{"id":8539,"date":"2020-08-24T00:00:00","date_gmt":"2020-08-23T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-de-la-monarchie-de-juillet-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:42","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:42","slug":"lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-de-la-monarchie-de-juillet-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-de-la-monarchie-de-juillet-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances : les M\u00e9moires, de la Monarchie de Juillet \u00e0 nos jours"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bandeau_memoires_2.jpg\" width=\"790\" height=\"220\"><\/p>\n<p>Histoire <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Litt\u00e9rature. Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)\u00a0: 1. Romans \u2013 2. Po\u00e9sie \u2013 3. Th\u00e9\u00e2tre \u2013 4. Lettres \u2013 5. Histoire et Chronique \u2013 6. M\u00e9moires \u2013 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques \u2013 8. Discours.<\/p>\n<h2>6. M\u00e9moires.<\/h2>\n<p>Cat\u00e9gorie litt\u00e9raire importante dans un pays qui conjugue plaisir d\u2019\u00e9crire et passion de l\u2019histoire, c\u2019est surtout une autre mani\u00e8re de la raconter.<\/p>\n<p>Les M\u00e9moires (souvent posthumes), textes plus ou moins intimes, anecdotiques et factuels ou tr\u00e8s personnels, sont diversement titr\u00e9s\u00a0: Commentaires, Confidences, Confessions, Pens\u00e9es, Cahiers, Carnets, Notes, Souvenirs, T\u00e9moignages, Journal, Essais, Antim\u00e9moires\u2026 Cette vision de l\u2019histoire compl\u00e8te celle des historiens en plus libre\u00a0: infinie vari\u00e9t\u00e9 de ton, feu d\u2019artifice de talent et d\u2019intelligence.<\/p>\n<p>Outre le trio de t\u00eate de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo), nous retrouvons des noms et des \u0153uvres connues, \u00e0 commencer par <em>Les Essais<\/em> de Montaigne, petit chef d\u2019\u0153uvre inlassablement remani\u00e9 par l\u2019auteur qui fera \u00e9cole. <em>Les Caract\u00e8res<\/em> de la Bruy\u00e8re sont aussi un mod\u00e8le du genre. Voltaire disserte au fil de ses<em> Lettres anglaises<\/em> en historien original et Montesquieu se confie dans ses <em>Cahiers<\/em>. Les r\u00e9cits autobiographiques de Rousseau annoncent le romantisme du si\u00e8cle suivant, d\u2019autres m\u00e9morialistes t\u00e9moignant d\u2019un Ancien R\u00e9gime finissant.<\/p>\n<p>Avant et pendant la R\u00e9volution, Rivarol nous r\u00e9gale de son humour (de droite, mais irr\u00e9sistiblement intelligent). D\u2019autres t\u00e9moins ont d\u2019autres formes de courage.<\/p>\n<p>Le prince de Talleyrand fait carri\u00e8re de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la Monarchie de Juillet, au service de la France et de ses int\u00e9r\u00eats personnels, ministre (malheureusement) \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de Napol\u00e9on qu\u2019il juge \u00e0 sa juste valeur dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. L\u2019empereur se d\u00e9voile dans son<em> M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (avec la complicit\u00e9 de Las Cases), comme dans ses <em>Maximes et Pens\u00e9es<\/em>.<\/p>\n<p>Chateaubriand, notre plus grand m\u00e9morialiste, \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthumes par d\u00e9finition), tentative superbement avort\u00e9e d\u2019une histoire de France projet\u00e9e. Autre t\u00e9moin et acteur de premier plan, Victor Hugo nous livre ses <em>Choses vues<\/em>, son <em>Ann\u00e9e terrible<\/em> et autres pages d\u2019un g\u00e9nie aux prises avec l\u2019Histoire.<\/p>\n<p><em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte refl\u00e8te l\u2019homme, ses id\u00e9es et son temps. Les po\u00e8tes romantiques d\u00e9chantent, d\u00e9\u00e7us par l\u2019histoire et la politique (Musset, Vigny, bient\u00f4t Lamartine). Les socialistes fran\u00e7ais (le comte de Saint-Simon, Proudhon, Louis Blanc, Auguste Blanqui, Georges Sorel) multiplient les essais exprimant leur foi politique. De grands romanciers nous \u00e9tonnent et nous r\u00e9galent\u00a0: Stendhal, Dumas, Flaubert (<em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em>).<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, Malraux nous offre ses <em>Antim\u00e9moires<\/em> et de Gaulle entre \u00e0 la Pl\u00e9iade avec ses <em>M\u00e9moires<\/em> en trois tomes. Tous les \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 divers titres, parfois aussi romanciers et po\u00e8tes, ont t\u00e9moign\u00e9 dans des essais tr\u00e8s personnels\u00a0: P\u00e9guy, Blum, Val\u00e9ry, Mauriac, Maurras, Vailland, Brasillach, Sartre (<em>Situations I, <span class=\"caps\">II<\/span>, <span class=\"caps\">III<\/span><\/em>) et Camus (<em>Actuels I, <span class=\"caps\">II<\/span>, <span class=\"caps\">III<\/span><\/em>), Saint-Ex, Duhamel, Bernanos, Gide, Montherlant, Giraudoux, Aron, Sauvy, Jean Rostand et d\u2019autres, cependant que Mitterrand, Chirac et Sarkozy d\u00e9livrent leur message plus ou moins pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p>Au fil de l\u2019histoire, combien d\u2019autres d\u00e9couvertes\u00a0! Militaires de tous rangs (simple soldat ou grognard, g\u00e9n\u00e9ral ou mar\u00e9chal), courtisans et cardinaux, ministres et d\u00e9put\u00e9s, \u00e9conomistes et savants, croyants d\u00e9chir\u00e9s (Lamennais), r\u00e9volutionnaires et anarchistes.<\/p>\n<p>Des femmes t\u00e9moignent, souvent en relation avec un homme c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: Marie Mancini, la comtesse du Barry, Mme Campan, Mme Roland, Mme de Sta\u00ebl, Mme de Genlis, la duchesse de Berry, Louise Michel, Simone de Beauvoir.<\/p>\n<p>Et Casanova, Goldoni, Goethe, Metternich\u00a0: quand leur destin croise celui de la France.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-13.jpg\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des hommes qui, apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 la R\u00e9publique une et indivisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, \u00e0 l\u2019Empire en une seule, \u00e0 la premi\u00e8re Restauration, \u00e0 l\u2019Acte additionnel aux constitutions de l\u2019Empire, \u00e0 la seconde Restauration, ont encore quelque chose \u00e0 pr\u00eater \u00e0 Louis-Philippe\u00a0; je ne suis pas si riche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2059\" class=\"cit-num\">2059<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>De la Restauration et de la Monarchie \u00e9lective<\/em> (1830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 Et Chateaubriand joint le geste aux mots de cette brochure \u00e9crite au lendemain de la R\u00e9volution de juillet (1830). Il renonce \u00e0 son titre et \u00e0 sa pension de pair de France, attitude d\u2019autant plus digne que toute la fin de sa vie sera empoisonn\u00e9e par des probl\u00e8mes d\u2019argent. Il restera notre plus grand m\u00e9morialiste pour ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>, 12 volumes r\u00e9dig\u00e9s de 1809 \u00e0 1841, destin\u00e9s \u00e0 n\u2019\u00eatre publi\u00e9s qu\u2019apr\u00e8s sa mort, d\u2019o\u00f9 le titre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame [\u2026] votre fils est mon roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2075\" class=\"cit-num\">2075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), \u00e0 la duchesse de Berry (m\u00e8re d\u2019Henri V). <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La duchesse a d\u00e9barqu\u00e9 secr\u00e8tement en France, le 30\u00a0avril 1832. Pour Chateaubriand, Louis-Philippe le \u00ab\u00a0roi des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb n\u2019est qu\u2019un usurpateur (orl\u00e9aniste et non pas l\u00e9gitimiste). L\u2019auteur est poursuivi en cour d\u2019assises pour son<em> M\u00e9moire sur la captivit\u00e9 de la duchesse de Berry<\/em> \u2013 et acquitt\u00e9 en 1833.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la duchesse, elle tente en vain de soulever la Provence, puis la Vend\u00e9e. Arr\u00eat\u00e9e le 6\u00a0novembre \u00e0 Nantes, intern\u00e9e au fort de Blaye sous la surveillance du futur mar\u00e9chal Bugeaud, elle accouche en prison d\u2019une fille, fruit d\u2019un mariage secret\u00a0: scandale\u00a0! La branche l\u00e9gitimiste en est discr\u00e9dit\u00e9e pour longtemps.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chateaubriand.jpg\" width=\"400\" height=\"383\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans jalousie, sans petitesse, sans morgue et sans pr\u00e9jug\u00e9s, [Thiers] se d\u00e9tache sur le fond terne et obscur des m\u00e9diocrit\u00e9s du temps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2039\" class=\"cit-num\">2039<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un incontestable g\u00e9ant des lettres, mais \u00e9ternel d\u00e9\u00e7u de la politique, noble restant attach\u00e9 \u00e0 la cause qu\u2019il sait sans espoir de la monarchie l\u00e9gitimiste, en cette \u00e9poque o\u00f9 la noblesse perd pour la premi\u00e8re fois le pouvoir au profit de la bourgeoisie montante. Thiers sera le d\u00e9fenseur de cette classe, qu\u2019il soit au gouvernement ou dans l\u2019opposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui effraie le plus dans les partis, ce n\u2019est pas ce qu\u2019ils disent, c\u2019est ce qu\u2019ils n\u00e9gligent ou refusent de dire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2042\" class=\"cit-num\">2042<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882),<em> L\u2019Organisation du travail<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les partis politiques, au sens moderne du terme, sont n\u00e9s sous la Monarchie de Juillet. Louis Blanc, journaliste de gauche, socialiste d\u2019opposition violente, exprime \u00e9galement sa m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la politique. On le retrouvera toujours fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 ses opinions extr\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La presse est un \u00e9l\u00e9ment jadis ignor\u00e9, une force autrefois inconnue, introduite maintenant dans le monde\u00a0; c\u2019est la parole \u00e0 l\u2019\u00e9tat de foudre\u00a0: c\u2019est l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sociale [\u2026] Plus vous pr\u00e9tendrez la comprimer, plus l\u2019explosion sera violente.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2043\" class=\"cit-num\">2043<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La libert\u00e9 de la presse r\u00e9duite sur ordonnance de Charles X avait mis le feu aux poudres de sa monarchie et des journaux comme<em> Le National<\/em> ont jou\u00e9 un r\u00f4le direct dans la R\u00e9volution de juillet.<\/p>\n<p>Plus libre sous le nouveau r\u00e9gime, la presse se diversifie (des magazines illustr\u00e9s aux revues savantes) et se d\u00e9mocratise\u00a0: <em>La Presse<\/em>, quotidien gouvernemental de Girardin et<em> Le\u00a0Si\u00e8cle,<\/em> quotidien d\u2019opposition de Dutacq, sont lanc\u00e9s \u00e0 40\u00a0francs l\u2019abonnement annuel en 1836, <em>La Libert\u00e9<\/em> d\u2019Alexandre Dumas sera vendue un sou et tir\u00e9e en 1840 \u00e0 plus de 100\u00a0000 exemplaires. Avec l\u2019introduction du roman-feuilleton et de la publicit\u00e9, la cr\u00e9ation de l\u2019Agence Havas et de la presse rotative, la presse moderne est n\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit pas de tuer la libert\u00e9 individuelle, mais de la socialiser.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2046\" class=\"cit-num\">2046<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Syst\u00e8me des contradictions \u00e9conomiques<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses \u00e9crits sont l\u2019exact reflet de l\u2019homme, qu\u2019ils prennent la forme d\u2019essais ou de \u00ab\u00a0Confessions d\u2019un r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Proudhon est le socialiste fran\u00e7ais num\u00e9ro un de cette \u00e9poque. Radicalement oppos\u00e9 \u00e0 Marx, individualiste farouche, affirmant que \u00ab\u00a0le gouvernement de l\u2019homme par l\u2019homme, sous quelque nom qu\u2019il se d\u00e9guise, est oppression\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 la fois le p\u00e8re de l\u2019anarchisme, le fondateur du syst\u00e8me mutualiste et l\u2019anc\u00eatre du syndicalisme \u2013 les syndicats ne seront autoris\u00e9s par la loi qu\u2019en 1884.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cri du pauvre monte jusqu\u2019\u00e0 Dieu, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019oreille de l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2048\" class=\"cit-num\">2048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00eatre et soucieux d\u2019appliquer un id\u00e9al de justice et de charit\u00e9 conforme \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, il profite de la nouvelle libert\u00e9 de la presse en 1830 et lance le journal <em>L\u2019Avenir<\/em> avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu et la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Il est condamn\u00e9 par l\u2019Encyclique <em>Mirari vos<\/em> (1832). Souverainet\u00e9s du peuple et de Dieu sont incompatibles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une grave crise de conscience, Lamennais rompt avec l\u2019\u00c9glise pour n\u2019\u00eatre plus que socialiste, \u00e0 l\u2019inverse de ses deux amis qui se soumettent, sans abandonner leur action g\u00e9n\u00e9reuse. Il publie ses<em> Paroles d\u2019un croyant<\/em> sous forme de versets (comme la Bible) et y affirme son socialisme chr\u00e9tien\u00a0: Dieu veut l\u2019\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9 et la fraternit\u00e9 des hommes. En philosophe et bient\u00f4t en militant politique, il encourage le peuple au combat contre tous ceux qui l\u2019oppriment.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 est le pain que les peuples doivent gagner \u00e0 la sueur de leur front.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2083\" class=\"cit-num\">2083<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9licit\u00e9 Robert de <span class=\"caps\">LAMENNAIS<\/span> (1782-1854), <em>Paroles d\u2019un croyant<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est la Marseillaise du christianisme et l\u2019auteur est un pr\u00eatre en bonnet rouge\u00a0\u00bb. C\u2019est surtout un courant d\u2019opinion tr\u00e8s repr\u00e9sentatif de cette fermentation des id\u00e9es, face \u00e0 la mis\u00e8re du peuple qui s\u2019aggrave et contraste avec l\u2019enrichissement de la bourgeoisie. On parlera plus tard de catholicisme social et de gauche chr\u00e9tienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les journaux qui devraient \u00eatre les \u00e9ducateurs du public, n\u2019en sont que les courtisans, quand ils n\u2019en sont pas les courtisanes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2089\" class=\"cit-num\">2089<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BARBEY<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">AUREVILLY<\/span> (1808-1889). <em>L\u2019Esprit de J. Barbey d\u2019Aurevilly<\/em> (1908), Jules Barbey d\u2019Aurevilly, L\u00e9on Bordellet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pol\u00e9miste et critique, adversaire proclam\u00e9 de son\u00a0si\u00e8cle, il accable ses contemporains de son m\u00e9pris indign\u00e9, d\u00e9nonce les progr\u00e8s de la m\u00e9diocrit\u00e9 dans les m\u0153urs, les sentiments, les \u0153uvres. Face aux bourgeois, il s\u2019affiche dandy.<\/p>\n<p>Si la d\u00e9mocratisation de la presse va de pair avec vulgarisation, voire vulgarit\u00e9, la Monarchie de Juillet marque un incontestable progr\u00e8s dans la communication des id\u00e9es. En 1836, cr\u00e9ation de<em> La Presse<\/em>, quotidien \u00e0 bon march\u00e9 et gros tirages d\u2019\u00c9mile de Girardin\u00a0: il se battra pour la libert\u00e9 des journaux qu\u2019il cr\u00e9e, g\u00e8re et modernise en homme d\u2019affaires.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/vigny_0.jpg\" width=\"400\" height=\"531\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois de Paris est un roi qui a, chaque matin \u00e0 son lever, un complaisant, un flatteur qui lui conte vingt histoires. Il n\u2019est point oblig\u00e9 de lui offrir \u00e0 d\u00e9jeuner, il le fait taire quand il veut et lui rend la parole \u00e0 son gr\u00e9\u00a0; cet ami docile lui pla\u00eet d\u2019autant plus qu\u2019il est le miroir de son \u00e2me et lui dit tous les jours son opinion en termes un peu meilleurs qu\u2019il ne l\u2019e\u00fbt exprim\u00e9e lui-m\u00eame\u00a0; \u00f4tez-lui cet ami, il lui semblera que le monde s\u2019arr\u00eate\u00a0; cet ami, ce miroir, cet oracle, ce parasite peu dispendieux, c\u2019est son journal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2097\" class=\"cit-num\">2097<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863),<em> Journal d\u2019un po\u00e8te<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un d\u00e9\u00e7u de la politique et de ses contemporains. Le d\u00e9senchantement semble inh\u00e9rent au romantisme. Celui de Vigny est sinc\u00e8re plus que tout autre. Il date de la Restauration \u2013 la vie de garnison lassa vite le jeune militaire \u00e9lev\u00e9 dans le culte des armes et de l\u2019honneur \u2013 et s\u2019aggrave lors de la r\u00e9volution de 1830, qui am\u00e8ne au pouvoir un bourgeois si peu roi, aux yeux de la vieille aristocratie dont Vigny est le d\u00e9licat et sensible rejeton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e napol\u00e9onienne n\u2019est point une id\u00e9e de guerre, mais une id\u00e9e sociale, industrielle, commerciale, humanitaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2100\" class=\"cit-num\">2100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> Id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous l\u2019influence des saint-simoniens et des s\u00e9jours qu\u2019il fit en Angleterre, le futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, entre deux coups de force (Strasbourg en 1836 et Boulogne en 1840), porte un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux qui agitent et divisent la France. Il \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e8re\u00a0\u00bb les id\u00e9es napol\u00e9oniennes \u00e0 son profit, tout comme le Nom de l\u2019illustre anc\u00eatre. Avec quel degr\u00e9 de sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0? Impossible de le dire. Pure hypocrisie, selon Hugo aveugl\u00e9 par sa haine pour\u00a0Napol\u00e9on le Petit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour chaque indigent qui p\u00e2lit de faim, il y a un riche qui p\u00e2lit de peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2101\" class=\"cit-num\">2101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882),<em> Organisation du travail<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage fait conna\u00eetre le jeune journaliste\u00a0: il y expose un programme de r\u00e9formes socialistes qu\u2019il ne va plus cesser de d\u00e9fendre jusque sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique o\u00f9, fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es, il se retrouve d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame gauche. Les id\u00e9es proclam\u00e9es, c\u2019est l\u2019homme, dans le cas de Louis Blanc et de rares hommes politiques pr\u00eats \u00e0 tout sacrifier pour leur credo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2102\" class=\"cit-num\">2102<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865),<em> Qu\u2019est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/em> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette formule retentissante sch\u00e9matise la pens\u00e9e de l\u2019auteur qui en est pourtant tr\u00e8s fier\u00a0: \u00ab\u00a0Cette proposition fera le tour du monde et causera plus d\u2019\u00e9moi que la cocarde de La Fayette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme est attachant, ne serait-ce que par cet aveu\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais ce que c\u2019est que la mis\u00e8re. J\u2019y ai v\u00e9cu. Tout ce que je sais, je le dois au d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb Fils d\u2019une cuisini\u00e8re et d\u2019un tonnelier, seul th\u00e9oricien r\u00e9volutionnaire issu d\u2019un milieu populaire, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, il critique le communisme de Marx (grand bourgeois) dans <em>La Philosophie de la mis\u00e8re<\/em> (1846). Marx lui r\u00e9pond dans <em>La Mis\u00e8re de la philosophie<\/em> (1847), le traitant, insulte supr\u00eame, de \u00ab\u00a0petit-bourgeois constamment ballott\u00e9 entre le Travail et le Capital, entre l\u2019\u00e9conomie politique et le communisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La pauvret\u00e9 ne sera plus s\u00e9ditieuse, lorsque l\u2019opulence ne sera plus oppressive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2118\" class=\"cit-num\">2118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873),<em> L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le prince qui gouvernera bient\u00f4t la France n\u2019est encore qu\u2019un \u00e9vad\u00e9 du fort de Ham. Il y a pass\u00e9 six ans, apr\u00e8s sa tentative de coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 Boulogne, et a r\u00e9ussi \u00e0 fuir en Angleterre, d\u00e9guis\u00e9 en ma\u00e7on, sous le nom de Badinguet \u2013 surnom qui restera ironiquement et parfois cruellement attach\u00e9 \u00e0 sa personne fort chansonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Il a profit\u00e9 de sa captivit\u00e9 pour exposer ses th\u00e9ories \u00e9conomiques, largement influenc\u00e9es par le socialisme utopique de Saint-Simon. Il sait se pr\u00e9senter comme le protecteur du monde ouvrier. Sa sinc\u00e9rit\u00e9 socialiste est suspecte, \u00e0 en croire Victor Hugo qui, dans <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>, reproduira un billet joint \u00e0 l\u2019ouvrage envoy\u00e9 \u00e0 un de ses amis\u00a0: \u00ab\u00a0Lisez ce travail sur le paup\u00e9risme et dites-moi si vous pensez qu\u2019il soit de nature \u00e0 me faire du bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0V\u00e9ritable Saturne du travail, l\u2019industrie d\u00e9vore ses enfants et ne vit que de leur mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2251\" class=\"cit-num\">2251<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019utopie de ces trente pages \u00e9crites par le prisonnier au fort de Ham et le d\u00e9sir d\u2019un futur souverain de se poser en \u00ab\u00a0homme social\u00a0\u00bb n\u2019excluent pas une certaine sinc\u00e9rit\u00e9. Fait unique pour l\u2019\u00e9poque de la part d\u2019un pr\u00e9tendant au pouvoir, il tient \u00e0 visiter les r\u00e9gions industrielles anglaises. Il a 25\u00a0ans et le spectacle de la mis\u00e8re le frappe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis-Philippe tend la main droite et montre le poing gauche.