{"id":8577,"date":"2020-08-03T13:31:49","date_gmt":"2020-08-03T11:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-du-siecle-des-lumieres-a-la-revolution\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:42","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:42","slug":"histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-du-siecle-des-lumieres-a-la-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-du-siecle-des-lumieres-a-la-revolution\/","title":{"rendered":"Histoire &amp; Litt\u00e9rature : l\u2019Histoire \u00e9crite par les historiens, du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res \u00e0 la R\u00e9volution"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1920px-prise_de_la_bastille.jpg\" width=\"400\" height=\"298\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances pour une bonne raison\u00a0: l\u2019Histoire de France reste la plus passionnante des histoires, avec ses personnages incroyables mais vrais et ses chroniques \u00e0 rebondissements. C\u2019est aussi un voyage dans le temps et le d\u00e9paysement assur\u00e9 \u00e0 moindre co\u00fbt\u00a0!<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019Histoire vue par les romans, la po\u00e9sie, le th\u00e9\u00e2tre et les lettres, voici l\u2019Histoire \u00e9crite par les historiens. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, l\u2019histoire est une \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb depuis deux si\u00e8cles.\u00a0<\/p>\n<p>N\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e en tant que science (humaine), un nom s\u2019impose, Michelet, le plus populaire des historiens \u2013 sauf aupr\u00e8s des confr\u00e8res. Mais l\u2019histoire existe en r\u00e9alit\u00e9 depuis toujours.<\/p>\n<p>C\u00e9sar le premier se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois acteur et auteur de la \u00ab\u00a0Guerre des Gaules\u00a0\u00bb, nous r\u00e9v\u00e9lant notre premier h\u00e9ros national qu\u2019il a vaincu\u00a0\u00e0 Al\u00e9sia\u00a0: Vercing\u00e9torix.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, on parle de chroniqueurs\u00a0: Joinville (proche de saint Louis) et Commynes (Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>), Froissart pour la Guerre de Cent Ans. Baptis\u00e9 \u00ab\u00a0P\u00e8re de l\u2019Histoire de France\u00a0\u00bb, Gr\u00e9goire de Tours s\u2019exprime en chr\u00e9tien comme nombre d\u2019\u00e9v\u00eaques et Bossuet c\u00e9dera \u00e0 cette tentation. M\u00e9di\u00e9viste contemporain, Georges Duby fera r\u00e9f\u00e9rence pour d\u2019autres \u00e9poques.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e, le Testament de Richelieu, br\u00e9viaire de l\u2019homme d\u2019\u00c9tat et les M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> ont valeur historique, mais aussi les M\u00e9moires de Saint-Simon, t\u00e9moin et juge s\u00e9v\u00e8re de son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire est l\u2019historien toujours cit\u00e9 du tr\u00e8s vivant \u00ab\u00a0Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb. Mais toutes les \u0153uvres philosophiques qui font pol\u00e9mique sont \u00e0 ranger dans la cat\u00e9gorie des Pamphlets (\u00e0 suivre).<\/p>\n<p>La R\u00e9volution fascine la plupart des historiens (Michelet et Tocqueville, Taine, Edgar Quinet pour Saint-Just) et certains lui consacrent leur vie (Claude Manceron, Albert Mathiez pour Robespierre). M\u00eame fascination pour Napol\u00e9on, ador\u00e9 ou d\u00e9test\u00e9, personnage hyper-m\u00e9diatique sous le Consulat et l\u2019Empire, mine de citations et sujet in\u00e9puisable. Jean Tulard a consacr\u00e9 un livre \u00e0 ses historiens.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, nombre d\u2019hommes politiques se font historiens (plus ou moins orient\u00e9s). Guizot, Thiers, Jaur\u00e8s, Louis Blanc, Edgar Quinet, sans oublier le cas de Lamartine. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique rend l\u2019enseignement gratuit et obligatoire\u00a0: les historiens professionnels abondent et cosignent souvent (\u00e0 commencer par Ernest Lavisse, l\u2019\u00ab\u00a0instituteur national\u00a0\u00bb). D\u00e9sormais, les \u00e9coles, les clans, les \u00ab\u00a0chapelles\u00a0\u00bb s\u2019opposent, r\u00e9cit contre roman national, bataille des m\u00e9thodes et des sources. L\u2019Histoire se th\u00e9orise, se politise\u2026 et se d\u00e9mocratise.<\/p>\n<p>Aid\u00e9s par les m\u00e9dias audiovisuels au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, les (bons) vulgarisateurs touchent le grand public, tels Decaux et Castelot (souvent associ\u00e9s). Les biographes se multiplient, inspir\u00e9s par les h\u00e9ros nationaux ou les contemporains (de Gaulle et Mitterrand, pour Jean Lacouture). Des \u00ab\u00a0amateurs\u00a0\u00bb (ayant un autre m\u00e9tier, journaliste, avocat, \u00e9diteur) font aussi \u0153uvre d\u2019historien, anim\u00e9s de cette \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb qu\u2019on aime partager.<\/p>\n<p><em>L\u2019Histoire en citations<\/em> fait une large place aux historiens\u00a0de toute opinion et de tout genre\u00a0: celui qui \u00e9crit l\u2019histoire de son temps comme t\u00e9moin direct ou post\u00e9rieurement aux \u00e9v\u00e9nements, relatant les faits en donnant ou pas son propre jugement\u00a0; celui qui est acteur de l\u2019histoire sinon personnage historique, ou figure seulement comme source de citations.<\/p>\n<p>Deux historiens, Pierre Miquel et Jean Favier, ont pr\u00e9fac\u00e9 les premi\u00e8res \u00e9ditions de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (Le Rocher, 1990 et Eyrolles, 2011). Nous les en remercions, en attendant une r\u00e9\u00e9dition.<\/p>\n<p>L\u2019Histoire des historiens vous est pr\u00e9sent\u00e9e en trois \u00e9ditos\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">1. De la Gaule au Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0<\/a><\/p>\n<p>2. Les Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-appels-dans-lhistoire-de-napoleon-a-nos-jours\/\">3. De Napol\u00e9on \u00e0 nos jours.<\/a><\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-16.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<h2><span>2. Les Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution. <\/span><\/h2>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il fallait tenir le pot de chambre aux ministres tant qu\u2019ils \u00e9taient en puissance, et le leur renverser sur la t\u00eate sit\u00f4t qu\u2019on s\u2019apercevait que le pied commen\u00e7ait \u00e0 leur glisser.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"953\" class=\"cit-num\">953<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLEROY<\/span> (ou <span class=\"caps\">VILLEROI<\/span>) (1644-1730). <em>M\u00e9moires de Saint-Simon<\/em> (posthume, 1879)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Grand routier de cour\u00a0\u00bb, ami d\u2019enfance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, m\u00e9diocre militaire sous son r\u00e8gne quoique mar\u00e9chal de France, le voil\u00e0 gouverneur fort critiqu\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> enfant. Mais le mar\u00e9chal sait lui aussi critiquer la nouvelle cour.<\/p>\n<p>Les ministres se succ\u00e8dent au rythme de r\u00e9formes abandonn\u00e9es presque aussit\u00f4t qu\u2019entreprises et de disgr\u00e2ces succ\u00e9dant aux faveurs royales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Impositions indirectes\u00a0; pauvres paysans. Pauvres paysans\u00a0; pauvre royaume. Pauvre royaume\u00a0; pauvre souverain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"965\" class=\"cit-num\">965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Samuel <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> de <span class=\"caps\">NEMOURS<\/span> (1739-1817), <em>De l\u2019origine et des progr\u00e8s d\u2019une science nouvelle<\/em> (1768)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole d\u2019\u00e9conomiste, jeune collaborateur de Quesnay et disciple des Physiocrates. Il trace en peu de mots le cercle vicieux de l\u2019\u00e9conomie qui va mener \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>La fiscalit\u00e9 frappe la masse des paysans pauvres, alors que les privil\u00e9gi\u00e9s aux grandes fortunes (fermiers g\u00e9n\u00e9raux, financiers, courtisans) sont intouchables et que l\u2019essentiel des revenus industriels et commerciaux y \u00e9chappe. Le trop faible pouvoir d\u2019achat de la paysannerie \u2013 90\u00a0% de la population \u2013 ne permet pas la consommation accrue de produits manufactur\u00e9s et ne peut donc stimuler le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie courante, comme en Angleterre. Enfin, le rendement d\u2019imp\u00f4ts per\u00e7us sur des contribuables trop pauvres ne peut alimenter suffisamment les caisses de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Ancien R\u00e9gime mourra de cette crise financi\u00e8re sans solution, hormis une r\u00e9forme fondamentale de l\u2019\u00c9tat\u00a0: il faudra une r\u00e9volution pour y arriver.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On taxe tout, hormis l\u2019air que nous respirons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"967\" class=\"cit-num\">967<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0du <span class=\"caps\">DEFFAND<\/span> (1697-1780). <em>Histoire de France<\/em> (1924), Jacques Bainville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et l\u2019historien ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui viendra d\u2019ailleurs sous la R\u00e9volution, avec l\u2019imp\u00f4t des portes et fen\u00eatres.\u00a0\u00bb La marquise, amie des encyclop\u00e9distes, paie proportionnellement beaucoup moins que le peuple et peut pourtant se plaindre d\u2019imp\u00f4ts nouveaux, tels les vingti\u00e8mes, cens\u00e9s frapper les nobles et les propri\u00e9taires. Mais les vices inh\u00e9rents \u00e0 la perception les rendent \u00e0 la fois injustes et inefficaces.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez faire, laissez passer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"968\" class=\"cit-num\">968<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maxime r\u00e9sumant la doctrine et la politique \u00e9conomique lib\u00e9rales, attribu\u00e9e \u00e0 Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">QUESNAY<\/span> (1696-1774) et reprise par Adam <span class=\"caps\">SMITH<\/span> (1723-1790)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois Quesnay, par ailleurs m\u00e9decin de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, fonde la premi\u00e8re \u00e9cole de pens\u00e9e lib\u00e9rale \u2013 les physiocrates \u2013 et expose sa doctrine dans le <em>Tableau \u00e9conomique<\/em> (1758). Selon lui, seule l\u2019agriculture est source de la richesse qui se r\u00e9partit dans le corps social\u00a0: il encourage donc son d\u00e9veloppement, tout en pr\u00f4nant le libre-\u00e9change et la libre circulation des grains \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du royaume. Il d\u00e9veloppe \u00e9galement sa th\u00e9orie dans deux articles de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>\u00a0: Fermier (1756), Grains (1757). La physiocratie aura son homme au pouvoir en la personne de l\u2019intendant Turgot, ministre sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais trop peu de temps et trop tard pour mettre en \u0153uvre d\u2019indispensables r\u00e9formes allant \u00e0 l\u2019encontre de vieux privil\u00e8ges.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a tout avec de l\u2019argent, hormis des m\u0153urs et des citoyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"985\" class=\"cit-num\">985<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Discours sur les sciences et les arts<\/em> (1750)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9action violente \u00e0 mi-si\u00e8cle contre la d\u00e9cadence des m\u0153urs d\u2019un pays gris\u00e9 par sa propre civilisation. Rousseau juge en moraliste et philosophe, mais aussi en \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0asocial\u00a0\u00bb, cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019argent devient la mesure de tout, tandis que le plaisir, le luxe, la jouissance et parfois la d\u00e9bauche s\u2019affichent. M\u00eame id\u00e9e chez Restif de la Bretonne, surnomm\u00e9 le Rousseau du ruisseau\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9pravation suit le progr\u00e8s des Lumi\u00e8res. Chose tr\u00e8s naturelle, que les hommes ne puissent s\u2019\u00e9clairer sans se corrompre\u00a0\u00bb (<em>Le Pornographe<\/em>, 1769).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut r\u00e9pondre \u00e0 un livre par un livre, et non par des prisons et des supplices qui d\u00e9truisent l\u2019homme, sans d\u00e9truire ses raisons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"992\" class=\"cit-num\">992<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Baron d\u2019<span class=\"caps\">HOLBACH<\/span> (1723-1789),<em> La Politique naturelle ou Discours sur les vrais principes de gouvernement<\/em> (1774)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res voit la victoire des id\u00e9es, mais c\u2019est encore un temps de pers\u00e9cution contre la libert\u00e9 de pens\u00e9e\u00a0: tous les philosophes souffrent de la censure, plusieurs sont embastill\u00e9s, \u00e0 commencer par Voltaire, et l\u2019intol\u00e9rance (surtout en mati\u00e8re religieuse) dresse des b\u00fbchers o\u00f9 les livres ne sont pas seuls \u00e0 br\u00fbler.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/voltaire_citations.jpg\" width=\"400\" height=\"495\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ne sont pas faits pour la libert\u00e9\u00a0: ils en abuseraient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1027\" class=\"cit-num\">1027<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Faits singuliers de l\u2019histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est pas seulement un trait d\u2019humour. Malgr\u00e9 son amour de l\u2019humanit\u00e9, il se m\u00e9fie de la \u00ab\u00a0populace\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Il me para\u00eet n\u00e9cessaire qu\u2019il y ait des gueux ignorants [\u2026] Ce n\u2019est pas le man\u0153uvre qu\u2019il faut instruire, c\u2019est le bon bourgeois, c\u2019est l\u2019habitant des villes\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 M.\u00a0Damilaville, 1er\u00a0avril 1766). Et dans son <em>Dictionnaire philosophique portatif, ou la raison par l\u2019alphabet<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Distingue toujours les honn\u00eates gens qui pensent, de la populace qui n\u2019est point faite pour penser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les vices combattaient en lui \u00e0 qui en demeurerait le ma\u00eetre. Ils y faisaient un bruit et un combat continuels entre eux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1075\" class=\"cit-num\">1075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), \u00e0 propos de l\u2019abb\u00e9 Dubois, <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On reconna\u00eet le style incisif du grand m\u00e9morialiste, aussi dur pour le temps de la R\u00e9gence que pour la fin du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Saint-Simon, pair de France, imbu de son titre et de son sang, incarne cette haute aristocratie d\u00e9sireuse de prendre sa revanche sur le pr\u00e9c\u00e9dent \u00ab\u00a0r\u00e8gne de vile bourgeoisie\u00a0\u00bb, mais trahit les ranc\u0153urs de cette caste dont les esp\u00e9rances politiques sont vite d\u00e9\u00e7ues par le nouveau pouvoir. Il juge ici un rival plus heureux que lui en politique, l\u2019abb\u00e9 Guillaume Dubois, ancien pr\u00e9cepteur de Philippe d\u2019Orl\u00e9ans\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019avarice, l\u2019ambition, la d\u00e9bauche \u00e9taient ses dieux\u00a0; la perfidie, la flatterie, les servages [mani\u00e8res de valet], ses moyens\u00a0; l\u2019impi\u00e9t\u00e9 parfaite son repos.