{"id":8480,"date":"2020-05-04T00:00:00","date_gmt":"2020-05-03T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/confinements-historiques-reussis-ou-tragiques-le-destin-en-decide\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:44","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:44","slug":"confinements-historiques-reussis-ou-tragiques-le-destin-en-decide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/confinements-historiques-reussis-ou-tragiques-le-destin-en-decide\/","title":{"rendered":"Confinements historiques, r\u00e9ussis ou tragiques &#8211; le destin en d\u00e9cide."},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/confines_histoire.jpg\" width=\"821\" height=\"220\"><\/p>\n<p>Voici 24 cas exemplaires, sujets \u00e0 r\u00e9flexion et \u00e0 discussion \u2013 de quoi relativiser le confinement pr\u00e9sent, rem\u00e8de international \u00e0 la pand\u00e9mie de l\u2019ann\u00e9e 2020.<\/p>\n<p>Confin\u00e9 signifie \u00ab\u00a0enferm\u00e9 dans un lieu\u00a0\u00bb. Mais il existe des confinements de toute nature.<\/p>\n<p>Confinement volontaire du gardien de phare (de plus en plus rare), du spationaute dans sa fus\u00e9e, du pilote dans son cockpit, du sous-marinier en immersion. Mieux vaut ne pas \u00eatre claustrophobe\u2026 et avoir la vocation. Comme l\u2019auteur ou l\u2019artiste qui se retire pour cr\u00e9er, le moine qui fait retraite pour prier. Cela reste des minorit\u00e9s statistiques.<\/p>\n<p>Mais que penser du sort des femmes dans l\u2019histoire \u2013 la moiti\u00e9 de la population mondiale\u00a0!? Le f\u00e9minisme d\u00e9nonce leur enfermement domestique bien ou mal v\u00e9cu, la soumission aux hommes en position dominante, avec la force des habitudes, le poids des religions\u2026 Le voile islamique est-il prison ou protection\u00a0? Impossible d\u2019avoir une r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Revenons aux cas historiques, du plus \u00ab\u00a0l\u00e9ger\u00a0\u00bb au plus \u00ab\u00a0lourd\u00a0\u00bb, en passant par les situations les plus \u00e9tonnantes. On d\u00e9couvre quelques p\u00e9pites, on retrouve les trois stars de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, Napol\u00e9on, De Gaulle, Hugo, et Voltaire, au pied du podium.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-8.jpg\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>1. Charles d\u2019Orl\u00e9ans, un jeune prince prisonnier devenu grand po\u00e8te m\u00e9di\u00e9val.<\/strong><\/h4>\n<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/charles_dorleans.jpg\" alt=\"Charles d\u2019Orl\u00e9ans\" title=\"Charles d\u2019Orl\u00e9ans\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"441\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation citation-small\"><span class=\"enonce\">\u00ab\u00a0Paix est tr\u00e9sor qu\u2019on ne peut trop louer. Je hais guerre, point ne doit la priser.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"266\" class=\"cit-num\">266<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span data-href=\"\/auteurs\/charles-d-orleans\"><span class=\"author\"><span class=\"surname\">Charles d\u2019<\/span><span class=\"name\"><span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span><\/span><\/span><\/span> (1394-1465), <cite>Ballade<\/cite>, vers 1430<\/p>\n<p class=\"source\"><cite>Histoire de la langue fran\u00e7aise jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/cite> (1881), Arthur Loiseau.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Petit-fils de Charles\u00a0V et p\u00e8re du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>, prisonnier \u00e0 Azincourt (1415), il demeura captif vingt-cinq ans, \u00e0 la tour de Londres, puis dans une dizaine de ch\u00e2teaux diff\u00e9rents et toujours otage de seigneurs anglais, faute de pouvoir payer sa ran\u00e7on de 220 000 \u00e9cus\u00a0(\u00b1 5 millions d\u2019euros)\u00a0! La plupart de ses proches \u00e9taient morts.<\/p>\n<p>Le tr\u00e8s puissant duc de Bourgogne le sauvera \u2013 fr\u00e8re richissime de sa troisi\u00e8me \u00e9pouse, Marie de Cl\u00e8ves, 14 ans.<\/p>\n<p>Auparavant, le prince sut mettre \u00e0 profit cette prison (dor\u00e9e) pour se faire po\u00e8te de la Nostalgie o\u00f9 il a \u00ab\u00a0tremp\u00e9 son encre\u00a0\u00bb, \u00e0 la mani\u00e8re des grands trouv\u00e8res et troubadours du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle. \u00ab\u00a0Les chansons les plus fran\u00e7aises que nous ayons furent \u00e9crites par Charles d\u2019Orl\u00e9ans. Notre B\u00e9ranger du <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tenu si longtemps en cage, n\u2019en chanta que mieux\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>). On ne peut mieux d\u00e9finir un confinement heureux.<\/p>\n<p>Repla\u00e7ons cette citation m\u00e9di\u00e9vale dans son contexte. Ces deux vers disent un d\u00e9sir de paix qui se retrouve dans les deux camps (fran\u00e7ais et anglais) et dans toutes les classes de la population.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la reconqu\u00eate d\u2019une partie de la France anglaise (Nord et Centre), Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et le duc de Bourgogne, enfin r\u00e9concili\u00e9s, signeront la paix d\u2019Arras (1435). Ce renversement des alliances redonne espoir au pays. Paris est repris en avril\u00a01436 et le roi y fait une \u00ab\u00a0joyeuse entr\u00e9e\u00a0\u00bb, le 12\u00a0novembre 1437.<\/p>\n<p>Mais la paix d\u2019Arras laisse \u00ab\u00a0sans emploi\u00a0\u00bb les bandes de mercenaires bourguignons. Voici revenu le temps des Grandes Compagnies, des routiers et des \u00e9corcheurs qui s\u00e8ment le d\u00e9sordre et la terreur. Une \u00e9pid\u00e9mie de peste d\u00e9cime la population, puis c\u2019est la famine. Et la guerre de Cent Ans avec les Anglais n\u2019est pas finie. Rude \u00e9poque\u00a0!<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>2. Une moiti\u00e9 de la population en \u00e9tat de soumission depuis le Moyen \u00c2ge \u2013 les femmes.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019existence de la plupart des femmes est plus dure que celles d\u2019esclaves entre les Sarrasins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"269\" class=\"cit-num\">269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christine de <span class=\"caps\">PISAN<\/span> (vers 1364-vers 1430)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Citation souvent reproduite, mais jamais \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb. C\u2019est la traduction assez libre du texte original\u00a0: \u00ab\u00a0Elles usent leur lasse vie ou lien de mariage par duret\u00e9 de leurs maris, en plus grande p\u00e9nitence que si elles fussent esclaves entre les sarrasins.\u00a0\u00bb Cit\u00e9 dans <em>Les Id\u00e9es f\u00e9ministes de Christine de Pisan<\/em> (1973), Rose Rigaud, th\u00e8se soutenue \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0; repris dans <em>Visages de la litt\u00e9rature f\u00e9minine<\/em> (1987), \u00c9velyne Wilwerth.<\/p>\n<p>Christine de Pisan est l\u2019une des premi\u00e8res femmes de lettres fran\u00e7aises (quoique n\u00e9e en Italie), mais aussi l\u2019une des premi\u00e8res f\u00e9ministes de notre histoire. En cette sombre p\u00e9riode du Bas Moyen \u00c2ge, le culte de l\u2019amour courtois est en d\u00e9clin \u2013 il a permis aux femmes de la noblesse de s\u2019\u00e9lever au-dessus de la condition que leur faisait la loi, durant les deux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents. La condition des femmes du peuple s\u2019aggrave encore.<\/p>\n<p>Au fil de l\u2019histoire, en droit comme en fait, pour des raisons religieuses, sociales, institutionnelles et autres, les femmes se trouvent en position inf\u00e9rieure par rapport aux hommes. Cette soumission sera ponctuellement remise en question (sous la R\u00e9volution, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle particuli\u00e8rement misogyne) et leur lib\u00e9ration appara\u00eet comme un long combat ponctu\u00e9 de victoires \u00e9videntes, jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>3. Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>, roi prisonnier de lui-m\u00eame \u00e0 la limite de la pathologie.<\/strong><\/h4>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xi_0.jpg\" alt=\"louis xi\" title=\"louis xi\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"445\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-il possible [\u2026] de tenir un roi en plus \u00e9troite prison qu\u2019il ne se tenait lui-m\u00eame\u00a0? [\u2026] Ce roi qui s\u2019enfermait et se faisait garder de la sorte, qui craignait ses enfants et tous ses proches parents, qui changeait et rempla\u00e7ait chaque jour ses serviteurs et commensaux, lesquels ne tenaient biens et honneurs que de lui, qui n\u2019osait se fier \u00e0 aucun d\u2019eux et s\u2019encha\u00eenait lui-m\u00eame en des cha\u00eenes et cl\u00f4tures extraordinaires\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"274\" class=\"cit-num\">274<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe de <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019arch\u00e9type du \u00ab\u00a0confinement psychologique\u00a0\u00bb ou auto-confinement.<\/p>\n<p>Peur de la mort, duplicit\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la perfidie, art pour nouer des intrigues ou d\u00e9nouer des situations parfois compromises par sa propre rouerie, cruaut\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la n\u00e9vrose, tels sont quelques traits du sombre caract\u00e8re pr\u00eat\u00e9 au roi, par ailleurs indiff\u00e9rent \u00e0 sa popularit\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> se fait craindre et se soucie peu de se faire aimer.<\/p>\n<p>Sa devise refl\u00e8te ce trait de caract\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Qui s\u2019y frotte, s\u2019y pique.\u00a0\u00bb Mais l\u2019embl\u00e8me est le chardon, non pas le porc-\u00e9pic (r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XII<\/span>).<\/p>\n<p>Diplomate de carri\u00e8re pendant quarante ans et aupr\u00e8s de trois rois successifs, Commynes est aussi un v\u00e9ritable historien qui sert toujours de r\u00e9f\u00e9rence, auteur de huit livres de <em>M\u00e9moires<\/em>, sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Apr\u00e8s quatre ans pass\u00e9s au service de Philippe le T\u00e9m\u00e9raire, il abandonne la maison de Bourgogne pour s\u2019attacher au roi de France, dont il devient le conseiller intime, largement d\u00e9dommag\u00e9 de la confiscation de ses biens par le T\u00e9m\u00e9raire.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous avons une connaissance intime du dernier grand roi du Moyen \u00c2ge. Laissons le mot de la fin \u00e0 l\u2019historien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais, qui n\u2019aimait gu\u00e8re Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0La f\u00e9odalit\u00e9, ce vieux tyran caduc, gagna fort \u00e0 mourir de la main d\u2019un tyran.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>4. Prisonnier \u00e0 Pavie, Fran\u00e7ois Ier laisse ses fils en otage \u2013 Henri <span class=\"caps\">II<\/span> restera marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9preuve.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vaincu je fus et rendu prisonnier.<br>Parmi le camp en tous lieux fus men\u00e9.<br>Pour me montrer, \u00e7a et l\u00e0 promen\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"458\" class=\"cit-num\">458<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547). <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, R\u00e9forme<\/em> (1855), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la Renaissance, on fait des vers comme on respire et le roi de France se fait po\u00e8te apr\u00e8s Pavie (1525), d\u00e9faite survenue dix ans apr\u00e8s sa c\u00e9l\u00e8bre victoire de Marignan.