{"id":8550,"date":"2020-08-19T00:00:00","date_gmt":"2020-08-18T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:42","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:42","slug":"lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/","title":{"rendered":"Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances : les M\u00e9moires, du XVIe si\u00e8cle \u00e0 la Monarchie de Juillet"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bandeau_memoires_1.jpg\" width=\"813\" height=\"220\"><\/p>\n<p><strong>Histoire <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Litt\u00e9rature<\/strong>, lecture recommand\u00e9e en temps de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)\u00a0:<\/p>\n<p>1. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/\">Romans<\/a> \u2013 2. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/\">Po\u00e9sie<\/a> \u2013 3. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-le-theatre\/\">Th\u00e9\u00e2tre<\/a> \u2013 4. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-les-lettres\/\">Lettres<\/a> \u2013 5. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">Histoire et Chronique<\/a> \u2013 6. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/\">M\u00e9moires<\/a> \u2013 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques \u2013 8. Discours.<\/p>\n<h2>6. M\u00e9moires.<\/h2>\n<p>Cat\u00e9gorie litt\u00e9raire importante dans un pays qui conjugue plaisir d\u2019\u00e9crire et passion de l\u2019histoire, c\u2019est surtout une autre mani\u00e8re de la raconter.<\/p>\n<p>Les M\u00e9moires (souvent posthumes), textes plus ou moins intimes, anecdotiques et factuels ou tr\u00e8s personnels, sont diversement titr\u00e9s\u00a0: Commentaires, Confidences, Confessions, Pens\u00e9es, Cahiers, Carnets, Notes, Souvenirs, T\u00e9moignages, Journal, Essais, Antim\u00e9moires\u2026 Cette vision de l\u2019histoire compl\u00e8te celle des historiens en plus libre\u00a0: infinie vari\u00e9t\u00e9 de ton, feu d\u2019artifice de talent et d\u2019intelligence.<\/p>\n<p>Outre le trio de t\u00eate de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (Napol\u00e9on, de Gaulle, Hugo), nous retrouvons des noms et des \u0153uvres connues, \u00e0 commencer par <em>Les Essais<\/em> de Montaigne, petit chef d\u2019\u0153uvre inlassablement remani\u00e9 par l\u2019auteur qui fera \u00e9cole. <em>Les Caract\u00e8res<\/em> de la Bruy\u00e8re sont aussi un mod\u00e8le du genre. Voltaire disserte au fil de ses<em> Lettres anglaises<\/em> en historien original et Montesquieu se confie dans ses <em>Cahiers<\/em>. Les r\u00e9cits autobiographiques de Rousseau annoncent le romantisme du si\u00e8cle suivant, d\u2019autres m\u00e9morialistes t\u00e9moignant d\u2019un Ancien R\u00e9gime finissant.<\/p>\n<p>Avant et pendant la R\u00e9volution, Rivarol nous r\u00e9gale de son humour (de droite, mais irr\u00e9sistiblement intelligent). D\u2019autres t\u00e9moins ont d\u2019autres formes de courage.<\/p>\n<p>Le prince de Talleyrand fait carri\u00e8re de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la Monarchie de Juillet, au service de la France et de ses int\u00e9r\u00eats personnels, ministre (malheureusement) \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de Napol\u00e9on qu\u2019il juge \u00e0 sa juste valeur dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>. L\u2019empereur se d\u00e9voile dans son<em> M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (avec la complicit\u00e9 de Las Cases), comme dans ses <em>Maximes et Pens\u00e9es<\/em>.<\/p>\n<p>Chateaubriand, notre plus grand m\u00e9morialiste, \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthumes par d\u00e9finition), tentative superbement avort\u00e9e d\u2019une histoire de France projet\u00e9e. Autre t\u00e9moin et acteur de premier plan, Victor Hugo nous livre ses <em>Choses vues<\/em>, son <em>Ann\u00e9e terrible<\/em> et autres pages d\u2019un g\u00e9nie aux prises avec l\u2019Histoire.<\/p>\n<p><em>L\u2019Extinction du paup\u00e9risme<\/em> de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte refl\u00e8te l\u2019homme, ses id\u00e9es et son temps. Les po\u00e8tes romantiques d\u00e9chantent, d\u00e9\u00e7us par l\u2019histoire et la politique (Musset, Vigny, bient\u00f4t Lamartine). Les socialistes fran\u00e7ais (le comte de Saint-Simon, Proudhon, Louis Blanc, Auguste Blanqui, Georges Sorel) multiplient les essais exprimant leur foi politique. De grands romanciers nous \u00e9tonnent et nous r\u00e9galent\u00a0: Stendhal, Dumas, Flaubert (<em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em>).<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, Malraux nous offre ses <em>Antim\u00e9moires<\/em> et de Gaulle entre \u00e0 la Pl\u00e9iade avec ses <em>M\u00e9moires<\/em> en trois tomes. Tous les \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 divers titres, parfois aussi romanciers et po\u00e8tes, ont t\u00e9moign\u00e9 dans des essais tr\u00e8s personnels\u00a0: P\u00e9guy, Blum, Val\u00e9ry, Mauriac, Maurras, Vailland, Brasillach, Sartre (<em>Situations I, <span class=\"caps\">II<\/span>, <span class=\"caps\">III<\/span><\/em>) et Camus (<em>Actuels I, <span class=\"caps\">II<\/span>, <span class=\"caps\">III<\/span><\/em>), Saint-Ex, Duhamel, Bernanos, Gide, Montherlant, Giraudoux, Aron, Sauvy, Jean Rostand et d\u2019autres, cependant que Mitterrand, Chirac et Sarkozy d\u00e9livrent leur message plus ou moins pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p>Au fil de l\u2019histoire, combien d\u2019autres d\u00e9couvertes\u00a0! Militaires de tous rangs (simple soldat ou grognard, g\u00e9n\u00e9ral ou mar\u00e9chal), courtisans et cardinaux, ministres et d\u00e9put\u00e9s, \u00e9conomistes et savants, croyants d\u00e9chir\u00e9s (Lamennais), r\u00e9volutionnaires et anarchistes.<\/p>\n<p>Des femmes t\u00e9moignent, souvent en relation avec un homme c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: Marie Mancini, la comtesse du Barry, Mme Campan, Mme Roland, Mme de Sta\u00ebl, Mme de Genlis, la duchesse de Berry, Louise Michel, Simone de Beauvoir.<\/p>\n<p>Et Casanova, Goldoni, Goethe, Metternich\u00a0: quand leur destin croise celui de la France.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-14.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<h3><span>1. Du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle \u00e0 la Monarchie de Juillet. <\/span><\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus \u00e2pre et difficile m\u00e9tier du monde, \u00e0 mon gr\u00e9, c\u2019est faire dignement le Roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"398\" class=\"cit-num\">398<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Magistrat, membre du Parlement de Bordeaux, tr\u00e8s loin des po\u00e8tes courtisans ou des \u00e9crivains engag\u00e9s de son temps. Il parle ici en humaniste et philosophe, sage et souvent sceptique, libre et ind\u00e9pendant de pens\u00e9e, disant aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Nous devons la suj\u00e9tion et l\u2019ob\u00e9issance \u00e9galement \u00e0 tous rois, car elle regarde leur office\u00a0; mais l\u2019estimation, non plus que l\u2019affection, nous ne la devons qu\u2019\u00e0 leur vertu.\u00a0\u00bb Il dit encore\u00a0: \u00ab\u00a0Sur le plus haut tr\u00f4ne du monde, on n\u2019est jamais assis que sur son cul.\u00a0\u00bb Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire prisera fort cette pens\u00e9e de Montaigne.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montaigne-dumonstier.jpg\" alt=\"montaigne citations\" title=\"montaigne citations\" width=\"400\" height=\"483\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une guerre \u00e9trang\u00e8re est un mal bien plus doux que la civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"411\" class=\"cit-num\">411<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En cette fin de si\u00e8cle d\u00e9chir\u00e9 et d\u00e9cha\u00een\u00e9, Montaigne pr\u00f4ne la \u00ab\u00a0piti\u00e9\u00a0\u00bb, autrement dit la tol\u00e9rance, une vertu alors fort mal partag\u00e9e\u00a0! Le conflit latent depuis 1521 d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en v\u00e9ritable guerre civile apr\u00e8s le massacre de Wassy en 1562 \u2013 surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0premi\u00e8re Saint-Barth\u00e9lemy\u00a0\u00bb. La France, qui a v\u00e9cu rien moins que onze guerres d\u2019Italie de\u00a01492 \u00e0\u00a01559, va subir, cette fois sur son territoire, huit guerres de Religion de\u00a01562 \u00e0\u00a01598\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Princes me donnent prou, s\u2019ils ne m\u2019\u00f4tent rien, et me font assez de bien quand ils ne me font point de mal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"548\" class=\"cit-num\">548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de philosophe, mais le sage Montaigne aura connu une vie mouvement\u00e9e, \u00e0 l\u2019image de ce si\u00e8cle de tumulte.<\/p>\n<p>N\u00e9 d\u2019une famille de riches n\u00e9gociants bordelais, son p\u00e8re, anobli, fait les guerres d\u2019Italie, avant de devenir maire de Bordeaux\u00a0: image type de la bourgeoisie montante et de la nouvelle noblesse du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Montaigne sera magistrat au Parlement de Bordeaux, mais la quatri\u00e8me guerre de Religion (1572-1573) le tire de sa retraite et de sa r\u00e9daction des Essais. \u00c9lu maire de Bordeaux, il devra faire preuve de beaucoup de diplomatie entre les extr\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous devons la suj\u00e9tion et l\u2019ob\u00e9issance \u00e9galement \u00e0 tous Rois, car elle regarde leur office\u00a0; mais l\u2019estimation, non plus que l\u2019affection, nous ne la devons qu\u2019\u00e0 leur vertu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"585\" class=\"cit-num\">585<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592), <em>Les Essais<\/em> (1580, premi\u00e8re \u00e9dition)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La derni\u00e8re \u00e9dition revue et corrig\u00e9e de sa main est posthume. En cette fin de si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019intol\u00e9rance r\u00e8gne, o\u00f9 la litt\u00e9rature est essentiellement engag\u00e9e et partisane, Montaigne fait exception \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: loin de tout fanatisme, il pr\u00eache la tol\u00e9rance, fait preuve \u2013\u00a0dans sa vie comme dans son \u0153uvre qui est \u00e0 son image\u00a0\u2013 de sagesse, d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019esprit, de sens critique, y compris envers le roi lui-m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il y eut jamais une au monde parfaite en beaut\u00e9, c\u2019est la reine de Navarre. Toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont \u00e9t\u00e9, pr\u00e8s de la sienne sont laides et ne sont point beaut\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"520\" class=\"cit-num\">520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BRANT\u00d4ME<\/span> (1540-1614), <em>M\u00e9moires de Pierre de Bourdeille<\/em>, abb\u00e9 et seigneur de Brant\u00f4me<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme de guerre et de cour, il se d\u00e9couvre une vocation de m\u00e9morialiste \u00e0 la suite d\u2019une chute de cheval qui l\u2019immobilisera sur ses terres du P\u00e9rigord. Voici l\u2019abb\u00e9 et seigneur de Brant\u00f4me sous le charme de Marguerite de Valois, femme aussi intelligente et cultiv\u00e9e que belle, qui devient reine le jour de ses noces avec Henri de Navarre (futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>), le 16\u00a0ao\u00fbt 1572. Les protestants sont venus en foule \u00e0 Paris pour ce mariage.<\/p>\n<p>Ce rassemblement dans une capitale majoritairement catholique va d\u00e9clencher le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy (nuit du 23 au 24 ao\u00fbt 1472).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Son esprit, qui lui a rendu de si bons services en sa vie, \u00e9tait assur\u00e9ment de premier ordre, fin, d\u00e9li\u00e9, p\u00e9n\u00e9trant, sage, judicieux, grave, modeste, grand et \u00e9lev\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"753\" class=\"cit-num\">753<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Henri de <span class=\"caps\">LOM\u00c9NIE<\/span> de <span class=\"caps\">BRIENNE<\/span> (1635-1698), <em>M\u00e9moires de Louis-Henri de Lom\u00e9nie<\/em>, comte de Brienne (posthume, 1720)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat \u00e0 16\u00a0ans, et secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 23, surnomm\u00e9 le Jeune pour le distinguer de son p\u00e8re (Henri-Auguste de Lom\u00e9nie de Brienne), il juge en connaisseur le Premier ministre de la France. Michelet appr\u00e9ciera en historien\u00a0: \u00ab\u00a0Mazarin, le rus\u00e9 [\u2026] cette glissante couleuvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, il est crev\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"806\" class=\"cit-num\">806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hortense <span class=\"caps\">MANCINI<\/span> (1646-1699), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le cri du c\u0153ur de la famille (son fr\u00e8re et une de ses s\u0153urs) \u00e0 la nouvelle de la mort du cardinal Mazarin, leur oncle.<\/p>\n<p>La belle et spirituelle mazarinette ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, je n\u2019en fus gu\u00e8re plus afflig\u00e9e\u00a0; et c\u2019est une chose remarquable qu\u2019un homme de ce m\u00e9rite, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 toute sa vie pour \u00e9lever et enrichir sa famille, n\u2019en ait re\u00e7u que des marques d\u2019aversion, m\u00eame apr\u00e8s sa mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au d\u00e9faut des actions \u00e9clatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l\u2019esprit des princes que les b\u00e2timents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"818\" class=\"cit-num\">818<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>Lettres, instructions et m\u00e9moires de Colbert<\/em> (posthume, 1863)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures (en 1664), Colbert exprime naturellement la pens\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Les seuls b\u00e2timents royaux co\u00fbtent en moyenne 4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat\u00a0: on construit un peu partout, \u00e0 Fontainebleau, Vincennes, Chambord, Saint-Germain, Marly, et surtout Versailles o\u00f9 les travaux commencent d\u00e8s 1661, pour durer plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Une r\u00e9union de grands talents (la m\u00eame \u00e9quipe qui n\u2019a que trop bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte, r\u00e9sidence du surintendant Fouquet perdu par tant de magnificence) fait na\u00eetre la plus grande r\u00e9ussite artistique des temps modernes\u00a0: Versailles servira de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe pendant un\u00a0si\u00e8cle, imposant la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019art fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pressez-les, tordez-les, [les courtisans] d\u00e9gouttent l\u2019orgueil, l\u2019arrogance, la pr\u00e9somption.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"825\" class=\"cit-num\">825<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de la <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696), <em>Les Caract\u00e8res<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bourgeois parisien, avocat \u00e0 qui sa charge laisse des loisirs, La Bruy\u00e8re est introduit dans la maison des Cond\u00e9 par Bossuet, comme pr\u00e9cepteur, puis secr\u00e9taire du duc de Bourbon, petit-fils du Grand Cond\u00e9. Il vit l\u00e0 une \u00ab\u00a0domesticit\u00e9\u00a0\u00bb honorable, mais mal support\u00e9e. La cour est un bon terrain d\u2019observation pour ce moraliste et fournit un savoureux chapitre \u00e0 ses <em>Caract\u00e8res\u00a0<\/em>: publi\u00e9s anonymement par prudence, leur immense succ\u00e8s sera suivi de nombreuses \u00e9ditions augment\u00e9es \u2013 c\u2019est la revanche du talent et de l\u2019esprit sur la naissance et la fortune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire, parce que vous \u00eates duc, que je vous estime\u00a0; mais il est n\u00e9cessaire que je vous salue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"827\" class=\"cit-num\">827<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Blaise <span class=\"caps\">PASCAL<\/span> (1623-1662), <em>Discours sur la condition des grands<\/em> (1670)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le surdou\u00e9 du si\u00e8cle (mort \u00e0 39\u00a0ans) fr\u00e9quente les salons et les libertins, pendant une br\u00e8ve p\u00e9riode mondaine, mais surtout les savants et les jans\u00e9nistes. Connu surtout pour ses <em>Pens\u00e9es<\/em> (1670), r\u00e9flexion philosophique, morale et \u00ab\u00a0existentielle\u00a0\u00bb sur la condition humaine, il traite ici du bien ou mal fond\u00e9 de la grandeur\u00a0: simple convention sociale (comme les titres de noblesse) ou qualit\u00e9 intrins\u00e8que de l\u2019\u00eatre qu\u2019il faut naturellement respecter.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui est plus esclave qu\u2019un courtisan assidu, si ce n\u2019est un courtisan plus assidu\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"828\" class=\"cit-num\">828<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de la <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696),<em> Les Caract\u00e8res<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avoir du talent peut faciliter la vie des auteurs et des artistes \u00e0 la cour. Mais la vie du \u00ab\u00a0pur\u00a0\u00bb courtisan est dure\u00a0: rivalit\u00e9s de personnes, clans et coteries viciant les rapports humains, f\u00eates perp\u00e9tuelles o\u00f9 le \u00ab\u00a0para\u00eetre\u00a0\u00bb est de rigueur, exigences minutieuses et minut\u00e9es de l\u2019\u00e9tiquette, incommodit\u00e9s du ch\u00e2teau de Versailles aux couloirs froids et sales.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_de_la_bruyere.jpg\" width=\"400\" height=\"432\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019on doit se taire sur les puissants\u00a0: il y a presque toujours de la flatterie \u00e0 en dire du bien\u00a0; il y a du p\u00e9ril \u00e0 en dire du mal pendant qu\u2019ils vivent et de la l\u00e2chet\u00e9 quand ils sont morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"907\" class=\"cit-num\">907<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">BRUY\u00c8RE<\/span> (1645-1696), <em>Les Caract\u00e8res<\/em> (1688)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cepteur du duc de Bourbon (petit-fils du Grand Cond\u00e9) en 1684, il reste attach\u00e9 \u00e0 la maison en qualit\u00e9 de secr\u00e9taire \u00e0 partir de 1686. Bon poste d\u2019observation pour cet analyste et styliste exemplaire, dont l\u2019\u0153uvre \u00e0 clef conna\u00eet aussit\u00f4t le succ\u00e8s. La Bruy\u00e8re est tout le contraire d\u2019un courtisan et d\u00e9nonce en moraliste les travers du si\u00e8cle et de la bonne soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France est marquis qui veut\u00a0; et quiconque arrive \u00e0 Paris du fond d\u2019une province avec de l\u2019argent \u00e0 d\u00e9penser, et un nom en ac ou en ille, peut dire\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme comme moi, un homme de ma qualit\u00e9\u00a0\u00bb, et m\u00e9priser souverainement un n\u00e9gociant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"961\" class=\"cit-num\">961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques, Sur le commerce<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La noblesse reste ce cercle magique o\u00f9 l\u2019on tente d\u2019acc\u00e9der, et qui fascine encore la bourgeoisie. Voltaire le d\u00e9plore\u00a0: \u00ab\u00a0Le n\u00e9gociant entend lui-m\u00eame parler si souvent avec m\u00e9pris de sa profession, qu\u2019il est assez sot pour en rougir\u00a0\u00bb, alors que ce \u00ab\u00a0tiers \u00e9tat\u00a0\u00bb est bien plus utile \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a fallu des si\u00e8cles pour rendre justice \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, pour sentir qu\u2019il \u00e9tait horrible que le grand nombre sem\u00e2t, et le petit recueill\u00eet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"964\" class=\"cit-num\">964<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le philosophe parle au nom de la justice sociale pour l\u2019ensemble du peuple qui travaille, et surtout pour les \u00ab\u00a0laboureurs qui exercent la plus noble et la plus m\u00e9pris\u00e9e des professions\u00a0\u00bb. Il donne en exemple l\u2019Angleterre\u00a0: absence de privil\u00e8ges terriens et \u00e9galit\u00e9 devant l\u2019imp\u00f4t. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique est tout autre en France.