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2129\" class=\"cit-num\">2129<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 1847-1848 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bon titre pour ces M\u00e9moires d\u2019un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 et de plus en plus engag\u00e9 (\u00e0 gauche, alors qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 droite dans le nouvel \u00e9chiquier politique de la France) face aux \u00e9v\u00e9nements qui marquent son si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le roi comprend la gravit\u00e9 de la situation, le 23\u00a0f\u00e9vrier\u00a01848. Le matin, c\u2019est l\u2019assaut d\u2019une barricade, rue Quincampoix\u00a0: 16 soldats tu\u00e9s. Le sang vers\u00e9 l\u2019atterre, autant que l\u2019effraie la garde nationale sympathisant avec les \u00e9meutiers. Il renvoie Guizot, appelle Mol\u00e9 au gouvernement. Paris illumine, la rue semble se calmer. Le roi se rassure\u00a0: \u00ab\u00a0Les Parisiens ne font jamais de r\u00e9volution en hiver.\u00a0\u00bb Mais les r\u00e9publicains ne veulent pas laisser passer l\u2019occasion comme en juillet 1830.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la pluie glac\u00e9e, les manifestants vont huer Guizot le soir, boulevard des Capucines, devant le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. La troupe se croit menac\u00e9e, un coup de feu part, les forces de l\u2019ordre ripostent\u00a0: la fusillade des Capucines laisse plus de 50 cadavres sur le pav\u00e9, promen\u00e9s en charrette \u00e0 la lueur des torches, sur fond de tocsin.<\/p>\n<p>Louis-Philippe se r\u00e9signe \u00e0 appeler l\u2019homme de la derni\u00e8re chance \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, Thiers qu\u2019il n\u2019aime gu\u00e8re, \u00ab\u00a0Mirabeau-mouche\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0singe \u00e0 portefeuilles\u00a0\u00bb. C\u2019est la main droite tendue. Dans le m\u00eame temps, le roi met le mar\u00e9chal Bugeaud \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e\u00a0: le pacificateur de l\u2019Alg\u00e9rie va pacifier Paris, pense-t-il. C\u2019est le poing gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La populace ne peut faire que des \u00e9meutes. Pour faire une r\u00e9volution, il faut le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2133\" class=\"cit-num\">2133<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Tas de pierres<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo, grand t\u00e9moin des \u00e9v\u00e9nements qui succ\u00e8de \u00e0 Chateaubriand, observe le corps social malade\u00a0: \u00ab\u00a0Je continue de t\u00e2ter le pouls \u00e0 la situation.\u00a0\u00bb Il oppose, comme dans ses fiction, le bien et le mal, le peuple glorieux et la populace m\u00e9prisable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les quatre mois qui suivirent f\u00e9vrier furent un moment \u00e9trange et terrible. La France stup\u00e9faite, d\u00e9concert\u00e9e, en apparence joyeuse et terrifi\u00e9e en secret, [\u2026] en \u00e9tait \u00e0 ne pas distinguer le faux du vrai, le bien du mal, le juste de l\u2019injuste, le sexe du sexe, le jour de la nuit, entre cette femme qui s\u2019appelait Lamartine et cet homme qui s\u2019appelait George Sand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2154\" class=\"cit-num\">2154<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em> (posthume). <em>L\u2019\u00c9crivain engag\u00e9 et ses ambivalences\u00a0: de Chateaubriand \u00e0 Malraux<\/em> (2003), Herbert R. Lottman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire de son temps note toutes ses impressions, dans son <em>Journal<\/em>. Son \u0153uvre est une mine de citations \u2013 les plus belles appartiennent aux grandes \u00e9poques de trouble qui d\u00e9chir\u00e8rent la France. En prime, l\u2019humour est pr\u00e9sent et l\u2019antith\u00e8se hugolienne parfaitement en situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde a la d\u00e9marche d\u2019un sot, il s\u2019avance en se balan\u00e7ant mollement entre deux absurdit\u00e9s\u00a0: le droit divin et la souverainet\u00e9 du peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2159\" class=\"cit-num\">2159<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863),<em> Journal d\u2019un po\u00e8te<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9lev\u00e9 dans une famille de vieille noblesse avec le culte de la monarchie de droit divin, \u00e9corch\u00e9 vif par les bouleversements de la soci\u00e9t\u00e9 depuis sa naissance, Vigny s\u2019est pris d\u2019enthousiasme pour la R\u00e9volution de 1848 et s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la d\u00e9putation en Charente. Il obtient si peu de voix que cet \u00e9chec politique le rend de nouveau bien amer.<\/p>\n<p>Ses confr\u00e8res ont plus de chance\u00a0: Lamartine triomphe (dans dix d\u00e9partements, avec 1\u00a0600\u00a0000 voix) et Hugo est bien \u00e9lu. Chateaubriand, octog\u00e9naire \u00e0 demi paralys\u00e9, retir\u00e9 de la vie politique, mourra en juillet. Musset, us\u00e9 avant l\u2019\u00e2ge, ne se pr\u00e9sente pas non plus. Tocqueville l\u2019historien est \u00e9lu. Michelet vibre pour la r\u00e9volution, mais milite par ses cours d\u2019histoire et son \u0153uvre engag\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/proudhon.jpg\" width=\"371\" height=\"411\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut avoir v\u00e9cu dans cet isoloir qu\u2019on appelle Assembl\u00e9e nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus compl\u00e8tement l\u2019\u00e9tat d\u2019un pays sont presque toujours ceux qui le repr\u00e9sentent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2164\" class=\"cit-num\">2164<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Les Confessions d\u2019un r\u00e9volutionnaire<\/em> (1849)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nul mieux que cet homme du peuple ne m\u00e9rite ce titre de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du peuple\u00a0\u00bb. Le plus c\u00e9l\u00e8bre socialiste de France critique ses confr\u00e8res (\u00e0 commencer par les socialistes), lui-m\u00eame tr\u00e8s critiqu\u00e9 sur le fond et la forme de ses premiers discours, lus \u00e0 la tribune, difficiles \u00e0 comprendre. Le portrait qu\u2019en fait Hugo (<em>Choses vues<\/em>) est assez cruel. Ce sera pire avec le futur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0 \u00e9prouve les m\u00eames difficult\u00e9s en entrant dans cette ar\u00e8ne politique, mais il s\u2019en sortira bien diff\u00e9remment\u00a0! Hugo est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le plus \u00e9loquent des orateurs. Ces trois hommes, \u00e9lus d\u00e9put\u00e9s aux \u00e9lections compl\u00e9mentaires du 4\u00a0juin 1848, entrent le m\u00eame jour \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e constituante. L\u2019Histoire a un vrai talent th\u00e9\u00e2tral, au si\u00e8cle du th\u00e9\u00e2tre roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Demain, nous dresserons dans Paris autant de guillotines que nous y avons dress\u00e9 d\u2019arbres de libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2165\" class=\"cit-num\">2165<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le chef des \u00e9meutiers (nom inconnu), 15\u00a0mai 1848. <em>Choses vues<\/em> (posthume), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La foule envahit l\u2019Assembl\u00e9e, Hugo est t\u00e9moin de la manifestation\u00a0: \u00ab\u00a0On se figure la Halle m\u00eal\u00e9e au S\u00e9nat, cela dura trois heures.\u00a0\u00bb Les mois de mai sont traditionnellement agit\u00e9s, dans notre histoire.<\/p>\n<p>En 1848, le mouvement est organis\u00e9 par les clubs r\u00e9volutionnaires et les socialistes (Barb\u00e8s, Blanqui, Cabet, Raspail). Point de d\u00e9part\u00a0: une manifestation de soutien aux patriotes polonais (dont le soul\u00e8vement a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 dans le sang) regroupe des ouvriers des Ateliers nationaux, des \u00e9migr\u00e9s politiques, des hommes de gauche qui n\u2019ont pas la parole \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. La foule se pr\u00e9cipite \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville et veut la dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e. Le coup de force \u00e9choue, les principaux instigateurs sont arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s. Lamartine a tent\u00e9 de r\u00e9tablir le calme, par son \u00e9loquence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une Chambre ressemble trop \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 les grands acteurs seuls peuvent r\u00e9ussir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2183\" class=\"cit-num\">2183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Am\u00e9liorations \u00e0 introduire dans nos m\u0153urs et nos habitudes parlementaires<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ces temps d\u2019\u00e9loquence politique, il est conscient de ses insuffisances \u00e0 la tribune, ce qui est d\u00e9j\u00e0 preuve d\u2019intelligence. Le talent lui venant en parlant, il se r\u00e9v\u00e9lera, au fil des discours et des ann\u00e9es, un vrai personnage public et populaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur de Lamartine [\u2026] est bien toujours le m\u00eame, un pied dans chaque camp et sur chaque rive, un vrai colosse de Rhodes, ce qui fait que le vaisseau de l\u2019\u00c9tat lui passe toujours entre les jambes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2191\" class=\"cit-num\">2191<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), <em>Critique sociale<\/em> (1885)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine va quitter la sc\u00e8ne politique et vivre ses vingt derni\u00e8res ann\u00e9es en \u00ab\u00a0gal\u00e9rien de la plume\u00a0\u00bb\u00a0: pas assez riche pour s\u2019exiler comme Hugo ni pour se draper dans sa dignit\u00e9 d\u2019opposant comme Chateaubriand, il est condamn\u00e9 \u00e0 des travaux forc\u00e9s litt\u00e9raires pour \u00e9ponger ses dettes, oblig\u00e9 de vendre sa propri\u00e9t\u00e9 de Milly, et devra m\u00eame solliciter de l\u2019Empire un secours d\u2019abord refus\u00e9. Sa famille refusera les fun\u00e9railles nationales, en 1869.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an pass\u00e9, ils adoraient le sabre. Les voil\u00e0 maintenant qui adorent le gourdin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2209\" class=\"cit-num\">2209<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), mots pr\u00e9monitoires, dat\u00e9s de novembre\u00a01849. <em>Actes et Paroles. Avant l\u2019exil<\/em> (1875), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Titre simple et juste pour des M\u00e9moires \u00e0 suivre \u2013 le meilleur des feuilletons historiques, au si\u00e8cle du feuilleton roi.<\/p>\n<p>Hugo constate les progr\u00e8s de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019irr\u00e9sistible ascension du prince Louis-Napol\u00e9on. Le premier Bonaparte a eu sa campagne d\u2019Italie, le second s\u2019offre une campagne de France. La \u00ab\u00a0folie imp\u00e9riale\u00a0\u00bb redout\u00e9e se pr\u00e9cise. Jusqu\u2019au coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre (1851).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019importe ce qui m\u2019arrive\u00a0? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 de France pour avoir combattu le guet-apens de d\u00e9cembre [\u2026] Je suis exil\u00e9 de Belgique pour avoir fait <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>. Eh bien\u00a0! je suis banni deux fois, voil\u00e0 tout. Monsieur Bonaparte m\u2019a traqu\u00e9 \u00e0 Paris, il me traque \u00e0 Bruxelles\u00a0; le crime se d\u00e9fend, c\u2019est tout simple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2221\" class=\"cit-num\">2221<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Pendant l\u2019exil<\/em> (\u00e9crits et discours de 1852-1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hugo a fui le 11\u00a0d\u00e9cembre 1851, pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. L\u2019exil commence. Il va durer pr\u00e8s de vingt ans, avant le retour au lendemain de l\u2019abdication de l\u2019empereur, en pleine guerre, \u00e0 la veille de la d\u00e9faite et de la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis Bonaparte [\u2026] ne connaissait qu\u2019une chose, son but [\u2026] Toute sa politique \u00e9tait l\u00e0. \u00c9craser les r\u00e9publicains, d\u00e9daigner les royalistes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2222\" class=\"cit-num\">2222<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi r\u00e9sume-t-il la politique du nouvel homme fort, entre le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et le r\u00e9tablissement de l\u2019Empire \u00e0 son profit, en novembre\u00a01852.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution f\u00e9minine doit maintenant compl\u00e9ter la r\u00e9volution prol\u00e9taire, comme celle-ci consolida la r\u00e9volution bourgeoise \u00e9man\u00e9e d\u2019abord de la r\u00e9volution philosophique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2240\" class=\"cit-num\">2240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">COMTE<\/span> (1798-1857), <em>Cat\u00e9chisme positiviste<\/em> (1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>H\u00e9ritier du socialisme utopique de Saint-Simon qu\u2019il renia, cr\u00e9ateur du positivisme qui pr\u00e9tend faire de la politique une \u00ab\u00a0science positive et physique\u00a0\u00bb, pr\u00e9curseur de la sociologie scientifique, Auguste Comte va jusqu\u2019\u00e0 penser un \u00c9tat positiviste ayant pour devise morale\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Amour pour principe, l\u2019Ordre pour base et le Progr\u00e8s pour but.\u00a0\u00bb Son amour platonique pour Clotilde de Vaux explique sans doute l\u2019orientation de sa philosophie.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0r\u00e9volution f\u00e9minine\u00a0\u00bb se bornera sous l\u2019Empire \u00e0 une mesure qu\u2019il faut mettre au cr\u00e9dit de l\u2019empereur (et de son ministre Victor Duruy)\u00a0: cr\u00e9ation d\u2019un enseignement secondaire pour les jeunes filles, r\u00e9forme tr\u00e8s mal vue par l\u2019\u00c9glise qui perd son monopole en ce domaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, le r\u00e8gne des castes est fini, on ne peut gouverner qu\u2019avec les masses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2243\" class=\"cit-num\">2243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> (1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019essai de jeunesse r\u00e9dig\u00e9 par le futur pr\u00e9tendant au pouvoir, six ans captif au fort de Ham, va beaucoup lui servir. Le futur empereur sait s\u00e9duire les foules, les manipuler \u00e0 l\u2019occasion \u2013 \u00e9lections, pl\u00e9biscites. C\u2019est aussi l\u2019homme du mieux-\u00eatre \u00e9conomique, gr\u00e2ce au progr\u00e8s industriel et commercial. Mais les mesures sociales charg\u00e9es de bonnes intentions seront suivies de peu d\u2019effets et le r\u00e9gime ne prendra que tardivement un tournant vraiment lib\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empereur [Napol\u00e9on Ier] doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le messie des id\u00e9es nouvelles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2246\" class=\"cit-num\">2246<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Des id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa bible, c\u2019est le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8n<\/em>e, revu, corrig\u00e9, influenc\u00e9 par le saint-simonisme et ses s\u00e9jours en Angleterre, qui le font s\u2019int\u00e9resser aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux. L\u2019empereur conservera le double id\u00e9al de sa jeunesse, Napol\u00e9on et la libert\u00e9, \u00ab\u00a0les deux grandes choses du\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, dit Hugo. Le drame, c\u2019est qu\u2019elles sont inconciliables et le \u00ab\u00a0c\u00e9sarisme d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb est une utopie de plus.<\/p>\n<p>L\u2019ind\u00e9cision reproch\u00e9e \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> viendra parfois de ce que ses id\u00e9es fixes sont contradictoires. L\u2019\u00e2ge venant, et la maladie, cet \u00ab\u00a0ent\u00eatement dans l\u2019ind\u00e9cision\u00a0\u00bb (\u00c9mile Ollivier) deviendra dramatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui arracherait une plume \u00e0 son aigle risquerait d\u2019avoir dans la main une plume d\u2019oie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2248\" class=\"cit-num\">2248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019histoire, c\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 auquel Hugo tenta en vain de s\u2019opposer par la force des pav\u00e9s, avant de s\u2019en remettre \u00e0 la force des mots. Le ridicule blesse, m\u00eame s\u2019il ne tue pas \u00e0 tout coup.<\/p>\n<p>Le coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi donne une soudaine assurance au personnage, mais Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> souffrira toujours de la comparaison avec Napol\u00e9on Ier. (Il prit le num\u00e9ro trois, le roi de Rome ayant re\u00e7u officiellement le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En politique, il faut gu\u00e9rir les maux, jamais les venger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2250\" class=\"cit-num\">2250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), <em>Des id\u00e9es napol\u00e9oniennes<\/em> (1839)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme priv\u00e9 se montre bienveillant pour ses amis, bien-aim\u00e9 de ses serviteurs, fid\u00e8le par nature et indulgent par scepticisme. Si l\u2019homme politique tente de gu\u00e9rir les maux sociaux au nom de \u00ab\u00a0l\u2019extinction du paup\u00e9risme\u00a0\u00bb, il veut venger la France humili\u00e9e aux trait\u00e9s de 1815, d\u2019o\u00f9 les premi\u00e8res guerres du Second Empire (Crim\u00e9e, campagnes d\u2019Italie).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les journaux sont les chemins de fer du mensonge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2260\" class=\"cit-num\">2260<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BARBEY<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">AUREVILLY<\/span> (1808-1889). <em>L\u2019Esprit de J. Barbey d\u2019Aurevilly<\/em> (1908), Jules Barbey d\u2019Aurevilly, L\u00e9on Bordellet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romancier, journaliste, pol\u00e9miste au parcours politique complexe, le \u00ab\u00a0Conn\u00e9table des Lettres\u00a0\u00bb d\u00e9nonce les effets de la censure. Cela vaut jusqu\u2019en 1860, tournant politique \u00e0 la suite duquel le gouvernement favorisera la multiplication des journaux, faute de pouvoir contr\u00f4ler leur cr\u00e9ation\u00a0: il pense ainsi baisser l\u2019audience des opposants en les noyant dans la masse. Jusqu\u2019\u00e0 ce que la libert\u00e9 soit redonn\u00e9e \u00e0 la presse en 1868, sous un Empire plus lib\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste (pr\u00eate \u00e0 un attentat contre Thiers), auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est d\u2019abord une id\u00e9aliste comme tant de communards. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fait revivre ces souvenirs vibrants et tragiques. La pasionaria des barricades appelle les quartiers populaires \u00e0 l\u2019insurrection et au sacrifice\u00a0: \u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,\u00a0\/ Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.\u00a0\/ Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,\u00a0\/ Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent. L\u2019\u00c9tat dispose de 63\u00a0500 hommes, plus les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par le chancelier Bismarck \u2013 contre tout mouvement populaire \u00e0 tendance r\u00e9volutionnaire. Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/800px-louise_michel_grayscale.jpg\" width=\"400\" height=\"474\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905). <em>Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge s\u2019est battue sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Durant la Semaine sanglante,\u00a0 Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s tombe le 28\u00a0mai 1871. Toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut pas tuer l\u2019id\u00e9e \u00e0 coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2381\" class=\"cit-num\">2381<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Condamn\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie, amnisti\u00e9e en 1880, elle reviendra en France, pour se battre encore et toujours du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le cadavre est \u00e0 terre, mais l\u2019id\u00e9e est debout\u00a0\u00bb, dit Hugo \u00e0 propos de la Commune. La force des id\u00e9es est l\u2019une des le\u00e7ons de l\u2019histoire et la Commune en est une illustration, malgr\u00e9 la confusion des courants qui l\u2019anim\u00e8rent. Un chant y est n\u00e9, porteur d\u2019une id\u00e9e qui fera le tour du monde et en changera le cours\u00a0: c\u2019est <em>L\u2019Internationale<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique, en France, a ceci de particulier que personne n\u2019en veut et que tout le monde y tient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2388\" class=\"cit-num\">2388<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">GOBINEAU<\/span> (1816-1882), <em>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique fran\u00e7aise et ce qu\u2019elle vaut<\/em> (1873)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00e9crivain et diplomate fran\u00e7ais exprime parfaitement la situation\u00a0: en 1873, le pays est \u00e0 l\u2019image de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, en majorit\u00e9 monarchiste (400 royalistes, 250 r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et radicaux, 80 \u00ab\u00a0centristes\u00a0\u00bb, 15 bonapartistes).<\/p>\n<p>Il n\u2019existe pas de grande nation r\u00e9publicaine dans l\u2019Europe de l\u2019\u00e9poque et la R\u00e9publique fait peur\u00a0: souvenirs de la R\u00e9volution de 1789 qui engendra la Terreur, de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique avec ses d\u00e9sordres meurtriers en 1848. La Commune insurrectionnelle de Paris en 1871 a encore gauchi l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait du r\u00e9publicain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0R\u00e9publicains. \u2013 Les r\u00e9publicains ne sont pas tous des voleurs, mais les voleurs sont tous r\u00e9publicains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2389\" class=\"cit-num\">2389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 peine une caricature des pr\u00e9jug\u00e9s bourgeois, dans les ann\u00e9es 1870. Les r\u00e9publicains passent m\u00eame pour des \u00ab\u00a0buveurs de sang\u00a0\u00bb dans bien des esprits.