{"id":8565,"date":"2020-08-10T13:31:40","date_gmt":"2020-08-10T11:31:40","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-de-napoleon-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:42","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:42","slug":"histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-de-napoleon-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-de-napoleon-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Histoire &amp; Litt\u00e9rature : l\u2019Histoire \u00e9crite par les historiens, de Napol\u00e9on \u00e0 nos jours"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_6.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"487\"><\/p>\n<p>Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances pour une bonne raison\u00a0: l\u2019Histoire de France reste la plus passionnante des histoires, avec ses personnages incroyables mais vrais et ses chroniques \u00e0 rebondissements. C\u2019est aussi un voyage dans le temps et le d\u00e9paysement assur\u00e9 \u00e0 moindre co\u00fbt\u00a0!<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019Histoire vue par les romans, la po\u00e9sie, le th\u00e9\u00e2tre et les lettres, voici l\u2019Histoire \u00e9crite par les historiens. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, l\u2019histoire est une \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb depuis deux si\u00e8cles.\u00a0<\/p>\n<p>N\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e en tant que science (humaine), un nom s\u2019impose, Michelet, le plus populaire des historiens \u2013 sauf aupr\u00e8s des confr\u00e8res. Mais l\u2019histoire existe en r\u00e9alit\u00e9 depuis toujours.<\/p>\n<p>C\u00e9sar le premier se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois acteur et auteur de la \u00ab\u00a0Guerre des Gaules\u00a0\u00bb, nous r\u00e9v\u00e9lant notre premier h\u00e9ros national qu\u2019il a vaincu\u00a0\u00e0 Al\u00e9sia\u00a0: Vercing\u00e9torix.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, on parle de chroniqueurs\u00a0: Joinville (proche de saint Louis) et Commynes (Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>), Froissart pour la Guerre de Cent Ans. Baptis\u00e9 \u00ab\u00a0P\u00e8re de l\u2019Histoire de France\u00a0\u00bb, Gr\u00e9goire de Tours s\u2019exprime en chr\u00e9tien comme nombre d\u2019\u00e9v\u00eaques et Bossuet c\u00e9dera \u00e0 cette tentation. M\u00e9di\u00e9viste contemporain, Georges Duby fera r\u00e9f\u00e9rence pour d\u2019autres \u00e9poques.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e, le Testament de Richelieu, br\u00e9viaire de l\u2019homme d\u2019\u00c9tat et les M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> ont valeur historique, mais aussi les M\u00e9moires de Saint-Simon, t\u00e9moin et juge s\u00e9v\u00e8re de son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire est l\u2019historien toujours cit\u00e9 du tr\u00e8s vivant \u00ab\u00a0Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb. Mais toutes les \u0153uvres philosophiques qui font pol\u00e9mique sont \u00e0 ranger dans la cat\u00e9gorie des Pamphlets (\u00e0 suivre).<\/p>\n<p>La R\u00e9volution fascine la plupart des historiens (Michelet et Tocqueville, Taine, Edgar Quinet pour Saint-Just) et certains lui consacrent leur vie (Claude Manceron, Albert Mathiez pour Robespierre). M\u00eame fascination pour Napol\u00e9on, ador\u00e9 ou d\u00e9test\u00e9, personnage hyper-m\u00e9diatique sous le Consulat et l\u2019Empire, mine de citations et sujet in\u00e9puisable. Jean Tulard a consacr\u00e9 un livre \u00e0 ses historiens.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, nombre d\u2019hommes politiques se font historiens (plus ou moins orient\u00e9s). Guizot, Thiers, Jaur\u00e8s, Louis Blanc, Edgar Quinet, sans oublier le cas de Lamartine. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique rend l\u2019enseignement gratuit et obligatoire\u00a0: les historiens professionnels abondent et cosignent souvent (\u00e0 commencer par Ernest Lavisse, l\u2019\u00ab\u00a0instituteur national\u00a0\u00bb). D\u00e9sormais, les \u00e9coles, les clans, les \u00ab\u00a0chapelles\u00a0\u00bb s\u2019opposent, r\u00e9cit contre roman national, bataille des m\u00e9thodes et des sources. L\u2019Histoire se th\u00e9orise, se politise\u2026 et se d\u00e9mocratise.<\/p>\n<p>Aid\u00e9s par les m\u00e9dias audiovisuels au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, les (bons) vulgarisateurs touchent le grand public, tels Decaux et Castelot (souvent associ\u00e9s). Les biographes se multiplient, inspir\u00e9s par les h\u00e9ros nationaux ou les contemporains (de Gaulle et Mitterrand, pour Jean Lacouture). Des \u00ab\u00a0amateurs\u00a0\u00bb (ayant un autre m\u00e9tier, journaliste, avocat, \u00e9diteur) font aussi \u0153uvre d\u2019historien, anim\u00e9s de cette \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb qu\u2019on aime partager.<\/p>\n<p><em>L\u2019Histoire en citations<\/em> fait une large place aux historiens\u00a0de toute opinion et de tout genre\u00a0: celui qui \u00e9crit l\u2019histoire de son temps comme t\u00e9moin direct ou post\u00e9rieurement aux \u00e9v\u00e9nements, relatant les faits en donnant ou pas son propre jugement\u00a0; celui qui est acteur de l\u2019histoire sinon personnage historique, ou figure seulement comme source de citations.<\/p>\n<p>Deux historiens, Pierre Miquel et Jean Favier, ont pr\u00e9fac\u00e9 les premi\u00e8res \u00e9ditions de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (Le Rocher, 1990 et Eyrolles, 2011). Nous les en remercions, en attendant une r\u00e9\u00e9dition.<\/p>\n<p>L\u2019Histoire des historiens vous est pr\u00e9sent\u00e9e en trois \u00e9ditos\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">1. De la Gaule au Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-du-siecle-des-lumieres-a-la-revolution\/\">2. Les Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution.<\/a><\/p>\n<p>3. De Napol\u00e9on \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-15.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<h2><span>3. De Napol\u00e9on \u00e0 nos jours. <\/span><\/h2>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1796, c\u2019est le peuple qui est harass\u00e9\u00a0; il se retire en masse\u00a0; il a besoin de sommeil, il va dormir pendant un tiers de si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<span id=\"1644\" class=\"cit-num\">1644<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edgar <span class=\"caps\">QUINET<\/span> (1803-1875), <em>La R\u00e9volution<\/em> (1865)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien s\u2019est aussi engag\u00e9 en politique, d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, exil\u00e9 sous le Second Empire, d\u00e9\u00e7u par les d\u00e9buts de la Troisi\u00e8me, cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique sans r\u00e9publicains\u00a0\u00bb. Reste l\u2019histoire de la R\u00e9volution et le message \u00e0 passer aux g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Le peuple a tout support\u00e9, la faim, la mis\u00e8re, les massacres, les guerres civiles et \u00e9trang\u00e8res, avec la lev\u00e9e en masse, les imp\u00f4ts, l\u2019inflation. Il n\u2019y aura plus de r\u00e9volution avant 1830. Entre-temps, le peuple va voir passer plusieurs r\u00e9gimes, le Directoire \u00e9tant le plus original, et l\u2019Empire, le plus \u00e9puisant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Corse terroriste nomm\u00e9 Bonaparte, le bras droit de Barras [\u2026] qui n\u2019a pas trente ans et nulle exp\u00e9rience de la guerre [\u2026] petit bamboche \u00e0 cheveux \u00e9parpill\u00e9s, b\u00e2tard de Mandrin.\u00a0\u00bb<span id=\"1648\" class=\"cit-num\">1648<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MALLET<\/span> du <span class=\"caps\">PAN<\/span> (1749-1800). <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette relecture de la R\u00e9volution par Fran\u00e7ois Furet, marxiste d\u00e9froqu\u00e9, fit pol\u00e9mique aupr\u00e8s de ses confr\u00e8res lors du Bicentenaire, mais le grand public a adh\u00e9r\u00e9. Napol\u00e9on Bonaparte s\u2019inscrit logiquement dans la suite de l\u2019Histoire\u00a0: au total, un quart de si\u00e8cle qui \u00ab\u00a0\u00e9tonne\u00a0\u00bb encore le monde.<\/p>\n<p>Suisse d\u2019expression fran\u00e7aise et jadis tr\u00e8s hostile \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, Mallet du Pan est le porte-parole des \u00e9migr\u00e9s et l\u2019agent secret de la cour aupr\u00e8s des gouvernements antir\u00e9volutionnaires. Un article sur la conduite de Bonaparte en Italie (lors de sa campagne de 1797) irrite profond\u00e9ment le \u00ab\u00a0Corse terroriste\u00a0\u00bb et force l\u2019\u00e9crivain journaliste \u00e0 s\u2019exiler. Bonaparte, pas plus Napol\u00e9on, ne supporte la contradiction, l\u2019opposition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a point de finances, il n\u2019y a pas besoin de ministre.\u00a0\u00bb<span id=\"1651\" class=\"cit-num\">1651<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Martin Michel Charles <span class=\"caps\">GAUDIN<\/span> (1756-1841), refusant le minist\u00e8re des Finances. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Castelot et Decaux ont souvent travaill\u00e9 en bonne entente, avec la volont\u00e9 de vulgariser l\u2019histoire, autrement dit de la rendre accessible au grand public par les moyens audiovisuels, radio et t\u00e9l\u00e9vision. Ils ont r\u00e9ussi, parfois au prix d\u2019une simplification qui heurte les historiens \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Qu\u2019importe, pourvu que l\u2019histoire reste une \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Financier d\u2019exp\u00e9rience, il refuse ce cadeau empoisonn\u00e9 aux Directeurs qui forment le gouvernement, le 8\u00a0novembre\u00a01795. Le r\u00e9gime sera marqu\u00e9 par une crise \u00e0 la fois \u00e9conomique, financi\u00e8re et sociale. Quand Napol\u00e9on Bonaparte fera appel \u00e0 cet \u00ab\u00a0homme tout d\u2019une pi\u00e8ce, une forteresse inattaquable pour la corruption\u00a0\u00bb, Gaudin reviendra aux affaires en 1799 \u2013 apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de Brumaire, qui met fin au r\u00e9gime du Directoire et aboutit au Consulat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Disparaissez enfin, r\u00e9voltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de ma\u00eetres et de valets, de gouvernement et de gouvern\u00e9s.\u00a0\u00bb<span id=\"1661\" class=\"cit-num\">1661<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sylvain <span class=\"caps\">MAR\u00c9CHAL<\/span> (1750-1803), <em>Manifeste des \u00c9gaux<\/em>, programme r\u00e9dig\u00e9 fin 1795, et devenu la <em>Charte de la conspiration des \u00c9gaux.\u00a0 Histoire des classes ouvri\u00e8res en France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0I (1867), \u00c9mile Levasseur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien, \u00e9conomiste et g\u00e9ographe, il m\u00eale ces trois disciplines dans l\u2019enseignement qu\u2019il contribue \u00e0 promouvoir au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, p\u00e9riode particuli\u00e8rement f\u00e9conde.<\/p>\n<p>Babeuf, Buonarroti et quelques autres conjur\u00e9s forment un \u00ab\u00a0Directoire secret\u00a0\u00bb pour renverser l\u2019autre, le vrai\u2026 qui est au courant de tout. Barras (le plus influent des Directeurs et le \u00ab\u00a0roi des pourris\u00a0\u00bb) a de bons indicateurs, et Carnot monnaie la trahison d\u2019un des conjur\u00e9s, Grisel. Il faut faire un exemple, effrayer le bon peuple et surtout le bourgeois, avec cette affaire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me en est Gracchus Babeuf, rescap\u00e9 de la Terreur, \u00ab\u00a0m\u00e9lange de terrorisme et d\u2019assistance sociale\u00a0\u00bb, selon Maxime Leroy (<em>Histoire des id\u00e9es sociales en France, De Montesquieu \u00e0 Robespierre<\/em>). Dans son journal, <em>Le Tribun du Peuple<\/em>, Babeuf expose ses th\u00e9ories communistes\u00a0et a d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 son vibrant appel\u00a0: \u00ab\u00a0Peuple\u00a0! r\u00e9veille-toi \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1024px-bouchot_-_le_general_bonaparte_au_conseil_des_cinq-cents.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"429\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 votre homme, il fera votre coup d\u2019\u00c9tat bien mieux que moi.\u00a0\u00bb<span id=\"1675\" class=\"cit-num\">1675<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">MOREAU<\/span> (1763-1813), \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s, quand il apprend le retour de Bonaparte, 17\u00a0octobre 1799.<em> Siey\u00e8s, la cl\u00e9 de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1988), Jean-Denis Bredin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur de droit et avocat (associ\u00e9 \u00e0 Badinter), Bredin est un tr\u00e8s bon historien amateur, passionn\u00e9 par l\u2019Affaire (Dreyfus) et biographe de personnages historiques secondaires, mais marquants. Charlotte Corday, Necker, Siey\u00e8s.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Moreau a vu Bonaparte \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie et le recommande \u00e0 Siey\u00e8s, l\u2019un des cinq Directeurs. L\u2019abb\u00e9 est toujours en qu\u00eate de son \u00ab\u00a0sabre\u00a0\u00bb (ou son \u00e9p\u00e9e) pour remettre de l\u2019ordre dans le pays, renforcer l\u2019ex\u00e9cutif, lutter contre la gauche jacobine et surtout la droite royaliste, avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> qui pourrait revenir et r\u00e9tablir la monarchie. Le r\u00e9gime actuel, faible, corrompu, incomp\u00e9tent, est d\u00e9finitivement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans quel \u00e9tat j\u2019ai laiss\u00e9 la France et dans quel \u00e9tat je l\u2019ai retrouv\u00e9e\u00a0! Je vous avais laiss\u00e9 la paix et je retrouve la guerre\u00a0! Je vous avais laiss\u00e9 des conqu\u00eates et l\u2019ennemi passe nos fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb<span id=\"1677\" class=\"cit-num\">1677<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 18 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (9\u00a0novembre\u00a01799). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons ce tandem d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. Philippe Joseph Benjamin Buchez (1796-1865) appartient \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration de Michelet. Socialiste chr\u00e9tien, il a lui aussi \u00ab\u00a0le c\u0153ur \u00e0 gauche\u00a0\u00bb, mais d\u00e9\u00e7u par la politique, il renonce bient\u00f4t. L\u2019historien est plus heureux et pers\u00e9v\u00e9rant, avec cette<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution<\/em> fran\u00e7aise en 40 volumes, compilation de d\u00e9bats d\u2019assembl\u00e9e, d\u2019articles de journaux, de motions de clubs, le tout entrecoup\u00e9 de commentaires \u00e0 travers lesquels il expose ses id\u00e9es. Son collaborateur Pierre-C\u00e9lestin Roux-Lavergne, m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, professeur d\u2019histoire, s\u2019engage en politique avec plus de succ\u00e8s, avant d\u2019entrer dans les ordres.<\/p>\n<p>La citation est assur\u00e9ment authentique, mais selon les sources, la situation diff\u00e8re.<\/p>\n<p>Bonaparte, g\u00e9n\u00e9ral en chef, passe en revue les troupes aux Tuileries, 3\u00a0000 soldats d\u00fbment rassembl\u00e9s dans le jardin. Autre version, il apostrophe Bottot, secr\u00e9taire de Barras, inquiet de ce qui se pr\u00e9pare et venu lui parler au Conseil des Anciens. Il peut \u00e9galement avoir prononc\u00e9 ces mots \u00e0 la tribune de cette Assembl\u00e9e. Quoi qu\u2019il en soit, il s\u2019est exprim\u00e9 publiquement, peut-\u00eatre plusieurs fois, tant l\u2019argument joue en sa faveur et pr\u00e9pare l\u2019opinion\u00a0!<\/p>\n<p>En clair, la situation est bonne pour le coup d\u2019\u00c9tat. \u00ab\u00a0L\u2019anarchie ram\u00e8ne toujours au pouvoir absolu\u00a0\u00bb, dira-t-il plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une fois encore s\u2019allait justifier le mot de Saint-\u00c9vremond\u00a0: \u00ab\u00a0le Fran\u00e7ais est surtout jaloux de la libert\u00e9 de se choisir son ma\u00eetre\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<span id=\"1682\" class=\"cit-num\">1682<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em>,<em> Le Consulat, 18 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span><\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien et d\u00e9put\u00e9 (conservateur), sa carri\u00e8re de professeur dans l\u2019Universit\u00e9 est contrari\u00e9e par Lavisse qui lui reproche de r\u00e9habiliter Fouch\u00e9 et de ne pas adh\u00e9rer \u00e0 la R\u00e9volution. Il consacre surtout trente ans de sa vie \u00e0 l\u2019irr\u00e9sistible ascension de Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>Saint-\u00c9vremond, moraliste et critique libertin du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, pr\u00e9figurateur de la philosophie des Lumi\u00e8res, type m\u00eame de l\u2019\u00ab\u00a0honn\u00eate homme\u00a0\u00bb ironique et sceptique, semble tirer un si\u00e8cle plus tard la le\u00e7on du coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire et de ses suites.<\/p>\n<p>Madelin va d\u2019abord approuver le choix du nouveau ma\u00eetre de la France, tel qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le sous le prochain r\u00e9gime du Consulat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces cinq ans de Consulat \u2013 l\u2019une des plus belles pages de la plus belle des histoires, l\u2019histoire de France.\u00a0\u00bb<span id=\"1684\" class=\"cit-num\">1684<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956),<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire. L\u2019Av\u00e8nement de l\u2019Empire<\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur Napol\u00e9on a suscit\u00e9 des haines profondes, et m\u00eame ses admirateurs ont des raisons de le critiquer. Mais le Bonaparte du Consulat rallie (presque) tous les suffrages, chez les contemporains comme chez les historiens. Cela dit, l\u2019un est n\u00e9 de l\u2019autre, avec une logique qui peut prendre le nom de fatalit\u00e9, ou de destin\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner par un parti, c\u2019est se mettre t\u00f4t ou tard dans sa d\u00e9pendance. On ne m\u2019y prendra pas. Je suis national.\u00a0\u00bb<span id=\"1692\" class=\"cit-num\">1692<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Conseil d\u2019\u00c9tat, fin 1799. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons qui est Lavisse. Historien promu par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et surnomm\u00e9 l\u2019instituteur national avec autant de respect que d\u2019ironie, il promeut le \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb propre \u00e0 inculquer aux jeunes (r\u00e9cemment) scolaris\u00e9s l\u2018amour de la France et aux citoyens une conscience civique. Il a tr\u00e8s souvent \u00e9crit avec des collaborateurs de la m\u00eame \u00ab\u00a0\u00e9cole\u00a0\u00bb historienne.<\/p>\n<p>Que Bonaparte l\u2019ait dit \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s ou \u00e0 Thibaudeau (selon les sources), peu importe, et il l\u2019a certainement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 diverses occasions, au d\u00e9but de son Consulat\u00a0: c\u2019est un principe r\u00e9current de sa politique et un point fort de sa strat\u00e9gie d\u2019homme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La logique des partis fut fatale aux r\u00e9volutionnaires \u2013 au sens litt\u00e9ral, si on se rappelle tous ceux guillotin\u00e9s pour \u00eatre ou ne pas \u00eatre de tel ou tel parti, courant, tendance, nuance, club et autre faction. Le r\u00e9gime des partis se r\u00e9v\u00e9lera \u00e9galement funeste aux R\u00e9publiques qui se suivront et (en cela du moins) se ressembleront, pendant deux si\u00e8cles. De Gaulle lui-m\u00eame, autre g\u00e9n\u00e9ral entr\u00e9 en politique \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9v\u00e9nements dramatiques, n\u2019aura pas de mot assez fort ou m\u00e9prisant pour fustiger les partis, leur jeu, et l\u2019instabilit\u00e9 gouvernementale qui s\u2019ensuit.<\/p>\n<p>Cela dit, les partis sont inh\u00e9rents \u00e0 la d\u00e9mocratie. De Gaulle la respectera, Bonaparte n\u2019a pas ce genre de probl\u00e8me.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il dans la Constitution\u00a0?<br>\u2014 Il y a Bonaparte.\u00a0\u00bb<span id=\"1696\" class=\"cit-num\">1696<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le mot circule dans Paris en 1800. <em>Histoire socialiste, 1789-1900, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, Consulat et Empire<\/em>, Paul Brousse et Henri Turot, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>M\u00eame engagement en histoire qu\u2019en politique, mais Jean Jaur\u00e8s n\u2019a r\u00e9dig\u00e9 lui-m\u00eame que la R\u00e9volution fran\u00e7aise (les 4 premiers volumes) et le bilan social du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (fin du volume 12), ainsi que le d\u00e9but du volume 11, consacr\u00e9 \u00e0 la Guerre franco-allemande de 1870-1871. Dans ce genre de \u00ab\u00a0somme\u00a0\u00bb, la collaboration s\u2019impose d\u2019autant plus que nos grands historiens exercent souvent un autre m\u00e9tier (professeur ou d\u00e9put\u00e9).\u00a0<\/p>\n<p>On a compris que Bonaparte a l\u2019essentiel du pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9cision du Premier Consul suffit.\u00a0\u00bb Les deux autres consuls, Cambac\u00e9r\u00e8s et Lebrun, n\u2019ont qu\u2019une voix consultative. Irresponsable devant les assembl\u00e9es, il nomme ministres et fonctionnaires, a l\u2019initiative des lois.<\/p>\n<p>Le l\u00e9gislatif est \u00e9miett\u00e9 en trois assembl\u00e9es qui se neutralisent (S\u00e9nat, Tribunat, Corps l\u00e9gislatif) et le suffrage universel escamot\u00e9. C\u2019est un \u00ab\u00a0sur-mesure institutionnel\u00a0\u00bb pour le nouveau C\u00e9sar \u2013\u00a0le mot de Consulat vient du droit romain, de m\u00eame les s\u00e9natus-consultes, textes promulgu\u00e9s par le S\u00e9nat, autre souvenir de la R\u00e9publique romaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi ne m\u2019est-il pas permis de pleurer\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1707\" class=\"cit-num\">1707<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821) \u00e0 la mort de Desaix, Marengo, 14\u00a0juin 1800. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait un valeureux compagnon de route pour Bonaparte qui a pu appr\u00e9cier l\u2019homme et le militaire, dans la campagne d\u2019\u00c9gypte. Certains historiens d\u00e9nonceront son m\u00e9pris de la vie humaine, mais il ne m\u00e9nage pas la sienne\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme apr\u00e8s tout\u00a0?\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Marengo, les Autrichiens demandent un armistice. L\u2019Italie, pour la seconde fois, est conquise par les Fran\u00e7ais. \u00c0 Milan, capitale de la R\u00e9publique cisalpine, on illumine. Et Paris accueille la nouvelle de cette victoire dans un d\u00e9lire d\u2019enthousiasme. Il n\u2019en fallait pas moins, pas plus, pour assurer la position de Bonaparte, Premier Consul.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais dans l\u2019histoire on n\u2019avait vendu un continent si bon march\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1736\" class=\"cit-num\">1736<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">LAVISSE<\/span> (1842-1922),<em> Histoire de la France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019historien, le plus respect\u00e9 et honor\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, fondateur de l\u2019\u00ab\u00a0histoire positiviste\u00a0\u00bb, auteur de nombreux manuels, cr\u00e9ateur du \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb au service de l\u2019Histoire et de son enseignement.\u00a0<\/p>\n<p>Bonaparte a besoin d\u2019argent et la Louisiane occidentale, r\u00e9troc\u00e9d\u00e9e \u00e0 la France en 1800, pouvait devenir une occasion de conflit avec l\u2019Angleterre install\u00e9e sur la rive droite du Mississippi. La France c\u00e8de donc \u00e0 la jeune r\u00e9publique des \u00c9tats-Unis, en vertu du trait\u00e9 du 30\u00a0avril 1803, un immense territoire (une bonne partie de l\u2019\u00ab\u00a0Ouest\u00a0\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui) pour une \u00ab\u00a0poign\u00e9e de dollars\u00a0\u00bb (15\u00a0millions). Apr\u00e8s diverses d\u00e9ductions, l\u2019affaire ne rapportera que 50\u00a0millions de francs au Tr\u00e9sor.