<\/p>\n<p>Il est prisonnier \u00e0 Madrid, quand ses conseillers viennent le voir. Il va devoir se d\u00e9cider \u00e0 signer l\u2019inacceptable trait\u00e9 impos\u00e9 par son grand ennemi, l\u2019empereur Charles Quint. Pour se lib\u00e9rer, il renonce (sur le papier) \u00e0 toute pr\u00e9tention sur l\u2019Italie, la Flandre et l\u2019Artois\u00a0; il s\u2019engage \u00e0 c\u00e9der la Bourgogne \u00e0 Charles Quint et \u00e0 \u00e9pouser sa s\u0153ur, \u00c9l\u00e9onore de Habsbourg. Enfin, il laisse en otage ses deux fils, Fran\u00e7ois (le Dauphin, mort \u00e0 17 ans) et Henri (le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>). 17\u00a0avril 1526, le voil\u00e0 libre. Il \u00e9pousera \u00c9l\u00e9onore, mais ne respecte pas les autres clauses du trait\u00e9.<\/p>\n<p>La pratique des otages est courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque et les enfants en font souvent les frais, mais le petit Henri, \u00e2g\u00e9 de sept ans, restera marqu\u00e9 \u00e0 vie par l\u2019\u00e9preuve de ce confinement impos\u00e9, durant quatre longues ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Quand l\u2019enfant de 11\u00a0ans rentre \u00e0 la cour, peu de gens s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 lui, mais Diane de Poitiers prend \u00e0 c\u0153ur son \u00e9ducation\u2026 et ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/diane_poitiers.jpg\" alt=\"diane de poitiers citations\" title=\"diane de poitiers citations\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"512\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lis les histoires de ce royaume, et j\u2019y trouve que de tous les temps, les putains ont dirig\u00e9 les affaires des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"479\" class=\"cit-num\">479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589) \u00e0 Diane de Poitiers. <em>Le Royaume de Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1922), Lucien Romier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, elle \u00e9pousa le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> en 1533 et faillit \u00eatre r\u00e9pudi\u00e9e pour cause de st\u00e9rilit\u00e9 pendant onze ans, avant de lui donner 10 enfants. Depuis 1538 et durant les douze ann\u00e9es de r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, la reine est \u00e9clips\u00e9e par la favorite, Diane de Poitiers.<\/p>\n<p>De vingt ans l\u2019a\u00een\u00e9e du roi, influente et intrigante, elle reste sa favorite jusqu\u2019\u00e0 la fin, m\u00eame si certains historiens doutent de la nature exacte de leur liaison. \u00ab\u00a0Lorsque, ma\u00eetresse en titre et reine, elle \u00e9tait moqu\u00e9e par les jeunes qui ne l\u2019appelaient que la vieille, elle fit cette r\u00e9ponse cynique de leur montrer ce qu\u2019on cache en se faisant peindre nue\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>). Les peintres de la premi\u00e8re \u00e9cole de Fontainebleau rendirent ainsi un juste hommage \u00e0 leur adorable m\u00e9c\u00e8ne.<\/p>\n<p>La reine Catherine de M\u00e9dicis la tol\u00e8re paradoxalement et intelligemment, avant de l\u2019exiler \u00e0 la mort du roi.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>5. Heurs et malheurs de Marie Stuart, reine prisonni\u00e8re la moiti\u00e9 de sa vie.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Adieu, charmant pays de France,<br>Que je dois tant ch\u00e9rir\u00a0;<br>Berceau de mon heureuse enfance,<br>Adieu\u00a0! Te quitter, c\u2019est mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"497\" class=\"cit-num\">497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), Chansons,<em> Adieux de Marie Stuart<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trois si\u00e8cles plus tard, ce po\u00e8te et chansonnier c\u00e9l\u00e8bre l\u2019infortun\u00e9e reine d\u2019\u00c9cosse et de France, devenue l\u2019h\u00e9ro\u00efne tr\u00e8s romantique d\u2019un drame en vers de Schiller (1800) et d\u2019un drame lyrique de Donizetti (1834). Une dizaine de films lui seront consacr\u00e9s. Les destins tragiques sont source d\u2019inspiration artistique, mais le personnage fascine par sa jeunesse et sa force de caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Fianc\u00e9e \u00e0 Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> quand il n\u2019est que dauphin, \u00e9lev\u00e9e en France, Marie Stuart devient l\u2019une des princesses les plus cultiv\u00e9es du si\u00e8cle, reine de France en 1559.<\/p>\n<p>Veuve \u00e0 18\u00a0ans, apr\u00e8s deux ans de r\u00e8gne, elle doit regagner l\u2019\u00c9cosse \u2013 pays de son p\u00e8re le roi Jacques V, jadis alli\u00e9 de la France. Voulant imposer \u00e0 la fois son catholicisme et son autorit\u00e9, elle vit dans la tourmente des r\u00e9voltes presbyt\u00e9riennes et doit se r\u00e9fugier en Angleterre. Elle y reste durant dix-huit ans prisonni\u00e8re de sa rivale politique et religieuse, \u00c9lisabeth Ire\u00a0qui finit par la faire ex\u00e9cuter \u2013 Marie n\u2019a alors que 37\u00a0ans. Un destin d\u2019h\u00e9ro\u00efne.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>6. Le si\u00e8ge de La Rochelle voulu par Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu, l\u2019un des plus cruels de notre histoire.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourvu qu\u2019il reste un homme pour fermer les portes, c\u2019est assez.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"699\" class=\"cit-num\">699<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GUITON<\/span> (1585-1654), maire de La\u00a0Rochelle, \u00e0 la t\u00eate des assi\u00e9g\u00e9s. <em>Nouvelle Histoire de France<\/em> (1922), Albert Malet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand armateur, protestant convaincu, le maire va tenir un si\u00e8ge de quinze mois\u00a0: d\u2019ao\u00fbt\u00a01627 \u00e0 octobre\u00a01628.<\/p>\n<p>Richelieu a conduit personnellement les travaux pr\u00e9paratoires tr\u00e8s impressionnants\u00a0: une ligne de 12\u00a0km de fortifications sur terre et une digue construite au large, pour emp\u00eacher le ravitaillement par la flotte anglaise.<\/p>\n<p>C\u2019est la famine qui acculera La\u00a0Rochelle \u00e0 la reddition.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_rochelle_citation.jpg\" alt=\"la rochelle citation\" title=\"la rochelle citation\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"600\" height=\"341\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ne soyez point courtois<br>\u00c0 ces rebelles Rochellois<br>Point de pardon\u00a0: il faut tout pendre\u00a0!<br>Vous m\u2019avez donn\u00e9 la maison<br>D\u2019un parpaillot. S\u2019il faut la rendre,<br>Je serai sot comme un oison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"700\" class=\"cit-num\">700<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Les Rochellois<\/em>, chanson. <em>Annales<\/em> (1830), Soci\u00e9t\u00e9 acad\u00e9mique de Nantes et du d\u00e9partement de la Loire inf\u00e9rieure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 la tradition qui en fait un droit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le pillage est interdit, d\u2019o\u00f9 les murmures des vainqueurs d\u00e9sabus\u00e9s, entrant dans la ville, le 1er\u00a0novembre 1628.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quinze mois de si\u00e8ge, les trois quarts des habitants ont p\u00e9ri (22\u00a0500 morts) et l\u2019on n\u2019ose pas f\u00eater cette am\u00e8re victoire des Fran\u00e7ais contre des Fran\u00e7ais. Fortifications ras\u00e9es, franchises municipales supprim\u00e9es\u00a0: la ville ne s\u2019en remettra pas de longtemps. Son maire, Jean Guiton, exil\u00e9, sera bient\u00f4t nomm\u00e9 capitaine de vaisseau de la marine royale.<\/p>\n<p>Les guerres de si\u00e8ge s\u2019opposent aux guerres de mouvement qui vont finalement l\u2019emporter. Le si\u00e8ge de Candie (1648-1669) reste le plus long de l\u2019histoire\u00a0: \u00e9pisode de la conqu\u00eate de la Cr\u00e8te par les Turcs. Les assauts sont plus meurtriers que le si\u00e8ge lui-m\u00eame et l\u2019intervention fran\u00e7aise (de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>) sera qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0croisade\u00a0\u00bb en 1669.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>7. Fouquet, destin bris\u00e9 par la volont\u00e9 du Roi Soleil et myst\u00e8re historique du \u00ab\u00a0masque de fer\u00a0\u00bb.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Quo non ascendet\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 ne montera-t-il pas\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"858\" class=\"cit-num\">858<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FOUQUET<\/span> (1615-1680), Devise figurant dans ses armes, sous un \u00e9cureuil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fouquet monta si haut\u2026 que Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> ne put le tol\u00e9rer.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un conseiller au Parlement, vicomte de Vaux, enrichi par le commerce avec le Canada, Nicolas Fouquet ach\u00e8te la charge de procureur g\u00e9n\u00e9ral au Parlement de Paris, devient ami de Mazarin, surintendant des Finances, s\u2019enrichit encore, se paie le marquisat de Belle-Isle, y \u00e9tablit une force militaire personnelle et m\u00eame des fortifications. Au ch\u00e2teau de Vaux qu\u2019il fait construire, il devient le m\u00e9c\u00e8ne des plus prestigieux artistes du temps\u00a0: La Fontaine, Moli\u00e8re, Poussin, Le Vau, Le Brun.<\/p>\n<p>Colbert, qui brigue sa place, apporte la preuve qu\u2019une telle fortune fut acquise au prix de graves malversations. Invit\u00e9 \u00e0 une f\u00eate somptueuse \u00e0 Vaux, le 5\u00a0septembre 1661, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait arr\u00eater son surintendant. Premier acte d\u2019autorit\u00e9 du roi de 22 ans qui a d\u00e9cid\u00e9 de gouverner seul, apr\u00e8s la mort de Mazarin, c\u2019est surtout un v\u00e9ritable coup de th\u00e9\u00e2tre qui inaugure le r\u00e8gne personnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fouquet a sauv\u00e9 sa vie profonde, laissant Colbert condamn\u00e9 \u00e0 ramer sur la gal\u00e8re mondaine, avec des gants parfum\u00e9s. Les dieux n\u2019aiment pas l\u2019homme heureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"861\" class=\"cit-num\">861<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">MORAND<\/span> (1888-1976),<em> Fouquet ou le soleil offusqu\u00e9<\/em> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre tout puissant, Jean-Baptiste Colbert succ\u00e8de \u00e0 Fouquet en 1661 comme intendant des Finances \u2013 le poste de surintendant \u00e9tant supprim\u00e9.<\/p>\n<p>Au terme d\u2019un proc\u00e8s de trois ans, plein d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s, Nicolas Fouquet est condamn\u00e9 pour abus, malversations et l\u00e8se-majest\u00e9, \u00e0 la confiscation de ses biens et au bannissement, peine que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> transforme en prison perp\u00e9tuelle. Il est enferm\u00e9 \u00e0 la forteresse de Pignerol.<\/p>\n<p>La date et les circonstances de sa mort restent un myst\u00e8re \u2013 il est l\u2019un des possibles \u00ab\u00a0masques de fer\u00a0\u00bb, le plus myst\u00e9rieux confin\u00e9 de l\u2019Histoire\u00a0! Des livres par milliers lui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s, une vingtaine de romans (dont <em>le Vicomte de Bragelonne<\/em>, sign\u00e9 Dumas). Le th\u00e9\u00e2tre et le cin\u00e9ma se sont \u00e9galement inspir\u00e9s de l\u2019Homme au masque de fer.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>8. La Valli\u00e8re, favorite devenue carm\u00e9lite avec la m\u00eame ferveur.<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louise_de_la_valliere.jpg\" alt=\"louise de la valli\u00e8re citation\" title=\"louise de la valli\u00e8re citation\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"394\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il serait trop redoutable, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"863\" class=\"cit-num\">863<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse\u00a0de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">VALLIERE<\/span> (1644-1710). <em>\u0152uvres choisies de Mme\u00a0de Genlis, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, La Duchesse de La Valli\u00e8re<\/em> (1828)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Non, sa couronne n\u2019ajoute rien au charme de sa personne, elle en diminue m\u00eame le danger\u2026\u00a0\u00bb C\u2019est avec ce genre de propos que l\u2019on s\u00e9duit un roi.