<\/p>\n<p>Ces <em>Lettres philosophiques<\/em> \u2013\u00a0\u00ab\u00a0premi\u00e8re bombe lanc\u00e9e contre l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb, selon l\u2019historien Gustave Lanson\u00a0\u2013 sont publi\u00e9es sans autorisation. L\u2019imprimeur est aussit\u00f4t embastill\u00e9, le livre condamn\u00e9 par le Parlement \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9, comme \u00ab\u00a0propre \u00e0 inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb. Une lettre de cachet du 3\u00a0mai exile l\u2019auteur en Lorraine \u2013 la province ne sera fran\u00e7aise qu\u2019en 1766. Le ch\u00e2teau de Cirey et Mme\u00a0du Ch\u00e2telet accueillent Voltaire, \u00e0 quelques lieues de la fronti\u00e8re\u00a0: \u00e0 la moindre alerte, le philosophe peut fuir. Il y s\u00e9journe quinze ans, le temps d\u2019une complicit\u00e9 intellectuelle et amoureuse avec la marquise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019imprimerie est l\u2019artillerie de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"991\" class=\"cit-num\">991<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Maximes, Pens\u00e9es et Paradoxes<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1760, la diffusion des id\u00e9es nouvelles prend une ampleur jamais vue. Les 17 gros volumes de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> (plus les 11 tomes de planches) entrent dans toutes les biblioth\u00e8ques dignes de ce nom\u00a0et le<em> Journal de Paris<\/em>, premier quotidien fran\u00e7ais, commence \u00e0 para\u00eetre en 1777. Le baron d\u2019Holbach \u00e9crit dans son <em>Essai sur les pr\u00e9jug\u00e9s\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Un livre qui renferme des v\u00e9rit\u00e9s utiles ne p\u00e9rit plus [\u2026]\u00a0: la typographie rend indestructible les mouvements de l\u2019esprit humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rivarol_0.jpg\" width=\"400\" height=\"542\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les philosophes sont plus anatomistes que m\u00e9decins\u00a0: ils diss\u00e8quent et ne gu\u00e9rissent pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"996\" class=\"cit-num\">996<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Fragments et pens\u00e9es philosophiques<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bel esprit fort caustique vis-\u00e0-vis des beaux esprits de son temps, bient\u00f4t grand \u00e9crivain politique d\u00e9fenseur de la monarchie, il voit la vertu r\u00e9volutionnaire des id\u00e9es de ces philosophes pourtant non r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>La marquise du Deffand, qui tient salon durant quarante ans et aide fid\u00e8lement les encyclop\u00e9distes, apostrophe le plus c\u00e9l\u00e8bre des philosophes du si\u00e8cle dans une lettre du 28\u00a0d\u00e9cembre 1765\u00a0: \u00ab\u00a0Mais, Monsieur de Voltaire, amant d\u00e9clar\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, dites-moi de bonne foi, l\u2019avez-vous trouv\u00e9e\u00a0? Vous combattez et d\u00e9truisez toutes les erreurs\u00a0; mais que mettez-vous \u00e0 leur place\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 pour moi le souverain rem\u00e8de contre les d\u00e9go\u00fbts, n\u2019ayant jamais eu de chagrin qu\u2019une heure de lecture ne m\u2019ait \u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1001\" class=\"cit-num\">1001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Montesquieu est un homme heureux. Paisible magistrat qui \u00e9crit d\u2019abord pour se distraire, il se lib\u00e8re de sa charge parlementaire et sans aucun probl\u00e8me d\u2019argent, peut se consacrer \u00e0 des travaux qui ont le succ\u00e8s et le public esp\u00e9r\u00e9s. Dans ses <em>Cahiers<\/em>, il nous donne un portrait de lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9veille le matin avec une joie secr\u00e8te\u00a0; je vois la lumi\u00e8re avec une esp\u00e8ce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content.\u00a0\u00bb On ne saurait mieux dire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/montesquieu_0.jpg\" width=\"390\" height=\"375\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis bon citoyen parce que j\u2019aime le gouvernement o\u00f9 je suis n\u00e9 [\u2026] parce que j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 content de l\u2019\u00e9tat o\u00f9 je suis [\u2026] mais dans quelque pays que je fusse n\u00e9, je l\u2019aurais \u00e9t\u00e9 tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1002\" class=\"cit-num\">1002<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa philosophie sera \u00e0 l\u2019image de l\u2019homme et du citoyen, toute d\u2019\u00e9quilibre et de raison, en accord avec ce si\u00e8cle o\u00f9 le bonheur est de r\u00e8gle et o\u00f9, seul de la bande des quatre philosophes, Rousseau l\u2019\u00e9corch\u00e9 vif fera exception.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je savais quelque chose qui me f\u00fbt utile et qui f\u00fbt pr\u00e9judiciable \u00e0 ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui f\u00fbt utile \u00e0 ma famille et qui ne le f\u00fbt pas \u00e0 ma patrie, je chercherais \u00e0 l\u2019oublier. Si je savais quelque chose utile \u00e0 ma patrie et qui f\u00fbt pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1003\" class=\"cit-num\">1003<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Cahiers<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est le premier de tous les philosophes \u00e0 se proclamer europ\u00e9en et m\u00eame citoyen du monde, \u00e0 l\u2019image d\u2019un\u00a0si\u00e8cle \u00e0 vocation cosmopolite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019y avait en Angleterre qu\u2019une religion, le despotisme serait \u00e0 craindre\u00a0; s\u2019il y en avait deux, elles se couperaient la gorge\u00a0; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1025\" class=\"cit-num\">1025<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques, <\/em>ou<em> Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur admire le r\u00e9gime anglais qu\u2019il eut tout loisir d\u2019\u00e9tudier, en trois ans d\u2019exil. Il expose les le\u00e7ons que la France peut en tirer en maints domaines (religion, \u00e9conomie, politique).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_2.jpg\" width=\"400\" height=\"423\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il en a co\u00fbt\u00e9 sans doute pour \u00e9tablir la libert\u00e9 en Angleterre\u00a0; c\u2019est dans des mers de sang qu\u2019on a noy\u00e9 l\u2019idole du pouvoir despotique\u00a0; mais les Anglais ne croient pas avoir achet\u00e9 trop cher leurs lois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1026\" class=\"cit-num\">1026<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, ou <em>Lettres anglaises<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0La nation anglaise est la seule de la Terre qui soit parvenue \u00e0 r\u00e9gler le pouvoir des rois en leur r\u00e9sistant [\u2026] Les guerres civiles de France ont \u00e9t\u00e9 plus longues, plus cruelles, plus f\u00e9condes en crimes que celles d\u2019Angleterre\u00a0; mais de toutes ces guerres civiles, aucune n\u2019a eu une libert\u00e9 sage pour objet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ne sont pas faits pour la libert\u00e9\u00a0: ils en abuseraient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1027\" class=\"cit-num\">1027<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Faits singuliers de l\u2019histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 son amour de l\u2019humanit\u00e9, notre philosophe se m\u00e9fie de la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Il me para\u00eet n\u00e9cessaire qu\u2019il y ait des gueux ignorants [\u2026] Ce n\u2019est pas le man\u0153uvre qu\u2019il faut instruire, c\u2019est le bon bourgeois, c\u2019est l\u2019habitant des villes\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 M.\u00a0Damilaville, 1er\u00a0avril 1766). Et dans son <em>Dictionnaire philosophique portatif, ou la raison par l\u2019alphabet<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Distingue toujours les honn\u00eates gens qui pensent, de la populace qui n\u2019est point faite pour penser.\u00a0\u00bb C\u2019est le reflet de son si\u00e8cle, certes \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb, mais pas du tout r\u00e9volutionnaire ni m\u00eame social. Seule exception, Rousseau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jet\u00e9 d\u00e8s mon enfance dans le tourbillon du monde, j\u2019appris de bonne heure par l\u2019exp\u00e9rience que je n\u2019\u00e9tais pas fait pour y vivre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1034\" class=\"cit-num\">1034<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Les R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em> (posthume, 1782)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire et Diderot furent injustes et m\u00eame cruels envers lui, comme Hugo le traitant de \u00ab\u00a0faux misanthrope rococo\u00a0\u00bb. Sinc\u00e8rement \u00e9pris de nature et de solitude, il est inapte \u00e0 la vie sociale, incompris et d\u00e9plorant de si mal communiquer, rebelle \u00e0 toute contrainte, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce qui l\u2019entoure et souffrant du contact des hommes jusqu\u2019\u00e0 la folie de la pers\u00e9cution. Exception \u00e0 la r\u00e8gle dans ce si\u00e8cle \u00e9minemment sociable et volontiers heureux, il conclut dans un dernier paradoxe de ses <em>R\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Me voici donc seul sur la terre, n\u2019ayant plus de fr\u00e8re, de prochain, d\u2019ami, de soci\u00e9t\u00e9 que moi-m\u00eame. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a \u00e9t\u00e9 proscrit par un accord unanime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rousseau_0.jpg\" width=\"400\" height=\"467\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature a fait l\u2019homme heureux et bon, mais [\u2026] la soci\u00e9t\u00e9 le d\u00e9prave et le rend mis\u00e9rable.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1035\" class=\"cit-num\">1035<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Dialogues\u00a0: Rousseau juge de Jean-Jacques<\/em> (1772-1776)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Postulat qui fonde toute son \u0153uvre politique, p\u00e9dagogique, morale, religieuse, romanesque. On le trouve d\u00e8s 1750 dans le<em> Discours sur les sciences et les arts\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Nos \u00e2mes se sont corrompues \u00e0 mesure que nos sciences et nos arts se sont avanc\u00e9s \u00e0 la perfection.\u00a0\u00bb Il r\u00e9cidive avec sa <em>Lettre \u00e0 d\u2019Alembert sur les spectacles<\/em> (1758) qui dit les dangers du th\u00e9\u00e2tre en g\u00e9n\u00e9ral et de Moli\u00e8re en particulier, \u00ab\u00a0\u00e9cole de mauvaises m\u0153urs\u00a0\u00bb. Rousseau en fait aussi tout un roman par lettres, \u00ab\u00a0best-seller\u00a0\u00bb du temps (plus de 70 \u00e9ditions en quarante ans), hymne \u00e0 la nature, la vertu et la passion\u00a0: <em>Julie ou la Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em> (1761). Ce \u00ab\u00a0barbare\u00a0\u00bb qui d\u00e9nonce le faux progr\u00e8s de la civilisation des Lumi\u00e8res heurte tous les autres philosophes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les c\u0153urs sont si abattus et constern\u00e9s qu\u2019on ne songe qu\u2019\u00e0 mourir et qu\u2019on envie le sort de Marseille\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1084\" class=\"cit-num\">1084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mathieu <span class=\"caps\">MARAIS<\/span> (1665-1737),<em> Journal de Paris<\/em>, ann\u00e9e 1720<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les M\u00e9moires de cet avocat au Parlement de Paris constituent la plus fid\u00e8le et vivante chronique sur la R\u00e9gence et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>.<\/p>\n<p>Il t\u00e9moigne ici des cons\u00e9quences dramatiques de la banqueroute de Law \u00e0 Paris, alors qu\u2019\u00e0 Marseille s\u00e9vit la derni\u00e8re grande peste de l\u2019histoire, apport\u00e9e par un vaisseau venu du Proche-Orient. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie fait plus de 1\u00a0000 morts certains jours de septembre, et 85\u00a0000 au total, de juin \u00e0 octobre\u00a01720.<\/p>\n<p>La banqueroute a ruin\u00e9 une partie des 500\u00a0000 d\u00e9posants, mais tous les petits d\u00e9p\u00f4ts (moins de 400\u00a0livres) ont \u00e9t\u00e9 totalement indemnis\u00e9s \u00e0 terme. Plus grave, le souvenir de ce drame va peser lourd sur la vie financi\u00e8re et freiner la modernisation de la France. Tout au long du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le pays manquera d\u2019une structure bancaire et d\u2019un syst\u00e8me mon\u00e9taire sur le mod\u00e8le de l\u2019Angleterre, mieux arm\u00e9e pour devenir la plus grande puissance europ\u00e9enne, \u00e0 travers la prosp\u00e9rit\u00e9 du commerce et l\u2019essor du capitalisme industriel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On vit en d\u00e9bauche ouverte \u00e0 Versailles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1088\" class=\"cit-num\">1088<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mathieu <span class=\"caps\">MARAIS<\/span> (1665-1737), <em>Journal<\/em>, 31\u00a0juillet 1722<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Versailles donne le ton \u00e0 Paris\u00a0: la R\u00e9gence est une p\u00e9riode fr\u00e9n\u00e9tique, pleine de mis\u00e8res, d\u2019exc\u00e8s, de folies. La vieille Madame (la Palatine, m\u00e8re du R\u00e9gent) \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9bauche est g\u00e9n\u00e9rale et affreuse. Toute la jeunesse de l\u2019un et l\u2019autre sexe m\u00e8ne en France une vie des plus r\u00e9pr\u00e9hensibles\u00a0; plus elle est d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e, mieux cela vaut [\u2026], leur conduite me semble celle des cochons et des truies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais la France profonde, c\u2019est aussi celle dont Chardin donnera l\u2019image, dans ses tranquilles tableaux d\u2019int\u00e9rieur\u00a0; celle des salons litt\u00e9raires, des caf\u00e9s et des clubs o\u00f9 les philosophes aff\u00fbtent et r\u00e9pandent leurs id\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi d\u00e9clara hier son mariage et je vous assure que l\u2019on ne peut \u00eatre plus gai ni d\u00e9sirer plus vivement l\u2019arriv\u00e9e de la princesse\u00a0; il nous a promis que dix mois apr\u00e8s son mariage, il serait p\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1094\" class=\"cit-num\">1094<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725.<em> M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em>\u00a0(posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Villars, anobli sur le tard par Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, entre dans la carri\u00e8re militaire \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 d\u2019autres prennent leur retraite. Il fut le meilleur g\u00e9n\u00e9ral de la guerre de Succession d\u2019Espagne. C\u2019est aussi un homme de cour respect\u00e9, cultiv\u00e9, \u00e0 la plume et l\u2019esprit toujours alertes.<\/p>\n<p>L\u2019adolescent tr\u00e8s pieux se r\u00e9serve pour sa femme, mais son sang Bourbon bouillonne, face \u00e0 toutes les jeunes beaut\u00e9s de la cour, impatientes de lui plaire. En attendant le mariage, la chasse est l\u2019exutoire de sa vitalit\u00e9 et restera plus tard, avec l\u2019amour, son passe-temps favori. Des bruits courent cependant, dans cette cour qui se fait l\u2019\u00e9cho de tous les ragots\u00a0: Marie est, dit-on, affreuse, avec des pieds palm\u00e9s, des crises d\u2019\u00e9pilepsie et des sueurs froides. Plus s\u00e9rieusement, on assure que le mariage a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 par la jolie Mme\u00a0de Prie, ma\u00eetresse de M. le Duc de Bourbon (Premier ministre plus ou moins soumis \u00e0 la dame) et qu\u2019elle a voulu la future reine sotte et laide, afin de mieux la dominer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La princesse de Pologne avait pr\u00e8s de vingt-deux ans, bien faite et aimable de sa personne, ayant d\u2019ailleurs toute la vertu, tout l\u2019esprit, toute la raison qu\u2019on pouvait d\u00e9sirer dans la femme d\u2019un roi qui avait quinze ans et demi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1095\" class=\"cit-num\">1095<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734), 28\u00a0mai\u00a01725. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em> (posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vertu est indiscutable et le demeura. Peut-\u00eatre le bonheur la fit-elle jolie un temps. Mais son propre p\u00e8re, le roi de Pologne, assurait n\u2019avoir jamais connu de reines plus ennuyeuses que sa femme et sa fille\u00a0! Or Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, de nature m\u00e9lancolique, a surtout besoin de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de gaiet\u00e9, d\u2019esprit. On ne peut donc imaginer couple plus mal assorti.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, apr\u00e8s le mariage (4\u00a0septembre 1725) et toujours selon le t\u00e9moignage de Villars, fringant septuag\u00e9naire, \u00ab\u00a0la nuit du 5 au 6 a \u00e9t\u00e9 pour notre jeune roi une des plus glorieuses [\u2026] la nuit du 6 au 7 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale. Le roi, comme vous croyez bien, est fort content de lui et de la reine, laquelle, en v\u00e9rit\u00e9, est avec raison bien reine de toutes les fa\u00e7ons.\u00a0\u00bb Le duc de Bourbon confirme par lettre au p\u00e8re de la mari\u00e9e que le roi donna \u00e0 la reine \u00ab\u00a0sept preuves de tendresse\u00a0\u00bb la premi\u00e8re nuit qui avait dur\u00e9 treize heures. C\u2019est le d\u00e9but de la carri\u00e8re amoureuse de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>\u2026 et la preuve que les rois n\u2019ont pas de vie priv\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi ne songe pas assez \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de Paris, qui est souvent de grande cons\u00e9quence pour son autorit\u00e9. On a vu des barricades, c\u2019est une invention qui a fait fortune depuis le duc de Guise, dont on s\u2019est servi depuis, et que les Parisiens se rappellent \u00e0 pr\u00e9sent. Ils s\u2019en serviront \u00e0 la premi\u00e8re occasion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1102\" class=\"cit-num\">1102<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis d\u2019<span class=\"caps\">ARGENSON<\/span> (1694-1757), lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police, texte \u00e9crit vers 1731.<em> Journal et M\u00e9moires du marquis d\u2019Argenson<\/em> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019agitation parlementaire est relay\u00e9e par l\u2019agitation populaire. Ce pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un fait divers.<\/p>\n<p>De pr\u00e9tendus miracles se produisent depuis 1730, sur la tombe du diacre P\u00e2ris, saint homme ayant v\u00e9cu pour les pauvres, mort en 1727 et enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re Saint-M\u00e9dard, au bas de la rue Mouffetard. Tumultes et manifestations d\u2019hyst\u00e9rie collective alternent. Les convulsionnaires attirent les badauds.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi une question religieuse. Le diacre \u00e9tait jans\u00e9niste pur et dur, farouche opposant aux j\u00e9suites, au pape et \u00e0 la bulle <em>Unigenitus<\/em>. Le Parlement de Paris a une minorit\u00e9 jans\u00e9niste remuante et le mouvement n\u2019en finit pas de rebondir. Le d\u00e9sordre est tel que la police ferme le cimeti\u00e8re, le 29\u00a0janvier 1732.<\/p>\n<p>C\u2019est une nouvelle \u00e9preuve de force entre les magistrats et le pouvoir royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait tout ce qu\u2019il fallait pour faire le plus grand roi du monde. Il ne lui aurait fallu que la moiti\u00e9 de la gasconnade d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et du grand caract\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1112\" class=\"cit-num\">1112<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CRO\u0178<\/span> (1718-1784),<em> Journal in\u00e9dit\u00a0: M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mar\u00e9chal de France et gouverneur de Picardie, tr\u00e8s proche du roi et naturellement courtisan, le duc reconna\u00eet cependant des manques essentiels dans la personnalit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Il manquera surtout au roi un Richelieu, vu ses points communs avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0: m\u00eames doutes, scrupules excessifs, volont\u00e9 secr\u00e8te, m\u00e9fiance et timidit\u00e9. Autre probl\u00e8me, il a peu de contacts avec ses ministres et se d\u00e9cide sur dossier, ou sur informations re\u00e7ues par un r\u00e9seau d\u2019espions et de diplomates plus ou moins secrets. Il est aussi sous l\u2019influence de ses ma\u00eetresses qui lui sont indispensables pour ne pas tomber dans une m\u00e9lancolie maladive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyant plus juste que les autres, il croyait toujours avoir tort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1113\" class=\"cit-num\">1113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">CRO\u0178<\/span> (1718-1784), <em>Journal in\u00e9dit\u00a0: M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit encore, \u00e0 propos de Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dit mille fois dans mes M\u00e9moires, il ne lui manquait que d\u2019oser d\u00e9cider par lui-m\u00eame et de ne pas, toujours par modestie, tourner \u00e0 l\u2019avis des autres, tandis qu\u2019il voyait mieux qu\u2019eux.