\u00a0\u00bb Dubois fut certes un intrigant, mais aussi un habile diplomate.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, tout ce peuple est \u00e0 vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1085\" class=\"cit-num\">1085<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLEROY<\/span> (ou <span class=\"caps\">VILLEROI<\/span>) (1644-1730), au petit roi \u00e2g\u00e9 de 10\u00a0ans, 25\u00a0ao\u00fbt 1720.<em> Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ami d\u2019enfance de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, moqu\u00e9 \u00e0 la cour et chansonn\u00e9 dans la rue, devenu gouverneur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> enfant, il lui d\u00e9signe, d\u2019un balcon des Tuileries, la foule venue le voir et l\u2019acclamer, le jour de la Saint Louis (anniversaire de la mort du roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>).<\/p>\n<p>Le vieux courtisan se distingue surtout comme professeur de maintien, accablant l\u2019enfant-roi de parades, audiences, revues, d\u00e9fil\u00e9s, autant de corv\u00e9es fastueuses qui vont donner au futur roi, et pour la vie, l\u2019horreur de la foule, des ovations et des grands mouvements de peuple.<\/p>\n<p>Autre cons\u00e9quence de cette \u00e9ducation soulign\u00e9e par Chateaubriand et l\u2019opposant \u00e0 \u00ab\u00a0Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> [qui] courait pieds nus et t\u00eate nue avec les petits paysans sur les montagnes du B\u00e9arn\u00a0\u00bb. Ici, l\u2019enfant du tr\u00f4ne est compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9 des enfants de la patrie, ce qui le rend \u00e9tranger \u00e0 l\u2019esprit du si\u00e8cle et aux peuples sur lesquels il va r\u00e9gner. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Cela explique les temps, les hommes et les destin\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous l\u2019avons vu mourir fort \u00e2g\u00e9 et oubli\u00e9 comme il arrive \u00e0 tous ceux qui n\u2019ont eu que de grands \u00e9v\u00e9nements sans avoir fait de grandes choses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1091\" class=\"cit-num\">1091<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le duc de Lauzun, mar\u00e9chal de France, meurt en 1723, \u00e0 90\u00a0ans. Courtisan plein d\u2019ambition et d\u00e9pourvu de scrupules, favori de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> qui, lass\u00e9 de ses impertinences, l\u2019a fait embastiller, il \u00e9pousa la Grande Mademoiselle \u00e0 l\u2019immense fortune, passa en Angleterre o\u00f9 il assista \u00e0 la r\u00e9volution de 1688, fut charg\u00e9 de conduire en France la reine et le prince de Galles. Mari\u00e9 en secondes noces \u00e0 la belle-s\u0153ur de Saint-Simon, qui dit de lui\u00a0: \u00ab\u00a0On ne r\u00eave pas comme il a v\u00e9cu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous parlons et on nous d\u00e9fend la parole, nous d\u00e9lib\u00e9rons et on nous menace. Quelle paix apr\u00e8s cela le Conseil du roi veut-il nous laisser entrevoir, sinon celle qu\u2019on n\u2019ose nommer\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1100\" class=\"cit-num\">1100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">PUCELLE<\/span>, dit l\u2019\u00ab\u00a0Abb\u00e9 Pucelle\u00a0\u00bb (1655-1745), conseiller au Parlement de Paris.<em> Biblioth\u00e8que des m\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France pendant le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1854), Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La guerre entre Parlement et pouvoir royal recommence. Raison, sinon pr\u00e9texte\u00a0: la bulle <em>Unigenitus<\/em> de Cl\u00e9ment <span class=\"caps\">XI<\/span>, condamnant 101 propositions jans\u00e9nistes en 1713, est \u00e9rig\u00e9e en loi fran\u00e7aise par la D\u00e9claration du 24\u00a0mars 1730, sign\u00e9e par le roi.<\/p>\n<p>Le Parlement, en majeure partie jans\u00e9niste, conteste la validit\u00e9 de la D\u00e9claration. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> en impose l\u2019enregistrement par lit de justice. Le Parlement s\u2019incline, puis revient sur sa d\u00e9cision. Les rapports s\u2019enveniment avec le roi qui refuse de recevoir une d\u00e9l\u00e9gation du Parlement, d\u2019o\u00f9 l\u2019indignation exprim\u00e9e par Pucelle, toujours pr\u00eat \u00e0 ferrailler sur les questions eccl\u00e9siastiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils finiront par perdre l\u2019\u00c9tat. C\u2019est une assembl\u00e9e de r\u00e9publicains\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1134\" class=\"cit-num\">1134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XV<\/span> (1710-1774), \u00e0 Mme\u00a0de Pompadour et au duc de Gontaut (son fr\u00e8re), janvier\u00a01753. <em>Pr\u00e9cis du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em> (1763), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9publicains\u00a0\u00bb, c\u2019est un grand mot, presque un gros mot, en tout cas un mot qui fait peur au roi. Il parle ici du Parlement de Paris et de son opposition qui s\u2019exerce \u00e0 toute occasion, avec une violence qui ne cessera de grandir jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>R\u00e9tablis dans leur pouvoir sous la r\u00e9gence, les Parlements usent et abusent de leur droit de remontrance. Les hauts magistrats, soutenus par le mouvement des philosophes et de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die<\/em>, font figure de d\u00e9fenseurs des libert\u00e9s face au despotisme. Ils d\u00e9fendent en fait les privil\u00e8ges contre les r\u00e9formes royales (notamment en mati\u00e8re fiscale).<\/p>\n<p>Le roi, en raison de sa pi\u00e9t\u00e9, a plus d\u2019\u00e9gard pour le clerg\u00e9, qui agit exactement de la m\u00eame mani\u00e8re. Machault d\u2019Arnouville, qui succ\u00e8de \u00e0 Orry aux Finances en 1745, ne pourra d\u00e9cid\u00e9ment pas obtenir cet imp\u00f4t dit du vingti\u00e8me, et frappant tous les biens, quand l\u2019\u00c9tat a de nouveau tant besoin d\u2019argent.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1024px-marie-antoinette_1775_-_musee_antoine_lecuyer.jpg\" width=\"400\" height=\"523\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne parlez point allemand, Monsieur\u00a0; \u00e0 dater de ce jour, je n\u2019entends plus d\u2019autre langue que le fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1186\" class=\"cit-num\">1186<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> d\u2019Autriche (1755-1793), \u00e0 M.\u00a0d\u2019Antigny, chef de la Cit\u00e9 (Strasbourg), 7\u00a0mai 1770. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat d\u2019assises c\u00e9l\u00e8bre sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, ses publications historiques lui valent son fauteuil \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise. Ses<em> Grands Proc\u00e8s<\/em> sont d\u2019une lecture facile, mais la documentation n\u2019en est pas moins s\u00e9rieuse. Le proc\u00e8s de Marie-Antoinette est un moment historique incontournable.<\/p>\n<p>Le chef de la Cit\u00e9 lui adressait la bienvenue en allemand. La jeune \u00ab\u00a0princesse accomplie\u00a0\u00bb va \u00e0 la rencontre de son fianc\u00e9 le dauphin Louis (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et de toute la cour qui l\u2019attend \u00e0 Compi\u00e8gne. Elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb, selon l\u2019\u00e9tiquette de la cour, se d\u00e9pouiller de tout ce qui pouvait la rattacher \u00e0 son ancienne patrie, pour s\u2019habiller \u00e0 la mode fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>On parle couramment le fran\u00e7ais dans toutes les cours d\u2019Europe. C\u2019est aussi la langue de la diplomatie. Marie-Antoinette, \u00e0 14\u00a0ans, est sans doute l\u2019une des princesses les moins couramment francophones, vue son \u00e9ducation imparfaite \u00e0 la cour d\u2019Autriche.<\/p>\n<p>Le mariage fut n\u00e9goci\u00e9 par le ministre Choiseul et la m\u00e8re de la mari\u00e9e, \u00e9galement soucieux de r\u00e9concilier les Bourbons et les Habsbourg. L\u2019alliance autrichienne renforce la position de la France en Europe, en cas de guerre avec l\u2019Angleterre ou la Prusse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous tenons ces v\u00e9rit\u00e9s pour \u00e9videntes par elles-m\u00eames\u00a0: que tous les hommes naissent \u00e9gaux\u00a0; que leur cr\u00e9ateur les a dot\u00e9s de certains droits inali\u00e9nables, parmi lesquels la Vie, la Libert\u00e9 et la recherche du Bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1223\" class=\"cit-num\">1223<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique<\/em>, r\u00e9dig\u00e9e par Thomas Jefferson (1743-1826) et adopt\u00e9e par le Congr\u00e8s, 4\u00a0juillet 1776 (Independence Day), rejetant l\u2019autorit\u00e9 du roi d\u2019Angleterre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte s\u2019inspire de la philosophie des Lumi\u00e8res, et notre <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789 s\u2019en inspirera \u00e0 son tour. En fait, tous ces principes sont dans l\u2019air du temps, et la contagion politique s\u2019inscrit dans une heureuse logique. Elle passe aussi par la th\u00e9orie des droits naturels, du philosophe anglais John Locke, qui pr\u00e9c\u00e8de d\u2019un demi-si\u00e8cle notre Rousseau et son <em>Contrat social<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019opinion publique en France est de plus en plus favorable aux Insurgents (ou <em>Patriots<\/em>), et les chansonniers accusent Vergennes (rest\u00e9 ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res) de ne pas oser intervenir. Il va pourtant c\u00e9der \u00e0 Beaumarchais et fournir des armes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour tout homme, le premier pays est sa patrie et le second c\u2019est la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1232\" class=\"cit-num\">1232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas <span class=\"caps\">JEFFERSON<\/span> (1743-1826). <em>Le Peuple<\/em> (1846), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me pr\u00e9sident des Etats-Unis (en 1801), apr\u00e8s Georges Washington et John Adams. Auparavant, il fut ambassadeur des \u00c9tats-Unis \u00e0 Paris (de\u00a01785 \u00e0\u00a01789). Francophile et francophone, philosophe impr\u00e9gn\u00e9 des Lumi\u00e8res, humaniste, c\u2019est aussi un savant. Il exprime ici l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: la France est tr\u00e8s populaire outre-Atlantique, depuis 1777 et l\u2019arriv\u00e9e des volontaires, La Fayette en t\u00eate.<\/p>\n<p>En 1780, Vergennes (qui a longtemps h\u00e9sit\u00e9) va d\u00e9clarer la guerre \u00e0 l\u2019Angleterre, entra\u00eener l\u2019Espagne \u00e0 sa suite et envoyer un corps exp\u00e9ditionnaire, command\u00e9 par Rochambeau. La France arme \u00e9galement une flotte de guerre qui remporte quelques victoires m\u00e9morables. Enfin, c\u2019est \u00e0 Versailles qu\u2019est sign\u00e9 le trait\u00e9 de paix ratifiant l\u2019ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis (1783).<\/p>\n<p>Notre pays a deux raisons de participer \u00e0 cette guerre\u00a0: prendre la revanche tant attendue contre l\u2019Angleterre et r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019attente des colons anglais d\u2019Am\u00e9rique, dont l\u2019id\u00e9ologie s\u2019inspire de Montesquieu et Rousseau. Mais comme pr\u00e9vu par Turgot qui s\u2019y opposait en tant que ministre des Finances, les d\u00e9penses militaires creuseront un d\u00e9ficit abyssal, estim\u00e9 \u00e0 un milliard de livres tournois \u2013 trois \u00e0 quatre fois le budget de l\u2019\u00c9tat en 1783.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, si c\u2019est possible, c\u2019est fait\u00a0; impossible, cela se fera.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1233\" class=\"cit-num\">1233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), ministre des Finances r\u00e9pondant \u00e0 une demande de Marie-Antoinette, 1784. L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution (1856), Alexis de Tocqueville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouveau prot\u00e9g\u00e9 de Vergennes, Calonne reste connu pour son laxisme.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son <em>Compte rendu au roi sur les finances de la nation<\/em>, qui fait conna\u00eetre le d\u00e9tail des pensions vers\u00e9es aux courtisans, Necker a gagn\u00e9 une grande popularit\u00e9 dans l\u2019opinion publique, mais perd son poste en mai\u00a01781. La valse des ministres continue\u2026 (au total, 14 noms en quinze ans).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res contr\u00f4leurs des Finances, Charles-Alexandre de Calonne, intendant de Flandre et d\u2019Artois, arrive en novembre\u00a01783\u00a0: intrigant et intelligent, s\u00e9ducteur et cynique, il cherche non pas \u00e0 faire des \u00e9conomies pour diminuer la dette, mais \u00e0 r\u00e9tablir le cr\u00e9dit de l\u2019\u00c9tat en inspirant confiance. On parlerait aujourd\u2019hui d\u2019une politique de relance quasi keyn\u00e9sienne, avec lancement de grands travaux publics. \u00c0 coup d\u2019emprunts et d\u2019exp\u00e9dients divers, il semble r\u00e9ussir\u00a0: on le surnomme l\u2019Enchanteur.<\/p>\n<p>Marie-Antoinette, parlant plus tard de l\u2019\u00e9poque Calonne, dit\u00a0: \u00ab\u00a0Comment aurais-je pu me douter que les finances \u00e9taient en si mauvais \u00e9tat\u00a0? Quand je demandais cinquante mille livres, on m\u2019en apportait cent mille\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Corse de caract\u00e8re et de nation, ce jeune homme ira loin, s\u2019il est favoris\u00e9 par les circonstances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1239\" class=\"cit-num\">1239<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Avis du professeur d\u2019histoire de Napol\u00e9on Bonaparte en 1785.<em> Histoire de la vie politique, militaire et priv\u00e9e de Napol\u00e9on Bonaparte<\/em> (1825), L.-E. Chennechot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e8ve officier de 16\u00a0ans n\u2019est pourtant class\u00e9 que 42e sur une promotion de 58, et affect\u00e9 comme sous-lieutenant d\u2019artillerie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le mur murant Paris rend Paris murmurant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1240\" class=\"cit-num\">1240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandrin cit\u00e9 par <span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799) \u00e9voquant l\u2019impopularit\u00e9 du mur en 1785, au point d\u2019en faire une des causes de la R\u00e9volution. <em>Histoire des agrandissements de Paris<\/em> (1860), Auguste Descauriet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le mur des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux, enceinte de 24\u00a0km qui m\u00e9nage une soixantaine de passages (ou barri\u00e8res) flanqu\u00e9s de bureaux d\u2019octroi \u2013 imp\u00f4t indirect, per\u00e7u \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marchandises.<\/p>\n<p>Calonne, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, a donn\u00e9 satisfaction aux fermiers g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: pouvant mieux r\u00e9primer les fraudes, notamment la contrebande sur le sel au nez des gabelous (commis de la gabelle), ils verseront davantage au Tr\u00e9sor qui en a plus que jamais besoin.<\/p>\n<p>Ce mur se veut imposant comme une fortification\u00a0: les bureaux, con\u00e7us par l\u2019architecte Nicolas Ledoux dans un style n\u00e9oclassique avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019antique, prennent le nom de Propyl\u00e9es de Paris. Mais les Parisiens ont l\u2019impression d\u2019\u00e9touffer derri\u00e8re cette petite ceinture \u00e0 vocation fiscale.