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vais hasarder l\u2019entreprise la plus difficile, mais la plus f\u00e9conde en r\u00e9sultats effrayants que la politique ait con\u00e7ue. En trois jours, un temps brumeux et des circonstances un peu favorisantes peuvent me rendre ma\u00eetre de Londres, du parlement, de la Banque.\u00a0\u00bb<span id=\"1737\" class=\"cit-num\">1737<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au marquis de Lucchesini, 16\u00a0mai 1803. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Castelot et Decaux aiment les bonnes citations qui font avancer l\u2019Histoire et entretiennent cette \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. La plupart se retrouvent chez d\u2019autres historiens, mais rarement aussi nombreuses. D\u2019o\u00f9 notre go\u00fbt pour cette source.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e hantait Bonaparte depuis le Directoire qui projetait d\u00e9j\u00e0 cette attaque par la Manche. Le Premier Consul s\u2019en ouvre au ministre pl\u00e9nipotentiaire du roi de Prusse. Quatre jours plus tard, rupture de la paix d\u2019Amiens annonc\u00e9e aux assembl\u00e9es. Il accuse l\u2019Angleterre et dit ne se r\u00e9soudre \u00e0 la guerre \u00ab\u00a0qu\u2019avec la plus grande r\u00e9pugnance\u00a0\u00bb. Ne nous risquons pas au commentaire de ce commentaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e de cette femme, comme celle d\u2019un oiseau de mauvais augure, a toujours \u00e9t\u00e9 le signal de quelque trouble. Mon intention n\u2019est pas qu\u2019elle reste en France.\u00a0\u00bb<span id=\"1738\" class=\"cit-num\">1738<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), au Grand Juge R\u00e9gnier (ministre de la Justice). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019apprendre le retour de Mme\u00a0de Sta\u00ebl pr\u00e8s de Beaumont-sur-Oise, le 3\u00a0octobre 1803. Il lui donne cinq jours pour partir, sinon, il la fera reconduire \u00e0 la fronti\u00e8re par la gendarmerie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est un foss\u00e9 qui sera franchi lorsqu\u2019on aura l\u2019audace de le tenter.\u00a0\u00bb<span id=\"1739\" class=\"cit-num\">1739<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 Cambac\u00e9r\u00e8s, Boulogne, 16\u00a0novembre\u00a01803. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1907), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que Lavisse, professeur et diplomate, il cr\u00e9e l\u2019histoire diplomatique, d\u00e9fend la th\u00e9orie classique des \u00ab\u00a0fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la g\u00e9opolitique qui ne dit pas encore son nom.<\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0foss\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9signe la Manche qui s\u00e9pare la France des c\u00f4tes d\u2019Angleterre, visibles des hauteurs d\u2019Ambleteuse (d\u00e9partement du Pas-de-Calais). C\u2019est une id\u00e9e r\u00e9currente, sinon une obsession. Le 19\u00a0avril 1801, il \u00e9crivait \u00e0 Talleyrand\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019espace qui s\u00e9pare la Grande-Bretagne du continent n\u2019est point infranchissable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de poignards.\u00a0\u00bb<span id=\"1741\" class=\"cit-num\">1741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), mi-janvier\u00a01804. <em>Fouch\u00e9<\/em> (1903), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que n\u2019\u00e9tant plus au minist\u00e8re de la Police (supprim\u00e9 entre\u00a01802 et\u00a01804), il apprend la pr\u00e9sence de Pichegru \u00e0 Paris, g\u00e9n\u00e9ral tra\u00eetre, d\u00e9port\u00e9 par le Directoire, \u00e9vad\u00e9 du bagne. Cadoudal est complice, chef chouan charismatique, d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9 dans l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, fin 1800, et que Bonaparte a essay\u00e9 de se rallier. Le g\u00e9n\u00e9ral Moreau s\u2019est plus ou moins joint au complot, s\u2019estimant mal pay\u00e9 des services rendus au pouvoir, mais refusant de servir les royalistes. Ces hommes ont le projet d\u2019enlever le Premier Consul.<\/p>\n<p>Bonaparte inform\u00e9, la capitale est mise aussit\u00f4t en \u00e9tat de si\u00e8ge.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vis dans une d\u00e9fiance continuelle. Chaque jour, on voit \u00e9clore de nouveaux complots contre ma vie. Les Bourbons me prennent pour leur unique point de mire\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1742\" class=\"cit-num\">1742<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re Joseph. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas une parano\u00efa de dictateur. De son propre aveu, le comte d\u2019Artois (fr\u00e8re du comte de Provence et futur Charles\u00a0X) entretenait 60 assassins dans Paris. Et c\u2019est lui qui a nomm\u00e9 Cadoudal, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Londres, lieutenant g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es du roi, en 1800.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Bourbons croient qu\u2019on peut verser mon sang comme celui des plus vils animaux. Mon sang cependant vaut bien le leur. Je vais leur rendre la terreur qu\u2019ils veulent m\u2019inspirer [\u2026] Je ferai impitoyablement fusiller le premier de ces princes qui me tombera sous la main.\u00a0\u00bb<span id=\"1743\" class=\"cit-num\">1743<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), 9\u00a0mars 1804. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jeune avocat provincial, Thiers est \u00ab\u00a0mont\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 Paris \u00e0 la mani\u00e8re du Rastignac de Balzac. Il fera une longue carri\u00e8re politique, mais c\u2019est aussi un historien de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire et c\u2019est \u00e0 ce titre qu\u2019il entre \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Ses livres se vendent tr\u00e8s bien et il saura tirer le\u00e7on de l\u2019Histoire, quand il sera lui-m\u00eame au pouvoir.<\/p>\n<p>Cadoudal vient d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, au terme d\u2019une course-poursuite meurtri\u00e8re, au Quartier latin. Il a parl\u00e9 sans le nommer d\u2019un prince fran\u00e7ais complice, et de l\u2019avis de tous, c\u2019est le duc d\u2019Enghien, \u00e9migr\u00e9, qui vit pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, en Allemagne.<\/p>\n<p>Le lendemain, le Premier Consul, en proie \u00e0 une fureur extr\u00eame, donne l\u2019ordre de l\u2019enlever, ce qui sera fait dans la nuit du 15 au 16\u00a0mars, par une troupe d\u2019un millier de gendarmes, au m\u00e9pris du droit des gens (droit international).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est pire qu\u2019un crime, c\u2019est une faute.\u00a0\u00bb<span id=\"1747\" class=\"cit-num\">1747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Claude Joseph <span class=\"caps\">BOULAY<\/span> de la <span class=\"caps\">MEURTHE<\/span> (1761-1840), apprenant l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien, le 21\u00a0mars 1804. Mot parfois attribu\u00e9, mais \u00e0 tort, \u00e0 <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820) ou \u00e0 <span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838). <em>Les Citations fran\u00e7aises<\/em> (1931), Othon Guerlac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conseiller d\u2019\u00c9tat et pourtant fid\u00e8le \u00e0 Bonaparte du d\u00e9but (coup d\u2019\u00c9tat de brumaire) \u00e0 la fin (Cent-Jours compris), il a ce jugement s\u00e9v\u00e8re. Le mot est parfois attribu\u00e9 \u00e0 Fouch\u00e9 (par Chateaubriand) ou \u00e0 Talleyrand (par J.-P. Sartre). Mais les deux hommes ont eux-m\u00eames pouss\u00e9 Bonaparte au crime et il n\u2019est pas dans leur caract\u00e8re de s\u2019en repentir.<\/p>\n<p>Cette ex\u00e9cution sommaire indigne l\u2019Europe et toutes les t\u00eates couronn\u00e9es vont se liguer contre l\u2019empereur \u2013 l\u00e0 est \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le drame \u00e9meut la France\u00a0: d\u00e9tails sordides de l\u2019ex\u00e9cution et douleur de la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort qui portera toute sa vie le deuil de cet amour. Mais les royalistes se rallieront majoritairement \u00e0 Napol\u00e9on \u2013 et en cela, il a politiquement bien jou\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout fait quelconque de l\u2019homme, qui cause \u00e0 autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arriv\u00e9 \u00e0 le r\u00e9parer.\u00a0\u00bb<span id=\"1750\" class=\"cit-num\">1750<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Code civil (21\u00a0mars 1804), article\u00a01382<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux dires de nombreux juristes, cette d\u00e9finition concise et g\u00e9n\u00e9rale de la responsabilit\u00e9 civile est le plus lumineux passage du Code Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Il est promulgu\u00e9 le jour m\u00eame de la mort du duc d\u2019Enghien, enlev\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 au m\u00e9pris de toutes les lois. Impossible de ne pas rapprocher ces deux aspects antinomiques du personnage de Napol\u00e9on Bonaparte et de son r\u00e8gne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/napoleon_mauzaisse-1833.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"330\" height=\"266\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma vraie gloire, ce n\u2019est pas d\u2019avoir gagn\u00e9 quarante batailles\u00a0; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n\u2019effacera, ce qui vivra \u00e9ternellement, c\u2019est mon Code civil.\u00a0\u00bb<span id=\"1751\" class=\"cit-num\">1751<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1897), Ernest Lavisse, Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En exil, l\u2019empereur d\u00e9chu imagine-t-il l\u2019avenir de ce monument juridique, voulu par lui et men\u00e9 \u00e0 terme gr\u00e2ce \u00e0 la stabilit\u00e9 politique revenue en fin de Consulat\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est [\u2026] point par une plate flatterie, mais par le plus juste hommage, que le Code civil devait recevoir le nom de \u00ab\u00a0Code Napol\u00e9on\u00a0\u00bb sous lequel il a pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1753\" class=\"cit-num\">1753<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire. Le Consulat<\/em> (1937-1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Code s\u2019inspire du travail d\u00e9cid\u00e9 par la Constituante et commenc\u00e9 sous la Convention par Cambac\u00e9r\u00e8s, Portalis venant ensuite en \u00ab\u00a0bon g\u00e9nie\u00a0\u00bb attel\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction. Il fait suite \u00e0 l\u2019entreprise de codification pr\u00e9par\u00e9e par les ordonnances de l\u2019Ancien R\u00e9gime et unifie le droit pour tout le pays.<\/p>\n<p>Toujours en vigueur en France, bien que largement modifi\u00e9, le Code a inspir\u00e9 les l\u00e9gislations de nombreux \u00c9tats d\u2019Europe\u00a0: Belgique, Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Pologne\u00a0; et au-del\u00e0, Am\u00e9rique du Sud, Moyen-Orient, jusqu\u2019au Japon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait la Grande Arm\u00e9e, sinon une France guerri\u00e8re d\u2019hommes qui, sans famille, ayant de plus perdu la R\u00e9publique, cette patrie morale, promenait cette vie errante en Europe\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1763\" class=\"cit-num\">1763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Extraits historiques<\/em> (posthume, 1907)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est la d\u00e9finition humaine et romantique.<\/p>\n<p>Sur le plan institutionnel, la \u00ab\u00a0Grande Arm\u00e9e\u00a0\u00bb est d\u2019abord le nom g\u00e9n\u00e9rique donn\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019invasion, bas\u00e9e \u00e0 Boulogne, pour attaquer l\u2019Angleterre en franchissant la Manche \u2013 projet abandonn\u00e9 apr\u00e8s Trafalgar (1805) et l\u2019an\u00e9antissement de la flotte fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La Grande Arm\u00e9e d\u00e9signe ensuite l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne, la meilleure du monde\u00a0: grande par le nombre des soldats, plus d\u2019un million, et cent mille hommes de r\u00e9serve\u00a0; grande aussi par la qualit\u00e9, l\u2019organisation, les g\u00e9n\u00e9raux d\u2019exception. Elle est initialement compos\u00e9e de sept corps d\u2019arm\u00e9e, les sept \u00ab\u00a0torrents\u00a0\u00bb command\u00e9s par les mar\u00e9chaux Augereau, Bernadotte, Davout, Lannes, Ney, Soult, et par le g\u00e9n\u00e9ral Marmont.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un conqu\u00e9rant, c\u2019est un joueur d\u00e9termin\u00e9 qui prend un million d\u2019hommes pour jetons et le monde entier pour tapis.\u00a0\u00bb<span id=\"1769\" class=\"cit-num\">1769<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">S\u00c9GUR<\/span> (1753-1830), <em>Histoire de Napol\u00e9on et de la Grande Arm\u00e9e<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Combl\u00e9 d\u2019honneurs et de titres sous l\u2019Empire, gentilhomme cumulant les talents litt\u00e9raires et politiques, il saura se faire bien voir des rois \u00e0 venir, sans jamais trahir, ce qui est un talent de plus.<\/p>\n<p>Joueur, Napol\u00e9on le fut, tant de fois sur les champs de bataille et le million est le chiffre qui revient toujours \u2013 consid\u00e9rable pour l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Il joue aussi en politique, et d\u2019abord dans la d\u00e9cision du coup d\u2019\u00c9tat de brumaire (novembre\u00a01799) o\u00f9 il joue v\u00e9ritablement son destin \u00e0 quitte ou double\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une grande affaire, on est toujours forc\u00e9 de donner quelque chose au hasard\u00a0\u00bb, dit-il \u00e0 Siey\u00e8s, inquiet de l\u2019issue. La m\u00eame ann\u00e9e, il ajoute \u00e0 ses Maximes et pens\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0La vraie politique n\u2019est autre chose que le calcul des combinaisons des chances\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0La politique, c\u2019est jouer aux hommes\u00a0\u00bb, cit\u00e9 par Chateaubriand \u2013 qui conna\u00eet la fin de l\u2019histoire et ajoute aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0H\u00e9 bien\u00a0! il a tout perdu \u00e0 ce jeu abominable, et c\u2019est la France qui a pay\u00e9 sa perte\u00a0\u00bb (<em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait trop, certes, du soldat quand il \u00e9tait parmi les rois, mais qui plus que lui fut royal au milieu des soldats\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1780\" class=\"cit-num\">1780<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Walter <span class=\"caps\">SCOTT<\/span> (1771-1832), <em>La Vie de Napol\u00e9on<\/em> (1827)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand romancier \u00e9cossais fait ici \u0153uvre (en 9 volumes) d\u2019historien reconnu.<\/p>\n<p>L\u2019empereur sera toujours un parvenu face aux t\u00eates couronn\u00e9es. Il enrage en 1804\u00a0: \u00ab\u00a0Cinq ou six familles se partagent les tr\u00f4nes de l\u2019Europe et\u00a0elles voient avec douleur qu\u2019un Corse est venu s\u2019asseoir sur l\u2019un d\u2019eux. Je ne puis m\u2019y maintenir que par la force.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 l\u2019engrenage des guerres et des coalitions.<\/p>\n<p>Mais avec ses hommes, le contact est imm\u00e9diat et remarquable, depuis toujours et jusqu\u2019\u00e0 la fin. Royal dans ses c\u00e9l\u00e8bres Proclamations, il est \u00e9galement fraternel et familier, dans ses faits et gestes de \u00ab\u00a0Petit Caporal\u00a0\u00bb au plus pr\u00e8s de ses troupes.<\/p>\n<p>Signalons aussi le charisme de Napol\u00e9on, salu\u00e9 par celui qui deviendra le \u00ab\u00a0premier peintre de l\u2019empereur\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle belle t\u00eate il a\u00a0! C\u2019est pur, c\u2019est grand, c\u2019est beau comme l\u2019antique\u00a0! [\u2026] C\u2019est un homme auquel on aurait \u00e9lev\u00e9 des autels dans l\u2019Antiquit\u00e9 [\u2026] Bonaparte est mon h\u00e9ros.\u00a0\u00bb Jacques-Louis David confie ce coup de foudre aux \u00e9l\u00e8ves de son atelier, en 1797 (rapport\u00e9 par Del\u00e9cluze).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sauf pour la gloire, sauf pour l\u2019art, il eut probablement mieux valu qu\u2019il n\u2019e\u00fbt pas exist\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"1784\" class=\"cit-num\">1784<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Napol\u00e9on<\/em> (1931)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Conclusion d\u2019un historien politiquement tr\u00e8s engag\u00e9 \u00e0 droite, qui d\u00e9plore la mythologie imp\u00e9riale entretenue par le <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> et la nostalgie des enfants du si\u00e8cle romantique. <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> cherche toujours \u00e0 confronter les opinions des historiens au m\u00eame titre que celle des politiciens.<\/p>\n<p>Curieux colosse d\u00e9crit par Bainville, dont les campagnes d\u2019Italie et d\u2019\u00c9gypte ont assur\u00e9 la popularit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et qui doit sans cesse se r\u00e9tablir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur par \u00ab\u00a0l\u2019entassement des alliances (avec la Russie, puis l\u2019Autriche), des trait\u00e9s (Campo-Formio, Lun\u00e9ville, Amiens, Presbourg, Tilsitt, Vienne), de ses annexions (les villes hans\u00e9atiques, la Hollande, l\u2019Italie, les provinces illyriennes), de ses victoires m\u00eames\u00a0\u00bb. Le plus \u00e9tonnant, c\u2019est que Bonaparte a pr\u00e9dit cet engrenage du destin, \u00e0 28 ans. Rappelons ces mots proph\u00e9tiques, la cl\u00e9 de l\u2019histoire, du d\u00e9but \u00e0 la fin de l\u2019Empire\u00a0: \u00ab\u00a0Mon pouvoir tient \u00e0 ma gloire, et ma gloire aux victoires que j\u2019ai emport\u00e9es [\u2026] La conqu\u00eate m\u2019a fait ce que je suis, la conqu\u00eate seule peut me maintenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Talleyrand, ci-devant noble, ci-devant pr\u00eatre, ci-devant \u00e9v\u00eaque, avait trahi les deux ordres auxquels il appartenait.\u00a0\u00bb<span id=\"1785\" class=\"cit-num\">1785<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>De Brumaire \u00e0 Marengo, Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00eatre sans vocation religieuse sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, noble ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, Talleyrand se retrouve ministre sous le Directoire, le Consulat et l\u2019Empire, trahit l\u2019empereur et survivra encore \u00e0 deux r\u00e9gimes et deux rois avec d\u2019importantes fonctions politiques et diplomatiques.<\/p>\n<p>M\u00eame si Napol\u00e9on se veut ma\u00eetre de tout et de tous, Talleyrand reste malgr\u00e9 tout un premier r\u00f4le dans la galerie des personnages de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si, quand cet homme vous parle, son derri\u00e8re recevait un coup de pied, sa figure ne vous en dirait rien.\u00a0\u00bb<span id=\"1789&lt;br \/&gt;\" class=\"cit-num\">1789<br><\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (roi de Naples), parlant de Talleyrand. <em>Murat<\/em> (1983), Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur d\u2019histoire qui fait une belle carri\u00e8re universitaire et acad\u00e9mique, Jean Tulard est un sp\u00e9cialiste de Napol\u00e9on et de l\u2019Empire. Avec la R\u00e9volution, c\u2019est la p\u00e9riode qui fascine le plus le grand public et les professionnels.<\/p>\n<p>Talleyrand le \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb, personnage sup\u00e9rieurement intelligent, garde le souvenir de son \u00e9ducation religieuse et ses mani\u00e8res de seigneur, jointes \u00e0 des qualit\u00e9s de grand diplomate. Il est aussi diff\u00e9rent que possible de Murat, jeune homme pauvre, fils d\u2019aubergiste, remarqu\u00e9 par Bonaparte qui le prend comme aide de camp, dans sa campagne d\u2019Italie\u00a0: intr\u00e9pide et imp\u00e9tueux, il m\u00e9ritera son surnom, le Sabreur. Mais c\u2019est un pi\u00e8tre politicien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est insatiable, son ambition ne conna\u00eet pas de bornes\u00a0; il est un fl\u00e9au pour le monde\u00a0; il veut la guerre, il l\u2019aura, et le plus t\u00f4t sera le mieux\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1803\" class=\"cit-num\">1803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ALEXANDRE<\/span>\u00a0Ier, fin mai\u00a01805. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1974), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tsar de Russie apprend que la R\u00e9publique de G\u00eanes sollicite sa r\u00e9union \u00e0 l\u2019Empire. Napol\u00e9on, d\u00e9j\u00e0 m\u00e9diateur de la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse, vient de se faire couronner roi d\u2019Italie (Lombardie et \u00c9milie-Romagne) \u2013 il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, mais l\u2019Italie est devenue un royaume, quand la France devient un Empire.<\/p>\n<p>Craignant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie fran\u00e7aise en Europe, le tsar rejoint l\u2019Angleterre (en guerre depuis 1803) dans la troisi\u00e8me coalition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu a \u00e9tabli Napol\u00e9on, notre souverain, l\u2019a rendu son image sur la terre [\u2026] Honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu.\u00a0\u00bb<span id=\"1814\" class=\"cit-num\">1814<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 Paul d\u2019<span class=\"caps\">ASTROS<\/span> (1772-1851), <em>Cat\u00e9chisme \u00e0 l\u2019usage de toutes les \u00c9glises de l\u2019Empire fran\u00e7ais<\/em>, 4\u00a0ao\u00fbt 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9dacteur, neveu de Portalis, ministre des Cultes, s\u2019inspire de Bossuet, mais insiste plus lourdement sur l\u2019ob\u00e9issance au prince qui gouverne. Napol\u00e9on a mis la religion \u00e0 son service. Mais certains courtisans exag\u00e8rent. Le vice-amiral Decr\u00e8s, ministre de la Marine, s\u2019attirera une cinglante riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous dispense de me comparer \u00e0 Dieu. Je veux croire que vous n\u2019avez pas r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce que vous m\u2019\u00e9criviez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un autre passage du cat\u00e9chisme imp\u00e9rial pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0On doit \u00e0 l\u2019Empereur l\u2019amour, les imp\u00f4ts, le service militaire, sous peine de damnation \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb Autrement dit, les opposants iront en enfer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux conqu\u00e9rir la mer par la puissance de la terre.\u00a0\u00bb<span id=\"1820\" class=\"cit-num\">1820<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), D\u00e9cret de Berlin, 21\u00a0novembre\u00a01806. <em>Histoire \u00e9conomique et sociale de la France<\/em> (1976), Fernand Braudel, Ernest Labrousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Braudel et Labrousse appartiennent \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Annales (approche historique fond\u00e9e par Marc Bloch et Lucien Febvre \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920, en r\u00e9action contre l\u2019histoire \u00ab\u00a0traditionnelle\u00a0\u00bb de Lavisse). Pendant un demi-si\u00e8cle et sur trois g\u00e9n\u00e9rations, cette nouvelle histoire qui se d\u00e9tourne du r\u00e9cit, de l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel, des personnages, se veut globale (\u00ab\u00a0holiste\u00a0\u00bb), \u00e0 la fois dans le temps (longue dur\u00e9e), l\u2019espace (englobant tous les faits de soci\u00e9t\u00e9), la transdisciplinarit\u00e9 (g\u00e9ographie, anthropologie, sociologie, d\u00e9mographie, \u00e9conomie, etc.).<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre le \u00ab\u00a0probl\u00e8me anglais\u00a0\u00bb, autrement dit neutraliser l\u2019ennemi qui r\u00e8gne sur les mers, la guerre navale est impossible apr\u00e8s la d\u00e9faite de Trafalgar, et le d\u00e9barquement semble irr\u00e9alisable. Napol\u00e9on reprend alors une autre id\u00e9e, longuement m\u00e9dit\u00e9e, r\u00e9digeant lui-m\u00eame le d\u00e9cret. C\u2019est le Blocus continental\u00a0: \u00ab\u00a0Tout commerce et toute correspondance avec les \u00eeles Britanniques sont interdits.