{"id":8610,"date":"2020-07-13T00:00:00","date_gmt":"2020-07-12T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-symboles-nationaux\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:43","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:43","slug":"les-symboles-nationaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-symboles-nationaux\/","title":{"rendered":"Les symboles nationaux"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/eugene_delacroix_-_le_28_juillet._la_liberte_guidant_le_peuple.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"321\"><\/p>\n<p>Semaine du 14 juillet\u00a0: c\u2019est le moment de rappeler les principaux symboles nationaux \u00e0 valeur historique\u00a0pour la R\u00e9publique, mais aussi la Monarchie\u2026 et l\u2019Empire qui emprunte \u00e0 l\u2019ancien monde\u00a0comme au nouveau.<\/p>\n<p><span><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-19.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p><span>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<h3><span>I. La France r\u00e9publicaine.<\/span><\/h3>\n<h4><span>1. Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9.<\/span><\/h4>\n<p><span>La trilogie r\u00e9publicaine\u00a0n\u00e9e sous le signe de la R\u00e9volution s\u2019est impos\u00e9e comme devise au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle. Elle trouve un lointain \u00e9cho au Moyen \u00c2ge et \u00e0 la Renaissance\u00a0: \u00ab\u00a0Un roi, une foi, une loi\u00a0\u00bb (395) et \u00ab\u00a0France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois\u00a0\u00bb (390). Reprise et \u00ab\u00a0recycl\u00e9e\u00a0\u00bb, elle rebondit et change de sens, comme en t\u00e9moigne notre <em>Histoire en citations. <\/em><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"1266\" class=\"cit-num\">1266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Fran\u00e7ois momoro (1756-1794), slogan r\u00e9volutionnaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Libraire \u00e0 Paris et \u00ab\u00a0premier imprimeur de la libert\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0il se pr\u00e9tend inventeur de cette devise. En tout cas, c\u2019est lui qui obtient de Jean-Nicolas Pache, maire de Paris, qu\u2019elle figure sur les fa\u00e7ades des \u00e9difices publics.<\/p>\n<p>Au fil de la R\u00e9volution, la libert\u00e9, revendication venue du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, et l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 des droits plus que des conditions \u2013 vont inspirer les r\u00e9volutionnaires, pour le meilleur et parfois le pire. La fraternit\u00e9 reste la parente pauvre jusqu\u2019au socialisme du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et le triple principe ne sera inscrit qu\u2019en 1848 dans la constitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1516\" class=\"cit-num\">1516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise sur les flammes des drapeaux. <em>Cahier noir<\/em> (1944), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fin juin\u00a01793, la devise appara\u00eet quand les arm\u00e9es de la R\u00e9publique font face \u00e0 la coalition des arm\u00e9es imp\u00e9riales et royales d\u2019une Europe naturellement hostile \u00e0 cette R\u00e9volution d\u00e9mocratique. Un peu plus tard, la devise grav\u00e9e sur les bagues remplacera la trilogie pass\u00e9e de mode\u00a0: \u00ab\u00a0La Nation, le Roi, la Loi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle appara\u00eet aussi sur les murs de la capitale\u00a0: le maire de la commune de Paris fait peindre cette devise et en province, d\u2019autres villes suivent la capitale. Mais l\u2019injonction sera abandonn\u00e9e progressivement avec la fin de la R\u00e9volution\u00a0: elle \u00e9voquait plus la Terreur que la R\u00e9publique\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu prot\u00e8ge la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1735\" class=\"cit-num\">1735<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise grav\u00e9e sur certaines pi\u00e8ces de monnaie fran\u00e7aise, par d\u00e9cret du 28\u00a0mars 1803, 7 germinal an\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le napol\u00e9on est la nouvelle pi\u00e8ce d\u2019or et cette devise appara\u00eet sur la tranche. Remplac\u00e9e sous la Restauration par le <em>Domine salvum fac regem<\/em> (\u00ab\u00a0Seigneur, sauve le roi\u00a0\u00bb) de l\u2019Ancien R\u00e9gime, r\u00e9tablie sous Louis-Philippe, abolie par la Commune en 1871, finalement remplac\u00e9e par \u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9\u00a0\u00bb (loi du 5\u00a0janvier 1907).<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019occasion de rappeler que pendant ce si\u00e8cle, et sans compter le bref \u00e9pisode des Cent-Jours, la France avide de changement conna\u00eetra sept r\u00e9gimes politiques\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"2135\" class=\"cit-num\">2135<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise r\u00e9publicaine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle repara\u00eet sur les murs au lendemain de la r\u00e9volution de f\u00e9vrier\u00a01848 et s\u2019inscrit dans la Constitution du 12\u00a0novembre qui instaure la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Dans la \u00ab\u00a0sainte devise de nos p\u00e8res\u00a0\u00bb (formule de Pierre Leroux, socialiste \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain), la petite derni\u00e8re, parente pauvre, profite du progr\u00e8s des id\u00e9es socialistes et la fraternit\u00e9 a enfin ses chances. Mais le reflux contre-r\u00e9volutionnaire viendra vite, avant m\u00eame le Second Empire. Il faut attendre la Troisi\u00e8me R\u00e9publique pour avoir une vraie l\u00e9gislation sociale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Attentat contre la dignit\u00e9 humaine, violation flagrante du dogme