{"id":8420,"date":"2020-05-25T00:00:00","date_gmt":"2020-05-24T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-fake-news-sous-lancien-regime\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:43","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:43","slug":"les-fake-news-sous-lancien-regime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-fake-news-sous-lancien-regime\/","title":{"rendered":"Les fake news sous l\u2019Ancien R\u00e9gime"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/fake_news_bandeau.jpg\" alt=\"fake news citations\" title=\"fake news citations\" width=\"728\" height=\"220\"><\/p>\n<p>Le mot est nouveau, mais la chose existe depuis toujours.<\/p>\n<p>Impossible de donner une d\u00e9finition claire d\u2019une notion aussi floue, au risque de simplifier un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe et comme tel passionnant.<\/p>\n<p>Pour preuve, tous les mots associables aux fake news. \u00ab\u00a0Fausse rumeur\u00a0\u00bb vaut quasiment synonyme, comme \u00ab\u00a0infox\u00a0\u00bb, n\u00e9ologisme et mot-valise (information <span class=\"amp\">&amp;<\/span> intoxication). Restent\u00a0d\u2019innombrables corr\u00e9lats\u00a0: accusation, calomnie, diffamation, d\u00e9nigrement, d\u00e9lation, m\u00e9disance, mystification, propagande, d\u00e9sinformation, attaque, potin, ragot, insinuation, comm\u00e9rage, tromperie, contre-v\u00e9rit\u00e9, l\u00e9gende, cabale, pamphlet, conjuration, complot, complotisme et conspirationnisme (n\u00e9ologismes dans l\u2019air du temps, avec la \u00ab\u00a0th\u00e9orie du complot\u00a0\u00bb), etc\u2026<\/p>\n<p>Les auteurs de fake news abondent. Souvent anonymes ou inconnus, c\u2019est aussi bien le peuple que le pouvoir (politique ou militaire), l\u2019opposition (sous tous les r\u00e9gimes), un parti organis\u00e9, un frondeur isol\u00e9, un journaliste plus ou moins bien inform\u00e9, une institution publique, un syndicat, un groupe de pression\u2026 et les nouveaux r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>Une cinquantaine d\u2019exemples vont nous aider \u00e0 cerner le ph\u00e9nom\u00e8ne, en une mini-s\u00e9rie \u00e0 deux \u00e9pisodes \u2013 sous l\u2019Ancien R\u00e9gime et de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours. C\u2019est une lecture originale de notre <em>Histoire en citations<\/em>, revue (mais pas corrig\u00e9e\u00a0!) pour cet \u00e9dito un brin provoc et parano, \u00e0 l\u2019image du th\u00e8me.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-5.jpg\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/apocalypse_de_saint_sever_1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"248\"><\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">1. An Mil, rumeur mill\u00e9nariste sur la fin du monde, entre mythe, l\u00e9gende et r\u00e9alit\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une croyance universelle au Moyen \u00c2ge, que le monde devait finir avec l\u2019an mille de l\u2019incarnation [\u2026] Cette fin d\u2019un monde si triste \u00e9tait tout ensemble l\u2019espoir et l\u2019effroi du Moyen \u00c2ge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"140\" class=\"cit-num\">140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commen\u00e7ons notre mini-s\u00e9rie avec l\u2019historien tr\u00e8s cher au c\u0153ur des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Cette croyance en une fin du monde pour l\u2019an mille aurait fortement marqu\u00e9 les esprits de cette \u00e9poque. Elle se fonde sur le mill\u00e9narisme, doctrine selon laquelle le Jugement dernier devait avoir lieu mille ans apr\u00e8s la naissance du Christ, d\u2019apr\u00e8s une interpr\u00e9tation du chapitre\u00a0<span class=\"caps\">XX<\/span> de <em>l\u2019Apocalypse de saint Jean<\/em> (Nouveau Testament). Certes, la foi est grande au Moyen \u00c2ge et les superstitions plus encore. Mais la majorit\u00e9 des contemporains, illettr\u00e9s, ne sont pas sensibles aux dates. Reste la rumeur qui se diffuse d\u2019autant plus que l\u2019angoisse est bien r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Les auteurs romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle ont contribu\u00e9 \u00e0 renforcer ce mythe de la Grande Peur de l\u2019an mille, sur la foi de quelques textes douteux, mal interpr\u00e9t\u00e9s et parfois post\u00e9rieurs. L\u2019an 2 000 d\u00e9clenchera moins de fantasmes, mais leur diffusion se fera \u00e0 la vitesse d\u2019Internet et l\u2019obsession des dates est une nouvelle religion au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La milli\u00e8me ann\u00e9e apr\u00e8s la Passion du Seigneur [\u2026] les pluies, les nu\u00e9es s\u2019apais\u00e8rent, ob\u00e9issant \u00e0 la bont\u00e9 et la mis\u00e9ricorde divines [\u2026] Toute la surface de la terre se couvrit d\u2019une aimable verdeur et d\u2019une abondance de fruits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"141\" class=\"cit-num\">141<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RAO\u00dbL<\/span> le Glabre (985-avant 1050), <em>Histoires<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce moine historien d\u00e9crit ainsi la fin des terreurs du tournant mill\u00e9nariste. Rien ne s\u2019est pass\u00e9, comme il en a toujours \u00e9t\u00e9 pour ce genre de superstition.<\/p>\n<p>Lui qui a craint le pire et contribu\u00e9 \u00e0 la Grande Peur, il t\u00e9moigne, en termes po\u00e9tiques, d\u2019un renouveau de civilisation\u00a0: \u00ab\u00a0Comme approchait la troisi\u00e8me ann\u00e9e qui suivit l\u2019an Mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, r\u00e9nover les basiliques des \u00e9glises\u00a0; bien que la plupart, fort bien construites, n\u2019en eussent nul besoin, une \u00e9mulation poussait chaque communaut\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 en avoir une plus somptueuse que celle des autres. C\u2019\u00e9tait comme si le monde lui-m\u00eame se fut secou\u00e9 et, d\u00e9pouillant sa v\u00e9tust\u00e9, ait rev\u00eatu de toutes parts une blanche robe d\u2019\u00e9glise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Georges Duby, grand m\u00e9di\u00e9viste contemporain, appelle cela \u00ab\u00a0le printemps du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/saint_louis_roi_de_france_remettant_la_regence_a_sa_mere_blanche_de_castille_par_joseph-marie_vien.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"260\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">2. Blanche de Castille, m\u00e8re parfaite ou parfaitement abusive du futur Saint Louis\u00a0?<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle ne pouvait souffrir que son fils f\u00fbt en la compagnie de sa femme, sinon le soir quand il allait coucher avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"210\" class=\"cit-num\">210<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cieux et fid\u00e8le chroniqueur du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, il donne maints exemples de cette fameuse jalousie d\u2019une m\u00e8re par ailleurs admirable.\u00a0Blanche de Castille supporte mal Marguerite de Provence, cette \u00e9pouse qu\u2019elle a pourtant choisie pour son fils ador\u00e9\u00a0\u2013 le mariage apporta la Provence \u00e0 la France, en 1234.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! Vous ne me laisserez donc voir mon seigneur ni morte ni vive\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"211\" class=\"cit-num\">211<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1221-1295), \u00e0 Blanche de Castille, 1240. <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur de la reine, quand sa belle-m\u00e8re veut arracher Louis de son chevet. Elle venait d\u2019accoucher et \u00ab\u00a0\u00e9tait en grand p\u00e9ril de mort\u00a0\u00bb. La reine donnera douze enfants au roi, dont sept vivront.<\/p>\n<p>La r\u00e9gence de Blanche de Castille s\u2019est achev\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 du jeune roi qui la laisse gouverner encore pendant huit ans. Elle sera de nouveau r\u00e9gente, quand son fil part \u00e0 la croisade, en 1248. Marguerite accompagne son seigneur, s\u00fbre de pouvoir ainsi le voir et l\u2019avoir bien \u00e0 elle \u2013 une raison avanc\u00e9e par certains historiens. Quant \u00e0 dire que le roi est parti en croisade pour pouvoir profiter librement de son \u00e9pouse\u2026 Ce serait sans doute une pens\u00e9e impie, donc une m\u00e9disance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La femme que vous ha\u00efssiez le plus est morte et vous en menez un tel deuil\u00a0!<br>\u2014 Ce n\u2019est pas sur elle que je pleure, s\u00e9n\u00e9chal, mais sur le roi, mon \u00e9poux, pour le chagrin que lui cause la mort de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"215\" class=\"cit-num\">215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARGUERITE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span>(1221-1295), r\u00e9pondant \u00e0 Joinville, s\u00e9n\u00e9chal de Champagne.<em> Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume), Jean de Joinville.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Blanche de Castille meurt le 27\u00a0novembre\u00a01252, \u00e0 64\u00a0ans. La reine est d\u00e9livr\u00e9e de la monstrueuse jalousie de sa belle-m\u00e8re, mais Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> fut profond\u00e9ment boulevers\u00e9, quand il apprit la nouvelle en Terre sainte, et sa femme en est t\u00e9moin.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/templars_on_stake.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"296\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">3. L\u2019Affaire des Templiers, authentique feuilleton m\u00e9di\u00e9val bas\u00e9 sur une calomnie royale.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Boire comme un Templier.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Jurer comme un Templier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"249\" class=\"cit-num\">249<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Expressions populaires, au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. <em>Le Livre des proverbes fran\u00e7ais<\/em>, tome\u00a0I (1842), Antoine-Jean-Victor Le Roux de Lincy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dictons toujours en cours, m\u00eame si l\u2019on en oublie l\u2019origine.<\/p>\n<p>Ils donnent une faible id\u00e9e des vices, crimes et p\u00e9ch\u00e9s que la rumeur publique pr\u00eate aux chevaliers. \u00ab\u00a0Le Temple avait pour les imaginations un attrait de myst\u00e8re et de vague terreur. Les r\u00e9ceptions avaient lieu, dans les \u00e9glises de l\u2019ordre, la nuit et portes ferm\u00e9es. On disait que si le roi de France lui-m\u00eame y e\u00fbt p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, il n\u2019en serait pas sorti\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<p>La rumeur est entretenue par le chancelier Nogaret (garde des Sceaux, autrement dit ministre de la Justice). Le roi a donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9liminer cet \u00ab\u00a0\u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, les Templiers d\u00e9pendant de la seule autorit\u00e9 du pape. Il veut aussi r\u00e9cup\u00e9rer une part de leur fortune \u2013 le fameux \u00ab\u00a0tr\u00e9sor\u00a0\u00bb. L\u2019op\u00e9ration secr\u00e8te sera vite et bien men\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an 1307 le 22\u00a0septembre, le roi \u00e9tant au monast\u00e8re de Maubuisson, les sceaux furent confi\u00e9s au seigneur Guillaume de Nogaret\u00a0; on traita ce jour-l\u00e0 de l\u2019arrestation des Templiers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"250\" class=\"cit-num\">250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Registre du Tr\u00e9sor des Chartres. Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9pression est d\u00e9cid\u00e9e\u00a0: plis scell\u00e9s envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019adresse des baillis et s\u00e9n\u00e9chaux des provinces. Chaque pli en contient un second \u00e9galement scell\u00e9, qui ne doit \u00eatre ouvert que le 12\u00a0octobre. Ainsi le secret de l\u2019op\u00e9ration contre les Templiers sera-t-il bien gard\u00e9, durant trois semaines.<\/p>\n<p>Le 13\u00a0octobre\u00a01307, les Templiers sont arr\u00eat\u00e9s dans l\u2019enceinte du Temple \u00e0 Paris et pareillement saisis dans leurs ch\u00e2teaux en province. Ils n\u2019opposent aucune r\u00e9sistance\u00a0: l\u2019effet de surprise est total et la R\u00e8gle des moines soldats leur interdit de lever l\u2019\u00e9p\u00e9e contre un chr\u00e9tien. Une douzaine a pu fuir\u00a0; les autres, environ 2\u00a0000, seront livr\u00e9s \u00e0 l\u2019Inquisition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette engeance [\u2026] comparable aux b\u00eates priv\u00e9es de raison, que dis-je\u00a0? d\u00e9passant la brutalit\u00e9 des b\u00eates elles-m\u00eames [\u2026] commet les crimes les plus abominables [\u2026] Elle a abandonn\u00e9 son Cr\u00e9ateur [\u2026] sacrifi\u00e9 aux d\u00e9mons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"251\" class=\"cit-num\">251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1268-1314), parlant des Templiers.<em> Les Templiers<\/em> (1963), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On voit jusqu\u2019o\u00f9 peut aller la duplicit\u00e9 de Philippe le Bel pour justifier une action injustifiable sur le plan de la pure \u00e9quit\u00e9. L\u2019affaire des Templiers va durer sept ans\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment les Fr\u00e8res ont-ils \u00e9t\u00e9 re\u00e7us au Temple\u00a0? [\u2026]<br>\u2014 Les a-t-on, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, emmen\u00e9s derri\u00e8re l\u2019autel ou ailleurs, contraints de renier le Christ par trois fois et de cracher sur la Croix\u00a0? [\u2026]<br>\u2014 Les a-t-on ensuite d\u00e9v\u00eatus et bais\u00e9s en bout de l\u2019\u00e9chine, sous la ceinture, sur le nombril et en la bouche, puis invit\u00e9s \u00e0 pratiquer la sodomie\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"252\" class=\"cit-num\">252<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Questions pos\u00e9es aux Templiers, Tribunal de l\u2019Inquisition, 19\u00a0octobre-24\u00a0novembre 1307. <em>Les Templiers<\/em> (1963), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur demande du chancelier Nogaret, l\u2019Inquisition m\u00e8ne les interrogatoires. Cette juridiction eccl\u00e9siastique d\u2019exception, particuli\u00e8rement redoutable, est comp\u00e9tente pour la r\u00e9pression des crimes d\u2019h\u00e9r\u00e9sie et d\u2019apostasie, les faits de sorcellerie et de magie.<\/p>\n<p>138 Templiers comparaissent, accus\u00e9s de m\u0153urs obsc\u00e8nes, sodomie, h\u00e9r\u00e9sie, idol\u00e2trie, pratique de messes noires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On n\u2019entendait que cris, que g\u00e9missements de ceux qu\u2019on travaillait, qu\u2019on brisait, qu\u2019on d\u00e9membrait dans la torture.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"253\" class=\"cit-num\">253<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 Ren\u00e9 Aubert de <span class=\"caps\">VERTOT<\/span> (1655-1735),<em> Histoire des Chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de J\u00e9rusalem<\/em> (posthume, 1742)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet abb\u00e9 fut le t\u00e9moin des pratiques de l\u2019Inquisition. \u00c9longation, dislocation, br\u00fblures, brodequins, chevalet, tels sont les moyens utilis\u00e9s contre les accus\u00e9s, en octobre et novembre\u00a01307. L\u2019inquisiteur de France, Guillaume de Paris, confesseur du roi, veille aux interrogatoires. 36 Templiers meurent sous la torture.<\/p>\n<p>Face aux bourreaux, les Templiers avouent en masse, tout ce qu\u2019on veut. M\u00eame le grand ma\u00eetre Jacques de Molay, vraisemblablement pas tortur\u00e9. Ce qui donnera naissance au \u00ab\u00a0myst\u00e8re des Templiers\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e9taient-ils si innocents\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que le pape prenne garde [\u2026] On pourrait croire que c\u2019est \u00e0 prix d\u2019or qu\u2019il prot\u00e8ge les Templiers, coupables et conf\u00e8s, contre le z\u00e8le catholique du roi de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"254\" class=\"cit-num\">254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">DUBOIS<\/span> (vers 1250-vers 1320), Pamphlet, 1308. <em>La Magie et la sorcellerie en France<\/em> (1974), Thomas de Cauzons<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat \u00e0 Coutances, il \u00e9crit ces mots dans le dessein d\u2019effrayer Cl\u00e9ment V. Il conclut en clouant au pilori \u00ab\u00a0les ind\u00e9cis [qui] sont les nerfs des testicules du L\u00e9viathan\u00a0\u00bb\u00a0! Image propre \u00e0 faire trembler un pape h\u00e9sitant par nature, embarrass\u00e9 par l\u2019affaire, et par ailleurs malade.