\u00a0\u00bb Le duc de Luynes, autre proche, confirme\u00a0: \u00ab\u00a0On voit quelquefois qu\u2019il a envie de parler, la timidit\u00e9 le retient, et les expressions semblent se refuser.\u00a0\u00bb La comparaison s\u2019impose ici avec Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entends toujours demander si les chiens et les chevaux sont las et jamais les hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1116\" class=\"cit-num\">1116<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LANSMATE<\/span> (<span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle), premier piqueur du roi. <em>M\u00e9moires sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et sur la R\u00e9volution<\/em> (1886), comte Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Robert Saint John de Cr\u00e8vec\u0153ur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion d\u2019une chasse qui a \u00e9puis\u00e9 b\u00eates et gens, Lansmate d\u00e9plore l\u2019insolente sant\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, jointe \u00e0 un certain \u00e9go\u00efsme.<\/p>\n<p>L\u2019enfant ch\u00e9tif et plusieurs fois mourant est devenu un sportif infatigable, avant tout grand et bon chasseur, par tous les temps. Les voyages, les c\u00e9r\u00e9monies, les amours, la guerre m\u00eame o\u00f9 il se montre fier soldat, rien ne semble pouvoir le fatiguer. Luynes \u00e9voque \u00ab\u00a0cet extr\u00eame besoin d\u2019exercices violents et de dissipation, et des moments de noire tristesse\u00a0\u00bb. Le roi n\u2019a jamais assez de divertissements et son m\u00e9tier de roi, exerc\u00e9 par intermittence, ne lui suffit pas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se sentait forc\u00e9 de l\u2019aimer dans l\u2019instant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1118\" class=\"cit-num\">1118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CASANOVA<\/span> (1725-1798), de passage en France, 1750,<em> Histoire de ma vie<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aventurier et m\u00e9morialiste italien (d\u2019expression fran\u00e7aise) confirme cette impression de prestance et de gr\u00e2ce que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> donne \u00e0 quiconque l\u2019approche\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le roi aller \u00e0 la messe. La t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> \u00e9tait belle \u00e0 ravir et plant\u00e9e sur son cou l\u2019on ne pouvait pas mieux. Jamais peintre tr\u00e8s habile ne put dessiner le coup de t\u00eate de ce monarque lorsqu\u2019il se retournait pour regarder quelqu\u2019un.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les affaires qui peuvent agiter le Parlement, et surtout celles qui tiennent \u00e0 la religion, doivent \u00eatre \u00e9touff\u00e9es d\u00e8s leur naissance et d\u00e9truites dans leur germe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1139\" class=\"cit-num\">1139<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">BERNIS<\/span> (1715-1794), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1756, le roi sent son pouvoir absolu menac\u00e9. L\u2019agitation parlementaire recommence de plus belle avec la \u00ab\u00a0th\u00e9orie des classes\u00a0\u00bb \u2013 selon laquelle tous les Parlements forment un corps unique \u2013 et la cr\u00e9ation d\u2019un deuxi\u00e8me vingti\u00e8me. L\u2019agitation se communique au pays.<\/p>\n<p>Et le clerg\u00e9, qui a gagn\u00e9 sa guerre du (premier) vingti\u00e8me contre le ministre Machault d\u2019Arnouville (pass\u00e9 en 1754 des Finances \u00e0 la Marine), va relancer une guerre d\u2019un autre temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le ton de la nation\u00a0; si les Fran\u00e7ais perdent une bataille, une \u00e9pigramme les console\u00a0; si un nouvel imp\u00f4t les charge, un vaudeville les d\u00e9dommage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1149\" class=\"cit-num\">1149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet Italien de Paris conna\u00eet bien notre pays et notre litt\u00e9rature. Surnomm\u00e9 le Moli\u00e8re italien, il veut r\u00e9former la com\u00e9die italienne dans son pays, \u00f4tant les masques aux personnages et supprimant l\u2019improvisation pour \u00e9crire ses pi\u00e8ces de bout en bout, d\u2019o\u00f9 son premier chef-d\u2019\u0153uvre,<em> La Locandiera<\/em>. Il est violemment attaqu\u00e9 par Carlo Gozzi, comte querelleur et batailleur, qui d\u00e9fend la tradition de la commedia dell\u2019arte \u00e0 coups de libelles et de cabales.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 de cette guerre des deux Carlo, le paisible Goldoni, invit\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, s\u2019installe d\u00e9finitivement \u00e0 Paris, en 1762. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais pour la Com\u00e9die-Italienne (rivale de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), devient professeur d\u2019italien \u00e0 la cour. Il sera \u00e9galement pensionn\u00e9 sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> \u00e0 la fin de sa vie, pauvre, malade, presque aveugle, mais exprimant toujours sa gratitude pour la France \u2013 m\u00eame si la R\u00e9volution supprime sa pension \u00e0 l\u2019octog\u00e9naire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais sont inquiets et murmurateurs, les r\u00eanes du gouvernement ne sont jamais conduites \u00e0 leur gr\u00e9 [\u2026] On dirait que la plainte et le murmure rentrent dans l\u2019essence de leur caract\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1190\" class=\"cit-num\">1190<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dauphin <span class=\"caps\">LOUIS<\/span>, futur <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), <em>R\u00e9flexions sur les entretiens avec le duc de La Vauguyon<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019entretient avec son gouverneur, au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat royal de 1770. Apr\u00e8s la disgr\u00e2ce de Choiseul (fin 1770), le \u00ab\u00a0triumvirat\u00a0\u00bb Maupeou-Terray-d\u2019Aiguillon est au pouvoir jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> qui soutient ses trois ministres, et r\u00e9affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne changerai pas.\u00a0\u00bb En quatre ann\u00e9es, le chancelier Maupeou et le contr\u00f4leur des Finances Terray tentent de r\u00e9former la France. La t\u00e2che du grand financier est la plus ingrate. Ses projets \u00e0 long terme sont bons, mais dans l\u2019imm\u00e9diat, il pare au plus press\u00e9\u00a0: il \u00e9tablit de nouvelles taxes, r\u00e9duit les pensions et traitements, supprime avec courage des offices inutiles. La rumeur l\u2019accuse de vouloir sp\u00e9culer sur les grains, quand il \u00e9tablit le monopole royal (pacte de famine). Et les mesures de l\u2019abb\u00e9 Terray sont si impopulaires qu\u2019elles lui valent le surnom de Vide-Gousset.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, vous avez l\u00e0 deux cent mille amoureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1192\" class=\"cit-num\">1192<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">BRISSAC<\/span> (1734-1792), gouverneur de Paris, \u00e0 Marie-Antoinette, 8\u00a0juin 1773. <em>M\u00e9moires de Mme\u00a0la comtesse du Barri<\/em> (posthume, 1829), Jeanne B\u00e9cu du Barry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le vieux courtisan lui montre la foule immense venue l\u2019acclamer pour son entr\u00e9e solennelle \u00e0 Paris. La Dauphine de France d\u00e9couvre le peuple se pressant dans les jardins de Versailles pour l\u2019entrevoir. Cet exc\u00e8s de popularit\u00e9 a retard\u00e9 de trois ans son entr\u00e9e dans la capitale \u2013 elle s\u2019est mari\u00e9e avec le Dauphin le 16\u00a0mai\u00a01770, \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Elle \u00e9crira \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne puis vous dire, ma ch\u00e8re maman, les transports de joie, d\u2019affection, qu\u2019on nous a t\u00e9moign\u00e9s. Avant de nous retirer, nous avons salu\u00e9 avec la main le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu\u2019on est heureux dans notre \u00e9tat de gagner l\u2019amiti\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 si bon march\u00e9\u00a0! Il n\u2019y a pourtant rien de si pr\u00e9cieux. Je l\u2019ai senti et je ne l\u2019oublierai jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus dure sera la chute \u2013 sous la R\u00e9volution. La sc\u00e8ne rappelle la phrase d\u2019un autre vieux courtisan, Villeroi s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, l\u2019enfant-roi de 10\u00a0ans, sous la R\u00e9gence\u00a0: \u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelque maladie qu\u2019aient les princes, jamais ce qui les entoure, ni les m\u00e9decins, ne conviennent qu\u2019ils soient mal que lorsqu\u2019ils sont morts. La flatterie et la politique les conduisent jusqu\u2019au tombeau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1194\" class=\"cit-num\">1194<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron de <span class=\"caps\">BESENVAL<\/span> (1721-1791), <em>M\u00e9moires de Besenval<\/em> (posthume, 1805)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout s\u2019est pass\u00e9 comme \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. On cache au roi la gravit\u00e9 de son mal \u2013 la petite v\u00e9role (variole). Il est d\u2019autant plus cr\u00e9dule qu\u2019il croit l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 eue, et sa peur terrible du diable lui fait \u00e9carter l\u2019id\u00e9e m\u00eame de la mort.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une semaine d\u2019atroces souffrances support\u00e9es avec courage, la bougie allum\u00e9e sur le rebord du balcon royal \u00e0 Versailles est souffl\u00e9e par son valet\u00a0: le roi est mort, le 10\u00a0mai 1774.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas \u00eatre plus royaliste que le roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1204\" class=\"cit-num\">1204<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Phrase en vogue sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> et devenue proverbe. <em>La Monarchie selon la Charte<\/em> (1816), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Maxime invent\u00e9e \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, pour critiquer les aristocrates qui d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e de monarchie et les int\u00e9r\u00eats du roi, avec plus d\u2019ardeur que le roi lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce sont naturellement et avant tout les privil\u00e9gi\u00e9s, la noblesse et le haut clerg\u00e9, les notables, tous ces gens attach\u00e9s \u00e0 leurs avantages acquis, et qui ne comprennent pas qu\u2019en les d\u00e9fendant ainsi, ils jouent \u00e0 plus ou moins long terme contre leurs int\u00e9r\u00eats, et contre le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> n\u2019en est pas moins tr\u00e8s \u00ab\u00a0royaliste\u00a0\u00bb, impr\u00e9gn\u00e9 de tous ses droits et devoirs de roi de droit divin, jusqu\u2019\u00e0 dire en 1787\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e9gal parce que je le veux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sans doute assez intelligent pour comprendre la n\u00e9cessit\u00e9 des r\u00e9formes, mais pas assez courageux pour soutenir durablement ceux qui en ont le projet, c\u2019est surtout un roi dramatiquement faible. Et comme tous les faibles, il est capable de coups de t\u00eate qui surprennent son entourage, et m\u00eame de coups de force qui vont d\u00e9cha\u00eener le pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon Dieu, guidez-nous, prot\u00e9gez-nous, nous r\u00e9gnons trop jeunes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1205\" class=\"cit-num\">1205<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793) et <span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), Versailles, 10\u00a0mai 1774. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre\u00a0; suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span><\/em> (1823), Jeanne-Louis-Henriette Genet Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mme Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette, est connue pour ses <em>M\u00e9moires<\/em>. Tr\u00e8s proche de la reine, elle apporte un \u00e9clairage original sur le personnage, mais les historiens contemporains mettent parfois en cause cette source.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> est mort, les courtisans se ruent vers le nouveau roi. Le petit-fils du d\u00e9funt roi, \u00e2g\u00e9 de 20\u00a0ans, est tout de suite effray\u00e9 par le poids des responsabilit\u00e9s, plus qu\u2019enivr\u00e9 par son nouveau pouvoir. Et Marie-Antoinette est d\u2019un an sa cadette.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les relations r\u00e9publicaines me charmaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1224\" class=\"cit-num\">1224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), profession de foi adolescente. <em>M\u00e9moires, correspondance et manuscrits du g\u00e9n\u00e9ral Lafayette<\/em> (posthume, 1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Issu d\u2019une grande famille dont la noblesse remonte au <span class=\"caps\">XI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, orphelin \u00e0 13\u00a0ans, ambitieux, il se veut militaire, mais pas courtisan. D\u2019o\u00f9 ce mot amusant, quand il fait expr\u00e8s de d\u00e9plaire pour quitter une place \u00e0 la cour et s\u2019engager dans l\u2019aventure am\u00e9ricaine, avec les premiers volontaires fran\u00e7ais. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une tr\u00e8s longue carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Benjamin Franklin, venu en mars\u00a01777 d\u00e9fendre la cause des \u00ab\u00a0Insurgents\u00a0\u00bb, a convaincu\u00a0: la simplicit\u00e9 de mise et le franc-parler de cet ambassadeur septuag\u00e9naire, envoy\u00e9 du Nouveau Monde, contrastent avec les airs de la cour et s\u00e9duisent d\u2019embl\u00e9e les Parisiens. Voltaire et Turgot l\u2019admirent \u00e9galement.<\/p>\n<p>La Fayette, 19\u00a0ans, contre l\u2019avis de sa famille et du roi, s\u2019embarque \u00e0 ses frais sur une fr\u00e9gate et d\u00e9barque en Am\u00e9rique en juin\u00a01777, pour se joindre aux troupes de Virginie. Nomm\u00e9 \u00ab\u00a0major g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, le jeune marquis paie de sa personne au combat. Plus que jamais charm\u00e9 par les \u00ab\u00a0relations r\u00e9publicaines\u00a0\u00bb, il s\u2019enthousiasme pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, pour le civisme des citoyens, avec l\u2019intuition de vivre un \u00e9v\u00e9nement qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res de ce pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons plus grand besoin d\u2019un vaisseau que d\u2019un collier.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1238\" class=\"cit-num\">1238<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), aux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassenge. <em>M\u00e9moires sur la vie priv\u00e9e de Marie-Antoinette<\/em> (1823), Madame Campan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine, quoique toujours coquette et d\u00e9pensi\u00e8re, refuse une parure de 540 diamants d\u2019une valeur de 1\u00a0600\u00a0000\u00a0livres \u2013 le prix de deux vaisseaux de guerre. \u00c9tonnante r\u00e9action de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb accus\u00e9e de ruiner la France\u00a0!<\/p>\n<p>Boehmer a achet\u00e9 le collier, certain qu\u2019elle changera d\u2019avis, mais elle r\u00e9it\u00e8re son refus et il ne sait plus o\u00f9 ni comment vendre un tel bijou\u00a0! L\u2019intrigante comtesse de La Motte et l\u2019aventurier italien Cagliostro vont persuader le cardinal de Rohan de l\u2019acheter, pour s\u2019attirer les faveurs de Marie-Antoinette qui ne peut faire publiquement une telle d\u00e9pense, et le remboursera ensuite secr\u00e8tement. Ils se chargent de remettre eux-m\u00eames le bijou \u00e0 la reine.<\/p>\n<p>C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une escroquerie dont Dumas tirera un roman et qui va devenir, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019historique \u00ab\u00a0affaire du Collier de la reine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les mots\u00a0! Les mots\u00a0! On a br\u00fbl\u00e9 au nom de la charit\u00e9, on a guillotin\u00e9 au nom de la fraternit\u00e9. Sur le th\u00e9\u00e2tre des choses humaines, l\u2019affiche est presque toujours le contraire de la pi\u00e8ce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1267\" class=\"cit-num\">1267<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmond de <span class=\"caps\">GONCOURT<\/span> (1822-1896) et Jules de <span class=\"caps\">GONCOURT<\/span> (1830-1870), <em>Id\u00e9es et Sensations<\/em> (1866)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette v\u00e9rit\u00e9 vaut sous la R\u00e9volution plus qu\u2019en toute autre \u00e9poque de notre histoire de France. D\u2019o\u00f9 le nombre consid\u00e9rable de (belles ou tr\u00e8s belles) citations, parall\u00e8lement au nombre de victimes, guillotin\u00e9es, massacr\u00e9es ou tu\u00e9es au cours des guerres civiles et \u00e9trang\u00e8res. Le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb r\u00e9volutionnaire est un grand spectacle politique et humain, qui passionne toujours les historiens et un vaste public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est des feux de la s\u00e9dition que na\u00eet la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1270\" class=\"cit-num\">1270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793),<em> Les Cha\u00eenes de l\u2019esclavage<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce livre para\u00eet \u00e0 Londres o\u00f9 Marat travaille comme m\u00e9decin. L\u2019auteur y attaque la tyrannie sous toutes ses formes et d\u00e9nonce la corruption de la cour \u2013 mais de retour en France, il devient m\u00e9decin des gardes du comte d\u2019Artois, en 1776. Il y fait aussi une th\u00e9orie du processus r\u00e9volutionnaire, avec dynamisme des masses entretenu, r\u00e9volution sans cesse r\u00e9amorc\u00e9e et pour tout dire permanente, \u00e0 la Engels. Le livre sera traduit et publi\u00e9 en France en 1792\u00a0: Marat, depuis 1789, est pass\u00e9 de la th\u00e9orie \u00e0 l\u2019action. C\u2019est l\u2019un des r\u00e9volutionnaires les plus extr\u00eames.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Malheur \u00e0 ceux qui remuent le fond d\u2019une nation\u00a0! Il n\u2019est point de si\u00e8cle des Lumi\u00e8res pour la populace [\u2026] toujours cannibale, toujours anthropophage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1272\" class=\"cit-num\">1272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Fragments et pens\u00e9es politiques<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00e9crivain se situe \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019\u00e9chiquier politique, dans le camp de la Contre-R\u00e9volution. D\u00e9fenseur de la monarchie, bient\u00f4t condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019exil, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut plut\u00f4t, pour op\u00e9rer une r\u00e9volution, une certaine masse de b\u00eatise d\u2019une part qu\u2019une certaine dose de lumi\u00e8re de l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019il ne faut jamais s\u00e9parer, en ce monde\u00a0: 1\u00b0\u00a0que la souverainet\u00e9 r\u00e9side dans le peuple\u00a0; 2\u00b0\u00a0que le peuple ne doit jamais l\u2019exercer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1275\" class=\"cit-num\">1275<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Journal politique national des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux et de la R\u00e9volution de 1789<\/em>, publi\u00e9 cette m\u00eame ann\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019humour est une qualit\u00e9 rare en ces temps h\u00e9ro\u00efques\u00a0: Rivarol est un t\u00e9moin pr\u00e9cieux. Le c\u0153ur \u00e0 droite, ce n\u2019est pas un extr\u00e9miste et il n\u2019\u00e9pargne pas les gens de son camp, m\u00eame si le parti des vrais r\u00e9volutionnaires offre davantage mati\u00e8re \u00e0 provoquer sa plume et stimuler sa verve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand tous les hommes seront libres, ils seront \u00e9gaux\u00a0; quand ils seront \u00e9gaux, ils seront justes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1277\" class=\"cit-num\">1277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), <em>L\u2019Esprit de la R\u00e9volution et de la Constitution en France<\/em> (1791)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mots \u00e0 l\u2019image du personnage pur et dur. L\u2019ouvrage fait de lui, \u00e0 24\u00a0ans, le plus jeune th\u00e9oricien de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Le mouvement r\u00e9volutionnaire est d\u00e9crit comme un cercle id\u00e9alement vertueux, entra\u00eenant une escalade de progr\u00e8s. Les faits d\u00e9mentent ce genre d\u2019optimisme \u2013 et pas seulement notre R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honn\u00eate homme n\u2019est pas de faire son devoir, mais de le conna\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1279\" class=\"cit-num\">1279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>Consid\u00e9rations sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 d\u2019une vieille famille de la noblesse de robe et d\u2019\u00e9p\u00e9e, \u00e9lev\u00e9 chez les Oratoriens, d\u00e9fenseur syst\u00e9matique de l\u2019ordre ancien et de la monarchie de droit divin, saisi dans la tourmente r\u00e9volutionnaire \u00e0 35\u00a0ans, il doit \u00e9migrer en raison de ses convictions monarchistes et chr\u00e9tiennes, avant de revenir, ultra (plus royaliste que le roi), sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<p>Cet \u00e9crivain t\u00e9moigne pour toute une g\u00e9n\u00e9ration dont la vie fut boulevers\u00e9e par 1789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature semblait avoir moul\u00e9 sa t\u00eate pour l\u2019Empire ou pour le gibet, taill\u00e9 ses bras pour \u00e9treindre une nation ou pour enlever une femme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1292\" class=\"cit-num\">1292<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau connut la gloire et \u00e9vita le gibet \u2013 il meurt dans son lit, \u00e9puis\u00e9 par une vie d\u2019exc\u00e8s. Il souleva le peuple par ses talents d\u2019orateur et multiplia les conqu\u00eates f\u00e9minines.