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9pigramme\u00a0: \u00ab\u00a0Pour augmenter son num\u00e9raire\u00a0\/ Et raccourcir notre horizon,\u00a0\/ La Ferme a jug\u00e9 n\u00e9cessaire\u00a0\/ De mettre Paris en prison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mur, achev\u00e9 sous la R\u00e9volution, renforc\u00e9 sous le Consulat et l\u2019Empire, sera d\u00e9moli en 1860 par le pr\u00e9fet Haussmann, Paris s\u2019agrandissant de 11 \u00e0 20 arrondissements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grande et heureuse affaire\u00a0! Que de fange sur la crosse et sur le sceptre\u00a0! Quel triomphe pour les id\u00e9es de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1243\" class=\"cit-num\">1243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel Marie <span class=\"caps\">FR\u00c9TEAU<\/span> de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1745-1794), conseiller au Parlement. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mirabeau dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s du Collier a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb La royaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 malade sort encore affaiblie de cette affaire. Et Marie-Antoinette le paiera cher, lors de son proc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est impossible d\u2019imposer plus, ruineux d\u2019emprunter toujours\u00a0; non suffisant de se borner aux r\u00e9formes \u00e9conomiques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1244\" class=\"cit-num\">1244<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CALONNE<\/span> (1734-1802), <em>Plan d\u2019am\u00e9lioration des finances<\/em>, M\u00e9moire, 20\u00a0ao\u00fbt 1786. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1922), Albert Mathiez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Enchanteur a commenc\u00e9 par rassurer les pr\u00eateurs. Il a multipli\u00e9 les projets industriels, financ\u00e9 les f\u00eates \u00e0 Versailles, les spectacles \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, dop\u00e9 le commerce en diminuant les taxes, supprim\u00e9 le troisi\u00e8me vingti\u00e8me. Mais l\u2019emprunt co\u00fbte de plus en plus cher, les recettes n\u2019augmentent pas comme esp\u00e9r\u00e9, l\u2019inflation encourage la sp\u00e9culation, les faillites se multiplient, l\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce est fini. Calonne a compris\u00a0: \u00ab\u00a0Il est indispensable de reprendre en sous-\u0153uvre l\u2019\u00e9difice entier pour en pr\u00e9venir la ruine.\u00a0\u00bb Il a raison, mais il est bien tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e9gal parce que je le veux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1253\" class=\"cit-num\">1253<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1754-1793), au duc d\u2019Orl\u00e9ans, Parlement, 19\u00a0novembre\u00a01787. <em>Histoire de France<\/em> (1892), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur d\u2019histoire et ministre de l\u2019Instruction publique qu\u2019il r\u00e9forme sous le Second Empire, il consacre le reste de sa vie \u00e0 r\u00e9diger des manuels de r\u00e9f\u00e9rence pour des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9l\u00e8ves. Ce n\u2019est pas un th\u00e9oricien de la discipline, mais il est n\u00e9anmoins tr\u00e8s respect\u00e9 par ses confr\u00e8res.<\/p>\n<p>Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> vit l\u2019un des derniers \u00e9pisodes de la guerre entre le roi et ses magistrats. Il a fait enregistrer par lit de justice des \u00e9dits refus\u00e9s par le Parlement de Paris, avant de l\u2019exiler \u00e0 Troyes, quand il met Calonne en accusation pour fraudes. Ce coup de force royal d\u00e9clenche des \u00e9meutes.<\/p>\n<p>Le roi c\u00e8de, et rappelle le Parlement qui appara\u00eet comme l\u2019\u00e2me de la r\u00e9sistance \u00e0 un pouvoir arbitraire, faisant une rentr\u00e9e triomphale dans la capitale, le 19\u00a0septembre 1787.<\/p>\n<p>Le 19\u00a0novembre, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> se rend au Parlement pour imposer l\u2019enregistrement d\u2019un \u00e9dit autorisant \u00e0 \u00e9mettre une s\u00e9rie d\u2019emprunts de 420\u00a0millions de livres. Le jeune duc d\u2019Orl\u00e9ans (futur Philippe \u00c9galit\u00e9), chef de la branche cadette et premier prince de sang, l\u2019un des plus constants opposants au roi son cousin, ose qualifier d\u2019ill\u00e9gale la proc\u00e9dure. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique du roi. Et pour son insolence, le duc est envoy\u00e9 en exil, dans son ch\u00e2teau de Villers-Cotter\u00eats.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les abus tol\u00e9r\u00e9s et l\u2019oubli des r\u00e8gles am\u00e8nent le m\u00e9pris des lois, et le m\u00e9pris des lois pr\u00e9pare la chute des empires.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1254\" class=\"cit-num\">1254<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Parlement de Rennes, d\u00e9cembre\u00a01787. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve Lavisse, l\u2019\u00ab\u00a0instituteur national\u00a0\u00bb respect\u00e9 et honor\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, faisant \u00e9quipe avec La Blache, professeur, historien et \u00ab\u00a0p\u00e8re de la g\u00e9ographe fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Remarquons au passage le nombre de co-auteurs\u00a0dans ces Histoires au long cours.<\/p>\n<p>Le Parlement prend ainsi la d\u00e9fense du duc d\u2019Orl\u00e9ans contre le roi\u00a0: l\u2019enregistrement de l\u2019\u00e9dit fiscal n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte, la belle maxime politique purement formelle, cependant que la fronde devient syst\u00e9matique. C\u2019est l\u2019attitude adopt\u00e9e par l\u2019ensemble des magistrats et des Parlements de France.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, en d\u00e9sespoir de cause, va tenter avec Brienne une politique \u00e0 la Maupeou\u00a0: supprimer les Parlements. La r\u00e9action ne peut \u00eatre que violente.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parlement \u00e0 vendre<br>Ministres \u00e0 pendre<br>Couronne \u00e0 louer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1255\" class=\"cit-num\">1255<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots grav\u00e9s sur les murs du Palais de justice, mai\u00a01788. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des meneurs crient au coup d\u2019\u00c9tat. Des soul\u00e8vements \u00e9clatent partout en France, orchestr\u00e9s par une campagne de cabales et de pamphlets. En Languedoc \u00e0 Toulouse, en Bretagne \u00e0 Rennes, on manifeste. En Dauphin\u00e9 \u00e0 Grenoble le 7\u00a0juin\u00a01788, on se soul\u00e8vera pendant la \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Tuiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le d\u00e9bat public a chang\u00e9 de face. Il ne s\u2019agit plus que tr\u00e8s secondairement du roi, du despotisme et de la Constitution\u00a0; c\u2019est une guerre entre le tiers \u00e9tat et les deux autres ordres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1263\" class=\"cit-num\">1263<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MALLET<\/span> du <span class=\"caps\">PAN<\/span> (1749-1800), <em>M\u00e9moires et correspondance, pour servir \u00e0 l\u2019histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (posthume, 1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Publiciste suisse, admirateur de la Constitution anglaise et partisan d\u2019un despotisme \u00e9clair\u00e9, il juge fort bien de la situation en France, \u00e0 l\u2019aube de l\u2019ann\u00e9e 1789. Quand la R\u00e9volution sortira de la voie l\u00e9gale, il deviendra l\u2019un des th\u00e9oriciens de la contre-r\u00e9volution.\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a \u00e9t\u00e9 permis de craindre que la R\u00e9volution, comme Saturne, d\u00e9vor\u00e2t successivement tous ses enfants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1269\" class=\"cit-num\">1269<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793). <em>Histoire des Girondins<\/em> (1847), Alphonse de Lamartine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine est un cas historique tr\u00e8s particulier. Po\u00e8te romantique c\u00e9l\u00e8bre depuis ses <em>M\u00e9ditations<\/em> (1820) admir\u00e9es par Hugo et le critique Sainte-Beuve, il se lance dans la politique en 1830, passe \u00e0 l\u2019opposition sous\u00a0 la Monarchie de Juillet et joue le tout premier r\u00f4le au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. C\u2019est aussi un historien reconnu, souvent cit\u00e9 pour ses huit volumes consacr\u00e9s aux Girondins, sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Le destin de Vergniaud illustre parfaitement ses paroles\u00a0: avocat (comme nombre de r\u00e9volutionnaires), d\u00e9put\u00e9 sous la L\u00e9gislative, prenant parti contre les \u00e9migr\u00e9s, contre les pr\u00eatres r\u00e9fractaires, Vergniaud est ensuite consid\u00e9r\u00e9 comme trop mod\u00e9r\u00e9, face \u00e0 Robespierre et aux Montagnards. Il fait partie des Girondins guillotin\u00e9s, fin octobre\u00a01793. D\u2019autres charrettes d\u2019\u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution suivront\u00a0: les Enrag\u00e9s (h\u00e9bertistes) trop enrag\u00e9s, les Indulgents (dantonistes) trop indulgents, les robespierristes enfin, trop terroristes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1273\" class=\"cit-num\">1273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, Michelet conna\u00eet la mis\u00e8re dans sa jeunesse et en garde un profond amour du peuple. \u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions d\u2019un autre style, manifestant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il composera dans l\u2019enthousiasme son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: dix ans et sept volumes pour une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e. Les plus belles pages de son \u0153uvre maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e, ici mentionn\u00e9e sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019\u00ab\u00a0<em>Histoire de France<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1024px-georges_danton.jpg\" width=\"400\" height=\"494\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il est bon de faire des lois avec maturit\u00e9, on ne fait bien la guerre qu\u2019avec enthousiasme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1287\" class=\"cit-num\">1287<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794). <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe Joseph Benjamin Buchez (1796-1865) est de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que Jules Michelet. Il a lui aussi \u00ab\u00a0le c\u0153ur \u00e0 gauche\u00a0\u00bb, mais il essaie vainement de mettre en pratique son socialisme chr\u00e9tien. D\u00e9put\u00e9 sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, il renonce bient\u00f4t \u00e0 la politique. L\u2019historien a plus de succ\u00e8s, sous la Monarchie de Juillet, avec cette <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> en 40 volumes, compilation de d\u00e9bats d\u2019assembl\u00e9e, d\u2019articles de journaux, de motions de clubs, le tout entrecoup\u00e9 de commentaires \u00e0 travers lesquels il expose ses id\u00e9es. Son collaborateur Pierre-C\u00e9lestin Roux-Lavergne, m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, professeur d\u2019histoire, aura plus de chance en politique, avant d\u2019entrer dans les ordres.<\/p>\n<p>Orateur des heures tragiques, pr\u00e9occup\u00e9 de la D\u00e9fense nationale du pays, Georges Jacques Danton sera aussi ministre de la Justice. Il incarne cette \u00e9poque qui doit parer au plus press\u00e9, mais sait aussi l\u00e9gif\u00e9rer pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. M\u00eame aptitude remarquable, chez Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 l\u2019horloge de la France que vont [\u2026] sonner les premiers coups des nouveaux temps.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1288\" class=\"cit-num\">1288<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">MANCERON<\/span> (1923-1999), <em>Les Hommes de la libert\u00e9, Le sang de la Bastille<\/em> (1987)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Intellectuel de gauche, fascin\u00e9 par cette p\u00e9riode comme la plupart des historiens qui \u00ab\u00a0entrent en R\u00e9volution\u00a0\u00bb, Manceron y consacre trente ans de sa vie, sans pouvoir achever son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Alexis de Tocqueville dira en d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ont fait en 1789 le plus grand effort auquel se soit jamais livr\u00e9 aucun peuple, afin de couper pour ainsi dire en deux leur destin\u00e9e, et de s\u00e9parer par un ab\u00eeme ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 de ce qu\u2019ils voulaient \u00eatre d\u00e9sormais\u00a0\u00bb (Avant-propos de <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em>, 1866).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec un temp\u00e9rament de boucher, il a un c\u0153ur d\u2019homme [\u2026] Avec les emportements d\u2019un clubiste, il a la lucidit\u00e9 d\u2019un politique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1296\" class=\"cit-num\">1296<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893), <em>Les Origines de la France contemporaine<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span>, La R\u00e9volution\u00a0: la conqu\u00eate jacobine (1881)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien pr\u00e9cise le portrait de Danton\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas dupe des phrases ronflantes qu\u2019il d\u00e9bite, il sait ce que valent les coquins qu\u2019il emploie\u00a0; il n\u2019a d\u2019illusion ni sur les hommes, ni sur les choses, ni sur autrui, ni sur lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si de Rousseau vint Robespierre, \u00ab\u00a0de Diderot jaillit Danton\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1300\" class=\"cit-num\">1300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, citant Auguste <span class=\"caps\">COMTE<\/span> (1798-1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il montre l\u2019influence des philosophes du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res sur les r\u00e9volutionnaires. Elle est \u00e9vidente, mais chacun a le sien. La richesse, la diversit\u00e9, la complexit\u00e9 de Diderot, homme de tous les paradoxes, devaient naturellement plaire \u00e0 Danton \u2013 et repousser l\u2019intransigeant Robespierre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il aurait pay\u00e9 pour qu\u2019on lui offr\u00eet de l\u2019or, pour pouvoir dire qu\u2019il l\u2019avait refus\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1308\" class=\"cit-num\">1308<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Louis <span class=\"caps\">ROEDERER<\/span> (1754-1835). <em>\u0152uvres du comte <span class=\"caps\">P. L.\u00a0<\/span>Roederer\u00a0: histoire contemporaine, 1789-1815<\/em> (1854), Pierre Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 n\u2019appr\u00e9cie pas vraiment l\u2019Incorruptible avec ses m\u0153urs au-dessus de tout soup\u00e7on et cette vertu \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me, qu\u2019il voudra imposer \u00e0 tous.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a ceux qui voient en Robespierre un autre L\u00e9nine et ceux qui pensent \u00e0 Jaur\u00e8s en pronon\u00e7ant son nom\u00a0; et il y a ceux qui ha\u00efssent le monstre et ceux qui r\u00e9v\u00e8rent le martyr.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1312\" class=\"cit-num\">1312<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Albert <span class=\"caps\">MATHIEZ<\/span> (1874-1932).