{"id":8588,"date":"2020-07-26T13:31:59","date_gmt":"2020-07-26T11:31:59","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:43","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:43","slug":"histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/","title":{"rendered":"Histoire &amp; Litt\u00e9rature : l\u2019Histoire \u00e9crite par les historiens, de la Gaule au Si\u00e8cle de Louis XIV"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>\u00a0<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bandeau_histoire_1.jpg\" width=\"724\" height=\"220\"><\/p>\n<p><strong>Histoire <span class=\"amp\">&amp;<\/span> Litt\u00e9rature<\/strong>, lecture recommand\u00e9e en temps de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)\u00a0:<\/p>\n<p>1. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-les-romans\/\">Romans<\/a> \u2013 2. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-la-poesie\/\">Po\u00e9sie<\/a> \u2013 3. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-le-theatre\/\">Th\u00e9\u00e2tre<\/a> \u2013 4. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-confinement-et-bientot-de-vacances-les-lettres\/\">Lettres<\/a> \u2013 5. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-animaux-dans-notre-histoire-de-la-gaule-au-siecle-de-louis-xiv\/\">Histoire et Chronique<\/a> \u2013 6. <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/lecture-recommandee-en-temps-de-vacances-les-memoires-du-xvie-siecle-a-la-monarchie-de-juillet\/\">M\u00e9moires<\/a> \u2013 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques \u2013 8. Discours.<\/p>\n<p>Lecture recommand\u00e9e en temps de vacances pour une bonne raison\u00a0: l\u2019Histoire de France reste la plus passionnante des histoires, avec ses personnages incroyables mais vrais et ses chroniques \u00e0 rebondissements. C\u2019est aussi un voyage dans le temps et le d\u00e9paysement assur\u00e9 \u00e0 moindre co\u00fbt\u00a0!<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019Histoire vue par les romans, la po\u00e9sie, le th\u00e9\u00e2tre et les lettres, voici l\u2019Histoire \u00e9crite par les historiens. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, l\u2019histoire est une \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb depuis deux si\u00e8cles.\u00a0<\/p>\n<p>N\u00e9e au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e en tant que science (humaine), un nom s\u2019impose, Michelet, le plus populaire des historiens \u2013 sauf aupr\u00e8s des confr\u00e8res. Mais l\u2019histoire existe en r\u00e9alit\u00e9 depuis toujours.<\/p>\n<p>C\u00e9sar le premier se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois acteur et auteur de la \u00ab\u00a0Guerre des Gaules\u00a0\u00bb, nous r\u00e9v\u00e9lant notre premier h\u00e9ros national qu\u2019il a vaincu\u00a0\u00e0 Al\u00e9sia\u00a0: Vercing\u00e9torix.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, on parle de chroniqueurs\u00a0: Joinville (proche de saint Louis) et Commynes (Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>), Froissart pour la Guerre de Cent Ans. Baptis\u00e9 \u00ab\u00a0P\u00e8re de l\u2019Histoire de France\u00a0\u00bb, Gr\u00e9goire de Tours s\u2019exprime en chr\u00e9tien comme nombre d\u2019\u00e9v\u00eaques et Bossuet c\u00e9dera \u00e0 cette tentation. M\u00e9di\u00e9viste contemporain, Georges Duby fera r\u00e9f\u00e9rence pour d\u2019autres \u00e9poques.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e, le Testament de Richelieu, br\u00e9viaire de l\u2019homme d\u2019\u00c9tat et les M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> ont valeur historique, mais aussi les M\u00e9moires de Saint-Simon, t\u00e9moin et juge s\u00e9v\u00e8re de son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire est l\u2019historien toujours cit\u00e9 du tr\u00e8s vivant \u00ab\u00a0Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb. Mais toutes les \u0153uvres philosophiques qui font pol\u00e9mique sont \u00e0 ranger dans la cat\u00e9gorie des Pamphlets (\u00e0 suivre).<\/p>\n<p>La R\u00e9volution fascine la plupart des historiens (Michelet et Tocqueville, Taine, Edgar Quinet pour Saint-Just) et certains lui consacrent leur vie (Claude Manceron, Albert Mathiez pour Robespierre). M\u00eame fascination pour Napol\u00e9on, ador\u00e9 ou d\u00e9test\u00e9, personnage hyper-m\u00e9diatique sous le Consulat et l\u2019Empire, mine de citations et sujet in\u00e9puisable. Jean Tulard a consacr\u00e9 un livre \u00e0 ses historiens.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, nombre d\u2019hommes politiques se font historiens (plus ou moins orient\u00e9s). Guizot, Thiers, Jaur\u00e8s, Louis Blanc, Edgar Quinet, sans oublier le cas de Lamartine. La Troisi\u00e8me R\u00e9publique rend l\u2019enseignement gratuit et obligatoire\u00a0: les historiens professionnels abondent et cosignent souvent (\u00e0 commencer par Ernest Lavisse, l\u2019\u00ab\u00a0instituteur national\u00a0\u00bb). D\u00e9sormais, les \u00e9coles, les clans, les \u00ab\u00a0chapelles\u00a0\u00bb s\u2019opposent, r\u00e9cit contre roman national, bataille des m\u00e9thodes et des sources. L\u2019Histoire se th\u00e9orise, se politise\u2026 et se d\u00e9mocratise.<\/p>\n<p>Aid\u00e9s par les m\u00e9dias audiovisuels au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, les (bons) vulgarisateurs touchent le grand public, tels Decaux et Castelot (souvent associ\u00e9s). Les biographes se multiplient, inspir\u00e9s par les h\u00e9ros nationaux ou les contemporains (de Gaulle et Mitterrand, pour Jean Lacouture). Des \u00ab\u00a0amateurs\u00a0\u00bb (ayant un autre m\u00e9tier, journaliste, avocat, \u00e9diteur) font aussi \u0153uvre d\u2019historien, anim\u00e9s de cette \u00ab\u00a0passion fran\u00e7aise\u00a0\u00bb qu\u2019on aime partager.<\/p>\n<p><em>L\u2019Histoire en citations<\/em> fait une large place aux historiens\u00a0de toute opinion et de tout genre\u00a0: celui qui \u00e9crit l\u2019histoire de son temps comme t\u00e9moin direct ou post\u00e9rieurement aux \u00e9v\u00e9nements, relatant les faits en donnant ou pas son propre jugement\u00a0; celui qui est acteur de l\u2019histoire sinon personnage historique, ou figure seulement comme source de citations.<\/p>\n<p>Deux historiens, Pierre Miquel et Jean Favier, ont pr\u00e9fac\u00e9 les premi\u00e8res \u00e9ditions de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> (Le Rocher, 1990 et Eyrolles, 2011). Nous les en remercions, en attendant une r\u00e9\u00e9dition.<\/p>\n<p>L\u2019Histoire des historiens vous est pr\u00e9sent\u00e9e en trois \u00e9ditos\u00a0:<\/p>\n<p>1. De la Gaule au Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/histoire-litterature-lhistoire-ecrite-par-les-historiens-du-siecle-des-lumieres-a-la-revolution\/\">2. Les Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution.<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-appels-dans-lhistoire-de-napoleon-a-nos-jours\/\">3. De Napol\u00e9on \u00e0 nos jours.<\/a><\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-17.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<h2>1. De la Gaule au Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/h2>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u00e9sar s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme un protecteur. Sa conqu\u00eate avait commenc\u00e9 par ce que nous appellerions une intervention arm\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"8\" class=\"cit-num\">8<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Histoire de France<\/em> (1924)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien et journaliste class\u00e9 \u00e0 droite, \u00ab\u00a0son engagement politique ne nuisait ni \u00e0 sa lucidit\u00e9 ni \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance de son style et son\u00a0<em>Histoire de France<\/em>\u00a0reste un livre de premi\u00e8re importance\u00a0\u00bb (site de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise).<\/p>\n<p><span class=\"caps\">PREMIER<\/span> <span class=\"caps\">FAIT<\/span> <span class=\"caps\">CAPITAL<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">NOTRE<\/span> <span class=\"caps\">HISTOIRE<\/span>. En 58 av.\u00a0J.-C., la tribu des Helv\u00e8tes \u00e9migre vers la Sa\u00f4ne pour fuir les Germains. \u00c9tablis entre Loire et Sa\u00f4ne, les \u00c9duens se sentent menac\u00e9s par cette migration et appellent \u00e0 leur secours C\u00e9sar, proconsul de la Gaule cisalpine (Italie du Nord) et de la Province romaine. \u00ab\u00a0Si nos chefs et empereurs sont entr\u00e9s dans votre pays, c\u2019est \u00e0 la requ\u00eate de vos anc\u00eatres.\u00a0\u00bb Petilius Cerealis (g\u00e9n\u00e9ral romain cit\u00e9 par l\u2019historien Tacite) rappellera aux Gaulois cette \u00e9vidence historique.<\/p>\n<p>C\u00e9sar, fort de six l\u00e9gions, oblige les Helv\u00e8tes \u00e0 retourner chez eux (vers l\u2019actuelle Suisse) et refoule les Germains au-del\u00e0 du Rhin. Voulant \u00e9clipser la gloire militaire de son rival Pomp\u00e9e, il en profite pour conqu\u00e9rir en huit campagnes annuelles toute la Gaule, avec une incursion en [Grande-]Bretagne.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/gaule_cesar.jpg\" width=\"640\" height=\"509\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une race [les Gaulois] d\u2019une extr\u00eame ing\u00e9niosit\u00e9, et ils ont de singuli\u00e8res aptitudes \u00e0 imiter ce qu\u2019ils voient faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"9\" class=\"cit-num\">9<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">C\u00c9SAR<\/span> (101-44 av. J.-C.), <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour \u00eatre conqu\u00e9rant, C\u00e9sar n\u2019en fut pas moins sensible au g\u00e9nie gaulois. Dans ses <em>Commentarii de bello gallico<\/em>, il se r\u00e9v\u00e8le remarquable historien et styliste. \u00c0 partir du <span class=\"caps\">IX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle se multiplient les \u00e9ditions et traductions de ce grand texte, \u00e9galement titr\u00e9 <em>Guerre des Gaules<\/em>.<\/p>\n<p>S\u2019ils ne connaissent pas de civilisation urbaine et vivent en tribus, les Gaulois sont de remarquables \u00e9leveurs et agriculteurs qui savent \u00ab\u00a0engraisser la terre par la terre\u00a0\u00bb (assolement et alternances de c\u00e9r\u00e9ales riches et pauvres) au grand \u00e9tonnement des Romains. Ils exportent jusqu\u2019\u00e0 Rome foies gras, jambons et autres charcuteries. Leurs tissages et leurs cuirs sont de qualit\u00e9, comme leurs bijoux et leurs bronzes. Ils auraient m\u00eame invent\u00e9 le savon (fait de cendre v\u00e9g\u00e9tale m\u00e9lang\u00e9e au suif).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 des arm\u00e9es gauloises donna l\u2019avantage aux Romains\u00a0; le sabre gaulois ne frappait que de taille, et il \u00e9tait de si mauvaise trempe qu\u2019il pliait au premier coup.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"6\" class=\"cit-num\">6<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Historien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais, il aura naturellement une place de choix dans cet \u00e9dito\u00a0! Il a souvent des bonheurs d\u2019expression originaux. Ici, c\u2019est presque une image de <span class=\"caps\">BD<\/span>\u00a0!<\/p>\n<p>De fait, les Romains disposent d\u2019un armement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Gaulois. C\u2019est l\u2019une des raisons de leur victoire dans la conqu\u00eate de la Gaule, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9pisode \u00e9tant la d\u00e9faite de Vercing\u00e9torix.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends-les\u00a0! Je suis brave, mais tu es plus brave encore, et tu m\u2019as vaincu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"23\" class=\"cit-num\">23<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VERCING\u00c9TORIX<\/span> (vers 72-46 av. J.-C.), jetant ses armes aux pieds de C\u00e9sar, fin septembre\u00a052 av.\u00a0J.-C., \u00e0 Al\u00e9sia. <em>Commentaires de la guerre des Gaules<\/em>, Jules C\u00e9sar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots du vaincu rapport\u00e9s par le vainqueur servent d\u2019\u00e9pilogue \u00e0 la br\u00e8ve \u00e9pop\u00e9e du jeune guerrier gaulois, face au plus illustre des g\u00e9n\u00e9raux romains.<\/p>\n<p>Grand strat\u00e8ge, C\u00e9sar est parvenu \u00e0 enfermer Vercing\u00e9torix et son arm\u00e9e \u00e0 Al\u00e9sia (en Bourgogne). L\u2019arm\u00e9e de secours, mal pr\u00e9par\u00e9e, est mise en pi\u00e8ces par C\u00e9sar qui exag\u00e8re volontiers les chiffres\u00a0: 246\u00a0000 morts chez les Gaulois, dont 8\u00a0000 cavaliers. Vercing\u00e9torix juge la r\u00e9sistance inutile et se rend pour \u00e9pargner la vie de ses hommes \u2013 quelque 50\u00a0000 mourant de faim apr\u00e8s 40 jours de si\u00e8ge.<\/p>\n<p>La chute d\u2019Al\u00e9sia marque la fin de la guerre des Gaules et l\u2019ach\u00e8vement de la conqu\u00eate romaine. Mais le mythe demeure bien vivant, en France\u00a0: Vercing\u00e9torix, red\u00e9couvert par les historiens au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et popularis\u00e9 jusque dans la bande dessin\u00e9e, est le premier h\u00e9ros de notre r\u00e9cit national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa courte vie de combattant eut cette \u00e9l\u00e9gante beaut\u00e9 qui charmait les Anciens et qui \u00e9tait une faveur des Dieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"24\" class=\"cit-num\">24<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">JULLIAN<\/span> (1859-1933), <em>Vercing\u00e9torix<\/em> (1902)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur de la premi\u00e8re biographie savante de Vercing\u00e9torix, il juge ainsi sa carri\u00e8re de chef de guerre. L\u2019\u00e9pop\u00e9e n\u2019a dur\u00e9 que dix mois. Emmen\u00e9 captif \u00e0 Rome, le vaincu est jet\u00e9 dans un cachot o\u00f9 il attendra six ans, pour \u00eatre finalement exhib\u00e9 comme troph\u00e9e, lors du triomphe de C\u00e9sar, puis d\u00e9capit\u00e9 en 46 av. J.-C.\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Vae Victis\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Malheur aux vaincus\u00a0\u00bb)<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Paix, cette Cit\u00e9 qui assure les m\u00eames droits aux vaincus et aux vainqueurs, aimez-la, honorez-la. Puissent les le\u00e7ons de la bonne comme de la mauvaise fortune vous enseigner de ne pas pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9sistance qui perd \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance qui sauve\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"28\" class=\"cit-num\">28<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Petilius <span class=\"caps\">CEREALIS<\/span> (Ier si\u00e8cle), 70. <em>Histoires<\/em> (nombreuses \u00e9ditions et traductions), Tacite, historien romain du Ier\u00a0si\u00e8cle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Gaule est une colonie de l\u2019Empire romain, depuis Auguste (Ier\u00a0si\u00e8cle av.\u00a0J.-C.).<\/p>\n<p>Parent de l\u2019empereur Vespasien et charg\u00e9 de pacifier une partie du territoire, ce g\u00e9n\u00e9ral romain s\u2019adresse aux repr\u00e9sentants de tribus gauloises. Il leur vante la fameuse<em> pax romana<\/em> et ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Vous partagez l\u2019Empire avec nous. C\u2019est souvent vous qui commandez nos l\u00e9gions, vous qui administrez nos provinces. Entre vous et nous, aucune distance, aucune barri\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De fait, les Gaulois peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 toutes les charges et tous les honneurs romains\u00a0: procurateur, officier, l\u00e9gat. Cependant que s\u2019\u00e9panouit la civilisation gallo-romaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces th\u00e9\u00e2tres, ces cirques, ces aqueducs, ces voies que nous admirons encore sont le durable symbole de la civilisation fond\u00e9e par les Romains, la justification de leur conqu\u00eate de la Gaule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"29\" class=\"cit-num\">29<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Gaule romanis\u00e9e s\u2019est couverte de superbes monuments qui ont aussi leur utilit\u00e9. Les thermes, aqueducs et \u00e9gouts apportent le raffinement de l\u2019eau courante. Le r\u00e9seau routier rend le commerce florissant, la production de bl\u00e9 augmente, la culture de la vigne se d\u00e9veloppe \u2013 le vin remplace la bi\u00e8re, jusqu\u2019alors boisson nationale des Gaulois. L\u2019essor \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral enrichit le Tr\u00e9sor public\u00a0: politique d\u2019urbanisme et politique sociale en b\u00e9n\u00e9ficient. La Gaule romaine fut une Gaule heureuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Les chr\u00e9tiens] furent insult\u00e9s, battus, tra\u00een\u00e9s, pill\u00e9s, lapid\u00e9s, enferm\u00e9s ensemble\u00a0; ils endur\u00e8rent tout ce qu\u2019une multitude d\u00e9cha\u00een\u00e9e a coutume de faire subir \u00e0 des adversaires et des ennemis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"30\" class=\"cit-num\">30<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">EUS\u00c8BE<\/span> de <span class=\"caps\">C\u00c9SAR\u00c9E<\/span> (vers 265-340), <em>Histoire Eccl\u00e9siastique<\/em> (premier document sur les d\u00e9buts de l\u2019\u00c9glise, diverses \u00e9ditions et traductions)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Eus\u00e8be, n\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e, resta fid\u00e8le \u00e0 cette ville. De modeste origine, cet \u00e9rudit devient \u00e9v\u00eaque, s\u2019engage politiquement et doit sa renomm\u00e9e \u00e0 la r\u00e9daction de la premi\u00e8re histoire de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le christianisme p\u00e9n\u00e8tre peu \u00e0 peu en Gaule. \u00c0 Lyon, au mois d\u2019ao\u00fbt, se tiennent des foires o\u00f9 l\u2019on vient de toutes les parties de l\u2019Empire. En 177, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un tel rassemblement de peuple, une pers\u00e9cution contre l\u2019\u00c9glise de Lyon fait 48 martyrs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette race [les Huns] d\u00e9passe toutes les formes de la sauvagerie [\u2026] Ils sont affreusement laids. On dirait des b\u00eates \u00e0 deux pattes. Ils ne se nourrissent pas d\u2019aliments cuits au feu ni assaisonn\u00e9s, mais de racines de plantes sauvages et de chairs demi crues d\u2019animaux de toute sorte qu\u2019ils \u00e9chauffent quand ils sont \u00e0 cheval entre leurs cuisses.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"42\" class=\"cit-num\">42<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AMMIEN<\/span> <span class=\"caps\">MARCELLIN<\/span> (vers 330-vers 400), <em>Res Gestae<\/em> (Histoires)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand historien de cette Antiquit\u00e9 tardive est le dernier \u00e0 \u00e9crire en latin. Le 31e et dernier livre nous conte des \u00e9v\u00e9nements dont il est contemporain, notamment la fuite des Goths devant les Huns.<\/p>\n<p>Peuplade turco-mongole, tr\u00e8s provisoirement unifi\u00e9e par Attila en un vaste empire, les Huns massacrent les autres barbares, pillent l\u2019Empire d\u2019Orient et envahissent la Gaule en 451\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 Attila a pass\u00e9, l\u2019herbe ne repousse plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Francs commen\u00e7aient alors \u00e0 se faire craindre. C\u2019\u00e9tait une ligue de peuples germains qui habitaient le long du Rhin. Leur nom montre qu\u2019ils \u00e9taient unis par l\u2019amour de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"50\" class=\"cit-num\">50<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704),<em> Discours sur l\u2019histoire universelle<\/em> (1681)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u00e9l\u00e8bre pour ses oraisons fun\u00e8bres au si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux est aussi historien.<\/p>\n<p>Les Francs apparurent vers la fin du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Peuple germanique compos\u00e9 de diverses ethnies (Saliens, Sicambres, Ripuaires, etc.), ils s\u2019\u00e9tablissent \u00e0 l\u2019embouchure du Rhin, puis entre Meuse et Escaut et sur le Rhin, avant de p\u00e9n\u00e9trer en Gaule (romaine) entre 430 et 450, dans la vague des Grandes Invasions. De ce peuple sont issues les deux premi\u00e8res dynasties de rois qui gouvern\u00e8rent la France\u00a0: M\u00e9rovingiens et Carolingiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u201cLes Francs dont nous descendons.\u201d Eh\u00a0! mon ami, qui vous a dit que vous descendez en droite ligne d\u2019un Franc\u00a0? Hildvic ou Clodvic, que nous nommons Clovis, n\u2019avait probablement pas plus de vingt mille hommes [\u2026] quand il subjugua environ huit ou dix millions de Welches ou Gaulois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"51\" class=\"cit-num\">51<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Dictionnaire philosophique<\/em> (1764)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Judicieuse remarque du philosophe des Lumi\u00e8res, quand il d\u00e9finit le terme de \u00ab\u00a0Francs\u00a0\u00bb. Saluons au passage l\u2019esprit de Voltaire historien. Dans le m\u00eame esprit, on a chansonn\u00e9, mais aussi remis en question \u00ab\u00a0nos anc\u00eatres les Gaulois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"52\" class=\"cit-num\">52<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9v\u00eaques <span class=\"caps\">ADALB\u00c9RON<\/span> de Laon (??\u2013v.1030) et <span class=\"caps\">ANSELME<\/span> (1033-1109). <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">II<\/span>, Le Temps des principaut\u00e9s. De l\u2019An mil \u00e0 1515 (1992), Jean Favier (entre autres sources)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette claire d\u00e9finition des trois ordres sociaux repr\u00e9sente le fondement de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale telle que la concevaient les envahisseurs germaniques \u2013 et ils vont l\u2019imposer \u00e0 l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu n\u2019auras rien, si ce n\u2019est par la justice du sort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"71\" class=\"cit-num\">71<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un de ses soldats \u00e0 Clovis, vers 486, apr\u00e8s la bataille de Soissons.