<\/p>\n<p>Nous allons souvent retrouver ce grand t\u00e9moin \u00e0 la barre de l\u2019histoire \u2013 notre plus grand m\u00e9morialiste fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voyez ce Mirabeau qui a tant marqu\u00e9 dans la R\u00e9volution\u00a0: au fond, c\u2019\u00e9tait le roi de la halle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1293\" class=\"cit-num\">1293<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau, rejet\u00e9 de son ordre (la noblesse), \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 par le tiers \u00e9tat aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, m\u00eale plus que quiconque les attributs de la naissance et de la boh\u00e8me. Selon Fran\u00e7ois Furet\u00a0: \u00ab\u00a0Du rejeton le plus m\u00e9pris\u00e9 de l\u2019ancienne noblesse, la R\u00e9volution a fait le personnage le plus brillant de l\u2019Assembl\u00e9e constituante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1294\" class=\"cit-num\">1294<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em> (1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame savoureux petit livre et avec le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action.\u00a0\u00bb Avant la R\u00e9volution, Mirabeau vendait sa plume (et ses id\u00e9es) comme publiciste \u00e0 gages\u00a0; il vendra ensuite ses services \u2013 tr\u00e8s cher \u2013 au roi et \u00e0 la reine, d\u00e9j\u00e0 accus\u00e9 de trahison par certains d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019audace sur le front, le rire de la d\u00e9bauche sur les l\u00e8vres, la f\u00e9rocit\u00e9 de son visage d\u00e9nonce celle de son c\u0153ur\u00a0; il emprunte inutilement de Bacchus une apparente bonhomie et la jovialit\u00e9 des festins\u00a0; l\u2019emportement de ses discours, la violence de ses gestes, la bestialit\u00e9 de ses jurements le trahissent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1298\" class=\"cit-num\">1298<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce texte, \u00e9crit dans la prison de l\u2019Abbaye en 1793, comporte une part de v\u00e9rit\u00e9. Mais Mme\u00a0Roland d\u00e9teste visc\u00e9ralement Danton, l\u2019ennemi politique de son mari et de tous les Girondins emprisonn\u00e9s en attendant la mort. Elle-m\u00eame va devenir une authentique h\u00e9ro\u00efne, servie par ses <em>M\u00e9moires<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme ira loin car il croit tout ce qu\u2019il dit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1306\" class=\"cit-num\">1306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791),<em> M\u00e9moires biographiques, litt\u00e9raires et politiques de Mirabeau<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Orateur d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0la torche de Provence\u00a0\u00bb parle ainsi de Robespierre en 1789, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0la chandelle d\u2019Arras\u00a0\u00bb\u00a0: bien qu\u2019avocat, ce d\u00e9put\u00e9 du tiers \u00e9tat manque d\u2019\u00e9loquence \u00e0 la Constituante. Mais pour la conviction, il ne craint d\u00e9j\u00e0 personne et sera un jour craint de tous ses adversaires, peu \u00e0 peu \u00e9limin\u00e9s. Rousseau est son philosophe de chevet\u00a0: il emprunte au <em>Contrat social<\/em> ce qui sera, selon Jaur\u00e8s, sa seule id\u00e9e\u00a0: celle de la nation souveraine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9e pour faire une r\u00e9volution, mais pour nous donner une constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1326\" class=\"cit-num\">1326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Journal politique national des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux et de la R\u00e9volution de 1789,<\/em> publi\u00e9 cette m\u00eame ann\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le serment solennel du Jeu de paume et forte de la noblesse et du clerg\u00e9 venus rejoindre le tiers, l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u00e9e des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se proclame \u00ab\u00a0Constituante\u00a0\u00bb, le 9\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>De fait, les d\u00e9put\u00e9s se donnent pour but de r\u00e9diger une Constitution, et de r\u00e9former l\u2019organisation politique et sociale du royaume. Mais pas question de r\u00e9volution, moins encore de r\u00e9publique\u00a0! Les patriotes radicaux sont minoritaires. La majorit\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e, mod\u00e9r\u00e9e, souhaite une monarchie constitutionnelle. La Constituante va si\u00e9ger jusqu\u2019au 30\u00a0septembre 1791, pour laisser place \u00e0 une autre assembl\u00e9e, dite L\u00e9gislative, qui pr\u00e9c\u00e8de une troisi\u00e8me assembl\u00e9e, nomm\u00e9e Convention.<\/p>\n<p>Le travail l\u00e9gislatif sera intense, jusque dans la tourmente r\u00e9volutionnaire et la guerre. C\u2019est l\u2019un des faits les plus remarquables de ces six ann\u00e9es regroup\u00e9es sous le nom de R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes le premier de tous les Fran\u00e7ais qui \u00e9criv\u00eemes contre la R\u00e9volution avant la prise de la Bastille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1328\" class=\"cit-num\">1328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Pens\u00e9es in\u00e9dites de Rivarol<\/em> (posthume, 1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste et rare humoriste de l\u2019\u00e9poque, cet homme d\u2019ordre aurait pu \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui \u00e0 la Constitution, non \u00e0 la chienlit.\u00a0\u00bb La premi\u00e8re pi\u00e8ce mettant en sc\u00e8ne la prise de la Bastille est un vaudeville en un acte et en prose de Pellet-Desbarreaux,<em> Le Champ de Mars ou la R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la France<\/em>, jou\u00e9 dans la r\u00e9gion de Toulouse, en ao\u00fbt\u00a01789. Certaines sources situent m\u00eame la cr\u00e9ation en mars\u00a0: ce serait de la politique-fiction.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1329\" class=\"cit-num\">1329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire. La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay, massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort.<\/p>\n<p>Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Pr\u00e9sent \u00e0 Paris aux premiers jours de la R\u00e9volution, il est tr\u00e8s choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le nouveau monde, Monsieur de La Fayette a contribu\u00e9 \u00e0 la formation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle\u00a0; dans le monde ancien, \u00e0 la destruction d\u2019une vieille soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1337\" class=\"cit-num\">1337<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand a toujours le sens de la juste formule et le grand m\u00e9morialiste nous laisse une belle galerie de portraits. Vue par lui, l\u2019Histoire est toujours vivante.<\/p>\n<p>Dans le \u00ab\u00a0nouveau monde\u00a0\u00bb, rappelons le r\u00f4le du tr\u00e8s populaire \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 19\u00a0ans, il s\u2019est engag\u00e9 personnellement et financi\u00e8rement dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00ab\u00a0Insurgents\u00a0\u00bb contre l\u2019Angleterre, et contre la politique \u00e9trang\u00e8re de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. Le Congr\u00e8s des jeunes \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique l\u2019a fait citoyen d\u2019honneur en 1781. Dans le \u00ab\u00a0monde ancien\u00a0\u00bb, la France des Lumi\u00e8res et de la R\u00e9volution y a gagn\u00e9 un alli\u00e9 pr\u00e9cieux, pour les si\u00e8cles \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette maxime de la souverainet\u00e9 du peuple avait pourtant si bien exalt\u00e9 les t\u00eates que l\u2019Assembl\u00e9e [\u2026] s\u2019abandonna tout enti\u00e8re au flux et reflux des motions, ainsi qu\u2019\u00e0 la fougue de ses orateurs, qui entass\u00e8rent \u00e0 l\u2019envi d\u00e9crets sur d\u00e9crets, ruines sur ruines, pour satisfaire le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1346\" class=\"cit-num\">1346<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Tableau historique et politique des travaux de l\u2019Assembl\u00e9e constituante, depuis l\u2019ouverture des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, jusqu\u2019apr\u00e8s la journ\u00e9e du 6\u00a0octobre\u00a01789<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fallut un mois et demi de discussions avant le vote du texte final, mais il est remarquable. Tout le long pr\u00e9ambule et les 17 articles seraient \u00e0 citer.<\/p>\n<p>Selon Alphonse Aulard\u00a0: \u00ab\u00a01\u00a0200 d\u00e9put\u00e9s, incapables d\u2019aboutir \u00e0 une expression concise et lumineuse, quand ils travaillaient soit isol\u00e9ment, soit par petits groupes, trouv\u00e8rent les vraies formules, courtes et nobles, dans le tumulte d\u2019une discussion publique [\u2026] \u00c0 lire cette discussion, on a l\u2019impression que c\u2019est la nation, devenue souveraine par des actes spontan\u00e9s, qui dicte la D\u00e9claration \u00e0 ses repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb (<em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: origines et d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique, 1789-1804<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les cloches n\u2019ont jamais fait plus de bruit que depuis qu\u2019on les a fait taire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1374\" class=\"cit-num\">1374<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un chroniqueur. <em>Le Nouveau Paris<\/em> (1798), Louis-S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dramaturge et romancier, critique et essayiste, philosophe et journaliste, cette plume infatigable s\u2019autoproclame \u00ab\u00a0le plus grand livrier de France\u00a0\u00bb. Connu sous l\u2019Ancien R\u00e9gime pour un roman d\u2019anticipation \u2013 <em>l\u2019An 2440<\/em> \u2013 et pour son <em>Tableau de Paris<\/em>, il continue d\u2019\u00e9crire et de t\u00e9moigner sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement majeur auquel il assiste.<\/p>\n<p>On a descendu les cloches des tours des \u00e9glises, elles vont \u00eatre fondues et l\u2019on pourra frapper monnaie avec ces vieux bronzes. On fabrique ainsi des \u00ab\u00a0sous de cloches\u00a0\u00bb d\u00e8s septembre\u00a01790. Inutile de dire les discussions auxquelles a donn\u00e9 lieu ce genre de pratique, dans un pays rest\u00e9 profond\u00e9ment catholique malgr\u00e9 la politique religieuse de la R\u00e9volution\u00a0: biens du clerg\u00e9 nationalis\u00e9s le 2\u00a0novembre 1789, Constitution civile du clerg\u00e9 vot\u00e9e par la Constituante le 12\u00a0juillet 1790.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans une r\u00e9volution, le parti qui soutient les opinions mod\u00e9r\u00e9es a plus besoin que tout autre de courage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1376\" class=\"cit-num\">1376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817),<em> \u0152uvres compl\u00e8tes de Madame la baronne de Sta\u00ebl<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est bien la fille de son p\u00e8re qui s\u2019exprime\u00a0: Jacques Necker, banquier suisse, ministre des Finances tr\u00e8s populaire et toujours raisonnable dans sa gestion de la crise financi\u00e8re, se heurte \u00e0 la Constituante et surtout \u00e0 Mirabeau qui souhaite financer le d\u00e9ficit par l\u2019\u00e9mission des assignats (papier-monnaie).<\/p>\n<p>Tomb\u00e9 en disgr\u00e2ce, il donne sa d\u00e9mission le 3\u00a0septembre\u00a01790. Retir\u00e9 au ch\u00e2teau de Coppet, il va d\u00e9sormais \u00e9crire pour justifier sa gestion depuis que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> l\u2019a appel\u00e9 au gouvernement et exposer ses id\u00e9es sur l\u2019administration des finances de la France. Mais la mod\u00e9ration fut rarement une vertu \u00e0 l\u2019honneur, sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De ce jour et de ce lieu date une \u00e8re nouvelle de l\u2019histoire du monde et vous pourrez dire\u00a0: j\u2019y \u00e9tais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1435\" class=\"cit-num\">1435<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832), <em>Aus meinem Lebe\u00a0: Dichtung und Warheit \u2013\u00a0De ma vie\u00a0: Po\u00e9sie et V\u00e9rit\u00e9<\/em> (1811-1833), autobiographie. \u00ab\u00a0Von hier und heute geht eine neue Epoche der Weltgeschischte aus, und ihr koennt sagen ihr seid dabei gewesen.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand \u00e9crivain allemand, pr\u00e9sent (c\u00f4t\u00e9 Prussiens) \u00e0 la bataille de Valmy (commune de la Marne), est conscient de vivre un \u00e9v\u00e9nement majeur. Notons que la retraite des troupes du duc de Brunswick, sup\u00e9rieures en nombre, reste \u00e0 jamais une \u00e9nigme. Il aurait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne combattrons pas ici.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les maximes actuelles ne tendent qu\u2019\u00e0 d\u00e9truire. Elles ont d\u00e9j\u00e0 ruin\u00e9 les riches, sans enrichir les pauvres\u00a0; et au lieu de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des biens, nous n\u2019avons encore que l\u2019\u00e9galit\u00e9 des mis\u00e8res et des maux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1446\" class=\"cit-num\">1446<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Journal politique national. Rivarol et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise pendant la R\u00e9volution et l\u2019\u00e9migration, \u00e9tudes et portraits<\/em> (1883), Mathurin de Lescure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent un exil\u00e9 qui s\u2019exprime, au nom de nombreux \u00e9migr\u00e9s.<\/p>\n<p>Voltaire le saluait comme \u00ab\u00a0le Fran\u00e7ais par excellence\u00a0\u00bb et Burke (d\u00e9put\u00e9 irlandais et philosophe) en fait \u00ab\u00a0le Tacite de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb. Rivarol collabore au <em>Journal<\/em> et ses articles, publi\u00e9s sous forme de <em>M\u00e9moires<\/em>, sont une chronique pr\u00e9cieuse, tr\u00e8s intelligente et moins partisane que celle d\u2019autres opposants au nouveau r\u00e9gime \u2013 il critique d\u2019ailleurs l\u2019Ancien R\u00e9gime, la cour, les nobles.<\/p>\n<p>Au sein m\u00eame de la Convention, les Girondins (repr\u00e9sentant et surtout d\u00e9fendant les int\u00e9r\u00eats de la grande bourgeoisie d\u2019affaires) s\u2019opposent eux aussi aux projets de r\u00e9forme \u00e9conomique et sociale des Montagnards.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793. <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours. Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tu\u00e9 des rois bien avant le 21\u00a0janvier 1793. Mais Ravaillac, Damiens et leurs \u00e9mules voulaient atteindre la personne du roi, non le principe [\u2026] Ils n\u2019imaginaient pas que le tr\u00f4ne p\u00fbt rester toujours vide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1484\" class=\"cit-num\">1484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">CAMUS<\/span> (1913-1960),<em> L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Camus incarne l\u2019intellectuel engag\u00e9 et l\u2019homme r\u00e9volt\u00e9 en son temps troubl\u00e9 \u2013 deux guerres mondiales sanglantes, bataille des id\u00e9es et des id\u00e9ologies d\u2019une extr\u00eame violence. Il oppose les diverses formes de r\u00e9volte (historique, m\u00e9taphysique, artistique) qui sont justes et l\u00e9gitimes, aux r\u00e9volutions qui oublient les raisons initiales et tombent dans l\u2019id\u00e9ologie, le nihilisme et la justification du meurtre \u2013 toute chose absurde et suicidaire.<\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, il est vrai que l\u2019histoire du monde est riche en r\u00e9gicides. Mais les assassins des rois qui tuent un homme ne font que renforcer le mythe de la royaut\u00e9. Alors qu\u2019un proc\u00e8s public, devant une Assembl\u00e9e nationale devenue tribunal du peuple, devait mettre fin \u00e0 la monarchie de droit divin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aime mieux mourir que d\u2019\u00eatre t\u00e9moin de la ruine de mon pays\u00a0; je m\u2019honorerai d\u2019\u00eatre comprise parmi les glorieuses victimes immol\u00e9es \u00e0 la rage du crime.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1511\" class=\"cit-num\">1511<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1821)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En prison, elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em> (et certaines lettres qui n\u2019y figurent pas), elle r\u00e9dige aussi son<em> Projet de d\u00e9fense<\/em> au Tribunal r\u00e9volutionnaire. Mais Manon Roland ne se fait pas d\u2019illusion\u00a0: \u00ab\u00a0Il est n\u00e9cessaire que je p\u00e9risse \u00e0 mon tour, parce qu\u2019il est dans les principes de la tyrannie de sacrifier ceux qu\u2019elle a violemment opprim\u00e9s et d\u2019an\u00e9antir jusqu\u2019aux t\u00e9moins de ses exc\u00e8s. \u00c0 ce double titre, vous me devez la mort et je l\u2019attends.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ainsi se r\u00e9pandit sur la France cet inexplicable vertige qu\u2019on a nomm\u00e9 le r\u00e8gne de la Terreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1534\" class=\"cit-num\">1534<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin <span class=\"caps\">CONSTANT<\/span> (1767-1830),<em> De l\u2019esprit de conqu\u00eate et de l\u2019usurpation dans leurs rapports avec la civilisation europ\u00e9enne<\/em> (1814)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suisse d\u2019origine, futur amant de Mme\u00a0de Sta\u00ebl et futur grand \u00e9crivain, il regarde la R\u00e9volution de France des quatre coins de l\u2019Europe o\u00f9 il m\u00e8ne \u00ab\u00a0une vie errante et d\u00e9cousue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes sens\u00e9s n\u2019imputeront jamais \u00e0 la philosophie les horreurs commises en son nom sous le r\u00e9gime de la Terreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1535\" class=\"cit-num\">1535<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> (1750-1831), <em>\u00c9crits sur les Noirs<\/em> (1789-1808)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, d\u00e9put\u00e9, r\u00e9volutionnaire et r\u00e9publicain, tient toujours le langage de la raison et de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Il faut d\u2019ailleurs quelques nuances dans le tableau d\u2019une France vivant sous la Terreur. Seule une minorit\u00e9 fait la R\u00e9volution ou en sera victime. M\u00eame les jours de massacres et d\u2019\u00e9meutes n\u2019emp\u00eachent pas les Parisiens des quartiers tranquilles de sacrifier aux f\u00eates.<\/p>\n<p>Ajoutons que la guillotine est un spectacle et les premi\u00e8res ex\u00e9cutions font recette\u00a0: on paie trente sous la place assise \u00e0 la terrasse des Tuileries, pour voir tomber les t\u00eates, place de la R\u00e9volution (aujourd\u2019hui place de la Concorde).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/madame_roland_a_lechafaud.jpg\" width=\"400\" height=\"416\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. Mot de la fin. <em>Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera, apprenant, la mort de Manon Roland.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Conventionnels [\u2026] faisaient couper le cou \u00e0 leurs voisins avec une extr\u00eame sensibilit\u00e9, pour le plus grand bonheur de l\u2019esp\u00e8ce humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1573\" class=\"cit-num\">1573<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons qu\u2019il a pris ses distances avec la R\u00e9volution \u00e0 la vue de la \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb, en juillet\u00a01789.