{"id":8527,"date":"2020-04-20T00:00:00","date_gmt":"2020-04-19T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:49","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:49","slug":"lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/","title":{"rendered":"Lecture recommand\u00e9e en temps de confinement : les romans"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/auteurs.jpg\" width=\"739\" height=\"220\"><\/p>\n<p><strong>Histoire <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Litt\u00e9rature<\/strong>, lecture recommand\u00e9e en temps de confinement\u2026 et bient\u00f4t de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)\u00a0:<\/p>\n<p>1. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/\">Romans<\/a> \u2013 2. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/\">Po\u00e9sie<\/a> \u2013 3. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-le-theatre\/\">Th\u00e9\u00e2tre<\/a> \u2013 4. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-les-lettres\/\">Lettres<\/a> \u2013 5. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">Histoire et Chronique<\/a> \u2013 6. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/\">M\u00e9moires<\/a> \u2013 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques \u2013 8. Discours.<\/p>\n<p><strong>1. Roman \u2013<\/strong> dont les romans \u00e9pistolaires, \u00e0 la mode au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e s.<\/p>\n<p>La mention \u00ab\u00a0Actu\u00a0\u00bb met un coup de projecteur sur quelques Noms pour inciter le lecteur \u00e0 se plonger dans l\u2019\u0153uvre source\u00a0: Rabelais (notre premier g\u00e9ant litt\u00e9raire), Montesquieu (cr\u00e9ateur du roman \u00e9pistolaire), Laclos (adapt\u00e9 deux fois au cin\u00e9ma pour ses <em>Liaisons dangereuses<\/em>) de m\u00eame que Stendhal (avec<em> Le Rouge et le Noir<\/em> au romantisme contenu), Hugo (romancier des <em>Mis\u00e9rables<\/em> et g\u00e9nial dans tous les genres), Anatole France (\u00e0 red\u00e9couvrir dans ses romans politiques), Radiguet (pour un roman et le film du <em>Diable au corps<\/em>), Malraux (romancier de L\u2019Espoir et conscience du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle), Sagan (pour le plaisir).<\/p>\n<p>L\u2019Histoire et le roman font souvent couple plus ou moins l\u00e9gitime, tandis que la\u00a0litt\u00e9rature de guerre se r\u00e9v\u00e8le comme un genre \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-12.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et le Christ\u00a0?<br>\u2014 C\u2019est un anarchiste qui a r\u00e9ussi. C\u2019est le seul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"11\" class=\"cit-num\">11<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. Trois raisons de commencer notre revue historico-litt\u00e9raire avec cette source surprenante\u00a0: la spiritualit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente, chez ce jeune romancier\u00a0; elle n\u2019exclut pas l\u2019humour, pr\u00e9cieux antidote au confinement pr\u00e9sent\u00a0; enfin, le \u00ab\u00a0mot d\u2019auteur\u00a0\u00bb est rare, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Gaule. Nous allons retrouver ce roman \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb, situ\u00e9 au commencement de la guerre civile espagnole, dans le camp r\u00e9publicain o\u00f9 Malraux s\u2019est engag\u00e9 comme volontaire.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de la Gaule et sous le r\u00e8gne de Tib\u00e8re (empereur romain) vit en Galil\u00e9e un homme dont les enseignements vont bouleverser l\u2019histoire du monde. De sa mort sur la croix va na\u00eetre une religion qui lentement s\u2019\u00e9tendra sur l\u2019Empire. Pour les Romains, les premiers chr\u00e9tiens ne sont qu\u2019une secte juive, dont le fondateur passe pour un agitateur politique. Pour les chr\u00e9tiens, il est Dieu, fils de Dieu, ce Dieu \u00e9tant un dieu unique, comme celui qu\u2019adorent les juifs. <\/p>\n<p>La r\u00e9ussite de l\u2019\u00ab\u00a0anarchiste\u00a0\u00bb qui termina sa vie comme un criminel mis en croix entre deux \u00ab\u00a0larrons\u00a0\u00bb est due \u00e0 ses disciples, plus particuli\u00e8rement Paul de Tarse\u00a0: il fera du message de J\u00e9sus une religion \u00e0 vocation universelle. La Gaule sera tardivement acquise\u00a0: \u00e9vang\u00e9lisation des villes, puis des campagnes au <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le christianisme devenant religion d\u2019\u00c9tat en 391.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand nous aurons vaincu mille guerriers francs, combien ne vaincrons-nous pas de millions de Perses\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"35\" class=\"cit-num\">35<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>Les Martyrs<\/em> (1809)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette \u00e9pop\u00e9e chr\u00e9tienne en prose, le premier grand\u00a0 romantique du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle fran\u00e7ais fait parler les Romains face aux Francs, guerriers \u00e0 la r\u00e9putation redoutable. Pour se donner du courage avant la bataille, les arm\u00e9es romaines entonnent ce \u00ab\u00a0chant de Probus\u00a0\u00bb, du nom de l\u2019empereur romain qui arr\u00eata la premi\u00e8re invasion germanique, au <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Les mille ans de Gaule (<span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle av. J.-C.- 481 apr.\u00a0J.-C) sont sans nul doute la p\u00e9riode la plus guerri\u00e8re de toute notre histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La folie des croisades est ce qui a le plus honor\u00e9 la raison humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"170\" class=\"cit-num\">170<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLOY<\/span> (1846-1917),<em> La Femme pauvre<\/em> (1897)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Moyen \u00c2ge mill\u00e9naire (481-1483), \u00e9poque de foi et temps des cath\u00e9drales, va vivre sous le signe des croisades, appel\u00e9es aussi guerres saintes\u00a0: huit au total, de 1095 \u00e0 1270.<\/p>\n<p>Catholique ardent, visionnaire et mystique, romancier et pol\u00e9miste, L\u00e9on Bloy encense les croisades que, de son c\u00f4t\u00e9, Nietzsche qualifie d\u2019\u00ab\u00a0entreprises de haute piraterie\u00a0\u00bb. Anachronisme mis \u00e0 part, les deux jugements sont \u00e9galement valables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Car je suis n\u00e9 et \u00e9t\u00e9 nourri jeune au jardin de France\u00a0: c\u2019est Touraine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"389\" class=\"cit-num\">389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Pantagruel<\/em> (1532)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. Premier contemporain \u00e0 t\u00e9moigner de son \u00e9poque, et sans nul doute le plus grand romancier de la Renaissance\u00a0! Premier auteur recommand\u00e9 au printemps 2020, comme rem\u00e8de au confinement\u00a0! D\u00e9paysement garanti sans autre ordonnance.<\/p>\n<p>Moine m\u00e9decin, n\u00e9 pr\u00e8s de Chinon, lanc\u00e9 en litt\u00e9rature par ce personnage de g\u00e9ant (fils de Gargantua) qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9. Pantagruel et Gargantua font de lui le cr\u00e9ateur du roman moderne, mais aussi du m\u00e9lange des genres \u2013 satire, philosophie, chronique, conte, parodie de l\u2019\u00e9pop\u00e9e et du roman de chevalerie. Bref, une riche nature\u00a0et un reflet de son \u00e9poque, culturellement foisonnante\u00a0!<\/p>\n<p>Paris est d\u00e9j\u00e0 capitale de la France, mais les Valois au pouvoir fuient ses violences r\u00e9volutionnaires et vont en Val de Loire construire leurs ch\u00e2teaux\u00a0: Amboise, Blois, Chambord, Chenonceau. L\u00e0 se situe la vie culturelle, galante et bien souvent politique de la France\u00a0: L\u00e9onard de Vinci le prestigieux invit\u00e9 finira sa vie pr\u00e8s d\u2019Amboise, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se tiennent \u00e0 Blois, \u00e0 Tours. Et ce qui deviendra au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle la langue nationale est le fran\u00e7ais parl\u00e9 en Touraine, r\u00e9put\u00e9 le plus pur.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rabelais.jpg\" alt=\"Fran\u00e7ois Rabelais citation\" title=\"Fran\u00e7ois Rabelais citation\" width=\"350\" height=\"433\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je prouverai [\u2026] que notre langue vulgaire n\u2019est pas si vile, si inepte, si indigente et \u00e0 m\u00e9priser qu\u2019ils l\u2019estiment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"393\" class=\"cit-num\">393<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Le Cinqui\u00e8me Livre<\/em>, prologue (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, quelque 700 po\u00e8tes du royaume versifient en latin, la po\u00e9sie n\u00e9o-latine s\u2019inspirant jusqu\u2019au plagiat de Virgile, Horace, Catulle, Ovide, tandis que d\u2019autres \u00ab\u00a0pindarisent et p\u00e9trarquisent\u00a0\u00bb \u00e0 qui mieux mieux. Querelle des Anciens et des Modernes (\u00e0 suivre au si\u00e8cle suivant) et identit\u00e9 nationale en jeu\u00a0: Ronsard r\u00e9unit une \u00ab\u00a0Brigade\u00a0\u00bb qui devient \u00ab\u00a0Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb et cette nouvelle \u00e9cole charge du Bellay de r\u00e9diger la <em>D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549).<\/p>\n<p>Rabelais se bat de son c\u00f4t\u00e9 avec sa langue, bien \u00e0 lui et bien fran\u00e7aise. Il s\u2019adresse ici aux \u00ab\u00a0rapetasseurs de vieilles ferrailles latines, revendeurs de vieux mots latins, tous moisis et incertains\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos lois sont comme toiles d\u2019araignes [\u2026] les petits moucherons et petits papillons y sont pris [\u2026] les gros taons les rompent [\u2026] et passent \u00e0 travers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"405\" class=\"cit-num\">405<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553),<em> Le Cinqui\u00e8me livre<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, l\u2019id\u00e9e revient souvent de cette in\u00e9galit\u00e9 devant la loi des Fran\u00e7ais qui ne sont pas encore citoyens. Mais les proc\u00e8s de Grands du royaume, suivis de condamnations exemplaires (parfois \u00e0 mort), montrent que les \u00ab\u00a0gros taons\u00a0\u00bb peuvent \u00eatre pris\u00a0: conn\u00e9table (chef de l\u2019arm\u00e9e), surintendant des Finances, amiral, et m\u00eame chancelier (chef de la justice).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre faite sans bonne provision d\u2019argent n\u2019a qu\u2019un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les p\u00e9cunes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"465\" class=\"cit-num\">465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux ans apr\u00e8s le g\u00e9ant Pantagruel, l\u2019auteur cr\u00e9e Gargantua, son g\u00e9ant de p\u00e8re. Des cinq livres de son \u0153uvre, c\u2019est le plus pol\u00e9mique\u00a0: il aborde des questions s\u00e9rieuses, comme la guerre. Il ridiculise le roi Picrochole, sa folie ambitieuse qui le pousse aux guerres de conqu\u00eate \u2013 notre plus grand ennemi Charles Quint est vis\u00e9 \u2013 et l\u2019oppose au bon roi Grandgousier, pacifique et prudent, conscient de ses devoirs vis-\u00e0-vis de ses sujets et anim\u00e9 d\u2019une vraie fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne. Mais pour mener cette politique, il faut \u00eatre fort, donc disposer d\u2019une arm\u00e9e permanente \u2013 allusion \u00e0 la politique militaire de Fran\u00e7ois\u00a0Ier.<\/p>\n<p>Notons au passage l\u2019origine de l\u2019expression \u00ab\u00a0nerf de la guerre\u00a0\u00bb \u2013 ou sa r\u00e9apparition, Thucydide en ayant us\u00e9, dans son <em>Histoire de la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se<\/em>, au V\u00e9\u00a0si\u00e8cle avant J.-C. La m\u00e9taphore va faire fortune dans l\u2019histoire\u00a0: les guerres sans fin recommenc\u00e9es sont ruineuses. Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle bat n\u00e9anmoins le record historique de quatre-vingt-cinq ann\u00e9es de guerre en Europe, avec des effectifs croissants et des armes toujours perfectionn\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019app\u00e9tit vient en mangeant, disait Angest on Mans, la soif s\u2019en va en buvant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"467\" class=\"cit-num\">467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Gargantua<\/em> (1534)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre la guerre et l\u2019\u00e9ducation, la religion est l\u2019une des graves questions trait\u00e9es dans ce livre. Rabelais, moine cordelier, puis b\u00e9n\u00e9dictin, curieux de tout, passionn\u00e9 de grec et de latin, bien que pr\u00f4nant l\u2019usage du fran\u00e7ais, est pour la nouvelle doctrine \u00e9vang\u00e9lique, avec les humanistes du Coll\u00e8ge royal et contre la Sorbonne \u2013 qui en 1523 lui confisqua ses livres de grec, interdiction \u00e9tant faite d\u2019\u00e9tudier l\u2019\u00c9criture sainte dans les textes originaux\u00a0!<\/p>\n<p>Rabelais parle ici de J\u00e9r\u00f4me de Hangest, \u00e9v\u00eaque du\u00a0Mans (mort en 1538) et gardien de l\u2019orthodoxie. Les mauvaises m\u0153urs dans l\u2019\u00c9glise sont l\u2019une des raisons de la R\u00e9forme. Calvin lui-m\u00eame les d\u00e9nonce en s\u2019adressant au roi, en 1536\u00a0: \u00ab\u00a0Contemplez d\u2019autre part nos adversaires [\u2026] Leur ventre leur est pour dieu, la cuisine pour religion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment sont n\u00e9es les barricades\u00a0? Pour lutter contre les cavaleries royales, le peuple n\u2019ayant jamais de cavalerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"562\" class=\"cit-num\">562<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nom de \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Barricades\u00a0\u00bb sera donn\u00e9 \u00e0 plusieurs insurrections parisiennes de l\u2019histoire de France. La premi\u00e8re date du 12\u00a0mai 1588, en pleines guerres de Religion (succ\u00e9dant \u00e0 la Renaissance).<\/p>\n<p>Henri de Guise brave la d\u00e9fense du roi et se rend \u00e0 Paris, appel\u00e9 par les Seize (comit\u00e9 form\u00e9 par les ligueurs dans la capitale, compos\u00e9 de 16 membres repr\u00e9sentant les 16 quartiers de la ville). Tr\u00e8s populaire, on le surnomme le Roi de Paris. Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> veut riposter avec ses troupes, mais la population se soul\u00e8ve, barrant les rues avec des barriques de terre. Le roi doit s\u2019enfuir et se r\u00e9fugie \u00e0 Chartres. Paris reste au duc de Guise et aux ligueurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On m\u2019a fait, six ans durant, fouetter les mulets aux Tuileries. Il est temps qu\u2019enfin je fasse mon m\u00e9tier de roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"674\" class=\"cit-num\">674<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">lOUIS <span class=\"caps\">XIII<\/span> (1601-1643), apr\u00e8s la mort de Concini et le d\u00e9part de Marie de M\u00e9dicis.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et Richelieu<\/em> (1855), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour une fois, Dumas-p\u00e8re, le tr\u00e8s populaire romancier du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire\u00a0: guerre du fils \u00e9cart\u00e9 du pouvoir par sa m\u00e8re r\u00e9gente et le clan des Concini. Le mot de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> est souvent repris. L\u2019heure de sa revanche a sonn\u00e9. Il s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire assassiner le favori de la reine qui avait tous les pouvoirs et prenait plaisir \u00e0 le ridiculiser. Mais pour faire son m\u00e9tier de roi, qu\u2019il prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> aura toujours besoin d\u2019un second.<\/p>\n<p>Luynes \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, promu duc, pair, conn\u00e9table de France, gouverneur de Picardie, va diriger les affaires du royaume. Belle promotion pour le fauconnier royal \u2013 il est vrai que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> adore la chasse. Mais quand m\u00eame, tant d\u2019honneurs et de pouvoir\u00a0! On va jusqu\u2019\u00e0 comparer le favori \u00e0 Concini. En attendant Richelieu, puissant Premier ministre \u2013 que Dumas va caricaturer \u00e0 plaisir, dans<em> Les Trois Mousquetaires<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux ministres, qui a des anc\u00eatres, des dettes et des pensions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"957\" class=\"cit-num\">957<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> Lettres persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Grands, d\u00e8s la R\u00e9gence, veulent prendre leur revanche sur le si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, ce \u00ab\u00a0r\u00e8gne de vile bourgeoisie\u00a0\u00bb qui les tint \u00e9cart\u00e9s des postes de pouvoir. <\/p>\n<p><span class=\"caps\">ACTU<\/span>. Lire ou relire les<em> Lettres Persanes<\/em>, voici le plus s\u00fbr moyen de se d\u00e9confiner avant l\u2019heure et avec le sourire\u00a0! Rappelons le mot de l\u2019auteur dans ses <em>Cahiers<\/em> (posthume)\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 pour moi le souverain rem\u00e8de contre les d\u00e9go\u00fbts, n\u2019ayant jamais eu de chagrin qu\u2019une heure de lecture ne m\u2019ait \u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb <br>Charles-Louis de Secondat, baron de la Br\u00e8de et de Montesquieu, est un homme qui se pla\u00eet \u00e0 se dire heureux, dans son si\u00e8cle \u00e9pris de bonheur. \u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9veille le matin avec une joie secr\u00e8te\u00a0; je vois la lumi\u00e8re avec une esp\u00e8ce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content.\u00a0\u00bb Et n\u2019oublions pas que le bonheur est contagieux\u00a0! <\/p>\n<p>L\u2019auteur est aussi le premier-n\u00e9 des philosophes dits des Lumi\u00e8res. Magistrat fortun\u00e9, il \u00e9crit pour se distraire, avant de se consacrer tout entier au tr\u00e8s s\u00e9rieux<em> Esprit des lois<\/em> (1748) \u2013 \u0153uvre \u00e0 suivre dans l\u2019\u00e9dito n\u00b07. Mais il a commenc\u00e9 par un petit ouvrage plaisant, publi\u00e9 \u00e0 Amsterdam, anonyme et \u00ab\u00a0persan\u00a0\u00bb\u00a0: trois pr\u00e9cautions valent mieux qu\u2019une pour d\u00e9jouer la censure\u00a0! Le masque ne trompe personne et le subterfuge rend l\u2019auteur c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: sa r\u00e9putation de bel esprit est faite et sa critique des m\u0153urs contemporaines, fort hardie sous l\u2019apparence badine, s\u00e9duit le public des salons. Du m\u00eame coup, il lance le genre du roman \u00e9pistolaire, illustr\u00e9 soixante ans apr\u00e8s par les sulfureuses<em> Liaisons dangereuses<\/em> de Laclos.<\/p>\n<p>Ici, c\u2019est l\u2019humour qui explique le succ\u00e8s de librairie \u2013 avec l\u2019exotisme dont on raffole aussi. Deux Persans, Usbek et Rica, d\u00e9couvrent Paris et tiennent un journal de voyage \u00e0 l\u2019intention de leurs correspondants turcs (y compris deux femmes d\u2019Usbek). Leur esprit critique vise la (bonne) soci\u00e9t\u00e9, la politique (royale), la personne m\u00eame du roi (Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>), la religion\u2026 Tout l\u2019esprit du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res s\u2019exerce d\u00e9j\u00e0 et Voltaire reprendra ce proc\u00e9d\u00e9 dans ses contes moraux, <em>Zadig<\/em> et <em>Candide<\/em>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montesquieu.jpg\" width=\"390\" height=\"479\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dit que l\u2019homme est un animal sociable. Sur ce pied-l\u00e0, il me para\u00eet que le Fran\u00e7ais est plus homme qu\u2019un autre, c\u2019est l\u2019homme par excellence\u00a0; car il semble fait uniquement pour la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"975\" class=\"cit-num\">975<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La sociabilit\u00e9 sera l\u2019un des traits caract\u00e9ristiques de ce si\u00e8cle, port\u00e9 \u00e0 un point extr\u00eame et tant\u00f4t qualit\u00e9, tant\u00f4t d\u00e9faut. Le moraliste Chamfort confirme, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0Les gens du monde ne sont pas plut\u00f4t attroup\u00e9s qu\u2019ils se croient en soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb Exception \u00e0 la \u00ab\u00a0bande des quatre philosophes\u00a0\u00bb et \u00e0 la mode, Rousseau fera vraiment bande \u00e0 part, annon\u00e7ant une forme de romantisme propre au si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui est \u00e0 la cour, \u00e0 Paris, dans les provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des pr\u00e9lats, s\u2019il ne conna\u00eet les femmes qui les gouvernent, est comme un homme qui voit bien une machine qui joue, mais qui n\u2019en conna\u00eet point les ressorts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"977\" class=\"cit-num\">977<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des apparences futiles et brillantes, les femmes jouent leur r\u00f4le dans l\u2019histoire, et d\u2019abord dans celle des id\u00e9es. Elles ont soutenu les Modernes contre les Anciens dans les querelles du si\u00e8cle dernier, on les voit maintenant aux c\u00f4t\u00e9s des philosophes. Influentes aussi dans l\u2019\u00e9conomie o\u00f9 des femmes de la bourgeoisie et du peuple se retrouvent chefs d\u2019entreprise\u00a0; et dans la politique o\u00f9 les favorites royales jouent un r\u00f4le m\u00eame pas occulte avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Quant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Mirabeau ne dira-t-il pas de lui\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On appr\u00eate le caf\u00e9 de telle mani\u00e8re qu\u2019il donne de l\u2019esprit \u00e0 ceux qui en prennent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"978\" class=\"cit-num\">978<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9gence, le Procope, Gradot, Laurent\u00a0: c\u2019est la grande mode des caf\u00e9s o\u00f9 le caf\u00e9 fait fureur \u2013 on en compte 300 \u00e0 Paris, en 1715. Les clubs, plus ferm\u00e9s, institution typiquement anglaise, s\u00e9duisent la France anglophile jusqu\u2019\u00e0 l\u2019anglomanie. Et les salons se multiplient, \u00e0 Paris et en province, \u00e0 mesure que la cour de Versailles perd son h\u00e9g\u00e9monie\u00a0: d\u2019abord litt\u00e9raires et mondains, puis philosophiques, tous tenus par des femmes (Mme\u00a0de Lambert, Mme\u00a0de Tencin, Mme\u00a0du Deffand, Mme\u00a0Geoffrin, Mlle\u00a0de Lespinasse), lieux de rencontre et de conversation o\u00f9 les id\u00e9es nouvelles circulent et les r\u00e9putations se font et se d\u00e9font.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fureur de la plupart des Fran\u00e7ais, c\u2019est d\u2019avoir de l\u2019esprit, et la fureur de ceux qui veulent avoir de l\u2019esprit, c\u2019est de faire des livres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"979\" class=\"cit-num\">979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> Lettres Persanes (<\/em>1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre trait typique du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et qui ne fera que se renforcer, lui donnant son unit\u00e9 par-del\u00e0 d\u2019extr\u00eames diversit\u00e9s et complexit\u00e9s, contrastes et contradictions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est peut-\u00eatre la ville du monde la plus sensuelle et o\u00f9 l\u2019on raffine le plus sur les plaisirs\u00a0; mais c\u2019est peut-\u00eatre celle o\u00f9 l\u2019on m\u00e8ne une vie plus dure. Pour qu\u2019un homme vive d\u00e9licieusement, il faut que cent autres travaillent sans rel\u00e2che.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"982\" class=\"cit-num\">982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contraste plus que jamais affich\u00e9, donc choquant pour l\u2019un des premiers philosophes du si\u00e8cle, entre la minorit\u00e9 de privil\u00e9gi\u00e9s et les autres. Rousseau, le moins parisien et le plus pl\u00e9b\u00e9ien des philosophes, confirmera l\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0Une vie dure est plus facile \u00e0 supporter en province que la fortune \u00e0 poursuivre \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9r\u00eat est le plus grand monarque de la terre. Cette ardeur pour le travail, cette passion de s\u2019enrichir, passe de condition en condition, depuis les artisans jusques aux grands.