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019est \u00e9pris de sa belle-s\u0153ur, Henriette d\u2019Angleterre (femme de Philippe), plus attirante que la reine, d\u2019ailleurs enceinte en cet \u00e9t\u00e9 1661. Ayant horreur du scandale, il \u00ab\u00a0feint une galanterie\u00a0\u00bb pour Louise de La Valli\u00e8re, sa fille d\u2019honneur. Autrement dit, elle n\u2019est qu\u2019un \u00ab\u00a0paravent\u00a0\u00bb. Mais quand on lui r\u00e9p\u00e8te le propos de la belle, cela d\u00e9clenche une authentique passion chez l\u2019homme r\u00eavant d\u2019\u00eatre aim\u00e9 pour lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re grande favorite en titre du r\u00e8gne, devenue duchesse en 1667, elle fait six enfants au roi. Les deux derniers seront l\u00e9gitim\u00e9s \u2013 Mlle de Blois et Louis, comte de Vermandois. \u00c0 la mort de sa m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> ne se g\u00eane plus et affiche publiquement sa liaison, ce qui d\u00e9pla\u00eet \u00e0 Louise de la Valli\u00e8re, sinc\u00e8rement \u00e9prise de l\u2019homme et peu sensible aux privil\u00e8ges de la Cour\u2026 Mais quand le roi tombe tr\u00e8s amoureux de Mme de Montespan, la Valli\u00e8re se retrouve dans le r\u00f4le de \u00ab\u00a0paravent\u00a0\u00bb pour dissimuler l\u2019adult\u00e8re royal. Quelques mois de cohabitation entre les deux favorites montre \u00e0 quel point la Montespan est n\u00e9e pour ce m\u00e9tier \u2013 c\u2019en est un, \u00e0 plein temps\u00a0! \u00c0 l\u2019inverse de La Valli\u00e8re, toujours \u00e9prise et de plus en plus mal \u00e0 l\u2019aise, en m\u00eame temps que tourn\u00e9e vers la religion consolatrice.<\/p>\n<p>Sur les conseils de Bossuet, \u00e0 peine \u00e2g\u00e9e de 30 ans, elle entre au couvent le 3 juin 1675, pronon\u00e7ant ses v\u0153ux perp\u00e9tuels et prenant le nom de Louise de la Mis\u00e9ricorde. Elle a choisi le Carmel\u00a0: spiritualit\u00e9 exigeante, long temps de pri\u00e8res. Elle y mourra \u00e0 65 ans.<\/p>\n<p>Passer de la cour la plus brillante d\u2019Europe \u00e0 la communaut\u00e9 contemplative du Carmel tout enti\u00e8re tourn\u00e9e vers Dieu, c\u2019est se vouer naturellement \u00e0 une cat\u00e9gorie de confinement tr\u00e8s particuli\u00e8re et d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Ce destin pour le moins original va inspirer nombre d\u2019auteurs, \u00e0 commencer par Dumas, dans le dernier tome des <em>Trois Mousquetaires<\/em> (<em>le Vicomte de Bragelonne<\/em>). On retrouve la Valli\u00e8re dans d\u2019autres romans historiques et pour enfants, en personnage de <span class=\"caps\">BD<\/span> et de mangas japonaises\u00a0!<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>9. Voltaire ou l\u2019art de bien vivre ses confinements, entre un s\u00e9jour \u00e0 la Bastille et l\u2019exil \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<\/strong><\/h4>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire.jpg\" alt=\"voltaire\" title=\"voltaire\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"434\"><\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Me voici donc en ce lieu de d\u00e9tresse,<br>Embastill\u00e9, log\u00e9 fort \u00e0 l\u2019\u00e9troit,<br>Ne dormant point, buvant chaud,<br>Mangeant froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1071\" class=\"cit-num\">1071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Bastille<\/em> (1717), Po\u00e9sies diverses<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent a fait embastiller l\u2019insolent pour ces vers. D\u00e9j\u00e0 exil\u00e9 deux fois en province, pour cause d\u2019\u00e9crits satiriques, l\u2019incorrigible frondeur a r\u00e9cidiv\u00e9 avec une \u00e9pigramme, en latin \u2013 pour plus de prudence, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tout le beau monde parle latin.<\/p>\n<p>Le R\u00e9gent, Dubois (son principal ministre), les princes du sang, les ducs, les b\u00e2tards, le Parlement, chaque faction paie ses libellistes pour tra\u00eener dans la boue la faction adverse. L\u2019impertinence devient un m\u00e9tier et l\u2019esprit de Voltaire, tant\u00f4t courtisan, tant\u00f4t courageux et parfois les deux, excelle dans cette carri\u00e8re. Ainsi na\u00eet le plus c\u00e9l\u00e8bre philosophe des Lumi\u00e8res et l\u2019incarnation parfaite de ce si\u00e8cle dou\u00e9 pour le bonheur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monseigneur, je trouverais tr\u00e8s doux que Sa Majest\u00e9 daign\u00e2t se charger de ma nourriture, mais je supplie Votre Altesse de ne plus s\u2019occuper de mon logement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1072\" class=\"cit-num\">1072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), au R\u00e9gent qui vient de le lib\u00e9rer, 1718. <em>Voltaire, sa vie et ses \u0153uvres<\/em> (1867), Abb\u00e9 Maynard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois-Marie Arouet, 24\u00a0ans, prend alors le nom de Voltaire. La renomm\u00e9e s\u2019acquiert en un soir au th\u00e9\u00e2tre et il devient c\u00e9l\u00e8bre comme trag\u00e9dien, avec son <em>\u0152dipe<\/em> (aujourd\u2019hui injouable, comme toute son \u0153uvre dramatique). Ce n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019une longue vie mouvement\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019y avait en Angleterre qu\u2019une religion, le despotisme serait \u00e0 craindre\u00a0; s\u2019il y en avait deux, elles se couperaient la gorge\u00a0; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1025\" class=\"cit-num\">1025<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, ou <em>Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur admire le r\u00e9gime anglais, qu\u2019il eut tout loisir d\u2019\u00e9tudier \u2013 en trois ann\u00e9es d\u2019exil\u00a0! Il expose alors les le\u00e7ons que la France peut en tirer en maints domaines (religion, \u00e9conomie, politique).<\/p>\n<p>Il publie sans autorisation cette \u00ab\u00a0premi\u00e8re bombe lanc\u00e9e contre l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb (selon Gustave Lanson). L\u2019imprimeur est embastill\u00e9, le livre condamn\u00e9 par le Parlement \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9, une lettre de cachet du 3\u00a0mai exile de nouveau l\u2019auteur en Lorraine \u2013 la province ne devient fran\u00e7aise qu\u2019en 1766. Le ch\u00e2teau de Cirey et Mme\u00a0du Ch\u00e2telet l\u2019accueillent, \u00e0 quelques lieux de la fronti\u00e8re, et \u00e0 la moindre alerte, il pourra fuir. Bien jou\u00e9, Voltaire a finalement gagn\u00e9 sur tous les plans.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>10. Prisonnier de ses fantasmes, Sade cr\u00e9e le sadisme, entre le fort de la Bastille et l\u2019hospice de Charenton.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon plus grand chagrin est qu\u2019il n\u2019existe r\u00e9ellement pas de Dieu et de me voir priv\u00e9, par-l\u00e0, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"989\" class=\"cit-num\">989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814). <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des philosophes vaguement d\u00e9istes ou r\u00e9solument ath\u00e9es, Sade se pose comme le plus irr\u00e9ligieux des grands marginaux du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Jamais la perversion n\u2019a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e si loin et deux si\u00e8cles plus tard, elle demeure exemplaire et scandaleuse. Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb joue \u00e0 vivre les provocations qu\u2019il conte \u00e0 plaisir. Avec la <em>Philosophie dans le boudoir<\/em>, il \u00e9crit comme pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des gens capables de m\u2019entendre, et ceux-l\u00e0 me liront sans danger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814) L\u2019Histoire de Juliette (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, Sade se compla\u00eet dans les paradoxes extr\u00eames. \u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>1763. L\u2019ann\u00e9e de son mariage, ses deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb ne sont qu\u2019un premier avertissement.<\/p>\n<p>1768. Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante.<\/p>\n<p>1772. Condamnation \u00e0 mort pour violences sexuelles.<\/p>\n<p>Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton, o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, Sade donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert).<\/p>\n<p>Au final, un confinement r\u00e9ussi pour un auteur maudit.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>11. Prisonni\u00e8re au Temple et otage du peuple de Paris, la famille royale retrouve une dignit\u00e9 perdue.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maman, est-ce qu\u2019hier n\u2019est pas fini\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1388\" class=\"cit-num\">1388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVII<\/span>\u00a0\u00bb (1785-1795), \u00e0 Marie-Antoinette, fin juin\u00a01791.<em> Bibliographie moderne ou Galerie historique, civile, militaire, politique, litt\u00e9raire et judiciaire<\/em> (1816), \u00c9tienne Psaume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un joli mot de l\u2019enfant qui a tout compris\u2026 Il meurt quatre ans plus tard, \u00e0 la prison du Temple \u2013 m\u00eame s\u2019il reste un myst\u00e8re \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0juin 1791, \u00e0 minuit, la famille royale a fui les Tuileries, avec la complicit\u00e9 du comte su\u00e9dois Axel de Fersen, amant passionn\u00e9 de la reine. Mais l\u2019op\u00e9ration est mal organis\u00e9e et le roi, d\u00e9guis\u00e9 en valet, est reconnu le 21 \u00e0 Sainte-Menehould (en Champagne) par Jean-Baptiste Drouet, le fils du ma\u00eetre des postes \u2013\u00a0qui pr\u00e9c\u00e8de le roi \u00e0 Varennes et donne l\u2019alerte. La berline royale est reconduite \u00e0 Paris sous escorte.<\/p>\n<p>Paris crie \u00e0 la trahison. Le plan de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019est que trop clair. Il voulait marcher sur Paris avec les troupes royalistes, renverser l\u2019Assembl\u00e9e, mettre fin \u00e0 la R\u00e9volution et restaurer la monarchie absolue.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode de la fuite \u00e0 Varennes, la famille royale est donc pass\u00e9e du Palais des Tuileries \u00e0 la prison du Temple. Plus qu\u2019un emprisonnement, c\u2019est un confinement humiliant \u00e0 chaque instant du jour et l\u2019ultime \u00e9tape avant la condamnation \u00e0 mort \u00e9vidente.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/famille_royale_temple.jpg\" alt=\"famille royale temple\" title=\"famille royale temple\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"600\" height=\"463\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale renferme dans son sein les d\u00e9vastateurs de ma monarchie, mes d\u00e9nonciateurs, mes juges et probablement mes bourreaux\u00a0! On n\u2019\u00e9claire pas de pareils hommes, on ne les rend pas justes, on peut encore moins les attendrir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1461\" class=\"cit-num\">1461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Malesherbes \u00e9crite \u00e0 la prison du Temple, d\u00e9cembre\u00a01792. Lettre <span class=\"caps\">LXXI<\/span>, non dat\u00e9e.