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9chafaud. \u2013 S\u2019arranger quand on y monte pour prononcer quelques mots \u00e9loquents avant de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1585\" class=\"cit-num\">1585<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand romancier r\u00e9aliste de la seconde moiti\u00e9 du \u00ab\u00a0si\u00e8cle des romans\u00a0\u00bb, il nous laisse cet essai savoureux, digne de ses \u0153uvres les plus c\u00e9l\u00e8bres (<em>Madame Bovary, l\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em>) par la justesse du trait, la finesse de l\u2019analyse psychologique, la lucidit\u00e9 du propos\u2026 et le style. Une source dont nous userons naturellement.<\/p>\n<p>Le mot de Flaubert pourrait s\u2019appliquer \u00e0 bien des \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb attribu\u00e9s aux personnages de la R\u00e9volution. Quels que soient leur \u00e2ge, leur sexe, leur condition, leurs convictions, la plupart sont morts en h\u00e9ros, dignes de cette \u00e9poque h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire du neuf Thermidor n\u2019est pas longue\u00a0: quelques sc\u00e9l\u00e9rats qui firent p\u00e9rir quelques sc\u00e9l\u00e9rats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1607\" class=\"cit-num\">1607<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1796)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>V\u00e9ritable \u00e9crivain politique (avec un style et de l\u2019humour), c\u2019est le th\u00e9oricien majeur de la pens\u00e9e contre-r\u00e9volutionnaire, connu sous l\u2019Ancien R\u00e9gime pour son combat contre la philosophie des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00c9migr\u00e9 en 1793 \u00e0 Lausanne, monarchiste attach\u00e9 au pouvoir papal, il rejette en bloc la R\u00e9volution. Qu\u2019importe \u00e0 ses yeux le tournant qu\u2019elle a pris\u00a0! Mais pour les Fran\u00e7ais en France, tout va changer apr\u00e8s le 9 Thermidor et le r\u00e8glement de comptes sanglant, sinon \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rat\u00a0\u00bb, qui punit les plus coupables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terreur causa la r\u00e9volte de Lyon, l\u2019insurrection d\u00e9partementale, la guerre de Vend\u00e9e\u00a0; et pour soumettre Lyon, pour dissiper la coalition des d\u00e9partements, pour \u00e9touffer la Vend\u00e9e, il fallut la Terreur. Mais sans la Terreur, Lyon ne se f\u00fbt pas insurg\u00e9, les d\u00e9partements ne se seraient pas r\u00e9unis, la Vend\u00e9e n\u2019e\u00fbt pas proclam\u00e9 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1611\" class=\"cit-num\">1611<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Benjamin <span class=\"caps\">CONSTANT<\/span> (1767-1830),<em> Des effets de la Terreur<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est d\u00e9montrer le cercle vicieux de la r\u00e9pression et de la r\u00e9volte dans lequel s\u2019est enferm\u00e9e la R\u00e9volution. Un armistice de compromis sera sign\u00e9 avec les chefs en f\u00e9vrier-mars\u00a01795. Le d\u00e9cret du 26\u00a0octobre 1795 proclamera l\u2019amnistie pour \u00ab\u00a0les faits purement relatifs \u00e0 la r\u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un heureux \u00e9v\u00e9nement a tout \u00e0 coup ouvert une carri\u00e8re immense aux esp\u00e9rances du genre humain\u00a0; un seul instant a mis un\u00a0si\u00e8cle de distance entre l\u2019homme du jour et celui du lendemain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1622\" class=\"cit-num\">1622<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">CONDORCET<\/span> (1743-1794), <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> (posthume, 1804)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de physiocrate, philosophe et math\u00e9maticien, autant que t\u00e9moignage du d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention. C\u2019est la vision optimiste de la R\u00e9volution\u00a0: l\u2019homme nouveau na\u00eet de l\u2019\u00e9lan r\u00e9volutionnaire, le peuple en est chang\u00e9, \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb allant de pair avec la R\u00e9volution et excluant tout retour en arri\u00e8re. Condorcet croit au d\u00e9veloppement ind\u00e9fini des sciences, comme au progr\u00e8s intellectuel et moral de l\u2019humanit\u00e9. Girondin, arr\u00eat\u00e9 sous la Terreur, il s\u2019empoisonnera pour ne pas monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise est l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus stup\u00e9fiant qui ne se soit jamais produit dans l\u2019histoire du monde jusqu\u2019ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1623\" class=\"cit-num\">1623<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edmund <span class=\"caps\">BURKE<\/span> (1729-1797), <em>R\u00e9flexions sur la R\u00e9volution en France<\/em> (novembre\u00a01790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le livre de cet Anglais est l\u2019un des plus gros succ\u00e8s \u00e9ditoriaux de l\u2019\u00e9poque\u00a0: 11 r\u00e9\u00e9ditions en moins d\u2019un an. Pour ce premier th\u00e9oricien de la contre-r\u00e9volution, un monstre est n\u00e9, l\u2019ordre du monde est menac\u00e9, et d\u2019abord la civilisation anglaise qui a v\u00e9cu une sage r\u00e9volution, restauratrice de la royaut\u00e9, si loin de cette folie fran\u00e7aise de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution de France est une des grandes \u00e9poques de l\u2019ordre social. Ceux qui la consid\u00e8rent comme un \u00e9v\u00e9nement accidentel n\u2019ont port\u00e9 leurs regards ni dans le pass\u00e9 ni dans l\u2019avenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1624\" class=\"cit-num\">1624<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817),<em> Consid\u00e9rations sur les principaux \u00e9v\u00e9nements de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1818)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La fille de Necker (ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) se penche sur ce pass\u00e9 r\u00e9cent, avec n\u00e9anmoins un recul dans le temps \u2013\u00a0les \u00ab\u00a0ann\u00e9es Napol\u00e9on\u00a0\u00bb furent une autre \u00e9preuve pour cette femme de t\u00eate et de c\u0153ur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 que l\u2019on ait \u00e9t\u00e9 trop loin\u00a0; mais j\u2019ai toujours trouv\u00e9 qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 trop vite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1625\" class=\"cit-num\">1625<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">GENLIS<\/span> (1746-1830). <em>Mme\u00a0la comtesse de Genlis en miniature, ou Abr\u00e9g\u00e9 critique de ses m\u00e9moires<\/em> (1826), Charles Louis de S\u00e9velinges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gouvernante des enfants de la famille d\u2019Orl\u00e9ans, notamment du futur Louis-Philippe, St\u00e9phanie F\u00e9licit\u00e9 du Crest de Saint-Aubin a beaucoup lu Rousseau et se montre d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Puis elle \u00e9migre \u2013 Angleterre, Suisse, Belgique, Allemagne\u00a0\u2013, rentre en France en 1800 et sera nomm\u00e9e dame inspectrice des \u00e9coles primaires par Bonaparte. On lui doit d\u2019innombrables ouvrages p\u00e9dagogiques, romanesques, et dix volumes de <em>M\u00e9moires<\/em> in\u00e9dits sur le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et sur la R\u00e9volution (1825).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui distingue la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et ce qui en fait un \u00e9v\u00e9nement unique dans l\u2019histoire, c\u2019est qu\u2019elle est mauvaise radicalement\u00a0; aucun \u00e9l\u00e9ment de bien n\u2019y soulage l\u2019\u0153il de l\u2019observateur\u00a0: c\u2019est le plus haut degr\u00e9 de corruption connu\u00a0; c\u2019est la pure impuret\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1627\" class=\"cit-num\">1627<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em> (1796)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux ans apr\u00e8s son t\u00e9moignage d\u2019un certain fatalisme face \u00e0 l\u2019histoire, le jugement de cet auteur \u2013 monarchiste, int\u00e9griste et catholique \u2013 se radicalise. Il dit aussi que \u00ab\u00a0tout est miraculeusement mauvais dans la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des sottises faites par des gens habiles\u00a0; des extravagances dites par des gens d\u2019esprit\u00a0; des crimes commis par d\u2019honn\u00eates gens\u2026 Voil\u00e0 les r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1628\" class=\"cit-num\">1628<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte Louis de <span class=\"caps\">BONALD<\/span> (1754-1840), <em>Pens\u00e9es sur divers sujets<\/em> (1817)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le camp des contre-r\u00e9volutionnaires, aussi r\u00e9solu que de Maistre, ce philosophe et sociologue est l\u2019autre grand pourfendeur de l\u2019ath\u00e9isme et de la d\u00e9mocratie, en tant que d\u00e9fenseur de la monarchie et du catholicisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La goinfrerie est la base fondamentale de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1642\" class=\"cit-num\">1642<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-S\u00e9bastien <span class=\"caps\">MERCIER<\/span> (1740-1814), <em>Nouveau Paris<\/em> (1799-1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur bien connu avant la R\u00e9volution et Parisien tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 sa ville, il juge ainsi la bonne soci\u00e9t\u00e9 du Directoire. Selon un policier, \u00ab\u00a0le d\u00e9bordement des m\u0153urs d\u00e9passe toute id\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La danse fait fureur\u00a0: 645 bals \u00e0 Paris, dont le bal des Z\u00e9phirs au cimeti\u00e8re Saint-Sulpice et le bal des Victimes, r\u00e9serv\u00e9s aux parents d\u2019un guillotin\u00e9. C\u2019est le temps des \u00ab\u00a0Muscadins\u00a0\u00bb (le mot d\u00e9signait sous la R\u00e9volution les jeunes royalistes lyonnais usant de riches parfums au musc). Sur les boulevards parisiens, on voit se pavaner les \u00ab\u00a0Merveilleuses\u00a0\u00bb (\u00e9l\u00e9gantes aux perruques de toutes les couleurs) et les \u00ab\u00a0Incroyables\u00a0\u00bb (excentriques \u00e0 l\u2019extr\u00eame). Ils s\u2019\u00e9tourdissent dans des f\u00eates co\u00fbteuses. C\u2019est une r\u00e9action normale, apr\u00e8s les ann\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de terreur, mais ce beau monde est frelat\u00e9 et le reste du pays souffre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais, las de se gouverner, se massacr\u00e8rent\u00a0; las de se massacrer au dedans, ils subirent le joug de Bonaparte qui les fit massacrer au dehors.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1645\" class=\"cit-num\">1645<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Fragments et pens\u00e9es politiques<\/em> (s.d.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Raccourci saisissant d\u2019une histoire fran\u00e7aise particuli\u00e8rement mouvement\u00e9e, entre la R\u00e9volution et l\u2019Empire \u00e0 venir. Et pourtant, la g\u00e9n\u00e9ration suivante, celle des jeunes romantiques, en gardera la nostalgie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un jeune homme de vingt-six ans se trouve avoir effac\u00e9 en une ann\u00e9e les Alexandre, les C\u00e9sar, les Annibal, les Fr\u00e9d\u00e9ric. Et, comme pour consoler l\u2019humanit\u00e9 de ces succ\u00e8s sanglants, il joint aux lauriers de Mars l\u2019olivier de la civilisation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1647\" class=\"cit-num\">1647<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">STENDHAL<\/span> (1783-1842),<em> Vie de Napol\u00e9on<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e de Bonaparte (\u00e2g\u00e9 de 26\u00a0ans en 1795), le futur romancier d\u00e9couvre l\u2019Italie avec un \u00e9merveillement dont son \u0153uvre sera plus tard le reflet. Il \u00e9crit cet essai \u00e0 Milan en 1817-1818, pour r\u00e9pondre \u00e0 Mme de Sta\u00ebl\u00a0: dans ses<em> Consid\u00e9rations sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, elle attaquait l\u2019homme \u00e0 qui Stendhal voue une v\u00e9ritable passion. Ce qui n\u2019exclut pas la critique. Stendhal consacrera \u00e0 l\u2019empereur un second essai, <em>M\u00e9moires sur Napol\u00e9on<\/em> (1836-1837).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je jure sur ma parole d\u2019honneur que cela n\u2019est pas vrai\u00a0!<br>\u2014 Ne l\u00e8ve pas la main, il en d\u00e9goutterait du sang.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1650\" class=\"cit-num\">1650<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">BARRAS<\/span> (1755-1829), r\u00e9pondant \u00e0 Lazare Carnot (1753-1823), premi\u00e8re s\u00e9ance du Directoire, d\u00e9but novembre\u00a01795.<em> M\u00e9moires du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand est, avec Chateaubriand, le meilleur t\u00e9moin de cette Histoire \u00e0 laquelle il participe.<\/p>\n<p>Le Grand Carnot fut l\u2019\u00ab\u00a0Organisateur de la victoire\u00a0\u00bb sous la R\u00e9volution, mais il si\u00e9gea avec Robespierre au Comit\u00e9 de salut public, responsable de la Terreur.<\/p>\n<p>Le pass\u00e9 de Barras, le plus c\u00e9l\u00e8bre des cinq Directeurs, est encore plus charg\u00e9\u00a0: conventionnel r\u00e9gicide, c\u00e9l\u00e8bre par la cruaut\u00e9 qu\u2019il mit \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9purer\u00a0\u00bb Toulon apr\u00e8s le si\u00e8ge (d\u00e9cembre\u00a01793) et \u00e0 r\u00e9primer l\u2019insurrection royaliste contre la Convention (octobre\u00a01795). D\u00e9bauch\u00e9, sans scrupule (\u00ab\u00a0le roi des pourris\u00a0\u00bb, selon Bonaparte), il va devenir le premier personnage de l\u2019\u00c9tat durant cinq ans. Les querelles de personnes au sein du Directoire rendent le r\u00e9gime fragile et la Constitution n\u2019arrange pas la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mode est maintenant de rentrer, comme jadis de sortir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1655\" class=\"cit-num\">1655<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">NEUILLY<\/span> (1777-1863), <em>Dix ann\u00e9es d\u2019\u00e9migration, Souvenirs et correspondance<\/em> (posthume, 1865)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La loi punissant de mort les \u00e9migr\u00e9s est encore en vigueur, mais une circulaire du 30 pluvi\u00f4se an\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (f\u00e9vrier\u00a01796) permet \u00e0 ceux qui en font la demande d\u2019\u00eatre radi\u00e9s de la fameuse liste. La nostalgie de la patrie \u00e9tant ce qu\u2019elle est, le mouvement de retour va s\u2019amplifier. Comment r\u00e9sister \u00e0 cette douceur de vivre en France, \u00e0 ce souvenir de l\u2019Ancien R\u00e9gime par\u00e9 de vertus qu\u2019il n\u2019avait peut-\u00eatre pas, hormis pour les plus privil\u00e9gi\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>On d\u00e9nombre quelque 300\u00a0000 \u00e9migr\u00e9s, soit 1\u00a0% des Fran\u00e7ais, dont 40\u00a0% de femmes et d\u2019enfants et, sur les 60\u00a0% d\u2019hommes adultes, un tiers d\u2019eccl\u00e9siastiques. Le tiers \u00e9tat, dont fait partie le bas clerg\u00e9, repr\u00e9sente environ 33\u00a0% du total.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France, on ne permet qu\u2019aux \u00e9v\u00e9nements de voter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1672\" class=\"cit-num\">1672<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la R\u00e9volution et les principes qui doivent fonder la R\u00e9publique en France<\/em> (posthume, 1906)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019adage d\u2019un homme d\u2019esprit qu\u2019elle rapporte pour le conjurer, dans cet ouvrage \u00e9crit en 1798 et dont le titre est tout un programme. Un an apr\u00e8s, le coup d\u2019\u00c9tat de Bonaparte va balayer la r\u00e9forme constitutionnelle et l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs que la fille de Necker et \u00e9l\u00e8ve des philosophes appelait de ses v\u0153ux\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans une grande affaire, on est toujours forc\u00e9 de donner quelque chose au hasard.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1676\" class=\"cit-num\">1676<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Siey\u00e8s, avant le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire (9 novembre 1799).<em> M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Source pr\u00e9cieuse pour rendre compte de la nouvelle \u00e9pop\u00e9e fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Emmanuel Augustin Dieudonn\u00e9, comte de Las Cases, est nomm\u00e9 chambellan et comte d\u2019Empire en 1810. Apr\u00e8s la seconde abdication de Napol\u00e9on en 1815, il est son compagnon \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne durant dix-huit mois et note les propos de l\u2019illustre exil\u00e9. Le <em>M\u00e9morial<\/em> est une contribution \u00e0 l\u2019histoire, mais aussi \u00e0 la l\u00e9gende napol\u00e9onienne. Les deux se confondent, dans ce cas.<\/p>\n<p>Le jeune homme press\u00e9 r\u00e9pond ici \u00e0 l\u2019abb\u00e9 qui \u00ab\u00a0cherche son sabre\u00a0\u00bb\u00a0: inquiet de son projet de renverser le Directoire, il lui demande o\u00f9 est la garantie du succ\u00e8s. Le hasard, \u00e0 peine un peu forc\u00e9, a jusqu\u2019ici bien servi Bonaparte, au point d\u2019en faire l\u2019homme du destin pour la France. Et la grande affaire se pr\u00e9pare, avec des complicit\u00e9s politiques et familiales qui vont assurer la r\u00e9ussite du coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte n\u2019est point grand par ses paroles, ses discours, ses \u00e9crits, par l\u2019amour des libert\u00e9s qu\u2019il n\u2019a jamais eu [\u2026] Il est grand pour avoir cr\u00e9\u00e9 un gouvernement r\u00e9gulier, un code de lois, des cours de justice, des \u00e9coles, une administration forte, active, intelligente [\u2026] Il est grand pour avoir fait rena\u00eetre en France l\u2019ordre au sein du chaos [\u2026] Il est grand surtout pour \u00eatre n\u00e9 de lui seul, pour avoir su, sans autre autorit\u00e9 que celle de son g\u00e9nie, se faire ob\u00e9ir par trente-six millions de sujets [\u2026] Il est grand pour avoir surpass\u00e9 tous les vainqueurs qui le pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent, pour avoir rempli dix ann\u00e9es de tels prodiges qu\u2019on a peine aujourd\u2019hui \u00e0 les comprendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1685\" class=\"cit-num\">1685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand, le styliste, manie en ma\u00eetre l\u2019anaphore (r\u00e9p\u00e9tition, en termes de rh\u00e9torique).<\/p>\n<p>Les relations personnelles du grand \u00e9crivain et du grand homme se g\u00e2teront sous l\u2019Empire, mais quand l\u2019\u00e9migr\u00e9, enfin radi\u00e9 de la liste, rentre en France en 1800, l\u2019admiration est totale pour Bonaparte \u2013 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, en 1804.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/madame_de_stael.jpg\" width=\"400\" height=\"421\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation n\u2019a de caract\u00e8re que lorsqu\u2019elle est libre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>De la litt\u00e9rature consid\u00e9r\u00e9e dans ses rapports avec les institutions sociales<\/em> (1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des rares voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve cette ann\u00e9e-l\u00e0 pour oser d\u00e9noncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur.<\/p>\n<p>\u00c9pouse de l\u2019ambassadeur de Su\u00e8de en France (Erik Magnus de Sta\u00ebl-Holstein), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, fervente lectrice de Rousseau, fut d\u2019abord favorable \u00e0 la R\u00e9volution. Mais elle ne lui pardonne pas la mort du roi, moins encore celle de la reine, et la Terreur. Apr\u00e8s trois ans d\u2019exil, elle revient \u00e0 Paris pleine d\u2019espoir et impressionn\u00e9e par le nouveau h\u00e9ros, ce g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte qui va redonner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire de 1789. Le coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire et la Constitution de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> lui \u00f4tent toutes ses illusions.<\/p>\n<p>Elle le dit, elle l\u2019\u00e9crit, elle se fait d\u00e9tester par le grand homme, par ailleurs misogyne, supportant mal l\u2019intelligence et la libre expression d\u2019une femme. D\u2019o\u00f9 son nouvel exil \u2013 dor\u00e9, en Suisse, \u00e0 Coppet sur les bords du lac L\u00e9man, dans le ch\u00e2teau de famille, aupr\u00e8s de son p\u00e8re qui fut tr\u00e8s bon ministre des Fnances de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans trop de respect pour notre esp\u00e8ce, [Bonaparte] ordonna de nous transformer sur-le-champ en b\u00eates de somme et de trait, ce qui fut effectu\u00e9 comme par enchantement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1701\" class=\"cit-num\">1701<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">GERVAIS<\/span> (1779-1858), \u00e9voquant le passage du col du Grand-Saint-Bernard, 18-20 mai 1800. <em>Souvenirs d\u2019un soldat de l\u2019Empire<\/em> (posthume, 1939)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9cit pris sur le vif de vingt ann\u00e9es de guerres en Europe, d\u2019un h\u00e9ros qui ne se prend jamais pour tel, ne demande rien et refuse parfois un avancement.