<em> \u00c9tudes d\u2019histoire r\u00e9volutionnaire\u00a0: Girondins et Montagnards<\/em> (1930), Albert Mathiez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien fran\u00e7ais, par une \u00e9tude objective, s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9habilitation de Robespierre. Avant lui, Proudhon d\u00e9non\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la propagande thermidorienne qui, apr\u00e8s son \u00e9limination, l\u2019a pos\u00e9 en dictateur sanguinaire\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019inf\u00e2mes sc\u00e9l\u00e9rats l\u2019ont couvert de leurs propres crimes, la calomnie en fait un monstre, un demi-si\u00e8cle d\u2019ex\u00e9cration p\u00e8se sur sa tombe.\u00a0\u00bb Faut-il refaire le proc\u00e8s de Robespierre\u00a0? Aux historiens d\u2019en juger, \u00e0 chacun sa v\u00e9rit\u00e9. Laissons la parole aux faits, aux acteurs et aux t\u00e9moins de cette R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici deux cents ans, un millier d\u2019hommes changeaient la face du monde. Ils n\u2019en voulaient pas tant et c\u2019est comme par d\u00e9faut que les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la France aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux sont devenus, sans le vouloir, sans le savoir, les artisans du passage de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Ancien R\u00e9gime, celle de l\u2019ob\u00e9issance, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de la Libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1313\" class=\"cit-num\">1313<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">MANCERON<\/span> (1923-1999),<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise. Dictionnaire biographique<\/em> (1989)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La derni\u00e8re r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux remontait au 27\u00a0octobre\u00a01614, apr\u00e8s la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et sous la r\u00e9gence de Marie de M\u00e9dicis. Les rivalit\u00e9s entre clerg\u00e9, noblesse et tiers condamnent les \u00c9tats \u00e0 l\u2019impuissance\u00a0: ils se s\u00e9parent le 23\u00a0f\u00e9vrier\u00a01615, totalement discr\u00e9dit\u00e9s. La monarchie de l\u2019Ancien R\u00e9gime se renforce ensuite avec Richelieu, devient absolue au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>. Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res sape les fondements d\u2019une royaut\u00e9 qui s\u2019affaiblit avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> se voit contraint de r\u00e9unir \u00e0 nouveau les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, ce qu\u2019il redoute, sans pr\u00e9voir \u00e0 quel point la face du monde va en \u00eatre chang\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1314\" class=\"cit-num\">1314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Convoqu\u00e9s le 5\u00a0juillet 1788, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se r\u00e9unissent pour la premi\u00e8re fois le 5\u00a0mai 1789\u00a0: 1\u00a0139 repr\u00e9sentants, dont 578 du tiers \u00e9tat, dans la salle des Menus-Plaisirs \u00e0 Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En politique, le nombre seul est respectable [\u2026] C\u2019est pourquoi le tiers pose son droit comme incontestable et, \u00e0 son tour, dit comme Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1318\" class=\"cit-num\">1318<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Hippolyte <span class=\"caps\">TAINE<\/span> (1828-1893),<em> Les Origines de la France contemporaine<\/em>, tome I, L\u2019Ancien R\u00e9gime (1875)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 17\u00a0juin, les d\u00e9put\u00e9s du tiers \u00e9tat, constatant qu\u2019ils repr\u00e9sentent 97\u00a0% de la nation, d\u00e9cident de se proclamer \u00ab\u00a0Assembl\u00e9e nationale\u00a0\u00bb \u2013 titre concis et pr\u00e9cis, retenu apr\u00e8s bien des d\u00e9bats, et qui passera \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. L\u2019id\u00e9e de nation est toute neuve et belle, en ce printemps 1789.<\/p>\n<p>Les d\u00e9put\u00e9s de la noblesse et du clerg\u00e9 si\u00e9geaient s\u00e9par\u00e9ment, dans deux autres salles. Mais quelques-uns, proches du peuple ou acquis aux id\u00e9es nouvelles, ont choisi de se joindre aux d\u00e9put\u00e9s du tiers, encourag\u00e9s par cette attitude. Ils vont donc aller plus loin, se donnant rendez-vous dans la salle des Menus-Plaisirs, lieu officiel de r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. Mais l\u2019entr\u00e9e leur en est refus\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1331\" class=\"cit-num\">1331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), note ces deux mots dans son carnet avant de se coucher, ch\u00e2teau de Versailles, le soir du 14\u00a0juillet 1789. <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1847), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire lui a reproch\u00e9 cette indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Il faut pr\u00e9ciser \u00e0 sa d\u00e9charge que le fameux carnet consigne surtout ses tableaux de chasse.<\/p>\n<p>Le roi a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de l\u2019agitation \u00e0 Paris, par une d\u00e9putation de l\u2019Assembl\u00e9e. Le 11\u00a0juillet, il a malencontreusement renvoy\u00e9 Necker, ministre des Finances jug\u00e9 trop lib\u00e9ral, l\u2019homme le plus populaire du royaume, et il le rappellera le 16. En attendant, le mal est fait\u00a0: manifestations le 12\u00a0juillet, municipalit\u00e9 insurrectionnelle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, milice et foule arm\u00e9es le 13 (avec 28\u00a0000 fusils et 20 canons pris aux Invalides). \u00c0 la Bastille, on est all\u00e9 chercher la poudre et les munitions.<\/p>\n<p>La forteresse est avant tout le symbole historique de l\u2019absolutisme royal\u00a0: la r\u00e9volution parlementaire est devenue soudain populaire, et parisienne, en ce 14\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit trop souvent, ce jour n\u2019est pas l\u2019origine de notre f\u00eate nationale. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante, la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est une r\u00e9volte\u00a0?<br>\u2014 Non, Sire, c\u2019est une r\u00e9volution\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1333\" class=\"cit-num\">1333<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du duc de la <span class=\"caps\">ROCHEFOUCAULT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LIANCOURT<\/span> (1747-1827), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), r\u00e9veill\u00e9 le soir du 14\u00a0juillet, \u00e0 Versailles. Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand ma\u00eetre de la garde-robe s\u2019est permis de se manifester dans la nuit, pour informer le roi que la Bastille est prise et le gouverneur assassin\u00e9. Mieux que son ma\u00eetre, il a compris l\u2019importance symbolique du fait. Et ce bref dialogue r\u00e9sume bien la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, qu\u2019est-ce que nous avons fait\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1340\" class=\"cit-num\">1340<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Armand de <span class=\"caps\">GONTAUT<\/span>, duc de Biron (1747-1793), 5\u00a0ao\u00fbt 1789. <em>Histoire et dictionnaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1799<\/em> (1998), Jean Tulard, Jean-Fran\u00e7ois Fayard, Alfred Fierro<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cri du c\u0153ur d\u2019un aristocrate apostrophant \u00e0 l\u2019aube ses pairs, apr\u00e8s la fameuse nuit du 4\u00a0ao\u00fbt \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e \u2013 militaire \u00e9gar\u00e9 en politique, il sera emport\u00e9 par la tourmente r\u00e9volutionnaire, victime de son humour.<\/p>\n<p>Jacques Bainville d\u00e9crit la sc\u00e8ne dans son <em>Histoire de France<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Dans une sorte de vertige, ce fut \u00e0 qui proposerait d\u2019immoler un privil\u00e8ge. Apr\u00e8s les droits seigneuriaux, la d\u00eeme, qui avait cependant pour contrepartie les charges de l\u2019assistance publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e nationale d\u00e9truit enti\u00e8rement le r\u00e9gime f\u00e9odal.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1343\" class=\"cit-num\">1343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9cret du 11\u00a0ao\u00fbt 1789. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise et le r\u00e9gime f\u00e9odal<\/em> (1919), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte final du d\u00e9cret est d\u2019Adrien Jean-Fran\u00e7ois du Port, l\u2019un des premiers d\u00e9put\u00e9s de la noblesse \u00e0 s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 au tiers (le 25\u00a0juin).<\/p>\n<p>Suite et fin du grand \u00e9lan n\u00e9 la nuit du 4\u00a0ao\u00fbt. Selon Fran\u00e7ois Furet, \u00ab\u00a0le trait le plus important des d\u00e9cisions vot\u00e9es dans cette fameuse semaine d\u2019ao\u00fbt\u00a01789 est leur caract\u00e8re durable. La R\u00e9volution fran\u00e7aise a cr\u00e9\u00e9 beaucoup d\u2019institutions provisoires et l\u00e9gif\u00e9r\u00e9 souvent pour le court terme\u00a0; mais les d\u00e9crets du 4 et du 11\u00a0ao\u00fbt sont parmi les textes fondateurs de la France moderne. Ils d\u00e9truisent de fond en comble la soci\u00e9t\u00e9 aristocratique, et sa structure de d\u00e9pendances et de privil\u00e8ges\u00a0\u00bb (<em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>).<\/p>\n<p>Moins spectaculaire, c\u2019est plus essentiel et surtout plus r\u00e9volutionnaire que la destruction de la Bastille.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/800px-le_barbier_dichiarazione_dei_diritti_delluomo.jpg\" width=\"400\" height=\"548\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1344\" class=\"cit-num\">1344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789, article 1er<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Petit chef d\u2019\u0153uvre historique et juridique, texte fondamental vot\u00e9 par la Constituante, premi\u00e8re des trois Assembl\u00e9es r\u00e9volutionnaires. Cette D\u00e9claration servira de Pr\u00e9ambule \u00e0 la premi\u00e8re Constitution adopt\u00e9e en 1791, mais restera une r\u00e9f\u00e9rence pour nos institutions et pour les Constitutions de 1852, 1946 et 1958.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019article \u00e9nonce la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 en termes g\u00e9n\u00e9raux. Les d\u00e9finitions sont compl\u00e9t\u00e9es par les articles\u00a04 \u2013 \u00ab\u00a0La libert\u00e9 consiste \u00e0 faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui\u00a0\u00bb \u2013 et 6 \u2013 \u00ab\u00a0La loi [\u2026] doit \u00eatre la m\u00eame pour tous, soit qu\u2019elle prot\u00e8ge, soit qu\u2019elle punisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La D\u00e9claration \u00e9nonce d\u2019abord les \u00ab\u00a0droits naturels et imprescriptibles\u00a0\u00bb de l\u2019homme\u00a0: libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 devant la loi, propri\u00e9t\u00e9. Elle ajoute ceux de la nation\u00a0: s\u00e9paration des pouvoirs l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif et judiciaire\u00a0; souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le principe de toute souverainet\u00e9 r\u00e9side essentiellement dans la Nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1345\" class=\"cit-num\">1345<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> du 26\u00a0ao\u00fbt 1789, article\u00a03<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule lapidaire. La souverainet\u00e9 sera par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0une, indivisible, inali\u00e9nable et imprescriptible\u00a0\u00bb dans la Constitution de 1791, \u00e0 laquelle la D\u00e9claration sert de base.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme<\/em> apprit au monde entier que la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e9tait faite pour lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1347\" class=\"cit-num\">1347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896), La Libert\u00e9 (1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par son exigence de rationalit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9, la D\u00e9claration fran\u00e7aise d\u00e9passe les pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9clarations anglaise et am\u00e9ricaine, m\u00eame si elle s\u2019inspire de la <em>D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance<\/em> de 1776. Elle porte surtout la marque d\u2019une bourgeoisie lib\u00e9rale nourrie de la philosophie des Lumi\u00e8res. Deux autres D\u00e9clarations suivront, en\u00a01793 et\u00a01795.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le monde a perdu beaucoup de ses rep\u00e8res et de ses utopies, les Fran\u00e7ais sont souvent critiques et critiqu\u00e9s, mais la France reste dans la m\u00e9moire collective \u00ab\u00a0la patrie des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour faire sentir toute l\u2019absurdit\u00e9 de ce d\u00e9cret, il suffit de dire que Jean-Jacques Rousseau, Corneille et Gabriel de Mably [le philosophe] n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9ligibles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1350\" class=\"cit-num\">1350<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">DESMOULINS<\/span> (1760-1794).<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, Volume 1, La Constituante (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le socialiste Jean Jaur\u00e8s, grand homme politique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui dirige cette <em>Histoire<\/em> en 13 volumes, va r\u00e9diger lui-m\u00eame les quatre premiers, traitant de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le journaliste r\u00e9volutionnaire Camille Desmoulins, qui n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9, s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre le syst\u00e8me censitaire instaur\u00e9 le 29\u00a0septembre 1789. Un tel mode d\u2019\u00e9lection aurait m\u00eame exclu J\u00e9sus-Christ, selon lui\u00a0!<\/p>\n<p>Sont citoyens actifs (\u00e9lecteurs) ceux qui paient un imp\u00f4t direct \u00e9gal \u00e0 trois journ\u00e9es de travail\u00a0; \u00e9ligibles, dix journ\u00e9es de travail. Exclus d\u2019office\u00a0: les juifs, les valets, les banqueroutiers et les d\u00e9biteurs insolvables.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne manquerons plus de pain\u00a0! Nous ramenons le boulanger, la boulang\u00e8re et le petit mitron.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1356\" class=\"cit-num\">1356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri et chant de victoire des femmes du peuple ramenant le roi, la reine et le dauphin, sur le chemin de Versailles \u00e0 Paris, 6\u00a0octobre 1789.<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chez Louis Blanc, l\u2019homme politique l\u2019emporte incontestablement sur l\u2019historien et gauchit logiquement toute son \u0153uvre.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c9pilogue des deux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, 5 et 6\u00a0octobre. Les 6\u00a0000\u00a0\u00e0 7\u00a0000\u00a0femmes venues la veille de Paris crient aujourd\u2019hui victoire, puisque le roi a promis le pain aux Parisiens. Le roi, en tant que \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb, doit assurer la subsistance, et le pain tient une grande part dans le budget des petites gens, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: boulanger, boulang\u00e8re, petit mitron.