<em> Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Convention s\u2019est \u00e9rig\u00e9e en tribunal\u00a0: le proc\u00e8s du roi se tient dans la salle du Man\u00e8ge, toujours ouverte au public, ce qui dramatise encore l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, devenu Louis Capet (dynastie des Cap\u00e9tiens), choisit un premier avocat, Target, qui se d\u00e9robe, pour ne pas \u00eatre compromis. Un autre accepte, Tronchet, mais \u00e9met des r\u00e9serves pour pr\u00e9server sa responsabilit\u00e9. Malesherbes (73\u00a0ans) propose ses services, par fid\u00e9lit\u00e9 au ma\u00eetre qui l\u2019honora de sa confiance, en tant que ministre \u2013 le roi est fort touch\u00e9 par ce geste courageux, vu le contexte. Des\u00e8ze viendra assister ses deux confr\u00e8res.<\/p>\n<p>Le roi \u00e9crit, dans la m\u00eame lettre \u00e0 Malesherbes\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudrait s\u2019adresser non \u00e0 la Convention, mais \u00e0 la France enti\u00e8re, qui jugerait mes juges, et me rendrait, dans le c\u0153ur de mes peuples, une place que je n\u2019ai jamais m\u00e9rit\u00e9 de perdre.\u00a0\u00bb L\u2019id\u00e9e de l\u2019appel au peuple, d\u00e9fendue par les Girondins, est rejet\u00e9e par la majorit\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e. Le proc\u00e8s se d\u00e9roule du 10\u00a0d\u00e9cembre 1792 au 20\u00a0janvier 1793. Le roi est guillotin\u00e9 le 21 janvier.<\/p>\n<p>Marie-Antoinette subit le m\u00eame sort, 16 octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, au terme d\u2019un proc\u00e8s indigne (accusation d\u2019inceste sur son fils) qui a retourn\u00e9 le public pr\u00e9sent en sa faveur.<\/p>\n<p>Le calvaire de la famille royale va de pair avec le confinement humiliant et donne l\u2019aur\u00e9ole du martyr aux victimes, quelles que soient leurs fautes.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>12. Mme Roland, prisonni\u00e8re, h\u00e9ro\u00efne et martyre de la R\u00e9volution.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le brigand qui pers\u00e9cute, l\u2019homme exalt\u00e9 qui injurie, le peuple tromp\u00e9 qui assassine suivent leur instinct et font leur m\u00e9tier. Mais l\u2019homme en place qui les tol\u00e8re, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, est \u00e0 jamais d\u00e9shonor\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1513\" class=\"cit-num\">1513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), Lettre au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, 20\u00a0juin\u00a01793, prison de l\u2019Abbaye.<em> Lettres de Madame Roland de 1780 \u00e0 1793<\/em> (1902), publi\u00e9es par Claude Perroud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre s\u2019appelle Garat, il a remplac\u00e9 Roland, son mari. Elle le conna\u00eet et le juge ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0aimable homme de soci\u00e9t\u00e9, homme de lettres m\u00e9diocre et d\u00e9testable administrateur\u00a0\u00bb. Il l\u2019a laiss\u00e9 arr\u00eater et emprisonner \u00e0 l\u2019Abbaye. Jean-Marie Roland a r\u00e9ussi \u00e0 fuir, avec quelques Girondins. Manon Roland, qui ne s\u2019est pas d\u00e9rob\u00e9e \u00e0 la mort quasi-certaine, \u00e9crit aussi \u00e0 la Convention, au ministre de la Justice, des lettres cinglantes, superbes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/manon_roland.jpg\" alt=\"manon roland\" title=\"manon roland\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"500\" height=\"327\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les tyrans peuvent me pers\u00e9cuter\u00a0: mais m\u2019avilir\u00a0? Jamais, jamais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1518\" class=\"cit-num\">1518<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), Lettre \u00e0 Buzot. <em>M\u00e9moires de Mme\u00a0Roland<\/em> (1840), Mme\u00a0Roland, Jules Ravenel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crite dans sa prison de l\u2019Abbaye, au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 1793. \u00ab\u00a0Derri\u00e8re les grilles et les verrous [\u2026] je suis plus paisible avec ma conscience que mes oppresseurs ne le sont avec leur domination.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le c\u0153ur de Manon parle plus encore que sa raison\u00a0: lib\u00e9r\u00e9e de la pr\u00e9sence de son mari, elle ressent son arrestation comme un soulagement et laisse libre cours \u00e0 sa passion (platonique) pour Buzot\u00a0: \u00ab\u00a0Je ch\u00e9ris ces fers o\u00f9 il m\u2019est libre de t\u2019aimer sans partage.\u00a0\u00bb Rel\u00e2ch\u00e9e le 24\u00a0juin, elle est arr\u00eat\u00e9e une heure apr\u00e8s, plac\u00e9e \u00e0 Sainte-P\u00e9lagie, puis transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la Conciergerie, dite l\u2019antichambre de la mort, en attendant son jugement, le 8\u00a0novembre.<\/p>\n<p>Respect\u00e9e par les gardiens, elle peut avoir du mat\u00e9riel pour \u00e9crire et recevoir quelques visites. Ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u2013 sous-titr\u00e9es <em>Appel \u00e0 l\u2019impartiale post\u00e9rit\u00e9<\/em> \u2013 sont destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora.<\/p>\n<p>Femme admirable jusque dans son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb, montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution, aujourd\u2019hui place de la Concorde)\u00a0: \u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb Buzot a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. L\u2019un et l\u2019autre se suicideront \u00e0 l\u2019annonce de sa mort.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>13. Le pape Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, l\u2019Otage de Napol\u00e9on, situation dramatiquement th\u00e9\u00e2trale.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la derni\u00e8re fois que j\u2019entre en discussion avec cette pr\u00eatraille romaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1829\" class=\"cit-num\">1829<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre \u00e0 Eug\u00e8ne de Beauharnais, 22\u00a0juillet 1807. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9glise romaine et les N\u00e9gociations du Concordat (1800-1814)\u00a0\u00bb,<em> Revue des deux mondes<\/em>, tome <span class=\"caps\">LXXII<\/span> (1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La \u00ab\u00a0pr\u00eatraille\u00a0\u00bb, c\u2019est Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>. Et l\u2019empereur sous-estime l\u2019adversaire, un pape de caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Il refuse d\u2019annuler le mariage (am\u00e9ricain) de J\u00e9r\u00f4me Bonaparte, cadet des quatre fr\u00e8res Bonaparte, mineur \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il refuse aussi de se joindre au blocus contre l\u2019Angleterre, au nom de sa neutralit\u00e9 de pasteur universel.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on menace et charge Eug\u00e8ne, son beau-fils (qu\u2019il a fait vice-roi d\u2019Italie) de passer le message\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on veut continuer \u00e0 troubler les affaires de mes \u00c9tats, je ne reconna\u00eetrai le pape que comme \u00e9v\u00eaque de Rome [\u2026] Je ne craindrai pas de r\u00e9unir les \u00c9glises gallicane (fran\u00e7aise), italienne, allemande, polonaise, dans un concile pour faire mes affaires sans pape.\u00a0\u00bb Ce qui se fera, en 1811.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Concordat, compromis religieux qui satisfait les deux partis, et le sacre qui comble l\u2019orgueil de l\u2019empereur, les relations des deux hommes vont tourner au drame. Napol\u00e9on annexe les \u00c9tats de l\u2019\u00c9glise, le pape va l\u2019excommunier, l\u2019empereur le fait enlever et le maintient prisonnier.<\/p>\n<p>Cette situation historiquement exceptionnelle inspire \u00e0 Paul Claudel le drame de<em> l\u2019Otage<\/em> (1911). Sombre histoire dans l\u2019Histoire. Un sujet en or pour notre grand dramaturge chr\u00e9tien, aujourd\u2019hui pass\u00e9 de mode.<\/p>\n<p>Quelque part en Champagne, sous l\u2019empire de Napol\u00e9on. Deux aristocrates ont surv\u00e9cu aux massacres de la Terreur. Le ch\u00e2teau a \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9, les parents guillotin\u00e9s, mais la fille est revenue \u2013 Sygne de Co\u00fbfontaine. Dans la nuit, son cousin Georges de Co\u00fbfontaine surgit soudain, avec un prisonnier qu\u2019il a soustrait \u00e0 l\u2019empereur\u00a0: le Pape. Mais on l\u2019a vu. Le pr\u00e9fet de l\u2019empereur, Toussaint Turelure, sorte de Talleyrand au petit pied, repoussant et fascinant de force et d\u2019intelligence, fier de son pass\u00e9 de r\u00e9volutionnaire et pr\u00eat \u00e0 toutes les trahisons, sait qu\u2019il est l\u00e0. Le prix de son silence\u00a0? La main de Sygne, qui refuse de c\u00e9der \u00e0 l\u2019odieux chantage\u2026 Violence des sentiments et des situations, conflit des int\u00e9r\u00eats et des passions qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve entre une aristocratie d\u00e9chue et un pouvoir sujet aux variations de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pie_vii.jpg\" alt=\"pie vii\" title=\"pie vii\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"595\" height=\"515\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais qu\u2019il faut rendre \u00e0 Dieu ce qui est \u00e0 Dieu, mais le Pape n\u2019est pas Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1852\" class=\"cit-num\">1852<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821) au Comit\u00e9 eccl\u00e9siastique, Paris, 16\u00a0mars 1811. <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est r\u00e9ellement dramatique\u00a0: Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> toujours prisonnier \u00e0 Savone depuis bient\u00f4t deux ans, affaires religieuses compl\u00e8tement d\u00e9sorganis\u00e9es en France. D\u2019o\u00f9 la d\u00e9cision de Napol\u00e9on\u00a0: convoquer un concile pour mettre de l\u2019ordre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, vous voulez me traiter comme si j\u2019\u00e9tais Louis le D\u00e9bonnaire. Ne confondez pas le fils avec le p\u00e8re [\u2026] Moi, je suis Charlemagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1856\" class=\"cit-num\">1856<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), aux P\u00e8res conciliaires, 17\u00a0juin\u00a01811.<em> Le Pape et l\u2019empereur, 1804-1815<\/em> (1905), Henri Welschinger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sc\u00e8ne d\u00e9crite dans les <em>M\u00e9moires<\/em> de Talleyrand, avec force d\u00e9tails et dialogues. La col\u00e8re de l\u2019empereur explose. Le concile qu\u2019il voulait \u00e0 sa botte s\u2019est ouvert \u00e0 Paris, ce 17\u00a0juin. Et voil\u00e0 que les P\u00e8res jurent, un par un, ob\u00e9issance au pape, lequel refuse aux \u00e9v\u00eaques son investiture, pourtant pr\u00e9vue par le concordat sign\u00e9 avec Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> refuse tout \u00ab\u00a0accommodement\u00a0\u00bb tant qu\u2019il ne recouvrera pas sa libert\u00e9, traitant Napol\u00e9on de\u00a0\u00ab\u00a0<em>Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Vigny, dans <em>Servitude et grandeur militaires<\/em>).<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fait arr\u00eater trois \u00e9v\u00eaques et suspend le concile. Il fera transf\u00e9rer le pape de Savone \u00e0 Fontainebleau (1812-1814), pensant fixer le si\u00e8ge de la papaut\u00e9 \u00e0 Avignon, voire \u00e0 Paris\u2026 Mais \u00ab\u00a0le commencement de la fin\u00a0\u00bb est proche.<\/p>\n<p>Avec un sens du pardon tr\u00e8s chr\u00e9tien, l\u2019ex otage interviendra en faveur du vaincu aupr\u00e8s du gouvernement anglais, en sollicitant la cl\u00e9mence pour l\u2019exil\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne peut plus \u00eatre un danger pour personne. Nous ne voudrions pas qu\u2019il devienne une source de remords.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>14. Napol\u00e9on, le plus illustre confin\u00e9 de l\u2019Histoire, entre dans la l\u00e9gende avec l\u2019exil \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais tout-puissant, [les rois] brigu\u00e8rent ma protection et l\u2019honneur de mon alliance, ils l\u00e9ch\u00e8rent la poussi\u00e8re dessous mes pieds\u00a0; maintenant, dans mon vieil \u00e2ge, ils m\u2019oppriment et m\u2019enl\u00e8vent ma femme et mon fils.