<\/p>\n<p>Il s\u2019\u00e9tait tardivement \u00e9mu du destin des Templiers, leur redonnant quelque espoir en f\u00e9vrier\u00a01308\u00a0: il suspend l\u2019action des inquisiteurs et annule les proc\u00e9dures engag\u00e9es par Philippe le Bel. Fureur du roi\u00a0! Et riposte. Pierre Dubois, avocat du roi, \u00e9crit donc \u00e0 sa demande, tandis que le chancelier Nogaret man\u0153uvre en coulisses.<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment V, fran\u00e7ais d\u2019origine, se soumet bient\u00f4t \u00e0 la volont\u00e9 royale et abandonne les Templiers \u00e0 leur sort, demandant seulement qu\u2019on y mette les formes, d\u2019un point de vue juridique. Il y aura donc un nouveau proc\u00e8s et quelques bulles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais je n\u2019ai avou\u00e9 les erreurs imput\u00e9es \u00e0 l\u2019ordre, ni ne les avouerai. Tout cela est faux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"255\" class=\"cit-num\">255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e8re <span class=\"caps\">BERTRAND<\/span> de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PAUL<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIII<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle), 7\u00a0f\u00e9vrier 1310. <em>Histoire vivante de Paris<\/em> (1969), Louis Saurel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec lui, 32 Templiers veulent \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9fendre l\u2019ordre, au second proc\u00e8s. Leur attitude a chang\u00e9 du tout au tout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019avouerais que j\u2019ai tu\u00e9 Dieu, si on me le demandait\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"256\" class=\"cit-num\">256<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e8re <span class=\"caps\">AYMERI<\/span> de <span class=\"caps\">VILLIERS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">DUC<\/span> (fin <span class=\"caps\">XIII<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle), 13\u00a0mai 1310. <em>Histoire vivante de Paris<\/em> (1969), Louis Saurel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Templiers qui ont avou\u00e9 en 1307 vont se r\u00e9tracter, pour \u00e9viter le b\u00fbcher. \u00ab\u00a0J\u2019ai reconnu quelques-unes de ces erreurs, je l\u2019avoue, mais c\u2019\u00e9tait sous l\u2019effet des tourments. J\u2019ai trop peur de la mort\u00a0\u00bb, ajoute Aymeri.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Vox clamantis<\/em>.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0La voix qui crie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"257\" class=\"cit-num\">257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CL\u00c9MENT<\/span> V (vers 1264-1314), Bulle pontificale qui dissout l\u2019ordre des Templiers, 3\u00a0avril 1312. <em>Les Templiers<\/em> (1963), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Acte juridique lu \u00e0 l\u2019ouverture de la deuxi\u00e8me session, au concile de Vienne\u00a0: l\u2019ordre a fini d\u2019exister.<\/p>\n<p>Notons que l\u2019expression \u00ab\u00a0<em>Vox clamantis (in deserto)<\/em>\u00a0\u00bb \u2013\u00ab\u00a0La voix qui crie (dans le d\u00e9sert)\u00a0\u00bb\u00a0\u2013 est la r\u00e9ponse de Jean-Baptiste aux envoy\u00e9s des Juifs venus lui demander \u00ab\u00a0Qui es-tu\u00a0?\u00a0\u00bb (Bible, Nouveau Testament, \u00c9vangile de Jean, 1, 23).<\/p>\n<p>Par la bulle <em>Ad providam<\/em> du 2\u00a0mai, les biens des Templiers sont transmis \u00e0 l\u2019ordre des Hospitaliers. Le roi, sous pr\u00e9texte de dettes, en a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9lev\u00e9 la plus forte part possible, mais le fameux \u00ab\u00a0tr\u00e9sor\u00a0\u00bb acquis bien ou mal (selon d\u2019autres rumeurs) demeure introuvable. Encore un myst\u00e8re source de bien des rumeurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les corps sont au roi de France, mais les \u00e2mes sont \u00e0 Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"258\" class=\"cit-num\">258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des Templiers br\u00fbl\u00e9s vifs dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, 19\u00a0mars 1314. <em>Les Templiers<\/em> (2004), St\u00e9phane Ingrand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00eelot, \u00e0 la pointe de l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9, doit son nom aux nombreux juifs qui ont subi le supplice du b\u00fbcher. Le peuple est friand de ce genre de spectacle et les Templiers attirent la foule des grands jours. Cette citation entre dans une cat\u00e9gorie peu fournie\u00a0: \u00ab\u00a0mot de la fin collectif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une trentaine de Templiers va rejoindre dans le supplice les deux principaux dignitaires, Jacques de Molay, grand ma\u00eetre de l\u2019Ordre, et Geoffroy de Charnay, le pr\u00e9cepteur\u00a0: apr\u00e8s quatre ans de prison et de silence, ils ont proclam\u00e9 leur innocence et d\u00e9nonc\u00e9 la calomnie, \u00e0 la lecture publique de l\u2019ultime sentence, sur le parvis de Notre-Dame, face \u00e0 la foule amass\u00e9e. C\u2019est comme si le courage leur revenait soudain. Apr\u00e8s sept ans d\u2019\u00ab\u00a0affaire des Templiers\u00a0\u00bb, le roi qui veut en finir a ordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution group\u00e9e des plus \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb, le soir m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cl\u00e9ment, juge inique et cruel bourreau, je t\u2019ajourne \u00e0 compara\u00eetre dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"259\" class=\"cit-num\">259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques de <span class=\"caps\">MOLAY<\/span> (vers 1244-1314), sur le b\u00fbcher dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, \u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris, 19\u00a0mars 1314.<em> Histoire de l\u2019\u00c9glise de France\u00a0: compos\u00e9e sur les documents originaux et authentiques<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1856), abb\u00e9 Guett\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8res paroles attribu\u00e9es au grand ma\u00eetre des Templiers. Ce \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb reste l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire, pour diverses raisons bien r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Quarante jours plus tard, le 20\u00a0avril, Cl\u00e9ment\u00a0V meurt d\u2019\u00e9touffement, seul dans sa chambre \u00e0 Avignon, comme aucun pape avant lui, ni apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Autre version de la mal\u00e9diction, tir\u00e9e de la saga des <em>Rois maudits<\/em> de Maurice Druon et du feuilleton de t\u00e9l\u00e9vision de Claude Barma, qui popularisa l\u2019affaire des Templiers au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Pape Cl\u00e9ment\u00a0! Chevalier Guillaume\u00a0! Roi Philippe\u00a0! Avant un an, je vous cite \u00e0 compara\u00eetre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste ch\u00e2timent\u00a0! Maudits\u00a0! Maudits\u00a0! Tous maudits jusqu\u2019\u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de vos races\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nogaret est d\u00e9j\u00e0 mort il y a un an et il peut s\u2019agir d\u2019un autre Guillaume. Mais le pape va mourir dans le d\u00e9lai imparti, comme Philippe le Bel, suite \u00e0 une chute de cheval \u00e0 la chasse (blessure infect\u00e9e ou accident c\u00e9r\u00e9bral).<\/p>\n<p>Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d\u2019\u00e9branler la dynastie cap\u00e9tienne\u00a0: assassinats, scandales, proc\u00e8s, morts subites, d\u00e9sastres militaires.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u2026 cela tombe sur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, le roi de France guillotin\u00e9 sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/burying_plague_victims_of_tournai.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"418\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">4. Pand\u00e9mie de peste noire, dite la Grande Peste, source de superstitions, rumeurs mortif\u00e8res et chasses aux sorci\u00e8res.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vulgaire, foule tr\u00e8s pauvre, meurt d\u2019une mort bien re\u00e7ue, car pour lui vivre, c\u2019est mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"289\" class=\"cit-num\">289<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SIMON<\/span> de Couvin (??-1367). <em>\u00c9tude historique sur les \u00e9pid\u00e9mies de peste en Haute-Auvergne, <span class=\"caps\">XIV<\/span>e-<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cles<\/em> (1902), Marcellin Boudet, Roger Grand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux malheurs de la guerre de Cent Ans (1337-1453) s\u2019ajoute une calamit\u00e9 plus terrible. Des vaisseaux g\u00e9nois venus de Crim\u00e9e apportent la Grande Peste qui se d\u00e9veloppe en Sicile, en octobre\u00a01347. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, le fl\u00e9au se r\u00e9pand sur l\u2019Italie du Nord et la Provence. Marseille est la premi\u00e8re ville touch\u00e9e en France. En 1348, cette peste noire s\u00e9vit sur une vaste partie de l\u2019Europe. Les ravages sont tels, selon le chroniqueur belge, que \u00ab\u00a0le nombre des personnes ensevelies est plus grand m\u00eame que le nombre des vivants\u00a0; les villes sont d\u00e9peupl\u00e9es, mille maisons sont ferm\u00e9es \u00e0 cl\u00e9, mille ont leurs portes ouvertes et sont vides d\u2019habitants et remplies de pourriture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon Froissart et ses <em>Chroniques<\/em>, un homme sur trois mourut. Dans certaines r\u00e9gions de France, deux sur trois. Pour l\u2019ensemble de l\u2019Europe, les pertes atteignent entre le quart et la moiti\u00e9 de la population\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes et les femmes qui restaient se mari\u00e8rent \u00e0 l\u2019envi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"290\" class=\"cit-num\">290<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">VENETTE<\/span> (vers 1307-vers 1370), <em>La Peste de 1348, chronique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chroniqueur fran\u00e7ais du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et sup\u00e9rieur de l\u2019ordre du Carmel \u00e0 Paris, ses <em>Chroniques latines<\/em> couvrent les ann\u00e9es 1340 \u00e0 1368. T\u00e9moin direct de la peste de 1348 en France, il d\u00e9crit de mani\u00e8re pr\u00e9cise les aspects de la maladie dont on ignore les causes \u2013 on incrimine les juifs d\u00e9j\u00e0 victimes d\u2019antis\u00e9mitisme au cours du Moyen \u00c2ge tr\u00e8s chr\u00e9tien, mais aussi les sorci\u00e8res, les chats noirs\u2026 Ces rumeurs jettent la panique et entra\u00eenent des massacres en s\u00e9rie.<\/p>\n<p>Quant aux rem\u00e8des de la m\u00e9decine, ils font plus de mal que de bien, en affaiblissant les corps (saign\u00e9es, laxatifs). Mais l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, devenue pand\u00e9mie, se termine en quelques mois.<\/p>\n<p>La vie reprend ses droits, avec une vigueur nouvelle. Avant la peste, le cur\u00e9 de Givry (en Bourgogne) c\u00e9l\u00e9brait une quinzaine de mariages par an. En 1349, il en b\u00e9nit 86, alors que la peste a tu\u00e9 la moiti\u00e9 de ses ouailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vit des p\u00e8res tuer leurs enfants, des enfants tuer leur p\u00e8re\u00a0; on vit des malheureux d\u00e9tacher les corps suspendus aux gibets, pour se procurer une ex\u00e9crable nourriture. Des hameaux disparurent jusqu\u2019au dernier homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"291\" class=\"cit-num\">291<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chronique du temps. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la peste de 1348, voici la famine de 1349. Suite \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, dans la plupart des provinces, il n\u2019y a eu ni moissons, ni labours, ni semailles. Le peuple, appauvri et affaibli, meurt litt\u00e9ralement de faim.<\/p>\n<p>La mort est \u00e0 ce point pr\u00e9sente que les \u00e9glises s\u2019ornent de danses macabres. La Mort symbolique (squelette arm\u00e9 d\u2019une faux) entra\u00eene tous les hommes, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, innocents ou coupables. Au total, la guerre de Cent Ans fera beaucoup moins de victimes que ces deux ann\u00e9es terribles\u00a0!<\/p>\n<p>Peste noire et famine ont vid\u00e9 le Tr\u00e9sor public. Les imp\u00f4ts ne rentrent plus\u00a0: situation financi\u00e8re si grave que le roi doit abaisser la teneur en m\u00e9tal pr\u00e9cieux des monnaies qu\u2019il fait frapper. On va recourir au faux-monnayage \u00e0 grande \u00e9chelle, comme sous Philippe le Bel, le roi diffamateur des Templiers.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/vigiles_du_roi_charles_vii_10.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"259\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">5. Le myst\u00e8re de Jeanne d\u2019Arc, une page d\u2019histoire m\u00e9di\u00e9vale qui nourrit tous les fantasmes, les rumeurs et sa l\u00e9gende.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage inspire ses plus belles pages \u00e0 l\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres historiens s\u00e9rieux font de Jeanne une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre m\u00eame la fille d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re (reine d\u00e9test\u00e9e, ambitieuse, notoirement d\u00e9bauch\u00e9e) et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait de Jeanne la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>. Cette hypoth\u00e8se plus ou moins fond\u00e9e expliquerait en partie l\u2019incroyable \u00e9pop\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais princesse ou berg\u00e8re, c\u2019est un personnage providentiel qui va galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013\u00e0 commencer par son roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En nom Dieu, je ne crains pas les gens d\u2019armes, car ma voie est ouverte\u00a0! Et s\u2019il y en a sur ma route, Dieu Messire me fraiera la voix jusqu\u2019au gentil Dauphin. Car c\u2019est pour cela que je suis n\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"335\" class=\"cit-num\">335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span> (1412-1431), quittant Vaucouleurs, fin f\u00e9vrier\u00a01429. <em>\u00c9tudes religieuses, historiques et litt\u00e9raires<\/em> (1866), Par des P\u00e8res de la Compagnie de J\u00e9sus<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle r\u00e9pond \u00e0 ceux qui s\u2019effraient en pensant qu\u2019elle va devoir traverser la France infest\u00e9e d\u2019Anglais et de Bourguignons. \u00c0 peine \u00e2g\u00e9e de 17\u00a0ans, elle parvient \u00e0 persuader le sire de Baudricourt, capitaine royal de Vaucouleurs, de lui donner une escorte \u2013 c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb. Et elle se met en route pour Chinon o\u00f9 se trouve le dauphin.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, bien que son p\u00e8re f\u00fbt mort il y a sept ans, n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9 roi comme le veut la coutume et garde donc le titre de dauphin. Ce qui n\u2019emp\u00eachera pas Jeanne de faire alterner les deux titres, roi et dauphin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je viens de la part du roi des Cieux pour faire lever le si\u00e8ge d\u2019Orl\u00e9ans et pour conduire le roi \u00e0 Reims pour son couronnement et son sacre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"336\" class=\"cit-num\">336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Ch\u00e2teau de Chinon, 7\u00a0mars 1429.