r\u00e9publicain\u00a0: Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2160\" class=\"cit-num\">2160<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">SCH\u0152LCHER<\/span> (1804-1893), <em>Le Moniteur<\/em>, 2\u00a0mai\u00a01848. <em>Victor Sch\u0153lcher et l\u2019abolition de l\u2019esclavage<\/em> (2004), Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat dans le gouvernement provisoire de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, il plaide contre l\u2019esclavage et voit enfin l\u2019aboutissement de sa longue lutte\u00a0: \u00ab\u00a0Par les d\u00e9crets du 27\u00a0avril 1848, rendus sur l\u2019initiative de Sch\u0153lcher, l\u2019esclavage, aboli une premi\u00e8re fois par la Convention, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement supprim\u00e9 dans nos colonies primitives\u00a0\u00bb (Alfred Rambaud, <em>Histoire de la civilisation contemporaine<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"2545\" class=\"cit-num\">2545<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan r\u00e9publicain<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me R\u00e9publique. La trilogie r\u00e9publicaine n\u00e9e sous la R\u00e9volution et inscrite sur les \u00e9difices publics, devise grav\u00e9e sur les pi\u00e8ces de monnaie fran\u00e7aise et inscrite par d\u00e9cret du 28\u00a0mars 1803, remplac\u00e9e sous la Restauration par l\u2019inscription de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00ab\u00a0<em>\u00a0Domine salvum fac regem<\/em>\u00a0\u00bb, r\u00e9tablie sous la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, abolie par la Commune, est finalement r\u00e9apparue au nom de la loi du 5\u00a0janvier 1907\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est sous le triple signe du Travail, de la Famille et de la Patrie que nous devons aller vers l\u2019ordre nouveau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2763\" class=\"cit-num\">2763<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">LAVAL<\/span> (1883-1945), \u00ab\u00a0R\u00e9union d\u2019information\u00a0\u00bb des d\u00e9put\u00e9s, 8\u00a0juillet 1940. <em>Soixante jours qui \u00e9branl\u00e8rent l\u2019Occident<\/em> (1956), Jacques Benoist-M\u00e9chin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s un long parcours politique, Laval entre au gouvernement P\u00e9tain, install\u00e9 \u00e0 Vichy depuis le 3\u00a0juillet. Ayant provisoirement le portefeuille de la Justice, il man\u0153uvre habilement pour que P\u00e9tain obtienne les pleins pouvoirs.<br>On travaille \u00e0 r\u00e9viser la Constitution. Le slogan trinitaire de 1789, trop r\u00e9publicain, est remplac\u00e9 par une autre trilogie\u00a0: Travail, Famille, Patrie. Tout l\u2019esprit de la r\u00e9volution nationale du r\u00e9gime de Vichy est dans ces mots et la loi constitutionnelle du 10\u00a0juillet en prend acte\u00a0: \u00ab\u00a0Cette Constitution doit garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/lar9_philippo_001z.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"361\"><\/p>\n<h4>2. Bleu, blanc, rouge.<\/h4>\n<p>Les trois couleurs du drapeau national et de la cocarde r\u00e9publicaine ont une histoire encore plus mouvement\u00e9e que la trilogie r\u00e9volutionnaire\u00a0! Les sources sont confuses et diverses. Voici simplement quelques rep\u00e8res historiques et quelques surprises.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ralliez-vous \u00e0 mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l\u2019honneur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"616\" class=\"cit-num\">616<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, avant la bataille d\u2019Ivry, 14\u00a0mars 1590.<em> Histoire universelle<\/em> (posthume), Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le blanc (par ailleurs associ\u00e9 \u00e0 la fleur de lys) symbolise la royaut\u00e9, sous l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p>Les soldats semblent h\u00e9siter\u00a0: les troupes de la Ligue (ultra-catholique), command\u00e9es par le duc de Mayenne, sont trois fois sup\u00e9rieures en hommes et en armes. Le roi va trouver les gestes et les mots qu\u2019il faut. Il plante sur son casque un panache de plumes blanches (couleur bien visible en m\u00eame temps que symbole de la monarchie) et harangue ses troupes\u00a0: \u00ab\u00a0Mes compagnons, Dieu est pour nous, voici ses ennemis et les n\u00f4tres\u00a0! Voici votre roi\u00a0! Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j\u2019aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir\u2026\u00a0\u00bb Et le roi charge en t\u00eate de ses hommes.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0panache blanc\u00a0\u00bb d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span> va entrer dans la l\u00e9gende \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle et la commune de l\u2019Eure (pr\u00e8s de Chartres) prendra le nom d\u2019Ivry-la-Bataille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouveau jour de gloire pour La Fayette, d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0H\u00e9ros des deux mondes\u00a0\u00bb \u00e0 20 ans dans la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des ex colonies am\u00e9ricaines contre l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, le marquis prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet symboliquement la R\u00e9volution. La rumeur veut qu\u2019il l\u2019ait ensuite pi\u00e9tin\u00e9e\u2026 mais tout \u00e9tait bon aux r\u00e9volutionnaires purs et durs pour le perdre aux yeux du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ici commence le pays de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1366\" class=\"cit-num\">1366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription sur un drapeau fran\u00e7ais, plant\u00e9 sur le pont de Kehl \u00e0 Strasbourg, 13\u00a0juin\u00a01790. <em>La France de l\u2019Est<\/em> (1917), Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des repr\u00e9sentants d\u2019Alsace, de Lorraine et de Franche-Comt\u00e9, r\u00e9unis (presque) spontan\u00e9ment en F\u00e9d\u00e9ration \u00e0 Strasbourg, plantent sur le pont de Kehl un drapeau fran\u00e7ais, tricolore et symbolique, avec ces mots. Ils manifestent ainsi l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Alsace (au statut particulier depuis le Moyen \u00c2ge) \u00e0 la communaut\u00e9 nationale fran\u00e7aise. Par l\u00e0 m\u00eame, ils soutiennent les acquis de 1789, les lois vot\u00e9es par la Constituante et les fronti\u00e8res nationales. Les cons\u00e9quences vont \u00eatre immenses \u2013 une suite de guerres \u00e9tal\u00e9es sur vingt-trois ans\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, avec la cocarde,<br>Aux tyrans, foutre malheur\u00a0;<br>Puis, allons \u00e0 l\u2019accolade,<br>Foutons-nous l\u00e0 de bon c\u0153ur.