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"983\" class=\"cit-num\">983<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ambivalence de cette civilisation d\u2019un c\u00f4t\u00e9 raffin\u00e9e, charmante, luxueuse et philosophante, et de cette soci\u00e9t\u00e9 affairiste o\u00f9 la course \u00e0 l\u2019argent devient la pr\u00e9occupation permanente d\u2019une noblesse descendue dans l\u2019ar\u00e8ne, comme de la bourgeoisie toujours soucieuse d\u2019ascension sociale\u00a0: \u00ab\u00a0Vous voyez \u00e0 Paris un homme qui a de quoi vivre jusqu\u2019au jour du jugement, qui travaille sans cesse et court le risque d\u2019accourcir ses jours, pour amasser, dit-il, de quoi vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le luxe absorbe tout\u00a0: on le bl\u00e2me, mais il faut l\u2019imiter\u00a0; et le superflu finit par priver du n\u00e9cessaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"987\" class=\"cit-num\">987<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Choderlos de <span class=\"caps\">LACLOS<\/span> (1741-1803), <em>Les Liaisons dangereuses<\/em> (1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lettre de la marquise de Merteuil \u00e0 Mme\u00a0de Volanges. L\u2019auteur est rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 juste titre, pour cette seule \u0153uvre, roman \u00e9pistolaire sous-titr\u00e9\u00a0:<em> Lettres recueillies dans une soci\u00e9t\u00e9 et publi\u00e9es pour l\u2019instruction de quelques autres.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il me semble au moins que c\u2019est rendre un service aux m\u0153urs que de d\u00e9voiler les moyens qu\u2019emploient ceux qui en ont de mauvaises pour corrompre ceux qui en ont de bonnes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"988\" class=\"cit-num\">988<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Choderlos de <span class=\"caps\">LACLOS<\/span>\u00a0(1741-1803), <em>Les Liaisons dangereuses<\/em>, Pr\u00e9face (1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>V\u00e9ritable trait\u00e9 du mal qui donne \u00e0 voir avec la m\u00eame froideur et la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 les victimes et les corrupteurs. Cette description quasi clinique fascine encore le lecteur de ce petit chef d\u2019\u0153uvre. Le cin\u00e9ma n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019exploiter cette veine qui \u00e9chappe \u00e0 toute mode.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. Il n\u2019y a pas que la litt\u00e9rature pour \u00e9chapper au confinement. Les bons films sont \u00e9galement pr\u00e9cieux et vous pourrez comparer les deux versions d\u2019ailleurs incomparables. Visibles en <span class=\"caps\">DVD<\/span>, en extraits sur You Tube et disponibles sur diverses plateformes, comme la plupart des \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les Liaisons dangereuses 1960<\/em>\u00a0\u00bb, revues et adapt\u00e9es par Roger Vadim, avec le sublime couple de cyniques et libertins, Jeanne Moreau-G\u00e9rard Philipe, manipulant \u00e0 plaisir Mlle de Volanges, joliment incarn\u00e9e par Annette Stroyberg (jeune femme du metteur en sc\u00e8ne). L\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de l\u2019adaptation transpos\u00e9e de nos jours explique le nouveau titre impos\u00e9 par notre droit d\u2019auteur fran\u00e7ais, la Soci\u00e9t\u00e9 des gens de lettres (<span class=\"caps\">SGDL<\/span>) ayant argu\u00e9 de son droit moral (imprescriptible). Le film interdit aux moins de 16 ans et \u00e0 l\u2019exportation est un immense succ\u00e8s en France (4 millions d\u2019entr\u00e9es). G\u00e9rard Philipe meurt quelques semaines apr\u00e8s sa sortie, \u00e0 36 ans.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0<em>Dangerous Liaisons<\/em>\u00a0\u00bb de Stephen Frears, adaptation tr\u00e8s fid\u00e8le et \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine de 1988, r\u00e9compens\u00e9 par trois Oscars et couverte de prix bien m\u00e9rit\u00e9s, avec quatre acteurs parfaits, John Malkovich, Glenn Close, Michelle Pfeiffer, Uma Thurman, rencontrent un succ\u00e8s critique et public international.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon plus grand chagrin est qu\u2019il n\u2019existe r\u00e9ellement pas de Dieu et de me voir priv\u00e9, par-l\u00e0, du plaisir de l\u2019insulter plus positivement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"989\" class=\"cit-num\">989<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814), <em>L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des philosophes vaguement d\u00e9istes (Voltaire) ou r\u00e9solument ath\u00e9es (Diderot), Sade se pose comme le plus irr\u00e9ligieux des grands marginaux du si\u00e8cle. Jamais la perversion n\u2019a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e si loin et deux si\u00e8cles plus tard, elle demeure exemplaire et scandaleuse. Le \u00ab\u00a0divin marquis\u00a0\u00bb joue \u00e0 vivre les provocations qu\u2019il conte et sera condamn\u00e9 \u00e0 mort pour violences sexuelles, d\u00e8s 1772. Il passera trente ann\u00e9es en prison. Un interminable confinement qu\u2019il met \u00e0 profit pour \u00e9crire, r\u00eaver, mais aussi se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne m\u2019adresse qu\u2019\u00e0 des gens capables de m\u2019entendre, et ceux-l\u00e0 me liront sans danger.\u00a0\u00bb <em>La Philosophie dans le boudoir<\/em>. Ce pamphlet (passablement illisible par le style comme l\u2019essentiel de son \u0153uvre) d\u00e9clenche un nouveau scandale. Son adaptation au cin\u00e9ma montrera\u00a0 l\u2019impossibilit\u00e9 de traduire en images les fantasmes de cet univers. La vie de l\u2019auteur n\u2019en est pas moins passionnante (et \u00e0 suivre\u2026).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cela veut raisonner de tout, et n\u2019a pas mille \u00e9cus de rente.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"997\" class=\"cit-num\">997<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CASTRIES<\/span> (1727-1801). <em>Le Rouge et le Noir<\/em> (1830), Stendhal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le duc parle avec d\u00e9dain de Rousseau (le pl\u00e9b\u00e9ien) et de d\u2019Alembert (le b\u00e2tard) \u2013 il aurait pu en dire autant de Diderot (le boh\u00e8me). Chez ces hommes avides de r\u00e9pandre les Lumi\u00e8res dans un public de plus en plus vaste et \u00e9clair\u00e9, la vocation encyclop\u00e9dique va de pair avec une curiosit\u00e9 universelle et une culture tout terrain. Quant au duc de Castries, qui est aussi marquis, mar\u00e9chal de France, ministre, gouverneur\u2026 et d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e des notables (1788), il se fera remarquer \u00e0 la veille de la R\u00e9volution par son hostilit\u00e9 \u00e0 toute r\u00e9forme.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. <em>Le Rouge et le Noir<\/em>\u00a0: grand auteur et grand roman du si\u00e8cle suivant, justement sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0Chronique du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0\u00bb, devenu un classique de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. \u00c0 lire, relire et red\u00e9couvrir \u00e0 chaque lecture, \u00e0 m\u00e9diter aussi, pour oublier le confinement.<\/p>\n<p>Julien Sorel, fils de charpentier franc-comtois, admire Napol\u00e9on et r\u00eave de faire une carri\u00e8re militaire, mais il doit tout aux pr\u00eatres qui ont fait son \u00e9ducation. Il h\u00e9site donc entre l\u2019arm\u00e9e (symbolis\u00e9e par le rouge) et le clerg\u00e9 (symbolis\u00e9 par le noir). D\u2019autres explications tentent de d\u00e9coder le titre de ce roman \u00e0 l\u2019intrigue aussi complexe que les personnages\u2026. Le c\u0153ur du h\u00e9ros est \u00e9galement d\u00e9chir\u00e9 par une vie priv\u00e9e chaotique. Pr\u00e9cepteur des enfants de M. de R\u00eanal, maire de province, il s\u2019\u00e9prend de sa femme, Mme de R\u00eanal. D\u00e9nonc\u00e9, le couple doit se s\u00e9parer. Julien se retrouve \u00e0 Paris, faubourg Saint-Germain, secr\u00e9taire du marquis de La Mole. Il s\u2019\u00e9prend de sa fille Mathilde, bient\u00f4t enceinte. Ils vont se marier, quand une lettre de Mme de R\u00eanal d\u00e9nonce l\u2019immoralit\u00e9 de son ex-amant. Julien se venge en tirant sur elle, en pleine messe. Il est jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 mort, les deux femmes plus que jamais amoureuses de Julien \u00e9tant pr\u00eates \u00e0 tout pour le faire acquitter. Mais en vain. L\u2019ambitieux aura tout rat\u00e9, sa carri\u00e8re, ses amours.<\/p>\n<p>Ce chef d\u2019\u0153uvre de psychologie au romantisme contenu inspire un film \u00e9ponyme \u00e0 Claude Autant-Lara, qui cosigne le sc\u00e9nario avec Jean Aurenche et Pierre Bost.\u00a0 <em>Le Rouge et le Noir<\/em> (1954) b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un trio d\u2019acteurs exceptionnels. G\u00e9rard Philipe incarne id\u00e9alement Julien Sorel, pris entre Danielle Darrieux et Antonella Lualdi au sommet de leur art. \u00c0 voir et revoir en boucle, pour oublier le confinement. Ne pas h\u00e9siter entre le film et le livre, la comparaison des deux vous fera passer le temps\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1082\" class=\"cit-num\">1082<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), parlant du syst\u00e8me de Law en 1719,<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Syst\u00e8me fait des miracles et permet de tout esp\u00e9rer\u00a0: \u00ab\u00a0Que de valets servis par leurs camarades, et peut-\u00eatre demain par leurs ma\u00eetres\u00a0!\u00a0\u00bb Des fortunes colossales naissent en quelques heures, et l\u2019on cite des cas incroyables, mais vrais\u00a0: des laquais devenus millionnaires paradent en carrosse, un abb\u00e9 gagne 18\u00a0millions de livres, un gar\u00e7on de cabaret 30, un ramoneur 40, un mendiant 70 et une merci\u00e8re 100. Ces nouveaux riches ach\u00e8tent des ch\u00e2teaux, donnent des f\u00eates, \u00e9pousent des filles nobles\u2026 avant que leur fortune ne s\u2019\u00e9croule. Trop de sp\u00e9culateurs l\u2019ignorent encore, mais c\u2019est une loi de la Bourse que la baisse suit la hausse.<\/p>\n<p>Chaque si\u00e8cle va l\u2019apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens, preuve que l\u2019on ne tire pas suffisamment profit des le\u00e7ons de l\u2019histoire. La R\u00e9gence a v\u00e9cu une \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb historique, presque un cas d\u2019\u00e9cole. Et Montesquieu r\u00e9ussit \u00e0 nous faire sourire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! Ah\u00a0! Monsieur est Persan\u00a0! C\u2019est une chose bien extraordinaire\u00a0! Comment peut-on \u00eatre Persan\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1086\" class=\"cit-num\">1086<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La lettre\u00a0<span class=\"caps\">XXX<\/span> (il y en 161) raille la curiosit\u00e9 na\u00efve et indiscr\u00e8te des Parisiens du temps, pour tout ce qui sort de l\u2019ordinaire. Cette curiosit\u00e9 \u00ab\u00a0encyclop\u00e9dique\u00a0\u00bb sera l\u2019une des qualit\u00e9s du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectons \u00e9ternellement le vice et ne frappons que la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1182\" class=\"cit-num\">1182<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SADE<\/span> (1740-1814),<em> L\u2019Histoire de Juliette<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1768\u00a0: Sade est emprisonn\u00e9 sept mois, ayant enlev\u00e9 et tortur\u00e9 une passante. En 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour \u00ab\u00a0d\u00e9bauche outr\u00e9e\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9taient qu\u2019un premier avertissement. Le divin marquis passera au total trente ann\u00e9es de sa vie en prison. Ce \u00ab\u00a0confinement\u00a0\u00bb ne fera que renouveler et exacerber ses fantasmes que la r\u00e9alit\u00e9 limite fatalement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans, ma t\u00eate ne s\u2019est embras\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de p\u00e9rir victime des passions cruelles du libertinage.\u00a0\u00bb N\u00e9 de haute noblesse proven\u00e7ale, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, tr\u00e8s jeune combattant de la guerre de Sept Ans, mari\u00e9 en 1763, il sera condamn\u00e9 \u00e0 mort en 1772 pour violences sexuelles. Incarc\u00e9r\u00e9 en Savoie, \u00e9vad\u00e9, emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Vincennes, puis \u00e0 la Bastille, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton quelques jours avant le 14\u00a0juillet 1789, lib\u00e9r\u00e9 le 2\u00a0avril 1790 par le d\u00e9cret sur les lettres de cachet, avant de nouvelles incarc\u00e9rations. Sa famille veille \u00e0 ce qu\u2019il ne sorte plus de l\u2019hospice de Charenton, o\u00f9 il meurt en 1814.