\u00a0\u00bb Y compris aux pays neutres.<\/p>\n<p>Le blocus aurait pu \u00eatre un vrai danger pour l\u2019\u00e9conomie anglaise qui exporte environ un tiers de sa production. Mais il ne sera jamais totalement respect\u00e9, malgr\u00e9 la politique d\u2019annexion syst\u00e9matique pratiqu\u00e9e par Napol\u00e9on. L\u2019Angleterre est sauv\u00e9e par la contrebande.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on envahira les pays r\u00e9calcitrants\u00a0: l\u2019Espagne et la Russie. Par ailleurs, le sentiment national des pays occup\u00e9s va ressurgir, du fait des privations impos\u00e9es aux peuples, ainsi en Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous autres peuples d\u2019Occident, nous avons tout g\u00e2t\u00e9 en traitant les femmes trop bien [\u2026] Elles ne doivent pas \u00eatre regard\u00e9es comme les \u00e9gales des hommes, et ne sont, en r\u00e9alit\u00e9, que des machines \u00e0 faire des enfants [\u2026] Il vaut mieux qu\u2019elles travaillent de l\u2019aiguille que de la langue.\u00a0\u00bb<span id=\"1823\" class=\"cit-num\">1823<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Duby, deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019\u00c9cole des Annales, r\u00e9introduit l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel, sinon le r\u00e9cit, et sort de sa sp\u00e9cialit\u00e9 de m\u00e9di\u00e9viste \u2013 les mille ans de Moyen \u00c2ge \u2013 pour analyser l\u2019histoire contemporaine \u2013 souvent en collaboration.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de la maison d\u2019\u00e9ducation des jeunes filles de la L\u00e9gion d\u2019honneur d\u2019\u00c9couen, le 15\u00a0mai 1807, est une occasion parmi d\u2019autres de manifester sa misogynie, en r\u00e9action contre un <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle relativement \u00e9mancipateur et une id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire d\u00e9mocratique. Bref, selon une note de l\u2019empereur\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9levez-nous des croyantes et non pas des raisonneuses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je hais les Anglais autant que vous.<br>\u2014 En ce cas, la paix est faite.\u00a0\u00bb<span id=\"1827\" class=\"cit-num\">1827<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Alexandre\u00a0Ier (1777-1825), tsar de Russie, Tilsit, 25\u00a0juin 1807<em>. Le Grand Empire, 1804-1815<\/em> (1982), Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la victoire de Friedland, c\u2019est l\u2019entrevue de Tilsit\u00a0: les deux empereurs s\u2019embrassent sur un radeau, au milieu du Ni\u00e9men. Ils vont dialoguer durant vingt jours. Et r\u00eaver de se partager le monde\u00a0: l\u2019Occident \u00e0 la France, l\u2019Orient \u00e0 la Russie.<\/p>\n<p>Le trait\u00e9 sera sign\u00e9 le 7\u00a0juillet. En \u00e9change de certaines concessions, la Russie adh\u00e8re au Blocus continental et promet d\u2019entrer en guerre contre l\u2019Angleterre, si elle ne signe pas la paix avant novembre. Ce premier trait\u00e9 secret est suivi d\u2019un second, au d\u00e9triment de la Prusse. Jamais Napol\u00e9on n\u2019a paru si puissant.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1920px-el_tres_de_mayo_by_francisco_de_goya_from_prado_in_google_earth.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"308\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu r\u00e9gneras en Espagne, mais sur les Espagnols, jamais\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1831\" class=\"cit-num\">1831<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri du peuple de Madrid, insurrection du Dos de mayo (2\u00a0mai 1808).<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le clerg\u00e9 espagnol, fid\u00e8le au pape, a soulev\u00e9 le peuple ardemment catholique en lui apprenant que Napol\u00e9on veut annexer l\u2019Espagne et occupe d\u00e9j\u00e0 Rome.<\/p>\n<p>Murat et ses mamelouks, qui ont envahi Madrid, \u00e9crasent les insurg\u00e9s du 2\u00a0mai \u2013 le peintre Goya immortalisera les sc\u00e8nes d\u2019horreur. Ainsi d\u00e9bute \u00ab\u00a0cette guerre d\u2019Espagne [qui] a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable plaie, la cause premi\u00e8re des malheurs de la France\u00a0\u00bb, reconna\u00eetra Napol\u00e9on \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. Mal inform\u00e9 de la situation (d\u2019ailleurs complexe), il se croit populaire comme en Italie, persuad\u00e9 que les <em>afrancesados<\/em> (partisans des Fran\u00e7ais) sont majoritaires et que le reste du pays sera docile.<\/p>\n<p>D\u00e9\u00e7u de ne pas \u00eatre fait roi d\u2019Espagne, Murat se rabat sur le royaume de Naples quitt\u00e9 par Joseph, qui devient roi d\u2019Espagne le 7\u00a0juin. Il remplace le roi l\u00e9gitime, Charles\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, pi\u00e9g\u00e9 \u00e0 Bayonne par Napol\u00e9on qui fait \u00e9galement abdiquer son fils Ferdinand\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> \u2013 tous deux Bourbons.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Esclave couronn\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0roi par la gr\u00e2ce du diable\u00a0\u00bb\u00a0: Jos\u00e9 Ier n\u2019aimera jamais son pays et sera d\u00e9test\u00e9 du peuple pour qui les Fran\u00e7ais ne sont que des Infid\u00e8les. La guerre d\u2019Ind\u00e9pendance espagnole contre la France se double d\u2019une guerre civile contre les <em>afrancesados\u00a0<\/em>: favorables \u00e0 l\u2019esprit des Lumi\u00e8res, ils esp\u00e8rent que l\u2019occupation fran\u00e7aise mettra fin \u00e0 l\u2019Inquisition religieuse et \u00e0 la monarchie absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il avait l\u2019air de se promener au milieu de sa gloire.\u00a0\u00bb<span id=\"1839\" class=\"cit-num\">1839<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), archichancelier de l\u2019Empire et duc de Parme, parlant de Napol\u00e9on en 1809. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1847), Adolphe Thiers<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cinqui\u00e8me coalition, qui r\u00e9unit l\u2019Angleterre et l\u2019Autriche en 1809, s\u2019est vite sold\u00e9e par la victoire de Napol\u00e9on sur l\u2019Autriche. D\u00e9faite par la Grande Arm\u00e9e \u00e0 Wagram (5 et 6\u00a0juillet), elle signe la paix de Vienne (14\u00a0octobre), perd 300\u00a0000\u00a0km2 et 3\u00a0500\u00a0000 habitants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celles de mes journ\u00e9es que je passe loin de la France sont des journ\u00e9es perdues pour mon bonheur.\u00a0\u00bb<span id=\"1841\" class=\"cit-num\">1841<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), S\u00e9nat, 16\u00a0novembre 1809.<em> France militaire\u00a0: histoire des arm\u00e9es fran\u00e7aises de terre et de mer de 1792 \u00e0 1833<\/em> (1837), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e8re de Victor Hugo, militaire et conservateur (comme notre grand romantique dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de sa vie), il sut se faire un (petit) nom d\u2019historien. Il contribue \u00e9galement \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne.<\/p>\n<p>Trois jours apr\u00e8s cette d\u00e9claration, la paix avec l\u2019Autriche est publi\u00e9e dans Paris. La nouvelle d\u00e9clenche un enthousiasme qui confine au d\u00e9lire. Enfin, la paix\u00a0!<\/p>\n<p>Napol\u00e9on va vivre deux ann\u00e9es sans coalition, donc sans guerre \u2013 si l\u2019on excepte la guerre d\u2019Espagne qui occupe les trois mar\u00e9chaux, Mass\u00e9na, Soult, Suchet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814). <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Ligne commente le mariage imp\u00e9rial en authentique et vieux prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps.\u00a0Mais qui pense \u00e0 l\u2019humiliation du p\u00e8re de la mari\u00e9e, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, empereur romain germanique\u00a0?<\/p>\n<p>Le mariage de Marie-Louise et de Napol\u00e9on a lieu le 1er\u00a0avril 1810.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que je fasse de tous les peuples de l\u2019Europe un m\u00eame peuple et de Paris la capitale du monde.\u00a0\u00bb<span id=\"1849\" class=\"cit-num\">1849<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin 1810, \u00e0 son ministre Fouch\u00e9.<em> Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1974), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le r\u00eave europ\u00e9en, plus tenaillant que jamais. \u00ab\u00a0Ma destin\u00e9e n\u2019est pas accomplie\u00a0; je veux achever ce qui n\u2019est qu\u2019\u00e9bauch\u00e9\u00a0; il me faut un code europ\u00e9en, une Cour de cassation europ\u00e9enne, une m\u00eame monnaie, les m\u00eames poids et mesures, les m\u00eames lois\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les historiens s\u2019interrogent encore aujourd\u2019hui\u00a0: imp\u00e9rialiste \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur et avide de conqu\u00eates, patriote fran\u00e7ais voulant agrandir son pays, ou unificateur de l\u2019Europe en avance sur l\u2019histoire\u00a0?<\/p>\n<p>Napol\u00e9on s\u2019identifie toujours \u00e0 Charlemagne, mais le temps n\u2019est plus \u00e0 ce genre d\u2019empire, les peuples sont devenus des nations, la R\u00e9volution de 1789 leur a parl\u00e9 de Libert\u00e9.<\/p>\n<p>Il invoque un autre mod\u00e8le historique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Romains donnaient leurs lois \u00e0 leurs alli\u00e9s\u00a0; pourquoi la France ne ferait-elle pas adopter les siennes\u00a0?\u00a0\u00bb Le Code Napol\u00e9on s\u2019applique \u00e0 tout l\u2019Empire, depuis 1807, et nombre de pays l\u2019adopteront de leur plein gr\u00e9.<\/p>\n<p>Mais quand il parle ainsi \u00e0 Fouch\u00e9, c\u2019est pour d\u00e9fendre son id\u00e9e d\u2019envahir la Russie. Fouch\u00e9 est contre cette campagne qui sera catastrophique. Il voit plus clair que l\u2019empereur qui ne lui pardonnera pas cette lucidit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chaque jour, tout banquier qui arrive \u00e0 quatre heures sans malheur s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0En voil\u00e0 encore un de pass\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<span id=\"1851\" class=\"cit-num\">1851<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">SAVARY<\/span> (1774-1833), Bulletin (quotidien) adress\u00e9 \u00e0 l\u2019Empereur, 18 janvier 1811. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est dire si la crise \u00e9conomique est grave\u00a0: elle touche m\u00eame la bourgeoisie, classe qui profita le plus de l\u2019Empire. De janvier \u00e0 juin\u00a01811, 60 faillites par mois. La fiscalit\u00e9 est alourdie, la crise agricole et industrielle compromet les r\u00e9sultats des pr\u00e9c\u00e9dentes ann\u00e9es de prosp\u00e9rit\u00e9. 1811 sera aussi l\u2019ann\u00e9e d\u2019un dirigisme renforc\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je l\u2019envie. La gloire l\u2019attend, alors que j\u2019ai d\u00fb courir apr\u00e8s elle [\u2026] Pour saisir le monde, il n\u2019aura qu\u2019\u00e0 tendre les bras.\u00a0\u00bb<span id=\"1855\" class=\"cit-num\">1855<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Duroc, 20\u00a0mars 1811. <em>L\u2019Aiglon, Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1959), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le p\u00e8re est boulevers\u00e9 devant le berceau de son fils, d\u2019autant plus que cette naissance comble l\u2019empereur. La dynastie semble install\u00e9e \u00e0 jamais. Il avoue son \u00e9motion \u00e0 l\u2019un de ses plus anciens compagnons de route et de gloire, connu au si\u00e8ge de Toulon en 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moscou sera notre perte.\u00a0\u00bb<span id=\"1863\" class=\"cit-num\">1863<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim <span class=\"caps\">MURAT<\/span> (1767-1815), \u00e0 Napol\u00e9on, 18\u00a0ao\u00fbt 1812.<em> La Catastrophe de Russie<\/em> (1949), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots seront r\u00e9p\u00e9t\u00e9s par l\u2019entourage de l\u2019empereur, qui s\u2019est lanc\u00e9 dans l\u2019aventure sans conna\u00eetre le terrain, passant le fleuve Ni\u00e9men le 22\u00a0juin.<\/p>\n<p>Murat, roi de Naples, appel\u00e9 pour la campagne de Russie, d\u00e9couvre la guerre d\u2019usure. L\u2019ennemi se d\u00e9robe sans fin, la Grande Arm\u00e9e s\u2019enfonce en terre \u00e9trang\u00e8re, amput\u00e9e du tiers de ses effectifs sans avoir livr\u00e9 bataille\u00a0: 150\u00a0000 hommes disparus, morts, \u00e9puis\u00e9s par la canicule, bless\u00e9s, plus encore d\u00e9serteurs. Mais pour l\u2019empereur, c\u2019est une question d\u2019honneur. On ira \u00e0 Moscou \u2013 qui n\u2019est m\u00eame pas la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le soleil d\u2019Austerlitz\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"1864\" class=\"cit-num\">1864<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), parvenu devant Moscou, au matin du 7\u00a0septembre 1812. <em>Napol\u00e9on Bonaparte, ou trente ans de l\u2019histoire de France<\/em>, drame en 6 actes (1831), Alexandre Dumas p\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour une fois, Dumas est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 la lettre m\u00eame\u00a0! La citation figure dans de nombreuses sources. Tout juste appuie-t-il la r\u00e9plique d\u2019un\u00a0: \u00ab\u00a0Battons-nous donc\u00a0! Mes amis, voil\u00e0 le soleil d\u2019Austerlitz.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Napol\u00e9on doit galvaniser les officiers, en \u00e9voquant la plus \u00e9clatante victoire de l\u2019Empire. Il entre dans la ville comme en pays conquis et toujours sans combat, \u00ab\u00a0transport\u00e9 de joie\u00a0\u00bb. On croit \u00e0 une nouvelle victoire, les soldats sont s\u00fbrs de trouver des vivres, et un repos bien m\u00e9rit\u00e9. Mais la ville est vid\u00e9e de ses habitants, 300\u00a0000 Moscovites ont fui avec tous leurs biens. Pis encore, un gigantesque incendie va d\u00e9truire la cit\u00e9, construite en bois, qui br\u00fblera jusqu\u2019au 20\u00a0septembre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/berezyna.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"450\" height=\"260\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 le commencement de la fin.\u00a0\u00bb<span id=\"1869\" class=\"cit-num\">1869<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9sastre de la retraite de Russie, d\u00e9cembre\u00a01812.<em> Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crivain et grand critique litt\u00e9raire redout\u00e9 par ses confr\u00e8res, Sainte-Beuve se fait historien parce que l\u2019Histoire fait partie de la Litt\u00e9rature et passionne ses contemporains, au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Talleyrand a pr\u00e9dit \u00ab\u00a0la fin\u00a0\u00bb avant tout le monde, sans savoir l\u2019ampleur de la d\u00e9b\u00e2cle.<\/p>\n<p>Les soldats sont victimes du \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral Hiver\u00a0\u00bb, comme pr\u00e9vu par le tsar Alexandre et le mar\u00e9chal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux, et colle l\u2019acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la B\u00e9r\u00e9zina (25 au 29\u00a0novembre) est un \u00e9pisode devenu l\u00e9gendaire\u00a0: par \u201320\u00a0\u00b0C le jour, \u201330\u00a0\u00b0C la nuit, ce qui reste de la Grande Arm\u00e9e r\u00e9ussit \u00e0 franchir la rivi\u00e8re, gr\u00e2ce aux pontonniers du g\u00e9n\u00e9ral Ebl\u00e9 et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8\u00a0000 tra\u00eenards n\u2019ont pas le temps de passer, ils seront tu\u00e9s par les Cosaques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu vos troupes, il n\u2019y a que des enfants. Vous avez fait p\u00e9rir une g\u00e9n\u00e9ration. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"1874\" class=\"cit-num\">1874<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">METTERNICH<\/span> (1773-1859), \u00e0 Napol\u00e9on qui le re\u00e7oit comme m\u00e9diateur \u00e0 Dresde, 26\u00a0juin 1813. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on cherche une impossible tr\u00eave. La Prusse pactise d\u00e9j\u00e0 avec la Russie et d\u00e9clare la guerre \u00e0 la France, le 17\u00a0mars 1813. L\u2019Autriche propose sa m\u00e9diation\u00a0: c\u2019est l\u2019occasion pour Metternich, chancelier (chef du gouvernement) et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, de jouer un r\u00f4le diplomatique de premier plan.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on fait le compte des soldats dont il peut disposer, et tente de montrer sa force au cours de cette entrevue. En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter des \u00ab\u00a0Marie-Louise\u00a0\u00bb, jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, sans formation militaire. Metternich n\u2019est pas dupe de la d\u00e9monstration. Napol\u00e9on, furieux, lui reproche les ambigu\u00eft\u00e9s de sa politique. Ce qui va jeter l\u2019Autriche dans le camp ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019attendre \u00e0 une d\u00e9faite partout o\u00f9 l\u2019empereur donnera en personne.\u00a0\u00bb<span id=\"1877\" class=\"cit-num\">1877<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">MOREAU<\/span> (1763-1813), conseiller militaire du tsar de Russie, en 1813. <em>L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1885), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais se retrouve dans l\u2019\u00e9tat-major ennemi, au terme d\u2019une \u00e9trange carri\u00e8re\u00a0: engag\u00e9 volontaire en 1791 dans l\u2019arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire, nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral en 1793, suspect\u00e9 par le Directoire pour ses relations avec le g\u00e9n\u00e9ral royaliste Pichegru, il se retrouve aux c\u00f4t\u00e9s de Bonaparte dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Italie, puis au coup d\u2019\u00c9tat du 18\u00a0Brumaire. S\u2019estimant mal pay\u00e9 pour ses services, il se lie aux royalistes. Arr\u00eat\u00e9 en 1804, exil\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, il est appel\u00e9 comme conseiller militaire par Alexandre\u00a0Ier, en 1813.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi il met en garde contre le g\u00e9nie militaire de Napol\u00e9on qu\u2019il conna\u00eet bien et qui permet encore des victoires \u00ab\u00a0impossibles\u00a0\u00bb\u00a0: L\u00fctzen, Bautzen\u2026 et Dresde, contre les Russes, les Prussiens et les Autrichiens, le 27\u00a0ao\u00fbt. Moreau y sera mortellement bless\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Ancien R\u00e9gime moins les abus.\u00a0\u00bb<span id=\"1893\" class=\"cit-num\">1893<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), formule plusieurs fois \u00e9nonc\u00e9e au temps de son exil. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel sera son programme de roi restaur\u00e9. Plus intelligent que son fr\u00e8re, futur Charles\u00a0X, il a compris le v\u0153u de la France profonde et pensante. Ce courant d\u2019opinion est repr\u00e9sent\u00e9 par les \u00ab\u00a0constitutionnels\u00a0\u00bb, globalement satisfaits de la Charte (constitution), octroy\u00e9e le 4\u00a0juin 1814.<\/p>\n<p>Sur l\u2019\u00e9chiquier politique, ces centristes seront pris entre deux feux, deux extr\u00eames\u00a0: les ultras \u2013\u00a0plus royalistes que le roi\u00a0\u2013 qui veulent le retour \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime, et les ind\u00e9pendants ou lib\u00e9raux, groupe form\u00e9 de sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes, mais qui rejettent tous le drapeau blanc, la pr\u00e9\u00e9minence du clerg\u00e9 et de la noblesse.<\/p>\n<p>La Restauration se joue dans ce tripartisme dont h\u00e9riteront tous les r\u00e9gimes politiques de la France, jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Elle va par ailleurs souffrir de la comparaison avec l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne qui entre dans la l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous vous plaignez d\u2019un roi sans jambes, vous verrez ce que c\u2019est qu\u2019un roi sans t\u00eate.\u00a0\u00bb<span id=\"1908\" class=\"cit-num\">1908<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), qui ne conna\u00eet que trop bien son fr\u00e8re, le comte d\u2019Artois.<em> Encyclop\u00e9die des mots historiques, Historama<\/em> (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rendu quasi infirme par la goutte \u00e0 la fin de sa vie, le roi parle du futur Charles\u00a0X. \u00c0 57\u00a0ans, il a l\u2019allure d\u2019un jeune homme et monte royalement \u00e0 cheval. Malgr\u00e9 cette s\u00e9duction naturelle, il se fera d\u00e9tester.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 impopulaire sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, il se faisait remarquer par sa conduite l\u00e9g\u00e8re et ses folles d\u00e9penses, \u00e0 l\u2019image de sa belle-s\u0153ur, Marie-Antoinette. De retour en France apr\u00e8s vingt-cinq ans d\u2019exil, il va accumuler les erreurs politiques, sous cette Restauration malgr\u00e9 tout fragile.<\/p>\n<p>Il passe son temps entre la chasse, sa passion, et la religion \u2013 il deviendra d\u00e9vot, faisant le v\u0153u de chastet\u00e9 perp\u00e9tuelle en 1804, \u00e0 la mort d\u2019une ma\u00eetresse, Louise d\u2019Esparb\u00e8s, grand amour de sa vie.<\/p>\n<p>Feignant de se d\u00e9sint\u00e9resser des affaires du royaume, il est en r\u00e9alit\u00e9 le chef (occulte) du parti royaliste (ultra).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai mes vieilles id\u00e9es, je veux mourir avec elles.\u00a0\u00bb<span id=\"1911\" class=\"cit-num\">1911<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), sentence souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, qui r\u00e9sume le personnage.<em> Charles\u00a0X<\/em> (2001), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase annonce \u00e0 la fois son r\u00e8gne et sa fin. Mais au d\u00e9but de la Restauration, il n\u2019est encore que Monsieur, comte d\u2019Artois, fr\u00e8re du roi, sit\u00f4t pr\u00e9sent et bient\u00f4t g\u00eanant pour Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant.\u00a0\u00bb<span id=\"1921\" class=\"cit-num\">1921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), au Congr\u00e8s de Vienne, octobre\u00a01814.<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (1908), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 en fran\u00e7ais, ce mot figure dans beaucoup de dictionnaires \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Diplomate repr\u00e9sentant Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, Talleyrand demande qu\u2019on ajoute une pr\u00e9cision \u00e0 un texte. On lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela va sans le dire.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la riposte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais\u00a0! [\u2026] j\u2019arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les v\u00f4tres.\u00a0\u00bb<span id=\"1924\" class=\"cit-num\">1924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> France militaire\u00a0: histoire des arm\u00e9es fran\u00e7aises de terre et de mer de 1792 \u00e0 1833<\/em> (1838), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9, il parle au pays et il n\u2019a pas besoin qu\u2019on l\u2019aide \u00e0 trouver les mots\u00a0: \u00ab\u00a0Dans mon exil, j\u2019ai entendu vos plaintes et vos v\u0153ux\u00a0: vous r\u00e9clamiez ce gouvernement de votre choix qui est seul l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb Et le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor Hugo reprend le r\u00e9cit de la geste napol\u00e9onienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet homme est revenu de l\u2019\u00eele d\u2019Elbe plus fou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait parti. Son affaire est r\u00e9gl\u00e9e, il n\u2019en a pas pour quatre mois.