<br>Au diable toutes les fronti\u00e8res<br>Qui nous tenaient d\u00e9sunis,<br>Foutre, il n\u2019est point de barri\u00e8res<br>Sur la terre des amis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1454\" class=\"cit-num\">1454<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794),<em> Le R\u00e9veil du P\u00e8re Duchesne<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un couplet bien dans le ton du <em>P\u00e8re Duchesne<\/em>, l\u2019un des journaux les plus populaires de l\u2019\u00e9poque, distribu\u00e9 aux arm\u00e9es pour \u00e9veiller la conscience politique des soldats.<\/p>\n<p>Les trois couleurs r\u00e9volutionnaires s\u2019affichent \u00e0 chaque bataille, depuis Valmy (20 septembre 1792, premi\u00e8re grande victoire de la R\u00e9publique). N\u2019oublions pas que la R\u00e9volution vit sous le signe de la guerre face \u00e0 l\u2019Europe des rois et des empereurs coalis\u00e9s contre la France r\u00e9publicaine\u2026 et ardemment pros\u00e9lyte.\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815.<em> Recueil de pi\u00e8ces authentiques sur le captif de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, de m\u00e9moires et documents \u00e9crits par l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1821-1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Cent-Jours. L\u2019empereur annonce la couleur d\u00e8s le premier jour de son \u00ab\u00a0come-back\u00a0\u00bb historique. Il se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle associ\u00e9e \u00e0 la Restauration de Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement \u00e0 tous les ennemis de la France\u00a0! Arborez cette cocarde tricolore\u00a0; vous la portiez dans nos grandes journ\u00e9es [\u2026] Reprenez ces aigles que vous aviez \u00e0 Ulm, \u00e0 Austerlitz, \u00e0 I\u00e9na.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence le vol de l\u2019Aigle, sur la route Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2069\" class=\"cit-num\">2069<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e9meute des canuts, 22\u00a0novembre\u00a01831.<em> Histoire du mouvement ouvrier<\/em>, tome\u00a0I (1948), \u00c9douard Doll\u00e9ans<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi la devise inscrite sur leur drapeau noir, symbole de l\u2019anarchie qui va litt\u00e9ralement exploser \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, multipliant les attentats en France, comme en Europe et aux \u00c9tats-Unis. Mais la r\u00e9volte des ouvriers de la soie est d\u2019origine \u00e9conomique et non politique.<\/p>\n<p>Les soyeux (fabricants) ne respectent pas le nouveau tarif des salaires, sign\u00e9 par leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s dont ils contestent le mandat. Commencent alors les \u00ab\u00a0trois glorieuses du prol\u00e9tariat lyonnais\u00a0\u00bb\u00a0: gr\u00e8ve, puis insurrection. Au matin du 22\u00a0novembre, les canuts de la Croix-Rousse descendent sur la ville en criant leur r\u00e9volte. Ils se retrouvent sans le vouloir ma\u00eetres de Lyon, vid\u00e9e de sa garnison qui risquait de pactiser avec les insurg\u00e9s. L\u2019H\u00f4tel de Ville de Lyon est occup\u00e9 par les insurg\u00e9s, mais de nouvelles troupes, command\u00e9es par le mar\u00e9chal Soult et le duc d\u2019Orl\u00e9ans, r\u00e9occupent la ville, expulsent 10\u00a0000 ouvriers, le 5\u00a0d\u00e9cembre 1831. Bilan\u00a0: 171 morts civils, 170 militaires, 600 arrestations. On destitue le pr\u00e9fet trop bienveillant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des revendications ouvri\u00e8res. Le tarif \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9volte est proclam\u00e9 nul et non avenu\u00a0: \u00e9chec total de la premi\u00e8re grande gr\u00e8ve de l\u2019histoire de France. Mais elle fera \u00e9cole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le drapeau rouge que vous nous rapportez n\u2019a jamais fait que le tour du Champ de Mars, tra\u00een\u00e9 dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la libert\u00e9 de la patrie\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2146\" class=\"cit-num\">2146<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848.<em> Les Orateurs politiques de la France, de 1830 \u00e0 nos jours<\/em> (1898), Maurice Pellisson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Aux grandes heures du si\u00e8cle romantique, son lyrisme fait merveille, cette citation faisant date et sens\u00a0dans l\u2019histoire de nos symboles nationaux.<\/p>\n<p>La veille, 24\u00a0f\u00e9vrier, le po\u00e8te \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1833 et passionn\u00e9ment engag\u00e9 en politique, a accept\u00e9 la proclamation de la R\u00e9publique comme un fait accompli. Mais ce jour, il refuse l\u2019adoption officielle du drapeau rouge et, seul des onze membres du gouvernement provisoire, il a le courage de se pr\u00e9senter \u00e0 la foule en armes qui cerne l\u2019H\u00f4tel de Ville\u00a0! Lui seul aussi est capable d\u2019apaiser les insurg\u00e9s du jour et de rallier le lendemain les mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, \u00ab\u00a0qui n\u2019avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore\u00a0\u00bb, etc.