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tant que les femmes ne s\u2019en m\u00ealent pas, il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable r\u00e9volution\u00a0\u00bb, \u00e9crit Choderlos de Laclos en 1783, dans <em>L\u2019\u00c9ducation des femmes<\/em>. Cela dit, la tr\u00e8s symbolique marche des femmes fut encadr\u00e9e au d\u00e9part par des meneurs qui ont particip\u00e9 \u00e0 la prise de la Bastille, trois mois plus t\u00f4t. On a vu des hommes arm\u00e9s de piques et de fourches, et certains travestis en femmes, trahis par leur voix.<\/p>\n<p>Le soir, \u00e0 20\u00a0heures, le maire de Paris accueille le carrosse royal sous les vivats et les bravos du peuple. Quand Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> peut enfin s\u2019installer aux Tuileries, il n\u2019imagine pas qu\u2019il est d\u00e9sormais prisonnier du peuple parisien. Mais d\u2019autres sont plus lucides.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du temps de la Fronde, Paris n\u2019est encore que la plus grande ville de France. En 1789, il est d\u00e9j\u00e0 la France m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1358\" class=\"cit-num\">1358<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TCOQUEVILLE<\/span> (1805-1859),<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La prise de la Bastille avait replac\u00e9 d\u2019un seul coup la capitale \u00e0 la t\u00eate de la France et redonn\u00e9 au peuple parisien un grand premier r\u00f4le dans le psychodrame r\u00e9volutionnaire. L\u2019Assembl\u00e9e constituante, qui a quitt\u00e9 Versailles et suivi la famille royale, si\u00e8ge \u00e0 partir du 19\u00a0octobre \u00e0 la salle du Man\u00e8ge, pr\u00e8s du palais des Tuileries. Le peuple de Paris remplit les tribunes de l\u2019Assembl\u00e9e, perturbe les s\u00e9ances, intervient dans les d\u00e9bats, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 emp\u00eacher le vote de telle ou telle motion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne serai jamais la d\u00e9nonciatrice de mes sujets\u00a0: j\u2019ai tout vu, tout su, tout oubli\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1359\" class=\"cit-num\">1359<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793).<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Telle est l\u2019attitude, tr\u00e8s digne, de la reine, alors qu\u2019on tente de faire la lumi\u00e8re sur les d\u00e9sordres, au cours des deux journ\u00e9es d\u2019octobre. Une proc\u00e9dure est instruite contre les fauteurs de l\u2019insurrection par le Ch\u00e2telet (tribunal de justice et \u00e9galement prison). Elle inculpe le duc d\u2019Orl\u00e9ans (cousin du roi, premier prince du sang aux ambitions royales, futur Philippe \u00c9galit\u00e9) et son secr\u00e9taire Choderlos de Laclos (qui a envoy\u00e9 sa ma\u00eetresse dans le cort\u00e8ge des femmes marchant sur Versailles). Les deux hommes s\u2019enfuient \u00e0 Londres et ne reviendront en France que lors de la F\u00e9d\u00e9ration, en juillet\u00a01790. Mirabeau, tr\u00e8s li\u00e9 avec la \u00ab\u00a0faction Orl\u00e9ans\u00a0\u00bb, a certainement jou\u00e9 un r\u00f4le dans ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Repassez quand je serai ministre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1360\" class=\"cit-num\">1360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 ses cr\u00e9anciers. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve Lavisse, \u00ab\u00a0l\u2019instituteur national\u00a0\u00bb v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, faisant \u00e9quipe avec Sagnac, professeur d\u2019histoire contemporaine et sp\u00e9cialiste de la R\u00e9volution \u2013 la p\u00e9riode qui fascine le plus les professionnels comme les amateurs d\u2019histoire.<\/p>\n<p>Cet homme toujours couvert de femmes et de dettes, aussi intelligent qu\u2019ambitieux, intrigue pour supplanter Necker et se voit d\u00e9j\u00e0 chef mod\u00e9rateur d\u2019une R\u00e9volution qu\u2019il faut savoir finir \u2013 grand dessein d\u2019un certain nombre de r\u00e9volutionnaires successifs.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re note secr\u00e8te de Mirabeau \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est dat\u00e9e du 15\u00a0octobre 1789. Il ne sera v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0achet\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019en mai\u00a01790.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne se fait payer que dans le sens de ses convictions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1363\" class=\"cit-num\">1363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834) parlant de Mirabeau qui offre ses services au roi et \u00e0 la reine, en mars\u00a01790. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Mirabeau (Honor\u00e9 Gabriel Riqueti, comte de)\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mirabeau est vendu\u00a0\u00bb, disent ses adversaires. La Fayette est plus fair-play\u00a0: la v\u00e9nalit\u00e9 de Mirabeau ne se discute m\u00eame pas, mais il s\u2019en tient toujours \u00e0 ses id\u00e9es.<\/p>\n<p>Mirabeau tente de faire prendre \u00e0 la R\u00e9volution un tournant \u00e0 droite, et man\u0153uvre en secret pour sauver la monarchie. Il va donc offrir ses services au roi et \u00e0 la reine \u2013 ou plus exactement, les vendre tr\u00e8s cher, l\u2019homme \u00e9tant toujours couvert de dettes. Ses intrigues contrarient le jeu et les ambitions personnelles de La Fayette, qui l\u2019a eu un temps comme alli\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici commence le pays de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1366\" class=\"cit-num\">1366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription sur un drapeau fran\u00e7ais, plant\u00e9 sur le pont de Kehl \u00e0 Strasbourg, 13\u00a0juin\u00a01790. <em>La France de l\u2019Est<\/em> (1917), Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 13\u00a0juin 1790, des repr\u00e9sentants d\u2019Alsace, de Lorraine et de Franche-Comt\u00e9, r\u00e9unis (presque) spontan\u00e9ment en F\u00e9d\u00e9ration \u00e0 Strasbourg, plantent sur le pont de Kehl un drapeau fran\u00e7ais, tricolore et symbolique, avec ces mots. Ils manifestent ainsi l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Alsace \u00e0 la communaut\u00e9 nationale fran\u00e7aise. Par l\u00e0 m\u00eame, ils soutiennent les acquis de 1789, les lois vot\u00e9es par la Constituante, et les fronti\u00e8res nationales. Les cons\u00e9quences vont \u00eatre immenses \u2013 une suite de guerres \u00e9tal\u00e9es sur vingt-trois ans.<\/p>\n<p>L\u2019Alsace est et sera toujours un cas tr\u00e8s particulier dans l\u2019histoire. Sa r\u00e9union \u00e0 la France date de 1648 (trait\u00e9 de Westphalie mettant fin \u00e0 la guerre de Trente Ans). La France respecte les franchises incluses dans le trait\u00e9, la langue alsacienne et la libert\u00e9 religieuse. Mais certains princes allemands ont conserv\u00e9 des fiefs enclav\u00e9s, o\u00f9 s\u2019applique toujours le droit du Saint Empire romain germanique. La R\u00e9publique voudra bient\u00f4t \u00e9tablir l\u2019unit\u00e9 du territoire national, contre les \u00ab\u00a0princes possessionn\u00e9s\u00a0\u00bb, mais d\u00e9j\u00e0 le peuple alsacien opte pour le \u00ab\u00a0pays de la Libert\u00e9\u00a0\u00bb. L\u2019Alsace fournira de grands officiers \u00e0 la France r\u00e9volutionnaire (Kl\u00e9ber, Kellermann), et son hymne national, <em>La Marseillaise<\/em>, chant\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par Rouget de l\u2019Isle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Strasbourg.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/federation.jpg\" width=\"450\" height=\"277\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, roi des Fran\u00e7ais, je jure [\u2026] de maintenir la Constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1369\" class=\"cit-num\">1369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790.<em> Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien plus besogneux que talentueux, politicien modeste et Acad\u00e9micien \u00e0 l\u2019usure, Henri Martin c\u00e8de \u00e0 la vogue historienne qui caract\u00e9rise tout le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Cet ambitieux projet l\u2019emporte sur le reste de sa bibliographie.<\/p>\n<p>Le jour anniversaire de la prise de la Bastille, toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales, venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun, Talleyrand, qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, d\u2019autant plus qu\u2019il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent. Heure solennelle, devant 300\u00a0000 personnes, alors qu\u2019il murmure \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis (ou \u00e0 La Fayette, selon les sources)\u00a0: \u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb Mot apocryphe, selon Chateaubriand.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit de ces coulisses et des intentions r\u00e9elles du roi, le pays peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle. Sit\u00f4t qu\u2019il para\u00eet et qu\u2019il parle, il semble que le pacte mill\u00e9naire entre les Fran\u00e7ais et le Cap\u00e9tien se renoue. Tous ces provinciaux qui voient Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour la premi\u00e8re fois oublient ce qu\u2019on a pu dire du \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb. Le peuple est le plus sinc\u00e8re de tous les participants \u00e0 ce grand spectacle, criant\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le roi, vive la reine, vive le dauphin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1370\" class=\"cit-num\">1370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien de la R\u00e9volution voit en cette f\u00eate du 14\u00a0juillet 1790 le point culminant de l\u2019\u00e9poque, son g\u00e9nie m\u00eame. C\u2019est le jour de tous les espoirs. Et le peuple chante la plus gaie des carmagnoles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai jur\u00e9 de mourir libre, la libert\u00e9 est perdue, je meurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1393\" class=\"cit-num\">1393<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PROVANT<\/span> (??-1791), apr\u00e8s le massacre du Champ de Mars, 17\u00a0juillet 1791. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Garde national du bataillon de Saint-Nicolas, il \u00e9crit ces mots et se br\u00fble la cervelle, juste apr\u00e8s le drame.<\/p>\n<p>Paris est en \u00e9bullition, entre les p\u00e9titions \u00e0 signer pour d\u00e9cider du sort du roi, et l\u2019anniversaire de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer. Le drapeau rouge de la loi martiale est d\u00e9ploy\u00e9 sur ordre du g\u00e9n\u00e9ral La Fayette, commandant de la garde nationale. La confusion devient totale. Un coup de feu part d\u2019on ne sait o\u00f9, et La Fayette fait tirer sur la foule.<\/p>\n<p>En fait, il y aura 15 morts (50, selon d\u2019autres sources). Ce n\u2019est pas consid\u00e9rable. Et pour \u00e9viter le pire, voyant des officiers pr\u00eats \u00e0 employer l\u2019artillerie, La Fayette a pouss\u00e9 son cheval face \u00e0 la gueule des canons, un geste qu\u2019il faut porter \u00e0 son cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, le choc est immense\u00a0: pour la premi\u00e8re fois, la milice bourgeoise a fait feu contre le peuple. Du jour au lendemain, La Fayette le h\u00e9ros est d\u00e9test\u00e9. Le drapeau rouge fait son entr\u00e9e dans l\u2019histoire de France \u2013 mais il aura une signification oppos\u00e9e, quand il sera d\u00e9ploy\u00e9 par les r\u00e9volutionnaires contre l\u2019ordre \u00e9tabli. Et le foss\u00e9 se creuse entre les d\u00e9put\u00e9s constitutionnels mod\u00e9r\u00e9s et les autres, de plus en plus pr\u00e9sents.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Royaume est un et indivisible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1396\" class=\"cit-num\">1396<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution de septembre\u00a01791, article 1er<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Constitution, vot\u00e9e le 3\u00a0septembre, cr\u00e9e une monarchie constitutionnelle. Dans un an presque jour pour jour, la formule sera reprise pour la R\u00e9publique\u00a0: une et indivisible.<\/p>\n<p>Le 14\u00a0septembre, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> doit pr\u00eater serment d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la nation et de maintenir la Constitution\u00a0: roi de France de droit divin, il est devenu roi h\u00e9r\u00e9ditaire des Fran\u00e7ais. Il joue le r\u00f4le de chef de l\u2019ex\u00e9cutif, il gouvernera avec six ministres, responsables devant l\u2019assembl\u00e9e dite L\u00e9gislative, \u00e9lue pour deux ans au suffrage censitaire (par une minorit\u00e9 de bourgeois et de propri\u00e9taires terriens).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le terme de la R\u00e9volution est arriv\u00e9\u00a0\u00bb, dit le roi. Une phrase souvent prononc\u00e9e, un v\u0153u qui n\u2019est pas pr\u00e8s d\u2019\u00eatre exauc\u00e9\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Jacobins ne sont pas la R\u00e9volution, mais l\u2019\u0153il de la R\u00e9volution, l\u2019\u0153il pour surveiller, la voix pour accuser, le bras pour frapper.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1401\" class=\"cit-num\">1401<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Jacobins deviennent l\u2019aile gauche de la nouvelle assembl\u00e9e. Rappelons l\u2019importance du club des Jacobins, soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9volutionnaire cr\u00e9\u00e9e en octobre\u00a01789 (sous le nom de Soci\u00e9t\u00e9 des amis de la Constitution). De tendance d\u2019abord mod\u00e9r\u00e9e (avec Barnave, du Port, La Fayette, de Lameth, Mirabeau, Siey\u00e8s, Talleyrand, Brissot, et Robespierre \u00ab\u00a0premi\u00e8re mani\u00e8re\u00a0\u00bb), le club se scinde apr\u00e8s la fuite du roi \u00e0 Varennes et l\u2019affaire du Champ de Mars. Il prend le nom de Soci\u00e9t\u00e9 des amis de la Libert\u00e9 et de l\u2019\u00c9galit\u00e9, les r\u00e9publicains y restent, et les mod\u00e9r\u00e9s partent cr\u00e9er le club des Feuillants.<\/p>\n<p>Les clubs sont le si\u00e8ge d\u2019une vie politique intense \u2013 d\u2019autant plus qu\u2019aucun d\u00e9put\u00e9 de la Constituante ne pouvait \u00eatre \u00e9lu \u00e0 la nouvelle assembl\u00e9e. Tous les grands orateurs et tous les meneurs se retrouvent aux Jacobins, aux Feuillants, aux Cordeliers, alors que la L\u00e9gislative r\u00e9unit des hommes nouveaux et sans exp\u00e9rience.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout condamn\u00e9 \u00e0 mort aura la t\u00eate tranch\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1402\" class=\"cit-num\">1402<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Loi du 6\u00a0octobre 1791. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1862), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Source pr\u00e9cieuse, pour tout historien consciencieux. Texte clair et net, tranchant comme une lame. C\u2019est l\u2019une des premi\u00e8res mesures vot\u00e9es par les 745 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 1er\u00a0octobre 1789, le d\u00e9put\u00e9 Guillotin demandait l\u2019abolition des peines infamantes et proposait, le 20\u00a0janvier 1790, que la peine capitale soit la d\u00e9capitation \u00e9galitaire pour tous, par le moyen d\u2019un m\u00e9canisme simple qu\u2019on met \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Motion ajourn\u00e9e, puis reprise.<\/p>\n<p>La loi de 1791 marque un progr\u00e8s de la justice. Sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, le noble \u00e9tait d\u00e9capit\u00e9, le voleur de grand chemin rou\u00e9 de coups en place publique, le r\u00e9gicide et le criminel d\u2019\u00c9tat \u00e9cartel\u00e9s, le faux-monnayeur bouilli vif dans un chaudron, l\u2019h\u00e9r\u00e9tique br\u00fbl\u00e9 sur un b\u00fbcher, le domestique voleur de son ma\u00eetre pendu. La R\u00e9volution cr\u00e9\u00e9e l\u2019unification des peines, qui est une forme d\u2019\u00e9galit\u00e9. La guillotine pourra bient\u00f4t fonctionner.