{"id":8511,"date":"2020-04-27T00:00:00","date_gmt":"2020-04-26T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:49","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:49","slug":"lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/","title":{"rendered":"Lecture recommand\u00e9e en temps de confinement : la po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/auteurs_0.jpg\"><\/strong><\/p>\n<p><strong>Histoire <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Litt\u00e9rature<\/strong>, lecture recommand\u00e9e en temps de confinement\u2026 et bient\u00f4t de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)\u00a0:<\/p>\n<p>1. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/\">Romans<\/a> \u2013 2. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/\">Po\u00e9sie<\/a> \u2013 3. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-le-theatre\/\">Th\u00e9\u00e2tre<\/a> \u2013 4. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-les-lettres\/\">Lettres<\/a> \u2013 5. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">Histoire et Chronique<\/a> \u2013 6. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/\">M\u00e9moires<\/a> \u2013 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques \u2013 8. Discours.<\/p>\n<p><strong>2. Po\u00e9sie\u00a0:<\/strong> fable, ballade, ode, \u00e9pigramme, \u00e9pitaphe, chronique rim\u00e9e, hymne patriotique, mazarinade, poissonnade et autres pamphlets en vers \u2013 mais pas les chansons.<\/p>\n<p>Un po\u00e8me peut se d\u00e9guster comme un bonbon, quelques vers suffisent pour donner le ton \u2013 le roman demande plus de temps et de concentration. Sauf exception, pas besoin de r\u00e9sumer l\u2019\u0153uvre-source. Mais la resituer lui donne sens et c\u2019est la r\u00e8gle de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>.<\/p>\n<p>Des p\u00e9riodes se r\u00e9v\u00e8lent particuli\u00e8rement po\u00e9tiques \u2013 Renaissance au m\u00e9c\u00e9nat g\u00e9n\u00e9reux et guerres de Religion exacerbant le patriotisme, <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle romantique, guerres mondiales du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>On retrouve de grands noms\u00a0: Ronsard prince des po\u00e8tes et po\u00e8te des princes, La Fontaine notre aimable fabuliste, Lamartine lanc\u00e9 en politique, Hugo g\u00e9nie omnipr\u00e9sent, \u00c9luard, Desnos et Aragon, trio communiste au patriotisme vibrant. Et tant d\u2019autres po\u00e8tes passants.<\/p>\n<p>Les rois riment \u00e0 l\u2019occasion (Fran\u00e7ois Ier, Charles <span class=\"caps\">IX<\/span>). Leurs po\u00e8tes officiels versifient laborieusement (Malherbe en t\u00eate) et Boileau met en vers son <em>Art po\u00e9tique<\/em> sans \u00eatre po\u00e8te.<\/p>\n<p>Le peuple anonyme d\u00e9fie le pouvoir et brave la censure \u2013 \u00e0 moins qu\u2019un Nom majuscule se cache pour \u00e9viter la prison, l\u2019exil ou la mort.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des valeurs s\u00fbres, quelques \u00ab\u00a0p\u00e9pites\u00a0\u00bb, sign\u00e9es Charles d\u2019Orl\u00e9ans (premier \u00ab\u00a0confin\u00e9\u00a0\u00bb du Moyen \u00c2ge), Boisrobert et Fontenelle (tr\u00e8s acad\u00e9miciens du Grand si\u00e8cle), Voltaire (\u00e0 l\u2019humour sans pareil), Louise Michel (\u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb engag\u00e9e sous la Commune), P\u00e9guy (inaugurant la po\u00e9sie de guerre en 1914), Brasillach (condamn\u00e9 \u00e0 mort, fusill\u00e9 en 1945).<\/p>\n<p>Ainsi notre Histoire s\u2019\u00e9crit-elle, avec un talent toujours renouvel\u00e9.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-11.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chanson_de_roland.jpg\" alt=\"Chanson de Roland\" title=\"Chanson de Roland\" width=\"350\" height=\"285\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Chanson de Roland est le plus ancien monument de notre nationalit\u00e9 [\u2026] Ce n\u2019est pas seulement la po\u00e9sie fran\u00e7aise qu\u2019on voit na\u00eetre avec ce po\u00e8me. C\u2019est la France elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"95\" class=\"cit-num\">95<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">PETIT<\/span> de <span class=\"caps\">JULLEVILLE<\/span> (1841-1900), l\u2019un des traducteurs de la <em>Chanson de Roland<\/em> (anonyme)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019escarmouche entre les Vascons (Basques) et l\u2019arri\u00e8re-garde de l\u2019arm\u00e9e de Charlemagne va donner naissance, trois si\u00e8cles et demi plus tard, \u00e0 la premi\u00e8re chanson de geste en (vieux) fran\u00e7ais, po\u00e8me \u00e9pique de quelque 4 000 vers, maintes fois traduit et c\u00e9l\u00e8bre bien au-del\u00e0 de la France.<\/p>\n<p>Passage h\u00e9ro\u00efque, celui o\u00f9 le preux Roland refuse de sonner du cor, ce que lui conseille le sage Olivier, pr\u00e9f\u00e9rant se battre et risquer la mort, plut\u00f4t que d\u2019alerter Charlemagne et de vivre le d\u00e9shonneur. \u00ab\u00a0Olivier dit\u00a0: \u00ab\u00a0Les pa\u00efens viennent en force,\u00a0\/ Et nos Fran\u00e7ais, il me semble qu\u2019ils sont bien peu.\u00a0\/ Roland, mon compagnon, sonnez donc votre cor\u00a0:\u00a0\/ Charles l\u2019entendra et l\u2019arm\u00e9e reviendra.\u00a0\u00bb\u00a0\/ Roland r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ce serait une folie\u00a0!\u00a0\/ En douce France j\u2019en perdrais ma gloire.\u00a0\/ Aussit\u00f4t, de Durendal, je frapperai de grands coups\u00a0;\u00a0\/ Sa lame en saignera jusqu\u2019\u00e0 la garde d\u2019or.\u00a0\/ Les pa\u00efens f\u00e9lons ont eu tort de venir aux cols\u00a0:\u00a0\/ Je vous le jure, tous sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Roland va p\u00e9rir avec son compagnon, et toute l\u2019arri\u00e8re-garde des Francs. Charlemagne le vengera en battant les pa\u00efens (Sarrasins) avec l\u2019aide de Dieu. Le tra\u00eetre Gamelon, beau-fr\u00e8re de Charlemagne et beau-p\u00e8re de Roland, qui a organis\u00e9 le guet-apens par jalousie, sera jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort et supplici\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Noblesse vient de bon courage<br>Car gentillesse de lignage<br>N\u2019est point gentillesse qui vaille<br>Si la bont\u00e9 de c\u0153ur y faille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"132\" class=\"cit-num\">132<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">MEUNG<\/span> (vers 1240-vers 1305), <em>Roman de la Rose<\/em> (vers 1275)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Le Roman de la Rose<\/em>, po\u00e8me all\u00e9gorique et didactique, donne \u00e0 voir l\u2019Amour courtois au Moyen \u00c2ge et (dans cette version finale) le remet en question, au nom de la Raison qui l\u2019emporte pour le bien de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ces vers soulignent que la v\u00e9ritable noblesse tient non pas \u00e0 un titre h\u00e9r\u00e9ditaire, mais aux qualit\u00e9s du c\u0153ur et de l\u2019esprit. C\u2019est l\u2019aboutissement de la chevalerie et de la courtoisie qu\u2019expriment si bien troubadours et trouv\u00e8res \u2013 Chr\u00e9tien de Troyes restant le plus c\u00e9l\u00e8bre, au <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours draps de soie tisserons\u00a0:<br>Jamais n\u2019en serons mieux v\u00eatues.<br>Toujours serons pauvres et nues<br>Et toujours faim et soif aurons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"184\" class=\"cit-num\">184<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHR\u00c9TIEN<\/span> de Troyes (vers 1135-vers 1183), <em>La Complainte des tisseuses de soie<\/em> (vers 1170). <em>Histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> (1920), Gustave Lanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fameux po\u00e8te champenois, prot\u00e9g\u00e9 par Marie, fille du roi de France Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et comtesse de Champagne, il d\u00e9crit la d\u00e9tresse des ouvriers (surtout des ouvri\u00e8res) du drap et de la toile au <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> voit pourtant les progr\u00e8s de l\u2019\u00e9conomie et du commerce, avec la cr\u00e9ation des grandes foires de Champagne (Troyes, Provins, Lagny, Bar-sur-Aube), rendez-vous des marchands fran\u00e7ais, flamands, anglais, allemands et italiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bien est France ab\u00e2tardie\u00a0!<br>Quand femme l\u2019a en baillie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"209\" class=\"cit-num\">209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hugues de la <span class=\"caps\">FERT\u00c9<\/span> (premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIII<\/span>e si\u00e8cle), pamphlet. <em>\u00c9tude sur la vie et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1894), Charles Petit-Dutaillis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Rois, ne vous confiez mie\u00a0\/ \u00c0 la gent de femmenie\u00a0\/ Mais faites plut\u00f4t appeler\u00a0\/ Ceux qui savent armes porter.\u00a0\u00bb<br>Hugues de la Fert\u00e9 et Hugues de Lusignan sont auteurs de couplets cinglants contre Blanche de Castille, r\u00e9gente \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1226), d\u00e9test\u00e9e des grands vassaux et assez forte pour les mater. Pressentant leur fronde, elle fit sacrer \u00e0 Reims son fils Louis (11\u00a0ans), futur saint Louis, sans attendre que tous les grands barons soient r\u00e9unis.<\/p>\n<p>En 1234, les deux Hugues, soutenus par le roi d\u2019Angleterre, participent avec Raymond <span class=\"caps\">VII<\/span> de Toulouse \u00e0 une r\u00e9volte f\u00e9odale. L\u2019aventure se terminera par la soumission des vassaux, et la tr\u00eave sign\u00e9e avec le roi d\u2019Angleterre. La France sort plus grande et renforc\u00e9e, apr\u00e8s les dix ans de r\u00e9gence de cette femme qui a toutes les qualit\u00e9s (et les d\u00e9fauts) des grands hommes politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 qui se pourront d\u00e9sormais<br>Les pauvres gens clamer<br>Quand le bon roi est mort<br>Qui tant sut les aimer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"225\" class=\"cit-num\">225<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte sur la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1270). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em> (1901), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les vertus unanimement reconnues de ce roi conduiront \u00e0 sa rapide canonisation par le pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Il faut des rois de transition, entre les grands rois. Et le r\u00e8gne du successeur (Philippe le Hardi) commence mal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Temps de douleur et de tentation.<br>\u00c2ge de pleur, d\u2019envie et de tourment.<br>Temps de langueur et de damnation.<br>\u00c2ge mineur, pr\u00e8s du d\u00e9finement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"264\" class=\"cit-num\">264<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eustache <span class=\"caps\">DESCHAMPS<\/span> (vers 1346-vers 1406).<em> Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1987), Georges Duby, Jacqueline Beaujeu-Garnier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9cuyer, magistrat, diplomate et po\u00e8te prolixe (quelque 80\u00a0000 vers \u00e0 son actif), inventeur de la ballade \u2013\u00a0ou du moins l\u2019un des meilleurs pr\u00e9curseurs du genre\u00a0\u2013, il \u00e9voque ici en quatre vers les horreurs de cette \u00ab\u00a0guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb qui va ravager la France, \u00e0 partir de 1337 et pendant plus d\u2019un si\u00e8cle. C\u2019est l\u2019une des p\u00e9riodes les plus sombres de l\u2019histoire et la guerre n\u2019est pas seule en cause. Au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle r\u00e9apparaissent des probl\u00e8mes qu\u2019on croyait r\u00e9gl\u00e9s\u00a0: \u00e9pid\u00e9mies mortelles (dipht\u00e9rie, oreillons, scarlatine), disettes ou famines.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/charles_orleans.jpg\" alt=\"charles orl\u00e9ans\" title=\"charles orl\u00e9ans\" width=\"400\" height=\"355\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paix est tr\u00e9sor qu\u2019on ne peut trop louer.<br>Je hais guerre, point ne doit la priser.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"266\" class=\"cit-num\">266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1394-1465), <em>Ballade<\/em>, vers 1430. <em>Histoire de la langue fran\u00e7aise jusqu\u2019\u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1881), Arthur Loiseau.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce prince, petit-fils de Charles\u00a0V et p\u00e8re du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>, prisonnier \u00e0 Azincourt en 1415, demeura vingt-cinq ans captif en Angleterre, faute de pouvoir payer sa ran\u00e7on, tous ses proches \u00e9tant morts\u00a0! \u00ab\u00a0Les chansons les plus fran\u00e7aises que nous ayons furent \u00e9crites par Charles d\u2019Orl\u00e9ans. Notre B\u00e9ranger du <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, tenu si longtemps en cage, n\u2019en chanta que mieux\u00a0\u00bb (Jules Michelet, <em>Histoire de France<\/em>). C\u2019est dire la vertu d\u2019un \u00ab\u00a0confinement\u00a0\u00bb bien employ\u00e9.<\/p>\n<p>Ces vers disent surtout un d\u00e9sir de paix qui se retrouve dans les deux camps et dans toutes les classes de la population. Mais la paix d\u2019Arras (1435) laisse \u00ab\u00a0sans emploi\u00a0\u00bb les bandes de mercenaires. Voici revenu le temps des Grandes Compagnies, des routiers, des \u00e9corcheurs qui s\u00e8ment d\u00e9sordre et terreur. Une \u00e9pid\u00e9mie de peste d\u00e9cime la population, puis c\u2019est la famine. Et la guerre de Cent Ans avec les Anglais n\u2019est pas finie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, gagne-petit, je t\u2019aime, curieux homme.<br>Cher marchand de marrons, que tu sus bien tirer les marrons de Bourgogne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"276\" class=\"cit-num\">276<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">FORT<\/span> (1872-1960), <em>Ballades fran\u00e7aises<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0prince des po\u00e8tes\u00a0\u00bb (titre donn\u00e9 \u00e0 un po\u00e8te \u00e9lu des si\u00e8cles durant et selon les r\u00e8gles \u00e0 la mort de son pr\u00e9d\u00e9cesseur) donne ce raccourci des relations entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et son cousin le duc de Bourgogne, Charles le T\u00e9m\u00e9raire\u00a0: \u00e0 sa mort, il rattachera son duch\u00e9 \u00e0 la couronne de France. Le duc qui d\u00e9testait ce roi le surnomma (vers 1470) l\u2019\u00ab\u00a0universelle aragne\u00a0\u00bb (araign\u00e9e).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vainqueur de gens et conqu\u00e9reur de terre, le plus vaillant qui onques fut en vie,<br>Chacun pour vous doit noir v\u00eatir et querre [chercher].<br>Pleurez, pleurez, fleur de la chevalerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"315\" class=\"cit-num\">315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eustache <span class=\"caps\">DESCHAMPS<\/span> (vers 1346-vers 1406), <em>Ballade sur le tr\u00e9pas de Bertrand Du Guesclin<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capitaine, puis conn\u00e9table, du Guesclin incarna le sentiment patriotique naissant. D\u2019une laideur remarquable et d\u2019une brutalit\u00e9 qui fit la honte de sa famille, il gagna le respect de la noblesse, par son courage, sa force et sa ruse, pour devenir le type du parfait chevalier, h\u00e9ros populaire dont po\u00e8mes et chansons c\u00e9l\u00e8brent les hauts faits. Cette ballade est l\u2019\u0153uvre la plus connue d\u2019Eustache Deschamps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais o\u00f9 sont les neiges d\u2019antan\u00a0? [\u2026]<br>Et Jeanne la bonne Lorraine<br>Qu\u2019Anglais br\u00fbl\u00e8rent \u00e0 Rouen\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"350\" class=\"cit-num\">350<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">VILLON<\/span> (vers 1431-1463),<em> Le Grand Testament<\/em>, Ballade des dames du temps jadis (1462)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des premiers po\u00e8tes \u00e0 rendre hommage \u00e0 Jeanne d\u2019Arc, Villon, n\u00e9 (vraisemblablement) l\u2019ann\u00e9e de sa mort. Sa vie rel\u00e8ve de la l\u00e9gende, mauvais gar\u00e7on plusieurs fois condamn\u00e9 \u00e0 la prison et \u00e0 la pendaison, dont l\u2019\u0153uvre tr\u00e8s difficile \u00e0 lire (pour la forme et le fond) est maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e. Six si\u00e8cles plus tard, Georges Brassens fera une chanson de cette ballade.