\u00a0; et tous se rang\u00e8rent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne \u2013 et se promettant bien, d\u00e8s qu\u2019il serait le plus fort, d\u2019arracher les deux autres.\u00a0\u00bb <span id=\"2147\" class=\"cit-num\">2147<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880), <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> (1869)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le romancier voit juste, aid\u00e9 par le recul du temps\u00a0: la confusion et l\u2019enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilit\u00e9s d\u2019opinion. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduit \u00e0 chaque changement de r\u00e9gime ou d\u2019alternance politique\u00a0: grands espoirs et lendemains qui d\u00e9chantent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement provisoire d\u00e9clare que la nation adopte les trois couleurs dispos\u00e9es comme elles l\u2019\u00e9taient pendant la R\u00e9publique. Ce drapeau portera ces mots\u00a0: R\u00e9publique fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2149\" class=\"cit-num\">2149<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gouvernement provisoire, D\u00e9cret du 25\u00a0f\u00e9vrier 1848. <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848\u00a0: Gouvernement provisoire<\/em> (1862), Louis-Antoine Garnier-Pag\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le gouvernement provisoire pense \u00e0 tout, et d\u2019abord aux symboles\u00a0! Mais d\u00e8s les premiers jours, il prend une s\u00e9rie de mesures\u00a0: proclamation de la R\u00e9publique et abolition des titres de noblesse, r\u00e9forme d\u00e9mocratique de la garde nationale, dissolution de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, proclamation du suffrage universel, annonce de l\u2019\u00e9lection prochaine d\u2019une Assembl\u00e9e constituante, reconnaissance de toutes les libert\u00e9s d\u2019expression (presse, th\u00e9\u00e2tre, clubs), abolition de la peine de mort en mati\u00e8re politique, limitation de la journ\u00e9e de travail (dix\u00a0heures \u00e0 Paris, onze\u00a0heures en province), etc. etc.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me R\u00e9publique \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, bient\u00f4t remplac\u00e9e par le Second Empire tr\u00e8s attach\u00e9e aux symboles du Premier\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai re\u00e7u le drapeau blanc comme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, du vieux roi mon a\u00efeul. Il a flott\u00e9 sur mon berceau, je veux qu\u2019il ombrage ma tombe\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2417\" class=\"cit-num\">2417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte de <span class=\"caps\">CHAMBORD<\/span> (1820-1883), Manifeste du 5\u00a0juillet 1871, \u00e0 Chambord. <em>La Droite en France, de la premi\u00e8re Restauration \u00e0 la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1963), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9but chaotique de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et retour aux symboles\u2026 de la monarchie\u00a0!<\/p>\n<p>Henri de Bourbon, comte de Chambord, se fait appeler Henri\u00a0V et se voit d\u00e9j\u00e0 roi de France. On frappe des monnaies \u00e0 son effigie, on construit des carrosses pour son entr\u00e9e \u00e0 Paris\u2026 Les deux partis, l\u00e9gitimistes et bonapartistes, se sont en effet mis d\u2019accord sur son nom et sa l\u00e9gitimit\u00e9.<br>Dans ce discours, il renie purement et simplement le drapeau tricolore. Scandalis\u00e9s, certains de ses partisans en deviennent r\u00e9publicains\u00a0! L\u2019\u00ab\u00a0Affaire du drapeau\u00a0\u00bb sert la strat\u00e9gie politicienne de Thiers, vieux routier de la politique et r\u00e9publicain d\u00e8s la fin de la Restauration en 1830. Il pavoise devant tant de maladresse et dit avec humour que le pr\u00e9tendant m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0appel\u00e9 le Washington fran\u00e7ais, car il a fond\u00e9 la r\u00e9publique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son attitude s\u2019explique\u00a0: le comte de Chambord a v\u00e9cu quarante ans en exil, dont trente dans un ch\u00e2teau coup\u00e9 du monde, entour\u00e9 d\u2019une petite cour d\u2019\u00e9migr\u00e9s aristocrates plus royalistes que le roi, comme tant de courtisans. Mais au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me, le drapeau blanc lui fait perdre la pr\u00e9sidence esp\u00e9r\u00e9e. C\u2019est dire l\u2019importance historique du symbole\u00a0!\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avant d\u2019aller planter le drapeau fran\u00e7ais l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est jamais all\u00e9, il fallait le replanter d\u2019abord l\u00e0 o\u00f9 il flottait jadis, l\u00e0 o\u00f9 nous l\u2019avons tous vu de nos propres yeux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2476\" class=\"cit-num\">2476<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">D\u00c9ROUL\u00c8DE<\/span> (1846-1914), Discours du Trocad\u00e9ro, octobre\u00a01884. <em>Pour en finir avec la colonisation<\/em> (2006), Bernard Logan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous la Troisi\u00e8me, le symbolisme du drapeau r\u00e9publicain se retrouve \u00e0 chaque crise politique. Il illustre ici l\u2019expression du patriotisme continental (exacerb\u00e9 par la perte de l\u2019Alsace-Lorraine en 1870-71), oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure coloniale incarn\u00e9e par Ferry. Ce qui explique l\u2019anticolonialisme de D\u00e9roul\u00e8de \u2013 personnage injustement caricatur\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faire passer avant toute chose la grandeur du pays et l\u2019honneur du drapeau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2477\" class=\"cit-num\">2477<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Chambre des d\u00e9put\u00e9s, 30\u00a0mars\u00a01885. <em>Discours et opinions de Jules Ferry<\/em> (1897), Jules Ferry, Paul Robiquet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La conqu\u00eate de l\u2019Indochine a commenc\u00e9 sous Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> et Jules Ferry poursuit cette colonisation fran\u00e7aise en Extr\u00eame-Orient. Par le trait\u00e9 de Hu\u00e9 (1883), l\u2019empereur du Vietnam a \u00e9t\u00e9 contraint de c\u00e9der le Tonkin devenu un protectorat fran\u00e7ais, mais la Chine voisine conteste ce trait\u00e9 et envahit le Tonkin\u00a0: ses troupes, les \u00ab\u00a0Pavillons noirs\u00a0\u00bb, se heurtent aux troupes fran\u00e7aises. Si\u00e8ges et batailles navales se succ\u00e8dent durant pr\u00e8s de deux ans.