<em> Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0P\u00e8re de l\u2019histoire de France\u00a0\u00bb relate ce fait, l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de notre histoire. R\u00e9v\u00e9lateur des m\u0153urs du temps et du caract\u00e8re de Clovis, il va se jouer en deux actes.<\/p>\n<p>Clovis et ses guerriers pillent \u00e9glises et couvents. Ils vont se partager le butin par tirage au sort, comme il est de coutume apr\u00e8s la bataille. Le chef, Clovis, r\u00e9clame pour lui un vase sacr\u00e9 \u2013 sans doute pour le rendre \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Reims. Et le soldat lui lance cette impertinente r\u00e9plique, apr\u00e8s avoir bris\u00e9 (ou bossel\u00e9) l\u2019objet pr\u00e9cieux d\u2019un coup de sa francisque (hache).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souviens-toi du vase de Soissons.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"72\" class=\"cit-num\">72<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), vers 486. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clovis n\u2019a pas pardonn\u00e9 l\u2019affront inflig\u00e9 apr\u00e8s la bataille, quand il passe ses troupes en revue et reconna\u00eet l\u2019insolent. Lui reprochant la mauvaise tenue de ses armes, il jette au sol sa francisque. Le soldat se baissant pour la ramasser, Clovis lui brise le cr\u00e2ne d\u2019un coup de hache, en pronon\u00e7ant ces paroles. Selon une autre version, il lui aurait cri\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que tu as fait au vase de Soissons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"74\" class=\"cit-num\">74<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CLOVIS<\/span> (vers 465-511), invoquant le Dieu de sa femme chr\u00e9tienne, bataille de Tolbiac, 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot sans doute l\u00e9gendaire, mais nombre de mots pr\u00e9sum\u00e9s apocryphes ont une valeur symbolique et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s.<\/p>\n<p>Clovis s\u2019appr\u00eate \u00e0 repousser les Alamans (futurs Allemands), tribu germanique qui ne cesse de faire des incursions sur la rive gauche du Rhin. L\u2019affrontement des deux arm\u00e9es tourne au massacre et Clovis redoute la d\u00e9faite. D\u2019o\u00f9 ce mot lanc\u00e9 au Ciel.<\/p>\n<p>Ce premier roi du Moyen \u00c2ge aura avec Dieu les m\u00eames rapports que le dernier, mille ans plus tard\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, fort superstitieux et en constant marchandage avec la Vierge ou saint Michel archange.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand tu combats, c\u2019est \u00e0 nous qu\u2019est la victoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"75\" class=\"cit-num\">75<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AVIT<\/span> (vers 450-vers 518), \u00e0 Clovis, \u00e0 Tolbiac, 496. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par ces paroles, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Vienne (futur saint) encourage Clovis qui a promis de se faire baptiser s\u2019il est vainqueur. En fait, c\u2019est la mort du chef ennemi qui a provoqu\u00e9 la d\u00e9route inesp\u00e9r\u00e9e des Alamans.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bapteme_de_clovis.jpg\" width=\"400\" height=\"404\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courbe la t\u00eate, fier Sicambre, adore ce que tu as br\u00fbl\u00e9, br\u00fble ce que tu as ador\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"77\" class=\"cit-num\">77<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">R\u00c9MI<\/span> (vers 437-vers 533), \u00e0 Clovis, baptis\u00e9 le 25\u00a0d\u00e9cembre 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clovis, comme promis, va se faire chr\u00e9tien, apr\u00e8s la victoire de Tolbiac. 3\u00a0000 de ses hommes vont se convertir avec lui. Il est baptis\u00e9 \u00e0 Reims, comme tous les rois de France \u00e0 sa suite. Apr\u00e8s qu\u2019il a d\u00e9pos\u00e9 ses armes et sa cuirasse, R\u00e9mi, archev\u00eaque de Reims, ap\u00f4tre des Francs et futur saint, proc\u00e8de \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. (Le sacre n\u2019appara\u00eet qu\u2019au <span class=\"caps\">VIII<\/span>e si\u00e8cle).<\/p>\n<p>Le mot souvent cit\u00e9 est peut-\u00eatre apocryphe \u2013\u00a0Sicambre \u00e9tant le nom donn\u00e9 \u00e0 une ethnie des Francs. Il n\u2019en exprime pas moins l\u2019autorit\u00e9 religieuse sur le pouvoir royal et ce rapport de force moral de l\u2019\u00e9v\u00eaque sur le roi.<\/p>\n<p>La religion va d\u00e9sormais marquer l\u2019histoire de France en maints \u00e9pisodes, jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle la\u00efque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout lui r\u00e9ussissait, parce qu\u2019il marchait le c\u0153ur droit devant Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"60\" class=\"cit-num\">60<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> de <span class=\"caps\">TOURS<\/span> (538-594), Histoire des Francs (Historia Francorum)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle en historien, mais juge aussi en \u00e9v\u00eaque. La religion impr\u00e8gne sa vie, de m\u00eame qu\u2019elle marque fortement toute cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Clovis, roi converti, se montre assez ardent dans sa nouvelle religion pour que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Tours appr\u00e9cie de la sorte cet ancien barbare.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Clovis fit p\u00e9rir tous les petits rois des Francs par une suite de perfidies.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"61\" class=\"cit-num\">61<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Clovis est le petit-fils de M\u00e9rov\u00e9e qui s\u2019illustra dans la guerre contre les Huns, \u00e0 la t\u00eate des Francs saliens. Il va fonder la premi\u00e8re dynastie des rois francs, dits M\u00e9rovingiens. Mais il aura du mal \u00e0 affirmer son pouvoir et \u00e0 organiser son royaume, dans une Gaule divis\u00e9e, \u00e0 peine sortie des Grandes Invasions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le r\u00e9gime m\u00e9rovingien est une monarchie absolue temp\u00e9r\u00e9e par l\u2019assassinat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"55\" class=\"cit-num\">55<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FUSTEL<\/span> de <span class=\"caps\">COULANGES<\/span> (1830-1889), <em>Histoire des institutions politiques de l\u2019Ancienne France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0d\u00e9finit de fa\u00e7on lapidaire le pouvoir de Clovis et de ses descendants\u00a0: conflits dynastiques et guerres fratricides emplissent leurs r\u00e8gnes de bruit et de fureur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout m\u00e9rovingien est p\u00e8re \u00e0 quinze ans, caduc \u00e0 trente. La plupart n\u2019atteignent pas cet \u00e2ge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"85\" class=\"cit-num\">85<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle explique, dans un passage c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Le symbole de cette race, ce sont les \u00e9nerv\u00e9s de Jumi\u00e8ge, ces jeunes princes \u00e0 qui l\u2019on a coup\u00e9 les articulations et qui s\u2019en vont sur un bateau au cours du fleuve qui les porte \u00e0 l\u2019oc\u00e9an. Qui a coup\u00e9 leurs nerfs et bris\u00e9 leurs os, \u00e0 ces enfants des rois barbares\u00a0? C\u2019est l\u2019entr\u00e9e pr\u00e9coce de leurs p\u00e8res dans la richesse et les d\u00e9lices du monde romain qu\u2019ils ont envahi. La civilisation donne aux hommes des lumi\u00e8res et des jouissances. Les lumi\u00e8res, les pr\u00e9occupations de la vie intellectuelle, balancent, chez les esprits cultiv\u00e9s, ce que les jouissances ont d\u2019\u00e9nervant. Mais les barbares qui se trouvent tout \u00e0 coup plac\u00e9s dans une civilisation disproportionn\u00e9e n\u2019en prennent que les jouissances. Il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner s\u2019ils s\u2019y absorbent et y fondent, pour ainsi dire, comme la neige devant un brasier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On reconna\u00eet le style romantique de l\u2019historien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La maison de Clovis \u00e9tait tomb\u00e9e dans une faiblesse d\u00e9plorable\u00a0: de fr\u00e9quentes minorit\u00e9s avaient donn\u00e9 occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point \u00e9tant majeurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"57\" class=\"cit-num\">57<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Discours sur l\u2019histoire universelle<\/em> (1681)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la d\u00e9cadence des M\u00e9rovingiens, avec les fameux \u00ab\u00a0rois fain\u00e9ants\u00a0\u00bb de la seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">VII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Les maires du palais, les ducs et les princes prennent peu \u00e0 peu plus de pouvoir que ces rois des Francs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les soixante ans de guerre, qui remplissent les r\u00e8gnes de P\u00e9pin et de Charlemagne, offrent peu de victoires, mais des ravages r\u00e9guliers, p\u00e9riodiques\u00a0; ils usaient leurs ennemis plut\u00f4t qu\u2019ils ne les domptaient, ils brisaient \u00e0 la longue leur fougue et leur \u00e9lan.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"87\" class=\"cit-num\">87<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est parfaitement r\u00e9sumer la mani\u00e8re dont les deux premiers Carolingiens, P\u00e9pin le Bref, fils de Charles\u00a0Martel, et son fils Charles, futur empereur Charlemagne, vont se tailler l\u2019un des plus grands empires qu\u2019ait connu l\u2019Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vainqueurs, vaincus, ils faisaient des d\u00e9serts et dans ces d\u00e9serts, ils \u00e9levaient quelques places fortes, et ils poussaient plus loin, car on commen\u00e7ait \u00e0 b\u00e2tir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"68\" class=\"cit-num\">68<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0I (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Irr\u00e9sistible avanc\u00e9e de Charlemagne et ses hommes, et avant lui de son p\u00e8re P\u00e9pin le Bref, occupant, matant, soumettant, massacrant, d\u00e9portant, en un mot conqu\u00e9rant\u00a0: Saxe et Bavi\u00e8re, Armorique (Bretagne) et Normandie, avec des exp\u00e9ditions en Espagne et en Italie.<\/p>\n<p>Comme l\u2019\u00e9crit son biographe anonyme (moine de Saint-Gall, <em>De gestis Caroli Magni<\/em>), c\u2019est \u00ab\u00a0le glorieux Charles, capable d\u2019\u00e9craser par les armes ceux que le raisonnement ne pouvait dompter, et de les contraindre bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 \u00e0 faire leur salut\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ayez le Franc pour ami, mais non pour voisin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"100\" class=\"cit-num\">100<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proverbe grec (byzantin). <em>Histoire de France<\/em>, volume\u00a0I (1861), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charlemagne et son arm\u00e9e progressent si rapidement vers l\u2019Est que les Byzantins feront de cette expression un proverbe. C\u2019est dire la crainte que peut inspirer un si grand souverain\u00a0!<\/p>\n<p>Le conqu\u00e9rant a certes des relations avec Byzance et notamment avec le puissant califat d\u2019Haroun al-Rachid, c\u00e9l\u00e8bre par les contes des <em>Mille et Une Nuits<\/em>. Mais en r\u00e9alit\u00e9, jamais Charlemagne ne porte si loin ses armes. C\u2019est seulement plus tard que les r\u00e9cits \u00e9piques fran\u00e7ais et italiens le feront guerroyer aux limites du monde connu. Ainsi se forme la l\u00e9gende.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Passionn\u00e9 pour la science, il eut toujours en v\u00e9n\u00e9ration et comblait de toutes sortes d\u2019honneurs ceux qui l\u2019enseignaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"65\" class=\"cit-num\">65<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9GINHARD<\/span> (vers 770-840), <em>Vie de Charlemagne<\/em> (\u00e9crite dans les ann\u00e9es 830)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charlemagne n\u2019est pas seulement un guerrier\u00a0! L\u2019empereur m\u00e8ne une v\u00e9ritable politique culturelle, au point que l\u2019on voit en son si\u00e8cle une \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb. Lui-m\u00eame est fort savant, quoique autodidacte, ayant appris la rh\u00e9torique, la dialectique, le grec, le latin, l\u2019astronomie\u00a0; il compose m\u00eame une grammaire de la langue franque. Se fondant sur une remarque d\u2019\u00c9ginhard, mal traduite (du latin) et mal comprise, certains vulgarisateurs ont pr\u00e9tendu qu\u2019il savait \u00e0 peine \u00e9crire. En r\u00e9alit\u00e9, cette remarque signifie que m\u00eame \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, l\u2019empereur s\u2019exer\u00e7ait \u00e0 la calligraphie, pour atteindre cette perfection propre aux scribes avec lesquels il ne put cependant rivaliser.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e8ve-toi, laisse l\u00e0 les craintes qui te font trembler, renonce \u00e0 fuir, vois tous ces gens pr\u00eats \u00e0 la bataille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"111\" class=\"cit-num\">111<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Saint <span class=\"caps\">GERMAIN<\/span> (vers 496-vers 576), \u00e0 un malade. <em>Le Si\u00e8ge de Paris par les Normands<\/em> (posthume), Abbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Miracle relat\u00e9 par Abbon, moine de Saint-Germain des Pr\u00e9s, dans son livre devenu un petit classique de l\u2019histoire de France et r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019homme interpell\u00e9 est un noble dont la chair se gangr\u00e8ne et qui ne peut se lever pour combattre les Normands. Le saint lui appara\u00eet, lui parle. Aussit\u00f4t les plaies se gu\u00e9rissent et il peut reprendre le combat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-moi. Voici ma t\u00eate\u00a0; ni pour or ni pour argent je ne marchanderai ma vie quand ceux-ci sont morts. Pourquoi me laisser vivre\u00a0? Votre cupidit\u00e9 en est pour ses frais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"112\" class=\"cit-num\">112<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Derni\u00e8res paroles d\u2019un d\u00e9fenseur de l\u2019une des tours de Paris, 6\u00a0f\u00e9vrier 886.<em> Le Si\u00e8ge de Paris par les Normands<\/em> (posthume), Abbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme est entour\u00e9 par les Normands (les Vikings), ma\u00eetres de la tour qu\u2019il a d\u00e9fendue avec ses compagnons, tous morts en combattant. Ce guerrier pr\u00e9f\u00e8re la mort \u00e0 la captivit\u00e9, qui aurait pu se terminer par le versement d\u2019une ran\u00e7on.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb ponctuent l\u2019histoire, ultimes actes d\u2019h\u00e9ro\u00efsme dans les circonstances les plus dramatiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France fut faite \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e. La fleur de lys, symbole d\u2019unit\u00e9 nationale, n\u2019est que l\u2019image d\u2019un javelot \u00e0 trois lances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"126\" class=\"cit-num\">126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970),<em> La France et son arm\u00e9e<\/em> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule lapidaire, mais v\u00e9rit\u00e9 historique\u00a0: les rois, \u00e0 commencer par les Cap\u00e9tiens, ont d\u00fb combattre d\u2019abord les puissants vassaux, ensuite les nations frontali\u00e8res, pour cr\u00e9er la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu a mis au ciel deux grands luminaires\u00a0: le soleil, et la lune qui emprunte sa lumi\u00e8re au soleil\u00a0; sur la terre, il y a le pape, et l\u2019empereur qui est le reflet du pape.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"133\" class=\"cit-num\">133<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GR\u00c9GOIRE<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (vers 1020-1085). <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pape rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour avoir humili\u00e9 l\u2019empereur d\u2019Allemagne Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, \u00e0 Canossa en 1077. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, il est le promoteur de la r\u00e9forme dite \u00ab\u00a0gr\u00e9gorienne\u00a0\u00bb, visant \u00e0 purifier les m\u0153urs eccl\u00e9siastiques (interdiction du mariage des pr\u00eatres) et \u00e0 \u00e9manciper l\u2019\u00c9glise du pouvoir temporel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La foi toujours pure des rois de France [\u2026] leur a m\u00e9rit\u00e9 l\u2019honneur d\u2019\u00eatre appel\u00e9s Tr\u00e8s Chr\u00e9tiens et fils a\u00een\u00e9s de l\u2019\u00c9glise, par la commune voix de toute la chr\u00e9tient\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"134\" class=\"cit-num\">134<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire de France<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Connu surtout pour ses <em>Sermons<\/em> et ses <em>Oraisons fun\u00e8bres<\/em>, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux, grand th\u00e9ologien et quasiment l\u2019oracle de l\u2019\u00c9glise au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, fait aussi \u0153uvre d\u2019historien.<\/p>\n<p>\u00c0 ses d\u00e9buts, la royaut\u00e9 en France s\u2019appuya sur l\u2019\u00c9glise pour asseoir son autorit\u00e9. En \u00e9change, elle aide l\u2019\u00c9glise \u00e0 acqu\u00e9rir un pouvoir temporel, en cr\u00e9ant les \u00c9tats pontificaux (pris aux Lombards par P\u00e9pin le Bref, donation confirm\u00e9e par Charlemagne).<\/p>\n<p>Les relations entre deux pouvoirs de plus en plus forts et jaloux de leur autorit\u00e9 ne pouvaient se poursuivre sans accrocs, sinon sans drames. Le gallicanisme est la manifestation la plus polic\u00e9e de ces tensions. La tentative d\u2019enl\u00e8vement du pape \u00e0 Agnani, sous Philippe le Bel, en sera l\u2019expression la plus violente. Et Napol\u00e9on prendra en otage Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, prisonnier pendant deux ans\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si quelqu\u2019un entre de force dans une \u00e9glise et en enl\u00e8ve quelque chose, qu\u2019il soit anath\u00e8me\u00a0! Si quelqu\u2019un vole le bien des paysans ou des autres pauvres, sa brebis, son b\u0153uf, son \u00e2ne, etc., qu\u2019il soit anath\u00e8me\u00a0! Si quelqu\u2019un frappe un diacre ou un clerc, qu\u2019il soit anath\u00e8me\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"135\" class=\"cit-num\">135<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Concile de Charroux (989). <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux historiens (le ma\u00eetre et son \u00e9l\u00e8ve) cosignent cette monumentale Histoire. Lavisse, historien promu par la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et surnomm\u00e9 l\u2019instituteur national avec autant de respect que d\u2019ironie, promeut le \u00ab\u00a0roman national\u00a0\u00bb propre \u00e0 inculquer aux jeunes (r\u00e9cemment) scolaris\u00e9s l\u2018amour de la France et aux citoyens une conscience civique. Repr\u00e9sentant la \u00ab\u00a0Nouvelle Histoire\u00a0\u00bb, Pierre Nora voit dans ce monument \u00e9ditorial\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019expression ind\u00e9passable d\u2019un grand moment historique et national, au croisement d\u2019une histoire en train de se faire scientifique et d\u2019une R\u00e9publique en train de se faire d\u00e9finitive\u00a0\u00bb. Cette vision fera consensus \u00e0 gauche comme \u00e0 droite, jusqu\u2019\u00e0 la nouvelle \u00e9cole des Annales (Lucien Febvre et Marc Bloch) qui fera \u00e0 son tour autorit\u00e9 pendant deux g\u00e9n\u00e9rations, remettant tout en question, la m\u00e9thode et le pass\u00e9 tel qu\u2019enseign\u00e9. Ainsi \u00e9volue l\u2019histoire des historiens.<\/p>\n<p>Restent heureusement des faits historiques t\u00eatus et des citations s\u00e9rieusement sourc\u00e9es, dat\u00e9es, situ\u00e9es, contextualis\u00e9es. En 989, le Concile de Charroux instaure la \u00ab\u00a0paix de Dieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Des guerres priv\u00e9es causent maints dommages en Aquitaine o\u00f9 l\u2019ordre ancien s\u2019est effondr\u00e9, laissant place \u00e0 l\u2019homme de guerre qui construit des ch\u00e2teaux et gouverne par la force. La violence prime le droit, pour le plus grand malheur des plus faibles. Dans ce contexte, l\u2019\u00c9glise intervient pour \u00ab\u00a0discipliner\u00a0\u00bb plut\u00f4t que supprimer la guerre. Le concile provincial r\u00e9uni en l\u2019abbaye de Charroux est la premi\u00e8re intervention collective et fera date. Tous les \u00e9v\u00eaques de la province eccl\u00e9siastique de Bordeaux sont pr\u00e9sents, ainsi qu\u2019un \u00e9v\u00eaque de la province de Bourges, nombre de religieux, clercs et fid\u00e8les.