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9serve de 50\u00a0000 soldats, renouvelle l\u2019exploit d\u2019Hannibal, franchissant les Alpes au col du Saint-Bernard encore sous la neige, avec des pi\u00e8ces d\u2019artillerie tra\u00een\u00e9es \u00e0 bras d\u2019homme dans des troncs creux. Sc\u00e8ne immortalis\u00e9e, et surtout sublim\u00e9e, par David\u00a0: Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard, tableau peint en 1800.<\/p>\n<p>David, conseill\u00e9 par Bonaparte, d\u00e9passe la simple repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, pour en faire le prototype de la propagande napol\u00e9onienne. Le Premier Consul a souhait\u00e9 \u00eatre peint \u00ab\u00a0calme sur un cheval fougueux\u00a0\u00bb, et l\u2019artiste cabre l\u2019animal pour donner un dynamisme \u00e0 sa composition, renforc\u00e9 par le geste grandiloquent de Bonaparte drap\u00e9 dans un ample manteau de couleur vive. Le g\u00e9n\u00e9ral victorieux, au visage id\u00e9alis\u00e9, regarde le spectateur et lui montre la direction \u00e0 suivre, cens\u00e9e \u00eatre cette troisi\u00e8me voie politique qu\u2019il cherche \u00e0 imposer entre les royalistes et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, Bonaparte a franchi le col \u00e0 dos de mule, rev\u00eatu d\u2019une redingote grise. C\u2019est quand m\u00eame un exploit, qui contredit les pr\u00e9dictions des habitants du lieu. Ce passage r\u00e9ussi permet de prendre \u00e0 revers les troupes autrichiennes, dans la deuxi\u00e8me campagne d\u2019Italie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous ces hommes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pris le poignard \u00e0 la main, mais tous sont universellement connus pour \u00eatre capables de l\u2019aiguiser et de le prendre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1715\" class=\"cit-num\">1715<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), ministre de la Police, 1er\u00a0janvier 1801. <em>M\u00e9moires de Joseph Fouch\u00e9, duc d\u2019Otrante<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fouch\u00e9 fait souvent \u00e9quipe avec Talleyrand, qu\u2019ils soient au pouvoir ou en disgr\u00e2ce provisoire. M\u00eame intelligence et m\u00eame cynisme politique, mais Fouch\u00e9 a beaucoup de sang sur les mains. D\u00e9put\u00e9 sous la Convention, charg\u00e9 de r\u00e9primer une insurrection f\u00e9d\u00e9raliste et royaliste en novembre\u00a01793, son ardeur lui valut le surnom de Mitrailleur de Lyon, le canon rempla\u00e7ant la guillotine trop lente pour ex\u00e9cuter les condamn\u00e9s par centaines.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise (24 d\u00e9cembre 1800, 22 morts, une cinquantaine de bless\u00e9s, 46\u00a0maisons d\u00e9truites, quartier Saint-Honor\u00e9), Bonaparte ayant \u00e9chapp\u00e9 par miracle \u00e0 la mort demande au ministre de la Police une liste de 130 \u00ab\u00a0anarchistes\u00a0\u00bb (ou terroristes) \u00e0 d\u00e9porter sans jugement.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de tuer le tyran venait en fait d\u2019extr\u00e9mistes royalistes et l\u2019ex\u00e9cution fut l\u2019\u0153uvre de trois Chouans. Fouch\u00e9, apr\u00e8s enqu\u00eate, en a la preuve. Cependant, le Premier Consul s\u2019ent\u00eate et veut \u00e9liminer la \u00ab\u00a0vermine jacobine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1801 Napol\u00e9on r\u00e9tablit le culte en France, il a fait non seulement acte de justice, mais aussi de grande habilet\u00e9 [\u2026] Le Napol\u00e9on du Concordat, c\u2019est le Napol\u00e9on vraiment grand, \u00e9clair\u00e9, guid\u00e9 par son g\u00e9nie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1721\" class=\"cit-num\">1721<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Souvent associ\u00e9 \u00e0 Siey\u00e8s et Fouch\u00e9\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0brelan de pr\u00eatres\u00a0\u00bb, selon l\u2019ironique expression de Carnot.<\/p>\n<p>Rendu boiteux par un accident d\u2019enfance (ou un \u00ab\u00a0pied bot\u00a0\u00bb de naissance, selon d\u2019autres sources) qui lui interdit la carri\u00e8re militaire, \u00e9v\u00eaque d\u2019Autun (en 1780) sans vocation religieuse, Talleyrand fut l\u2019un des premiers pr\u00eatres \u00e0 pr\u00eater serment \u00e0 la Constitution civile du clerg\u00e9.<\/p>\n<p>Il approuve la politique religieuse sous le Consulat, \u00e0 commencer par le Concordat avec Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>. Bonaparte s\u2019est ainsi ralli\u00e9 les sympathies des catholiques du monde entier, il a raffermi sur une base solide la puissance catholique, e\u0301branle\u0301e par la R\u00e9volution, et dont tout gouvernement sens\u00e9\u0301 doit aider le d\u00e9veloppement en France, \u00e0 cette \u00e9poque. Talleyrand sera l\u2019inspirateur des Articles organiques, pour faire passer le Concordat.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb va faire une tr\u00e8s longue carri\u00e8re diplomatique, finissant ambassadeur de France au Royaume-Uni sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 Amiens, je croyais de tr\u00e8s bonne foi le sort de la France, celui de l\u2019Europe et le mien fix\u00e9s [\u2026] Pour moi, j\u2019allais me donner uniquement \u00e0 l\u2019administration de la France et je crois que j\u2019eusse enfant\u00e9 des prodiges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1722\" class=\"cit-num\">1722<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le trait\u00e9 (ou paix) d\u2019Amiens, sign\u00e9 le 25\u00a0mars 1802, met fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. C\u2019est surtout la paix avec l\u2019Angleterre qui se retrouvait trop seule \u00e0 combattre. D\u00e8s les pr\u00e9liminaires de paix, Londres illumine en apprenant la signature. On crie \u00ab\u00a0Vive Bonaparte\u00a0!\u00a0\u00bb Alors que Paris reste calme (1er\u00a0octobre 1801).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements sans pareils ont fait de la France un monde nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1731\" class=\"cit-num\">1731<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">NECKER<\/span> (1732-1804), <em>Derni\u00e8res vues de politique et de finances<\/em> (1802)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique depuis 1790, install\u00e9 en Suisse \u00e0 Coppet, sur les bords du lac L\u00e9man avec sa fille Mme\u00a0de Sta\u00ebl, le septuag\u00e9naire, partisan de toujours du gouvernement anglais, revient sur son pr\u00e9jug\u00e9 contre la R\u00e9volution \u00e0 la fran\u00e7aise et ses effets.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon principe est la France avant tout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1755\" class=\"cit-num\">1755<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pr\u00e9cepte s\u2019applique d\u2019abord au commerce. L\u2019empereur veut faire de l\u2019Europe un gigantesque march\u00e9 pour les manufacturiers et commer\u00e7ants fran\u00e7ais. Le bilan \u00e9conomique de l\u2019Empire est jug\u00e9 plut\u00f4t positif, m\u00eame si la succession des guerres entra\u00eene une fantastique perte d\u2019hommes, d\u2019\u00e9nergie et d\u2019argent.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s souvent cit\u00e9 en source, r\u00e9dig\u00e9 par comte de Las Cases, dernier confident et secr\u00e9taire particulier de Napol\u00e9on en exil, maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9, \u00ab\u00a0le <em>M\u00e9morial<\/em> pr\u00e9sente le meilleur recueil, non seulement des pens\u00e9es r\u00e9elles de Napol\u00e9on Bonaparte, mais encore des opinions qu\u2019il voulait faire passer pour telles\u00a0\u00bb \u2013 parole de Walter Scott, contemporain de l\u2019empereur, po\u00e8te \u00e9cossais, c\u00e9l\u00e8bre pour ses romans historiques et auteur d\u2019une <em>Vie de Napol\u00e9on<\/em> (1827).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_ier_dictant_ses_memoires.jpg\" width=\"400\" height=\"375\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La diplomatie est la police en grand costume.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1759\" class=\"cit-num\">1759<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821),<em> Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aphorisme convient parfaitement \u00e0 son ministre des Relations ext\u00e9rieures (jusqu\u2019en 1807), M.\u00a0de Talleyrand, l\u2019un des principaux personnages sous l\u2019Empire et le plus grand diplomate fran\u00e7ais de l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous \u00f4tez la foi au peuple, vous n\u2019avez que des voleurs de grand chemin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1761\" class=\"cit-num\">1761<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Pens\u00e9es politiques et sociales de Napol\u00e9on<\/em> (1969)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette id\u00e9e qui lui est ch\u00e8re expliquait d\u00e9j\u00e0 la politique religieuse sous le Consulat\u00a0: \u00ab\u00a0Comment avoir de l\u2019ordre dans un \u00c9tat sans une religion\u00a0?\u00a0\u00bb dit le Premier Consul \u00e0 Roederer (juillet\u00a01800). \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de bonne morale sans religion [\u2026] une soci\u00e9t\u00e9 sans religion est comme un vaisseau sans boussole\u00a0\u00bb (juin\u00a01800, aux cur\u00e9s de Milan). \u00ab\u00a0Nulle soci\u00e9t\u00e9 ne peut exister sans morale. Il n\u2019y a pas de bonne morale sans religion. Il n\u2019y a donc que la religion qui donne \u00e0 l\u2019\u00c9tat un appui ferme et durable\u00a0\u00bb (<em>Maximes et pens\u00e9es<\/em>).<\/p>\n<p>Voltaire ne pensait pas autrement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque ann\u00e9e, la France faisait pr\u00e9sent \u00e0 cet homme de trois cent mille jeunes gens\u00a0; c\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00f4t pay\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1764\" class=\"cit-num\">1764<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">MUSSET<\/span> (1810-1857), <em>La Confession d\u2019un enfant du\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et s\u2019il n\u2019avait ce troupeau derri\u00e8re lui, il ne pouvait suivre sa fortune. C\u2019\u00e9tait l\u2019escorte qu\u2019il lui fallait, pour qu\u2019il p\u00fbt traverser le monde, et s\u2019en aller tomber dans une petite vall\u00e9e d\u2019une \u00eele d\u00e9serte, sous un saule pleureur.\u00a0\u00bb L\u2019histoire finit mal, pour la France exsangue, et pour l\u2019empereur exil\u00e9.<\/p>\n<p>Mais Musset, l\u2019enfant du si\u00e8cle orphelin de Napol\u00e9on, \u00e9voque aussit\u00f4t apr\u00e8s l\u2019Empire glorieux\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerri\u00e8res dans tous les c\u0153urs. Jamais il n\u2019y eut de soleils si purs que ceux qui s\u00e9ch\u00e8rent tout ce sang. On disait que Dieu les faisait pour cet homme, et on les appelait ses soleils d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne conduit le peuple qu\u2019en lui montrant un avenir\u00a0: un chef est un marchand d\u2019esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1768\" class=\"cit-num\">1768<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821),<em> Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cisant cette pens\u00e9e, il dira aussi\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019imagination gouverne le monde\u00a0\u00bb (<em>M\u00e9morial<\/em>). Et en 1800\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis qu\u2019un magistrat de la R\u00e9publique qui n\u2019agit que sur les imaginations de la nation\u00a0; lorsque ce moyen me manquera, je ne serai plus rien\u00a0; un autre me succ\u00e9dera.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut gouverner l\u2019homme que par l\u2019imagination\u00a0; sans l\u2019imagination, c\u2019est une brute\u00a0! Ce n\u2019est pas pour cinq sous par jour ou pour une ch\u00e9tive distinction que l\u2019on se fait tuer\u00a0; c\u2019est en parlant \u00e0 l\u2019\u00e2me que l\u2019on \u00e9lectrise l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce message a d\u00fb plaire au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, grand admirateur de l\u2019empereur.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/delarochenapoleon.jpg\" width=\"400\" height=\"472\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le c\u0153ur d\u2019un homme d\u2019\u00c9tat doit \u00eatre dans sa t\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1771\" class=\"cit-num\">1771<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la raison, \u00e0 l\u2019intelligence\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours aim\u00e9 l\u2019analyse\u00a0: \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb sont des questions si utiles qu\u2019on ne saurait trop se les poser.\u00a0\u00bb Mais il fait la part des choses\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut donner les deux tiers \u00e0 la raison, et l\u2019autre tiers au hasard. Augmentez la seconde fraction, vous serez t\u00e9m\u00e9raire\u00a0; augmentez la premi\u00e8re, vous serez pusillanime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La haute politique n\u2019est que le bon sens appliqu\u00e9 aux grandes choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1772\" class=\"cit-num\">1772<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821)<em>, Maximes et pens\u00e9es. Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1937-1953), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pragmatisme \u00e9vident, maintes fois confess\u00e9 dans sa politique religieuse. Mais l\u2019empereur dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0En politique, une absurdit\u00e9 n\u2019est pas un obstacle.\u00a0\u00bb Et d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9, il faut pers\u00e9v\u00e9rer\u00a0; cela donne raison\u00a0\u00bb (<em>Maximes et Pens\u00e9es<\/em>). Le probl\u00e8me sera son ent\u00eatement forcen\u00e9, dans la solitude du pouvoir o\u00f9 l\u2019empereur n\u2019admet plus aucun contradicteur, et son d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 la fin de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Il avoue encore\u00a0: \u00ab\u00a0Bien analys\u00e9e, la pens\u00e9e politique est une fable convenue, imagin\u00e9e par les gouvernants pour endormir les gouvern\u00e9s.\u00a0\u00bb Pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0la bonne politique est de faire croire aux hommes qu\u2019ils sont libres.\u00a0\u00bb Napol\u00e9on ne cache pas son jeu, avec une franchise qui confine au cynisme.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1773\" class=\"cit-num\">1773<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Maximes et pens\u00e9es<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur est sans illusion sur la nature humaine. \u00ab\u00a0J\u2019ai fait des courtisans, je n\u2019ai jamais pr\u00e9tendu me faire des amis.\u00a0\u00bb Les vraies fid\u00e9lit\u00e9s, il les trouvera dans la Grande Arm\u00e9e, chez ses g\u00e9n\u00e9raux comme chez les soldats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019ai besoin de quelqu\u2019un, je n\u2019y regarde pas de si pr\u00e8s, je le baiserais au cul.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1774\" class=\"cit-num\">1774<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Caulaincourt, duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur<\/em> (posthume, 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Caulaincourt fut aide de camp de Bonaparte en 1802, ambassadeur en Russie de\u00a01807 \u00e0\u00a01811. \u00c9tonnante parole, aveu rarement cit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour prendre celle du renard.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1775\" class=\"cit-num\">1775<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> M\u00e9moires du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand a eu tout loisir d\u2019observer l\u2019homme, du Directoire jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019Empire, et d\u2019appr\u00e9cier en connaisseur ses talents.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on est n\u00e9 sous le signe astral du lion, le 15\u00a0ao\u00fbt\u00a01769. Pour compl\u00e9ter le bestiaire napol\u00e9onien, il a pris pour symboles l\u2019aigle imp\u00e9rial et les abeilles, qui renvoient \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 romaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Com\u00e9dien\u00a0! Trag\u00e9dien\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1781\" class=\"cit-num\">1781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PIE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1742-1823). <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835), Alfred de Vigny<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Superbe essai (\u00e0 la fois roman et r\u00e9flexion autobiographique) sur la condition militaire du soldat \u00e9cartel\u00e9 entre le devoir d\u2019ob\u00e9issance et sa libert\u00e9 humaine, c\u2019est aussi une mani\u00e8re pour Vigny de justifier son renoncement personnel, pour cause de vocation po\u00e9tique et romantique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Commediante\u00a0! Tragediante\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb Ces deux mots n\u2019ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s tels qu\u2019ils sont pass\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, mais ils refl\u00e8tent ce que ce pape de caract\u00e8re pensait de l\u2019empereur. Don de la simulation et sens th\u00e9\u00e2tral\u00a0: deux qualit\u00e9s reconnues au grand premier r\u00f4le que fut Napol\u00e9on, sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire. Son don de la mise en sc\u00e8ne, il en joue en artiste\u00a0: \u00ab\u00a0Rien n\u2019interrompt aussi bien une sc\u00e8ne tragique qu\u2019inviter l\u2019autre \u00e0 s\u2019asseoir\u00a0; lorsqu\u2019il est assis, le tragique devient comique.\u00a0\u00bb Il a pris des cours avec le c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9taire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise, son ami Talma. Il sait donner une dimension \u00e9pique aux d\u00e9faites comme aux victoires, revues et corrig\u00e9es par les peintres vou\u00e9s \u00e0 sa propagande. Le sommet de l\u2019art reste le sacre, dont Pie <span class=\"caps\">VII<\/span> est t\u00e9moin et acteur, condamn\u00e9 au second r\u00f4le\u00a0: Napol\u00e9on tint \u00e0 se couronner lui-m\u00eame et le pape n\u2019a b\u00e9ni que la couronne\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivant, il a manqu\u00e9 le monde\u00a0; mort, il le poss\u00e8de.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1783\" class=\"cit-num\">1783<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), Vie de Napol\u00e9on, livres\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span> \u00e0\u00a0<span class=\"caps\">XXIV<\/span> des<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain, grand t\u00e9moin et acteur de l\u2019histoire, pour lui, la plus belle conqu\u00eate de Napol\u00e9on n\u2019est pas l\u2019Europe, mais celle de l\u2019imagination des g\u00e9n\u00e9rations qui ont suivi l\u2019Empire. Il ne cessera d\u2019\u00eatre fascin\u00e9 par l\u2019empereur, alors m\u00eame qu\u2019il le combat en opposant r\u00e9solu\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme, dont j\u2019admire le g\u00e9nie et dont j\u2019abhorre le despotisme.\u00a0\u00bb Comment ne pas souscrire \u00e0 ce jugement\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Monsieur de Talleyrand ne conspire pas, il trafique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1786\" class=\"cit-num\">1786<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand d\u00e9teste le personnage pour ses d\u00e9fauts, sans appr\u00e9cier ses qualit\u00e9s, \u00e0 commencer par l\u2019intelligence\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c2pre au gain et libre de tout scrupule, Talleyrand sera accus\u00e9 de bien des trahisons et des malversations. Mais dans son esprit, il sert la France, et c\u2019est souvent vrai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne suivez jamais votre premier mouvement, il est toujours g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1790\" class=\"cit-num\">1790<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), aux jeunes secr\u00e9taires d\u2019ambassade. <em>M\u00e9moires d\u2019un touriste<\/em> (1838), Stendhal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseil de diplomate. Selon Sainte-Beuve, sa consigne aux jeunes qui d\u00e9butaient dans la carri\u00e8re \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u00a0Pas de z\u00e8le\u00a0!