{"id":8404,"date":"2020-06-01T00:00:00","date_gmt":"2020-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-fake-news-de-la-revolution-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:43","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:43","slug":"les-fake-news-de-la-revolution-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-fake-news-de-la-revolution-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Les fake news de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/fake_news_bandeau_0.jpg\" alt=\"fake news histoire\" title=\"fake news histoire\" width=\"812\" height=\"220\"><\/p>\n<p>Le mot est nouveau, mais la chose existe depuis toujours.<\/p>\n<p>Impossible de donner une d\u00e9finition claire d\u2019une notion aussi floue, au risque de simplifier un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe et comme tel passionnant.<\/p>\n<p>Pour preuve, tous les mots associables aux fake news. \u00ab\u00a0Fausse rumeur\u00a0\u00bb vaut quasiment synonyme, comme \u00ab\u00a0infox\u00a0\u00bb, n\u00e9ologisme et mot-valise (information <span class=\"amp\">&amp;<\/span> intoxication). Restent\u00a0d\u2019innombrables corr\u00e9lats\u00a0: accusation, calomnie, diffamation, d\u00e9nigrement, d\u00e9lation, m\u00e9disance, mystification, propagande, d\u00e9sinformation, attaque, potin, ragot, insinuation, comm\u00e9rage, tromperie, contre-v\u00e9rit\u00e9, l\u00e9gende, cabale, pamphlet, conjuration, complot, complotisme et conspirationnisme (n\u00e9ologismes dans l\u2019air du temps, avec la \u00ab\u00a0th\u00e9orie du complot\u00a0\u00bb), etc.<\/p>\n<p>Les auteurs de fake news abondent. Souvent anonymes ou inconnus, c\u2019est aussi bien le peuple que le pouvoir (politique ou militaire), l\u2019opposition (sous tous les r\u00e9gimes), un parti organis\u00e9, un frondeur isol\u00e9, un journaliste plus ou moins bien inform\u00e9, une institution publique, un syndicat, un groupe de pression.<\/p>\n<p>Les r\u00e9seaux sociaux cr\u00e9ent ou amplifient le ph\u00e9nom\u00e8ne, ouvrant une \u00e8re de \u00ab\u00a0post-v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb o\u00f9 la d\u00e9fiance est de rigueur. Les d\u00e9bats s\u2019emballent en Grande-Bretagne avec la victoire des pro-Brexit (2016) et aux \u00c9tats-Unis avec l\u2019\u00e9lection de Trump (2017). En France, une \u00ab\u00a0loi fake news\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0loi infox\u00a0\u00bb (2018) vise \u00e0 \u00ab\u00a0mieux prot\u00e9ger la d\u00e9mocratie contre les diverses formes de diffusion intentionnelle de fausses nouvelles\u00a0\u00bb. On cherche \u00e0 mieux faire, oubliant la loi du 27 juillet 1849 (Deuxi\u00e8me R\u00e9publique) qui \u00ab\u00a0punit la publication ou la reproduction faite de mauvaise foi de nouvelles fausses de nature \u00e0 troubler la paix publique.\u00a0\u00bb Envers et contre tout, les fake news d\u00e9fraient la chronique.<\/p>\n<p>Une cinquantaine d\u2019exemples nous aident \u00e0 cerner le ph\u00e9nom\u00e8ne en une mini-s\u00e9rie de deux \u00e9pisodes, des origines \u00e0 nos jours. C\u2019est une lecture originale de notre <em>Histoire en citations<\/em>, revue (mais pas corrig\u00e9e\u00a0!) pour cet \u00e9dito un brin provoc et parano, \u00e0 l\u2019image du th\u00e8me.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-4.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">1. Le double jeu de Mirabeau, \u00ab\u00a0mauvais sujet\u00a0\u00bb aim\u00e9 du peuple\u2026 et vite d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez ce Mirabeau qui a tant marqu\u00e9 dans la R\u00e9volution\u00a0: au fond, c\u2019\u00e9tait le roi de la halle.\u00a0\u00bb<span id=\"1293\" class=\"cit-num\">1293<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821),<em> Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau, rejet\u00e9 de son ordre (la noblesse), \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par le tiers \u00e9tat aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, m\u00eale plus que quiconque les attributs de la naissance et de la boh\u00e8me. Selon Fran\u00e7ois Furet\u00a0: \u00ab\u00a0Du rejeton le plus m\u00e9pris\u00e9 de l\u2019ancienne noblesse, la R\u00e9volution a fait le personnage le plus brillant de l\u2019Assembl\u00e9e constituante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb<span id=\"1294\" class=\"cit-num\">1294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame savoureux petit livre et avec le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action.\u00a0\u00bb Avant la R\u00e9volution, Mirabeau vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi et \u00e0 la reine, et sera accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s bien inform\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repassez quand je serai ministre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1360\" class=\"cit-num\">1360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 ses cr\u00e9anciers.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet homme toujours couvert de femmes et de dettes, aussi intelligent qu\u2019ambitieux, intrigue pour supplanter Necker et se voit d\u00e9j\u00e0 chef mod\u00e9rateur d\u2019une R\u00e9volution qu\u2019il faut savoir finir \u2013 grand dessein d\u2019un certain nombre de r\u00e9volutionnaires successifs.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re note secr\u00e8te de Mirabeau \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est dat\u00e9e du 15\u00a0octobre 1789. Il ne sera v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0achet\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019en mai\u00a01790.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, la monarchie est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"1368\" class=\"cit-num\">1368<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 la reine, Ch\u00e2teau de Saint-Cloud, 3\u00a0juillet 1790. <em>M\u00e9moires sur Mirabeau et son \u00e9poque, sa vie litt\u00e9raire et priv\u00e9e, sa conduite politique \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, et ses relations avec les principaux personnages de son temps<\/em> (posthume, 1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Introduit \u00e0 la cour par son ami le prince d\u2019Arenberg, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 persuader Marie-Antoinette par son \u00e9loquence.<\/p>\n<p>Une question se pose, sans r\u00e9ponse des historiens\u00a0: Mirabeau croit-il vraiment que la monarchie peut \u00eatre sauv\u00e9e\u00a0? Cet homme si bien inform\u00e9 de tout s\u2019illusionne-t-il encore sur les chances d\u2019un r\u00e9gime condamn\u00e9, mais qui peut du moins le sauver de ses cr\u00e9anciers\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb. <em>Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Lous Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril 1791). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait ne sera prouv\u00e9 qu\u2019en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p>\n<p>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de la Provence, fut le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9couverte du \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb Mirabeau. C\u2019est le premier d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9, en 1794 (remplac\u00e9 par Marat dont le s\u00e9jour sera encore plus court\u00a0!) Rivarol avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9. Mais tant de rumeurs vont et viennent, en cette \u00e9poque troubl\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>La monarchie perd son meilleur soutien, personne ne peut plus sauver ce r\u00e9gime. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pr\u00e9pare sa fuite, avec la reine et quelques complices.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/massacres_septembre_citations.jpg\" alt=\"massacres septembre citations\" title=\"massacres septembre citations\" width=\"400\" height=\"264\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">2. Les massacres de septembre (1792), d\u00e9clench\u00e9s par une fausse rumeur dans un climat de v\u00e9ritable terreur.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tocsin qui sonne n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge contre les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauv\u00e9e.\u00a0\u00bb<span id=\"1428\" class=\"cit-num\">1428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), L\u00e9gislative, 2\u00a0septembre 1792. <em>Discours de Danton<\/em>, \u00e9dition critique (1910), Andr\u00e9 Fribourg<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0De l\u2019audace\u2026\u00a0\u00bb La fin du discours est c\u00e9l\u00e9brissime, et propre \u00e0 galvaniser le peuple et ses \u00e9lus\u00a0: \u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hugo (<em>Quatre-vingt-treize<\/em>).<\/p>\n<p>Ce 2\u00a0septembre, la patrie est plus que jamais en danger. La Fayette, accus\u00e9 de trahison, est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi. Dumouriez, qui a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de ministre, l\u2019a remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e du Nord, mais le g\u00e9n\u00e9ral ne parvient pas \u00e0 \u00e9tablir la jonction avec Kellermann \u00e0 Metz. Verdun vient de capituler, apr\u00e8s seulement deux jours de si\u00e8ge\u00a0: les Prussiens sont accueillis avec des fleurs par la population royaliste. C\u2019est dire l\u2019\u00e9motion chez les r\u00e9volutionnaires \u00e0 Paris\u00a0!<\/p>\n<p>La rumeur court d\u2019un complot des prisonniers, pr\u00eats \u00e0 massacrer les patriotes \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Austro-Prussiens, qui serait imminente. On arr\u00eate 600 suspects, qui rejoignent 2\u00a0000 d\u00e9tenus en prison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut purger les prisons et ne pas laisser de tra\u00eetres derri\u00e8re nous en partant pour les fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb<span id=\"1429\" class=\"cit-num\">1429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019ordre de la presse r\u00e9volutionnaire. <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot d\u2019ordre repris par <em>L\u2019Ami du peuple<\/em> de Marat et Le P\u00e8re Duchesne d\u2019H\u00e9bert, dans les premiers jours de septembre\u00a01792. Marat ne se contente plus d\u2019\u00e9crire, il entre le 2\u00a0septembre dans le Comit\u00e9 de surveillance cr\u00e9\u00e9 par la Commune. Ce \u00ab\u00a0fanatique \u00e9nergum\u00e8ne\u00a0\u00bb (selon le Montagnard Levasseur) sera l\u2019un des responsables des massacres de septembre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que demande un R\u00e9publicain\u00a0?<br>La libert\u00e9 du genre humain,<br>Le pic dans les cachots,<br>La torche dans les ch\u00e2teaux<br>Et la paix aux chaumi\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1430\" class=\"cit-num\">1430<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (automne 1792), chanson anonyme. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette nouvelle version de la <em>Carmagnole<\/em> r\u00e9sume la situation. Le \u00ab\u00a0pic dans les cachots\u00a0\u00bb va entra\u00eener un nouveau massacre r\u00e9volutionnaire, plus spectaculaire que les pr\u00e9c\u00e9dents. Ministre de la Justice et responsable des prisons, Danton, qui peut tout, ne va rien faire pour l\u2019emp\u00eacher.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple veut se faire justice lui-m\u00eame de tous les mauvais sujets qui sont dans les prisons [\u2026] Je me fous bien des prisonniers\u00a0: qu\u2019ils deviennent ce qu\u2019ils pourront\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1431\" class=\"cit-num\">1431<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), \u00e0 Grandpr\u00e9, collaborateur du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Roland.<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1928), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9cemment nomm\u00e9 inspecteur des prisons, Grandpr\u00e9 l\u2019informe du climat r\u00e9gnant dans la capitale et du danger couru par les prisonniers. Danton n\u2019en a cure, et parle d\u2019un \u00ab\u00a0sacrifice indispensable [\u2026] pour apaiser le peuple de Paris. \u00ab\u00a0<em>Vox populi, vox Dei<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0c\u2019est l\u2019adage le plus vrai, le plus r\u00e9publicain que je connaisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques dizaines de sans-culottes font irruption dans les prisons parisiennes, la Conciergerie, l\u2019Abbaye, Bic\u00eatre. \u00c0 la Force, la princesse de Lamballe, confidente de la reine, est d\u00e9pec\u00e9e par les \u00e9meutiers, sa t\u00eate plant\u00e9e sur une pique promen\u00e9e sous la fen\u00eatre de Marie-Antoinette, prisonni\u00e8re au Temple.<\/p>\n<p>Les massacres du 2 au 6\u00a0septembre 1792 feront quelque 1\u00a0500 morts (sur 3\u00a0000 prisonniers). Des \u00ab\u00a0droits commun\u00a0\u00bb sont \u00e9gorg\u00e9s en m\u00eame temps que les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb, nobles et pr\u00eatres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectables citoyens, vous venez d\u2019\u00e9gorger des sc\u00e9l\u00e9rats\u00a0; vous avez sauv\u00e9 la patrie\u00a0; la France enti\u00e8re vous doit une reconnaissance \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb<span id=\"1432\" class=\"cit-num\">1432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819) aux massacreurs, 3\u00a0septembre 1792. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de Jacobin, membre de la Commune insurrectionnelle de Paris. Il encourage les \u00e9gorgeurs \u00e0 se servir sur le butin et la d\u00e9pouille des cadavres, offre \u00e0 chacun 24\u00a0livres et les encourage\u00a0: \u00ab\u00a0Continuez votre ouvrage, et la patrie vous devra de nouveaux hommages.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce mouvement n\u2019a pas touch\u00e9 la province, sauf lorsque des tueurs parisiens y furent envoy\u00e9s (\u00e0 Versailles, Meaux, Reims, Orl\u00e9ans, Lyon). Et certains quartiers de Paris sont rest\u00e9s calmes. La m\u00eame remarque vaudra sous la Grande Terreur.<\/p>\n<p>Billaud-Varenne, avocat au Parlement sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, sera l\u2019un des r\u00e9volutionnaires les plus violents, redout\u00e9 au Comit\u00e9 de salut public \u00e0 Paris, mais aussi dans ses missions en province.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous connaissez mon enthousiasme pour la R\u00e9volution. Eh bien\u00a0! j\u2019en ai honte. Elle est ternie par des sc\u00e9l\u00e9rats, elle est devenue hideuse.