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1962\" class=\"cit-num\">1962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il avait le monde sous ses pieds et il n\u2019en a tir\u00e9 qu\u2019une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conqu\u00eates et d\u2019une portion du vieux sol fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, \u00e9crira de son c\u00f4t\u00e9 Chateaubriand, dans ses<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>.<\/p>\n<p>Mais Napol\u00e9on entre vivant dans l\u2019histoire et la l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Grand communicant tout au long de sa carri\u00e8re, il s\u2019en charge le premier, confiant ses souvenirs et ses pens\u00e9es \u00e0 Emmanuel de Las Cases, auteur du <em>M\u00e9morial<\/em> \u2013 plusieurs fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 vu son succ\u00e8s, chaque \u00e9dition \u00e9tant revue et augment\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_las_casas.jpg\" alt=\"napol\u00e9on citation\" title=\"napol\u00e9on citation\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"500\" height=\"304\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots figurent dans son testament, dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, petite \u00eele volcanique de 122km\u00b2 perdue dans l\u2019Atlantique, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe. Confinement insupportable \u00e0 l\u2019empereur d\u00e9chu, qui se r\u00eavait ma\u00eetre de l\u2019Europe.\u00a0<\/p>\n<p>Son dernier v\u0153u sera cependant exauc\u00e9. Ses cendres seront rapport\u00e9es de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne par le prince de Joinville (fils de Louis-Philippe) sur la<em> Belle-Poule<\/em>, pour \u00eatre transf\u00e9r\u00e9es aux Invalides, le 15\u00a0d\u00e9cembre 1840. Thiers, revenu \u00e0 la t\u00eate du gouvernement le 1er\u00a0mars, \u00e0 d\u00e9faut de programme, flatte ainsi la vanit\u00e9 nationale, r\u00e9pandue dans le peuple comme dans la bourgeoisie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On parlera de sa gloire,<br>Sous le chaume bien longtemps [\u2026]<br>Bien, dit-on, qu\u2019il nous ait nui,<br>Le peuple encore le r\u00e9v\u00e8re, oui, le r\u00e9v\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui, Grand-m\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1984\" class=\"cit-num\">1984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857), <em>Les Souvenirs du peuple<\/em> (1828), chanson.<em> L\u2019Empereur<\/em> (1853), Victor Auger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des plus belles et simples chansons de ce parolier populaire, salu\u00e9 par Chateaubriand comme \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb pour le critique Sainte-Beuve.<\/p>\n<p>Pierre Jean de B\u00e9ranger contribue \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne avec \u00ab\u00a0la chanson lib\u00e9rale et patriotique qui fut et restera sa grande innovation\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve). Le souvenir de l\u2019empereur sera bient\u00f4t li\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition au roi. La dynastie au pouvoir n\u2019est pas si solide, sous la Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit ces vers \u00e0 la mort de l\u2019Aiglon, le fils de l\u2019empereur La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, le Petit.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>15. Le fort de Ham inspire au futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> une brochure qui fera sa fortune politique.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pauvret\u00e9 ne sera plus s\u00e9ditieuse, lorsque l\u2019opulence ne sera plus oppressive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2118\" class=\"cit-num\">2118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince qui gouvernera bient\u00f4t la France n\u2019est encore qu\u2019un \u00e9vad\u00e9 du fort de Ham (d\u00e9partement de la Somme). Il y a pass\u00e9 six ans, apr\u00e8s sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 Boulogne, r\u00e9ussissant \u00e0 fuir en Angleterre, d\u00e9guis\u00e9 en ma\u00e7on, sous le nom de Badinguet \u2013 surnom qui restera cruellement attach\u00e9 \u00e0 sa personne fort chansonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Prison dor\u00e9e, certes, mais confinement \u00e9vident.<\/p>\n<p>Il a profit\u00e9 de cette longue captivit\u00e9 pour exposer ses th\u00e9ories \u00e9conomiques, largement influenc\u00e9es par le socialisme utopique de Saint-Simon. Il sait se pr\u00e9senter comme le protecteur du monde ouvrier. Sa sinc\u00e9rit\u00e9 socialiste est suspecte, \u00e0 en croire Victor Hugo qui, dans <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>, reproduira un billet joint \u00e0 l\u2019ouvrage envoy\u00e9 \u00e0 un de ses amis\u00a0: \u00ab\u00a0Lisez ce travail sur le paup\u00e9risme et dites-moi si vous pensez qu\u2019il soit de nature \u00e0 me faire du bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_iii_ham.jpg\" alt=\"napol\u00e9on iii ham\" title=\"napol\u00e9on iii ham\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"452\" height=\"463\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, le r\u00e8gne des castes est fini, on ne peut gouverner qu\u2019avec les masses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2243\" class=\"cit-num\">2243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9vidence bien sentie par le futur empereur qui saura s\u00e9duire les foules, les manipuler \u00e0 l\u2019occasion \u2013 \u00e9lections, pl\u00e9biscites. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, r\u00e9cemment r\u00e9habilit\u00e9 par certains historiens, sera aussi l\u2019homme du mieux-\u00eatre \u00e9conomique, gr\u00e2ce au progr\u00e8s industriel et commercial. Mais les mesures sociales charg\u00e9es de bonnes intentions seront suivies de peu d\u2019effets et le r\u00e9gime ne prendra que tardivement un tournant vraiment lib\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u00e9ritable Saturne du travail, l\u2019industrie d\u00e9vore ses enfants et ne vit que de leur mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2251\" class=\"cit-num\">2251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019utopie de ces trente pages \u00e9crites par le prisonnier au fort de Ham et le d\u00e9sir d\u2019un futur souverain de se poser en \u00ab\u00a0homme social\u00a0\u00bb n\u2019excluent pas une certaine sinc\u00e9rit\u00e9. Fait unique pour l\u2019\u00e9poque de la part d\u2019un pr\u00e9tendant au pouvoir, il tint \u00e0 visiter les r\u00e9gions industrielles anglaises. Il avait 25\u00a0ans et le spectacle de la mis\u00e8re l\u2019a frapp\u00e9. De l\u00e0 \u00e0 en faire l\u2019initiateur du populisme\u2026 le pas a \u00e9t\u00e9 franchi r\u00e9cemment par un historien, mais la d\u00e9finition du populisme dont on parle beaucoup de nos jours reste une gageure.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>16. Blanqui, r\u00e9volutionnaire pur et dur, prisonnier sous tous les r\u00e9gimes au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2408\" class=\"cit-num\">2408<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), titre de son journal cr\u00e9\u00e9 en 1877<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Blanqui na\u00eet au si\u00e8cle du socialisme, mouvement d\u2019abord utopique, puis de plus en plus structur\u00e9. Tous ses malheurs viennent de son extr\u00e9misme, qui fera aussi sa r\u00e9putation, sinon son bonheur.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 en politique sous la Restauration, il organise des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes, multiplie les conspirations et passera trente ans de sa vie en prison. Arr\u00eat\u00e9 en 1871, condamn\u00e9 \u00e0 mort et amnisti\u00e9, cet infatigable socialiste a repris son activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00e0 72\u00a0ans. Son \u00ab\u00a0Ni Dieu ni ma\u00eetre\u00a0\u00bb deviendra la devise des anarchistes qui troubleront la Troisi\u00e8me R\u00e9publique pendant un quart de\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9pargne, cette divinit\u00e9 du jour, pr\u00each\u00e9e dans toutes les chaires, l\u2019\u00c9pargne est une peste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2467\" class=\"cit-num\">2467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), <em>Critique sociale<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9volutionnaire \u00e0 la fois th\u00e9oricien et militant se retrouve \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 socialiste, le 30\u00a0avril 1879, si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche de la Chambre. Pas pour longtemps. Retour en prison \u00e0 Clairvaux, \u00e0 75\u00a0ans.<\/p>\n<p>Prisonnier plus de la moiti\u00e9 de sa vie, il \u00e9crit aussi\u00a0infatigablement\u00a0: \u00ab\u00a0Le capital est du travail vol\u00e9.\u00a0\u00bb Cela dit, la stabilit\u00e9 du franc sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, jusqu\u2019en 1914, favorise l\u2019\u00e9pargne et encourage l\u2019esprit rentier du Fran\u00e7ais.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>17. Hugo, opposant \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, devient le plus illustre exil\u00e9 du si\u00e8cle pendant pr\u00e8s de vingt ans.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe ce qui m\u2019arrive\u00a0? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 de France pour avoir combattu le guet-apens de d\u00e9cembre [\u2026] Je suis exil\u00e9 de Belgique pour avoir fait <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>. Eh bien\u00a0! je suis banni deux fois, voil\u00e0 tout. Monsieur Bonaparte m\u2019a traqu\u00e9 \u00e0 Paris, il me traque \u00e0 Bruxelles\u00a0; le crime se d\u00e9fend, c\u2019est tout simple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2221\" class=\"cit-num\">2221<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Pendant l\u2019exil<\/em> (\u00e9crits et discours de 1852-1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo a fui le 11\u00a0d\u00e9cembre 1851, sous une fausse identit\u00e9 (Jacques-Firmin Lanvin, ouvrier imprimeur), pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de soulever le peuple de Paris et s\u2019\u00eatre courageusement engag\u00e9 contre le coup d\u2019\u00c9tat annonciateur de l\u2019Empire.<\/p>\n<p>L\u2019exil commence. Il va durer pr\u00e8s de vingt ans. Exil en Belgique, puis dans les \u00eeles anglaises de Jersey et Guernesey, exil dor\u00e9 vu les droits d\u2019auteur et la fortune de l\u2019auteur le plus populaire de l\u2019\u00e9poque, mais exil incroyablement difficile \u00e0 organiser, vu la grande famille, le double foyer, la vie priv\u00e9e de l\u2019homme et son incessante activit\u00e9, malgr\u00e9 tout confin\u00e9e sur un territoire \u00e9troit et insulaire, comme son h\u00e9ros, Napol\u00e9on.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_exil.jpg\" alt=\"victor hugo exil\" title=\"victor hugo exil\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"300\" height=\"396\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2234\" class=\"cit-num\">2234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prestigieux proscrit t\u00e9moigne de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur, \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef de lui. Le po\u00e8te se veut \u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et conscience de son\u00a0si\u00e8cle. \u00c0 la date o\u00f9 son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce dernier alexandrin donne une superbe d\u00e9finition de la R\u00e9sistance dans tous ses \u00e9tats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la libert\u00e9 rentrera en France, je rentrerai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2277\" class=\"cit-num\">2277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), D\u00e9claration, Hauteville-House, Guernesey, 18\u00a0ao\u00fbt 1859.