\u00a0\u00bb<span id=\"1931\" class=\"cit-num\">1931<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820), lucide quant \u00e0 l\u2019avenir, mars\u00a01815. <em>1815<\/em> (1893), Henry Houssaye<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paroles de celui qui va redevenir ministre de la Police sous les Cent-Jours et de nouveau sous la seconde Restauration. Napol\u00e9on conna\u00eet bien les d\u00e9fauts et les qualit\u00e9s de l\u2019homme. Fouch\u00e9 prendra son portefeuille le 21\u00a0mars 1815, en confiant \u00e0 Gaillard (lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police)\u00a0: \u00ab\u00a0Avant trois mois, je serai plus puissant que lui et s\u2019il ne m\u2019a pas fait fusiller, il sera \u00e0 mes genoux [\u2026] Mon premier devoir est de contrarier tous les projets de l\u2019empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fouch\u00e9 a tort de trahir, mais il a raison de penser ainsi. Le retour de Napol\u00e9on d\u00e9clenche une nouvelle guerre europ\u00e9enne et le second trait\u00e9 de Paris (sign\u00e9 au Congr\u00e8s de Vienne) sera beaucoup moins cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>La France n\u2019a aucune chance de gagner, m\u00eame avec ce fabuleux meneur d\u2019hommes et manieur de foules, qui veut encore et toujours forcer le destin. C\u2019est l\u2019aventure de trop, c\u2019est aussi la l\u00e9gende. C\u2019est de toute mani\u00e8re l\u2019Histoire, et l\u2019un des \u00e9pisodes les plus \u00e9tonnants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pied lui a gliss\u00e9 dans le sang.\u00a0\u00bb<span id=\"1978\" class=\"cit-num\">1978<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848).<em> Causeries du lundi<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1858), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Sainte-Beuve, s\u2019exprimant \u00e0 la fois en historien et critique litt\u00e9raire, d\u2019ajouter aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Cette parole contre un homme aussi mod\u00e9r\u00e9 que M. Decazes a pu para\u00eetre atroce. Sachons pourtant qu\u2019avec les \u00e9crivains, il faut faire toujours la part de la phrase.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chateaubriand, opposant en disgr\u00e2ce, se situe (pour l\u2019heure) dans le camp des ultras, persiste et signe\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui ont assassin\u00e9 Monseigneur le duc de Berry sont ceux qui, depuis quatre ans, \u00e9tablissent dans la monarchie des lois d\u00e9mocratiques [\u2026], ceux qui ont laiss\u00e9 pr\u00eacher dans les journaux la souverainet\u00e9 du peuple, l\u2019insurrection et le meurtre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa d\u00e9mission, Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> n\u2019abandonne pas son favori\u00a0: il le fait duc fran\u00e7ais (Decazes \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 duc danois, par son mariage) et le nomme ambassadeur \u00e0 Londres. Louvel sera condamn\u00e9 \u00e0 mort le 6\u00a0juin 1820, et guillotin\u00e9 le lendemain. Cela n\u2019apaise en rien les esprits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019opposition \u00e9tait dans son g\u00e9nie naturel aussi bien que dans sa passion du moment.\u00a0\u00bb<span id=\"1994\" class=\"cit-num\">1994<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guizot est plus connu pour son action politique que pour son \u0153uvre d\u2019historien, alors que l\u2019Histoire impr\u00e8gne sa vie bien avant et bien plus que la Politique\u00a0! Il l\u2019enseigne et il l\u2019\u00e9crit avec un esprit scientifique, \u00e0 l\u2019inverse de Michelet, plus passionn\u00e9 (et politiquement plus \u00e0 gauche), mais qui rendra hommage \u00e0 Guizot pour tout ce qu\u2019il lui doit. De m\u00eame que Tocqueville et Taine. Guizot invente le concept d\u2019histoire de la civilisation en Europe, et utilise les notes en bas de page, autrement dit la r\u00e9f\u00e9rence aux sources.<\/p>\n<p>Il parle ici de Chateaubriand, ambassadeur \u00e0 Londres et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res en 1823, renvoy\u00e9 par le roi \u00ab\u00a0comme un laquais\u00a0\u00bb, le 6\u00a0juin 1824\u00a0: \u00ab\u00a0Chateaubriand, quoique sans client\u00e8le dans les Chambres, et sans empire comme orateur, n\u2019en devint pas moins tout \u00e0 coup un chef d\u2019opposition brillant et puissant.\u00a0\u00bb L\u2019ultraroyaliste va d\u00e9sormais se faire d\u00e9fenseur des id\u00e9es lib\u00e9rales, qui ont bien besoin de cette grande voix, parmi d\u2019autres.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sacre_de_charles_x_reims_1825_estampe.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"287\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019aimerais mieux scier du bois que de r\u00e9gner \u00e0 la fa\u00e7on du roi d\u2019Angleterre.\u00a0\u00bb<span id=\"1996\" class=\"cit-num\">1996<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836).<em> Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e8re a\u00een\u00e9 d\u2019Alphonse Daudet, ce journaliste c\u00e8de \u00e0 la vocation de l\u2019histoire, comme tant d\u2019auteurs de sa g\u00e9n\u00e9ration, soucieux de comprendre le trajet politique d\u2019une France qui ne cesse de changer de r\u00e9gimes, depuis la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Le second roi de la Restauration exprime clairement sa volont\u00e9 de s\u2019affranchir de la Charte que son fr\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> a certes \u00ab\u00a0octroy\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 ses sujets, mais qui comporte des garanties contre les abus de l\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019Angleterre reste le mod\u00e8le de cette monarchie constitutionnelle, ch\u00e8re aux philosophes des Lumi\u00e8res du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Charles\u00a0X, qui ne s\u2019est jamais initi\u00e9 aux id\u00e9es de son temps, ne saurait se plier aux r\u00e8gles du gouvernement repr\u00e9sentatif. Cet homme charmant, si jeune d\u2019allure \u00e0 67\u00a0ans et populaire pendant quelques mois, n\u2019a certes pas le temp\u00e9rament d\u2019un monarque absolu, et moins encore d\u2019un tyran. Mais il reste un homme de l\u2019Ancien R\u00e9gime, entour\u00e9 de courtisans qui font \u00e9cran entre le roi et son peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement J\u00e9sus-Christ \u00e9tait fils de Dieu, mais encore il \u00e9tait d\u2019excellente famille du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2000\" class=\"cit-num\">2000<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mgr Hyacinthe-Louis de <span class=\"caps\">QU\u00c9LEN<\/span> (1778-1839), 125e archev\u00eaque de Paris (de 1821 \u00e0 sa mort). <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot lui est attribu\u00e9. Chacun a naturellement \u00e0 c\u0153ur de mettre J\u00e9sus dans son camp\u00a0: sous la R\u00e9volution, Chabot, capucin d\u00e9froqu\u00e9, en fit le premier sans-culotte de l\u2019histoire. Camille Desmoulins, r\u00e9volutionnaire condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, se r\u00e9f\u00e8re aussi au plus illustre supplici\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019archev\u00eaque de Paris se situe naturellement aux antipodes de l\u2019\u00e9chiquier politique. Tr\u00e8s en cour aupr\u00e8s de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>, puis de Charles X, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise contre Casimir Delavigne en 1824, il attribua cet honneur \u00e0 la religion et non \u00e0 ses titres acad\u00e9miques, dans son discours de r\u00e9ception. Membre de la Chambre des Pairs, incarnation de l\u2019Ancien R\u00e9gime, en plein sermon, il l\u00e2cha cette c\u00e9l\u00e8bre formule, propre \u00e0 scandaliser lib\u00e9raux et r\u00e9publicains. Moins bien vu sous la Monarchie de Juillet qui le consid\u00e8re comme (trop) l\u00e9gitimiste, il demeure archev\u00eaque, Dieu merci\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Cour rend des arr\u00eats, et non pas des services.\u00a0\u00bb<span id=\"2001\" class=\"cit-num\">2001<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">S\u00c9GUIER<\/span> (1768-1848), r\u00e9ponse au garde des Sceaux Peyronnet lui demandant d\u2019arranger les choses, dans un proc\u00e8s contre la presse, janvier\u00a01826. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1839), Louis-Pierre Anquetil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien prolifique avant la vague historienne du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, il entreprend cette \u0153uvre monumentale \u00e0 la demande de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Premier pr\u00e9sident de la Cour de Paris de 1811 \u00e0 1848, S\u00e9guier donne une fin de non-recevoir au ministre de la Justice, alors que le gouvernement est accus\u00e9 d\u2019avoir fait pression sur certains juges. Et il se prononce en faveur des deux journaux impliqu\u00e9s, Le Constitutionnel et Le Courrier. La Compagnie de J\u00e9sus (les J\u00e9suites) \u00e9tait en cause et le roi avait fait pression en leur faveur, en vain.<\/p>\n<p>La presse lib\u00e9rale est trop heureuse de r\u00e9p\u00e9ter le mot qui a fi\u00e8re allure. Le magistrat niera d\u2019ailleurs l\u2019avoir dit, dans une lettre \u00e0 Peyronnet en 1828. Peut-\u00eatre par crainte d\u2019\u00eatre mal not\u00e9.<\/p>\n<p>Car S\u00e9guier n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendant face au pouvoir. Il fit m\u00eame preuve de servilit\u00e9, mais la post\u00e9rit\u00e9 a retenu le meilleur et le mot est souvent repris, dans les proc\u00e8s qui touchent \u00e0 la politique. Ainsi en 1864, par le c\u00e9l\u00e8bre avocat Berryer, d\u00e9fendant le non moins c\u00e9l\u00e8bre Jules Ferry\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs, permettez-moi de vous rappeler un glorieux souvenir de la magistrature qui commande le respect dont nous nous effor\u00e7ons toujours de l\u2019entourer. Il y a quarante ans, dans la salle de la premi\u00e8re chambre de la Cour de Paris, en face du premier pr\u00e9sident S\u00e9guier, on lisait cette inscription\u00a0: La Cour rend des arr\u00eats, et non pas des services.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Des pairs, j\u2019en ferai tant qu\u2019il sera honteux de l\u2019\u00eatre et honteux de ne l\u2019\u00eatre pas\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2004\" class=\"cit-num\">2004<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">VILL\u00c8LE<\/span> (1773-1854), furieux de l\u2019opposition manifest\u00e9e par la Chambre des pairs, fin avril\u00a01827. <em>Histoire de la Restauration, 1814-1830<\/em> (1882), Ernest Daudet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chef du gouvernement a renonc\u00e9 \u00e0 sa loi sur la presse. M\u00eame \u00e9chec avec une autre loi trop impopulaire\u00a0: le r\u00e9tablissement du droit d\u2019a\u00eenesse dans les familles payant plus de 300\u00a0francs d\u2019imp\u00f4ts fonciers. La Chambre introuvable l\u2019a vot\u00e9e, la Chambre des pairs la rejette. Elle d\u00e9nonce \u00e9galement l\u2019emprise du clerg\u00e9, diverses d\u00e9rives et abus au nom de la sacro-sainte religion. L\u2019opposition devient syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Une telle attitude s\u2019explique\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> a fait entrer \u00e0 la Chambre des pairs une fourn\u00e9e de hauts fonctionnaires imp\u00e9riaux naturellement hostiles aux ultras. Pour les contrer, Vill\u00e8le pr\u00e9m\u00e9dite une nouvelle promotion, en des termes peu dignes.<\/p>\n<p>Contest\u00e9 \u00e0 gauche et m\u00eame au centre, il va \u00eatre d\u00e9bord\u00e9 sur sa droite par un groupe de nobles (la D\u00e9fection) qui trouve cet ultra encore trop mod\u00e9r\u00e9. C\u2019est dire si cette France devient ingouvernable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la le\u00e7on d\u2019un p\u00e8re qui laisse toujours percer sa sollicitude \u00e0 travers sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou pour mieux dire sa pr\u00e9voyance.\u00a0\u00bb<span id=\"2007\" class=\"cit-num\">2007<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Moniteur<\/em>, 24\u00a0juin 1827.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est en ces termes bien choisis que ce journal officiel parle du r\u00e9tablissement de la censure, par ordonnance. L\u2019humour involontaire est parfois le meilleur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019effet des \u00e9lections de 1827 fut immense, elles d\u00e9passaient de beaucoup les craintes du cabinet et les esp\u00e9rances de l\u2019opposition.\u00a0\u00bb<span id=\"2008\" class=\"cit-num\">2008<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lib\u00e9ral \u00e9cart\u00e9 de la vie politique \u00e0 la chute du minist\u00e8re Decazes en 1820, il a repris ses cours d\u2019histoire \u00e0 la Sorbonne, avant d\u2019\u00eatre suspendu en 1822, pour cause d\u2019opposition au r\u00e9gime. Collaborateur au journal de gauche Le Globe, il se r\u00e9jouit de voir les lib\u00e9raux majoritaires, le 17\u00a0novembre 1827, au terme d\u2019\u00e9lections anticip\u00e9es. Symbole le plus remarquable, Royer-Collard, \u00e9lu dans sept d\u00e9partements diff\u00e9rents, lib\u00e9ral mod\u00e9r\u00e9 qui se retrouve \u00e0 la t\u00eate de la Chambre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous \u00e9tiez devenu trop impopulaire\u00a0!<br>\u2014 Monseigneur, Dieu veuille que ce soit moi\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2010\" class=\"cit-num\">2010<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">VILL\u00c8LE<\/span> (1773-1854), au Dauphin, le duc d\u2019<span class=\"caps\">ANGOUL\u00caME<\/span> (1775-1844), 3\u00a0janvier 1828. <em>Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bref rappel bibliographique. Historien plus besogneux que talentueux, politicien modeste et Acad\u00e9micien \u00e0 l\u2019usure, Henri Martin c\u00e8de \u00e0 la vogue historienne qui caract\u00e9rise tout le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Cet ambitieux projet l\u2019emporte sur le reste de sa bibliographie.<\/p>\n<p>Vill\u00e8le, depuis deux mois, a vainement tent\u00e9 de former un gouvernement qui concilie ses id\u00e9es et les opinions de la nouvelle Chambre. Il d\u00e9missionne donc, devient pair de France et c\u00e8de la place \u00e0 un lib\u00e9ral mod\u00e9r\u00e9, Martignac.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne veux pas monter en charrette comme mon fr\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2012\" class=\"cit-num\">2012<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span>\u00a0X (1757-1836), hant\u00e9 par le souvenir de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> guillotin\u00e9 en 1793. <em>La Cour de Charles\u00a0X<\/em> (1892), Imbert de Saint-Amand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019exemple de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, devenu un roi martyr, le confortait dans sa politique ultraroyaliste. N\u2019est-ce pas sa faiblesse et ses concessions qui l\u2019ont perdu\u00a0? Et Charles\u00a0X assimile les Girondins de la R\u00e9volution aux lib\u00e9raux de plus en plus agressifs, sous la Restauration. Sa peur devient obsessionnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La troupe fraternise avec le peuple.<br>\u2014 Eh bien, il faut tirer aussi sur la troupe\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2027\" class=\"cit-num\">2027<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du prince de <span class=\"caps\">POLIGNAC<\/span> (1780-1847), chef du gouvernement, au chef d\u2019escadron Delarue, 28\u00a0juillet\u00a01830. <em>R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: histoire de dix ans, 1830-1840<\/em> (1846), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019engagement de l\u2019historien et de l\u2019homme politique se confondent. Nous allons retrouver ce socialiste pur et dur, comme il en existe peu.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 27\u00a0juillet, deux compagnies des troupes royales, bombard\u00e9es de jets de pierre, sont pass\u00e9es aux \u00e9meutiers. Le 28, dans Paris h\u00e9riss\u00e9 de barricades, Marmont r\u00e9siste encore, tant bien que mal, avec ses 10\u00a0000 hommes. Il re\u00e7oit enfin des ordres pr\u00e9cis du roi, toujours \u00e0 Saint-Cloud\u00a0: concentrer ses troupes autour des Tuileries et du Louvre. Il abandonne aux insurg\u00e9s tous les quartiers de l\u2019est et du nord de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce fut \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 cette \u00e9poque [entre\u00a01830 et\u00a01850] que s\u2019effectua ce qu\u2019on pourrait appeler la conjonction de la libert\u00e9 politique et de la libert\u00e9 \u00e9conomique, qui d\u00e9sormais furent confondues dans un m\u00eame culte et port\u00e8rent un seul et m\u00eame nom\u00a0: le lib\u00e9ralisme.\u00a0\u00bb<span id=\"2044\" class=\"cit-num\">2044<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GIDE<\/span> (1847-1932) et Charles <span class=\"caps\">RIST<\/span> (1874-1955), <em>Histoire des doctrines \u00e9conomiques depuis les physiocrates jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1909)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles Gide (oncle de l\u2019\u00e9crivain Andr\u00e9 Gide) se sp\u00e9cialise dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique. Th\u00e9oricien de la solidarit\u00e9, il s\u2019engage politiquement (\u00e0 gauche) pour promouvoir les coop\u00e9ratives. Charles Rist est \u00e9galement th\u00e9oricien (historien des doctrines \u00e9conomiques et des finances publiques) et praticien (partisan de l\u2019\u00e9talon-or et de la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire). Ils rejoignent la cohorte fournie des co-auteurs.\u00a0<\/p>\n<p>La r\u00e9volution de 1830 a mis au pouvoir l\u2019ancienne opposition lib\u00e9rale qui s\u2019est organis\u00e9e sous la Restauration. Le d\u00e9marrage de la r\u00e9volution industrielle donne bien des satisfactions mat\u00e9rielles \u00e0 cette bourgeoisie orl\u00e9aniste, qui se contente aussi du r\u00e9gime plus parlementaire et du corps \u00e9lectoral un peu \u00e9largi, n\u00e9s de la Charte modifi\u00e9e. Mais les in\u00e9galit\u00e9s croissantes entre riches et pauvres, l\u2019\u00e9troitesse persistante du pays l\u00e9gal par rapport au pays r\u00e9el expliquent les oppositions \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale dominante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On r\u00e9prime une \u00e9meute avec des soldats, on fait une \u00e9lection avec des paysans. Mais les soldats et les paysans ne suffisent pas pour gouverner. Il y faut le concours des classes sup\u00e9rieures qui sont naturellement gouvernantes.\u00a0\u00bb<span id=\"2051\" class=\"cit-num\">2051<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), Lettre de 1852. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guizot est aussi l\u2019historien de l\u2019irr\u00e9sistible ascension bourgeoise. Sous la Restauration, il a quitt\u00e9 le gouvernement quand les lib\u00e9raux ont perdu le pouvoir et a \u00e9t\u00e9 suspendu de ses cours d\u2019histoire moderne \u00e0 la Sorbonne, en raison de son opposition au r\u00e9gime monarchiste.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, le m\u00eame homme tombera et entra\u00eenera dans sa chute la Monarchie de Juillet, pour cause de conservatisme excessif\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faites-nous de bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances.\u00a0\u00bb<span id=\"2064\" class=\"cit-num\">2064<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron <span class=\"caps\">LOUIS<\/span> (1755-1837), \u00e0 Guizot, au cours d\u2019un Conseil des ministres.<em> M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867), Fran\u00e7ois Guizot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9j\u00e0 conseiller au Parlement de Paris sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, administrateur du Tr\u00e9sor public sous l\u2019Empire, ministre des Finances sous la Restauration qui lui doit son redressement financier, le baron Louis retrouve \u00e0 75\u00a0ans le m\u00eame poste sous la Monarchie de Juillet. Talleyrand l\u2019a introduit en politique et il agit en vrai serviteur de l\u2019\u00c9tat, homme honn\u00eate et financier g\u00e9nial. Hors la R\u00e9volution (o\u00f9 il s\u2019est exil\u00e9), tous les r\u00e9gimes ont reconnu et utilis\u00e9 sa valeur. Son id\u00e9e-force est simple\u00a0: le cr\u00e9dit est le bon moyen de boucler le budget de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 condition qu\u2019il repose sur la confiance en la parole de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 quoi le baron Louis redresse les finances publiques et r\u00e9forme le minist\u00e8re. Il place \u00e0 la t\u00eate de la Banque de France le banquier Jacques Laffitte, autre honn\u00eate homme, pareillement soucieux de \u00ab\u00a0bonne politique\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bonnes finances\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant.\u00a0\u00bb<span id=\"2069\" class=\"cit-num\">2069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e9meute des canuts, 22\u00a0novembre\u00a01831.<em> Histoire du mouvement ouvrier<\/em>, tome\u00a0I (1948), \u00c9douard Doll\u00e9ans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi la devise inscrite sur leur drapeau noir, symbole de l\u2019anarchie. Mais la r\u00e9volte des ouvriers de la soie est d\u2019origine \u00e9conomique, et non politique. Les soyeux (fabricants) ne respectent pas le nouveau tarif des salaires, sign\u00e9 par leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s dont ils contestent le mandat. Commencent alors les \u00ab\u00a0trois glorieuses du prol\u00e9tariat lyonnais\u00a0\u00bb\u00a0: gr\u00e8ve, puis insurrection. Au matin du 22\u00a0novembre, les canuts de la Croix-Rousse descendent sur la ville en criant leur r\u00e9volte. Ils se retrouvent sans le vouloir ma\u00eetres de Lyon, vid\u00e9e de sa garnison qui risquait de pactiser avec les insurg\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Profession\u00a0?<br>\u2014 \u00c9meutier\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2073\" class=\"cit-num\">2073<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">CONSID\u00c9RANT<\/span> (1808-1893), 4\u00a0janvier 1832. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux policiers qui l\u2019ont arr\u00eat\u00e9, au milieu d\u2019extr\u00e9mistes tentant de mettre le feu aux tours de Notre-Dame. \u00c9meutier, certes, mais aussi polytechnicien et adepte de Charles Fourier (militant et visionnaire avec Le Phalanst\u00e8re et Le Nouveau monde industriel et soci\u00e9taire), il deviendra \u00e9conomiste et th\u00e9oricien du socialisme, puis d\u00e9put\u00e9 en 1848, avant d\u2019\u00eatre exil\u00e9 \u00e0 la R\u00e9union, et d\u2019y cr\u00e9er une colonie agricole socialiste.<\/p>\n<p>1832 est l\u2019ann\u00e9e de tous les dangers pour le pouvoir\u00a0: conspirations et insurrections mont\u00e9es d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par les royalistes l\u00e9gitimistes qui d\u00e9fendent la duchesse de Berry et les droits au tr\u00f4ne d\u2019Henri\u00a0V, de l\u2019autre par les r\u00e9volutionnaires les plus ardents, auxquels sont m\u00eal\u00e9s des bonapartistes. Le rench\u00e9rissement du bl\u00e9 et donc du pain, le ch\u00f4mage et la baisse des salaires, enfin l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra dans les quartiers les plus pauvres de Paris, rendent la situation sociale explosive, dans la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils ont voulu voir de plus pr\u00e8s la mis\u00e8re du peuple.\u00a0\u00bb<span id=\"2074\" class=\"cit-num\">2074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Journaux d\u2019opposition, d\u00e9but avril\u00a01832. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notons que la presse devient \u00e0 cette \u00e9poque une source de citations aussi pr\u00e9cieuse que les chansons depuis le d\u00e9but de l\u2019Histoire ou presque, en attendant les m\u00e9dias audiovisuels au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les journaux sont nombreux et virulents pour critiquer le duc d\u2019Orl\u00e9ans, fils a\u00een\u00e9 de Louis-Philippe, et Casimir P\u00e9rier, pr\u00e9sident du Conseil, allant visiter dans les h\u00f4pitaux les victimes du chol\u00e9ra, aux premiers jours d\u2019avril\u00a01832. Les quartiers populaires, surpeupl\u00e9s, sont les plus touch\u00e9s. Cette in\u00e9galit\u00e9 devant la mort accro\u00eet encore le malaise social. L\u2019opposition accuse m\u00eame le gouvernement d\u2019\u00eatre responsable du chol\u00e9ra qui, pr\u00e9tend-on, \u00e9pargne les riches et les bourgeois.