\u00a0\u00bb<span id=\"1433\" class=\"cit-num\">1433<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 un ami, 5\u00a0septembre 1792. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Manon Roland est surtout connue pour avoir \u00e9t\u00e9 la femme de son mari\u00a0: l\u2019histoire est injuste. Tr\u00e8s cultiv\u00e9e, courtis\u00e9e, mais fid\u00e8le, r\u00e9volutionnaire de la premi\u00e8re heure, elle est mont\u00e9e \u00e0 Paris avec Jean-Marie Roland de la Plati\u00e8re, en 1791. Elle tient salon rue Gu\u00e9n\u00e9gaud, re\u00e7oit les Brissot, Buzot,<\/p>\n<p>P\u00e9tion, Robespierre, et se passionne pour la politique, plus excitante que la vie conjugale avec un \u00e9poux de vingt ans son a\u00een\u00e9, qualifi\u00e9 par elle de v\u00e9n\u00e9rable vieillard qu\u2019elle aime comme un p\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019est elle, l\u2019\u00e2me du mouvement girondin, avec une influence pr\u00e9pond\u00e9rante durant les trois mois du minist\u00e8re girondin (mars-juin\u00a01792). Elle suivra ses amis politiques dans leur chute et leur mort.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, Mme\u00a0Roland refl\u00e8te l\u2019opinion publique d\u2019une grande partie de la France. Elle va d\u00e9sormais vouer une haine absolue \u00e0 Danton\u2026 qui la lui rend bien.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/proces_marie_antoinette_citation.jpg\" alt=\"proces marie antoinette citation\" title=\"proces marie antoinette citation\" width=\"400\" height=\"227\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">3. Marie-Antoinette accus\u00e9e d\u2019inceste \u00e0 son proc\u00e8s, une diffamation h\u00e9rit\u00e9e des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si famili\u00e8re avec tous les crimes qu\u2019oubliant sa qualit\u00e9 de m\u00e8re, la veuve Capet n\u2019a pas craint de se livrer \u00e0 des ind\u00e9cences dont l\u2019id\u00e9e et le nom seul font fr\u00e9mir d\u2019horreur.\u00a0\u00bb<span id=\"1541\" class=\"cit-num\">1541<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FUIQUIER<\/span>\u2013<span class=\"caps\">TINVILLE<\/span> (1746-1795), Acte d\u2019accusation de Marie-Antoinette, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Marie-Antoinette de Lorraine d\u2019Autriche, \u00e2g\u00e9e de 37\u00a0ans, veuve du roi de France\u00a0\u00bb, ayant ainsi d\u00e9clin\u00e9 son identit\u00e9, a r\u00e9pondu le 12\u00a0octobre \u00e0 un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques, et sur le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 aupr\u00e8s du roi au cours de divers \u00e9v\u00e9nements, avant et apr\u00e8s 1789. Elle nie pratiquement toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, cette fois devant la foule, elle r\u00e9pond \u00e0 nouveau et sa dignit\u00e9 impressionne. L\u2019\u00e9motion est au comble, quand Fouquier-Tinville aborde ce sujet intime des relations avec son fils. L\u2019accusateur public ne fait d\u2019ailleurs que reprendre les rumeurs qui ont moralement et politiquement assassin\u00e9 la reine en quelque 3\u00a0000 pamphlets, \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019inceste (avec un enfant \u00e2g\u00e9 alors de moins de quatre\u00a0ans) fut l\u2019une des plus monstrueuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je n\u2019ai pas r\u00e9pondu, c\u2019est que la nature se refuse \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 pareille inculpation faite \u00e0 une m\u00e8re\u00a0: j\u2019en appelle \u00e0 toutes celles qui peuvent se trouver ici.\u00a0\u00bb<span id=\"1542\" class=\"cit-num\">1542<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), r\u00e9plique \u00e0 un jur\u00e9 s\u2019\u00e9tonnant de son silence au sujet de l\u2019accusation d\u2019inceste, Tribunal r\u00e9volutionnaire, 14\u00a0octobre 1793.<em> La Femme fran\u00e7aise dans les temps modernes<\/em> (1883), Clarisse Bader<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue n\u2019est plus qu\u2019une femme et une m\u00e8re humili\u00e9e, \u00e0 qui l\u2019on a enlev\u00e9 son enfant devenu t\u00e9moin \u00e0 charge, \u00e9videmment manipul\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019accus\u00e9e retourne le peuple en sa faveur. Le pr\u00e9sident menace de faire \u00e9vacuer la salle. La suite du proc\u00e8s est un simulacre de justice et l\u2019issue ne fait aucun doute.<\/p>\n<p>Au pied de la guillotine, les derni\u00e8res paroles de Marie-Antoinette sont pour le bourreau Sanson qu\u2019elle a heurt\u00e9, dans un geste de recul\u00a0: \u00ab\u00a0Excusez-moi, Monsieur, je ne l\u2019ai pas fait expr\u00e8s.\u00a0\u00bb Un mot de la fin sans doute authentique, mais trop anodin pour devenir citation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb<span id=\"1543\" class=\"cit-num\">1543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793. <em>Les Derniers Jours de Marie-Antoinette<\/em> (1933), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est un peu long et la chronique qui suit, ce n\u2019est pas du Bossuet, mais la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire d\u00e9ploie volontiers cette d\u00e9magogie populaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche. Quelle le\u00e7on pour eux, f\u2026! Comme ils auraient fr\u00e9mi en contemplant deux ou trois cent mille sans-culottes environnant le Palais et attendant en silence le moment o\u00f9 l\u2019arr\u00eat fatal allait \u00eatre prononc\u00e9\u00a0! Comme ils auraient \u00e9t\u00e9 petits ces pr\u00e9tendus souverains devant la majest\u00e9 du peuple\u00a0! Non, f\u2026! jamais on ne vit un spectacle pareil. Tendres m\u00e8res, dont les enfants sont morts pour la R\u00e9publique\u00a0; vous, \u00e9pouses ch\u00e9ries des braves bougres qui combattent en ce moment sur les fronti\u00e8res, vous avez un moment \u00e9touff\u00e9 vos soupirs et suspendu vos larmes, quand vous avez vu para\u00eetre devant ses juges la garce inf\u00e2me qui a caus\u00e9 tous vos chagrins\u00a0; et vous, vieillards, qui avez langui sous le despotisme, vous avez rajeuni de vingt ans, en assistant \u00e0 cette terrible sc\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons assez v\u00e9cu, vous disiez-vous, puisque nous avons vu le dernier jour de nos tyrans.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">4. Fouch\u00e9, le \u00ab\u00a0m\u00e9chant\u00a0de l\u2019Histoire\u00a0\u00bb, d\u00e9j\u00e0 actif sous la R\u00e9volution, \u00e0 suivre sous le Consulat, l\u2019Empire, la Restauration.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort est un sommeil \u00e9ternel.\u00a0\u00bb<span id=\"1547\" class=\"cit-num\">1547<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), octobre\u00a01793. <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9difiante inscription qu\u2019il impose sur les portes des cimeti\u00e8res o\u00f9 il fait dispara\u00eetre tout symbole chr\u00e9tien, dans les provinces plac\u00e9es sous son contr\u00f4le. Missionn\u00e9 par Marat, en ao\u00fbt dans la Ni\u00e8vre o\u00f9 il agit de concert avec Chaumette, il supprime \u00e9galement toutes les \u00ab\u00a0enseignes religieuses\u00a0\u00bb qui se trouvent sur les routes, sur les places et autres lieux publics, dans le cadre d\u2019une politique de d\u00e9christianisation syst\u00e9matique, au nom du culte de la Raison.<\/p>\n<p>Ancien \u00e9l\u00e8ve des Oratoriens qui deviendra ministre de la police sous le Directoire et le restera sous l\u2019Empire, il s\u2019est ralli\u00e9 aux id\u00e9es r\u00e9volutionnaires en 1789. \u00c9lu \u00e0 la Convention, il va r\u00e9primer l\u2019insurrection f\u00e9d\u00e9raliste et royaliste en novembre\u00a01793 \u00e0 Lyon (avec Collot d\u2019Herbois). Son ardeur lui vaudra le surnom de Mitrailleur de Lyon, le canon rempla\u00e7ant la guillotine trop lente pour ex\u00e9cuter les condamn\u00e9s par centaines\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Abolissons l\u2019or et l\u2019argent, tra\u00eenons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la R\u00e9publique, et \u00e9tablir le culte des vertus aust\u00e8res de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1548\" class=\"cit-num\">1548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820). <em>Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Avilissons l\u2019or et l\u2019argent\u2026\u00a0\u00bb En tout cas, il a bien retenu la le\u00e7on des nouveaux ma\u00eetres de la France, Robespierre et Saint-Just.<\/p>\n<p>Toujours tr\u00e8s actif contre le culte \u00e9tabli, Fouch\u00e9 vient de rafler d\u2019autorit\u00e9 les m\u00e9taux de la Ni\u00e8vre arrach\u00e9s aux \u00e9glises. Il \u00e9crit ces mots \u00e0 la Convention, affectant un superbe d\u00e9dain pour la richesse. La Convention recevra ces tr\u00e9sors le 7\u00a0novembre 1793. Le z\u00e8le des patriotes locaux impose un peu partout l\u2019\u00e9change des m\u00e9taux contre les assignats. Un emprunt forc\u00e9 du 3\u00a0septembre (sur les \u00ab\u00a0riches \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb) n\u2019a pas suffi \u00e0 assainir les finances d\u2019une R\u00e9volution \u00e0 qui la guerre co\u00fbte tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 de la profession de foi de Fouch\u00e9 est plus que douteuse. Selon la rumeur, une partie des tr\u00e9sors ainsi r\u00e9quisitionn\u00e9s fut d\u00e9tourn\u00e9e, servant de d\u00e9but \u00e0 son immense fortune. L\u2019homme, d\u00e9nu\u00e9 de tout scrupule, se r\u00e9v\u00e8le aussi d\u2019une intelligence et d\u2019une habilet\u00e9 hors pair, d\u2019o\u00f9 sa carri\u00e8re politique, comparable \u00e0 celle de son partenaire et complice Talleyrand, dou\u00e9 de la m\u00eame intelligence et la m\u00eame comp\u00e9tence, m\u00eame si les deux hommes sont tr\u00e8s diff\u00e9rents.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_grand_saint_bernard.jpg\" alt=\"napol\u00e9on grand saint bernard\" title=\"napol\u00e9on grand saint bernard\" width=\"400\" height=\"487\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">5. G\u00e9niale, la \u00ab\u00a0com\u00a0\u00bb imp\u00e9riale au service de la l\u00e9gende dor\u00e9e, mais toujours entre info et intox.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on vole comme l\u2019\u00e9clair et frappe comme la foudre. Il est partout et il voit tout. Il sait qu\u2019il est des hommes dont le pouvoir n\u2019a d\u2019autres bornes que leur volont\u00e9, quand la vertu des plus sublimes vertus seconde un vaste g\u00e9nie.\u00a0\u00bb<span id=\"1649\" class=\"cit-num\">1649<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La France vue de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie<\/em>, 1797<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journal cr\u00e9\u00e9 par Bonaparte qui a vite et bien compris l\u2019importance de la propagande et la n\u00e9cessit\u00e9 de se cr\u00e9er une l\u00e9gende. C\u2019est son deuxi\u00e8me journal, apr\u00e8s le<em> Courrier de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie<\/em>, largement diffus\u00e9 en France pour exalter les exploits d\u2019un jeune g\u00e9n\u00e9ral encore inconnu, avant le <em>Journal de Bonaparte et des hommes vertueux<\/em>, qui pousse plus loin encore le culte du h\u00e9ros. Cette propagande est financ\u00e9e par le butin de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, pendant la campagne.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on empereur aura une ma\u00eetrise parfaite de cette \u00ab\u00a0communication m\u00e9diatique\u00a0\u00bb. Annonce des victoires, compte rendu des batailles, d\u00e9tail des proclamations, tout est communiqu\u00e9 \u00e0 Paris par les journaux d\u2019une propagande parfaitement organis\u00e9e.<\/p>\n<p>Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande. Le sommet de l\u2019art reste <em>le Sacre<\/em> (sign\u00e9 David), dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin et acteur, condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame et le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans trop de respect pour notre esp\u00e8ce, [Bonaparte] ordonna de nous transformer sur-le-champ en b\u00eates de somme et de trait, ce qui fut effectu\u00e9 comme par enchantement.\u00a0\u00bb<span id=\"1701\" class=\"cit-num\">1701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine gervais (1779-1858), \u00e9voquant le passage du col du Grand-Saint-Bernard, 18-20 mai 1800. <em>Souvenirs d\u2019un soldat de l\u2019Empire<\/em> (posthume, 1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire en 1793, il fera toutes les campagnes de l\u2019Empire. R\u00e9cit pris sur le vif de vingt ann\u00e9es de guerres en Europe, d\u2019un h\u00e9ros qui ne se prend jamais pour tel, ne demande rien et refuse parfois un avancement.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, renouvelle ici l\u2019exploit d\u2019Hannibal, franchissant les Alpes au col du Saint-Bernard encore sous la neige, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e, et surtout sublim\u00e9e, par David\u00a0: <em>Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard<\/em>, tableau peint en 1800.<\/p>\n<p>David, conseill\u00e9 par Bonaparte lui-m\u00eame, d\u00e9passe la simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb et l\u2019artiste cabre l\u2019animal, pour donner une dynamique \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive. Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, au visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cens\u00e9e \u00eatre cette troisi\u00e8me voie politique qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains. David signe un authentique chef d\u2019\u0153uvre, avant <em>le Sacre<\/em>.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, Bonaparte a franchi le col \u00e0 dos de mule, rev\u00eatu d\u2019une redingote grise. C\u2019est quand m\u00eame un exploit qui contredit les pr\u00e9dictions des habitants du lieu. Ce passage r\u00e9ussi va permettre de prendre \u00e0 revers les troupes autrichiennes, dans cette deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">6. L\u2019assassinat du duc d\u2019Enghien, victime du climat de terreur conspirationniste entretenu par Fouch\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), il apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800, et que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier, mais en vain. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul.<\/p>\n<p>Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vis dans une d\u00e9fiance continuelle. Chaque jour, on voit \u00e9clore de nouveaux complots contre ma vie. Les Bourbons me prennent pour leur unique point de mire\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1742\" class=\"cit-num\">1742<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re Joseph.