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9jouis-toi, franc royaume de France.<br>\u00c0 pr\u00e9sent, Dieu pour toi combat\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"357\" class=\"cit-num\">357<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1391-1465), bataille de Formigny, 18\u00a0avril 1450. <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le captif a enfin retrouv\u00e9 la libert\u00e9. Les Anglais ont rompu la tr\u00eave de Tours, ayant pris Foug\u00e8res, et n\u2019ont pas tenu leur parole d\u2019\u00e9vacuer Le\u00a0Mans. Le Conseil royal autorise la guerre \u00e0 outrance. C\u2019est la reconqu\u00eate de la Normandie. La victoire de la nouvelle arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Formigny a un immense retentissement dans le pays\u00a0: 4\u00a0000 tu\u00e9s ou bless\u00e9s, 1\u00a0200 prisonniers anglais, et seulement 12 morts fran\u00e7ais. C\u2019est le \u00ab\u00a0d\u00e9but de la fin\u00a0\u00bb de la guerre de Cent Ans et la chevauch\u00e9e du roi \u00e0 la reconqu\u00eate de son royaume, apr\u00e8s l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Jeanne d\u2019Arc qui l\u2019a d\u00e9j\u00e0 bien aid\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et quand Anglais furent dehors<br>Chacun se mit en ses efforts<br>De b\u00e2tir et de marchander<br>Et en biens superabonder.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"359\" class=\"cit-num\">359<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">LEDOYEN<\/span> (vers 1460-vers 1540), <em>Chronique rim\u00e9e de Guillaume Ledoyen, notaire \u00e0 Laval au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em>. <em>Le Sentiment national dans la guerre de Cent Ans<\/em> (1928), Georges Grosjean.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1553. La Guerre de Cent Ans est finie depuis un si\u00e8cle exactement. Les Anglais ont abandonn\u00e9 toutes leurs possessions sur le continent (Calais except\u00e9). La France respire, la confiance revient, et l\u2019ardeur au travail. Les imp\u00f4ts permanents et l\u2019arm\u00e9e permanente, \u00e0 la fois symboles et moyens d\u2019un \u00c9tat reconstitu\u00e9, vont permettre de r\u00e9tablir l\u2019ordre dans les villes et les campagnes. Malgr\u00e9 cela, la d\u00e9pression \u00e9conomique commune \u00e0 tout l\u2019Occident freine la reprise \u00e9conomique pendant plus d\u2019un quart de si\u00e8cle. La liquidation de la guerre de Cent Ans et le rel\u00e8vement de la France occuperont trois g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Calais, apr\u00e8s trois cent quarante jours de si\u00e8ge,<br>Fut sur Valois vaincu conquis par les Anglais\u00a0;<br>Quand le plomb flottera sur l\u2019eau comme le li\u00e8ge<br>Les Valois reprendront sur les Anglais Calais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"367\" class=\"cit-num\">367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription plac\u00e9e par les Anglais sur la citadelle de Calais, 23\u00a0juin 1462. <em>L\u2019Interm\u00e9diaire des chercheurs et curieux<\/em>, nos 475 \u00e0 485 (1991)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Calais est le seul point du territoire rest\u00e9 aux Anglais, \u00e0 la fin de la guerre de Cent Ans. La reine d\u2019Angleterre, Marguerite d\u2019Anjou, femme d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> devenu fou, se r\u00e9fugie en France et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> obtient d\u2019elle que soit d\u00e9sign\u00e9 comme gouverneur de Calais un homme \u00e0 sa d\u00e9votion. Mais les Anglais, qui ont mis pr\u00e8s d\u2019un an \u00e0 conqu\u00e9rir Calais, n\u2019entendent pas la c\u00e9der si facilement. Ils garderont cette ville jusqu\u2019en 1558.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/clement_marot.jpg\" alt=\"cl\u00e9ment marot\" title=\"cl\u00e9ment marot\" width=\"250\" height=\"296\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez, voyez tout \u00e0 la ronde<br>Comment le monde rit au monde,<br>Ainsi est-il en sa jeunesse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"386\" class=\"cit-num\">386<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">MAROT<\/span> (1496-1544), <em>Colloque de la Vierge m\u00e9prisant le mariage<\/em> (publication posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Renaissance succ\u00e8s aux mille ans de Moyen \u00c2ge\u00a0:\u00a0 c\u2019est l\u2019aube des temps nouveaux, appel\u00e9e par les historiens le \u00ab\u00a0beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u00a0: de\u00a01480 \u00e0\u00a01560. Salu\u00e9 par Marot, aimable po\u00e8te et courtisan, et nombre de contemporains\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4\u00a0si\u00e8cle\u00a0! les lettres fleurissent, les esprits se r\u00e9veillent, c\u2019est une joie de vivre\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019exclame l\u2019humaniste Ulrich de Hutten. Seule r\u00e8gle morale de l\u2019abbaye de Th\u00e9l\u00e8me ch\u00e8re \u00e0 Rabelais\u00a0: \u00ab\u00a0Fais ce que voudras.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Grec vanteur la Gr\u00e8ce vantera<br>Et l\u2019Espagnol l\u2019Espagne chantera<br>L\u2019Italien les Itales fertiles,<br>Mais moi, Fran\u00e7ois, la France aux belles villes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"388\" class=\"cit-num\">388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), Hymne de France (1555-1556)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jeune \u00ab\u00a0\u00e9cuyer d\u2019\u00e9curie\u00a0\u00bb entre dans la carri\u00e8re des lettres et va devenir le plus illustre po\u00e8te de cette Renaissance culturellement tr\u00e8s riche. L\u2019\u00e9loge de la France est un th\u00e8me classique, l\u2019expression d\u2019un sentiment national profond, sensible en d\u2019autres lieux, mais plus intense en cette terre b\u00e9nie des dieux, faite d\u2019\u00e9quilibre et de charme. Le danger revenu avec les guerres \u00e9trang\u00e8res et civiles, Ronsard passera aux <em>Discours<\/em> enflamm\u00e9s d\u2019une litt\u00e9rature engag\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/joachim_du_bellay.jpg\" alt=\"Joachim du BELLAY \" title=\"Joachim du BELLAY \" width=\"250\" height=\"343\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"390\" class=\"cit-num\">390<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560), <em>Les Regrets<\/em> (1558)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un po\u00e8te patriote, inspir\u00e9 par l\u2019amour du pays et renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re militaire pour les vers. La fameuse trilogie \u00ab\u00a0des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb r\u00e9sume l\u2019histoire de cette \u00e9poque si riche et contrast\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Le dialogue tour \u00e0 tour sanglant et serein qu\u2019on appela Renaissance\u00a0\u00bb (Malraux, <em>Les Voix du silence<\/em>). \u00ab\u00a0L\u2019aimable mot de Renaissance ne rappelle aux amis du beau que l\u2019av\u00e8nement d\u2019un art nouveau et le libre essor de la fantaisie\u00a0; pour l\u2019\u00e9rudit, c\u2019est la r\u00e9novation des \u00e9tudes de l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0; pour les l\u00e9gistes, le jour qui commence \u00e0 luire sur le discordant chaos de nos vieilles coutumes\u00a0\u00bb (Michelet, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez comme un bon Prince amoureux de la gloire,<br>Et faites que de vous se remplisse une histoire,<br>Du temps victorieux, vous faisant immortel,<br>Comme Charles le Grand [Charlemagne] ou bien Charles Martel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"399\" class=\"cit-num\">399<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant renonc\u00e9 \u00e0 la carri\u00e8re des armes et \u00e0 la diplomatie pour cause de surdit\u00e9 pr\u00e9coce, Ronsard est \u00e9lut prince des po\u00e8tes, devenant aussi le po\u00e8te des princes, sans \u00eatre jamais bassement courtisan. Sinc\u00e8rement patriote, il \u00e9labore un art de gouverner \u00e0 l\u2019intention du roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, alors \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une amiti\u00e9 trop br\u00e8ve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que dit-on \u00e0 la cour, que fait-on \u00e0 Paris\u00a0?<br>Quels seigneurs y voit-on, et quelles damoiselles\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"400\" class=\"cit-num\">400<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier de <span class=\"caps\">MAGNY<\/span> (vers 1529-vers 1561), Les Soupirs (1557)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te de cour et secr\u00e9taire d\u2019ambassadeur \u00e0 Rome, il \u00ab\u00a0soupire\u00a0\u00bb apr\u00e8s Paris, chant\u00e9 de m\u00eame par Robert Garnier dans <em>Bradamante\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0La douceur et l\u2019amour\u00a0\/ La richesse et l\u2019honneur font \u00e0 Paris s\u00e9jour.\u00a0\u00bb Jean Bertaut, autre po\u00e8te de cour, dans son <em>Cantique<\/em> en forme de confession, parle de \u00ab\u00a0cette ville sans pair, cet abr\u00e9g\u00e9 de France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La mode parisienne, d\u00e9j\u00e0, fait prime dans le beau monde et le monde tout court, notamment chez les Anglais qui ne sont plus nos ennemis num\u00e9ro un, depuis l\u2019av\u00e8nement de Charles Quint. La cour, v\u00e9ritable instrument de r\u00e8gne, est une ville de plus de 15\u00a0000 personnes, itin\u00e9rante entre Val de Loire, Fontainebleau et Paris (Louvre) qui retrouve la faveur du souverain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seigneur, je ne saurais regarder d\u2019un bon \u0153il<br>Ces vieux Singes de Cour qui ne savent rien faire,<br>Sinon en leur marcher les Princes contrefaire,<br>Et se v\u00eatir, comme eux, d\u2019un pompeux appareil.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"401\" class=\"cit-num\">401<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560), <em>Les Regrets<\/em> (1558)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te courtisan, il fustige ainsi les courtisans trop serviles\u00a0: \u00ab\u00a0Si leur ma\u00eetre se moque, ils feront le pareil\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire\u00a0:\u00a0\/ Plut\u00f4t auront-ils vu, afin de lui complaire,\u00a0\/ La lune en plein midi, \u00e0 minuit le soleil.\u00a0\u00bb Au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, La Fontaine en ses <em>Fables<\/em> reprend la m\u00e9taphore\u00a0: \u00ab\u00a0Peuple cam\u00e9l\u00e9on, peuple singe du ma\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb Autres temps, m\u00eames m\u0153urs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plaise au roi de me donner cent livres<br>Pour acheter livres et vivres.<br>De livres je me passerais<br>Mais de vivres je ne saurais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"402\" class=\"cit-num\">402<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">MAROT<\/span> (1496-1544), Quatrain \u00e0 Fran\u00e7ois\u00a0Ier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te de cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> et de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, \u00e9galement \u00ab\u00a0valet de chambre\u00a0\u00bb de la s\u0153ur du roi, Marguerite, future reine de Navarre, Marot vit de m\u00e9c\u00e9nat comme ses confr\u00e8res et se bat \u00e0 coups de vers pour sa place au soleil. Les temps ne sont pas faciles\u00a0: il conna\u00eetra plusieurs fois la prison royale et l\u2019exil genevois, pour ses m\u0153urs (l\u00e9g\u00e8res) et ses id\u00e9es (protestantes).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux de si\u00e8cle en si\u00e8cle au monde publier<br>D\u2019une plume de fer sur un papier d\u2019acier,<br>Que ses propres enfants l\u2019ont prise et d\u00e9v\u00eatue, <br>Et jusques \u00e0 la mort vilainement battue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"412\" class=\"cit-num\">412<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Continuation du discours des mis\u00e8res de ce temps<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te des c\u00e9l\u00e8bres <em>Discours<\/em> se jette dans la m\u00eal\u00e9e pour parler de la France en peine, en proie aux horreurs de la guerre civile qui ne fait pourtant que commencer. Fid\u00e8le \u00e0 la foi catholique, il s\u2019en prend aux protestants tenus pour responsables des troubles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle de la Renaissance et du r\u00eave italien, la France des guerres de Religion sombre dans le cauchemar de l\u2019anarchie, de la haine et du fanatisme\u00a0: tous les Grands du royaume seront impliqu\u00e9s, et nombre d\u2019entre eux mourront en combattant, ou assassin\u00e9s \u2013 jusqu\u2019au roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, en 1589.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvent femme varie<br>Bien fol est qui s\u2019y fie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"446\" class=\"cit-num\">446<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547). <em>Vie des Dames galantes<\/em>, extraites des <em>M\u00e9moires<\/em> de Brant\u00f4me<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Brant\u00f4me, abb\u00e9 la\u00efc et chroniqueur du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, nous donne \u00e0 voir le roi chevalier \u00e9crivant ces mots, sur le c\u00f4t\u00e9 d\u2019une fen\u00eatre au ch\u00e2teau de Chambord. M\u00eame le roi de France versifie \u00e0 ses heures,<\/p>\n<p>Le jeune et beau Fran\u00e7ois d\u00e9laisse son \u00e9pouse Claude de France, boiteuse et laide, mais tr\u00e8s populaire, lui faisant quand m\u00eame deux fils, Fran\u00e7ois mort jeune et le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. Dernier Roi-Chevalier, il va multiplier les aventures. Michelet donne ce portrait du roi dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Les femmes, la guerre \u2013 la guerre pour plaire aux femmes. Il proc\u00e8de d\u2019elles enti\u00e8rement. Les femmes le firent tout ce qu\u2019il fut, et le d\u00e9firent aussi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Remarque pertinente, si l\u2019on se rappelle l\u2019importance de sa m\u00e8re Louise de Savoie et de sa s\u0153ur Marguerite d\u2019Angoul\u00eame, ou de favorites influentes comme la duchesse d\u2019\u00c9tampes, et les multiples ma\u00eetresses qui, \u00e0 la fin de sa vie, lui donn\u00e8rent la v\u00e9role \u2013 le fameux \u00ab\u00a0abc\u00e8s\u00a0\u00bb dont il mourra.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vaincu je fus et rendu prisonnier.<br>Parmi le camp en tous lieux fus men\u00e9.<br>Pour me montrer, \u00e7a et l\u00e0 promen\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"458\" class=\"cit-num\">458<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547). <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, <\/em>R\u00e9forme (1855), Jules Michelet.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi de France se fait po\u00e8te, mais sur un tout autre ton, apr\u00e8s la d\u00e9faite de Pavie. Il est en prison \u00e0 Madrid, quand ses conseillers viennent le voir. Il va falloir se d\u00e9cider \u00e0 signer l\u2019inacceptable trait\u00e9 impos\u00e9 par l\u2019empereur Charles Quint.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sus donc Paris regarde quel doit \u00eatre<br>Ton heur futur, en adorant ton ma\u00eetre,<br>Ton nouveau Dieu, dont la divinit\u00e9<br>T\u2019enrichira d\u2019une immortalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"480\" class=\"cit-num\">480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Entr\u00e9e du Roi Tr\u00e8s-Chr\u00e9tien Henry <span class=\"caps\">II<\/span> \u00e0 Paris, l\u2019an 1549<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0prince des po\u00e8tes\u00a0\u00bb \u00e9crit ces vers pour l\u2019Entr\u00e9e du nouveau roi.