<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1860), Henri Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux conseillers de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> qui lui demandent pourquoi elle est venue. Curieusement, sa r\u00e9ponse ne semble pas surprendre les conseillers \u2013 est-elle vraiment une inconnue pour eux\u00a0?\u2026 Le lendemain, on la conduit dans la salle du tr\u00f4ne, au ch\u00e2teau de Chinon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gentil Dauphin, j\u2019ai nom Jeanne la Pucelle [\u2026] Mettez-moi en besogne et le pays sera bient\u00f4t soulag\u00e9. Vous recouvrerez votre royaume avec l\u2019aide de Dieu et par mon labeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"337\" class=\"cit-num\">337<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), ch\u00e2teau de Chinon, 8\u00a0mars 1429. <em>Jeanne d\u2019Arc, la Pucelle<\/em> (1988), marquis de la Franquerie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le dauphin, qui croit d\u2019abord \u00e0 une farce, est cach\u00e9 parmi ses partisans, et le comte de Clermont plac\u00e9 pr\u00e8s du tr\u00f4ne. Au lieu de se diriger vers le comte, Jeanne va directement vers Charles et lui parle ainsi, \u00e0 la stupeur des t\u00e9moins\u00a0!<\/p>\n<p>Leur entretien dure une heure et restera secret, hormis la derni\u00e8re phrase.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous dis, de la part de Messire, que vous \u00eates vrai h\u00e9ritier de France et fils du roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"338\" class=\"cit-num\">338<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span> (1412-1431), 8\u00a0mars 1429.<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1870), Fr\u00e9d\u00e9ric Lock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tels sont les derniers mots qu\u2019elle prononce lors de l\u2019entretien avec le dauphin et dont elle fera \u00e9tat \u00e0 son confesseur.<\/p>\n<p>Jeanne a rendu doublement confiance \u00e0 Charles\u00a0: il est bien le roi l\u00e9gitime de France et le fils \u00e9galement l\u00e9gitime de son p\u00e8re, lui qu\u2019on traite toujours de b\u00e2tard \u2013 vu l\u2019inconduite notoire de sa m\u00e8re, Isabeau de Bavi\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu premier servi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"339\" class=\"cit-num\">339<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), devise.<em> Jeanne d\u2019Arc\u00a0: le pouvoir et l\u2019innocence<\/em> (1988), Pierre Moinot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ni l\u2019\u00c9glise, ni le roi, ni la France, ni rien ni personne d\u2019autre ne passe avant Lui, \u00ab\u00a0Messire Dieu\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi du Ciel\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi des Cieux\u00a0\u00bb, obsessionnellement invoqu\u00e9 ou \u00e9voqu\u00e9 par Jeanne, aux moments les plus glorieux ou les plus sombres de sa vie. C\u2019est la raison m\u00eame de sa passion, cette foi forte et fragile, \u00e0 l\u2019image du personnage.<\/p>\n<p>Ce pourrait \u00eatre la \u00ab\u00a0cl\u00e9 du myst\u00e8re\u00a0\u00bb de Jeanne d\u2019Arc, mais \u00e7a renvoie \u00e0 un autre myst\u00e8re d\u2019ordre divin. N\u2019oublions jamais que cette histoire se passe au Moyen \u00c2ge, le temps des cath\u00e9drales et de croisades.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous, hommes d\u2019Angleterre, qui n\u2019avez aucun droit en ce royaume, le roi des Cieux vous mande et ordonne par moi, Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays, ou sinon, je ferai de vous un tel hahu [dommage] qu\u2019il y en aura \u00e9ternelle m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"341\" class=\"cit-num\">341<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Lettre du 5\u00a0mai 1429.<em> Pr\u00e9sence de Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1956), Ren\u00e9e Grisell<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 4\u00a0mai, \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de secours envoy\u00e9e par le roi et command\u00e9e par le B\u00e2tard d\u2019Orl\u00e9ans (jeune capitaine s\u00e9duit par sa vaillance et fils naturel de Louis d\u2019Orl\u00e9ans, assassin\u00e9), Jeanne attaque la bastille Saint-Loup et l\u2019emporte. Le 5\u00a0mai, f\u00eate de l\u2019Ascension, on ne se bat pas, mais elle envoie par fl\u00e8che cette nouvelle lettre.<\/p>\n<p>Le 7\u00a0mai, elle attaque la bastille des Tournelles. Apr\u00e8s une rude journ\u00e9e de combat, Orl\u00e9ans est lib\u00e9r\u00e9e. Le lendemain, les Anglais l\u00e8vent le si\u00e8ge. Toute l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, \u00e0 genoux, assiste \u00e0 une messe d\u2019action de gr\u00e2ce \u2013 oui, nous sommes toujours au Moyen \u00c2ge tr\u00e8s chr\u00e9tien et Dieu est omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gentil roi, or est ex\u00e9cut\u00e9 le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez \u00e0 Reims recevoir votre saint sacre, en montrant que vous \u00eates vrai roi et celui auquel le royaume de France doit appartenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"343\" class=\"cit-num\">343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span> (1412-1431).<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1860), Henri Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeanne a tenu parole, Charles est sacr\u00e9 \u00e0 Reims le 17\u00a0juillet 1429 par l\u2019\u00e9v\u00eaque Regnault de Chartres. Alors seulement, Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> peut porter son titre de roi. Plusieurs villes font all\u00e9geance\u00a0: c\u2019est \u00ab\u00a0la moisson du sacre\u00a0\u00bb. En riposte, le duc de Bedford fait couronner \u00e0 Paris Henri\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> de Lancastre \u00ab\u00a0roi de France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les victoires ont permis de reconqu\u00e9rir une part de la \u00ab\u00a0France anglaise\u00a0\u00bb, mais Jeanne, bless\u00e9e, \u00e9choue devant Paris en septembre. Apr\u00e8s la tr\u00eave hivernale (de rigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque), elle d\u00e9cide de \u00ab\u00a0bouter d\u00e9finitivement les Anglais hors de France\u00a0\u00bb, contre l\u2019avis du roi qui a sign\u00e9 une tr\u00eave avec les Bourguignons.<\/p>\n<p>23\u00a0mai 1430. Captur\u00e9e devant Compi\u00e8gne, elle est vendue aux Anglais pour 10\u00a0000\u00a0livres et emprisonn\u00e9e \u00e0 Rouen le 14\u00a0d\u00e9cembre. Les Anglais veulent sa mort. Les juges fran\u00e7ais veulent y mettre les formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jeanne, croyez-vous \u00eatre en \u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0?<br>\u2014 Si je n\u2019y suis, Dieu veuille m\u2019y mettre\u00a0; si j\u2019y suis, Dieu veuille m\u2019y tenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"344\" class=\"cit-num\">344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019ARC<\/span>\u00a0(1412-1431), Rouen, proc\u00e8s de Jeanne d\u2019Arc, 24\u00a0f\u00e9vrier 1431. Jeanne d\u2019Arc (1888), Jules Michelet, \u00c9mile Bourgeois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeanne va subir une suite d\u2019interrogatoires minutieux et r\u00e9p\u00e9titifs, en deux proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Le premier proc\u00e8s d\u2019\u00ab\u00a0inquisition en mati\u00e8re de foi\u00a0\u00bb commence le 9\u00a0janvier 1431, sous la pr\u00e9sidence de Pierre Cauchon, \u00e9v\u00eaque de Beauvais (dioc\u00e8se o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 faite prisonni\u00e8re). Ce n\u2019est pas sa personne que l\u2019\u00c9glise veut d\u00e9truire, mais le symbole, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s populaire.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00c9glise lui reproche\u00a0? Le port de v\u00eatements d\u2019homme, sacril\u00e8ge \u00e0 l\u2019\u00e9poque (d\u2019o\u00f9 la rumeur sur son identit\u00e9 sexuelle), une tentative de suicide dans sa prison et ses visions, consid\u00e9r\u00e9es comme une imposture ou un signe de sorcellerie.<\/p>\n<p>Jeanne est seule, face \u00e0 ses juges. Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, qui lui doit tant et d\u2019abord son sacre, l\u2019a abandonn\u00e9e. Il ne lui reste que sa foi, son Dieu. Elle va r\u00e9sister, jusqu\u2019au 24\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes perdus, nous avons br\u00fbl\u00e9 une sainte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"348\" class=\"cit-num\">348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Secr\u00e9taire du roi d\u2019Angleterre, apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Jeanne, Rouen, 30\u00a0mai 1431. <em>Histoire de France<\/em>, tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Beauvais, Pierre Cauchon.<\/p>\n<p>En fin de proc\u00e8s, le 24\u00a0mai, dans un moment de faiblesse, Jeanne abjure ses erreurs et accepte de faire p\u00e9nitence\u00a0: elle est condamn\u00e9e au cachot. Mais elle se ressaisit et, en signe de fid\u00e9lit\u00e9 envers ses voix et son Dieu, reprend ses habits d\u2019homme, le 27\u00a0mai. D\u2019o\u00f9 le second proc\u00e8s, vite exp\u00e9di\u00e9\u00a0: condamn\u00e9e au b\u00fbcher comme h\u00e9r\u00e9tique et relapse (retomb\u00e9e dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie), br\u00fbl\u00e9e vive sur la place du Vieux-March\u00e9 \u00e0 Rouen, ses cendres sont jet\u00e9es dans la Seine. Il fallait \u00e9viter tout culte posthume de la Pucelle, autour des reliques.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, qui n\u2019a rien tent\u00e9 pour sauver Jeanne, fait proc\u00e9der \u00e0 une enqu\u00eate quand il reprend Rouen sur les Anglais. Le 7\u00a0juillet 1456, on fait le proc\u00e8s du proc\u00e8s, d\u2019o\u00f9 annulation, r\u00e9habilitation. Jeanne sera finalement b\u00e9atifi\u00e9e en 1909 et canonis\u00e9e en 1920.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Princesse (b\u00e2tarde de sang royal) ou simple berg\u00e8re de Domr\u00e9my, petit village de la Lorraine, le myst\u00e8re nourrit la l\u00e9gende et la fulgurance de cette \u00e9pop\u00e9e rend le sujet toujours fascinant, six si\u00e8cles plus tard. La r\u00e9cup\u00e9ration politique (de droite comme de gauche) est une forme d\u2019exploitation du personnage, plus ou moins fid\u00e8le au mod\u00e8le.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Jeanne va inspirer d\u2019innombrables \u0153uvres litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques et artistiques, sign\u00e9es\u00a0Bernard Shaw, Anatole France, Charles P\u00e9guy, M\u00e9li\u00e8s, Karl Dreyer, Otto Preminger, Roberto Rossellini, Robert Bresson, Luc Besson, Jacques Rivette, Bruno Dumont (en 2019), Jacques Audiberti, Arthur Honegger, etc. Et <em>L\u2019Alouette<\/em> de Jean Anouilh\u00a0: \u00ab\u00a0Quand une fille dit deux mots de bon sens et qu\u2019on l\u2019\u00e9coute, c\u2019est que Dieu est l\u00e0. [\u2026] Dieu ne demande rien d\u2019extraordinaire aux hommes. Seulement d\u2019avoir confiance en cette petite part d\u2019eux-m\u00eames qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Apr\u00e8s Il se charge du reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Signalons pour finir les derni\u00e8res fake news d\u00e9nonc\u00e9es par un historien s\u00e9rieux\u00a0: quelques fausses Jeanne se sont pr\u00e9sent\u00e9es apr\u00e8s sa mort, d\u2019o\u00f9 la rumeur d\u2019une r\u00e9surrection (comme J\u00e9sus). Autre version, Jeanne n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9e, une autre jeune fille ayant pris sa place. Il existe aussi une hypoth\u00e8se r\u00e9currente, celle d\u2019un (jeune) homme, chevauchant tr\u00e8s naturellement et se conduisant de m\u00eame en preux chevalier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais o\u00f9 sont les neiges d\u2019antan\u00a0? [\u2026]<br>Et Jeanne la bonne Lorraine<br>Qu\u2019Anglais br\u00fbl\u00e8rent \u00e0 Rouen\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"350\" class=\"cit-num\">350<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois villon (vers 1431-1463), <em>Le Grand Testament<\/em>, Ballade des dames du temps jadis (1462)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des premiers po\u00e8tes \u00e0 lui rendre hommage est Villon, n\u00e9 (vraisemblablement) l\u2019ann\u00e9e de sa mort.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/eloi_firmin_feron_-_entree_de_charles_viii_-_1495.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"238\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">6. \u00ab\u00a0Mal de Naples\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0mal fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, c\u2019est de bonne guerre entre adversaires.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ne se plaisent qu\u2019au p\u00e9ch\u00e9 et aux actes v\u00e9n\u00e9riens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"426\" class=\"cit-num\">426<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">BRAGADIN<\/span> (seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XV<\/span>e si\u00e8cle), fin f\u00e9vrier\u00a01495. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce patricien fait son rapport devant la seigneurie de Venise et les griefs sont nombreux, contre les Fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Ils prennent les femmes de force sans nulle consid\u00e9ration, les volent ensuite et leur enl\u00e8vent leurs bagues\u00a0; et celles qui r\u00e9sistent, ils leur coupent les doigts. Il faut aussi pour eux que la table soit toujours ouverte, ils n\u2019\u00f4tent jamais leur manteau et restent couverts, prennent les meilleures chambres aux propri\u00e9taires, se jettent sur le vin et le bl\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Michelet explique, avec le recul de l\u2019historien\u00a0: \u00ab\u00a0Telle arm\u00e9e et tel roi, sensuel, emport\u00e9\u2026 La d\u00e9couverte de l\u2019Italie avait tourn\u00e9 la t\u00eate aux n\u00f4tres\u00a0; ils n\u2019\u00e9taient pas assez forts pour r\u00e9sister au charme. Le contraste \u00e9tait si fort avec la barbarie du Nord que les conqu\u00e9rants \u00e9taient \u00e9blouis, presque intimid\u00e9s, de la nouveaut\u00e9 des objets.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rappelons que la France a v\u00e9cu rien moins que 11 guerres d\u2019Italie, de\u00a01492 \u00e0\u00a01559. D\u00e8s le d\u00e9but, ce pays tourna la t\u00eate aux jeunes conqu\u00e9rants\u00a0: \u00ab\u00a0La conduite des Fran\u00e7ais \u00e9tait contradictoire. Ils voulaient tout, arrachaient tout, emplois et fiefs, et, d\u2019autre part, ils ne voulaient pas rester\u00a0; ils n\u2019aspiraient qu\u2019\u00e0 retourner chez eux\u00a0; ils redemandaient la pluie, la boue du Nord sous le ciel de Naples\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout, [le mal] \u00e9clate et comme la corruption des m\u0153urs \u00e9tait g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019infection syphilitique se produisit presque partout simultan\u00e9ment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"428\" class=\"cit-num\">428<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HESNAUT<\/span> (pseudonyme d\u2019un auteur inconnu qui rassemble des documents d\u2019\u00e9poque), <em>Le Mal fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019exp\u00e9dition de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> en Italie<\/em> (1886)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La syphilis \u2013 appel\u00e9e \u00ab\u00a0mal de Naples\u00a0\u00bb par les Fran\u00e7ais, alors que les Italiens parlent du \u00ab\u00a0mal fran\u00e7ais\u00a0\u00bb \u2013 existait d\u00e9j\u00e0 en France, mais au mois d\u2019octobre\u00a01495, elle d\u00e9cime les rangs des soldats du roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> de retour vers la France\u00a0: partout ils agonisent, au milieu de la route, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des villages.