<\/p>\n<p>Au fil des ann\u00e9es, la France devient r\u00e9publicaine et les r\u00e9publicains font de moins en moins peur. Les radicaux, dans l\u2019opposition sous la R\u00e9publique d\u2019abord mod\u00e9r\u00e9e, vont, \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9lections de plus en plus \u00e0 gauche, acc\u00e9der au pouvoir sous la R\u00e9publique radicale \u00e0 partir de 1899\u00a0: leur politique sociale sera alors bien timide et la \u00ab\u00a0R\u00e9publique des d\u00e9put\u00e9s\u00a0\u00bb se heurtera aux socialistes, devenus les nouveaux \u00e9pouvantails pour le bourgeois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Michelet appelait la R\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0une grande amiti\u00e9\u00a0\u00bb. Michelet \u00e9tait un po\u00e8te et les temps sont chang\u00e9s\u00a0: la R\u00e9publique n\u2019est plus qu\u2019une grande camaraderie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2393\" class=\"cit-num\">2393<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert de <span class=\"caps\">JOUVENEL<\/span> (1882-1924),<em> La R\u00e9publique des camarades<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Journaliste de renom, fr\u00e8re du diplomate Henry de Jouvenel (second mari de Colette) et oncle du politologue Bertrand de Jouvenel, ce militant pour la gauche r\u00e9publicaine et d\u00e9mocratique n\u2019est pas \u00ab\u00a0antiparlementaire\u00a0\u00bb. Le titre de son essai d\u00e9finit simplement l\u2019influence de la camaraderie sur la vie publique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Les m\u00eames hommes se retrouvent, dans des minist\u00e8res qui se succ\u00e8dent et se ressemblent, la politique devient \u00e0 la fois un m\u00e9tier et un jeu\u00a0: les acteurs seront souvent m\u00e9diocres et le spectacle de la \u00ab\u00a0politique politicienne\u00a0\u00bb lassera le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019on soit mod\u00e9r\u00e9, radical ou r\u00e9volutionnaire, on est avant tout d\u00e9put\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2394\" class=\"cit-num\">2394<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert de <span class=\"caps\">JOUVENEL<\/span> (1882-1924), <em>La R\u00e9publique des camarades<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Troisi\u00e8me R\u00e9publique voit na\u00eetre la \u00ab\u00a0profession parlementaire\u00a0\u00bb\u00a0: le rel\u00e8vement massif de l\u2019indemnit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s en 1906 est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un milieu de politiciens professionnels qui accaparent l\u2019\u00c9tat \u00e0 la faveur du \u00ab\u00a0Bloc\u00a0\u00bb radical. Le m\u00e9canisme des unions, ralliements et autres regroupements \u00e0 des fins purement \u00e9lectorales, laisse une impression de grande confusion. \u00ab\u00a0La lacune la plus notable du r\u00e9gime \u00e9tait l\u2019absence de grands partis politiques, sans lesquels un r\u00e9gime parlementaire est vou\u00e9 aux incertitudes, aux allures cahotantes et erratiques\u00a0\u00bb (Georges Duby, <em>Histoire de la France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 la violence que le socialisme doit les hautes valeurs morales par lesquelles il apporte le salut au monde moderne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2046\" class=\"cit-num\">2046<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">SOREL<\/span> (1847-1922), <em>R\u00e9flexions sur la violence<\/em> (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Penseur socialiste influenc\u00e9 par Marx et Proudhon (deux socialistes pourtant ennemis), mais aussi Nietzsche et Bergson, Sorel oppose au lib\u00e9ralisme et au r\u00e9formisme d\u00e9mocratique (\u00e0 la Jaur\u00e8s) un anarcho-syndicalisme qui mythifie la violence, notamment la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Il inspire \u00e0 la <span class=\"caps\">CGT<\/span> de l\u2019\u00e9poque son slogan\u00a0: \u00ab\u00a0la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9volutionnaire et violente pour la r\u00e9volution sociale int\u00e9grale\u00a0\u00bb. Ce syndicalisme anarchique et outrancier coupe la <span class=\"caps\">CGT<\/span> du pays et n\u2019aide en rien \u00e0 la solution des conflits sociaux. Proudhon l\u2019avait pr\u00e9dit\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9pargne, cette divinit\u00e9 du jour, pr\u00each\u00e9e dans toutes les chaires, l\u2019\u00c9pargne est une peste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2467\" class=\"cit-num\">2467<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Auguste <span class=\"caps\">BLANQUI<\/span> (1805-1881), <em>Critique sociale<\/em> (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9volutionnaire th\u00e9oricien et militant, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 socialiste le 30\u00a0avril 1879, si\u00e9geant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche de la Chambre,\u00a0 il se retrouve en prison \u00e0 Clairvaux, \u00e0 75\u00a0ans (prisonnier plus de la moiti\u00e9 de sa vie\u00a0!).\u00a0 Il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Le capital est du travail vol\u00e9.\u00a0\u00bb Mais la stabilit\u00e9 du franc jusqu\u2019en 1914 favorise l\u2019\u00e9pargne et encourage l\u2019esprit rentier du Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime ne s\u2019est gu\u00e8re pr\u00e9occup\u00e9 des questions sociales et de la condition ouvri\u00e8re, malgr\u00e9 le socialisme montant.<\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut d\u2019un programme social digne de ce nom, quelques lois\u00a0verront le jour\u00a0: uniformisation de la journ\u00e9e de travail, 11\u00a0heures, puis 10\u00a0heures (loi Millerand du 30\u00a0mars 1900)\u00a0; pr\u00e9paration du Code du travail (1902)\u00a0; hygi\u00e8ne dans les ateliers (11\u00a0juillet 1903)\u00a0; repos hebdomadaire (3\u00a0juillet 1906)\u00a0; retraites ouvri\u00e8res et paysannes \u00e0 60\u00a0ans (9\u00a0avril 1910).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tour Eiffel, t\u00e9moignage d\u2019imb\u00e9cillit\u00e9, de mauvais go\u00fbt et de niaise arrogance, s\u2019\u00e9l\u00e8ve expr\u00e8s pour proclamer cela jusqu\u2019au ciel. C\u2019est le monument-symbole de la France industrialis\u00e9e\u00a0; il a pour mission d\u2019\u00eatre insolent et b\u00eate comme la vie moderne et d\u2019\u00e9craser de sa hauteur stupide tout ce qui a \u00e9t\u00e9 le Paris de nos p\u00e8res, le Paris de nos souvenirs, les vieilles maisons et les \u00e9glises, Notre-Dame et l\u2019Arc de Triomphe, la pri\u00e8re et la gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2497\" class=\"cit-num\">2497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>La Fin du monde<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Mon vieux Paris<\/em> (1878), premier livre qui le fait conna\u00eetre, d\u00e9borde de nostalgie pour cette capitale o\u00f9 il est n\u00e9 et qui a tant chang\u00e9, depuis le Second Empire et les travaux d\u2019Haussmann. \u00c9crivain et journaliste, il reste surtout connu comme pol\u00e9miste d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa tour ressemble \u00e0 un tuyau d\u2019usine en construction, \u00e0 une carcasse qui attend d\u2019\u00eatre remplie par des pierres de taille ou des briques. On ne peut se figurer que ce grillage infundibuliforme soit achev\u00e9, que ce suppositoire solitaire et cribl\u00e9 de trous restera tel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2498\" class=\"cit-num\">2498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joris-Karl <span class=\"caps\">HUYSMANS<\/span> (1848-1907), \u00e9voquant Eiffel et sa Tour, <em>\u00c9crits sur l\u2019art \u2013 Certains<\/em> (1894)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monument inaugur\u00e9 le 6\u00a0mai 1889, pour la nouvelle Exposition universelle et le centenaire de la R\u00e9volution de 1789. Trois cents personnalit\u00e9s ont \u00e9crit pour protester contre la construction de la tour Eiffel, plus attaqu\u00e9e en son temps que le Centre Beaubourg de Renzo Piano et Richard Rogers, ou l\u2019Op\u00e9ra Bastille de Carlos Ott, un\u00a0si\u00e8cle plus tard.<\/p>\n<p>Des savants pr\u00e9disent sa chute, mais c\u2019est le triomphe des ing\u00e9nieurs sur les architectes, le d\u00e9fi r\u00e9ussi de l\u2019acier utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame de ses possibilit\u00e9s \u2013 comme la pierre dans les cath\u00e9drales, le verre et le b\u00e9ton dans l\u2019Arche de la D\u00e9fense.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Radicalisme. \u2013 D\u2019autant plus dangereux qu\u2019il est latent. La r\u00e9publique nous m\u00e8ne au radicalisme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2532\" class=\"cit-num\">2532<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot de Flaubert est \u00e0 la fois vrai et faux. La R\u00e9publique a bien men\u00e9 au radicalisme, mais parvenu au pouvoir, il n\u2019a plus le m\u00eame sens et ne fait plus peur \u00e0 la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais, m\u00eame si la minorit\u00e9 conservatrice l\u2019a toujours en horreur. Le mouvement radical, si important dans l\u2019histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, est aussi le premier parti politique n\u00e9 sous le nom de Parti r\u00e9publicain et radical-socialiste, les 21, 22 et 23 juin 1901. Mais il manque \u00e0 ce point de coh\u00e9rence que ses membres ne forment pas de vrai groupe parlementaire \u00e0 la Chambre avant 1911.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le socialiste par raison peut avoir tous les d\u00e9fauts du riche\u00a0; le socialiste par sentiment doit avoir toutes les vertus du pauvre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2538\" class=\"cit-num\">2538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">RENARD<\/span> (1864-1910), <em>Journal<\/em>, 9\u00a0janvier 1905<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le socialisme est le mouvement qui monte. Son probl\u00e8me\u00a0? Une extr\u00eame division entre courants, jusqu\u2019en 1905. Son dilemme\u00a0? Celui de la participation aux gouvernements dits bourgeois.<\/p>\n<p>Jules Guesde, r\u00e9volutionnaire marxiste, est contre, Jean Jaur\u00e8s, socialiste humaniste et pacifiste, est pour. Mais Jaur\u00e8s s\u2019est inclin\u00e9 devant la majorit\u00e9 guesdiste. Au congr\u00e8s de Paris, 23\u00a0avril 1905, il se rallie au nouveau parti socialiste, la <span class=\"caps\">SFIO<\/span> (Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re). Il met \u00e0 son service <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, quotidien fond\u00e9 pour d\u00e9fendre ses id\u00e9es en journaliste ardent. De grandes signatures s\u2019y c\u00f4toient\u00a0: Jules Renard, Anatole France, Octave Mirbeau, Aristide Briand. Jaur\u00e8s continue de se battre en d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition\u00a0: des hommes comme lui vont manquer \u00e0 cette R\u00e9publique radicale, dans les minist\u00e8res o\u00f9 se succ\u00e8dent des politiciens souvent m\u00e9diocres ou discr\u00e9dit\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jules_renard_circa_1900.jpg\" width=\"400\" height=\"453\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple est b\u00eate, pue et crache partout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2553\" class=\"cit-num\">2553<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">RENARD<\/span> (1864-1910), <em>Journal<\/em>, 27 mars 1908<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On est loin de l\u2019empathie d\u2019Hugo (dans les <em>Mis\u00e9rables<\/em>) ou de Zola dans toute son \u0153uvre. Cruel observateur de la soci\u00e9t\u00e9, Jules Renard n\u2019\u00e9pargne personne, pas plus le monde litt\u00e9raire dont il fait partie en marginal, que celui des ouvriers et de la mis\u00e8re, qu\u2019il critique en connaissance de cause. Il a v\u00e9cu pauvrement et surtout malheureux, dans la peau de <em>Poil de carotte<\/em>, roman autobiographique d\u2019un enfant martyr \u00e0 force d\u2019\u00eatre mal aim\u00e9, qui lui apporta finalement le succ\u00e8s et l\u2019argent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ordre, et l\u2019ordre seul, fait en d\u00e9finitive la libert\u00e9. Le d\u00e9sordre fait la servitude.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2540\" class=\"cit-num\">2540<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>Cahiers de la Quinzaine<\/em>, 5\u00a0novembre 1905<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rejet\u00e9 de tous les groupes constitu\u00e9s, parce que patriote et dreyfusard, socialiste et chr\u00e9tien, suspect \u00e0 l\u2019\u00c9glise comme au parti socialiste, isol\u00e9 par son intransigeance et ignor\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort du grand public, P\u00e9guy est l\u2019un des rares intellectuels de l\u2019\u00e9poque \u00e9chappant aux \u00e9tiquettes. Voyant d\u2019abord pour seul \u00ab\u00a0rem\u00e8de au mal universel l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique socialiste universelle\u00a0\u00bb, il cr\u00e9e ses <em>Cahiers de la Quinzaine<\/em> pour y traiter tous les probl\u00e8mes du temps, y publier ses \u0153uvres et celles d\u2019amis (Romain Rolland, Julien Benda, Andr\u00e9 Suar\u00e8s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mystique r\u00e9publicaine, c\u2019est quand on mourait pour la R\u00e9publique, la politique r\u00e9publicaine, c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019on en vit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2256\" class=\"cit-num\">2256<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>Notre jeunesse<\/em> (1910)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et \u00ab\u00a0l\u2019essentiel est que [\u2026] la mystique ne soit point d\u00e9vor\u00e9e par la politique \u00e0 laquelle elle a donn\u00e9 naissance\u00a0\u00bb. C\u2019est dire si P\u00e9guy, l\u2019humaniste engag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort (aux premiers jours de la prochaine guerre), doit souffrir de la politique politicienne n\u00e9e sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. De plus en plus isol\u00e9, il t\u00e9moigne contre le mat\u00e9rialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les man\u0153uvres des politiques, la morale fig\u00e9e des bien-pensants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019erreur des d\u00e9mocrates est de croire que leur v\u00e9rit\u00e9 en soit une pour tout le monde, et force l\u2019adh\u00e9sion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2566\" class=\"cit-num\">2566<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">SUAR\u00c8S<\/span> (1868-1948),<em> Trois hommes, Moi et D\u00e9mocratie<\/em> (1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tension internationale s\u2019aggrave en Europe. L\u2019Allemagne de l\u2019empereur Guillaume <span class=\"caps\">II<\/span> (comme jadis celle de Bismarck) est persuad\u00e9e que le r\u00e9gime d\u00e9mocratique condamne la France \u00e0 la faiblesse en cas de guerre, alors que l\u2019alli\u00e9 anglais est plut\u00f4t port\u00e9 \u00e0 la neutralit\u00e9. Mais un si\u00e8cle apr\u00e8s, le propos est toujours \u00e0 m\u00e9diter, comme la plupart de ces citations\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019issue d\u2019une longue guerre nationale, la victoire bouleverse comme la d\u00e9faite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2617\" class=\"cit-num\">2617<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950)<em>, A l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Texte \u00e9crit en 1941 par le leader socialiste en internement administratif).<\/p>\n<p>1914-1918. La Premi\u00e8re Guerre mondiale fit 8,5\u00a0millions de morts militaires (dont 1,3 million de Fran\u00e7ais) et 20,5 millions de bless\u00e9s. L\u2019humiliation de 1871 est veng\u00e9e, le pays est vainqueur, de nouveau entier, mais exsangue, d\u00e9vast\u00e9, divis\u00e9, moralement boulevers\u00e9 apr\u00e8s l\u2019\u00e9preuve. Cette guerre a co\u00fbt\u00e9 vraiment tr\u00e8s cher en hommes, en argent\u00a0: la France ne s\u2019en remettra pas vraiment, avant la prochaine guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2618\" class=\"cit-num\">2618<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>La Crise de l\u2019esprit<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Val\u00e9ry, l\u2019un des esprits les plus lucides de l\u2019\u00e9poque, d\u00e8s la paix revenue, lance ce cri d\u2019alarme qui trouve un grand \u00e9cho. \u00ab\u00a0Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d\u2019empires coul\u00e9s \u00e0 pic avec tous leurs hommes et leurs engins\u00a0; descendus au fond inexplorable des si\u00e8cles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acad\u00e9mies et leurs sciences [\u2026] Mais ces naufrages, apr\u00e8s tout, n\u2019\u00e9taient pas notre affaire. \u00c9lam, Ninive, Babylone \u00e9taient de beaux noms vagues [\u2026] Et nous voyons maintenant que l\u2019ab\u00eeme de l\u2019histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu\u2019une civilisation a la m\u00eame fragilit\u00e9 qu\u2019une vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Europe deviendra-t-elle ce qu\u2019elle est en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: un petit cap du continent asiatique, ou bien l\u2019Europe restera-t-elle ce qu\u2019elle para\u00eet, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: la partie pr\u00e9cieuse de l\u2019univers terrestre, la perle de la sph\u00e8re, le cerveau d\u2019un vaste corps\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2619\" class=\"cit-num\">2619<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>La Crise de l\u2019esprit<\/em> (1919)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 pos\u00e9 le destin de l\u2019Europe, dans cette phrase c\u00e9l\u00e8bre, sit\u00f4t qu\u2019\u00e9crite. Devant les ruines mat\u00e9rielles et morales de l\u2019apr\u00e8s-guerre, une question capitale se pose\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Europe va-t-elle garder sa pr\u00e9\u00e9minence\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette conscience europ\u00e9enne aigu\u00eb replace le destin de la France dans un contexte plus large. Pour des raisons politiques et id\u00e9ologiques, aussi bien qu\u2019\u00e9conomiques et commerciales, il est, il sera, de moins en moins permis de raisonner en termes d\u2019\u00ab\u00a0histoire de France\u00a0\u00bb. Cela vaut naturellement en 2020, de m\u00eame que la r\u00e9flexion d\u2019Andr\u00e9 Siegfried.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a manifestement une crise de l\u2019Europe\u00a0: apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de pr\u00e9dominance, qui semblait aux contemporains devoir durer toujours, le Vieux Monde voit, pour la premi\u00e8re fois, son h\u00e9g\u00e9monie contest\u00e9e. Mais ce qui risque d\u2019\u00eatre mis en cause de ce fait, c\u2019est, avec la destin\u00e9e d\u2019un continent, celle de toute une forme de civilisation. Sous son aspect le plus grave, la crise est l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2620\" class=\"cit-num\">2620<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">SIEGFRIED<\/span> (1875-1959), <em>La Crise de l\u2019Europe<\/em> (1935)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9conomiste et sociologue, professeur au Coll\u00e8ge de France, il r\u00e9pond, quinze ans apr\u00e8s, \u00e0 l\u2019interrogation de Val\u00e9ry devenue plus cruciale, d\u2019autres dangers mena\u00e7ant l\u2019Europe et m\u00eame le monde, en marche vers une autre guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans doute faut-il incriminer d\u2019abord les institutions qui, d\u2019avance, d\u00e9truisent les chefs. Nul r\u00e9gime n\u2019aura, autant que le n\u00f4tre, us\u00e9 d\u2019individus plus rapidement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2624\" class=\"cit-num\">2624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>M\u00e9moires politiques<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9crivain engag\u00e9 a \u00e9crit ces mots en juillet\u00a01933\u00a0: valse des gouvernements, cr\u00e9dibilit\u00e9 du r\u00e9gime entam\u00e9e dans l\u2019opinion, d\u2019o\u00f9 ce proc\u00e8s du radicalisme et, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, de la politique sous cette R\u00e9publique frapp\u00e9e d\u2019impuissance. Selon Andr\u00e9 Tardieu, on a \u00ab\u00a0substitu\u00e9 la souverainet\u00e9 parlementaire \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb. Le journal <em>Ordre nouveau<\/em> se d\u00e9cha\u00eene en f\u00e9vrier\u00a01934 (\u00e9poque de l\u2019affaire Stavisky)\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de politique\u00a0; il n\u2019y a plus que des politiciens, six cents bavards soit inconscients, soit trop malins, toujours impuissants. \u00c9lire un d\u00e9put\u00e9 signifie trop souvent aujourd\u2019hui donner l\u2019impunit\u00e9 parlementaire \u00e0 un escroc, un receleur, un dangereux imb\u00e9cile.\u00a0\u00bb On reconna\u00eet le \u00ab\u00a0tous pourris\u00a0\u00bb devenu plus tard slogan d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et plus ou moins populiste. Sans parler de la th\u00e9orie du complotisme amplifi\u00e9e de nos jours par les r\u00e9seaux sociaux. Vertigineuse actualit\u00e9 de l\u2019Histoire\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les poisons sont quelquefois des rem\u00e8des, mais certains poisons ne sont pourtant que des poisons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2625\" class=\"cit-num\">2625<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), <em>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le socialiste parle des doctrines nazie (Allemagne) et fascistes (Italie et Espagne) qui sont autant de \u00ab\u00a0barbaries totalitaires\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019un des grands maux europ\u00e9ens de l\u2019entre-deux-guerres, dont se fait l\u2019\u00e9cho<em> La Mont\u00e9e des p\u00e9rils<\/em> \u2013 titre d\u2019un des 27 tomes des <em>Hommes de bonne volont\u00e9<\/em>, publi\u00e9s par Jules Romains de 1932 \u00e0 1947.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas une id\u00e9e n\u00e9e d\u2019un esprit humain qui n\u2019ait fait couler du sang sur la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2627\" class=\"cit-num\">2627<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), <em>La Dentelle du rempart<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une des le\u00e7ons de l\u2019histoire, de France, d\u2019ailleurs et de toujours, qui prend une v\u00e9rit\u00e9 plus dramatique au c\u0153ur du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 la guerre des id\u00e9ologies l\u2019emporte sur la guerre des patries. Les statistiques ne comptent plus par milliers, mais par millions les victimes des \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb\u00a0: hitl\u00e9risme, fascisme, stalinisme, communisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019\u00c9tat est fort, il nous \u00e9crase. S\u2019il est faible, nous p\u00e9rissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2630\" class=\"cit-num\">2630<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), <em>Regards sur le monde actuel<\/em>, \u00ab\u00a0Fluctuations sur la libert\u00e9\u00a0\u00bb (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Observateur toujours lucide des probl\u00e8mes qui se font drames de ce temps, Val\u00e9ry se refuse \u00e0 tout engagement politique personnel, mais tire (dans cet ensemble de textes r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 partir de 1930) une des le\u00e7ons de l\u2019histoire. Le dilemme est d\u2019autant plus terrible que la faiblesse des d\u00e9mocraties fait la force des dictatures.