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Elle est r\u00e9habilit\u00e9e au <span class=\"caps\">XX<\/span>e, avec les honneurs d\u2019une \u00e9dition dans la Pl\u00e9iade. Premier auteur \u00e9rotique de la litt\u00e9rature moderne, il donne au dictionnaire le mot sadisme\u00a0: \u00ab\u00a0perversion sexuelle par laquelle une personne ne peut atteindre l\u2019orgasme qu\u2019en faisant souffrir (physiquement ou moralement) l\u2019objet de ses d\u00e9sirs\u00a0\u00bb (Le Robert). \u00c0 part \u00e7a, cette prose est difficile \u00e0 lire, mais il y a des amateurs. Si le confinement vous y invite\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour que la R\u00e9volution soit, il ne suffit pas que Montesquieu la pr\u00e9sente, que Diderot la pr\u00eache, que Beaumarchais l\u2019annonce, que Condorcet la calcule, qu\u2019Arouet la pr\u00e9pare, que Rousseau la pr\u00e9m\u00e9dite\u00a0; il faut que Danton l\u2019ose.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1289\" class=\"cit-num\">1289<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Danton, un nom parmi d\u2019autres r\u00e9volutionnaires c\u00e9l\u00e8bres. Plus qu\u2019aucune autre p\u00e9riode de notre histoire de France, la R\u00e9volution cr\u00e9e ses propres h\u00e9ros. Aussi vrai que \u00ab\u00a0les hommes ne manquent pas\u00a0: les r\u00e9volutions en d\u00e9couvrent toujours\u00a0\u00bb (Michel Debr\u00e9, <em>Ces princes qui nous gouvernent<\/em>).<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. Hugo, n\u00b03 sur le podium de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (apr\u00e8s Napol\u00e9on et de Gaulle, juste avant Voltaire), \u00e0 la fois auteur g\u00e9nial (romancier, po\u00e8te, dramaturge, historien, pol\u00e9miste) et acteur politique majeur (d\u00e9put\u00e9, pair de France, opposant \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, en exil durant pr\u00e8s de vingt ans), de nouveau d\u00e9put\u00e9, puis s\u00e9nateur (et orateur sans \u00e9gal). On va le retrouver dans tous les autres \u00e9ditos en tant qu\u2019auteur.<\/p>\n<p>Tout le monde a lu <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>. Vrai ou faux\u00a0? 10 volumes\u00a0! Pr\u00e8s de 2 000 pages. Pas le temps de r\u00e9sumer. Rappelons simplement quelques personnages inoubliables, \u00e0 commencer par Jean Valjean, condamn\u00e9 au bagne pour avoir vol\u00e9 un pain\u2026 devenu Monsieur Madeleine ne vivant que pour aider les mis\u00e9rables qu\u2019il rencontre\u00a0; Fantine, fille de joie et fille-m\u00e8re cumulant\u00a0toutes les tares\u00a0; sa fille Cosette devenue enfant-martyre chez les Th\u00e9nardier\u00a0; Gavroche, gamin de Paris qui meurt en chantant sur les barricades d\u2019une r\u00e9volution parisienne avort\u00e9e (1832)\u00a0; Javert le policier qui traque le for\u00e7at \u00e9vad\u00e9\u00a0; Marius prisonnier du destin, sauv\u00e9 par miracle et finissant par \u00e9pouser Cosette\u2026 Prenez le temps de replonger dans cet univers. La seule lecture d\u2019une vingtaine de citations \u00e0 suivre va vous faire oublier le confinement et vous (re)donner go\u00fbt au roman-fleuve, avec cet art de la formule inimitable qu\u2019on trouve dans les autres romans historiques d\u2019Hugo, \u00e0 commencer par<em> Quatre-vingt-treize<\/em>, dernier roman publi\u00e9, situ\u00e9 sous la Terreur.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/victor_hugo_dessin_de_merimee.jpg\" alt=\"Victor Hugo citation\" title=\"Victor Hugo citation\" width=\"350\" height=\"268\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Danton fut l\u2019action dont Mirabeau avait \u00e9t\u00e9 la parole.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1295\" class=\"cit-num\">1295<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On l\u2019appelait \u00ab\u00a0le Mirabeau de la populace\u00a0\u00bb. Comme Mirabeau, Danton, c\u2019est une \u00ab\u00a0gueule\u00a0\u00bb, un personnage th\u00e9\u00e2tral. Mais contrairement \u00e0 Mirabeau, \u00ab\u00a0Danton, comme Robespierre et Marat, est une cr\u00e9ation de la R\u00e9volution. Il jaillit de l\u2019immense \u00e9v\u00e9nement sans aucun pr\u00e9avis\u00a0\u00bb (Mona Ozouf). Il mourra guillotin\u00e9, comme Robespierre. Mirabeau est mort de maladie \u00e0 42 ans. Et Marat, assassin\u00e9 par Charlotte Corday.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les si\u00e8cles finissent par avoir une poche de fiel. Cette poche cr\u00e8ve. C\u2019est Marat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1301\" class=\"cit-num\">1301<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la galerie de portraits r\u00e9volutionnaires, Marat, c\u2019est le m\u00e9chant. Pas un ami de son vivant. Pas un historien pour en faire un h\u00e9ros. Pas un th\u00e9oricien pour se dire \u00ab\u00a0maratiste\u00a0\u00bb, comme on peut \u00eatre dantoniste ou robespierriste. Marat fut pourtant l\u2019\u00ab\u00a0ami du peuple\u00a0\u00bb, jouissant d\u2019une incroyable popularit\u00e9 aupr\u00e8s des sans-culottes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le correcteur d\u2019\u00e9preuves de la R\u00e9volution, c\u2019est Robespierre. Il revoyait tout, il rectifiait tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1307\" class=\"cit-num\">1307<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout le contraire du g\u00e9nie de l\u2019improvisation des Mirabeau et Danton. C\u2019est avant tout un infatigable th\u00e9oricien, comme son ami Saint-Just.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1332\" class=\"cit-num\">1332<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0: une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s, essentiellement chez les assaillants (au nombre de 800 \u00e0 3\u00a0000, selon les sources). Mais Hugo a raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence, et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs. Chez le jeune romancier, on reconna\u00eet d\u00e9j\u00e0 l\u2019ap\u00f4tre de la non-violence et le pourfendeur de la peine de mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pays, Patrie, ces deux mots r\u00e9sument toute la guerre de Vend\u00e9e, querelle de l\u2019id\u00e9e locale contre l\u2019id\u00e9e universelle, paysans contre patriotes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1489\" class=\"cit-num\">1489<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Quatre-vingt-treize<\/em> (1874)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier roman historique publi\u00e9, il se situe en 1793, ann\u00e9e charni\u00e8re et riche en \u00e9v\u00e9nements, avec la Terreur institu\u00e9e par d\u00e9cret et la tragique guerre de Vend\u00e9e. Il met en sc\u00e8ne trois personnages\u00a0: un pr\u00eatre r\u00e9volutionnaire, un aristocrate royaliste et vend\u00e9en, et son petit-neveu ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution. Ce choc des extr\u00eames rappelle naturellement la Commune de Paris (1871) et ses drames, v\u00e9cus par Hugo. Les guerres civiles se suivent et se ressemblent tragiquement.<\/p>\n<p>Les insurg\u00e9s vend\u00e9ens (les Blancs) vont r\u00e9unir jusqu\u2019\u00e0 40\u00a0000 hommes et remporter plusieurs victoires contre les patriotes (les Bleus), en ce printemps 1793\u00a0: prise de Cholet, Parthenay, Saumur, Angers, avant d\u2019\u00e9chouer devant Nantes (29\u00a0juin). La Convention envoie des troupes r\u00e9publicaines d\u00e8s juillet, mais les grands combats suivis de massacres seront organis\u00e9s \u00e0 partir d\u2019octobre. Au total, la guerre de Vend\u00e9e et la guerre des Chouans (m\u00eames causes, m\u00eames effets, en Bretagne et Normandie) feront quelque 600\u00a0000 morts, dont 210\u00a0000 civils ex\u00e9cut\u00e9s, 300\u00a0000 morts de faim et de froid (dont 100\u00a0000 enfants).<\/p>\n<p>Ce g\u00e9nocide (mot employ\u00e9 par certains historiens) est, sans conteste, le plus lourd bilan \u00e0 porter au passif de la R\u00e9volution et de la Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est le plus puissant pas du genre humain depuis l\u2019av\u00e8nement du Christ.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1631\" class=\"cit-num\">1631<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conscience politique de son\u00a0si\u00e8cle, homme de c\u0153ur et sensibilit\u00e9 de gauche, il aime d\u2019autant plus la R\u00e9volution (et l\u2019Empire) qu\u2019il est d\u00e9\u00e7u par les princes qui gouvernent au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et par les r\u00e9volutions qui l\u2019agitent et l\u2019ensanglantent pour rien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque ann\u00e9e, la France faisait pr\u00e9sent \u00e0 cet homme de trois cent mille jeunes gens\u00a0; c\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00f4t pay\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1764\" class=\"cit-num\">1764<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), <em>La Confession d\u2019un enfant du\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et s\u2019il n\u2019avait ce troupeau derri\u00e8re lui, il ne pouvait suivre sa fortune. C\u2019\u00e9tait l\u2019escorte qu\u2019il lui fallait, pour qu\u2019il p\u00fbt traverser le monde, et s\u2019en aller tomber dans une petite vall\u00e9e d\u2019une \u00eele d\u00e9serte, sous un saule pleureur.\u00a0\u00bb L\u2019histoire finit mal, pour la France exsangue, et pour l\u2019empereur exil\u00e9.<\/p>\n<p>Mais Musset, l\u2019enfant du si\u00e8cle orphelin de Napol\u00e9on, \u00e9voque aussit\u00f4t apr\u00e8s l\u2019Empire glorieux\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerri\u00e8res dans tous les c\u0153urs. Jamais il n\u2019y eut de soleils si purs que ceux qui s\u00e9ch\u00e8rent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb Rendez-vous avec Musset le po\u00e8te, dans l\u2019\u00e9pisode n\u00b02 de notre feuilleton litt\u00e9raire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Napol\u00e9on, Monsieur le Vidame, eut une autre femme que Jos\u00e9phine et que Marie-Louise. Cette compagne [\u2026] porte un manteau d\u2019azur constell\u00e9 d\u2019\u00e9toiles, elle est couronn\u00e9e de lauriers [\u2026] la croix d\u2019honneur brille sur sa poitrine [\u2026] Elle se nomme la Gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1770\" class=\"cit-num\">1770<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Le Crime de Sylvestre Bonnard<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Ce roman fait partie de son <em>Histoire contemporaine<\/em>. Nous allons retrouver en son temps \u2013 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 cet auteur qui m\u00e9rite mieux que l\u2019oubli ou une r\u00e9putation trompeuse).<\/p>\n<p>D\u00e8s 1797, Bonaparte pr\u00e9dit cet engrenage du destin fatal \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 la France\u00a0: \u00ab\u00a0Mon pouvoir tient \u00e0 ma gloire, et ma gloire aux victoires que j\u2019ai emport\u00e9es. Ma puissance tomberait si je ne lui donnais pour base encore de la gloire et des victoires nouvelles. La conqu\u00eate m\u2019a fait ce que je suis, la conqu\u00eate seule peut me maintenir\u00a0\u00bb (cit\u00e9 dans les <em>M\u00e9moires<\/em> de Roederer).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Com\u00e9dien\u00a0! Trag\u00e9dien\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1781\" class=\"cit-num\">1781<\/span><\/p>\n<div class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1742-1823). <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835), Alfred de Vigny<\/div>\n<\/blockquote>\n<p>Ces deux mots cit\u00e9s par Vigny, entre autres sources, n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s tels qu\u2019ils sont pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, mais ils refl\u00e8tent ce que ce pape de caract\u00e8re pensait de l\u2019empereur, ce sacr\u00e9 personnage\u00a0! <\/p>\n<p>Don de la simulation et sens th\u00e9\u00e2tral sont deux qualit\u00e9s reconnues au grand premier r\u00f4le que fut Napol\u00e9on, sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire. Son don de la mise en sc\u00e8ne, il en joue en artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Rien n\u2019interrompt aussi bien une sc\u00e8ne tragique qu\u2019inviter l\u2019autre \u00e0 s\u2019asseoir\u00a0; lorsqu\u2019il est assis, le tragique devient comique.\u00a0\u00bb Il a d\u2019ailleurs pris des cours avec le plus c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9taire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, son ami Talma. Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande, \u00e0 commencer par David. Le sommet de l\u2019art reste le sacre, dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin et acteur, condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame, et le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1782\" class=\"cit-num\">1782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), juin\u00a01816. <em>Quel roman que ma vie\u00a0!\u00a0: itin\u00e9raire de Napol\u00e9on Bonaparte, 1769-1821<\/em> (1947), Louis Garros<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pop\u00e9e aura dur\u00e9 un peu plus de vingt ans et le 5\u00a0mai\u00a01821, le proscrit de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne d\u00e9clare \u00e0 Las Cases\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019adversit\u00e9 manquait \u00e0 ma carri\u00e8re. Gr\u00e2ce au malheur, on pourra me juger \u00e0 nu.\u00a0\u00bb Ces six ans de captivit\u00e9 vont encore servir sa l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Le personnage est une source d\u2019inspiration in\u00e9puisable pour les historiens, \u00e9crivains, cin\u00e9astes et jusqu\u2019aux cr\u00e9ateurs de jeux vid\u00e9o. Le culte napol\u00e9onien se voit dans les mus\u00e9es du monde entier, dans les collections de soldats de plomb, dans les dictionnaires de citations. Et sur l\u2019Internet, au seul mot de Napol\u00e9on, 1 880 000 r\u00e9sultats s\u2019inscrivent en 0,70 seconde (avril 2020) \u2013 ce qui aurait combl\u00e9 l\u2019homme press\u00e9, obs\u00e9d\u00e9 par son image. C\u2019est aussi une mani\u00e8re de passer \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos ma\u00eetres ressemblaient \u00e0 des h\u00e9rauts d\u2019armes, nos salles d\u2019\u00e9tudes \u00e0 des casernes, nos r\u00e9cr\u00e9ations \u00e0 des man\u0153uvres et nos examens \u00e0 des revues.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1859\" class=\"cit-num\">1859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863), <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un ancien \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Bonaparte (aujourd\u2019hui Condorcet), \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans en 1811, n\u00e9 d\u2019une famille aristocratique et de tradition militaire, se pr\u00e9parant (sans vraie vocation) \u00e0 Polytechnique. Vigny quittera l\u2019arm\u00e9e pour devenir po\u00e8te.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque avec nostalgie ce pass\u00e9 qui fait r\u00eaver toute la g\u00e9n\u00e9ration romantique\u00a0: \u00ab\u00a0Les ma\u00eetres m\u00eames ne cessaient de nous lire les bulletins de la Grande Arm\u00e9e, et nos cris de Vive l\u2019empereur interrompaient Tacite et Platon [\u2026] Il me prit alors plus que jamais un amour vraiment d\u00e9sordonn\u00e9 de la gloire des armes\u00a0; passion d\u2019autant plus malheureuse que c\u2019\u00e9tait le temps, pr\u00e9cis\u00e9ment, o\u00f9 la France commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019en gu\u00e9rir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/alfred_de_vigny.jpg\" alt=\"Alfred de Vigny\" title=\"Alfred de Vigny\" width=\"414\" height=\"508\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appartiens \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e avec le\u00a0si\u00e8cle, qui, nourrie de bulletins par l\u2019Empereur, avait toujours devant les yeux une \u00e9p\u00e9e nue et vint la prendre au moment m\u00eame o\u00f9 la France la remettait dans le fourreau des Bourbons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1895\" class=\"cit-num\">1895<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863), <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Roman et r\u00e9flexion autobiographique sur le m\u00e9tier militaire qu\u2019il a exerc\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 30 ans, compos\u00e9 sous forme de trois nouvelles (\u00ab\u00a0Laurette ou le Cachet rouge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La Veill\u00e9e de Vincennes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La Vie et la Mort du capitaine Renaud\u00a0\u00bb). T\u00e9moignage d\u2019un grand \u00e9crivain de ce temps riche en talents, bien plus que la R\u00e9volution et l\u2019Empire n\u2019en ont cr\u00e9\u00e9s. Vigny traduit ici l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de toute une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes romantiques \u00ab\u00a0bien n\u00e9s\u00a0\u00bb. Ils rallieront l\u2019opposition lib\u00e9rale quand la monarchie de Charles X deviendra plus ultra que royaliste, \u00e0 la fin de la Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un g\u00e9n\u00e9ral anglais leur cria\u00a0: Braves Fran\u00e7ais, rendez-vous\u00a0! Cambronne r\u00e9pondit\u00a0: Merde\u00a0! [\u2026] Foudroyer d\u2019un tel mot le tonnerre qui vous tue, c\u2019est vaincre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1944\" class=\"cit-num\">1944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0mot de Cambronne\u00a0\u00bb, historiquement douteux et ni\u00e9 par son auteur pr\u00e9sum\u00e9, est pourtant pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: l\u2019anecdote est rapport\u00e9e par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui d\u00e9dia une aimable pi\u00e8ce titr\u00e9e <em>Le Mot de Cambronne<\/em> (1937).<\/p>\n<p>On ne pr\u00eate qu\u2019aux riches\u00a0: Pierre Jacques \u00c9tienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engag\u00e9 parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Nomm\u00e9 major g\u00e9n\u00e9ral de la garde imp\u00e9riale, il suit Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s\u2019illustre \u00e0 Waterloo, dans ce \u00ab\u00a0dernier carr\u00e9\u00a0\u00bb de la Vieille Garde, qui va r\u00e9sister jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Waterloo n\u2019est point une bataille\u00a0: c\u2019est le changement de front de l\u2019univers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1949\" class=\"cit-num\">1949<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve ce roman en dix volumes, vaste fresque historique, sociale, humaine et humaniste. Waterloo demeure \u00e0 jamais l\u2019un des moments cl\u00e9s de l\u2019histoire de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a01817 est l\u2019ann\u00e9e que Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, avec un certain aplomb royal qui ne manquait pas de fiert\u00e9, qualifiait de vingt-deuxi\u00e8me de son r\u00e8gne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1966\" class=\"cit-num\">1966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour les amateurs de calcul, rappelons que 1817 moins 22 \u00e9gale 1795, date de la mort (officielle) de Louis <span class=\"caps\">XVII<\/span> le dauphin, ann\u00e9e o\u00f9 le comte de Provence en exil fut proclam\u00e9 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>. Le compte est bon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La derni\u00e8re raison des rois, le boulet. La derni\u00e8re raison des peuples, le pav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2028\" class=\"cit-num\">2028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de France est ponctu\u00e9e de \u00ab\u00a0journ\u00e9es des Barricades\u00a0\u00bb \u2013 murailles vite improvis\u00e9es, faites de pav\u00e9s, de galets, de poutres, construites par le peuple pour barrer la route aux troupes organis\u00e9es, charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re Journ\u00e9e remonte \u00e0 la Sainte Ligue (catholique), qui tenait Paris en 1588. En 1649, c\u2019est la Fronde, o\u00f9 l\u2019on a beaucoup jou\u00e9 avec les pav\u00e9s. La R\u00e9volution de 1830 d\u00e9pave les rues de Paris, durant ses Trois Glorieuses. Apr\u00e8s l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, les pav\u00e9s reprennent du service avec la R\u00e9volution de 1848. Vient ensuite la Commune de Paris en 1871, la plus sanglante guerre des pav\u00e9s \u2013 Hugo sera encore t\u00e9moin de cette guerre civile. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Paris vivra deux s\u00e9ries de journ\u00e9es o\u00f9 les rues se h\u00e9rissent \u00e0 nouveau de barricades et de pav\u00e9s, qui font \u00e9galement projectiles\u00a0: \u00e0 la Lib\u00e9ration en ao\u00fbt 1944, et en mai 1968. Rappelons aussi la \u00ab\u00a0semaine des Barricades\u00a0\u00bb en janvier\u00a01960, \u00e0 Alger. Le pav\u00e9 servira de moins en moins, les rues de Paris et de toutes les grandes villes \u00e9tant recouvertes de macadam.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019opposition [\u2026] peut perdre autant de batailles qu\u2019elle en livre, il lui suffit, comme les alli\u00e9s en 1814, de vaincre une seule fois. Avec \u00ab\u00a0trois glorieuses journ\u00e9es\u00a0\u00bb, enfin, elle d\u00e9truit tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2032\" class=\"cit-num\">2032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850), <em>Le D\u00e9put\u00e9 d\u2019Arcis<\/em> (posthume, 1854)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En juillet 1830, la crainte d\u2019un r\u00e9gime vraiment d\u00e9mocratique va pousser la majorit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s de l\u2019opposition, repr\u00e9sentants d\u2019une bourgeoisie lib\u00e9rale, ais\u00e9e, \u00e9clair\u00e9e, mais pas vraiment r\u00e9volutionnaire, \u00e0 \u00ab\u00a0escamoter\u00a0\u00bb la R\u00e9publique et opter pour l\u2019ordre. <em>Le National<\/em> propose de nommer roi le duc d\u2019Orl\u00e9ans, \u00ab\u00a0prince d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la cause de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. Toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du nouveau r\u00e9gime de la Charte et de Louis-Philippe acc\u00e9dant au tr\u00f4ne est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, dans ce recours \u00e0 un \u00ab\u00a0roi citoyen\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/balzac.jpg\" alt=\"balzac citations\" title=\"balzac citations\" width=\"350\" height=\"318\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous ces pr\u00e9tendus hommes politiques sont les pions, les cavaliers, les tours ou les fous d\u2019une partie d\u2019\u00e9checs qui se jouera tant qu\u2019un hasard ne renversera pas le damier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2038\" class=\"cit-num\">2038<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 de <span class=\"caps\">BALZAC<\/span> (1799-1850), <em>Monographie de la presse parisienne<\/em> (1842)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme presque tous les g\u00e9nies de son temps, Balzac est tent\u00e9 par la politique (h\u00e9sitant entre lib\u00e9ralisme et monarchisme catholique). Mais c\u2019est plus que tout un prodigieux observateur des m\u0153urs, doubl\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0visionnaire passionn\u00e9\u00a0\u00bb (selon Baudelaire). Les quelque 90 romans de sa <em>Com\u00e9die humaine<\/em> ont d\u2019abord pour titre<em> \u00c9tudes sociales<\/em>\u00a0: les jeux politiques de la nouvelle monarchie install\u00e9e dans l\u2019histoire entre deux r\u00e9volutions y sont croqu\u00e9s sans indulgence et le personnage de Rastignac entre dans la galerie des grands classiques. Adolphe Thiers sert de mod\u00e8le \u00e0 ce bourgeois avide d\u2019argent et de pouvoir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plupart des hommes qui \u00e9taient l\u00e0 avaient servi, au moins, quatre gouvernements\u00a0; et ils auraient vendu la France ou le genre humain, pour garantir leur fortune, s\u2019\u00e9pargner un malaise, un embarras, ou m\u00eame par simple bassesse, adoration instinctive de la force.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2040\" class=\"cit-num\">2040<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de Chateaubriand dans ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>, mais dans un tout autre style, Flaubert se pr\u00e9sente comme un grand auteur \u00e0 la barre des t\u00e9moins de son temps, peintre minutieux de la bourgeoisie des ann\u00e9es 1840-1850 et des illusions perdues de Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, 18 ans, son antih\u00e9ros. Il reprend la formule du roman d\u2019apprentissage, avec une intrigue emprunt\u00e9e \u00e0 Sainte-Beuve et \u00e0 Balzac. Ce roman reprend aussi trois essais pr\u00e9c\u00e9dents\u2026 Moins de succ\u00e8s que Madame Bovary, mais\u00a0 annonce le naturalisme, d\u2019o\u00f9 l\u2019admiration de Maupassant et de Zola.