<\/p>\n<p>Cette maladie, dite aussi la (grande) v\u00e9role, serait originaire d\u2019Am\u00e9rique, pass\u00e9e en Europe au retour des marins de Christophe Colomb et touchant d\u2019abord l\u2019Italie \u2013 d\u2019o\u00f9 le premier nom de \u00ab\u00a0mal de Naples\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Maladie v\u00e9n\u00e9rienne extr\u00eamement contagieuse, trait\u00e9e par le mercure et le cyanure (hautement toxiques), elle fait des ravages, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9couverte des antibiotiques, vers 1940. Parmi les victimes c\u00e9l\u00e8bres, Fran\u00e7ois Ier et Charles Quint, Shakespeare, Schubert, Baudelaire, Flaubert, Dosto\u00efevski et Tolsto\u00ef, \u00c9douard Manet, Gauguin, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Verlaine, Feydeau, James Joyce\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/legendedhenri_iii_1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"307\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">7. La mauvaise r\u00e9putation des \u00ab\u00a0mignons\u00a0\u00bb d\u2019Henri <span class=\"caps\">III<\/span> corrig\u00e9e par Brant\u00f4me, contre la propagande de l\u2019opposition ultra-catholique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont eux [les mignons] qui \u00e0 la guerre ont \u00e9t\u00e9 les premiers aux assauts, aux batailles et aux escarmouches, et s\u2019il y avait deux coups \u00e0 recevoir ou \u00e0 donner, ils en voulaient avoir un pour eux, et mettaient la poussi\u00e8re ou la fange \u00e0 ces vieux capitaines qui causaient [raillaient] tant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"559\" class=\"cit-num\">559<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRANT\u00d4ME<\/span> (1540-1614). <em>Lexique des \u0153uvres de Brant\u00f4me<\/em> (1880), Ludovic Lalanne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de cour autant que de guerre, il d\u00e9fend ici, en t\u00e9moin, la r\u00e9putation des mignons du roi, comme le fera l\u2019autre chroniqueur bien connu, Pierre de l\u2019Estoile, dans ses <em>M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume). Le roi couvrait ses favoris de biens et d\u2019honneurs, les appelant \u00ab\u00a0mes enfants\u00a0\u00bb et pleurant d\u2019abondance leur tr\u00e9pas. Ils furent en retour tr\u00e8s fid\u00e8les au roi et vaillants au combat.<\/p>\n<p>Michelet confirme, dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Puisque ce mot de mignon est arriv\u00e9 sous ma plume, je dois dire pourtant que je ne crois ni certain ni vraisemblable le sens que tous les partis, acharn\u00e9s contre Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, s\u2019acharn\u00e8rent \u00e0 lui donner [\u2026] Plusieurs des pr\u00e9tendus mignons furent les premi\u00e8res \u00e9p\u00e9es de France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un po\u00e8me de Ronsard brocarde pourtant le roi et ses mignons\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi comme l\u2019on dit, accole, baise et l\u00e8che \/ De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour\u00a0; \/ Eux pour avoir argent, lui pr\u00eatent tour \u00e0 tour \/ Leurs fessiers rebondis et endurent la br\u00e8che.\u00a0\u00bb Mais le roi des po\u00e8tes se fait volontiers libertin et m\u00eame \u00e9rotique, \u00e0 ses heures.<\/p>\n<p>Cependant que la propagande des Ligueurs ultra-catholiques s\u2019acharne \u00e0 discr\u00e9diter le roi \u00ab\u00a0sodomite\u00a0\u00bb avec ses \u00ab\u00a0mignons de couchette\u00a0\u00bb. Henri <span class=\"caps\">III<\/span> finira assassin\u00e9 par un moine ligueur, Jacques Cl\u00e9ment, son successeur \u00e9tant \u00e9galement victime d\u2019un catholique fanatique \u2013 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> ayant une solide r\u00e9putation de Vert-Galant avec les femmes.<\/p>\n<p>Reste le contexte, la mode italienne (\u00e0 l\u2019image de la reine m\u00e8re, Catherine de M\u00e9dicis) et les m\u0153urs du temps qui peuvent pr\u00eater \u00e0 confusion, si l\u2019on se fie aux apparences restitu\u00e9es par les tableaux. Costumes raffin\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame, bijoux port\u00e9s par des hommes prompts \u00e0 sortir leurs pendentifs endiamant\u00e9s aussi bien que leurs dagues, travestissement mettant en valeur une minceur eff\u00e9min\u00e9e. La complexit\u00e9 du personnage d\u2019Henri <span class=\"caps\">III<\/span> pr\u00eate aussi \u00e0 confusion.<\/p>\n<p>Finalement, qu\u2019importe sa libert\u00e9 de m\u0153urs et sa sexualit\u00e9 r\u00e9elle ou suppos\u00e9e\u00a0! Seule certitude, ses Mignons surent se battre et mourir comme les plus vaillants guerriers du temps.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lapotheose_de_henri_iv_pierre_paul_rubens.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"600\" height=\"348\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">8. Marie de M\u00e9dicis, complice du r\u00e9gicide contre Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0?<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n\u2019y serai plus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"657\" class=\"cit-num\">657<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 Marie de M\u00e9dicis.<em> Les Rois qui ont fait la France, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1981), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sait-il que sa femme (n\u00e9e Florentine) n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 certains complots tram\u00e9s autour de lui\u00a0? Cette phrase est en tout cas pr\u00e9monitoire des relations entre la m\u00e8re et le fils\u00a0: une v\u00e9ritable guerre, au terme de laquelle Marie de M\u00e9dicis perdra son pouvoir, ses amis, sa libert\u00e9, pour finir en exil.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je mourrai un de ces jours et, quand vous m\u2019aurez perdu, vous conna\u00eetrez lors ce que je valais et la diff\u00e9rence qu\u2019il y a de moi aux autres hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"661\" class=\"cit-num\">661<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), \u00e0 ses compagnons, au matin du 14\u00a0mai 1610. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1822), Maximilien de B\u00e9thune Sully<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce jour-l\u00e0, de tr\u00e8s bonne heure, le roi est assailli de pressentiments. Aucune parano\u00efa, il se sait toujours menac\u00e9, apr\u00e8s 12 tentatives en dix ans \u2013 18, selon d\u2019autres calculs et 25 durant son r\u00e8gne\u00a0!<\/p>\n<p>Outre la th\u00e9orie du tyrannicide \u00e0 l\u2019origine de la mort du roi, d\u2019autres motifs existent\u00a0: la fiscalit\u00e9 qui s\u2019alourdit pour pr\u00e9parer la guerre, le m\u00e9contentement croissant du peuple, les nobles jaloux des honneurs qu\u2019ils n\u2019ont pas, une affaire de c\u0153ur avec une tr\u00e8s jeune ma\u00eetresse mari\u00e9e au prince de Cond\u00e9 et qui se complique, une conspiration avec l\u2019Espagne, n\u00e9e dans l\u2019entourage de la reine et que le roi ne peut ignorer.<\/p>\n<p>On en revient \u00e0 la complicit\u00e9 de la tr\u00e8s catholique Marie de M\u00e9dicis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"662\" class=\"cit-num\">662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), mot de la fin, 14\u00a0mai 1610. <em>Histoire du r\u00e8gne de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1862), Auguste Poirson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019\u00eatre poignard\u00e9 par Ravaillac\u00a0: l\u2019homme a saut\u00e9 dans le carrosse bloqu\u00e9 par un encombrement, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait \u00e0 l\u2019Arsenal, chez Sully son ministre et ami, souffrant. Le bless\u00e9 a tressailli sous le coup et redit \u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien\u00a0\u00bb, avant de mourir.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gicide sera \u00e9cartel\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9\u00a0: il affirma avoir agi seul. Sully, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, n\u2019y croit pas. Le myst\u00e8re demeure, sur la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand. C\u2019est l\u2019une des principales \u00e9nigmes de l\u2019histoire de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais n\u2019\u00eatre point roi et que mon fr\u00e8re le f\u00fbt plut\u00f4t\u00a0: car j\u2019ai peur qu\u2019on me tue, comme on a fait du roi mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"663\" class=\"cit-num\">663<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), le soir du 14\u00a0mai 1610. <em>Journal pour le r\u00e8gne de Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (posthume, 1960), Pierre de L\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019enfant restera traumatis\u00e9 \u00e0 jamais par ce drame o\u00f9 sa m\u00e8re est sans doute compromise. Que peut-il ressentir\u00a0\u00e0 neuf ans\u00a0? La personnalit\u00e9 de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> demeure un myst\u00e8re, pour ses proches comme pour les historiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Votre Majest\u00e9 m\u2019excusera. Les rois ne meurent point en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"664\" class=\"cit-num\">664<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas Brulart de <span class=\"caps\">SILLERY<\/span> (1544-1624), 14\u00a0mai 1610. <em>Le Mercure fran\u00e7ais<\/em> (1611), Jean Richier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle le chancelier devant le petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, cependant que la reine Marie de M\u00e9dicis se lamente bien fort sur le corps du roi ramen\u00e9 au Louvre et que les conseillers la prient instamment d\u2019agir \u00ab\u00a0en homme et en roi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En bon juriste, Sillery rappelle un tr\u00e8s ancien pr\u00e9cepte de la monarchie fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi de France ne meurt jamais\u00a0\u00bb, de sorte que le tr\u00f4ne ne soit jamais vacant, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: \u00ab\u00a0Le Roi est mort. Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019assassinat frappe la France de stupeur et fait du roi un martyr. Ce drame fait taire toute critique et donne au personnage une immense popularit\u00e9. La l\u00e9gende fera le reste. D\u2019autant plus que la r\u00e9gente qui lui succ\u00e8de manque totalement de ces vertus politiques qui font les grands r\u00e8gnes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ob_642593_ob-0105dd-richelieu-pr-25c3-25a9sente.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"295\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">9. Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu\u00a0: le temps de tous les complots cr\u00e9e naturellement le complotisme.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les rois doivent \u00eatre s\u00e9v\u00e8res et exacts \u00e0 faire punir ceux qui troublent la police et violent les lois de leur royaume, mais il ne faut y prendre plaisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"692\" class=\"cit-num\">692<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642).<em> Le Cardinal de Richelieu\u00a0: \u00e9tude biographique<\/em> (1886), Louis Dussieux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du cardinal ministre peuvent s\u2019appliquer \u00e0 tous les ennemis du pouvoir royal et d\u2019abord, les Grands\u00a0: la haute noblesse est la premi\u00e8re responsable de l\u2019anarchie qui pr\u00e9vaut depuis la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Richelieu tente de la mater, mais la Fronde qui \u00e9clatera apr\u00e8s sa mort prouve que ce fut en vain.<\/p>\n<p>\u00c9t\u00e9 1626. Une conspiration unit beaucoup de beau monde\u00a0: Gaston d\u2019Orl\u00e9ans (fr\u00e8re du roi, race g\u00eanante et turbulente, mais lui le sera tout particuli\u00e8rement), le comte d\u2019Ornano (surintendant g\u00e9n\u00e9ral de la maison d\u2019Orl\u00e9ans), les Vend\u00f4me (fils b\u00e2tards d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>), le duc de Longueville, la duchesse de Chevreuse (autre habitu\u00e9e des complots du temps) qui entra\u00eene la reine Anne d\u2019Autriche et son amant, le comte de Chalais.<\/p>\n<p>Les conjur\u00e9s pr\u00e9parent l\u2019assassinat de Richelieu. Ils sont d\u00e9nonc\u00e9s, Chalais est abandonn\u00e9 par ses complices princiers. Intercessions et pri\u00e8res aupr\u00e8s du roi et du cardinal n\u2019y font rien\u00a0: le comte de Chalais est ex\u00e9cut\u00e9 le 19\u00a0ao\u00fbt\u00a01626.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne craignez rien. Je serai votre second contre tout le monde, sans en excepter mon fr\u00e8re. Mon honneur y est engag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"708\" class=\"cit-num\">708<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), \u00e0 Richelieu. <em>Histoire de la vie de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> roi de France et de Navarre<\/em> (1768), Richard de Bury<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite \u00e0 la journ\u00e9e des Dupes (o\u00f9 Marie de M\u00e9dicis a man\u0153uvr\u00e9 pour discr\u00e9diter Richelieu aupr\u00e8s du roi, son fils), Gaston d\u2019Orl\u00e9ans (Monsieur, fr\u00e8re du roi) a fait irruption dans l\u2019h\u00f4tel du cardinal, rue Saint-Honor\u00e9, et l\u2019a violemment menac\u00e9.<\/p>\n<p>Il doit quitter le royaume, le 30\u00a0janvier 1631. \u00ab\u00a0Le mal que l\u2019on vous fera, je le regarderai comme fait \u00e0 moi-m\u00eame et je saurai vous venger\u00a0\u00bb, promet le roi \u00e0 son principal ministre d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019aper\u00e7ois assez que l\u2019on s\u2019en prend au cardinal et qu\u2019on ne s\u2019ose plaindre de ma personne. Plus je verrai qu\u2019on l\u2019attaquera, cela sera cause que je l\u2019aimerai davantage et porterai son parti.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"709\" class=\"cit-num\">709<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), au sieur de La Barre Le Sec, 25\u00a0juillet 1631. <em>Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De la Barre \u00e9tait venu lui parler de la reine m\u00e8re, Marie de M\u00e9dicis. Prisonni\u00e8re, \u00e9vad\u00e9e, la voil\u00e0 exil\u00e9e hors de France. Elle le restera jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 Cologne, en 1642.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0parti des bons Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, celui des partisans de Richelieu, refusant l\u2019immixtion de la religion dans les affaires de l\u2019\u00c9tat et consid\u00e9rant la maison de Habsbourg comme le principal danger, a d\u00e9finitivement gagn\u00e9 contre le parti d\u00e9vot. Le couple form\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu est uni plus que jamais apr\u00e8s l\u2019\u00e9preuve et ce \u00ab\u00a0minist\u00e9riat\u00a0\u00bb demeure la grande force du r\u00e8gne. Pourtant, les comploteurs ne d\u00e9sarment pas.<\/p>\n<p>Alexandre Dumas sera tr\u00e8s inspir\u00e9 par cette p\u00e9riode de notre histoire, mais si originale que soit son \u0153uvre romanesque, elle ne d\u00e9passe pas la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il entra dans toutes les affaires, parce qu\u2019il n\u2019avait pas la force de r\u00e9sister \u00e0 ceux qui l\u2019y entra\u00eenaient pour leurs int\u00e9r\u00eats\u00a0; il n\u2019en sortit jamais qu\u2019avec honte, parce qu\u2019il n\u2019avait pas le courage de les soutenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"713\" class=\"cit-num\">713<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), <em>M\u00e9moires<\/em> (1671-1675)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retz, qui entrera bient\u00f4t dans la grande \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb de la Fronde, fait ici le portrait de Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, fr\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, d\u00e9crit sans indulgence. Il n\u2019en m\u00e9rite gu\u00e8re.<\/p>\n<p>Pourvu d\u2019une grande culture, mais d\u00e9pourvu de caract\u00e8re, il est de tous les complots contre le roi ou Richelieu, l\u00e2chant ses complices au dernier moment et fort de son impunit\u00e9, tant qu\u2019il est l\u2019h\u00e9ritier de la couronne \u2013 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> \u00e9tant sans enfant.