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0100\u00a0000 Fran\u00e7ais chass\u00e9s \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, 120\u00a0000 Fran\u00e7ais chass\u00e9s \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, voil\u00e0 comment la d\u00e9mocratie intol\u00e9rante ach\u00e8ve l\u2019\u0153uvre de la monarchie intol\u00e9rante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1409\" class=\"cit-num\">1409<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il compare les deux \u00e9migrations qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de la France moderne\u00a0: lors de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> contre les protestants, et apr\u00e8s les mesures r\u00e9volutionnaires contre les \u00e9migr\u00e9s. Ses chiffres sont m\u00eame inf\u00e9rieurs \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re grande loi est vot\u00e9e par la L\u00e9gislative, le 8\u00a0avril 1792\u00a0: confiscation (en attendant la vente) des biens de tous ceux qui \u00e9taient absents de France depuis le 1er\u00a0juillet 1789 et qui ne seraient pas de retour sous un mois. Premier \u00e9migr\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre, le comte d\u2019Artois, le 17\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9migration va s\u2019amplifier \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1792 et changer de nature\u00a0: plus seulement les aristocrates, mais toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La liste des \u00e9migr\u00e9s (close par Bonaparte en 1800) comportera 145\u00a0000 noms. Celle, plus fiable, de Ronald Greer (\u00e9tude de Harvard, en 1951) donne 150-160\u00a0000 noms. Le tiers \u00e9tat repr\u00e9sente 51\u00a0%, les privil\u00e9gi\u00e9s 42\u00a0% (reste 7\u00a0% de non identifi\u00e9s).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La patrie est en danger.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1418\" class=\"cit-num\">1418<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gislative, Proclamation par d\u00e9cret du 11\u00a0juillet 1792. <em>Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1920), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis la d\u00e9claration de guerre \u00e0 l\u2019Autriche en avril, les d\u00e9faites se succ\u00e8dent aux fronti\u00e8res de l\u2019Est.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de 80\u00a0000 hommes est insuffisante, et mal dirig\u00e9e par des officiers surnomm\u00e9s les \u00ab\u00a0vaincre ou courir\u00a0\u00bb, face aux Prussiens command\u00e9s par Brunswick et aux \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais emmen\u00e9s par Cond\u00e9, cependant que la menace d\u2019un complot aristocratique plane sur la France. Chacun se pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019invasion \u00e9trang\u00e8re et l\u2019on soup\u00e7onne le roi d\u2019\u00eatre de connivence avec l\u2019empereur d\u2019Allemagne Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, neveu de Marie-Antoinette.<\/p>\n<p>Vot\u00e9e le 12\u00a0juillet, une loi appelle aux armes 50\u00a0000 soldats et 46 bataillons de volontaires, soit 33\u00a0600 hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La royaut\u00e9 est abolie en France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1439\" class=\"cit-num\">1439<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 21\u00a0septembre 1792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1900), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin de la monarchie mill\u00e9naire, vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des 749 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la nouvelle assembl\u00e9e, la disposition des d\u00e9put\u00e9s a une signification qui n\u2019est pas que formelle. Les Girondins prennent place \u00e0 droite, alors qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 gauche \u00e0 la L\u00e9gislative, et les Montagnards \u00e0 gauche \u2013 ils si\u00e9geaient sur les bancs les plus \u00e9lev\u00e9s (la Montagne) dans la pr\u00e9c\u00e9dente assembl\u00e9e. Il existe une extr\u00eame gauche minoritaire, et une masse de centristes qui forment la Plaine (ou Marais) et se rallieront \u00e0 la Montagne. Mais la Convention est majoritairement girondine \u2013 jusqu\u2019au 2\u00a0juin 1793.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne pouvons plus compter les ann\u00e9es o\u00f9 les rois nous opprimaient comme un temps o\u00f9 nous avons v\u00e9cu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1440\" class=\"cit-num\">1440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FABRE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">\u00c9GLANTINE<\/span> (1750-1794), d\u00e9fendant l\u2019id\u00e9e du calendrier r\u00e9volutionnaire. <em>Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1992), Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1 122 pages, 24 auteurs, 99 articles en forme de courts essais, ce <em>Dictionnaire critique<\/em> est une vaste entreprise collective dirig\u00e9e par deux historiens tr\u00e8s contemporains. Fran\u00e7ois Furet, ex marxiste qui n\u2019est plus d\u2019aucune \u00e9cole, \u00ab\u00a0relit\u00a0\u00bb la R\u00e9volution en toute libert\u00e9, comme un \u00e9pisode r\u00e9volu du roman national. L\u2019attitude fait pol\u00e9mique, surtout \u00e0 gauche o\u00f9 ce rep\u00e8re fait toujours r\u00e9f\u00e9rence\u00a0! Mais le public (sans pr\u00e9jug\u00e9) adh\u00e8re au nouveau parti pris. Ce sera un best-seller quand on f\u00eatera le Bicentenaire de la R\u00e9volution et nous citerons souvent cette source, dans <em>l\u2019Histoire en citations.<\/em><\/p>\n<p>Le 22\u00a0septembre 1792 devient le premier jour de l\u2019an I de la R\u00e9publique. C\u2019est l\u2019\u00e9quinoxe d\u2019automne, heureux pr\u00e9sage\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9galit\u00e9 des jours et des nuits \u00e9tait marqu\u00e9e dans le ciel [le m\u00eame jour o\u00f9] l\u2019\u00e9galit\u00e9 civile et morale \u00e9tait proclam\u00e9e par les repr\u00e9sentants du peuple\u00a0\u00bb, note Gilbert Romme, d\u00e9put\u00e9 montagnard.<\/p>\n<p>Fait curieux, rien n\u2019est dat\u00e9 de l\u2019an I, tout commence en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span>, le 5\u00a0octobre 1793 (14 vend\u00e9miaire an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>), quand le calendrier r\u00e9volutionnaire est adopt\u00e9 par la Convention. Il tombe en d\u00e9su\u00e9tude apr\u00e8s la R\u00e9volution et Napol\u00e9on\u00a0Ier y met fin, le 9\u00a0septembre 1805.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La nature elle-m\u00eame, dans la langue charmante de ses fruits, de ses fleurs, dans les bienfaisantes r\u00e9v\u00e9lations de ses dons maternels, nomme les phases de l\u2019ann\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1441\" class=\"cit-num\">1441<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le calendrier agricole de Fabre d\u2019\u00c9glantine, d\u00e9put\u00e9 montagnard (et auteur de la romance \u00ab\u00a0<em>\u00a0Il pleut, il pleut berg\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb) l\u2019emporte sur d\u2019autres propositions. Premi\u00e8re victoire d\u2019une \u00e9cologie qui ne dit pas encore son nom et qui inspire le lyrisme bucolique de notre historien le plus romantique.<br>Fabre d\u2019\u00c9glantine est d\u2019ailleurs l\u2019auteur d\u2019une <em>\u00c9tude de la nature<\/em> (1783) d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Buffon, savant naturaliste, biologiste, et cr\u00e9ateur du Jardin des Plantes \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Vend\u00e9miaire, brumaire, frimaire renvoient aux vendanges, aux brumes, aux frimas de l\u2019automne. Niv\u00f4se, pluvi\u00f4se et vent\u00f4se \u00e9voquent neiges, pluies et vents d\u2019hiver. Les mois du printemps leur succ\u00e8dent, germinal, flor\u00e9al, prairial, associ\u00e9s \u00e0 germination, floraison et prairies. Enfin, l\u2019\u00e9t\u00e9 de messidor, thermidor et fructidor, qui rappellent moissons, chaleur et fruits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique fran\u00e7aise est une et indivisible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1442\" class=\"cit-num\">1442<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9claration du 25\u00a0septembre 1792. <em>Constitution de la R\u00e9publique fran\u00e7aise<\/em> (1799), Imprimerie nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019instigation des Montagnards, la nouvelle formule remplace celle du \u00ab\u00a0royaume un et indivisible\u00a0\u00bb qui aura v\u00e9cu un an, le temps de la br\u00e8ve L\u00e9gislative. Cette Premi\u00e8re R\u00e9publique ne vivra que cinq ans, mais l\u2019id\u00e9e-force s\u2019inscrit dans toutes les Constitutions \u00e0 venir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Convention nationale d\u00e9clare au nom de la nation fran\u00e7aise qu\u2019elle accordera fraternit\u00e9 et secours \u00e0 tous les peuples qui voudront recouvrer leur libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1451\" class=\"cit-num\">1451<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 19\u00a0novembre\u00a01792. <em>Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1899), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les archives parlementaires, tout comme l\u2019Imprimerie nationales ou (plus r\u00e9cemment) le site de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, valent naturellement sources pour les historiens.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 ce d\u00e9cret, il s\u2019inscrit dans la logique du discours de Danton, en date du 28\u00a0septembre.<\/p>\n<p>Cette promesse solennelle va pousser la France \u00e0 se lancer dans une suite de guerres que les historiens se demandent encore comment justifier\u00a0: annexion au nom de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles, cr\u00e9ation d\u2019un glacis de r\u00e9publiques s\u0153urs, ou v\u00e9ritable croisade pour la libert\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Il faut se replacer en cette fin d\u2019ann\u00e9e 1792\u00a0: les r\u00e9volutionnaires vivent dans la peur de l\u2019agression, car ils ont lanc\u00e9 un formidable d\u00e9fi \u00e0 l\u2019ordre ancien de l\u2019Europe. Quant aux peuples d\u00e9sireux de recouvrer leur libert\u00e9, nos r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais s\u2019illusionnent\u00a0: soci\u00e9t\u00e9s de paysans au degr\u00e9 d\u2019alphab\u00e9tisation tr\u00e8s bas, elles ne sont pas touch\u00e9es par des id\u00e9aux que les rois et les empereurs n\u2019ont nul int\u00e9r\u00eat \u00e0 diffuser. Reste la minorit\u00e9 de lettr\u00e9s, et la force des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> hors de Versailles, hors du tr\u00f4ne, seul et sans cour, d\u00e9pouill\u00e9 de tout l\u2019appareil de la royaut\u00e9, se croyait roi malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 le jugement de Dieu, malgr\u00e9 sa chute m\u00e9rit\u00e9e, malgr\u00e9 ses fautes [\u2026] C\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019on voulut tuer. C\u2019est cette pens\u00e9e impie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1466\" class=\"cit-num\">1466<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien dit clairement le paradoxe de cette trag\u00e9die \u00e0 la fois personnelle et nationale.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, profond\u00e9ment croyant, reste en son \u00e2me et conscience \u00ab\u00a0roi de droit divin\u00a0\u00bb et non pas roi des Fran\u00e7ais dans une monarchie constitutionnelle. La France profonde, paysanne et provinciale, tr\u00e8s catholique, partage cette \u00ab\u00a0pens\u00e9e impie\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 le traumatisme caus\u00e9 par ce proc\u00e8s public \u00e0 l\u2019issue passionn\u00e9ment attendue.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/hinrichtung_ludwig_des_xvi.png\" width=\"420\" height=\"272\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fils de Saint Louis, montez au ciel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1478\" class=\"cit-num\">1478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">EDGEWORTH<\/span> de <span class=\"caps\">FIRMONT<\/span> (1745-1807), confesseur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, au roi montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 21\u00a0janvier 1793. <em>Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1822), Saint-Albin Berville, Fran\u00e7ois Barri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot est rapport\u00e9 par les nombreux journaux du temps. La pi\u00e9t\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> est notoire et en cela, il est fils de Saint Louis. C\u2019est aussi le dernier roi de France appartenant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, d\u2019o\u00f9 le nom de Louis Capet sous lequel il fut accus\u00e9 et jug\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 la France coupa la t\u00eate de son roi, elle commit un suicide.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1483\" class=\"cit-num\">1483<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ernest <span class=\"caps\">RENAN<\/span> (1823-1892), <em>La R\u00e9forme intellectuelle et morale de la France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien chr\u00e9tien, il fait r\u00e9f\u00e9rence au lien charnel qui existe entre le pays et le roi, allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019identification \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, sous Louis <span class=\"caps\">XI<\/span> qui affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis France\u00a0\u00bb. Plus contemporain, on pense aussi au mot de Mauriac \u00e0 propos du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, en 1940\u00a0: \u00ab\u00a0Un fou a dit, moi la France, et personne n\u2019a ri parce que c\u2019\u00e9tait vrai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion de Renan intervient au lendemain de la d\u00e9faite face \u00e0 l\u2019Allemagne, quand la France amput\u00e9e, d\u00e9sempar\u00e9e, n\u2019est pas encore acquise \u00e0 la R\u00e9publique. Peinant \u00e0 faire son deuil d\u2019un r\u00e9gime monarchique constitutionnel, il parle donc \u00e0 ses contemporains \u2013 cela vaut pour la plupart des auteurs, historiens et philosophes. Il incrimine la R\u00e9volution, son culte de la \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb et de l\u2019homme nouveau, et regrette cette irr\u00e9m\u00e9diable rupture dans la continuit\u00e9 historique, dont la mort du roi fut le symbole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le supplice que j\u2019ai invent\u00e9 est si doux qu\u2019il n\u2019y a vraiment que l\u2019id\u00e9e de la mort qui puisse le rendre d\u00e9sagr\u00e9able. Aussi, si l\u2019on ne s\u2019attendait pas \u00e0 mourir, on croirait n\u2019avoir senti sur le cou qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re et agr\u00e9able fra\u00eecheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1510\" class=\"cit-num\">1510<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph Ignace <span class=\"caps\">GUILLOTIN<\/span> (1738-1814).