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span>\u00a0<\/strong>? La question s\u2019est pos\u00e9e \u2013 Flaubert n\u2019est pas moins int\u00e9ressant que Stendhal. Mais ses lecteurs n\u2019ont pas besoin d\u2019\u00eatre incit\u00e9s \u00e0 le\u00a0lire et les autres ne seront sans doute pas incit\u00e9s \u00e0 la lecture. Cette litt\u00e9rature au romantisme retenu jusqu\u2019au r\u00e9alisme et aux personnages maladivement \u00e9gocentr\u00e9s n\u2019est pas favorable en temps de confinement\u00a0! Enfin, nous retrouverons Flaubert dans les Lettres (\u00e9pisode 4 de cette s\u00e9rie litt\u00e9raire), sa Correspondance avec George Sand r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 merveille l\u2019homme vibrant \u00e0 l\u2019Histoire en train de se faire, au jour le jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe que ce soit un sabre ou un goupillon, ou un parapluie qui nous gouverne\u00a0! C\u2019est toujours un b\u00e2ton.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2041\" class=\"cit-num\">2041<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Th\u00e9ophile <span class=\"caps\">GAUTIER<\/span> (1811-1872),<em> Mademoiselle de Maupin<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Roman \u00e9pistolaire\u2026 connu surtout pour sa pr\u00e9face. C\u2019est l\u2019exception \u00e0 la r\u00e8gle de l\u2019engagement politique, social et moral des Hugo, Lamartine et George Sand, Michelet et Tocqueville. Contre les \u00ab\u00a0Jeunes-France\u00a0\u00bb romantiques, ce \u00ab\u00a0parfait magicien des lettres fran\u00e7aises\u00a0\u00bb (selon Baudelaire) affirme la doctrine de \u00ab\u00a0l\u2019art pour l\u2019art\u00a0\u00bb \u2013 en pr\u00e9face.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a voulu, \u00e0 tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion content\u00e9e du peuple. Le bourgeois, c\u2019est l\u2019homme qui a maintenant le temps de s\u2019asseoir. Une chaise n\u2019est pas une caste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2052\" class=\"cit-num\">2052<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Mis\u00e9rables<\/em> \u2013 suite. En exil (volontaire apr\u00e8s l\u2019amnistie d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> en 1860), Hugo a tout le temps de se rappeler son pass\u00e9 politique et d\u2019en tirer le\u00e7on, dans ce roman-fleuve.<\/p>\n<p>D\u2019abord r\u00e9serv\u00e9 face \u00e0 Louis-Philippe, Hugo est conquis par sa belle-fille, la jeune duchesse d\u2019Orl\u00e9ans. Mais la mort accidentelle de son mari, prince h\u00e9ritier, ruine ses r\u00eaves de futur ministre. Nomm\u00e9 pair de France en 1845, il se bat contre la peine de mort, l\u2019injustice sociale. Son parcours politique d\u2019homme de gauche et de c\u0153ur ne fait que commencer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis-Philippe \u00e9tait un homme rare [\u2026] tr\u00e8s premier prince du sang tant qu\u2019il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019altesse s\u00e9r\u00e9nissime, mais franc bourgeois le jour o\u00f9 il fut majest\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2055\" class=\"cit-num\">2055<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Roi-citoyen amen\u00e9 au pouvoir par une r\u00e9volution (les Trois Glorieuses de juillet 1830), roi des barricades \u00e0 la t\u00eate d\u2019une monarchie bourgeoise qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0meilleure des r\u00e9publiques\u00a0\u00bb par certains, Louis-Philippe r\u00e9unit quelques-unes des ambigu\u00eft\u00e9s dont vivra et mourra ce r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa grande faute, la voici\u00a0: il a \u00e9t\u00e9 modeste au nom de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2056\" class=\"cit-num\">2056<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Indulgent pour ce roi qui trouve gr\u00e2ce aux yeux de ce critique d\u2019ordinaire plus s\u00e9v\u00e8re pour les princes qui gouvernent la France, Hugo ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Louis-Philippe sera class\u00e9 parmi les hommes \u00e9minents de son\u00a0si\u00e8cle, et serait rang\u00e9 parmi les gouvernements les plus illustres de l\u2019histoire, s\u2019il e\u00fbt aim\u00e9 la gloire et s\u2019il e\u00fbt eu le sentiment de ce qui est grand au m\u00eame degr\u00e9 que ce qui est utile.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot du populaire gamin de Paris, ainsi mis en situation sur une barricade\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo immortalise dans ce roman la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la Monarchie de Juillet, les 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848. Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/flaubert_0.jpg\" alt=\"Flaubert citation\" title=\"Flaubert citation\" width=\"350\" height=\"508\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bonnet de coton ne se montra pas moins hideux que le bonnet rouge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2173\" class=\"cit-num\">2173<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les repr\u00e9sailles ont suivi les combats. Bilan humain des journ\u00e9es de juin\u00a01848\u00a0: plus de 4\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 1\u00a0600 parmi les forces de l\u2019ordre (arm\u00e9e et garde nationale). Et 3\u00a0000 prisonniers ou d\u00e9port\u00e9s en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Bilan politique\u00a0: la rupture est consomm\u00e9e entre la gauche populaire, prol\u00e9taire et socialiste (\u00e0 Paris surtout, mais tr\u00e8s minoritaire dans le pays) et la droite conservatrice \u00e0 laquelle vont peu \u00e0 peu se joindre les r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s, pour former le parti de l\u2019Ordre.<\/p>\n<p>Flaubert rejette ici dos \u00e0 dos le bourgeois et le peuple. George Sand fera de m\u00eame et nous les retrouverons, dialoguant par Lettres (\u00e9pisode 4 de cette s\u00e9rie litt\u00e9raire).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je commence \u00e0 m\u2019embrouiller, moi, dans ces insurrections qui sont un devoir, et dans ces insurrections qui sont un crime\u00a0! Je ne vois pas bien la diff\u00e9rence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2328\" class=\"cit-num\">2328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ludovic <span class=\"caps\">HAL\u00c9VY<\/span> (1834-1908), <em>Madame et Monsieur Cardinal<\/em> (1872)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commune de Paris, 1871. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e est vraiment le si\u00e8cle des \u00e9meutes, des insurrections et des r\u00e9volutions.<\/p>\n<p>Hal\u00e9vy, r\u00e9put\u00e9 pour ses livrets \u00e9crits en duo avec Meilhac (musique d\u2019Offenbach), met en sc\u00e8ne dans son roman historique et au fil de dix r\u00e9cits une famille qui traverse les tourmentes r\u00e9volutionnaires du\u00a0si\u00e8cle. Un insurg\u00e9 qui a particip\u00e9 \u00e0 la Commune se d\u00e9fend devant le pr\u00e9sident du Conseil de guerre\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai tir\u00e9 sur les Versaillais en 1871, comme j\u2019avais tir\u00e9 sur la garde royale en 1830 et sur les municipaux en 1848. Apr\u00e8s 1830, j\u2019ai eu la m\u00e9daille de Juillet. Apr\u00e8s 1848, les compliments de M.\u00a0de Lamartine. Cette fois-ci, je vais avoir la d\u00e9portation ou la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l\u2019huile d\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2237\" class=\"cit-num\">2237<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">VALL\u00c8S<\/span> (1832-1885), <em>Jacques Vingtras<\/em> (1879-1886)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00e9crivain et journaliste se retrouvera du c\u00f4t\u00e9 des prol\u00e9taires, lors de la Commune en 1871. Sa sinc\u00e9rit\u00e9 est \u00e9vidente dans sa trilogie romanesque et autobiographique (<em>L\u2019Enfant<\/em>, 1879, <em>Le Bachelier<\/em>, 1881, <em>L\u2019Insurg\u00e9<\/em>, 1886) qui montre la mis\u00e8re du peuple en cette \u00e9poque de capitalisme triomphant. Le profit du capital augmente, alors que le salaire r\u00e9el de l\u2019ouvrier stagne. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, sensible aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux de son temps, se r\u00e9v\u00e9lera incomp\u00e9tent pour les r\u00e9soudre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019elle [la Troisi\u00e8me R\u00e9publique] gouverne peu, je lui pardonne de gouverner mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2390\" class=\"cit-num\">2390<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Histoire contemporaine<\/em> (publi\u00e9e de\u00a01897 \u00e0\u00a01901)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le Second Empire, la R\u00e9publique est enfin install\u00e9e\u00a0: mod\u00e9r\u00e9e, mais surtout faible. La faute en revient aux hommes qui gouvernent et aux institutions qui ont d\u00e9bouch\u00e9 sur un parlementarisme o\u00f9 les crises se multiplient. Anatole France pr\u00eate son scepticisme intellectuel et souvent d\u00e9sabus\u00e9 \u00e0 son h\u00e9ros, M.\u00a0Bergeret, qui prend la d\u00e9fense du r\u00e9gime, faisant un \u00e9loge inattendu des faiblesses de cette R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. V\u00e9n\u00e9r\u00e9 de son vivant, combl\u00e9 de reconnaissances officielles, quoiqu\u2019attaqu\u00e9 souvent pour ses id\u00e9es sociales et son ind\u00e9pendance d\u2019esprit, il est pratiquement oubli\u00e9 de nos jours ou du moins mal compris, jug\u00e9 d\u00e9mod\u00e9 ou d\u00e9suet. Son humour et son ironie s\u2019accommodent d\u2019une indulgence pour les travers politiques de ce nouveau r\u00e9gime en rodage. Mais la R\u00e9publique et la d\u00e9mocratie sont toujours fragiles et menac\u00e9es, un si\u00e8cle apr\u00e8s, et un Anatole France nous manque vraiment\u00a0! Bonne raison pour le (re)d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Style moins brillant que Victor Hugo, mais c\u2019est tout aussi juste et plus actuel. Sa prose se lit sans peine, ses romans historiques sont bien construits et <em>Les Dieux ont soif<\/em> (situ\u00e9s au plus fort de la sanglante R\u00e9volution) reste un petit chef d\u2019\u0153uvre. Ajoutons que cet intellectuel tr\u00e8s engag\u00e9 \u00e0 gauche a toujours su garder ses distances avec le communisme et l\u2019Union sovi\u00e9tique. Enfin, il a pris imm\u00e9diatement parti pour Dreyfus, dans la c\u00e9l\u00e8bre Affaire qui a d\u00e9chir\u00e9 la France.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/anatole_france_1.jpg\" alt=\"Anatole France citation\" title=\"Anatole France citation\" width=\"350\" height=\"403\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons point d\u2019\u00c9tat. Nous avons des administrations. Ce que nous appelons la raison d\u2019\u00c9tat, c\u2019est la raison des bureaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2392\" class=\"cit-num\">2392<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Histoire contemporaine. L\u2019Anneau d\u2019am\u00e9thyste<\/em> (1899)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une plainte et un mal typiquement fran\u00e7ais, qui augmente avec la complexit\u00e9 de la vie publique et l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat. D\u00e9j\u00e0 sous l\u2019Ancien r\u00e9gime, l\u2019imp\u00f4t et l\u2019intendant polarisaient l\u2019essentiel des dol\u00e9ances.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le suffrage universel, la plus monstrueuse et la plus inique des tyrannies, \u2013 car la force du nombre est la plus brutale des forces, n\u2019ayant m\u00eame pas pour elle l\u2019audace et le talent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2396\" class=\"cit-num\">2396<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">BOURGET<\/span> (1852-1935), <em>Le Disciple. \u00c0 un jeune homme<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce romancier se propose d\u2019analyser les \u00ab\u00a0maladies morales\u00a0\u00bb de son \u00e9poque. Le suffrage universel date en France de 1848, mais cette forme d\u2019\u00e9galit\u00e9 politique fut longtemps contest\u00e9e \u2013 la Correspondance entre Flaubert et George Sand en t\u00e9moigne\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le r\u00eave de la d\u00e9mocratie est d\u2019\u00e9lever le prol\u00e9taire au niveau de b\u00eatise du bourgeois. Le r\u00eave est en partie accompli.\u00a0\u00bb (Gustave Flaubert).