<\/p>\n<p>De retour en France en juin\u00a01632, il obtient l\u2019aide d\u2019Henri, quatri\u00e8me et dernier duc de Montmorency. Avec 3\u00a0000 cavaliers allemands, ils soul\u00e8vent une partie du Midi, mais sont battus par les troupes royales, le 1er\u00a0septembre, \u00e0 Castelnaudary.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne sais pas chicaner ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"714\" class=\"cit-num\">714<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc Henri de <span class=\"caps\">MONTMORENCY<\/span> (1595-1632), \u00e0 son proc\u00e8s, Toulouse, octobre\u00a01632. <em>Madame de Montmorency\u00a0: m\u0153urs et caract\u00e8res au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1858), Am\u00e9d\u00e9e Ren\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019accus\u00e9 refuse tout simplement de se d\u00e9fendre et d\u00e9chire le m\u00e9moire justificatif que lui fait parvenir la princesse de Cond\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des plus grands seigneurs du temps\u00a0: filleul d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, gouverneur du Languedoc, amiral de France \u00e0 17\u00a0ans, recevant le b\u00e2ton de mar\u00e9chal de France des mains du roi en 1630. Ne lui manque vraiment que le titre de conn\u00e9table, qu\u2019il pense m\u00e9riter autant que ses anc\u00eatres. Sa chute et sa mort marquent symboliquement la fin de la f\u00e9odalit\u00e9.<\/p>\n<p>Le duc a tent\u00e9 d\u2019exploiter le m\u00e9contentement n\u00e9 d\u2019une r\u00e9forme de la fiscalit\u00e9. Les r\u00e9voltes nobiliaires s\u2019appuient souvent sur des dol\u00e9ances populaires, dont tel ou tel Grand se fait l\u2019avocat int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>Il aggrave son cas, \u00e9coutant la reine m\u00e8re et s\u2019alliant avec le fr\u00e8re du roi qui tente d\u2019organiser un soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral du royaume. Vaincu et gravement bless\u00e9 devant Castelnaudary, jug\u00e9 par le Parlement de Toulouse pour crime de l\u00e8se-majest\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort, il demande seulement pardon au roi et rend son b\u00e2ton de mar\u00e9chal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En mati\u00e8re de crime d\u2019\u00c9tat, il faut fermer la porte \u00e0 la piti\u00e9 et m\u00e9priser les plaintes des personnes int\u00e9ress\u00e9es et les discours d\u2019une populace ignorante, qui bl\u00e2me quelquefois ce qui lui est plus utile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"715\" class=\"cit-num\">715<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> \u00e0 propos du duc de Montmorency.<em> Vie de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis\u00a0Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le petit peuple dont le duc est aim\u00e9, de nombreux nobles et des eccl\u00e9siastiques priaient le roi de faire gr\u00e2ce. Le pape lui-m\u00eame, la reine m\u00e8re et le roi d\u2019Angleterre le sollicitent aussi.<\/p>\n<p>Richelieu plaide au contraire l\u2019ordre public, au nom de la raison d\u2019\u00c9tat. Il y a bien des raisons, pour cela\u00a0! La plupart des complots qui marquent ce r\u00e8gne sont ourdis par des Grands dont l\u2019incapacit\u00e9 politique est \u00e9vidente. Mais ils profitent d\u2019un climat insurrectionnel et m\u00ealent l\u2019\u00e9tranger \u00e0 leurs intrigues \u2013 \u00e0 commencer par l\u2019Espagne, principale ennemie de la France. Ils trouvent des complicit\u00e9s au sein de la famille royale, ce qui ach\u00e8ve de donner \u00e0 tous ces complots un caract\u00e8re d\u2019exceptionnelle gravit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne serais pas roi, si j\u2019avais les sentiments des particuliers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"716\" class=\"cit-num\">716<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), \u00e0 Gaspard\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> de Coligny, mar\u00e9chal de Ch\u00e2tillon. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1946), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mar\u00e9chal le priait \u00e0 son tour de pardonner au duc de Montmorency. Mais le roi \u00e9coute son ministre cardinal et refuse de faire gr\u00e2ce. Ajoutant\u00a0: \u00ab\u00a0On ne doit pas \u00eatre f\u00e2ch\u00e9 de voir mourir un homme qui l\u2019a si bien m\u00e9rit\u00e9. On doit seulement le plaindre de ce qu\u2019il est tomb\u00e9 par sa faute dans un si grand malheur.\u00a0\u00bb Henri de Montmorency \u00e9tait son ami d\u2019enfance et sur son lit de mort, songeant \u00e0 cette affaire, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> avouera\u00a0: \u00ab\u00a0Les rois sont bien malheureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Seule faveur accord\u00e9e au condamn\u00e9, il sera d\u00e9capit\u00e9 dans la cour du Capitole et non sur la place publique. Il faut fermer les portes pour \u00e9viter que les Toulousains n\u2019emp\u00eachent l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Le dernier duc de Montmorency meurt le 20\u00a0octobre 1632 et son duch\u00e9-pairie passe aux Cond\u00e9. Gaston d\u2019Orl\u00e9ans s\u2019est enfui \u00e0 Bruxelles (ville appartenant aux Espagnols), avant de revenir pour un prochain complot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces animaux sont \u00e9tranges. On croit quelquefois qu\u2019ils ne sont pas capables d\u2019un grand mal, parce qu\u2019ils ne le sont d\u2019aucun bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"717\" class=\"cit-num\">717<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Richelieu tel qu\u2019en lui-m\u00eame<\/em> (1997), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cardinal fait allusion aux trahisons r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de deux femmes\u00a0: Anne d\u2019Autriche et la duchesse de Chevreuse.<\/p>\n<p>La femme de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, alli\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re Marie de M\u00e9dicis, chercha \u00e0 obtenir du roi la disgr\u00e2ce de son ministre, jusqu\u2019\u00e0 la fameuse journ\u00e9e des Dupes (10\u00a0novembre\u00a01630). Elle est aussi accus\u00e9e de correspondance secr\u00e8te avec son fr\u00e8re Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne, en guerre \u00ab\u00a0couverte\u00a0\u00bb et bient\u00f4t \u00ab\u00a0ouverte\u00a0\u00bb avec la France, dans le cadre de la guerre de Trente Ans.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Marie de Rohan-Montbazon, ancienne \u00e9pouse de Luynes (le premier favori de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>), puis du duc de Chevreuse, sa vie est un roman o\u00f9 les intrigues politiques se m\u00ealent sans fin aux aventures galantes. Encore un personnage pour Dumas\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle trahit avec volupt\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"718\" class=\"cit-num\">718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Vie de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1936), Louis Vaunois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est joliment r\u00e9sumer le personnage de la duchesse de Chevreuse. Elle pousse d\u2019abord son amant, le comte de Chalais, \u00e0 comploter contre Richelieu \u2013 le comte le paiera de sa vie. Elle profite d\u2019un exil pour faire conspirer un de ses nouveaux amants, le duc de Lorraine. On la retrouvera au prochain \u00e9pisode, en h\u00e9ro\u00efne de la Fronde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant plus on t\u00e9moigne l\u2019aimer et le flatter, tant plus il se hausse et s\u2019emporte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"729\" class=\"cit-num\">729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643). <em>Cinq-Mars ou la passion et la fatalit\u00e9<\/em> (1962), Philippe Erlanger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle \u00e0 Richelieu de son favori, Henri Coiffier de Ruz\u00e9 d\u2019Effiat, marquis de Cinq-Mars.<\/p>\n<p>Cinq-Mars va conspirer contre Richelieu, avec son ami et complice le magistrat de Thou, le duc de Bouillon et l\u2019in\u00e9vitable fr\u00e8re du roi, Gaston d\u2019Orl\u00e9ans qui a cherch\u00e9 alliance aupr\u00e8s des Espagnols. L\u2019affaire Cinq-Mars, dernier grand complot du r\u00e8gne, attriste la fin de vie du cardinal, \u00e9puis\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che et rong\u00e9 par un ulc\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me rends, parce que je veux mourir, mais je ne suis pas vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"730\" class=\"cit-num\">730<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CINQ<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MARS<\/span> (1620-1642). <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le h\u00e9ros revu, corrig\u00e9, id\u00e9alis\u00e9, immortalis\u00e9 par Vigny dans son roman historique, <em>Cinq-Mars, ou une conjuration sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span><\/em> (1826), inspir\u00e9 de Walter Scott.<\/p>\n<p>Le comte de Vigny, jeune officier et po\u00e8te romantique, en fait le symbole de la noblesse humili\u00e9e par la monarchie absolue\u00a0: grand \u00e9cuyer, favori de la Reine, passionn\u00e9ment attach\u00e9 aux pr\u00e9rogatives de sa caste, bravant les \u00e9dits de Richelieu (comme t\u00e9moin \u00e0 un duel interdit), il s\u2019appr\u00eate, avec la complicit\u00e9 des Espagnols et l\u2019appui de la reine Anne d\u2019Autriche, \u00e0 \u00e9carter le trop puissant cardinal qui a tout pouvoir sur un roi trop faible \u2013 cet argument a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9, dans la journ\u00e9e des Dupes.<\/p>\n<p>La conjuration est d\u00e9nonc\u00e9e. Le cardinal triomphe. \u00ab\u00a0Cinq-Mars sourit avec tristesse et sans amertume, parce qu\u2019il n\u2019appartenait d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 la terre. Ensuite, regardant Richelieu avec m\u00e9pris\u00a0\u00bb, il a cette phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Je me rends parce que je veux mourir\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est quelque peu diff\u00e9rente du roman, mais pas moins dramatique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/richelieu-1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"295\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">10. Richelieu lui-m\u00eame sacrifie \u00e0 la mode des cabales et Corneille, son plus illustre prot\u00e9g\u00e9, en est victime\u00a0!<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En vain, contre<em> Le Cid<\/em>, un ministre se ligue\u00a0;<br>Tout Paris pour Chim\u00e8ne a les yeux de Rodrigue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"721\" class=\"cit-num\">721<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>Satire <span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1668)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la gloire \u00e0 30\u00a0ans pour Corneille dont la pi\u00e8ce est cr\u00e9\u00e9e fin d\u00e9cembre\u00a01636, dans le (tr\u00e8s vaste) th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 de Richelieu, et en janvier\u00a01637 au th\u00e9\u00e2tre du Marais. Ce qui explique l\u2019une et l\u2019autre date donn\u00e9es, selon les sources, pour sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande trag\u00e9die classique (ou plut\u00f4t, tragicom\u00e9die) est ovationn\u00e9e pour son g\u00e9nie propre et pour ses allusions \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 \u2013 le combat contre les Maures fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019invasion espagnole de cette ann\u00e9e. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> anoblit l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Mais Richelieu ne pardonne pas \u00e0 son prot\u00e9g\u00e9 le refus de participer \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de cinq auteurs (avec Boisrobert, Colletet, L\u2019Estoile et Rotrou) charg\u00e9s de composer des pi\u00e8ces sur ses id\u00e9es\u00a0! Petit c\u00f4t\u00e9 d\u2019un grand homme, par ailleurs passionn\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Le cardinal forme une cabale et instrumentalise personnellement l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9e en 1634 (officialis\u00e9e en 1635 par Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>). \u00c0 l\u2019origine, cette institution a des missions politiques\u00a0: elle doit c\u00e9l\u00e9brer les victoires des arm\u00e9es du roi et fournir des pol\u00e9mistes \u00e0 gages, dans la guerre de propagande contre l\u2019Espagne et les Pays-Bas. Elle est \u00e9galement charg\u00e9e de r\u00e9diger un dictionnaire dont la premi\u00e8re \u00e9dition ne sortira qu\u2019en 1694\u00a0!<\/p>\n<p>D\u00e9tourn\u00e9e de ses fins, l\u2019Acad\u00e9mie ob\u00e9it docilement au cardinal, accable le jeune po\u00e8te de critiques jalouses et de propos p\u00e9dants. Scud\u00e9ry attaque le premier, avec ses <em>Observations critiques sur le Cid<\/em>. L\u2019Acad\u00e9mie censure la pi\u00e8ce, Corneille en souffre naturellement. Mais comme l\u2019\u00e9crira Boileau\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Acad\u00e9mie en corps a beau le censurer,\u00a0\/ Le public en r\u00e9volte s\u2019obstine \u00e0 l\u2019admirer.\u00a0\u00bb La \u00ab\u00a0querelle du Cid\u00a0\u00bb va \u00e9mouvoir Paris, toute l\u2019ann\u00e9e 1637.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on parle mal ou bien du fameux cardinal<br>Ma prose ni mes vers n\u2019en diront jamais rien\u00a0:<br>Il m\u2019a fait trop de bien pour en dire du mal,<br>Il m\u2019a fait trop de mal pour en dire du bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"737\" class=\"cit-num\">737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CORNEILLE<\/span> (1606-1684), <em>Po\u00e9sies diverses<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps apr\u00e8s le triomphe de ses trois r\u00e9centes trag\u00e9dies (<em>Horace, Cinna, Polyeucte<\/em>), il compose ce quatrain \u00e0 l\u2019occasion de la mort du cardinal en 1642.<\/p>\n<p>Corneille se rappelle la protection dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9\u00a0: il \u00e9tait totalement inconnu quand le cardinal fit ouvrir un second th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Paris (Le Marais, rival de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne) pour jouer ses premi\u00e8res pi\u00e8ces. Mais il ne peut oublier la m\u00e9chante cabale mont\u00e9e contre lui par le cardinal et la querelle du <em>Cid<\/em> qui s\u2019ensuivit.<\/p>\n<p>Les autres \u00e9pitaphes sont beaucoup moins g\u00e9n\u00e9reuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet un fameux cardinal<br>Qui fit plus de mal que de bien\u00a0:<br>Le bien qu\u2019il fit, il le fit mal<br>Le mal qu\u2019il fit, il le fit bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"735\" class=\"cit-num\">735<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Isaac de <span class=\"caps\">BENSERADE<\/span> (1612-1691), \u00c9pitaphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La plus connue des inscriptions fun\u00e9raires et vengeresses qui accueillirent la mort de Richelieu est sign\u00e9e d\u2019un gentilhomme normand, \u00e9crivain pr\u00e9cieux et acad\u00e9micien\u00a0fran\u00e7ais, lui aussi prot\u00e9g\u00e9 du cardinal. Le m\u00e9c\u00e9nat artistique, devenu v\u00e9ritable politique culturelle, va encourager les cr\u00e9ateurs dans tous les domaines\u00a0: lettres, th\u00e9\u00e2tre, musique, peinture, architecture. L\u2019art classique nait \u00e0 cette \u00e9poque, contribuant au rayonnement de la France en Europe.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1024px-cardinal_mazarin_by_pierre_mignard_musee_conde.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"277\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">11. Les mazarinades discr\u00e9ditent le nouveau couple au pouvoir et les complots s\u2019emballent sous la Fronde.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler<br>Notre pute de Reine\u00a0!<br>\u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter et les reines pas plus que les rois n\u2019ont de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot.<\/p>\n<p>Attaqu\u00e9 lui aussi, et m\u00eame en premier, le cardinal d\u00e9test\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, ce bougeron \/ Dit qu\u2019il n\u2019aime pas les cons \/ C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat \/ C\u2019est un bougre ingrat\u2026\u00a0\u00bb L\u2019homosexualit\u00e9 (ou la bisexualit\u00e9) suppos\u00e9e de l\u2019italien Mazarin (n\u00e9 Mazzarino) fait parler. Rumeur, ragot, potin\u2026 La Cour en raffole comme le bon peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0;<br>Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine<br>Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant<\/em>, mazarinade. <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour de ce prince<\/em> (1793), F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> dont les chansons c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent les insuffisances conjugales, on soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte, dans son <em>Histoire de France\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret\u00a0! Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant m\u00eame que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes\u00a0\u00bb. Mais elle laissa gouverner le cardinal, mieux qu\u2019elle n\u2019avait jadis laiss\u00e9 r\u00e9gner son royal \u00e9poux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous bien la diff\u00e9rence<br>Qu\u2019il y a entre son \u00c9minence<br>Et feu Monsieur le Cardinal\u00a0?<br>La r\u00e9ponse en est toute pr\u00eate\u00a0:<br>L\u2019un conduisait son animal,<br>Et l\u2019autre monte sur sa b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"765\" class=\"cit-num\">765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">C\u00e9sar <span class=\"caps\">BLOT<\/span> (1610-1655), mazarinade. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des 6\u00a0500 pamphlets (exceptionnellement sign\u00e9) contre Mazarin. L\u2019\u00c9minence (Mazarin) a succ\u00e9d\u00e9 en mai\u00a01643 au Cardinal (Richelieu). L\u2019\u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et la \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, Anne d\u2019Autriche, par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0pute de reine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En termes peu galants, cela signifie que la pratique du minist\u00e9riat est reconduite sous la r\u00e9gence, avec l\u2019ancien collaborateur de Richelieu comme principal ministre\u00a0: Mazarin d\u00e9j\u00e0 impopulaire et sit\u00f4t menac\u00e9. C\u2019est toujours le temps des complots.<\/p>\n<p>La Cabale des Importants, faction regroupant les Grands, victimes de la politique de Richelieu et voulant leur revanche, ourdit un nouveau complot (27\u00a0mai 1643). \u00c0 sa t\u00eate, l\u2019in\u00e9vitable duchesse de Chevreuse (qui trahit toujours avec volupt\u00e9) et le duc de Beaufort, petit-fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es. Proche du peuple, le \u00ab\u00a0roi des Halles\u00a0\u00bb n\u2019a pas la morgue des Importants. Tout ce petit monde veut \u00e9liminer \u00ab\u00a0le Mazarin\u00a0\u00bb, d\u00e9pouiller la Maison de Cond\u00e9 (combl\u00e9e de biens et privil\u00e8ges par Richelieu), signer la paix avec l\u2019Espagne et l\u2019Autriche.<\/p>\n<p>Mazarin apprend la conspiration\u00a0: Beaufort est embastill\u00e9, la duchesse et les autres conjur\u00e9s, exil\u00e9s. C\u2019est une r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale de la Fronde o\u00f9 les m\u00eames acteurs se retrouveront, cinq ans apr\u00e8s\u00a0! En attendant, Mazarin gouverne. Mais la guerre avec l\u2019Espagne complique les probl\u00e8mes politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de paix, point de Mazarin\u00a0! Il faut aller \u00e0 Saint-Germain qu\u00e9rir notre bon Roi\u00a0; il faut jeter dans la rivi\u00e8re tous les mazarins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"781\" class=\"cit-num\">781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris du peuple de Paris assi\u00e9g\u00e9, d\u00e9but mars\u00a01649. <em>M\u00e9moires du Cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fronde bat son plein, cependant que des pourparlers de paix s\u2019engagent entre la cour (r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Saint-Germain) et le Parlement de Paris.<\/p>\n<p>Mais il y a des opposants irr\u00e9ductibles et une part du peuple se soul\u00e8ve, neutralise les \u00e9chevins et les magistrats fid\u00e8les au roi (les \u00ab\u00a0mazarins\u00a0\u00bb). Les Grands deviennent le \u00ab\u00a0pi\u00e8tre \u00e9tat-major d\u2019une r\u00e9volution incertaine\u00a0\u00bb (Georges Duby). On retrouve le duc de Beaufort (le roi des Halles refaisant le coup de la Cabale des Importants), l\u2019in\u00e9vitable de Retz (port\u00e9 par son ambition politique et bient\u00f4t perdu par ses propres subtilit\u00e9s), le prince de Conti \u2013\u00a0\u00ab\u00a0un z\u00e9ro qui ne multipliait que parce qu\u2019il \u00e9tait prince du sang\u00a0\u00bb, selon de Retz\u00a0\u2013 et la belle duchesse de Longueville (fr\u00e8re et s\u0153ur du Grand Cond\u00e9 qui se bat dans le camp du roi). Tout ce beau monde se querelle ou s\u2019aime, intrigue, h\u00e9site, fanfaronne, encha\u00eene les volte-face et s\u2019\u00e9tonne de tant d\u2019audace.<\/p>\n<p>Les nouvelles des r\u00e9volutionnaires de Cromwell vont terrifier les plus rebelles\u00a0: ils ont os\u00e9 ex\u00e9cuter le roi Charles\u00a0Ier d\u2019Angleterre\u00a0! Le pr\u00e9sident du Parlement de Paris, Mol\u00e9, signe la paix de Rueil, le 11\u00a0mars 1649\u00a0: au prix de concessions mutuelles, c\u2019est la fin (provisoire) de la Fronde parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours pour moi \u00e0 l\u2019avenir, toujours contre moi dans le pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"789\" class=\"cit-num\">789<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ANNE<\/span> <span class=\"caps\">D\u2019AUTRICHE<\/span> (1601-1666), \u00e0 Gaston d\u2019Orl\u00e9ans. <em>M\u00e9moires du cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine se plaint \u00e0 Monsieur, le fr\u00e8re du roi qui s\u2019engage pourtant \u00e0 prendre sa d\u00e9fense devant le Parlement. Mais elle n\u2019est pas dupe\u00a0: son beau-fr\u00e8re lui promet toujours d\u2019\u00eatre dans son camp, alors qu\u2019il complote sans cesse avec les frondeurs \u2013 conduite d\u2019autant moins pardonnable qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet pour Mazarin<\/em> (1652). <em>Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juste retour des choses. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9 qui fuit \u00e0 son tour aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle.<\/p>\n<p>Les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre. Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la Fronde, une vraie guerre civile qui aura dur\u00e9 cinq ans (1648-1653) et v\u00e9ritablement menac\u00e9 le r\u00e9gime. Le roi, majeur depuis deux ans, laissera le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur. Mais la Fronde lui servira de le\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces agitations terribles avant et apr\u00e8s ma majorit\u00e9, une guerre \u00e9trang\u00e8re o\u00f9 les troubles domestiques firent perdre \u00e0 la France mille et mille avantages, un prince de mon sang et d\u2019un tr\u00e8s grand nom [Cond\u00e9] \u00e0 la t\u00eate de mes ennemis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"797\" class=\"cit-num\">797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jamais le roi n\u2019oubliera l\u2019humiliation et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de sa jeunesse. Le souvenir de la Fronde commande et explique bien des aspects de sa politique int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>La France n\u2019oublie pas non plus le bilan d\u00e9sastreux de cette guerre civile, aggrav\u00e9e par la guerre \u00e9trang\u00e8re et l\u2019appui des Espagnols aux rebelles\u00a0: famines et pestes end\u00e9miques ont fait mourir dans la seule ann\u00e9e 1652 un quart de la population, dans certains villages en \u00cele-de-France, Champagne et Picardie\u00a0! Le commerce ext\u00e9rieur est d\u00e9sorganis\u00e9, la marine ruin\u00e9e. Le pays doit penser\u00a0: tout plut\u00f4t que cette anarchie. Il est pr\u00eat pour une monarchie absolue.<\/p>\n<p>D\u00e8s son retour, Mazarin r\u00e9tablit les intendants, incarnation du pouvoir royal et gage de l\u2019ordre sur tout le territoire. Gaston d\u2019Orl\u00e9ans est exil\u00e9 \u00e0 vie dans son ch\u00e2teau de Blois. Cond\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort (par contumace) par le Parlement, passe au service de l\u2019Espagne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/moliere_mourant.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"313\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">12. Moli\u00e8re, cible de cabales et de rumeurs en tous genres, avec une l\u00e9gende qui reste attach\u00e9e \u00e0 sa mort.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le scandale du monde est ce qui fait l\u2019offense,<br>Et ce n\u2019est pas p\u00e9cher que p\u00e9cher en silence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"872\" class=\"cit-num\">872<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), <em>Tartuffe<\/em> (1669)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>5\u00a0f\u00e9vrier 1669, la pi\u00e8ce peut enfin se jouer en public, \u00e9pilogue d\u2019un \u00e9puisant combat de cinq ann\u00e9es, reflet de la censure au Grand\u00a0Si\u00e8cle et du pouvoir des cabales\u00a0!<\/p>\n<p>La premi\u00e8re version en trois actes de la pi\u00e8ce, dont une \u00e9bauche a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par le roi, est jou\u00e9e le 12\u00a0mai 1664. Influenc\u00e9 par l\u2019archev\u00eaque de Paris, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> interdit les repr\u00e9sentations publiques, mais ne va pas jusqu\u2019\u00e0 suivre le cur\u00e9 Roull\u00e9 qui demande un b\u00fbcher pour y br\u00fbler l\u2019auteur\u00a0!<\/p>\n<p>Moli\u00e8re a des appuis en haut lieu \u2013\u00a0Madame et Monsieur, Cond\u00e9, le l\u00e9gat du pape (cardinal Chigi). Mais la \u00ab\u00a0cabale des d\u00e9vots\u00a0\u00bb est la plus forte et son Tartuffe ne se joue qu\u2019en priv\u00e9 (chez Monsieur, fr\u00e8re du roi). Moli\u00e8re ne peut s\u2019y r\u00e9soudre, \u00e9crit une deuxi\u00e8me version \u00e9dulcor\u00e9e, habille son faux d\u00e9vot en homme du si\u00e8cle et profite de l\u2019absence du roi (guerroyant dans l\u2019arm\u00e9e des Flandres) pour pr\u00e9senter <em>Panulphe ou l\u2019Imposteur<\/em>. Lamoignon, premier pr\u00e9sident du Parlement, interdit la pi\u00e8ce, l\u2019archev\u00eaque de Paris excommunie les spectateurs, Moli\u00e8re tombe malade.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me version triomphe enfin en 1669, avec la b\u00e9n\u00e9diction du roi et 50 repr\u00e9sentations (chiffre consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque). Moli\u00e8re devient le pourvoyeur des divertissements royaux \u00e0 toutes les f\u00eates.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle des cabales et du th\u00e9\u00e2tre roi, Moli\u00e8re n\u2019est pas le pas seul vis\u00e9\u00a0! Apr\u00e8s Corneille et la fameuse <em>Querelle du Cid<\/em> (1637) ourdie par Richelieu qui instrumentalise \u00e0 ses fins l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Racine sera victime d\u2019une cabale contre Ph\u00e8dre, d\u00e9but janvier 1677. Pradon fait jouer en m\u00eame temps sa <em>Ph\u00e8dre et Hippolyte<\/em>. La duchesse de Bouillon loua pour les six premi\u00e8res repr\u00e9sentations (d\u00e9cisives) les loges des deux th\u00e9\u00e2tres et laissa vides celles de l\u2019h\u00f4tel de Bourgogne, pour faire croire \u00e0 la chute de la Ph\u00e8dre racinienne, cependant que toute la cabale remplissait la salle Gu\u00e9n\u00e9gaud de ses applaudissements. Le public ne fut pas dupe tr\u00e8s longtemps et la post\u00e9rit\u00e9 jugea sans \u00e9quivoque, mais Racine, ma\u00eetre incontest\u00e9 de la sc\u00e8ne tragique depuis dix ans, pronfond\u00e9ment bless\u00e9, se retire. Il a une autre raison\u00a0: le m\u00e9tier d\u2019historiographe du roi est mieux pay\u00e9, moins fatigant. Ce genre d\u2019argument n\u2019aurait pas d\u00e9tourn\u00e9 Moli\u00e8re de sa passion d\u2019\u00e9crire et de jouer jusqu\u2019\u00e0 la limite de ses forces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Presque tous les hommes meurent de leurs rem\u00e8des et non pas de leurs maladies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"879\" class=\"cit-num\">879<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MOLI\u00c8RE<\/span> (1622-1673), <em>Le Malade imaginaire<\/em> (1673)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malade d\u2019une tuberculose que les m\u00e9decins du temps sont impuissants \u00e0 gu\u00e9rir, affect\u00e9 par la mort de son fils et de sa vieille amie Madeleine B\u00e9jart, \u00e9puis\u00e9 de travail \u00e0 la t\u00eate de sa troupe et supplant\u00e9 par l\u2019intrigant Lully aupr\u00e8s de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Moli\u00e8re, 51\u00a0ans, est pris d\u2019une d\u00e9faillance sur la sc\u00e8ne de son th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal, o\u00f9 il joue pour la quatri\u00e8me fois le r\u00f4le du Malade. Il meurt chez lui, quelques heures plus tard, crachant le sang. Armande, sa femme (Mlle Moli\u00e8re), fait intervenir personnellement Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> pour obtenir de l\u2019archev\u00eaque de Paris des fun\u00e9railles (nocturnes) et une s\u00e9pulture chr\u00e9tienne, le 21\u00a0f\u00e9vrier 1673.<\/p>\n<p>Ceci pour d\u00e9mentir la l\u00e9gende\u00a0: Moli\u00e8re mort en sc\u00e8ne et son cadavre jet\u00e9 \u00e0 la fosse commune. Il n\u2019est pas non plus mort dans la mis\u00e8re. Son train de vie et sa fortune personnelle en attestent, quoiqu\u2019en rien comparables \u00e0 ceux de Lully.<\/p>\n<p>Star de son temps, naturellement jalous\u00e9 des confr\u00e8res, Moli\u00e8re fut l\u2019objet de toutes les rumeurs.<\/p>\n<p>On l\u2019accuse de plagier les auteurs italiens et espagnols \u2013 mais en l\u2019absence de droit d\u2019auteur, on s\u2019inspirait librement de tel ou tel. La Fontaine r\u00e9\u00e9crit en mieux les fables d\u2019\u00c9sope et le Don Juan de Tirso de Molina, repris par la <em>commedia dell arte<\/em>, va devenir un mythe sans fin repris.<\/p>\n<p>D\u2019autres accusations portent sur sa vie priv\u00e9e. Cocu et dangereux libertin\u2026 mais les coulisses th\u00e9\u00e2trales n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 des couvents mod\u00e8les. Plus grave, le crime d\u2019inceste, suite au mariage avec sa propre fille Armande, fruit de sa liaison avec Madeleine B\u00e9jart, com\u00e9dienne de sa troupe depuis les origines. Accusation publiquement port\u00e9e par Montfleury, vedette de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne, troupe rivale. Moli\u00e8re, cr\u00e9ateur du naturel en sc\u00e8ne, s\u2019est moqu\u00e9 de son jeu emphatique (parodi\u00e9 dans <em>l\u2019Impromptu de Versailles<\/em>). En fait, la naissance de la future Mlle Moli\u00e8re reste un myst\u00e8re d\u2019\u00e9tat-civil et le dossier \u00e0 charge est vide.<\/p>\n<p>Parmi les autres fake news colport\u00e9es sur l\u2019auteur fran\u00e7ais le plus jou\u00e9 au monde\u2026 la plus \u00e9tonnante. Il n\u2019aurait pas \u00e9crit ses pi\u00e8ces\u00a0!!! \u00c0 l\u2019appui de cette th\u00e8se, on n\u2019a retrouv\u00e9 aucun manuscrit de Moli\u00e8re (ni m\u00eame aucune trace de son \u00e9criture dans le fameux registre de la troupe, tenu par le com\u00e9dien La Grange). Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les auteurs ne gardaient pas leurs brouillons, apr\u00e8s publication. L\u2019auteur cach\u00e9, autrement dit le n\u00e8gre, serait tout simplement\u2026 le vieux Corneille, \u00e9cart\u00e9 de la sc\u00e8ne par le succ\u00e8s du jeune Racine et ex collaborateur de <em>Moli\u00e8re dans Psych\u00e9<\/em> (1671), trag\u00e9die-ballet de cinq heures o\u00f9 les noms de Quinault et Lully apparaissent aussi au g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>La rumeur fut lanc\u00e9e il y a un si\u00e8cle par Pierre Lou\u00ffs, po\u00e8te parnassien adepte du canular \u2013 ayant fait passer ses tr\u00e8s \u00e9rotiques <em>Chansons de Bilitis<\/em> pour la traduction d\u2019une po\u00e9tesse de la Gr\u00e8ce antique. Il publie un premier article titr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Corneille est-il l\u2019auteur d\u2019<em>Amphitryon<\/em>\u00a0?