9 du peuple [\u2026], sommet de l\u2019Europe [\u2026] est en train de tracer les murs de la Rome nouvelle.\u00a0\u00bb70<\/p><p>ANGILBERT (vers 740-814) parlant de Charlemagne en 799. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Europe\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te et historien, ministre, conseiller et ami de Charlemagne, il \u00e9pousera en secret sa s\u0153ur Berthe (sa fille selon d\u2019autres sources) et se retirera dans un monast\u00e8re o\u00f9 elle le suivra. Il finira saint. C\u2019est l\u2019un des principaux acteurs de cette Renaissance culturelle v\u00e9cue par les contemporains (privil\u00e9gi\u00e9s) et reconnue par les historiens.<\/p><p>\u00c0 cette \u00e9poque, la \u00ab\u00a0Rome nouvelle\u00a0\u00bb d\u00e9signe l\u2019Empire d\u2019Occident reconstitu\u00e9, soit en gros ce qui deviendra bien plus tard les six premiers pays du March\u00e9 commun, anc\u00eatre de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p><p>Charlemagne, b\u00e9ni et sacr\u00e9 par le pape en 800, exerce sur ce vaste territoire une influence personnelle en tout domaine. Cependant, son empire ne restaure qu\u2019en apparence l\u2019Empire romain. Gouvern\u00e9 d\u2019Aix-la-Chapelle, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, mais avant tout franc, c\u2019est une entit\u00e9 politique appuy\u00e9e sur le christianisme et sur l\u2019\u00e9quilibre des forces. La suite de l\u2019histoire montrera sa fragilit\u00e9.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Oh\u00a0! Paris, tu prends les \u00e2mes \u00e0 la glu\u00a0!\u00a0\u00bb137<\/p><p>Pierre de (la) CELLE (1115-1183), 1164. <em>La Revue de Paris<\/em>, volume\u00a0III (1896), Marc Le Goupils<\/p><\/blockquote><p>Nouvelle embellie m\u00e9di\u00e9vale aux XIIe et XIIIe si\u00e8cles. Les rois de France vont faire de Paris l\u2019un des plus prestigieux centres intellectuels de l\u2019Europe. Un peu plus tard, Philippe de Harvengt s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Heureuse cit\u00e9 [Paris] o\u00f9 les \u00e9tudiants sont en si grand nombre que leur multitude vient presque \u00e0 d\u00e9passer celle des habitants\u00a0!\u00a0\u00bb \u00c0 la facult\u00e9 des Arts, situ\u00e9e entre la place Maubert et la rue du Fouarre, viendront \u00e9tudier et enseigner les plus grands penseurs des XIIe\u00a0et XIIIe\u00a0si\u00e8cles.<\/p><p>Pierre de la Celle a lui-m\u00eame \u00e9tudi\u00e9 sur la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve, il devient moine au clo\u00eetre de Cluny, puis renonce \u00e0 une \u00e9cole de Paris trop mondaine. Le futur \u00e9v\u00eaque de Chartres d\u00e9nonce un lieu de tentations \u00e0 fuir\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00a0! Paris, comme tu es fait pour s\u00e9duire les esprits et les d\u00e9cevoir. C\u2019est chez toi que r\u00e9sident les r\u00e9seaux du vice et les chausse-trappes du Malin\u00a0; c\u2019est chez toi que la fl\u00e8che de l\u2019enfer traverse les c\u0153urs des insens\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"rabelais citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rabelais_citation-1.jpg\" alt=\"rabelais citation\" width=\"400\" height=\"500\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">2. Fran\u00e7ois Ier inaugure la Renaissance fran\u00e7aise \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019italienne\u00a0\u00bb, promeut le m\u00e9c\u00e9nat et soutient l\u2019essor de notre langue nationale.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Voyez, voyez tout \u00e0 la ronde<br>Comment le monde rit au monde,<br>Ainsi est-il en sa jeunesse.\u00a0\u00bb386<\/p><p>Cl\u00e9ment MAROT (1496-1544), <em>Colloque de la Vierge m\u00e9prisant le mariage<\/em> (publication posthume)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est la Renaissance, l\u2019aube des temps nouveaux, appel\u00e9e par les historiens le \u00ab\u00a0beau XVIe\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u00a0: de\u00a01480 \u00e0\u00a01560. Salu\u00e9 par Marot, aimable po\u00e8te et courtisan, et par nombre de contemporains\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4\u00a0si\u00e8cle\u00a0! les lettres fleurissent, les esprits se r\u00e9veillent, c\u2019est une joie de vivre\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame l\u2019humaniste Ulrich de Hutten. Seule r\u00e8gle morale de l\u2019abbaye de Th\u00e9l\u00e8me ch\u00e8re \u00e0 Rabelais\u00a0: \u00ab\u00a0Fais ce que voudras.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Avant moi [Fran\u00e7ois\u00a0Ier], tout \u00e9tait grossier, pauvre, ignorant, gaulois.\u00a0\u00bb387<\/p><p>F\u00c9NELON (1651-1715), <em>Dialogues des morts<\/em> (1692-1696)<\/p><\/blockquote><p>Cet auteur de la fin du XVIIe\u00a0si\u00e8cle met en sc\u00e8ne et oppose Louis\u00a0XII et Fran\u00e7ois\u00a0Ier. Baptis\u00e9 par Brant\u00f4me \u00ab\u00a0P\u00e8re et vrai restaurateur des arts et des lettres\u00a0\u00bb, Fran\u00e7ois\u00a0Ier incarne la Renaissance, avec ses trente-deux ann\u00e9es de r\u00e8gne au c\u0153ur du beau XVIe qui succ\u00e8de au long Moyen \u00c2ge.<\/p><p>Ce ne sont plus seulement les couvents et les universit\u00e9s qui diffusent la culture\u00a0; les cours donnent l\u2019exemple, pratiquant le m\u00e9c\u00e9nat, lan\u00e7ant les modes et cultivant le raffinement. \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois\u00a0Ier, d\u00e9courag\u00e9 des guerres lointaines, veuf de son r\u00eave d\u2019Italie, se fait une Italie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (Michelet). Il invite L\u00e9onard de Vinci et sa Joconde (achet\u00e9e 4\u00a0000\u00a0florins d\u2019or, soit 15 kg), puis d\u2019autres artistes prestigieux, Cellini, le Rosso, le Primatice. Favorable \u00e0 l\u2019esprit nouveau et bien que peu instruit (il ne sait pas le latin), le Roi Chevalier prot\u00e8ge les savants et les \u00e9crivains, second\u00e9 par sa s\u0153ur Marguerite d\u2019Angoul\u00eame (future reine au royaume de Navarre), l\u2019une des femmes les plus cultiv\u00e9es du si\u00e8cle.<\/p><p>C\u2019est dire que Louis\u00a0XII se trompait, en parlant de son petit-cousin et successeur\u00a0: \u00ab\u00a0Ce gros gar\u00e7on g\u00e2tera tout.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Le Grec vanteur la Gr\u00e8ce vantera<br>Et l\u2019Espagnol l\u2019Espagne chantera<br>L\u2019Italien les Itales fertiles,<br>Mais moi, Fran\u00e7ois, la France aux belles villes.\u00a0\u00bb388<\/p><p>Pierre de RONSARD (1524-1585), <em>Hymne de France<\/em> (1555-1556)<\/p><\/blockquote><p>Le jeune \u00ab\u00a0\u00e9cuyer d\u2019\u00e9curie\u00a0\u00bb entre dans la carri\u00e8re des lettres. L\u2019\u00e9loge de la France est un th\u00e8me classique, l\u2019expression d\u2019un sentiment national profond, sensible en d\u2019autres lieux, mais sans doute plus intense en cette terre b\u00e9nie des dieux, faite d\u2019\u00e9quilibre et de charme, qui inspirera, le danger revenu avec les guerres \u00e9trang\u00e8res et civiles, des chansons d\u00e9j\u00e0 patriotiques et les <em>Discours<\/em> enflamm\u00e9s d\u2019une litt\u00e9rature engag\u00e9e.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Car je suis n\u00e9 et \u00e9t\u00e9 nourri jeune au jardin de France\u00a0: c\u2019est Touraine.\u00a0\u00bb389<\/p><p>Fran\u00e7ois RABELAIS (vers 1494-1553), <em>Pantagruel<\/em> (1532)<\/p><\/blockquote><p>Moine m\u00e9decin, n\u00e9 pr\u00e8s de Chinon et lanc\u00e9 en litt\u00e9rature par ce personnage de g\u00e9ant (fils de Gargantua) qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9.<\/p><p>Paris reste capitale de la France, mais les Valois au pouvoir fuient ses violences r\u00e9volutionnaires et vont en Val de Loire construire leurs ch\u00e2teaux que nous admirons toujours\u00a0: Amboise, Blois, Chambord, Chenonceau. L\u00e0 se situe la vie culturelle, galante et bien souvent politique de la France\u00a0: L\u00e9onard de Vinci le prestigieux invit\u00e9 finira sa vie pr\u00e8s d\u2019Amboise, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se tiennent \u00e0 Blois, \u00e0 Tours. Et ce qui deviendra au XVIe\u00a0si\u00e8cle la langue nationale est le fran\u00e7ais parl\u00e9 en Touraine, r\u00e9put\u00e9 le plus pur.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0!\u00a0\u00bb390<\/p><p>Joachim du BELLAY (1522-1560), <em>Les Regrets<\/em> (1558)<\/p><\/blockquote><p>Encore un po\u00e8te inspir\u00e9 par l\u2019amour du pays et qui renonce \u00e0 la carri\u00e8re militaire pour les vers. La trilogie \u00ab\u00a0des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb r\u00e9sume l\u2019histoire de cette \u00e9poque si riche et contrast\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le dialogue tour \u00e0 tour sanglant et serein qu\u2019on appela Renaissance\u00a0\u00bb (Malraux, <em>Les Voix du silence<\/em>). \u00ab\u00a0L\u2019aimable mot de Renaissance ne rappelle aux amis du beau que l\u2019av\u00e8nement d\u2019un art nouveau et le libre essor de la fantaisie\u00a0; pour l\u2019\u00e9rudit, c\u2019est la r\u00e9novation des \u00e9tudes de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0; pour les l\u00e9gistes, le jour qui commence \u00e0 luire sur le discordant chaos de nos vieilles coutumes\u00a0\u00bb (Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb391<\/p><p>Jules MICHELET (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome III (1840)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019ordonnance de Villers-Cotter\u00eats \u00e9dict\u00e9e par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en 1539, qui r\u00e9organise la justice, impose le fran\u00e7ais au lieu du latin pour les ordonnances et jugements des tribunaux. Mais il faudra encore lutter pour que le fran\u00e7ais devienne aussi la langue des savants et des artistes.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Notre langue \u00e9tant pauvre et n\u00e9cessiteuse au regard de la latine, ce serait errer en sens commun que d\u2019abandonner l\u2019ancienne pour favoriser cette moderne.\u00a0\u00bb392<\/p><p>TURN\u00c8BE (1512-1565). <em>La Litt\u00e9rature latine de la Renaissance<\/em> (1966), Paul Van Tieghem<\/p><\/blockquote><p>Adrien Tournebous, dit Turn\u00e8be, humaniste, professeur au Coll\u00e8ge de France (on disait alors\u00a0: lecteur au Coll\u00e8ge royal) se bat pour le latin et le grec. Au XVIe\u00a0si\u00e8cle, quelque 700 po\u00e8tes du royaume versifient en latin, la po\u00e9sie n\u00e9o-latine s\u2019inspirant jusqu\u2019au plagiat de Virgile, Horace, Catulle, Ovide, tandis que d\u2019autres \u00ab\u00a0pindarisent et p\u00e9trarquisent\u00a0\u00bb \u00e0 qui mieux mieux. Querelle des Anciens et des Modernes, identit\u00e9 nationale en jeu\u00a0: Ronsard r\u00e9unit une \u00ab\u00a0Brigade\u00a0\u00bb qui devient \u00ab\u00a0Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb et cette nouvelle \u00e9cole chargera du Bellay de r\u00e9diger la <em>D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549).<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Je prouverai [\u2026] que notre langue vulgaire n\u2019est pas si vile, si inepte, si indigente et \u00e0 m\u00e9priser qu\u2019ils l\u2019estiment.\u00a0\u00bb393<\/p><p>Fran\u00e7ois RABELAIS (vers 1494-1553),<em> Le Cinqui\u00e8me Livre<\/em>, prologue (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Rabelais se bat de son c\u00f4t\u00e9 avec sa langue, bien \u00e0 lui et bien fran\u00e7aise. Il s\u2019adresse ici aux \u00ab\u00a0rapetasseurs de vieilles ferrailles latines, revendeurs de vieux mots latins, tous moisis et incertains\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Supplie tr\u00e8s humblement ceux auxquels les Muses ont inspir\u00e9 leurs faveurs de n\u2019\u00eatre plus latiniseurs ni gr\u00e9caniseurs, comme ils sont plus par ostentation que par devoir, et prendre piti\u00e9, comme bons enfants, de leur pauvre m\u00e8re naturelle.\u00a0\u00bb394<\/p><p>Pierre de RONSARD (1524-1585), Pr\u00e9face de <em>La Franciade<\/em> (1572)<\/p><\/blockquote><p>Jusqu\u2019au c\u0153ur des guerres de Religion, le combat pour le fran\u00e7ais, langue en pleine \u00e9volution, continue. Il sera gagn\u00e9 \u00e0 la fin du si\u00e8cle, contribuant \u00e0 faire l\u2019unit\u00e9 de la France.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Que dit-on \u00e0 la cour, que fait-on \u00e0 Paris\u00a0?<br>Quels seigneurs y voit-on, et quelles damoiselles\u00a0?\u00a0\u00bb400<\/p><p>Olivier de MAGNY (vers 1529-vers1561), <em>Les Soupirs<\/em> (1557)<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te de cour et secr\u00e9taire d\u2019ambassadeur \u00e0 Rome, il \u00ab\u00a0soupire\u00a0\u00bb apr\u00e8s Paris, chant\u00e9 de m\u00eame par Robert Garnier dans <em>Bradamante\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0La douceur et l\u2019amour\u00a0\/ La richesse et l\u2019honneur font \u00e0 Paris s\u00e9jour.\u00a0\u00bb Jean Bertaut, autre po\u00e8te de cour, dans son <em>Cantique<\/em> en forme de confession, parle de \u00ab\u00a0cette ville sans pair, cet abr\u00e9g\u00e9 de France\u00a0\u00bb.<\/p><p>La mode parisienne, d\u00e9j\u00e0, fait prime dans le beau monde et le monde tout court, notamment chez les Anglais qui ne sont plus nos ennemis num\u00e9ro un, depuis l\u2019av\u00e8nement de Charles Quint. La cour, v\u00e9ritable instrument de r\u00e8gne, est une ville de plus de 15\u00a0000 personnes, itin\u00e9rante entre Val de Loire, Fontainebleau et Paris (Louvre) qui retrouve la faveur du souverain.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Plaise au roi de me donner cent livres<br>Pour acheter livres et vivres.<br>De livres je me passerais<br>Mais de vivres je ne saurais.\u00a0\u00bb402<\/p><p>Cl\u00e9ment MAROT (1496-1544), <em>Quatrain \u00e0 Fran\u00e7ois\u00a0Ier<\/em><\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te de cour de Louis\u00a0XII et de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, \u00e9galement \u00ab\u00a0valet de chambre\u00a0\u00bb de la s\u0153ur du roi, Marguerite, future reine de Navarre, Marot vit de m\u00e9c\u00e9nat comme ses confr\u00e8res et se bat \u00e0 coups de vers pour sa place au soleil. Les temps ne sont pas faciles\u00a0: il conna\u00eetra plusieurs fois la prison royale et l\u2019exil genevois, pour ses m\u0153urs (l\u00e9g\u00e8res), pour ses id\u00e9es (protestantes).<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0[Les actes judiciaires seront] prononc\u00e9s, enregistr\u00e9s et d\u00e9livr\u00e9s aux parties en langage maternel fran\u00e7ois et non autrement.