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> est plus aust\u00e8re que son p\u00e8re Fran\u00e7ois\u00a0Ier, sa cour sera moins brillante, mais le prestige du monarque est exalt\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re. Les Entr\u00e9es solennelles dans les villes sont l\u2019occasion de f\u00eates \u00e0 l\u2019italienne, avec arcs de triomphe, statues \u00e0 l\u2019antique, pyramides et ob\u00e9lisques, tout un paysage urbain s\u2019inspirant des anciens triomphes de Rome. Et les meilleurs po\u00e8tes rivalisent pour honorer le roi qui fait figure d\u2019Hercule gaulois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ronsard.jpg\" alt=\"ronsard\" title=\"ronsard\" width=\"250\" height=\"287\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais comme un Roi chr\u00e9tien est doux et d\u00e9bonnaire,<br>Et comme son enfant duquel il a souci,<br>Vrai p\u00e8re, aime son peuple et sa Noblesse aussi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"489\" class=\"cit-num\">489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Exhortation au camp du roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> pour bien combattre le jour de la bataille<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Politique et po\u00e9sie se marient ais\u00e9ment, tous la Renaissance.<\/p>\n<p>Ronsard est (depuis octobre\u00a01558) aum\u00f4nier ordinaire et conseiller du roi dont il est ami d\u2019enfance. Prince des po\u00e8tes, devenu po\u00e8te des princes, il sera richement pensionn\u00e9 pour fournir la cour en po\u00e9sies de circonstances \u2013 ce qui nuit parfois \u00e0 son g\u00e9nie po\u00e9tique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De l\u00e0 vient le discord sous lequel nous vivons,<br>De l\u00e0 vient que le fils fait la guerre \u00e0 son p\u00e8re,<br>La femme \u00e0 son mari, et le fr\u00e8re \u00e0 son fr\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"503\" class=\"cit-num\">503<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Discours des mis\u00e8res de ce temps, Remontrance au peuple de France<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te des princes est \u00e0 pr\u00e9sent prot\u00e9g\u00e9 par Michel de L\u2019Hospital.<\/p>\n<p>Le massacre de Wassy est l\u2019acte\u00a0I des grandes \u00ab\u00a0mis\u00e8res de ce temps\u00a0\u00bb, qui inspirent ses <em>Discours<\/em> au patriotisme \u00e9corch\u00e9 vif et font de ce fervent catholique un auteur engag\u00e9.<\/p>\n<p>Le 1er\u00a0mars 1562, Fran\u00e7ois de Guise et ses gens, revenant de Lorraine, voient des protestants au pr\u00eache dans la ville de Wassy \u2013 pratique interdite par l\u2019\u00e9dit de janvier. Ils foncent dans la foule au son des trompettes. Bilan\u00a0: 74 morts et une centaine de bless\u00e9s. C\u2019est la \u00ab\u00a0premi\u00e8re Saint-Barth\u00e9lemy\u00a0\u00bb, mais les massacres de huguenots se suivent et se ressemblent dramatiquement \u00e0 Sens et \u00e0 Tours, dans le Maine et l\u2019Anjou.<\/p>\n<p>Ainsi commence la premi\u00e8re des huit guerres de Religion \u2013 trente-six ann\u00e9es de guerre civile, presque sans r\u00e9pit, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dit de Nantes (1598) sign\u00e9 par Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ce n\u2019est pas tout que d\u2019\u00eatre Roi de France,<br>Il faut que la vertu honore votre enfance\u00a0:<br>Un Roi sans la vertu porte le sceptre en vain,<br>Qui ne lui sert sinon d\u2019un fardeau dans la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"505\" class=\"cit-num\">505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te esquisse un plan d\u2019\u00e9ducation en alexandrins, puis passe \u00e0 l\u2019art de gouverner et aux devoirs d\u2019un roi \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans, dans une France d\u00e9chir\u00e9e par la guerre civile. L\u2019auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de la Pl\u00e9iade adopte un ton de g\u00e9n\u00e9reuse gravit\u00e9 et de sollicitude inqui\u00e8te, qui tranche sur les vers galants et l\u2019\u00e9picurisme de l\u2019<em>Ode \u00e0 Cassandre<\/em> (\u00ab\u00a0Mignonne, allons voir si la rose\u2026\u00a0\u00bb) ou plus tard des <em>Sonnets pour H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (\u00ab\u00a0Quand vous serez bien vieille, le soir \u00e0 la chandelle\u2026\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, tomb\u00e9 litt\u00e9ralement sous le charme de Ronsard, lui am\u00e9nagera un appartement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son palais.<\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire, d\u2019autres grands noms des lettres seront pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des princes ou dauphins et prendront cette t\u00e2che fort \u00e0 c\u0153ur, comme Bossuet et F\u00e9nelon au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais ces nouveaux Chr\u00e9tiens qui la France ont pill\u00e9e,<br>Vol\u00e9e, assassin\u00e9e, \u00e0 force d\u00e9pouill\u00e9e,<br>Et de cent mille coups tout l\u2019estomac battu,<br>Comme si brigandage \u00e9tait une vertu,<br>Vivent sans ch\u00e2timent, et \u00e0 les ou\u00efr dire,<br>C\u2019est Dieu qui les conduit, et ne s\u2019en font que rire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"506\" class=\"cit-num\">506<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585),<em> Continuation du discours des mis\u00e8res de ce temps<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ronsard, ardent catholique, s\u2019en prend dans ce nouveau <em>Discours<\/em> aux protestants, rebelles au pouvoir royal et selon lui responsables des troubles. Il pleure sur la France comme sur une \u00ab\u00a0pauvre femme atteinte de la mort\u00a0\u00bb qui lui appara\u00eet en image. Il l\u2019apostrophe\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 princesse,\u00a0\/ Qui presque de l\u2019Europe as \u00e9t\u00e9 la ma\u00eetresse,\u00a0\/ M\u00e8re de tant de rois, conte-moi ton malheur,\u00a0\/ Et dis-moi je te prie, d\u2019o\u00f9 te vient ta douleur\u00a0\u00bb. Il la d\u00e9crit, si mis\u00e9rable\u00a0: \u00ab\u00a0Son sceptre lui pendait, et sa robe sem\u00e9e\u00a0\/ De fleurs de lis \u00e9tait en cent lieux entam\u00e9e\u00a0;\u00a0\/ Son poil \u00e9tait hideux, son \u0153il h\u00e2ve et profond,\u00a0\/ Et nulle majest\u00e9 ne lui haussait le front.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le po\u00e8te est ici proph\u00e8te des malheurs de son pays. De 1562 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abjuration d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (en 1593), la litt\u00e9rature aristocratique aussi bien que populaire ne cessera de s\u2019attendrir sur la France et son destin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme corbeaux acharnez,<br>Sur ce corps mort vous venez.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"513\" class=\"cit-num\">513<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">YVER<\/span> (vers 1548-vers 1572), <em>Complainte sur les mis\u00e8res de la guerre civile<\/em> (1570)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019anarchie int\u00e9rieure permet aux \u00e9trangers de s\u2019immiscer dans les affaires de la France.<\/p>\n<p>Ainsi, en 1562, les r\u00e9form\u00e9s fran\u00e7ais (protestants) ont fait alliance avec \u00c9lisabeth\u00a0Ire\u00a0et Le\u00a0Havre a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 aux Anglais. En 1568, les huguenots (autre nom des protestants) n\u2019ont obtenu la paix de Longjumeau (mettant fin \u00e0 la deuxi\u00e8me guerre de Religion de fa\u00e7on honorable pour eux) que gr\u00e2ce au renfort des re\u00eetres et lansquenets men\u00e9s par le fils de l\u2019\u00c9lecteur palatin. Les Guise \u00e9tant soutenus par les Espagnols \u00e0 partir de 1584, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> devra lui-m\u00eame faire appel en d\u00e9but de r\u00e8gne \u00e0 l\u2019Angleterre, aux Provinces-Unies et aux princes allemands.<\/p>\n<p>Les patriotes fran\u00e7ais s\u2019inqui\u00e8tent \u00e0 juste titre de cette faiblesse de la France qui fait le jeu et la force de ses voisins.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je puis donner la mort,<br>Toi l\u2019immortalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"517\" class=\"cit-num\">517<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 Ronsard\u00a0: <em>Ton esprit est, Ronsard\u2026<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8me royal commence ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Ton esprit est, Ronsard, plus gaillard que le mien\u00a0;\u00a0\/ Mais mon corps est plus jeune et plus fort que le tien\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rendant hommage au po\u00e8te engag\u00e9 et enflamm\u00e9 des <em>Discours<\/em>, il continue\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019art de faire des vers, d\u00fbt-on s\u2019en indigner,\u00a0\/ Doit \u00eatre \u00e0 plus haut prix que celui de r\u00e9gner.\u00a0\/ Tous deux \u00e9galement nous portons des couronnes\u00a0;\u00a0\/ Mais roi, je la re\u00e7us\u00a0; po\u00e8te, tu la donnes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le jeune roi se sait malade et mourra bient\u00f4t de la tuberculose. Ronsard va conna\u00eetre une demi-disgr\u00e2ce.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bien qu\u2019il meure en jeunesse, il a beaucoup v\u00e9cu.<br>Si sa Royaut\u00e9 fut de peu d\u2019\u00e2ge suivie,<br>L\u2019\u00e2ge ne sert de rien, les gestes font la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"539\" class=\"cit-num\">539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Le Tombeau du feu Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> \u2013 \u00e9pitaphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8re victime de la Saint-Barth\u00e9lemy, le roi meurt un mois avant ses 24\u00a0ans, le 30\u00a0mai 1574. La tuberculose familiale fait des ravages chez les fils de Catherine de M\u00e9dicis, mais le remords d\u2019avoir donn\u00e9 l\u2019ordre du massacre (qui lui fut arrach\u00e9 par sa m\u00e8re) hanta les jours et les nuits du jeune roi et h\u00e2ta sa fin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux peindre la France une m\u00e8re afflig\u00e9e,<br>Qui est, entre ses bras, de deux enfants charg\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"545\" class=\"cit-num\">545<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630), <em>Les Tragiques<\/em> (1616)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moin \u00e0 8\u00a0ans des horreurs de la guerre civile qui commence \u00e0 d\u00e9chirer le pays et jurant \u00e0 son p\u00e8re calviniste de venger les pendus d\u2019Amboise en 1560, il mourra \u00e0 78\u00a0ans, sous le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>. Combattant aussi farouche l\u2019\u00e9p\u00e9e ou la plume \u00e0 la main, il entreprend cette \u00e9pop\u00e9e de la foi en 1577 \u2013 long po\u00e8me de sept livres, publi\u00e9 en 1616, quand le fond et la forme en appara\u00eetront totalement anachroniques. Cri de haine contre les catholiques, hymne \u00e0 la gloire des protestants, chant d\u2019amour \u00e0 la France incarn\u00e9e en femme.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e 1577, la France vit sa sixi\u00e8me guerre de Religion. Parti catholique et parti protestant se sont \u00e9galement renforc\u00e9s, structur\u00e9s, au point que nul ne peut vraiment l\u2019emporter. La paix de Bergerac ne sera que provisoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivez, si m\u2019en croyez, n\u2019attendez \u00e0 demain\u00a0:<br>Cueillez d\u00e8s aujourd\u2019hui les roses de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"546\" class=\"cit-num\">546<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>Sonnet \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1578)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te s\u2019est retir\u00e9 de la cour apr\u00e8s la mort de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> le nouveau roi ayant ramen\u00e9 de Pologne son po\u00e8te favori, le jeune Desportes.<\/p>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 l\u2019engagement politique, le prince des po\u00e8tes chante ici une fille d\u2019honneur de Catherine de M\u00e9dicis, H\u00e9l\u00e8ne de Surg\u00e8res, aussi remarquable en beaut\u00e9 qu\u2019en vertu et en intelligence, inconsolable d\u2019avoir perdu son fianc\u00e9 dans une guerre de Religion en 1570. La reine invite Ronsard \u00e0 l\u2019immortaliser.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit d\u2019abord \u00ab\u00a0par ordre\u00a0\u00bb, puis reprend go\u00fbt \u00e0 ce genre p\u00e9trarquiste, comme \u00e0 l\u2019amour qui lui inspire alors ses plus beaux po\u00e8mes, \u00e0 l\u2019automne de sa vie\u00a0: <em>les Amours d\u2019H\u00e9l\u00e8ne<\/em>. Ce \u00ab\u00a0<em>carpe diem<\/em>\u00a0\u00bb inspir\u00e9 de l\u2019Antiquit\u00e9 est symbolique du style de la Renaissance et de tout ce si\u00e8cle si press\u00e9 de vivre, de \u00ab\u00a0jouir ou tuer\u00a0\u00bb (Jules Michelet), aussi obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de la mort qu\u2019enchant\u00e9 par l\u2019amour. Ronsard mourra le 27\u00a0d\u00e9cembre 1585 \u00e0 Saint-Cosme. Deux mois plus tard, \u00e0 Paris, le po\u00e8te des Princes aura droit \u00e0 des fun\u00e9railles solennelles, premier po\u00e8te fran\u00e7ais \u00e0 \u00eatre ainsi honor\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand ce dur printemps je vois<br>Je connais toute malheuret\u00e9 au monde<br>Je ne vois que toute erreur et horreur<br>Courir ainsi que fait l\u2019onde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"557\" class=\"cit-num\">557<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Chanson du Printemps retourn\u00e9<\/em> (vers 1586). Anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson reprend le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me de Ronsard\u00a0: \u00ab\u00a0Quand ce beau printemps je vois\u2026\u00a0\u00bb Et elle d\u00e9tourne les vers. C\u2019en est fini de ce temps (qui n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas si calme). La Ligue s\u00e8me le vent et va r\u00e9colter la temp\u00eate, cependant que la litt\u00e9rature s\u2019apitoie sur la France \u00e0 nouveau d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu nous rendras alors nos douces destin\u00e9es,<br>Nous ne reverrons plus ces f\u00e2cheuses ann\u00e9es<br>Qui pour les plus heureux n\u2019ont produit que des pleurs.<br>Toute sorte de biens comblera nos familles\u00a0;<br>La moisson de nos champs lassera les faucilles,<br>Et les fruits passeront la promesse des fleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"587\" class=\"cit-num\">587<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Pri\u00e8re pour le Roi Henri le Grand allant en Limousin<\/em> (1605)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9bellion gronde toujours chez les Grands, cependant que le pays a tant besoin de la paix\u00a0! Le po\u00e8te, pensionn\u00e9 par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, appelle la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu sur le roi et son \u0153uvre pacificatrice. Alors la France conna\u00eetra l\u2019\u00e2ge d\u2019or. Mais ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un v\u0153u pieux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le preux Henry, le monarque fran\u00e7ois,<br>\u00c0 qui Mars a c\u00e9d\u00e9 tout l\u2019honneur de la guerre,<br>Rien n\u2019importe qu\u2019ici tu n\u2019entendes sa voix<br>Quand le bruit de ses faits remplit toute la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"609\" class=\"cit-num\">609<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Quatrain sous une gravure d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> (1599). \u00ab\u00a0The Politics of Promiscuity\u00a0: Masculinity and Heroic Representation at the Court of Henry <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0\u00bb, Katherine B.\u00a0Crawford, <em>French Historical Studies<\/em> (printemps 2003)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est souvent repr\u00e9sent\u00e9 en chevalier de la Renaissance, galopant, \u00e9p\u00e9e point\u00e9e sur l\u2019ennemi. On le voit aussi en <em>imperator<\/em> romain couronn\u00e9 de lauriers, quand ce n\u2019est pas en Hercule gaulois ou en Atlas portant la Terre. Chaque \u00e9poque a ses symboles et son style po\u00e9tique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La terreur de son nom [le roi] rendra nos villes fortes\u00a0:<br>On n\u2019en gardera plus ni les murs ni les portes,<br>Les veilles cesseront au sommet de nos tours\u00a0;<br>Le fer mieux employ\u00e9 cultivera la terre,<br>Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,<br>Si ce n\u2019est pour danser, n\u2019orra plus de tambours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"655\" class=\"cit-num\">655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Pri\u00e8re pour le Roi Henri le Grand allant en Limousin<\/em> (1605)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces stances saluent Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, partant en Limousin pour y pr\u00e9sider les Grands Jours (session d\u2019un tribunal extraordinaire). L\u2019agitation nobiliaire continue et il va remettre au pas les vassaux du duc de Bouillon qui arment en secret.