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y eut quelque chose d\u2019effr\u00e9n\u00e9, une fi\u00e8vre de d\u00e9pense, de jouissance et d\u2019entreprise, une intol\u00e9rance de toute r\u00e8gle, un besoin de nouveaut\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aberration, un besoin de libert\u00e9 allant jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9pravation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2631\" class=\"cit-num\">2631<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950),<em> \u00c0 l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Socialiste t\u00e9moin de son temps, il \u00e9voque le bouleversement moral qui suit la Premi\u00e8re Guerre mondiale durant dix ans. Le jazz entre en sc\u00e8ne. Le tango chavire les corps. Le charleston fait rage. Les dancings font fortune. Les artistes se doivent d\u2019\u00eatre anarchistes, dada\u00efstes, bient\u00f4t surr\u00e9alistes. Les femmes ont l\u2019air de gar\u00e7ons. \u00ab\u00a0C\u2019est bien parce que c\u2019est mal\u00a0; c\u2019est mal parce que c\u2019est bien.\u00a0\u00bb C\u2019est le d\u00e9but des \u00ab\u00a0Ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De toutes les \u00ab\u00a0inventions\u00a0\u00bb surr\u00e9alistes, la tentation du communisme est bien s\u00fbr la plus d\u00e9moniaque.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2647\" class=\"cit-num\">2647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Roger <span class=\"caps\">VAILLAND<\/span> (1907-1965), <em>Le Surr\u00e9alisme contre la r\u00e9volution<\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le <em>Manifeste du surr\u00e9alisme d\u2019Andr\u00e9 Breton<\/em> (1924) lance le mouvement. De nombreux artistes sont s\u00e9duits par le communisme, plus nombreux encore \u00e0 partir de 1930, quand para\u00eet le <em>Second Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>. La revue du mouvement, <em>R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, devient<em> Le Surr\u00e9alisme au service de la R\u00e9volution<\/em>. Mais Roger Vailland, litt\u00e9rairement proche du surr\u00e9alisme par sa r\u00e9volte, est toujours politiquement hostile au communisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019esprit donne l\u2019id\u00e9e d\u2019une nation\u00a0; mais ce qui fait sa force sentimentale, c\u2019est la communaut\u00e9 de r\u00eaves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2656\" class=\"cit-num\">2656<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>La Tentation de l\u2019Occident<\/em> (1926)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malraux, 25\u00a0ans, a d\u00e9j\u00e0 flirt\u00e9 avec l\u2019Action fran\u00e7aise et le surr\u00e9alisme, fait la contrebande de statues khm\u00e8res en Indochine, crois\u00e9 les r\u00e9volutionnaires communistes en Chine. Il confronte ici deux cultures, Extr\u00eame-Orient face \u00e0 Occident, et va participer \u00e0 l\u2019histoire en train de se faire.<\/p>\n<p>C\u2019est la derni\u00e8re grande g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais qui fait rimer aventure et litt\u00e9rature\u00a0: Malraux et Montherlant, Camus et Saint-Exup\u00e9ry, Sartre et Aragon, d\u2019autres noms encore, chacun suivant un itin\u00e9raire personnel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre patriote, et \u00eatre Fran\u00e7ais, en 1932, c\u2019est vivre crucifi\u00e9. La France est en pleine d\u00e9composition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2659\" class=\"cit-num\">2659<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henry de <span class=\"caps\">MONTHERLANT<\/span> (1895-1972), <em>Carnets<\/em>, 1930-1944 (1957)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fervent lecteur de Barr\u00e8s, patriote, sans \u00eatre pour autant nationaliste, adversaire d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Allemagne nazie, mais soup\u00e7onn\u00e9 ensuite de collaboration, Montherlant est moins politiquement engag\u00e9 que la plupart de ses confr\u00e8res. Il se veut surtout lucide, dans son pessimisme hautain.<br>La France est malade de la crise \u00e9conomique mondiale qui l\u2019atteint avec retard. La bataille politique perturbe un r\u00e9gime parlementaire dont l\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle est chronique. L\u2019affaire Oustric (banquier sp\u00e9culateur) a provoqu\u00e9 un scandale financier qui implique diverses personnalit\u00e9s politiques, dont le ministre de la Justice, Raoul P\u00e9ret. Les accords de Lausanne (juillet\u00a01932) ent\u00e9rinent le renoncement de la France aux r\u00e9parations allemandes. Et le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Paul Doumer, est victime d\u2019un attentat commis par un \u00e9migr\u00e9 russe, le 6\u00a0mai 1932.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme chef de l\u2019\u00c9tat, deux choses lui avaient manqu\u00e9\u00a0: qu\u2019il f\u00fbt un chef\u00a0; qu\u2019il y e\u00fbt un \u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2662\" class=\"cit-num\">2662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), \u00e0 propos d\u2019Albert Lebrun, <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>,<em> Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici notre dernier grand m\u00e9morialiste, par ailleurs acteur majeur de l\u2019histoire \u00e0 venir. On reconna\u00eet tout de suite le sens de la formule et la justesse du jugement.<\/p>\n<p>Albert Lebrun est \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1932, apr\u00e8s l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Paul Doumer et au terme d\u2019un parcours politique typique de cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Personnage insignifiant face \u00e0 la trag\u00e9die de la guerre qui commence en 1939 sous son second septennat, il fut d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements du premier\u00a0: retomb\u00e9es de la crise \u00e9conomique de 1929, mont\u00e9e du fascisme et du nazisme en Europe, nouveaux scandales financiers (dont l\u2019affaire Stavisky), agitation politique et sociale \u00e0 \u00e9pisodes. Homme de centre-droit, il devra coexister avec le Front populaire de L\u00e9on Blum, signant, \u00ab\u00a0la mort dans l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb, dit-il, les grands textes de cette majorit\u00e9 politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si le 6 [f\u00e9vrier\u00a01934] fut un mauvais complot, ce fut une instinctive et magnifique r\u00e9volte, ce fut une nuit de sacrifice, qui reste dans notre souvenir avec son odeur, son vent froid, ses p\u00e2les figures courantes, ses groupes humains au bord des trottoirs, son esp\u00e9rance invincible d\u2019une r\u00e9volution nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2664\" class=\"cit-num\">2664<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Notre avant-guerre<\/em> (1941)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune intellectuel s\u00e9duit par le fascisme et la pens\u00e9e de Maurras, il regrette \u00ab\u00a0la r\u00e9volution manqu\u00e9e du 6\u00a0f\u00e9vrier\u00a0\u00bb. Le 6\u00a0f\u00e9vrier 1934 est quand m\u00eame une menace contre les institutions r\u00e9publicaines. Le 9\u00a0f\u00e9vrier, des contre-manifestations communistes feront 11 morts et 300 bless\u00e9s. Un front commun antifasciste se cr\u00e9e entre communistes et socialistes. Le Front populaire en na\u00eetra bient\u00f4t.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a ri longtemps de ce m\u00e9lodrame o\u00f9 l\u2019auteur faisait dire \u00e0 des soldats de Bouvines\u00a0: \u00ab\u00a0Nous autres, chevaliers de la guerre de Cent Ans\u00a0\u00bb. C\u2019est fort bien fait, mais il faut donc rire de nous-m\u00eames\u00a0: nos jeunes gens s\u2019intitulaient \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0\u00bb quatre ans avant l\u2019accord de Munich.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2668\" class=\"cit-num\">2668<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980),<em> Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il faut citer ce \u00ab\u00a0ma\u00eetre \u00e0 penser\u00a0\u00bb d\u2019une ou deux g\u00e9n\u00e9rations, m\u00eame si sa voix ne porte plus comme celle de son fr\u00e8re ennemi, Albert Camus, l\u2019homme r\u00e9volt\u00e9, autre version de l\u2019intellectuel engag\u00e9.<\/p>\n<p>Munich, ce sera en octobre\u00a01938. Quatre ans plus t\u00f4t, l\u2019Europe assiste \u00e0 la mont\u00e9e au pouvoir d\u2019Adolf Hitler. Autrichien naturalis\u00e9 allemand, port\u00e9 au pouvoir par la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 1930, qui jette les millions d\u2019ouvriers ch\u00f4meurs et de petits rentiers ruin\u00e9s vers les partis extr\u00eames, manipulant l\u2019arm\u00e9e et les puissances financi\u00e8res, devenant chancelier du Reich le 30\u00a0janvier 1933, puis F\u00fchrer, ma\u00eetre absolu, dictateur en 1934. Pl\u00e9biscit\u00e9, promettant \u00e0 son pays de le lib\u00e9rer du \u00ab\u00a0Diktat\u00a0\u00bb de Versailles, mais lui annon\u00e7ant d\u00e9j\u00e0 de gros sacrifices en \u00e9change\u00a0: \u00ab\u00a0Des canons plut\u00f4t que du beurre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le temps du monde fini commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2693\" class=\"cit-num\">2693<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">VAL\u00c9RY<\/span> (1871-1945), inscription au fronton du Palais de Chaillot en 1937.<em> Regards sur le monde actuel<\/em> (1931), Paul Val\u00e9ry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 en 1937 professeur au Coll\u00e8ge de France \u2013 un honneur entre tant d\u2019autres \u2013 ce \u00ab\u00a0po\u00e8te d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb est charg\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e des inscriptions qui ornent le Palais de Chaillot ouvert pour l\u2019Exposition internationale \u00ab\u00a0Arts et Techniques dans la vie moderne\u00a0\u00bb, renfermant, outre un th\u00e9\u00e2tre, trois mus\u00e9es (des Monuments fran\u00e7ais, de la Marine et de l\u2019Homme).<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion sur le destin de notre civilisation et le devenir de la science va figurer en bonne place sur le fronton. C\u2019est l\u2019une des plus cit\u00e9es de Val\u00e9ry\u00a0: mise en abyme intellectuelle, \u00e9ternellement d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La bourgeoisie] ne voulait de la guerre en aucun cas, et elle n\u2019avait pas peur de Hitler, parce que toute sa capacit\u00e9 de peur \u00e9tait accapar\u00e9e par le Front populaire, et surtout par le communisme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2696\" class=\"cit-num\">2696<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">BLUM<\/span> (1872-1950), <em>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle humaine<\/em> (1945)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette analyse qui date de 1941 donne une autre explication du pacifisme.<\/p>\n<p>La bourgeoisie accable le gouvernement de Front populaire, critiqu\u00e9 sur sa gauche par les communistes quand des difficult\u00e9s financi\u00e8res et des troubles sociaux obligent \u00e0 faire pause dans les r\u00e9formes. Blum abandonne le gouvernement en juin\u00a01937. Chautemps essaie de poursuivre l\u2019exp\u00e9rience, un second cabinet Blum, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re (mars-avril\u00a01938), est remplac\u00e9 par le minist\u00e8re Daladier, radical-socialiste. La fin du Front populaire est officielle le 30\u00a0octobre 1938, quand le chef du gouvernement rompt avec les communistes. Mais le communisme triomphant \u00e0 Moscou continue de faire peur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais bien que nous nous r\u00e9veillerons de cette joie et qu\u2019au-del\u00e0 de ce grand mur de Versailles abattu par le poing allemand, une route inconnue s\u2019ouvre pour nous, pleine d\u2019emb\u00fbches.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2699\" class=\"cit-num\">2699<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Le Temps pr\u00e9sent. Fran\u00e7ois Mauriac<\/em> (1990), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lucidit\u00e9 au lendemain de Munich d\u2019un romancier c\u00e9l\u00e8bre, intellectuel engag\u00e9 qui a d\u00e9j\u00e0 t\u00e9moign\u00e9 contre les cruaut\u00e9s de la guerre civile espagnole aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019autre grand romancier chr\u00e9tien, Bernanos.<\/p>\n<p>L\u00e9on Blum d\u00e9nonce le \u00ab\u00a0l\u00e2che soulagement\u00a0\u00bb. Daladier lui-m\u00eame, en signant, savait la guerre in\u00e9luctable et se r\u00e9signait au pire, tout en le diff\u00e9rant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous f\u00fbt \u00e9pargn\u00e9, la vieillesse du mar\u00e9chal P\u00e9tain allait s\u2019identifier avec le naufrage de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2708\" class=\"cit-num\">2708<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970),<em> M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I, <em>L\u2019Appel, 1940-1942<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1939-1945. La France vit l\u2019une des pages les plus dramatiques de son histoire\u00a0: guerre et d\u00e9faite, occupation de son territoire, pillage de ses ressources, destructions, h\u00e9catombes.<\/p>\n<p>En 1940, le recours au mar\u00e9chal Philippe P\u00e9tain, h\u00e9ros de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, vieillard de 84\u00a0ans, va se r\u00e9v\u00e9ler le pire des pi\u00e8ges et le pays se divise dans une autre guerre fratricide. C\u2019est aussi la chance du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, lui-m\u00eame \u00e2g\u00e9 de 50 ans, qui va entrer dans l\u2019Histoire de France.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/de_gaulle_0.jpg\" width=\"400\" height=\"395\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute ma vie, je me suis fait une certaine id\u00e9e de la France. Le sentiment me l\u2019inspire aussi bien que la raison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2710\" class=\"cit-num\">2710<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I,<em> L\u2019Appel, 1940-1942<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premiers mots des <em>M\u00e9moires<\/em> r\u00e9dig\u00e9s entre l\u2019\u00e9chec du <span class=\"caps\">RPF<\/span> (1953) et le retour au pouvoir (mai\u00a01958), parus de 1954 \u00e0 1959. <em>L\u2019Appel (1940-1942), L\u2019Unit\u00e9 (1942-1944), Le Salut (1944-1946)<\/em>\u00a0: six ann\u00e9es d\u2019histoire de France et du monde en trois tomes \u2013 suite de r\u00e9cits, portraits, m\u00e9ditations et formules \u2013 sign\u00e9s d\u2019un personnage historique qui est aussi un \u00e9crivain parmi les grands du\u00a0si\u00e8cle. Son entr\u00e9e dans la prestigieuse collection de La Pl\u00e9iade (Gallimard, 2002) en fait foi.<\/p>\n<p>Le d\u00e9but est devenu page d\u2019anthologie\u00a0: \u00ab\u00a0Le c\u00f4t\u00e9 positif de mon esprit me convainc que la France n\u2019est r\u00e9ellement elle-m\u00eame qu\u2019au premier rang\u00a0; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-m\u00eame\u00a0; que notre pays, tel qu\u2019il est, parmi les autres, tels qu\u2019ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, \u00e0 mon sens, la France ne peut \u00eatre la France sans la grandeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour soulever le fardeau, quel levier est l\u2019adh\u00e9sion du peuple\u00a0! Cette massive confiance, cette \u00e9l\u00e9mentaire amiti\u00e9, qui me prodiguent leurs t\u00e9moignages, voil\u00e0 de quoi m\u2019affermir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2712\" class=\"cit-num\">2712<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>L\u2019Unit\u00e9, 1942-1944<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle, d\u2019abord seul, rassemble autour de sa personne et de l\u2019id\u00e9e-force de R\u00e9sistance une \u00ab\u00a0arm\u00e9e des ombres\u00a0\u00bb et des troupes de militaires qui grossiront. La France, p\u00e9tainiste dans son immense majorit\u00e9 en 1940, se retrouve gaulliste dans les m\u00eames proportions, en 1945. Divisions, oppositions, contestations au nouveau chef de la France se manifesteront apr\u00e8s le \u00ab\u00a0salut\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre, ce n\u2019est pas l\u2019acceptation du risque. Ce n\u2019est pas l\u2019acceptation du combat. C\u2019est, \u00e0 certaines heures, pour le combattant, l\u2019acceptation pure et simple de la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2715\" class=\"cit-num\">2715<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">EXUP\u00c9RY<\/span> (1900-1944), <em>Pilote de guerre<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Livre t\u00e9moignage d\u2019un homme et d\u2019un esprit libres, pourtant capable d\u2019un engagement total et passionn\u00e9.<\/p>\n<p>Pilote de ligne qui tra\u00e7a l\u2019un des premiers la liaison France-Am\u00e9rique, pilote d\u2019essai et de raid, alors que le succ\u00e8s litt\u00e9raire lui vint au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 \u2013 <em>Courrier du Sud, Vol de nuit\u00a0<\/em>\u2013, journaliste partant pour de grands reportages, combattant en 1939-1940, Saint-Ex rejoint en 1943 les Forces fran\u00e7aises libres et meurt en 1944, pilote volontaire pour une mission de guerre. L\u2019humanisme, le lyrisme, la fa\u00e7on simple et courageuse de faire ce m\u00e9tier d\u2019aventurier et cette fin \u00e0 42\u00a0ans feront de \u00ab\u00a0Saint-Ex\u00a0\u00bb un h\u00e9ros et un \u00e9crivain toujours aim\u00e9s, notamment de la jeunesse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire la guerre au loin est assur\u00e9ment une \u00e9preuve tr\u00e8s p\u00e9nible, mais [\u2026] la supporter sur le territoire national, et cela trois fois en un\u00a0si\u00e8cle, face au plus savamment cruel des ennemis, c\u2019est beaucoup plus qu\u2019il n\u2019en faut pour surmener un peuple \u00e9difi\u00e9 tour \u00e0 tour dans le malheur et la gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2716\" class=\"cit-num\">2716<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">DUHAMEL<\/span> (1884-1966), <em>La Pes\u00e9e des \u00e2mes<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme Saint-Ex, Duhamel, t\u00e9moin lucide de son temps, tire d\u2019un m\u00e9tier qui lui fait c\u00f4toyer la mort l\u2019essentiel de son inspiration litt\u00e9raire et de son humanisme.<\/p>\n<p>Biologiste et m\u00e9decin, engag\u00e9 \u00e0 titre de chirurgien militaire dans \u00ab\u00a0cette aventure absurde et monstrueuse\u00a0\u00bb de la Grande Guerre, il a vu venir la suivante. Elle fait d\u2019\u00e9normes d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels en France\u00a0: ports, ponts, voies ferr\u00e9es, usines et maisons d\u00e9truites. La terre m\u00eame a souffert, boulevers\u00e9e par les bombardements, truff\u00e9e de mines. Les pertes humaines sont estim\u00e9es \u00e0 600\u00a0000\u00a0: 200\u00a0000 soldats, 400\u00a0000 civils (dont la moiti\u00e9 morts en d\u00e9portation, dans les camps).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Battus, br\u00fbl\u00e9s, aveugl\u00e9s, rompus, la plupart des r\u00e9sistants n\u2019ont pas parl\u00e9\u00a0; ils ont bris\u00e9 le cercle du Mal et r\u00e9affirm\u00e9 l\u2019humain, pour eux, pour nous, pour leurs tortionnaires m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2718\" class=\"cit-num\">2718<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1948)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prisonnier, lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un subterfuge, Sartre l\u2019\u00e9ternel engag\u00e9 participe \u00e0 la constitution d\u2019un r\u00e9seau de r\u00e9sistance. Activit\u00e9 clandestine \u00e0 haut risque\u00a0: en France, 30\u00a0000 r\u00e9sistants fusill\u00e9s, plus de 110\u00a0000 d\u00e9port\u00e9s, dont la plupart morts dans les camps, ou \u00e0 leur retour. Jean Moulin en est \u00e0 la fois le chef (pr\u00e9sident du Conseil national de la R\u00e9sistance), le h\u00e9ros, le martyr, le symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La vraie barbarie, c\u2019est Dachau\u00a0; la vraie civilisation, c\u2019est d\u2019abord la part de l\u2019homme que les camps ont voulu d\u00e9truire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2719\" class=\"cit-num\">2719<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>Antim\u00e9moires<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus philosophe que m\u00e9morialiste, fascin\u00e9 par la Vie et la Mort, l\u2019art et le divin, la transcendance et le destin, m\u00ealant l\u2019humour et le tragique, mythomane av\u00e9r\u00e9, fier et conscient de ses fabulations, l\u2019auteur se sert de ses exp\u00e9riences et aventures, voyages, guerres, rencontres avec des civilisations extr\u00eame-orientales et des personnages hors du commun (Mao, Nehru, de Gaulle) pour interroger l\u2019univers et chercher la cl\u00e9 de myst\u00e8res auxquels il est plus sensible que le lecteur moyen. Son dialogue \u00ab\u00a0au sommet\u00a0\u00bb avec de Gaulle s\u2019explique mieux\u00a0: rencontre de deux \u00eatres exceptionnels qui se reconnaissent et s\u2019appr\u00e9cient en tant que tels.<\/p>\n<p>Le camp de concentration est une r\u00e9alit\u00e9 litt\u00e9ralement sid\u00e9rante\u00a0: nombre des prisonniers qui en sont revenus se sont tus. Institution type des r\u00e9gimes totalitaires, c\u2019est l\u2019un des instruments de la terreur instaur\u00e9e par le nazisme\u00a0: on y enfermait les juifs, les gitans et les homosexuels, les r\u00e9sistants, tous les opposants. Dachau, pr\u00e8s de Munich, est l\u2019un des premiers camps ouverts, en 1933. Au total, 203 camps, entre 6 et 9\u00a0millions de morts (selon les sources), juifs en majorit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut se m\u00e9fier des ing\u00e9nieurs, \u00e7a commence par la machine \u00e0 coudre, \u00e7a finit par la bombe atomique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2723\" class=\"cit-num\">2723<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marcel <span class=\"caps\">PAGNOL<\/span> (1895-1974), <em>Critique des critiques<\/em> (1947)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Japon, \u00e9cras\u00e9 par les bombardements, r\u00e9siste encore, trois mois apr\u00e8s la capitulation allemande\u00a0: la caste militaire refuse une telle issue et l\u2019amiral Onishi, inventeur des \u00ab\u00a0kamikazes\u00a0\u00bb, envisage froidement la mort de 20\u00a0millions de Japonais. Harry Truman, pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, d\u00e9cide le 6\u00a0ao\u00fbt 1945 de lancer la premi\u00e8re bombe atomique. Hiroshima\u00a0: pr\u00e8s de 100\u00a0000 morts des suites de l\u2019explosion. Le 9\u00a0ao\u00fbt, \u00e0 Nagasaki, deuxi\u00e8me bombe atomique. Hiro-Hito l\u2019empereur impose alors au pays sa volont\u00e9\u00a0: le Japon capitule.