<\/p>\n<p>Casimir P\u00e9rier meurt le 16\u00a0mai, un parmi les quelque 20\u00a0000 victimes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le chol\u00e9ra-blocus a succ\u00e9d\u00e9 au chol\u00e9ra-morbus.\u00a0\u00bb<span id=\"2077\" class=\"cit-num\">2077<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Journaux d\u2019opposition.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge est proclam\u00e9 \u00e0 Paris le 7\u00a0juin 1832, dans un climat social dramatique\u00a0: population encore affol\u00e9e par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra, surchauff\u00e9e par la propagande r\u00e9publicaine de Blanqui et Cavaignac. Nombreuses arrestations \u00e0 la suite des manifestations d\u2019\u00e9tudiants. <br>Parmi eux Alexandre Dumas, 30\u00a0ans, vit l\u2019histoire en direct avant de s\u2019en servir. Le cr\u00e9ateur des <em>Trois Mousquetaires<\/em> dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que l\u2019histoire\u00a0? Un clou auquel j\u2019accroche mes romans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est point parvenu, il est arriv\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2084\" class=\"cit-num\">2084<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), parlant de Thiers, 1834. <em>Monsieur de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Connu et redout\u00e9 comme critique litt\u00e9raire ayant pour m\u00e9thode de rattacher (trop\u00a0?) syst\u00e9matiquement la vie \u00e0 l\u2019\u0153uvre et auteur de \u00ab\u00a0portraits litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, Sainte-Beuve s\u2019int\u00e9resse aussi \u00e0 quelques personnages historiques. Le plus \u00e9tonnant est le socialiste Proudhon, le plus logique, le tr\u00e8s intelligent \u00ab\u00a0diable boiteux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Talleyrand a volontiers jou\u00e9 le r\u00f4le de parrain politique aupr\u00e8s de Thiers, personnage ambitieux, arriviste et comparable \u00e0 lui, par certains c\u00f4t\u00e9s. Selon les sources, le mot de \u00ab\u00a0parvenu\u00a0\u00bb (marseillais) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fortune de Thiers, \u00e0 sa carri\u00e8re politique rapide, voire \u00e0 sa r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise o\u00f9 il est donc \u00ab\u00a0arriv\u00e9\u00a0\u00bb, en 1834. \u00c0 ce propos, le jugement d\u2019Hugo sur le style de Thiers est aussi dur pour lui que pour son public\u00a0: \u00ab\u00a0Thiers est un portier \u00e9crivain qui a trouv\u00e9 des portiers lecteurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin il est mort en homme qui sait vivre.\u00a0\u00bb<span id=\"2096\" class=\"cit-num\">2096<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mot d\u2019une dame de la vieille cour \u00e0 la mort de Talleyrand (17\u00a0mai 1838). <em>Monsieur\u00a0de Talleyrand<\/em> (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles Maurice de Talleyrand-P\u00e9rigord mourut \u00e0 84\u00a0ans, en d\u00e9savouant ses irr\u00e9gularit\u00e9s religieuses. Comme dira de lui le diplomate Jules Cambon mort en 1935 \u00e0 90\u00a0ans, ayant lui aussi travers\u00e9 quelques r\u00e9gimes et nombre de crises dans l\u2019histoire de France\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il a, au cours de sa vie, souvent chang\u00e9 de parti, [il] n\u2019a jamais chang\u00e9 d\u2019opinion.\u00a0\u00bb On peut aussi lui reconna\u00eetre une forme de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la France et \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats tels qu\u2019il les concevait, se trompant en cela moins souvent que la plupart de ses contemporains.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cent mille hommes et cent millions pendant sept ans\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2106\" class=\"cit-num\">2106<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas Robert <span class=\"caps\">BUGEAUD<\/span> (1784-1849) \u00e0 Louis-Philippe<em>. Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral pose ses conditions pour accepter d\u2019\u00eatre gouverneur de l\u2019Alg\u00e9rie. Le roi c\u00e8de. Bugeaud est nomm\u00e9 gouverneur, le 29\u00a0d\u00e9cembre\u00a01840. Partisan de la guerre acharn\u00e9e, dix ans apr\u00e8s la prise d\u2019Alger, Bugeaud fait la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie et y gagne son b\u00e2ton de mar\u00e9chal, en 1843.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne me parlez pas des po\u00e8tes qui parlent de politique\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2113\" class=\"cit-num\">2113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (1773-1850). <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est d\u2019autant plus irrit\u00e9 par l\u2019opposition (et la popularit\u00e9) de Lamartine qu\u2019il semble, avec l\u2019\u00e2ge, prendre go\u00fbt au pouvoir et vouloir non plus seulement r\u00e9gner, mais gouverner.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/banquet_du_chateau-rouge_9_juillet_1847.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"259\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand les fruits sont pourris, ils n\u2019attendent que le passage du vent pour se d\u00e9tacher de l\u2019arbre.\u00a0\u00bb<span id=\"2121\" class=\"cit-num\">2121<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), Banquet politique tenu \u00e0 Dijon, fin d\u00e9cembre\u00a01847. <em>Histoire de la R\u00e9volution de 1848<\/em> (1870), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme politique et l\u2019historien se confondent ici. C\u2019est dans la logique de cette vie et de cette \u0153uvre totalement engag\u00e9es. Militant r\u00e9publicain, Louis Blanc attaque la Monarchie de Juillet \u00e0 coup de pamphlets et pr\u00e9dit la prochaine r\u00e9volution. La multiplication des banquets est une r\u00e9plique astucieuse et bien fran\u00e7aise\u00a0 \u00e0 l\u2019interdiction des r\u00e9unions.<\/p>\n<p>La campagne des Banquets commence le 9\u00a0juillet 1847, sur le th\u00e8me r\u00e9publicain de la r\u00e9forme \u00e9lectorale, avec abaissement du cens \u00e0 100\u00a0francs\u00a0: seul moyen pour l\u2019opposition de faire entendre la voix sinon du peuple, du moins de la petite bourgeoisie, et seule fa\u00e7on de sortir de l\u2019immobilisme conservateur qui bloque la vie politique.<\/p>\n<p>Jeune journaliste, Louis Blanc s\u2019est fait conna\u00eetre par un essai, <em>L\u2019Organisation du travail<\/em> (1839)\u00a0: \u00ab\u00a0Pour chaque indigent qui p\u00e2lit de faim, il y a un riche qui p\u00e2lit de peur.\u00a0\u00bb Au nom de quoi la fraternit\u00e9 doit guider l\u2019\u00e9conomie. Il pr\u00e9conise des associations ouvri\u00e8res de production, ateliers nationaux bient\u00f4t exp\u00e9riment\u00e9s, sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre syst\u00e8me financier est \u00e0 la science \u00e9conomique ce que sont les rouets des m\u00e9nages aux machines des filatures.\u00a0\u00bb<span id=\"2122\" class=\"cit-num\">2122<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile de <span class=\"caps\">GIRARDIN<\/span> (1806-1881), La Presse, 25\u00a0juillet 1847. <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le quotidien de Girardin est monarchiste, mais il garde toute sa libert\u00e9 d\u2019expression. Il dit donc la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: la crise industrielle et financi\u00e8re de 1846-1847 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019inadaptation des structures et des mentalit\u00e9s en mati\u00e8re de m\u00e9canismes du cr\u00e9dit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Naturellement, et par une de ces lois providentielles o\u00f9 le droit et le fait se confondent, le droit de suffrage n\u2019appartient pas aux femmes. La Providence a vou\u00e9 les femmes \u00e0 l\u2019existence domestique.\u00a0\u00bb<span id=\"2144\" class=\"cit-num\">2144<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>La D\u00e9mocratie pacifique<\/em>, 10 janvier 1847. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce mot fera le bonheur des histoires du f\u00e9minisme et des dictionnaires de la misogynie. Le replacer dans son contexte n\u2019y change rien \u2013 \u00e0 l\u2019inverse du fameux \u00ab\u00a0Enrichissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0(\u00ab\u00a0par le travail, par l\u2019\u00e9pargne et la probit\u00e9, et vous deviendrez \u00e9lecteurs.\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>Il faut seulement resituer le texte dans son \u00e9poque et rappeler \u00e0 quel point le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e est dur au sexe faible, avec son Code civil, sa mode du corset qui coupe le souffle aux femmes du monde (d\u2019o\u00f9 les \u00e9vanouissements pas toujours feints\u00a0!) et le travail aux champs comme \u00e0 l\u2019usine, qui \u00e9puise les femmes du peuple (et les enfants).<\/p>\n<p>La Deuxi\u00e8me R\u00e9publique ne sera pas plus favorable aux femmes et le socialiste Proudhon ne se montre pas plus indulgent que Guizot, ministre de la droite chr\u00e9tienne, conservatrice et r\u00e9actionnaire, sous la Monarchie de Juillet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le sentiment de l\u2019instabilit\u00e9, ce sentiment pr\u00e9curseur des r\u00e9volutions, existe \u00e0 un degr\u00e9 tr\u00e8s redoutable dans le pays.\u00a0\u00bb<span id=\"2125\" class=\"cit-num\">2125<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 27\u00a0janvier\u00a01848. <em>Grands moments d\u2019\u00e9loquences parlementaire<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(Signalons cette source de citations, particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse quand nous rassemblerons les meilleurs Discours \u2013 \u00e0 suivre bient\u00f4t).<\/p>\n<p>Tocqueville, historien c\u00e9l\u00e8bre par son essai qui est un coup de ma\u00eetre,<em> De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique.<\/em><\/p>\n<p>Tr\u00e8s jeune magistrat, un an de s\u00e9jour pour mission professionnelle lui permit de comprendre ce syst\u00e8me politique de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative\u00a0\u00bb exemplaire \u00e0 ses yeux, avec son \u00e9volution et ses risques.<\/p>\n<p>Il s\u2019est jet\u00e9 dans la vie politique comme nombre de ses confr\u00e8res en ce si\u00e8cle romantique et agit\u00e9. Aid\u00e9 par sa culture historique et son intelligence proph\u00e9tique, Tocqueville a une vue claire de la situation. Mais Louis-Philippe reste aveugle, comme le chef du gouvernement. Lamennais a eu ce mot pr\u00e9monitoire en 1843\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est Guizot qui doit conduire la monarchie de Louis-Philippe \u00e0 son dernier g\u00eete. Il est n\u00e9 fossoyeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux journ\u00e9es de f\u00e9vrier\u00a01848 comme aux journ\u00e9es de juillet\u00a01830, la monarchie avait c\u00e9d\u00e9 presque sans r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019\u00e9meute de Paris. Dans les deux cas, ce n\u2019\u00e9tait pas seulement le roi qui avait abdiqu\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019autorit\u00e9 elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<span id=\"2152\" class=\"cit-num\">2152<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936),<em> Histoire de France<\/em> (1924)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La br\u00e8ve histoire de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique se r\u00e9sumera en une restauration de l\u2019autorit\u00e9, dans un pays encore tr\u00e8s conservateur et rural, avec des sursauts r\u00e9publicains et r\u00e9volutionnaires entra\u00eenant des r\u00e9actions qui renforcent encore l\u2019autorit\u00e9. Cercle vicieux et anti d\u00e9mocratique. Jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019Empire s\u2019ensuive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a cherch\u00e9 les causes\u00a0; il n\u2019y en a qu\u2019une, c\u2019est la mis\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2176\" class=\"cit-num\">2176<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>T\u00e9moin navr\u00e9, comme tant d\u2019autres\u00a0: \u00ab\u00a0On ne vit jamais une ville si constern\u00e9e que Paris. Une invasion des Cosaques y aurait laiss\u00e9 des traces moins horribles.\u00a0\u00bb Socialiste convaincu, il sera \u00e0 sa fa\u00e7on victime de ces journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires de juin\u00a01848.<\/p>\n<p>Rendu \u00e0 tort responsable de l\u2019insurrection \u00e0 laquelle il ne participait pas (d\u00e9clench\u00e9e par la fermeture des Ateliers nationaux pr\u00e9conis\u00e9s par lui, mais d\u00e9form\u00e9s par le gouvernement), Louis Blanc doit \u00e9migrer en Angleterre o\u00f9 il reste jusqu\u2019\u00e0 la chute du Second Empire\u00a0: plus de vingt ans d\u2019exil, avant de revenir si\u00e9ger, fid\u00e8le \u00e0 ses id\u00e9es, \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez le neveu de l\u2019empereur s\u2019approcher du soleil de notre R\u00e9publique\u00a0; je suis s\u00fbr qu\u2019il dispara\u00eetra dans ses rayons.\u00a0\u00bb<span id=\"2181\" class=\"cit-num\">2181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882). Histoire parlementaire de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1848), F. Wouters, <span class=\"caps\">A.J.C.<\/span> Gendeblen<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme quoi un historien politiquement tr\u00e8s engag\u00e9 peut faire gravement erreur sur son temps\u00a0! C\u2019est la R\u00e9publique qui va bient\u00f4t dispara\u00eetre devant l\u2019Empire restaur\u00e9. Il est vrai que les premiers t\u00e9moins n\u2019ont pas cru dans le destin du nouvel homme qui para\u00eet particuli\u00e8rement falot.<br>(Louis Blanc fait ici allusion \u00e0 une d\u00e9claration du candidat empruntant au lyrisme hugolien\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019oncle de Louis-Napol\u00e9on, que disait-il\u00a0? Il disait\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e9publique est comme le soleil.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si je r\u00e9ussissais, je serais oblig\u00e9 d\u2019\u00e9pouser la R\u00e9publique et je suis trop honn\u00eate gar\u00e7on pour \u00e9pouser une si mauvaise fille\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2186\" class=\"cit-num\">2186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), refusant de se porter candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait le souhait du parti de l\u2019Ordre qui regroupe des monarchistes (l\u00e9gitimistes et orl\u00e9anistes), des r\u00e9publicains conservateurs, voire mod\u00e9r\u00e9s, tous unis par leur opposition au socialisme qui fait si peur\u00a0!<\/p>\n<p>M\u00eame refus de Bugeaud, le mar\u00e9chal qui a un nom, un prestige. Lamartine s\u2019\u00e9tant d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 aux yeux de ses anciens partisans, le parti de l\u2019Ordre se rabat sur le troisi\u00e8me homme\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte. Et Thiers de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Sans affirmer que la nomination de M.\u00a0Louis Bonaparte soit le bien, elle para\u00eet \u00e0 nous tous, hommes mod\u00e9r\u00e9s, un moindre mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u00e9e de l\u2019\u00e9meute, comme la Monarchie de Juillet, la deuxi\u00e8me R\u00e9publique se mettait tout de suite de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade.\u00a0\u00bb<span id=\"1924\" class=\"cit-num\">1924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La tendance s\u2019affirme avec la nouvelle assembl\u00e9e.\u00a0La L\u00e9gislative, \u00e9lue au suffrage universel le 13\u00a0mai 1849, montre l\u2019opinion partag\u00e9e entre deux grands courants. Le parti de l\u2019Ordre, conservateur, a 53\u00a0% des voix et quelque 500 \u00e9lus (l\u00e9gitimistes, orl\u00e9anistes, r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et bonapartistes). Les d\u00e9mocrates-socialistes, \u00e0 leur t\u00eate Ledru-Rollin, ont 35\u00a0% des voix et quelque 180 \u00e9lus. Un troisi\u00e8me groupe, dit des r\u00e9publicains de la veille, obtient 70 d\u00e9put\u00e9s avec 12\u00a0% des voix. Malgr\u00e9 leur majorit\u00e9, les conservateurs s\u2019inqui\u00e8tent du succ\u00e8s des d\u00e9mocrates dans certaines villes (dont Paris), quelques r\u00e9gions industrielles (autour de Lyon, Saint-\u00c9tienne) et m\u00eame rurales (au nord du Massif Central).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne comprenons pas plus une femme l\u00e9gislatrice qu\u2019un homme nourrice.\u00a0\u00bb<span id=\"2197\" class=\"cit-num\">2197<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), <em>Le Peuple<\/em>, mai 1849. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il \u00e9crit aussi, en janvier 1849, dans <em>L\u2019Opinion des femmes<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La femme ne peut \u00eatre que m\u00e9nag\u00e8re ou courtisane.\u00a0\u00bb Bien que sinc\u00e8rement socialiste, Proudhon s\u2019inscrit r\u00e9solument dans la logique de son temps et de cette Deuxi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne savons si, en fait d\u2019aberrations \u00e9tranges, le si\u00e8cle o\u00f9 nous sommes est appel\u00e9 \u00e0 voir se r\u00e9aliser \u00e0 quelque degr\u00e9 celle-ci\u00a0: l\u2019\u00e9mancipation des femmes. Nous croyons que non.\u00a0\u00bb (<em>La Libert\u00e9<\/em>, 15 avril 1848).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons pas su garder le gouvernement libre, sachons supporter le pouvoir n\u00e9cessaire\u00a0; il a aujourd\u2019hui une mission de flagellation, d\u2019expiation et de r\u00e9pression de l\u2019anarchie que nul autre que lui ne saurait accomplir.\u00a0\u00bb<span id=\"2219\" class=\"cit-num\">2219<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guizot parle en t\u00e9moin et remarquable historien de son temps, ne jouant plus aucun r\u00f4le politique \u00e0 cette \u00e9poque. Morny a constitu\u00e9 un nouveau minist\u00e8re avec les hommes du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, d\u00e8s le 4\u00a0d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>La r\u00e9pression des r\u00e9bellions r\u00e9publicaines va engendrer une Terreur blanche\u00a0: pas de vrai soul\u00e8vement populaire \u00e0 Paris, mais la province, les paysans surtout, opposent une r\u00e9sistance violente, dans le Sud-Est et le nord du Massif central. D\u2019o\u00f9 32 d\u00e9partements mis en \u00e9tat de si\u00e8ge, 27\u00a0000 arrestations, 10\u00a0000 condamnations (la plupart \u00ab\u00a0transport\u00e9s\u00a0\u00bb en Alg\u00e9rie, 239 envoy\u00e9s aux travaux forc\u00e9s \u00e0 Cayenne). Le mouvement r\u00e9publicain est d\u00e9capit\u00e9 pour longtemps. La propagande gouvernementale, confondant l\u2019effet et la cause, fait croire qu\u2019on a sauv\u00e9 le pays de la subversion socialiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est beaucoup d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois une gloire nationale, une garantie r\u00e9volutionnaire et un principe d\u2019autorit\u00e9.\u00a0\u00bb<span id=\"2227\" class=\"cit-num\">2227<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">GUIZOT<\/span> (1787-1874), <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire de mon temps<\/em> (1858-1867)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique (\u00e0 la retraite) et historien (toujours actif), il r\u00e9sume l\u2019alchimie du vote, avec \u00ab\u00a0la force du parti bonapartiste, ou pour dire plus vrai du nom de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections au Corps l\u00e9gislatif, le 29\u00a0f\u00e9vrier 1852. Les opposants n\u2019ayant aucun moyen de faire campagne (pas une affiche imprim\u00e9e, pas une r\u00e9union \u00e9lectorale\u00a0!), ils obtiennent 800\u00a0000 voix et les candidats officiels plus de 5\u00a0millions. D\u2019o\u00f9 253 bonapartistes, face \u00e0 7 royalistes et 3 r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, la remarque de Guizot explique la facilit\u00e9 avec laquelle le futur empereur va arriver \u00e0 son but, le pouvoir, et les difficult\u00e9s que le r\u00e9gime conna\u00eetra plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que Paris\u00a0? Qu\u2019est-ce que la France\u00a0? Imaginez un champ. Au lieu de l\u2019ensemencer dans toute son \u00e9tendue, on s\u2019est avis\u00e9 d\u2019entasser la semence en un point o\u00f9 elle risque de ne pas germer pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle y est entass\u00e9e. Ce champ, c\u2019est la France, ce point, c\u2019est Paris.\u00a0\u00bb<span id=\"2241\" class=\"cit-num\">2241<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris grandit, Paris s\u2019embellit sous le Second Empire\u00a0: Haussmann, pr\u00e9fet pendant dix-sept ans, d\u00e9bordant d\u2019\u00e9nergie et d\u2019activit\u00e9, taille et retaille la capitale \u00e0 coups de pioches et de millions. Mais les t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque n\u2019admirent pas tous ces travaux et s\u2019inqui\u00e8tent d\u00e9j\u00e0 de l\u2019excessive centralisation \u2013\u00a0 un mal bien fran\u00e7ais. L\u2019afflux des ruraux l\u00e0 o\u00f9 le travail existe \u2013 dans les grands centres urbains et industriels \u2013 est encore facilit\u00e9 \u00e0 Paris par le r\u00e9seau de voies ferr\u00e9es en \u00e9toile, qui toutes convergent vers la capitale. Ce n\u2019est pas encore le \u00ab\u00a0d\u00e9sert fran\u00e7ais\u00a0\u00bb de 1945, mais les statistiques pouvaient affoler les observateurs\u00a0: 547\u00a0000 habitants en 1801 \u00e0 Paris, 1\u00a0054\u00a0000 en 1846, 1\u00a0800\u00a0000 en 1871\u00a0: \u00ab\u00a0La centralisation, c\u2019est l\u2019apoplexie au centre, la paralysie aux extr\u00e9mit\u00e9s\u00a0\u00bb (Lamennais).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[La France] la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l\u2019Europe, et la mieux faite pour y devenir tour \u00e0 tour un objet d\u2019admiration, de haine, de piti\u00e9, de terreur, mais jamais d\u2019indiff\u00e9rence.\u00a0\u00bb<span id=\"2242\" class=\"cit-num\">2242<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ayant renonc\u00e9 \u00e0 toute carri\u00e8re politique apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, Tocqueville sera l\u2019un des grands historiens et penseurs de son temps. Apr\u00e8s son analyse <em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, il montre la R\u00e9volution fran\u00e7aise, non pas comme une rupture avec l\u2019Ancien R\u00e9gime, mais comme une acc\u00e9l\u00e9ration dans une \u00e9volution engag\u00e9e au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et qui se poursuit au si\u00e8cle suivant. Philosophe et \u00e9conomiste, sociologue et politologue, Tocqueville (mort \u00e0 53 ans) n\u2019appartiendra \u00e0 aucune \u00e9cole de pens\u00e9e.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>La politique ext\u00e9rieure de Napol\u00e9on a deux buts\u00a0: d\u2019abord rassurer et se faire accepter des cours europ\u00e9ennes pour qui le Premier Empire reste un mauvais souvenir\u00a0; ensuite jouer un r\u00f4le de grande puissance mondiale pour des raisons de commerce aussi bien que de prestige. Mais face \u00e0 l\u2019Allemagne, ni la diplomatie ni l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise ne pourront rien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019empereur est une grande incapacit\u00e9 m\u00e9connue.\u00a0\u00bb<span id=\"2249\" class=\"cit-num\">2249<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette boutade du Premier ministre de la Prusse (qui fut ambassadeur \u00e0 Paris en 1862) date de 1864. L\u2019homme de fer n\u2019a qu\u2019un but, la grandeur de son pays, par tous les moyens. Il va d\u00e9jouer les plans europ\u00e9ens de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, avant d\u2019imposer une d\u00e9faite rapide et fatale \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la peine d\u2019avoir risqu\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat avec nous tous pour \u00e9pouser une lorette.\u00a0\u00bb<span id=\"2254\" class=\"cit-num\">2254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">PERSIGNY<\/span> (1808-1872), \u00e0 Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, d\u00e9cembre\u00a01852. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du seul honn\u00eate homme dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019aventuriers qui pr\u00e9para le 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 et se retrouve ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. La \u00ab\u00a0lorette\u00a0\u00bb est quand m\u00eame une jeune fille de vraie noblesse espagnole (par son p\u00e8re, trois fois Grand d\u2019Espagne), fort belle, moins sotte qu\u2019on ne le dira. Mais sa m\u00e8re irlandaise, quelque peu aventuri\u00e8re, promenait sa fille en Europe dans l\u2019espoir d\u2019un bon mariage. Et l\u2019empereur en est fou\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/edouard_dubufe_congres_de_paris.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"238\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France, sans froisser les droits de personne, a repris dans le monde la place qui lui convenait.\u00a0\u00bb<span id=\"2268\" class=\"cit-num\">2268<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte <span class=\"caps\">WALEWSKI<\/span> (1810-1868), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, pr\u00e9sidant le Congr\u00e8s de la paix qui s\u2019ouvre \u00e0 Paris, le 25\u00a0f\u00e9vrier 1856. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1972), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle au nom de l\u2019empereur, dans le d\u00e9cor rouge et or d\u2019un quai d\u2019Orsay flambant neuf.<\/p>\n<p>Quarante ans apr\u00e8s le Congr\u00e8s de Vienne, et au terme de la guerre de Crim\u00e9e, c\u2019est la revanche de la France et la d\u00e9faite d\u2019une Russie expansionniste\u00a0: neutralit\u00e9 de la mer Noire, int\u00e9grit\u00e9 territoriale garantie \u00e0 la Turquie, pr\u00e9pond\u00e9rance reconnue \u00e0 la France en Europe. En prime, les provinces serbes et roumaines gagnent leur autonomie, face \u00e0 la Turquie\u00a0: victoire personnelle pour Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> qui se pose et s\u2019impose en d\u00e9fenseur du principe des nationalit\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Les Fran\u00e7ais] veulent l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9 et, s\u2019ils ne peuvent l\u2019obtenir, ils la veulent encore dans l\u2019esclavage.\u00a0\u00bb<span id=\"2270\" class=\"cit-num\">2270<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien et philosophe, Tocqueville est le Montesquieu du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Sensible aux progr\u00e8s de l\u2019\u00e9galit\u00e9, il pense que la d\u00e9mocratie peut engendrer un redoutable danger, le despotisme de la majorit\u00e9. Pour maintenir la libert\u00e9, il faut deux garanties essentielles\u00a0: libert\u00e9 de la presse, ind\u00e9pendance du pouvoir judiciaire. Sa d\u00e9monstration est toujours fond\u00e9e sur l\u2019examen rigoureux des faits historiques.<\/p>\n<p>Rappelons qu\u2019\u00e0 cette date (1856), l\u2019Empire est une dictature et le bon usage du suffrage universel est d\u2019un apprentissage difficile. Si l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits progresse dans les faits, le capitalisme triomphant rend les riches plus riches, sans am\u00e9liorer la condition des pauvres. Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e si\u00e8cle, on peut faire le m\u00eame reproche au n\u00e9o-lib\u00e9ralisme et \u00e0 la mondialisation \u00e9conomique.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement veut le triomphe de ses candidats, comme Dieu veut le triomphe du bien, laissant \u00e0 chacun la libert\u00e9 du mal.\u00a0\u00bb<span id=\"2271\" class=\"cit-num\">2271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le pr\u00e9fet de Dordogne en juin\u00a01857.<em> Histoire du Second Empire<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1903), Pierre de La Gorce<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juge et magistrat, l\u2019auteur d\u00e9missionne par conscience professionnelle (trop catholique pour accepter les lois Ferry sur les congr\u00e9gations) et c\u00e8de \u00e0 cette \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb de l\u2019Histoire qui nous donne tant d\u2019historiens\u00a0au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le dogme est clair. Comme tous les pr\u00e9fets, qui sont de petits empereurs dans leur d\u00e9partement, il arrange au mieux ces \u00e9lections du 21\u00a0juin 1857 au Corps l\u00e9gislatif, comme toutes les autres \u00e9lections, presque jusqu\u2019\u00e0 la fin du Second Empire. Tout pour les candidats officiels (presse, affiches \u00e0 foison, bulletins imprim\u00e9s \u00e0 leur nom, discours du pr\u00e9fet au garde-champ\u00eatre en passant par l\u2019instituteur et le cur\u00e9). Pour les autres, rien, que des obstacles. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner des r\u00e9sultats de cette propagande\u00a0: en juin\u00a01857, 5\u00a0471\u00a0000 voix pour les candidats officiels, 665\u00a0000 pour l\u2019opposition (et 25\u00a0% d\u2019abstention). L\u2019opposition r\u00e9publicaine, tout \u00e0 fait impuissante, r\u00e9appara\u00eet cependant avec 7 d\u00e9put\u00e9s. 5 forment un groupe (dont font partie Jules Favre et \u00c9mile Ollivier).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le corps social est rong\u00e9 par une vermine dont il faut co\u00fbte que co\u00fbte se d\u00e9barrasser.\u00a0\u00bb<span id=\"2273\" class=\"cit-num\">2273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">ESPINASSE<\/span> (1815-1859), apr\u00e8s l\u2019attentat d\u2019Orsini contre Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, le 14\u00a0janvier 1858. <em>Histoire de France depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la chute du Second empire<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (1897), Ernest Hamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat d\u00e9froqu\u00e9, politicien malchanceux, Hamel se voue \u00e0 l\u2019Histoire par amour de la R\u00e9volution (Saint-Just et Robespierre), rejoignant la cohorte des bons historiens du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le nouveau ministre de l\u2019Int\u00e9rieur d\u00e9finit son programme. C\u2019est le premier attentat par explosif chimique, l\u2019\u00e9motion est d\u2019autant plus vive\u00a0: le r\u00e9volutionnaire italien a rat\u00e9 son but, mais il y a 142 bless\u00e9s, 8 morts. \u00c0 cette occasion, on feint de croire \u00e0 l\u2019existence d\u2019un vaste complot contre l\u2019\u00c9tat, ourdi naturellement par les rouges. La r\u00e9pression contre l\u2019opposition se fait encore plus s\u00e9v\u00e8re\u00a0: une loi de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale permet au pouvoir d\u2019expulser ou d\u2019interner tout ancien condamn\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Orsini, d\u00e9fendu par Jules Favre, est condamn\u00e9 \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9. Mais Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> va se servir habilement de la lettre \u00e9crite par Orsini lui demandant de lib\u00e9rer sa patrie, l\u2019Italie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La paix c\u2019est l\u2019Empire\u00a0! Pas de paix, pas d\u2019Empire\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2274\" class=\"cit-num\">2274<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron de <span class=\"caps\">ROTHSCHILD<\/span> (1792-1868). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons cette source qui s\u2019impose souvent. Historien promu par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, surnomm\u00e9 l\u2019instituteur national avec autant de respect que d\u2019ironie (par la g\u00e9n\u00e9ration suivante), il promeut le \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb propre \u00e0 inculquer aux jeunes (r\u00e9cemment) scolaris\u00e9s l\u2018amour de la France et aux citoyens une conscience civique. Il a tr\u00e8s souvent \u00e9crit avec des collaborateurs de la m\u00eame \u00ab\u00a0\u00e9cole\u00a0\u00bb historienne.<\/p>\n<p>Le banquier est inquiet, des bruits de guerre avec l\u2019Autriche font baisser la Bourse, le 1er\u00a0janvier 1859. Le futur empereur n\u2019a-t-il pas promis dans un discours \u00e0 Bordeaux\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Empire, c\u2019est la paix.\u00a0\u00bb\u00a0? Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> r\u00e9plique \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai pour moi le peuple.\u00a0\u00bb Et c\u2019est vrai. Il a donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aider l\u2019Italie \u00e0 secouer la domination autrichienne.<\/p>\n<p>Un trait\u00e9 secret est sign\u00e9 le 28\u00a0janvier 1859, suite de son entrevue \u00e0 Plombi\u00e8re avec Cavour en juillet\u00a01858. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, qui a gard\u00e9 de son pass\u00e9 de conspirateur et de prisonnier un sens du secret, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 n\u00e9gocier en court-circuitant son ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La masse est pour la guerre. Les soldats partent comme pour le bal.\u00a0\u00bb<span id=\"2275\" class=\"cit-num\">2275<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prosper <span class=\"caps\">M\u00c9RIM\u00c9E<\/span> (1803-1870). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre contre l\u2019Autriche est d\u00e9clar\u00e9e le 3\u00a0mai 1859. Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> prend personnellement le commandement et d\u00e9fait les Autrichiens \u00e0 Magenta le 4\u00a0juin (Mac-Mahon arrivant au bon moment), et \u00e0 Solferino, le 24\u00a0juin. L\u2019armistice est sign\u00e9 le 8\u00a0juillet.<\/p>\n<p>L\u2019Autriche c\u00e8de la Lombardie, l\u2019Italie devient une conf\u00e9d\u00e9ration (le Pi\u00e9mont veut davantage, mais la v\u00e9ritable unit\u00e9 n\u2019est pas encore possible, \u00e0 cause de la Prusse) et la France recevra Nice et la Savoie \u2013avec l\u2019accord enthousiaste des populations consult\u00e9es par r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019aime pas le trait\u00e9 parce que je n\u2019aime les r\u00e9volutions d\u2019aucune sorte.\u00a0\u00bb<span id=\"2279\" class=\"cit-num\">2279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1805-1875).<em> Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Duby, connu d\u2019abord comme m\u00e9di\u00e9viste, devient ensuite \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9raliste\u00a0\u00bb de l\u2019histoire. Par ses apports \u00e0 l\u2019histoire des mentalit\u00e9s, il appartient \u00e0 la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019\u00e9cole des Annales (fond\u00e9e en 1929 par Marc Bloch et Lucien Febvre) toujours tr\u00e8s respect\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce grand patron m\u00e9tallurgiste du Creusot redoute les cons\u00e9quences du trait\u00e9 de commerce en date du 23\u00a0janvier 1860, voulu par Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, n\u00e9goci\u00e9 en secret par Michel Chevalier et Richard Cobden, et qui instaure un libre-\u00e9change relatif avec l\u2019Angleterre (abaissement \u00e0 30\u00a0% maximum des droits de douane sur les mati\u00e8res premi\u00e8res et les produits industriels). Les protectionnistes, et ils sont nombreux parmi les industriels et commer\u00e7ants fran\u00e7ais, s\u2019alarment de ce \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat commercial\u00a0\u00bb. Ils pr\u00e9voient le pire pour l\u2019\u00e9conomie nationale. Ils ont tort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Empire a fait un demi-tour \u00e0 gauche.\u00a0\u00bb<span id=\"2281\" class=\"cit-num\">2281<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre-Joseph <span class=\"caps\">PROUDHON<\/span> (1809-1865), constatant le tournant lib\u00e9ral du r\u00e9gime. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1972), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> se heurte \u00e0 une opposition int\u00e9rieure sur deux fronts, deux forces qui lui \u00e9taient auparavant acquises. Les catholiques s\u2019inqui\u00e8tent de la marche vers l\u2019unit\u00e9 italienne qu\u2019il soutient, mais qui menace les \u00c9tats de l\u2019\u00c9glise et le pape. Tandis qu\u2019une part de la bourgeoisie d\u2019affaires d\u00e9plore (d\u2019ailleurs \u00e0 tort) le trait\u00e9 de commerce franco-anglais (sign\u00e9 le 23\u00a0janvier 1860) qui cr\u00e9e le libre-\u00e9change et expose les industriels \u00e0 la concurrence britannique.<\/p>\n<p>L\u2019empereur cherche donc \u00e0 se rallier les notables lib\u00e9raux et la petite bourgeoisie d\u00e9mocrate, multipliant les concessions aux id\u00e9es lib\u00e9rales et d\u00e9mocratiques\u00a0: restauration des libert\u00e9s, ouverture du Parlement \u00e0 l\u2019opposition r\u00e9publicaine, d\u00e9cret du 24\u00a0novembre\u00a01860 donnant au Corps l\u00e9gislatif le droit d\u2019adopter une adresse en r\u00e9ponse au discours du tr\u00f4ne, et autorisant la publication des d\u00e9bats parlementaires.<\/p>\n<p>Satisfaire les classes populaires lui permettrait d\u2019\u00e9chapper aux castes de droite et de s\u2019appuyer sur les masses\u00a0: ce serait conforme aux id\u00e9es sociales de l\u2019empereur, mais il faudrait faire plus qu\u2019un demi-tour \u00e0 gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019extr\u00eame rapidit\u00e9 des voyages en chemin de fer est une chose anti m\u00e9dicale. Aller, comme on fait, en vingt heures, de Paris \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, en traversant d\u2019heure en heure des climats si diff\u00e9rents, c\u2019est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse. Elle arrive ivre \u00e0 Marseille, pleine d\u2019agitation, de vertige.\u00a0\u00bb<span id=\"2282\" class=\"cit-num\">2282<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>La Mer<\/em> (1861)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pratiquement tous les progr\u00e8s techniques ont commenc\u00e9 par susciter la peur, ou le d\u00e9ni d\u2019utilit\u00e9. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, si riche en inventions, pourrait alimenter un \u00e9tonnant b\u00eatisier technologique\u00a0!<\/p>\n<p>Le chemin de fer n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle. Rappelons le mot de Thiers en 1836\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but du Second Empire, le r\u00e9seau ferroviaire s\u2019\u00e9tend et rattrape enfin le retard pris sur l\u2019Angleterre. L\u2019\u00c9tat fixe le trac\u00e9 des voies et finance les infrastructures (terrassement, ouvrages d\u2019art), conc\u00e9dant l\u2019exploitation des lignes \u00e0 de grandes compagnies priv\u00e9es, Compagnies de l\u2019Ouest, du Nord, de l\u2019Est, et le fameux <span class=\"caps\">PLM<\/span> (Paris-Lyon-M\u00e9diterran\u00e9e) n\u00e9 en 1857, axe vital de 862 km. Facteur essentiel de l\u2019am\u00e9nagement du territoire, le r\u00e9seau passe de 3 000 km en 1852 \u00e0 17 000 km en 1870. Il s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans le paysage fran\u00e7ais et toute l\u2019\u00e9conomie du pays en b\u00e9n\u00e9ficie.<\/p>\n<p>Mais que d\u2019inqui\u00e9tudes, pour la sant\u00e9 des passagers\u00a0! Michelet n\u2019est pas seul \u00e0 s\u2019en \u00e9mouvoir. Selon Arago, Polytechnicien, astronome et physicien, mort en 1853 et t\u00e9moignant des tout premiers chemin de fer \u00ab\u00a0le transport des soldats en wagon les eff\u00e9minerait\u00a0\u00bb et les voyageurs sont mis en garde contre le tunnel de Saint-Cloud, qui peut causer \u00ab\u00a0des fluxions de poitrine, des pleur\u00e9sies et des catarrhes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 l\u2019imp\u00e9ratrice qui lui demande de quel style peut bien \u00eatre ce projet d\u2019Op\u00e9ra pour Paris\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0C\u2019est du Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Madame.\u00a0\u00bb<span id=\"2283\" class=\"cit-num\">2283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1825-1898), 1861. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: l\u2019aube des temps<\/em> (1975), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un concours public est lanc\u00e9 pour l\u2019\u00e9dification d\u2019un op\u00e9ra digne du nouveau Paris haussmannien\u00a0: 171 concurrents d\u00e9posent un millier de dessins. Viollet-le-Duc, ami du couple imp\u00e9rial, est favori. Un inconnu l\u2019emporte, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 du jury. S\u00e9duit par la maquette, l\u2019empereur s\u2019incline.<\/p>\n<p>Les plus grands artistes, peintres, d\u00e9corateurs, sculpteurs \u0153uvrent pour le monument. Mais le chef-d\u2019\u0153uvre est bien sign\u00e9 Garnier, illustrant l\u2019\u00e9clectisme en architecture\u00a0: au lieu de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un style unique, on dresse un r\u00e9pertoire des mod\u00e8les les plus achev\u00e9s, pour combiner les \u00e9l\u00e9ments issus des diff\u00e9rentes \u00e9poques et civilisations, en les adaptant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Ainsi, Garnier utilise les nouveaux mat\u00e9riaux pour leur aspect fonctionnel, mais \u00e0 l\u2019inverse des modernistes (tels Eiffel, Baltard), il dissimule le fer de la charpente sous le stuc et la pierre de taille.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cath\u00e9drale mondaine de la civilisation\u00a0\u00bb selon Th\u00e9ophile Gautier, l\u2019Op\u00e9ra de Paris va fasciner le monde et sera \u00ab\u00a0copi\u00e9\u00a0\u00bb une centaine de fois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[L\u2019empereur] a eu raison de devancer l\u2019opinion publique de quelques ann\u00e9es.\u00a0\u00bb<span id=\"2287\" class=\"cit-num\">2287<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">SCHNEIDER<\/span> (1805-1875), 1864. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grand patron reconna\u00eet son pessimisme mal fond\u00e9, apr\u00e8s le trait\u00e9 de 1860\u00a0: \u00ab\u00a0Nos industriels ont pu, par leurs efforts et leurs sacrifices, r\u00e9sister \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re.\u00a0\u00bb La facilit\u00e9 avec laquelle l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise s\u2019adapta \u00e0 ce libre-\u00e9change naissant impos\u00e9 par l\u2019empereur, avec l\u2019Angleterre, puis avec la plupart des autres pays europ\u00e9ens, montre qu\u2019elle n\u2019y \u00e9tait pas si mal pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9mancipation des travailleurs sera l\u2019\u0153uvre des travailleurs eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb<span id=\"2289\" class=\"cit-num\">2289<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise de l\u2019Association internationale des travailleurs, 1864. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1972), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Association internationale des travailleurs (<span class=\"caps\">AIT<\/span>) est la premi\u00e8re Internationale, cr\u00e9\u00e9e le 28\u00a0septembre 1864 par des militants fran\u00e7ais et anglais\u00a0: \u00ab\u00a0une grande \u00e2me dans un petit corps\u00a0\u00bb. Elle tiendra congr\u00e8s chaque ann\u00e9e, de plus en plus hostile aux \u00e9tats bourgeois.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Manifeste des soixante et l\u2019<span class=\"caps\">AIT<\/span>, un autre socialisme se r\u00e9veille, plus r\u00e9volutionnaire\u00a0: le blanquisme. Personne ne croit plus \u00e0 l\u2019extinction du paup\u00e9risme par l\u2019empereur, ni m\u00eame au syndicalisme ouvrier selon Proudhon qui meurt en janvier\u00a01865.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut tout faire avec des ba\u00efonnettes, except\u00e9 s\u2019asseoir dessus\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2300\" class=\"cit-num\">2300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince <span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> (1822-1891), septembre\u00a01869. Mot \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 Clemenceau (1841-1929), et surtout au Feld-mar\u00e9chal autrichien Schwarzenberg (1771-1820), d\u00e9plorant la fragilit\u00e9 du r\u00e9gime en 1814 (Restauration). <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur (Forcade Laroquette, homme de droite) affirme que l\u2019Empire est assez fort pour vaincre ses opposants. \u00ab\u00a0Plon-Plon\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9ternel frondeur de la famille imp\u00e9riale, r\u00e9plique \u00e0 juste titre qu\u2019un pouvoir assis sur la force de ses ba\u00efonnettes n\u2019est pas stable.<\/p>\n<p>De fait, le r\u00e9gime est doublement \u00e9branl\u00e9. Sur le front politique, l\u2019opposition profite de la presse lib\u00e9r\u00e9e et des \u00e9lections plus loyales du 24\u00a0mai\u00a0: 3,5\u00a0millions de voix (contre 4,4\u00a0millions aux bonapartistes). Sur le front social, c\u2019est la crise et les syndicats tol\u00e9r\u00e9s depuis 1866 poussent \u00e0 des gr\u00e8ves qui prennent un caract\u00e8re dramatique \u00e0 Firminy en juin\u00a01869, \u00e0 Carmaux en octobre.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u00e9cide d\u2019aller plus avant sur la voie lib\u00e9rale. \u00c9mile Ollivier, r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, se rallie \u00e0 l\u2019Empire. Il est charg\u00e9 de former le nouveau cabinet, m\u00eame s\u2019il n\u2019est que \u00ab\u00a0garde des Sceaux\u00a0\u00bb, pour satisfaire les hommes du centre gauche.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne peut faire deux choses \u00e0 la fois\u00a0: tenir un fusil d\u2019une main et un bulletin de vote de l\u2019autre.\u00a0\u00bb<span id=\"2350\" class=\"cit-num\">2350<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">TROCHU<\/span> (1815-1896), janvier 1871. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0I (1973), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate de carri\u00e8re et journaliste \u00e0 ses heures, multim\u00e9daill\u00e9 de guerre (1914-1918) et acad\u00e9micien fran\u00e7ais, Jacques Chastenet se passionne pour l\u2019histoire politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, quelques grands hommes et deux grandes reines d\u2019Angleterre (\u00c9lisabeth I\u00e8re et Victoria).<br>On doit au g\u00e9n\u00e9ral Trochu ce mot sur l\u2019impopularit\u00e9 de certains r\u00f4les et l\u2019inconfort de certaines situations historiques. Sous la Commune de 1871, rappelons qu\u2019il fut \u00e0 la fois gouverneur militaire de Paris et chef du gouvernement de la D\u00e9fense nationale, dans la capitale assi\u00e9g\u00e9e et r\u00e9volt\u00e9e d\u2019une France engag\u00e9e dans une guerre d\u00e9j\u00e0 perdue avec la Prusse. Dans une telle situation, il aurait fallu un homme d\u2019une autre trempe que Trochu (\u00ab\u00a0participe pass\u00e9 du verbe \u2018trop choir\u2019\u00a0\u00bb selon Hugo).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La ville de Paris est une personne trop puissante et trop riche pour que sa ran\u00e7on ne soit pas digne d\u2019elle.\u00a0\u00bb<span id=\"2353\" class=\"cit-num\">2353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), le chancelier allemand qui fixe donc la \u00ab\u00a0ran\u00e7on\u00a0\u00bb \u00e0 au moins un milliard de francs, le 23 janvier 1871.<em> Bismarck et son temps<\/em> (1905), Paul Matter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jules Favre propose 100\u00a0millions, ses coll\u00e8gues ont fix\u00e9 la limite \u00e0 500, l\u2019indemnit\u00e9 de guerre sera finalement de 200\u00a0millions pour Paris, et cinq\u00a0milliards de francs or pour l\u2019ensemble de la France, au lieu de six, Thiers ayant n\u00e9goci\u00e9 en bon bourgeois.<\/p>\n<p>Le pays s\u2019acquittera de cette dette consid\u00e9rable d\u00e8s 1873, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emprunt et \u00e0 l\u2019empressement des souscripteurs, les troupes allemandes \u00e9vacuant alors le territoire.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la clause la plus humiliante d\u2019un armistice que la capitale va refuser de toutes ses forces bient\u00f4t combattantes et de nouveau r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plus de rois, plus de ma\u00eetres, plus de chefs impos\u00e9s, mais des agents constamment responsables et r\u00e9vocables \u00e0 tous les degr\u00e9s du pouvoir.\u00a0\u00bb<span id=\"2359\" class=\"cit-num\">2359<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">F\u00e9d\u00e9ration des bataillons de la garde nationale, Serment du 10\u00a0mars 1871.