<em> Actes et Paroles. Pendant l\u2019exil<\/em> (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Exil\u00e9 au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, plus opposant et r\u00e9publicain que jamais, Hugo refuse de profiter du d\u00e9cret d\u2019amnistie g\u00e9n\u00e9rale pour les condamn\u00e9s politiques (16 ao\u00fbt 1859), au terme d\u2019une forte et br\u00e8ve d\u00e9claration\u00a0: \u00ab\u00a0Personne n\u2019obtiendra de moi que, en ce qui me concerne, j\u2019accorde un moment d\u2019attention \u00e0 la chose appel\u00e9e amnistie. Dans la situation o\u00f9 est la France, protestation absolue, inflexible, \u00e9ternelle, voil\u00e0 pour moi le devoir. Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019engagement que j\u2019ai pris vis-\u00e0-vis de ma conscience, je partagerai jusqu\u2019au bout l\u2019exil de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un\u2026\u00a0\u00bb Il sera donc celui-l\u00e0. C\u2019est le d\u00e9but de l\u2019exil volontaire, dont il saura magnifiquement tirer parti. Au retour, sa popularit\u00e9 d\u00e9passe l\u2019imaginable.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>18. Le si\u00e8ge de Paris, l\u2019Ann\u00e9e terrible (1870-1871).<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Prussiens sont huit cent mille, vous \u00eates quarante\u00a0millions d\u2019hommes. Dressez-vous et soufflez sur eux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2340\" class=\"cit-num\">2340<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 14\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019idole du peuple de Paris encourage toujours la France \u00e0 la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Lille, Nantes, Tours, Bourges, Orl\u00e9ans, Dijon, Toulouse, Bayonne, ceignez vos reins. En marche\u00a0! Lyon, prends ton fusil\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de rester dans la capitale \u2013 pour l\u2019honneur, et parce que la province n\u2019est pas tr\u00e8s favorable \u00e0 tous ces r\u00e9volutionnaires parisiens qui recommencent \u00e0 (se) manifester. Paris poss\u00e8de d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves de nourriture (30\u00a0000 b\u0153ufs, 180\u00a0000 moutons), une v\u00e9ritable artillerie (700 pi\u00e8ces) et m\u00eame une marine de guerre, \u00ab\u00a0beaucoup d\u2019hommes, mais peu de soldats\u00a0\u00bb, aux dires de Trochu, gouverneur militaire. De quoi tenir un si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Les Prussiens assi\u00e8gent Paris \u00e0 partir du 19\u00a0septembre\u00a0: deux arm\u00e9es de 180\u00a0000 hommes. Les \u00ab\u00a0300\u00a0000 fusils\u00a0\u00bb fran\u00e7ais ne se pressent pas aux \u00ab\u00a0fortifs\u00a0\u00bb, les soldats de la garde nationale pr\u00e9f\u00e8rent aller boire leur solde et jouer au bouchon. <br>\u00c0 la premi\u00e8re attaque allemande, la d\u00e9bandade est imm\u00e9diate\u00a0: v\u00e9ritable sauve-qui-peut. Les onze du gouvernement de la D\u00e9fense nationale sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements. Gambetta seul se bat. Le jeune et bouillant R\u00e9publicain s\u2019envole en ballon de la capitale le 7\u00a0octobre (au soulagement de ses vieux coll\u00e8gues), pour aller animer une r\u00e9sistance provinciale, organiser la lev\u00e9e en masse de 600\u00a0000 hommes \u2013 entre-temps, il est devenu ministre de la Guerre, en s\u2019adjoignant Freycinet, qui n\u2019est malheureusement pas le meilleur des g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous mangeons du cheval, du rat, de l\u2019ours, de l\u2019\u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2347\" class=\"cit-num\">2347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (Lettre \u00e0 une femme, janvier\u00a01871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo reste volontairement enferm\u00e9 dans Paris bombard\u00e9 pendant un mois (10\u00a0000 projectiles, 60 morts ou bless\u00e9s chaque jour) et assi\u00e9g\u00e9 pendant cinq mois (au total).<\/p>\n<p>Il souffre des souffrances de la ville en cet hiver 1871 \u2013 o\u00f9 la consommation d\u2019absinthe est multipli\u00e9e par cinq\u00a0! Il fait don de ses droits d\u2019auteur sur<em> Les Ch\u00e2timents<\/em> pour la fabrication de deux canons (le Victor Hugo, le Ch\u00e2timent) et pour le secours aux victimes de guerre.<\/p>\n<p>Jules Ferry, charg\u00e9 du ravitaillement de la population (et du maintien de l\u2019ordre), est surnomm\u00e9 Ferry la Famine. Et Trochu, gouverneur militaire de la ville, est compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Trochu\u00a0: participe pass\u00e9 du verbe trop choir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2349\" class=\"cit-num\">2349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885). <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (2009), Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo ne va pas rater le mot, quand le g\u00e9n\u00e9ral Trochu d\u00e9missionne, apr\u00e8s une r\u00e9sistance bien passive\u00a0!<\/p>\n<p>Le gouverneur de Paris disposait sans doute des forces suffisantes pour r\u00e9sister, mais plus que la peur des Prussiens, il a la hantise des \u00e9meutes populaires \u2013 comme bien des bourgeois et des paysans de l\u2019\u00e9poque. Les cris de \u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0\u00bb pouss\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9meute, terrorisent Trochu, ce conservateur timor\u00e9, qui se d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0Breton, catholique et soldat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0janvier, les Parisiens, affam\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, ont tent\u00e9 une \u00ab\u00a0sortie torrentielle\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Ouest, ils sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Buzenval. L\u2019op\u00e9ration s\u2019ach\u00e8ve par une piteuse retraite et 4\u00a0000 morts. Trochu se refuse \u00e0 de nouveaux combats qui \u00ab\u00a0ne seraient qu\u2019une suite de tueries sans but.\u00a0\u00bb<br>Ayant d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de gouverneur militaire de Paris en faveur du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy, le 22\u00a0janvier 1871 \u2013 nouveau jour d\u2019\u00e9meute, 50 morts \u2013 il renonce aussi \u00e0 la pr\u00e9sidence du gouvernement de la D\u00e9fense nationale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les esprits tourn\u00e9s vers la guerre, et cette lutte de cinq mois aboutissant \u00e0 une immense d\u00e9ception, une population enti\u00e8re qui tombe du sommet des illusions les plus immenses que jamais population ait con\u00e7ues.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2352\" class=\"cit-num\">2352<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893). <em>Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre du gouvernement de la D\u00e9fense nationale, c\u2019est un t\u00e9moin lucide de la situation.<\/p>\n<p>Fin du si\u00e8ge. La guerre prolong\u00e9e sans espoir faisait craindre une prise de pouvoir r\u00e9volutionnaire dans la capitale, mais la capitulation \u00f4te toute cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 ce gouvernement de la \u00ab\u00a0d\u00e9fection nationale\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb (Favre, Ferry, Simon et Trochu portent ce pr\u00e9nom en vogue).<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>19. \u00ab\u00a0L\u2019Affaire\u00a0\u00bb de la <span class=\"caps\">III<\/span>e R\u00e9publique, Dreyfus condamn\u00e9 au bagne en 1894, innocent\u00e9 en 1899.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2517\" class=\"cit-num\">2517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), titre de son article en page un de <em>L\u2019Aurore<\/em>, 13\u00a0janvier 1898<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019Aurore<\/em> est le journal de Clemenceau et le titre est de lui. Mais l\u2019article en forme de lettre ouverte au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9lix Faure est bien l\u2019\u0153uvre de Zola. Il accuse deux ministres de la Guerre, les principaux officiers de l\u2019\u00e9tat-major et les experts en \u00e9criture d\u2019avoir \u00ab\u00a0men\u00e9 dans la presse une campagne abominable pour \u00e9garer l\u2019opinion\u00a0\u00bb, et le Conseil de guerre qui a condamn\u00e9 Dreyfus, d\u2019\u00ab\u00a0avoir viol\u00e9 le droit en condamnant un accus\u00e9 sur une pi\u00e8ce rest\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. Le ministre de la Guerre, g\u00e9n\u00e9ral Billot, intente alors au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain un proc\u00e8s en diffamation.<\/p>\n<p>Cependant que le capitaine Dreyfus, condamn\u00e9 \u00e0 vie, purge sa peine dans l\u2019\u00eele du Diable, d\u00e9pendance du bagne de Cayenne en Guyane fran\u00e7aise. Le bagne, c\u2019est la \u00ab\u00a0guillotine s\u00e8che\u00a0\u00bb\u00a0: mauvais traitements, \u00e9pid\u00e9mie end\u00e9mique (malaria), bagarres entre condamn\u00e9s, travaux forc\u00e9s inhumains sous le climat \u00e9quatorial\u2026 40% des Europ\u00e9ens meurent la premi\u00e8re ann\u00e9e. L\u2019esp\u00e9rance de survie moyenne varie entre 3 et 5 ans.<\/p>\n<p>Dreyfus, \u00e0 l\u2019isolement, \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9ficie\u00a0\u00bb d\u2019un r\u00e9gime sp\u00e9cial. Surveill\u00e9 jour et nuit par d\u2019innombrables gardiens ayant pour consigne de ne jamais lui adresser la parole, il a pris la place de bagnards atteints de la l\u00e8pre et jusqu\u2019alors confin\u00e9s dans l\u2019\u00eele. Il dispose d\u2019une case en pierre, carr\u00e9 de quatre m\u00e8tres de c\u00f4t\u00e9, avec une fen\u00eatre munie de barreaux de fer. Arriv\u00e9 le 8 mars 1895 dans son lieu de \u00ab\u00a0d\u00e9portation en enceinte fortifi\u00e9e\u00a0\u00bb, il n\u2019en repartira que le 9 juin 1899.\u00a0 Innocent, il a v\u00e9cu, au physique et au moral, la plus terrible \u00e9preuve de confinement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/dreyfus.jpg\" alt=\"dreyfus\" title=\"dreyfus\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"600\" height=\"601\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>L\u2019Aurore<\/em>, 5\u00a0juin 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>20. Guerre de tranch\u00e9es, le confinement port\u00e9 au rang de strat\u00e9gie militaire sous la Grande Guerre.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019un d\u2019nous est mort, et mort joyeux<br>En s\u2019\u00e9criant\u00a0: tout est au mieux\u00a0!<br>Voil\u00e0 ma tombe toute pr\u00e9par\u00e9e<br>Dans la tranch\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2578\" class=\"cit-num\">2578<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9odore <span class=\"caps\">BOTREL<\/span> (1868-1925), <em>Rosalie<\/em>, chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la d\u00e9claration de guerre, celui qui se qualifie de \u00ab\u00a0petit sergent de D\u00e9roul\u00e8de\u00a0\u00bb (chef de la Ligue des patriotes) part sur le front pour soutenir le moral des combattants. Voil\u00e0 le genre de refrain qu\u2019on y chante.<\/p>\n<p>Entre la br\u00e8ve guerre de mouvement des d\u00e9buts et la grande bataille de France \u00e0 la fin, la guerre de tranch\u00e9es, de fin 1914 \u00e0 d\u00e9but 1918, se r\u00e9v\u00e9lera longue et sanglante, toujours \u00e9puisante et souvent vaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>Lors d\u2019un d\u00e9jeuner au Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 un convive lui demandant ses intentions, alors que la guerre de mouvement semblait abandonn\u00e9e\u00a0:<\/em><br>\u00a0\u00ab\u00a0Je les grignote.