\u00a0\u00bb Pour l\u2019\u00e9crivain contemporain Cioran, c\u2019est \u00ab\u00a0le plus grand praticien du cynisme\u00a0; tous les philosophes cyniques sont des enfants de ch\u0153ur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire [\u2026] c\u2019est \u00e0 vous de sauver l\u2019Europe et vous n\u2019y parviendrez qu\u2019en tenant t\u00eate \u00e0 Napol\u00e9on. Le peuple fran\u00e7ais est civilis\u00e9, son souverain ne l\u2019est pas. Le souverain de Russie est civilis\u00e9, son peuple ne l\u2019est pas\u00a0: c\u2019est donc au souverain de Russie d\u2019\u00eatre l\u2019alli\u00e9 du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1833\" class=\"cit-num\">1833<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au tsar Alexandre\u00a0Ier de Russie, Erfurt, 27\u00a0septembre 1808.<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0diable d\u2019homme\u00a0\u00bb n\u2019est plus ministre des Relations ext\u00e9rieures\u00a0: partisan d\u2019un \u00e9quilibre europ\u00e9en, il s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur qui s\u2019ent\u00eate dans sa politique de conqu\u00eate chim\u00e9rique, se soucie peu de paix et d\u00e9cide toujours seul. Napol\u00e9on, qui conna\u00eet son talent diplomatique, l\u2019a cependant charg\u00e9 de pr\u00e9parer le terrain avec son nouvel alli\u00e9, Alexandre\u00a0Ier.<\/p>\n<p>Dans un entretien secret, Talleyrand conseille au tsar de prendre ses distances avec l\u2019empereur, tout en m\u00e9nageant la Prusse et l\u2019Autriche\u00a0: \u00ab\u00a0Le Rhin, les Alpes, les Pyr\u00e9n\u00e9es sont les conqu\u00eates de la France. Le reste est la conqu\u00eate de Napol\u00e9on. La France n\u2019y tient pas.\u00a0\u00bb<br>Alexandre a compris\u00a0: le peuple fran\u00e7ais peut, un jour prochain, ne plus soutenir Napol\u00e9on et cet homme faible va durcir sa position. Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, Talleyrand affirme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Erfurt, j\u2019ai sauv\u00e9 l\u2019Europe.\u00a0\u00bb L\u2019histoire parle quand m\u00eame de la \u00ab\u00a0trahison d\u2019Erfurt\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00eates un voleur, un l\u00e2che, un homme sans foi. Vous ne croyez pas \u00e0 Dieu\u00a0; vous avez toute votre vie manqu\u00e9 \u00e0 tous vos devoirs, vous avez tromp\u00e9, trahi tout le monde [\u2026] Tenez, Monsieur, vous n\u2019\u00eates que de la merde dans un bas de soie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1834\" class=\"cit-num\">1834<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqu\u00e9 au ch\u00e2teau des Tuileries, 28\u00a0janvier 1809.<em> M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019Espagne o\u00f9 il tente d\u2019affermir le tr\u00f4ne de son fr\u00e8re Joseph, Napol\u00e9on a appris que Talleyrand complote avec Fouch\u00e9 pour pr\u00e9parer sa succession \u2013 sans nouvelles de lui, on l\u2019imagine victime de la gu\u00e9rilla qui fait rage.<\/p>\n<p>Il rentre aussit\u00f4t, \u00e9pargne momentan\u00e9ment Fouch\u00e9, son ministre de la Police, mais injurie le prince de B\u00e9n\u00e9vent, Talleyrand, impassible \u2013 et sort en claquant la porte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 la disposition des \u00e9v\u00e9nements et, pourvu que je restasse Fran\u00e7ais, tout me convenait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1836\" class=\"cit-num\">1836<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), <em>M\u00e9moires et Correspondance du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on l\u2019avait fait grand chambellan en 1804, prince de B\u00e9n\u00e9vent en 1806, vice-grand \u00e9lecteur en 1807 \u2013 \u00ab\u00a0le seul vice qui lui manqu\u00e2t\u00a0\u00bb, dit son comp\u00e8re Fouch\u00e9 en apprenant cet honneur.<\/p>\n<p>Le plus habile diplomate de notre histoire est aussi le plus corrompu. Il servira et trahira successivement tous les r\u00e9gimes, mais il respecte les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de la France. Il voudrait surtout lui \u00e9viter cette course \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, pr\u00e9visible d\u00e8s 1809. Fouch\u00e9, tout aussi intelligent et retors, pense et agit de m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est le Souverain de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1840\" class=\"cit-num\">1840<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), 1809. <em>M\u00e9moires, documents et \u00e9crits divers laiss\u00e9s par le prince de Metternich, chancelier de cour et d\u2019\u00c9tat<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1880)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de connaisseur. Ambassadeur d\u2019Autriche en France depuis 1806, le prince de Metternich est nomm\u00e9 chancelier et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res en octobre\u00a01809, signant \u00e0 ce titre l\u2019humiliant trait\u00e9 (ou paix) de Vienne. Il choisit alors de s\u2019allier \u00e0 Napol\u00e9on, pour mieux l\u2019abattre le moment venu. Et il va n\u00e9gocier son mariage avec Marie-Louise d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>Cette domination culminera en 1811\u00a0: le Grand Empire comporte 130 d\u00e9partements qui r\u00e9uniront 45\u00a0millions de \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, plus 40\u00a0millions d\u2019habitants des \u00c9tats vassaux (Italie, Espagne, Naples, duch\u00e9 de Varsovie, Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin, Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toute l\u2019\u00e9ducation publique a pris un caract\u00e8re militaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1858\" class=\"cit-num\">1858<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817), <em>Dix ann\u00e9es d\u2019exil<\/em> (posthume, 1966)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Courageuse opposante au r\u00e9gime, elle se retrouve interdite de s\u00e9jour en France et continue d\u2019\u00e9crire, donc de t\u00e9moigner.<\/p>\n<p>Le 25\u00a0novembre 1811, un d\u00e9cret ach\u00e8ve d\u2019organiser l\u2019Universit\u00e9 de France. Napol\u00e9on a surtout veill\u00e9 sur le secondaire \u2013 il aurait m\u00eame voulu imposer le c\u00e9libat aux professeurs\u00a0! \u00c9tudes men\u00e9es au son du tambour, de 5\u00a0heures 30 du matin \u00e0 8\u00a0heures 45 du soir (exemple du lyc\u00e9e de Limoges).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos ma\u00eetres ressemblaient \u00e0 des h\u00e9rauts d\u2019armes, nos salles d\u2019\u00e9tudes \u00e0 des casernes, nos r\u00e9cr\u00e9ations \u00e0 des man\u0153uvres et nos examens \u00e0 des revues.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1859\" class=\"cit-num\">1859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863),<em> Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage personnel de cet ancien \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Bonaparte (aujourd\u2019hui Condorcet), \u00e2g\u00e9 de 14\u00a0ans en 1811, n\u00e9 d\u2019une famille aristocratique et de tradition militaire, se pr\u00e9parant \u00e0 Polytechnique. Vigny quittera l\u2019arm\u00e9e pour devenir po\u00e8te.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque avec nostalgie ce pass\u00e9 qui fait r\u00eaver toute sa g\u00e9n\u00e9ration romantique\u00a0: \u00ab\u00a0Les ma\u00eetres m\u00eames ne cessaient de nous lire les bulletins de la Grande Arm\u00e9e, et nos cris de Vive l\u2019empereur interrompaient Tacite et Platon [\u2026] Il me prit alors plus que jamais un amour vraiment d\u00e9sordonn\u00e9 de la gloire des armes\u00a0; passion d\u2019autant plus malheureuse que c\u2019\u00e9tait le temps, pr\u00e9cis\u00e9ment, o\u00f9 la France commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019en gu\u00e9rir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fuss\u00e9-je mort \u00e0 Moscou, ma renomm\u00e9e serait celle du plus grand conqu\u00e9rant qu\u2019on ait connu. Mais les sourires de la Fortune \u00e9taient \u00e0 leur fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1870\" class=\"cit-num\">1870<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris chante tout bas la cruelle chanson de <em>La Campagne de Russie<\/em>, durant la retraite de d\u00e9cembre 1812\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait un p\u2019tit homme\u00a0\/ Qu\u2019on appelait le grand [\u2026]\u00a0\/ Sans demander son reste\u00a0\/ Fier comme un C\u00e9sar\u00a0\/ De hasard\u00a0\/ Dans cet \u00e9tat funeste\u00a0\/ Napol\u00e9on le Grand\u00a0\/ Fout le camp\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai tout fait pour mourir \u00e0 Arcis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1883\" class=\"cit-num\">1883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Caulaincourt, \u00e9voquant la bataille du 19\u00a0mars 1814. <em>M\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Caulaincourt, duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur<\/em> (posthume, 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aveu est post\u00e9rieur \u00e0 la bataille. Plusieurs fois, Napol\u00e9on a tent\u00e9 de se suicider, notamment \u00e0 l\u2019opium. Et chaque fois, il \u00e9voquait ce nom et regrettait cette mort qui se refusait \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Le 19\u00a0mars 1814, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, il s\u2019est jet\u00e9 dans la m\u00eal\u00e9e \u00e0 Arcis-sur-Aube, bient\u00f4t rejoint par sa Garde. La bataille est rest\u00e9e ind\u00e9cise face \u00e0 Schwarzenberg, ex-ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris, ex-alli\u00e9 de Napol\u00e9on pendant la campagne de Russie. Il commande \u00e0 pr\u00e9sent les arm\u00e9es alli\u00e9es qui envahissent la France. L\u2019\u00e9tau se resserre autour de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les guerres de Napol\u00e9on ont divulgu\u00e9 un fatal secret\u00a0: c\u2019est qu\u2019on peut arriver en quelques journ\u00e9es de marche \u00e0 Paris apr\u00e8s une affaire heureuse\u00a0; c\u2019est que Paris ne se d\u00e9fend pas\u00a0; c\u2019est que ce m\u00eame Paris est beaucoup trop pr\u00e8s de la fronti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1884\" class=\"cit-num\">1884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>30\u00a0mars 1814, bataille de Paris. Bl\u00fccher occupe Montmartre et de ses hauteurs, bombarde la capitale. Moncey r\u00e9siste h\u00e9ro\u00efquement \u00e0 la barri\u00e8re de Clichy, mais Marmont doit signer la capitulation. Les Alli\u00e9s entrent dans Paris le lendemain. Il y a quelques cris pour acclamer le roi de Prusse et le tsar de Russie. Napol\u00e9on s\u2019est repli\u00e9 sur Fontainebleau. Il signera son abdication le 6 avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Retomber de Bonaparte et de l\u2019Empire dans ce qui les a suivis, c\u2019est tomber de la r\u00e9alit\u00e9 dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1892\" class=\"cit-num\">1892<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019un g\u00e9nie de notre litt\u00e9rature. En politique, Chateaubriand a surtout une vocation d\u2019\u00e9ternel opposant. \u00c9migr\u00e9 sous la R\u00e9volution, s\u00e9v\u00e8re pour Napol\u00e9on Ier \u00e0 qui il ne pardonne pas la mort du duc d\u2019Enghien, il commence par \u00eatre ultraroyaliste sous les Bourbons revenus, ayant bient\u00f4t rang de ministre, pair de France, ambassadeur, avant de se retrouver dans l\u2019opposition au pouvoir en place, aux c\u00f4t\u00e9s des lib\u00e9raux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appartiens \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e avec le\u00a0si\u00e8cle, qui, nourrie de bulletins par l\u2019Empereur, avait toujours devant les yeux une \u00e9p\u00e9e nue et vint la prendre au moment m\u00eame o\u00f9 la France la remettait dans le fourreau des Bourbons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1895\" class=\"cit-num\">1895<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alfred de <span class=\"caps\">VIGNY<\/span> (1797-1863), <em>Servitude et grandeur militaires<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un grand \u00e9crivain de ce temps plus riche en talents que la R\u00e9volution et l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Vigny traduit ici l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de toute une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes romantiques \u00ab\u00a0bien n\u00e9s\u00a0\u00bb. Ils rallieront l\u2019opposition lib\u00e9rale quand la monarchie selon Charles X deviendra plus ultra que royaliste, \u00e0 la fin de la Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il monta p\u00e9niblement ce tr\u00f4ne que son pr\u00e9d\u00e9cesseur avait eu l\u2019air d\u2019escalader.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1094\" class=\"cit-num\">1094<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Fran\u00e7ois Marie, comte de <span class=\"caps\">R\u00c9MUSAT<\/span> (1797-1875). <em>M\u00e9moires de ma vie<\/em>, volume\u00a0I (posthume, 1967), Charles de R\u00e9musat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune collaborateur au <em>Globe<\/em>, journal d\u2019opposition lib\u00e9rale, le comte de R\u00e9musat est le fils du chambellan de Napol\u00e9on, ralli\u00e9 aux Bourbons \u00e0 la Restauration.<\/p>\n<p>Il constate l\u2019\u00e9vidence, en 1814\u00a0: \u00e0 pr\u00e8s de 60\u00a0ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> est podagre (goutteux), autrement dit rhumatisant au dernier degr\u00e9. Il est en outre afflig\u00e9 d\u2019un accent d\u00fb non pas \u00e0 une \u00e9migration prolong\u00e9e, mais \u00e0 une phon\u00e9tique demeur\u00e9e tr\u00e8s Ancien R\u00e9gime, qui \u00f4te toute noblesse \u00e0 sa royale affirmation\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est mou\u00e9 qui suis le rou\u00e9.\u00a0\u00bb Les chansonniers ne vont pas rater \u00ab\u00a0le rou\u00e9\u00a0\u00bb. Le roi sera souvent et m\u00e9chamment brocard\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux \u00e9poques ordinaires, roi convenable\u00a0; \u00e0 une \u00e9poque extraordinaire, homme de perdition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1910\" class=\"cit-num\">1910<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chateaubriand juge Charles X, acc\u00e9dant au tr\u00f4ne \u00e0 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Incapable de suivre jusqu\u2019au bout une bonne ou une mauvaise r\u00e9solution\u00a0; p\u00e9tri avec les pr\u00e9jug\u00e9s de son si\u00e8cle et de son rang.\u00a0\u00bb Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela\u00a0: \u00ab\u00a0doux, quoique sujet \u00e0 la col\u00e8re, bon et tendre avec ses familiers, aimable, l\u00e9ger, sans fiel, ayant tout du chevalier, la d\u00e9votion, la noblesse, l\u2019\u00e9l\u00e9gante courtoisie, mais entrem\u00eal\u00e9 de faiblesse\u2026\u00a0\u00bb Bref, pas n\u00e9 pour \u00eatre roi, en 1824. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 la situation de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, acc\u00e9dant au tr\u00f4ne en 1774, si mal arm\u00e9, si faible, dans une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>D\u00e9\u00e7u par la politique, l\u2019auteur des <em>M\u00e9moires\u00a0<\/em>avouera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu de pr\u00e8s les rois, et mes illusions politiques se sont \u00e9vanouies.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons ont commenc\u00e9 par se faire m\u00e9priser et finissent par se faire ha\u00efr.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1923\" class=\"cit-num\">1923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pons de l\u2019H\u00e9rault, 6\u00a0f\u00e9vrier 1815. <em>M\u00e9moire de Pons de l\u2019H\u00e9rault aux puissances alli\u00e9es<\/em> (1899), Andr\u00e9 Pons, L\u00e9on-G. P\u00e9lissier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien inform\u00e9 \u00e0 la veille des Cent-Jours, il sait l\u2019opposition bonapartiste qui s\u2019organise en France contre un r\u00e9gime fragile. Il parle \u00e0 un compagnon de route r\u00e9cemment acquis \u00e0 sa cause et sa personne. Le moment est venu pour le \u00ab\u00a0roi de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Les maux de notre pays me d\u00e9chirent l\u2019\u00e2me, j\u2019en ai perdu le repos. Les v\u0153ux de l\u2019arm\u00e9e me rappellent. L\u2019immense majorit\u00e9 de la nation me d\u00e9sire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019embarque sur l\u2019<em>Inconstant<\/em> avec 1\u00a0200 hommes (dont 900 grenadiers), le 26\u00a0f\u00e9vrier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La grande mesure d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e contre Bonaparte fut un ordre de \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, sans jambes, \u00ab\u00a0courir sus\u00a0\u00bb le conqu\u00e9rant qui enjambait la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1928\" class=\"cit-num\">1928<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand il \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, l\u2019auteur qui s\u2019est d\u2019abord ralli\u00e9 \u00e0 la Restauration est pass\u00e9 dans l\u2019opposition \u2013 sa vraie nature. Quant \u00e0 la France, elle est profond\u00e9ment divis\u00e9e face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement des Cent-Jours, cet incroyable come-back imp\u00e9rial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 gisait en d\u00e9p\u00f4t \u00e0 l\u2019h\u00f4tel d\u2019Hane de Steenhuyse comme un vieux fourgon bris\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1938\" class=\"cit-num\">1938<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848),<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur des <em>M\u00e9moires<\/em> est nomm\u00e9 ministre de l\u2019Int\u00e9rieur par Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Gand \u2013 parce que Talleyrand a su l\u2019emp\u00eacher de fuir plus loin. Le roi a constitu\u00e9 un gouvernement en exil. Selon le duc de Castries, Chateaubriand devient vite \u00e0 lui seul tout le gouvernement, mais n\u2019est pas dupe. La situation est assez ridicule, en ce d\u00e9but du mois d\u2019avril\u00a01815. Notons au passage l\u2019humour de notre premier romantique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces gens-ci recommencent \u00e0 dire des b\u00eatises, en attendant qu\u2019ils puissent en faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1939\" class=\"cit-num\">1939<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1755-1837), mai\u00a01815. <em>M\u00e9moires du comte Beugnot, ancien ministre, 1783-1815<\/em> (1866), Jacques-Claude Beugnot (comte)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ministre des Finances de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> en exil, le baron parle des \u00e9migr\u00e9s qui s\u2019agitent en Belgique. L\u2019\u00e9pisode des Cent-Jours, montrant un pays si pr\u00eat \u00e0 changer de r\u00e9gime, ne leur servira m\u00eame pas de le\u00e7on. Le baron Joseph Dominique Louis est \u00e0 coup s\u00fbr plus sage\u00a0: de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 la Monarchie de Juillet, il m\u00e8nera une carri\u00e8re presque sans faille, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Talleyrand avec qui il se lia d\u2019amiti\u00e9 au Parlement de Paris, o\u00f9 il \u00e9tait conseiller clerc, avant la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas une bataille, c\u2019\u00e9tait une boucherie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1941\" class=\"cit-num\">1941<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Capitaine <span class=\"caps\">COIGNET<\/span>, <em>Cahiers<\/em> (1851-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grognard, avec ses M\u00e9moires authentiquement pris sur le vif, inspirera le personnage du grenadier Flambeau, dans <em>L\u2019Aiglon<\/em> de Rostand.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque ici la bataille de Ligny, commune de Belgique o\u00f9 les Prussiens de Bl\u00fccher sont battus pour la seconde fois par Napol\u00e9on, le 16\u00a0juin 1815. Bilan de cette sanglante journ\u00e9e\u00a0: 20\u00a0000 Prussiens et 13\u00a0000 Fran\u00e7ais bless\u00e9s ou morts. Ligny est la derni\u00e8re victoire de Napol\u00e9on, deux jours avant Waterloo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Garde. \u2013 La garde meurt et ne se rend pas\u00a0! Huit mots pour remplacer cinq lettres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1946\" class=\"cit-num\">1946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La plus grande d\u00e9faite de Napol\u00e9on fera sa gloire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a gagn\u00e9 la bataille de Waterloo, c\u2019est Cambronne\u00a0\u00bb, dit Victor Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, une porte s\u2019ouvre\u00a0: entre silencieusement le vice appuy\u00e9 sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouch\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1953\" class=\"cit-num\">1953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot fameux \u00e0 juste titre, fond et forme\u00a0!<\/p>\n<p>Arrivant \u00e0 Saint-Denis pour y retrouver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> rentr\u00e9 en France, il aper\u00e7oit Talleyrand et Fouch\u00e9 venus se rallier au roi. Il d\u00e9crit l\u2019effet que lui causa cette entr\u00e9e des deux hommes allant se pr\u00e9senter, ce 7\u00a0juillet 1815, \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui leur rendra leurs portefeuilles \u2013 Affaires \u00e9trang\u00e8res et Police. \u00ab\u00a0La vision infernale passe lentement devant moi, p\u00e9n\u00e8tre dans le cabinet du roi et dispara\u00eet. Fouch\u00e9 venait jurer foi et hommage \u00e0 son seigneur\u00a0; le f\u00e9al r\u00e9gicide, \u00e0 genoux, mit les mains qui firent tomber la t\u00eate de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> entre les mains du fr\u00e8re du roi martyr\u00a0; l\u2019\u00e9v\u00eaque apostat fut caution du serment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le plus grand auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration est lui-m\u00eame ministre \u2013 de l\u2019Int\u00e9rieur, sous les Cent-Jours. L\u2019ann\u00e9e suivante, Chateaubriand perd sa pension. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je m\u2019\u00e9levais contre l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un ministre de la Police g\u00e9n\u00e9rale dans un pays constitutionnel\u00a0\u00bb. Le poste va rester, mais Fouch\u00e9 le perd en 1816, pour devenir un proscrit, exil\u00e9 en tant que r\u00e9gicide (d\u00e9put\u00e9 de la Convention, il a vot\u00e9 la mort de Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>). Quant \u00e0 Talleyrand, honni des ultras comme des lib\u00e9raux, il n\u2019a pratiquement plus aucun r\u00f4le politique sous la seconde Restauration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais tout-puissant, [les rois] brigu\u00e8rent ma protection et l\u2019honneur de mon alliance, ils l\u00e9ch\u00e8rent la poussi\u00e8re dessous mes pieds\u00a0; maintenant, dans mon vieil \u00e2ge, ils m\u2019oppriment et m\u2019enl\u00e8vent ma femme et mon fils.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1962\" class=\"cit-num\">1962<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il avait le monde sous ses pieds et il n\u2019en a tir\u00e9 qu\u2019une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conqu\u00eates et d\u2019une portion du vieux sol fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, \u00e9crira de son c\u00f4t\u00e9 Chateaubriand, dans ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>.<\/p>\n<p>Mais Napol\u00e9on entre dans l\u2019histoire \u2013 et la l\u00e9gende. Il s\u2019en charge le premier, confiant ses souvenirs et ses pens\u00e9es \u00e0 Emmanuel de Las Cases, auteur du M\u00e9morial \u2013 plusieurs fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 vu son succ\u00e8s, chaque \u00e9dition \u00e9tant revue et augment\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette Chambre, que dans les premiers temps le roi qualifia d\u2019introuvable, se montra folle, exag\u00e9r\u00e9e, ignorante, passionn\u00e9e, r\u00e9actionnaire, domin\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats de caste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1963\" class=\"cit-num\">1963<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comtesse de <span class=\"caps\">BOIGNE<\/span> (1781-1866), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charlotte Louise Ad\u00e9la\u00efde d\u2019Osmont a v\u00e9cu sous onze r\u00e8gnes et r\u00e9gimes diff\u00e9rents, tenant salon sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, \u00e9poques fort bien vues par cette royaliste lib\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le qualificatif d\u2019\u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb est pass\u00e9 dans l\u2019histoire. Les \u00e9lections des 14 et 21\u00a0ao\u00fbt 1815 font \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> ce cadeau empoisonn\u00e9 d\u2019une assembl\u00e9e plus royaliste que le roi. Avec 350 d\u00e9put\u00e9s ultras sur 402, cette fameuse Chambre n\u2019est d\u2019ailleurs pas si \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle sera \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb lors de prochaines \u00e9lections.<\/p>\n<p>La raison en est simple\u00a0: l\u2019\u00e9troitesse du pays l\u00e9gal par rapport au pays r\u00e9el. Le r\u00e9gime censitaire donne le droit de vote aux hommes de plus de 30\u00a0ans, payant au moins 300\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs. Soit 110\u00a0000 \u00e9lecteurs sur 9\u00a0millions d\u2019adultes en 1817, avec 80\u00a0% de propri\u00e9taires fonciers. Pour \u00eatre d\u00e9put\u00e9, il faut avoir au moins 40\u00a0ans et payer 1\u00a0000\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts directs\u00a0: 15\u00a0000 Fran\u00e7ais seulement sont \u00e9ligibles.<\/p>\n<p>Cette Chambre royaliste et ne repr\u00e9sentant que ses int\u00e9r\u00eats s\u2019oppose aux ministres mod\u00e9r\u00e9s, les emp\u00eache de gouverner et provoque la seconde Terreur blanche de notre histoire. La haine des royalistes contre les hommes de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire est encore exasp\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s les Cent-Jours. \u00ab\u00a0Ils finiraient par m\u2019\u00e9purer moi-m\u00eame\u00a0!\u00a0\u00bb, dit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> avec son humour royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019art de gouverner [\u2026] est r\u00e9duit \u00e0 donner aux frelons la plus forte portion du miel pr\u00e9lev\u00e9 sur les abeilles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1970\" class=\"cit-num\">1970<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1760-1825), <em>L\u2019Organisateur<\/em> (1819)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cousin \u00e9loign\u00e9 du duc de Saint-Simon, m\u00e9morialiste de la cour de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et de la R\u00e9gence.<\/p>\n<p>Socialiste avant la grande \u00e9poque du socialisme, Saint-Simon d\u00e9veloppe sa fameuse parabole\u00a0: la perte subite des \u00e9lites actives et productives de la nation serait une telle catastrophe que la France aurait besoin d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration pour s\u2019en relever\u00a0; alors que la disparition de la famille royale, des hauts fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat, des grands du clerg\u00e9, recrut\u00e9s essentiellement au sein d\u2019une aristocratie fonci\u00e8re et oisive, serait sans cons\u00e9quence sur la vie et la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays. Pour cette \u00ab\u00a0fable\u00a0\u00bb, Saint-Simon est cit\u00e9 en cour d\u2019assises en 1819, mais acquitt\u00e9 en 1820.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai voulu tuer la race\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1976\" class=\"cit-num\">1976<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis Pierre <span class=\"caps\">LOUVEL<\/span> (1783-1820), apr\u00e8s l\u2019assassinat du duc de Berry, 13\u00a0f\u00e9vrier 1820.<em> Souvenirs in\u00e9dits du petit-fils du duc de Berry<\/em> (1971), Charles Faucigny-Lucinge (prince de)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ouvrier cordonnier, r\u00e9publicain tenant les Bourbons pour responsables de l\u2019invasion de la France et du trait\u00e9 de Paris de 1815 (qui solde les Cent-Jours), il vient de poignarder, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra (rue de la Loi, aujourd\u2019hui square Louvois), le duc de Berry, fils du comte d\u2019Artois (futur Charles\u00a0X) et chef des ultras, seul membre de la famille royale pouvant donner un h\u00e9ritier \u00e0 la dynastie. En mourant, le duc r\u00e9v\u00e8le que sa femme est enceinte \u2013 ce sera \u00ab\u00a0l\u2019enfant du miracle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots figurent dans son testament dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a des moments o\u00f9 la manie de conspirer devient une sorte de maladie qui, presque toujours malgr\u00e9 les catastrophes, est contagieuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1991\" class=\"cit-num\">1991<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tienne <span class=\"caps\">PASQUIER<\/span> (1767-1862). <em>Histoire de mon temps\u00a0: m\u00e9moires du chancelier Pasquier<\/em> (posthume, 1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique venu du Parlement de l\u2019Ancien R\u00e9gime, rescap\u00e9 des prisons de la Terreur, conseiller d\u2019\u00c9tat et pr\u00e9fet de police sous Napol\u00e9on, ralli\u00e9 aux Bourbons, pair et plusieurs fois ministre sous leur r\u00e8gne, il se ralliera \u00e0 Louis-Philippe, deviendra chancelier de France et ne quittera la vie politique qu\u2019en 1848, pour mourir sous le Second Empire.<\/p>\n<p>Il d\u00e9plore ici l\u2019action de la Charbonnerie, mouvement politique inspir\u00e9 des loges franc-ma\u00e7onnes et du carbonarisme italien. La gauche, qui ne peut plus s\u2019exprimer \u00e0 la Chambre, se tourne vers l\u2019action clandestine. Elle rassemble des officiers et des \u00e9tudiants, le saint-simonien Victor Cousin, l\u2019historien Augustin Thierry. On y retrouve La Fayette qui, \u00e0 65\u00a0ans, r\u00eave de rejouer le 1789 de sa jeunesse. Les \u00ab\u00a0Carbonari\u00a0\u00bb tentent diverses insurrections qui \u00e9chouent dans les ann\u00e9es 1820-1822. \u00c9pisode le plus marquant, l\u2019ex\u00e9cution des quatre jeunes sergents de La Rochelle, le 21\u00a0septembre 1822.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je suis vieux.<br>\u2014 Non, Monsieur de Talleyrand, non, vous n\u2019\u00eates point vieux\u00a0; l\u2019ambition ne vieillit point.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1992\" class=\"cit-num\">1992<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui r\u00e9plique au \u00ab\u00a0Discours au roi pour l\u2019emp\u00eacher de faire la guerre\u00a0\u00bb. <em>Livret de Paul-Louis, vigneron, pendant un s\u00e9jour \u00e0 Paris en mars\u00a01823<\/em> (1823), Paul-Louis Courier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pamphl\u00e9taire lib\u00e9ral et anticl\u00e9rical, pol\u00e9miste parfois violent, Paul-Louis Courier se cache sous cette identit\u00e9 de Paul-Louis, vigneron, et va mourir assassin\u00e9, \u00e0 53\u00a0ans.<\/p>\n<p>Le roi qui ne para\u00eet pas jeune \u2013 malade de la goutte et de plus en plus infirme \u2013 rassure ainsi M.\u00a0de Talleyrand qui ne l\u2019est plus gu\u00e8re et se rassure en m\u00eame temps\u00a0: ils sont presque septuag\u00e9naires \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019esp\u00e9rance de vie est tr\u00e8s inf\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Talleyrand, \u00e9cart\u00e9 du pouvoir et dans le camp de l\u2019opposition lib\u00e9rale, va retrouver une raison de vivre avec la R\u00e9volution de juillet\u00a01830\u00a0: ralli\u00e9 \u00e0 Louis-Philippe et refusant le poste de Premier ministre, le voil\u00e0 ambassadeur \u00e0 Londres. Il mourra \u00e0 84\u00a0ans. L\u2019homme aura \u00e9t\u00e9 admir\u00e9 et d\u00e9test\u00e9 de son vivant, comme apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi est mort, Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1995\" class=\"cit-num\">1995<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri de la monarchie, qui retentit pour la derni\u00e8re fois en France, 16\u00a0septembre 1824, \u00e0 la mort de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> au ch\u00e2teau des Tuileries.<em> Le Roi est mort, vive le Roi\u00a0!<\/em> (1827), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase signifie que le roi de France ne meurt jamais et que la royaut\u00e9 est permanente, depuis le d\u00e9but des Cap\u00e9tiens en 987.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> \u00e9tait le dernier frein \u00e0 la r\u00e9action et le garde-fou aux maladresses de son fr\u00e8re. Devenu Charles\u00a0X, le nouveau roi qui se fait acclamer va aussit\u00f4t ressusciter la pompe royale.<\/p>\n<p>Le contexte politique le favorise\u00a0: les \u00e9lections des 25\u00a0f\u00e9vrier et 6\u00a0mars derniers ont ressuscit\u00e9 la Chambre \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb, plus royaliste que le roi et dissoute par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> en 1815. Cette Chambre \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb comble les v\u0153ux du successeur\u00a0: la gauche n\u2019a plus que 15 d\u00e9put\u00e9s. Catastrophe pour l\u2019opposition parlementaire et victoire pour les ultras. C\u2019est toujours la cons\u00e9quence de la loi \u00e9lectorale\u00a0: le pays l\u00e9gal ne repr\u00e9sente pas du tout le pays r\u00e9el. La Restauration mourra de ce d\u00e9calage abyssal et du monarque dont elle h\u00e9rite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autant proposer une loi en un seul article, qui dirait\u00a0: L\u2019imprimerie est supprim\u00e9e en France au profit de la Belgique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2002\" class=\"cit-num\">2002<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Casimir <span class=\"caps\">P\u00c9RIER<\/span> (1777-1832), \u00e0 propos du projet de loi sur la police de la presse, Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 29\u00a0d\u00e9cembre\u00a01826. Mot \u00e9galement attribu\u00e9, selon quelques sources, \u00e0 Royer-Collard (1763-1845), autre d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral. <em>Mes M\u00e9moires<\/em> (1852-1856), Alexandre Dumas<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre deux romans, le g\u00e9nial Dumas c\u00e8de \u00e0 la tentation d\u2019\u00e9crire ses <em>M\u00e9moires<\/em>, conscient que l\u2019Histoire de son temps a beaucoup de talent\u00a0!<\/p>\n<p>Le d\u00e9put\u00e9 raille am\u00e8rement le projet du minist\u00e8re Vill\u00e8le et quitte son banc. Le garde des Sceaux l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00ab\u00a0loi de justice et d\u2019amour\u00a0\u00bb (selon <em>Le Moniteur<\/em>, journal officiel). Chateaubriand d\u00e9nonce cette \u00ab\u00a0loi vandale\u00a0\u00bb \u2013 les journaux doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9s cinq \u00e0 dix jours avant leur diffusion\u00a0! L\u2019\u00e9dition n\u2019est gu\u00e8re mieux trait\u00e9e, l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise proteste, les lib\u00e9raux se d\u00e9cha\u00eenent \u00e0 la discussion du projet. Mais la loi passe le 12\u00a0mars 1827 \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s. Reste la Chambre des pairs o\u00f9 Chateaubriand a pris la t\u00eate de l\u2019opposition lib\u00e9rale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai aid\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir celle de nos libert\u00e9s qui les vaut toutes, la libert\u00e9 de la presse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2003\" class=\"cit-num\">2003<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste mod\u00e9r\u00e9, il m\u00e8ne campagne pour les libert\u00e9s publiques dans <em>Le Journal des d\u00e9bats<\/em> et \u00e0 la Chambre, contre le minist\u00e8re Vill\u00e8le qui multiplie les lois r\u00e9actionnaires. Les pairs modifient tant et si bien la loi sur la presse que Vill\u00e8le retire son projet, le 17\u00a0avril 1827. Paris illumine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un roi qu\u2019on menace n\u2019a de choix qu\u2019entre le tr\u00f4ne et l\u2019\u00e9chafaud\u00a0!<br>\u2014 Sire, Votre Majest\u00e9 oublie la chaise de poste\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2013\" class=\"cit-num\">2013<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 <span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836). <em>Souvenirs intimes sur M. de Talleyrand<\/em> (1870), Am\u00e9d\u00e9e Pichot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fa\u00e7on de rassurer le roi avec humour, lui rappelant au passage qu\u2019il fut le premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de la R\u00e9volution, au lendemain de la prise de la Bastille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, vous r\u00e9gnez\u00a0! Mon fils vous devra sa couronne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2021\" class=\"cit-num\">2021<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duchesse de <span class=\"caps\">BERRY<\/span> (1798-1870), \u00e0 Charles X, 26\u00a0juillet\u00a01830.<em> M\u00e9moires de la comtesse de Boigne<\/em> (posthume, 1909)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00e8re de l\u2019\u00ab\u00a0enfant du miracle\u00a0\u00bb, fils posthume du duc de Berry assassin\u00e9 en 1820, elle vient de lire dans <em>Le Moniteur<\/em> du 26\u00a0juillet le texte des quatre ordonnances \u2013 qualifi\u00e9es de sc\u00e9l\u00e9rates par l\u2019opposition majoritaire. Cette bombe ultra va d\u00e9clencher le lendemain la r\u00e9volution des Trois Glorieuses (journ\u00e9es des 27, 28, 29\u00a0juillet) et la fin du r\u00e8gne des Bourbons\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils sont perdus. Ils ne connaissent ni le pays ni le temps. Ils vivent en dehors du monde et du si\u00e8cle\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2022\" class=\"cit-num\">2022<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">MARMONT<\/span> (1774-1852), \u00e0 la t\u00eate des troupes royales, 26\u00a0juillet 1830.<em> M\u00e9moires de la comtesse de Boigne<\/em> (posthume, 1909)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mar\u00e9chal d\u2019Empire, militaire injustement accus\u00e9 de trahison en avril\u00a01814, nomm\u00e9 pair de France par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, il dirige \u00e0 pr\u00e9sent les troupes royales \u00e0 Paris, soit 10\u00a0000 hommes, face aux 25\u00a0000 insurg\u00e9s\u00a0: 20\u00a0000 membres de la garde nationale dissoute en juillet\u00a01827, mais qui ont gard\u00e9 leurs armes, et 5\u00a0000 r\u00e9publicains qui ont pill\u00e9 les armureries.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les r\u00e9volutions sont de magnifiques improvisatrices. Un peu \u00e9chevel\u00e9es quelquefois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2024\" class=\"cit-num\">2024<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 1830 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec lui, tous les jeunes romantiques se retrouvent dans l\u2019opposition. Hugo a 28\u00a0ans. C\u2019est l\u2019un des plus ardents. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une belle et longue vie politique, men\u00e9e parall\u00e8lement \u00e0 sa carri\u00e8re litt\u00e9raire. On peut le comparer \u00e0 Chateaubriand, son mod\u00e8le proclam\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux \u00eatre Chateaubriand ou rien\u00a0\u00bb (Lettre de 1821).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1024px-portrait_de_victor_hugo_sur_fond_de_notre-dame_de_reims_-_jean_alaux.jpg\" width=\"400\" height=\"471\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La derni\u00e8re raison des rois, le boulet. La derni\u00e8re raison des peuples, le pav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2028\" class=\"cit-num\">2028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de France est ponctu\u00e9e de \u00ab\u00a0journ\u00e9es des Barricades\u00a0\u00bb \u2013 murailles improvis\u00e9es, faites de pav\u00e9s, de galets, de poutres, construites par le peuple pour barrer la route aux troupes charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre. La premi\u00e8re Journ\u00e9e remonte \u00e0 la Sainte Ligue (catholique), qui tenait Paris en 1588. En 1649, la Fronde a beaucoup jou\u00e9 avec les pav\u00e9s. La R\u00e9volution de 1830 d\u00e9pave les rues de Paris, durant ces Trois Glorieuses.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, les pav\u00e9s reprennent du service avec la R\u00e9volution de 1848. La Commune de Paris en 1871 est la plus sanglante guerre des pav\u00e9s \u2013 Hugo sera encore t\u00e9moin. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Paris vivra deux s\u00e9ries de journ\u00e9es o\u00f9 les rues se h\u00e9rissent \u00e0 nouveau de barricades et de pav\u00e9s, qui font \u00e9galement projectiles\u00a0: \u00e0 la Lib\u00e9ration en 1940, et en mai 1968. Entre les deux, la \u00ab\u00a0semaine des Barricades\u00a0\u00bb, en janvier\u00a01960, \u00e0 Alger. Le pav\u00e9 servira de moins en moins, les rues de Paris et de toutes les grandes villes \u00e9tant recouvertes de macadam.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles X a essay\u00e9 de sauver la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise et avec elle la l\u00e9gitimit\u00e9 europ\u00e9enne\u00a0: il a livr\u00e9 la bataille et il l\u2019a perdue [\u2026] Napol\u00e9on a eu son Waterloo, Charles X ses journ\u00e9es de juillet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2030\" class=\"cit-num\">2030<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 30\u00a0juillet, Charles X retire les ordonnances. Trop tard. Thiers et Mignet font placarder un manifeste orl\u00e9aniste. Louis-Philippe attend son heure, patiemment, prudemment r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Neuilly, puis au Raincy. Tandis que La Fayette, septuag\u00e9naire actif, est de retour pour son dernier rendez-vous avec l\u2019Histoire, de nouveau \u00e0 la t\u00eate de la garde nationale r\u00e9tablie, qui occupe l\u2019H\u00f4tel de Ville\u00a0: on hisse le drapeau tricolore.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire &amp; Litt\u00e9rature, lecture recommand\u00e9e en temps de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)&nbsp;: 1. Romans &#8211; 2. Po\u00e9sie &#8211; 3. Th\u00e9\u00e2tre &#8211; 4. Lettres &#8211; 5. Histoire et Chronique &#8211; 6. M\u00e9moires &#8211; 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques &#8211; 8. Discours. 6. M\u00e9moires. 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