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas de gouvernements populaires. Gouverner, c\u2019est m\u00e9contenter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2397\" class=\"cit-num\">2397<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924), <em>Histoire contemporaine. Monsieur Bergeret \u00e0 Paris<\/em> (1901)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est l\u2019une des le\u00e7ons tir\u00e9es de ce quatri\u00e8me et dernier volume de son <em>Histoire contemporaine\u00a0<\/em>: scepticisme philosophique de l\u2019\u00e9crivain qui n\u2019h\u00e9site cependant pas \u00e0 s\u2019engager de plus en plus dans les grandes luttes de son temps\u00a0: pour Dreyfus, le socialisme, le communisme m\u00eame\u2026 mais pas inconditionnellement comme la majorit\u00e9 des convertis \u00e0 cette nouvelle religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette t\u00eate de l\u2019homme du peuple, cultivez-la [\u2026], \u00e9clairez-la [\u2026], vous n\u2019aurez pas besoin de la couper.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"4073\" class=\"cit-num\">4073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Claude Gueux<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un bref roman de jeunesse, d\u00e9j\u00e0 contre la peine de mort.<\/p>\n<p>La m\u00eame id\u00e9e inspire la politique scolaire de Jules Ferry\u00a0: pour r\u00e9gler la question sociale, il faut selon lui faire dispara\u00eetre \u00ab\u00a0la derni\u00e8re, la plus redoutable des in\u00e9galit\u00e9s qui viennent de la naissance, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb, permettre \u00ab\u00a0la premi\u00e8re fusion qui r\u00e9sulte du m\u00e9lange des riches et des pauvres sur le banc de quelque \u00e9cole\u00a0\u00bb. Les \u00ab\u00a0lois Ferry\u00a0\u00bb de 1881-1882 rendent l\u2019enseignement primaire gratuit, ce qui permet de le rendre obligatoire de 7 \u00e0 13\u00a0ans, puis la\u00efque. On pense aussi \u00e0 la formation des ma\u00eetres, en cr\u00e9ant des \u00c9coles normales d\u2019instituteurs (et d\u2019institutrices) dans chaque d\u00e9partement. Ce nouveau service public de l\u2019enseignement va donner un minimum d\u2019instruction aux fils de paysans, et cr\u00e9er la fameuse rivalit\u00e9 entre l\u2019instituteur et le cur\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils [les ministres] tomberont de si bas que leur chute m\u00eame ne leur fera pas de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2507\" class=\"cit-num\">2507<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924),<em> Les Opinions de M. J\u00e9r\u00f4me Coignard<\/em> (1893)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le temps des crises s\u2019\u00e9ternise sous cette R\u00e9publique (surtout de\u00a01885 \u00e0\u00a01905) et le r\u00e9gime s\u2019y \u00e9puise lentement, mais s\u00fbrement. Le personnel politique est toujours aussi m\u00e9diocre et l\u2019opinion publique se lasse des jeux de ces politiciens professionnels, piment\u00e9s de scandales en s\u00e9rie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus beaucoup de r\u00e9publicains en France. La R\u00e9publique n\u2019en a pas form\u00e9. C\u2019est le gouvernement absolu qui forme les r\u00e9publicains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2529\" class=\"cit-num\">2529<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Anatole <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1844-1924),<em> Monsieur Bergeret \u00e0 Paris<\/em> (1901)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier des quatre volumes de son<em> Histoire contemporaine<\/em>, \u00ab\u00a0pamphlet formidable pr\u00e9sent\u00e9 avec un sourire enchanteur\u00a0\u00bb (\u00c9mile Faguet), c\u2019est le r\u00e9sum\u00e9 piquant et pessimiste de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise marqu\u00e9e par l\u2019affaire Dreyfus. Anatole France demeure fid\u00e8le \u00e0 ses convictions socialistes, bient\u00f4t communistes, mais loin de tout dogmatisme et m\u00eame de tout parti. V\u00e9rit\u00e9 paradoxale\u00a0: le r\u00e9gime a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 toutes les crises, la R\u00e9publique mod\u00e9r\u00e9e est devenue radicale, mais les Fran\u00e7ais sont plus que jamais critiques et divis\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que ceux d\u00e9j\u00e0 qui m\u2019en veulent se repr\u00e9sentent ce que fut la guerre pour tant de tr\u00e8s jeunes gar\u00e7ons\u00a0: quatre ans de grandes vacances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2573\" class=\"cit-num\">2573<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">RADIGUET<\/span> (1903-1923), <em>Le Diable au corps<\/em> (1923)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce roman de Radiguet, mort \u00e0 20\u00a0ans d\u2019une fi\u00e8vre typho\u00efde mal soign\u00e9e, l\u2019ann\u00e9e m\u00eame de la publication et du grand succ\u00e8s de cette \u0153uvre, r\u00e9cit d\u2019une passion d\u2019adolescent sur fond de guerre\u00a0: le h\u00e9ros est l\u2019amant d\u2019une tr\u00e8s jeune femme dont le mari se bat au front. L\u2019\u0153uvre fera scandale, pour cela surtout. \u00ab\u00a0Fausse biographie\u00a0\u00bb affirme l\u2019auteur, quand m\u00eame inspir\u00e9e par une br\u00e8ve liaison, l\u2019ann\u00e9e de ses 14 ans.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. Lire, relire ce petit chef d\u2019\u0153uvre de jeunesse, \u00e9crit par un surdou\u00e9 de 17 ans, \u00e9galement po\u00e8te, dessinateur, adepte de l\u2019\u00e9cole buissonni\u00e8re, de la vie de boh\u00eame, des jolies femmes, des hommes aussi. En 1918, c\u2019est la rencontre d\u00e9cisive avec Jean Cocteau qui va regretter toute sa vie cet amour perdu.<\/p>\n<p><em>Le Diable au corps<\/em> (1947), c\u2019est aussi un film de Claude Autant-Lara, adaptation d\u2019Aurenche et Bost. Gr\u00e2ce au couple form\u00e9 par Micheline Presle, alias Marthe, jeune femme adult\u00e8re rayonnante, et G\u00e9rard Philipe, irr\u00e9sistible de beaut\u00e9 dans le r\u00f4le du lyc\u00e9en de 17 ans, on peut parler de \u00ab\u00a0petit chef d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb en noir et blanc. C\u2019est \u00e0 voir, sinon \u00e0 revoir. Marco Bellocchio en tirera un remake \u00e0 l\u2019italienne en 1986, remarqu\u00e9 sinon remarquable \u2013 premi\u00e8re sc\u00e8ne de fellation dans un film grand public (non pornographique), jou\u00e9e par Maruchka Detmers, belle actrice n\u00e9erlandaise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre [\u2026] Je vois des ruines, de la boue, des files d\u2019hommes fourbus, des bistrots o\u00f9 l\u2019on se bat pour des litres de vin, des gendarmes aux aguets, des troncs d\u2019arbres d\u00e9chiquet\u00e9s et des croix de bois, des croix, des croix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2575\" class=\"cit-num\">2575<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roland <span class=\"caps\">DORGEL\u00c8S<\/span> (1885-1973), <em>Les Croix de bois<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 volontaire, il donne ce t\u00e9moignage simple et v\u00e9cu de la vie des tranch\u00e9es\u00a0: un des plus gros succ\u00e8s d\u2019apr\u00e8s-guerre de cette litt\u00e9rature de guerre.<\/p>\n<p>14-18 reste dans l\u2019histoire comme une interminable guerre de tranch\u00e9es o\u00f9 les soldats, en majorit\u00e9 paysans, lutt\u00e8rent pied \u00e0 pied dans la terre, pour leur terre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont pas des soldats\u00a0: ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine [\u2026] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu\u2019on reconna\u00eet dans leurs uniformes. Ce sont des civils d\u00e9racin\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2576\" class=\"cit-num\">2576<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">BARBUSSE<\/span> (1873-1935), <em>Le Feu, journal d\u2019une escouade<\/em> (1916)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Impossible de ne pas rapprocher Barbusse de Dorgel\u00e8s\u00a0: autre engag\u00e9 volontaire, autre t\u00e9moignage sur la vie des tranch\u00e9es, autre succ\u00e8s \u2013 et prix Goncourt en 1917. Barbusse, id\u00e9aliste exalt\u00e9, militant communiste bient\u00f4t fascin\u00e9 par la r\u00e9volution russe de 1917, se rend plusieurs fois \u00e0 Moscou, o\u00f9 il meurt en 1935. Le roman soul\u00e8vera nombre de protestations\u00a0: en plus du document terrible sur le cauchemar monotone de cette guerre, les aspirations pacifistes transparaissent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur le front, les soldats voyaient appara\u00eetre un vieil homme au feutre en bataille, qui brandissait un gourdin et poussait brutalement les g\u00e9n\u00e9raux vers la victoire. C\u2019\u00e9tait Georges Clemenceau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2605\" class=\"cit-num\">2605<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MAUROIS<\/span> (1885-1967),<em> Terre promise<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des <em>Silences du colonel Bramble<\/em> (1918), agent de liaison aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e britannique, \u00e9voque ses souvenirs dans ce livre dont le succ\u00e8s d\u00e9cidera de sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p>Clemenceau, moins terrible que sa l\u00e9gende de Tigre, recherche le contact avec les poilus des tranch\u00e9es qui l\u2019appellent affectueusement et simplement le Vieux. Le \u00ab\u00a0vieux Gaulois acharn\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le sol et le g\u00e9nie de notre race\u00a0\u00bb, auquel de Gaulle rend hommage dans ses<em> Discours et messages<\/em>, va restaurer la confiance dans le pays et mener son dernier grand combat national, devenant le P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je trouve que c\u2019est une victoire, parce que j\u2019en suis sorti vivant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2611\" class=\"cit-num\">2611<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roland <span class=\"caps\">DORGEL\u00c8S<\/span> (1885-1973),<em> Les Croix de bois<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur pr\u00eate ce mot \u00e0 l\u2019un des h\u00e9ros de retour du front, mutil\u00e9 et r\u00e9form\u00e9, peu avant l\u2019armistice du 11\u00a0novembre 1918. Pour les seuls Fran\u00e7ais, les statistiques de la Grande Guerre se r\u00e9sument en ces chiffres\u00a0: sur 8,4\u00a0millions de soldats mobilis\u00e9s, pr\u00e8s de 4\u00a0millions de bless\u00e9s (et la moiti\u00e9 deux fois ou plus), parmi lesquels 1\u00a0million d\u2019invalides permanents (dont 56\u00a0000 amput\u00e9s, 65\u00a0000 mutil\u00e9s fonctionnels). Et 1,4\u00a0million de morts et disparus, soit 10\u00a0% de la population active du pays.<\/p>\n<p>Il faut ajouter la mortalit\u00e9 chez les civils, due aux privations et \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole, qui double le compte des morts. La France, proportionnellement au nombre d\u2019habitants, est le pays qui a le plus souffert de la guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019armistice vient d\u2019\u00eatre sign\u00e9 par Lloyd George qui ressemble \u00e0 un caniche, par Wilson qui ressemble \u00e0 un colley et par Clemenceau qui ressemble \u00e0 un dogue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2614\" class=\"cit-num\">2614<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GIRAUDOUX<\/span> (1882-1944), <em>Suzanne et le Pacifique<\/em> (1921)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate et romancier, puis auteur dramatique, il fera une longue carri\u00e8re aux Affaires \u00e9trang\u00e8res de 1910 \u00e0 1940. L\u2019armistice est sign\u00e9 le 11\u00a0novembre 1918, dans un wagon-salon pr\u00e8s de la gare de Rethondes. Il impose \u00e0 l\u2019Allemagne l\u2019\u00e9vacuation des territoires envahis, de la rive gauche du Rhin, ainsi que d\u2019une zone de 10\u00a0km sur la rive droite\u00a0; la livraison de mat\u00e9riel de guerre (canons, mitrailleuses, sous-marins, navires) pour pr\u00e9venir toute reprise des hostilit\u00e9s\u00a0; la restitution imm\u00e9diate des prisonniers de guerre. Sign\u00e9 pour 36 jours, l\u2019armistice est reconduit jusqu\u2019\u00e0 la signature du trait\u00e9 de Versailles, le 28\u00a0juin 1919.