<\/p>\n<p>Sans ce recours \u00e0 l\u2019arme atomique, les plans les plus optimistes pr\u00e9voyaient un d\u00e9barquement qui aurait co\u00fbt\u00e9 dix-huit mois de pr\u00e9paration et un\u00a0million de morts. La coop\u00e9ration des savants am\u00e9ricains, anglais, canadiens, fran\u00e7ais, italiens et danois, permit \u00e9galement de devancer les \u00ab\u00a0ing\u00e9nieurs\u00a0\u00bb allemands, pr\u00e8s de trouver l\u2019arme absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait rien de grand sans de grands hommes, et ceux-ci le sont pour l\u2019avoir voulu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2726\" class=\"cit-num\">2726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>Le Fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e<\/em> (1932)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La volont\u00e9 et la croyance en son \u00e9toile sont venues tr\u00e8s t\u00f4t au militaire qui n\u2019\u00e9tait pas encore bien haut dans la hi\u00e9rarchie militaire ni bien important dans les affaires de son pays. Il se fait d\u2019abord conna\u00eetre par cet \u00e9crit d\u2019histoire politique, o\u00f9 il \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0le Caract\u00e8re, vertu des temps difficiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gloire se donne seulement \u00e0 ceux qui l\u2019ont toujours r\u00eav\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2727\" class=\"cit-num\">2727<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>Vers l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier<\/em> (1934)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se d\u00e9voile \u00e0 nouveau et l\u2019on croirait entendre Napol\u00e9on. Comme lui, il se fait remarquer par ses id\u00e9es de strat\u00e9gie militaire. Il pr\u00e9dit l\u2019importance d\u2019une arm\u00e9e motoris\u00e9e et blind\u00e9e dans un prochain conflit, th\u00e8se \u00e0 l\u2019encontre des id\u00e9es re\u00e7ues chez les militaires fran\u00e7ais de l\u2019entre-deux-guerres\u00a0: la d\u00e9faite \u00e9clair de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en 1940 lui donnera raison.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grandeur est un chemin vers quelque chose qu\u2019on ne conna\u00eet pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2728\" class=\"cit-num\">2728<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970).<em> Les Ch\u00eanes qu\u2019on abat<\/em> (1979), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Propos recueillis par son plus fid\u00e8le historiographe, dans cet essai au titre gaullien. On retrouve, plus ou moins explicites, l\u2019id\u00e9e de destin et celle de grandeur chez de Gaulle comme chez Malraux. Leur dialogue \u00ab\u00a0au sommet\u00a0\u00bb, que seule la mort interrompra, est l\u2019une des rencontres du\u00a0si\u00e8cle, salu\u00e9e par Fran\u00e7ois Mauriac\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est ce qu\u2019il faut de folie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un grand destin, et ce qu\u2019il y faut en m\u00eame temps de soumission au r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne fait rien de s\u00e9rieux si on se soumet aux chim\u00e8res, mais que faire de grand sans elles\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2729\" class=\"cit-num\">2729<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Les Ch\u00eanes qu\u2019on abat<\/em> (1979), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malraux a parfait le personnage de De Gaulle aussi soigneusement que le sien\u00a0 \u2013 \u00ab\u00a0son c\u00f4t\u00e9 Chateaubriand\u00a0\u00bb d\u00e9cel\u00e9 par\u00a0 Mauriac en Malraux. De Gaulle lui ressemblait, cultivant son personnage et soucieux de laisser \u00e0 l\u2019histoire ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toujours le chef est seul en face du mauvais destin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2730\" class=\"cit-num\">2730<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I, <em>L\u2019Appel, 1940-1942<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la solitude subie, impos\u00e9e \u2013 et une fois encore, le sens du destin. Le 17\u00a0juin 1940, \u00e0 la veille du fameux Appel, de Gaulle est l\u2019homme seul de l\u2019Histoire, et l\u2019exprime dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9lib\u00e9rer est le fait de plusieurs. Agir est le fait d\u2019un seul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2731\" class=\"cit-num\">2731<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>,<em> L\u2019Unit\u00e9, 1942-1944<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Solitude voulue par l\u2019homme qui a conscience d\u2019\u00eatre le chef et veut en assumer les responsabilit\u00e9s. C\u2019est une constante, au fil de l\u2019action. Pendant la guerre, de Gaulle veut d\u00e9cider au nom de la France libre, diriger seul et coordonner l\u2019action des diverses r\u00e9sistances int\u00e9rieures, \u00eatre le seul chef du Comit\u00e9 fran\u00e7ais de lib\u00e9ration nationale (et il \u00e9carte le g\u00e9n\u00e9ral Giraud pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par les Am\u00e9ricains), s\u2019imposer comme chef politique incontest\u00e9 apr\u00e8s la lib\u00e9ration de Paris, \u00e0 la t\u00eate du gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les choses capitales qui ont \u00e9t\u00e9 dites \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 ont toujours \u00e9t\u00e9 des choses simples.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2732\" class=\"cit-num\">2732<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Les Ch\u00eanes qu\u2019on abat<\/em> (1979), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand \u00ab\u00a0communicateur\u00a0\u00bb qui saura utiliser la radio, et plus tard la t\u00e9l\u00e9vision, de Gaulle respecte cette r\u00e8gle de fond et de forme trop souvent oubli\u00e9e, qui fait de lui une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0mine de citations\u00a0\u00bb. Rien, sans doute, n\u2019est plus difficile que de faire simple. Les professionnels de \u00ab\u00a0la com\u00a0\u00bb devraient s\u2019en souvenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je survole donc des routes noires de l\u2019interminable sirop qui n\u2019en finit plus de couler. On \u00e9vacue, dit-on, les populations. Ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus vrai. Elles s\u2019\u00e9vacuent d\u2019elles-m\u00eames. Il est une contagion d\u00e9mente dans cet exode. Car o\u00f9 vont-ils, ces vagabonds\u00a0? Ils se mettent en marche vers le sud, comme s\u2019il \u00e9tait l\u00e0-bas des logements et des aliments [\u2026] L\u2019ennemi progresse plus vite que l\u2019exode.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2743\" class=\"cit-num\">2743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">EXUP\u00c9RY<\/span> (1900-1944), <em>Pilote de guerre<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils seront pr\u00e8s de 12\u00a0millions, r\u00e9fugi\u00e9s de tous \u00e2ges, toutes conditions, fuyant l\u2019invasion venue du nord, mais qui les rattrape, qui est maintenant partout. Ces flots, ces fleuves humains g\u00eanent les derni\u00e8res r\u00e9sistances et paralysent les voies de communication \u2013 le commandement allemand, en semant la panique, a encourag\u00e9 l\u2019exode.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, papa, nous voil\u00e0\u00a0: vingt mille types qui voulaient \u00eatre des h\u00e9ros et qui se sont rendus sans combattre en rase campagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2744\" class=\"cit-num\">2744<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>La Mort dans l\u2019\u00e2me<\/em> (1940)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a eu des combats et il reste des poches de r\u00e9sistance, mais l\u2019ampleur et la rapidit\u00e9 de la d\u00e9b\u00e2cle fran\u00e7aise surprirent tout le monde, m\u00eame l\u2019arm\u00e9e allemande.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019apparaissais \u00e0 moi-m\u00eame, seul et d\u00e9muni de tout, comme un homme au bord d\u2019un oc\u00e9an qu\u2019il pr\u00e9tendrait franchir \u00e0 la nage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2749\" class=\"cit-num\">2749<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I,<em> L\u2019Appel, 1940-1942<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est son \u00e9tat d\u2019esprit, juste avant l\u2019Appel. Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense, il part le 16\u00a0juin demander \u00e0 Londres des moyens de transport pour continuer la lutte en Afrique du Nord (fran\u00e7aise). \u00c0 son retour, P\u00e9tain a remplac\u00e9 Reynaud \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, et va demander l\u2019armistice. De Gaulle reprend l\u2019avion pour Londres, sa famille s\u2019embarque \u00e0 Brest sur un cargo, pour le suivre. Simple g\u00e9n\u00e9ral de brigade, il a d\u00e9cid\u00e9 de rompre avec la discipline militaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre commence infiniment mal. Il faut donc qu\u2019elle continue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2751\" class=\"cit-num\">2751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I, <em>L\u2019Appel, 1940-1942<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9e fixe, id\u00e9e folle, id\u00e9e simple\u00a0: la France ne peut pas \u00eatre la vaincue de l\u2019Histoire. Le caract\u00e8re, \u00ab\u00a0vertu des temps difficiles\u00a0\u00bb, et la rencontre de ces temps particuli\u00e8rement difficiles vont permettre \u00e0 cet homme de 50\u00a0ans, inconnu du pays, de se r\u00e9v\u00e9ler en quelques jours, d\u2019avoir raison seul contre tout et tous, et d\u2019associer pendant quatre ans de lutte son destin \u00e0 celui du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9sistance fut une d\u00e9mocratie v\u00e9ritable\u00a0: pour le soldat comme pour le chef, m\u00eame danger, m\u00eame responsabilit\u00e9, m\u00eame absolue libert\u00e9 dans la discipline.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2784\" class=\"cit-num\">2784<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), <em>Situations <span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9sistance, fait europ\u00e9en, \u00e9volue de la m\u00eame fa\u00e7on dans tous les pays. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9sistance ext\u00e9rieure et bient\u00f4t avec elle, la R\u00e9sistance int\u00e9rieure s\u2019organise en France. On \u00e9coute la <span class=\"caps\">BBC<\/span>, on se passe des informations, on fait passer des renseignements, des r\u00e9seaux se cr\u00e9ent, une presse clandestine (plus de 1\u00a0100 journaux recens\u00e9s, dont certains tirent \u00e0 plusieurs centaines de mille\u00a0!), on imprime aussi des tracts pour d\u00e9noncer les mensonges de la propagande. On aide les prisonniers \u00e9vad\u00e9s des camps \u00e9tablis en France et des fili\u00e8res d\u2019\u00e9vasion se forment. On aidera tous les suspects, notamment les juifs. On arrive vite \u00e0 l\u2019action directe, la plus dangereuse\u00a0: sabotages, attentats, guerre de maquisards, arm\u00e9e des ombres. Pr\u00e8s de 100\u00a0000 morts au total, dans les rangs des R\u00e9sistants dont le compte est forc\u00e9ment impr\u00e9cis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Certes, nous sommes d\u00e9j\u00e0 vaincus. Tout est en suspens. Tout s\u2019\u00e9croule. Mais je continue d\u2019\u00e9prouver la tranquillit\u00e9 d\u2019un vainqueur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2792\" class=\"cit-num\">2792<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">EXUP\u00c9RY<\/span> (1900-1944), <em>Pilote de guerre<\/em> (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parfaite expression du tournant pris par la guerre en novembre\u00a01942. L\u2019Occupation se durcit et s\u2019\u00e9tend \u00e0 la zone sud, le r\u00e9gime se rapproche du mod\u00e8le nazi par ses lois d\u2019exception et ses mesures polici\u00e8res, sous le gouvernement Laval. Mais \u00e0 terme, on peut pr\u00e9voir que la formidable puissance des \u00c9tats-Unis va faire basculer le rapport des forces, cependant qu\u2019Hitler s\u2019\u00e9puisera sur le front russe\u2026 Et d\u00e9j\u00e0 la R\u00e9sistance s\u2019organise en France, et le d\u00e9barquement des Alli\u00e9s en Afrique du Nord se fait le 8\u00a0novembre. Dans une certaine confusion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les plaies, la neige, la faim, les poux, la soif\u00a0; puis la soif, la faim, les poux, la neige, les maladies et les plaies [\u2026] l\u2019hallucination qui fait prendre la schlague meurtri\u00e8re des kapos pour un b\u00e2ton de chocolat, le petit morceau de bois ind\u00e9finiment suc\u00e9, le corps qui n\u2019est plus que faim [\u2026], la faim a \u00e9t\u00e9 la compagne quotidienne des d\u00e9port\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la limite de la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2795\" class=\"cit-num\">2795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>Antim\u00e9moires<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Risque extr\u00eame du \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb de r\u00e9sistant. On estime \u00e0 100\u00a0000 le nombre de d\u00e9port\u00e9s civils pour raisons politiques, parmi les Fran\u00e7ais. Mais certains qui \u00e9taient pris mouraient avant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bafou\u00e9, sauvagement frapp\u00e9, la t\u00eate en sang, les organes \u00e9clat\u00e9s, il atteint les limites de la souffrance humaine, sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2796\" class=\"cit-num\">2796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Laure <span class=\"caps\">MOULIN<\/span> (1892-1974), s\u0153ur et collaboratrice de Jean Moulin, t\u00e9moignage. <em>Antim\u00e9moires\u00a0: Le Miroir des limbes<\/em>, volume\u00a0I (1976), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage de Jean Moulin, son engagement absolu et son aventure extr\u00eame ne pouvaient que fasciner Malraux \u2013 qui pr\u00e9sidera \u00e0 sa panth\u00e9onisation dans un discours inoubliable.<\/p>\n<p>Parachut\u00e9 en France au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1942, Jean Moulin va unifier les r\u00e9seaux de la zone sud et obtient le ralliement des communistes, particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux par leur discipline et leur exp\u00e9rience de la clandestinit\u00e9. Il cr\u00e9e \u00e0 Paris, le 27\u00a0mai 1943, le Conseil national de la R\u00e9sistance (<span class=\"caps\">CNR<\/span>), mais il est livr\u00e9 aux Allemands le 21\u00a0juin \u00e0 Caluire (Rh\u00f4ne), emprisonn\u00e9 au fort de Montluc (\u00e0 Lyon) et meurt quelques jours apr\u00e8s des suites de tortures, dans le train qui l\u2019emm\u00e8ne en Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un seul combat, pour une seule patrie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2808\" class=\"cit-num\">2808<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>L\u2019Unit\u00e9, 1942-1944<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un seul chef aussi\u00a0: le 3\u00a0juin 1944, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle devient pr\u00e9sident du Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise (<span class=\"caps\">GPRF<\/span>). C\u2019est le terme d\u2019une longue bataille de quatre ans pour l\u2019unit\u00e9 du pouvoir, et bient\u00f4t la f\u00e9d\u00e9ration des diverses r\u00e9sistances (dont les <span class=\"caps\">FTP<\/span>) en Forces fran\u00e7aises de l\u2019Int\u00e9rieur (<span class=\"caps\">FFI<\/span>), la cr\u00e9ation hors m\u00e9tropole d\u2019une arm\u00e9e (qui atteindra 500\u00a0000 hommes) pour aider les Alli\u00e9s \u00e0 nous aider \u00e0 nous lib\u00e9rer \u2013 arm\u00e9e d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, au d\u00e9barquement en Afrique du Nord, en Tunisie, \u00e0 la lib\u00e9ration de la Corse (septembre\u00a01943).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On meurt pour une cath\u00e9drale. Non pour des pierres. On meurt pour un peuple. Non pour une foule. On meurt par amour de l\u2019Homme, s\u2019il est cl\u00e9 de vo\u00fbte d\u2019une communaut\u00e9. On meurt pour cela seul dont on peut vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2809\" class=\"cit-num\">2809<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">EXUP\u00c9RY<\/span> (1900-1944), <em>Terre des hommes<\/em> (1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De retour des \u00c9tats-Unis o\u00f9 il s\u2019est exil\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9faite, po\u00e8te et aviateur, il recommence le combat en 1943 et dispara\u00eet au cours d\u2019une mission de reconnaissance a\u00e9rienne o\u00f9 il est volontaire (\u00e0 44\u00a0ans), le 31\u00a0juillet 1944 \u2013 le jour m\u00eame o\u00f9 le front allemand est perc\u00e9 \u00e0 Avranches.<br>Le mur de l\u2019Atlantique, syst\u00e8me de d\u00e9fense cr\u00e9\u00e9 par Hitler (mer et plages min\u00e9es, murailles de b\u00e9ton antichars, blockhaus, barbel\u00e9s), ne r\u00e9siste plus que par \u00ab\u00a0poches\u00a0\u00bb (certaines villes tiendront jusqu\u2019en 1945). Les Alli\u00e9s progressent vers la Seine, lentement, s\u00fbrement, aid\u00e9s par l\u2019action h\u00e9ro\u00efque des r\u00e9sistants du maquis.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais mal ce qu\u2019est la libert\u00e9, mais je sais bien ce qu\u2019est la lib\u00e9ration.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2810\" class=\"cit-num\">2810<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>Antim\u00e9moires<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une phrase simple et vraie, dans une \u0153uvre complexe et parfois fantasm\u00e9e.<\/p>\n<p>La lib\u00e9ration de la France (m\u00e9tropolitaine) a commenc\u00e9 par la Normandie. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est arriv\u00e9 le 14\u00a0juin \u00e0 Bayeux, premi\u00e8re ville lib\u00e9r\u00e9e par les Alli\u00e9s (le 8), pour affirmer sa qualit\u00e9 de chef du gouvernement.<\/p>\n<p>Le mur de l\u2019Atlantique \u00e9tant perc\u00e9, les forces alli\u00e9es progressent vers la Seine. La division Leclerc d\u00e9barque le 1er\u00a0ao\u00fbt. La lib\u00e9ration de Paris appara\u00eet comme l\u2019urgence num\u00e9ro un aux yeux des Fran\u00e7ais. Paris occup\u00e9 s\u2019impatiente.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas \u00e0 proclamer la R\u00e9publique. Elle n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019exister.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2814\" class=\"cit-num\">2814<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), \u00e0 Georges Bidault, H\u00f4tel de Ville de Paris, 26\u00a0ao\u00fbt 1944. <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>L\u2019Unit\u00e9, 1942-1944<\/em> (1956), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle m\u00e9morialiste continue de nous conter l\u2019histoire contemporaine dont il fut, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, l\u2019acteur principal et finalement heureux.<\/p>\n<p>Georges Bidault est pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">CNR<\/span> (Conseil national de la R\u00e9sistance) depuis la mort de Jean Moulin, et de Gaulle est venu \u00e0 Paris pour y installer le <span class=\"caps\">GPRF<\/span> (Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise).<\/p>\n<p>La foule en d\u00e9lire l\u2019a acclam\u00e9, la veille\u00a0: \u00ab\u00a0Devant moi, les Champs-\u00c9lys\u00e9es. Ah\u00a0! c\u2019est la mer\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00e9crira-t-il dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, \u00e9voquant le plus beau jour de sa vie. Il a dit son \u00e9motion, devant Paris\u00a0: \u00ab\u00a0Paris outrag\u00e9\u00a0! Paris bris\u00e9\u00a0! Paris martyris\u00e9\u00a0! mais Paris lib\u00e9r\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cependant le droit ne perd jamais ses droits, dans l\u2019esprit du g\u00e9n\u00e9ral. Il refuse donc de \u00ab\u00a0proclamer la R\u00e9publique\u00a0\u00bb\u00a0: elle ne vient pas de ressusciter, il en a assur\u00e9 la survie hors m\u00e9tropole, la continuit\u00e9 \u00e0 Londres, puis \u00e0 Alger. Une ordonnance du 9\u00a0ao\u00fbt vient d\u2019affirmer cette permanence de la R\u00e9publique, frappant de nullit\u00e9 tous les actes du gouvernement de Vichy. Mais il y a un ab\u00eeme entre le droit et les faits. D\u2019o\u00f9 les probl\u00e8mes du <span class=\"caps\">GPRF<\/span> et de son chef, dans les mois \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les probl\u00e8mes innombrables et d\u2019une urgence extr\u00eame que comporte la conduite du pays \u00e9mergeant du fond de l\u2019ab\u00eeme se posent au pouvoir, \u00e0 la fois de la mani\u00e8re la plus pressante, et cela dans le temps m\u00eame o\u00f9 il est aussi malais\u00e9 que possible de les r\u00e9soudre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2815\" class=\"cit-num\">2815<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lendemain de la lib\u00e9ration de Paris, il y a trois s\u00e9ries d\u2019urgences pour le gouvernement\u00a0: remise en place de l\u2019\u00c9tat, reconstruction de la France et fin de la guerre. Cependant qu\u2019\u00e0 certains, tout semble possible. <em>Combat<\/em>, le journal d\u2019Albert Camus, cr\u00e9\u00e9 et diffus\u00e9 clandestinement, prend pour devise \u00e0 la lib\u00e9ration\u00a0: \u00ab\u00a0De la R\u00e9sistance \u00e0 la R\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2821\" class=\"cit-num\">2821<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), refusant la gr\u00e2ce de Robert Brasillach. <em>M\u00e9moires de Guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur 2\u00a0071 recours pr\u00e9sent\u00e9s, de Gaulle en acceptera 1\u00a0303. Condamn\u00e9 \u00e0 mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusill\u00e9 le 6\u00a0f\u00e9vrier 1945. Ses convictions hitl\u00e9riennes ne font aucun doute et son journal (<em>Je suis partout<\/em>) en t\u00e9moigne abondamment. Le proc\u00e8s est b\u00e2cl\u00e9, de nombreux confr\u00e8res tentent de le sauver. Mais le <span class=\"caps\">PC<\/span> voulait la t\u00eate de l\u2019homme responsable de la mort de nombreux camarades et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, r\u00e9sistant ex\u00e9cut\u00e9 par la Milice, apr\u00e8s les appels au meurtre sign\u00e9s, entre autres, par Brasillach.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire est \u00e9crite par les vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2826\" class=\"cit-num\">2826<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Les Fr\u00e8res ennemis<\/em> (dialogue \u00e9crit \u00e0 Fresnes fin 1944, posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 Par les vivants plus que par les vainqueurs et Brasillach ne sera pas fusill\u00e9 pour cause de d\u00e9faite, mais de trahison.