<\/p>\n<p>Le 29\u00a0mars, les journaux ont appris l\u2019attaque des Chinois \u00e0 Lang-Son, ville du Vietnam sur la fronti\u00e8re chinoise, et le recul ou plus exactement la retraite du corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais command\u00e9 par le lieutenant-colonel Herbinger, avec quelque 200 tu\u00e9s ou bless\u00e9s. Incident d\u00e9mesur\u00e9ment grossi\u00a0: on parle du \u00ab\u00a0d\u00e9sastre de Lang-son\u00a0\u00bb comme d\u2019un second Waterloo et d\u2019un nouveau Sedan\u00a0! Les radicaux, avec Clemenceau, d\u00e9noncent la politique coloniale de Jules Ferry, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Ferry-Tonkin\u00a0\u00bb et accus\u00e9 de haute trahison pour avoir engag\u00e9 des troupes, sans bien informer les d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Ferry, pr\u00e9sident du Conseil, garde son calme et, le 30 mars, invoquant la grandeur du pays et l\u2019honneur du drapeau, demande une augmentation des cr\u00e9dits pour envoyer des renforts au Tonkin. Il d\u00e9cha\u00eene des clameurs, \u00e0 la gauche comme \u00e0 la droite de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seul, le mar\u00e9chal peut r\u00e9aliser l\u2019union de la France, c\u2019est un drapeau, un drapeau un peu tach\u00e9, un peu souill\u00e9, mais c\u2019est un drapeau tout de m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2765\" class=\"cit-num\">2765<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">WEYGAND<\/span> (1867-1965), \u00e0 Stanislas Mangin venu lui demander de se rallier aux Forces fran\u00e7aises libres (<span class=\"caps\">FFL<\/span>), \u00e9t\u00e9 1940. <em>Tout est bien<\/em> (1989), Roger St\u00e9phane<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Seconde Guerre mondiale. Le r\u00e9gime de Vichy qui donne les pleins pouvoirs au mar\u00e9chal P\u00e9tain a aboli la R\u00e9publique. Le g\u00e9n\u00e9ral Weygand daubait sur \u00ab\u00a0Vichy qui se roule dans la d\u00e9faite comme un chien dans la merde\u00a0\u00bb. Pourtant, pas question pour l\u2019ex-chef d\u2019\u00e9tat-major fran\u00e7ais de se rallier \u00e0 un mouvement n\u00e9 et entretenu \u00e0 l\u2019\u00e9tranger avec de Gaulle, en toute ill\u00e9galit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0perfide Albion\u00a0\u00bb est ha\u00efe par une France traditionnellement anglophobe, plus encore depuis le torpillage de la flotte fran\u00e7aise au mouillage dans la baie d\u2019Oran, \u00e0 Mers el-K\u00e9bir, le 3\u00a0juillet 1940. Pour \u00e9viter que la marine fran\u00e7aise passe \u00e0 l\u2019ennemi, plus de 1\u00a0300 marins furent tu\u00e9s dans l\u2019attaque de la Royal Navy. Bien des Fran\u00e7ais pass\u00e8rent alors \u00e0 la collaboration.<\/p>\n<p>Par ailleurs, P\u00e9tain rassure. Sa dictature teint\u00e9e de paternalisme tend \u00e0 refaire une France sur le mod\u00e8le du pass\u00e9, paysanne et chr\u00e9tienne, dans un carcan corporatiste et hi\u00e9rarchis\u00e9, avec appel aux valeurs traditionnelles\u00a0: Travail, Famille, Patrie. \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal, nous voil\u00e0\u2026\u00a0\u00bb chantent les enfants des \u00e9coles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne nous arr\u00eaterons que quand le drapeau fran\u00e7ais flottera aussi sur Metz et Strasbourg.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2776\" class=\"cit-num\">2776<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Colonel <span class=\"caps\">LECLERC<\/span> (1902-1947), Serment de Koufra, 2\u00a0mars 1941. <em>Leclerc et le serment de Koufra<\/em> (1965), Raymond Dronne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philippe Marie de Hautecloque, dit Leclerc, sera \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de mar\u00e9chal de France \u00e0 titre posthume, en 1952. Deux fois prisonnier, deux fois \u00e9vad\u00e9 en mai-juin\u00a01940 (pendant la guerre \u00e9clair), il a rejoint de Gaulle \u00e0 Londres. Il obtient le ralliement du Cameroun \u00e0 la France libre, d\u00e8s la fin ao\u00fbt\u00a01940, et en devient le gouverneur.<\/p>\n<p>Devenu commandant militaire de l\u2019Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise (<span class=\"caps\">AEF<\/span>), parti de Fort-Lamy (Tchad) avec une pauvre colonne des Forces fran\u00e7aises libres, il franchit 1\u00a0600\u00a0km de d\u00e9sert et prend le fort de Koufra (Libye), tenu par une garnison italienne.<br>Lib\u00e9rateur de Paris avec sa fameuse 2e <span class=\"caps\">DB<\/span> (division blind\u00e9e) le 25\u00a0ao\u00fbt 1944, il sera aussi le lib\u00e9rateur de Strasbourg, le 23\u00a0novembre\u00a0: le serment de Koufra sera tenu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0G\u00e9nie de la Bastille qui culmine sur cette place, nous voici de retour, le peuple des r\u00e9volutions et des r\u00e9bellions en France. Nous sommes le drapeau rouge\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3474\" class=\"cit-num\">3474<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Luc <span class=\"caps\">M\u00c9LENCHON<\/span> (n\u00e9 en 1951), Discours du 18\u00a0mars 2012 \u00e0 Paris<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la Bastille, le tribun fait place comble ce dimanche et d\u00e9fie le temps \u00e0 la pluie. Plus de 120\u00a0000 personnes ont d\u00e9fil\u00e9, entre Nation et Bastille, dans la symbolique rue du Faubourg-Saint-Antoine, avant d\u2019\u00e9couter le candidat du Front de gauche.