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grandes man\u0153uvres sanglantes du monde \u00e9taient commenc\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2684\" class=\"cit-num\">2684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9crivain aventurier s\u2019est engag\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des r\u00e9publicains qui combattent au cri de \u00ab\u00a0<em>Viva la muerte\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, dans cette guerre civile qui va durer trois ans, servant de banc d\u2019essai aux arm\u00e9es fascistes et nazies. Contrairement \u00e0 tous ses confr\u00e8res qui ont cru \u00e0 la paix du monde, Malraux, des <em>Conqu\u00e9rants<\/em> (1928) \u00e0 <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937), en passant par <em>La Condition humaine<\/em> (prix Goncourt 1933), se fait l\u2019\u00e9cho fid\u00e8le et pr\u00e9monitoire de ce temps d\u2019apocalypse. Lui-m\u00eame devient un h\u00e9ros r\u00e9volutionnaire, \u00e0 l\u2019image des h\u00e9ros de ses livres, avec un tr\u00e8s grand talent, dans l\u2019aventure comme dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span><\/strong>. \u00ab\u00a0Conscience du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0\u00bb, Malraux va vivre plusieurs vies. Aventurier, il est emprisonn\u00e9 en Indochine pour vol et recel d\u2019antiquit\u00e9s khm\u00e8res. Auteur de romans d\u2019aventure (en partie v\u00e9cues), il gagne le prix Goncourt et la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 dans la francophonie. Engag\u00e9 volontaire dans la guerre d\u2019Espagne, il en rend compte aussit\u00f4t dans <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937), roman adapt\u00e9 pour le cin\u00e9ma l\u2019ann\u00e9e suivante\u00a0: <em>Espoir, sierra de Teruel<\/em> (1938). On peut regarder ce documentaire en noir et blanc, mais il faut lire et relire L\u2019Espoir, source de r\u00e9flexion et mine de citations. C\u2019est le meilleur moyen d\u2019\u00e9chapper intelligemment au confinement\u00a0!<\/p>\n<p>Militant antifasciste contre Hitler, r\u00e9sistant en mars 1944, il participe aux combats de la Lib\u00e9ration dans la brigade d\u2019Alsace-Lorraine. Sa rencontre avec de Gaulle en fait un homme politique et le tout premier ministre de la Culture (1959-1969). Philosophe, il ne cesse d\u2019\u00e9crire et tourne<em> La L\u00e9gende du si\u00e8cle<\/em>, s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e en neuf \u00e9pisodes (Fran\u00e7oise Verny et Claude Santelli) qui rend sa voix et son visage familiers au public. \u00ab\u00a0Bref\u00a0\u00bb, une vie bien remplie et parfois r\u00e9\u00e9crite par mythomanie (assum\u00e9e).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/malraux.jpg\" alt=\"Andr\u00e9 Malraux citation\" title=\"Andr\u00e9 Malraux citation\" width=\"350\" height=\"288\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des guerres justes. Il n\u2019y a pas d\u2019arm\u00e9e juste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2690\" class=\"cit-num\">2690<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malraux, apr\u00e8s un voyage \u00e0 Berlin, d\u00e9nonce le nazisme en 1935, ses atteintes \u00e0 la dignit\u00e9 humaine et ses prisons dans <em>Le Temps du m\u00e9pris<\/em>, puis le fascisme espagnol dans ce nouveau roman. Il y t\u00e9moigne aussi de son engagement dans le camp des R\u00e9publicains, organisant et commandant l\u2019aviation \u00e9trang\u00e8re avec une aptitude \u00e0 l\u2019action remarquable chez un intellectuel.<\/p>\n<p>Bien des ann\u00e9es apr\u00e8s, l\u2019ancien combattant de la guerre civile d\u2019Espagne dit qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re \u00ab\u00a0guerre juste\u00a0\u00bb de notre temps, une des raisons de l\u2019\u00ab\u00a0espoir\u00a0\u00bb \u00e9tant cet afflux de volontaires de tous pays (estim\u00e9s \u00e0 40\u00a0000 hommes), unis pour une juste cause, dans la fraternit\u00e9 confiante des brigades internationales. Comme le dit un anarchiste de<em> L\u2019Espoir<\/em>, \u00ab\u00a0le courage aussi est une patrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les communistes disent toujours de leurs ennemis qu\u2019ils sont des fascistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2692\" class=\"cit-num\">2692<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malraux, tr\u00e8s ind\u00e9pendant d\u2019esprit, ne sera jamais au nombre des inconditionnels du communisme, comme tant d\u2019intellectuels de son temps. Il est surtout du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019homme aux prises avec l\u2019Histoire. Il se d\u00e9tournera bient\u00f4t de l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire, plus soucieux de construire un humanisme moderne, exaltant le g\u00e9nie de l\u2019homme, assurant la victoire des forces de l\u2019espoir sur celles du m\u00e9pris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On dirait bient\u00f4t\u00a0: les soldats de 38 \u2013 comme on disait\u00a0: les soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>, les poilus de 14. Ils creuseraient leurs trous comme les autres, ni mieux ni plus mal, et puis ils se coucheraient dedans, parce que c\u2019\u00e9tait leur lot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2701\" class=\"cit-num\">2701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Le Sursis<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bourgeois ennemi de sa classe, philosophe et \u00e9crivain de gauche qui s\u2019engagera \u00e0 l\u2019extr\u00eame, Sartre est pensionnaire \u00e0 l\u2019Institut fran\u00e7ais de Berlin, quand Hitler prend le pouvoir (1933-1934). Son premier grand roman, <em>La Naus\u00e9e<\/em>, est publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e m\u00eame de Munich. Et le climat de Munich sert de toile de fond au Sursis, deuxi\u00e8me tome des <em>Chemins de la libert\u00e9<\/em>. Munich, cet accord, c\u2019est \u00ab\u00a0le sursis\u00a0\u00bb, avant la guerre, in\u00e9vitable. Il n\u2019est qu\u2019\u00e0 entendre la voix d\u2019Hitler, les mots d\u2019Hitler qui parle \u00e0 la radio, devenue un moyen de communication de masse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les saints vont en enfer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2884\" class=\"cit-num\">2884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gilbert <span class=\"caps\">CESBRON<\/span> (1913-1979), titre de son roman (1952)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sign\u00e9 d\u2019un \u00e9crivain catholique, ce livre \u00e0 succ\u00e8s d\u00e9crit l\u2019aventure des pr\u00eatres-ouvriers. D\u00e8s 1941, \u00e0 Marseille, le P\u00e8re Loew, dominicain de Marseille, s\u2019est fait embaucher comme docker pour conna\u00eetre de l\u2019int\u00e9rieur le monde du travail. La Mission de Paris est cr\u00e9\u00e9e en 1944. Son but\u00a0: convertir les ouvriers. En 1952, la Mission compte une centaine de pr\u00eatres-ouvriers qui s\u2019activent en r\u00e9gion parisienne et dans les grandes villes, les usines, les chantiers. Mais en 1953, Rome va condamner brutalement ce mouvement, pour cause de politisation et d\u2019engagement syndical.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sur ce sentiment inconnu dont l\u2019ennui, la douceur m\u2019obs\u00e8dent, j\u2019h\u00e9site \u00e0 apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2888\" class=\"cit-num\">2888<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">SAGAN<\/span> (1935-2004), <em>Bonjour tristesse<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re phrase d\u2019un premier roman. Une jeune fille de 18\u00a0ans d\u00e9crit son univers \u00e0 elle, dor\u00e9, plein de belles voitures, d\u2019alcool, de spleen et de folie douce. Fran\u00e7ois Mauriac s\u2019enthousiasme\u00a0: \u00ab\u00a0Elle fait tenir, dans les mots les plus simples, le tout d\u2019une jeune vie. Et il est vrai que ce tout n\u2019est rien, et que ce rien, c\u2019est pourtant la jeunesse, la sienne, celle de tant d\u2019autres, en fait de tous ceux qui ne se donnent pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><span class=\"caps\">ACTU<\/span>.<\/strong> Sagan ne vieillit pas et c\u2019est une bonne surprise. Par sa libert\u00e9 d\u2019esprit, de ton et de m\u0153urs, c\u2019est aussi un rem\u00e8de au confinement et au conformisme ambiant. Et puis, c\u2019est l\u00e9ger, \u00e7a se lit vite, \u00e7a s\u2019oublie ou pas, \u00e7a se relit et\u2026 Mauriac avait raison. Et Dieu sait que les deux auteurs sont diff\u00e9rents\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sublime, forc\u00e9ment sublime.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3254\" class=\"cit-num\">3254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marguerite <span class=\"caps\">DURAS<\/span> (1914-1996), tribune dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 17\u00a0juillet 1985<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Serge July, patron de <em>Lib\u00e9<\/em>, a envoy\u00e9 Marguerite Duras sur le lieu du drame qui bouleverse la France, depuis le 16\u00a0octobre 1984. \u00c0 L\u00e9panges-sur-Vologne, on a retrouv\u00e9 dans la Vologne le corps du petit Gr\u00e9gory assassin\u00e9. Duras demande \u00e0 rencontrer la m\u00e8re, qui refuse. Christine Villemin subit un harc\u00e8lement m\u00e9diatique qui se nourrit du myst\u00e8re et des rebondissements de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Duras, auteur obsessionnellement fascin\u00e9e par les faits divers, adopte une m\u00e9thode \u00ab\u00a0d\u2019impr\u00e9gnation du r\u00e9el\u00a0\u00bb. Sans preuves, au m\u00e9pris de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, elle se fait m\u00e9dium pour acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s que je vois la maison, je crie que le crime a exist\u00e9. Je le crois. Au-del\u00e0 de toute raison [\u2026] On l\u2019a tu\u00e9 dans la douceur ou dans un amour devenu fou.\u00a0\u00bb Et le \u00ab\u00a0sublime, forc\u00e9ment sublime\u00a0\u00bb devient \u00ab\u00a0coupable, forc\u00e9ment coupable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fort embarrass\u00e9, July r\u00e9dige un avertissement sur \u00ab\u00a0la transgression de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb, rappelant la libert\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00e9criture de l\u2019artiste. Mais vu la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019artiste, et la m\u00e9diatisation de l\u2019affaire, une pol\u00e9mique s\u2019ensuit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019autre jour, je m\u2019amusais, on s\u2019amuse comme on peut, \u00e0 regarder le programme du concours d\u2019attach\u00e9 d\u2019administration. Un sadique ou un imb\u00e9cile, choisissez, avait mis dans le programme d\u2019interroger les concurrents sur <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>. Je ne sais pas si cela vous est souvent arriv\u00e9 de demander \u00e0 la guicheti\u00e8re ce qu\u2019elle pensait de <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u2026 Imaginez un peu le spectacle\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3329\" class=\"cit-num\">3329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), Meeting de Lyon, 23\u00a0f\u00e9vrier 2006<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, par ailleurs chef de l\u2019<span class=\"caps\">UMP<\/span>, amuse ses troupes avec La Princesse. Succ\u00e8s facile\u2026Il va recommencer, avec des variantes\u2026 \u00ab\u00a0Enfin, j\u2019ai rien contre\u2026 enfin, bon, enfin\u2026 C\u2019est parce que j\u2019avais beaucoup souffert sur elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>La Princesse<\/em> n\u2019\u00e9tait que l\u2019h\u00e9ro\u00efne, certes quelque peu oubli\u00e9e, du premier roman moderne dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Mais avec Sarko, elle fait \u00ab\u00a0le buzz\u00a0\u00bb sur les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>La relation \u00e0 la culture du Pr\u00e9sident s\u2019est quelque peu modifi\u00e9e. Il lit de grands \u00e9crivains, voit des films d\u2019auteur. Sa troisi\u00e8me femme, Carla Bruni-Sarkozy, l\u2019influence dans ce sens. Il change, du moins en apparence\u2026 Mais le vocabulaire ne change pas. Il reste un hiatus \u00e9trange entre ce parler populaire \u2013 \u00ab\u00a0Casse-toi, pauvre con\u00a0!\u00a0\u00bb qui rappelle le Marchais incarnant le <span class=\"caps\">PC<\/span> des ann\u00e9es 1980, mais surprend chez ce Neuill\u00e9en, ex maire de Neuilly \u2013 et la forme tr\u00e8s litt\u00e9raire de ses grands discours, \u00e9crits par Henri Guaino.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Histoire &amp; Litt\u00e9rature, lecture recommand\u00e9e en temps de confinement&#8230; et bient\u00f4t de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)&nbsp;: 1. Romans &#8211; 2. Po\u00e9sie &#8211; 3. Th\u00e9\u00e2tre &#8211; 4. Lettres &#8211; 5. Histoire et Chronique &#8211; 6. M\u00e9moires &#8211; 7. 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