\u00a0\u00bb472<\/p><p>Ordonnance de Villers-Cotter\u00eats (1539). <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p><\/blockquote><p>Fran\u00e7ois\u00a0Ier abolit ainsi l\u2019emploi du latin dans les tribunaux et inaugure une politique linguistique. Selon F.\u00a0Brunot et Ch.\u00a0Bruneau (<em>Pr\u00e9cis de grammaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>), cette ordonnance est \u00ab\u00a0l\u2019acte le plus important du gouvernement dans toute l\u2019histoire de la langue. Elle prescrit l\u2019emploi exclusif du fran\u00e7ais dans toutes les pi\u00e8ces judiciaires du royaume. Cette mesure, prise pour faciliter le travail de l\u2019administration, fait du fran\u00e7ais la langue de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p><p>La bataille du fran\u00e7ais n\u2019est pas encore gagn\u00e9e\u00a0: les lettr\u00e9s de cette Renaissance fascin\u00e9e par les Anciens (grecs et latins) et par l\u2019Italie, \u00ab\u00a0p\u00e9trarquisent, latinisent et pindarisent\u00a0\u00bb toujours \u00e0 l\u2019exc\u00e8s.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re les sentences et les mots, et les approprier \u00e0 la sienne.\u00a0\u00bb481<\/p><p>Joachim du BELLAY (1522-1560),<em> D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549)<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te de la Pl\u00e9iade, il est charg\u00e9 de r\u00e9diger ce manifeste litt\u00e9raire \u00e0 la fois touffu et belliqueux. Le titre en est un bon r\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0d\u00e9fense\u00a0\u00bb de la langue fran\u00e7aise contre le latin qui reste, sauf exception, la langue des savants et des lettr\u00e9s, mais en m\u00eame temps \u00ab\u00a0illustration\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire enrichissement de cette langue. \u00ab\u00a0[Nos anc\u00eatres] nous ont laiss\u00e9 notre langue si pauvre et nue qu\u2019elle a besoin des ornements et, (s\u2019il faut ainsi parler) des plumes d\u2019autrui.\u00a0\u00bb Le XVIe\u00a0si\u00e8cle verra peu \u00e0 peu triompher un fran\u00e7ais en pleine \u00e9volution, que le si\u00e8cle suivant fixera et rendra \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Charles Quint, d\u2019ailleurs ennemi mortel de la France, aimait si fort la langue fran\u00e7aise qu\u2019il s\u2019en servit pour haranguer les \u00c9tats des Pays-Bas le jour qu\u2019il fit son abdication.\u00a0\u00bb485<\/p><p>Antoine FURETI\u00c8RE (1619-1688),<em> Dictionnaire universel<\/em>, Pr\u00e9face (posthume, 1690)<\/p><\/blockquote><p>Le \u00ab\u00a0vieux goutteux\u00a0\u00bb d\u00e9cide d\u2019abdiquer quand les arm\u00e9es imp\u00e9riales doivent lever le si\u00e8ge de Metz annex\u00e9e par les Fran\u00e7ais et bien d\u00e9fendue par Fran\u00e7ois de Guise. L\u2019empereur qui abdique en 1556 (\u00e0 56\u00a0ans) partage son immense empire entre son fr\u00e8re Ferdinand et son fils Philippe\u00a0II, mais le monarque chr\u00e9tien le plus puissant du temps n\u2019a pas r\u00e9solu les deux probl\u00e8mes majeurs de son r\u00e8gne\u00a0: il n\u2019a pu triompher de la R\u00e9forme, et la lutte avec la France n\u2019est pas finie.<\/p><p>Rappelons ses origines de prince bourguignon\u00a0: le fran\u00e7ais est sa langue maternelle et l\u2019empereur d\u2019Allemagne ne parla jamais couramment l\u2019allemand. Il se sentait \u00e9galement \u00e9tranger en son Espagne.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"moli\u00e8re versailles\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/moliere_versailles.jpg\" alt=\"moli\u00e8re versailles\" width=\"400\" height=\"285\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">3. Le Si\u00e8cle de Louis XIV\u00a0marque le triomphe du classicisme impos\u00e9 par le m\u00e9c\u00e9nat royal et renforce le prestige de la France, dans une Europe encore baroque et fascin\u00e9e par ce rayonnement culturel.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Non seulement il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne, mais c\u2019est lui qui les faisait.\u00a0\u00bb816<\/p><p>VOLTAIRE (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0XIV<\/em> (1751)<\/p><\/blockquote><p>Pour cette raison, le Grand\u00a0Si\u00e8cle est bien le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis\u00a0XIV\u00a0\u00bb. Voltaire, en historien tr\u00e8s document\u00e9, traite des \u00e9v\u00e9nements militaires et diplomatiques, insiste sur le d\u00e9veloppement du commerce et le rayonnement des arts et des lettres, mettant cependant les affaires religieuses au passif du r\u00e8gne de ce \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb. Les guerres se r\u00e9v\u00e8leront \u00e9galement d\u00e9plorables, en fin de r\u00e8gne.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Au d\u00e9faut des actions \u00e9clatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l\u2019esprit des princes que les b\u00e2timents.\u00a0\u00bb818<\/p><p>Jean-Baptiste COLBERT (1619-1683), <em>Lettres, instructions et m\u00e9moires de Colbert<\/em> (posthume, 1863)<\/p><\/blockquote><p>Surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures (en 1664), Colbert exprime naturellement la pens\u00e9e de Louis\u00a0XIV.<\/p><p>Les seuls b\u00e2timents royaux co\u00fbtent en moyenne 4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat\u00a0: on construit un peu partout, \u00e0 Fontainebleau, Vincennes, Chambord, Saint-Germain, Marly, et surtout Versailles o\u00f9 les travaux commencent d\u00e8s 1661, pour durer plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Une r\u00e9union de grands talents (la m\u00eame \u00e9quipe qui n\u2019a que trop bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte, r\u00e9sidence du surintendant Fouquet perdu par tant de magnificence) fait na\u00eetre la plus grande r\u00e9ussite artistique des temps modernes\u00a0: Versailles servira de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe pendant un\u00a0si\u00e8cle, imposant la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019art fran\u00e7ais. Le \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb vaut alors nouveaut\u00e9.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Les peuples se plaisent au spectacle. Par l\u00e0, nous tenons leur esprit et leur c\u0153ur.\u00a0\u00bb819<\/p><p>LOUIS\u00a0XIV (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p><\/blockquote><p>Plus qu\u2019un monument et un site, Versailles est un style de vie. C\u2019est le cadre magnifique o\u00f9 l\u2019existence du roi se d\u00e9roule comme une c\u00e9r\u00e9monie implacablement minut\u00e9e, admirablement mise en sc\u00e8ne. C\u2019est aussi le haut lieu du m\u00e9c\u00e9nat royal, o\u00f9 se donnent les f\u00eates \u00e9clatantes.<\/p><p>Les plus grands artistes du temps y concourent. Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique du roi de\u00a01661 \u00e0\u00a01687, r\u00e9gent de tous les th\u00e9\u00e2tres, acad\u00e9mies et \u00e9coles de musique, fait triompher le spectacle total, l\u2019op\u00e9ra, avec <em>Cadmus et Hermione<\/em> (livret de Quinault) le 27\u00a0avril 1673. Et tous les arts vont s\u2019\u00e9panouir, en cette seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle. Dans une Europe encore baroque, c\u2019est le triomphe du classicisme fran\u00e7ais.<\/p><p>Fait unique dans notre histoire, c\u2019est \u00e9galement la r\u00e9ussite d\u2019un art officiel, dirig\u00e9, pensionn\u00e9, administr\u00e9, voulu par le roi. Ce paradoxe appara\u00eet comme un miracle, au regard de toutes les p\u00e9riodes o\u00f9 la censure \u00e9touffe la cr\u00e9ation et les cr\u00e9ateurs \u2013 comme sous Napol\u00e9on et tant d\u2019autres dictateurs dans le monde.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Qu\u2019en un lieu, qu\u2019en un jour, un seul fait accompli<br>Tienne jusqu\u2019\u00e0 la fin le th\u00e9\u00e2tre rempli.\u00a0\u00bb821<\/p><p>Nicolas BOILEAU (1636-1711),<em> L\u2019Art po\u00e9tique<\/em> (1674)<\/p><\/blockquote><p>Grand codificateur des lettres, surnomm\u00e9 le L\u00e9gislateur du Parnasse, il donne, avec la \u00ab\u00a0r\u00e8gle des trois unit\u00e9s\u00a0\u00bb, la d\u00e9finition de la trag\u00e9die classique, genre n\u00e9 et mort au XVIIe\u00a0si\u00e8cle, port\u00e9 \u00e0 la perfection par le jeune Racine, supplantant le vieux Corneille qui fit carri\u00e8re sous Louis XIII, prot\u00e9g\u00e9 par Richelieu tr\u00e8s amateur de th\u00e9\u00e2tre. Cette br\u00e8ve histoire de la trag\u00e9die est encore un petit miracle de l\u2019\u00e9poque, surtout compar\u00e9 \u00e0 son naufrage au si\u00e8cle suivant \u2013 sans doute le seul genre o\u00f9 le g\u00e9nial Voltaire s\u2019est fourvoy\u00e9, ses triomphes \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise \u00e9tant devenus tr\u00e8s vite injouables.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Je voudrais bien savoir si la grande r\u00e8gle de toutes les r\u00e8gles n\u2019est pas de plaire et si une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui a attrap\u00e9 son but n\u2019a pas suivi un bon chemin.\u00a0\u00bb822<\/p><p>MOLI\u00c8RE (1622-1673), <em>La Critique de l\u2019\u00c9cole des femmes<\/em> (1663)<\/p><\/blockquote><p>G\u00e9nie du si\u00e8cle, Jean-Baptiste Poquelin, dit Moli\u00e8re, auteur, acteur, metteur en sc\u00e8ne, chef de troupe, ne peut vivre et s\u2019exprimer \u00e0 peu pr\u00e8s librement qu\u2019avec la protection du roi\u00a0: contre les d\u00e9vots, les bourgeois, les parvenus, les p\u00e9dants. Il reste \u00e0 ce jour l\u2019auteur dramatique fran\u00e7ais le plus aim\u00e9, le plus jou\u00e9 au monde.<\/p><p>Racine, si diff\u00e9rent de lui, a la m\u00eame \u00e9thique professionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0La principale r\u00e8gle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir \u00e0 cette premi\u00e8re\u00a0\u00bb (Pr\u00e9face de <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>). Com\u00e9die oblige, Moli\u00e8re ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une \u00e9trange entreprise que celle de faire rire les honn\u00eates gens.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0On l\u2019entend [la langue fran\u00e7aise] et on la parle dans toutes les cours de l\u2019Europe, et il n\u2019est point rare d\u2019y trouver des gens qui parlent fran\u00e7ais et qui \u00e9crivent en fran\u00e7ais aussi purement que les Fran\u00e7ais m\u00eames.\u00a0\u00bb823<\/p><p>Antoine FURETI\u00c8RE (1619-1688), <em>Dictionnaire universel<\/em>, Pr\u00e9face (posthume, 1690)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019auteur du c\u00e9l\u00e8bre dictionnaire s\u2019irrite des lenteurs de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00e0 sortir le sien et de ses lacunes en certains domaines scientifiques et artistiques. Il obtient du roi le privil\u00e8ge (terme juridique) de publier son propre <em>Dictionnaire<\/em>, commenc\u00e9 en 1650. Un extrait, publi\u00e9 en 1684, lui vaut d\u2019\u00eatre exclu de l\u2019Acad\u00e9mie. Mais \u00ab\u00a0le Fureti\u00e8re\u00a0\u00bb lui survit, sans cesse r\u00e9\u00e9dit\u00e9, durant trois si\u00e8cles, tout \u00e0 l\u2019honneur de la langue fran\u00e7aise.<\/p><p>Le prestige de la France, la profusion des \u0153uvres, l\u2019\u00e9clat de sa civilisation contribuent naturellement \u00e0 cette vaste \u00ab\u00a0francophonie\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00e9j\u00e0 vivante au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent (o\u00f9 l\u2019empereur Charles Quint, l\u2019ennemi num\u00e9ro un de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, parlait le fran\u00e7ais et le pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 l\u2019allemand et \u00e0 l\u2019espagnol), universelle au si\u00e8cle suivant (avec la philosophie des Lumi\u00e8res) et aujourd\u2019hui si menac\u00e9e, notamment par l\u2019anglais.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019<em>Ag\u00e9silas<\/em>,<br>H\u00e9las\u00a0!<br>Mais apr\u00e8s l\u2019<em>Attila<\/em>,<br>Hol\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb867<\/p><p>Nicolas BOILEAU (1636-1711), <em>\u00c9pigramme<\/em> (1667)<\/p><\/blockquote><p>Fin du r\u00e8gne du grand Corneille, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de ces deux trag\u00e9dies, cr\u00e9\u00e9es \u00e0 un an d\u2019intervalle.<\/p><p>Le jeune et ambitieux Racine va conna\u00eetre dix ans de triomphe, jusqu\u2019\u00e0 la chute de sa <em>Ph\u00e8dre<\/em>, victime d\u2019une cabale en 1677, cependant que Moli\u00e8re est roi dans la com\u00e9die. Giovanni Battista Lulli, italien naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, devenu Jean-Baptiste Lully, le plus courtisan des hommes de th\u00e9\u00e2tre et le plus d\u00e9test\u00e9 aussi, invente l\u2019op\u00e9ra \u00e0 la fran\u00e7aise.<\/p><p>D\u00e9cennie prodigieuse de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise, floraison de chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0: la plus belle \u00e9poque du m\u00e9c\u00e9nat artistique dans notre pays, et tous les arts en profitent. Dans une Europe encore baroque, c\u2019est le triomphe du classicisme fran\u00e7ais. Et rappelons-le, la r\u00e9ussite (exceptionnelle) d\u2019un art officiel, dirig\u00e9, pensionn\u00e9, administr\u00e9, voulu par le roi.<\/p><p>Boileau, historiographe du roi, auteur de satires et d\u2019\u00e9p\u00eetres, est le th\u00e9oricien de l\u2019esth\u00e9tique classique. Dans la grande<em> Querelle des Anciens et des Modernes<\/em> (1687), il d\u00e9fend les auteurs de l\u2019Antiquit\u00e9, qu\u2019il juge insurpassables, contre Charles Perrault, partisan des modernes dans<em> Le Si\u00e8cle de Louis le Grand<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Et l\u2019on peut comparer, sans crainte d\u2019\u00eatre injuste,\u00a0\/ Le si\u00e8cle de Louis au beau si\u00e8cle d\u2019Auguste.\u00a0\u00bb Ces guerres entre critiques passionnent les beaux esprits.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0On nous dit que nos rois d\u00e9pensaient sans compter,<br>Qu\u2019ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.<br>Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,<br>Ne nous mettaient-ils pas notre argent de c\u00f4t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb890<\/p><p>Sacha GUITRY (1885-1957), <em>Si Versailles m\u2019\u00e9tait cont\u00e9<\/em> (film de 1953)<\/p><\/blockquote><p>6\u00a0mai 1682\u00a0: Louis\u00a0XIV s\u2019installe \u00e0 Versailles. La ville devient la vraie capitale de la France et le centre du monde civilis\u00e9 (disons plus modestement l\u2019Europe).