<\/p>\n<p>Port\u00e9 par la vague rouge des drapeaux et l\u2019enthousiasme de la foule, il dynamise une campagne sans th\u00e8me majeur (s\u00e9curit\u00e9 en 2002, travail en 2007), plomb\u00e9e par le non-dit sur la crise et la perte de confiance dans le pouvoir du politique.<\/p>\n<p>Il appelle \u00e0 prendre le pouvoir et donc \u00e0 reprendre (symboliquement) la Bastille. Ce jour doit marquer le d\u00e9but de \u00ab\u00a0l\u2019insurrection civique\u00a0\u00bb et populariser sa \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0R\u00e9publique sociale, la\u00efque et \u00e9cologique\u00a0\u00bb, avec le slogan\u00a0: \u00ab\u00a0Le vote M\u00e9lenchon, c\u2019est le vote utile.\u00a0\u00bb Autrement dit, il s\u2019imagine en \u00ab\u00a0dernier pr\u00e9sident de la Ve\u00a0\u00bb et Marie-George Buffet fait chorus, au nom du <span class=\"caps\">PCF<\/span> moribond.<\/p>\n<p>M\u00e9lenchon va renouveler son exploit \u00e0 Toulouse et \u00e0 Marseille, le 14\u00a0avril, rassemblant 100\u00a0000 fans sur la plage du Prado, avec des accents lyriques \u00e0 la Hugo. Il redonne ce go\u00fbt de la f\u00eate, ce bonheur d\u2019\u00eatre ensemble, unis par la m\u00eame cause.<br>Le dimanche pr\u00e9c\u00e9dant le premier tour, Sarkozy, place de la Concorde, et Hollande, face au Ch\u00e2teau de Vincennes, rassembleront chacun de son c\u00f4t\u00e9 un nombre de manifestants non chiffr\u00e9, mais inf\u00e9rieur.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/serment_de_la_fayette_img_2376.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"425\"><\/p>\n<h4>3. Les dates anniversaires.<\/h4>\n<p>On pense imm\u00e9diatement au 14 juillet. Oui, mais de quelle ann\u00e9e\u00a0? Autrement dit, quel symbole r\u00e9publicain va-t\u2019on c\u00e9l\u00e9brer, prise de la Bastille ou F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration\u00a0? On en d\u00e9bat toujours.<\/p>\n<p>Quant au 2 d\u00e9cembre, c\u2019est aussi un jour historique, \u00f4 combien\u00a0! Quatre fois symbolique en un si\u00e8cle et deux r\u00e9gimes. Encore une petite le\u00e7on d\u2019histoire\u2026 et de superstition imp\u00e9riale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes le premier de tous les Fran\u00e7ais qui \u00e9criv\u00eemes contre la R\u00e9volution avant la prise de la Bastille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1328\" class=\"cit-num\">1328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Pens\u00e9es in\u00e9dites de Rivarol<\/em> (posthume, 1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste et rare humoriste du temps, cet homme d\u2019ordre aurait pu \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui \u00e0 la Constitution, non \u00e0 la chienlit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La premi\u00e8re pi\u00e8ce qui met en sc\u00e8ne la prise de la Bastille est un vaudeville en un acte et en prose de Pellet-Desbarreaux, <em>Le Champ de Mars ou la R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la France<\/em>, jou\u00e9 dans la r\u00e9gion de Toulouse, en ao\u00fbt\u00a01789. Certaines sources situent m\u00eame la cr\u00e9ation en mars\u00a0: ce serait de la politique-fiction\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1329\" class=\"cit-num\">1329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire. La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay, massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort.<\/p>\n<p>Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Pr\u00e9sent \u00e0 Paris au d\u00e9but de la R\u00e9volution, il est tr\u00e8s choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois et le marchand<br>Marchent \u00e0 la Bastille<br>Et ran plan plan [\u2026]<br>Sortez de vos cachots fun\u00e8bres<br>Victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9<br>Voyez \u00e0 travers les t\u00e9n\u00e8bres<br>Les rayons de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1330\" class=\"cit-num\">1330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Prise de la Bastille<\/em> (1790), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chanson vaudeville, genre tr\u00e8s en vogue \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. L\u2019\u00e9v\u00e9nement se joue en deux actes\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9part pour le si\u00e8ge\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0D\u00e9livrance des captifs\u00a0\u00bb. Le style est typique de l\u2019\u00e9poque. Les \u00ab\u00a0victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9\u00a0\u00bb, ce sont les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s. L\u2019inventaire est d\u00e9risoire. Ils sont sept\u00a0: quatre escrocs ayant falsifi\u00e9 une lettre de change, deux malades mentaux et un jeune gentilhomme prodigue, le comte de Solanges, embastill\u00e9 pour inceste. \u00c0 quelques jours pr\u00e8s, on trouvait le marquis de Sade \u2013 transf\u00e9r\u00e9 peu avant \u00e0 Charenton.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1331\" class=\"cit-num\">1331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), note ces deux mots dans son carnet avant de se coucher, ch\u00e2teau de Versailles, le soir du 14\u00a0juillet 1789. <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1847), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire lui a beaucoup reproch\u00e9 cette indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Pr\u00e9cisons \u00e0 sa d\u00e9charge que le fameux carnet consigne surtout ses tableaux de chasse.