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas une parano\u00efa de dictateur. De son propre aveu, le comte d\u2019Artois (fr\u00e8re du comte de Provence et futur Charles\u00a0X) entretenait 60 assassins dans Paris. Et c\u2019est lui qui a nomm\u00e9 Cadoudal, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es du roi, en 1800.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cadoudal vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un prince fran\u00e7ais complice et de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9 qui vit pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, en Allemagne.<\/p>\n<p>Le lendemain, le Premier Consul, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars, par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement arr\u00eate que le ci-devant duc d\u2019Enghien, pr\u00e9venu [\u2026] de faire partie des complots tram\u00e9s [\u2026] contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de la R\u00e9publique, sera traduit devant une commission militaire.\u00a0\u00bb<span id=\"1744\" class=\"cit-num\">1744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proc\u00e8s-verbal du 20\u00a0mars 1804. <em>M\u00e9moires historiques sur la catastrophe du duc d\u2019Enghien<\/em> (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proc\u00e8s-verbal du 20\u00a0mars 1804. M\u00e9moires historiques sur la catastrophe du duc d\u2019Enghien (1824), Louis-Antoine Henri de Bourbon<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc d\u2019<span class=\"caps\">ENGHIEN<\/span> (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte a maintenant la preuve que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le complot Cadoudal, m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui a fait le projet de l\u2019assassiner.<\/p>\n<p>De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb<span id=\"1746\" class=\"cit-num\">1746<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Le Bonapartisme<\/em> (1980), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Empereur, il \u00e9crira ces mots, en repensant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien. Dans son testament \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, il revendique la responsabilit\u00e9 de cet acte que la post\u00e9rit\u00e9 jugera s\u00e9v\u00e8rement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il porte ce jugement sans appel.<\/p>\n<p>Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par Jean-Paul Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir\u00a0!<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es se ligueront contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis prince sanguin, mon cousin,<br>On en a preuve s\u00fbre,<br>Prince du sang d\u2019Enghien, mon cousin\u00a0;<br>Oh\u00a0! la bonne aventure [\u2026]<br>On n\u2019est pas \u00e0 la fin, mon cousin,<br>De sang, je vous l\u2019assure,<br>J\u2019en pr\u00e9tends prendre un bain, mon cousin.\u00a0\u00bb<span id=\"1748\" class=\"cit-num\">1748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Je suis prince sanguin<\/em>, chanson. <em>L\u2019\u00c9cho des salons de Paris depuis la restauration\u00a0: ou, recueil d\u2019anecdotes sur l\u2019ex-empereur Buonaparte, sa cour et ses agents<\/em> (1815), Jacques Thomas Verneur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Post\u00e9rieure \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, la chanson r\u00e9sonne lugubrement, jouant sur le sang dont le criminel se vante d\u2019\u00eatre doublement impr\u00e9gn\u00e9. Allusion y est faite \u00e0 une lettre adress\u00e9e par Napol\u00e9on aux \u00e9v\u00eaques de France qu\u2019il appelle individuellement \u00ab\u00a0mon cousin\u00a0\u00bb comme il \u00e9tait de tradition pour le roi, et o\u00f9 il leur demande de faire chanter un<em> Te Deum<\/em> pour son sacre.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">7. L\u00e9gende noire de l\u2019ogre corse, en r\u00e9action contre la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ogre corse sous qui nous sommes,<br>Cherchant toujours nouveaux exploits,<br>Mange par an deux cent mille hommes<br>Et va partout chiant des rois.\u00a0\u00bb<span id=\"1765\" class=\"cit-num\">1765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet anonyme contre Napol\u00e9on. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Premier Empire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nombreux pamphlets contribuent \u00e0 diffuser la l\u00e9gende noire de l\u2019Ogre (de) Corse, contre la l\u00e9gende dor\u00e9e de la propagande imp\u00e9riale.<\/p>\n<p>Les rois impos\u00e9s par l\u2019empereur sont nombreux, pris dans sa famille ou parmi ses g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: rois de Naples, d\u2019Espagne, de Su\u00e8de, de Hollande, de Westphalie. Royaut\u00e9s parfois \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, souvent mal accept\u00e9es des populations lib\u00e9r\u00e9es ou\/et\u00a0 conquises.<\/p>\n<p>Les historiens estimeront \u00e0 un million les morts de la Grande Arm\u00e9e, \u00ab\u00a0cette l\u00e9gendaire machine de guerre\u00a0\u00bb command\u00e9e par Napol\u00e9on en personne.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">8. L\u2019assassinat moral, pratique courante sous le Consulat et l\u2019Empire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019assassiner un homme\u00a0: par le pistolet, par l\u2019\u00e9p\u00e9e, par le poison ou par l\u2019assassinat moral. C\u2019est la m\u00eame chose, au d\u00e9finitif, except\u00e9 que ce dernier moyen est le plus cruel.\u00a0\u00bb<span id=\"1776\" class=\"cit-num\">1776<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Correspondance<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Qui veut la fin veut les moyens et l\u2019assassinat du duc d\u2019Enghien, sommairement jug\u00e9 et fusill\u00e9 de nuit, dans les foss\u00e9s du ch\u00e2teau de Vincennes, sera consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0pire qu\u2019un crime, une faute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il y a plus subtil\u00a0: l\u2019assassinat moral, par calomnie, manipulation, fausses d\u00e9nonciations, attaques propres \u00e0 d\u00e9shonorer tel ou tel adversaire. Napol\u00e9on a pratiqu\u00e9 tout cela, aid\u00e9 par sa police (avec Fouch\u00e9), sa diplomatie (avec Talleyrand), ses services secrets.<\/p>\n<p>Il en fut \u00e9galement victime. Aucun homme, de son vivant comme apr\u00e8s sa mort, n\u2019aura \u00e9t\u00e9 davantage expos\u00e9 \u00e0 cet assassinat moral, pratiqu\u00e9 par tous les opposants, royalistes ou Jacobins, ath\u00e9es ou religieux, parlementaires ou terroristes, intrigants ou ambitieux, ingrats ou tra\u00eetres \u00e0 sa m\u00e9moire. Entre complotisme et parano\u00efa, peut-on dire que c\u2019est malheureusement \u00ab\u00a0de bonne guerre\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Le seul assassinat moral qu\u2019il redoute plus que tout concerne son fils, l\u2019Aiglon. Il sait la fragilit\u00e9 du prince, et comme il sera expos\u00e9. Sa mort pr\u00e9matur\u00e9e (\u00e0 21 ans) le sauvera, paradoxalement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/talleyrand_0.jpg\" alt=\"talleyrand\" title=\"talleyrand\" width=\"400\" height=\"411\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">9. Talleyrand, le diable boiteux, \u00ab\u00a0insupportable, indispensable et irrempla\u00e7able\u00a0\u00bb pour Napol\u00e9on\u00a0: r\u00e9sum\u00e9 dans l\u2019action, en cinq citations.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire [\u2026] c\u2019est \u00e0 vous de sauver l\u2019Europe et vous n\u2019y parviendrez qu\u2019en tenant t\u00eate \u00e0 Napol\u00e9on. Le peuple fran\u00e7ais est civilis\u00e9, son souverain ne l\u2019est pas. Le souverain de Russie est civilis\u00e9, son peuple ne l\u2019est pas\u00a0: c\u2019est donc au souverain de Russie d\u2019\u00eatre l\u2019alli\u00e9 du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"1833\" class=\"cit-num\">1833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au tsar Alexandre\u00a0Ier de Russie, Erfurt, 27\u00a0septembre 1808. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019est plus ministre des Relations ext\u00e9rieures, depuis plus d\u2019un an\u00a0: partisan d\u2019un \u00e9quilibre europ\u00e9en, il s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur qui s\u2019ent\u00eate dans sa politique de conqu\u00eate chim\u00e9rique, se soucie peu de paix et d\u00e9cide toujours seul. Mais Napol\u00e9on, qui conna\u00eet son talent diplomatique, l\u2019a (imprudemment) charg\u00e9 de pr\u00e9parer le terrain avec son nouvel alli\u00e9, Alexandre\u00a0Ier.<\/p>\n<p>Dans un entretien secret, Talleyrand conseille au tsar de prendre ses distances avec l\u2019empereur, et de m\u00e9nager la Prusse et l\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Le Rhin, les Alpes, les Pyr\u00e9n\u00e9es sont les conqu\u00eates de la France. Le reste est la conqu\u00eate de Napol\u00e9on. La France n\u2019y tient pas.\u00a0\u00bb Alexandre a compris\u00a0: le peuple fran\u00e7ais peut, un jour prochain, ne plus soutenir Napol\u00e9on. Et cet homme faible va durcir sa position.<\/p>\n<p>Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, Talleyrand affirme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Erfurt, j\u2019ai sauv\u00e9 l\u2019Europe.\u00a0\u00bb L\u2019histoire parle quand m\u00eame de la trahison d\u2019Erfurt. On peut en d\u00e9battre \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809. <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession\u00a0! Sans nouvelles de lui, la rumeur de sa mort court d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Paris, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on rentre aussit\u00f4t dans un \u00e9tat de fureur compr\u00e9hensible. Il \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, pr\u00e9cieux ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel dommage, Messieurs, qu\u2019un si grand homme soit si mal \u00e9lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1835\" class=\"cit-num\">1835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Talleyrand, ou le Sphinx incompris<\/em> (1970), Jean Orieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation est parfaitement en situation, apr\u00e8s l\u2019injure lanc\u00e9e devant t\u00e9moins par l\u2019empereur furieux. Talleyrand se vengera de l\u2019affront public, avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu\u2019il ait redit ce mot \u00e0 divers ambassadeurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on l\u2019avait fait grand chambellan en 1804, prince de B\u00e9n\u00e9vent en 1806, vice-grand \u00e9lecteur en 1807 \u2013 \u00ab\u00a0le seul vice qui lui manqu\u00e2t\u00a0\u00bb, ironise son comp\u00e8re Fouch\u00e9 en apprenant cet honneur.<\/p>\n<p>Le plus habile diplomate de notre histoire est aussi le plus corrompu. Il servira et trahira successivement tous les r\u00e9gimes, mais il respecte les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la France. Il voudrait surtout lui \u00e9viter cette course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, pr\u00e9visible d\u00e8s 1809. Fouch\u00e9, tout aussi intelligent et retors, pense et agit de m\u00eame \u2013 mais depuis la R\u00e9volution, il a beaucoup de sang sur les mains.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que voulez-vous, mon cher, la religion se perd\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1837\" class=\"cit-num\">1837<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 Fouch\u00e9, en 1809. Le <em>Crapouillot<\/em> (1955)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fouch\u00e9, redevenu ministre de la Police, s\u2019\u00e9tonnait qu\u2019il ne se trouve pas en France un moine fanatique, du genre de Jacques Cl\u00e9ment qui assassina Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, pour d\u00e9barrasser la France du Corse\u00a0!<\/p>\n<p>D\u00e8s juin\u00a01810, il rejoindra Talleyrand dans la disgr\u00e2ce. Les deux comp\u00e8res se retrouveront au pouvoir, sous la Restauration\u00a0: \u00ab\u00a0Le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime\u00a0\u00bb, notera Chateaubriand (<em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>) \u00e0 la vue des deux hommes venus se rallier \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> pr\u00eat \u00e0 leur rendre leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">10. La conspiration de Malet relance la rumeur, Napol\u00e9on est mort dans la campagne de Russie.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable de roi de Rome, on n\u2019y pense jamais\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1868\" class=\"cit-num\">1868<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FROCHOT<\/span> (1761-1828), pr\u00e9fet de Paris. <em>M\u00e9moires de Madame de Chastenay<\/em> (1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Malet, opposant \u00e0 Napol\u00e9on, arr\u00eat\u00e9 en 1808, organise une conspiration.<\/p>\n<p>Intern\u00e9 avec des royalistes dans une maison de sant\u00e9 dont il s\u2019\u00e9vade dans la nuit du 22 au 23\u00a0octobre 1812, il fait courir le bruit de la mort de l\u2019empereur devant Moscou. Dans le climat de peur et de folie ambiante, Paris y a cru un moment\u00a0! Malet entra\u00eene quelques troupes, lib\u00e8re des g\u00e9n\u00e9raux r\u00e9publicains, improvise un gouvernement provisoire. C\u2019est un quasi-coup d\u2019\u00c9tat. Le g\u00e9n\u00e9ral Hulin, commandant la place de Paris, lui r\u00e9siste, Malet est arr\u00eat\u00e9, fusill\u00e9 le 29\u00a0octobre. Et tout rentre dans l\u2019ordre.<\/p>\n<p>Mais personne, pas m\u00eame le pr\u00e9fet Frochot, n\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 crier\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019empereur est mort\u00a0! Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb On dit que cet oubli atteignit Napol\u00e9on plus que la conspiration du g\u00e9n\u00e9ral Malet. Frochot sera mis \u00e0 pied pour cette faute.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/cambronne.jpg\" alt=\"cambronne\" title=\"cambronne\" width=\"400\" height=\"266\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">11. Les deux mots de Cambronne, le vrai et le faux.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: anecdote rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable pi\u00e8ce titr\u00e9e <em>Le Mot de Cambronne<\/em>.<\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La garde meurt et ne se rend pas.