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2591\" class=\"cit-num\">2591<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ralissime <span class=\"caps\">JOFFRE<\/span> (1852-1931), r\u00e9ponse laconique, cit\u00e9e dans Le Journal du 29\u00a0octobre 1914. <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale et anecdotique de la guerre de 1914<\/em> (1920), Jean-Bernard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joffre faisait souvent cette r\u00e9ponse, parlant de ses ennemis et pour justifier ses offensives.<\/p>\n<p>La guerre de tranch\u00e9es va commencer, guerre d\u2019usure sur des fronts de centaines de kilom\u00e8tres, r\u00e9seaux ininterrompus de tranch\u00e9es et d\u2019abris. Le \u00ab\u00a0grignotage\u00a0\u00bb, nouvelle forme de guerre \u00e0 laquelle ni les hommes ni le mat\u00e9riel ne sont pr\u00e9par\u00e9s, c\u2019est l\u2019op\u00e9ration de perc\u00e9e sans cesse \u00e0 recommencer, une tranch\u00e9e conquise menant \u00e0 une autre, reconstitu\u00e9e cent m\u00e8tres plus loin. Aucune man\u0153uvre de d\u00e9bordement r\u00e9ciproque n\u2019est plus possible et le front se solidifie de proche en proche, vers le nord, jusqu\u2019\u00e0 la mer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais chanter le bois fameux<br>O\u00f9 chaque soir, dans l\u2019air brumeux,<br>Rode le Boche venimeux<br>\u00c0 l\u2019\u0153il de tra\u00eetre,<br>O\u00f9 nos poilus au c\u0153ur altier<br>Contre ce bandit de m\u00e9tier<br>Se sont battus sans l\u00e2cher pied<br>Au Bois le Pr\u00eatre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2592\" class=\"cit-num\">2592<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">BOYER<\/span> (1876-1942), <em>Au Bois le Pr\u00eatre<\/em> (1915), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Destin\u00e9e \u00e0 maintenir le moral des troupes, cette chanson \u00e9voque un \u00e9pisode de l\u2019interminable guerre de tranch\u00e9es. Le front s\u2019\u00e9tend de Craonne (dans l\u2019Aisne) \u00e0 l\u2019Argonne (aux confins des Ardennes, de la Meuse et de la Marne). La France est occup\u00e9e, en ses plus riches provinces et c\u2019est elle qui doit reconqu\u00e9rir sa terre perdue. Le Bois le Pr\u00eatre est, avec les \u00c9parges, un des points de l\u2019Argonne t\u00e9moin des combats les plus acharn\u00e9s, en cette ann\u00e9e 1915. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la guerre nous irons\u00a0\/ Et nous nous agenouillerons\u00a0\/ Sur chaque croix, nous \u00e9crirons\u00a0\/ En grosses lettres\u00a0:\u00a0\/ Ci-g\u00eet un gars plein d\u2019avenir\u00a0\/ Qui sans un mot, sans un soupir\u00a0\/ Pour la France est tomb\u00e9 martyr\u00a0\/ Au Bois le Pr\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courage\u00a0! On les aura\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2597\" class=\"cit-num\">2597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">P\u00c9TAIN<\/span> (1856-1951), derniers mots de l\u2019Ordre du jour r\u00e9dig\u00e9 le 10\u00a0avril 1916. <em>Verdun, 1914-1918<\/em> (1996), Alain Denizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas sans mal et sans morts que P\u00e9tain va d\u00e9fendre Verdun\u00a0!<\/p>\n<p>Dix mois de batailles de tranch\u00e9es, chaque jour 500\u00a0000 obus de la Ve\u00a0arm\u00e9e allemande pour \u00ab\u00a0saigner \u00e0 blanc l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, 80\u00a0% des pertes venant de l\u2019artillerie. Chaque unit\u00e9 perdra plus de la moiti\u00e9 de ses effectifs \u2013 162\u00a0000 morts et 216\u00a0000 bless\u00e9s, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. La saign\u00e9e est comparable, chez l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00ab\u00a0enfer de Verdun\u00a0\u00bb \u2013 le mot est juste\u00a0-, la r\u00e9sistance fran\u00e7aise devient aux yeux du monde un exemple d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de t\u00e9nacit\u00e9, demeurant une page de l\u2019histoire de France et un symbole pour des g\u00e9n\u00e9rations, cependant que P\u00e9tain reste comme le vainqueur de Verdun.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>21. Camps de concentration, le confinement organis\u00e9 au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle pour tuer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vraie barbarie, c\u2019est Dachau\u00a0; la vraie civilisation, c\u2019est d\u2019abord la part de l\u2019homme que les camps ont voulu d\u00e9truire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2719\" class=\"cit-num\">2719<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>Antim\u00e9moires<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moin et acteur de ce temps, prisonnier de guerre en 1939, \u00e9vad\u00e9 d\u2019un camp apr\u00e8s l\u2019armistice de 1940, aventurier au sens noble comme de Gaulle et ralli\u00e9 inconditionnel au g\u00e9n\u00e9ral incarnant la R\u00e9sistance, bless\u00e9 dans les rangs du maquis, commandant la brigade d\u2019Alsace-Lorraine \u00e0 la Lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Le camp de concentration, institution type des r\u00e9gimes totalitaires, est l\u2019un des instruments de la terreur instaur\u00e9e par le nazisme\u00a0: on y enferme les juifs, les gitans et les homosexuels, les r\u00e9sistants, tous les opposants. Dachau, pr\u00e8s de Munich, est l\u2019un des premiers camps ouverts, en 1933. <br>Au total, 203 camps de concentration et d\u2019extermination, 6 \u00e0 9\u00a0millions de morts (selon les sources), juifs en majorit\u00e9. C\u2019est la \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb r\u00eav\u00e9e par Hitler, le cauchemar devenu r\u00e9alit\u00e9, la Shoah (catastrophe, en h\u00e9breu).<\/p>\n<p>Crime contre l\u2019humanit\u00e9, par d\u00e9finition imprescriptible. La Cour p\u00e9nale internationale juge encore. Les derniers t\u00e9moins n\u2019en finissent pas de t\u00e9moigner, les comm\u00e9morations et les condamnations publiques se succ\u00e8dent, pour que jamais plus l\u2019horreur ne se renouvelle et que la m\u00e9moire reste vivante, dans les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Et pourtant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hitler\u00a0? Connais pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2722\" class=\"cit-num\">2722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand <span class=\"caps\">BLIER<\/span> (n\u00e9 en 1939), Titre d\u2019un documentaire de 1962<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi la r\u00e9ponse \u00e0 un sondage, symbole d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui n\u2019a pas fait cette guerre et qui l\u2019ignore. Plus grave, la volont\u00e9 pseudo scientifique et politiquement coupable de Faurisson et quelques historiens des ann\u00e9es 1980 de nier l\u2019existence des camps de concentration, comme si l\u2019holocauste n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une immense illusion collective. On appelle cela le r\u00e9visionnisme. \u00c9lie Wiesel, prix Nobel de la paix (1986), qualifie cette attitude de perversion morale, intellectuelle, politique et sociale. Mais que dire de Jean-Marie Le Pen voyant les chambres \u00e0 gaz comme un \u00ab\u00a0point de d\u00e9tail de l\u2019histoire\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>22. La R\u00e9sistance, un confinement plus ou moins volontaire et engag\u00e9, sous la Seconde Guerre mondiale.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ami, entends-tu<br>Le vol noir<br>Des corbeaux<br>Sur nos plaines\u00a0?<br>Ami, entends-tu<br>Ces cris sourds<br>Du pays<br>Qu\u2019on encha\u00eene\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2798\" class=\"cit-num\">2798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">KESSEL<\/span> (1898-1979) et Maurice <span class=\"caps\">DRUON<\/span> (1918-2009), neveu de Kessel, paroles, et Anna Marly (1917-2006), musique, <em>Le Chant des partisans<\/em> (1943)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant de la R\u00e9sistance, compos\u00e9 \u00e0 Londres, siffl\u00e9 par Claude Dauphin \u00e0 la <span class=\"caps\">BBC<\/span>, largu\u00e9 par la <span class=\"caps\">RAF<\/span> (Royal Air Force, force a\u00e9rienne royale) sur la France occup\u00e9e, cr\u00e9\u00e9 par Germaine Sablon (dans le film<em> Pourquoi nous combattons<\/em>) et repris par Yves Montand, entre autres interpr\u00e8tes. Marche au rythme lent, lancinant\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00e9 Partisans\u00a0\/ Ouvriers\u00a0\/ Et paysans\u00a0\/ C\u2019est l\u2019alarme\u00a0\/ Ce soir l\u2019ennemi\u00a0\/ Conna\u00eetra\u00a0\/ Le prix du sang\u00a0\/ Et des larmes\u2026\u00a0\/ Ami si tu tombes\u00a0\/ Un ami sort de l\u2019ombre\u00a0\/ \u00c0 ta place.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La R\u00e9sistance, devenue un ph\u00e9nom\u00e8ne national, m\u00eale tous les milieux, tous les courants d\u2019opinion, toutes les r\u00e9gions, recr\u00e9ant une union sacr\u00e9e contre l\u2019ennemi dont la pr\u00e9sence se fait de plus en plus insupportable, \u00e0 mesure que ses \u00ab\u00a0besoins de guerre\u00a0\u00bb le rendent plus exigeant en hommes, en argent, en mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous salue ma France o\u00f9 le peuple est habile<br>\u00c0 ces travaux qui font les jours \u00e9merveill\u00e9s<br>Et que l\u2019on vient de loin saluer dans sa ville<br>Paris mon c\u0153ur trois ans vainement fusill\u00e9 [\u2026]<br>Ma France d\u2019au-del\u00e0 le d\u00e9luge, salut\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2803\" class=\"cit-num\">2803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), \u00ab\u00a0Je vous salue ma France\u2026\u00a0\u00bb (1943).<em> L\u2019\u0153uvre po\u00e9tique<\/em>, volume\u00a0X (1974), Aragon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aragon s\u2019est engag\u00e9, communiste d\u2019abord, r\u00e9sistant ensuite. Ses vers, \u0153uvres de circonstance au meilleur sens du terme, sont cit\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 la radio de Londres.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 clandestinement, ce po\u00e8me s\u2019adresse aux prisonniers et aux d\u00e9port\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque vous reviendrez car il faut revenir\u00a0\/ Il y aura des fleurs tant que vous en voudrez\u00a0\/ Il y aura des fleurs couleur de l\u2019avenir\u00a0\/ [\u2026] Je vous salue ma France arrach\u00e9e aux fant\u00f4mes\u00a0\/ \u00d4 rendue \u00e0 la paix vaisseau sauv\u00e9 des eaux\u00a0\/ Pays qui chante Orl\u00e9ans Beaugency Vend\u00f4me\u00a0\/ Cloches cloches sonnez l\u2019ang\u00e9lus des oiseaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La po\u00e9sie de guerre est un genre \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">De la splendeur du jour et de tous ses pr\u00e9sents.<br>Si nous ne dormons pas, c\u2019est pour guetter l\u2019aurore<br>Qui prouvera qu\u2019enfin nous vivons au pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2804\" class=\"cit-num\">2804<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">DESNOS<\/span> (1900-1945), \u00ab\u00a0Demain\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tat de veille<\/em> (1943)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame chemin qu\u2019\u00c9luard\u00a0et Aragon\u00a0: apr\u00e8s le surr\u00e9alisme, l\u2019engagement, le communisme, puis la R\u00e9sistance et les po\u00e8mes de l\u2019espoir. Cependant, les Fran\u00e7ais souffrent plus que jamais en 1943\u00a0: l\u2019ordre allemand s\u2019impose avec les <span class=\"caps\">SS<\/span> et la Gestapo, les restrictions, le syst\u00e8me des otages, les d\u00e9portations, les d\u00e9lations. \u00ab\u00a0Nous parlons \u00e0 voix basse et nous tendons l\u2019oreille [\u2026]\u00a0\/ \u00c2g\u00e9 de cent mille ans, j\u2019aurai encore la force\u00a0\/ De t\u2019attendre, \u00f4 demain pressenti par l\u2019espoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Desnos mourra en d\u00e9portation.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>23. Confinement id\u00e9ologique impos\u00e9 par la rigueur du communisme au temps du \u00ab\u00a0rideau de fer\u00a0\u00bb.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De toutes les \u00ab\u00a0inventions\u00a0\u00bb surr\u00e9alistes, la tentation du communisme est bien s\u00fbr la plus d\u00e9moniaque.