<em> Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parlait en po\u00e8te, de la m\u00e9canique qu\u2019en m\u00e9decin et philanthrope il a fait adopter. Un d\u00e9cret du 13\u00a0juin 1793 installe dans chaque d\u00e9partement un \u00ab\u00a0appareil de justice\u00a0\u00bb. Mais la guillotine est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s active \u00e0 Paris, depuis le d\u00e9but de cette ann\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l\u2019insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacr\u00e9 des droits et le plus indispensable des devoirs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1514\" class=\"cit-num\">1514<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Constitution du 24\u00a0juin 1793, article\u00a035<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la Constitution de l\u2019an I, jamais appliqu\u00e9e du fait de la Terreur bient\u00f4t d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e, qui instaure un r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire. Constitution m\u00e9morable \u00e0 divers titres, approuv\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum au suffrage universel, tr\u00e8s d\u00e9mocratique et d\u00e9centralisatrice, proclamant de nouveaux droits \u00e9conomiques et sociaux (dont l\u2019instruction), consacrant la souverainet\u00e9 populaire, le recours au r\u00e9f\u00e9rendum\u2026 et le droit \u00e0 l\u2019insurrection, consid\u00e9r\u00e9 comme un devoir.<\/p>\n<p>Cet article est en tout cas inapplicable\u00a0: \u00ab\u00a0Le droit \u00e0 l\u2019insurrection, incontestable en th\u00e9orie, est en fait d\u00e9pourvu d\u2019efficacit\u00e9. La loi constitutionnelle d\u2019un pays ne peut le reconna\u00eetre sans jeter dans ce pays un ferment d\u2019anarchie. C\u2019est ce qui faisait dire \u00e0 Boissy d\u2019Anglas que la Constitution de 1793 avait organis\u00e9 l\u2019anarchie\u00a0\u00bb (L\u00e9on Duguit,<em> Trait\u00e9 de droit constitutionnel<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le nouveau syst\u00e8me de poids et mesures, fond\u00e9 sur la mesure du m\u00e9ridien de la Terre et la division d\u00e9cimale, servira uniform\u00e9ment dans toute la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1525\" class=\"cit-num\">1525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9cret du 1er\u00a0ao\u00fbt 1793 \u00e0 la Convention.<em> Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1906), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9cret g\u00e9nocidaire, m\u00eame jour, m\u00eame lieu, les m\u00eames hommes votent ce texte qui \u00e9tablit l\u2019uniformit\u00e9 et le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral des poids et mesures.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les guerres civiles et ext\u00e9rieures qui mettent v\u00e9ritablement la patrie en danger, malgr\u00e9 la crise des subsistances, les \u00e9meutes et les insurrections r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, malgr\u00e9 la r\u00e9volte f\u00e9d\u00e9raliste des d\u00e9partements contre les Montagnards proscripteurs des Girondins (en prison), envers et contre tout, les d\u00e9put\u00e9s font du bon travail \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Le m\u00e8tre devient l\u2019unit\u00e9 de longueur, le syst\u00e8me m\u00e9trique est utilis\u00e9 pour mesurer les superficies (are), les capacit\u00e9s (d\u00e9cim\u00e8tre cube ou litre), les poids (gramme) et m\u00eame la monnaie (le franc p\u00e8se 5 grammes). Le syst\u00e8me va s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir longtemps march\u00e9 sur des ruines, il faut \u00e9lever le grand \u00e9difice de la l\u00e9gislation civile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1526\" class=\"cit-num\">1526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CAMBAC\u00c9R\u00c8S<\/span> (1753-1824), rapport fait \u00e0 la Convention nationale sur le premier projet de Code civil, 21\u00a0ao\u00fbt 1793.<em> Archives parlementaires de 1787 \u00e0 1860<\/em> (1906), Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juriste sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, nourri de la philosophie des Lumi\u00e8res, Jean-Jacques R\u00e9gis de Cambac\u00e9r\u00e8s parle au nom du Comit\u00e9 de l\u00e9gislation \u2013 une vingtaine de comit\u00e9s et sous-comit\u00e9s se r\u00e9partissent le travail par secteurs (finances, instruction publique, marine, guerre, etc.) et pr\u00e9parent les textes pour l\u2019Assembl\u00e9e. C\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de nos commissions sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cambac\u00e9r\u00e8s pr\u00e9sente son rapport le 9\u00a0ao\u00fbt, puis d\u00e9crit cet \u00ab\u00a0\u00e9difice simple dans sa structure, majestueux dans ses proportions, grand par sa simplicit\u00e9 m\u00eame, et d\u2019autant plus solide que n\u2019\u00e9tant point b\u00e2ti sur le sable mouvant des syst\u00e8mes, il s\u2019\u00e9l\u00e8vera sur la terre ferme des lois de la nature, et sur le sol vierge de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mis en chantier trois ans plus t\u00f4t par la Constituante, le projet sera trois fois rejet\u00e9\u00a0: trop long et pas assez r\u00e9volutionnaire, puis trop court, victime des courants politiques contraires\u2026 C\u2019est quand m\u00eame une \u00e9tape importante dans l\u2019histoire du droit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien au monde ne fait plus d\u2019honneur aux Fran\u00e7ais que d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 capables de se donner froidement, impassiblement leur Code civil au milieu du d\u00e9lire de 1793.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1527\" class=\"cit-num\">1527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Edgar <span class=\"caps\">QUINET<\/span> (1803-1875),<em> La R\u00e9volution<\/em> (1865)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Onze ans plus tard, c\u2019est le Code Napol\u00e9on, et Cambac\u00e9r\u00e8s est toujours l\u00e0, pr\u00e9sident du S\u00e9nat et du Conseil d\u2019\u00c9tat, bient\u00f4t archichancelier de l\u2019Empire. \u00ab\u00a0La France [qui] a \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e par des coutumes, souvent par des caprices, et jamais par des lois\u00a0\u00bb (selon Mme\u00a0de Sta\u00ebl) r\u00e9alise en quelques ann\u00e9es le vieux r\u00eave d\u2019unification juridique de la monarchie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s ce moment jusqu\u2019\u00e0 celui o\u00f9 les ennemis auront \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s du territoire de la R\u00e9publique, tous les Fran\u00e7ais sont en \u00e9tat de r\u00e9quisition permanente pour le service des arm\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1528\" class=\"cit-num\">1528<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">D\u00e9cret sur la lev\u00e9e en masse, Convention, 23\u00a0ao\u00fbt 1793. <em>Collection compl\u00e8te des lois, d\u00e9crets, ordonnances, r\u00e8glements, de 1788 \u00e0 1830<\/em> (1834), Jean-Baptiste Duvergier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite au rapport de Bar\u00e8re de Vieuzac et au nom du salut public, l\u2019Assembl\u00e9e vote le d\u00e9cret de lev\u00e9e en masse et de guerre totale. Au volontariat de 1792 succ\u00e8de le service obligatoire, rendu in\u00e9vitable par les guerres de la premi\u00e8re coalition, et le recul de nos arm\u00e9es.<\/p>\n<p>Le texte du d\u00e9cret est aussi \u00e9loquent qu\u2019un discours\u00a0: \u00ab\u00a0Les jeunes gens iront au combat\u00a0; les hommes mari\u00e9s forgeront les armes et transporteront les subsistances\u00a0; les femmes feront des tentes, des habits, et serviront dans les h\u00f4pitaux\u00a0; les enfants mettront le vieux linge en charpie\u00a0; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, pr\u00eacher la haine des rois et l\u2019unit\u00e9 de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les soldats de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> atteindront presque le million.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guerre aux tyrans\u00a0! Guerre aux aristocrates\u00a0! Guerre aux accapareurs\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1531\" class=\"cit-num\">1531<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mots d\u2019ordre des sections populaires des sans-culottes, 5\u00a0septembre 1793. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un long cort\u00e8ge d\u2019\u00e9meutiers, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de Pache et de Chaumette, encadr\u00e9 par les H\u00e9bertistes et les Enrag\u00e9s, s\u2019\u00e9branle de l\u2019H\u00f4tel de Ville \u00e0 la Convention. Les sans-culottes n\u2019ont pas besoin, comme au 2\u00a0juin, de violence pour faire plier l\u2019Assembl\u00e9e qui c\u00e9dera \u00e0 la plupart de leurs revendications \u00e9conomiques, mais pas \u00e0 la destitution des nobles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Terreur est \u00e0 l\u2019ordre du jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1532\" class=\"cit-num\">1532<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Convention, D\u00e9cret du 5\u00a0septembre 1793. <em>Mouvement populaire et gouvernement r\u00e9volutionnaire en l\u2019An\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 1793-1794<\/em> (1973), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pression populaire est impressionnante. Une d\u00e9putation du club des Jacobins soutient les sans-culottes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9e, la Convention c\u00e8de en se pla\u00e7ant sur le plan du droit. Une Premi\u00e8re Terreur (six semaines) avait succ\u00e9d\u00e9 au 10\u00a0ao\u00fbt 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur, et m\u00e9riter bient\u00f4t le nom de Grande Terreur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous aurons le temps d\u2019\u00eatre humains lorsque nous serons vainqueurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1537\" class=\"cit-num\">1537<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie Jean <span class=\"caps\">H\u00c9RAULT<\/span> de <span class=\"caps\">S\u00c9CHELLES<\/span> (1759-1794), Circulaire du Comit\u00e9 de salut public. \u00ab\u00a0\u00c0 Carrier\u00a0\u00bb, 29\u00a0septembre 1793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1853), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean-Baptiste Carrier, envoy\u00e9 en mission en Normandie et en Bretagne, y fait r\u00e9gner la terreur de fa\u00e7on exemplaire. C\u2019est l\u2019un des plus sinistres personnages de l\u2019histoire de France. Et dans cette circulaire, c\u2019est la ville de Nantes qui est vis\u00e9e, avec ses habitants.<\/p>\n<p>Jeune avocat sous l\u2019Ancien R\u00e9gime et tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 de Marie-Antoinette, d\u00e9put\u00e9 Montagnard, r\u00e9dacteur de la nouvelle Constitution et de la nouvelle <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme<\/em> (dat\u00e9es de 1793), pr\u00e9sident de la Convention le jour o\u00f9 elle abandonna les Girondins \u00e0 la proscription (2\u00a0juin),<\/p>\n<p>Robespierre ne lui laissera pas le temps de redevenir humain. Il compara\u00eetra devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire avec Danton et ses amis, et sera guillotin\u00e9 comme eux, en avril\u00a01794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre mes bourreaux, mais ils ne seront jamais mes juges.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1539\" class=\"cit-num\">1539<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARIE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ANTOINETTE<\/span> (1755-1793), apprenant qu\u2019elle va \u00eatre jug\u00e9e par le Tribunal r\u00e9volutionnaire, d\u00e9but octobre\u00a01793. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine d\u00e9chue est \u00e0 pr\u00e9sent sans illusion, prisonni\u00e8re \u00e0 la Conciergerie, dite l\u2019antichambre de la mort.<\/p>\n<p>Deux chefs d\u2019accusation sont retenus contre elle\u00a0: man\u0153uvres en faveur des ennemis ext\u00e9rieurs de la R\u00e9publique et complot pour allumer la guerre civile. Mais le dossier est vide et le tribunal veut respecter au moins les apparences. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019interroger son fils, 8\u00a0ans, pour lui faire reconna\u00eetre des relations incestueuses avec sa m\u00e8re. Pache (maire de Paris), Chaumette (procureur) et H\u00e9bert (substitut de la Commune) s\u2019en chargent.<\/p>\n<p>Le mot de Marie-Antoinette prendra tout son sens, quand elle subira une vraie torture morale, durant les deux jours de son proc\u00e8s public (14 et 15\u00a0octobre).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout homme portant un nom emprunt\u00e9 aux tyrans et \u00e0 la f\u00e9odalit\u00e9, tel que <em>Roi<\/em>, <em>Lempereur<\/em>, <em>Lecomte<\/em>, <em>Baron<\/em>, <em>Chevalier<\/em>, ou m\u00eame un nom mod\u00e9r\u00e9, tel que <em>Bon<\/em>, <em>Ledoux<\/em>, <em>Gentil<\/em>, doit le quitter imm\u00e9diatement, s\u2019il ne veut pas passer pour suspect.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1545\" class=\"cit-num\">1545<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arr\u00eat\u00e9 municipal (1793). <em>Histoire des Fran\u00e7ais des divers \u00e9tats<\/em> (1844), cit\u00e9 par Alexis Monteil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s deux si\u00e8cles dont la France peut \u00eatre fi\u00e8re, le si\u00e8cle de la raison (le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e avec Descartes) et celui des Lumi\u00e8res (les philosophes du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e), il est difficile d\u2019imaginer qu\u2019un texte administratif de cette nature ait pu \u00eatre pens\u00e9, \u00e9crit, appliqu\u00e9. Et pourtant\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 qui lui demandait bien plus tard ce qu\u2019il avait fait sous la Terreur\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0J\u2019ai v\u00e9cu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1546\" class=\"cit-num\">1546<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">SIEY\u00c8S<\/span> (1748-1836).<em> Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Emmanuel Joseph Siey\u00e8s\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vie ne tenait qu\u2019\u00e0 un fil \u2013 hasard ou destin. Siey\u00e8s, \u00e2g\u00e9, s\u2019en souvient encore, sous la Monarchie de Juillet. Homme de premier plan \u00e0 la Constituante, r\u00e9dacteur du serment du Jeu de paume et de la Constitution, monarchiste constitutionnel qui vota cependant la mort du roi en janvier\u00a01793, l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s se fait oublier, quand la Convention devient montagnarde, effray\u00e9 du tour pris par les \u00e9v\u00e9nements. Robespierre le d\u00e9teste et l\u2019appelle \u00ab\u00a0la taupe de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Pendant la Terreur, la taupe se terre dans son trou, et survit. On retrouvera l\u2019abb\u00e9 Siey\u00e8s tr\u00e8s actif, sous le Directoire, le Consulat, l\u2019Empire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Abolissons l\u2019or et l\u2019argent, tra\u00eenons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la R\u00e9publique, et \u00e9tablir le culte des vertus aust\u00e8res de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1548\" class=\"cit-num\">1548<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">FOUCH\u00c9<\/span> (1759-1820).<em> Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources\u00a0: \u00ab\u00a0Avilissons l\u2019or et l\u2019argent\u2026\u00a0\u00bb En tout cas, il a bien retenu la le\u00e7on des nouveaux ma\u00eetres de la France, Robespierre et Saint-Just.<\/p>\n<p>Toujours tr\u00e8s actif contre le culte \u00e9tabli, Fouch\u00e9 vient de rafler d\u2019autorit\u00e9 les m\u00e9taux de la Ni\u00e8vre arrach\u00e9s aux \u00e9glises. Il \u00e9crit ces mots \u00e0 la Convention, affectant un superbe d\u00e9dain pour la richesse. La Convention recevra ces tr\u00e9sors le 7\u00a0novembre 1793. Le z\u00e8le des patriotes locaux impose un peu partout l\u2019\u00e9change des m\u00e9taux contre les assignats. Un emprunt forc\u00e9 du 3\u00a0septembre (sur les \u00ab\u00a0riches \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb) n\u2019a pas suffi \u00e0 assainir les finances d\u2019une R\u00e9volution \u00e0 qui la guerre co\u00fbte tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p>La sinc\u00e9rit\u00e9 de la profession de foi de Fouch\u00e9 est plus que douteuse. Selon la rumeur, une partie des tr\u00e9sors ainsi r\u00e9quisitionn\u00e9s fut d\u00e9tourn\u00e9e, servant de d\u00e9but \u00e0 son immense fortune. L\u2019homme, d\u00e9nu\u00e9 de tout scrupule, se r\u00e9v\u00e8le aussi d\u2019une intelligence et d\u2019une habilet\u00e9 hors pair, d\u2019o\u00f9 sa carri\u00e8re politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! qui suis-je pour me plaindre, quand des milliers de Fran\u00e7ais meurent aux fronti\u00e8res pour la d\u00e9fense de la patrie\u00a0? On tuera mon corps, on ne tuera pas ma m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1549\" class=\"cit-num\">1549<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), guillotin\u00e9 le 31\u00a0octobre\u00a01793. Son mot de la fin.