<\/p><p>Louis\u00a0XIII fit construire d\u00e8s 1624 un pavillon de chasse, mais c\u2019est Louis\u00a0XIV en 1661 qui ordonne les travaux pour faire du ch\u00e2teau ce \u00ab\u00a0plaisir superbe de la nature\u00a0\u00bb (Saint-Simon). Le roi ne d\u00e9pense pas sans compter, mais il d\u00e9pense beaucoup pour les b\u00e2timents en g\u00e9n\u00e9ral (4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat leur est consacr\u00e9 en moyenne) et tout particuli\u00e8rement pour Versailles. L\u2019\u00e9quipe qui a si bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte pour Fouquet est \u00e0 nouveau r\u00e9unie pour r\u00e9aliser ce chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019art classique \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0: Le Vau (architecte), Le Brun (peintre), Le N\u00f4tre (jardinier), Francine (ing\u00e9nieur des eaux). Et Louis\u00a0XIV fait plus que donner son avis\u00a0: il l\u2019impose souvent. Et se trompe rarement.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"procope citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/procope_citation.jpg\" alt=\"procope citation\" width=\"400\" height=\"267\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">4. Au XVIIIe, le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res invente la \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tromanie\u00a0\u00bb et un art de vivre qui privil\u00e9gie la culture sous toutes ses formes, artistiques et intellectuelles (philosophiques et encyclop\u00e9diques).<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Qui n\u2019a pas v\u00e9cu dans les ann\u00e9es voisines de 1780 n\u2019a pas connu le plaisir de vivre.\u00a0\u00bb1231<\/p><p>TALLEYRAND (1754-1838), \u00e0 Guizot. <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p><\/blockquote><p>T\u00e9moignage d\u2019un privil\u00e9gi\u00e9, vieil homme nostalgique de sa \u00ab\u00a0belle \u00e9poque\u00a0\u00bb. Mais sa v\u00e9rit\u00e9 correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: en 1780, la civilisation fran\u00e7aise est au z\u00e9nith. Ensuite, ce sera le trouble dans les esprits, des calamit\u00e9s agricoles, le pays \u00e0 bout de souffle apr\u00e8s sa participation \u00e0 la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine, enfin la course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme du r\u00e9gime, avant la R\u00e9volution et l\u2019Empire \u2013 peu propices au \u00ab\u00a0plaisir de vivre\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0On appr\u00eate le caf\u00e9 de telle mani\u00e8re qu\u2019il donne de l\u2019esprit \u00e0 ceux qui en prennent.\u00a0\u00bb978<\/p><p>MONTESQUIEU (1689-1755),<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p><\/blockquote><p>La R\u00e9gence, le Procope, Gradot, Laurent\u00a0: c\u2019est la grande mode des caf\u00e9s o\u00f9 le caf\u00e9 fait fureur \u2013 on en compte 300 \u00e0 Paris, en 1715. Les clubs, plus ferm\u00e9s, institution typiquement anglaise, s\u00e9duisent la France anglophile jusqu\u2019\u00e0 l\u2019anglomanie. Les salons se multiplient, \u00e0 Paris et en province, \u00e0 mesure que la cour de Versailles perd son h\u00e9g\u00e9monie\u00a0: d\u2019abord litt\u00e9raires et mondains, puis philosophiques, ils sont tenus par des femmes de talent\u00a0et d\u2019influence\u00a0: Mme\u00a0de Lambert, Mme\u00a0de Tencin, Mme\u00a0du Deffand, Mme\u00a0Geoffrin, Mlle\u00a0de Lespinasse. Dans ces lieux de rencontre et de conversation, les id\u00e9es nouvelles circulent et les r\u00e9putations se font et se d\u00e9font \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, les r\u00e9seaux sociaux ne feront pas mieux\u00a0!<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La fureur de la plupart des Fran\u00e7ais, c\u2019est d\u2019avoir de l\u2019esprit, et la fureur de ceux qui veulent avoir de l\u2019esprit, c\u2019est de faire des livres.\u00a0\u00bb979<\/p><p>MONTESQUIEU (1689-1755),<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p><\/blockquote><p>Trait typique du \u00ab\u00a0si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb et qui ne fera que se renforcer, lui donnant son unit\u00e9 par-del\u00e0 d\u2019extr\u00eames diversit\u00e9s et complexit\u00e9s, contrastes et contradictions.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Paris est un monde. Tout y est grand\u00a0: beaucoup de mal et beaucoup de bien. Aller aux spectacles, aux promenades, aux endroits de plaisir, tout est plein. Aller aux \u00e9glises, il y a foule partout.\u00a0\u00bb980<\/p><p>Carlo GOLDONI (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p><\/blockquote><p>Italien de Paris, auteur dramatique adopt\u00e9 par la capitale, il profite du go\u00fbt des Parisiens pour les spectacles.<\/p><p>Les salles de th\u00e9\u00e2tre se multiplient dans les \u00ab\u00a0foires\u00a0\u00bb fort bien fr\u00e9quent\u00e9es \u2013 Saint-Germain et Saint-Laurent \u2013 ainsi que les superbes h\u00f4tels particuliers voisinant des immeubles de rapport cossus. Le tr\u00e8s fran\u00e7ais Montesquieu confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je hais Versailles parce que tout le monde y est petit\u00a0; j\u2019aime Paris parce que tout le monde y est grand.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019imprimerie est l\u2019artillerie de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb991<\/p><p>RIVAROL (1753-1801),<em> Maximes, Pens\u00e9es et Paradoxes<\/em><\/p><\/blockquote><p>Dans les ann\u00e9es 1760, la diffusion des id\u00e9es nouvelles prend une ampleur jamais vue\u00a0! Pour ne donner que deux exemples\u00a0: les 17 gros volumes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> (plus les 11 tomes de planches) entrent dans toutes les biblioth\u00e8ques dignes de ce nom\u00a0; et le<em> Journal de Paris<\/em>, premier quotidien fran\u00e7ais, commence \u00e0 para\u00eetre en 1777. Le baron d\u2019Holbach \u00e9crit dans son <em>Essai sur les pr\u00e9jug\u00e9s<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un livre qui renferme des v\u00e9rit\u00e9s utiles ne p\u00e9rit plus [\u2026]\u00a0: la typographie rend indestructible les mouvements de l\u2019esprit humain.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00c9vangile jusqu\u2019au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb1000<\/p><p>Vicomte Louis de BONALD (1754-1840),<em> M\u00e9langes litt\u00e9raires, politiques et philosophiques<\/em>, \u00ab\u00a0Sur les \u00e9loges historiques de MM.\u00a0S\u00e9guier et de Malesherbes\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>Les philosophes n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9volutionnaires, mais leur pens\u00e9e le devint, diffus\u00e9e par leurs \u0153uvres. En sch\u00e9matisant\u00a0: \u00e0 Voltaire le temps de la pr\u00e9-R\u00e9volution\u00a0; Montesquieu triomphe sous la Constituante o\u00f9 Diderot aussi a son heure\u00a0; puis L\u00e9gislative et Convention s\u2019inscrivent sous le signe de Rousseau qui inspire les discours jacobins de Robespierre.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0H\u00e2tons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point o\u00f9 en sont les philosophes.\u00a0\u00bb1066<\/p><p>DIDEROT (1713-1784), <em>Pens\u00e9es sur l\u2019interpr\u00e9tation de la nature<\/em> (1753)<\/p><\/blockquote><p>Diderot initie un vaste public (sinon d\u00e9j\u00e0 le grand public) aux choses de l\u2019art et notamment la peinture, par ses brillants comptes rendus (Salons). Mais c\u2019est avant tout le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre infatigable de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>.<\/p><p>Il signe plus de mille articles sur les sujets les plus divers\u00a0: philosophie et litt\u00e9rature, morale et religion, politique et \u00e9conomie, arts appliqu\u00e9s. Le plus grand agitateur d\u2019id\u00e9es du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle aura une influence consid\u00e9rable sur ses contemporains, sur le XIXe et jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb1149<\/p><p>Carlo GOLDONI (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, il veut r\u00e9former la com\u00e9die dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre, La Locandiera. Il est violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur, qui d\u00e9fend la tradition de la commedia dell\u2019arte \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p><p>Fatigu\u00e9 de cette guerre des deux Carlo, le paisible Goldoni, invit\u00e9 personnellement par Louis\u00a0XV, s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris, en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0XVI. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Tout citoyen est roi sous un roi citoyen.\u00a0\u00bb1164<\/p><p>Charles Simon FAVART (1710-1792),<em> Les Trois Sultanes ou Soliman second<\/em> (1761)<\/p><\/blockquote><p>Trois vers de Soliman r\u00e9sonnent haut et fort\u00a0: \u00ab\u00a0Point d\u2019esclaves chez nous\u00a0; on ne respire en France\u00a0\/ Que les plaisirs, la libert\u00e9, l\u2019aisance\u00a0\/ Tout citoyen est roi sous un roi citoyen.\u00a0\u00bb<\/p><p>Auteur en vogue dans une soci\u00e9t\u00e9 folle de spectacles (\u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tromanie\u00a0\u00bb), mari\u00e9 \u00e0 une com\u00e9dienne et chanteuse de talent, cr\u00e9ateur de la com\u00e9die musicale et du vaudeville dramatique, il fait du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre aux arm\u00e9es\u00a0\u00bb, attach\u00e9 au service du mar\u00e9chal de Saxe. Ce c\u00e9l\u00e8bre s\u00e9ducteur s\u2019\u00e9prend de Mme\u00a0Favart qui s\u2019enfuit pour lui \u00e9chapper. La m\u00e9saventure tourne mal et le couple ne retrouvera sa libert\u00e9 qu\u2019\u00e0 la mort du mar\u00e9chal (1750).<\/p><p>Le nom de Favart restera attach\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique qu\u2019il dirige, fusionnant avec la Com\u00e9die-Italienne rivale\u00a0: des \u0153uvres de commande, un grand talent de po\u00e8te et librettiste officiel. La mort de sa femme brise l\u2019homme et sa carri\u00e8re.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb1182<\/p><p>Marquis de SADE (1740-1814), <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p><\/blockquote><p>En 1763, il passe deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb. En 1768, il est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison. C\u2019est un cas extr\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9put\u00e9e raffin\u00e9e, civilis\u00e9e, mais libertine et cultivant aussi tous les \u00ab\u00a0plaisirs\u00a0\u00bb.<\/p><p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles, incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton, o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p><p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du XIXe\u00a0si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au XXe, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal.\u00a0\u00bb1215<\/p><p>BEAUMARCHAIS (1732-1799), <em>Le Barbier de S\u00e9ville<\/em> (1775)<\/p><\/blockquote><p>G\u00e9nie tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette p\u00e9riode de fermentation sociale qui pr\u00e9c\u00e8de la R\u00e9volution, sa vie fut un roman, celle d\u2019un aventurier, libertin, parvenu, trafiquant d\u2019armes. Fils d\u2019un horloger, professeur de harpe des filles de Louis\u00a0XV, puis juge des d\u00e9lits de braconnage sur les terres royales, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est introduit dans le monde de la finance. Un proc\u00e8s l\u2019oppose \u00e0 un Grand (le comte de La Blache) et lui vaut une notori\u00e9t\u00e9 subite, en lui offrant l\u2019occasion de d\u00e9noncer publiquement la v\u00e9nalit\u00e9 d\u2019un de ses juges.<\/p><p>Cette version du <em>Barbier<\/em> remporte un succ\u00e8s imm\u00e9diat\u00a0: premier acte th\u00e9\u00e2tral v\u00e9ritablement pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, en attendant la suite, <em>Le Mariage<\/em>\u2026<\/p><p>En 1777, Beaumarchais invente la \u00ab\u00a0gr\u00e8ve de la plume\u00a0\u00bb, mobilise ses confr\u00e8res et cr\u00e9e la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 d\u2019auteurs au monde, pour la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats d\u2019une corporation jusqu\u2019alors exploit\u00e9e par les Com\u00e9diens-Fran\u00e7ais qui refusaient de \u00ab\u00a0donner les comptes\u00a0\u00bb. C\u2019est dire comme ce personnage combattant agit et innove sur tous les terrains \u2013 et comme la France est en avance sur ce point capital.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0C\u2019est d\u00e9testable\u00a0! Cela ne sera jamais jou\u00e9\u00a0! [\u2026] Il faudrait d\u00e9truire la Bastille pour que la repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce ne f\u00fbt pas une incons\u00e9quence dangereuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1234\" class=\"cit-num\">1234<\/span><\/p><p>LOUIS XVI (1754-1793), qui vient de lire <em>Le Mariage de Figaro<\/em> avant sa cr\u00e9ation sur sc\u00e8ne. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Le Mariage de Figaro\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>Depuis quatre ans, Paris parle de cette pi\u00e8ce dont l\u2019auteur, Beaumarchais, est d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre pour des raisons pas seulement litt\u00e9raires \u2013 proc\u00e8s gagn\u00e9s, aide \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique et \u00e0 ses \u00ab\u00a0Insurgents\u00a0\u00bb (contre l\u2019Angleterre, puissance colonisatrice). Soumise \u00e0 six censeurs, l\u2019\u0153uvre est interdite de repr\u00e9sentation \u00e0 Versailles au dernier moment en 1783, puis jou\u00e9e en th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9, chez M. de Vaudreuil, le 23\u00a0septembre. Paris se presse pour la premi\u00e8re publique \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, le 27\u00a0avril 1784.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Pourvu que je ne parle en mes \u00e9crits ni de l\u2019autorit\u00e9, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en cr\u00e9dit, ni de l\u2019op\u00e9ra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne \u00e0 quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l\u2019inspection de deux ou trois censeurs.