<\/p>\n<p>Cet hymne \u00e0 la paix est un po\u00e8me de commande\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, charm\u00e9, prend et gardera Malherbe comme po\u00e8te officiel. Quant \u00e0 Bouillon, prince souverain de la ville de Sedan, il se verra imposer une garnison royale (avril\u00a01606).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/francois_de_malherbe.jpg\" alt=\"Fran\u00e7ois de MALHERBE\" title=\"Fran\u00e7ois de MALHERBE\" width=\"250\" height=\"308\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que vivre au si\u00e8cle de Marie,<br>Sans mensonge et sans flatterie,<br>Sera vivre au si\u00e8cle dor\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"666\" class=\"cit-num\">666<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Ode \u00e0 la Reine m\u00e8re du Roi sur les heureux succ\u00e8s de sa r\u00e9gence<\/em> (1610)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te officiel, il s\u2019empresse de saluer l\u2019\u00e2ge d\u2019or et ses nouveaux ma\u00eetres. En fait, la r\u00e9gence de Marie de M\u00e9dicis va se r\u00e9v\u00e9ler catastrophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes c\u2019est \u00e0 l\u2019Espagne \u00e0 produire des Reines<br>Comme c\u2019est \u00e0 la France \u00e0 produire des Rois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"669\" class=\"cit-num\">669<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Sur le mariage du Roi et de la Reine<\/em> (1615)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te officiel versifie imperturbablement. Il salue ici le mariage espagnol\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> \u00e9pouse \u00e0 Bordeaux Anne d\u2019Autriche (fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Espagne et de l\u2019archiduchesse Marguerite d\u2019Autriche). La nuit de noces, devant t\u00e9moins suivant la coutume, se passe mal. Les deux adolescents ont \u00e0 peine 14\u00a0ans et la r\u00e9pulsion de Louis pour l\u2019infante Anne entra\u00eenera une longue inhibition\u00a0: ils n\u2019auront un enfant qu\u2019au bout de vingt-trois\u00a0ans, et il n\u2019est pas s\u00fbr que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> soit le p\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Ce mariage, comme tous les mariages royaux, ob\u00e9it \u00e0 la raison d\u2019\u00c9tat. Il a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 pour faire alliance avec la tr\u00e8s catholique Espagne, dans le cadre de la politique antiprotestante ch\u00e8re \u00e0 la reine m\u00e8re et au parti d\u00e9vot.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion<br>Donner le dernier coup \u00e0 la derni\u00e8re t\u00eate<br>De la R\u00e9bellion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"698\" class=\"cit-num\">698<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span>\u00a0(1555-1628), <em>Po\u00e9sies<\/em>, Ode pour le roi (1628)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La lutte entre pouvoir royal et puissance protestante, cet \u00ab\u00a0\u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb toujours rebelle, se joue au si\u00e8ge de La\u00a0Rochelle. Paradoxe cruel, cette bataille risque d\u2019an\u00e9antir le premier port de France, principale place de course et d\u2019armement, atout majeur pour la politique maritime et coloniale du cardinal, et vrai motif de la guerre avec l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, il faut prendre La\u00a0Rochelle. C\u2019est dans la logique d\u2019une monarchie qui se veut absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00e9galer l\u2019immortel Richelieu<br>Son esprit est divin soit en paix soit en guerre<br>Il s\u2019en parle partout comme d\u2019un demi-Dieu<br>Et lui seul peut suffire \u00e0 gouverner la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"704\" class=\"cit-num\">704<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandrins illustrant une gravure de Le Blond. <em>Le Ch\u00e2teau de Richelieu\u00a0: <span class=\"caps\">XVII<\/span>e-<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cles<\/em> (2009), Marie-Pierre Terrien, Philippe Dien<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Richelieu y figure \u00e0 cheval. L\u2019intelligence et l\u2019ambition du cardinal qui s\u2019est mis au service de la France sont incontestables. On croirait entendre Malherbe, le po\u00e8te \u00e0 la mode\u00a0! Ce style de po\u00e9sie fait partie de la propagande qui, avec la police, devient l\u2019un des moyens de gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis six ans dessus l\u2019F on travaille,<br>Et le destin m\u2019aurait bien oblig\u00e9<br>S\u2019il m\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vivras jusqu\u2019au G.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"719\" class=\"cit-num\">719<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Seigneur de <span class=\"caps\">BOISROBERT<\/span> (1592-1662), <em>\u00c9pigramme sur le Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et abb\u00e9 de cour, \u00ab\u00a0c\u00e9l\u00e8bre par sa faveur aupr\u00e8s du cardinal de Richelieu et par sa fortune\u00a0\u00bb (Voltaire), Boisrobert participe \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1634 (officialis\u00e9e en 1635 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>), \u00e9tant aussi l\u2019un des premiers membres.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9dition (en deux volumes) du dictionnaire para\u00eet en 1694\u00a0: il aura fallu pr\u00e8s de soixante ans. Mais l\u2019Acad\u00e9mie a bien d\u2019autres missions dans l\u2019esprit de son cr\u00e9ateur, Richelieu\u00a0: elle doit c\u00e9l\u00e9brer les victoires des arm\u00e9es du roi et fournir des pol\u00e9mistes \u00e0 gages, dans la guerre de propagande contre l\u2019Espagne et les Pays-Bas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui m\u2019ont voulu perdre ont senti ma puissance,<br>Pour dompter l\u2019Espagnol j\u2019ai ruin\u00e9 la France,<br>Jugez si j\u2019en \u00e9tais ou l\u2019ange ou le d\u00e9mon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"733\" class=\"cit-num\">733<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642). <em>Richelieu, Mazarin, la Fronde et le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1835), Jean Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Scarron, po\u00e8te pensionn\u00e9 comme \u00ab\u00a0malade de la reine\u00a0\u00bb, fait ici parler Richelieu dans sa tombe.<\/p>\n<p>La guerre contre l\u2019Espagne a co\u00fbt\u00e9 cher au pays. Ce fut pourtant l\u2019occasion de r\u00e9former l\u2019administration financi\u00e8re lente et inefficace, aux mains d\u2019\u00ab\u00a0officiers\u00a0\u00bb propri\u00e9taires de leurs charges. Des intendants les remplacent, \u00e0 partir de 1635, pr\u00e9pos\u00e9s aux finances aussi bien qu\u2019\u00e0 la police et la justice. Repr\u00e9sentants du pouvoir royal en province, r\u00e9vocables \u00e0 volont\u00e9, fort diligents pour faire ex\u00e9cuter les ordres du Conseil du roi, ils ont tout pouvoir pour poursuivre les tra\u00eetres et les d\u00e9faitistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet un fameux cardinal<br>Qui fit plus de mal que de bien\u00a0:<br>Le bien qu\u2019il fit, il le fit mal<br>Le mal qu\u2019il fit, il le fit bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"735\" class=\"cit-num\">735<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Isaac de <span class=\"caps\">BENSERADE<\/span> (1612-1691), \u00c9pitaphe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La plus connue des inscriptions fun\u00e9raires et vengeresses qui accueillirent la mort de Richelieu, sign\u00e9e d\u2019un gentilhomme normand, \u00e9crivain pr\u00e9cieux (il n\u2019y a pas que des \u00ab\u00a0Pr\u00e9cieuses ridicules\u00a0\u00bb) et acad\u00e9micien\u00a0fran\u00e7ais que le cardinal avait prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/corneille.jpg\" alt=\"corneille\" title=\"corneille\" width=\"250\" height=\"269\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on parle mal ou bien du fameux cardinal<br>Ma prose ni mes vers n\u2019en diront jamais rien\u00a0:<br>Il m\u2019a fait trop de bien pour en dire du mal,<br>Il m\u2019a fait trop de mal pour en dire du bien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"737\" class=\"cit-num\">737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">CORNEILLE<\/span> (1606-1684), <em>Po\u00e9sies diverses<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, apr\u00e8s le triomphe de ses trois r\u00e9centes trag\u00e9dies (<em>Horace, Cinna, Polyeucte<\/em>), il compose ce quatrain, \u00e0 l\u2019occasion de la mort de Richelieu. Il se rappelle la protection dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, alors qu\u2019il \u00e9tait totalement inconnu et que le cardinal fit ouvrir un second th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Paris (Le Marais, rival de l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne) pour jouer ses premi\u00e8res pi\u00e8ces. Mais il ne peut oublier la m\u00e9chante cabale mont\u00e9e contre lui par le cardinal et la querelle du <em>Cid<\/em> qui s\u2019ensuivit, en 1637.<\/p>\n<p>Le m\u00e9c\u00e9nat artistique, devenu v\u00e9ritable politique culturelle, va encourager les cr\u00e9ateurs dans tous les domaines\u00a0: lettres, th\u00e9\u00e2tre, musique, peinture, architecture. L\u2019art classique nait \u00e0 cette \u00e9poque, contribuant au rayonnement de la France en Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et l\u2019on peut comparer, sans crainte d\u2019\u00eatre injuste,<br>Le si\u00e8cle de Louis au beau si\u00e8cle d\u2019Auguste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"743\" class=\"cit-num\">743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">PERRAULT<\/span> (1628-1703),<em> Le Si\u00e8cle de Louis le Grand<\/em> (1687)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> m\u00e9rite le qualificatif de \u00ab\u00a0Grand\u00a0\u00bb. Il marque son temps de sa forte personnalit\u00e9, par sa politique de prestige et de rayonnement culturel. Incarnant et dirigeant pendant plus de cinquante ans la France du Grand\u00a0Si\u00e8cle, le roi en fait une puissance europ\u00e9enne dont l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u00e9passe celle de l\u2019Italie sous la Renaissance, de l\u2019Espagne d\u2019hier et de l\u2019Angleterre \u00e0 venir. Mais ce r\u00e8gne personnel ne commence qu\u2019en 1661. \u00c0 la mort de son p\u00e8re, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> n\u2019a que 5\u00a0ans et Mazarin, pendant dix-huit ans, gouvernera la France contre vents et mar\u00e9es \u2013 la Fronde sera la pire \u00e9preuve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un vent de Fronde<br>S\u2019est lev\u00e9 ce matin<br>Je crois qu\u2019il gronde<br>Contre le Mazarin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"744\" class=\"cit-num\">744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout-puissant ministre, Mazarin est l\u2019homme d\u2019\u00c9tat le plus durement chansonn\u00e9 de l\u2019histoire de France, durant la Fronde, Scarron \u00e9tant le principal auteur osant signer ses mazarinades. Celle-ci, selon d\u2019autres sources, est \u00e9galement attribu\u00e9e \u00e0 Barillon l\u2019a\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>Le coup de force du Parlement de Paris, exploitant la crise financi\u00e8re et le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral, a mis le feu aux poudres. Car les causes du mouvement sont profondes, \u00e0 la fois politiques, \u00e9conomiques, sociales.<\/p>\n<p>Sous la r\u00e9gence d\u2019Anne d\u2019Autriche et sur fond de guerre \u00e9trang\u00e8re avec l\u2019Espagne, la France fragilis\u00e9e, Paris en t\u00eate, se d\u00e9cha\u00eene dans un tourbillon r\u00e9volutionnaire o\u00f9 les parlements, le peuple et les Grands se relaient. La cible num\u00e9ro un est le cardinal au pouvoir, l\u2019amant (suppos\u00e9) de la Reine, l\u2019Italien (naturalis\u00e9), le parvenu (enrichi), l\u2019homme \u00e0 abattre\u00a0: Mazarin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je voudrais bien \u00e9trangler<br>Notre pute de Reine\u00a0!<br>\u00d4 gu\u00e9, notre pute de Reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"761\" class=\"cit-num\">761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Mazarin, ce bougeron<\/em>, mazarinade. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019attaque directe contre la vie priv\u00e9e est une constante \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: la r\u00e8gle de cet art pamphl\u00e9taire et chansonnier est de ne rien respecter. Les reines pas plus que les rois n\u2019ont de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, au sens moderne du mot. Attaqu\u00e9 en premier, le cardinal d\u00e9test\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, ce bougeron \/ Dit qu\u2019il n\u2019aime pas les cons \/ C\u2019est un sc\u00e9l\u00e9rat \/ C\u2019est un bougre ingrat\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je plains le sort de la Reine\u00a0;<br>Son rang la contraint en tout\u00a0;<br>La pauvre femme ose \u00e0 peine<br>Remuer quand on la f\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"762\" class=\"cit-num\">762<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Frondeur compatissant<\/em>, mazarinade. <em>Nouveau si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ou po\u00e9sies-anecdotes du r\u00e8gne et de la cour de ce prince<\/em> (1793), F.\u00a0Buisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> dont les chansons c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent les insuffisances conjugales, l\u2019on soup\u00e7onne les relations d\u2019Anne d\u2019Autriche avec \u00ab\u00a0Mazarin ce bougeron\u00a0\u00bb. Michelet rapporte, dans son <em>Histoire de France\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Mazarin commen\u00e7a d\u00e8s lors l\u2019\u00e9ducation de la reine, enferm\u00e9 toutes les soir\u00e9es avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d\u2019autre chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret. Anne d\u2019Autriche nia toujours, assurant que Mazarin \u00ab\u00a0n\u2019aimait pas les femmes\u00a0\u00bb, mais elle laissa gouverner le cardinal, mieux qu\u2019elle n\u2019avait jadis laiss\u00e9 r\u00e9gner son royal \u00e9poux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Savez-vous bien la diff\u00e9rence<br>Qu\u2019il y a entre son \u00c9minence<br>Et feu Monsieur le Cardinal\u00a0?<br>La r\u00e9ponse en est toute pr\u00eate\u00a0:<br>L\u2019un conduisait son animal,<br>Et l\u2019autre monte sur sa b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"765\" class=\"cit-num\">765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">C\u00e9sar <span class=\"caps\">BLOT<\/span> (1610-1655), mazarinade. <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un des 6\u00a0500 pamphlets contre Mazarin, exceptionnellement sign\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9minence (Mazarin) succ\u00e8de en mai\u00a01643 au Cardinal (Richelieu). L\u2019\u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et la \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, Anne d\u2019Autriche, par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0pute de reine\u00a0\u00bb. En termes peu galants, cela signifie que la pratique du minist\u00e9riat est reconduite sous la r\u00e9gence, avec l\u2019ancien collaborateur de Richelieu comme principal ministre\u00a0: Mazarin d\u00e9j\u00e0 impopulaire, d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s ton compte rendu<br>Cher Jules, tu seras pendu<br>Au bout d\u2019une vieille potence,<br>Sans remords et sans repentance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"787\" class=\"cit-num\">787<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">SCARRON<\/span> (1610-1660), mazarinade. <em>Po\u00e9sies diverses\u00a0: la mazarinade, Virgile travesti, roman comique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre est aussi accus\u00e9 de \u00ab\u00a0rapine publique, fausse politique et sot gouvernement\u00a0\u00bb. Mais il tient bon.