\u00a0\u00bb Rumeur relanc\u00e9e tr\u00e8s s\u00e9rieusement en 2003 par un linguiste, Dominique Labb\u00e9, trouvant une forte uniformit\u00e9 lexicale entre les deux r\u00e9pertoires (nombre de rimes r\u00e9duit et constructions syntaxiques uniformes).<\/p>\n<p>L\u2019immense majorit\u00e9 des acteurs et des connaisseurs de Moli\u00e8re s\u2019insurgent contre cette th\u00e8se qui fait beaucoup parler, comme toute \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb rumeur. Des controverses s\u2019ensuivent. Aux derni\u00e8res nouvelles, la rumeur fait partie des fake news. Des chercheurs du <span class=\"caps\">CNRS<\/span> ont fait une analyse statistique approfondie des habitudes d\u2019\u00e9criture et des tics de langage au si\u00e8cle classique\u00a0: tout le th\u00e9\u00e2tre pr\u00e9sente certaines similitudes et Moli\u00e8re est bien l\u2019auteur de ses pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>Shakespeare, l\u2019homme de th\u00e9\u00e2tre le plus illustre au monde, connut une m\u00e9saventure comparable, pour le 400e anniversaire de sa mort. Un groupe d\u2019universitaires anglais d\u00e9montra que sur 44 pi\u00e8ces, 17 sont co\u00e9crites par son grand rival, Christopher Marlowe. L\u2019honneur est sauf et l\u2019histoire d\u2019Angleterre reste la plus passionnante, juste apr\u00e8s notre histoire de France.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/marquise_de_brinvilliers.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"286\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">13. L\u2019Affaire des Poisons, premi\u00e8re ombre port\u00e9e au si\u00e8cle du Roi Soleil, cont\u00e9e par Mme de S\u00e9vign\u00e9.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La duchesse de Bouillon alla demander \u00e0 la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu\u2019elle avait qui la faisait mourir d\u2019ennui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"884\" class=\"cit-num\">884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquise\u00a0de <span class=\"caps\">S\u00c9VIGN\u00c9<\/span> (1626-1696), Lettre, 31\u00a0janvier 1680 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le fait divers va devenir affaire d\u2019\u00c9tat et la g\u00e9niale \u00e9pistoli\u00e8re nous met dans la confidence, avec la gourmandise d\u2019une bonne comm\u00e8re.<\/p>\n<p>Tout commence quatre ans plus t\u00f4t, avec la marquise de Brinvilliers\u00a0: accus\u00e9e d\u2019avoir empoisonn\u00e9 p\u00e8re, fr\u00e8re et autres \u00ab\u00a0g\u00eaneurs\u00a0\u00bb de la famille pour h\u00e9riter, elle reconna\u00eet ses crimes, mais d\u00e9clare qu\u2019\u00ab\u00a0il y avait beaucoup de personnes engag\u00e9es dans ce mis\u00e9rable commerce de poison, et des personnes de condition\u00a0\u00bb, sans donner de nom. Elle est jug\u00e9e, condamn\u00e9e, d\u00e9capit\u00e9e, puis br\u00fbl\u00e9e le 17\u00a0juillet 1676.<\/p>\n<p>Suite aux aveux de la marquise, La Reynie, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de la police, est charg\u00e9 d\u2019enqu\u00eater en 1677. On d\u00e9couvre dans le milieu des diseuses de bonne aventure, devins et autres sorciers, un v\u00e9ritable r\u00e9seau de fabricants et marchands de drogues. Les plus efficaces (arsenic en t\u00eate) sont plaisamment nomm\u00e9es \u00ab\u00a0poudres de succession\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Panique dans la population\u00a0: on voit l\u2019\u0153uvre des empoisonneuses dans le moindre d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9. On apprend parall\u00e8lement la pratique des avortements et des messes noires. Cela concerne tous les milieux, et Paris comme la province.<\/p>\n<p>Le scandale grandit, le nombre des inculp\u00e9s aussi. En 1679, le roi institue une cour extraordinaire de justice pour juger de ces crimes\u00a0: Chambre ardente, qui si\u00e8ge dans une pi\u00e8ce tendue de draps noirs, \u00e9clair\u00e9e par des flambeaux, surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0cour des poisons\u00a0\u00bb. L\u2019intrigant Louvois ne serait pas f\u00e2ch\u00e9 d\u2019\u00e9liminer ainsi certains de ses ennemis. Mais le scandale \u00e9clabousse la cour\u00a0: la duchesse de Bouillon dont parle Mme\u00a0de S\u00e9vign\u00e9 \u2013 la plus jeune des ni\u00e8ces de Mazarin. Et aussi la comtesse de Soissons (autre \u00ab\u00a0mazarinette\u00a0\u00bb), la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, le duc de Vend\u00f4me, le mar\u00e9chal de Luxembourg (jadis alchimiste en amateur), Racine (soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir empoisonn\u00e9 par jalousie sa ma\u00eetresse, la com\u00e9dienne Du Parc). Cela va jusqu\u2019\u00e0 la favorite en titre de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les fois qu\u2019elle [Mme\u00a0de Montespan] craignait quelque diminution aux bonnes gr\u00e2ces du Roi, elle donnait avis \u00e0 ma m\u00e8re afin qu\u2019elle y apport\u00e2t quelque rem\u00e8de.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"885\" class=\"cit-num\">885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie-Marguerite <span class=\"caps\">MONVOISIN<\/span> (1658-\u00a0??), belle-fille (et complice) de la Voisin. <em>Le Drame des poisons<\/em> (1900), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Voisin (du nom de son mari, le sieur Monvoisin), n\u00e9e Catherine Deshayes, est bien connue dans le quartier Saint-Denis (lieu de tous les trafics), comme marchande de beaux effets pour nobles dames, mais aussi avorteuse.<\/p>\n<p>Accus\u00e9e d\u2019avoir pratiqu\u00e9 la sorcellerie et fourni des poisons, elle ne donnera pas le nom de la ma\u00eetresse royale, mais sa belle-fille met en cause Mme\u00a0de Montespan. Elle aurait donn\u00e9 au roi des \u00ab\u00a0rem\u00e8des\u00a0\u00bb, en fait des aphrodisiaques peu rago\u00fbtants (f\u0153tus s\u00e9ch\u00e9s, sperme de bouc, bave de crapaud, poussi\u00e8re de taupes dess\u00e9ch\u00e9es, sang de chauve-souris, semence humaine et sang menstruel) qui ont \u00e9branl\u00e9 la sant\u00e9 royale pourtant robuste. On parle aussi de messes noires o\u00f9, dit-on, des enfants sont \u00e9gorg\u00e9s sur l\u2019autel du diable. Rumeurs, rumeurs\u2026<\/p>\n<p>La Voisin, main coup\u00e9e, subit la question, avant d\u2019\u00eatre br\u00fbl\u00e9e en place de Gr\u00e8ve, le 22\u00a0f\u00e9vrier 1680, et la \u00ab\u00a0fille Monvoisin\u00a0\u00bb sera enferm\u00e9e \u00e0 la citadelle Vauban de Belle-Isle.<\/p>\n<p>L\u2019affaire des Poisons allait compromettre trop de monde \u00e0 la cour et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est horrifi\u00e9\u00a0: sa ma\u00eetresse lui aurait donc fait absorber des philtres d\u2019amour, et maniganc\u00e9 la mort de Mme\u00a0de Fontanges (sa nouvelle favorite), la st\u00e9rilit\u00e9 de la reine\u00a0! \u2026 Le roi suspend les interrogatoires. L\u2019enqu\u00eate publique est ferm\u00e9e, il fait br\u00fbler les dossiers, jetant lui-m\u00eame au feu de la chemin\u00e9e les pages compromettant son ex-favorite. La Chambre ardente aura si\u00e9g\u00e9 trois ans\u00a0! Au final, 36 condamnations \u00e0 mort prononc\u00e9es et appliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Montespan, qui a perdu la faveur du roi, ne quittera la cour qu\u2019en 1691. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> n\u2019aura plus de commerce amoureux qu\u2019avec Mme\u00a0de Maintenon, en cela du moins au-dessus de tout soup\u00e7on.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/benczur_louis_xv_and_dubarry_1874.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"290\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">14. Les amours de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9, cible de pamphlets, rumeurs et ragots \u00e0 gogo.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1126\" class=\"cit-num\">1126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">LECZINSKA<\/span> (1703-1768), parlant de la Pompadour. <em>Apog\u00e9e et chute de la royaut\u00e9\u00a0: Louis le Bien-Aim\u00e9<\/em> (1973), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toujours \u00e9prise de son mari, mais digne et r\u00e9sign\u00e9e, la reine ne se plaint jamais de ses liaisons et trouve m\u00eame certains avantages \u00e0 la ma\u00eetresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour\u00a0: cette jeune et jolie femme de 23\u00a0ans la traite avec plus d\u2019\u00e9gards que les pr\u00e9c\u00e9dentes passantes et durant pr\u00e8s de vingt ans, leurs relations seront cordiales.<\/p>\n<p>La vie de favorite royale est un m\u00e9tier ingrat, malgr\u00e9 les apparences. Il faut \u00eatre perp\u00e9tuellement en repr\u00e9sentation, souriante, s\u00e9duisante, esclave. L\u2019amour avec le roi fait place \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 apr\u00e8s 1750 et la marquise lui fournit de tr\u00e8s jeunes personnes, log\u00e9es dans un quartier de Versailles, le fameux Parc-aux-Cerfs. Des demoiselles, fournies par des parents consentants, ignorant l\u2019identit\u00e9 de leur royal amant, sont mari\u00e9es \u00e0 des courtisans sit\u00f4t qu\u2019engross\u00e9es, dit-on. La Pompadour, maquerelle vigilante, veille \u00e0 ce que le roi ne s\u2019attache durablement \u00e0 aucune. Dit-on aussi. On a beaucoup fantasm\u00e9 sur ce lieu de d\u00e9bauche. Le r\u00e8gne est celui de toutes les rumeurs et la vie amoureuse de ce roi tr\u00e8s sensuel est un sujet de choix.<\/p>\n<p>L\u2019impopularit\u00e9, la haine de la cour, les cabales incessantes \u00e9puisent la Pompadour. Elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re, en 1750\u00a0: \u00ab\u00a0Except\u00e9 le bonheur d\u2019\u00eatre avec le roi qui assur\u00e9ment me console de tout, le reste n\u2019est qu\u2019un tissu de m\u00e9chancet\u00e9s, de platitudes, enfin de toutes les mis\u00e8res dont les pauvres humains sont capables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans esprit, sans caract\u00e8re<br>L\u2019\u00e2me vile et mercenaire,<br>Le propos d\u2019une comm\u00e8re<br>Tout est bas chez la Poisson \u2013 son \u2013 son.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1127\" class=\"cit-num\">1127<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le propos est injuste\u00a0: le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, habitu\u00e9e des salons litt\u00e9raires, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> lui doit une part de son impopularit\u00e9. Le peuple a lou\u00e9 le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux aupr\u00e8s des quatre s\u0153urs Mailly-de-Nesle, il va bient\u00f4t le ha\u00efr, pour sa longue liaison avec la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands seigneurs s\u2019avilissent,<br>Les financiers s\u2019enrichissent,<br>Tous les Poissons s\u2019agrandissent.<br>C\u2019est le r\u00e8gne des vauriens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1162\" class=\"cit-num\">1162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade, attribu\u00e9e \u00e0 Pont-de-Veyle (1697-1774). <em>Journal historique\u00a0: depuis 1748 jusqu\u2019en 1772 inclusivement<\/em> (1807), Charles Coll\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s\u2019\u00e9tale \u00e0 la cour o\u00f9 r\u00e8gne la Pompadour, mais qui s\u2019affiche aussi dans des milieux prosp\u00e8res et \u00e2pres au gain, du c\u00f4t\u00e9 des aristocrates comme des bourgeois.<\/p>\n<p>La favorite fait am\u00e9nager ses nombreuses r\u00e9sidences (l\u2019H\u00f4tel d\u2019\u00c9vreux, futur \u00c9lys\u00e9e, La Celle, Bellevue, Champs). Elle place son fr\u00e8re Abel Poisson, nomm\u00e9 marquis de Marigny, \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale des B\u00e2timents o\u00f9 il se montre d\u2019ailleurs bon administrateur. Mais le peuple s\u2019en irrite\u00a0: \u00ab\u00a0On \u00e9puise la finance\u00a0\/ En b\u00e2timent, en d\u00e9penses,\u00a0\/ L\u2019\u00c9tat tombe en d\u00e9cadence\u00a0\/ Le roi ne met ordre \u00e0 rien\u00a0\/ Une petite bourgeoise\u00a0\/ \u00c9lev\u00e9e \u00e0 la grivoise\u00a0\/ Mesurant tout \u00e0 la toise\u00a0\/ Fait de l\u2019amour un taudis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autrefois de Versailles<br>Nous venait le bon go\u00fbt,<br>Aujourd\u2019hui la canaille<br>R\u00e8gne et tient le haut bout.<br>Si la cour se ravale,<br>De quoi s\u2019\u00e9tonne-t-on\u00a0?<br>N\u2019est-ce pas de la halle<br>Que nous vient le poisson\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1163\" class=\"cit-num\">1163<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade de 1749. <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, la chanson (souvent anonyme) \u00e9tait l\u2019une des rares formes d\u2019opposition possibles. Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, elle garde cette fonction. Diderot parlant du peuple dans ses <em>Principes de politique des souverains<\/em> \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut lui permettre la satire et la plainte\u00a0: la haine renferm\u00e9e est plus dangereuse que la haine ouverte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec la masse des pamphlets et libelles pol\u00e9miques et parfois orduriers dont l\u2019\u00e9poque se fit l\u2019\u00e9cho, on a pu parler de ces \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui sapent les bases du r\u00e9gime, presque aussi s\u00fbrement que les pens\u00e9es philosophiques\u00a0!<\/p>\n<p>Si le peuple reproche son origine non noble \u00e0 la dame, ce genre de pamphlets (anonymes) part surtout de la cour. La personne du roi est \u00e9galement attaqu\u00e9e. Les cabales se multiplient et le lieutenant de police avoue son impuissance \u00e0 traquer les auteurs ou ceux qui leur tiennent la main\u00a0: \u00ab\u00a0Je connais Paris autant qu\u2019on peut le conna\u00eetre. Mais je ne connais pas Versailles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques et apr\u00e8s le flot des poissonnades, on ne rate pas cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire\u00a0: c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! la France, ton caf\u00e9 fout le camp.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1185\" class=\"cit-num\">1185<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse\u00a0<span class=\"caps\">DU<\/span> <span class=\"caps\">BARRY<\/span> (1743-1793), s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. <em>Anecdotes sur la comtesse du Barry<\/em> (1775), Pidansat de Mairobert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle favorite depuis 1768, elle a 33 ans de moins que le roi vieillissant, toujours s\u00e9ducteur et encore s\u00e9duisant, aussit\u00f4t charm\u00e9 par sa joie de vivre et ses 25\u00a0ans.<\/p>\n<p>Jeanne B\u00e9cu a beaucoup \u00ab\u00a0v\u00e9cu\u00a0\u00bb avant de se retrouver au centre des intrigues de la cour. Son \u00e9ducation chez les s\u0153urs ne l\u2019a pas d\u00e9barrass\u00e9e d\u2019un parl\u00e9 peu protocolaire et les courtisans collectionnent les perles pour se moquer de cette fausse noble. Ainsi, elle traitait le roi comme un valet de com\u00e9die, l\u2019appelant \u00ab\u00a0la France\u00a0\u00bb et le tutoyant. Occup\u00e9e \u00e0 se poser des mouches devant sa psych\u00e9 quand l\u2019infusion en bouillant tomba sur le feu, elle aurait cri\u00e9 la fameuse phrase, souvent cit\u00e9e. Assur\u00e9ment dite, elle fut peut-\u00eatre adress\u00e9e \u00e0 un valet de pied au service de la favorite de 1770 \u00e0 1772, et qui s\u2019appelait justement La France.<\/p>\n<p>M\u00e9pris\u00e9e ouvertement du vivant du roi, chass\u00e9e de la cour \u00e0 sa mort, exil\u00e9e dans sa propri\u00e9t\u00e9 de Louveciennes, elle sera rattrap\u00e9e par l\u2019histoire sous la R\u00e9volution, jug\u00e9e comme conspiratrice contre la R\u00e9publique et guillotin\u00e9e pendant la Terreur. Ce joli mot de la fin lui est pr\u00eat\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Encore un moment, monsieur le bourreau\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Buveur fameux, et roi c\u00e9l\u00e8bre<br>Par la chasse et par les catins\u00a0:<br>Voil\u00e0 ton oraison fun\u00e8bre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1195\" class=\"cit-num\">1195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> (1774). <em>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne<\/em> (1781), Mouffle d\u2019Angerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On l\u2019enterra promptement et sans la moindre escorte\u00a0; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller \u00e0 Saint-Denis. \u00c0 son passage, des cris de d\u00e9rision ont \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: on r\u00e9p\u00e9tait \u00ab\u00a0ta\u00efaut\u00a0! ta\u00efaut\u00a0!