\u00a0\u00bb1235<\/p><p>BEAUMARCHAIS (1732-1799), <em>Le Mariage de Figaro<\/em> ou <em>La Folle Journ\u00e9e<\/em> (1784)<\/p><\/blockquote><p>La censure royale a remplac\u00e9 la censure religieuse de la Sorbonne au XVIIe\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 79 censeurs ont charge d\u2019autoriser ou d\u2019interdire livres ou pi\u00e8ces, selon leur moralit\u00e9. La censure inqui\u00e9tera plus ou moins tous les philosophes qui iront se faire \u00e9diter en Suisse, Hollande, Angleterre. Abolie par la R\u00e9volution, r\u00e9tablie en 1797, de nouveau abolie, r\u00e9tablie, etc., ce sera une longue histoire dans l\u2019histoire, jusqu\u2019au d\u00e9but du XXe\u00a0si\u00e8cle.<\/p><p>Le th\u00e9\u00e2tre, spectacle public, est expos\u00e9 plus encore que le livre aux foudres ou aux tracasseries d\u2019Anastasie aux grands ciseaux. Il est normal que Beaumarchais en traite, pour s\u2019en moquer. En tout cas, l\u2019auteur a \u00e9crit l\u00e0 son chef-d\u2019\u0153uvre.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Il y a quelque chose de plus fou que ma pi\u00e8ce, c\u2019est son succ\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb1236<\/p><p>BEAUMARCHAIS (1732-1799). <em>Beaumarchais et son temps\u00a0: \u00e9tudes sur la soci\u00e9t\u00e9 en France au XVIIIe si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s des documents in\u00e9dits<\/em> (1836), Louis de Lom\u00e9nie<\/p><\/blockquote><p>Auteur enchant\u00e9, apr\u00e8s le triomphe de la cr\u00e9ation, \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Sous-titr\u00e9e <em>La Folle Journ\u00e9e<\/em>, la pi\u00e8ce sera jou\u00e9e plus de cent fois de suite \u2013 un record, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais Beaumarchais en fait trop, se retrouve \u00e0 la prison de Saint-Lazare (mars\u00a01785) et sa popularit\u00e9 ne sera plus jamais ce qu\u2019elle fut, au soir du <em>Mariage<\/em> qui prit valeur de symbole.<\/p><p>Selon Antoine Vitez, administrateur de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise qui monta la pi\u00e8ce pour le bicentenaire de la R\u00e9volution en 1989, \u00ab\u00a0<em>Le Mariage de Figaro<\/em> est tr\u00e8s l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9 comme une pi\u00e8ce r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Il est des \u0153uvres de po\u00e8tes g\u00e9niaux qui proph\u00e9tisent ce qui va se passer avec une acuit\u00e9 extr\u00eame. <em>La Chinoise<\/em> de Godard, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Mai 68 avant Mai 68, et <em>Les Bains<\/em> de Ma\u00efakowski, en 1929, la description de ce que serait le stalinisme avant le stalinisme.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0S\u00fbre, sociale, raisonnable, ce n\u2019est plus la langue fran\u00e7aise, c\u2019est la langue humaine.\u00a0\u00bb1237<\/p><p>RIVAROL (1753-1801),<em> Discours sur l\u2019universalit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1784)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Acad\u00e9mie de Berlin a mis au concours en 1782 un sujet r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui fait de la langue fran\u00e7aise la langue universelle de l\u2019Europe\u00a0? Par o\u00f9 m\u00e9rite-t-elle cette pr\u00e9rogative\u00a0? Peut-on pr\u00e9sumer qu\u2019elle la conserve\u00a0?\u00a0\u00bb Et Rivarol obtint le premier prix avec son <em>Discours<\/em>.<\/p><p>Rayonnements de la langue et de la civilisation d\u2019un pays sont ins\u00e9parables. La France a perdu sous Louis\u00a0XV sa supr\u00e9matie militaire, mais elle sert toujours de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe par sa litt\u00e9rature, ses Lumi\u00e8res, ses arts, ses modes, son \u00e9l\u00e9gance, son esprit. Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0II de Prusse, notre ennemi, parle fran\u00e7ais, correspond avec Voltaire, comme Catherine\u00a0II de Russie avec Diderot. Des ch\u00e2teaux imit\u00e9s de Versailles naissent un peu partout, cependant que le style rocaille, dit rococo, typique de la R\u00e9gence et du r\u00e8gne de Louis\u00a0XV, r\u00e9pand ses contournements en Allemagne et en Italie. Le style Louis\u00a0XVI revient \u00e0 plus de classicisme.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"mirabeau citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mirabeau_citation_1.jpg\" alt=\"mirabeau citation\" width=\"400\" height=\"347\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">5. La R\u00e9volution porte le discours au rang d\u2019art oratoire avec Mirabeau et Danton, mais sid\u00e8re toute forme de cr\u00e9ation v\u00e9ritable.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre que nous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et qu\u2019on ne nous en arrachera que par la puissance des ba\u00efonnettes.\u00a0\u00bb1320<\/p><p>MIRABEAU (1749-1791), au marquis de Dreux-Br\u00e9z\u00e9, salle du Jeu de paume, 23\u00a0juin\u00a01789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1823-1827), Adolphe Thiers, F\u00e9lix Bodin<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse au grand ma\u00eetre des c\u00e9r\u00e9monies, envoy\u00e9 par Louis\u00a0XVI pour faire \u00e9vacuer la salle du Jeu de paume, suite au Serment du 20\u00a0juin.<\/p><p>Le comte de Mirabeau, reni\u00e9 par son ordre et \u00e9lu par le tiers, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau attirait tous les regards. Tout le monde pressentait en lui la grande voix de la France\u00a0\u00bb, \u00e9crira Michelet.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0\u2018Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u2019 Votre ma\u00eetre\u00a0! c\u00a0\u2018est le roi de France devenu \u00e9tranger. C\u2019est toute une fronti\u00e8re trac\u00e9e entre le tr\u00f4ne et le peuple. C\u2019est la r\u00e9volution qui laisse \u00e9chapper son cri. Personne ne l\u2019eut os\u00e9 avant Mirabeau. Il n\u2019appartient qu\u2019aux grands hommes de prononcer les mots d\u00e9cisifs des grandes \u00e9poques.\u00a0\u00bb1321<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885),<em> Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019auteur dramatique a le sens du mot et ne peut que saluer l\u2019auteur de cette r\u00e9plique\u00a0: \u00ab\u00a0Allez dire \u00e0 votre ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb La post\u00e9rit\u00e9 l\u2019a rendue immortelle. L\u2019iconographie de l\u2019\u00e9poque (gravures et tableaux contemporains) t\u00e9moigne de la port\u00e9e symbolique de cette sc\u00e8ne \u2013\u00a0ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui son \u00ab\u00a0impact m\u00e9diatique\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019histoire n\u2019a trop souvent racont\u00e9 les actions que de b\u00eates f\u00e9roces parmi lesquelles on distingue de loin en loin des h\u00e9ros. Il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer que nous commen\u00e7ons l\u2019histoire des hommes, celle de fr\u00e8res n\u00e9s pour se rendre mutuellement heureux.\u00a0\u00bb1324<\/p><p>MIRABEAU (1749-1791), Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0juin 1789.<em> Discours et opinions de Mirabeau, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u2019une notice sur sa vie<\/em> (1820)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Orateur du peuple fait de la fraternit\u00e9 l\u2019invention majeure de la R\u00e9volution \u2013 priorit\u00e9 sera plus souvent donn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Avec la conscience de vivre un moment historique, et un formidable optimisme \u2013 le bonheur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Nul, quand la patrie est en danger, nul ne peut refuser son service sans \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 inf\u00e2me et tra\u00eetre \u00e0 la patrie.\u00a0\u00bb1426<\/p><p>DANTON (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792.<em> Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p><\/blockquote><p>L\u2019arm\u00e9e des Princes (germaniques), soutenue par les aristocrates \u00e9migr\u00e9s (fran\u00e7ais), a pris Longwy. L\u2019Assembl\u00e9e a peur et veut se replier sur la Loire, mais Danton appelle \u00e0 la lev\u00e9e en masse\u00a0: \u00ab\u00a0Une partie du peuple va se porter aux fronti\u00e8res\u00a0; une autre va creuser des retranchements, et la troisi\u00e8me, avec des piques, d\u00e9fendra l\u2019int\u00e9rieur de nos villes.\u00a0\u00bb L\u2019orateur se fait acclamer.<\/p><p>C\u2019est le grand homme de cette p\u00e9riode\u00a0: substitut de la Commune de Paris \u00e9rig\u00e9e en assembl\u00e9e souveraine et ministre de la Justice, il a en fait tous les pouvoirs. Et l\u2019\u00e9loquence en plus. On l\u2019appelle \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb. Comme Mirabeau, c\u2019est une \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb, un personnage th\u00e9\u00e2tral. Mais contrairement \u00e0 Mirabeau, \u00ab\u00a0Danton, comme Robespierre et Marat, est une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution. Il jaillit de l\u2019immense \u00e9v\u00e9nement sans aucun pr\u00e9avis\u00a0\u00bb (Mona Ozouf).<\/p><p>Fait remarquable, il n\u2019\u00e9crit pas ses discours\u00a0: c\u2019est le plus grand improvisateur de l\u2019\u00e9poque (tout le contraire de Robespierre).<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb1428<\/p><p>DANTON (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792.<em> Discours de Danton, \u00e9dition critique<\/em> (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p><\/blockquote><p>La fin du discours, c\u00e9l\u00e9brissime, est propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>).<\/p><p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette, accus\u00e9 de trahison, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Dumouriez, qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre, l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne parvient pas \u00e0 \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz. Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0!<\/p><p>La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Austro-Prussiens, qui serait imminente. On arr\u00eate 600 suspects, qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison. Danton ne fera rien pour arr\u00eater le drame\u00a0\u00e0 venir\u00a0: les massacres de septembre.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s le pain, l\u2019\u00e9ducation est le premier besoin d\u2019un peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1515\" class=\"cit-num\">1515<\/span><\/p><p>DANTON (1759-1794), Discours sur l\u2019\u00c9ducation, 13\u00a0ao\u00fbt\u00a01793. <em>Discours civiques de Danton<\/em><\/p><\/blockquote><p>Ces mots s\u2019appliquent parfaitement \u00e0 l\u2019article\u00a022 de la <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em>, pr\u00e9face \u00e0 la Constitution adopt\u00e9e par la Convention, le 24\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019instruction est le besoin de tous. La soci\u00e9t\u00e9 doit favoriser de tout son pouvoir le progr\u00e8s de la raison publique et mettre l\u2019instruction \u00e0 la port\u00e9e de tous les citoyens.\u00a0\u00bb Ce sera l\u2019\u0153uvre de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Que parles-tu, Vallier, de faire des trag\u00e9dies\u00a0? La Trag\u00e9die court les rues.\u00a0\u00bb1596<\/p><p>Jean-Fran\u00e7ois DUCIS (1733-1816), Correspondance, au plus fort de la Terreur.<em> Essais de M\u00e9moires, ou Lettres sur la vie, le caract\u00e8re et les \u00e9crits de J.-F. Ducis<\/em> (1824), Fran\u00e7ois Nicolas Vincent Campenon<\/p><\/blockquote><p>Po\u00e8te tragique et traducteur (tr\u00e8s libre) de Shakespeare, il r\u00e9pond \u00e0 l\u2019un de ses amis et t\u00e9moigne, dans cette lettre\u00a0: \u00ab\u00a0Si je mets les pieds hors de chez moi, j\u2019ai du sang jusqu\u2019\u00e0 la cheville.\u00a0\u00bb<\/p><p>Les spectacles sont florissants (hors les jours et les quartiers tragiques), on donne beaucoup d\u2019\u0153uvres \u00ab\u00a0de circonstance\u00a0\u00bb, mais la R\u00e9volution n\u2019inspire aucune \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale jouable par la suite. Tr\u00e8s vite, on se rabat sur les trag\u00e9dies de Voltaire, qui ne sont pas non plus des chefs-d\u2019\u0153uvre.<\/p><p>Deux noms d\u2019artistes resteront\u00a0: Talma, trag\u00e9dien de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, et David, peintre politiquement inspir\u00e9. On les retrouvera au service de l\u2019empereur Napol\u00e9on.<\/p><p>Dans le flot des chansons et chants r\u00e9volutionnaires tr\u00e8s inspir\u00e9s, il reste naturellement la <em>Marseillaise<\/em> de Rouget de l\u2019Isle et le<em> Chant du d\u00e9part<\/em> de Ch\u00e9nier (Marie-Joseph) et M\u00e9hul.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! je n\u2019ai rien fait pour la post\u00e9rit\u00e9\u00a0; et pourtant, j\u2019avais quelque chose l\u00e0.\u00a0\u00bb1599<\/p><p>Andr\u00e9 CH\u00c9NIER (1762-1794), se frappant le front avant de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 25\u00a0juillet 1794. Mot de la fin d\u2019un po\u00e8te.<em> Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0post\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est l\u2019une des derni\u00e8res victimes de la Terreur (guillotin\u00e9 deux jours avant l\u2019arrestation de Robespierre). Avec autant de courage que de talent, de son \u00ab\u00a0c\u0153ur gros de haine, affam\u00e9 de justice\u00a0\u00bb, le po\u00e8te crie jusqu\u2019\u00e0 la fin sa r\u00e9volte contre les exactions.<\/p><p>Il n\u2019a que 32\u00a0ans, m\u00eame pas l\u2019\u00e2ge du Christ qui sert parfois de r\u00e9f\u00e9rence aux condamn\u00e9s. Il s\u2019est engag\u00e9 avec enthousiasme dans la R\u00e9volution, avant de s\u2019opposer aux Girondins. Plut\u00f4t que d\u2019\u00e9migrer, il a tent\u00e9 de sauver Louis\u00a0XVI. C\u2019\u00e9tait un suspect id\u00e9al\u00a0et son fr\u00e8re cadet, Marie-Joseph Ch\u00e9nier, lui-m\u00eame suspect, n\u2019a rien pu faire pour le sauver \u2013 il est l\u2019auteur d\u2019une trag\u00e9die censur\u00e9e, puis jou\u00e9e avec succ\u00e8s \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise (par Talma), <em>Charles\u00a0IX, ou la Saint-Barth\u00e9lemy<\/em> (retitr\u00e9e <em>Charles\u00a0IX, ou l\u2019\u00e9cole des rois<\/em>)\u00a0: plaidoyer contre le fanatisme et pour la libert\u00e9, sujet maintes fois trait\u00e9.<\/p><p>Si le nom de Ch\u00e9nier est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, c\u2019est surtout par les vers d\u2019Andr\u00e9. <em>La Jeune Captive<\/em>, ode \u00e9crite en prison, est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Aim\u00e9e de Coigny, prisonni\u00e8re \u00e0 Saint-Lazare\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne veux pas mourir encore\u00a0!