<em> Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette F\u00e9d\u00e9ration, nouveau pouvoir surgi lors des \u00e9lections de f\u00e9vrier, jaillit spontan\u00e9ment du peuple, ouvriers, artisans, petits bourgeois confondus, unis dans le m\u00eame amour de la patrie et de la R\u00e9publique. Ils rejettent le suffrage universel qui a fait l\u2019Assembl\u00e9e telle qu\u2019elle est, ils revendiquent la d\u00e9mocratie directe. Voil\u00e0 tout ce que redoutent la France profonde et l\u2019Assembl\u00e9e nationale, qui se rappellent la Terreur de 1793 et les d\u00e9sordres de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au nom du peuple, la Commune est proclam\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2363\" class=\"cit-num\">2363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">RANVIER<\/span> (1828-1879), place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, D\u00e9claration du 28\u00a0mars 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ranvier est maire de Belleville, ouvrier peintre d\u00e9corateur, et disciple de Blanqui, l\u2019\u00e9ternel insurg\u00e9. Les \u00e9lections municipales du 26\u00a0mars n\u2019ont mobilis\u00e9 que la moiti\u00e9 des Parisiens (230\u00a0000 votants), tr\u00e8s majoritairement de gauche, beaucoup de gens des beaux quartiers ayant fui la capitale\u00a0: 18 \u00e9lus \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb refuseront de si\u00e9ger \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des 72 r\u00e9volutionnaires, jacobins, proudhoniens, blanquistes, socialistes, internationaux.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est cette Commune\u00a0? Un conseil municipal de gauche, un contre-gouvernement \u00e9lu, provisoire et rival de celui de Versailles, un exemple devant servir de mod\u00e8le \u00e0 la France\u00a0? La Commune se veut tout \u00e0 la fois, mais ne vivra pas deux mois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une guerre sans tr\u00eave ni piti\u00e9 que je d\u00e9clare \u00e0 ces assassins.\u00a0\u00bb<span id=\"2366\" class=\"cit-num\">2366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Galliffet a fait fusiller sans jugement cinq F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers. \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00fb faire un exemple ce matin\u00a0; je d\u00e9sire ne pas \u00eatre r\u00e9duit de nouveau \u00e0 une pareille extr\u00e9mit\u00e9. N\u2019oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par cons\u00e9quent sont \u00e0 Versailles et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et non pas avec la grotesque assembl\u00e9e de Paris, qui s\u2019intitule Commune.\u00a0\u00bb Sa f\u00e9rocit\u00e9 lui vaudra le surnom de \u00ab\u00a0Marquis aux talons rouges\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0massacreur de la Commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019\u00e0 Paris, les clubs r\u00e9clament la Terreur, veulent \u00ab\u00a0faire tomber cent mille t\u00eates\u00a0\u00bb, r\u00e9tablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en br\u00fblant une guillotine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre d\u2019une insurrection populaire, c\u2019est que, personne n\u2019ob\u00e9issant \u00e0 personne, les passions m\u00e9chantes y sont libres autant que les passions g\u00e9n\u00e9reuses, et que les h\u00e9ros n\u2019y peuvent contenir les assassins.\u00a0\u00bb<span id=\"2386\" class=\"cit-num\">2386<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), <em>Les Origines de la France contemporaine, 1871, la Commune<\/em> (1876-1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Taine promeut l\u2019histoire \u00ab\u00a0scientiste\u00a0\u00bb. Les \u00e9v\u00e9nements sont d\u00e9termin\u00e9s par des lois et l\u2019histoire m\u00e9rite le statut de science exacte. Cette citation le prouve, appliqu\u00e9e au cas particulier de la Commune dont il est t\u00e9moin. Il tenta d\u2019en chercher les causes.<\/p>\n<p>Elles sont naturellement multiples et les historiens d\u2019aujourd\u2019hui en d\u00e9battent encore.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le tirailleur s\u00e9n\u00e9galais est un merveilleux mercenaire, puisqu\u2019il a la vraie qualit\u00e9 du soldat, celle qui prime tout\u00a0: l\u2019aptitude \u00e0 se faire tuer.\u00a0\u00bb<span id=\"2401\" class=\"cit-num\">2401<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 25 d\u00e9cembre 1910. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut d\u00e9battre \u00e0 l\u2019infini du colonialisme et les historiens ne s\u2019en privent pas. Au nom du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, qui s\u2019impose apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, on intente un proc\u00e8s aux peuples et aux responsables politiques jadis coupables de ce\u00a0\u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb. C\u2019est p\u00e9cher par anachronisme et ignorer les r\u00e9alit\u00e9s de temps heureusement r\u00e9volus.<\/p>\n<p>Cela dit, la lecture du grand quotidien alg\u00e9rien (r\u00e9dig\u00e9 en fran\u00e7ais) montre plus clairement que de longs discours l\u2019inhumanit\u00e9 du colonialisme et le racisme inh\u00e9rent\u00a0!<\/p>\n<p>Le corps des Tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais est cr\u00e9\u00e9 en 1857 par Louis Faidherbe, gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">AOF<\/span> (Afrique de l\u2019Ouest Fran\u00e7aise). Ces unit\u00e9s de combat indig\u00e8nes doivent pallier l\u2019insuffisance des effectifs venant de m\u00e9tropole. Les r\u00e9giments sont constitu\u00e9s d\u2019esclaves affranchis (rachet\u00e9s par les Fran\u00e7ais \u00e0 leurs maitres africains), mais aussi de prisonniers de guerre, et de volontaires. Les Tirailleurs dits s\u00e9n\u00e9galais viennent de toutes les colonies fran\u00e7aises d\u2019Afrique. Apr\u00e8s 1905, ils deviennent indispensables\u00a0: forces de police sur l\u2019immense territoire africain sous administration fran\u00e7aise et intervention lors des r\u00e9voltes sporadiques (en Mauritanie, au Maroc), ils serviront, dans la Premi\u00e8re Guerre Mondiale, \u00e0 renforcer les troupes sur le front lorrain. Beaucoup de g\u00e9n\u00e9raux fran\u00e7ais entreront dans la carri\u00e8re comme officiers dans les Tirailleurs \u2013 Joffre, Gallieni, Marchand, Gouraud, ou encore le g\u00e9n\u00e9ral Mangin. Il \u00e9crit La Force Noire, faisant l\u2019apologie de ces troupes africaines, avec des arguments racistes\u00a0: les Africains, dot\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me nerveux moins d\u00e9velopp\u00e9, sont moins sensibles \u00e0 la douleur.<\/p>\n<p>Sur les 212 000 Africains fran\u00e7ais engag\u00e9s, on comptera 163 000 combattants en France, et 30 000 morts \u2013 naturellement ni plus ni moins aptes \u00e0 se faire tuer que les Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 mesure que l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique devenait un fait plus certain, c\u2019est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale qui heurtait le plus les esprits.\u00a0\u00bb<span id=\"2405\" class=\"cit-num\">2405<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> Histoire socialiste<\/em> (1789-1900), volume 4, La Convention (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le type m\u00eame de l\u2019historien engag\u00e9, toujours au service de ses convictions politiques et jusqu\u2019\u00e0 ce que mort s\u2019ensuive, \u00e0 la veille de la guerre.<\/p>\n<p>Le plus jeune d\u00e9put\u00e9 de France \u00e9lu en 1885, d\u00e9put\u00e9 de Carmaux en 1893, tr\u00e8s actif au sein du Parti socialiste unifi\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1905 (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>), il m\u00e8ne toutes les grandes batailles socialistes du temps. Sans exclure le recours \u00e0 la force insurrectionnelle, au nom d\u2019un socialisme lib\u00e9ral et d\u00e9mocratique, il pr\u00e9f\u00e8re la solution d\u2019un prol\u00e9tariat assez fort pour transformer la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine en une d\u00e9mocratie socialiste.<\/p>\n<p>Dans cette<em> Histoire socialiste<\/em> qu\u2019il a entreprise et dirig\u00e9e, Jaur\u00e8s s\u2019est r\u00e9serv\u00e9 toute la partie correspondant \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise (les 4 premiers volumes) et le bilan social du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle (fin du volume 12), ainsi que le d\u00e9but du volume 11, consacr\u00e9 \u00e0 la Guerre franco-allemande de 1870-1871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avez-vous une monarchie \u00e0 me proposer\u00a0?\u00a0\u00bb<span id=\"2414\" class=\"cit-num\">2414<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, juin\u00a01871.<em> Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0chef du pouvoir ex\u00e9cutif de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb (r\u00e9gime toujours provisoire) s\u2019adresse aux monarchistes, majoritaires \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, mais divis\u00e9s entre l\u00e9gitimistes (pour le comte de Chambord, petit-fils de Charles X) et orl\u00e9anistes (pour le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe). Fort de son prestige qui lui vient de l\u2019\u00e9crasement de la Commune, Thiers veut imposer la R\u00e9publique au pays, et s\u2019imposer lui-m\u00eame en Pr\u00e9sident.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u le drapeau blanc comme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, du vieux roi mon a\u00efeul. Il a flott\u00e9 sur mon berceau, je veux qu\u2019il ombrage ma tombe\u00a0!\u00a0\u00bb<span id=\"2417\" class=\"cit-num\">2417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), Manifeste du 5\u00a0juillet 1871, \u00e0 Chambord. <em>La Droite en France, de la premi\u00e8re Restauration \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1963), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ren\u00e9 R\u00e9mond, historien du <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, renouvelle sa discipline d\u00e9sormais ouverte \u00e0 la science politique. Il se sp\u00e9cialise dans une typologie des \u00ab\u00a0Droites en France\u00a0\u00bb, trois familles ennemies qui ont h\u00e9rit\u00e9 des conflits du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle\u00a0: bonapartiste, orl\u00e9aniste, l\u00e9gitimiste \u2013 incarn\u00e9e par le comte de Chambord.<\/p>\n<p>Henri de Bourbon, comte de Charmbord, se fait appeler Henri\u00a0V et se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France. On frappe des monnaies \u00e0 son effigie, on construit des carrosses pour son entr\u00e9e \u00e0 Paris\u2026 Les deux partis, l\u00e9gitimistes et bonapartistes, se sont en effet mis d\u2019accord sur son nom, et sa plus grande l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce discours, il renie le drapeau tricolore. Certains de ses partisans, scandalis\u00e9s, en deviennent r\u00e9publicains\u00a0! L\u2019\u00ab\u00a0Affaire du drapeau\u00a0\u00bb sert la strat\u00e9gie politicienne de Thiers qui pavoise devant tant de maladresse. Il dit m\u00eame que le pr\u00e9tendant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0appel\u00e9 le Washington fran\u00e7ais, car il a fond\u00e9 la r\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette attitude s\u2019explique\u00a0: le comte de Chambord a v\u00e9cu quarante ans en exil, dont trente dans un ch\u00e2teau coup\u00e9 du monde, entour\u00e9 d\u2019une petite cour d\u2019\u00e9migr\u00e9s aristocrates, assur\u00e9ment plus royalistes que le roi, comme tant de courtisans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0M.\u00a0L\u00e9on Say ayant dit un jour \u00e0 M. M\u00e9line\u00a0: \u00ab\u00a0Le protectionnisme, c\u2019est le socialisme des riches\u00a0\u00bb, M.\u00a0M\u00e9line, piqu\u00e9, r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Le libre-\u00e9change, c\u2019est l\u2019anarchisme des millionnaires\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<span id=\"2501\" class=\"cit-num\">2501<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume 1, La Constituante (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 11\u00a0janvier\u00a01892, institution du double tarif douanier, dit tarif M\u00e9line. Jules M\u00e9line, ex- et futur ministre de l\u2019Agriculture, cr\u00e9ateur du M\u00e9rite agricole, est l\u2019un des instigateurs de la politique protectionniste, combattue par L\u00e9on Say (ex-ministre des Finances et partisan du libre-\u00e9change, comme son c\u00e9l\u00e8bre grand-p\u00e8re, l\u2019\u00e9conomiste Jean-Baptiste Say), mais voulue par les forces vives du pays\u00a0: les industriels pour lutter contre la d\u00e9pression \u00e9conomique\u00a0; les ouvriers dont l\u2019emploi est menac\u00e9 par les importations\u00a0; les paysans\u00a0souffrant de la crise agricole et craignant pour leur bl\u00e9 la concurrence des pays neufs\u00a0; les viticulteurs atteints par le phyllox\u00e9ra, \u00e9galement menac\u00e9s par les vins \u00e9trangers. Cette mesure n\u2019est pas sans arri\u00e8re-pens\u00e9e politique. Les opportunistes (r\u00e9publicains) au pouvoir se pr\u00e9parent aux \u00e9lections de 1893, se faisant appeler \u00ab\u00a0progressistes\u00a0\u00bb et devenus en fait des conservateurs redoutant la mont\u00e9e socialiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire reposer [\u2026] en face de cette ligne bleue des Vosges d\u2019o\u00f9 monte jusqu\u2019\u00e0 mon c\u0153ur fid\u00e8le la plainte des vaincus.\u00a0\u00bb<span id=\"2508\" class=\"cit-num\">2508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), <em>Testament<\/em>.<em> Jules Ferry<\/em> (1903), Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mort le 17\u00a0mars\u00a01893, il reste dans l\u2019histoire pour sa politique scolaire, mais aussi coloniale. Ses derniers mots prouvent qu\u2019il n\u2019oubliait pas l\u2019Alsace et la Lorraine perdues, alors m\u00eame qu\u2019il lan\u00e7ait la France \u00e0 la conqu\u00eate de la Tunisie et du Tonkin (Indochine, nord du Vietnam).<\/p>\n<p>Mal compris, Ferry a pu voir relanc\u00e9e, \u00e0 la fin de sa vie, une nouvelle colonisation prise en main par des politiques, des militaires, des hommes d\u2019affaires\u00a0: Indochine, Madagascar, Afrique noire, Maroc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9vision du proc\u00e8s de Dreyfus serait la fin de la France.\u00a0\u00bb<span id=\"2520\" class=\"cit-num\">2520<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), 1er mai 1898. <em>Dictionnaire de la b\u00eatise et des erreurs de jugement<\/em> (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 souvent et \u00e0 juste titre pour son humour cinglant, Rochefort s\u2019impose aussi en pol\u00e9miste antidreyfusard. Son journal, <em>l\u2019Intransigeant<\/em>, d\u00e9nonce le syndicat des dreyfusards et soutient le camp des antidreyfusards, tr\u00e8s majoritaires, mais plus ou moins militants.<\/p>\n<p>Parmi les intellectuels, Charles Maurras se distingue. Lui aussi met en avant l\u2019honneur de l\u2019arm\u00e9e, mais il rejoint en 1900 l\u2019Action fran\u00e7aise (mouvement cr\u00e9\u00e9 en juillet 1899), pour d\u00e9fendre le pays contre les juifs, les francs-ma\u00e7ons, les protestants et les \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e8ques\u00a0\u00bb. Th\u00e9oricien du \u00ab\u00a0nationalisme int\u00e9gral\u00a0\u00bb, il \u00e9crit en d\u00e9cembre 1898 \u00e0 Barr\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0Le parti de Dreyfus m\u00e9riterait qu\u2019on le fusill\u00e2t tout entier comme insurg\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Ligue de la Patrie fran\u00e7aise, plus mod\u00e9r\u00e9e, r\u00e9unit nombre d\u2019\u00e9crivains et acad\u00e9miciens, joints \u00e0 des artistes et des mondains\u00a0: Maurice Barr\u00e8s, Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, Jules Lema\u00eetre et Paul Bourget, les peintres Degas et Renoir, les dessinateurs Forain et Caran d\u2019Ache, le compositeur Vincent d\u2019Indy.<\/p>\n<p>La Ligue des patriotes, cr\u00e9\u00e9e par Paul D\u00e9roul\u00e8de en 1882 (pour la revanche, contre l\u2019Allemagne), rassemble la majorit\u00e9 des nationalistes antidreyfusards. D\u00e9roul\u00e8de croit Dreyfus innocent, mais l\u2019honneur de la patrie et de l\u2019arm\u00e9e passe avant tout. La justice militaire qui doit faire autorit\u00e9 ne peut donc \u00eatre remise en cause. La Ligue atteindra 300 000 membres, mais dispara\u00eet en 1905.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019officiers sont antidreyfusards par esprit de corps et trois hommes politiques c\u00e9l\u00e8bres se d\u00e9clarent contre la r\u00e9vision du proc\u00e8s\u00a0: Cavaignac, ministre de la Guerre, qui s\u2019opposera \u00e0 la seconde r\u00e9vision r\u00e9clam\u00e9e par Jaur\u00e8s\u00a0; F\u00e9lix Faure, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique durant la p\u00e9riode o\u00f9 la r\u00e9vision est refus\u00e9e\u00a0; enfin, Jules M\u00e9line, le pr\u00e9sident du Conseil qui s\u2019y oppose \u00e9galement. Mais en juin 1899, la Cour de cassation annulera la condamnation de Dreyfus.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un peu d\u2019internationalisme \u00e9carte de la patrie, beaucoup d\u2019internationalisme y ram\u00e8ne.\u00a0\u00bb<span id=\"2539\" class=\"cit-num\">2539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour lui, le socialisme ne s\u2019oppose pas au patriotisme et peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un enrichissement de l\u2019internationalisme. Il se distingue en cela de Marx pour qui \u00ab\u00a0les ouvriers n\u2019ont pas de patrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 socialiste de Carmaux en 1893, Jaur\u00e8s adh\u00e8re au parti ouvrier fran\u00e7ais de Jules Guesde, avant de devenir l\u2019un des chefs de la Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re (<span class=\"caps\">SFIO<\/span>), appel\u00e9e aussi Parti socialiste unifi\u00e9, pour rappeler \u00e0 la fois le socialisme et l\u2019unification des courants jadis dispers\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement par la force des choses que s\u2019accomplira la R\u00e9volution sociale. C\u2019est par la force des hommes.\u00a0\u00bb<span id=\"2548\" class=\"cit-num\">2548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume 1, La Constituante (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jaur\u00e8s s\u2019est inclin\u00e9 devant la loi du parti socialiste\u00a0: pas de participation au gouvernement \u2013 et des hommes comme lui manqueront \u00e0 la R\u00e9publique radicale. C\u2019est donc en d\u00e9put\u00e9 d\u2019opposition qu\u2019il m\u00e8ne les grands combats pour les lois ouvri\u00e8res. Sans \u00e9carter le recours \u00e0 la force insurrectionnelle (ce que veut la <span class=\"caps\">CGT<\/span>), il croit que la r\u00e9volution sociale peut et doit passer par une \u00e9volution de la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine en d\u00e9mocratie socialiste. Le renforcement de la classe ouvri\u00e8re en est la condition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le capitalisme n\u2019est pas \u00e9ternel, et en suscitant un prol\u00e9tariat toujours plus vaste et plus group\u00e9, il pr\u00e9pare lui-m\u00eame la force qui le remplacera.\u00a0\u00bb<span id=\"2557\" class=\"cit-num\">2557<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914), <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em> (1911)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Id\u00e9e-force dans la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s, tr\u00e8s sensible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en train de se faire sous ses yeux.<\/p>\n<p>Il parle aussi en historien visionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouvrier n\u2019est plus l\u2019ouvrier d\u2019un village ou d\u2019un bourg [\u2026] Il est une force de travail sur le vaste march\u00e9, associ\u00e9 \u00e0 des forces m\u00e9caniques colossales et exigeantes [\u2026] Par sa mobilit\u00e9 ardente et brutale, par sa fougue r\u00e9volutionnaire du profit, le capitalisme a fait entrer jusque dans les fibres, jusque dans la chair de la classe ouvri\u00e8re, la loi de la grande production moderne, le rythme ample, rapide du travail toujours transform\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre fait scandale. L\u2019auteur suscite des haines au sein de la droite nationaliste. Il en mourra, assassin\u00e9 trois ans plus tard.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/world_war_1_headlines_r01.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"500\" height=\"316\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la plus monumentale \u00e2nerie que le monde ait jamais faite.\u00a0\u00bb<span id=\"2570\" class=\"cit-num\">2570<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LYAUTEY<\/span> (1854-1934). <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1952), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au d\u00e9clenchement de la Premi\u00e8re guerre mondiale, Lyautey ose dire la v\u00e9rit\u00e9. R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, charg\u00e9 de la pacification du pays rendue alors plus difficile encore, il sera ministre de la Guerre quelques mois, dans le cabinet Briand. Par le jeu des alliances, des int\u00e9r\u00eats et des d\u00e9clarations de guerre \u00e9chelonn\u00e9es sur trois ans, la guerre va devenir europ\u00e9enne, toucher l\u2019Afrique et l\u2019Asie, et, avec la participation des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique en 1917, se transformer en guerre mondiale pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire. 65\u00a0millions de soldats s\u2019affronteront dans ce qu\u2019on appelle la Grande Guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre\u00a0! C\u2019est une chose trop grave pour la confier \u00e0 des militaires.\u00a0\u00bb<span id=\"2579\" class=\"cit-num\">2579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929). <em>Soixante Ann\u00e9es d\u2019histoire fran\u00e7aise\u00a0: Clemenceau<\/em> (1932), Georges Suarez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suarez sera le premier journaliste condamn\u00e9 \u00e0 mort et fusill\u00e9 lors de l\u2019\u00e9puration, en 1940. Pacifiste dans l\u2019entre-deux-guerres, il oscille entre la gauche et la droite, cosignant quatre livres avec Joseph Kessel, publiant des textes de Romain Gary, se passionnant pour Aristide Briand et Georges Clemenceau, avant de devenir germanophile, collaborationniste et biographe de P\u00e9tain.<\/p>\n<p>Clemenceau, \u00e2g\u00e9 de 76\u00a0ans, est appel\u00e9 en dernier recours \u00e0 la t\u00eate du gouvernement par le pr\u00e9sident Poincar\u00e9 (16\u00a0novembre 1917).<\/p>\n<p>Jusque-l\u00e0, le Tigre s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, accablant de sarcasmes les chefs civils et militaires. D\u00e9sormais, plus question de laisser carte blanche au g\u00e9n\u00e9ral en chef\u00a0! \u00c0 la t\u00eate d\u2019une France fatigu\u00e9e, divis\u00e9e, \u00e0 bout de nerfs et de guerre, et devenue d\u00e9faitiste par lassitude, il saura imposer son autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e comme au pays et m\u00e9ritera son nouveau surnom de P\u00e8re la Victoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Allemagne paiera.\u00a0\u00bb<span id=\"2635\" class=\"cit-num\">2635<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Axiome lanc\u00e9 apr\u00e8s la Grande Guerre. <em>Histoire de l\u2019Europe au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: de 1918 \u00e0 1945<\/em> (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Bloc national a fond\u00e9 sa campagne sur ce slogan, pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 16\u00a0novembre 1919. C\u2019est aussi la r\u00e9ponse de Clemenceau, chef du gouvernement, interpell\u00e9 sur les difficult\u00e9s de la reconstruction. Et la confirmation de Klotz, son ministre des Finances\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne paiera.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Et jusqu\u2019au dernier penny\u00a0!\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit Lloyd George, le Premier ministre anglais, pouss\u00e9 par son opinion publique.<\/p>\n<p>L\u2019Allemagne paiera, oui, mais mal\u00a0: le paiement de la dette est un long et d\u00e9cevant feuilleton. En 1921, le montant des r\u00e9parations, apr\u00e8s discussions, est fix\u00e9 \u00e0 85,8\u00a0milliards de francs (pour la France). L\u2019Allemagne ne paiera que 5\u00a0milliards \u2013 \u00e9tal\u00e9s dans le temps. Le pr\u00e9sident Hoover impose un moratoire de la dette allemande en 1932, soucieux de sauvegarder le pouvoir d\u2019achat d\u2019un bon client, et de pr\u00e9venir toute tentation communiste de sa part.