\u00a0\u00bb<span id=\"1945\" class=\"cit-num\">1945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">CAMBRONNE<\/span> (1770-1842), paroles grav\u00e9es sur le socle en granit de sa statue \u00e0 Nantes (sa ville natale). <em>La Garde meurt et ne se rend pas\u00a0: histoire d\u2019un mot historique<\/em> (1907), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont bien grav\u00e9s au pied de sa statue \u2013 et non\u00a0: \u00ab\u00a0La garde meurt mais ne se rend pas.\u00a0\u00bb Il n\u2019est cependant pas s\u00fbr que cette phrase ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 Waterloo, Cambronne en personne l\u2019ayant d\u00e9menti\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas pu dire \u2018la Garde meurt et ne se rend pas\u2019, puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu.\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Pierre Levot, <em>Biographie bretonne<\/em>, 1900).<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Merde\u00a0\u00bb est sans doute plus authentique, dans le feu de l\u2019action, m\u00eame si le g\u00e9n\u00e9ral en refusa \u00e9galement la paternit\u00e9. Pas facile d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire au \u00ab\u00a0mot \u00e0 mot\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garde. \u2013 La garde meurt et ne se rend pas\u00a0! Huit mots pour remplacer cinq lettres.\u00a0\u00bb<span id=\"1946\" class=\"cit-num\">1946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne\u00a0\u00bb, dit Victor Hugo. Dernier paradoxe, la plus grande d\u00e9faite de Napol\u00e9on fera sa gloire\u00a0!<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">12. La p\u00e9dophilie des J\u00e9suites, d\u00e9nonc\u00e9e par le chansonnier B\u00e9ranger.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hommes noirs, d\u2019o\u00f9 sortez-vous\u00a0?<br>Nous sortons de dessous terre,<br>Moiti\u00e9 renards, moiti\u00e9 loups.<br>Notre r\u00e8gle est un myst\u00e8re.<br>Nous sommes fils de Loyola,<br>Vous savez pourquoi l\u2019on nous exila.<br>Nous rentrons\u00a0; songez \u00e0 vous taire\u00a0!<br>Et que vos enfants suivent nos le\u00e7ons.<br>C\u2019est nous qui fessons, et qui refessons,<br>Les jolis petits, les jolis gar\u00e7ons.\u00a0\u00bb<span id=\"1967\" class=\"cit-num\">1967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Les R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res<\/em>, chanson. <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00a0: de la r\u00e9volution \u00e0 la belle \u00e9poque<\/em> (1981), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Salu\u00e9 par Chateaubriand comme \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb et par Sainte-Beuve comme un \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, Pierre Jean de B\u00e9ranger contribue \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne avec \u00ab\u00a0la chanson lib\u00e9rale et patriotique qui fut et restera sa grande innovation\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve).<\/p>\n<p>Il vise cette fois les j\u00e9suites, de retour avec la monarchie restaur\u00e9e. Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> a r\u00e9tabli leur ordre, le 7\u00a0ao\u00fbt 1814. La Charte, en forme de compromis constitutionnel, reconna\u00eet la libert\u00e9 du culte, mais fait du catholicisme la religion d\u2019\u00c9tat et les p\u00e8res j\u00e9suites pensent avoir le quasi-monopole de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Les deux derniers vers aux accents plaisamment polissons d\u00e9noncent en fait la p\u00e9dophilie, pratiqu\u00e9e dans certains coll\u00e8ges catholiques. Le Code p\u00e9nal n\u2019en fait un crime que depuis 1958.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_philippe_caricature.jpg\" alt=\"louis philippe caricature\" title=\"louis philippe caricature\" width=\"400\" height=\"390\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">13. Caricature pamphl\u00e9taire de Louis-Philippe, premier et dernier \u00ab\u00a0roi des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, victime de la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gros, gras et b\u00eate,<br>En quatre mots c\u2019est son portrait\u00a0:<br>Toisez-le des pieds \u00e0 la t\u00eate,<br>Aux yeux de tous, il appara\u00eet<br>Gros, gras et b\u00eate.<br>En pelle s\u2019\u00e9largit sa main,<br>En poire s\u2019allonge sa t\u00eate,<br>En tonneau croit son abdomen,<br>Gros, gras et b\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"2058\" class=\"cit-num\">2058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ag\u00e9nor <span class=\"caps\">ALTAROCHE<\/span> (1811-1884), <em>Gros, gras et b\u00eate<\/em>, chanson. <em>Les R\u00e9publicaines\u00a0: chansons populaires des r\u00e9volutions de 1789, 1792 et 1830<\/em> (1848), Pagnerre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et d\u00e9put\u00e9, journaliste engag\u00e9, enthousiaste de cette nouvelle presse r\u00e9publicaine, au lendemain de la r\u00e9volution de 1830. La Charte revue et corrig\u00e9e, approuv\u00e9e le 7\u00a0ao\u00fbt 1830 par une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s (219 contre 33, mais plus de 200 absents), reconna\u00eet la libert\u00e9 de la presse, l\u2019abolition de la censure, l\u2019initiative des lois \u00e0 la Chambre, la suppression des justices d\u2019exception. Mais l\u2019on se retrouve quand m\u00eame en monarchie.<\/p>\n<p>Le duc d\u2019Orl\u00e9ans attendait son tour. Ayant pr\u00eat\u00e9 serment sur la Charte, il est devenu Louis-Philippe Ier, roi des Fran\u00e7ais (et non plus roi de France). Thiers le r\u00e9publicain va cautionner cette monarchie constitutionnelle, comme La Fayette qui s\u2019y est ralli\u00e9. Ministre de Louis-Philippe \u00e0 plusieurs reprises, Thiers tentera en vain de sauver le r\u00e9gime en 1848.<\/p>\n<p>On chansonne tr\u00e8s vite le roi sexag\u00e9naire dont le physique semble d\u00e9j\u00e0 une caricature en soi. La main \u00ab\u00a0en pelle\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 la rapacit\u00e9 du personnage\u00a0: rentr\u00e9 en possession, gr\u00e2ce \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, de l\u2019immense fortune de la branche d\u2019Orl\u00e9ans, plus riche que les Bourbons, principal b\u00e9n\u00e9ficiaire de la loi sur le milliard des \u00e9migr\u00e9s (1825), il g\u00e8re son patrimoine en bon p\u00e8re de famille nombreuse \u2013 huit enfants pour qui il qu\u00e9mandera encore des dotations\u00a0!<\/p>\n<p>Les chansonniers profitent sans grand risque de la libert\u00e9 d\u2019expression et les nouveaux caricaturistes s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie dans les journaux. Pas de libert\u00e9 sans exc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les journaux qui devraient \u00eatre les \u00e9ducateurs du public, n\u2019en sont que les courtisans, quand ils n\u2019en sont pas les courtisanes.\u00a0\u00bb<span id=\"2089\" class=\"cit-num\">2089<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BARBEY<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">AUREVILLY<\/span> (1808-1889). <em>L\u2019Esprit de J. Barbey d\u2019Aurevilly<\/em> (1908), Jules Barbey d\u2019Aurevilly, L\u00e9on Bordellet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pol\u00e9miste et critique, adversaire proclam\u00e9 de son\u00a0si\u00e8cle, il accable ses contemporains de son m\u00e9pris indign\u00e9, d\u00e9nonce les progr\u00e8s de la m\u00e9diocrit\u00e9 dans les m\u0153urs, les sentiments, les \u0153uvres. Face aux bourgeois, il s\u2019affiche dandy. Mais si la d\u00e9mocratisation de la presse va de pair avec vulgarisation, voire vulgarit\u00e9, il y a sous la Monarchie de Juillet un incontestable progr\u00e8s dans la communication des id\u00e9es. 1836 est une date importante\u00a0: cr\u00e9ation de<em> La Presse<\/em>, quotidien \u00e0 bon march\u00e9 et gros tirages d\u2019\u00c9mile de Girardin qui se battra pour la libert\u00e9 des journaux qu\u2019il cr\u00e9e, g\u00e8re et modernise en homme d\u2019affaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2113\" class=\"cit-num\">2113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi vise Lamartine qui entre brillamment et courageusement en politique, devenant bient\u00f4t chef de l\u2019opposition. Louis-Philippe est d\u2019autant plus irrit\u00e9 qu\u2019il semble, avec l\u2019\u00e2ge, prendre go\u00fbt au pouvoir et vouloir non plus seulement r\u00e9gner, mais gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi est arriv\u00e9 \u00e0 cet \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on n\u2019accepte plus les observations [\u2026] mais o\u00f9 les forces manquent pour prendre une r\u00e9solution virile.\u00a0\u00bb<span id=\"2123\" class=\"cit-num\">2123<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (1818-1900), Lettre au duc d\u2019Aumale, 7\u00a0novembre 1847. <em>Histoire de la Monarchie de Juillet<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (1904), Paul Marie Pierre Thureau-Dangin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois d\u2019Orl\u00e9ans, prince de Joinville et troisi\u00e8me fils du roi, \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re, Henri d\u2019Orl\u00e9ans, duc d\u2019Aumale et quatri\u00e8me fils. Louis-Philippe a 74\u00a0ans. Il semble ne faire confiance qu\u2019\u00e0 Guizot dont le conservatisme confine \u00e0 l\u2019immobilisme et d\u00e9pla\u00eet m\u00eame aux conservateurs. La France est pr\u00eate pour la R\u00e9volution de 1848, mais pas encore pour la R\u00e9publique. Ce sera donc le Second Empire.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">14. Le Second Empire est n\u00e9 comme il a v\u00e9cu, sous le signe de la propagande (plus ou moins) mensong\u00e8re.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lu de six millions de suffrages ex\u00e9cute les volont\u00e9s du peuple, il ne les trahit pas.\u00a0\u00bb<span id=\"2208\" class=\"cit-num\">2208<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Lyon, 15\u00a0ao\u00fbt 1850.<em> Le Prince, le peuple et le droit\u00a0: autour des pl\u00e9biscites de\u00a01851 et\u00a01852<\/em> (2000), Fr\u00e9d\u00e9ric Bluche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tape d\u2019un voyage triomphal de six mois \u00e0 travers la France. Fort des 75\u00a0% de Fran\u00e7ais qui l\u2019ont \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel le 10\u00a0d\u00e9cembre 1848, il r\u00e9ussit \u00e0 se poser en d\u00e9fenseur dudit suffrage et donc de la vraie d\u00e9mocratie, contre la Chambre et ses conservateurs, avec lesquels il prend ses distances.<\/p>\n<p>C\u2019est bien jou\u00e9, pour celui qu\u2019on qualifiait deux ans avant d\u2019imb\u00e9cile et d\u2019impuissant. Il apprend son m\u00e9tier et la propagande est parfaitement organis\u00e9e\u00a0: par ses hommes (fid\u00e8les bonapartistes comme Persigny, lib\u00e9raux non ralli\u00e9s au parti de l\u2019Ordre, hommes d\u2019affaires, banquiers, et Morny son demi-fr\u00e8re), par ses journaux (<em>Le Pays, Le 10-D\u00e9cembre, Le Napol\u00e9on<\/em>) et son parti (noyaut\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 du 10-D\u00e9cembre) regroupant boutiquiers, ouvriers, petits rentiers qui assurent une claque bruyante \u00e0 chacune de ses apparitions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empire, c\u2019est la paix.\u00a0\u00bb<span id=\"2228\" class=\"cit-num\">2228<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), Discours de Bordeaux, 9\u00a0octobre 1852. <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913), Gustave Flaubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Message imp\u00e9rial destin\u00e9 aux puissances \u00e9trang\u00e8res qui assistent \u00e0 l\u2019irr\u00e9sistible ascension d\u2019un nouveau Bonaparte et peuvent s\u2019en inqui\u00e9ter\u00a0: \u00ab\u00a0Par esprit de d\u00e9fiance, certaines personnes se disent\u00a0: l\u2019Empire, c\u2019est la guerre. Moi, je dis\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique assur\u00e9e pour dix ans, ce n\u2019\u00e9tait pas suffisant. La propagande se remobilise. Le 15\u00a0ao\u00fbt, jour de la Saint-Napol\u00e9on, devient f\u00eate nationale. Et le prince refait sa \u00ab\u00a0campagne de France\u00a0\u00bb, triomphalement accueilli aux cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb Les pr\u00e9fets veillent, actifs, dociles. Contrairement aux pr\u00e9dictions des confr\u00e8res et des adversaires politiques, le personnage a incontestablement acquis autorit\u00e9 et popularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement veut le triomphe de ses candidats, comme Dieu veut le triomphe du bien, laissant \u00e0 chacun la libert\u00e9 du mal.\u00a0\u00bb<span id=\"2271\" class=\"cit-num\">2271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le pr\u00e9fet de Dordogne en juin\u00a01857. <em>Histoire du Second Empire<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1903), Pierre de La Gorce<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dogme est clair. On se croirait revenu au Premier Empire et au cat\u00e9chisme imp\u00e9rial\u00a0!<\/p>\n<p>Tous les pr\u00e9fets sont de petits empereurs dans leur d\u00e9partement et il arrange au mieux ces \u00e9lections du 21\u00a0juin 1857 au Corps l\u00e9gislatif, comme toutes les autres \u00e9lections, presque jusqu\u2019\u00e0 la fin du Second Empire. Tout pour les candidats officiels (presse, affiches \u00e0 foison, bulletins imprim\u00e9s \u00e0 leur nom, discours du pr\u00e9fet au garde-champ\u00eatre en passant par l\u2019instituteur et le cur\u00e9). Pour les autres, rien, que des obstacles. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner des r\u00e9sultats de cette propagande\u00a0: en juin\u00a01857, 5\u00a0471\u00a0000 voix pour les candidats officiels, 665\u00a0000 pour l\u2019opposition (et 25\u00a0% d\u2019abstention). L\u2019opposition r\u00e9publicaine, tout \u00e0 fait impuissante, r\u00e9appara\u00eet cependant avec 7 d\u00e9put\u00e9s. C\u2019est peu.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un demi-tour \u00e0 gauche et un tournant lib\u00e9ral au final, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> va gagner son dernier combat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, tu es sacr\u00e9 par ce pl\u00e9biscite. L\u2019Empire lib\u00e9ral, ce n\u2019est pas moi, c\u2019est toi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2304\" class=\"cit-num\">2304<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1808-1873), \u00e0 son fils, le prince imp\u00e9rial Eug\u00e8ne Louis Napol\u00e9on, \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans, 8\u00a0mai 1870. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du Second Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1911-1924), Comte Maurice Fleury, Louis Sonolet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur rayonne et en oublie sa maladie de la pierre dont il mourra (calculs dans la vessie), apr\u00e8s le pl\u00e9biscite triomphal du 8\u00a0mai\u00a0: 7\u00a0350\u00a0000 oui (et 1\u00a0538\u00a0000 non) pour approuver le s\u00e9natus-consulte du 20\u00a0avril 1870. L\u2019Empire devient une monarchie parlementaire\u00a0: ministres responsables devant les Chambres qui ont aussi l\u2019initiative des lois.<\/p>\n<p>C\u2019est oublier (volontairement\u00a0?) la Prusse de Bismarck qui va mettre fin au r\u00e9gime.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mobilisation_1870.jpg\" alt=\"mobilisation 1870\" title=\"mobilisation 1870\" width=\"400\" height=\"258\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">15. Propagande militaire flagrante, mais inop\u00e9rante contre la Prusse, en 1870.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas par des discours et des votes de majorit\u00e9 que les grandes questions de notre \u00e9poque seront r\u00e9solues, mais par le fer et par le sang.\u00a0\u00bb<span id=\"2306\" class=\"cit-num\">2306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), chancelier de la Conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019Allemagne du Nord. <em>Bismarck<\/em> (1961), Henry Valloton<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots posent le personnage, surnomm\u00e9 le Chancelier de fer. \u00ab\u00a0Par le fer et par le sang\u00a0\u00bb est une expression qui lui est ch\u00e8re, tout comme \u00ab\u00a0la force prime le droit\u00a0\u00bb \u2013 traduction de sa <em>Realpolitik<\/em>.<\/p>\n<p>Bismarck a d\u00e9j\u00e0 ravi \u00e0 l\u2019Autriche sa place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex-Conf\u00e9d\u00e9ration germanique\u00a0: la d\u00e9faite autrichienne \u00e0 Sadowa (1866) fut un \u00ab\u00a0coup de tonnerre\u00a0\u00bb en Europe. Il veut faire l\u2019unit\u00e9 allemande sous l\u2019\u00e9gide de la Prusse. Pour cela, il lui faut prouver sa force\u00a0: \u00e9craser la France est le moyen le plus s\u00fbr. Il man\u0153uvre pour monter contre elle les \u00c9tats du sud de l\u2019Allemagne et les rassembler dans sa Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>Face au futur chancelier du Reich, il y a Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. \u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue\u00a0\u00bb, disait Bismarck en 1864. C\u2019est surtout un homme pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli, physiquement atteint et devenu maladivement ind\u00e9cis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vient de jeter un gant \u00e0 la face de quelqu\u2019un qu\u2019on veut forcer \u00e0 se battre\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2307\" class=\"cit-num\">2307<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), apr\u00e8s avoir pris connaissance de la d\u00e9p\u00eache d\u2019Ems, Corps l\u00e9gislatif, 13\u00a0juillet 1870. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: la catastrophe, 1868-1873<\/em> (1976), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une provocation, et une man\u0153uvre de Bismarck, mais la d\u00e9p\u00eache est prise comme une insulte et la France va tomber dans le panneau\u00a0!<\/p>\n<p>Le roi de Prusse, Guillaume\u00a0Ier, a rencontr\u00e9 l\u2019ambassadeur de France Benedetti, au sujet de la succession au tr\u00f4ne d\u2019Espagne. Il rend compte de son rendez-vous \u00e0 Bismarck qui est \u00e0 Berlin, par un t\u00e9l\u00e9gramme envoy\u00e9 de la ville d\u2019eaux de Bad Ems lui annon\u00e7ant qu\u2019il renonce \u00e0 soutenir la candidature de son cousin au tr\u00f4ne d\u2019Espagne. Le chancelier (qui d\u00e9sapprouve par ailleurs cette faiblesse) r\u00e9sume et d\u00e9forme le texte dans un sens injurieux\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi a refus\u00e9 de voir l\u2019ambassadeur de France et lui a fait dire qu\u2019il n\u2019avait plus rien \u00e0 lui communiquer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sit\u00f4t connue, cette d\u00e9p\u00eache est comment\u00e9e dans les couloirs de la Chambre, apr\u00e8s une s\u00e9ance houleuse. Thiers, politicien dans l\u2019\u00e2me et hostile \u00e0 la guerre, semble avoir compris qu\u2019il y a manipulation de l\u2019opinion. La guerre d\u00e9clar\u00e9e par la France aurait pour effet de souder les \u00c9tats allemands et le trait\u00e9 d\u2019alliance d\u00e9fensive au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration jouerait automatiquement. C\u2019est bien ce que veut Bismarck. L\u2019opinion publique se d\u00e9cha\u00eene.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais vous ne pourriez retrouver de plus belle occasion, il faut en profiter\u00a0! Vous avez envoy\u00e9 vos conditions\u00a0: en garde maintenant\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2308\" class=\"cit-num\">2308<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">VAILLANT<\/span> (1790-1872), \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. <em>L\u2019Empire lib\u00e9ral\u00a0: la guerre<\/em> (1909), \u00c9mile Ollivier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un v\u00e9t\u00e9ran de Waterloo (1815). L\u2019empereur, pacifiste, mais malade, laisse faire, malgr\u00e9 les conseils de mod\u00e9ration de certains hommes politiques et l\u2019opposition de la gauche r\u00e9publicaine au Corps l\u00e9gislatif. L\u2019imp\u00e9ratrice souhaite la guerre \u2013 la victoire assurerait \u00e0 son fils tr\u00e8s ch\u00e9ri l\u2019accession au tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la Prusse refuse de se battre, nous la contraindrons, \u00e0 coups de crosse dans le dos, \u00e0 repasser le Rhin et \u00e0 c\u00e9der la rive gauche\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2309\" class=\"cit-num\">2309<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">La Presse. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la presse fran\u00e7aise\u00a0: de 1871 \u00e0 1940<\/em> (1969), Claude Bellanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les journaux, en cette mi-juillet\u00a01870, sont unanimes, reflet d\u2019une opinion publique trop s\u00fbre d\u2019elle. \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019insolence de la Prusse, il n\u2019y a qu\u2019une r\u00e9ponse\u00a0: la guerre\u00a0\u00bb, \u00e9crit <em>Le Constitutionnel<\/em>. D\u2019autres journaux titrent\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Berlin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes pr\u00eats et archipr\u00eats, il ne manque pas \u00e0 notre arm\u00e9e un bouton de gu\u00eatre.\u00a0\u00bb<span id=\"2310\" class=\"cit-num\">2310<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEB\u0152UF<\/span> (1809-1888), lors du vote de la mobilisation et des cr\u00e9dits de guerre, Corps L\u00e9gislatif, 15\u00a0juillet 1870.<em> Revue des deux mondes<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XXI<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre de la Guerre et major g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e, il r\u00e9pond au doute de Thiers qui affirmait\u00a0: \u00ab\u00a0Vous n\u2019\u00eates pas pr\u00eats.\u00a0\u00bb Et il insiste\u00a0: \u00ab\u00a0De Paris \u00e0 Berlin, ce serait une promenade la canne \u00e0 la main.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une illusion et Bismarck, bien inform\u00e9 par Moltke, son chef d\u2019\u00e9tat-major, conna\u00eet les forces, ou plut\u00f4t les faiblesses de la France. Ses canons de bronze se chargent encore par la gueule et non par la culasse comme les canons Krupp en acier\u00a0; les traditions tactiques de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique sont impropres \u00e0 une guerre europ\u00e9enne et l\u2019exp\u00e9dition du Mexique a d\u00e9sorganis\u00e9 l\u2019administration militaire\u00a0; ses g\u00e9n\u00e9raux sont vieux et routiniers\u00a0; enfin, le Corps l\u00e9gislatif n\u2019a jamais vot\u00e9 les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est un peu tard pour se rattraper. Alors que la Prusse pr\u00e9pare cette guerre depuis quatre ans\u00a0! La d\u00e9faite sera imm\u00e9diate \u00e0 Sedan, le 1er septembre.<\/p>\n<p>La capitulation est accueillie par les applaudissements de la gauche, le 3\u00a0septembre \u00e0 la Chambre\u00a0: l\u2019opposition r\u00e9publicaine sait que le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale. De fait, l\u2019opinion se retourne aussit\u00f4t\u00a0: pl\u00e9biscit\u00e9 en mai, l\u2019empereur qui tombe est insult\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dreyfus_0.jpg\" alt=\"dreyfus\" title=\"dreyfus\" width=\"400\" height=\"453\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">17. Antis\u00e9mitisme, militarisme et conspirationnisme \u00e0 l\u2019origine de L\u2019Affaire Dreyfus.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019affaire Dreyfus.\u00a0\u00bb<span id=\"2516\" class=\"cit-num\">2516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">M\u00c9LINE<\/span> (1838-1925), pr\u00e9sident du Conseil, au vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat venu lui demander la r\u00e9vision du proc\u00e8s, s\u00e9ance du 4\u00a0d\u00e9cembre 1897.<em> Affaire Dreyfus<\/em> (1898), Edmond de Haime<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot malheureux, \u00e0 classer dans le top ten des fake news historiques, quand \u00e9clate au grand jour l\u2019affaire Dreyfus, qui reste comme l\u2019\u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et la plus grave crise pour le r\u00e9gime. M\u00e9line refuse purement et simplement la demande en r\u00e9vision du proc\u00e8s. Mais les dreyfusards (tr\u00e8s minoritaires) vont mobiliser l\u2019opinion publique par une campagne de presse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola\u00a0: il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019intervention d\u2019un romancier, m\u00eame fameux, dans une question de justice militaire m\u2019a paru aussi d\u00e9plac\u00e9e que le serait, dans la question des origines du romantisme, l\u2019intervention d\u2019un colonel de gendarmerie.\u00a0\u00bb<span id=\"2519\" class=\"cit-num\">2519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ferdinand <span class=\"caps\">BRUNETI\u00c8RE<\/span> (1848-1906), <em>Apr\u00e8s le proc\u00e8s<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Intellectuel type, historien de la litt\u00e9rature et critique fran\u00e7ais, professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure et \u00e0 la Sorbonne, directeur de la <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, Bruneti\u00e8re est antidreyfusard par respect des institutions, comme il est conservateur en litt\u00e9rature par fid\u00e9lit\u00e9 aux classiques.<\/p>\n<p>Rejetant l\u2019engagement dreyfusard de Zola et refusant lui-m\u00eame de se prononcer sur la culpabilit\u00e9 du capitaine Dreyfus, il d\u00e9clare seulement que \u00ab\u00a0porter atteinte \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est fragiliser la d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb Beaucoup d\u2019antidreyfusards vont aller plus loin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus serait la fin de la France.\u00a0\u00bb<span id=\"2520\" class=\"cit-num\">2520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), 1er mai 1898.\u00a0 <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On pourrait classer ce mot dans la cat\u00e9gorie des fake news, mais l\u2019Affaire va v\u00e9ritablement d\u00e9chirer la France.<\/p>\n<p>Rochefort se pose ici en pol\u00e9miste antidreyfusard. Son journal, <em>l\u2019Intransigeant<\/em>, d\u00e9nonce le syndicat des dreyfusards et soutient le camp des antidreyfusards, tr\u00e8s majoritaires, mais plus ou moins militants. Le militarisme et l\u2019antis\u00e9mitisme de l\u2019\u00e9poque sont les deux explications.<br>Parmi les intellectuels, Charles Maurras se distingue. Il met en avant l\u2019honneur de l\u2019arm\u00e9e, rejoignant en 1900 l\u2019Action fran\u00e7aise (mouvement cr\u00e9\u00e9 en juillet 1899), pour d\u00e9fendre le pays contre les juifs, les francs-ma\u00e7ons, les protestants et les \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8ques\u00a0\u00bb. Th\u00e9oricien du \u00ab\u00a0nationalisme int\u00e9gral\u00a0\u00bb, il \u00e9crit en d\u00e9cembre 1898 \u00e0 Barr\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Le parti de Dreyfus m\u00e9riterait qu\u2019on le fusill\u00e2t tout entier comme insurg\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Ligue des patriotes, cr\u00e9\u00e9e par Paul D\u00e9roul\u00e8de en 1882 (pour la revanche, contre l\u2019Allemagne), rassemble la majorit\u00e9 des nationalistes antidreyfusards. D\u00e9roul\u00e8de croit Dreyfus innocent et rejette les slogans antis\u00e9mites, mais l\u2019honneur de la patrie et de l\u2019arm\u00e9e passe avant tout. La justice militaire qui doit faire autorit\u00e9 ne peut donc \u00eatre remise en cause.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019officiers sont antidreyfusards, ne serait-ce que par esprit de corps, et trois hommes politiques majeurs se d\u00e9clarent contre la r\u00e9vision du proc\u00e8s\u00a0: Cavaignac, ministre de la Guerre, qui s\u2019opposera \u00e0 la seconde r\u00e9vision, r\u00e9clam\u00e9e par Jaur\u00e8s\u00a0; F\u00e9lix Faure, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique durant la p\u00e9riode o\u00f9 la r\u00e9vision est refus\u00e9e\u00a0; enfin, Jules M\u00e9line, le pr\u00e9sident du Conseil qui s\u2019y oppose \u00e9galement. Mais en juin 1899, la Cour de cassation annulera la condamnation de Dreyfus.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mort_felix_faure.jpg\" alt=\"mort f\u00e9lix faure\" title=\"mort f\u00e9lix faure\" width=\"400\" height=\"306\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">18. Scandale \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, un fait divers d\u2019alc\u00f4ve comment\u00e9 par Clemenceau.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident a-t-il toujours sa connaissance\u00a0?<br>\u2014 Non, elle est sortie par l\u2019escalier.\u00a0\u00bb<span id=\"2522\" class=\"cit-num\">2522<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u2019anecdote qui court dans Paris le 16\u00a0f\u00e9vrier 1899. <em>Petit Journal<\/em> (avec illustration), 26\u00a0f\u00e9vrier 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure, bel homme de 58\u00a0ans, meurt ce jour-l\u00e0 en galante compagnie. La \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb prit la fuite et le concierge de l\u2019\u00c9lys\u00e9e t\u00e9moigne en ces termes (\u00e0 quelques variantes pr\u00e8s selon les sources), r\u00e9pondant \u00e0 la question du pr\u00eatre appel\u00e9 en h\u00e2te pour le confesser.