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Assembl\u00e9s au nom de Dieu\u00a0\u00bb, ils prononcent l\u2019anath\u00e8me (damnation \u00e9ternelle) contre trois cat\u00e9gories de malfaiteurs. Il s\u2019agit de prot\u00e9ger les premi\u00e8res victimes de l\u2019anarchie de l\u2019\u00e9poque\u00a0: les clercs \u2013 leurs personnes et leurs biens \u2013, les paysans \u2013 leurs personnes et leur b\u00e9tail \u2013, et les \u00ab\u00a0autres pauvres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils organisent ce que les historiens nommeront \u00ab\u00a0la paix de Dieu\u00a0\u00bb, l\u2019une des institutions les plus b\u00e9n\u00e9fiques du Moyen \u00c2ge, qui interdit de faire la guerre aux non-combattants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une croyance universelle au Moyen \u00c2ge, que le monde devait finir avec l\u2019an mille de l\u2019incarnation [\u2026] Cette fin d\u2019un monde si triste \u00e9tait tout ensemble l\u2019espoir et l\u2019effroi du Moyen \u00c2ge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"140\" class=\"cit-num\">140<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette croyance se fonde sur le mill\u00e9narisme, doctrine selon laquelle le Jugement dernier devait avoir lieu mille ans apr\u00e8s la naissance du Christ, d\u2019apr\u00e8s une interpr\u00e9tation du chapitre\u00a0<span class=\"caps\">XX<\/span> de <em>l\u2019Apocalypse de saint Jean<\/em> (Nouveau Testament).<\/p>\n<p>Les auteurs romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle contribueront \u00e0 renforcer ce mythe de la Grande Peur de l\u2019an mille, sur la foi de textes douteux, mal interpr\u00e9t\u00e9s et parfois post\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L\u2019an 2 000 d\u00e9clenchera moins de fantasmes, mais leur diffusion se fera \u00e0 la vitesse d\u2019Internet et l\u2019obsession des dates est une nouvelle religion au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019entreprise de paver Paris doit \u00eatre compt\u00e9e parmi les actions les plus louables de Philippe Auguste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"142\" class=\"cit-num\">142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simonde de <span class=\"caps\">SISMONDI<\/span> (1773-1842),<em> Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1821-1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Dans aucune autre entreprise peut-\u00eatre il n\u2019eut plus en vue l\u2019utilit\u00e9 publique, la sant\u00e9 et l\u2019aisance de tous les habitants\u00a0\u00bb, remarque l\u2019historien. Paris lui doit aussi le Louvre et une nouvelle enceinte (avec la tour de Nesle).<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, il voit en lui \u00ab\u00a0le premier des rois qui semble avoir senti que sa dignit\u00e9 lui imposait quelques devoirs envers son peuple et que l\u2019argent qu\u2019il recueillait ne devait pas \u00eatre uniquement employ\u00e9 \u00e0 ses plaisirs ou \u00e0 ses caprices\u00a0\u00bb. Qualifi\u00e9 de socialiste romantique (par L\u00e9nine) et de socialiste petit-bourgeois (par Marx), Sismondi est surtout un socialiste utopique pr\u00f4nant la valeur-travail, une plus juste r\u00e9partition des richesses et l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat. Marx lui-m\u00eame s\u2019en inspira\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il accr\u00fbt et multiplia merveilleusement le royaume de France\u00a0; il soutint et garda merveilleusement la seigneurie et le droit et la noblesse de la couronne de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"145\" class=\"cit-num\">145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Grandes Chroniques de France, \u00c9loge fun\u00e8bre de Philippe Auguste<\/em> (1223)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e8gne de Philippe Auguste s\u2019est sold\u00e9 par le quadruplement du domaine royal, l\u2019assainissement de la tr\u00e9sorerie (confi\u00e9e aux Templiers), la fortification des villes et la lutte contre les f\u00e9odaux.<\/p>\n<p>Gilles de Paris, pr\u00e9cepteur de son fils, confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Personne ne peut nier qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 un bon prince. Sous sa domination, le royaume s\u2019est fortifi\u00e9, la puissance royale a fait de grands progr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais ne vis si beau chevalier sous les armes, car il dominait toute sa suite des \u00e9paules, son heaume dor\u00e9 sur le chef, son \u00e9p\u00e9e en la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"150\" class=\"cit-num\">150<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean, sire de Joinville en Champagne, a suivi son seigneur, Thibaud de Champagne, \u00e0 la cour du roi. Tr\u00e8s pieux, il d\u00e9cide de partir avec les chevaliers chr\u00e9tiens pour la septi\u00e8me croisade en \u00c9gypte (1248). C\u2019est alors que Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, lui-m\u00eame tr\u00e8s pieux et crois\u00e9, l\u2019attache \u00e0 sa personne comme confident et conseiller. Joinville admire ici le guerrier \u2013 \u00e0 la bataille de Mansourah, en 1250.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Maintes fois il lui arriva, en \u00e9t\u00e9, d\u2019aller s\u2019asseoir au bois de Vincennes, apr\u00e8s avoir entendu la messe\u00a0; il s\u2019adossait \u00e0 un ch\u00eane et nous faisait asseoir aupr\u00e8s de lui\u00a0; et tous ceux qui avaient un diff\u00e9rend venaient lui parler sans qu\u2019aucun huissier, ni personne y m\u00eet obstacle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"151\" class=\"cit-num\">151<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est plus tard, \u00e0 la demande de la reine Jeanne (femme de Philippe le Bel) qu\u2019il dictera cette histoire de Saint Louis, achev\u00e9e en 1309.<\/p>\n<p>La partie anecdotique de sa chronique, la plus touffue, se r\u00e9v\u00e8le aussi la plus riche, et cette page, l\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019\u0153uvre. L\u2019historien, t\u00e9moin direct des faits rapport\u00e9s, campe un roi vivant et vrai, humain et sublime \u00e0 la fois. Il sera tr\u00e8s utile, apr\u00e8s la mort du roi, pour l\u2019enqu\u00eate qui va suivre, \u00e0 la demande du pape Boniface\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, et aboutira au proc\u00e8s en canonisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la personne de Hugues Capet s\u2019op\u00e8re une r\u00e9volution importante\u00a0: la monarchie \u00e9lective devient h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0; en voici la cause imm\u00e9diate\u00a0: le sacre usurpa le droit d\u2019\u00e9lection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"155\" class=\"cit-num\">155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surtout connu pour ses <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> en 12 tomes, le grand \u00e9crivain romantique projetait une Histoire de France qui ne verra jamais le jour, mais il a publi\u00e9 quelques essais et r\u00e9flexions, sur les deux th\u00e8mes qui lui tiennent le plus \u00e0 c\u0153ur\u00a0: la religion et la monarchie.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des apports capitaux du r\u00e8gne d\u2019Hugues Capet\u00a0: il fonde une nouvelle dynastie et pour en assurer la p\u00e9rennit\u00e9, le jour de No\u00ebl suivant (25\u00a0d\u00e9cembre 987), il s\u2019empresse de faire \u00e9lire et sacrer par anticipation son fils Robert dit le Pieux, qu\u2019il associe au tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Par les splendeurs de Dieu\u00a0! Cette terre, voil\u00e0 que je l\u2019ai saisie dans mes mains. Elle ne nous \u00e9chappera plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"162\" class=\"cit-num\">162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span> le Conqu\u00e9rant (vers 1027-1087), d\u00e9barquant en Angleterre, 29\u00a0septembre 1066. <em>Histoire de Guillaume le Conqu\u00e9rant<\/em> (biographie inachev\u00e9e), Guillaume de Poitiers, historien contemporain<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e9buchant sur le rivage anglais et tomb\u00e9 sur le sable, il veut ainsi conjurer le mauvais sort.<\/p>\n<p>Guillaume de Normandie, dit le B\u00e2tard, aura besoin de beaucoup de chance et de courage, avant de devenir Guillaume le Conqu\u00e9rant \u00e0 la victoire de Hastings (14\u00a0octobre 1066) et de continuer l\u2019aventure.rnable\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9e est juste, mais la forme exacte est\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, pour vous avertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m\u2019est demeur\u00e9 que l\u2019honneur et la vie qui est sauve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bayeux.jpg\" width=\"500\" height=\"363\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aucun jour ne brilla pour [la Normandie] plus joyeux que celui o\u00f9 elle apprit [\u2026] que son prince, auteur de la paix dont elle jouissait, \u00e9tait devenu un roi. Villes, ch\u00e2teaux, domaines, monast\u00e8res se f\u00e9licitaient grandement de sa victoire et plus encore de sa royaut\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"165\" class=\"cit-num\">165<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span> de Poitiers (vers 1020-1090). <em>Histoire de Guillaume le Conqu\u00e9rant<\/em> (biographie inachev\u00e9e), Guillaume de Poitiers, historien contemporain<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le biographe peint la joie des habitants de la Normandie apprenant la nouvelle\u00a0: leur duc, Guillaume le B\u00e2tard, devenu le Conqu\u00e9rant, apr\u00e8s la victoire d\u2019Hastings, est \u00e9galement Guillaume\u00a0Ier roi d\u2019Angleterre, sacr\u00e9 dans l\u2019abbaye de Westminster, la m\u00eame ann\u00e9e \u00e0 No\u00ebl \u2013\u00a025\u00a0d\u00e9cembre\u00a01066.<\/p>\n<p>Guillaume devra guerroyer longtemps encore en Angleterre, avant de s\u2019imposer aux seigneurs saxons et de constituer ainsi un \u00c9tat anglo-normand. La puissance de cet \u00c9tat porte ombrage au roi de France Philippe Ier, qui reprend contre Guillaume la lutte de son p\u00e8re Henri\u00a0Ier. Elle dure dix ans, le plus souvent \u00e0 l\u2019avantage du roi de France, et se termine avec la mort de Guillaume devant Mantes (1087).<\/p>\n<p>Ses trois fils se partagent son royaume\u00a0: il s\u2019ensuit des guerres au cours desquelles la Normandie change souvent de ma\u00eetre. Elle ne sera reconquise par la France qu\u2019en 1204, l\u2019Angleterre n\u2019y renon\u00e7ant officiellement qu\u2019au trait\u00e9 de Paris de 1259.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y avait bien longtemps que ces deux c\u0153urs, ces deux moiti\u00e9s de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019Europe et l\u2019Asie, la religion chr\u00e9tienne et la musulmane, s\u2019\u00e9taient perdues de vue, lorsqu\u2019elles furent replac\u00e9es en face par la croisade, et qu\u2019elles se regard\u00e8rent. Le premier coup d\u2019\u0153il fut d\u2019horreur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"166\" class=\"cit-num\">166<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle \u00e9voque la premi\u00e8re croisade (1096-1099). L\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9pique sollicite naturellement le lyrisme et le romantisme d\u2019une \u0153uvre infiniment riche, bas\u00e9e sur une documentation rigoureuse et relative non seulement aux faits, mais aussi \u00e0 tous les aspects de la vie du pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi, malheureux, massacrez-vous l\u2019arm\u00e9e du Christ, qui est aussi la mienne\u00a0? Je n\u2019ai pourtant aucune querelle avec votre empereur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"171\" class=\"cit-num\">171<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOH\u00c9MOND<\/span> Ier (1057-1111), prince normand, janvier\u00a01097. <em>Gesta Francorum<\/em>, Histoire de la premi\u00e8re croisade, anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur prince d\u2019Antioche, participant \u00e0 la premi\u00e8re croisade et l\u2019un de ses chefs, il apostrophe des Turcs au service de l\u2019empereur de Byzance, qui ont attaqu\u00e9 l\u2019arm\u00e9e des crois\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 quoi ils r\u00e9pondent\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas agir autrement\u00a0: nous nous sommes lou\u00e9s \u00e0 la solde de l\u2019empereur, et tout ce qu\u2019il nous ordonne, il nous faut l\u2019accomplir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La <em>Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum<\/em> (Geste des Francs et des autres peuples lors du p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem) ou Histoire anonyme de la premi\u00e8re croisade (version fran\u00e7aise) est un r\u00e9cit \u00e9crit entre\u00a01099 et\u00a01101 par un chevalier qui vit l\u2019\u00e9v\u00e9nement au quotidien. C\u2019est l\u2019une des rares sources originales, t\u00e9moignage pris sur le vif, na\u00eff, sinc\u00e8re, \u00e9videmment partial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sache que cette guerre n\u2019est pas charnelle, mais spirituelle. Sois donc le tr\u00e8s courageux athl\u00e8te de Christ\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"175\" class=\"cit-num\">175<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOH\u00c9MOND<\/span> Ier (1057-1111), au conn\u00e9table Robert, f\u00e9vrier\u00a01098.<em> Gesta Francorum<\/em>, Histoire de la premi\u00e8re croisade, anonyme<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les crois\u00e9s sont parvenus en vue d\u2019Antioche, mais une arm\u00e9e turque de secours est annonc\u00e9e. Boh\u00e9mond, seigneur franc et l\u2019un des chefs de la premi\u00e8re croisade, vient attendre l\u2019ennemi pr\u00e8s du lac d\u2019Antioche (\u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de la ville).<\/p>\n<p>Attaqu\u00e9s par des forces sup\u00e9rieures, les crois\u00e9s commencent \u00e0 reculer, quand Boh\u00e9mond adresse ces mots \u00e0 son conn\u00e9table\u00a0: \u00ab\u00a0Va aussi vite que tu peux comme un vaillant homme. Secours avec \u00e9nergie la cause de Dieu et du Saint-S\u00e9pulcre et sache que cette guerre n\u2019est pas charnelle\u2026\u00a0\u00bb Les Turcs, charg\u00e9s par les crois\u00e9s, sont mis en d\u00e9route.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Godefroy de Bouillon n\u2019eut pas plus t\u00f4t la Terre sainte qu\u2019il s\u2019assit d\u00e9courag\u00e9 sur cette terre, et languit de reposer dans son sein.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"178\" class=\"cit-num\">178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1833)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La couronne de roi de J\u00e9rusalem lui est propos\u00e9e apr\u00e8s la prise de la ville, mais il la refuse, ne pouvant porter une couronne d\u2019or, l\u00e0 o\u00f9 J\u00e9sus Christ dut porter une couronne d\u2019\u00e9pines. Le chef de la croisade se d\u00e9clare modestement \u00ab\u00a0avou\u00e9 du Saint-S\u00e9pulcre\u00a0\u00bb et se contente du titre de baron. Ce choix signifie qu\u2019il consid\u00e8re la Terre sainte, J\u00e9rusalem avant tout, comme la propri\u00e9t\u00e9 du Christ et par extension, du Saint-Si\u00e8ge. Il se pose ainsi en serviteur et en d\u00e9fenseur de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Il meurt l\u2019ann\u00e9e suivante. Son fr\u00e8re Baudouin lui succ\u00e8de, et prend le titre de roi de J\u00e9rusalem, en 1100.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agissait moins de piller, moins encore de vaincre, que de d\u00e9truire\u00a0; il s\u2019agissait de renvoyer \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la barbarie et \u00e0 la servitude ces bourgeois insolents qui osaient se croire hommes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des nobles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"196\" class=\"cit-num\">196<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simonde de <span class=\"caps\">SISMONDI<\/span> (1773-1842), <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1821-1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien suisse voit dans la d\u00e9vastation de la Flandre en 1213 une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, men\u00e9e de concert par la f\u00e9odalit\u00e9, l\u2019\u00c9glise et la royaut\u00e9 fran\u00e7aise, pour \u00e9touffer dans l\u2019\u0153uf l\u2019esprit de libert\u00e9 et les promesses de bouleversement r\u00e9volutionnaire \u2013 ce que repr\u00e9sentaient \u00e0 leurs yeux les prosp\u00e8res et turbulentes villes flamandes. On trouve la m\u00eame opinion chez Michelet, dans son <em>Histoire de France<\/em>.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9vastation est \u00e0 l\u2019origine de la coalition que Philippe Auguste va trouver contre lui \u00e0 Bouvines.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une nation est n\u00e9e. La bataille de Bouvines est le premier \u00e9v\u00e9nement national de notre histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"197\" class=\"cit-num\">197<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Achille <span class=\"caps\">LUCHAIRE<\/span> (1846-1908), <em>Philippe Auguste et son temps<\/em> (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1980)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Professeur d\u2019histoire et m\u00e9di\u00e9viste reconnu (adoub\u00e9 par Ernest Lavisse), il participe de la fi\u00e8vre historienne propre \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Philippe Auguste s\u2019est ali\u00e9n\u00e9 Jean sans Terre, nouveau roi d\u2019Angleterre, en lui confisquant ses fiefs sur le continent. En 1214, Jean sans Terre et Othon de Brunswick, empereur d\u2019Allemagne, forment contre le roi de France une coalition qui r\u00e9unit nombre de grands f\u00e9odaux, tels Renaud, comte de Boulogne et Ferrand de Portugal, comte de Flandre. Philippe, appuy\u00e9 sur les milices communales, va remporter \u00e0 Bouvines une victoire consid\u00e9r\u00e9e par les historiens comme \u00ab\u00a0la d\u00e9faite majeure de la haute f\u00e9odalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fils de Saint Louis, Philippe le Hardi, revenant de cette triste croisade de Tunis, d\u00e9posa cinq cercueils au caveau de Saint-Denis. Faible et mourant lui-m\u00eame, il se trouvait h\u00e9ritier de presque toute sa famille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"226\" class=\"cit-num\">226<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Outre son p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, le nouveau roi a perdu sa femme, un enfant mort-n\u00e9, son beau-fr\u00e8re et ami le roi de Navarre (Thibaud de Champagne), et la femme de ce dernier.<\/p>\n<p>Ce r\u00e8gne si mal commenc\u00e9 ne continue pas mieux\u00a0: \u00e9chec de la candidature de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> le Hardi \u00e0 l\u2019empire (1273), massacres des Fran\u00e7ais en Sicile (1282), d\u00e9faite de la France contre l\u2019Aragon (1285).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il fut contraint de plaire \u00e0 ceux dont il avait besoin\u00a0: voil\u00e0 ce que lui apprit l\u2019adversit\u00e9, et ce n\u2019est pas mince avantage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"272\" class=\"cit-num\">272<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe de <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate de carri\u00e8re pendant quarante ans et aupr\u00e8s de trois rois successifs, Commynes est un v\u00e9ritable historien qui sert toujours de r\u00e9f\u00e9rence, auteur de huit livres de <em>M\u00e9moires<\/em> sur les r\u00e8gnes de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> et de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>. Il parle ici du futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, encore dauphin et impatient de r\u00e9gner.<\/p>\n<p>Ayant conspir\u00e9 contre son p\u00e8re Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, il se r\u00e9fugie aupr\u00e8s de Philippe de Bourgogne, le plus grand f\u00e9odal et, comme tel, l\u2019ennemi en puissance de son p\u00e8re. Devenu roi, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> garde la m\u00eame attitude, toujours selon ce chroniqueur fin psychologue\u00a0: \u00ab\u00a0Entre tous ceux que j\u2019aie jamais connus, le plus avis\u00e9 pour se tirer d\u2019un mauvais pas en temps d\u2019adversit\u00e9, c\u2019\u00e9tait le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, notre ma\u00eetre [\u2026] et l\u2019\u00eatre qui se donnait le plus de peine pour gagner un homme qui le pouvait servir ou qui lui pouvait nuire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre roi s\u2019habillait fort court et si mal que pis ne pouvait, et assez mauvais drap portait toujours, et un mauvais chapeau, diff\u00e9rent des autres, et une image de plomb dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"273\" class=\"cit-num\">273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe de <span class=\"caps\">COMMYNES<\/span> (1447-1511), <em>M\u00e9moires<\/em> (1524)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le roi Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>, \u00e2g\u00e9 de 38\u00a0ans \u00e0 son av\u00e8nement en 1461. Historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Michelet lui rendra justice \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u00a0Avec la faible ressource d\u2019un roi du Moyen \u00c2ge, il avait d\u00e9j\u00e0 les mille embarras d\u2019un gouvernement moderne\u00a0: mille d\u00e9penses publiques, cach\u00e9es, glorieuses, honteuses. Peu de d\u00e9penses personnelles\u00a0; il n\u2019avait pas les moyens de s\u2019acheter un chapeau, et il trouva de l\u2019argent pour acqu\u00e9rir le Roussillon et racheter la Somme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais le peuple de Paris s\u2019\u00e9tonne de l\u2019allure si peu royale de son roi, comme le rapporte le chroniqueur flamand Georges Chastellain\u00a0: \u00ab\u00a0Notre roi qui ne se v\u00eat que d\u2019une pauvre robe grise avec un m\u00e9chant chapelet, et ne hait rien que joie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ces bombardes menaient si grand bruit qu\u2019il semblait que Dieu tonn\u00e2t, avec grand massacre de gens et renversement de chevaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"283\" class=\"cit-num\">283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em>, bataille de Cr\u00e9cy, 26\u00a0ao\u00fbt 1346<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chroniqueur renomm\u00e9 de l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale au d\u00e9but de la Guerre de Cent Ans, il t\u00e9moigne surtout de la renaissance chevaleresque chez les deux nations combattantes, la France et l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Les canons anglais, m\u00eame rudimentaires et tirant au jug\u00e9, impressionnent les troupes fran\u00e7aises, avec leurs boulets de pierre. L\u2019artillerie anglaise, jointe \u00e0 la pi\u00e9taille des archers gallois, d\u00e9cime la cavalerie fran\u00e7aise r\u00e9put\u00e9e la meilleure du monde, mais trop pesamment cuirass\u00e9e pour lutter contre ces armes nouvelles. \u00c0 cela s\u2019ajoutent un manque d\u2019organisation total, l\u2019incoh\u00e9rence dans le commandement, la panique dans les rangs.