\u00a0\u00bb Elle sera sauv\u00e9e par la chute de Robespierre.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Y a-t-il guillotine aujourd\u2019hui\u00a0?<br>\u2014 Oui, lui r\u00e9pliqua un franc patriote, car il y a toujours trahison.\u00a0\u00bb1572<\/p><p>Reflet de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du sans-culotte et du terrorisme l\u00e9gal. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p><\/blockquote><p>La guillotine est un spectacle pris\u00e9. Les tricoteuses s\u2019installent au pied des bois de justice, les patriotes voient les ennemis du peuple bel et bien punis et Robespierre multiplie les discours \u00e0 la Convention, justifiant inlassablement la Terreur.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"sacre napol\u00e9on citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sacre_napoleon_citation.jpg\" alt=\"sacre napol\u00e9on citation\" width=\"400\" height=\"271\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">6. L\u2019Empire censure la culture et toute expression artistique, \u00e0 l\u2019exception de David, peintre g\u00e9nial au service de la propagande imp\u00e9riale.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb1697<\/p><p>Mme de STA\u00cbL (1766-1817), <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p><\/blockquote><p>Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis\u00a0XVI), c\u2019est l\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve pour oser d\u00e9noncer, d\u00e8s le Consulat, le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur. \u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, fervente lectrice de Rousseau, fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine, et surtout la Terreur.<\/p><p>Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir et impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0VIII lui \u00f4tent toutes ses illusions\u00a0! Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme, par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression d\u2019une femme. D\u2019o\u00f9 son nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re. Retir\u00e9 de la politique depuis 1790, le septuag\u00e9naire est moins s\u00e9v\u00e8re, dans ses <em>Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802)\u00a0: \u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce qui para\u00eet est mis\u00e9rable\u00a0! cela d\u00e9go\u00fbte.\u00a0\u00bb1758<\/p><p>NAPOL\u00c9ON Ier (1769-1821). <em>Journal\u00a0: notes intimes et politiques d\u2019un familier des Tuileries<\/em> (posthume, 1909), Pierre-Louis Roederer<\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur a souvent ce mot, comme d\u00e9j\u00e0 le Premier Consul, d\u00e9\u00e7u par la production litt\u00e9raire de son temps. Sans doute veut-il trop diriger la pens\u00e9e des cr\u00e9ateurs et des intellectuels. La plupart d\u2019entre eux sont dociles et les \u00ab\u00a0best-sellers\u00a0\u00bb d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les amateurs de romans et de po\u00e8mes abondent sont aujourd\u2019hui illisibles. Seuls grands talents, des opposants au r\u00e9gime\u00a0: Chateaubriand hostile \u00e0 Napol\u00e9on apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien (1804) et Mme\u00a0de Sta\u00ebl, coupable d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente, la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napol\u00e9on inspirera des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et mondiale.<\/p><p>M\u00eame pauvret\u00e9 dans le domaine th\u00e9\u00e2tral. Le genre qui fait fureur sur les boulevards, c\u2019est le m\u00e9lodrame. Napol\u00e9on m\u00e9prise le \u00ab\u00a0m\u00e9lo\u00a0\u00bb, il n\u2019aime que le genre noble, la trag\u00e9die (\u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), mais aucun auteur ne peut rivaliser, m\u00eame de tr\u00e8s loin, avec les dramaturges du si\u00e8cle de Louis XIV. Il a quand m\u00eame trouv\u00e9 son grand acteur, Talma, qui donnera des le\u00e7ons de \u00ab\u00a0com\u00a0\u00bb \u00e0 cet \u00e9l\u00e8ve surdou\u00e9.<\/p><p>Napol\u00e9on a plus de chance avec les beaux-arts\u00a0: David, peintre officiel, issu de la R\u00e9volution, reste magnifiquement inspir\u00e9 dans le parcours impos\u00e9 par le nouveau ma\u00eetre de la France\u00a0: voir <em>Le Sacre<\/em>, chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique. D\u00e9j\u00e0 sous le Consulat, le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, renouvelle l\u2019exploit d\u2019Hannibal, franchissant les Alpes au col du Saint-Bernard encore sous la neige, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e, et surtout sublim\u00e9e, par David\u00a0: <em>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard<\/em>, tableau peint en 1800.<\/p><p>Conseill\u00e9 par Bonaparte lui-m\u00eame, l\u2019artiste d\u00e9passe la simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb et l\u2019artiste cabre l\u2019animal, pour donner un dynamisme \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive. Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, au visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cens\u00e9e \u00eatre cette troisi\u00e8me voie politique qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains.<\/p><p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, Bonaparte a franchi le col \u00e0 dos de mule, rev\u00eatu d\u2019une redingote grise. C\u2019est quand m\u00eame un exploit qui contredit les pr\u00e9dictions des habitants du lieu. Ce passage r\u00e9ussi permet de prendre \u00e0 revers les troupes autrichiennes, dans cette deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la pens\u00e9e est la premi\u00e8re conqu\u00eate du si\u00e8cle. L\u2019Empereur veut qu\u2019elle soit conserv\u00e9e.\u00a0\u00bb1811<\/p><p>NAPOL\u00c9ON Ier (1769-1821), <em>Le Moniteur<\/em>, 22\u00a0janvier 1806<\/p><\/blockquote><p>Pr\u00e9cisons que c\u2019est un journal tr\u00e8s officiel\u2026 et il n\u2019en reste pratiquement plus d\u2019autres. Apr\u00e8s les 1\u00a0500 p\u00e9riodiques n\u00e9s au d\u00e9but de la R\u00e9volution, plus de 70 p\u00e9riodiques paraissaient encore \u00e0 Paris sous le Directoire. Ils ne seront plus que quatre en 1811. En 1810, un seul journal par d\u00e9partement \u2013 reproduisant les pages politiques du <em>Moniteur<\/em>, sous contr\u00f4le du pr\u00e9fet.<\/p><p>La libert\u00e9 de pens\u00e9e est r\u00e9duite comme celle de la presse. M\u00eame les trag\u00e9dies classiques, r\u00e9pertoire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de l\u2019empereur, sont \u00e9pur\u00e9es\u00a0: les habitu\u00e9s du Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais, brochure en main, s\u2019amusent \u00e0 traquer les nouvelles coupes impos\u00e9es par la censure imp\u00e9riale \u00e0 Racine et Corneille. Les contemporains sont dociles. Sauf exception.<\/p><p>Malgr\u00e9 son admiration pour le personnage historique, Chateaubriand reste un opposant au r\u00e9gime (depuis l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien). Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, il veut faire l\u2019\u00e9loge de la libert\u00e9. Napol\u00e9on le lui interdit. Mme\u00a0de Sta\u00ebl est plus gravement pers\u00e9cut\u00e9e\u00a0: l\u2019exil punit sa libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019Empereur, si puissant, si victorieux, n\u2019est inquiet que d\u2019une chose au monde\u00a0: les gens qui parlent et, \u00e0 leur d\u00e9faut, les gens qui pensent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1861\" class=\"cit-num\">1861<\/span><\/p><p>Comte de NARBONNE (1755-1813), \u00e0 Vuillemain, lors d\u2019une visite \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale en 1812. <em>Revue des deux mondes<\/em>, volume\u00a0II (1874)<\/p><\/blockquote><p>Napol\u00e9on, au fa\u00eete de sa gloire, voudrait que son r\u00e8gne soit \u00ab\u00a0signal\u00e9 par de grands travaux, de grands ouvrages litt\u00e9raires\u00a0\u00bb. Mais jamais la libert\u00e9 de parole et de pens\u00e9e ne fut plus surveill\u00e9e, la presse davantage censur\u00e9e\u00a0: plus que quatre journaux \u00e0 Paris depuis 1811 \u2013 et leurs actions ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9es et r\u00e9parties entre la police et les courtisans les plus d\u00e9vou\u00e9s. Encore Napol\u00e9on s\u2019indigne-t-il parfois de ce qu\u2019il lit, du \u00ab\u00a0mauvais esprit\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0maladresse\u00a0\u00bb des journalistes.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"chateaubriand citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chateaubriand_citation_0.jpg\" alt=\"chateaubriand citation\" width=\"310\" height=\"380\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">7. Sous la Restauration et la Monarchie de juillet, les auteurs politiquement engag\u00e9s luttent pour la libert\u00e9 de la presse \u00ab\u00a0grand public\u00a0\u00bb et inventent le roman sous toutes ses formes, romantique, populaire, social.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Parler est bien, \u00e9crire est mieux\u00a0; imprimer est une excellente chose.\u00a0\u00bb1898<\/p><p>Paul-Louis COURIER (1772-1825), <em>Pamphlet des pamphlets<\/em> (1824)<\/p><\/blockquote><p>Quelle que soit la censure qui touche d\u2019ailleurs la presse plus que la litt\u00e9rature, la Restauration est une p\u00e9riode de grande activit\u00e9 intellectuelle\u00a0: des sciences exactes aux courants politiques, en passant par la po\u00e9sie, la litt\u00e9rature, le th\u00e9\u00e2tre. En 1825, l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise publie de 13 \u00e0 14\u00a0millions de volumes \u2013 pour 30\u00a0millions de Fran\u00e7ais, dont les trois quarts sont illettr\u00e9s. On a recens\u00e9 2\u00a0278 titres de journaux et p\u00e9riodiques, durables ou \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Une opinion ne devient pas criminelle en devenant publique.\u00a0\u00bb1971<\/p><p>Comte de SERRE (1776-1824), pr\u00e9ambule des trois lois favorables \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, 22\u00a0mars\u00a01819. <em>Guizot pendant la Restauration<\/em> (1923), Charles Hippolyte Pouthas<\/p><\/blockquote><p>Les constitutionnels (au centre de l\u2019\u00e9chiquier politique) sont plus nombreux que les ultraroyalistes. Depuis 1816 et pendant quatre ans, ils ont le pouvoir. Decazes, ministre de la Police, puis de l\u2019Int\u00e9rieur, dirige en fait le gouvernement, avec la confiance de Louis XVIII qui l\u2019appelle \u00ab\u00a0mon fils\u00a0\u00bb. Il place ses hommes et le choix est bon, avec le baron Louis aux Finances, le comte de Serre \u00e0 la Justice. Ses trois lois cr\u00e9ent les conditions de la presse d\u2019opinion.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la presse, c\u2019est l\u2019expansion et l\u2019impulsion de la vapeur dans l\u2019ordre intellectuel, force terrible mais vivifiante, qui porte et r\u00e9pand en un clin d\u2019\u0153il les faits et les id\u00e9es sur toute la face de la terre.\u00a0\u00bb1972<\/p><p>Fran\u00e7ois GUIZOT (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p><\/blockquote><p>Il entre sur la sc\u00e8ne politique sous la Restauration, tout en faisant \u0153uvre d\u2019historien (de la France et de l\u2019Angleterre). Il a des responsabilit\u00e9s dans le minist\u00e8re Decazes et la m\u00eame \u00e9tiquette de mod\u00e9r\u00e9 que le comte de Serre, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif avec son ami Royer-Collard d\u2019une classe de bourgeois instruits et riches, juristes, universitaires, hauts fonctionnaires. Il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours souhait\u00e9 la presse libre\u00a0; je la crois \u00e0 tout prendre plus utile que nuisible \u00e0 la moralit\u00e9 publique.\u00a0\u00bb<\/p><p>Mais cette libert\u00e9 d\u2019expression et d\u2019opinion, qui profite surtout \u00e0 leurs adversaires (de gauche), ulc\u00e8re les ultras de droite qui vont pratiquer la politique du pire \u2013 \u00ab\u00a0politique politicienne\u00a0\u00bb tant reproch\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie et aux R\u00e9publiques \u00e0 venir.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0C\u2019est la le\u00e7on d\u2019un p\u00e8re qui laisse toujours percer sa sollicitude \u00e0 travers sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou pour mieux dire sa pr\u00e9voyance.\u00a0\u00bb2007<\/p><p><em>Le Moniteur<\/em>, 24\u00a0juin 1827. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p><\/blockquote><p>Sous Charles X, le journal officiel parle en ces termes du r\u00e9tablissement de la censure, par ordonnance\u00a0!<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Tous ces pr\u00e9tendus hommes politiques sont les pions, les cavaliers, les tours ou les fous d\u2019une partie d\u2019\u00e9checs qui se jouera tant qu\u2019un hasard ne renversera pas le damier.\u00a0\u00bb2038<\/p><p>Honor\u00e9 de BALZAC (1799-1850), <em>Monographie de la presse parisienne<\/em> (1842)<\/p><\/blockquote><p>Comme presque tous les g\u00e9nies de son temps, Balzac est tent\u00e9 par la politique (h\u00e9sitant entre lib\u00e9ralisme et monarchisme catholique). Mais c\u2019est plus que tout un prodigieux observateur des m\u0153urs, doubl\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0visionnaire passionn\u00e9\u00a0\u00bb (selon Baudelaire). Les quelque 90 romans de sa <em>Com\u00e9die humaine<\/em> ont d\u2019abord pour titre <em>\u00c9tudes sociales\u00a0<\/em>: les jeux politiques de la nouvelle monarchie install\u00e9e dans l\u2019histoire entre deux r\u00e9volutions y sont croqu\u00e9s sans indulgence et le personnage de Rastignac entre dans la galerie des grands classiques. Adolphe Thiers sert de mod\u00e8le \u00e0 ce bourgeois avide d\u2019argent et de pouvoir.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La presse est un \u00e9l\u00e9ment jadis ignor\u00e9, une force autrefois inconnue, introduite maintenant dans le monde\u00a0; c\u2019est la parole \u00e0 l\u2019\u00e9tat de foudre\u00a0: c\u2019est l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sociale [\u2026] Plus vous pr\u00e9tendrez la comprimer, plus l\u2019explosion sera violente.