\u00a0\u00bb comme lorsqu\u2019on voit un cerf, et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer\u00a0\u00bb (Lettre de la comtesse de Boufflers).<\/p>\n<p>Triste \u00e9pilogue pour celui qui reste malgr\u00e9 tout dans l\u2019Histoire comme Louis le Bien-Aim\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dapres_maurice_quentin_de_la_tour_portrait_de_voltaire_c._1737_musee_antoine_lecuyer.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"404\" height=\"500\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">15. Voltaire, notre premier \u00ab\u00a0intellectuel engag\u00e9\u00a0\u00bb contre l\u2019intol\u00e9rance religieuse dans l\u2019Affaire Calas.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire. Quand la R\u00e9volution mettra au Panth\u00e9on le grand homme, sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lira\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus que le philosophe r\u00e9formateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite. Dans son <em>Dictionnaire philosophique<\/em> et en divers essais, il lutte pour une r\u00e9forme de la justice, d\u00e9nonce les juges qui ach\u00e8tent leurs charges et n\u2019offrent pas les garanties d\u2019intelligence, de comp\u00e9tence et d\u2019impartialit\u00e9, se contentant de pr\u00e9somptions et de convictions personnelles. Il r\u00e9clame que tout jugement soit accompagn\u00e9 de motifs et que toute peine soit proportionnelle au d\u00e9lit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je s\u00e8me un grain qui pourra produire un jour une moisson.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1176\" class=\"cit-num\">1176<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ce trait\u00e9 pour Calas \u2013 et pour que justice soit rendue. Il ajoute, en habile courtisan\u00a0: \u00ab\u00a0Attendons tout du temps, de la bont\u00e9 du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l\u2019esprit de raison qui commence \u00e0 r\u00e9pandre partout sa lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, le 9\u00a0mars 1765, c\u2019est la r\u00e9habilitation de Calas\u00a0! Les m\u00eames mots se retrouvent dans ses Lettres, avec cette conclusion\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a donc de la justice et de l\u2019humanit\u00e9 chez les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Grand Conseil, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des quarante juges, s\u2019est prononc\u00e9 en faveur du n\u00e9gociant protestant, victime d\u2019une des plus graves erreurs judiciaires du si\u00e8cle. C\u2019est une victoire personnelle du philosophe qui a pay\u00e9 de sa personne et jou\u00e9 de ses relations, c\u2019est le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incomp\u00e9tentes et d\u2019autant plus partiales que l\u2019accus\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas de religion catholique\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019auteur va continuer de s\u2019engager dans les grandes affaires de son temps, contre le fanatisme religieux et pour la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. \u00c0 60\u00a0ans pass\u00e9s, Voltaire sait abandonner une \u0153uvre en cours pour sauver un innocent, ou du moins sa m\u00e9moire. Alors que Rousseau, auteur de l\u2019<em>\u00c9mile<\/em>, trait\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation, abandonne \u00e0 l\u2019Assistance publique les cinq enfants qu\u2019il fait \u00e0 une servante illettr\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que cet infortun\u00e9 jeune homme est mort avec la fermet\u00e9 de Socrate\u00a0; et Socrate a moins de m\u00e9rite que lui\u00a0: car ce n\u2019est pas un grand effort, \u00e0 soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de cigu\u00eb\u00a0; mais mourir dans les supplices horribles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1180\" class=\"cit-num\">1180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 M. le Comte d\u2019Argental, 23\u00a0juillet 1766, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il a pris parti pour le chevalier de la Barre\u00a0: accus\u00e9 sans preuve de blasph\u00e8mes, chansons inf\u00e2mes et profanations, et de ne pas s\u2019\u00eatre d\u00e9couvert lors d\u2019une procession de la F\u00eate-Dieu, il fut condamn\u00e9 \u00e0 avoir la langue coup\u00e9e, la t\u00eate tranch\u00e9e, le corps r\u00e9duit en cendres avec un exemplaire du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> trouv\u00e9 chez lui, le 1er\u00a0juillet 1766. C\u2019est dire si l\u2019auteur, d\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, se sent doublement concern\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Comme pour Calas, Voltaire va demander la r\u00e9vision du jugement. La r\u00e9habilitation aura lieu sous la R\u00e9volution, prononc\u00e9e le 15 novembre 1793 par la Convention.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1024px-louis_xvi_en_costume_de_sacre_-_joseph-siffred_duplessis.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"278\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">16. Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, roi injustement d\u00e9nigr\u00e9 par ses proches et d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 face \u00e0 l\u2019Histoire.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019aura probablement jamais ni la force ni la volont\u00e9 de r\u00e9gner par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1199\" class=\"cit-num\">1199<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MERCY<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ARGENTEAU<\/span> (1727-1794). <em>Correspondance secr\u00e8te entre Marie-Th\u00e9r\u00e8se et le comte de Mercy-Argenteau<\/em> (posthume, 1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris de\u00a01780 \u00e0\u00a01790, il exerce une grande influence sur Marie-Antoinette et sa correspondance avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se est un pr\u00e9cieux document sur la France de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il note l\u2019inqui\u00e9tante suj\u00e9tion du roi vis-\u00e0-vis de sa femme, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s leur mariage\u00a0: \u00ab\u00a0Sa complaisance ressemble \u00e0 de la soumission.\u00a0\u00bb Mirabeau tentant de sauver la royaut\u00e9 en juillet\u00a01790 soupirera\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme\u00a0: c\u2019est sa femme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le ministre Choiseul se montre plus s\u00e9v\u00e8re, voyant en Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> un \u00ab\u00a0imb\u00e9cile\u00a0\u00bb au sens d\u2019handicap\u00e9 c\u00e9r\u00e9bral. Selon ses fr\u00e8res et ses cousins, cette imb\u00e9cillit\u00e9 aurait justifi\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence (comme jadis pour Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou).<\/p>\n<p>En fait, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est surtout un timide maladif, myope de surcro\u00eet au point de ne pas reconna\u00eetre les gens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout propos soutenu l\u2019accable, toute r\u00e9flexion le d\u00e9route.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1200\" class=\"cit-num\">1200<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793). <em>L\u2019Autrichienne\u00a0: m\u00e9moires in\u00e9dits de Mlle de Mirecourt sur la reine Marie-Antoinette et les prodromes de la R\u00e9volution<\/em> (1966), Claude \u00c9mile-Laurent<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine parle aussi du roi comme d\u2019un homme aveugle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, toujours incertain, peu aimable et pourtant d\u00e9sireux qu\u2019on l\u2019aim\u00e2t. Il consulte tout le monde, suspecte les avis et ne c\u00e8de qu\u2019\u00e0 la lassitude. Honteux alors de sa faiblesse, il revient en arri\u00e8re, se renfrogne, boude, se d\u00e9robe, court \u00e0 la chasse ou bien se renferme dans son cabinet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour vous faire une id\u00e9e de son caract\u00e8re, imaginez des boules d\u2019ivoire huil\u00e9es que vous vous efforceriez vainement de faire tenir ensemble.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1201\" class=\"cit-num\">1201<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">PROVENCE<\/span> (1755-1824), entretien avec le comte de La Marck. Mirabeau et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, <em>Revue des deux mondes<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> parle de son fr\u00e8re, dans les premiers mois de la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> \u00e9tait \u00e0 coup s\u00fbr le roi le moins arm\u00e9 pour affronter la tourmente \u00e0 venir\u00a0! Il sera tr\u00e8s t\u00f4t victime de rumeurs ayant pour but de discr\u00e9diter son action aupr\u00e8s du peuple. Ayant publiquement consenti \u00e0 arborer sur son chapeau la cocarde tricolore, trois jours apr\u00e8s la prise de la Bastille, \u00e0 la demande de La Fayette, tr\u00e8s jeune commandant de la garde nationale, il est accus\u00e9 d\u2019avoir ensuite pi\u00e9tin\u00e9 ce symbole r\u00e9volutionnaire. Vrai ou faux\u00a0?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/collier_de_la_reine_1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"275\"><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\">17. L\u2019Affaire du Collier de la Reine, illustration et pouvoir de nuisance d\u2019une vraie fake new.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons plus grand besoin d\u2019un vaisseau que d\u2019un collier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1238\" class=\"cit-num\">1238<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span>\u00a0(1755-1793), aux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassenge. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette<\/em> (1823), Madame Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en ces termes que la reine, quoique toujours coquette et d\u00e9pensi\u00e8re, a refus\u00e9 une somptueuse parure de 540 diamants d\u2019une valeur de 1\u00a0600\u00a0000\u00a0livres \u2013 le prix de deux vaisseaux de guerre, fit-elle remarquer. \u00c9tonnante r\u00e9action de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb accus\u00e9e de ruiner la France\u00a0!<\/p>\n<p>Le joailler Boehmer a achet\u00e9 le collier, certain que la reine changera d\u2019avis, mais elle r\u00e9it\u00e8re son refus et il ne sait plus o\u00f9 ni comment vendre un tel bijou\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019intrigante comtesse de La Motte et l\u2019aventurier italien Cagliostro vont alors persuader le cardinal de Rohan de l\u2019acheter, pour s\u2019attirer les faveurs de Marie-Antoinette qui ne peut faire publiquement une telle d\u00e9pense, et le remboursera ensuite secr\u00e8tement. Ils se chargent de remettre eux-m\u00eames le bijou \u00e0 la reine.<\/p>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une escroquerie dont Dumas tirera un roman, et qui va devenir, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019historique \u00ab\u00a0affaire du Collier de la reine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre Saint P\u00e8re l\u2019a rougi,<br>Le roi de France l\u2019a noirci,<br>Le Parlement le blanchira,<br>Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1241\" class=\"cit-num\">1241<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Alleluya sur l\u2019affaire du Collier<\/em> (1786), chanson. <em>La Bastille d\u00e9voil\u00e9e ou Recueil de pi\u00e8ces authentiques pour servir \u00e0 son histoire<\/em> (1789), Charpentier, Louis-Pierre Manuel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Affaire \u00e9clate quand, le cardinal de Rohan ne pouvant couvrir une \u00e9ch\u00e9ance en juillet\u00a01785, les bijoutiers adressent la facture \u00e0 la reine qui n\u2019a jamais touch\u00e9 aux diamants \u2013 revendus au d\u00e9tail par les deux escrocs.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, pouss\u00e9 par sa femme et (mal) conseill\u00e9 par le baron de Breteuil, ennemi du cardinal, porte l\u2019affaire devant le Parlement de Paris. Rohan, plus na\u00eff que coupable, est acquitt\u00e9 le 31\u00a0mai 1786, mais exil\u00e9 par le roi. La comtesse de la Motte, condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre flagell\u00e9e, marqu\u00e9e au fer, est enferm\u00e9e \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re. Elle s\u2019en \u00e9vadera en 1787.<\/p>\n<p>La reine, innocente dans cette affaire, est d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e, avec sa vie priv\u00e9e \u00e9tal\u00e9e au grand jour et ses fastueuses d\u00e9penses d\u00e9nonc\u00e9es. La police doit emp\u00eacher Paris d\u2019illuminer pour acclamer le cardinal disculp\u00e9 et se r\u00e9jouir en m\u00eame temps de voir l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb humili\u00e9e. Elle devient \u00ab\u00a0Madame D\u00e9ficit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus sc\u00e9l\u00e9rate qu\u2019Agrippine<br>Dont les crimes sont inou\u00efs,<br>Plus lubrique que Messaline,<br>Plus barbare que M\u00e9dicis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1242\" class=\"cit-num\">1242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pamphlet contre la reine. Vers 1785. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dauphine jadis ador\u00e9e, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de m\u0153urs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu\u2019\u00e0 la soumission. L\u2019affaire du Collier va renforcer ce sentiment.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution h\u00e9ritera certes de l\u2019\u0153uvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des \u00ab\u00a0basses Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, masse de libelles et de pamphlets \u00e0 scandale o\u00f9 le mauvais go\u00fbt rivalise avec la violence verbale, inondant le march\u00e9 clandestin du livre et sapant les fondements du r\u00e9gime. Apr\u00e8s le R\u00e9gent, les ma\u00eetresses de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et le clerg\u00e9, Marie-Antoinette devient la cible privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: quelque 3\u00a0000 pamphlets la visant rel\u00e8vent, selon la plupart des historiens, de l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grande et heureuse affaire\u00a0! Que de fange sur la crosse et sur le sceptre\u00a0! Quel triomphe pour les id\u00e9es de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1243\" class=\"cit-num\">1243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel Marie <span class=\"caps\">FR\u00c9TEAU<\/span> de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1745-1794), conseiller au Parlement.<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Mirabeau dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s du Collier a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb La royaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 malade sort encore affaiblie de cette affaire. Marie-Antoinette le paiera cher, lors de son proc\u00e8s.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-fake-news-de-la-revolution-a-nos-jours\/\">Lire la suite\u00a0: les fake news de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mot est nouveau, mais la chose existe depuis toujours. Impossible de donner une d\u00e9finition claire d\u2019une notion aussi floue, au risque de simplifier un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe et comme tel passionnant. Pour preuve, tous les mots associables aux fake news. \u00ab\u00a0Fausse rumeur\u00a0\u00bb vaut quasiment synonyme, comme \u00ab\u00a0infox\u00a0\u00bb, n\u00e9ologisme et mot-valise (information &amp; intoxication). 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