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la Seconde Guerre mondiale, cette page d\u2019histoire de France encore si sensible et m\u00eame br\u00fblante, fut d\u2019ailleurs r\u00e9\u00e9crite tant de fois que les vaincus ont eu, l\u00e9gitimement, le droit de t\u00e9moigner aux c\u00f4t\u00e9s des vainqueurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La diff\u00e9rence entre le massacre des Innocents et nos r\u00e8glements de compte est une diff\u00e9rence d\u2019\u00e9chelle [\u2026] De 1922 \u00e0 1947, soixante-dix millions d\u2019Europ\u00e9ens, hommes, femmes et enfants, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9racin\u00e9s, d\u00e9port\u00e9s et tu\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2827\" class=\"cit-num\">2827<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0: Chroniques 1948-1953<\/em> (1953)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, Camus sera r\u00e9dacteur en chef de <em>Combat<\/em> de 1944 \u00e0 1946. S\u2019opposant \u00e0 la fois au communisme et \u00e0 l\u2019existentialisme de Sartre, il manifeste sa soif de justice et son humanisme, dans <em>Actuelles<\/em> (trois recueils d\u2019articles de 1939 \u00e0 1958), obtenant le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1957 pour avoir \u00ab\u00a0mis en lumi\u00e8re les probl\u00e8mes se posant de nos jours \u00e0 la conscience des hommes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le quart de\u00a0si\u00e8cle \u00e9voqu\u00e9 va de la naissance du fascisme en Italie, puis en Allemagne, \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre o\u00f9 l\u2019Europe centrale et orientale subit des changements de fronti\u00e8res, causes de transferts de population, et l\u2019instauration de r\u00e9gimes communistes, avec leur cort\u00e8ge de pers\u00e9cutions. Sans remonter au massacre des Innocents ordonn\u00e9 par H\u00e9rode, rappelons qu\u2019au Moyen \u00c2ge, au d\u00e9but de la guerre de Cent Ans, la bataille de Cr\u00e9cy rest\u00e9e dans les m\u00e9moires comme un massacre historique a fait 3\u00a0000 morts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vieille France, accabl\u00e9e d\u2019Histoire, meurtrie de guerres et de r\u00e9volutions, allant et venant sans rel\u00e2che, mais redress\u00e9e, de\u00a0si\u00e8cle en\u00a0si\u00e8cle, par le g\u00e9nie du renouveau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2830\" class=\"cit-num\">2830<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion du vainqueur, grand premier r\u00f4le et grand t\u00e9moin de cette p\u00e9riode qui \u00e9voque et invoque la France, \u00ab\u00a0Vieille Terre, rong\u00e9e par les \u00e2ges, rabot\u00e9e de pluies et de temp\u00eates, \u00e9puis\u00e9e de v\u00e9g\u00e9tation, mais pr\u00eate, ind\u00e9finiment, \u00e0 produire ce qu\u2019il faut pour que se succ\u00e8dent les vivants\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut refaire des hommes libres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2831\" class=\"cit-num\">2831<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BERNANOS<\/span> (1888-1948), <em>La Libert\u00e9 pour quoi faire\u00a0?<\/em> (1946)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son credo au lendemain de la Lib\u00e9ration. Visionnaire et proph\u00e8te, plus soucieux des grandes options qui commandent l\u2019Histoire que des d\u00e9tails institutionnels, ce catholique engag\u00e9 refuse tous les postes et les honneurs pour rester libre\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019entends nullement opposer le capitalisme au marxisme [\u2026] deux sympt\u00f4mes d\u2019une m\u00eame civilisation de la mati\u00e8re [\u2026] Le lib\u00e9ralisme capitaliste, comme le collectivisme marxiste, fait de l\u2019homme une esp\u00e8ce d\u2019animal industriel soumis au d\u00e9terminisme des lois \u00e9conomiques.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Catholicisme ou communisme exige, ou du moins pr\u00e9conise, une soumission de l\u2019esprit [\u2026] Le monde ne sera sauv\u00e9, s\u2019il peut l\u2019\u00eatre, que par des insoumis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2835\" class=\"cit-num\">2835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1869-1951), <em>Journal<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1946<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les honneurs pleuvent sur le Gide d\u2019apr\u00e8s-guerre, prix Nobel de litt\u00e9rature en 1947 pour son \u00ab\u00a0intr\u00e9pide amour de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Il a rompu avec le communisme en 1937 et v\u00e9cu la guerre comme une apocalypse. Il ne songe plus qu\u2019\u00e0 sauver la culture de toute menace de totalitarisme et contrairement \u00e0 Sartre, il ne croit pas que la litt\u00e9rature doive \u00eatre politiquement engag\u00e9e. Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle, son v\u0153u ssemble exauc\u00e9, peut-\u00eatre au-del\u00e0 de ses d\u00e9sirs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre froide est une guerre limit\u00e9e, limitation qui porte non sur les enjeux, mais sur les moyens employ\u00e9s par les bellig\u00e9rants [\u2026] La guerre froide appara\u00eet, dans la perspective militaire, comme une course aux bases, aux alli\u00e9s, aux mati\u00e8res premi\u00e8res et au prestige.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2836\" class=\"cit-num\">2836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">ARON<\/span> (1905-1983), <em>Guerres en cha\u00eene<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fondateur avec Sartre des<em> Temps Modernes<\/em>, revue litt\u00e9raire, politique et philosophique, \u00e9dit\u00e9e par Gallimard, il s\u2019en s\u00e9pare bient\u00f4t pour devenir \u00e9ditorialiste au <em>Figaro<\/em> (1947-1977).<\/p>\n<p>Toute la Quatri\u00e8me R\u00e9publique est plac\u00e9e sous le signe de la \u00ab\u00a0guerre froide\u00a0\u00bb, quand le \u00ab\u00a0rideau de fer\u00a0\u00bb qui tombe divise l\u2019Europe en deux mondes antagonistes\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre a pris fin dans l\u2019indiff\u00e9rence et dans l\u2019angoisse [\u2026] la paix n\u2019a pas commenc\u00e9\u00a0\u00bb, dit Sartre en 1945. De Gaulle \u00e9voquera, en 1966, ce \u00ab\u00a0jeu constamment grave et gravement dangereux qu\u2019on appelait la guerre froide\u00a0\u00bb. On imagine mal, aujourd\u2019hui, la peur de cette menace atomique dans un monde bipolaire, divis\u00e9 entre l\u2019Ouest (les <span class=\"caps\">USA<\/span> et l\u2019Europe occidentale) et l\u2019Est (l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span> et le bloc communiste).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019opinion publique [\u2026] est souvent une force politique, et cette force n\u2019est pr\u00e9vue par aucune constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2839\" class=\"cit-num\">2839<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">SAUVY<\/span> (1898-1990), <em>L\u2019Opinion publique<\/em> (1956)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9e au\u00a0si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, scientifiquement mesur\u00e9e par les sondages depuis la veille de la Seconde Guerre mondiale, son influence se renforce encore \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la t\u00e9l\u00e9vision. Le Journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 est lanc\u00e9 par Pierre Sabbagh en avril\u00a01949, pour quelques centaines de privil\u00e9gi\u00e9s. Il y aura 60\u00a0000 r\u00e9cepteurs en 1954, 680\u00a0000 en 1958. Les hommes politiques vont devoir apprendre \u00e0 se servir de ce petit \u00e9cran qui fait loupe redoutable, le plus souvent en direct.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019avantage de l\u2019instabilit\u00e9 pour un gouvernement, c\u2019est qu\u2019elle ne lui laisse pas le temps de se d\u00e9savouer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2840\" class=\"cit-num\">2840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1894-1977), <em>Inqui\u00e9tudes d\u2019un biologiste<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais l\u2019inconv\u00e9nient est qu\u2019elle ne lui laisse pas le temps de construire. En fait d\u2019instabilit\u00e9, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique est bien la fille de la Troisi\u00e8me\u00a0: 21 gouvernements se succ\u00e9deront de 1947 \u00e0 1958.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand les hommes ne choisissent pas, les \u00e9v\u00e9nements choisissent pour eux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2845\" class=\"cit-num\">2845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">ARON<\/span> (1905-1983), <em>Immuable et changeante. De la <span class=\"caps\">IV<\/span>e \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Passivit\u00e9 des citoyens, isolement de la classe politique, tels sont les vices intimes du r\u00e9gime qui semble tourner en rond et s\u2019autod\u00e9truire \u2013 \u00ab\u00a0le cadavre bafouille\u00a0\u00bb. On a pu dire qu\u2019en se privant d\u2019un de Gaulle, d\u00e8s ses premiers mois, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique se condamnait \u00e0 terme plus ou moins rapide. Mais on ne r\u00e9\u00e9crit pas l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le monde ne vaut que par les extr\u00eames et ne dure que par les moyens\u00a0; il ne vaut que par les ultras et ne dure que par les mod\u00e9r\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2846\" class=\"cit-num\">2846<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">SIEGFRIED<\/span> (1875-1959), citant Paul Val\u00e9ry (1871-1945),<em> De la Quatri\u00e8me \u00e0 la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique au jour le jour<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la loi de la pratique parlementaire dans les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales, notamment sous la Troisi\u00e8me et la Quatri\u00e8me R\u00e9publiques\u00a0: les lib\u00e9raux de droite et du centre servent de forces d\u2019appoint, faisant pencher le fl\u00e9au tant\u00f4t \u00e0 gauche, tant\u00f4t \u00e0 droite, d\u2019o\u00f9 les majorit\u00e9s fragiles et fluctuantes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La modernisation n\u2019est pas un \u00e9tat de chose, c\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2848\" class=\"cit-num\">2848<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MONNET<\/span> (1888-1980), <em>Pr\u00e9sentation du premier Plan<\/em> (1947)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le p\u00e8re de la planification \u00e0 la fran\u00e7aise, une des r\u00e9ussites incontestables de cette R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Monnet sera aussi le farouche d\u00e9fenseur de l\u2019id\u00e9e d\u2019Europe unie, qui na\u00eet sous le signe de l\u2019\u00e9conomie dans les ann\u00e9es 1950, avec la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne du charbon et de l\u2019acier (<span class=\"caps\">CECA<\/span>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Despote conqu\u00e9rant, le progr\u00e8s technique ne souffre pas l\u2019arr\u00eat [\u2026] L\u2019humanit\u00e9 est condamn\u00e9e au progr\u00e8s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2850\" class=\"cit-num\">2850<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">SAUVY<\/span> (1898-1990), <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de la population<\/em> (1952-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Polytechnicien, il formule la th\u00e9orie \u00e9conomique du d\u00e9versement, selon laquelle les progr\u00e8s techniques qui am\u00e9liorent la productivit\u00e9 engendrent automatiquement un transfert (d\u00e9versement) des emplois d\u2019un secteur d\u2019activit\u00e9 vers un autre. Cette \u00e9volution sera remise en cause plus tard, avec la prise de conscience \u00e9cologique au niveau national et mondial.<\/p>\n<p>Sauvy est surtout un grand d\u00e9mographe, qui veut encourager la natalit\u00e9, contre la th\u00e9orie du malthusianisme. Directeur de l\u2019<span class=\"caps\">INED<\/span> (Institut national des \u00e9tudes d\u00e9mographiques) de sa cr\u00e9ation en 1945 jusqu\u2019en 1962, il en fait un \u00e9tablissement de recherche multidisciplinaire, dont les statistiques servent de rep\u00e8res \u00e0 la politique, \u00e0 la recherche, \u00e0 l\u2019opinion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sent enveloppe le pass\u00e9 et dans le pass\u00e9 toute l\u2019Histoire a \u00e9t\u00e9 faite par des m\u00e2les.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2854\" class=\"cit-num\">2854<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone de <span class=\"caps\">BEAUVOIR<\/span> (1908-1986), <em>Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Livre \u00e9v\u00e9nement dans l\u2019histoire du f\u00e9minisme, mouvement qui ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 au vote attribu\u00e9 aux femmes, apr\u00e8s la Lib\u00e9ration. Une femme est ministre (\u00e9ph\u00e9m\u00e8re) pour la premi\u00e8re fois en 1947\u00a0: Germaine Poinso-Chapuis (\u00e0 la Sant\u00e9 publique, dans le gouvernement Schuman). Mais c\u2019est la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique qui, dans les ann\u00e9es 1970, verra aboutir l\u2019essentiel des luttes au f\u00e9minin, d\u2019o\u00f9 une \u00e9galit\u00e9 de droit, sinon de fait.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chacun, quelle que f\u00fbt sa tendance, avait, au fond, le sentiment que le G\u00e9n\u00e9ral emportait avec lui quelque chose de primordial, de permanent, de n\u00e9cessaire, qu\u2019il incarnait de par l\u2019Histoire, et que le r\u00e9gime des partis ne pouvait pas repr\u00e9senter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2862\" class=\"cit-num\">2862<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>20\u00a0janvier 1946\u00a0: le pr\u00e9sident du Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique d\u00e9missionne brutalement, apr\u00e8s dix-huit mois au pouvoir. Le motif\u00a0: son d\u00e9saccord avec le Parti communiste sur l\u2019\u00e9laboration de la Constitution de cette Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Plus fondamentalement, il incrimine le syst\u00e8me des partis. Commentant son d\u00e9part, il fait appel \u00e0 la raison pour prendre un souverain recul face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le tumulte des hommes et des \u00e9v\u00e9nements, la solitude \u00e9tait ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter, quand on a rencontr\u00e9 l\u2019Histoire\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2863\" class=\"cit-num\">2863<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970),<em> M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0le sentiment qui parle\u00a0\u00bb ici. Il se retire de la sc\u00e8ne politique et sera (presque) absent de l\u2019histoire, pour une travers\u00e9e du d\u00e9sert de douze ans, dans une relative solitude. Ce 20\u00a0janvier 1946 n\u2019est qu\u2019un au revoir au pouvoir, et un faux d\u00e9part de la sc\u00e8ne politique\u00a0: de Gaulle va bient\u00f4t cr\u00e9er son propre parti et ne cessera d\u2019intervenir pour critiquer le r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le choix est simple\u00a0: modernisation ou d\u00e9cadence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2865\" class=\"cit-num\">2865<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MONNET<\/span> (1888-1980), <em>M\u00e9moires<\/em> (1976)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il reste l\u2019un des P\u00e8res de l\u2019Europe et le promoteur du premier plan fran\u00e7ais, dit de modernisation et d\u2019\u00e9quipement, lanc\u00e9 le 27\u00a0novembre 1946. Apr\u00e8s la guerre, les priorit\u00e9s \u00e9conomiques s\u2019imposent\u00a0: reconstruire le pays, moderniser l\u2019outil de production. Le plan est la solution rationnelle \u2013 de Gaulle, revenu au pouvoir, dira que \u00ab\u00a0les objectifs \u00e0 d\u00e9terminer par le Plan rev\u00eatent pour tous les Fran\u00e7ais un caract\u00e8re d\u2019ardente obligation\u00a0\u00bb. Mais la planification \u00e0 la fran\u00e7aise n\u2019est pas dirigiste, se voulant surtout incitative, apr\u00e8s concertation. Pr\u00e8s d\u2019un millier d\u2019acteurs \u00e9conomiques sont consult\u00e9s pendant un an (patrons, syndicalistes, fonctionnaires), de sorte que le plan est bien accept\u00e9, en 1947. Il b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement du plan Marshall, initiative am\u00e9ricaine, au niveau europ\u00e9en.<\/p>\n<p>En 2020, il semble qu\u2019une nouvelle planification soit un rem\u00e8de \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 moiti\u00e9 victimes, \u00e0 moiti\u00e9 complices, comme tout le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2876\" class=\"cit-num\">2876<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), cit\u00e9 en exergue par Simone de Beauvoir, <em>Le Deuxi\u00e8me Sexe<\/em> (1949)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Romanci\u00e8re existentialiste dont toutes les \u0153uvres se veulent \u00ab\u00a0signifiantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Notre-Dame de Sartre\u00a0\u00bb fait scandale avec ce livre. Elle d\u00e9montre que la femme est \u00e0 l\u2019homme ce que le N\u00e8gre est au Blanc, un Autre inf\u00e9rioris\u00e9, irresponsable. Mais les femmes, \u00e0 l\u2019inverse des autres exploit\u00e9s de la terre, colonis\u00e9s ou prol\u00e9taires, sont rest\u00e9es soumises, complices des structures qui les oppriment, tombant dans les pi\u00e8ges du mariage et de la maternit\u00e9.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration suivante remettra en question le mariage traditionnel, cependant que par la contraception et l\u2019<span class=\"caps\">IVG<\/span>, la femme aura le droit d\u2019avoir des enfants comme et quand elle le veut, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre froide avait trouv\u00e9 un point chaud, m\u00eame br\u00fblant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2877\" class=\"cit-num\">2877<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edgar <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1908-1988), parlant de la guerre de Cor\u00e9e, d\u00e9clar\u00e9e le 25\u00a0juin 1950. <em>M\u00e9moires<\/em> (1982), Edgar Faure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre froide est un \u00e9quilibre de la terreur qui va durer cinquante ans, entre les deux grandes puissances mondiales qui disposent de l\u2019arme atomique, les \u00c9tats-Unis et l\u2019<span class=\"caps\">URSS<\/span>. Churchill le premier d\u00e9nonce en 1946 le rideau de fer qui est tomb\u00e9 sur le continent europ\u00e9en. L\u2019opinion publique comprend l\u2019\u00e9vidence en 1948, lors du coup de Prague, quand les communistes prennent le pouvoir en Tch\u00e9coslovaquie. L\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019<span class=\"caps\">OTAN<\/span> cr\u00e9e une alliance militaire occidentale, et Staline riposte avec le Pacte de Varsovie.<\/p>\n<p>La guerre de Cor\u00e9e est la premi\u00e8re bataille de la guerre froide, bien vue par Edgar Faure (alors ministre des Finances).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On doit aborder de front l\u2019argument majeur de ceux qui ont pris leur parti de la torture\u00a0: celle-ci a peut-\u00eatre permis de retrouver trente bombes, au prix d\u2019un certain honneur, mais elle a suscit\u00e9 du m\u00eame coup cinquante terroristes nouveaux qui, op\u00e9rant autrement et ailleurs, feront mourir plus d\u2019innocents encore.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2908\" class=\"cit-num\">2908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960),<em> Actuelles <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Chroniques 1939-1958,<\/em> sous titr\u00e9es <em>Chroniques alg\u00e9riennes<\/em> (1958)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre\u00a01955 et\u00a01958, comme tant d\u2019intellectuels et d\u2019autant plus concern\u00e9 qu\u2019il est n\u00e9 dans le d\u00e9partement (fran\u00e7ais) de Constantine, Camus s\u2019interroge sur l\u2019insupportable et insoluble probl\u00e8me de la torture et du terrorisme en Alg\u00e9rie\u00a0: \u00ab\u00a0Nous devons condamner avec la m\u00eame force et sans pr\u00e9cautions de langage le terrorisme appliqu\u00e9 par le <span class=\"caps\">FLN<\/span> aux civils fran\u00e7ais comme d\u2019ailleurs, et dans une proportion plus grande, aux civils arabes. Ce terrorisme est un crime, qu\u2019on ne peut ni excuser ni laisser se d\u00e9velopper.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019osent \u00e9crire qu\u2019une police qui torture, si bl\u00e2mable qu\u2019elle soit, c\u2019est une police qui fait son m\u00e9tier, une police sur laquelle on peut compter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2909\" class=\"cit-num\">2909<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>Bloc-notes<\/em>, I, 1952-1957<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1952, Mauriac, \u00e9crivain catholique, re\u00e7oit le prix Nobel de litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0la profonde impr\u00e9gnation spirituelle et l\u2019intensit\u00e9 artistique avec laquelle ses romans ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le drame de la vie humaine\u00a0\u00bb. Il n\u2019a pas pris position dans la guerre d\u2019Indochine, mais il s\u2019engage d\u00e9sormais en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, puis de l\u2019Alg\u00e9rie, et condamne l\u2019usage de la torture par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Dans une m\u00e9ditation douloureuse et br\u00fblante intitul\u00e9e<em> Imitation des bourreaux de J\u00e9sus-Christ<\/em>, il d\u00e9nonce l\u2019\u00c9tat tortionnaire et pas seulement l\u2019\u00c9tat policier. Il s\u2019investit de plus en plus dans le drame alg\u00e9rien, qu\u2019il commentera jusqu\u2019en 1958. Il est alors convaincu que seul de Gaulle peut d\u00e9nouer la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Occident qui, en dix ans, a donn\u00e9 l\u2019autonomie \u00e0 une dizaine de colonies, m\u00e9rite \u00e0 cet \u00e9gard plus de respect et, surtout, de patience que la Russie qui, dans le m\u00eame temps, a colonis\u00e9 ou plac\u00e9 sous un protectorat implacable une douzaine de pays de grande et ancienne civilisation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2911\" class=\"cit-num\">2911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960), <em>Actuelles <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: Chroniques 1939-1958<\/em>, sous titr\u00e9es <em>Chroniques alg\u00e9riennes<\/em> (1958), Avant-propos<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019expos\u00e9 des motifs de la loi-cadre du 23\u00a0juin 1956 sur les territoires d\u2019outre-mer (loi Defferre) annonce clairement la couleur\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut pas se laisser devancer et dominer par les \u00e9v\u00e9nements pour ensuite c\u00e9der aux revendications lorsqu\u2019elles s\u2019expriment sous une forme violente. Il importe de prendre en temps utile les dispositions qui permettent d\u2019\u00e9viter des conflits graves.