\u00a0\u00bb2043<\/p><p>Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de CHATEAUBRIAND (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>La libert\u00e9 de la presse r\u00e9duite sur ordonnance de Charles X a mis le feu aux poudres de sa monarchie et des journaux comme<em> Le National<\/em> ont jou\u00e9 un r\u00f4le direct dans la R\u00e9volution de juillet. Plus libre sous Louis-Philippe, la presse se diversifie (des magazines illustr\u00e9s aux revues savantes) et se d\u00e9mocratise\u00a0: <em>La Presse<\/em>, quotidien gouvernemental de Girardin et Le\u00a0Si\u00e8cle, quotidien d\u2019opposition de Dutacq, sont lanc\u00e9s \u00e0 40\u00a0francs l\u2019abonnement annuel en 1836, <em>La Libert\u00e9<\/em> d\u2019Alexandre Dumas sera vendue un sou et tir\u00e9e en 1840 \u00e0 plus de 100\u00a0000 exemplaires. Avec l\u2019introduction du roman-feuilleton et de la publicit\u00e9, la cr\u00e9ation de l\u2019Agence Havas et de la rotative, la presse moderne est n\u00e9e.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0On parlera de sa gloire,<br>Sous le chaume bien longtemps [\u2026]<br>Bien, dit-on, qu\u2019il nous ait nui,<br>Le peuple encore le r\u00e9v\u00e8re, oui, le r\u00e9v\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui, Grand-m\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1984\" class=\"cit-num\">1984<\/span><\/p><p>B\u00c9RANGER (1780-1857), <em>Les Souvenirs du peuple<\/em> (1828), chanson. <em>L\u2019Empereur<\/em> (1853), Victor Auger<\/p><\/blockquote><p>L\u2019une des plus belles et simples chansons de ce parolier populaire\u00a0: \u00ab\u00a0Le peuple, c\u2019est ma Muse\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il. Salu\u00e9 par Chateaubriand comme \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb et par le critique Sainte-Beuve comme un \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p><p>Pierre Jean de B\u00e9ranger contribue \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne avec \u00ab\u00a0la chanson lib\u00e9rale et patriotique qui fut et restera sa grande innovation\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve). Le souvenir de l\u2019empereur sera bient\u00f4t li\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition au roi \u2013 la dynastie au pouvoir n\u2019est pas si solide.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0De tout temps, les pamphlets ont chang\u00e9 la face du monde.\u00a0\u00bb1993<\/p><p>Paul-Louis COURIER (1772-1825), <em>Pamphlet des pamphlets<\/em> (1824)<\/p><\/blockquote><p>Pol\u00e9miste brillant, il incarne, face \u00e0 la monarchie restaur\u00e9e, une tradition \u00e0 la fois lib\u00e9rale et anticl\u00e9ricale qui s\u2019exprime, malgr\u00e9 la censure. Sous la Restauration, la vie politique est active, mais limit\u00e9e, l\u2019\u00e9conomie ne conna\u00eet qu\u2019une faible progression, mais le mouvement des id\u00e9es est tel que la France et ses intellectuels retrouvent la primaut\u00e9 perdue sous l\u2019Empire.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Autant proposer une loi en un seul article, qui dirait\u00a0: L\u2019imprimerie est supprim\u00e9e en France au profit de la Belgique.\u00a0\u00bb2002<\/p><p>Casimir P\u00c9RIER (1777-1832), \u00e0 propos du projet de loi sur la police de la presse, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 29\u00a0d\u00e9cembre\u00a01826. Mot \u00e9galement attribu\u00e9, selon quelques sources, \u00e0 Royer-Collard (1763-1845), autre d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral. <em>Mes M\u00e9moires<\/em> (1852-1856), Alexandre Dumas<\/p><\/blockquote><p>Le d\u00e9put\u00e9 raille am\u00e8rement le projet du minist\u00e8re Vill\u00e8le et quitte son banc.<\/p><p>Peyronnet, garde des Sceaux, l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 le 29\u00a0d\u00e9cembre comme une \u00ab\u00a0loi de justice et d\u2019amour\u00a0\u00bb (selon <em>Le Moniteur<\/em>). Chateaubriand d\u00e9nonce cette \u00ab\u00a0loi vandale\u00a0\u00bb. Ainsi, les journaux doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9s cinq \u00e0 dix jours avant leur diffusion.<\/p><p>L\u2019\u00e9dition n\u2019est gu\u00e8re mieux trait\u00e9e, l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise proteste, les lib\u00e9raux se d\u00e9cha\u00eenent \u00e0 la discussion du projet. Mais la loi est vot\u00e9e le 12\u00a0mars 1827 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s (233 voix contre 134). Reste la Chambre des pairs o\u00f9 Chateaubriand a pris la t\u00eate de l\u2019opposition lib\u00e9rale.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019ai aid\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir celle de nos libert\u00e9s qui les vaut toutes, la libert\u00e9 de la presse.\u00a0\u00bb2003<\/p><p>Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de CHATEAUBRIAND (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Monarchiste mod\u00e9r\u00e9, il m\u00e8ne campagne pour les libert\u00e9s publiques dans <em>Le Journal des d\u00e9bats<\/em> et \u00e0 la Chambre, contre le minist\u00e8re Vill\u00e8le qui multiplie les lois r\u00e9actionnaires. Les pairs modifient tant et si bien la loi sur la presse que Vill\u00e8le retire son projet, le 17\u00a0avril 1827. Et Paris illumine.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La plupart des hommes qui \u00e9taient l\u00e0 avaient servi, au moins, quatre gouvernements\u00a0; et ils auraient vendu la France ou le genre humain, pour garantir leur fortune, s\u2019\u00e9pargner un malaise, un embarras, ou m\u00eame par simple bassesse, adoration instinctive de la force.\u00a0\u00bb2040<\/p><p>Gustave FLAUBERT (1821-1880),<em> L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 l\u2019instar de Chateaubriand le grand romantique, mais dans un tout autre style, le \u00ab\u00a0ma\u00eetre du r\u00e9alisme\u00a0\u00bb se pr\u00e9sente comme un grand auteur \u00e0 la barre des t\u00e9moins de son temps, peintre minutieux de la bourgeoisie des ann\u00e9es 1840-1850 et des illusions perdues de Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, son antih\u00e9ros.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Qu\u2019importe que ce soit un sabre ou un goupillon, ou un parapluie qui nous gouverne\u00a0! C\u2019est toujours un b\u00e2ton.\u00a0\u00bb2041<\/p><p>Th\u00e9ophile GAUTIER (1811-1872), <em>Mademoiselle de Maupin<\/em> (1835)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est l\u2019exception \u00e0 la r\u00e8gle de l\u2019engagement politique, social et moral des Hugo, Lamartine et George Sand, Michelet et Tocqueville. Contre les \u00ab\u00a0Jeunes-France\u00a0\u00bb romantiques, ce \u00ab\u00a0parfait magicien des lettres fran\u00e7aises\u00a0\u00bb (selon Baudelaire) affirme la doctrine de \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb dans la pr\u00e9face de <em>Mademoiselle de Maupin<\/em>.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.<br>D\u2019un\u00a0si\u00e8cle sans espoir na\u00eet un\u00a0si\u00e8cle sans crainte.\u00a0\u00bb2054<\/p><p>Alfred de MUSSET (1810-1857), <em>Po\u00e9sies nouvelles<\/em>, Rolla (1833)<\/p><\/blockquote><p>L\u2019enfant terrible du romantisme triomphant incarne le mal de vivre de tous les enfants du\u00a0si\u00e8cle. Mais le d\u00e9sarroi de cette jeunesse dor\u00e9e est plus moral que social.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Il y a des hommes qui, apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 la R\u00e9publique une et indivisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, \u00e0 l\u2019Empire en une seule, \u00e0 la premi\u00e8re Restauration, \u00e0 l\u2019Acte additionnel aux constitutions de l\u2019Empire, \u00e0 la seconde Restauration, ont encore quelque chose \u00e0 pr\u00eater \u00e0 Louis-Philippe\u00a0; je ne suis pas si riche.\u00a0\u00bb2059<\/p><p>Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de CHATEAUBRIAND (1768-1848), <em>De la Restauration et de la Monarchie \u00e9lective<\/em> (1830)<\/p><\/blockquote><p>Et Chateaubriand joint le geste aux mots de cette brochure \u00e9crite au lendemain de la R\u00e9volution de juillet. Il renonce \u00e0 son titre et \u00e0 sa pension de pair de France, attitude d\u2019autant plus digne que toute la fin de sa vie sera empoisonn\u00e9e par des probl\u00e8mes d\u2019argent.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb2076<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p><\/blockquote><p>Mot d\u2019un populaire gamin de Paris, ainsi mis en situation\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb<\/p><p>Hugo, l\u2019auteur qui va le mieux incarner son si\u00e8cle, immortalise dans ce roman la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de juillet (5 et 6\u00a0juin 1832). Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019Histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La grande passion de ces temps-ci, c\u2019est [\u2026] la passion de l\u2019avenir, c\u2019est la passion du perfectionnement social [\u2026] Eh bien\u00a0: l\u2019instrument de cette passion actuelle du monde moral, c\u2019est la presse, c\u2019est l\u2019outil de la civilisation.\u00a0\u00bb2088<\/p><p>Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 21\u00a0ao\u00fbt 1835.<em> Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em>\u00a0(1898), Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>Le po\u00e8te entre en politique. Avec Hugo, voici l\u2019un des meilleurs orateurs, en un temps o\u00f9 les hommes politiques ont le don d\u2019\u00e9loquence. Ce discours en faveur de la libert\u00e9 de la presse reste c\u00e9l\u00e8bre.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Les journaux qui devraient \u00eatre les \u00e9ducateurs du public, n\u2019en sont que les courtisans, quand ils n\u2019en sont pas les courtisanes.\u00a0\u00bb2089<\/p><p>BARBEY d\u2019AUREVILLY (1808-1889).<em> L\u2019Esprit de J. Barbey d\u2019Aurevilly<\/em> (1908), Jules Barbey d\u2019Aurevilly, L\u00e9on Bordellet<\/p><\/blockquote><p>Pol\u00e9miste et critique, adversaire proclam\u00e9 de son\u00a0si\u00e8cle, il accable ses contemporains de son m\u00e9pris indign\u00e9, d\u00e9nonce les progr\u00e8s de la m\u00e9diocrit\u00e9 dans les m\u0153urs, les sentiments, les \u0153uvres. Face aux bourgeois, il s\u2019affiche dandy. Mais si la d\u00e9mocratisation de la presse va de pair avec vulgarisation, voire vulgarit\u00e9, il y a sous la Monarchie de juillet un incontestable progr\u00e8s dans la communication des id\u00e9es. 1836 est une date importante, avec la cr\u00e9ation de <em>La Presse<\/em>, quotidien \u00e0 bon march\u00e9 et gros tirages d\u2019\u00c9mile de Girardin qui se battra pour la libert\u00e9 des journaux qu\u2019il cr\u00e9e, g\u00e8re et modernise en homme d\u2019affaires. Ce march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 capitaliste fait vivre les nombreux auteurs de feuilleton \u00ab\u00a0grand public\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Le bourgeois de Paris est un roi qui a, chaque matin \u00e0 son lever, un complaisant, un flatteur qui lui conte vingt histoires. Il n\u2019est point oblig\u00e9 de lui offrir \u00e0 d\u00e9jeuner, il le fait taire quand il veut et lui rend la parole \u00e0 son gr\u00e9\u00a0; cet ami docile lui pla\u00eet d\u2019autant plus qu\u2019il est le miroir de son \u00e2me et lui dit tous les jours son opinion en termes un peu meilleurs qu\u2019il ne l\u2019e\u00fbt exprim\u00e9e lui-m\u00eame\u00a0; \u00f4tez-lui cet ami, il lui semblera que le monde s\u2019arr\u00eate\u00a0; cet ami, ce miroir, cet oracle, ce parasite peu dispendieux, c\u2019est son journal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2097\" class=\"cit-num\">2097<\/span><\/p><p>Alfred de VIGNY (1797-1863), <em>Journal d\u2019un po\u00e8te<\/em> (1839)<\/p><\/blockquote><p>Encore un d\u00e9\u00e7u de la politique et de ses contemporains. Le d\u00e9senchantement semble inh\u00e9rent au romantisme et celui de Vigny est sinc\u00e8re. Il date de la Restauration \u2013 la vie de garnison lassa vite le jeune militaire \u00e9lev\u00e9 dans le culte des armes et de l\u2019honneur \u2013 et s\u2019aggrave lors de la r\u00e9volution de 1830, qui am\u00e8ne au pouvoir un bourgeois si peu roi, aux yeux de la vieille aristocratie dont Vigny est le d\u00e9licat et sensible rejeton.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Ma patrie est partout o\u00f9 rayonne la France,<br>O\u00f9 son g\u00e9nie \u00e9clate aux regards \u00e9blouis\u00a0!<br>Chacun est du climat de son intelligence\u00a0:<br>Je suis concitoyen de toute \u00e2me qui pense,<br>La v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est mon pays\u00a0!\u00a0\u00bb2109<\/p><p>Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), <em>La Marseillaise de la Paix<\/em>, \u00ab\u00a0Revue des Deux-Mondes\u00a0\u00bb, 1er juin 1841<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse au \u00ab\u00a0Rhin allemand\u00a0\u00bb du po\u00e8te Becker, mais le po\u00e8te fran\u00e7ais d\u00e9passe l\u2019opposition de pays \u00e0 pays dans un hymne pacifique qui n\u2019implique nul renoncement au patriotisme. Le lyrisme et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Lamartine s\u2019expriment dans cette invitation lanc\u00e9e \u00e0 toutes les nations, \u00e0 s\u2019unir pour le progr\u00e8s social.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Partout on travaille activement aux barricades d\u00e9j\u00e0 formidables. C\u2019est plus qu\u2019une \u00e9meute, cette fois, c\u2019est une insurrection.\u00a0\u00bb2131<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848 (posthume)<\/p><\/blockquote><p>Lamartine, Dumas, Flaubert, Baudelaire, George Sand et beaucoup d\u2019autres \u00e9crivains sont t\u00e9moins, parfois acteurs et enthousiastes. Hugo vit et vibre \u00e0 ces nouvelles journ\u00e9es des Barricades, toujours aux premi\u00e8res loges \u2013 apr\u00e8s les Trois Glorieuses de 1830 et l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans <em>les Mis\u00e9rables.<\/em><\/p><p>Il note encore, en date du 24\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais une reconnaissance autour de la place Royale. Partout l\u2019agitation, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, une attente fi\u00e9vreuse.\u00a0\u00bb Thiers a un plan, celui-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il appliquera contre les communards en 1871\u00a0: \u00e9vacuer Paris, puis l\u2019encercler, le reconqu\u00e9rir comme une place forte ennemie, avec une troupe de m\u00e9tier. Il dispose de 60\u00a0000 hommes pour \u00e9craser la r\u00e9volution. Le petit homme entrerait dans l\u2019histoire, mais cela ferait des milliers de morts (comme sous la Commune)\u2026 Louis-Philippe ne peut s\u2019y r\u00e9soudre, tandis que l\u2019\u00e9meute gronde autour du palais des Tuileries.