<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme si \u00e9l\u00e9gant, s\u00e9ducteur au physique romantique, avocat brillant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, devenu l\u2019un des orateurs les plus dou\u00e9s de la L\u00e9gislative et de la Convention, a perdu toute flamme, us\u00e9 par cinq mois de prison, r\u00e9sign\u00e9 au pire. Il aurait sans doute pu fuir comme quelques autres, mais il renonce\u00a0: \u00ab\u00a0Fuir, c\u2019est s\u2019avouer coupable.\u00a0\u00bb Il fait donc partie du groupe des 21 Girondins ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/banquet_des_girondins.jpg\" width=\"450\" height=\"313\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mort des Girondins, demand\u00e9e tant de fois, fut le calmant qu\u2019on crut devoir donner \u00e0 la fureur des violents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1551\" class=\"cit-num\">1551<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le tragique \u00e9pilogue du conflit entre Montagnards et Girondins. Mais leur mort n\u2019arr\u00eate pas le cours d\u2019une R\u00e9volution emball\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin.<em> Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793.<\/p>\n<p>Femme de lettres, et femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle est comparable \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ce genre de provocation est encore plus mal vu, en 1793\u00a0! Et la reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e sera tardive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui\u00a0! Je tremble, mais c\u2019est de froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1555\" class=\"cit-num\">1555<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), mot de la fin, avant son ex\u00e9cution dont les pr\u00e9paratifs s\u2019\u00e9ternisent, 12\u00a0novembre\u00a01793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1869), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il attend au pied de l\u2019\u00e9chafaud, dans le froid et sous la pluie. Il paie de sa vie son refus de t\u00e9moigner \u00e0 charge au proc\u00e8s de Marie-Antoinette, ainsi que la fusillade du Champ de Mars (17\u00a0juillet 1791), consid\u00e9r\u00e9e comme un crime contre le peuple. Son ex\u00e9cution \u00e9tait pr\u00e9vue au centre de l\u2019esplanade, o\u00f9 tr\u00f4ne l\u2019autel de la Patrie. Mais le sang sacr\u00e9 des martyrs du peuple ne peut \u00eatre m\u00eal\u00e9 au sang impie, en vertu de quoi l\u2019on d\u00e9cide de transporter la guillotine et de la remonter dans un coin obscur de l\u2019esplanade. Cela prend du temps et le condamn\u00e9 ne peut r\u00e9primer les tremblements de tout son corps. Un assistant du bourreau le remarque et se moque du vieil homme qu\u2019il interpelle\u00a0: \u00ab\u00a0Tu trembles, Bailly\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Ex-pr\u00e9sident de la Constituante et maire de Paris au lendemain de la prise de la Bastille, c\u2019est surtout un grand scientifique, astronome et math\u00e9maticien, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences (1763), puis de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (1783). La R\u00e9volution ne va pas \u00e9pargner les savants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019Antiquit\u00e9, une arm\u00e9e vraiment nationale marche au combat, pour la premi\u00e8re fois aussi une nation parvient \u00e0 armer et \u00e0 nourrir pareil nombre de soldats, tels sont les caract\u00e8res originaux de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019an\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1560\" class=\"cit-num\">1560<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">LEFEBVRE<\/span> (1874-1959),<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1951)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore un historien sp\u00e9cialiste de cette \u00e9poque. Li\u00e9 \u00e0 Jean Jaur\u00e8s et \u00e0 Marc Bloch (\u00c9cole des Annales), c\u2019est un socialiste engag\u00e9 au point que son travail en souffre parfois. Mais son professionnalisme et son honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle l\u2019emportent.<\/p>\n<p>La patrie est en danger, la France est en guerre. Une Lettre du Comit\u00e9 de salut public (8\u00a0octobre) dicte la politique militaire\u00a0: \u00ab\u00a0Il est temps de frapper des coups d\u00e9cisifs et pour cela, il faut agir en masse.\u00a0\u00bb Or, l\u2019adoption de la tactique de masse va de pair avec la lev\u00e9e en masse. Les soldats de l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span> sont \u00e0 pr\u00e9sent 750\u00a0000.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui constitue une R\u00e9publique, c\u2019est la destruction totale de ce qui lui est oppos\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1576\" class=\"cit-num\">1576<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1767-1794), Convention, Rapport du 26\u00a0f\u00e9vrier 1794 (premier d\u00e9cret de vent\u00f4se). <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume 4, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Encore et toujours le froid langage de la Terreur. Edgar Quinet, l\u2019un des (rares) historiens fascin\u00e9s par le personnage qui va prendre une importance croissante durant ces derniers mois de la R\u00e9volution aux c\u00f4t\u00e9s de son ami Robespierre, \u00e9crit dans <em>La R\u00e9volution<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Et Saint-Just, que n\u2019\u00e9tait-il pas\u00a0? Accusateur, inquisiteur, \u00e9crivain, administrateur, financier, utopiste, t\u00eate froide, t\u00eate de feu, orateur, g\u00e9n\u00e9ral, soldat\u00a0! [\u2026] Cela ne s\u2019\u00e9tait pas vu depuis les Romains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019on emporte la patrie \u00e0 la semelle de ses souliers\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1579\" class=\"cit-num\">1579<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), \u00e0 son ami Legendre qui le pr\u00e9vient du danger et l\u2019exhorte \u00e0 s\u2019enfuir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mars\u00a01794. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, 1789-1799<\/em> (1883), Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette fois, Danton ne se d\u00e9robe pas, ne s\u2019absente pas\u00a0: \u00ab\u00a0Mieux vaut \u00eatre guillotin\u00e9 que guillotineur\u00a0\u00bb, dit-il. Suspect d\u2019indulgence, il va braver Robespierre jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n<p>Tout oppose l\u2019Incorruptible et le bourgeois bon vivant\u00a0: \u00ab\u00a0Qui hait les vices hait les hommes\u00a0\u00bb, affirme Danton, notoirement d\u00e9bauch\u00e9, par ailleurs compromis dans certaines affaires financi\u00e8res.<\/p>\n<p>Tous deux avocats, comme beaucoup de d\u00e9put\u00e9s, ils ont lu les m\u00eames philosophes des Lumi\u00e8res. Mais Michelet montre bien la diff\u00e9rence entre la rigueur de l\u2019un et la complexit\u00e9 de l\u2019autre, source de tant de paradoxes et d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Si de Rousseau vint Robespierre, de Diderot jaillit Danton.\u00a0\u00bb Les deux r\u00e9volutionnaires eurent les m\u00eames convictions au d\u00e9part, mais Danton d\u00e9nonce la d\u00e9rive montagnarde\u00a0: pitoyable proc\u00e8s de Marie-Antoinette, d\u00e9christianisation forc\u00e9e d\u2019une France profond\u00e9ment catholique.<\/p>\n<p>Aux yeux de Robespierre, Danton, son grand rival, a le tort d\u2019\u00eatre li\u00e9 avec de douteux personnages, en particulier Fabre d\u2019\u00c9glantine, fripon notoire compromis dans l\u2019affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes. L\u2019Incorruptible est trop heureux, \u00e0 travers Fabre, d\u2019attaquer l\u2019\u00ab\u00a0idole pourrie\u00a0\u00bb. Autour de lui, d\u2019autres r\u00e9clament la t\u00eate du tribun\u00a0: \u00ab\u00a0Nous viderons ce gros turbot farci\u00a0\u00bb, s\u2019\u00e9crie le Montagnard Vadier. Danton, averti du terrible rapport que Saint-Just pr\u00e9pare contre lui, refuse de fuir. Par cette phrase, il condamne aussi l\u2019attitude des \u00e9migr\u00e9s.<\/p>\n<p>Le 30\u00a0mars\u00a01794, il est arr\u00eat\u00e9 comme ennemi de la R\u00e9publique. Seul Legendre essaie timidement, mais en vain, de le d\u00e9fendre \u00e0 la Convention.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut raccourcir les g\u00e9ants<br>Et rendre les petits plus grands,<br>Tout \u00e0 la m\u00eame hauteur<br>Voil\u00e0 le vrai bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1597\" class=\"cit-num\">1597<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Portrait du sans-culotte, chanson anonyme. <em>Les Sans-culottes parisiens en l\u2019an <span class=\"caps\">II<\/span><\/em> (1968), Albert Soboul<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019homme nouveau, vu par la sans-culotterie. C\u2019est le r\u00e8gne de l\u2019\u00e9galit\u00e9 prise au pied de la lettre\u00a0! C\u2019est aussi la n\u00e9gation du grand homme, du h\u00e9ros en tant qu\u2019individu, au b\u00e9n\u00e9fice du h\u00e9ros collectif, le peuple, incarn\u00e9 par le sans-culotte. Et c\u2019est toujours l\u2019histoire de France, cont\u00e9e par les chansons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par devant l\u2019Europe, la France, sachez-le, n\u2019aura jamais qu\u2019un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom \u00e9ternel\u00a0: la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1632\" class=\"cit-num\">1632<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jugement \u00e0 nuancer\u00a0: pour cet historien de gauche, la R\u00e9volution de 1789 devrait finir en 1790, sur le Champ de Mars, en son point culminant, le jour de la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais ont fait, en 1789, le plus grand effort auquel se soit jamais livr\u00e9 aucun peuple afin de couper, pour ainsi dire, en deux, leur destin\u00e9e et de s\u00e9parer par un ab\u00eeme ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 de ce qu\u2019ils voulaient \u00eatre d\u00e9sormais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1633\" class=\"cit-num\">1633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859),<em> L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avis d\u2019historien, par ailleurs magistrat (sous la Restauration), d\u00e9put\u00e9 et ministre (sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0R\u00e9publique), inclassable (compar\u00e9 en cela \u00e0 Montesquieu) et donc \u00e9quilibr\u00e9 dans ses jugements. Encore faut-il nuancer sa pens\u00e9e qui \u00e9volue.<\/p>\n<p>Dans cette derni\u00e8re \u0153uvre, Tocqueville d\u00e9montre que si la R\u00e9volution de 1789 a pu d\u00e9router bien des esprits et faire perdre leur sang-froid aux hommes au pouvoir, elle doit \u00eatre historiquement analys\u00e9e comme l\u2019aboutissement logique de l\u2019Ancien R\u00e9gime, et non comme une rupture d\u2019ordre politique, social et administratif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise a pr\u00e9par\u00e9 indirectement l\u2019av\u00e8nement du prol\u00e9tariat. Elle a r\u00e9alis\u00e9 les deux conditions essentielles du socialisme, la d\u00e9mocratie et le capitalisme. Mais elle a \u00e9t\u00e9, en son fond, l\u2019av\u00e8nement politique de la classe bourgeoise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1634\" class=\"cit-num\">1634<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">JAUR\u00c8S<\/span> (1859-1914),<em> Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, volume 1, La Constituante (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec le m\u00eame profil de carri\u00e8re (homme politique et historien), mais socialiste militant et un demi-si\u00e8cle plus tard, Jaur\u00e8s rejoint Tocqueville. La R\u00e9volution fran\u00e7aise est la cons\u00e9quence d\u2019un processus s\u00e9culaire, la prise de pouvoir politique d\u2019une classe qui avait d\u00e9j\u00e0 le pouvoir \u00e9conomique. \u00ab\u00a0Une nouvelle distribution de la richesse entra\u00eene une nouvelle distribution du pouvoir\u00a0\u00bb, voil\u00e0 une des le\u00e7ons de l\u2019histoire qui vaut bien au-del\u00e0 de la R\u00e9volution, et m\u00eame de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans ce qu\u2019on a coutume d\u2019appeler la R\u00e9volution fran\u00e7aise, il y a eu, en r\u00e9alit\u00e9, deux r\u00e9volutions parfaitement distinctes, quoique dirig\u00e9es toutes les deux contre l\u2019ancien principe d\u2019autorit\u00e9. L\u2019une s\u2019est op\u00e9r\u00e9e au profit de l\u2019individualisme\u00a0; elle porte la date de 89. L\u2019autre n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019essay\u00e9e tumultueusement au nom de la fraternit\u00e9\u00a0; elle est tomb\u00e9e le 9 Thermidor.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1638\" class=\"cit-num\">1638<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1878)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une fa\u00e7on parmi tant d\u2019autres de nuancer son jugement sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais c\u2019est surtout l\u2019analyse d\u2019un historien de gauche (politiquement tr\u00e8s engag\u00e9), reprise par nombre d\u2019historiographes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a deux moyens s\u00fbrs pour ne rien comprendre \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, c\u2019est de la maudire ou de la c\u00e9l\u00e9brer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1639\" class=\"cit-num\">1639<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">FURET<\/span> (1927-1997), <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965), \u00e9crit avec Denis Richet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un de nos historiens contemporains qui r\u00e9ussit le mieux \u00e0 \u00e9clairer dans toute sa richesse, sa diversit\u00e9, sa complexit\u00e9, cette R\u00e9volution fran\u00e7aise qui divise toujours les esprits et les c\u0153urs\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui la maudissent sont condamn\u00e9s \u00e0 rester insensibles \u00e0 la naissance tumultueuse de la d\u00e9mocratie. Ils seraient pourtant bien en peine de proposer \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s d\u2019autres principes fondateurs que la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Ceux qui la c\u00e9l\u00e8brent sont incapables d\u2019expliquer ni m\u00eame d\u2019apercevoir ses trag\u00e9dies, sauf \u00e0 les couvrir de l\u2019excuse d\u00e9bile des \u00ab\u00a0circonstances\u00a0\u00bb. Ils restent aveugles \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 constitutive de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, qui comporte \u00e0 la fois des droits de l\u2019homme et la Terreur, la libert\u00e9 et le despotisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances pour une bonne raison\u00a0: l\u2019Histoire de France reste la plus passionnante des histoires, avec ses personnages incroyables mais vrais et ses chroniques \u00e0 rebondissements. C\u2019est aussi un voyage dans le temps et le d\u00e9paysement assur\u00e9 \u00e0 moindre co\u00fbt\u00a0! 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