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette loi facilitera une \u00e9volution rapide et paisible, passant par la Communaut\u00e9 de 1958, pour aboutir en 1960 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9colonisation amorc\u00e9e doit \u00eatre port\u00e9e \u00e0 l\u2019actif de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre syst\u00e8me, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est b\u00e2tard, est peut-\u00eatre plus souple qu\u2019un syst\u00e8me logique. Les \u00ab\u00a0corniauds\u00a0\u00bb sont souvent plus intelligents que les chiens de race.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2935\" class=\"cit-num\">2935<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), <em>Le N\u0153ud gordien<\/em> (1974)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage de pr\u00e9sident, auparavant Premier ministre de De Gaulle durant six ans, et parole proph\u00e9tique de la cohabitation, \u00e0 commencer par celle des ann\u00e9es 1986-1988\u00a0: il faudra en effet une souplesse certaine pour que coexistent plus ou moins pacifiquement un pr\u00e9sident de gauche (Mitterrand) et un gouvernement issu d\u2019une Assembl\u00e9e de droite. Et vice versa. Au total (jusqu\u2019en 2013), il y aura trois cohabitations\u00a0: 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout de m\u00eame qu\u2019\u00e0 bord du navire l\u2019antique exp\u00e9rience des marins veut qu\u2019un second ait son r\u00f4le \u00e0 lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du commandant, ainsi dans notre nouvelle R\u00e9publique, l\u2019ex\u00e9cutif comporte-t-il apr\u00e8s le pr\u00e9sident vou\u00e9 \u00e0 ce qui est essentiel et permanent un Premier ministre aux prises avec les contingences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2936\" class=\"cit-num\">2936<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>, tome I,<em> Le renouveau, 1958-1962<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Division du travail et probl\u00e8me fondamental du fonctionnement de nos institutions\u00a0: existence d\u2019un \u00ab\u00a0domaine r\u00e9serv\u00e9\u00a0\u00bb au chef de l\u2019\u00c9tat, cependant que le \u00ab\u00a0second\u00a0\u00bb, qui n\u2019est plus pr\u00e9sident du Conseil, mais seulement le Premier des ministres de son gouvernement, g\u00e8re le quotidien, r\u00f4le moins prestigieux et plus ingrat. On parlera de l\u2019enfer de Matignon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi cette Europe, qui a conquis les cinq parties du monde, a-t-elle honte de les avoir colonis\u00e9es\u00a0? Nous nous reprochons d\u2019avoir b\u00e2ti Casablanca, alors que les Romains \u00e9taient tout fiers d\u2019avoir d\u00e9truit Carthage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2940\" class=\"cit-num\">2940<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel <span class=\"caps\">BERL<\/span> (1892-1976),<em> Le Virage<\/em> (1972)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La colonisation semble devenue un sujet tabou, le \u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb de la repentance entra\u00eenant bien des contre-v\u00e9rit\u00e9s qui sont surtout des anachronismes. Cela dit, le colonialisme appartient naturellement au pass\u00e9. On imagine mal un parti colonialiste ou m\u00eame une id\u00e9ologie coloniale, dans nos d\u00e9mocraties.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois peut-\u00eatre dans l\u2019histoire, les nations riches ont le plus strict int\u00e9r\u00eat \u00e0 se montrer beaucoup plus g\u00e9n\u00e9reuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2941\" class=\"cit-num\">2941<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">DUMONT<\/span> (1904-2001), <em>L\u2019Afrique noire est mal partie<\/em> (1962)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier candidat \u00e9cologiste aux pr\u00e9sidentielles, c\u2019est d\u2019abord un agronome qui lutte pour le d\u00e9veloppement rural des pays pauvres (dits alors \u00ab\u00a0sous-d\u00e9velopp\u00e9s\u00a0\u00bb et bient\u00f4t \u00ab\u00a0\u00e9mergents\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>L\u2019injuste r\u00e9partition des richesses \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale existe depuis toujours, m\u00eame si les nantis n\u2019en ont pris conscience que tard. L\u2019aide au tiers-monde (terme n\u00e9 sous la <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0R\u00e9publique) s\u2019impose par souci de justice \u00e9l\u00e9mentaire, mais les pays en voie de d\u00e9veloppement sont aussi des march\u00e9s potentiels et des zones d\u2019influence politique.<\/p>\n<p>Le combat contre la mis\u00e8re, la faim, l\u2019analphab\u00e9tisme est \u00e9ternel et certains pays d\u2019Afrique r\u00e9gressent alors que d\u2019autres, notamment en Asie et en Am\u00e9rique latine, sont en pleine croissance au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne change pas la soci\u00e9t\u00e9 par d\u00e9cret.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2943\" class=\"cit-num\">2943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">CROZIER<\/span> (1922-2013), titre de son livre (1982)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9e-force de ce sociologue qui pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me profond de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, ce n\u2019est pas l\u2019emploi, ce n\u2019est pas la paix sociale, c\u2019est l\u2019abandon de l\u2019esprit rentier. Si nous voulons survivre, il faut jouer l\u2019avenir, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019esprit d\u2019entreprise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Michel Rocard \u00e9crit\u00a0en 1979\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9conomie ne se change pas par d\u00e9cret\u00a0\u00bb (<em>Rendre ses chances \u00e0 la gauche<\/em>). Une \u00e9vidence qu\u2019il ne faut pas se lasser de r\u00e9p\u00e9ter. Cela dit, la r\u00e9partition des fruits de la croissance \u00e9conomique peut \u00eatre chang\u00e9e par des lois qui varient, suivant les gouvernements de gauche ou de droite\u00a0: redistribution fiscale, niveau de la protection sociale et autres arbitrages politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le franc s\u2019enfi\u00e8vre, c\u2019est la France qui est malade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2944\" class=\"cit-num\">2944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>L\u2019Abeille et l\u2019Architecte<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019inflation, mal typiquement national, contribua \u00e0 faire de la France \u00ab\u00a0l\u2019homme malade de l\u2019Europe\u00a0\u00bb sous la Quatri\u00e8me\u00a0R\u00e9publique. Quand le ph\u00e9nom\u00e8ne devient mondial, il touche davantage certains pays, dont le n\u00f4tre. L\u2019inflation \u00ab\u00a0\u00e0 deux chiffres\u00a0\u00bb a commenc\u00e9 avec le premier choc p\u00e9trolier en 1974\u00a0: 15,2\u00a0%. Elle a vari\u00e9 entre 9\u00a0% et 14\u00a0% jusqu\u2019en 1983. L\u2019inflation rend la France d\u2019autant plus malade dans les ann\u00e9es 1970 qu\u2019elle n\u2019est plus associ\u00e9e \u00e0 la croissance\u00a0: de 1974 \u00e0 1982 s\u00e9vit la \u00ab\u00a0stagflation\u00a0\u00bb (stagnation +\u00a0inflation) qui accro\u00eet le ch\u00f4mage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ouverte sur le monde, l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise est d\u2019une telle sensibilit\u00e9 que l\u2019expression \u00ab\u00a0ind\u00e9pendance nationale\u00a0\u00bb est anachronique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2946\" class=\"cit-num\">2946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">SAUVY<\/span> (1898-1990), <em>La Vie en plus<\/em> (1981)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait nouveau, d\u00fb notamment au March\u00e9 commun, future Union europ\u00e9enne qui s\u2019installe par \u00e9tapes, depuis 1959. Les cons\u00e9quences en sont multiples. Diriger ou seulement orienter l\u2019\u00e9conomie est de moins en moins simple pour l\u2019\u00c9tat\u00a0: la planification perd une partie de son sens, la part de libert\u00e9 d\u2019un gouvernement, de gauche ou de droite, tend \u00e0 se restreindre et l\u2019opinion de plus en plus \u00e9clair\u00e9e, ouverte \u00e0 ces probl\u00e8mes \u00e9conomiques, l\u2019a compris. \u00ab\u00a0L\u2019ouverture des fronti\u00e8res a pr\u00e9cipit\u00e9 l\u2019industrie fran\u00e7aise dans une guerre \u00e9conomique mondiale de mouvement\u00a0\u00bb, \u00e9crit un expert de l\u2019<span class=\"caps\">INSEE<\/span>.<\/p>\n<p>La mondialisation des \u00e9changes est l\u2019un des d\u00e9fis du <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, mais aussi un enjeu capital et pas seulement en termes d\u2019\u00e9conomie. On parle de d\u00e9mondialisation, autrement dit de relocalisation de l\u2019\u00e9conomie, pour freiner le libre-\u00e9change capitaliste et rem\u00e9dier \u00e0 une interd\u00e9pendance excessive vis-\u00e0-vis de pays trop lointains et pas toujours \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comme la soci\u00e9t\u00e9 du Moyen \u00c2ge s\u2019\u00e9quilibrait sur Dieu <span class=\"caps\">ET<\/span> sur le diable, ainsi la n\u00f4tre s\u2019\u00e9quilibre sur la consommation <span class=\"caps\">ET<\/span> sur sa d\u00e9nonciation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2947\" class=\"cit-num\">2947<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">BAUDRILLARD<\/span> (1929-2007), <em>Le Syst\u00e8me des objets<\/em> (1972)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la Quatri\u00e8me\u00a0R\u00e9publique \u2013 celle du d\u00e9marrage industriel\u00a0\u2013, la Cinqui\u00e8me\u00a0est celle de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0\u00bb. Le niveau de vie est en progr\u00e8s, mais il s\u2019accompagne de retomb\u00e9es f\u00e2cheuses. Progr\u00e8s ou ali\u00e9nation\u00a0? Progr\u00e8s et ali\u00e9nation. \u00ab\u00a0Ne sommes-nous pas la proie d\u2019un encombrement mortel\u00a0? Nous avons besoin d\u2019un nombre croissant d\u2019objets pour faire figure d\u2019homme\u00a0\u00bb (Michel Deguy). Phrase toujours actuelle, avec le nouveau souci de l\u2019\u00e9cologie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Selon notre mani\u00e8re de compter, nous nous enrichirions en faisant des Tuileries un parking payant et de Notre-Dame un immeuble de bureaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2948\" class=\"cit-num\">2948<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand de <span class=\"caps\">JOUVENEL<\/span> (1903-1987), <em>Arcadie\u00a0: Essais sur le mieux-vivre<\/em> (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019urbanisme des \u00ab\u00a0ann\u00e9es b\u00e9ton\u00a0\u00bb, qui a certes donn\u00e9 plus de confort aux classes jusqu\u2019alors d\u00e9favoris\u00e9es, a commis des crimes de l\u00e8se-civilisation, au centre ou aux abords des villes. Barres de b\u00e9ton, tours, cit\u00e9s radieuses devenues des villes dortoirs et des banlieues repoussoirs, tout cela dessine un paysage remis en question.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme est devenu trop puissant pour se permettre de jouer avec le mal. L\u2019exc\u00e8s de sa force le condamne \u00e0 la vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2964\" class=\"cit-num\">2964<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1894-1977),<em> Inqui\u00e9tudes d\u2019un biologiste<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De la bombe atomique aux manipulations g\u00e9n\u00e9tiques, la liste des inventions est toujours \u00e0 suivre\u2026 Certains des probl\u00e8mes rel\u00e8vent du Comit\u00e9 consultatif national d\u2019\u00e9thique pour les sciences de la vie et de la sant\u00e9, cr\u00e9\u00e9 le 23\u00a0f\u00e9vrier 1983 et pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l\u2019origine par le professeur Jean Bernard. Tous les autres deviennent sujets de r\u00e9flexion pour les philosophes et sociologues des temps nouveaux, en qu\u00eate d\u2019un autre \u00ab\u00a0si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La barbarie de demain a pour elle toute la ressource de l\u2019avenir et du progr\u00e8s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2965\" class=\"cit-num\">2965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bernard-Henri <span class=\"caps\">L\u00c9VY<\/span> (n\u00e9 en 1948), <em>La Barbarie \u00e0 visage humain<\/em> (1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un des \u00ab\u00a0nouveaux philosophes\u00a0\u00bb, rescap\u00e9s de Mai\u00a068 et qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0postmarxistes\u00a0\u00bb, exprime une vieille angoisse toujours neuve face \u00e0 l\u2019hydre sans cesse renaissante de tous les fascismes, qu\u2019ils soient de gauche ou de droite.<\/p>\n<p>L\u2019islamisme (fondamentaliste) s\u2019ajoute \u00e0 la liste des dangers pour les d\u00e9mocraties occidentales, avec le terrorisme international, autre forme de guerre qui frappe le monde par un attentat aussi spectaculaire que meurtrier \u00e0 New York\u00a0: \u00ab\u00a0Comme 1914 a marqu\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans le <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le 11\u00a0septembre 2001 marque l\u2019entr\u00e9e dans le <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb (Jean-Fran\u00e7ois Deniau, ex-ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et ambassadeur,<em> Les \u00c9chos<\/em>, 22\u00a0octobre 2001).<\/p>\n<p>Autre menace, le populisme remet en question la d\u00e9mocratie \u2013 \u00e9tymologiquement, gouvernement ou pouvoir du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La seule solution d\u2019une certaine grandeur fran\u00e7aise, c\u2019est de faire l\u2019Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2966\" class=\"cit-num\">2966<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fernand <span class=\"caps\">BRAUDEL<\/span> (1902-1985), <em>Le Temps du monde<\/em> (1979)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur traduit dans le monde entier, Braudel promeut une nouvelle histoire \u00e9conomique et sociale qui ressortit de la g\u00e9ographie, la philosophie, et s\u2019int\u00e9resse au temps long, oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle.<\/p>\n<p>La construction de l\u2019Europe s\u2019inscrit dans cette th\u00e9matique. N\u00e9e du trait\u00e9 de Rome (1957), c\u2019est d\u2019abord une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, le March\u00e9 commun (ou Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne) qui r\u00e9unit six pays en 1959 \u2013 France et Allemagne en t\u00eate. Elle devient Union europ\u00e9enne avec le trait\u00e9 de Maastricht (1992), nouvelle \u00e9tape sur la voie de l\u2019union \u00e9conomique et mon\u00e9taire, et de l\u2019int\u00e9gration politique, concernant 27 pays en 2012.<\/p>\n<p>Faire ou ne pas faire l\u2019Europe, la question est \u00e0 peu pr\u00e8s r\u00e9solue. Reste \u00e0 savoir de quelle Europe l\u2019on parle, plus ou moins f\u00e9d\u00e9rale, lib\u00e9rale, unifi\u00e9e, \u00e9largie dans ses comp\u00e9tences et son espace.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/malraux_0.jpg\" width=\"400\" height=\"483\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle sera spirituel ou ne sera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2970\" class=\"cit-num\">2970<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976),<em> La L\u00e9gende du si\u00e8cle<\/em> (1972)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proph\u00e9tie de cet homme n\u00e9 avec le si\u00e8cle dernier (1901), qu\u2019il parcourut \u00e0 la fois en acteur et t\u00e9moin de l\u2019Histoire, tour \u00e0 tour romancier, combattant et r\u00e9sistant, compagnon de route et ministre du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<p>Malraux tenait au mot \u00ab\u00a0spirituel\u00a0\u00bb \u2013 et non pas \u00ab\u00a0religieux\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0mystique\u00a0\u00bb, deux qualificatifs trahissant sa pens\u00e9e. Tadao Takemoto fait pr\u00e9cis\u00e9ment allusion \u00e0 cette id\u00e9e, dans son essai\u00a0: <em>Andr\u00e9 Malraux et la Cascade de Nashi<\/em> (1989). Si cette phrase ne figure dans aucune de ses \u0153uvres publi\u00e9es, il l\u2019a vraisemblablement prononc\u00e9e, dans la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>La L\u00e9gende du si\u00e8cle<\/em> (Claude Santelli et Fran\u00e7oise Verny).<\/p>\n<p>Reste \u00e0 savoir de quelle spiritualit\u00e9 il s\u2019agira. Entre le retour du religieux, la vogue des sectes, l\u2019attrait pour la philosophie, la qu\u00eate de sens et d\u2019\u00e9ternit\u00e9, l\u2019aspiration \u00e0 un ailleurs ou autrement, toutes les voies, individuelles ou collectives, sont possibles comme antidote au mat\u00e9rialisme sous toutes ses formes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle se tient sous le regard du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui l\u2019observe, qui le juge, qui l\u2019admire d\u2019\u00eatre si diff\u00e9rent de tous les autres hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2976\" class=\"cit-num\">2976<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>De Gaulle<\/em> (1964)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier t\u00e9moin de son temps est redevenu fervent gaulliste depuis 1958, sans \u00eatre jamais du style \u00ab\u00a0godillot\u00a0\u00bb, ni dans le fond, ni dans la forme\u00a0: \u00ab\u00a0Que de Gaulle se voie lui-m\u00eame comme un personnage de Shakespeare et comme le h\u00e9ros d\u2019une grande histoire, cela se manifeste clairement chaque fois (et c\u2019est souvent) qu\u2019il parle de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne.\u00a0\u00bb On doit \u00e0 Mauriac l\u2019une des plus originales et justes d\u00e9finitions du personnage\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit \u00ab\u00a0Moi, la France\u00a0\u00bb et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je quitte, par intervalles, le cort\u00e8ge officiel afin d\u2019aborder la foule et de m\u2019enfoncer dans ses rangs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2977\" class=\"cit-num\">2977<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>,<em> Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce sont les \u00ab\u00a0bains de foule\u00a0\u00bb popularis\u00e9s par le petit \u00e9cran o\u00f9 l\u2019on voit \u00e9merger le pr\u00e9sident, dominant d\u2019une bonne t\u00eate les vagues se pressant autour de lui. Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, il parle ainsi de ses relations de toujours avec le peuple fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Serrant les mains, \u00e9coutant les cris, je t\u00e2che que ce contact soit un \u00e9change de pens\u00e9es. Me voil\u00e0, tel que Dieu m\u2019a fait\u00a0! voudrais-je faire entendre \u00e0 ceux qui m\u2019entourent. Comme vous voyez, je suis votre fr\u00e8re, chez lui au milieu des siens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le caract\u00e8re, c\u2019est d\u2019abord de n\u00e9gliger d\u2019\u00eatre outrag\u00e9 ou abandonn\u00e9 par les siens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2979\" class=\"cit-num\">2979<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Les Ch\u00eanes qu\u2019on abat<\/em> (1979), Andr\u00e9 Malraux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sident ressentira dramatiquement l\u2019\u00e9chec de son r\u00e9f\u00e9rendum en 1969. Il d\u00e9missionne et s\u2019en retourne dans sa retraite de Colombey-les-Deux-\u00c9glises, pour \u00e9crire des m\u00e9moires qui resteront inachev\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2980\" class=\"cit-num\">2980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), citant volontiers ce mot de Staline dans ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malraux reprend cette phrase dans ses<em> Antim\u00e9moires\u00a0: le Miroir des limbes<\/em>. La mort fut certainement omnipr\u00e9sente dans ce dialogue au sommet de l\u2019intelligence, qui r\u00e9unit les deux hommes. Jusqu\u2019\u00e0 la mort du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019il y aura des dictatures, je n\u2019aurai pas le c\u0153ur \u00e0 critiquer une d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3035\" class=\"cit-num\">3035<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1894-1977), <em>Inqui\u00e9tudes d\u2019un biologiste<\/em> (1967)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 de d\u00e9bats politiques et constitutionnels parfois partisans, un grand savant sait replacer nos querelles franco-fran\u00e7aises \u00e0 leur niveau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En mai dernier, on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3080\" class=\"cit-num\">3080<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">CERTEAU<\/span> (1925-1986), \u00ab\u00a0Pour une nouvelle culture\u00a0: prendre la parole\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes<\/em>, juin-juillet (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mai 68. La f\u00eate est finie en juin. Les ex\u00e9g\u00e8ses ne font que commencer. Une chose est s\u00fbre\u00a0: tout le monde a eu droit \u00e0 l\u2019expression, presque tout le monde en a profit\u00e9. Le meilleur a c\u00f4toy\u00e9 le pire, \u00e9clairs de g\u00e9nie po\u00e9tique et discours soporifiques. Foire aux id\u00e9es, fraternit\u00e9 universelle, d\u00e9mocratie directe, soci\u00e9t\u00e9 sans classe, spectacle permanent, happening. \u00c9tait-ce si neuf\u00a0? En f\u00e9vrier\u00a01848, Tocqueville, t\u00e9moin de son temps, \u00e9crit \u00e0 propos de la br\u00e8ve r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais sans cesse l\u2019impression qu\u2019ils \u00e9taient en train de repr\u00e9senter la R\u00e9volution fran\u00e7aise bien plut\u00f4t que de la continuer.\u00a0\u00bb Proudhon confirme\u00a0: \u00ab\u00a0La nation fran\u00e7aise est une nation de com\u00e9diens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019homme de droite honn\u00eate parle de la libert\u00e9 comme d\u2019un axiome de droit public, et non comme d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 vivante et quotidienne. Il fait un beau discours, rentre chez lui et dort en paix. On devine qu\u2019il sera tr\u00e8s surpris le jour o\u00f9 la libert\u00e9, passant sous sa fen\u00eatre, chantera le \u00ab\u00a0\u00c7a ira\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3096\" class=\"cit-num\">3096<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>La Paille et le Grain<\/em> (1975)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 mi-parcours de sa vie politique, ayant \u00e9chou\u00e9 de peu \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1974 contre Giscard d\u2019Estaing, Mitterrand, Premier secr\u00e9taire du Parti socialiste, pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 la revanche, lentement et s\u00fbrement.