<\/p>\n<p>La rumeur murmure le nom de C\u00e9cile Sorel, actrice c\u00e9l\u00e8bre. En fait, la compagne de ses derniers instants est une demi-mondaine, Marguerite Steinheil, bient\u00f4t surnomm\u00e9e la Pompe fun\u00e8bre. Clemenceau lui-m\u00eame fait dans l\u2019humour noir\u00a0: \u00ab\u00a0Il voulait \u00eatre C\u00e9sar, il ne fut que Pomp\u00e9e.\u00a0\u00bb On lui pr\u00eate aussi ce mot plus politique\u00a0: \u00ab\u00a0F\u00e9lix Faure est retourn\u00e9 au n\u00e9ant, il a d\u00fb se sentir chez lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">19. Le syndicalisme naissant fait propagande \u00e0 part, \u00e0 l\u2019aube du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La propagande antimilitariste et antipatriotique doit devenir toujours plus intense et audacieuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2543\" class=\"cit-num\">2543<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chartes d\u2019Amiens, vot\u00e9e au congr\u00e8s f\u00e9d\u00e9ral, le 12\u00a0juillet 1906. Le Mouvement syndical sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique (1967), Georges Lefranc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Manifeste de la <span class=\"caps\">CGT<\/span>, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif du syndicalisme internationaliste de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eachera pas la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, dans un climat de consensus et d\u2019union sacr\u00e9e pour la d\u00e9fense nationale du pays, aux premiers jours de la guerre en ao\u00fbt\u00a01914. Pour la patrie en danger, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> elle-m\u00eame parlera en patriote.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">20.\u00a0 Propagande militaire en 1914, entre info et intox.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je tordrai les Boches avant deux mois.\u00a0\u00bb<span id=\"2586\" class=\"cit-num\">2586<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ralissime <span class=\"caps\">JOFFRE<\/span> (1852-1931), ao\u00fbt\u00a01914. <em><span class=\"caps\">G.Q.<\/span>G., secteur 1\u00a0: trois ans au Grand quartier g\u00e9n\u00e9ral<\/em> (1920), Jean de Pierrefeu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La croyance en une guerre courte pr\u00e9vaut en France, comme en Allemagne \u2013 qui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre, le 3\u00a0ao\u00fbt. Et tout commence par une guerre de mouvement.<\/p>\n<p>Joffre a \u00e9labor\u00e9 le plan fran\u00e7ais (plan <span class=\"caps\">XVII<\/span>)\u00a0: se fiant aux forces morales et aux ba\u00efonnettes, il pr\u00e9voit la d\u00e9fense de l\u2019Est. Mais la bataille des fronti\u00e8res va se d\u00e9rouler selon le plan allemand (plan Schlieffen)\u00a0: gros effectifs et artillerie lourde pour la tactique, et pour la strat\u00e9gie, invasion de la Belgique. Selon le chancelier allemand Bethmann-Hollweg, le trait\u00e9 international garantissant la neutralit\u00e9 de ce pays n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u00a0chiffon de papier\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 l\u2019attaque de la France par le nord, et le contournement des d\u00e9fenses fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Ces mots, souvent cit\u00e9s, font aussi partie de la propagande militaire. Elle rappelle furieusement les d\u00e9clarations de la guerre pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: \u00ab\u00a0Si la Prusse refuse de se battre, nous la contraindrons, \u00e0 coups de crosse dans le dos, \u00e0 repasser le Rhin et \u00e0 c\u00e9der la rive gauche\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/roger_salengro_0.jpg\" alt=\"Roger Salengro\" title=\"Roger Salengro\" width=\"400\" height=\"378\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">21. L\u2019affaire Salengro, exemple de l\u2019assassinat moral cher \u00e0 Napol\u00e9on.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne va pas chercher les ministres sur les bancs des conseils de guerre.\u00a0\u00bb<span id=\"2686\" class=\"cit-num\">2686<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri de <span class=\"caps\">K\u00c9RILLIS<\/span> (1889-1958), L\u2019\u00c9cho de Paris, 19\u00a0novembre 1936. <em>Le Quatri\u00e8me pouvoir, la presse fran\u00e7aise de 1830 \u00e0 1960<\/em> (1969), Jean Andr\u00e9 Faucher, No\u00ebl Jacquemart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vu par un d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain national (extr\u00eame droite), c\u2019est l\u2019\u00e9pilogue de l\u2019affaire Salengro,<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 socialiste et maire de Lille, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Blum, Roger Salengro refuse de faire \u00e9vacuer par la force les usines occup\u00e9es pendant les grandes gr\u00e8ves. C\u2019est l\u2019homme \u00e0 abattre pour l\u2019extr\u00eame droite. Il sera abattu par une campagne de presse \u2013 assassinat moral, cher \u00e0 Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>L\u2019Affaire Salengro commence dans l\u2019\u00e9t\u00e9 1936\u00a0: <em>Gringoire<\/em> (hebdomadaire nationaliste) relance une accusation de d\u00e9sertion remontant \u00e0 1915. Une commission militaire, pr\u00e9sid\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Gamelin, r\u00e9examine les dossiers des Conseils de guerre\u00a0: Salengro avait demand\u00e9 l\u2019autorisation de quitter la tranch\u00e9e pour ramener le corps d\u2019un camarade.\u00a0 Il n\u2019\u00e9tait pas revenu et avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 d\u00e9serteur par contumace, alors qu\u2019il \u00e9tait prisonnier de guerre en Allemagne. \u00c0 son second proc\u00e8s, il est acquitt\u00e9.<\/p>\n<p>Traqu\u00e9 par les journaux d\u2019extr\u00eame droite, victime de la rumeur, Salengro se suicide au gaz, le 17\u00a0novembre 1936.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">22. Propagande militaire de retour, aux premiers jours de la derni\u00e8re guerre mondiale.\u00a0\u00a0<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts.\u00a0\u00bb<span id=\"2733\" class=\"cit-num\">2733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), Allocution \u00e0 la radio, 10\u00a0septembre 1939. <em>Mythologie de notre temps<\/em> (1965), Alfred Sauvy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 3\u00a0septembre, la France et la Grande-Bretagne ont d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne, qui a envahi la Pologne le 1er\u00a0septembre. Le 2, un cr\u00e9dit extraordinaire (69\u00a0milliards de francs) pour la D\u00e9fense nationale a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 sur proposition de Paul Reynaud, ministre des Finances. Il annonce \u00e0 la radio les mesures fatalement impopulaires, et termine par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Nous vaincrons\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le slogan s\u2019inscrit dans la propagande alli\u00e9e. Et les historiens s\u2019interrogent encore sur le rapport des forces.<\/p>\n<p>Selon les strat\u00e8ges du temps, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est la meilleure du monde et m\u00eame l\u2019\u00e9tat-major allemand la redoute, car l\u2019arm\u00e9e d\u2019Hitler (<em>Wehrmacht<\/em>) est bien jeune. Mais notre arm\u00e9e est bien vieille\u00a0: comme sa r\u00e9putation, elle date de la derni\u00e8re guerre. Marine mise \u00e0 part, aviation, artillerie, parachutistes, blind\u00e9s, tout p\u00e8che par d\u00e9faut. L\u2019\u00e9tat d\u2019esprit est \u00e0 la d\u00e9fensive, la ligne Maginot donne un faux sentiment de s\u00e9curit\u00e9, le chef d\u2019\u00e9tat-major Gamelin est un intellectuel fuyant les responsabilit\u00e9s. Et les Fran\u00e7ais ne sont moralement pas pr\u00eats \u00e0 faire la guerre. Alors, on attend.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ira pendr\u2019 notre linge sur la ligne Siegfried.\u00a0\u00bb<span id=\"2734\" class=\"cit-num\">2734<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">MISRAKI<\/span> (1908-1998), paroles, chanson fran\u00e7aise entendue sur les ondes, adaptation d\u2019une chanson canadienne. <em>Les Grands orchestres de music-hall en France<\/em> (1984), Jacques H\u00e9lian<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La ligne Siegfried est l\u2019\u00e9quivalent de la ligne Maginot, destin\u00e9e donc \u00e0 emp\u00eacher l\u2019invasion fran\u00e7aise en Allemagne. On plaisante, tout est calme et on peut m\u00eame aller p\u00eacher \u00e0 la ligne sur le Rhin. Ray Ventura et ses Coll\u00e9giens font un nouveau \u00ab\u00a0tube\u00a0\u00bb avec cette parodie d\u2019air militaire scand\u00e9 \u00e0 l\u2019allemande, mim\u00e9 sur le rythme d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 au \u00ab\u00a0pas de l\u2019oie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Allemagne vient de rayer la Pologne de la carte en trois semaines de guerre \u00e9clair, et s\u2019est partag\u00e9 les d\u00e9pouilles du malheureux pays avec son alli\u00e9e, la Russie, en octobre\u00a01939 \u2013 effet du pacte germano-sovi\u00e9tique de non-agression sign\u00e9 le 23\u00a0ao\u00fbt 1939, union contre nature entre les deux dictatures id\u00e9ologiquement oppos\u00e9es.<\/p>\n<p>Commence alors la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019expression est de Roland Dorgel\u00e8s, les Anglais diront \u00ab\u00a0guerre bidon\u00a0\u00bb, les Allemands \u00ab\u00a0guerre assise\u00a0\u00bb. Huit mois d\u2019attente pas dr\u00f4le du tout pour les militaires qui s\u2019ennuient dans les casemates de la ligne Maginot. Le moral des civils pourrit de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre, comme Carthage, sera d\u00e9truite.\u00a0\u00bb<span id=\"2780\" class=\"cit-num\">2780<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">H\u00c9ROLD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PAQUIS<\/span> (1912-1945), animateur vedette et titulaire de la chronique militaire du Radio-Journal de Paris, \u00e0 partir de\u00a0janvier\u00a01942. <em>L\u2019\u00c9puration des intellectuels<\/em> (1996), Pierre Assouline<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il termine ainsi ses \u00e9ditoriaux, \u00e0 Radio Paris. D\u00e9sinformation et propagande font toujours partie du jeu de la guerre. Pas dupes, les Fran\u00e7ais scandent\u00a0: \u00ab\u00a0Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>H\u00e9rold-Paquis, avant la guerre, a gliss\u00e9 de la droite catholique vers l\u2019extr\u00eame droite. Engag\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des franquistes contre les r\u00e9publicains, durant la guerre d\u2019Espagne, puis sympathisant nazi, il s\u2019illustre dans la collaboration, invoquant le torpillage de la flotte fran\u00e7aise par les Anglais \u00e0 Mers el-K\u00e9bir. Deux ans durant, apr\u00e8s le journal du soir, il applaudit aux victoires de l\u2019Axe (Berlin-Rome-Tokyo) et ridiculise l\u2019action des Alli\u00e9s. Son leitmotiv final rappelle une c\u00e9l\u00e8bre citation latine de Caton l\u2019Ancien, s\u00e9nateur romain terminant tous ses discours par\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Carthago delenda est\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Carthage doit \u00eatre d\u00e9truite\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Il fuit Paris en 1944 et se r\u00e9fugie en Allemagne, poursuivant ses chroniques sur Radio Patrie. Arr\u00eat\u00e9 en 1945 quand il tente de fuir en Suisse, il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort et fusill\u00e9 \u00e0 35\u00a0ans, en octobre\u00a01945. Comme Laval, comme Brasillach.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">23. Guerre d\u2019Alg\u00e9rie, climat de guerre civile propice aux folles rumeurs.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens arm\u00e9s de grands principes.\u00a0\u00bb<span id=\"2924\" class=\"cit-num\">2924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>L\u2019Express<\/em>, 12\u00a0juin 1958,<em> Bloc-notes<\/em>, 1958-1960, <span class=\"caps\">II<\/span> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours des journ\u00e9es de mai\u00a01958, l\u2019id\u00e9e s\u2019est r\u00e9pandue d\u2019un d\u00e9nouement possible de la crise par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d\u2019Alg\u00e9rie pourraient d\u00e9barquer, faire jonction avec les r\u00e9seaux favorables \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise en m\u00e9tropole, les putschistes b\u00e9n\u00e9ficiant m\u00eame de complicit\u00e9s dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat. Le 28\u00a0mai, \u00e0 Paris, une foule immense et pacifique va d\u00e9filer de la Nation \u00e0 la R\u00e9publique, conspuant les paras et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme ne passera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mauriac qui en rend compte d\u00e9nonce le danger fasciste dans <em>L\u2019Express<\/em>, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace va pr\u00e9cipiter la solution de Gaulle, recours \u00e0 l\u2019ultime sauveur. Pour Mauriac, c\u2019est l\u2019homme du destin, l\u2019homme de la gr\u00e2ce, le garant de l\u2019unit\u00e9 du pays. D\u00e8s lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionn\u00e9es le conduisent \u00e0 quitter <em>L\u2019Express<\/em> pour <em>Le Figaro litt\u00e9raire<\/em>, trop heureux d\u2019accueillir d\u00e9sormais son <em>Bloc-notes<\/em>, publi\u00e9 plus tard en quatre recueils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident au Parlement, 29\u00a0mai 1958. <em>Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s qui entonnent <em>La Marseillaise<\/em> \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages et \u00e0 la lettre de la Constitution.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">24. La maladie du pr\u00e9sident Pompidou.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nombre de grands hommes ont gouvern\u00e9 en souffrant de maux graves\u00a0: Richelieu a gouvern\u00e9 la France pendant quinze ans au fond de son lit.