<\/p>\n<p>La Fronde des princes, qui s\u2019essouffle dans ses querelles de personnes, va s\u2019unir, fin 1650, \u00e0 un nouvel acc\u00e8s de Fronde parlementaire, pour r\u00e9clamer le d\u00e9part du ministre. Le 7\u00a0f\u00e9vrier 1651, le duc de Beaufort soul\u00e8ve les Halles, bloque la reine au Palais-Royal.<\/p>\n<p>Mazarin juge prudent de s\u2019exiler pour un temps en Allemagne, cependant que de loin, il conseille la reine. \u00c0 Paris, en mars, une assembl\u00e9e de repr\u00e9sentants de la noblesse et du clerg\u00e9 demande la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, mais Parlement, bourgeois et princes y sont hostiles, et l\u2019assembl\u00e9e se disperse. Les frondeurs recommencent \u00e0 se quereller, ce qui sauvera le pouvoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elle est digne de lui comme il est digne d\u2019elle.<br>Des Reines et des Rois, chacun est le plus grand.<br>Et jamais conqu\u00eate si belle<br>Ne m\u00e9rita les v\u0153ux d\u2019un si grand conqu\u00e9rant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"804\" class=\"cit-num\">804<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">RACINE<\/span> (1639-1699), <em>La Nymphe de la Seine<\/em> (1660)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mariage entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> et Marie-Th\u00e9r\u00e8se est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 6\u00a0juin 1660, avant l\u2019entr\u00e9e triomphale \u00e0 Paris le 26\u00a0ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Po\u00e8te tr\u00e8s courtisan quand il \u00e9crit ainsi \u00e0 la louange des jeunes \u00e9poux, le g\u00e9nial dramaturge n\u2019exprime pas moins l\u2019admiration et m\u00eame la v\u00e9n\u00e9ration des Fran\u00e7ais pour leur roi, image de Dieu sur Terre, par ailleurs fort bel homme et attendu comme un nouveau h\u00e9ros de leur histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019en un lieu, qu\u2019en un jour, un seul fait accompli<br>Tienne jusqu\u2019\u00e0 la fin le th\u00e9\u00e2tre rempli.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"821\" class=\"cit-num\">821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711),<em> L\u2019Art po\u00e9tique<\/em> (1674)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8me didactique bien connu. Grand codificateur des lettres, surnomm\u00e9 le L\u00e9gislateur du Parnasse, Boileau donne, avec la \u00ab\u00a0r\u00e8gle des trois unit\u00e9s\u00a0\u00bb, la d\u00e9finition de la trag\u00e9die classique, genre n\u00e9 et mort au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, port\u00e9 \u00e0 la perfection par le jeune Racine, supplantant le vieux Corneille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9finis la cour un pays o\u00f9 les gens,<br>Tristes, gais, pr\u00eats \u00e0 tout, \u00e0 tout indiff\u00e9rents,<br>Sont ce qu\u2019il pla\u00eet au prince, ou, s\u2019ils ne peuvent l\u2019\u00eatre<br>T\u00e2chent au moins de le para\u00eetre\u00a0:<br>Peuple cam\u00e9l\u00e9on, peuple singe du ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"824\" class=\"cit-num\">824<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables<\/em>. Les Obs\u00e8ques de la lionne (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 bourgeois, auteur \u00e0 qui sa charge de \u00ab\u00a0ma\u00eetre des Eaux et For\u00eats\u00a0\u00bb laisse tout loisir pour fr\u00e9quenter les salons, lire les Modernes, leur pr\u00e9f\u00e9rer d\u2019ailleurs les Anciens, \u00e9crire enfin. Fouquet est son m\u00e9c\u00e8ne et, \u00e0 la chute du surintendant (1661), La Fontaine trouve d\u2019autres riches protecteurs (et surtout protectrices, duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, Mme\u00a0de la Sabli\u00e8re, Marie-Anne Mancini, etc.).<\/p>\n<p>Courtisan \u00e0 la cour, le fabuliste est cependant \u00e9pris de libert\u00e9 et fort habile \u00e0 la g\u00e9rer, tout en m\u00e9nageant son confort.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_de_la_fontaine.jpg\" alt=\"Jean de LA FONTAINE\" title=\"Jean de LA FONTAINE\" width=\"250\" height=\"319\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Selon que vous serez puissant ou mis\u00e9rable<br>Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"842\" class=\"cit-num\">842<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FONTAINE<\/span> (1621-1695), <em>Fables<\/em>, Les Animaux malades de la peste (1678)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Fontaine se sert \u00ab\u00a0d\u2019animaux pour instruire les hommes\u00a0\u00bb, mais aussi pour faire une satire de son \u00e9poque, comme Moli\u00e8re et La Bruy\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019<em>Ag\u00e9silas<\/em>,<br>H\u00e9las\u00a0!<br>Mais apr\u00e8s l\u2019<em>Attila<\/em>,<br>Hol\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"867\" class=\"cit-num\">867<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BOILEAU<\/span> (1636-1711), <em>\u00c9pigramme<\/em> (1667)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin du r\u00e8gne du grand Corneille, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de ses deux trag\u00e9dies, cr\u00e9\u00e9es \u00e0 un an d\u2019intervalle.<\/p>\n<p>Le jeune et ambitieux Racine va conna\u00eetre dix ans de triomphe, jusqu\u2019\u00e0 la chute de sa <em>Ph\u00e8dre<\/em>, victime d\u2019une cabale en 1677, cependant que Moli\u00e8re est roi dans la com\u00e9die. Giovanni Battista Lulli, italien naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, devenu Jean-Baptiste Lully, le plus courtisan des hommes de th\u00e9\u00e2tre et le plus d\u00e9test\u00e9 aussi, invente l\u2019op\u00e9ra \u00e0 la fran\u00e7aise. D\u00e9cennie prodigieuse de la sc\u00e8ne fran\u00e7aise et floraison de chefs-d\u2019\u0153uvre\u00a0: la plus belle \u00e9poque du m\u00e9c\u00e9nat artistique dans notre pays, et tous les arts en profitent.<\/p>\n<p>Boileau, historiographe du roi, auteur de satires et d\u2019\u00e9p\u00eetres, est le th\u00e9oricien de l\u2019esth\u00e9tique classique. Dans la grande <em>Querelle des Anciens et des Modernes<\/em> (1687), il d\u00e9fend les auteurs de l\u2019Antiquit\u00e9, qu\u2019il juge insurpassables, contre Charles Perrault, partisan des modernes dans <em>Le Si\u00e8cle de Louis le Grand\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Et l\u2019on peut comparer, sans crainte d\u2019\u00eatre injuste,\u00a0\/ Le si\u00e8cle de Louis au beau si\u00e8cle d\u2019Auguste.\u00a0\u00bb Ces guerres entre critiques passionnent les beaux esprits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On nous dit que nos rois d\u00e9pensaient sans compter,<br>Qu\u2019ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.<br>Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,<br>Ne nous mettaient-ils pas notre argent de c\u00f4t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"890\" class=\"cit-num\">890<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sacha <span class=\"caps\">GUITRY<\/span> (1885-1957),<em> Si Versailles m\u2019\u00e9tait cont\u00e9<\/em> (film de 1953)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>6\u00a0mai 1682\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe \u00e0 Versailles. La ville devient la vraie capitale de la France et le centre du monde civilis\u00e9.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> fit construire d\u00e8s 1624 un pavillon de chasse, mais c\u2019est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> en 1661 qui ordonne les travaux pour faire du ch\u00e2teau ce \u00ab\u00a0plaisir superbe de la nature\u00a0\u00bb (Saint-Simon). Le roi ne d\u00e9pense pas sans compter, mais il d\u00e9pense beaucoup pour les b\u00e2timents en g\u00e9n\u00e9ral (4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat leur est consacr\u00e9 en moyenne) et tout particuli\u00e8rement pour Versailles. L\u2019\u00e9quipe qui a si bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte pour Fouquet est \u00e0 nouveau r\u00e9unie pour r\u00e9aliser ce chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019art classique \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0: Le Vau (architecte), Le Brun (peintre), Le N\u00f4tre (jardinier), Francine (ing\u00e9nieur des eaux). Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait plus que donner son avis\u00a0: il l\u2019impose souvent. Et se trompe rarement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet l\u2019auteur de tous imp\u00f4ts<br>Dont \u00e0 pr\u00e9sent la France abonde.<br>Ne priez point pour son repos<br>Puisqu\u2019il l\u2019\u00f4tait \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"892\" class=\"cit-num\">892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe (anonyme) de Colbert, 1683.<em> Dictionnaire de la mort<\/em> (1967), Robert Sabatier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les ministres des Finances sont souvent impopulaires et Colbert, par sa rigueur, le fut tout particuli\u00e8rement. <em>La Mort de Colbert<\/em> est le titre d\u2019une chanson connue, en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1683\u00a0: \u00ab\u00a0Caron \u00e9tant sur le rivage,\u00a0\/ Voyant Colbert, dit aussit\u00f4t\u00a0:\u00a0\/ Ne vient-il pas mettre un imp\u00f4t\u00a0\/ Sur mon pauvre passage.\u00a0\u00bb (Dans la mythologie, Caron avec sa barque permet aux \u00e2mes d\u2019acc\u00e9der au royaume des morts, mais il exige un p\u00e9age, pour franchir le fleuve Styx.)<\/p>\n<p>Les imp\u00f4ts accrus ou cr\u00e9\u00e9s, indirects et particuli\u00e8rement injustes au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ont caus\u00e9 des \u00e9meutes fiscales, comme en 1675\u00a0: r\u00e9volte du papier timbr\u00e9, notamment en Bretagne.<\/p>\n<p>Autre raison d\u2019impopularit\u00e9\u00a0: la fortune rapide de ce fils de bourgeois anobli, mal vu par les Grands et suspect au peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sommes-nous trente-neuf, on est \u00e0 nos genoux,<br>Sommes-nous quarante, on se moque de nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"910\" class=\"cit-num\">910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FONTENELLE<\/span> (1657-1757), <em>\u00c9pigramme sur l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et philosophe, \u00e9lu en 1691. Il ne lib\u00e9rera son fauteuil que soixante-six ans apr\u00e8s, mourant centenaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire, quel que soit le nom dont on le nomme<br>C\u2019est un cycle vivant, c\u2019est un\u00a0si\u00e8cle fait homme\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1016\" class=\"cit-num\">1016<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>Premi\u00e8re m\u00e9ditation<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec des accents hugoliens, le po\u00e8te du si\u00e8cle suivant rend justice \u00e0 l\u2019homme et au philosophe des Lumi\u00e8res. Le \u00ab\u00a0roi Voltaire\u00a0\u00bb a tout vu, tout v\u00e9cu dans le si\u00e8cle\u00a0: la cour et ses plaisirs, mais aussi ses d\u00e9sillusions, la Bastille et ses cachots, l\u2019exil, les salons et les succ\u00e8s mondains et financiers, l\u2019Europe avec le bonheur en Angleterre, le pi\u00e8ge en Prusse, la vie de ch\u00e2teau \u00e0 Ferney o\u00f9 il joue l\u2019\u00ab\u00a0aubergiste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb, la lutte incessante pour ses id\u00e9es (libert\u00e9, justice, tol\u00e9rance) et la d\u00e9fense des victimes de l\u2019arbitraire \u2013 l\u2019affaire Calas est rest\u00e9e exemplaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voltaire alors r\u00e9gnait, ce singe de g\u00e9nie<br>Chez l\u2019homme en mission par le diable envoy\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1017\" class=\"cit-num\">1017<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019hommage nuanc\u00e9 s\u2019explique\u00a0: si diff\u00e9rents que soient les deux personnages, si oppos\u00e9e m\u00eame leur nature, ils furent l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 l\u2019image de leur\u00a0temps, entrant vivants dans la l\u00e9gende apr\u00e8s s\u2019\u00eatre jet\u00e9s dans toutes les luttes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici le temps de l\u2019aimable R\u00e9gence,<br>Temps fortun\u00e9 marqu\u00e9 par la licence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1069\" class=\"cit-num\">1069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>La Pucelle<\/em>, chant\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire a pratiqu\u00e9 tous les genres litt\u00e9raires et invent\u00e9 avec bonheur le conte philosophique. Il se lance ici dans un po\u00e8me en 21 chants qui fit scandale. Le jeune libertin n\u00e9glige ses \u00e9tudes de droit et se fait une r\u00e9putation de bel esprit dans les salons, au grand dam de son p\u00e8re. Il salue le nouveau r\u00e9gime, en d\u00e9casyllabes all\u00e8gres\u00a0: \u00ab\u00a0Le bon R\u00e9gent, de son Palais-Royal\u00a0\/ Des volupt\u00e9s donne \u00e0 tous le signal\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans au pouvoir lib\u00e8re d\u2019un coup les m\u0153urs d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 lasse du rigorisme impos\u00e9 par Mme\u00a0de Maintenon \u00e0 la cour, laquelle donnait le ton au pays. Cependant, la f\u00eate concerne les classes privil\u00e9gi\u00e9es, plus que le peuple. Et la licence a des limites. Voltaire l\u2019apprendra \u00e0 ses d\u00e9pens, deux ans apr\u00e8s, mis au cachot pour exc\u00e8s d\u2019insolence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Me voici donc en ce lieu de d\u00e9tresse,<br>Embastill\u00e9, log\u00e9 fort \u00e0 l\u2019\u00e9troit,<br>Ne dormant point, buvant chaud,<br>Mangeant froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1071\" class=\"cit-num\">1071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), La Bastille (1717), <em>Po\u00e9sies diverses<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le R\u00e9gent a fait embastiller l\u2019insolent. D\u00e9j\u00e0 exil\u00e9 deux fois en province, pour cause d\u2019\u00e9crits satiriques, l\u2019incorrigible frondeur a r\u00e9cidiv\u00e9 avec une \u00e9pigramme, en latin \u2013 pour plus de prudence, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tout le (beau) monde parle latin. Le R\u00e9gent, Dubois (son principal ministre), les princes du sang, les ducs, les b\u00e2tards, le Parlement, chaque faction paie ses libellistes pour tra\u00eener dans la boue la faction adverse. L\u2019impertinence devient un m\u00e9tier et l\u2019esprit de Voltaire, tant\u00f4t courtisan, tant\u00f4t courageux et parfois les deux, excelle dans cette carri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De par le Roi, d\u00e9fense \u00e0 Dieu<br>De faire miracle en ce lieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1103\" class=\"cit-num\">1103<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme (anonyme) \u00e0 la porte du cimeti\u00e8re Saint-M\u00e9dard, fin janvier\u00a01732. <em>Dictionnaire philosophique<\/em> (1764), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019affaire des convulsionnaires du cimeti\u00e8re Saint-M\u00e9dard, cas spectaculaire de transe collective, d\u00e9fraie la chronique durant cinq ann\u00e9es, cr\u00e9ant un trouble \u00e0 l\u2019ordre public du plus mauvais effet. Finalement, le Parlement approuvera l\u2019ordonnance royale qui a ordonn\u00e9 la fermeture du cimeti\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vos ennemis vaincus aux champs de Fontenoy<br>\u00c0 leurs propres vainqueurs ont impos\u00e9 la loi<br>Et cette indigne paix qu\u2019Aragon vous procure<br>Est pour eux un triomphe et pour vous une injure.