<\/p>\n<p>C\u2019est la fin de la chevalerie en tant qu\u2019ordre militaire. C\u2019est aussi une r\u00e9volution dans l\u2019art de combattre. Malheureusement, les Fran\u00e7ais n\u2019ont pas compris la le\u00e7on, \u00e0 cette premi\u00e8re d\u00e9faite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e0 p\u00e9rit toute la fleur de la chevalerie de France\u00a0: et le noble royaume de France s\u2019en trouva cruellement affaibli, et tomba en grande mis\u00e8re et tribulation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"297\" class=\"cit-num\">297<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">FROISSART<\/span> (vers 1337-vers 1400), <em>Chroniques<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chroniqueur dresse le bilan de la bataille de Poitiers\u00a0: \u00ab\u00a0Avec le roi et son jeune fils Monseigneur Philippe, furent pris dix-sept contes, outre les barons, chevaliers et \u00e9cuyers et six mille hommes de tous rangs.\u00a0\u00bb Chiffres consid\u00e9rables pour l\u2019\u00e9poque et \u00ab\u00a0fortuneuse bataille\u00a0\u00bb pour les Anglais\u00a0: leur Prince Noir a captur\u00e9 le roi de France\u00a0! Il a aussi ordonn\u00e9 le massacre des soldats fran\u00e7ais bless\u00e9s qui ne pouvaient payer ran\u00e7on, chose contraire \u00e0 toutes les r\u00e8gles de la chevalerie \u2013 une l\u00e9gende veut qu\u2019il en ait eu grande honte devant son p\u00e8re, le roi d\u2019Angleterre, et qu\u2019il ait alors mis son armure \u00e0 la couleur du deuil.<\/p>\n<p>Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se rendre plut\u00f4t que fuir, pensant que son sacrifice allait sauver l\u2019honneur perdu de l\u2019arm\u00e9e. En fait, la France va le payer tr\u00e8s cher. Outre la guerre \u00e0 financer, il faut verser la ran\u00e7on du roi prisonnier en Angleterre\u00a0: 4\u00a0millions d\u2019\u00e9cus d\u2019or, somme proportionnelle \u00e0 son prestige. Les imp\u00f4ts s\u2019alourdissent (gabelle et taille). Les paysans pauvres, les Jacques, vont se r\u00e9volter (d\u2019o\u00f9 le mot de \u00ab\u00a0jacquerie\u00a0\u00bb), tandis que les Grandes Compagnies (bandes de mercenaires bien organis\u00e9es) pillent et ran\u00e7onnent les plus riches provinces. Et pour comble, Paris va se soulever contre le pouvoir royal repr\u00e9sent\u00e9 par le dauphin Charles, la guerre civile s\u2019ajoutant alors \u00e0 la guerre \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9tienne Marcel [est] le premier bourgeois de Paris qui ait os\u00e9 proclamer le principe de la souverainet\u00e9 du peuple au milieu du <span class=\"caps\">XIV<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle [\u2026] Aussi les Parisiens font-ils remonter jusqu\u2019\u00e0 lui la longue histoire de leurs r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"299\" class=\"cit-num\">299<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Francis <span class=\"caps\">LACOMBE<\/span> (1817-1867), <em>Histoire de la bourgeoisie de Paris depuis son origine jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tienne Marcel est \u00e0 l\u2019origine de la premi\u00e8re \u00ab\u00a0Charte\u00a0\u00bb arrach\u00e9e par la bourgeoisie \u00e0 l\u2019arbitraire monarchique, sous forme de Grande Ordonnance limitant le pouvoir royal.<\/p>\n<p>Pr\u00e9v\u00f4t des marchands de Paris (magistrat \u00e9quivalent du maire), il joue un r\u00f4le consid\u00e9rable aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de\u00a01355 et\u00a01357, manifestant une vive opposition au roi Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, puis au dauphin Charles. Mais cette \u00ab\u00a0r\u00e9volution l\u00e9gale\u00a0\u00bb \u00e9choue. \u00c9tienne Marcel va tenter une r\u00e9volution urbaine.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Marcel est l\u2019exemple type d\u2019un personnage historique dont l\u2019action et la personne sont jug\u00e9es de fa\u00e7ons totalement oppos\u00e9es\u00a0: la gauche encensera cet anc\u00eatre des r\u00e9volutionnaires \u00ab\u00a0plein de patriotisme\u00a0\u00bb, si d\u00e9vou\u00e9 pour son pays, jusqu\u2019\u00e0 lui faire sacrifice de \u00ab\u00a0sa fortune et de sa vie\u00a0\u00bb, alors que la droite en fait \u00ab\u00a0un \u00e9meutier, un assassin et un tra\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jeune roi \u00e9tait n\u00e9 vieux. Il avait de bonne heure beaucoup vu, beaucoup souffert. De sa personne, il \u00e9tait faible et malade. Tel royaume, tel roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"306\" class=\"cit-num\">306<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon meurt le 8\u00a0avril 1364 \u00e0 Londres o\u00f9 il s\u2019est rendu en d\u00e9cembre\u00a01363, pour prendre la place de son fils Louis d\u2019Anjou \u2013 otage des Anglais au terme du trait\u00e9 de paix de Br\u00e9tigny, il s\u2019\u00e9tait enfui, violant son serment.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa constitution fragile, le futur Charles\u00a0V a fait preuve lors de sa r\u00e9gence d\u2019un grand sens politique, face \u00e0 \u00c9tienne Marcel, \u00e0 Charles le Mauvais roi de Navarre et aux Anglais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a fileuse en France qui sache fil filer, qui ne gagn\u00e2t ainsi ma fiance \u00e0 filer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"310\" class=\"cit-num\">310<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand du <span class=\"caps\">GUESCLIN<\/span> (1320-1380), au prince de Galles qui l\u2019a fait prisonnier \u00e0 N\u00e1jera, le 3\u00a0avril 1367. <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1837), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la demande de Charles V, Du Guesclin est en Espagne, pays d\u00e9chir\u00e9 par la guerre civile\u00a0: il a emmen\u00e9 quelques Grandes Compagnies qui ravageaient la France et les a mises au service du nouveau roi de Castille. Mais son rival, Pierre le Cruel, soutenu par les Anglais, reprend le combat.<\/p>\n<p>D\u00e9fait dans cette bataille livr\u00e9e contre son avis, captif avec ses lieutenants, Du Guesclin a fix\u00e9 lui-m\u00eame sa ran\u00e7on \u00e0 100\u00a0000\u00a0florins. Voyant la stupeur du Prince Noir devant l\u2019\u00e9normit\u00e9 de la somme, il l\u2019abaisse \u00e0 60\u00a0000. L\u2019ennemi doutant encore d\u2019\u00eatre pay\u00e9, Du Guesclin r\u00e9pond fi\u00e8rement\u00a0: \u00ab\u00a0Monseigneur, le roi de Castille en payera moiti\u00e9, et le roi de France le reste, et si ce n\u2019\u00e9tait pas assez, il n\u2019y a fileuse\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Charles\u00a0V tient \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer son pr\u00e9cieux capitaine, lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s r\u00e8glement d\u2019une partie de la somme \u2013 les ran\u00e7ons \u00e9tant rarement pay\u00e9es dans leur totalit\u00e9. Il le fera conn\u00e9table de France (chef des arm\u00e9es), en 1370.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/guesclin_retrato.jpg\" width=\"375\" height=\"371\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mieux vaut pays pill\u00e9 que terre perdue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"313\" class=\"cit-num\">313<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand du <span class=\"caps\">GUESCLIN<\/span>\u00a0(1320-1380), \u00e0 Charles\u00a0V le Sage. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi \u00e9coute les conseils de son conn\u00e9table, \u00e0 tel point que ce pr\u00e9cepte lui est parfois attribu\u00e9. Ayant peu de go\u00fbt pour les armes, contrairement \u00e0 son p\u00e8re et aux chevaliers du temps, il a d\u2019autant plus besoin d\u2019un guerrier de valeur \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Du Guesclin sait que les Anglais sont sup\u00e9rieurs en nombre et il \u00e9vite les grandes batailles co\u00fbteuses en hommes. Il pr\u00e9f\u00e8re harceler l\u2019ennemi. Et il laissera plusieurs fois les Anglais incendier r\u00e9coltes et villages, pour tenir simplement villes et ch\u00e2teaux en Normandie, Bretagne et Poitou. L\u2019ennemi, dans une marche \u00e9puisante et vaine, peut perdre en quelques mois pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de ses hommes et de ses chevaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du c\u0153ur et la voix du ciel, con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e \u00e9trange, improbable, absurde si l\u2019on veut, d\u2019ex\u00e9cuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"334\" class=\"cit-num\">334<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage inspire sans doute ses plus belles pages \u00e0 l\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, source de citations (au fil de la Chronique) et lui-m\u00eame auteur (romantique)\u00a0: \u00ab\u00a0N\u00e9e sous les murs m\u00eames de l\u2019\u00e9glise, berc\u00e9e du son des cloches et nourrie de l\u00e9gendes, elle fut une l\u00e9gende elle-m\u00eame, rapide et pure, de la naissance \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres historiens font de Jeanne une b\u00e2tarde de sang royal, peut-\u00eatre la fille d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re Louis d\u2019Orl\u00e9ans, ce qui ferait d\u2019elle la demi-s\u0153ur de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>.<\/p>\n<p>Mais princesse ou berg\u00e8re, c\u2019est bien un personnage providentiel qui va galvaniser les \u00e9nergies et rendre l\u2019espoir \u00e0 tout un peuple \u2013 et d\u2019abord \u00e0 son roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes perdus, nous avons br\u00fbl\u00e9 une sainte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"348\" class=\"cit-num\">348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Secr\u00e9taire du roi d\u2019Angleterre, apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Jeanne, Rouen, 30\u00a0mai 1431. <em>Histoire de France<\/em>, tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot \u00e9galement attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Beauvais, Pierre Cauchon.<\/p>\n<p>En fin de proc\u00e8s, le 24\u00a0mai, dans un moment de faiblesse, Jeanne abjure publiquement ses erreurs et accepte de faire p\u00e9nitence\u00a0: elle est condamn\u00e9e au cachot. Mais elle se ressaisit et, en signe de fid\u00e9lit\u00e9 envers ses voix et son Dieu, reprend ses habits d\u2019homme. D\u2019o\u00f9 le second proc\u00e8s, vite exp\u00e9di\u00e9\u00a0: condamn\u00e9e au b\u00fbcher comme h\u00e9r\u00e9tique et relapse (retomb\u00e9e dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie), br\u00fbl\u00e9e vive sur la place du Vieux-March\u00e9 \u00e0 Rouen, ses cendres sont jet\u00e9es dans la Seine. Il fallait \u00e9viter tout culte posthume de la Pucelle, autour des reliques.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> qui n\u2019a rien tent\u00e9 pour sauver Jeanne fit proc\u00e9der \u00e0 une enqu\u00eate quand il reconquit Rouen sur les Anglais. Le 7\u00a0juillet 1456, on fit le proc\u00e8s du proc\u00e8s, d\u2019o\u00f9 annulation, r\u00e9habilitation de sa m\u00e9moire. Jeanne ne sera b\u00e9atifi\u00e9e qu\u2019en 1909 et canonis\u00e9e en 1920.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenons-nous toujours, Fran\u00e7ais, que la patrie, chez nous, est n\u00e9e du c\u0153ur d\u2019une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu\u2019elle a donn\u00e9 pour nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"349\" class=\"cit-num\">349<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Princesse (b\u00e2tarde de sang royal) ou simple berg\u00e8re de Domr\u00e9my, petit village de la Lorraine, le myst\u00e8re nourrit la l\u00e9gende et la fulgurance de cette \u00e9pop\u00e9e rend le sujet toujours fascinant. La r\u00e9cup\u00e9ration politique est une forme d\u2019exploitation du personnage, plus ou moins fid\u00e8le au mod\u00e8le.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Jeanne va inspirer d\u2019innombrables \u0153uvres litt\u00e9raires, cin\u00e9matographiques et artistiques, sign\u00e9es\u00a0: Bernard Shaw, Anatole France, Charles P\u00e9guy, M\u00e9li\u00e8s, Karl Dreyer, Otto Preminger, Roberto Rossellini, Robert Bresson, Luc Besson, Jacques Rivette, Jacques Audiberti, Arthur Honegger, etc. Et <em>L\u2019Alouette<\/em> de Jean Anouilh\u00a0: \u00ab\u00a0Quand une fille dit deux mots de bon sens et qu\u2019on l\u2019\u00e9coute, c\u2019est que Dieu est l\u00e0. [\u2026] Dieu ne demande rien d\u2019extraordinaire aux hommes. Seulement d\u2019avoir confiance en cette petite part d\u2019eux-m\u00eames qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Apr\u00e8s Il se charge du reste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il a re\u00e7u chez lui un renard qui mangera ses poules.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"363\" class=\"cit-num\">363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1403-1461), apprenant que son fils s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 chez le duc de Bourgogne, fin\u00a0ao\u00fbt\u00a01456. <em>Histoire de France<\/em> (1833-1841), tome V (1841), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> le Bon, duc de Bourgogne, s\u2019est r\u00e9concili\u00e9 avec Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> en signant la paix d\u2019Arras (1435). Ma\u00eetre de la Bourgogne, la Franche-Comt\u00e9, la Flandre, l\u2019Artois et les provinces belges, ce grand f\u00e9odal est le plus puissant souverain d\u2019Europe. Trop heureux d\u2019accueillir somptueusement chez lui, \u00e0 Louvain, puis \u00e0 Bruxelles, le futur roi de France venu conspirer contre son p\u00e8re, il lui fait une pension annuelle de 36\u00a0000\u00a0livres.<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> conna\u00eet bien la perfidie de son fils. Le fils de Philippe, Charles le T\u00e9m\u00e9raire, l\u2019apprendra bient\u00f4t \u00e0 ses d\u00e9pens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons rien perdu de la couronne, mais au contraire avons icelle augment\u00e9e et accrue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"384\" class=\"cit-num\">384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), \u00e0 ses conseillers, 21\u00a0septembre 1482. <em>M\u00e9moires<\/em> (1524), Philippe de Commynes<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Luttant contre les f\u00e9odaux, \u00e9cartant du pouvoir tous les Grands susceptibles de le trahir, s\u2019entourant de conseillers et comp\u00e8res plut\u00f4t m\u00e9diocres et parfois douteux, usant de moyens que souvent la fin seule justifiait, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> a quand m\u00eame un bilan tr\u00e8s positif.<\/p>\n<p>Il a tant et si bien agrandi le Domaine royal qu\u2019apr\u00e8s vingt-deux ans de r\u00e8gne, sa France est devenue \u00e0 peu pr\u00e8s la n\u00f4tre. Par h\u00e9ritage Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> acquiert l\u2019Anjou, le Maine et la Provence (1480-1482). Par le trait\u00e9 d\u2019Arras (1482) qui consacre le d\u00e9membrement de l\u2019\u00c9tat bourguignon \u00e0 la mort de Charles le T\u00e9m\u00e9raire, la France garde le duch\u00e9 de Bourgogne et les villes de la Somme (Picardie). Restent les fiefs des vassaux qui, telle la Bretagne, seront rattach\u00e9s au Domaine par ses successeurs.<\/p>\n<p>Dernier grand roi du Moyen \u00c2ge, il a \u00e9galement renforc\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 royale contre les f\u00e9odaux et l\u2019unit\u00e9 nationale. Il a cr\u00e9\u00e9 le premier \u00c9tat-nation moderne, ayant pour mission d\u2019\u00e9duquer la population et d\u2019\u00e9lever son niveau de vie, au nom d\u2019un \u00ab\u00a0bien commun\u00a0\u00bb \u00e0 tous, sur lequel le monarque doit veiller\u00a0: conception r\u00e9volutionnaire, qui rompt avec la tripartition traditionnelle, le chevalier, le clerc et le paysan, dans laquelle chaque ordre avait un \u00ab\u00a0bien propre\u00a0\u00bb soumis au monarque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, c\u2019en est fait de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"385\" class=\"cit-num\">385<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">COITIER<\/span> (vers 1430-1506), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, verdict de son m\u00e9decin, 25\u00a0ao\u00fbt 1483. <em>M\u00e9moires<\/em> (1524), Philippe de Commynes<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sentant sa fin proche, le roi s\u2019est retir\u00e9 au ch\u00e2teau de Plessis-l\u00e8s-Tours. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> fut un malade perp\u00e9tuel et la liste de ses maux nous est cont\u00e9e par des observateurs trop heureux, parfois, d\u2019\u00e9num\u00e9rer ses faiblesses et ses souffrances\u00a0: crises de foie et br\u00fblures d\u2019estomac, ecz\u00e9ma purulent, goutte et congestion h\u00e9morro\u00efdaire qui l\u2019emp\u00eachent de marcher. On ne meurt pas de ces maladies-l\u00e0 et, bien que malingre et de faible constitution, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> va vivre, r\u00e9gner et travailler jusqu\u2019\u00e0 60\u00a0ans.<\/p>\n<p>Il souffre aussi et depuis longtemps d\u2019hydropisie, il a d\u00e9j\u00e0 eu deux attaques de paralysie. La pi\u00e9t\u00e9 et la superstition bien connues du roi se changent en une d\u00e9votion maladive. Contrairement \u00e0 d\u2019autres m\u00e9decins royaux, Coitier ne dissimule pas la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Commynes, t\u00e9moin de la sc\u00e8ne, ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Quel coup ce fut pour lui d\u2019entendre cette nouvelle et cet arr\u00eat\u00a0! Car jamais homme ne craignit autant la mort et ne prit autant de peine dans le vain espoir de s\u2019en garantir.\u00a0\u00bb Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> meurt cinq jours plus tard.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La f\u00e9odalit\u00e9, ce vieux tyran caduc, gagna fort \u00e0 mourir de la main d\u2019un tyran.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"271\" class=\"cit-num\">271<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, Le Moyen \u00c2ge, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tyran est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>. L\u2019historien n\u2019aime gu\u00e8re ce grand roi plein de petitesses, qui n\u2019en finit pas de finir avec le Moyen \u00c2ge, avant l\u2019explosion heureuse de la Renaissance.<\/p>\n<p>La f\u00e9odalit\u00e9 est \u00e9galement tr\u00e8s attaqu\u00e9e par le peuple, comme en t\u00e9moigne le chroniqueur Froissart, citant ce cri lanc\u00e9 lors de la Jacquerie de 1358 par les paysans accabl\u00e9s de redevances seigneuriales\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les nobles du royaume, chevaliers et \u00e9cuyers, honnissaient et trahissaient le royaume, et ce serait grand bien qui tous les d\u00e9truirait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"391\" class=\"cit-num\">391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874),<em> Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous la Renaissance, l\u2019ordonnance de Villers-Cotter\u00eats, \u00e9dict\u00e9e par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en 1539, r\u00e9organise la justice, impose le fran\u00e7ais au lieu du latin pour les ordonnances et jugements des tribunaux. Mais il faudra se battre pour que le fran\u00e7ais devienne aussi la langue des savants et des artistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soyez comme un bon Prince amoureux de la gloire,<br>Et faites que de vous se remplisse une histoire,<br>Du temps victorieux, vous faisant immortel,<br>Comme Charles le Grand [Charlemagne] ou bien Charles Martel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"399\" class=\"cit-num\">399<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renon\u00e7ant \u00e0 la carri\u00e8re des armes et \u00e0 la diplomatie pour cause de surdit\u00e9 pr\u00e9coce, Ronsard devient le prince des po\u00e8tes, puis le po\u00e8te des princes, sans \u00eatre jamais bassement courtisan. Sinc\u00e8rement patriote, il \u00e9labore un art de gouverner \u00e0 l\u2019intention du roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, alors \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple par la longueur de la paix est tant multipli\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"406\" class=\"cit-num\">406<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Claude de <span class=\"caps\">SEYSSEL<\/span> (vers 1450-1520).<em> Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Georges Duby est le m\u00e9di\u00e9viste contemporain le plus connu, repr\u00e9sentant la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019\u00e9cole des Annales. Tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire des mentalit\u00e9s dans l\u2019\u00e9volution des ordres sociaux, styliste \u00e9m\u00e9rite, premier pr\u00e9sident d\u2019Arte France, c\u2019est aussi un habile vulgarisateur (au meilleur sens du terme) dans des d\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s comme dans ses \u00e9crits (<em>Le Temps des cath\u00e9drales<\/em>). On va le retrouver comme source de citations jusque dans la p\u00e9riode contemporaine.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les guerres \u00e0 venir, le nombre joue en faveur de la France jusqu\u2019\u00e0 la fin de la p\u00e9riode napol\u00e9onienne. Dans ses fronti\u00e8res du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le pays compte 15 \u00e0 18\u00a0millions d\u2019habitants \u2013 contre 12\u00a0millions pour l\u2019Italie, 8 pour l\u2019Espagne, 5 pour l\u2019Angleterre et l\u2019\u00c9cosse r\u00e9unies et moins de 15 pour l\u2019Allemagne. \u00ab\u00a0Plusieurs lieux et grandes contr\u00e9es qui souloient estre [\u00e9taient habituellement] inutiles et en friche ou en bois sont \u00e0 pr\u00e9sent tous cultiv\u00e9s et habit\u00e9s de villages et de maisons.