\u00a0\u00bb<span id=\"3148\" class=\"cit-num\">3148<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">SANGUINETTI<\/span> (1913-1980), D\u00e9claration du leader de l\u2019<span class=\"caps\">UDR<\/span>, 30\u00a0mars 1974<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un fait, la liste est longue de ces malades au pouvoir, et Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, qui r\u00e9gnait quand gouvernait Richelieu, fut un grand tuberculeux, comme beaucoup de nos rois de France, dont la consanguinit\u00e9 aggravait encore la situation. Il y aura bient\u00f4t le cancer de Mitterrand, l\u2019<span class=\"caps\">AVC<\/span> de Chirac\u2026 Le calvaire de Pompidou reste un cas exemplaire.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du printemps 1974, l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du pr\u00e9sident est une donn\u00e9e politique, aliment\u00e9e par les rumeurs des d\u00eeners en ville et les propos confidentiels des gens bien inform\u00e9s. Un fait a frapp\u00e9 l\u2019opinion\u00a0: le 30\u00a0mai 1973, pour descendre d\u2019un avion \u00e0 Reikjavik, le pr\u00e9sident dut s\u2019agripper \u00e0 la passerelle. Choc de l\u2019image \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision\u2026 Et les photos qui suivent se ressemblent, celles d\u2019un homme malade, au visage bouffi (par la cortisone). Les communiqu\u00e9s m\u00e9dicaux parlent d\u2019h\u00e9morro\u00efdes ou de grippe pour expliquer les \u00ab\u00a0arr\u00eats de travail\u00a0\u00bb, alors qu\u2019il s\u2019agit du mal de Waldenstr\u00f6m, forme rare de leuc\u00e9mie, suivie d\u2019une septic\u00e9mie. La France est pourtant surprise par la nouvelle attendue.<\/p>\n<p>Le mardi 2\u00a0avril 1974, \u00e0 22\u00a0heures, la t\u00e9l\u00e9vision annonce aux Fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0M.\u00a0le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est mort.\u00a0\u00bb Poher, pr\u00e9sident du S\u00e9nat, devient \u00e8s qualit\u00e9s, et pour la seconde fois, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique par int\u00e9rim.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/diamants_de_bokassa.jpg\" alt=\"diamants de Bokassa\" title=\"diamants de Bokassa\" width=\"400\" height=\"245\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">25. L\u2019affaire des diamants de Bokassa, trop cher pay\u00e9 par le pr\u00e9sident Giscard d\u2019Estaing.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison.\u00a0\u00bb<span id=\"3193\" class=\"cit-num\">3193<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), interrog\u00e9 sur l\u2019\u00ab\u00a0affaire des diamants\u00a0\u00bb, Antenne 2, 27\u00a0novembre 1979<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 10\u00a0octobre dernier, <em>Le Canard<\/em> encha\u00een\u00e9 publie que Bokassa, pr\u00e9sident d\u00e9chu de la R\u00e9publique centrafricaine, fit cadeau de diamants \u00e0 Giscard d\u2019Estaing, ministre des Finances, en 1973. Valeur, un\u00a0million de francs, selon une note de Bokassa. \u00ab\u00a0C\u2019est grotesque\u00a0\u00bb, selon <span class=\"caps\">VGE<\/span>. Les diamants, oubli\u00e9s dans un tiroir, ont \u00e9t\u00e9 estim\u00e9s entre 4\u00a0000\u00a0et 7\u00a0000 francs. La note est un faux grossier.<\/p>\n<p>Mais <em>Le\u00a0Monde<\/em>, journal r\u00e9put\u00e9 s\u00e9rieux, reprend l\u2019information et d\u00e9nonce le silence de l\u2019\u00c9lys\u00e9e.<\/p>\n<p>La semaine suivante, Le Canard publie une nouvelle note de Bokassa, sur des diamants remis \u00e0 Giscard devenu pr\u00e9sident et la presse internationale se d\u00e9cha\u00eene sur ce \u00ab\u00a0Watergate parisien\u00a0\u00bb. <span class=\"caps\">VGE<\/span> ne change pas de ligne de d\u00e9fense, autrement dit, il ne se d\u00e9fend m\u00eame pas. L\u2019affaire va sans nul doute contribuer \u00e0 sa d\u00e9faite aux pr\u00e9sidentielles de mai 1981, face \u00e0 Mitterrand.<\/p>\n<p><em>Le Point<\/em> publiera une contre-enqu\u00eate infirmant la plupart des accusations. La <span class=\"caps\">DST<\/span> r\u00e9v\u00e9lera qu\u2019on a aid\u00e9 Bokassa dans cette manipulation. Trop tard, le m\u00e9pris silencieux de l\u2019accus\u00e9 l\u2019a finalement rendu suspect\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019imaginais que les Fran\u00e7ais \u00e9carteraient d\u2019eux-m\u00eames l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une telle m\u00e9diocrit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crira-t-il dans<em> Le Pouvoir et la vie<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>L\u2019Affrontement<\/em> (1991).<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">26. Mitterrand, le pr\u00e9sident de tous les secrets et myst\u00e8res.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est un myst\u00e8re, habit\u00e9 par mille personnages, du tacticien sceptique au socialiste saisi par la ferveur. On a beaucoup dit que Fran\u00e7ois Mitterrand \u00e9tait insaisissable\u00a0; il n\u2019est simple ni \u00e0 d\u00e9chiffrer ni \u00e0 d\u00e9fricher. \u00c0 la fois personnage authentique et artiste en repr\u00e9sentation.\u00a0\u00bb<span id=\"3106\" class=\"cit-num\">3106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz-Olivier <span class=\"caps\">GIESBERT<\/span> (n\u00e9 en 1949), <em>Fran\u00e7ois Mitterrand ou la Tentation de l\u2019histoire<\/em> (1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son biographe fait le portrait d\u2019une personnalit\u00e9 affirm\u00e9e (\u00e0 60\u00a0ans), mais pas encore pr\u00e9sident. Sphinx, Florentin, Machiavel et autres Princes de l\u2019\u00e9quivoque ou de l\u2019esquive, ces surnoms reviennent sans fin sous la plume des observateurs. Ils qualifient ses volte-face id\u00e9ologiques de \u00ab\u00a0convictions moir\u00e9es\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9sident au pouvoir ne fait rien pour lever le voile, cultivant un certain silence, usant d\u2019un sens inn\u00e9 du secret, et n\u2019abusant pas du petit \u00e9cran qui finit par \u00eatre fatal \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur.<\/p>\n<p>Autre biographe, Catherine Nay\u00a0: <em>Le Noir et le Rouge<\/em> (1984) et <em>Les Sept Mitterrand ou les m\u00e9tamorphoses d\u2019un septennat<\/em> (1988). Elle reconna\u00eet la profondeur des engagements partisans, l\u2019obstination des choix. Pourtant, nul plus que ce pr\u00e9sident n\u2019a su se plier aux circonstances et rebrousser chemin selon les donn\u00e9es de la conjoncture ou les fatalit\u00e9s du mauvais sort. Ce diable d\u2019homme a savamment jou\u00e9 sept r\u00f4les, d\u00e9sormais sept masques plaqu\u00e9s sur un visage dont on chercherait en vain l\u2019ultime v\u00e9rit\u00e9. Personnage \u00e9minemment romanesque, il aura d\u00e9rout\u00e9, irrit\u00e9, mais fascin\u00e9 tous ceux qui l\u2019ont approch\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates purs, parce que vous n\u2019avez pas eu l\u2019occasion de ne pas l\u2019\u00eatre.\u00a0\u00bb<span id=\"3107\" class=\"cit-num\">3107<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), au Congr\u00e8s des Jeunesses Socialistes (<span class=\"caps\">JS<\/span>), Pau, 1975<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9trange aveu, face aux jeunes socialistes qui vont devoir l\u2019aider dans la course au pouvoir\u00a0! Premier secr\u00e9taire du <span class=\"caps\">PS<\/span>, il vient de perdre la pr\u00e9sidentielle face au centriste Giscard d\u2019Estaing et il op\u00e8re une \u00ab\u00a0refondation\u00a0\u00bb\u00a0: il dissout les <span class=\"caps\">JS<\/span> et les <span class=\"caps\">ES<\/span> (\u00c9tudiants socialistes), le Mouvement de la jeunesse socialiste (<span class=\"caps\">MJS<\/span>) devenant une simple courroie de transmission du <span class=\"caps\">PS<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 59\u00a0ans, Mitterrand a d\u00e9j\u00e0 un long parcours politique. Pour avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, et onze fois ministre sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, que de compromis, que d\u2019accommodements, que d\u2019opportunisme\u00a0!<\/p>\n<p>Ce qui lui sera surtout reproch\u00e9, c\u2019est une jeunesse li\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite\u00a0: en 1934, \u00e0 18\u00a0ans, il adh\u00e8re au mouvement de jeunes des Croix-de-Feu, et devient volontaire national, dans la droite nationaliste du colonel de La Rocque. Il manifeste contre \u00ab\u00a0l\u2019invasion m\u00e9t\u00e8que\u00a0\u00bb en f\u00e9vrier\u00a01935. Il se lie avec des membres de La Cagoule. Il \u00e9crit dans le quotidien<em> L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em> d\u2019Henry de Kerillis, proche du Parti social fran\u00e7ais. Enfin, au printemps 1943, il est d\u00e9cor\u00e9 de l\u2019ordre de la Francisque. Apr\u00e8s quoi, il deviendra un authentique r\u00e9sistant.<\/p>\n<p>Mais le mot \u00ab\u00a0puret\u00e9\u00a0\u00bb sied mal \u00e0 Mitterrand. Il gardera toujours des amiti\u00e9s douteuses (Bousquet), des liaisons dangereuses (avec les puissances d\u2019argent), des pratiques plus que contestables (\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques, financement occulte du <span class=\"caps\">PS<\/span>, r\u00e9seaux maintenus en \u00ab\u00a0Fran\u00e7afrique\u00a0\u00bb\u2026), et une double vie priv\u00e9e, tenue secr\u00e8te, mais financ\u00e9e sur fonds publics. Est-ce pour cela qu\u2019il admirait des \u00ab\u00a0purs\u00a0\u00bb comme Jaur\u00e8s, Blum, Mend\u00e8s France\u00a0?<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">27. L\u2019affaire Gr\u00e9gory malencontreusement relanc\u00e9e par Marguerite Duras.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sublime, forc\u00e9ment sublime.\u00a0\u00bb<span id=\"3254\" class=\"cit-num\">3254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marguerite <span class=\"caps\">DURAS<\/span> (1914-1996), tribune dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 17\u00a0juillet 1985<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Serge July, patron de <em>Lib\u00e9<\/em>, a envoy\u00e9 Marguerite Duras sur le lieu du drame qui bouleverse la France, depuis le 16\u00a0octobre 1984. \u00c0 L\u00e9panges-sur-Vologne, on a retrouv\u00e9 dans la Vologne le corps du petit Gr\u00e9gory assassin\u00e9. Duras demande \u00e0 rencontrer la m\u00e8re, qui refuse. Christine Villemin subit un harc\u00e8lement m\u00e9diatique qui se nourrit du myst\u00e8re et des rebondissements de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Duras, auteur obsessionnellement fascin\u00e9e par les faits divers, adopte une m\u00e9thode \u00ab\u00a0d\u2019impr\u00e9gnation du r\u00e9el\u00a0\u00bb. Sans preuves, au m\u00e9pris de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, elle se fait m\u00e9dium pour acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s que je vois la maison, je crie que le crime a exist\u00e9. Je le crois. Au-del\u00e0 de toute raison [\u2026] On l\u2019a tu\u00e9 dans la douceur ou dans un amour devenu fou.\u00a0\u00bb Et le \u00ab\u00a0sublime, forc\u00e9ment sublime\u00a0\u00bb devient \u00ab\u00a0coupable, forc\u00e9ment coupable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fort embarrass\u00e9, July r\u00e9dige un avertissement sur \u00ab\u00a0la transgression de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb, rappelant la libert\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00e9criture de l\u2019artiste. Mais vu la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019artiste, et la m\u00e9diatisation de l\u2019affaire, une pol\u00e9mique s\u2019ensuit.<\/p>\n<p>Selon sa biographe Laure Adler, \u00ab\u00a0Marguerite Duras se d\u00e9fendra toujours de ce \u00ab\u00a0sublime, forc\u00e9ment sublime\u00a0\u00bb\u00a0; elle dira l\u2019avoir barr\u00e9 avant de remettre son texte au journal et reprochera \u00e0 Serge July de l\u2019avoir r\u00e9tabli sans l\u2019avoir consult\u00e9e. Mais, pour le reste, elle confirmera ce qu\u2019elle a alors, sous le coup de l\u2019\u00e9motion, \u00e9crit, relu sous forme manuscrite, puis corrig\u00e9 sur les \u00e9preuves d\u2019imprimerie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 2006, Denis Robert, qui suivait en 1985 l\u2019affaire Gr\u00e9gory pour <em>Lib\u00e9ration<\/em>, donne une version contraire\u00a0: le texte est en r\u00e9alit\u00e9 une \u00ab\u00a0version all\u00e9g\u00e9e\u00a0\u00bb d\u2019une premi\u00e8re tribune, refus\u00e9e par la r\u00e9daction du journal et dans laquelle Duras \u00ab\u00a0d\u00e9veloppait l\u2019id\u00e9e qu\u2019une m\u00e8re qui donne la vie a le droit de la retirer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rainbow_warrior_citation.jpg\" alt=\"Rainbow Warrior citation\" title=\"Rainbow Warrior citation\" width=\"400\" height=\"199\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">28. L\u2019affaire du Rainbow Warrior, sabotage d\u00e9cid\u00e9 par le pr\u00e9sident, bavure des services sp\u00e9ciaux et d\u00e9sinformation en s\u00e9rie.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La th\u00e8se de l\u2019ignorance scandalis\u00e9e tient lieu de ligne de d\u00e9fense officielle.\u00a0\u00bb<span id=\"3255\" class=\"cit-num\">3255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Serge <span class=\"caps\">JULY<\/span> (n\u00e9 en 1942), directeur de Lib\u00e9ration. <em>La Vie politique sous la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1987), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avatar de la raison d\u2019\u00c9tat dans la sph\u00e8re des services secrets, l\u2019\u00ab\u00a0affaire Greenpeace\u00a0\u00bb fait la une de tous les journaux, dans l\u2019\u00e9t\u00e9 1985. Elle n\u2019est connue que le 8\u00a0ao\u00fbt et ne sera jamais tout \u00e0 fait claire.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0juillet, le <em>Rainbow Warrior<\/em>, navire du mouvement international \u00e9cologiste Greenpeace pr\u00eat \u00e0 repartir en campagne contre les exp\u00e9riences nucl\u00e9aires fran\u00e7aises dans le Pacifique, est coul\u00e9 dans le port d\u2019Auckland, en Nouvelle-Z\u00e9lande. Un photographe portugais, appartenant \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition et venu rechercher des documents sur le bateau que l\u2019on croyait vide, est tu\u00e9. C\u2019est la <span class=\"caps\">DGSE<\/span> qui a \u00ab\u00a0fait le coup\u00a0\u00bb\u00a0: grosse bavure qui va prendre une ampleur internationale, avec r\u00e9percussions politiques internes.<\/p>\n<p>Dossier ultrasensible \u00e0 tout point de vue, sous le premier septennat de Mitterrand qui pratique le secret comme une religion.\u00a0\u00a0 La tactique du gouvernement, c\u2019est d\u2019en dire le moins possible. Et \u00e7a se sait de plus en plus. Le bouc \u00e9missaire sera finalement Charles Hernu, ministre de la D\u00e9fense qui a couvert les militaires.