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1125\" class=\"cit-num\">1125<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DESFORGES<\/span> (1708-\u00a0??), <em>Vers sur le Prince \u00c9douard<\/em> (1749). <em>Vie priv\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, ou principaux \u00e9v\u00e9nements, particularit\u00e9s et anecdotes de son r\u00e8gne<\/em> (1781), Mouffle d\u2019Angerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce po\u00e8me d\u00e9plore en nombreux alexandrins la paix d\u2019Aix-la-Chapelle (1748) et l\u2019expulsion hors de France du prince Charles \u00c9douard. Clerc de procureur, Desforges \u00e9tait dans la salle de l\u2019Op\u00e9ra en 1749 et fut t\u00e9moin de l\u2019arrestation du prince. Indign\u00e9, il a \u00e9crit et sign\u00e9 son po\u00e8me en forme de long pamphlet. Il sera mis trois ans au cachot du Mont-Saint-Michel \u2013 dans \u00ab\u00a0La Cage\u00a0\u00bb. Voltaire d\u00e9plore son sort, dans le <em>Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>. Il fera une petite carri\u00e8re d\u2019auteur dramatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans esprit, sans caract\u00e8re<br>L\u2019\u00e2me vile et mercenaire,<br>Le propos d\u2019une comm\u00e8re<br>Tout est bas chez la Poisson \u2013 son \u2013 son.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1127\" class=\"cit-num\">1127<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. <em>Madame de Pompadour et la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1867), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le propos est injuste\u00a0: le peuple d\u00e9teste cette fille de financier, n\u00e9e Jeanne Antoinette Poisson, femme d\u2019un fermier g\u00e9n\u00e9ral, bourgeoise dans l\u2019\u00e2me et d\u00e9pensi\u00e8re, habitu\u00e9e des salons litt\u00e9raires \u00e0 la mode, influente en politique, distribuant les faveurs, pla\u00e7ant ses amis, le plus souvent de qualit\u00e9 comme de Bernis, Choiseul \u2013 mais Soubise, mar\u00e9chal de France, se r\u00e9v\u00e9lera peu glorieux.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> lui doit une part de son impopularit\u00e9. Le peuple a lou\u00e9 le roi pour ses premiers exploits extra conjugaux aupr\u00e8s des s\u0153urs Mailly-de-Nesle, il va bient\u00f4t le ha\u00efr, pour sa longue liaison avec la Pompadour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soubise dit, la lanterne \u00e0 la main,<br>J\u2019ai beau chercher\u00a0! o\u00f9 diable est mon arm\u00e9e\u00a0?<br>Elle \u00e9tait l\u00e0 pourtant hier matin.<br>Me l\u2019a-t-on prise, ou l\u2019aurais-je \u00e9gar\u00e9e\u00a0?<br>Ah\u00a0! je perds tout, je suis un \u00e9tourdi\u00a0!<br>Mais attendons au grand jour, \u00e0 midi.<br>Que vois-je\u00a0! \u00d4 ciel\u00a0! que mon \u00e2me est ravie\u00a0!<br>Prodige heureux\u00a0! La voil\u00e0, la voil\u00e0\u00a0!<br>Ah\u00a0! ventrebleu, qu\u2019est-ce donc que cela\u00a0?<br>Ma foi, c\u2019est l\u2019arm\u00e9e ennemie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1148\" class=\"cit-num\">1148<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme au lendemain de la d\u00e9faite de Rossbach, 5\u00a0novembre\u00a01757.<em> Histoire de France pendant le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1830), Charles de Lacretelle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris c\u00e9l\u00e8bre les d\u00e9faites avec un humour qui n\u2019appartient vraiment qu\u2019\u00e0 ce temps\u00a0! On ridiculise le prince de Soubise, prot\u00e9g\u00e9 de la Pompadour et favori du roi. De fait, c\u2019est le moins talentueux des amis de la marquise.<\/p>\n<p>Et c\u2019est un triste \u00e9pisode de la guerre de Sept Ans (1756-1763)\u00a0: apr\u00e8s les premi\u00e8res victoires viennent de nombreux revers, sur terre comme sur mer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grands seigneurs s\u2019avilissent,<br>Les financiers s\u2019enrichissent,<br>Tous les Poissons s\u2019agrandissent.<br>C\u2019est le r\u00e8gne des vauriens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1162\" class=\"cit-num\">1162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade, attribu\u00e9e \u00e0 Pont-de-Veyle (1697-1774).<em> Journal historique\u00a0: depuis 1748 jusqu\u2019en 1772 inclusivement<\/em> (1807), Charles Coll\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s\u2019\u00e9tale \u00e0 la cour o\u00f9 r\u00e8gne encore la Pompadour, s\u2019affiche dans des milieux prosp\u00e8res et \u00e2pres au gain, du c\u00f4t\u00e9 des aristocrates comme des bourgeois.<\/p>\n<p>La favorite fait am\u00e9nager ses nombreuses r\u00e9sidences. Elle place son fr\u00e8re Abel Poisson, nomm\u00e9 marquis de Marigny, \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale des B\u00e2timents o\u00f9 il se montre d\u2019ailleurs bon administrateur. Mais le peuple s\u2019en irrite\u00a0: \u00ab\u00a0On \u00e9puise la finance\u00a0\/ En b\u00e2timent, en d\u00e9penses,\u00a0\/ L\u2019\u00c9tat tombe en d\u00e9cadence\u00a0\/ Le roi ne met ordre \u00e0 rien\u00a0\/ Une petite bourgeoise\u00a0\/ \u00c9lev\u00e9e \u00e0 la grivoise\u00a0\/ Mesurant tout \u00e0 la toise\u00a0\/ Fait de l\u2019amour un taudis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autrefois de Versailles<br>Nous venait le bon go\u00fbt,<br>Aujourd\u2019hui la canaille<br>R\u00e8gne et tient le haut bout.<br>Si la cour se ravale,<br>De quoi s\u2019\u00e9tonne-t-on\u00a0?<br>N\u2019est-ce pas de la halle<br>Que nous vient le poisson\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1163\" class=\"cit-num\">1163<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Poissonnade de 1749. <em>Chansonnier historique du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1879), \u00c9mile Rauni\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame si le peuple reproche son origine non noble \u00e0 la dame, c\u2019est de la cour que part le plus souvent ce genre de pamphlets (anonymes). La personne du roi est \u00e9galement attaqu\u00e9e. Les cabales se multiplient. Le lieutenant de police avoue son impuissance \u00e0 traquer les auteurs et ceux qui leur tiennent la main\u00a0: \u00ab\u00a0Je connais Paris autant qu\u2019on peut le conna\u00eetre. Mais je ne connais pas Versailles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ci-g\u00eet qui fut vingt ans pucelle<br>Sept ans catin et huit ans maquerelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1175\" class=\"cit-num\">1175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pitaphe satirique de la marquise de Pompadour. <em>Histoire(s) du Paris libertin<\/em> (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mode est aux \u00e9pitaphes satiriques et apr\u00e8s le flot des poissonnades, on ne va pas rater cette ultime occasion de brocarder l\u2019une des favorites les plus d\u00e9test\u00e9es dans l\u2019histoire\u00a0: c\u2019est un m\u00e9chant r\u00e9sum\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! la belle statue\u00a0! oh\u00a0! le beau pi\u00e9destal\u00a0!<br>Les Vertus sont \u00e0 pied et le Vice \u00e0 cheval.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1177\" class=\"cit-num\">1177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vers anonymes \u00e9crits sur le socle de la statue \u00e9questre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. <em>Le Vandalisme de la R\u00e9volution<\/em> (1993), Fran\u00e7ois Souchal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La statue de Bouchardon, inaugur\u00e9e \u00e0 Paris le 2\u00a0juin 1765 sur la place Louis-<span class=\"caps\">XV<\/span> (aujourd\u2019hui place de la Concorde) est entour\u00e9e de quatre figures symbolisant les vertus.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> le Bien-Aim\u00e9 a perdu la Pompadour et pas encore trouv\u00e9 la du Barry, mais entre deux favorites officielles, les dames ne manquent pas, surtout de tr\u00e8s jeunes demoiselles, discr\u00e8tement abrit\u00e9es dans le Parc-aux-Cerfs \u00e0 Versailles, fournies par des parents consentants, ignorant elles-m\u00eames l\u2019identit\u00e9 de leur royal amant et mari\u00e9es \u00e0 des courtisans sit\u00f4t qu\u2019engross\u00e9es. Dit-on. La marquise de Pompadour, maquerelle vigilante, veillait \u00e0 ce que le roi ne s\u2019attache durablement \u00e0 aucune. Disait-on aussi.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne est celui de toutes les rumeurs et la vie amoureuse de ce roi tr\u00e8s sensuel et \u00e0 pr\u00e9sent ha\u00ef est un sujet de choix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus bel esprit que grand g\u00e9nie,<br>Sans loi, sans m\u0153urs et sans vertu,<br>Il est mort comme il a v\u00e9cu,<br>Couvert de gloire et d\u2019infamie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1230\" class=\"cit-num\">1230<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9pigramme, juin\u00a01778, attribu\u00e9e \u00e0 Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), \u00e0 la mort de Voltaire. <em>M\u00e9moires sur Voltaire et sur ses ouvrages<\/em> (1826), S\u00e9bastien Longchamp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rousseau mourra deux mois apr\u00e8s, \u00e0 Ermenonville. Fin d\u2019une longue gu\u00e9rilla philosophico-pol\u00e9mique, qui ne fit honneur \u00e0 aucun des deux personnages, si talentueux (ou g\u00e9niaux) fussent-ils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le mur murant Paris rend Paris murmurant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1240\" class=\"cit-num\">1240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandrin cit\u00e9 par beaumarchais (1732-1799) \u00e9voquant l\u2019impopularit\u00e9 du mur en 1785, au point d\u2019en faire une des causes de la R\u00e9volution. <em>Histoire des agrandissements de Paris<\/em> (1860), Auguste Descauriet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le mur des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux, enceinte de 24\u00a0km qui m\u00e9nage une soixantaine de passages (ou barri\u00e8res) flanqu\u00e9s de bureaux d\u2019octroi \u2013 imp\u00f4t indirect, per\u00e7u \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marchandises.<\/p>\n<p>Calonne, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, a donn\u00e9 satisfaction aux fermiers g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: pouvant mieux r\u00e9primer les fraudes, notamment la contrebande sur le sel au nez des gabelous (commis de la gabelle), ils verseront davantage au Tr\u00e9sor qui en a plus que jamais besoin.<\/p>\n<p>Le mur, achev\u00e9 sous la R\u00e9volution, renforc\u00e9 sous le Consulat et l\u2019Empire, sera d\u00e9moli en 1860 par le pr\u00e9fet Haussmann, Paris s\u2019agrandissant de 11 \u00e0 20 arrondissements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution leur criait\u00a0: \u00ab\u00a0Volontaires,<br>Mourez pour d\u00e9livrer tous les peuples vos fr\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Contents, ils disaient oui.<br>\u00ab\u00a0Allez, mes vieux soldats, mes g\u00e9n\u00e9raux imberbes\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Et l\u2019on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes<br>Sur le monde \u00e9bloui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1452\" class=\"cit-num\">1452<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te oppose l\u2019arm\u00e9e nationale et sa gloire immortelle \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier (r\u00e9duite \u00e0 de basses besognes politiques, notamment lors du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851).<\/p>\n<p>L\u2019historien Michelet, plus pr\u00e9cis, n\u2019est pas moins lyrique dans son Histoire de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Six cent mille volontaires inscrits veulent marcher \u00e0 la fronti\u00e8re [\u2026] Ils restent tous marqu\u00e9s d\u2019un signe qui les met \u00e0 part dans l\u2019histoire\u00a0; ce signe, cette formule, ce mot n\u2019est autre que leur simple nom\u00a0: Volontaires de 92.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mal \u00e9quip\u00e9s, pas form\u00e9s, ces jeunes viennent de toute la France pour r\u00e9pondre aux appels passionn\u00e9s de la R\u00e9publique. 400\u00a0000 pour l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1792, 300\u00a0000 de plus en f\u00e9vrier\u00a01793. Mais le volontariat ne sera pas \u00e9ternellement suffisant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 mon peuple,<br>Que vous ai-je donc fait\u00a0?<br>J\u2019aimais la vertu, la justice.<br>Votre bonheur fut mon unique objet,<br>Et vous me tra\u00eenez au supplice\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1477\" class=\"cit-num\">1477<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Complainte de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> aux Fran\u00e7ais<\/em>, quand le verdict fatal est connu \u00e0 la fin du proc\u00e8s, chanson anonyme. <em>Pri\u00e8res pour le roi, la France, etc. pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es du Testament de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et de quelques notes historiques<\/em> (1816)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Glapie dans les guinguettes par des chanteurs \u00e0 gages\u00a0\u00bb, sur l\u2019air d\u2019une romance c\u00e9l\u00e8bre compos\u00e9e par la marquise de Travanet et par Marie-Antoinette, cette complainte a tant de succ\u00e8s qu\u2019elle \u00e9clipse un temps La Marseillaise\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis ne sut qu\u2019aimer, pardonner et mourir\u00a0!<br>Il aurait su r\u00e9gner s\u2019il avait su punir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1481\" class=\"cit-num\">1481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">TILLY<\/span> (1764-1816). <em>Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em> (1826), Joseph Michaud, Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce c\u00e9l\u00e8bre distique (deux vers), le comte de Tilly, d\u00e9fenseur du roi au palais des Tuileries (le 10\u00a0ao\u00fbt 1792) et auteur de <em>M\u00e9moires<\/em> (surtout galants), t\u00e9moigne de cette horreur av\u00e9r\u00e9e pour la violence, dans une \u00e9poque o\u00f9 elle fait loi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 soldats de l\u2019an deux\u00a0! \u00f4 guerres\u00a0! \u00e9pop\u00e9es\u00a0!<br>Contre les rois tirant ensemble leurs \u00e9p\u00e9es [\u2026]<br>Contre toute l\u2019Europe avec ses capitaines,<br>Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,<br>Avec ses cavaliers,<br>Tout enti\u00e8re debout comme une hydre vivante,<br>Ils chantaient, ils allaient, l\u2019\u00e2me sans \u00e9pouvante<br>Et les pieds sans souliers\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1591\" class=\"cit-num\">1591<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te a raison\u00a0: de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> date la r\u00e9putation des Fran\u00e7ais comme redoutables soldats. L\u2019arm\u00e9e nationale fait face victorieusement \u00e0 la premi\u00e8re coalition qui r\u00e9unit Angleterre, Russie, Sardaigne, Espagne, royaume des Deux-Siciles et qui sera bient\u00f4t disloqu\u00e9e par les trait\u00e9s de Paris, B\u00e2le, La\u00a0Haye, en 1795.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Captifs\u00a0!\u2026 la vie est un outrage<br>Ils pr\u00e9f\u00e8rent le gouffre \u00e0 ce bienfait honteux.<br>L\u2019Anglais, en fr\u00e9missant, admire leur courage\u00a0;<br>Albion p\u00e2lit devant eux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1592\" class=\"cit-num\">1592<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEBRUN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PINDARE<\/span> (1729-1807), <em>Ode sur le vaisseau<\/em> Le Vengeur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9quipage du Vengeur, appartenant \u00e0 l\u2019escadre de Villaret-Joyeuse, engag\u00e9 contre la flotte anglaise, pr\u00e9f\u00e9ra couler plut\u00f4t que d\u2019amener son pavillon, le 1er\u00a0juin 1794. Le po\u00e8te Ponce Denis \u00c9couchard, dit Lebrun et surnomm\u00e9 Lebrun-Pindare en raison de son go\u00fbt pour les sujets \u00e9piques et la rh\u00e9torique, c\u00e9l\u00e8bre ainsi ce \u00ab\u00a0naufrage victorieux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce si\u00e8cle avait deux ans. Rome rempla\u00e7ait Sparte.<br>D\u00e9j\u00e0 Napol\u00e9on per\u00e7ait sous Bonaparte,<br>Et du Premier Consul d\u00e9j\u00e0 par maint endroit<br>Le front de l\u2019empereur brisait le masque \u00e9troit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1728\" class=\"cit-num\">1728<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Feuilles d\u2019automne<\/em> (1831)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1802. C\u2019est aussi l\u2019ann\u00e9e de naissance du po\u00e8te qui domine le si\u00e8cle. Son p\u00e8re deviendra g\u00e9n\u00e9ral et comte d\u2019Empire. Chantre de la l\u00e9gende napol\u00e9onienne, Hugo jouera \u00e0 ce titre \u2013 et \u00e0 bien d\u2019autres \u2013 un vrai r\u00f4le politique, dans notre histoire de France. D\u2019o\u00f9 sa place sur le podium des auteurs de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Derri\u00e8re un mamelon, la garde \u00e9tait mass\u00e9e.