\u00a0\u00bb Cette richesse en hommes, en plus du sentiment national tr\u00e8s fort qui les unit, va permettre au pays de triompher des \u00e9preuves.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peut-\u00eatre que l\u2019heure du royaume de France est venue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"455\" class=\"cit-num\">455<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Martin <span class=\"caps\">LUTHER<\/span> (1483-1546), \u00e0 la nouvelle du d\u00e9sastre de Pavie, fin f\u00e9vrier\u00a01525. <em>M\u00e9moires de Luther<\/em>, \u00e9crits par lui-m\u00eame, traduits et mis en ordre par Michelet (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le p\u00e8re de la R\u00e9forme, allemand manifeste sa haine de la France. Apprenant le d\u00e9sastre de Pavie, Henri\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, le roi d\u2019Angleterre, pleure de joie devant le corps diplomatique, tandis que Londres illumine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi se retira \u00e0 Saint-Germain o\u00f9 il re\u00e7ut les nouvelles du tr\u00e9pas du roi Henri d\u2019Angleterre. Duquel tr\u00e9pas, le roi porta grand ennui, parce qu\u2019ils \u00e9taient presque d\u2019un m\u00eame \u00e2ge et de m\u00eame complexion, et eut doute qu\u2019il f\u00fbt bient\u00f4t pour aller apr\u00e8s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"477\" class=\"cit-num\">477<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560). <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1843), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e8re de Victor Hugo, militaire et conservateur (comme notre grand romantique dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de sa vie), il sut se faire un (petit) nom d\u2019historien.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> meurt le 25\u00a0janvier 1547. Fran\u00e7ois\u00a0Ier le 31\u00a0mars de la m\u00eame ann\u00e9e. Selon Michelet dans son <em>Histoire de France<\/em>, le roi n\u2019\u00e9tait plus que l\u2019ombre de lui-m\u00eame, par suite d\u2019\u00ab\u00a0une horrible maladie dont la m\u00e9decine ne le sauva qu\u2019en l\u2019exterminant. Ces derniers portraits font fr\u00e9mir [\u2026] Tout le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois\u00a0Ier fut \u00ab\u00a0avant l\u2019abc\u00e8s, apr\u00e8s l\u2019abc\u00e8s\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le ch\u00e2teau de Rambouillet,<br>Le roi Fran\u00e7ois s\u2019y tr\u00e9passait [\u2026]<br>Par quoi chantons \u00e0 haute voix<br>Vive Henri, roi des Fran\u00e7ois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"478\" class=\"cit-num\">478<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Chanson nouvelle compos\u00e9e sur les regrets du tr\u00e9passement du Tr\u00e8s Chr\u00e9tien Roi de France, 1547. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire s\u2019\u00e9crit aussi en chantant, des origines \u00e0 nos jours. Cette expression populaire renouvelle le filon des citations plus litt\u00e9raires et se joue souvent de la censure.<\/p>\n<p>Pr\u00e9matur\u00e9ment vieilli \u00e0 52\u00a0ans, apr\u00e8s trente-deux ans de r\u00e8gne, Fran\u00e7ois\u00a0Ier, dit le Roi chevalier ou le Roi guerrier, meurt\u00a0: fistule tuberculeuse ou \u00ab\u00a0mal de Naples\u00a0\u00bb\u00a0? Les historiens en d\u00e9battent encore.<\/p>\n<p>La duchesse d\u2019\u00c9tampes, ma\u00eetresse royale devenue tr\u00e8s influente ces derni\u00e8res ann\u00e9es, doit partir et laisser seule en la place Diane de Poitiers, favorite du nouveau \u00ab\u00a0roi des Fran\u00e7ois\u00a0\u00bb, Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re les sentences et les mots, et les approprier \u00e0 la sienne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"481\" class=\"cit-num\">481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560),<em> D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te de la Pl\u00e9iade, il est charg\u00e9 de r\u00e9diger ce manifeste litt\u00e9raire \u00e0 la fois touffu et belliqueux. Le titre en est un bon r\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0d\u00e9fense\u00a0\u00bb de la langue fran\u00e7aise contre le latin qui reste, sauf exception, la langue des savants et des lettr\u00e9s, mais en m\u00eame temps \u00ab\u00a0illustration\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire enrichissement de cette langue. \u00ab\u00a0[Nos anc\u00eatres] nous ont laiss\u00e9 notre langue si pauvre et nue qu\u2019elle a besoin des ornements et, (s\u2019il faut ainsi parler) des plumes d\u2019autrui.\u00a0\u00bb Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle verra peu \u00e0 peu triompher un fran\u00e7ais en pleine \u00e9volution, que le si\u00e8cle suivant fixera et rendra \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madame, contentez-vous d\u2019avoir infect\u00e9 la France de votre infamie et de votre ordure, sans toucher aux choses de Dieu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"482\" class=\"cit-num\">482<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Un domestique du tailleur d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, s\u2019adressant \u00e0 Diane de Poitiers (1550).<em> Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Guerres de religion (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ton dit assez la violence des haines qui couvent. L\u2019homme est interrog\u00e9 sur son \u00e9ventuelle conversion au calvinisme par Diane de Poitiers, la ma\u00eetresse du roi qui encourage la r\u00e9pression du protestantisme. Il paie de sa vie cette phrase, sit\u00f4t condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre br\u00fbl\u00e9 vif devant Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, spectateur du supplice.<\/p>\n<p>Envers et contre tout, l\u2019\u00c9glise r\u00e9form\u00e9e de France va se constituer sous ce r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles Quint, d\u2019ailleurs ennemi mortel de la France, aimait si fort la langue fran\u00e7aise qu\u2019il s\u2019en servit pour haranguer les \u00c9tats des Pays-Bas le jour qu\u2019il fit son abdication.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"485\" class=\"cit-num\">485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">FURETI\u00c8RE<\/span> (1619-1688),<em> Dictionnaire universel<\/em>, Pr\u00e9face (posthume, 1690)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous citons exceptionnellement un dictionnaire et son auteur (pr\u00e9facier), dans la mesure o\u00f9 il est v\u00e9ritablement historien de la langue fran\u00e7aise, instrument politique essentiel dans notre pays.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0vieux goutteux\u00a0\u00bb d\u00e9cide d\u2019abdiquer, dit-on, quand les arm\u00e9es imp\u00e9riales doivent lever le si\u00e8ge de Metz annex\u00e9e par les Fran\u00e7ais et bien d\u00e9fendue par Fran\u00e7ois de Guise. L\u2019empereur qui abdique en 1556 (\u00e0 56\u00a0ans) partage son immense empire entre son fr\u00e8re Ferdinand et son fils Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mais le monarque chr\u00e9tien le plus puissant du temps n\u2019a pas r\u00e9solu les deux probl\u00e8mes majeurs de son r\u00e8gne\u00a0: il n\u2019a pu triompher de la R\u00e9forme, et la lutte avec la France n\u2019est pas finie.<\/p>\n<p>Rappelons ses origines de prince bourguignon\u00a0: le fran\u00e7ais est sa langue maternelle et l\u2019empereur d\u2019Allemagne ne parla jamais couramment l\u2019allemand. Il se sentait \u00e9galement \u00e9tranger en son Espagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u00e9sus\u00a0! qu\u2019a donc cette jeunesse pour vouloir ainsi se faire br\u00fbler pour rien\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"486\" class=\"cit-num\">486<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9sident du tribunal charg\u00e9 de juger des calvinistes. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Guerres de religion, tome <span class=\"caps\">IX<\/span>, Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surpris dans leur pratique interdite \u00e0 Paris, en septembre\u00a01557, les disciples de Calvin semblent chercher le martyre. La l\u00e9gislation antiprotestante date du r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. La Chambre ardente, cr\u00e9\u00e9e en 1547 au Parlement de Paris, rend plus de 500 arr\u00eats contre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie en trois ans. L\u2019\u00e9dit de Ch\u00e2teaubriant sur la r\u00e9pression de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tablit la censure en 1551. L\u2019\u00e9dit de Compi\u00e8gne de 1577 r\u00e9servera aux tribunaux la\u00efques le jugement des r\u00e9form\u00e9s en cas de scandale public, et dans ce cas, la seule condamnation pour les h\u00e9r\u00e9tiques est la mort\u00a0!<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cet arsenal r\u00e9pressif, la nouvelle \u00c9glise r\u00e9form\u00e9e recrute de plus en plus de nobles, surtout depuis 1555, date de sa fondation clandestine \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Monsieur le pape fait trop la b\u00eate, je prendrai moi-m\u00eame Margot par la main et la m\u00e8nerai \u00e9pouser en plein pr\u00eache\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"519\" class=\"cit-num\">519<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), 1er\u00a0ao\u00fbt 1572. Cit\u00e9 au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Voltaire (<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>) et au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Alexandre Dumas (<em>La Reine Margot<\/em>), entre autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous allons retrouver Voltaire historien, \u00e0 la fois auteur et source de citations originales. Quant \u00e0 Dumas, il est moins s\u00e9rieux, mais tr\u00e8s inspir\u00e9 par l\u2019Histoire. Il suffit de le savoir et de le signaler.<\/p>\n<p>Le jeune roi s\u2019impatiente, le pape tardant \u00e0 donner sa dispense pour le mariage de sa s\u0153ur avec Henri de Navarre, protestant. Il esp\u00e8re, comme son conseiller Coligny, que cette union sera gage de r\u00e9conciliation, apr\u00e8s la paix de Saint-Germain qui mit fin \u00e0 la troisi\u00e8me guerre de Religion.<\/p>\n<p>La tr\u00e8s belle et raffin\u00e9e Marguerite de France (ou de Valois), 19\u00a0ans, est \u00e9prise du tr\u00e8s ambitieux Henri, duc de Guise, dit le Balafr\u00e9, chef de file des catholiques et partisan de la guerre \u00e0 outrance contre les protestants. La voil\u00e0 donc forc\u00e9e, et d\u2019abord par sa m\u00e8re Catherine de M\u00e9dicis, d\u2019\u00e9pouser ce souverain d\u2019un petit royaume, homme rustique et jovial, sentant le gousset (ail) et d\u2019allure peu royale. Le mariage sera annul\u00e9 en 1599\u00a0: pour d\u00e9faut de consentement de la mari\u00e9e et consanguinit\u00e9 (entre cousins). Il va surtout d\u00e9clencher la quatri\u00e8me guerre de Religion.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/coligny.jpg\" width=\"400\" height=\"483\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si c\u2019\u00e9tait un homme du moins\u00a0! C\u2019est un goujat\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"524\" class=\"cit-num\">524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral Gaspard de <span class=\"caps\">COLIGNY<\/span> (1519-1572), dans la nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Guerres de religion (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Coligny toise l\u2019homme qui va le frapper, un certain B\u00eame, sbire des Guise, m\u00eame pas un seigneur digne de lui\u00a0! Cette exclamation de m\u00e9pris peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce grand militaire a servi tous les rois de France depuis Fran\u00e7ois\u00a0Ier, particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres, quitt\u00e9 plusieurs fois la cour pour fuir ses intrigues, toujours rappel\u00e9 pour ses qualit\u00e9s de courage, de diplomatie et m\u00eame de tol\u00e9rance, quand il se convertit \u00e0 la religion r\u00e9form\u00e9e.<\/p>\n<p>Sa fin \u00e0 53\u00a0ans est des plus humiliantes\u00a0: surpris dans son lit, achev\u00e9 \u00e0 coups de dague, son corps jet\u00e9 par la fen\u00eatre, \u00e9ventr\u00e9, \u00e9mascul\u00e9, d\u00e9capit\u00e9, port\u00e9 au gibet de Montfaucon, exhib\u00e9, pendu par les pieds, expos\u00e9 \u00e0 d\u2019autres s\u00e9vices, pour finir \u00e0 nouveau pendu place de Gr\u00e8ve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le corps d\u2019un ennemi mort sent toujours bon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"525\" class=\"cit-num\">525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), le 24\u00a0ao\u00fbt, jour de la Saint-Barth\u00e9lemy (du nom du saint, f\u00eat\u00e9 sur le calendrier). Cit\u00e9 au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Voltaire (<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, volume\u00a0X), au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Alexandre Dumas (<em>La Reine Margot<\/em>), entre autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerres de Religion, l\u2019une des pages d\u2019Histoire les plus riches en mots. Ce mot (de l\u2019empereur romain Vitellius) est attribu\u00e9 \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> face au corps de Coligny. Cette nuit, cet assassinat et ses suites \u2013 les milliers de morts et le sacrifice de son propre conseiller \u2013 hanteront les nuits du jeune roi, jusqu\u2019\u00e0 sa mort prochaine.<\/p>\n<p>Faible de caract\u00e8re, manipul\u00e9 par sa m\u00e8re et ses proches (les Guise et son fr\u00e8re Henri, le duc d\u2019Anjou), il semble qu\u2019il ait donn\u00e9 son accord pour tuer tous les chefs\u2026 Oui, mais pas tous les protestants de Paris, de France\u00a0et de Navarre\u00a0!<\/p>\n<p>Selon certaines sources (dont Agrippa d\u2019Aubign\u00e9), il tirait \u00e0 l\u2019arquebuse sur les fuyards. Selon d\u2019autres historiens, il a tent\u00e9 d\u2019arr\u00eater la tuerie qui commence dans les rues, les ruelles. De toute mani\u00e8re, il est trop tard\u00a0! On a ferm\u00e9 les portes de Paris et la capitale est profond\u00e9ment anti-huguenote. La haine se d\u00e9cha\u00eene. Chaque protestant passe pour un Coligny en puissance\u00a0: \u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019ordre royal du 23\u00a0ao\u00fbt est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9chos, tous les carrefours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Saignez, saignez, la saign\u00e9e est aussi bonne au mois d\u2019ao\u00fbt qu\u2019au mois de mai\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"527\" class=\"cit-num\">527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">TAVANNES<\/span> (1509-1573), 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, volume\u00a0X (1823), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien page de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, gouverneur de Bourgogne o\u00f9 il se distingua par son fanatisme contre les r\u00e9form\u00e9s, il excite ses soldats au massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy, appel\u00e9 la boucherie de Paris.<\/p>\n<p>Selon le journal d\u2019un bourgeois de Strasbourg, pr\u00e9sent le 24\u00a0ao\u00fbt\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y avait point de ruelle dans Paris, quelque petite qu\u2019elle f\u00fbt, o\u00f9 l\u2019on n\u2019en ait assassin\u00e9 quelques-uns\u2026 Le sang coulait dans les rues comme s\u2019il avait beaucoup plu.\u00a0\u00bb Michelet \u00e9voque aussi cette f\u00e9roce jouissance \u00e0 tuer.<br>Le livre de comptes de l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris inscrit 1\u00a0100 s\u00e9pultures, l\u2019historien contemporain Jacques Auguste de Thou \u00e9crit\u00a0: 30\u00a0000 morts. Entre les deux, 4\u00a0000 morts est un bilan vraisemblable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La messe ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"530\" class=\"cit-num\">530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span>\u00a0(1550-1574), \u00e0 Cond\u00e9, le 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Pr\u00e9cis de l\u2019histoire de France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri\u00a0Ier de Bourbon-Cond\u00e9 (fils de Louis, assassin\u00e9 \u00e0 Jarnac) a fait alliance avec son cousin Henri de Navarre, devenant l\u2019un des chefs protestants les plus actifs. Il est men\u00e9 devant le roi qui jure \u00ab\u00a0par la mort Dieu\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 faire tomber sa t\u00eate, s\u2019il ne se convertit pas. \u00ab\u00a0Je te donne trois jours pour changer d\u2019avis [\u2026] Trois jours, apr\u00e8s quoi il faudra choisir\u00a0: la messe ou la mort.\u00a0\u00bb Il va abjurer, comme le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et pour la m\u00eame raison. La vie vaut bien une messe. Mais ce genre de conversion sous la contrainte vaut peu et ne dure pas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La messe ou la mort\u00a0\u00bb va devenir un mot d\u2019ordre, la formule d\u2019un exorcisme collectif, dans Paris o\u00f9 chaque Parisien se croit d\u00e9positaire de la justice divine, devant chaque huguenot fatalement coupable d\u2019h\u00e9r\u00e9sie et tra\u00eetre au roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, pr\u00e8s de sa fin, restant longtemps sans sonner mot, dit en se tournant, comme s\u2019il se f\u00fbt r\u00e9veill\u00e9\u00a0:<br>\u2014 Appelez-moi mon fr\u00e8re\u00a0!<br>La reine m\u00e8re envoie chercher le duc d\u2019Alen\u00e7on.<br>\u2014 Non, madame, je veux le roi de Navarre\u00a0; c\u2019est celui-l\u00e0 qui est mon fr\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"538\" class=\"cit-num\">538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), sur son lit de mort au ch\u00e2teau de Vincennes, le 30\u00a0mai\u00a01574. Mot de la fin. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> pr\u00e9f\u00e8re son beau-fr\u00e8re Henri de Navarre \u2013 le mari qu\u2019il a voulu pour sa s\u0153ur la reine Margot \u2013 \u00e0 son fr\u00e8re de sang, le duc d\u2019Alen\u00e7on, quatri\u00e8me fils de Catherine de M\u00e9dicis et atteint du m\u00eame mal qui emporte le jeune roi, deux ans apr\u00e8s la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! le m\u00e9chant moine, il m\u2019a tu\u00e9, qu\u2019on le tue\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"573\" class=\"cit-num\">573<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), Saint-Cloud, 1er\u00a0ao\u00fbt 1589, \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb. <em>M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi se pr\u00e9parait au si\u00e8ge de Paris avec Henri de Navarre\u00a0: 30\u00a0000 hommes pr\u00eats \u00e0 attaquer la capitale tenue par la milice bourgeoise et la Ligue arm\u00e9e par Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Dominicain de 22\u00a0ans, ligueur fanatique, Jacques Cl\u00e9ment pr\u00e9parait son geste\u00a0: le complot est connu, approuv\u00e9 de nombreux catholiques et b\u00e9ni par le pape Sixte Quint. Le moine r\u00e9ussit \u00e0 approcher le roi \u2013 seul, sur sa \u00ab\u00a0chaise perc\u00e9e\u00a0\u00bb. Alert\u00e9e par les cris du roi poignard\u00e9, sa garde personnelle (les Quarante-Cinq) transperce l\u2019assassin \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e\u00a0: d\u00e9fenestr\u00e9, le corps est sit\u00f4t tir\u00e9 par quatre chevaux, \u00e9cartel\u00e9 et br\u00fbl\u00e9 sur le b\u00fbcher, pour r\u00e9gicide.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se rejouera avec Ravaillac et Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Ces assassinats, comme tous les complots et attentats contre les rois de l\u2019\u00e9poque, s\u2019inspirent de la th\u00e9orie du tyrannicide dont Jean Gerson fut l\u2019un des proph\u00e8tes\u00a0: \u00ab\u00a0Nulle victime n\u2019est plus agr\u00e9able \u00e0 Dieu qu\u2019un tyran.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Audiencier aupr\u00e8s du Parlement de Paris, Pierre de l\u2019Estoile est tr\u00e8s repr\u00e9sentatif du Tiers Parti form\u00e9 de catholiques non ligueurs favorables \u00e0 Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>. Il entre dans l\u2019histoire gr\u00e2ce au t\u00e9moignage exceptionnel de ses <em>M\u00e9moires<\/em>, r\u00e9dig\u00e9es entre 1574 et 1610. Document irrempla\u00e7able, pittoresque et souvent cit\u00e9, c\u2019est l\u2019\u00e9cho fid\u00e8le d\u2019une bonne bourgeoisie parisienne dont il d\u00e9crit la vie quotidienne et rel\u00e8ve les multiples cancans. S\u2019il n\u2019y a pas encore d\u2019opinion publique au sens propre, Pierre de l\u2019Estoile d\u00e9voile le cheminement des id\u00e9es au fil des jours. Il permet de p\u00e9n\u00e9trer au c\u0153ur de la vie quotidienne, par l\u2019abondance des moindres faits relat\u00e9s, par la s\u00fbret\u00e9, l\u2019honn\u00eatet\u00e9 avec laquelle tout a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce Roy \u00e9toit un bon prince, s\u2019il e\u00fbt rencontr\u00e9 un meilleur si\u00e8cle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"575\" class=\"cit-num\">575<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de L\u2019<span class=\"caps\">ESTOILE<\/span> (1546-1611), <em>M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le jugement du fid\u00e8le chroniqueur, \u00e0 la mort du roi. Avec le recul de l\u2019Histoire, il semble que ce soit bien vu. Le personnage est toujours discut\u00e9, mais son action finit par \u00eatre reconnue.<\/p>\n<p>Quant au si\u00e8cle d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, son fanatisme \u00e9tonne autant qu\u2019il effraie. Paris honore le moine meurtrier comme un saint et un martyr. On c\u00e9l\u00e8bre des messes pour le repos de son \u00e2me, son portrait tr\u00f4ne sur l\u2019autel des \u00e9glises. On le nomme lib\u00e9rateur de la religion, sauveur de Paris. L\u2019ambassadeur d\u2019Espagne annonce \u00e0 Philippe Il l\u2019assassinat d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> en disant\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 la main seule du Tr\u00e8s-Haut qu\u2019on est redevable de cet heureux \u00e9v\u00e9nement.