<\/p>\n<p>Mais l\u2019axiome va justifier les prodigalit\u00e9s financi\u00e8res du Bloc national issu des \u00e9lections. Comptant sur ces r\u00e9parations, l\u2019\u00c9tat multiplie les d\u00e9penses publiques, et les finance par l\u2019emprunt au lieu de l\u2019imp\u00f4t. L\u2019accroissement consid\u00e9rable de la dette publique et de la monnaie en circulation engendre l\u2019inflation\u00a0: prix multipli\u00e9s par 6,5 de 1914 \u00e0 1928\u00a0! Le franc Poincar\u00e9 sauvera heureusement les finances, et l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit, apr\u00e8s avoir toujours pli\u00e9, tout subi, tout encaiss\u00e9 en silence, d\u2019oser enfin se redresser. Se tenir debout. Prendre la parole \u00e0 son tour. Se sentir des hommes pendant quelques jours\u2026 Cette gr\u00e8ve est en elle-m\u00eame une joie.\u00a0\u00bb<span id=\"2678\" class=\"cit-num\">2678<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simone Weil (1909-1943), <em>La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/em>, 10\u00a0juin 1936. <em>Histoire de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1963), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Agr\u00e9g\u00e9e de philosophie, ouvri\u00e8re chez Renault un an avant, pour \u00eatre au contact du r\u00e9el, elle \u00e9crit son article sous le pseudonyme de\u00a0Simone Galois.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9e de justice, mystique d\u2019inspiration chr\u00e9tienne quoique n\u00e9e juive, toujours contre la force et du c\u00f4t\u00e9 des faibles, des vaincus et des opprim\u00e9s, la jeune femme vibre \u00e0 cette aventure et \u2013 comme elle le fera jusqu\u2019\u00e0 sa mort, \u00e0 34\u00a0ans \u2013 participe pleinement\u00a0: \u00ab\u00a0Joie de vivre parmi ces machines muettes, au rythme de la vie humaine. Bien s\u00fbr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. Mais on n\u2019y pense pas, on est comme des soldats en permission pendant la guerre. Joie de p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019usine avec l\u2019autorisation souriante d\u2019un ouvrier. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d\u2019accueil fraternel. Joie de parcourir ces ateliers o\u00f9 on \u00e9tait riv\u00e9 sur sa machine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous comprenez, c\u2019est comme s\u2019ils [les ouvriers] avaient \u00e9t\u00e9 au tombeau jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Ils ont soulev\u00e9 la pierre tombale et ils voient enfin la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<span id=\"2679\" class=\"cit-num\">2679<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">T\u00e9moignage d\u2019un dirigeant de la <span class=\"caps\">CGT<\/span>. <em>Histoire de la France\u00a0: les temps nouveaux, de 1852 \u00e0 nos jours<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019innombrables t\u00e9moignages concordent, sur ces \u00ab\u00a0gr\u00e8ves de la joie\u00a0\u00bb\u00a0: mai 36, comme Mai\u00a068, c\u2019est d\u2019abord une f\u00eate, un \u00ab\u00a0happening\u00a0\u00bb. En juin, plus de 12\u00a0000 gr\u00e8ves toucheront pr\u00e8s de 2\u00a0millions d\u2019ouvriers \u2013 le secteur public ne sera cependant pas concern\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France et l\u2019Angleterre doivent d\u00e9sormais r\u00e9sister \u00e0 toute nouvelle exigence de Hitler.\u00a0\u00bb<span id=\"2702\" class=\"cit-num\">2702<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Avis de 70\u00a0% des Fran\u00e7ais, selon un sondage de d\u00e9cembre\u00a01938.<em> Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (2003), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier fait, de nature politique\u00a0: le revirement de l\u2019opinion publique. En septembre, 57\u00a0% des Fran\u00e7ais \u00e9taient encore favorables aux accords de Munich. Mais la mont\u00e9e de l\u2019hitl\u00e9risme est mieux saisie, et la bourgeoisie a moins peur de la r\u00e9volution, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec syndical de la <span class=\"caps\">CGT<\/span> (mot d\u2019ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale non suivi, en novembre).<\/p>\n<p>Autre fait, de soci\u00e9t\u00e9\u00a0: l\u2019apparition des sondages d\u2019opinion publique en France \u2013 n\u00e9s aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, fin 1936, \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un journaliste et statisticien, George Horace Gallup, fondateur de l\u2019institut portant son nom. D\u2019ao\u00fbt\u00a01938 \u00e0 juillet\u00a01939, il y a pr\u00e8s de trente sondages sur l\u2019opinion face aux probl\u00e8mes ext\u00e9rieurs\u00a0: une source d\u2019information devenue indispensable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie de papa est morte. Si on ne le comprend pas, on mourra avec elle.\u00a0\u00bb<span id=\"2984\" class=\"cit-num\">2984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration \u00e0 Pierre Laffont, directeur de <em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 29\u00a0avril 1959. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean Lacouture, journaliste engag\u00e9 et grand reporter, est l\u2019un de nos meilleurs biographes contemporains (pour de Gaulle qu\u2019il a d\u2019abord combattu, Mitterrand qu\u2019il a toujours admir\u00e9). On retrouve l\u2019esprit des chroniqueurs du Moyen \u00c2ge qui nous donnaient \u00e0 voir et entendre Saint-Louis, Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>\u2026 de mani\u00e8re vivante et jamais hagiographique.<\/p>\n<p>De Gaulle a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 au pouvoir pour r\u00e9gler le probl\u00e8me alg\u00e9rien et en finir avec cette guerre qui ne dit pas son nom. Mais que sera l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019avenir\u00a0? Le pr\u00e9sident est trop pragmatique, l\u2019Alg\u00e9rie trop d\u00e9chir\u00e9e par la guerre et les \u00e9v\u00e9nements trop incertains pour que soit fix\u00e9e une ligne politique. De Gaulle attend la mi-septembre pour lancer le mot, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0autod\u00e9termination\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 trois solutions possibles\u00a0: s\u00e9cession pure et simple, francisation compl\u00e8te dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, \u00ab\u00a0de Dunkerque \u00e0 Tamanrasset\u00a0\u00bb, ou gouvernement des Alg\u00e9riens par les Alg\u00e9riens en union \u00e9troite avec la France. En France, la droite qui veut l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise commence \u00e0 se diviser\u00a0; en Alg\u00e9rie, le <span class=\"caps\">GPRA<\/span> veut des n\u00e9gociations pr\u00e9alables et l\u2019arm\u00e9e va vivre bien des d\u00e9chirements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, Zola deviendrait l\u00e9gion, et quotidien J\u2019accuse.\u00a0\u00bb<span id=\"2994\" class=\"cit-num\">2994<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">DUBY<\/span> (1919-1996), <em>Histoire de la France<\/em> (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion au combat de Zola dans l\u2019affaire Dreyfus, et \u00e0 son c\u00e9l\u00e8bre article dans<em> L\u2019Aurore<\/em> du 13\u00a0janvier 1898. Nombre d\u2019intellectuels de gauche se sont politiquement engag\u00e9s dans l\u2019affaire alg\u00e9rienne. Exemple\u00a0: le \u00ab\u00a0Manifeste des 121\u00a0\u00bb, sign\u00e9 par des professeurs et des \u00e9crivains, des artistes et des com\u00e9diens, publi\u00e9 le 6\u00a0septembre 1960, d\u00e9non\u00e7ant la torture en Alg\u00e9rie et r\u00e9clamant le \u00ab\u00a0droit \u00e0 l\u2019insoumission\u00a0\u00bb. C\u2019est une fa\u00e7on de soutenir le r\u00e9seau Jeanson, d\u00e9mantel\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, dont le proc\u00e8s commence, devant le tribunal des forces arm\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi ou le chaos.\u00a0\u00bb<span id=\"3026\" class=\"cit-num\">3026<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), r\u00e9sum\u00e9 lapidaire de la d\u00e9claration du 4\u00a0novembre 1965. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 1958-1974<\/em> (1999), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux historiens contemporains co\u00e9crivent une page d\u2019histoire contemporaine. Exercice toujours tentant, mais de plus en plus difficile. De Gaulle reste quand m\u00eame le dernier personnage litt\u00e9ralement historique de notre R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident annonce enfin sa candidature, disant qu\u2019en cas d\u2019\u00e9chec \u00ab\u00a0personne ne peut douter que [la r\u00e9publique nouvelle] s\u2019\u00e9croulera aussit\u00f4t et que la France devra subir, cette fois sans recours possible, une confusion de l\u2019\u00c9tat plus d\u00e9sastreuse encore que celle qu\u2019elle connut autrefois\u00a0\u00bb.<br>On reprochera au fondateur du r\u00e9gime de croire si peu \u00e0 sa construction qu\u2019elle tienne \u00e0 ce point \u00e0 un homme\u00a0! <em>L\u2019Express<\/em>, contre de Gaulle candidat, titre\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle \u00e0 vie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De Gaulle, s\u00fbr de son succ\u00e8s, ne se donne m\u00eame pas la peine de courtiser la France, d\u00e9daignant son temps de parole \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ne croyant pas les deux grands instituts de sondage (<span class=\"caps\">IFOP<\/span> et Sofres) qui assurent que rien n\u2019est gagn\u00e9 pour lui.<br>Le suspense est \u00e0 son comble \u2013 on doit \u00e0 de Gaulle ce fait constitutionnel qui a chang\u00e9 la vie politique en France\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u201cOui\u201d \u00e0 la majorit\u00e9, \u201cmais\u201d avec la ferme volont\u00e9 de peser sur ses orientations.\u00a0\u00bb<span id=\"3033\" class=\"cit-num\">3033<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), conf\u00e9rence de presse, 10\u00a0janvier 1967. <em>Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur d\u2019histoire, auteur prolifique et \u00e9clectique, Michel Winock r\u00e9pond \u00e0 l\u2019attente d\u2019un public toujours curieux et lecteur pour ces essais en forme de Chronique. Les citations bien choisies sont bienvenues.<\/p>\n<p>Le fameux \u00ab\u00a0Oui, mais\u2026\u00a0\u00bb pr\u00e9cise le r\u00f4le des r\u00e9publicains ind\u00e9pendants (35 d\u00e9put\u00e9s) au sein de la majorit\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections l\u00e9gislatives de mars\u00a01967. \u00ab\u00a0Notre mais n\u2019est pas une contradiction, mais une addition [\u2026] dans trois directions\u00a0: celle d\u2019un fonctionnement plus lib\u00e9ral des institutions, celle de la mise en \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable politique \u00e9conomique et sociale moderne, celle de la construction de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Professeurs, vous \u00eates vieux, votre culture aussi.<span id=\"3040\" class=\"cit-num\">3040<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan, murs de Nanterre, 22\u00a0mars 1968. <em>G\u00e9n\u00e9ration<\/em>, tome\u00a0I, <em>Les Ann\u00e9es de r\u00eave<\/em> (1987), Herv\u00e9 Hamon, Patrick Rotman<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce roman vrai est l\u2019un des meilleurs r\u00e9cits de Mai\u00a068 et donne tous les slogans qui en sont n\u00e9s. Le m\u00eame duo d\u2019historiens journalistes publiera avec succ\u00e8s <em>G\u00e9n\u00e9ration<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Ann\u00e9es de poudre<\/em> (1988).<\/p>\n<p>Le Mouvement du 22\u00a0mars est cr\u00e9\u00e9\u00a0: mouvance sans programme, sans hi\u00e9rarchie, mais avec beaucoup de leaders tenant leur autorit\u00e9 de leur force de persuasion, de leur imagination. Premi\u00e8re vedette, Daniel Cohn-Bendit, \u00e9tudiant en sociologie, de nationalit\u00e9 allemande (par choix), n\u00e9 en France de parents juifs r\u00e9fugi\u00e9s pendant la guerre. Dany le Rouge (surnom qu\u2019il doit \u00e0 ses cheveux roux, comme \u00e0 son gauchisme militant) est dou\u00e9 \u00e0 23\u00a0ans d\u2019un charisme qui le rend tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s des \u00e9tudiants, et redout\u00e9, voire d\u00e9test\u00e9 dans l\u2019autre camp \u2013 avant de devenir Dany le Vert, dans la liste Europe \u00c9cologie, avec une belle cote de popularit\u00e9 aupr\u00e8s des Fran\u00e7ais. Pour l\u2019heure, \u00e0 Nanterre, il f\u00e9d\u00e8re les groupuscules depuis quelques mois et figure sur la liste noire des \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>Le doyen Grappin, devant l\u2019agitation, ferme l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019au 1er\u00a0avril.<\/p>\n<p>Avril \u00e0 Paris\u00a0: la Sorbonne ronronne, les \u00e9tudiants \u00e9tudient, les professeurs professent, l\u2019agitation est retomb\u00e9e \u00e0 l\u2019approche des examens. Mais le 2\u00a0mai, nouvelle fermeture de Nanterre, <em>sine die.<\/em> Le mois de mai va \u00eatre r\u00e9volutionnaire. Le pouvoir gaulliste en sera \u00e9branl\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici qu\u2019\u00e0 l\u2019avant-veille de la Pentec\u00f4te, un bruit devenu vite tapage, puis clameur, retentit d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays\u00a0: l\u2019essence est revenue. La r\u00e9volution est finie\u00a0; les gr\u00e8ves vont cesser\u00a0; le temps est doux\u00a0; la mer, la campagne, la montagne nous appellent pour le long week-end [\u2026] C\u2019est la d\u00e9mobilisation g\u00e9n\u00e9rale.\u00a0\u00bb<span id=\"3077\" class=\"cit-num\">3077<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">VIANSSON<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PONT\u00c9<\/span> (1920-1979),<em> Histoire de la R\u00e9publique gaullienne<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> (1971)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le journalisme m\u00e8ne \u00e0 tout et la biographie de ce grand patron du Monde, passionn\u00e9 de politique comme d\u2019autre de th\u00e9\u00e2tre, comporte quelques titres d\u2019histoire contemporaine consacr\u00e9s au gaullisme (qu\u2019il a r\u00e9guli\u00e8rement combattu).\u00a0<\/p>\n<p>Le travail reprend progressivement, apr\u00e8s les f\u00eates de la Pentec\u00f4te. Le gouvernement Pompidou est remani\u00e9 pour \u00e9carter momentan\u00e9ment les ministres trop expos\u00e9s dans les \u00e9v\u00e9nements (\u00c9ducation nationale, Jeunesse, Information, Int\u00e9rieur, Affaires sociales). Et on pr\u00e9pare les \u00e9lections.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est bonnet blanc et blanc bonnet.\u00a0\u00bb<span id=\"3111\" class=\"cit-num\">3111<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">DUCLOS<\/span> (1896-1975), candidat communiste \u00e0 la pr\u00e9sidence, juin\u00a01969. <em>Histoire des pr\u00e9sidentielles<\/em> (2008), Olivier Duhamel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Olivier Duhamel, historien politologue, fait une carri\u00e8re \u00e0 la fois universitaire et \u00e9ditoriale, politique et m\u00e9diatique. Il est \u00e9galement avocat.<\/p>\n<p>Le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti communiste a obtenu un bon score, plus de 21\u00a0% des voix. Il parle ici du choix entre Poher et Pompidou, les deux candidats de droite restant en lice pour le second tour de la pr\u00e9sidentielle. Le 2\u00a0juin, le <span class=\"caps\">PC<\/span> refuse de choisir \u00ab\u00a0entre Charybde et Scylla\u00a0\u00bb (autrement dit, Pompidou et Poher). L\u2019abstention massive au second tour (31\u00a0%) aura une explication simple pour le <span class=\"caps\">PC<\/span>\u00a0: les \u00e9lecteurs n\u2019ont pas voulu \u00ab\u00a0avoir \u00e0 choisir entre la peste et le chol\u00e9ra\u00a0\u00bb, pour reprendre un mot de Thorez (en 1934). Troisi\u00e8me fa\u00e7on d\u2019exprimer un choix impossible, ou sans signification.<\/p>\n<p>Et Pompidou l\u2019emporte confortablement, avec 58\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s. D\u2019Irlande o\u00f9 il s\u2019est volontairement exil\u00e9 durant ces \u00e9lections, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle lui envoie ce t\u00e9l\u00e9gramme\u00a0: \u00ab\u00a0Pour toutes raisons nationales et personnelles, je vous adresse mes bien cordiales f\u00e9licitations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Crise gouvernementale anticip\u00e9e [\u2026] Un des non-\u00e9v\u00e9nements les plus extraordinaires de l\u2019Histoire politique\u00a0: une opposition qui devait remporter les \u00e9lections s\u2019est employ\u00e9e in extremis \u00e0 les perdre.\u00a0\u00bb<span id=\"3181\" class=\"cit-num\">3181<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier <span class=\"caps\">DUHAMEL<\/span> (n\u00e9 en 1950), <em>La Gauche et la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1980)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span class=\"caps\">PC<\/span>, <span class=\"caps\">PS<\/span> et <span class=\"caps\">MRG<\/span> (Mouvement des radicaux de gauche) se sont r\u00e9unis plusieurs fois au cours du printemps 1977\u00a0: la bible (le Programme commun de 1972) a vieilli, les divergences s\u2019aggravent sur les nationalisations, la politique ext\u00e9rieure, la politique de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>La rupture se produit le 22\u00a0septembre 1977, au sommet (Marchais, Mitterrand, Fabre), dramatis\u00e9e par le direct \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Mais la base ne veut pas y croire et s\u2019accroche aux esp\u00e9rances inscrites dans le Programme commun.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est notre patrie, l\u2019Europe est notre avenir.\u00a0\u00bb<span id=\"3279\" class=\"cit-num\">3279<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), campagne pour les \u00e9lections europ\u00e9ennes de juin\u00a01989. <em>Mitterrand\u00a0: une histoire de Fran\u00e7ais<\/em> (1998), Jean Lacouture<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prononc\u00e9s en janvier\u00a01989, ces mots seront souvent repris, pour devenir citation. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019incertitude porte essentiellement sur le devenir de l\u2019Europe de l\u2019Est, communiste pour quelques mois encore.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est plus que jamais l\u2019avenir, m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 europ\u00e9enne est toujours en crise. Institutions bloqu\u00e9es, m\u00e9fiance face \u00e0 cette forme de globalisation qui entra\u00eene d\u00e9localisations, ins\u00e9curit\u00e9 sociale, suspicions nationales. L\u2019Union europ\u00e9enne reste malgr\u00e9 tout un gage de paix avec la r\u00e9conciliation devenue amiti\u00e9 franco-allemande, et l\u2019euro, monnaie unique pratiquement accept\u00e9e de tous.<\/p>\n<p>La fin du communisme et la critique du capitalisme laissent ouvert un vaste chantier, avec la question de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne et des fronti\u00e8res (avec ou sans la Turquie). La foi europ\u00e9enne n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait, mais peu de causes mobilisent durablement les foules.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et c\u2019est un vieux pays, la France, d\u2019un vieux continent comme le mien, l\u2019Europe, qui vous le dit aujourd\u2019hui, qui a connu les guerres, l\u2019occupation, la barbarie. Un pays qui n\u2019oublie pas et qui sait tout ce qu\u2019il doit aux combattants de la libert\u00e9 venus d\u2019Am\u00e9rique et d\u2019ailleurs et qui pourtant n\u2019a jamais cess\u00e9 de se tenir debout face \u00e0 l\u2019Histoire et devant les hommes. Fid\u00e8le \u00e0 ses valeurs, il veut agir r\u00e9solument avec tous les membres de la communaut\u00e9 internationale. Il croit en notre capacit\u00e9 \u00e0 construire ensemble un monde meilleur.\u00a0\u00bb<span id=\"3378\" class=\"cit-num\">3378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Dominique de <span class=\"caps\">VILLEPIN<\/span> (n\u00e9 en 1953), Discours au Conseil de S\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span>, 14\u00a0f\u00e9vrier 2003. <em>La Chute de Bagdad\u00a0: chronique d\u2019une guerre controvers\u00e9e<\/em> (2003), Alain Fillion<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paradoxe de cette citation devenue \u00ab\u00a0culte\u00a0\u00bb et consensuelle\u00a0: tout le monde se rappelle la situation, beaucoup approuvent ce beau et juste discours, mais personne ne peut se rappeler une phrase aussi alambiqu\u00e9e.<br>En bref, la France refuse la guerre d\u2019Irak et se d\u00e9solidarise des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour intervenir militairement contre Saddam Hussein suspect\u00e9 de d\u00e9velopper des \u00ab\u00a0armes de destruction massive\u00a0\u00bb, mais pr\u00e9sident d\u2019un \u00c9tat souverain, il faut l\u2019accord du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, et la France mettra son veto.<\/p>\n<p>Le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res est ovationn\u00e9 par une majorit\u00e9 des pays membres de l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span>, non repr\u00e9sent\u00e9s au Conseil\u00a0: ce sont les \u00ab\u00a0applaudissements du monde\u00a0\u00bb, selon le commentateur de la <span class=\"caps\">NBC<\/span> (National Broadcasting Corporation).<\/p>\n<p>Jacques Chirac, s\u2019opposant ainsi \u00e0 Georges\u00a0W.\u00a0Bush, acquiert une notori\u00e9t\u00e9 internationale, forme un \u00ab\u00a0front commun\u00a0\u00bb avec l\u2019Allemagne et la Russie, contre l\u2019invasion de l\u2019Irak, et satisfait l\u2019opinion publique fran\u00e7aise. Mais les relations de la France avec les \u00c9tats-Unis deviennent d\u00e9testables. Elles ne commenceront \u00e0 se normaliser qu\u2019\u00e0 la comm\u00e9moration du d\u00e9barquement en Normandie, quinze mois plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sommes-nous capables d\u2019\u00e9crire ensemble une nouvelle page de notre histoire\u00a0? Je le crois. Je le souhaite. Je le veux. Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l\u2019oubli et encore moins dans le d\u00e9ni\u00a0\u00bb<span id=\"3500\" class=\"cit-num\">3500<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">HOLLANDE<\/span> (n\u00e9 en 1954), 20 d\u00e9cembre 2012, \u00e0 la tribune du Parlement alg\u00e9rien, cinquante ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hollande fait son m\u00e9tier de pr\u00e9sident, dans cet exercice incontestablement d\u00e9licat et obligatoirement consensuel. Il se doit d\u2019\u00eatre historien, \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<p>Pas question de repentance, pour \u00e9viter la pol\u00e9mique \u00e0 son retour en France. Mais il y a publiquement reconnaissance des crimes coloniaux\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant 132 ans, l\u2019Alg\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 un syst\u00e8me profond\u00e9ment injuste et brutal. Ce syst\u00e8me a un nom\u00a0: c\u2019est la colonisation. Et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a inflig\u00e9es au peuple alg\u00e9rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est un discours sur l\u2019histoire, un discours pour l\u2019histoire, dans le but de solder le pass\u00e9 compliqu\u00e9 de la France et de l\u2019Alg\u00e9rie, avec un appel au devoir de v\u00e9rit\u00e9, qui p\u00eache par un certain anachronisme, in\u00e9vitable sur ce th\u00e8me de la colonisation.<\/p>\n<p>L\u2019attente des parlementaires alg\u00e9riens n\u2019est pas totalement combl\u00e9e, l\u2019accueil populaire pas d\u00e9lirant, mais le minimum a \u00e9t\u00e9 fait, et bien fait, constate la presse. M\u00eame constat, sur un point concret, \u00f4 combien important\u00a0: le pr\u00e9sident fran\u00e7ais a promis de \u00ab\u00a0mieux accueillir\u00a0\u00bb les Alg\u00e9riens demandant des visas pour se rendre en France, tout en rappelant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9quilibrer les flux migratoires.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s six mois de pr\u00e9sidence, Hollande se montre plus \u00e0 l\u2019aise \u00e0 l\u2019international que dans les d\u00e9bats franco-fran\u00e7ais d\u2019ordre politique, \u00e9conomique, social ou soci\u00e9tal. Qui l\u2019e\u00fbt cru\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances pour une bonne raison\u00a0: l\u2019Histoire de France reste la plus passionnante des histoires, avec ses personnages incroyables mais vrais et ses chroniques \u00e0 rebondissements. C\u2019est aussi un voyage dans le temps et le d\u00e9paysement assur\u00e9 \u00e0 moindre co\u00fbt\u00a0! 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