<br>La garde, espoir supr\u00eame, et supr\u00eame pens\u00e9e [\u2026]<br>Tranquille, souriant \u00e0 la mitraille anglaise,<br>La garde imp\u00e9riale entra dans la fournaise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1943\" class=\"cit-num\">1943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents, <\/em>L\u2019Expiation (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on engage contre l\u2019anglais Wellington la Vieille Garde (l\u2019\u00e9lite, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Jeune et de la Moyenne Garde). \u00c0 la t\u00eate de l\u2019infanterie alli\u00e9e, le duc de Wellington r\u00e9siste \u00e0 la cavalerie du g\u00e9n\u00e9ral Kellermann (fils du h\u00e9ros de Valmy), tandis que le mar\u00e9chal Ney cause de grosses pertes \u00e0 l\u2019ennemi.<br>La Garde, d\u00e9cim\u00e9e, recule en ordre. Elle attend les secours de Grouchy, mais Grouchy ne peut emp\u00eacher la jonction des arm\u00e9es alli\u00e9es. Et c\u2019est Bl\u00fccher qui arrive (feld-mar\u00e9chal autrichien, \u00e2g\u00e9 de 72\u00a0ans, surnomm\u00e9 Vorw\u00e4rts, \u00ab\u00a0En avant\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Il faut bien parler de trahison\u00a0! Le g\u00e9n\u00e9ral Louis de Bourmont, ancien chef chouan ralli\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on en mai\u00a0dernier, passe aux Prussiens et sera par ailleurs accus\u00e9 (dans le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em>) d\u2019avoir communiqu\u00e9 le plan fran\u00e7ais \u00e0 Bl\u00fccher. Les soldats ont r\u00e9pandu le bruit d\u2019autres trahisons de g\u00e9n\u00e9raux. D\u2019o\u00f9 les premiers cris de \u00ab\u00a0Sauve-qui-peut\u00a0!\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0Nous sommes trahis\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne se d\u00e9bande, pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Seule la partie de la garde command\u00e9e par Cambronne tient encore les lignes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Waterloo\u00a0! Waterloo\u00a0! Waterloo\u00a0! Morne plaine\u00a0!<br>Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,<br>Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,<br>La p\u00e2le mort m\u00ealait les sombres bataillons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1947\" class=\"cit-num\">1947<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em>, L\u2019Expiation (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on est contraint d\u2019ordonner la retraite\u00a0: perte de 45\u00a0000 hommes (dont 30\u00a0000 Fran\u00e7ais). Waterloo est sans doute la bataille la plus comment\u00e9e au monde (avant ou apr\u00e8s la victoire d\u2019Austerlitz\u00a0?), entre mythe, l\u00e9gende et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_0.jpg\" alt=\"victor hugo\" title=\"victor hugo\" width=\"250\" height=\"331\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes, et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme notre dernier auteur romantique, est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon et fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre est cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est n\u00e9, l\u2019enfant du miracle<br>H\u00e9ritier du sang d\u2019un martyr,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un tardif oracle,<br>Il est n\u00e9 d\u2019un dernier soupir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1980\" class=\"cit-num\">1980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), <em>M\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/em> (1820)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te gentilhomme, qui fut un temps dans les gardes du corps de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> et joue les attach\u00e9s d\u2019ambassade en Italie, salue avec lyrisme la naissance du duc de Bordeaux, le 29\u00a0septembre 1820. Fils posthume du duc de Berry (assassin\u00e9 en f\u00e9vrier) et de la duchesse de Berry Marie-Caroline, il prendra le nom de comte de Chambord et deviendra Henri V pour les royalistes l\u00e9gitimistes. Mais la R\u00e9volution de 1830 \u00e9liminera la branche des Bourbons au profit des Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>Le peuple se d\u00e9sint\u00e9resse d\u2019une vie politique dont il est exclu au niveau parlementaire, mais se passionne pour l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Les Parisiens vont boire 200\u00a0000 bouteilles de Bordeaux en l\u2019honneur de celui qui devrait \u00eatre leur futur roi, et ils chantent\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un gar\u00e7on\u00a0!\u00a0\/ J\u2019ai, dans mon all\u00e9gresse\u00a0\/ Compt\u00e9 deux fois douze coups de canon\u00a0\/ Dans tout Paris on s\u2019agite, on s\u2019empresse\u00a0\/ C\u2019est un gar\u00e7on\u00a0!\u00a0\u00bb La France reste bien royaliste, m\u00eame si Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> l\u2019infirme, surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0Roi-fauteuil\u00a0\u00bb, n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 devenir \u00ab\u00a0le D\u00e9sir\u00e9\u00a0\u00bb, comme il le souhaitait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.<br>D\u2019un\u00a0si\u00e8cle sans espoir na\u00eet un\u00a0si\u00e8cle sans crainte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2054\" class=\"cit-num\">2054<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), <em>Po\u00e9sies nouvelles<\/em>, Rolla (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019enfant terrible du romantisme triomphant incarne le mal de vivre de tous les enfants du\u00a0si\u00e8cle. Le d\u00e9sarroi de cette jeunesse dor\u00e9e est \u00e9videmment plus moral que social.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort de l\u2019Aiglon (21 ans, victime de la tuberculose, le \u00ab\u00a0mal du si\u00e8cle\u00a0\u00bb), 22 juillet 1832. Rappelons que le p\u00e8re de l\u2019Aiglon, Napol\u00e9on, est mort \u00e0 51\u00a0ans, le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo, et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, le Petit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gr\u00e2ce encore une fois\u00a0! Gr\u00e2ce au nom de la tombe,<br>Gr\u00e2ce au nom du berceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2099\" class=\"cit-num\">2099<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), \u00ab\u00a0Au roi Louis-Philippe, apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat de mort prononc\u00e9 le 12\u00a0juillet 1839.\u00a0\u00bb <em>Les Rayons et les ombres<\/em> (1840), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo fut toute sa vie l\u2019un des plus fervents adversaires de la peine de mort, quelles que soient les circonstances, politiques ou autres. Le 12\u00a0mai, un coup d\u2019\u00c9tat est organis\u00e9 (d\u2019ailleurs fort mal) par la soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te des Saisons. Son but\u00a0: faire tomber la Monarchie de Juillet pour instaurer une r\u00e9publique sociale. L\u2019id\u00e9ologie n\u00e9ojacobine renvoie \u00e0 Robespierre, Buonarroti et Babeuf, extr\u00eame gauche de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Barb\u00e8s, Blanqui et Bernard sont les trois meneurs. Entra\u00eenant des centaines de partisans, ils partent \u00e0 l\u2019assaut de la pr\u00e9fecture de police et de l\u2019H\u00f4tel de Ville. La garde nationale et l\u2019arm\u00e9e \u00e9crasent l\u2019insurrection, le 13\u00a0mai\u00a0: plus de 100 morts, dont 28 militaires, autant de bless\u00e9s (dont Barb\u00e8s). La plupart des conjur\u00e9s sont arr\u00eat\u00e9s, Blanqui est en fuite.<\/p>\n<p>Au terme du proc\u00e8s, Barb\u00e8s est condamn\u00e9 \u00e0 mort, le 12\u00a0juillet. Hugo intervient le jour m\u00eame, Paris manifeste le lendemain en sa faveur. Le 14\u00a0juillet, la peine est commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ces interventions\u2026 et \u00e0 un heureux \u00e9v\u00e9nement\u00a0: la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans, femme du fils a\u00een\u00e9 et tr\u00e8s aim\u00e9 du roi, vient de lui donner un petit-fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non\u00a0! Ils ne l\u2019auront pas, le libre Rhin allemand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2108\" class=\"cit-num\">2108<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">BECKER<\/span> (1816-1845), 1840. <em>La Future D\u00e9b\u00e2cle<\/em> (1897), Gustave Nercy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te allemand lance ce d\u00e9fi \u00e0 la France \u2013 patriotisme, lib\u00e9ralisme et nationalisme allemands vont exploser en 1848. Lamartine r\u00e9pond \u00e0 ce d\u00e9fi guerrier par <em>La Marseillaise de la paix<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma patrie est partout o\u00f9 rayonne la France,<br>O\u00f9 son g\u00e9nie \u00e9clate aux regards \u00e9blouis\u00a0!<br>Chacun est du climat de son intelligence\u00a0:<br>Je suis concitoyen de toute \u00e2me qui pense,<br>La v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est mon pays\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2109\" class=\"cit-num\">2109<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869),<em> La Marseillaise de la Paix<\/em>, \u00ab\u00a0Revue des Deux-Mondes\u00a0\u00bb, 1er juin 1841<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9pondant au \u00ab\u00a0Rhin allemand\u00a0\u00bb du po\u00e8te Becker, le po\u00e8te fran\u00e7ais d\u00e9passe l\u2019opposition de pays \u00e0 pays et lance un hymne pacifique qui n\u2019implique nul renoncement au patriotisme. Le lyrisme et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Lamartine s\u2019expriment dans cette invitation lanc\u00e9e \u00e0 toutes les nations, \u00e0 s\u2019unir pour le progr\u00e8s social.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019avons eu, votre Rhin allemand,<br>Il a tenu dans notre verre. <br>Un couplet qu\u2019on s\u2019en va chantant <br>Efface-t-il la trace alti\u00e8re <br>Du pied de nos chevaux marqu\u00e9 dans votre sang\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2110\" class=\"cit-num\">2110<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">lfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), <em>Le Rhin allemand<\/em>. R\u00e9ponse \u00e0 la chanson de Becker, 2 juin 1841. Po\u00e8me mis plusieurs fois en musique, notamment en 1866, version la plus populaire, compos\u00e9e par F\u00e9licien <span class=\"caps\">DAVID<\/span> (1810-1876).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9ponse de Lamartine parut trop pacifique et id\u00e9aliste au go\u00fbt de son vibrant confr\u00e8re. Musset \u00e9crit dans l\u2019\u00e9lan, d\u00e8s le lendemain, des couplets qui rappellent notamment l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne\u00a0: \u00ab\u00a0Nous l\u2019avons eu, votre Rhin allemand. \/ Que faisaient vos vertus germaines, \/ Quand notre C\u00e9sar tout-puissant \/ De son ombre couvrait vos plaines\u00a0? [\u2026]\u00a0 Nous l\u2019avons eu, votre Rhin allemand. \/ Si vous oubliez votre histoire, \/ Vos jeunes filles, s\u00fbrement, \/ Ont mieux gard\u00e9 notre m\u00e9moire\u00a0; \/ Elles nous ont vers\u00e9 votre petit vin blanc. [\u2026]\u00a0 Qu\u2019il coule en paix, votre Rhin allemand\u00a0; \/ Que vos cath\u00e9drales gothiques \/ S\u2019y refl\u00e8tent modestement\u00a0; \/ Mais craignez que vos airs bachiques \/ Ne r\u00e9veillent les morts de leur repos sanglant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le texte peut \u00e9tonner, sous la plume de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0enfant du si\u00e8cle\u00a0\u00bb, mais ces vers sont pr\u00e9monitoires du conflit franco-allemand et des trois guerres \u00e0 venir, entre 1870 et 1945\u00a0! Les po\u00e8tes ont souvent raison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2113\" class=\"cit-num\">2113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur du roi, d\u2019autant plus irrit\u00e9 par l\u2019opposition de Lamartine qu\u2019il semble, avec l\u2019\u00e2ge, prendre go\u00fbt au pouvoir et vouloir non plus seulement r\u00e9gner, mais gouverner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Situation grave pour le cabinet.<br>Que faire\u00a0? Comment sortir de l\u00e0\u00a0?<br>Le bon sens r\u00e9pond\u00a0: par la porte.<br>Le gouvernement dit\u00a0: par une loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2207\" class=\"cit-num\">2207<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885)<em>, Avant l\u2019exil<\/em> (discours 1841-1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, \u00e0 propos de la loi sur la presse vot\u00e9e le 16\u00a0juillet 1850. Cela pourrait s\u2019appliquer aux autres lois r\u00e9actionnaires qu\u2019il fustige et qui passent. Elles vont r\u00e9veiller en lui l\u2019homme de gauche et en faire un d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2234\" class=\"cit-num\">2234<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Second Empire. Le prestigieux proscrit t\u00e9moigne de son opposition irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019empereur, d\u00e9sormais ha\u00ef de lui. Le po\u00e8te qui se veut \u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et conscience de son\u00a0si\u00e8cle refusera de rentrer en France apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie. \u00c0 la date o\u00f9 son \u0153uvre est diffus\u00e9e sous le manteau, l\u2019opposition r\u00e9publicaine est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant\u00a0: chefs en prison ou en exil, journaux censur\u00e9s. Ces mots ont d\u2019autant plus de port\u00e9e, Hugo devenant le chef spirituel des r\u00e9publicains refusant le dictateur\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019on n\u2019est plus que mille, eh\u00a0! bien, j\u2019en suis\u00a0! Si m\u00eame\u00a0\/ Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla\u00a0;\u00a0\/ S\u2019il en demeure dix, je serai le dixi\u00e8me\u00a0;\u00a0\/ Et s\u2019il n\u2019en reste qu\u2019un, je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quand on sait le contexte, ce vers est superbement\u2026 hugolien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire a pour \u00e9gout des temps comme les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2257\" class=\"cit-num\">2257<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles d\u2019exil. Il faut \u00eatre hors de France pour avoir cette libert\u00e9 d\u2019expression. Il faut \u00eatre Hugo pour avoir ces mots. Le prestigieux proscrit de Jersey, bient\u00f4t de Guernesey, se veut toujours l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cho sonore\u00a0\u00bb et la conscience de son si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le pamphlet politique contre \u00ab\u00a0Napol\u00e9on le Petit\u00a0\u00bb, <em>Les Ch\u00e2timents<\/em> sont une \u0153uvre po\u00e9tique ambitieuse. Suite au crime du 2\u00a0d\u00e9cembre (coup d\u2019\u00c9tat) et \u00e0 la r\u00e9pression, Dieu inflige le ch\u00e2timent et l\u2019expiation. Le Po\u00e8te, seul face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an, parlant au nom du Peuple, est le messager qui annonce l\u2019espoir, avec la venue de temps meilleurs.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/baudelaire.jpg\" alt=\"baudelaire\" title=\"baudelaire\" width=\"250\" height=\"348\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a aussi plusieurs sortes de Libert\u00e9. Il y a la Libert\u00e9 pour le G\u00e9nie, et il y a une libert\u00e9 tr\u00e8s restreinte pour les polissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2272\" class=\"cit-num\">2272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">BAUDELAIRE<\/span> (1821-1867), <em>Notes et Documents pour mon avocat<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>25\u00a0juin\u00a01857, Les Fleurs du mal sont publi\u00e9es. Immorales, triviales, g\u00e9niales, elles font scandale.<\/p>\n<p>Baudelaire para\u00eet devant le tribunal correctionnel. Le po\u00e8te \u00e9crit aussi pour sa d\u00e9fense\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait impossible de faire autrement un livre destin\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019agitation de l\u2019esprit dans le mal.