\u00a0\u00bb On demande au pape la b\u00e9atification de Jacques Cl\u00e9ment et dans les processions, on porte son image sur une banni\u00e8re, comme celle d\u2019un saint et d\u2019un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Cependant que les princes ultra-catholiques jurent de ne jamais reconna\u00eetre Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> pour roi\u00a0: \u00ab\u00a0Plut\u00f4t mourir de mille morts\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je croyais que c\u2019\u00e9tait un roi, mais ce n\u2019est qu\u2019un carabin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"606\" class=\"cit-num\">606<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandre <span class=\"caps\">FARN\u00c8SE<\/span>, duc de Parme (1545-1592). <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Soutien de la Ligue et adversaire politique d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, c\u00e9l\u00e8bre condottiere, h\u00e9ritier d\u2019une des plus grandes maisons princi\u00e8res italiennes, il affiche son m\u00e9pris pour l\u2019allure si peu royale du nouveau souverain. Mais Michelet ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Nous trouvons s\u00e9v\u00e8re le mot du prince [duc] de Parme.\u00a0\u00bb \u2013 pr\u00e9cisons que \u00ab\u00a0carabin\u00a0\u00bb signifie ici porteur de carabine<\/p>\n<p>L\u2019empereur dira plus tard d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Mon brave capitaine de cavalerie\u00a0\u00bb et l\u2019historien de commenter \u00e0 nouveau\u00a0: \u00ab\u00a0Nous trouvons fort dur le mot de Napol\u00e9on\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avec ses allures rustiques, son humeur joviale et son go\u00fbt effr\u00e9n\u00e9 pour les femmes, le roi et plus encore les compagnons d\u2019armes lui faisant escorte choquent les Grands, habitu\u00e9s \u00e0 une \u00e9tiquette de cour tr\u00e8s stricte depuis Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et au raffinement tout italien de mise sous Catherine de M\u00e9dicis.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/henri_iv_paris_0.jpg\" width=\"400\" height=\"387\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Capitaine Bon Vouloir, il n\u2019est pas grand abatteur de bois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"607\" class=\"cit-num\">607<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEMANT<\/span> des <span class=\"caps\">R\u00c9AUX<\/span> (1619-1692), <em>Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelque 200 portraits en trois tomes, une mine d\u2019informations \u00e9crites pour le plaisir et pas destin\u00e9es \u00e0 la publication, d\u2019o\u00f9 la libert\u00e9 de ton qui m\u00eale fragments d\u2019histoire, d\u00e9tails intimes, potins et calomnies.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Faut-il revoir la l\u00e9gende d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, retoucher le portrait du Vert Galant\u00a0? Grand coureur de jupons, n\u2019est-il pas si bon amant sur le terrain\u00a0? Une chose est s\u00fbre\u00a0: sceptique envers les hommes, il s\u2019est tourn\u00e9 passionn\u00e9ment vers les femmes, laissant parfois de belles intrigantes se m\u00ealer un peu trop de sa politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais deux vies, j\u2019en donnerais volontiers une pour satisfaire Sa Saintet\u00e9. N\u2019en ayant qu\u2019une, je dois la garder pour son service et l\u2019int\u00e9r\u00eat de mes sujets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"610\" class=\"cit-num\">610<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), au pape Paul\u00a0V. <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu (1874), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est sans convictions religieuses bien marqu\u00e9es, faisant passer avant tout la pacification du royaume et la restauration de l\u2019autorit\u00e9 royale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les rois tenaient \u00e0 d\u00e9shonneur de savoir combien valait un \u00e9cu, et moi, je voudrais savoir ce que vaut un liard, combien de peine ont ces pauvres gens pour l\u2019acqu\u00e9rir, afin qu\u2019ils ne fussent charg\u00e9s que selon leur port\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"611\" class=\"cit-num\">611<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610).<em> Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu (1874), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet int\u00e9r\u00eat pour les petites gens est \u00e0 coup s\u00fbr une originalit\u00e9 royale, plus que le nombre de femmes pr\u00eat\u00e9es \u00e0 ce riche temp\u00e9rament, ou le folklore guerrier associ\u00e9 \u00e0 son image et au \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Matthieu, chroniqueur et historien du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, qui attribue ces paroles au roi, pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Quand il allait par pays, il s\u2019arr\u00eatait pour parler au peuple, s\u2019informait des passants, d\u2019o\u00f9 ils venaient, o\u00f9 ils allaient, quelles denr\u00e9es ils portaient, quel \u00e9tait le prix de chaque chose\u00a0\u00bb. Ainsi la l\u00e9gende du bon roi Henri a sa part de v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si la mis\u00e8re du paysan est telle qu\u2019il ne doit pas manger chaque dimanche sa poule au pot. Selon Gudin de la Brenellerie, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est le \u00ab\u00a0seul roi de qui le peuple (pauvre) ait gard\u00e9 la m\u00e9moire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Plut\u00f4t mourir de mille morts\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"612\" class=\"cit-num\">612<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Exclamation de certains princes catholiques. <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, assassin\u00e9 le 2\u00a0ao\u00fbt 1589, il leur faudrait \u00e0 pr\u00e9sent ob\u00e9ir \u00e0 Henri <span class=\"caps\">III<\/span> de Navarre, protestant, devenu roi de France sous le nom d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. L\u2019\u00e9ventualit\u00e9 est \u00e0 ce point inacceptable que les ligueurs (de Paris et d\u2019autres villes) ont d\u00e9j\u00e0 proclam\u00e9 roi le cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles\u00a0X. Leur chef militaire Charles de Mayenne, qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re le Balafr\u00e9 assassin\u00e9 en 1588 par Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, est pour l\u2019heure le principal adversaire du nouveau roi.<\/p>\n<p>Au bout de huit guerres de Religion, la France, par ailleurs \u00e9puis\u00e9e, semble irr\u00e9ductiblement divis\u00e9e en trois partis\u00a0: le catholique, le protestant et le \u00ab\u00a0mal content\u00a0\u00bb, celui des Politiques, parti du bon sens. C\u2019est lui qui va aider le roi \u00e0 s\u2019imposer en son royaume, et \u00e0 reprendre possession de la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Guises ne sont gu\u00e8re catholiques, et le roi n\u2019est gu\u00e8re protestant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"620\" class=\"cit-num\">620<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">MONTAIGNE<\/span> (1533-1592). <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la sagesse faite homme, en ces temps d\u2019intol\u00e9rance et quelques mois avant sa mort. D\u00e9j\u00e0 en mai\u00a01588, il a fort bien jug\u00e9 le conflit des Navarre et des Guise\u00a0: \u00ab\u00a0Pour la religion dont tous les deux font parade, c\u2019est un beau pr\u00e9texte pour se faire suivre par ceux de leur parti\u00a0; mais la religion ne les touche ni l\u2019un ni l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai bien vu le roi, mais je n\u2019ai pas vu Sa Majest\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"628\" class=\"cit-num\">628<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">SIMIER<\/span> (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle), \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> dans Paris, 22\u00a0mars 1594.<em> Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834), Tallemant des R\u00e9aux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Entr\u00e9e royale est un \u00e9v\u00e9nement majeur, dans la vie d\u2019une ville\u00a0: une f\u00eate, un spectacle, dont on imagine mal aujourd\u2019hui le symbole et la magnificence. Mais quand c\u2019est Paris qui se rend \u00e0 son roi apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de combat, c\u2019est un fait historique, \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019une victoire. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en est heureux et fier\u00a0: il a gagn\u00e9 la guerre de Paris sans morts et sans pillage comme il est d\u2019usage, mais apr\u00e8s moult n\u00e9gociations secr\u00e8tes et versements d\u2019argent.<\/p>\n<p>Seule d\u00e9ception, celle des Grands rest\u00e9s sur le souvenir d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et des fastes de la cour, choqu\u00e9s \u00e0 la vue du successeur, plus B\u00e9arnais que nature, n\u00e9gligent, d\u00e9braill\u00e9, puant l\u2019ail et s\u2019en vantant\u00a0: \u00ab\u00a0Je tiens de mon p\u00e8re, moi, je sens le gousset.\u00a0\u00bb Encore a-t-il rev\u00eatu son armure, pour la c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019il n\u2019y ait si pauvre paysan en mon royaume qu\u2019il n\u2019ait tous les dimanches sa poule au pot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"650\" class=\"cit-num\">650<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610). <em>Histoire du Roy Henry le Grand<\/em> (1681), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien (et homme d\u2019\u00c9glise) lui attribue le mot. La poule au pot fait partie de la l\u00e9gende du roi, au m\u00eame titre que son panache blanc.<\/p>\n<p>V\u0153u pieux, et s\u00fbrement sinc\u00e8re, de la part d\u2019un souverain rest\u00e9 proche de son peuple. Mais malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe au pouvoir, les petits paysans fran\u00e7ais, \u00e9cras\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts, ruin\u00e9s par d\u2019interminables guerres, exploit\u00e9s par des usuriers, sont souvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs parcelles de terre. Quel que soit le redressement \u00e9conomique du pays, et en d\u00e9pit de mesures de circonstance prises en cas de mis\u00e8re criante par Sully, leur condition ne s\u2019am\u00e9liore pas vraiment. Le temps fait d\u00e9faut \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, plus encore que la volont\u00e9 et les moyens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que je dise ici que la France, en le perdant, perdit un des plus grands rois qu\u2019elle e\u00fbt encore eus\u00a0; il n\u2019\u00e9tait pas sans d\u00e9fauts, mais en r\u00e9compense il avait de sublimes vertus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"665\" class=\"cit-num\">665<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630). <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu (1857), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Protestant ardent, mais rest\u00e9 fid\u00e8le au roi m\u00eame apr\u00e8s l\u2019abjuration et l\u2019\u00e9dit de Nantes (qui ne le satisfaisait pas), d\u2019Aubign\u00e9 \u00e9nonce une grande v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand.<\/p>\n<p>L\u2019assassinat frappe la France de stupeur et fait du roi un martyr. Ce drame change aussit\u00f4t son image, fait taire toute critique et donne au personnage une immense popularit\u00e9. La l\u00e9gende fera le reste.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On a raison de dire qu\u2019il n\u2019y a point d\u2019innocence assur\u00e9e en un temps o\u00f9 on veut faire des coupables.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"673\" class=\"cit-num\">673<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642).<em> Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834), Tallemant des R\u00e9aux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commentant la mort de la Galiga\u00ef, femme de Concini, jug\u00e9e, supplici\u00e9e comme sorci\u00e8re le 8\u00a0juillet 1617 et d\u00e9capit\u00e9e.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Motteville, femme de chambre et confidente d\u2019Anne d\u2019Autriche, rapportera dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> une r\u00e9flexion habituelle au cardinal, quand il aura tout pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0Avec deux lignes de l\u2019\u00e9criture d\u2019un homme, on peut faire le proc\u00e8s du plus innocent.\u00a0\u00bb Pour l\u2019heure, Richelieu est rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 Lu\u00e7on, mais il saura rendre cette disgr\u00e2ce tr\u00e8s provisoire.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Marie de M\u00e9dicis, elle se retrouve en exil et en prison, \u00e0 Blois, mais s\u2019en \u00e9vadera en 1619, pour prendre la t\u00eate d\u2019une r\u00e9volte des Grands contre le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1619, on avait \u00e0 grand bruit imprim\u00e9 dans <em>Le Mercure<\/em>, pour la joie de la France, que le roi commen\u00e7ait enfin \u00e0 faire l\u2019amour \u00e0 la reine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"676\" class=\"cit-num\">676<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> et Richelieu<\/em> (1857)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La grande Histoire est faite aussi de ces petites histoires et le peuple se passionne pour les secrets d\u2019alc\u00f4ves royales. Anne d\u2019Autriche \u00ab\u00a0\u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 13\u00a0ans. Et, pendant trois ans, son mari avait oubli\u00e9 qu\u2019elle exist\u00e2t.\u00a0\u00bb Il faudra encore vingt ans pour que naisse un enfant de cette union.<\/p>\n<p>Le roi ne n\u00e9gligeait pas sa femme pour s\u2019occuper de ses ma\u00eetresses, \u00e9tant par nature, en cela comme en presque tout, bien diff\u00e9rent de son p\u00e8re (Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>) et de son fils (Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>)\u00a0! \u00ab\u00a0\u00c0 Dieu ne plaise que l\u2019adult\u00e8re entre jamais en ma maison\u00a0!\u00a0\u00bb, dit-il un jour. Son homosexualit\u00e9 n\u2019est pas certaine, non plus que son impuissance, mais il pr\u00e9f\u00e8re le commerce de ses favoris \u00e0 celui des femmes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las, ma pauvre barbe, qui est-ce qui t\u2019a faite ainsi\u00a0?<br>C\u2019est le grand roi Louis,<br>Treizi\u00e8me du nom,<br>Qui toute a esbarb\u00e9 sa maison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"677\" class=\"cit-num\">677<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Barbe \u00e0 la royale<\/em>, chanson. <em>Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834), Tallemant des R\u00e9aux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On plaisante sur ce nouveau coup d\u2019autorit\u00e9 du roi, qui s\u2019affirme ainsi, parfois, dans les petites choses. Dans ses <em>Historiettes<\/em>, le m\u00e9morialiste rapporte qu\u2019\u00ab\u00a0un jour, le roi coupa la barbe \u00e0 quelques officiers, ne leur laissant \u00e0 la l\u00e8vre sup\u00e9rieure qu\u2019un petit bouquet nomm\u00e9 royale\u00a0\u00bb. La barbiche est bien visible, sur les portraits de l\u2019\u00e9poque, notamment ceux de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et de Richelieu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019autorit\u00e9 contraint \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance, mais la raison y persuade.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"580\" class=\"cit-num\">580<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet ouvrage venu de la chancellerie du cardinal, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas enti\u00e8rement de sa main, est l\u2019exact reflet de ses id\u00e9es.<\/p>\n<p>Ministre de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, Richelieu fait preuve d\u2019une tr\u00e8s grande autorit\u00e9 pour contraindre \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance les protestants, les Grands, les Parlements et quelques autres rebelles. Ce qui lui vaut, surtout \u00e0 la fin de son \u00ab\u00a0r\u00e8gne\u00a0\u00bb, une grande impopularit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La centralisation administrative est une institution de l\u2019Ancien R\u00e9gime et non pas l\u2019\u0153uvre de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire comme on le dit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"581\" class=\"cit-num\">581<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Homme politique du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle (d\u00e9put\u00e9 et ministre), Tocqueville reste comme un politologue de r\u00e9f\u00e9rence et l\u2019un des premiers sociologues.<\/p>\n<p>La suppression des corps interm\u00e9diaires, ou du moins la limitation de leurs pouvoirs, est l\u2019un des buts de la monarchie qui se veut absolue. Les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, apr\u00e8s la session de 1614-1615, ne seront plus convoqu\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution\u00a0; de m\u00eame les assembl\u00e9es de notables, disparues en 1626-1627, ne r\u00e9appara\u00eetront qu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Le Conseil du roi peut casser, \u00e0 partir de 1632, tout arr\u00eat d\u2019un Parlement ou d\u2019une cour souveraine contraire aux int\u00e9r\u00eats du royaume. Des \u00ab\u00a0intendants de police, justice et finances\u00a0\u00bb, repr\u00e9sentent l\u2019autorit\u00e9 royale dans les provinces. Leur efficacit\u00e9 n\u2019aura bient\u00f4t d\u2019\u00e9gale que leur impopularit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 des flatteurs et \u00e0 des vraies pestes de l\u2019\u00c9tat et de la Cour de souffler aux oreilles des princes qu\u2019ils peuvent exiger ce que bon leur semble et qu\u2019en ce point leur volont\u00e9 est la r\u00e8gle de leur pouvoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"583\" class=\"cit-num\">583<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pouvoir absolu ne veut pas dire despotique. Les Fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque ne manquent pas de comparer leur libert\u00e9 \u00e0 l\u2019esclavage des sujets du Grand Turc ou du tsar\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a la force a souvent la raison, en mati\u00e8re d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"685\" class=\"cit-num\">685<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), <em>Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 Et celui qui est faible peut difficilement s\u2019exempter d\u2019avoir tort au jugement de la plus grande partie du monde.\u00a0\u00bb Richelieu est un homme du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Pour lui, le pouvoir monarchique vient de Dieu et la puissance du pays n\u2019existe que par ce pouvoir. Il faut donc que le roi sache se faire ob\u00e9ir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et craindre \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. En vertu de quoi il lutte pour la restauration de l\u2019autorit\u00e9 royale contre les Grands et les protestants, et pour la pr\u00e9pond\u00e9rance de la France en Europe face aux puissants Habsbourg d\u2019Autriche et d\u2019Espagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet \u00c9tat form\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat est un prodige de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"591\" class=\"cit-num\">591<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tienne <span class=\"caps\">PASQUIER<\/span> (1529-1615), <em>Les Recherches de la France<\/em> (1633)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 avocat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la Chambre des comptes par Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Pasquier prit parti contre la Ligue en pleine guerre de Religion, et dut s\u2019exiler de Paris en 1588, pour rentrer dans le convoi royal (d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>), en mars\u00a01594. Il a toujours souhait\u00e9 la r\u00e9conciliation entre protestants et catholiques, et c\u2019est pour mieux comprendre l\u2019histoire et le r\u00f4le de la religion en France qu\u2019il a entrepris ses travaux.<\/p>\n<p>La guerre religieuse est finie, mais le schisme est plus marqu\u00e9 que jamais, apr\u00e8s l\u2019\u00e9dit de Nantes qui accorde d\u2019importants privil\u00e8ges politiques aux protestants. Pendant trente ans, jusqu\u2019\u00e0 la reddition de La\u00a0Rochelle et l\u2019\u00e9dit de gr\u00e2ce d\u2019Al\u00e8s (1629), ils auront leurs villes et leurs troupes, se r\u00e9unissant en assembl\u00e9es, promulguant des d\u00e9crets qu\u2019ils scellent de leurs armes. C\u2019est vraiment \u00ab\u00a0un \u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, germe de r\u00e9sistance et de futures r\u00e9bellions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut dormir comme le lion, sans fermer les yeux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"687\" class=\"cit-num\">687<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642),<em> Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le devoir de l\u2019homme d\u2019\u00c9tat\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 les yeux qu\u2019on doit avoir continuellement ouverts pour pr\u00e9voir les moindres inconv\u00e9nients qui peuvent arriver\u00a0; se souvenir qu\u2019ainsi que la phtisie ne rend pas le pouls \u00e9mu bien qu\u2019elle soit mortelle, ainsi arrive-t-il souvent dans les \u00c9tats que les maux qui sont imperceptibles de leur origine et dont on a moins de sentiment sont les plus dangereux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore m\u00e9dicale est significative\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> souffre de tuberculose toute sa vie, cependant que Richelieu mourra d\u2019\u00e9puisement, rong\u00e9 par un ulc\u00e8re. Ce mal particuli\u00e8rement p\u00e9nible n\u2019est pas sans rapport avec le sombre aspect du personnage vu par Michelet.