<\/p>\n<p>Le roi a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de l\u2019agitation \u00e0 Paris, par une d\u00e9putation de l\u2019Assembl\u00e9e. Le 11\u00a0juillet, il a malencontreusement renvoy\u00e9 Necker, ministre des Finances jug\u00e9 trop lib\u00e9ral, l\u2019homme le plus populaire du royaume, et il le rappellera le 16. En attendant, le mal est fait\u00a0: manifestations le 12\u00a0juillet, municipalit\u00e9 insurrectionnelle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, milice et foule arm\u00e9es le 13 (avec 28\u00a0000 fusils et 20 canons pris aux Invalides). \u00c0 la Bastille, on est all\u00e9 chercher la poudre et les munitions.<\/p>\n<p>La forteresse est avant tout le symbole historique de l\u2019absolutisme royal\u00a0: la r\u00e9volution parlementaire est devenue soudain populaire et parisienne, en ce 14\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit trop souvent, ce jour n\u2019est pas l\u2019origine de notre f\u00eate nationale. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante, la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En temps de r\u00e9volution, prenez garde \u00e0 la premi\u00e8re t\u00eate qui tombe. Elle met le peuple en app\u00e9tit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1332\" class=\"cit-num\">1332<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Le Dernier Jour d\u2019un condamn\u00e9<\/em> (1829)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bilan du 14\u00a0juillet 1789\u00a0: une centaine de morts et un peu plus de bless\u00e9s, essentiellement chez les assaillants (au nombre de 800 \u00e0 3\u00a0000, selon les sources). Mais Hugo a raison\u00a0: le peuple est parti dans une escalade de la violence et les meneurs parlent toujours plus fort que les mod\u00e9rateurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est une r\u00e9volte\u00a0?<br>\u2014 Non, Sire, c\u2019est une r\u00e9volution\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1333\" class=\"cit-num\">1333<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du duc de la\u00a0<span class=\"caps\">ROCHEFOUCAULD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LIANCOURT<\/span> (1747-1827), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), r\u00e9veill\u00e9 le soir du 14\u00a0juillet, \u00e0 Versailles. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand ma\u00eetre de la garde-robe s\u2019est permis de se manifester dans la nuit, pour informer le roi que la Bastille est prise et le gouverneur assassin\u00e9. Mieux que son ma\u00eetre, il a compris l\u2019importance symbolique du fait. Ce bref dialogue r\u00e9sume bien la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, roi des Fran\u00e7ais, je jure [\u2026] de maintenir la Constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1369\" class=\"cit-num\">1369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790.<em> Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier anniversaire de la prise de la Bastille. Toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales, venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun, Talleyrand, qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, d\u2019autant plus qu\u2019il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent. Heure solennelle, devant 300\u00a0000 personnes, alors qu\u2019il murmure \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis (ou \u00e0 La Fayette, selon les sources)\u00a0: \u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb Mot apocryphe, selon Chateaubriand.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit de ces coulisses et des intentions r\u00e9elles du roi, le pays peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle. Sit\u00f4t qu\u2019il para\u00eet et qu\u2019il parle, il semble que le pacte mill\u00e9naire entre les Fran\u00e7ais et le Cap\u00e9tien se renoue. Tous ces provinciaux qui voient Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour la premi\u00e8re fois oublient ce qu\u2019on a pu dire du \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb. Le peuple est le plus sinc\u00e8re de tous les participants \u00e0 ce grand spectacle, criant\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le roi, vive la reine, vive le dauphin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1370\" class=\"cit-num\">1370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien de la R\u00e9volution voit en cette f\u00eate du 14\u00a0juillet 1790 le point culminant de l\u2019\u00e9poque, son g\u00e9nie m\u00eame. C\u2019est le jour de tous les espoirs. Et le peuple chante la plus gaie des carmagnoles\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/ Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te, \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> avait su profiter de la F\u00e9d\u00e9ration, nous \u00e9tions perdus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1372\" class=\"cit-num\">1372<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">BARNAVE<\/span> (1761-1793). <em>La Chute de l\u2019Ancienne France, La F\u00e9d\u00e9ration<\/em> (1896), Marius Cyrille Alphonse Sepet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pilier du club des Jacobins, patriote d\u2019ailleurs mod\u00e9r\u00e9 parmi les r\u00e9volutionnaires, s\u2019oppose alors aux deux d\u00e9put\u00e9s cherchant toujours \u00e0 concilier R\u00e9volution et royaut\u00e9\u00a0: Mirabeau et La Fayette.<\/p>\n<p>Cette F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration du 14\u00a0juillet 1790 est aussi le plus grand jour de gloire pour le g\u00e9n\u00e9ral La Fayette\u00a0: on baise ses mains et m\u00eame la croupe de son cheval, on frappera des m\u00e9dailles \u00e0 son effigie\u00a0! Pourtant, Mirabeau d\u00e9teste ce \u00ab\u00a0maire du palais\u00a0\u00bb, il le traite de \u00ab\u00a0Gilles-C\u00e9sar\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0sous-grand-homme\u00a0\u00bb, et Marat de \u00ab\u00a0faux ami du peuple\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aristocrate, te voil\u00e0 donc tondu,<br>Le Champ de Mars te fout la pelle au cul,<br>Aristocrate, te voil\u00e0 confondu.