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"Victor Hugo\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_3.jpg\" alt=\"Victor Hugo citation\" width=\"400\" height=\"451\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">8. La Deuxi\u00e8me R\u00e9publique retrouve l\u2019art (r\u00e9volutionnaire) du discours politique avec Lamartine au d\u00e9but, Hugo (\u00e9lu d\u00e9put\u00e9) \u00e0 la fin et l\u2019engagement plus passionn\u00e9 que jamais des auteurs.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019enthousiasme fanatique et double de la R\u00e9publique que je fonde et de l\u2019ordre que je sauve.\u00a0\u00bb2145<\/p><p>Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>XIXe\u00a0si\u00e8cle\u00a0: les grands auteurs fran\u00e7ais du programme<\/em> (1968), Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard<\/p><\/blockquote><p>Entr\u00e9 en politique avec la r\u00e9volution de 1830, l\u2019auteur continue d\u2019\u00e9crire pour des raisons financi\u00e8res \u2013 une \u0153uvre d\u2019historien le mobilise (sa belle <em>Histoire des Girondins<\/em>). Mais la R\u00e9publique va le mobiliser \u00e0 plein temps et plein c\u0153ur, pendant deux ans.<\/p><p>\u00ab\u00a0P\u00e9rissent nos m\u00e9moires, pourvu que nos id\u00e9es triomphent\u00a0! Ce cri sera le mot d\u2019ordre de ma vie politique.\u00a0\u00bb Depuis ce discours du 27\u00a0janvier 1843 qui le mit \u00e0 la t\u00eate de l\u2019opposition de gauche \u00e0 la Monarchie de juillet, Lamartine jouit d\u2019une immense popularit\u00e9. Il a conduit le peuple \u00e0 la r\u00e9volution rendue in\u00e9vitable par l\u2019aveuglement des conservateurs et le voil\u00e0 port\u00e9 au pouvoir en f\u00e9vrier\u00a01848, par une sorte d\u2019unanimit\u00e9 dont la fragilit\u00e9 et surtout l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 vont \u00e9clater, dans les semaines \u00e0 venir.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb2146<\/p><p>Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p><\/blockquote><p>Son lyrisme fait merveille, aux grandes heures du si\u00e8cle romantique. La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, il a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage d\u2019aller vers la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville\u00a0! Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb2147<\/p><p>Gustave FLAUBERT (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p><\/blockquote><p>Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0! Quel r\u00eave\u00a0! [\u2026] On est fou, on est ivre, on est heureux de s\u2019\u00eatre endormi dans la fange et de se r\u00e9veiller dans les cieux.\u00a0\u00bb2150<\/p><p>George SAND (1804-1876), Lettre au po\u00e8te ouvrier Charles Poncy, 9\u00a0mars 1848, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>La Dame de Nohant, tr\u00e8s populaire par ses nouveaux romans humanitaires et rustiques (<em>La Mare au diable, Fran\u00e7ois le Champi, La Petite Fadette<\/em>), se pr\u00e9cipite \u00e0 Paris et s\u2019enthousiasme comme ses confr\u00e8res pour la R\u00e9publique. Elle fonde <em>La Cause du Peuple<\/em> (hebdomadaire dont Sartre fera revivre le nom et qui deviendra <em>Lib\u00e9ration<\/em>), elle ne pense plus qu\u2019\u00e0 la politique, le proclame et s\u2019affiche aux c\u00f4t\u00e9s de Barb\u00e8s (\u00e9meutier r\u00e9volutionnaire lib\u00e9r\u00e9 de prison gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9cente r\u00e9volution), Louis Blanc et Ledru-Rollin (membres du gouvernement provisoire).<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, [\u2026] en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb2154<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Choses vues<\/em> (posthume). <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p><\/blockquote><p>Le plus grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps note toutes ses impressions, dans son Journal. Son \u0153uvre est une mine de citations et les plus belles appartiennent aux grandes \u00e9poques de trouble. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent et l\u2019antith\u00e8se hugolienne fort juste.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Le monde a la d\u00e9marche d\u2019un sot, il s\u2019avance en se balan\u00e7ant mollement entre deux absurdit\u00e9s\u00a0: le droit divin et la souverainet\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb2159<\/p><p>Alfred de VIGNY (1797-1863), <em>Journal d\u2019un po\u00e8te<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>\u00c9lev\u00e9 dans une famille de vieille noblesse avec le culte de la monarchie de droit divin, \u00e9corch\u00e9 vif par tous les bouleversements de la soci\u00e9t\u00e9 depuis sa naissance, Vigny s\u2019est pris d\u2019enthousiasme pour la R\u00e9volution de 1848 et s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la d\u00e9putation en Charente. Il obtient si peu de voix que cet \u00e9chec politique le rend de nouveau bien amer.<\/p><p>Ses confr\u00e8res ont plus de chance\u00a0: Lamartine triomphe (dans dix d\u00e9partements, avec 1\u00a0600\u00a0000 voix) et Hugo est bien \u00e9lu. Chateaubriand, octog\u00e9naire \u00e0 demi paralys\u00e9, retir\u00e9 de la vie politique, mourra en juillet. Musset, pr\u00e9cocement \u00e9puis\u00e9 par les exc\u00e8s, ne va pas bien et ne se pr\u00e9sente pas non plus. Tocqueville l\u2019historien est \u00e9lu. Michelet vibre naturellement pour la r\u00e9volution, mais milite par ses cours d\u2019histoire et son \u0153uvre engag\u00e9e. Belle \u00e9poque politique.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Il faut avoir v\u00e9cu dans cet isoloir qu\u2019on appelle Assembl\u00e9e nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus compl\u00e8tement l\u2019\u00e9tat d\u2019un pays sont presque toujours ceux qui le repr\u00e9sentent.\u00a0\u00bb2164<\/p><p>Pierre-Joseph PROUDHON (1809-1865), <em>Les Confessions d\u2019un r\u00e9volutionnaire<\/em> (1849)<\/p><\/blockquote><p>Nul mieux que cet homme du peuple ne m\u00e9rite ce titre de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du peuple\u00a0\u00bb. Pourtant, le plus c\u00e9l\u00e8bre socialiste de France, tr\u00e8s critique contre ses confr\u00e8res (\u00e0 commencer par les socialistes) est lui-m\u00eame tr\u00e8s critiqu\u00e9, sur le fond et plus encore sur la forme de ses premiers discours, lus \u00e0 la tribune, difficiles \u00e0 comprendre. Le portrait qu\u2019en fait Hugo, dans <em>Choses vues<\/em>, est assez cruel. Ce sera pire avec le futur Napol\u00e9on\u00a0III. Paradoxalement, Louis-Napol\u00e9on Bonaparte va \u00e9prouver les m\u00eames difficult\u00e9s que Proudhon, en entrant dans cette ar\u00e8ne politique. Mais il s\u2019en sortira bien diff\u00e9remment\u00a0! Quant \u00e0 Hugo, c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le plus \u00e9loquent des orateurs.<\/p><p>Ces trois hommes, \u00e9lus d\u00e9put\u00e9s aux \u00e9lections compl\u00e9mentaires du 4\u00a0juin 1848, entrent ainsi le m\u00eame jour \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge.\u00a0\u00bb2173<\/p><p>Gustave FLAUBERT (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p><\/blockquote><p>Les repr\u00e9sailles ont suivi les combats. Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie.<\/p><p>Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris surtout, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont peu \u00e0 peu se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre. Flaubert rejette ici dos \u00e0 dos le bourgeois et le peuple.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019ai honte aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre Fran\u00e7aise, moi qui nagu\u00e8re en \u00e9tais si heureuse [\u2026] Je ne crois plus \u00e0 l\u2019existence d\u2019une r\u00e9publique qui commence par tuer ses prol\u00e9taires.\u00a0\u00bb2174<\/p><p>George SAND (1804-1876), Lettre \u00e0 Charlotte Marliani, juillet\u00a01848. <em>Les \u00c9crivains devant la R\u00e9volution de 1848<\/em> (1948), Jean Pommier<\/p><\/blockquote><p>Elle \u00e9crit ces mots \u00e0 sa confidente et amie, montrant \u00e0 quel point son c\u0153ur est du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9meutiers. La \u00ab\u00a0bonne dame de Nohant\u00a0\u00bb n\u2019aura pas la m\u00eame inconditionnalit\u00e9 pour la Commune de Paris, en 1871.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0C\u2019est parce que je veux la souverainet\u00e9 nationale dans toute sa v\u00e9rit\u00e9 que je veux la presse dans toute sa libert\u00e9.\u00a0\u00bb2206<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, 9\u00a0juillet 1850. <em>Les M\u00e9dias<\/em> (2004), Francis Balle<\/p><\/blockquote><p>Le d\u00e9fenseur des libert\u00e9s, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9, s\u2019oppose ici \u00e0 la loi sur la presse qui va r\u00e9tablir le timbre et le cautionnement, le 16\u00a0juillet. Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui s\u2019impose en ma\u00eetre de la France d\u00e9pla\u00eet chaque jour davantage \u00e0 Hugo qui l\u2019a soutenu les premiers mois, mettant m\u00eame \u00e0 son service le journal qu\u2019il a fond\u00e9.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La R\u00e9volution et la R\u00e9publique sont indivisibles. L\u2019une est la m\u00e8re, l\u2019autre est la fille. L\u2019une est le mouvement humain qui se manifeste, l\u2019autre est le mouvement humain qui se fixe. La R\u00e9publique, c\u2019est la R\u00e9volution fond\u00e9e [\u2026] On ne s\u00e9pare pas l\u2019aube du soleil.\u00a0\u00bb2214<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), Assembl\u00e9e l\u00e9gislative, Discours du 17\u00a0juillet 1851. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875), Victor Hugo<\/p><\/blockquote><p>Discours violent et c\u00e9l\u00e8bre, prononc\u00e9 devant une assembl\u00e9e houleuse. Hugo est contre la r\u00e9vision de la Constitution en d\u00e9bat. Le 19\u00a0juillet, elle ne r\u00e9unit que 446 voix contre 270. Il fallait la majorit\u00e9 des trois quarts (543 voix). L\u2019article\u00a045 interdisant la r\u00e9\u00e9ligibilit\u00e9 est donc maintenu. Les d\u00e9put\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dupes, la man\u0153uvre a \u00e9chou\u00e9.<\/p><p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte n\u2019a plus le choix. Il pr\u00e9pare son coup d\u2019\u00c9tat, avec ses hommes bien plac\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e, la police. Il pr\u00e9pare aussi l\u2019opinion, entretient la peur, d\u00e9nonce l\u2019imminence du complot\u00a0: <em>Le Spectre rouge<\/em> de 1852, brochure sign\u00e9e Romieu, en dit assez par son titre.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" title=\"opera garnier citation\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/opera_garnier_citation.jpg\" alt=\"opera garnier citation\" width=\"600\" height=\"337\"><\/p><h4 style=\"text-align: center;\">9. Le Second Empire impose l\u2019exil \u00e0 Hugo (irr\u00e9ductible opposant) et une censure (quasi napol\u00e9onienne), mais la chanson s\u2019en moque et ce r\u00e9gime nous laisse en h\u00e9ritage le Paris haussmannien et l\u2019Op\u00e9ra Garnier.<\/h4><blockquote><p>\u00ab\u00a0Louis Bonaparte [\u2026] ne connaissait qu\u2019une chose, son but [\u2026] Toute sa politique \u00e9tait l\u00e0. \u00c9craser les r\u00e9publicains, d\u00e9daigner les royalistes.\u00a0\u00bb2222<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p><\/blockquote><p>Ainsi r\u00e9sume-t-il la politique du nouvel homme fort, entre le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et le r\u00e9tablissement de l\u2019Empire \u00e0 son profit en novembre\u00a01852.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La censure quelle qu\u2019elle soit me para\u00eet une monstruosit\u00e9, une chose pire que l\u2019homicide\u00a0; l\u2019attentat contre la pens\u00e9e est un crime de l\u00e8se-\u00e2me. La mort de Socrate p\u00e8se encore sur le genre humain.\u00a0\u00bb2225<\/p><p>Gustave FLAUBERT (1821-1880), Lettre \u00e0 Louise Colet (1852), <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p><\/blockquote><p>La r\u00e9pression a touch\u00e9 d\u2019abord la presse r\u00e9publicaine. La plupart de ses journaux ont disparu apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat. Suivent quatre d\u00e9crets (f\u00e9vrier et mars\u00a01852) qui enl\u00e8vent toute libert\u00e9 \u00e0 la presse, plac\u00e9e sous contr\u00f4le du minist\u00e8re de la Police.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0La R\u00e9publique \u00e0 votre vote expire<br>Devant Machin, votre unanime \u00e9lu.<br>Soyez heureux\u00a0: vous poss\u00e9dez l\u2019Empire,<br>Soyez-en fiers, car vous l\u2019avez voulu.<br>De ce succ\u00e8s dont votre \u00e2me s\u2019enivre<br>Peut-\u00eatre un jour vous vous mordrez les doigts\u00a0:<br>Votre empereur, dit-on, aime bien vivre\u00a0!<br>Et vous paierez la carte, bons bourgeois\u00a0!\u00a0\u00bb2233<\/p><p>Charles GILLE (1820-1856), <em>La Carte \u00e0 payer<\/em>, chanson. <em>La R\u00e9publique clandestine (1840-1856)\u00a0: les chansons de Charles Gille<\/em> (posthume, 2002)<\/p><\/blockquote><p>La presse d\u2019opposition n\u2019existe pratiquement plus, depuis le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851, mais la chanson reste un moyen d\u2019expression et l\u2019humour se fait cinglant. Charles Gille, po\u00e8te et ouvrier pers\u00e9cut\u00e9, \u00e9crase de son m\u00e9pris cette bourgeoisie qui, de nouveau, a trahi la R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb2234<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Le prestigieux proscrit t\u00e9moigne de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur, \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef de lui. \u00c0 la date o\u00f9 cette \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0M.\u00a0Louis Bonaparte a r\u00e9ussi. Il a pour lui d\u00e9sormais l\u2019argent, l\u2019agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre quand il n\u2019y a \u00e0 enjamber que de la honte.