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quelle trag\u00e9die plus sombre que sa personne m\u00eame\u00a0! Aupr\u00e8s Macbeth est gai [\u2026] Le plus souvent il ravalait le fiel et la fureur, couvrait tout de respect, de d\u00e9cence eccl\u00e9siastique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"688\" class=\"cit-num\">688<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Richelieu et la Fronde (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sens et le go\u00fbt du secret reviennent souvent dans les lettres sign\u00e9es Richelieu. Et dans une trag\u00e9die qui lui est attribu\u00e9e \u2013 Mirame \u2013 on trouve cet alexandrin\u00a0: \u00ab\u00a0Savoir dissimuler est le savoir des rois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici rien pour la nature. Dieudonn\u00e9 est le fils de la raison d\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"726\" class=\"cit-num\">726<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien remet l\u2019\u00e9v\u00e9nement en perspective. La tr\u00e8s longue st\u00e9rilit\u00e9 du mariage de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> et d\u2019Anne d\u2019Autriche faisait craindre pour la succession. \u00ab\u00a0L\u2019enfant apparut au moment o\u00f9 la m\u00e8re se croyait perdue si elle n\u2019\u00e9tait enceinte. Il vint expr\u00e8s pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le roi \u00e9tant peu empress\u00e9 aupr\u00e8s de la reine, les bonnes \u00e2mes murmurent les noms d\u2019amants suppos\u00e9s (comme le comte de la Rivi\u00e8re). Un doute planera toujours sur la filiation entre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> le Juste et ce petit Dieudonn\u00e9 qui deviendra Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le Grand.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Fronde est r\u00e9put\u00e9e, non sans cause, pour une des p\u00e9riodes les plus amusantes de l\u2019histoire de France, les plus divertissantes, celle o\u00f9 brille d\u2019un inexprimable comique la vivacit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re et spirituelle du caract\u00e8re national.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"748\" class=\"cit-num\">748<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Richelieu et la Fronde (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle confirme le jugement de Voltaire. Les intrigues princi\u00e8res, les aventures amoureuses et le r\u00f4le jou\u00e9 par des femmes souvent extravagantes accentuent le caract\u00e8re passionnel, brouillon et tourbillonnant de cette guerre. Mais les diverses frondes qui se succ\u00e8dent de\u00a01648 \u00e0\u00a01653 vont quand m\u00eame laisser la France en \u00e9tat de choc et de mis\u00e8re.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/fronde.jpg\" width=\"400\" height=\"400\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9gente espagnole ouvre son r\u00e8gne de quinze ans par un chemin de fleurs. Elle est femme et elle a souffert. Les c\u0153urs sont attendris d\u2019avance. Elle est faible. Chacun esp\u00e8re en profiter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"760\" class=\"cit-num\">760<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Richelieu et la Fronde (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anne d\u2019Autriche, fille de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Espagne, b\u00e9n\u00e9ficie selon Michelet de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui un \u00e9tat de gr\u00e2ce\u00a0: \u00ab\u00a0Ce peuple singulier, qui parle tant de loi salique, est tout heureux de tomber en quenouille. Sans qu\u2019on sache pourquoi ni comment, cette \u00e9trang\u00e8re est ador\u00e9e.\u00a0\u00bb Pas pour longtemps.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cardinal de Retz se vante d\u2019avoir seul arm\u00e9 tout Paris dans cette journ\u00e9e, qui fut nomm\u00e9e des Barricades et qui \u00e9tait la seconde de cette esp\u00e8ce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"774\" class=\"cit-num\">774<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que la premi\u00e8re fois (12\u00a0mai 1588), c\u2019\u00e9tait le duc de Guise et la Ligue des ultra-catholiques contre Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. Et cette \u00ab\u00a0seconde\u00a0\u00bb journ\u00e9e des Barricades sera suivie de bien d\u2019autres, apr\u00e8s le si\u00e8cle de Voltaire et des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai assez de la guerre des pots de chambre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"791\" class=\"cit-num\">791<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Bourbon-Cond\u00e9, dit le Grand <span class=\"caps\">COND\u00c9<\/span> (1621-1686), \u00e9t\u00e9 1651.<em> Histoire de France au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Richelieu et la Fronde (1858), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019intrigue de Paris, l\u2019ennui du Parlement, ses duels ridicules avec le petit pr\u00eatre (de Retz), tout cela l\u2019avait rendu malade. Il \u00e9tait r\u00e9ellement un sauvage officier de la guerre de Trente Ans, et il se fut d\u00e9princis\u00e9 pour s\u2019en aller [\u2026], avec une bonne bande de voleurs aguerris, batailler en Allemagne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cond\u00e9, qui s\u2019est battu pour la r\u00e9gente et le petit roi, a chang\u00e9 de camp par haine de Mazarin. Ce qui lui valut un an de prison. Lib\u00e9r\u00e9, il a pris la t\u00eate de la Fronde des princes au printemps 1651, mais il est las des mani\u00e8res courtisanes \u2013 il faut \u00ab\u00a0tenir le pot de chambre\u00a0\u00bb aux gens influents.<br>Il va alors mener sa propre Fronde. L\u2019anarchie d\u00e9passe l\u2019imaginable\u00a0! Le bouillant vainqueur de Rocroi, entre autres titres gouverneur de Guyenne, prend les armes en septembre\u00a01651, s\u2019agite comme un furieux pour soulever sa province, l\u00e8ve des troupes dans le Midi, s\u2019appuie sur Bordeaux domin\u00e9 par le mouvement populaire de l\u2019Orm\u00e9e (inspir\u00e9 par la r\u00e9volution anglaise), et conclut une alliance avec Philippe\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Espagne \u2013 autrement dit, il trahit la France.<\/p>\n<p>Turenne, l\u2019autre grand militaire, s\u2019est mis du c\u00f4t\u00e9 des frondeurs et trouve appui aupr\u00e8s des Espagnols, contre les troupes royales. Mais Mazarin r\u00e9ussit \u00e0 le rallier, Turenne devient l\u2019\u00e9p\u00e9e de la monarchie. Royalistes et \u00ab\u00a0cond\u00e9ens\u00a0\u00bb (partisans de Cond\u00e9) vont s\u2019affronter dans la guerre civile de l\u2019ann\u00e9e 1652.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le re\u00e7ut comme un p\u00e8re et le peuple comme un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"796\" class=\"cit-num\">796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778) \u00e9voquant le retour de Mazarin, 3\u00a0f\u00e9vrier 1653. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va laisser le cardinal gouverner la France jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal m\u00e9tier aupr\u00e8s de son Premier ministre et tuteur.<\/p>\n<p>Mais la Fronde lui servira de le\u00e7on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes la t\u00eate d\u2019un corps dont les sujets sont les membres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"808\" class=\"cit-num\">808<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, plus qu\u2019aucun roi, incarne le pouvoir et s\u2019identifie \u00e0 la France. On trouve cette notion tr\u00e8s physique et m\u00eame sensuelle de la royaut\u00e9 chez Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, mais le temps n\u2019\u00e9tait pas encore venu de rendre effective la monarchie absolue.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est point pour lui-m\u00eame que les dieux l\u2019ont fait roi\u00a0: il ne l\u2019est que pour \u00eatre l\u2019homme des peuples\u00a0: c\u2019est aux peuples qu\u2019il doit tout son temps, tous ses soins, toute son affection\u00a0; et il n\u2019est digne de la royaut\u00e9 qu\u2019autant qu\u2019il s\u2019oublie lui-m\u00eame pour se sacrifier au bien public.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"812\" class=\"cit-num\">812<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque<\/em> (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cepteur du duc de Bourgogne pour lequel il compose cette \u0153uvre \u00e9difiante, ce th\u00e9ologien, devenu archev\u00eaque de Cambrai, apporte ici plus qu\u2019une nuance \u00e0 la notion de monarchie absolue. Ses vues politiques hardies vont d\u00e9plaire \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, mais repr\u00e9sentent un courant d\u2019opinion et d\u2019opposition qui se dessine dans la seconde partie du r\u00e8gne, avec les ducs de Saint-Simon, Beauvillier, Chevreuse.<\/p>\n<p>F\u00e9nelon pr\u00e9cise \u00e0 propos du roi\u00a0: \u00ab\u00a0Il peut tout sur les peuples\u00a0; mais les lois peuvent tout sur lui. Il a une puissance absolue pour faire le bien et les mains li\u00e9es d\u00e8s qu\u2019il veut faire le mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non seulement il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne, mais c\u2019est lui qui les faisait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"816\" class=\"cit-num\">816<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour cette raison, le Grand\u00a0Si\u00e8cle est bien le \u00ab\u00a0si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Voltaire, en historien tr\u00e8s document\u00e9, traite des \u00e9v\u00e9nements militaires et diplomatiques, insiste sur le d\u00e9veloppement du commerce et le rayonnement des arts et des lettres, mettant cependant les affaires religieuses au passif du r\u00e8gne de ce \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au d\u00e9faut des actions \u00e9clatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l\u2019esprit des princes que les b\u00e2timents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"818\" class=\"cit-num\">818<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>Lettres, instructions et m\u00e9moires de Colbert<\/em> (posthume, 1863)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures (en 1664), Colbert exprime naturellement la pens\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Les seuls b\u00e2timents royaux co\u00fbtent en moyenne 4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat\u00a0: on construit un peu partout, \u00e0 Fontainebleau, Vincennes, Chambord, Saint-Germain, Marly, et surtout Versailles o\u00f9 les travaux commencent d\u00e8s 1661, pour durer plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Une r\u00e9union de grands talents (la m\u00eame \u00e9quipe qui n\u2019a que trop bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte, r\u00e9sidence du surintendant Fouquet perdu par tant de magnificence) fait na\u00eetre la plus grande r\u00e9ussite artistique des temps modernes\u00a0: Versailles servira de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe pendant un\u00a0si\u00e8cle, imposant la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019art fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les peuples se plaisent au spectacle. Par-l\u00e0, nous tenons leur esprit et leur c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"819\" class=\"cit-num\">819<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus qu\u2019un monument et un site, Versailles est un style de vie. C\u2019est le cadre magnifique o\u00f9 l\u2019existence du roi se d\u00e9roule comme une c\u00e9r\u00e9monie implacablement minut\u00e9e, admirablement mise en sc\u00e8ne. C\u2019est aussi le haut lieu du m\u00e9c\u00e9nat royal, o\u00f9 se donnent les f\u00eates \u00e9clatantes.<\/p>\n<p>Les plus grands artistes du temps y concourent. Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique du roi de\u00a01661 \u00e0\u00a01687, r\u00e9gent de tous les th\u00e9\u00e2tres, acad\u00e9mies et \u00e9coles de musique, fait triompher le spectacle total, l\u2019op\u00e9ra, avec <em>Cadmus et Hermione<\/em> (livret de Quinault) le 27\u00a0avril 1673. Et tous les arts vont s\u2019\u00e9panouir, en cette seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle. Dans une Europe encore baroque, c\u2019est le triomphe du classicisme fran\u00e7ais. C\u2019est \u00e9galement \u2013 fait unique dans notre histoire \u2013 la r\u00e9ussite d\u2019un art officiel, dirig\u00e9, pensionn\u00e9, administr\u00e9, voulu par le roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On l\u2019entend [la langue fran\u00e7aise] et on la parle dans toutes les cours de l\u2019Europe, et il n\u2019est point rare d\u2019y trouver des gens qui parlent fran\u00e7ais et qui \u00e9crivent en fran\u00e7ais aussi purement que les Fran\u00e7ais m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"823\" class=\"cit-num\">823<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">FURETI\u00c8RE<\/span> (1619-1688),<em> Dictionnaire universel<\/em>, Pr\u00e9face (posthume, 1690)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur du c\u00e9l\u00e8bre dictionnaire s\u2019irrite des lenteurs de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00e0 sortir le sien, et de ses lacunes en certains domaines scientifiques et artistiques. Il obtient du roi le privil\u00e8ge de publier son propre <em>Dictionnaire<\/em>, commenc\u00e9 en 1650. Un extrait, publi\u00e9 en 1684, lui vaut d\u2019\u00eatre exclu de l\u2019Acad\u00e9mie. Mais \u00ab\u00a0le Fureti\u00e8re\u00a0\u00bb lui survit, sans cesse r\u00e9\u00e9dit\u00e9, durant trois si\u00e8cles, tout \u00e0 l\u2019honneur de la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le prestige de la France, la profusion des \u0153uvres, l\u2019\u00e9clat de sa civilisation contribuent naturellement \u00e0 cette vaste \u00ab\u00a0francophonie\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00e9j\u00e0 bien vivante au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent (o\u00f9 l\u2019empereur Charles Quint, l\u2019ennemi num\u00e9ro un de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, parlait le fran\u00e7ais et le pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 l\u2019allemand et \u00e0 l\u2019espagnol), universelle au si\u00e8cle suivant (avec la philosophie des Lumi\u00e8res), et aujourd\u2019hui si menac\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a rien de plus n\u00e9cessaire dans un \u00c9tat que le commerce [\u2026] Le commerce est une guerre d\u2019argent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"835\" class=\"cit-num\">835<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683),<em> M\u00e9moire sur le commerce<\/em> (1664)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Infatigable homme-orchestre du gouvernement, il dresse un vaste programme qui r\u00e9sume la politique industrielle, commerciale, fiscale, maritime de la France\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut r\u00e9tablir ou cr\u00e9er toutes les industries, m\u00eame de luxe\u00a0; \u00e9tablir le syst\u00e8me protecteur dans les douanes\u00a0; organiser les producteurs et les commer\u00e7ants en corporations\u00a0; all\u00e9ger les entraves fiscales nuisibles \u00e0 la population\u00a0; restituer \u00e0 la France le transport maritime de ses produits\u00a0; d\u00e9velopper les colonies et les attacher commercialement \u00e0 la France [\u2026]\u00a0; d\u00e9velopper la marine militaire pour prot\u00e9ger la marine marchande.\u00a0\u00bb Dans une France rest\u00e9e agricole \u00e0 90\u00a0%, Colbert fait porter ses efforts sur l\u2019industrie et le commerce. Sa plus grande r\u00e9ussite est le rel\u00e8vement et le d\u00e9veloppement de la marine fran\u00e7aise. Ce mercantilisme \u2013 doctrine exaltant la mentalit\u00e9 et l\u2019activit\u00e9 marchandes \u2013 poursuit un but moins \u00e9conomique que politique\u00a0: plus que le bien-\u00eatre des Fran\u00e7ais, Colbert veut la puissance de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Toutes les guerres sont civiles, car c\u2019est toujours l\u2019homme contre l\u2019homme qui r\u00e9pand son propre sang, qui d\u00e9chire ses propres entrailles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"841\" class=\"cit-num\">841<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque<\/em> (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9cho d\u2019un courant pacifiste nouveau, qui annonce les philosophes du si\u00e8cle suivant\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre \u00e9puise un \u00c9tat et le met toujours en danger de p\u00e9rir, lors m\u00eame qu\u2019on remporte les plus grandes victoires [\u2026] On d\u00e9peuple son pays, on laisse les terres presque incultes, on trouble le commerce, mais, ce qui est bien pis, on affaiblit les meilleures lois et on laisse corrompre les m\u0153urs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a jamais rien \u00e0 ajouter \u00e0 la Religion, parce que c\u2019est un ouvrage divin qui a d\u2019abord la perfection [\u2026] Les h\u00e9r\u00e9sies n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 que des opinions particuli\u00e8res, puisqu\u2019elles ont commenc\u00e9 par cinq ou six hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"844\" class=\"cit-num\">844<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BOSSUET<\/span> (1627-1704), <em>Six Avertissements aux protestants<\/em> (1689-1691)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Th\u00e9ologien passionn\u00e9 autant que partisan et partial, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Meaux s\u2019exprime ici en v\u00e9ritable chef de l\u2019\u00c9piscopat fran\u00e7ais. Gallican d\u00e9fenseur de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise de France, il lutte contre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie, notamment le protestantisme et le qui\u00e9tisme.<\/p>\n<p>Le si\u00e8cle est sans piti\u00e9 pour les insoumis en mati\u00e8re de religion, et ces luttes divisent les Fran\u00e7ais. Les jans\u00e9nistes de Port-Royal sont les premiers pers\u00e9cut\u00e9s du r\u00e8gne, mais c\u2019est la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes qui, en supprimant la libert\u00e9 du culte acquise sous Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus graves erreurs politiques de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aussit\u00f4t qu\u2019un roi se rel\u00e2che sur ce qu\u2019il a command\u00e9, l\u2019autorit\u00e9 p\u00e9rit, et le repos avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"845\" class=\"cit-num\">845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le\u00e7on de Mazarin maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et h\u00e9rit\u00e9e de Richelieu, souvenirs de la Fronde et d\u2019une France en proie \u00e0 l\u2019anarchie, caract\u00e8re autoritaire et go\u00fbt du pouvoir m\u00eal\u00e9s \u00e0 un orgueil inn\u00e9\u00a0: tout concourt pour faire de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> un monarque absolu. Il fera r\u00e9gner l\u2019ordre, et les Fran\u00e7ais lui en sont reconnaissants, dans leur immense majorit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xiv_1666_charles_le_brun_0.jpg\" width=\"400\" height=\"451\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les empires ne se conservent que comme ils s\u2019acqui\u00e8rent, c\u2019est-\u00e0-dire par la rigueur, par la vigilance et par le travail.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"847\" class=\"cit-num\">847<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On retrouve tr\u00e8s souvent ce mot, cette id\u00e9e de \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb, aussi vrai qu\u2019\u00eatre roi est un m\u00e9tier. \u00ab\u00a0C\u2019est par le travail qu\u2019on r\u00e8gne. Il y a de l\u2019ingratitude et de l\u2019audace \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu, de l\u2019injustice et de la tyrannie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes, de vouloir l\u2019un sans l\u2019autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pendant plus de cinquante ans, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> travaille douze heures par jour \u00e0 son m\u00e9tier de roi, accomplissant un labeur \u00e9crasant, doubl\u00e9 d\u2019une vie en perp\u00e9tuelle repr\u00e9sentation \u00e0 la cour. Il b\u00e9n\u00e9ficie longtemps d\u2019une robuste sant\u00e9, doubl\u00e9e d\u2019un grand \u00e9quilibre moral, avec une intelligence moyenne, mais tr\u00e8s m\u00e9thodique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il arrive que nous tombions malgr\u00e9 nous dans ses \u00e9garements [de l\u2019amour], il faut du moins observer deux pr\u00e9cautions [\u2026]\u00a0: la premi\u00e8re, que le temps que nous donnons \u00e0 notre amour ne soit jamais pris au pr\u00e9judice de nos affaires, la seconde [\u2026] il faut demeurer ma\u00eetre absolu de notre esprit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"850\" class=\"cit-num\">850<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage, d\u2019une grande sensualit\u00e9, trompa sa femme Marie-Th\u00e9r\u00e8se, tout en lui manifestant son respect et en lui faisant six enfants. Il en fait beaucoup d\u2019autres, \u00e0 beaucoup de femmes. Mais ses ma\u00eetresses n\u2019ont gu\u00e8re d\u2019influence politique (m\u00eame sa seconde \u00e9pouse, Mme\u00a0de Maintenon, en aura sans doute moins qu\u2019on ne l\u2019a dit). Et malgr\u00e9 les \u00e9lans de son c\u0153ur et surtout de son corps, la raison d\u2019\u00c9tat et le m\u00e9tier de roi gardent la priorit\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> est aid\u00e9 en cela par un remarquable contr\u00f4le de soi-m\u00eame, de ses gestes comme de ses propos, et par un \u00e9go\u00efsme foncier, aussi royal que masculin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019amour de la gloire a les m\u00eames d\u00e9licatesses et, si j\u2019ose dire, les m\u00eames timidit\u00e9s que les plus tendres passions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"851\" class=\"cit-num\">851<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), <em>M\u00e9moires pour l\u2019instruction du Dauphin<\/em> (1662)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le personnage se livre rarement, quoique pudiquement, comme dans cet autoportrait o\u00f9 le roi et l\u2019homme se r\u00e9v\u00e8lent si semblables\u00a0: m\u00eame d\u00e9sir de plaire, identique besoin de conqu\u00e9rir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les louanges, disons mieux, la flatterie, lui plaisaient \u00e0 tel point que les plus grossi\u00e8res \u00e9taient bien re\u00e7ues, les plus basses encore mieux savour\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"852\" class=\"cit-num\">852<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1675-1755), <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u0152uvre posthume de quelque 3 000 pages, son int\u00e9r\u00eat historique est aussi grand que son importance litt\u00e9raire \u2013 Chateaubriand, Stendhal, Balzac et m\u00eame Proust subirent son influence. Quant au m\u00e9morialiste, on lui doit une chronique sans concession de la cour sous Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et de la R\u00e9gence suivra.