\u00a0\u00bb Condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison pour outrage aux m\u0153urs, il se soumet\u00a0: dans la seconde \u00e9dition de 1861, les six po\u00e8mes incrimin\u00e9s auront disparu.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e 1857, l\u2019immoralit\u00e9 de <em>Madame Bovary<\/em> m\u00e8ne Flaubert en justice. Mais son avocat obtient l\u2019acquittement. Il plaide qu\u2019une telle lecture est morale\u00a0: elle doit entra\u00eener l\u2019horreur du vice et l\u2019expiation de l\u2019\u00e9pouse coupable est si terrible qu\u2019elle pousse \u00e0 la vertu.<br>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, le g\u00e9nie d\u2019Offenbach s\u2019exprime au th\u00e9\u00e2tre \u2013 l\u2019humour et la musique aident \u00e0 faire passer son apologie de l\u2019adult\u00e8re et ses bacchanales orgiaques. Dans l\u2019Angleterre beaucoup plus puritaine, l\u2019art n\u2019a pas cette relative libert\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,<br>Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.<br>Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,<br>Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2326\" class=\"cit-num\">2326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905)<em>, \u00c0 ceux qui veulent rester esclaves. La Commune<\/em> (1898), Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune de Paris inspire bien des po\u00e8mes, des chants qui sont autant de cris de guerre, de haine ou d\u2019espoir. Louise Michel reste l\u2019h\u00e9ro\u00efne la plus populaire de cette page d\u2019histoire\u00a0: ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste, la \u00ab\u00a0Vierge rouge\u00a0\u00bb appelle \u00e0 l\u2019insurrection les quartiers \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/arthur_rimbaud.jpg\" alt=\"Arthur RIMBAUD\" title=\"Arthur RIMBAUD\" width=\"250\" height=\"329\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elles ont p\u00e2li, merveilleuses<br>Au grand soleil d\u2019amour charg\u00e9,<br>Sur le bronze des mitrailleuses<br>\u00c0 travers Paris insurg\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2329\" class=\"cit-num\">2329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur <span class=\"caps\">RIMBAUD<\/span> (1854-1891), <em>Les Mains de Jeanne-Marie<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Adolescent de 17\u00a0ans, boulevers\u00e9 par la d\u00e9claration de guerre, puis par l\u2019\u00e9chec de la Commune, il fugue deux fois \u00e0 Paris, en\u00a01870 et\u00a01871, chante <em>Le Dormeur du val<\/em>, jeune soldat cueilli par la mort, mais aussi les communardes sur les barricades, m\u00ealant po\u00e9sie, r\u00e9volte, soif de r\u00e9volution sociale et morale. Il comprend tr\u00e8s vite l\u2019impuissance des vers \u00e0 \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s un silence de dix-huit ans, il meurt \u00e0 37\u00a0ans. Le po\u00e8te symboliste nous laisse deux recueils de po\u00e8mes en prose et en vers\u00a0: <em>Une saison en enfer<\/em> et <em>Les Illuminations<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0!<br>Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2382\" class=\"cit-num\">2382<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles de <em>L\u2019Internationale<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se cache dans Paris livr\u00e9 aux Versaillais. Membre \u00e9lu de la Commune et maire du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0arrondissement, alors que tout espoir semble perdu, il dit, il \u00e9crit en ce mois de juin\u00a01871 sa foi in\u00e9branlable en la \u00ab\u00a0lutte finale\u00a0\u00bb, sous forme de po\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase [\u2026] Le monde va changer de base.\u00a0\u00bb Le texte ne sera publi\u00e9 et mis en musique (par Pierre Degeyter) que plus tard, devenant un chant mondialement c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah Dieu\u00a0! que la guerre est jolie<br>Avec ses chants, ses longs loisirs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2574\" class=\"cit-num\">2574<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Guillaume <span class=\"caps\">APOLLINAIRE<\/span> (1880-1918), <em>Calligrammes<\/em>, \u00ab\u00a0L\u2019Adieu du cavalier\u00a0\u00bb (1918)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le po\u00e8te s\u2019engage en d\u00e9cembre\u00a01914. Bless\u00e9 d\u2019un \u00e9clat d\u2019obus \u00e0 la tempe le 17\u00a0mars 1916, \u00e9vacu\u00e9, tr\u00e9pan\u00e9, il ira d\u2019h\u00f4pital en h\u00f4pital, continuant d\u2019\u00e9crire, et mourra deux jours avant la fin de la guerre, le 9\u00a0novembre 1918, victime de la grande \u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre\u00a0!<br>Heureux les \u00e9pis m\u00fbrs et les bl\u00e9s moissonn\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2588\" class=\"cit-num\">2588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>\u00c8ve<\/em> (1914)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux derniers alexandrins d\u2019un po\u00e8me qui en compte quelque 8\u00a0000. Le po\u00e8te appelle de tous ses v\u0153ux et de tous ses vers la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de la revanche\u00a0\u00bb. Lieutenant, il tombe \u00e0 la t\u00eate d\u2019une compagnie d\u2019infanterie, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front, \u00e0 Villeroy, le 5\u00a0septembre, veille de la bataille de la Marne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur mes cahiers d\u2019\u00e9colier<br>Sur mon pupitre et les arbres<br>Sur le sable sur la neige<br>J\u2019\u00e9cris ton nom [\u2026]<br>Et par le pouvoir d\u2019un mot<br>Je recommence ma vie<br>Je suis n\u00e9 pour te conna\u00eetre,<br>Pour te nommer<br>Libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2788\" class=\"cit-num\">2788<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">\u00c9LUARD<\/span> (1895-1952), \u00ab\u00a0Libert\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e9sie et V\u00e9rit\u00e9<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Seconde Guerre mondiale. Cet hymne \u00e0 la libert\u00e9, chef-d\u2019\u0153uvre de la po\u00e9sie n\u00e9e de la R\u00e9sistance, est r\u00e9pandu sur la France par les avions de la<em> Royal Air Force<\/em>. \u00c9luard, comme Aragon, a choisi la voie de l\u2019engagement politique et les rangs du Parti communiste dans les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>Depuis la rupture du pacte germano-sovi\u00e9tique, l\u2019entr\u00e9e dans la R\u00e9sistance ne pose plus probl\u00e8me aux intellectuels et militants du <span class=\"caps\">PCF<\/span>. Comme l\u2019\u00e9crira Philip Williams en 1971\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s lors que l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> est en danger, les \u00ab\u00a0mercenaires de la Cit\u00e9 de Londres\u00a0\u00bb deviennent du jour au lendemain \u00ab\u00a0nos vaillants alli\u00e9s britanniques\u00a0\u00bb, tandis que les gaullistes, de \u00ab\u00a0tra\u00eetres\u00a0\u00bb, se transforment en \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous salue ma France o\u00f9 le peuple est habile<br>\u00c0 ces travaux qui font les jours \u00e9merveill\u00e9s<br>Et que l\u2019on vient de loin saluer dans sa ville<br>Paris mon c\u0153ur trois ans vainement fusill\u00e9 [\u2026]<br>Ma France d\u2019au-del\u00e0 le d\u00e9luge, salut\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2803\" class=\"cit-num\">2803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), \u00ab\u00a0Je vous salue ma France\u2026\u00a0\u00bb (1943). <em>L\u2019\u0153uvre po\u00e9tique<\/em>, volume\u00a0X (1974), Aragon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aragon s\u2019est engag\u00e9, communiste d\u2019abord, r\u00e9sistant ensuite. Ses vers, \u0153uvres de circonstance au meilleur sens du terme, sont cit\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 la radio de Londres.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 clandestinement, ce po\u00e8me s\u2019adresse aux prisonniers et aux d\u00e9port\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque vous reviendrez car il faut revenir\u00a0\/ Il y aura des fleurs tant que vous en voudrez\u00a0\/ Il y aura des fleurs couleur de l\u2019avenir\u00a0\/ [\u2026] Je vous salue ma France arrach\u00e9e aux fant\u00f4mes\u00a0\/ \u00d4 rendue \u00e0 la paix vaisseau sauv\u00e9 des eaux\u00a0\/ Pays qui chante Orl\u00e9ans Beaugency Vend\u00f4me\u00a0\/ Cloches cloches sonnez l\u2019ang\u00e9lus des oiseaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, du fond de la nuit, nous t\u00e9moignons encore<br>De la splendeur du jour et de tous ses pr\u00e9sents.<br>Si nous ne dormons pas, c\u2019est pour guetter l\u2019aurore<br>Qui prouvera qu\u2019enfin nous vivons au pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2804\" class=\"cit-num\">2804<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">DESNOS<\/span> (1900-1945), \u00ab\u00a0Demain\u00a0\u00bb,<em> \u00c9tat de veille<\/em> (1943)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame chemin qu\u2019\u00c9luard\u00a0et Aragon\u00a0: apr\u00e8s le surr\u00e9alisme, l\u2019engagement, le communisme, puis la R\u00e9sistance et les po\u00e8mes de l\u2019espoir. Cependant, les Fran\u00e7ais souffrent plus que jamais en 1943\u00a0: l\u2019ordre allemand s\u2019impose avec les <span class=\"caps\">SS<\/span> et la Gestapo, les restrictions, le syst\u00e8me des otages, les d\u00e9portations, les d\u00e9lations. \u00ab\u00a0Nous parlons \u00e0 voix basse et nous tendons l\u2019oreille [\u2026]\u00a0\/ \u00c2g\u00e9 de cent mille ans, j\u2019aurai encore la force\u00a0\/ De t\u2019attendre, \u00f4 demain pressenti par l\u2019espoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Desnos mourra en d\u00e9portation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les sanglots longs<br>Des violons<br>De l\u2019automne<br>Bercent mon c\u0153ur<br>D\u2019une langueur<br>Monotone.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2807\" class=\"cit-num\">2807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VERLAINE<\/span> (1844-1896), vers entendus \u00e0 la <span class=\"caps\">BBC<\/span> le 5\u00a0juin 1944. Extrait de \u00ab\u00a0Chanson d\u2019automne\u00a0\u00bb, <em>Po\u00e8mes saturniens<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le code choisi pour annoncer sur la radio anglaise le jour J du d\u00e9barquement en France. Ces mots tant attendus sont enfin entendus, le soir du 5\u00a0juin\u00a0: le d\u00e9barquement est donc pour le lendemain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2811\" class=\"cit-num\">2811<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), <em>Les Yeux d\u2019Elsa<\/em>, \u00ab\u00a0Plus belle que les larmes\u00a0\u00bb (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris se soul\u00e8ve, le 18\u00a0ao\u00fbt 1944\u00a0: fusillade au pont des Arts. Le 19, la police parisienne se met en gr\u00e8ve, barricad\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9fecture de police. Le Comit\u00e9 parisien de lib\u00e9ration, o\u00f9 les communistes dominent avec un sens de l\u2019organisation qui leur est propre, veut prouver au monde, aux Alli\u00e9s et aux Allemands, que le peuple de Paris peut se lib\u00e9rer lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_aragon.jpg\" alt=\"Louis ARAGON\" title=\"Louis ARAGON\" width=\"250\" height=\"326\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon parti m\u2019a rendu les couleurs de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2819\" class=\"cit-num\">2819<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), <em>La Diane fran\u00e7aise<\/em>. \u00ab\u00a0Du po\u00e8te \u00e0 son parti\u00a0\u00bb (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mon parti mon parti, merci de tes le\u00e7ons\u00a0\/ Et depuis ce temps-l\u00e0 tout me vient en chansons\u00a0\/ La col\u00e8re et l\u2019amour, la joie et la souffrance.\u00a0\u00bb Si le po\u00e8te communiste rend ici nomm\u00e9ment et servilement hommage au <span class=\"caps\">PCF<\/span>, les autres \u0153uvres de l\u2019\u00e9poque ont le ton d\u2019une grande po\u00e9sie nationale et patriote, ouverte \u00e0 toutes les familles d\u2019esprit\u00a0: martyrs de la R\u00e9sistance, communistes ou chr\u00e9tiens y sont \u00e9voqu\u00e9s avec la m\u00eame chaleur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ceux que l\u2019on m\u00e8ne au poteau<br>Dans le petit matin glac\u00e9,<br>Au front la p\u00e2leur des cachots,<br>Au c\u0153ur le dernier chant d\u2019Orph\u00e9e,<br>Tu leur tends la main sans un mot,<br>O mon fr\u00e8re au col d\u00e9graf\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2822\" class=\"cit-num\">2822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Po\u00e8mes de Fresnes, Chant pour Andr\u00e9 Ch\u00e9nier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ch\u00e9nier, po\u00e8te ex\u00e9cut\u00e9 en d\u2019autres circonstances, sous la R\u00e9volution, \u00e0 la fin de la Terreur, presque au m\u00eame \u00e2ge. Brasillach, \u00e9crivain dou\u00e9, journaliste (<em>Je suis partout<\/em>) a 35\u00a0ans.<\/p>\n<p>Jean Luchaire (journaliste, directeur des <em>Nouveaux Temps<\/em>) et Jean H\u00e9rold-Paquis (de Radio-Paris) subiront le m\u00eame sort, parmi quelque 3\u00a0000 condamn\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette cage des mots, il faudra que j\u2019en sorte<br>Et j\u2019ai le c\u0153ur en sang d\u2019en chercher la sortie<br>Ce monde blanc et noir, o\u00f9 donc en est la porte<br>Je br\u00fble \u00e0 ses barreaux mes doigts comme aux orties.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2906\" class=\"cit-num\">2906<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), <em>Le Roman inachev\u00e9<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les vers de cette autobiographie refl\u00e8tent le d\u00e9sarroi de l\u2019intellectuel communiste, au lendemain du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0Congr\u00e8s et du rapport Khrouchtchev, en date du 25\u00a0f\u00e9vrier 1956. La vie et l\u2019\u0153uvre de Staline, le culte de la personnalit\u00e9, tout a \u00e9t\u00e9 remis en question. C\u2019est le \u00ab\u00a0d\u00e9gel\u00a0\u00bb en <span class=\"caps\">URSS<\/span>.<\/p>\n<p>En France, le <span class=\"caps\">PC<\/span> prend acte avec mauvaise gr\u00e2ce. Staline \u00e9tait un Dieu vivant pour nombre d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais, ils sont \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s, d\u00e9chir\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">M\u00e9tro-boulot-dodo.<span id=\"2949\" class=\"cit-num\">2949<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">B\u00c9ARN<\/span> (1902-2004),<em> Couleurs d\u2019usine<\/em>, po\u00e8mes (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Qui le sait\u00a0? L\u2019expression bien connue est emprunt\u00e9e \u00e0 un po\u00e8me oubli\u00e9, publi\u00e9 chez Seghers. Une strophe d\u00e9crit la monotonie quotidienne du travail en usine\u00a0: \u00ab\u00a0Au d\u00e9boul\u00e9 gar\u00e7on pointe ton num\u00e9ro \/ Pour gagner ainsi le salaire\u00a0\/ D\u2019un \u00e9norme jour utilitaire \/ M\u00e9tro, boulot, bistrot, m\u00e9gots, dodo, z\u00e9ro.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mai 68. Le texte, tir\u00e9 \u00e0 deux mille exemplaires au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, est distribu\u00e9 \u00e0 la foule des \u00e9tudiants. Quelques meneurs d\u2019opinion vont expurger le dernier vers de trois mots pouvant \u00eatre mal interpr\u00e9t\u00e9s\u00a0: bistrot, m\u00e9gots, z\u00e9ro. Reste la trilogie qui va enrichir les graffiti peints sur les murs de Paris, r\u00e9sumant le cercle infernal propre \u00e0 des millions de travailleurs\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00e9tro, boulot, dodo\u00a0\u00bb. On r\u00eave forc\u00e9ment d\u2019une autre vie. C\u2019est l\u2019une des raisons de l\u2019explosion sociale de Mai\u00a068.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Histoire &amp; Litt\u00e9rature, lecture recommand\u00e9e en temps de confinement&#8230; et bient\u00f4t de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)&nbsp;: 1. Romans &#8211; 2. Po\u00e9sie &#8211; 3. Th\u00e9\u00e2tre &#8211; 4. Lettres &#8211; 5. Histoire et Chronique &#8211; 6. M\u00e9moires &#8211; 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques &#8211; 8. Discours. 2. 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