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit cette chronique, m\u00e9lange de portraits et de r\u00e9flexions politiques, il parle aussi des choses de la vie qu\u2019il aime. Contre la droite, contre \u00ab\u00a0le centre, vari\u00e9t\u00e9 molle de la droite\u00a0\u00bb, Mitterrand, lui-m\u00eame venu de la droite fran\u00e7aise, se pose en homme de gauche en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 1789 et \u00e0 la R\u00e9volution chantante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand la France rencontre une grande id\u00e9e, elles font ensemble le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3099\" class=\"cit-num\">3099<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>Ici et maintenant<\/em> (1980)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Document pour l\u2019histoire un an avant la pr\u00e9sidentielle, il d\u00e9peint l\u2019\u00c9tat-Giscard et la France malade, dans un monde esclave du couple dollar-p\u00e9trole. Reste \u00e0 se battre, \u00ab\u00a0ici et maintenant\u00a0\u00bb pour vivre autrement et ma\u00eetriser le progr\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00catre d\u2019accord avec soi-m\u00eame, je ne connais pas meilleur bulletin de sant\u00e9.\u00a0\u00bb Avare de confidences personnelles, l\u2019homme se r\u00e9sume dans cette affirmation tranquille. Devenu leader de la gauche, il peaufine son image et sa \u00ab\u00a0grande id\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: rester dans l\u2019histoire comme l\u2019homme du \u00ab\u00a0socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, voulu exemplaire pour le monde. Il emploie ce terme dans son premier entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 pr\u00e9sidentiel, le 9\u00a0d\u00e9cembre 1981, pr\u00e9cisant que ce n\u2019est pas le marxisme \u2013 qui a \u00e9chou\u00e9 un peu partout dans le monde \u2013 mais pas non plus la social-d\u00e9mocratie \u2013 qui a v\u00e9cu son \u00e2ge d\u2019or en 1970-1980 et se r\u00e9conciliera avec l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, pour se compromettre avec elle dans les crises \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez la tyrannie r\u00e9gner sur un m\u00e8tre carr\u00e9, elle gagnera bient\u00f4t la surface de la Terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3100\" class=\"cit-num\">3100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>L\u2019Abeille et l\u2019Architecte<\/em> (1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme d\u2019action se double toujours d\u2019un observateur du temps qui passe, des \u00eatres rencontr\u00e9s, des \u00e9blouissements de la vie, des lectures quotidiennes, des voyages int\u00e9rieurs ou des p\u00e8lerinages r\u00e9els. Apr\u00e8s <em>La Paille et le Grain<\/em>, le titre de cet essai nourri de ses m\u00e9ditations se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la phrase de Marx\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui distingue d\u00e8s l\u2019abord le plus mauvais architecte de l\u2019abeille la plus experte, c\u2019est qu\u2019il a construit la cellule dans sa t\u00eate avant de la construire dans sa ruche.\u00a0\u00bb Mitterrand construit ainsi la pr\u00e9sidence \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Droits de l\u2019homme et libert\u00e9s fondamentales\u00a0: th\u00e8me sensible au c\u0153ur comme \u00e0 la raison du futur pr\u00e9sident. Le combat contre la peine de mort et son abolition feront date au d\u00e9but du premier septennat\u00a0; au d\u00e9but du second, il donnera un \u00e9clat particulier aux f\u00eates du bicentenaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019appelez-vous pouvoir\u00a0? Un logement dans un palais\u00a0? Le grand cordon de la L\u00e9gion d\u2019honneur\u00a0? Le droit de gr\u00e2ce r\u00e9galien\u00a0? La curiosit\u00e9 des foules\u00a0? La ma\u00eetrise des d\u00e9crets\u00a0? Les hommes qui se courbent\u00a0? Les hommes qui se couchent\u00a0? La t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 la botte\u00a0? La chasse au li\u00e8vre, au tigre, au pauvre\u00a0? [\u2026] Le doigt sur le bouton de la guerre atomique\u00a0? Un Pr\u00e9sident qui r\u00e8gne, qui gouverne, qui juge, qui l\u00e9gif\u00e8re, qui commente lui-m\u00eame les nouvelles qu\u2019il inspire, monarque souverain d\u2019un pouvoir absolu\u00a0? J\u2019ai prononc\u00e9 le mot qu\u2019il fallait taire, l\u2019absolu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3102\" class=\"cit-num\">3102<\/span><\/p>\n<div class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>Ici et maintenant<\/em> (1980)<\/div>\n<\/blockquote>\n<p>Trois ans apr\u00e8s la rupture de l\u2019Union de la gauche et dans la perspective d\u2019une troisi\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle (ayant perdu contre de Gaulle en 1965 et contre Giscard en 1974), il fournit ses cl\u00e9s pour (se) comprendre, savoir o\u00f9 il en est et o\u00f9 il veut aller. \u00ab\u00a0Je fais partie, dit-il, du paysage de la France.\u00a0\u00bb Il n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019en sortir. Un an plus tard, il aura enfin ce pouvoir \u00ab\u00a0absolu\u00a0\u00bb, lui imprimant une marque personnelle qui l\u2019oppose au giscardisme, plus qu\u2019au gaullisme.<\/p>\n<p>Remarquons le style Mitterrand, le plus intellectuel et le dernier de nos pr\u00e9sidents appartenant \u00e0 cette tradition litt\u00e9raire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est un myst\u00e8re, habit\u00e9 par mille personnages, du tacticien sceptique au socialiste saisi par la ferveur. On a beaucoup dit que Fran\u00e7ois Mitterrand \u00e9tait insaisissable\u00a0; il n\u2019est simple ni \u00e0 d\u00e9chiffrer ni \u00e0 d\u00e9fricher. \u00c0 la fois personnage authentique et artiste en repr\u00e9sentation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3106\" class=\"cit-num\">3106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Franz-Olivier <span class=\"caps\">GIESBERT<\/span> (n\u00e9 en 1949),<em> Fran\u00e7ois Mitterrand ou la Tentation de l\u2019histoire<\/em> (1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son biographe fait le portrait d\u2019une personnalit\u00e9 affirm\u00e9e (\u00e0 60\u00a0ans), mais pas encore pr\u00e9sident. Sphinx, Florentin, Machiavel et autres Princes de l\u2019\u00e9quivoque ou de l\u2019esquive, ces surnoms reviennent sans fin sous la plume des observateurs. Ils qualifient ses volte-face id\u00e9ologiques de \u00ab\u00a0convictions moir\u00e9es\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9sident au pouvoir ne fait rien pour lever le voile, cultivant un certain silence, usant d\u2019un sens inn\u00e9 du secret, et n\u2019abusant pas du petit \u00e9cran qui finit par \u00eatre fatal \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur.<\/p>\n<p>Autre biographe, Catherine Nay\u00a0: <em>Le Noir et le Rouge<\/em> (1984) et <em>Les Sept Mitterrand ou les m\u00e9tamorphoses d\u2019un septennat<\/em> (1988). Elle reconna\u00eet la profondeur des engagements partisans, l\u2019obstination des choix. Pourtant, nul plus que ce pr\u00e9sident n\u2019a su se plier aux circonstances et rebrousser chemin selon les donn\u00e9es de la conjoncture ou les fatalit\u00e9s du mauvais sort. Ce diable d\u2019homme a savamment jou\u00e9 sept r\u00f4les, sept masques d\u00e9sormais plaqu\u00e9s sur un visage dont on chercherait en vain l\u2019ultime v\u00e9rit\u00e9. Personnage romanesque, il aura d\u00e9rout\u00e9, irrit\u00e9, mais fascin\u00e9 tous ceux qui l\u2019ont approch\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9conomie ne se change pas par d\u00e9cret.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3190\" class=\"cit-num\">3190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">ROCARD<\/span> (1930-2016), <em>Rendre ses chances \u00e0 la gauche<\/em> (1979)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avant de faire couple conflictuel, Premier ministre et pr\u00e9sident \u00e0 partir de 1988, Rocard et Mitterrand s\u2019affrontent devant l\u2019opinion publique et dans leur propre parti\u00a0: duel de deux hommes, deux gauches.<\/p>\n<p>Rocard condamne un certain \u00ab\u00a0archa\u00efsme\u00a0\u00bb politique, veut \u00ab\u00a0parler plus vrai, plus pr\u00e8s des faits\u00a0\u00bb, plus loin du marxisme \u2013 contre les nationalisations \u00e0 100\u00a0% et pour l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Il incarne la \u00ab\u00a0seconde gauche\u00a0\u00bb, courant minoritaire auquel Mitterrand et les \u00e9l\u00e9phants du <span class=\"caps\">PS<\/span> laisseront peu de chance.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment ne pas r\u00eaver \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale o\u00f9 des hommes \u00e9gaux et justes dans une cit\u00e9 ordonn\u00e9e par leurs soins se r\u00e9partiraient les fruits de leur travail, toute forme de profit \u00e9cart\u00e9e, quand il n\u2019y a autour de soi qu\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3195\" class=\"cit-num\">3195<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996),<em> Ici et maintenant<\/em> (1980)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dernier \u00e9crit avant son \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique\u00a0: il donne \u00e0 r\u00eaver au \u00ab\u00a0socialisme \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, qui emprunte \u00e0 l\u2019utopie sociale et \u00e0 la th\u00e9orie marxiste, et qu\u2019il voudrait exemplaire pour le monde, ici et maintenant.<\/p>\n<p>Recr\u00e9ateur du <span class=\"caps\">PS<\/span>, Premier secr\u00e9taire \u00e0 qui le parti doit une force \u00e9lectorale double de l\u2019ancienne <span class=\"caps\">SFIO<\/span> de Guy Mollet, homme de la mythique et d\u00e9funte Union de la gauche, challenger courageux face \u00e0 de Gaulle en 1965 et s\u2019opposant au gaullisme toujours vivant, Mitterrand a acquis une stature d\u2019homme d\u2019\u00c9tat. Il doit cependant compter avec Michel Rocard qui pose sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence le 19\u00a0octobre 1980, et qui le d\u00e9passe largement dans les sondages.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas blesser une b\u00eate\u00a0: on la caresse ou on la tue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3309\" class=\"cit-num\">3309<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019). <em>M\u00e9moires<\/em>, tome I, <em>Chaque pas doit \u00eatre un but<\/em> (2009), Jacques Chirac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Le monde politique est une jungle.\u00a0\u00bb Chirac et Sarkozy sont deux \u00ab\u00a0fauves\u00a0\u00bb, pas de la m\u00eame taille, pas de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, mais leur rivalit\u00e9 va marquer la vie politique fran\u00e7aise. La haine r\u00e9pondra au m\u00e9pris. Chirac a lui-m\u00eame beaucoup tu\u00e9. Dans les couloirs de l\u2019Assembl\u00e9e, peu avant la pr\u00e9sidentielle de 2002, Balladur pr\u00e9vient Jospin\u00a0: \u00ab\u00a0Chirac a tu\u00e9 Chaban-Delmas, il a ensuite tu\u00e9 Giscard, puis il a tu\u00e9 Barre, et enfin il m\u2019a tu\u00e9. M\u00e9fiez-vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il a bless\u00e9 aussi. Selon son biographe Franz-Olivier Giesbert, il ne garde rien, \u00ab\u00a0m\u00eame pas ses amis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque pas doit \u00eatre un but.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3315\" class=\"cit-num\">3315<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), <em>M\u00e9moires<\/em>, tome\u00a0I (2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avant que la m\u00e9moire ne lui fasse d\u00e9faut et qu\u2019il se retire de la sc\u00e8ne publique, l\u2019homme se souvient d\u2019une vie vou\u00e9e \u00e0 la politique, en deux tomes sous-titr\u00e9s\u00a0: I \u2013 <em>Chaque pas doit \u00eatre un but<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> \u2013 <em>Le Temps pr\u00e9sidentiel.<\/em><\/p>\n<p>Chirac a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit sur ce th\u00e8me et beaucoup parl\u00e9. Il a aussi son biographe, journaliste politique et observateur attentif\u00a0: \u00ab\u00a0On a tout dit sur Chirac. \u00c0 juste titre. Un coup travailliste, le lendemain bonapartiste avant de tourner lib\u00e9ral, puis social-mod\u00e9r\u00e9, il aura fait tout le spectre politique, et dans les deux sens. On a souvent mis cette propension hercul\u00e9enne \u00e0 virer de bord sur le compte d\u2019une rouerie qui pourtant n\u2019est pas son fort. Non, c\u2019est l\u2019instinct, plut\u00f4t que le cynisme, qui l\u2019emm\u00e8ne d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du champ politique, au gr\u00e9 du vent qu\u2019il vient de humer. Cet homme donne le tournis.\u00a0\u00bb (Franz-Olivier Giesbert, <em>La Trag\u00e9die du pr\u00e9sident\u00a0: sc\u00e8nes de la vie politique, 1986-2006<\/em>).<\/p>\n<p>Parti de l\u2019<span class=\"caps\">ENA<\/span> et de la Cour des comptes, ce marathonien accomplit un long parcours\u00a0: du conseil municipal de Sainte-F\u00e9rr\u00e9ole (Corr\u00e8ze) \u00e0 la mairie de Paris, il fut entre-temps d\u00e9put\u00e9, plusieurs fois ministre, deux fois Premier ministre, pour arriver au but supr\u00eame\u00a0: pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est-elle soluble dans l\u2019Europe\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3352\" class=\"cit-num\">3352<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Daniel <span class=\"caps\">COHN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BENDIT<\/span> (n\u00e9 en 1945) et Henri <span class=\"caps\">GUAINO<\/span> (n\u00e9 en 1957), titre de leur essai, publi\u00e9 en 1999<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France se moque bien de cette question et de l\u2019Europe\u00a0! \u00c0 preuve, l\u2019abstention, parti gagnant aux europ\u00e9ennes du 13\u00a0juin 1999\u00a0: 53\u00a0%\u00a0! La gauche et la droite obtiennent le m\u00eame nombre de d\u00e9put\u00e9s au Parlement europ\u00e9en. Au total, 15 pays votent en m\u00eame temps \u00e0 la mi-juin.<br>Henri Guaino, eurosceptique et dans le camp des souverainistes, avait dit non au trait\u00e9 de Maastricht, lors du r\u00e9f\u00e9rendum de 1995. Haut fonctionnaire, charg\u00e9 de mission de Philippe S\u00e9guin, gaulliste social, il est class\u00e9 \u00e0 droite et ne signe jamais les discours \u00ab\u00a0gagnants\u00a0\u00bb \u00e9crits pour Chirac, Sarkozy et d\u2019autres.<\/p>\n<p>Il s\u2019oppose \u00e0 Cohn-Bendit, r\u00e9volutionnaire de Mai 68, devenu \u00e9cologiste convaincu et d\u00e9fenseur d\u2019une Europe f\u00e9d\u00e9rale. D\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en depuis 1994, il alterne le Vert allemand et le Vert fran\u00e7ais, gr\u00e2ce \u00e0 sa double nationalit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout est complexe entre un homme et une femme, mais quand tout est public, alors les petits \u00e9v\u00e9nements de la vie quotidienne deviennent des monuments.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3429\" class=\"cit-num\">3429<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">SARKOZY<\/span> (n\u00e9 en 1955), <em>T\u00e9moignage<\/em> (2006)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un an plus t\u00f4t, conscient du drame \u00e0 venir, il t\u00e9moignait de cette faiblesse d\u2019homme fort. Il expose sa vie priv\u00e9e, les rumeurs courent, quand le couple \u00e9lys\u00e9en explose. 18\u00a0octobre 2007, premier communiqu\u00e9 de l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0C\u00e9cilia et Nicolas Sarkozy annoncent leur s\u00e9paration par consentement mutuel. Ils ne feront aucun commentaire.\u00a0\u00bb Un second communiqu\u00e9, deux heures plus tard, pr\u00e9cise que le couple a divorc\u00e9.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s, les Sarkozy furent compar\u00e9s aux Kennedy, dans le style glamour et <em>people<\/em>. C\u00e9cilia, 49\u00a0ans, ancien mannequin, divorc\u00e9e de l\u2019animateur t\u00e9l\u00e9 Jacques Martin, se veut femme libre\u00a0: la vie de Premi\u00e8re dame, \u00ab\u00a0\u00e7a me rase\u00a0\u00bb, a-t-elle dit avant la pr\u00e9sidentielle. Lui avoue ne penser qu\u2019\u00e0 \u00e7a et \u00ab\u00a0pas seulement quand je me rase\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement exprim\u00e9 la force de son attachement \u00e0 C\u00e9cilia, sa collaboratrice dans son parcours politique. Une premi\u00e8re s\u00e9paration en 2005, qualifi\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0ouragan\u00a0\u00bb dans sa vie, l\u2019a boulevers\u00e9. En 2012, il avouera\u00a0: \u00ab\u00a0Mon \u00e9lection aurait d\u00fb \u00eatre le couronnement de ma vie, mais une partie de ma t\u00eate \u00e9tait ailleurs. Ma famille explosait\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Des paroles et des actes\u00a0\u00bb, France 2, 6\u00a0mars). Pour la premi\u00e8re fois, un couple pr\u00e9sidentiel divorce et un pr\u00e9sident se laisse aller \u00e0 ces confidences.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019ils s\u2019en aillent tous\u00a0! Vite, la R\u00e9volution citoyenne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3442\" class=\"cit-num\">3442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">M\u00c9LENCHON<\/span> (n\u00e9 en 1951), titre et sous-titre de son essai (Flammarion, 2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nouveau tribun de la gauche fourbit ses arguments pour la prochaine pr\u00e9sidentielle. Il sait que l\u2019\u00e9crit deviendra parole\u00a0: \u00ab\u00a0La consigne, \u00ab\u00a0Qu\u2019ils s\u2019en aillent tous\u00a0\u00bb, ne visera pas seulement ce pr\u00e9sident, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d\u2019administration gouvernemental de la clique du Fouquet\u2019s\u00a0! Elle concernera toute l\u2019oligarchie b\u00e9n\u00e9ficiaire du g\u00e2chis actuel. \u00ab\u00a0Qu\u2019ils s\u2019en aillent tous\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0: les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les \u00e9migr\u00e9s fiscaux, les financiers dont les exigences canc\u00e9risent les entreprises. Qu\u2019ils s\u2019en aillent aussi, les griots du pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0d\u00e9clin de la France\u00a0\u00bb avec leurs sales refrains qui injectent le poison de la r\u00e9signation. Et pendant que j\u2019y suis, \u00ab\u00a0Qu\u2019ils s\u2019en aillent tous\u00a0\u00bb aussi ces antih\u00e9ros du sport, gorg\u00e9s d\u2019argent, planqu\u00e9s du fisc, blind\u00e9s d\u2019ingratitude. Du balai\u00a0! Ouste\u00a0! De l\u2019air\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ce livre et les discours \u00e0 venir, on voit la haine des riches, plus morale ou l\u00e9gitime, mais aussi violente et dangereuse que la haine des noirs, des juifs, des \u00e9migr\u00e9s, des \u00e9trangers, tout ce qu\u2019il reproche au Front national. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Robespierre et Saint-Just, symboles de la Terreur r\u00e9volutionnaire \u2013 des liaisons toujours dangereuses, voire vertigineuses.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Indignez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3443\" class=\"cit-num\">3443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">St\u00e9phane <span class=\"caps\">HESSEL<\/span> (1917-2013), titre de son essai (Indig\u00e8ne \u00e9ditions, 2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un jeune homme en col\u00e8re de 92\u00a0ans. Ce livre de 32 pages, publi\u00e9 par un petit \u00e9diteur de Montpellier, vendu 3\u00a0euros, sans promotion m\u00e9diatique, tourne au ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00e9dition\u00a0: 950\u00a0000 exemplaires en 10 semaines. Traduit en 34 langues, le livre se vendra \u00e0 4\u00a0millions d\u2019exemplaires.<br>N\u00e9 en Allemagne d\u2019un p\u00e8re juif, naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1937, r\u00e9sistant face au nazisme et d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Buchenwald, l\u2019auteur participe \u00e0 la r\u00e9daction, en 1948, de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme. Diplomate de m\u00e9tier, europ\u00e9en de gauche, il est proche de Mend\u00e8s France et Michel Rocard.<\/p>\n<p>Le militant reprend les id\u00e9es du <span class=\"caps\">CNR<\/span> (Conseil national de la R\u00e9sistance)\u00a0: engagement politique de la soci\u00e9t\u00e9 civile, primaut\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral sur l\u2019int\u00e9r\u00eat financier, solidarit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations. Il les confronte aux sujets d\u2019indignation actuels\u00a0: existence des sans-papiers, plan\u00e8te maltrait\u00e9e, \u00e9cart des richesses dans le monde.<\/p>\n<p>Le livre co\u00efncide avec une vague de fond nourrie du m\u00e9contentement et du malaise des Fran\u00e7ais. Le mouvement des Indign\u00e9s, soutenu par les r\u00e9seaux sociaux sur Internet et associ\u00e9 au Printemps arabe, va essaimer dans le monde et manifester dans 70 pays en 2011 (comme en Mai 68).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u00e9colos sont capables du meilleur comme du pire\u00a0; mais c\u2019est dans le pire qu\u2019ils sont les meilleurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3457\" class=\"cit-num\">3457<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel\u00a0<span class=\"caps\">COHN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">BENDIT<\/span> (n\u00e9 en 1936), fr\u00e8re de Daniel, s\u00e9lection du prix Press Club, humour et politique, 2011.<em> \u00c0 bas le parti vert\u00a0!\u00a0: vive l\u2019\u00e9cologie\u00a0!<\/em> (2011), Gabriel Cohn-Bendit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gaby, l\u2019a\u00een\u00e9, fut enseignant, libertaire et proche de l\u2019\u00e9cologiste No\u00ebl Mam\u00e8re. Il sait de quoi il parle et durant la saison 2011-2012, les Verts vont se surpasser dans le pire, sans profiter d\u2019un contexte favorable\u00a0: l\u2019\u00e9cologie est le probl\u00e8me majeur pour l\u2019avenir et la cause \u00e9cologique a la cote, dans une opinion de plus en plus sensible \u00e0 l\u2019environnement, alert\u00e9e par les scientifiques et surinform\u00e9e par les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Ayant d\u00e9sign\u00e9 \u00c9va Joly pour candidate le 12\u00a0juillet 2011, les \u00e9cologistes ne cesseront plus de se chamailler, entre courants, sensibilit\u00e9s, personnalit\u00e9s diverses, cependant que leur nouvelle t\u00eate d\u2019affiche lance des id\u00e9es mal re\u00e7ues, cr\u00e9ant aussit\u00f4t la pol\u00e9mique. Le message \u00e9cologique devient inaudible dans cette campagne erratique. Les sondages annoncent la d\u00e9route. L\u2019\u00e9cologie redevient d\u2019actualit\u00e9 br\u00fblante en 2020 et le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te n\u2019est pas seul en cause. Aux derni\u00e8res \u00e9lections municipales de juin, certaines mairies virent au vert (et rose). L\u2019Histoire reste toujours \u00e0 suivre.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire &amp; Litt\u00e9rature. Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)\u00a0: 1. Romans &#8211; 2. Po\u00e9sie &#8211; 3. Th\u00e9\u00e2tre &#8211; 4. Lettres &#8211; 5. Histoire et Chronique &#8211; 6. M\u00e9moires &#8211; 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques &#8211; 8. Discours.6. 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