\u00a0<\/p>\n<p>Cette mauvaise langue de Saint-Simon qui juge Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> se pla\u00eet \u00e0 relever ici une des faiblesses de cet homme fort et un des petits c\u00f4t\u00e9s du grand homme. L\u2019orgueil inn\u00e9 en est la cause, la fonction royale d\u00e9veloppe ce penchant, l\u2019attitude de la cour et des courtisans aggrave le cas.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La chute de ce ministre [Fouquet] \u00e0 qui on avait bien moins de reproches \u00e0 faire qu\u2019au cardinal Mazarin, fit voir qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 tout le monde de faire les m\u00eames fautes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"859\" class=\"cit-num\">859<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Richelieu avant Mazarin et Colbert apr\u00e8s Fouquet ont aussi profit\u00e9 de leur place dans l\u2019\u00c9tat pour s\u2019enrichir. Mais Fouquet voulut \u00e9blouir le roi qui voulait seul \u00e9blouir le monde.<\/p>\n<p>Son arrestation est le premier acte politique du r\u00e8gne\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> prenant ainsi le pouvoir surprend tout son entourage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fouquet a sauv\u00e9 sa vie profonde, laissant Colbert condamn\u00e9 \u00e0 ramer sur la gal\u00e8re mondaine, avec des gants parfum\u00e9s. Les dieux n\u2019aiment pas l\u2019homme heureux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"861\" class=\"cit-num\">861<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">MORAND<\/span> (1888-1976),<em> Fouquet ou le soleil offusqu\u00e9<\/em> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au terme d\u2019un proc\u00e8s de trois ans, plein d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s, Nicolas Fouquet est condamn\u00e9 pour abus, malversations et l\u00e8se-majest\u00e9, \u00e0 la confiscation de ses biens et au bannissement, peine que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> transforme en prison perp\u00e9tuelle. Il est enferm\u00e9 \u00e0 la forteresse de Pignerol. La date et les circonstances de sa mort restent un myst\u00e8re \u2013 il est l\u2019un des possibles \u00ab\u00a0masques de fer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jean-Baptiste Colbert lui succ\u00e8de en 1661 comme intendant des Finances \u2013 le poste de surintendant \u00e9tant supprim\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 force de vouloir para\u00eetre grand, vous avez failli ruiner votre propre grandeur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"893\" class=\"cit-num\">893<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque<\/em> (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase de Mentor \u00e0 Idom\u00e9n\u00e9e, c\u2019est en fait F\u00e9nelon s\u2019adressant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, dans cette \u0153uvre r\u00e9dig\u00e9e en 1695. Ce jugement s\u00e9v\u00e8re, malgr\u00e9 l\u2019effet de style et la m\u00e9taphore mythologique, s\u2019applique bien \u00e0 cette ann\u00e9e 1683, tournant du r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Un exc\u00e8s de confiance en soi fait perdre au roi sa prudence et son sens inn\u00e9 de la mesure. Les ambitions territoriales et les continuelles provocations de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (encourag\u00e9 par Louvois) auront bient\u00f4t pour cons\u00e9quence de coaliser au sein de la ligue d\u2019Augsbourg toute l\u2019Europe (sauf la Suisse) contre la France. D\u00e9j\u00e0 les \u00ab\u00a0r\u00e9unions\u00a0\u00bb ont r\u00e9volt\u00e9 bien des populations, depuis 1681\u00a0: voulant renforcer strat\u00e9giquement les fronti\u00e8res du royaume, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> se sert de l\u2019impr\u00e9cision juridique des trait\u00e9s pour annexer les \u00ab\u00a0d\u00e9pendances\u00a0\u00bb des villes conquises. Stupeur, puis fureur des souverains concern\u00e9s\u00a0: roi d\u2019Espagne, roi de Su\u00e8de, empereur d\u2019Allemagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les troupes furent envoy\u00e9es dans toutes les villes o\u00f9 il y avait le plus de protestants\u00a0; et comme les dragons, assez mal disciplin\u00e9s dans ce temps-l\u00e0, furent ceux qui commirent le plus d\u2019exc\u00e8s, on appela cette ex\u00e9cution la \u00ab\u00a0dragonnade\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"898\" class=\"cit-num\">898<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces exactions dur\u00e8rent cinq ans. D\u00e8s 1680, l\u2019intendant Marillac mena en Poitou une premi\u00e8re op\u00e9ration rest\u00e9e tristement c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: on fit loger des dragons chez les protestants, en leur permettant toutes sortes de s\u00e9vices. Les \u00ab\u00a0missionnaires bott\u00e9s\u00a0\u00bb obtinrent ainsi 30\u00a0000 conversions en quelques mois. Fort de ce bilan, Louvois fit \u00e9tendre la mesure \u00e0 toute la France. On pr\u00e9senta ainsi au roi de longues, d\u2019extraordinaires listes de convertis. Ignorait-il les violences qui se cachaient derri\u00e8re\u00a0? Crut-il alors que la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes en 1685 ne serait plus qu\u2019une simple formalit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019influence personnelle de Mme\u00a0de Maintenon joue naturellement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu se sert de tous les moyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"899\" class=\"cit-num\">899<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719). <em>Histoire de Madame de Maintenon et des principaux \u00e9v\u00e9nements du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1849), duc Paul de Noailles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien fran\u00e7ais (pair de France et ami de Chateaubriand) dont la famille de Noailles h\u00e9rita de Mme\u00a0de Maintenon, donne une version un peu diff\u00e9rente du mot souvent cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu se sert de toutes voies pour ramener \u00e0 lui les h\u00e9r\u00e9tiques.\u00a0\u00bb<br>Ainsi et au nom de la foi, elle se r\u00e9signe \u00e0 la brutalit\u00e9 des dragonnades, et notamment les enfants syst\u00e9matiquement enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, Mme de Maintenon \u2013\u00a0n\u00e9e Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9\u00a0\u2013 est petite-fille du protestant Agrippa d\u2019Aubign\u00e9, qui s\u2019est battu toute sa vie pour sa religion et d\u00e9plorait que l\u2019\u00e9dit de Nantes, sign\u00e9 par son ami Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, ne f\u00eet pas la part assez belle aux r\u00e9form\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Un casuiste (cit\u00e9 par Michelet dans son <em>Histoire de France<\/em>), \u00e0 propos des dragonnades, aura un autre mot pour faire passer la chose\u00a0: \u00ab\u00a0Un petit mal pour un grand bien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut \u00e9lever vos bourgeoises en bourgeoises. Il n\u2019est pas question de leur orner l\u2019esprit\u00a0; il faut leur pr\u00eacher les devoirs de la famille, l\u2019ob\u00e9issance pour le mari, le soin des enfants [\u2026] La lecture fait plus de mal que de bien aux jeunes filles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"904\" class=\"cit-num\">904<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">MAINTENON<\/span> (1635-1719). <em>Histoire critique des doctrines de l\u2019\u00e9ducation en France depuis le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1880), Gabriel Compayr\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cet esprit, elle fonde en 1686 la maison d\u2019\u00e9ducation de Saint-Cyr, destin\u00e9e aux jeunes filles nobles et sans fortune \u2013 ce qui a \u00e9t\u00e9 son cas. L\u2019\u00e9ducation des filles est une question qui agite le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Moli\u00e8re dans ses <em>Femmes savantes<\/em> (1672) trahit l\u2019angoisse qui accompagne tout changement de m\u0153urs dans une soci\u00e9t\u00e9. Sans doute se situait-il entre Chrysale (tr\u00e8s \u00ab\u00a0bas-bleu\u00a0\u00bb, fa\u00e7on Saint-Cyr) et les femmes savantes, style B\u00e9lise et Armande (trop savantes et un peu ridicules), dans le juste milieu repr\u00e9sent\u00e9 par Henriette et Clitandre\u00a0: \u00ab\u00a0Je consens qu\u2019une femme ait des clart\u00e9s de tout,\u00a0\/ Mais je ne lui veux point la passion choquante\u00a0\/ De se rendre savante afin d\u2019\u00eatre savante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rien n\u2019est plus n\u00e9glig\u00e9 que l\u2019\u00e9ducation des filles. La coutume et le caprice des m\u00e8res y d\u00e9cident souvent de tout. On suppose qu\u2019on doit donner \u00e0 ce sexe peu d\u2019instruction. L\u2019\u00e9ducation des gar\u00e7ons passe pour une des principales affaires par rapport au bien public.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"905\" class=\"cit-num\">905<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Trait\u00e9 de l\u2019\u00c9ducation des filles<\/em> (1687)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9nelon professe des id\u00e9es p\u00e9dagogiques tr\u00e8s en avance sur son temps, dans ce trait\u00e9 \u00e9crit quelques ann\u00e9es avant sa publication pour la duchesse de Beauvilliers, une des filles de Colbert dont il est le directeur spirituel.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut \u00eatre toujours pr\u00eat \u00e0 faire la guerre, pour n\u2019\u00eatre jamais r\u00e9duit au malheur de la faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"921\" class=\"cit-num\">921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">F\u00c9NELON<\/span> (1651-1715), <em>Les Aventures de T\u00e9l\u00e9maque, fils d\u2019Ulysse<\/em> (1699)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation para\u00eet quand F\u00e9nelon a fini son r\u00f4le de pr\u00e9cepteur aupr\u00e8s de Louis de France, duc de Bourgogne et fils du Grand Dauphin.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Maintenon l\u2019a recommand\u00e9 au roi, quand il \u00e9tait son conseiller spirituel. Il s\u2019applique \u00e0 insuffler au petit-fils de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, enfant de 7\u00a0ans, toutes les vertus d\u2019un prince et d\u2019un chr\u00e9tien. Mission accomplie, F\u00e9nelon est nomm\u00e9 archev\u00eaque de Cambrai.<br>Mais la disgr\u00e2ce est proche. Il d\u00e9pla\u00eet au tout-puissant Bossuet, sur une question th\u00e9ologique br\u00fblante \u2013 le qui\u00e9tisme. Ensuite, et contre sa volont\u00e9, des copies du <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em> circulent, avant une publication d\u2019abord anonyme. La critique du r\u00e8gne autoritaire et belliciste frappe l\u2019opinion. Ces vues politiques hardies vont d\u00e9plaire au roi et achever de discr\u00e9diter F\u00e9nelon \u00e0 ses yeux.<\/p>\n<p>Exil\u00e9 dans son dioc\u00e8se, l\u2019archev\u00eaque de Cambrai pr\u00eache et pratique si g\u00e9n\u00e9reusement la charit\u00e9 qu\u2019il se ruinera pour les pauvres.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort du duc de Bourgogne (1712), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait br\u00fbler tous ses \u00e9crits trouv\u00e9s dans les papiers du prince. Mais le <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em> sera l\u2019un des livres les plus lus par les jeunes, jusqu\u2019au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. De nombreuses citations de F\u00e9nelon annoncent le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon fils, soyez bon Espagnol, mais n\u2019oubliez jamais que vous \u00eates n\u00e9 Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"923\" class=\"cit-num\">923<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 son petit-fils, Philippe duc d\u2019Anjou, avant son d\u00e9part pour Madrid, 16\u00a0novembre\u00a01700. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume), Saint-Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le m\u00e9morialiste rapporte le propos royal, dans une forme un peu moins concise que celle habituellement retenue\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez bon Espagnol, c\u2019est pr\u00e9sentement votre premier devoir\u00a0; mais souvenez-vous que vous \u00eates n\u00e9 Fran\u00e7ais, pour entretenir l\u2019union entre les deux nations\u00a0: c\u2019est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La guerre de Succession d\u2019Espagne n\u2019en d\u00e9chirera pas moins l\u2019Europe \u00e0 partir de 1702 et jusqu\u2019en 1714. Le dernier testament de Charles\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mort le 1er\u00a0novembre 1700, est en faveur du prince fran\u00e7ais et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> a fini par l\u2019accepter. L\u2019enjeu, \u00e0 travers le tr\u00f4ne espagnol, est la supr\u00e9matie europ\u00e9enne. Mais deux grandes familles peuvent y pr\u00e9tendre\u00a0: les Bourbons de France, et les Habsbourg d\u2019Autriche, \u00e9galement apparent\u00e9s \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus de Pyr\u00e9n\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"924\" class=\"cit-num\">924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), quand son petit-fils devient Philippe\u00a0V d\u2019Espagne, en 1700.<em> Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voltaire attribue le mot au roi, mais il a pu \u00eatre prononc\u00e9 par Castel Rodrigo, ambassadeur espagnol.<\/p>\n<p>Un prince de son sang succ\u00e8de \u00e0 l\u2019ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire, dans un pays certes d\u00e9cadent, mais encore immense avec son empire. Depuis cette date, les Bourbons r\u00e8gnent sur l\u2019Espagne, jusqu\u2019au roi actuel, Felipe\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (fils de Juan\u00a0Carlos).<\/p>\n<p>Philippe\u00a0V est royalement accueilli par ses nouveaux sujets. Fier de ce succ\u00e8s (remport\u00e9 sur l\u2019empereur d\u2019Allemagne qui voulait placer son second fils, l\u2019archiduc Charles), Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, trop s\u00fbr de lui, va multiplier les imprudences.<\/p>\n<p>Les droits de Philippe\u00a0V au tr\u00f4ne de France sont maintenus, alors que l\u2019Europe ne peut accepter une telle superpuissance\u00a0! Par ailleurs, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> reconna\u00eet le pr\u00e9tendant Jacques\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> Stuart (fils de Jacques\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 par une r\u00e9volution en 1688) au d\u00e9triment de Guillaume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> d\u2019Angleterre. Enfin, il fait conc\u00e9der par l\u2019Espagne \u00e0 une compagnie fran\u00e7aise le monopole de la traite des Noirs dans le Nouveau Monde, ce qui l\u00e8se les int\u00e9r\u00eats de toutes les puissances maritimes.<\/p>\n<p>La Grande Alliance de La\u00a0Haye (septembre\u00a01701) va r\u00e9unir \u00e0 nouveau tous les m\u00e9contents, le roi d\u2019Angleterre en t\u00eate.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je vais combattre les ennemis de Votre Majest\u00e9, et je vous laisse au milieu des miens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"926\" class=\"cit-num\">926<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span> (1653-1734) en 1702. <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019adresse au roi et devant toute la cour, prenant cong\u00e9 pour aller commander l\u2019arm\u00e9e. Turenne et Cond\u00e9 sont morts. Le mar\u00e9chal de Luxembourg aussi. Vauban va \u00eatre injustement disgraci\u00e9 (pour son projet fiscal de d\u00eeme royale). Villars est leur \u00e9gal.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment anobli, \u00e2g\u00e9 de 50\u00a0ans, il entre dans la carri\u00e8re militaire \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 d\u2019autres prennent leur retraite\u00a0: il sera le meilleur g\u00e9n\u00e9ral de la guerre de Succession d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re grande victoire, Friedlingen, en 1702\u00a0: ses soldats l\u2019appellent \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal\u00a0\u00bb et le roi confirme le titre, mais lui refusera la fonction tant souhait\u00e9e (et abolie) de conn\u00e9table. D\u00e8s 1703, les Fran\u00e7ais perdent l\u2019avantage dans une guerre o\u00f9 la coalition se renforce contre eux.<\/p>\n<p>Et la r\u00e9volte des Camisards va mobiliser Villars sur un autre front.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour donner du pain aux brigades que je fais marcher, je fais je\u00fbner celles qui restent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"933\" class=\"cit-num\">933<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">VILLARS<\/span>\u00a0(1653-1734), 1709. <em>M\u00e9moires du mar\u00e9chal de Villars<\/em> (posthume, 1904)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1709. Ann\u00e9e terrible pour la France. La guerre tourne au d\u00e9sastre apr\u00e8s la prise de Lille (1708), et le territoire est menac\u00e9. Il y a pire encore.<\/p>\n<p>Le Grand Hiver est une catastrophe nationale qui hantera longtemps les m\u00e9moires. La Seine a gel\u00e9 de Paris \u00e0 son embouchure, les transports par eau sont paralys\u00e9s, les r\u00e9coltes perdues \u2013 m\u00eame les oliviers dans le Midi \u2013 et le prix du bl\u00e9 d\u00e9cuple dans certaines provinces.<\/p>\n<p>Rappelons le t\u00e9moignage toujours cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les enfants ne se soutiennent que par des herbes et des racines qu\u2019ils font bouillir, et les enfants de quatre \u00e0 cinq ans, auxquels les m\u00e8res ne peuvent donner de pain, se nourrissent dans les prairies comme des moutons\u00a0\u00bb (procureur g\u00e9n\u00e9ral du Parlement de Bourgogne). C\u2019est la derni\u00e8re grande famine de notre histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon neveu, je vous fais R\u00e9gent du royaume. Vous allez voir un roi dans le tombeau et un autre dans le berceau. Souvenez-vous toujours de la m\u00e9moire de l\u2019un et des int\u00e9r\u00eats de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"945\" class=\"cit-num\">945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, Testament, 1715. <em>Histoire de la R\u00e9gence pendant la minorit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, volume\u00a0I (1922), Henri Leclercq<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte sera lu au lendemain de sa mort. Le roi a institu\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence dont le R\u00e9gent en titre est pr\u00e9sident, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir allant au duc du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Maintenon). Son neveu, dont il se m\u00e9fie non sans raison, ne s\u2019en satisfera pas et le roi mourant a peu d\u2019illusion sur l\u2019avenir de ses derni\u00e8res volont\u00e9s royales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fit plus de bien \u00e0 sa nation que vingt de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs ensemble\u00a0; et il s\u2019en faut beaucoup qu\u2019il f\u00eet ce qu\u2019il aurait pu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"949\" class=\"cit-num\">949<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jugement n\u2019est pas sans nuance, et l\u2019historien dans ses \u00e9crits est naturellement plus libre que le pr\u00e9dicateur en chaire\u00a0! \u00ab\u00a0Il s\u2019est fait de grandes choses sous son r\u00e8gne\u00a0\u00bb qui reste dans l\u2019histoire pour son rayonnement culturel, mais le passif est lourd\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre qui finit par la paix de Ryswick commen\u00e7a la ruine de ce grand commerce que son ministre Colbert avait \u00e9tabli\u00a0; et la guerre de la Succession l\u2019acheva.\u00a0\u00bb C\u2019est effectivement le traumatisme majeur de cette \u00e9poque, et tous les pays bellig\u00e9rants en furent marqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Laissons le mot de la fin \u00e0 l\u2019historien du r\u00e8gne qui, n\u00e9 en 1694, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites au lyc\u00e9e Louis-le-Grand, inqui\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 ses ma\u00eetres par un esprit libertin, po\u00e8te mondain et g\u00e9nie pr\u00e9coce, va devenir le philosophe num\u00e9ro un du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: malgr\u00e9 toutes les ombres au tableau du si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, Voltaire y voit \u00ab\u00a0le si\u00e8cle le plus \u00e9clair\u00e9 qui fut jamais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Histoire &amp; Litt\u00e9rature, lecture recommand\u00e9e en temps de vacances. D\u2019o\u00f9 cette s\u00e9rie d\u2019\u00e9ditos en huit \u00e9pisodes\u00a0(ind\u00e9pendants)&nbsp;: 1. Romans &#8211; 2. Po\u00e9sie &#8211; 3. Th\u00e9\u00e2tre &#8211; 4. Lettres &#8211; 5. Histoire et Chronique &#8211; 6. M\u00e9moires &#8211; 7. Pamphlets et autres \u0153uvres pol\u00e9miques &#8211; 8. Discours. 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