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">29. Suicide de B\u00e9r\u00e9govoy \u00ab\u00a0livr\u00e9 aux chiens\u00a0\u00bb, nouvel exemple d\u2019assassinat moral.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu\u2019on ait pu livrer aux chiens l\u2019honneur d\u2019un homme et, finalement, sa vie.\u00a0\u00bb<span id=\"3306\" class=\"cit-num\">3306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Discours aux fun\u00e9railles de Pierre B\u00e9r\u00e9govoy, 4\u00a0mai 1993<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident d\u00e9fend la m\u00e9moire de son ex-Premier ministre et ami, qui s\u2019est tir\u00e9 une balle dans la t\u00eate le 1er\u00a0mai, apr\u00e8s un acharnement m\u00e9diatique injuste. La presse (<em>Canard encha\u00een\u00e9<\/em> en t\u00eate) reprochait \u00e0 cet homme honn\u00eate, luttant contre la corruption et les corrompus, un pr\u00eat sans int\u00e9r\u00eat, pour une somme relativement modeste (un million de francs). Cet ancien militant, fid\u00e8le \u00e0 ses convictions comme \u00e0 ses amis, mais attaqu\u00e9, puis l\u00e2ch\u00e9 par les siens et notoirement d\u00e9prim\u00e9, se reprochait surtout la d\u00e9faite de la gauche, aux l\u00e9gislatives de mars\u00a01993.<\/p>\n<p>La v\u00e9h\u00e9mence de Mitterrand a une autre raison\u00a0: il est lui-m\u00eame tr\u00e8s attaqu\u00e9 sur son pass\u00e9 d\u2019ex-vichyste, devenu r\u00e9sistant. La politique est un m\u00e9tier dur, qui peut devenir cruel. Son successeur vivra cette trag\u00e9die, le temps venu.<\/p>\n<p>Moins d\u2019un an plus tard, le suicide de Fran\u00e7ois de Grosrouvre dans son bureau \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e affectera son vieil ami Mitterrand, et suscitera des rumeurs quasi in\u00e9vitables.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">30. Le dr\u00f4le d\u2019aveu de Bernard Tapie, accus\u00e9 au proc\u00e8s <span class=\"caps\">OM<\/span>-Valenciennes.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le monde a menti dans ce proc\u00e8s, mais moi j\u2019ai menti de bonne foi.\u00a0\u00bb<span id=\"3314\" class=\"cit-num\">3314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard <span class=\"caps\">TAPIE<\/span> (n\u00e9 en 1943), lors du proc\u00e8s <span class=\"caps\">OM<\/span>-Valenciennes, mars\u00a01995. <em>Le Spectacle du monde<\/em>, nos\u00a0394 \u00e0\u00a0397 (1995)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diversion dans la campagne pr\u00e9sidentielle, \u00e9pilogue du feuilleton m\u00e9diatico-juridico-sportif qui passionne le public, avec deux stars \u00e0 l\u2019affiche\u00a0: le foot et \u00ab\u00a0Nanard\u00a0\u00bb, emp\u00eatr\u00e9 dans une sale affaire, au Tribunal de Valenciennes.<\/p>\n<p>Le mot, qui vaut aveu, d\u00e9finit ce personnage atypique, cynique, talentueux dans son genre, popu et bling-bling \u00e0 la fois, ogre hyperactif, qui touche \u00e0 tous les m\u00e9tiers, est pr\u00e9sent dans tous les milieux\u00a0: chanson, t\u00e9l\u00e9vision, sport, \u00e9conomie et politique. De 1988 \u00e0 1992, le voil\u00e0 d\u00e9put\u00e9 des Bouches-du-Rh\u00f4ne, d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, ministre de la Ville, conseiller r\u00e9gional. Parall\u00e8lement, il a dirig\u00e9 avec brio l\u2019Olympique de Marseille jusqu\u2019en 1993, date o\u00f9 commencent les ennuis judiciaires.<\/p>\n<p>Accus\u00e9 d\u2019abus de biens sociaux et de fraude fiscale, le pr\u00e9sent proc\u00e8s l\u2019implique dans une tentative de corruption, lors du match <span class=\"caps\">OM<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VA<\/span> (Olympique de Marseille contre Valenciennes). Voulant prot\u00e9ger ses joueurs qui vont affronter le Milan <span class=\"caps\">AC<\/span> dans la Coupe des clubs champions, le patron de l\u2019<span class=\"caps\">OM<\/span> a pay\u00e9 des joueurs de Valenciennes pour qu\u2019ils \u00ab\u00a0l\u00e8vent le pied\u00a0\u00bb. L\u2019<span class=\"caps\">OM<\/span> a gagn\u00e9 sur les deux tableaux en 1993 (Coupe d\u2019Europe et Coupe de France), mais des joueurs ont parl\u00e9. Tapie a d\u00e9menti, avant de c\u00e9der\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai menti, mais\u2026\u00a0\u00bb Condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, dont un an ferme, pour corruption active et subornation de t\u00e9moin, il fait appel. Condamnation d\u00e9finitive en 1996. Et r\u00e9surrection m\u00e9diatique et financi\u00e8re, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">31. Les affaires de Chirac font \u00ab\u00a0Pschitt\u00a0\u00bb au 14 juillet 2001.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pschitt.\u00a0\u00bb<span id=\"3362\" class=\"cit-num\">3362<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), une onomatop\u00e9e, dans la traditionnelle interview du 14\u00a0juillet 2001<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot le plus court de l\u2019histoire (avec le \u00ab\u00a0Merde\u00a0\u00bb de Cambronne aux Anglais, peut-\u00eatre apocryphe).<\/p>\n<p>Face \u00e0 la presse, le pr\u00e9sident s\u2019explique sur les accusations port\u00e9es contre lui quelques jours plus t\u00f4t, \u00e0 propos de billets d\u2019avion pay\u00e9s en liquide\u00a0: \u00ab\u00a0Ces pol\u00e9miques sur les voyages pr\u00e9sidentiels se d\u00e9gonflent et font pschitt.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus graves, les aveux posthumes de Jean-Claude M\u00e9ry, homme-cl\u00e9 des finances secr\u00e8tes au <span class=\"caps\">RPR<\/span>, d\u00e9taillant (sur cassette) un syst\u00e8me de financement occulte et les valises de billets re\u00e7ues pour financer les campagnes de Chirac. Toutes ces accusations divulgu\u00e9es par<em> Le Monde<\/em>, le 20\u00a0septembre 2000, il les qualifie d\u2019\u00ab\u00a0abracadabrantesque\u00a0\u00bb, mot cr\u00e9\u00e9 par Rimbaud en 1871, dans son po\u00e8me <em>Le C\u0153ur supplici\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Toujours emp\u00eatr\u00e9 dans la cohabitation, voil\u00e0 le pr\u00e9sident rattrap\u00e9 par les \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb. Dans tout autre pays d\u00e9mocratique, et d\u2019abord aux \u00c9tats-Unis, ce genre d\u2019esquive n\u2019aurait pas suffi.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">32. L\u2019affaire Clearstream, duel fratricide et r\u00e8glement de comptes \u00e0 droite.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a mont\u00e9 cette affaire et il finira sur un croc de boucher.\u00a0\u00bb<span id=\"3398\" class=\"cit-num\">3398<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, citation authentifi\u00e9e apr\u00e8s coup par \u00ab\u00a0le salopard\u00a0\u00bb vis\u00e9, Dominique de Villepin. <em>La Trag\u00e9die du Pr\u00e9sident<\/em> (2006), Franz-Olivier Giesbert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la s\u00e9rie \u00ab\u00a0duels fratricides\u00a0\u00bb, voici la s\u00e9quence Villepin-Sarkozy, et l\u2019affaire Clearstream, obscure histoire de corbeaux et de manipulations, feuilleton financier, politique et judiciaire, qui commence en 2004 et trouve son \u00e9pilogue juridique en 2010.<\/p>\n<p>Un petit groupe de politiciens et d\u2019industriels tente de manipuler la justice pour \u00e9vincer des concurrents, en les impliquant dans le scandale des fr\u00e9gates de Ta\u00efwan. Ils auraient touch\u00e9 des commissions sur la vente de ces navires de guerre, et l\u2019argent se trouverait sur des comptes occultes. Parmi les dizaines de noms cit\u00e9s, Sarkozy, alors ministre de l\u2019\u00c9conomie, mais aussi Chev\u00e8nement, Strauss-Kahn, Madelin.<\/p>\n<p>La presse d\u00e9voile l\u2019existence d\u2019un rapport de la <span class=\"caps\">DST<\/span> sur l\u2019affaire et ces listings falsifi\u00e9s. Une fausse rumeur peut toujours nuire, et Sarkozy accuse Villepin de dissimuler \u00e0 la justice les conclusions de l\u2019enqu\u00eate qui l\u2019innocenterait. Il se constitue partie civile. Villepin sera mis en examen le 27\u00a0juillet 2007, pour \u00ab\u00a0complicit\u00e9 de d\u00e9nonciation calomnieuse, recel de vol et d\u2019abus de confiance, complicit\u00e9 d\u2019usage de faux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 23\u00a0septembre 2009, le pr\u00e9sident Sarkozy qualifie de \u00ab\u00a0coupables\u00a0\u00bb les pr\u00e9venus au proc\u00e8s <em>Clearstream<\/em>. Et un mois plus tard, le procureur requiert dix-huit mois de prison avec sursis contre l\u2019ex-Premier ministre, rendu \u00ab\u00a0complice\u00a0\u00bb de d\u00e9nonciation calomnieuse\u00a0: \u00ab\u00a0Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre \u00e0 un croc de boucher, je vois que la promesse a \u00e9t\u00e9 tenue.\u00a0\u00bb Mais le 28\u00a0janvier 2010, le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement\u00a0: Dominique de Villepin est relax\u00e9. Jean-Louis Gergorin, consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab\u00a0cerveau\u00a0\u00bb de l\u2019affaire, est condamn\u00e9 \u00e0 quinze mois de prison ferme et Imad Lahoud, auteur des lettres anonymes, \u00e0 dix-huit mois.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">33. La vie priv\u00e9e du pr\u00e9sident devient publique, avec Sarkozy.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est complexe entre un homme et une femme, mais quand tout est public, alors les petits \u00e9v\u00e9nements de la vie quotidienne deviennent des monuments.\u00a0\u00bb<span id=\"3429\" class=\"cit-num\">3429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), <em>T\u00e9moignage<\/em> (2006)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un an plus t\u00f4t, conscient du drame \u00e0 venir, il t\u00e9moignait de cette faiblesse d\u2019homme fort. Il expose sa vie priv\u00e9e, les rumeurs courent, quand le couple \u00e9lys\u00e9en explose.<\/p>\n<p>18\u00a0octobre 2007, premier communiqu\u00e9 de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0C\u00e9cilia et Nicolas Sarkozy annoncent leur s\u00e9paration par consentement mutuel. Ils ne feront aucun commentaire.\u00a0\u00bb Un second communiqu\u00e9, deux heures plus tard, pr\u00e9cise que le couple a divorc\u00e9.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s, les Sarkozy furent compar\u00e9s aux Kennedy, dans le style glamour et <em>people<\/em>. C\u00e9cilia, 49\u00a0ans, ancien mannequin, divorc\u00e9e de l\u2019animateur Jacques Martin, se veut femme libre\u00a0: la vie de Premi\u00e8re dame, \u00ab\u00a0\u00e7a me rase\u00a0\u00bb, a-t-elle dit avant la pr\u00e9sidentielle. Alors que lui avoue ne penser qu\u2019\u00e0 \u00e7a (\u00ab\u00a0pas seulement quand je me rase\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement exprim\u00e9 la force de son attachement \u00e0 C\u00e9cilia, pr\u00e9cieuse collaboratrice dans son parcours politique. En 2005, une premi\u00e8re s\u00e9paration, qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0ouragan\u00a0\u00bb dans sa vie, l\u2019a boulevers\u00e9. Il \u00e9voque \u00ab\u00a0la souffrance de celui qui conna\u00eet un \u00e9chec professionnel ou une d\u00e9chirure personnelle.\u00a0\u00bb En 2012, il avouera\u00a0: \u00ab\u00a0Mon \u00e9lection aurait d\u00fb \u00eatre le couronnement de ma vie, mais une partie de ma t\u00eate \u00e9tait ailleurs. Ma famille explosait.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Des paroles et des actes\u00a0\u00bb, France 2, 6\u00a0mars.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un couple pr\u00e9sidentiel divorce et qu\u2019un pr\u00e9sident se laisse aller \u00e0 ce genre de confidence. La vie priv\u00e9e de Mitterrand \u00e9tait tenue secr\u00e8te, la pudeur de Jacques Chirac est un trait de caract\u00e8re qu\u2019il partage avec Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing, quant \u00e0 de Gaulle\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est le comble de la discr\u00e9tion. On sait seulement qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9pris de sa femme Yvonne qui l\u2019\u00e9tait tout autant de son mari. Seul drame connu, la trisomie 21 de leur fille morte \u00e0 20 ans, avec la fondation cr\u00e9\u00e9e en 1945 au nom d\u2019Anne de Gaulle\u00a0: \u00ab\u00a0Cette enfant \u00e9tait aussi une gr\u00e2ce, elle m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer tous les \u00e9checs et tous les hommes, \u00e0 voir plus haut.\u00a0\u00bb Charles de Gaulle, 1940.<\/p>\n<p>Seul Georges Pompidou, profond\u00e9ment \u00e9pris de sa femme lui aussi, a visiblement souffert des rumeurs qui l\u2019atteignaient dans une affaire hyper m\u00e9diatis\u00e9e, ayant pour but de briser ses ambitions pr\u00e9sidentielles\u00a0: \u00ab\u00a0Des rumeurs mensong\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 perfidement r\u00e9pandues autour de l\u2019affaire Markovitch, en vue de nuire \u00e0 certaines personnes. La justice a pour devoir de rechercher les auteurs et les complices de l\u2019assassinat de Stevan Markovitch. Elle ne se laissera pas \u00e9garer par des man\u0153uvres dont le but est manifestement \u00e9tranger \u00e0 sa mission.\u00a0\u00bb (Ren\u00e9 Capitant, garde des Sceaux, communiqu\u00e9 du 12 mars 1969). Cette affaire reste pour la police une des enqu\u00eates les plus retentissantes de l\u2019apr\u00e8s-guerre\u00a0: 60 000 cotes judiciaires, un dossier lourd d\u2019une tonne et demie, conserv\u00e9 dans les coffres forts du tribunal de Versailles. L\u2019Histoire est encore pleine de secrets vrais ou faux.<\/p>\n<p>L\u00e0 est le probl\u00e8me\u2026 et l\u2019int\u00e9r\u00eat de ce genre d\u2019\u00e9dito.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mot est nouveau, mais la chose existe depuis toujours. Impossible de donner une d\u00e9finition claire d\u2019une notion aussi floue, au risque de simplifier un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe et comme tel passionnant. Pour preuve, tous les mots associables aux fake news. \u00ab\u00a0Fausse rumeur\u00a0\u00bb vaut quasiment synonyme, comme \u00ab\u00a0infox\u00a0\u00bb, n\u00e9ologisme et mot-valise (information &amp; intoxication). Restent\u00a0d\u2019innombrables corr\u00e9lats\u00a0: [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":42,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8404","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8404","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8404"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8404\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12353,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8404\/revisions\/12353"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8404"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8404"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8404"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}