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2647\" class=\"cit-num\">2647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">VAILLAND<\/span> (1907-1965), <em>Le Surr\u00e9alisme contre la r\u00e9volution<\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <em>Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Breton (1924) lance le mouvement. De nombreux artistes sont s\u00e9duits par le communisme, plus nombreux encore quand para\u00eet le Second Manifeste du surr\u00e9alisme (1930). La revue du mouvement, <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, devient <em>Le Surr\u00e9alisme au service de la R\u00e9volution<\/em>. Mais Roger Vailland, litt\u00e9rairement proche du surr\u00e9alisme par sa r\u00e9volte, reste politiquement hostile au communisme dont il ne voit que trop les d\u00e9rives pr\u00e9visibles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les communistes disent toujours de leurs ennemis qu\u2019ils sont des fascistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2692\" class=\"cit-num\">2692<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976),<em> L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malraux, tr\u00e8s ind\u00e9pendant d\u2019esprit, ne sera jamais au nombre des inconditionnels du communisme, comme tant d\u2019intellectuels de son temps. Il est surtout du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019homme aux prises avec l\u2019Histoire. Il se d\u00e9tournera bient\u00f4t de l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire, plus soucieux de construire un humanisme moderne, exaltant le g\u00e9nie de l\u2019homme, assurant la victoire des forces de l\u2019espoir sur celles du m\u00e9pris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Catholicisme ou communisme exige, ou du moins pr\u00e9conise, une soumission de l\u2019esprit [\u2026] Le monde ne sera sauv\u00e9, s\u2019il peut l\u2019\u00eatre, que par des insoumis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2835\" class=\"cit-num\">2835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951), <em>Journal<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1946<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les honneurs pleuvent sur le Gide d\u2019apr\u00e8s-guerre, prix Nobel de litt\u00e9rature en 1947 pour son \u00ab\u00a0intr\u00e9pide amour de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Il a rompu avec le communisme en 1937 et v\u00e9cu la guerre comme une apocalypse. Il ne songe plus qu\u2019\u00e0 sauver la culture de toute menace de totalitarisme, et contrairement \u00e0 Sartre, ne croit pas que la litt\u00e9rature doive \u00eatre politiquement engag\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette cage des mots, il faudra que j\u2019en sorte<br>Et j\u2019ai le c\u0153ur en sang d\u2019en chercher la sortie<br>Ce monde blanc et noir, o\u00f9 donc en est la porte<br>Je br\u00fble \u00e0 ses barreaux mes doigts comme aux orties.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2906\" class=\"cit-num\">2906<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), <em>Le Roman inachev\u00e9<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces vers refl\u00e8tent le d\u00e9sarroi de l\u2019intellectuel communiste, au lendemain du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0Congr\u00e8s et du rapport Khrouchtchev, en date du 25\u00a0f\u00e9vrier 1956. La vie et l\u2019\u0153uvre de Staline, le culte de la personnalit\u00e9, tout a \u00e9t\u00e9 remis en question. C\u2019est le \u00ab\u00a0d\u00e9gel\u00a0\u00bb en <span class=\"caps\">URSS<\/span>. En France, le <span class=\"caps\">PC<\/span> prend acte avec mauvaise gr\u00e2ce. Staline \u00e9tait un dieu vivant pour nombre d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais, ils sont \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s, d\u00e9chir\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faudra attendre la chute (virtuelle) du fameux \u00ab\u00a0rideau de fer\u00a0\u00bb entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, puis celle (bien r\u00e9elle) du Mur de Berlin en novembre 1989, pour que les r\u00e9gimes communistes s\u2019effondrent dans les pays satellites\u00a0: s\u00e9isme g\u00e9opolitique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un continent\u00a0!<\/p>\n<p>Cette rupture du vieil \u00e9quilibre lib\u00e8re les pays satellites de l\u2019ex <span class=\"caps\">URSS<\/span>\u00a0: c\u2019est la fin d\u2019un confinement massif pour des dizaines de millions d\u2019habitants enfin libres de se d\u00e9placer hors de leurs fronti\u00e8res nationales, et l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouvel ordre mondial impliquant risques et chances aux plans \u00e0 la fois \u00e9conomique et politique.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center\"><strong>24. Retraite du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 Colombey, le temps venu d\u2019achever ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/strong><\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis quelque chose comme trente ans que j\u2019ai affaire \u00e0 l\u2019histoire, il m\u2019est arriv\u00e9 quelquefois de me demander si je ne devais pas la quitter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3072\" class=\"cit-num\">3072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970).<em> De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019un retrait volontaire de l\u2019action politique ne s\u2019est v\u00e9ritablement pos\u00e9e qu\u2019une fois, en Mai 68.<\/p>\n<p>Folle journ\u00e9e du 29\u00a0mai\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral a disparu. Conseil des ministres de 10\u00a0heures d\u00e9command\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re minute. De Gaulle a quitt\u00e9 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, mais il n\u2019est pas \u00e0 Colombey\u00a0: \u00ab\u00a0Oui\u00a0! le 29\u00a0mai, j\u2019ai eu la tentation de me retirer. Et puis, en m\u00eame temps, j\u2019ai pens\u00e9 que, si je partais, la subversion mena\u00e7ante allait d\u00e9ferler et emporter la R\u00e9publique. Alors, une fois de plus, je me suis r\u00e9solu\u00a0\u00bb (Entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 7\u00a0juin).<\/p>\n<p>On l\u2019a su plus tard, le pr\u00e9sident est all\u00e9 voir le g\u00e9n\u00e9ral Massu en Allemagne. Mais pourquoi\u00a0? \u00ab\u00a0Une \u00ab\u00a0d\u00e9pression\u00a0\u00bb\u00a0? une \u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb \u00e0 Baden\u00a0? une \u00ab\u00a0man\u0153uvre\u00a0\u00bb difficile \u00e0 comprendre\u00a0? un \u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre tactique\u00a0\u00bb\u00a0? Qui, t\u00e9moin, chroniqueur, analyste, partisan ou adversaire, peut dire le dernier mot sur cet \u00e9trange d\u00e9tour vers la For\u00eat-Noire\u00a0?\u00a0\u00bb Jean Lacouture, dans sa biographie sur de Gaulle, confronte les interpr\u00e9tations qui opposent deux \u00e9coles\u00a0: celle du d\u00e9sarroi et celle de la tactique, pour conclure que le myst\u00e8re demeure.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cas sans pr\u00e9c\u00e9dent de suicide en plein bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3087\" class=\"cit-num\">3087<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), \u00e0 propos du r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019avril\u00a01969<em>. De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contre vents et mar\u00e9es, avis et pr\u00e9dictions, alors que l\u2019Assembl\u00e9e lui assurait une fin de septennat sans histoire, le g\u00e9n\u00e9ral a voulu un r\u00e9f\u00e9rendum \u2013 sur la r\u00e9forme r\u00e9gionale et la r\u00e9forme du S\u00e9nat. Il met tout son poids politique en jeu, mena\u00e7ant de partir en cas de non. Tous les partis de gauche font naturellement campagne pour le non, Giscard d\u2019Estaing aussi. Pompidou appelle au oui, mais sans vraie conviction. Verdict du 27\u00a0avril\u00a0: 48\u00a0% de oui et 52\u00a0% de non.<\/p>\n<p>Le lendemain, de Gaulle d\u00e9missionne. Il part en Irlande, pour ne pas \u00eatre impliqu\u00e9 dans la campagne pr\u00e9sidentielle \u2013 il votera par procuration. Il retourne ensuite \u00e0 Colombey, s\u2019enfermer dans sa propri\u00e9t\u00e9 de la Boisserie pour un dernier face \u00e0 face avec l\u2019histoire\u00a0: la r\u00e9daction quelque peu d\u00e9senchant\u00e9e, quoique sereine, de ses <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019homme des bains de foule et des conf\u00e9rences de presse spectaculaires, le grand communiquant qui sut mieux que personne utiliser les nouveaux m\u00e9dias, radio puis t\u00e9l\u00e9vision, le militaire combattant et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui ont sillonn\u00e9 la plan\u00e8te et multipli\u00e9 les voyages publics et priv\u00e9s, a choisi le plus strict des confinements, le silence et la solitude, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village de Colombey-les-Deux-\u00c9glises (Haute-Marne).<\/p>\n<p>9 novembre 1970. Avant le d\u00eener, dans sa r\u00e9sidence de la Boisserie, le g\u00e9n\u00e9ral fait une patience (jeu de cartes). Il est pris d\u2019un malaise, c\u2019est une rupture d\u2019an\u00e9vrisme. Il meurt 20 minutes apr\u00e8s, \u00e0 79\u00a0ans. Le lendemain, allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e du pr\u00e9sident Georges Pompidou\u00a0: \u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est mort. La France est veuve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le petit village de Colombey-les-Deux-\u00c9glises, d\u00e9partement de Haute-Marne, est devenu un lieu de p\u00e8lerinage national.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Et les oubli\u00e9s de l\u2019Histoire, les animaux confin\u00e9s, victimes de l\u2019\u00e9levage intensif.<\/strong><\/p>\n<p>Cet \u00e9dito doit tout \u00e0 <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> \u2013 citations et commentaires.<\/p>\n<p>Cette source litt\u00e9ralement in\u00e9puisable p\u00e8che pourtant par d\u00e9faut sur un sujet grave, d\u2019autant plus actuel qu\u2019il favorise la transmission fatale des virus entre les animaux et les hommes.<\/p>\n<p>Notre syst\u00e8me de production \u00e9conomique, obs\u00e9d\u00e9 par le rendement, se moque de la souffrance animale. L\u2019\u00e9levage intensif des volailles et des porcs, des bovins et de certains poissons (en aquaculture) impose un confinement contre-nature \u00e0 des centaines de millions de b\u00eates\u00a0! <br>\u00c9levage \u00ab\u00a0hors-sol\u00a0\u00bb totalement dissoci\u00e9 des cultures locales pour les porcs, ou \u00ab\u00a0en batterie\u00a0\u00bb pour les veaux et les volailles en cages superpos\u00e9es les unes sur les autres. Les vaches laiti\u00e8res Prim\u2019Holstein s\u2019entassent \u00ab\u00a0en stabulation libre \u00e0 logettes avec tapis (non paill\u00e9s) et aire de parcours sur caillebotis\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0Ferme des mille vaches\u00a0\u00bb est un contresens \u00e9cologiste, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 par les <span class=\"caps\">USA<\/span>.<\/p>\n<p>Ces animaux \u00ab\u00a0vivent\u00a0\u00bb sans voir le jour et meurent, confin\u00e9s dans un espace vital \u00e9clair\u00e9 artificiellement. Le transport et l\u2019abattage rel\u00e8vent aussi de la torture.<\/p>\n<p>Reste un cas de <strong>confinement heureux<\/strong>, pour quelque 13 millions de chats au foyer en France. Les amoureux de cette race comprendront.<\/p>\n<p>Mich\u00e8le Ressi.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici 24 cas exemplaires, sujets \u00e0 r\u00e9flexion et \u00e0 discussion &#8211; de quoi relativiser le confinement pr\u00e9sent, rem\u00e8de international \u00e0 la pand\u00e9mie de l\u2019ann\u00e9e 2020. Confin\u00e9 signifie \u00ab\u00a0enferm\u00e9 dans un lieu\u00a0\u00bb. Mais il existe des confinements de toute nature. 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