\u00a0\u00bb2253<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em> (1852)<\/p><\/blockquote><p>Les ralliements sont nombreux \u2013 ni plus ni moins choquants que les pr\u00e9c\u00e9dents, dans cette France qui ne cesse de changer de r\u00e9gime depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle. Hugo fut ulc\u00e9r\u00e9 par le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, combattu sans succ\u00e8s comme d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Chambre et comme manifestant appelant le peuple aux barricades\u00a0; ulc\u00e9r\u00e9 aussi par l\u2019irr\u00e9sistible ascension au pouvoir imp\u00e9rial qui a suivi, en 1852. Et d\u2019accuser Napol\u00e9on\u00a0III dans son pamphlet\u00a0: \u00ab\u00a0Il a fait de M.\u00a0Changarnier une dupe, de M.\u00a0Thiers une bouch\u00e9e, de M.\u00a0de Montalembert un complice, du pouvoir une caverne, du budget sa m\u00e9tairie.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le plus grand auteur fran\u00e7ais de son temps, le plus populaire aussi, va rester dix-huit ans en exil \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la chute du r\u00e9gime et de \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros Crapulinsky\u00a0\u00bb est aussi tourn\u00e9 en d\u00e9rision par Marx, dans <em>Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte<\/em>\u00a0: les plaies d\u2019argent et la vie scandaleuse du personnage sont sans doute exag\u00e9r\u00e9es. Quant \u00e0 l\u2019analyse des deux prises de pouvoir bonapartistes, elle est par d\u00e9finition marxiste.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019histoire a pour \u00e9gout des temps comme les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb2257<\/p><p>Victor HUGO (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p><\/blockquote><p>Paroles d\u2019exil. Il faut \u00eatre hors de France pour avoir cette libert\u00e9 d\u2019expression. Il faut \u00eatre Hugo pour avoir ces mots. Le prestigieux proscrit de Jersey, bient\u00f4t de Guernesey, se veut l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et la conscience de son si\u00e8cle et refusera de rentrer apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie.<\/p><p>Son \u0153uvre est d\u00e9sormais diffus\u00e9e sous le manteau. Apr\u00e8s le pamphlet politique contre \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> sont une \u0153uvre po\u00e9tique ambitieuse. Suite au crime du 2\u00a0d\u00e9cembre et \u00e0 la r\u00e9pression, Dieu inflige le ch\u00e2timent et l\u2019expiation. Le Po\u00e8te, seul face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an et parlant au nom du Peuple, se veut messager de l\u2019espoir avec la venue de temps meilleurs.<\/p><p>Hugo n\u2019est pas marxiste, mais comme Marx, il d\u00e9nonce le double crime bonapartiste et rapproche les deux coups d\u2019\u00c9tat, 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et 18\u00a0brumaire an\u00a0VIII \u2013 o\u00f9 Bonaparte prit le pouvoir par la violence. Les deux faits sont comparables et l\u2019un est la cons\u00e9quence de l\u2019autre, mais Napol\u00e9on est un h\u00e9ros, et l\u2019autre un nain qui s\u2019est servi du nom et de la l\u00e9gende.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Osman, pr\u00e9fet de Bajazet,<br>Fut pris d\u2019un \u00e9trange d\u00e9lire\u00a0:<br>Il d\u00e9molissait pour construire,<br>Et pour d\u00e9molir, construisait.<br>Est-ce d\u00e9mence\u00a0? Je le nie.<br>On n\u2019est pas fou pour \u00eatre musulman\u00a0;<br>Tel fut Osman,<br>P\u00e8re de l\u2019osmanomanie.\u00a0\u00bb2258<\/p><p>Gustave NADAUD (1820-1893),<em> L\u2019Osmanomanie<\/em>, chanson. <em>Chansons de Gustave Nadaud<\/em> (1870)<\/p><\/blockquote><p>Texte en forme de conte, sign\u00e9 d\u2019un po\u00e8te chansonnier qui fait la satire du Second Empire, souvent interdite par le r\u00e9gime. Ces formes de contestation \u00e9chappent \u00e0 l\u2019anonymat, preuve que les auteurs courent moins de risques que jadis\u2026<\/p><p>Nomm\u00e9 pr\u00e9fet de la Seine le 1er\u00a0juillet 1853, le baron Haussmann voit grand et beau pour la ville imp\u00e9riale. Il faut en finir avec le Paris de Balzac aux rues pittoresques, mais sales et mal \u00e9clair\u00e9es, cr\u00e9er une capitale aussi moderne que Londres qui a s\u00e9duit l\u2019empereur, creuser des \u00e9gouts, approvisionner en eau les Parisiens, am\u00e9nager des espaces verts, loger une immigration rurale massive, percer de larges avenues pour faciliter l\u2019action de la police et de l\u2019artillerie contre d\u2019\u00e9ventuelles barricades. \u00ab\u00a0Ce qu\u2019auraient tent\u00e9 sans profit\u00a0\/ Les rats, les castors, les termites\u00a0\/ Le feu, le fer et les j\u00e9suites\u00a0\/ Il le voulut faire et le fit.\u00a0\/ Puis quand son \u0153uvre fut finie\u00a0\/ Il s\u2019endormit comme un bon musulman\u00a0\/ Tel fut Osman\u00a0\/ P\u00e8re de l\u2019Osmanomanie.\u00a0\u00bb<\/p><p>La rumeur accuse le baron de sacrifier des joyaux anciens, d\u2019avoir un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour la ligne droite et bient\u00f4t de jongler avec les op\u00e9rations de cr\u00e9dit. L\u2019\u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb va rimer avec m\u00e9galomanie.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Je ne lis jamais les journaux fran\u00e7ais, ils n\u2019impriment que ce que je veux.\u00a0\u00bb2259<\/p><p>NAPOL\u00c9ON III (1808-1873). <em>Le Guide de la presse<\/em> (1990), Office universitaire de presse<\/p><\/blockquote><p>L\u2019empereur ne manque pas d\u2019humour, \u00e0 l\u2019occasion. Et il parle vrai. Depuis le 23\u00a0f\u00e9vrier 1852, un syst\u00e8me de p\u00e9nalit\u00e9s gradu\u00e9es va de l\u2019avertissement \u00e0 la suppression, en passant par la suspension. Mais l\u2019autocensure suffit souvent, surtout que la presse d\u2019opposition n\u2019existe plus \u2013 des quelque 200 journaux \u00e0 Paris en 1848, il en reste 11 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Les journaux sont les chemins de fer du mensonge.\u00a0\u00bb2260<\/p><p>BARBEY d\u2019AUREVILLY (1808-1889).<em> L\u2019Esprit de J. Barbey d\u2019Aurevilly<\/em> (1908), Jules Barbey d\u2019Aurevilly, L\u00e9on Bordellet<\/p><\/blockquote><p>Romancier, journaliste et pol\u00e9miste au parcours politique complexe, Barbey d\u2019Aurevilly, surnomm\u00e9 le Conn\u00e9table des Lettres, d\u00e9nonce les effets de la censure.<\/p><p>C\u2019est vrai jusqu\u2019en 1860, tournant politique \u00e0 la suite duquel le gouvernement favorisera la multiplication des journaux, faute de pouvoir contr\u00f4ler leur cr\u00e9ation\u00a0: il pense ainsi baisser l\u2019audience des opposants en les noyant dans la masse. Jusqu\u2019\u00e0 ce que la libert\u00e9 soit redonn\u00e9e \u00e0 la presse en 1868, sous un Empire plus lib\u00e9ral.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Il y a aussi plusieurs sortes de Libert\u00e9. Il y a la Libert\u00e9 pour le G\u00e9nie, et il y a une libert\u00e9 tr\u00e8s restreinte pour les polissons.\u00a0\u00bb2272<\/p><p>Charles BAUDELAIRE (1821-1867), <em>Notes et Documents pour mon avocat<\/em> (1857)<\/p><\/blockquote><p>25\u00a0juin\u00a01857, <em>Les Fleurs du mal<\/em> sont publi\u00e9es. Elles font scandale\u00a0: immorales, triviales, g\u00e9niales. Baudelaire para\u00eet devant le tribunal correctionnel. Il \u00e9crit aussi pour sa d\u00e9fense\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait impossible de faire autrement un livre destin\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019agitation de l\u2019esprit dans le mal.\u00a0\u00bb Il est condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison pour outrage aux m\u0153urs. Il se soumet\u00a0: dans la seconde \u00e9dition de 1861, les six po\u00e8mes incrimin\u00e9s auront disparu.<\/p><p>La m\u00eame ann\u00e9e 1857, l\u2019immoralit\u00e9 de <em>Madame Bovary<\/em> m\u00e8ne Flaubert en justice. Mais son avocat obtient l\u2019acquittement. Il plaide qu\u2019une telle lecture est morale\u00a0: elle doit entra\u00eener l\u2019horreur du vice et l\u2019expiation de l\u2019\u00e9pouse coupable est si terrible qu\u2019elle pousse \u00e0 la vertu.<\/p><p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, le g\u00e9nie d\u2019Offenbach s\u2019exprime au th\u00e9\u00e2tre \u2013 l\u2019humour et la musique aident \u00e0 faire passer son apologie de l\u2019adult\u00e8re et ses bacchanales orgiaques. Dans l\u2019Angleterre puritaine, l\u2019art n\u2019a pas cette relative libert\u00e9.<\/p><blockquote><p><em>\u00c0 l\u2019imp\u00e9ratrice qui lui demande de quel style peut bien \u00eatre ce projet d\u2019Op\u00e9ra pour Paris\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0C\u2019est du Napol\u00e9on\u00a0III, Madame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2283\" class=\"cit-num\">2283<\/span><\/p><p>Charles GARNIER (1825-1898), 1861.<em> Napol\u00e9on\u00a0III et le Second Empire\u00a0: l\u2019aube des temps<\/em> (1975), Andr\u00e9 Castelot<\/p><\/blockquote><p>Un concours public est lanc\u00e9 pour l\u2019\u00e9dification d\u2019un op\u00e9ra digne du nouveau Paris haussmannien\u00a0: 171 concurrents d\u00e9posent un millier de dessins. Viollet-le-Duc, ami du couple imp\u00e9rial, est favori. Un inconnu l\u2019emporte, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 du jury\u00a0! Et l\u2019empereur s\u2019incline, s\u00e9duit par la maquette.<\/p><p>Les plus grands artistes, peintres, d\u00e9corateurs, sculpteurs \u0153uvrent pour le monument. Mais le chef-d\u2019\u0153uvre est bien sign\u00e9 Garnier, illustrant l\u2019\u00e9clectisme en architecture\u00a0: au lieu de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un style unique, on dresse un r\u00e9pertoire des mod\u00e8les les plus achev\u00e9s, pour combiner les \u00e9l\u00e9ments issus des diff\u00e9rentes \u00e9poques et civilisations, en les adaptant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Ainsi, Garnier utilise les nouveaux mat\u00e9riaux pour leur aspect fonctionnel, mais \u00e0 l\u2019inverse des modernistes (tels Eiffel, Baltard), il dissimule le fer de la charpente sous le stuc et la pierre de taille.<\/p><p>\u00ab\u00a0Cath\u00e9drale mondaine de la civilisation\u00a0\u00bb selon Th\u00e9ophile Gautier, l\u2019Op\u00e9ra de Paris va fasciner le monde (comme le ch\u00e2teau de Versailles au Si\u00e8cle de Louis XIV). Il sera \u00ab\u00a0copi\u00e9\u00a0\u00bb une centaine de fois.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0Quand Julien fait des boulettes,<br>C\u2019est un grand p\u00e2tissier,<br>Quand Haussmann double nos dettes,<br>C\u2019est un bien grand financier\u00a0! [\u2026]<br><em>Refrain<\/em><br>Ce pr\u00e9fet \u2013 Est parfait<br>Il fait bien tout ce qu\u2019il fait.\u00a0\u00bb2299<\/p><p>Paul AVENEL (1823-1902), <em>Les Comptes fantastiques d\u2019Haussmann<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>La chanson est d\u2019Avenel, mais le mot qui fait titre est de Jules Ferry (avocat et d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain) et va faire mal au pr\u00e9fet vis\u00e9, d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9 par le Corps l\u00e9gislatif et l\u2019opinion publique. Les \u00ab\u00a0Comptes fantastiques d\u2019Haussmann\u00a0\u00bb font allusion aux <em>Contes fantastiques<\/em> d\u2019Hoffmann, classique de la litt\u00e9rature romantique allemande, d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre par Carr\u00e9 et Barbier (avant d\u2019\u00eatre mis en musique par Offenbach, en 1881).<\/p><p>Les grands travaux d\u2019\u00ab\u00a0Osman\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e8lent ruineux, l\u2019\u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb rime plus que jamais avec m\u00e9galomanie, les combinaisons de cr\u00e9dit sont douteuses. Le pr\u00e9fet Haussmann sera limog\u00e9 en 1869, mais le Paris imp\u00e9rial de ses r\u00eaves et de ses plans est presque achev\u00e9. Il restera le n\u00f4tre, jusque sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019ai dans ma main le minist\u00e8re<br>Et dans ma manche le S\u00e9nat,<br>Je fais la paix, je fais la guerre,<br>Enfin c\u2019est moi qui suis l\u2019\u00c9tat\u00a0!<br>Mon peuple est un mouton docile<br>Dont je sais tondre la toison.<br><em>Refrain<\/em><br>Majest\u00e9, r\u00e9pondit \u00c9mile,<br>Majest\u00e9, vous avez raison\u00a0!\u00a0\u00bb2303<\/p><p>Paul AVENEL (1823-1902), <em>Le Pl\u00e9biscite<\/em> (1870), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p><\/blockquote><p>La chanson brocarde \u00c9mile Ollivier, hier r\u00e9publicain, aujourd\u2019hui ministre, croyant \u0153uvrer pour un empire plus lib\u00e9ral.<\/p><p>La suite est cruelle pour l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0Les effluves r\u00e9publicaines\u00a0\/ Font \u00e0 la France un sang nouveau\u00a0\/ Et le mien, vieilli dans mes veines\u00a0\/ Ne monte plus \u00e0 mon cerveau\u00a0\/ Mais malgr\u00e9 mon \u00e9tat s\u00e9nile\u00a0\/ Je reste au Louvre en garnison\u00a0\/ Majest\u00e9, r\u00e9pondit \u00c9mile\u00a0\/ Majest\u00e9, vous avez raison\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Napol\u00e9on III est \u00e0 ranger dans la liste de \u00ab\u00a0ces malades qui nous gouvernent\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s l\u2019\u00ab\u00a0abc\u00e8s\u00a0\u00bb de Fran\u00e7ois Ier (sans doute la v\u00e9role), la tuberculose des fils de Catherine de M\u00e9dicis, la fistule de Louis XIV, et avant la maladie de Waldenstr\u00f6m de Pompidou, c\u2019est la tr\u00e8s douloureuse maladie de la pierre (calculs de la vessie) qui \u00f4te toute \u00e9nergie \u00e0 l\u2019homme.<\/p><blockquote><p>\u00ab\u00a0V\u2019l\u00e0 le Sire de Fish-ton-Kan,<br>Qui s\u2019en va-t-en guerre,<br>En deux temps et trois mouv\u2019ments<br>Sens devant derri\u00e8re [\u2026]<br>Badinguet, fich ton camp.\u00a0\u00bb2319<\/p><p>Paul BURANI (1845-1901), paroles, et Antonin LOUIS (1845-1915) musique, <em>Le Sire de Fich-ton-kan<\/em> (1870), chanson<\/p><\/blockquote><p>La capitulation de Sedan est accueillie par les applaudissements de la gauche, le 3\u00a0septembre \u00e0 la Chambre\u00a0: l\u2019opposition sait que le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale. De fait, l\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t\u00a0: pl\u00e9biscit\u00e9 en mai, l\u2019empereur qui tombe est insult\u00e9. La rue chante\u2026<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lexception-culturelle-a-la-francaise-mythe-ou-realite-1\/\">Lire la suite\u00a0: l\u2019exception culturelle \u00e0 la fran\u00e7aise de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours<\/a><\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre pays poss\u00e8de un grand pass\u00e9 culturel et nous vivons sur cet h\u00e9ritage. 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