<br>J\u2019bais\u2019rons vos femmes, et vous serez cocus,<br>Aristocrates, je vous vois tous cornus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1373\" class=\"cit-num\">1373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Tombeau des aristocrates<\/em> (anonyme), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant\u00e9 le 14\u00a0juillet 1790 sur le Champ de Mars (avec \u00ab\u00a0<em>\u00a0La Pelle au cul<\/em>\u00a0\u00bb, version voisine), le jour m\u00eame de cette f\u00eate de la r\u00e9conciliation nationale\u00a0! C\u2019est un tout autre ton que le \u00ab\u00a0\u00e7a ira\u00a0\u00bb \u2013\u00a0lequel va bient\u00f4t conna\u00eetre nombre de parodies fort dures pour les aristos.<\/p>\n<p>Cela montre la complexit\u00e9 de cette R\u00e9volution o\u00f9 tous les courants d\u2019opinion se croisent, mais aussi le parfait reflet de l\u2019opinion publique que sont les chansons. \u00c0 travers elles, toute l\u2019histoire de France se d\u00e9roule.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout la joie est g\u00e9n\u00e9rale<br>Depuis qu\u2019en vertu d\u2019un d\u00e9cret<br>Notre f\u00eate nationale<br>Doit avoir lieu l\u2019quatorze juillet\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2463\" class=\"cit-num\">2463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRUANT<\/span> (1851-1925), <em>J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement<\/em> (1879), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Un couplet de la chanson de Bruant c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9v\u00e9nement et chante le consensus du pays\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je vois pour f\u00eater la France\u00a0\/ Choisir la date d\u2019un \u00e9v\u00e9nement\u00a0\/ Qui lui rappelle sa d\u00e9livrance\u00a0\/ J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>La Marseillaise<\/em> est proclam\u00e9e hymne national en m\u00eame temps que le 14\u00a0juillet devient f\u00eate nationale \u2013 mais l\u2019on discute encore pour savoir si l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre 1789 ou 1790, la prise de la Bastille ou la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. La loi est promulgu\u00e9e le 6 juillet 1880.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gais et contents<br>Nous marchions triomphants<br>En allant \u00e0 Longchamp<br>Le c\u0153ur \u00e0 l\u2019aise,<br>Sans h\u00e9siter,<br>Car nous allions f\u00eater,<br>Voir et complimenter<br>L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2482\" class=\"cit-num\">2482<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899) et L\u00e9on <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1857-1905), paroles, et Louis-C\u00e9sar <span class=\"caps\">D\u00c9SORMES<\/span> (1840-1898), musique, <em>En r\u2019venant d\u2019la r\u2019vue<\/em> (1886), chanson. <em>Cent ans de chanson fran\u00e7aise, 1880-1980<\/em> (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nouveau couple d\u2019auteur-compositeur \u00e0 la mode \u00e9crit pour Paulus cette chanson, cr\u00e9\u00e9e le 14\u00a0juillet\u00a01886 \u00e0 l\u2019Alcazar, grand music-hall parisien. \u00ab\u00a0Marseillaise des mitrons et des calicots\u00a0\u00bb, dit Anatole France, mais surtout \u00ab\u00a0hymne boulangiste\u00a0\u00bb et immense succ\u00e8s cocardier pour le \u00ab\u00a0brave g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb acclam\u00e9 \u00e0 Longchamp, barbe blonde et fi\u00e8re allure, rendant encore plus terne et vieillot le cort\u00e8ge du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique octog\u00e9naire, Jules Gr\u00e9vy, us\u00e9 politiquement.<\/p>\n<p>Paul D\u00e9roul\u00e8de, propagandiste num\u00e9ro un de Boulanger, lui invente le surnom de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ral Revanche\u00a0\u00bb et affirme qu\u2019il est \u00ab\u00a0le seul ministre qui fasse peur \u00e0 l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb. La droite va exploiter Boulanger qui se pr\u00e9tend pourtant g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00ab\u00a0extr\u00eame gauche\u00a0\u00bb. Le boulangisme sera la r\u00e9union de tous les contraires et le lieu de bien des paradoxes, avant de s\u2019effondrer dans le ridicule d\u2019un suicide vaudevillesque. Petite histoire dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident au Parlement, 29\u00a0mai 1958.<em> Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s, qui entonnent La Marseillaise \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages, et m\u00eame \u00e0 la lettre de la Constitution\u00a0! Encore et toujours la force du Symbole.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1920px-jacques-louis_david_the_coronation_of_napoleon_edit.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"300\"><\/p>\n<p><strong>Autre date, autre s\u00e9quence historique\u00a0: le 2 d\u00e9cembre.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019abord le jour du sacre de Napol\u00e9on\u2026 et un an apr\u00e8s, celui de sa plus grande victoire, Austerlitz.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais \u00e0 Charlemagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1799\" class=\"cit-num\">1799<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, le jour du sacre en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804.<em> Napol\u00e9on a dit<\/em> (1996), Lucian Regenbogen, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine couronn\u00e9 empereur des Fran\u00e7ais par le pape, il d\u00e9voile sa v\u00e9ritable ambition, le titre d\u2019empereur d\u2019Occident \u00e0 la t\u00eate du Grand Empire. Le 7\u00a0septembre, r\u00e9sidant \u00e0 Aix-la-Chapelle, Napol\u00e9on s\u2019est recueilli devant le tombeau de Charlemagne, il a ordonn\u00e9 une procession solennelle avec tous les symboles imp\u00e9riaux (couronne, \u00e9p\u00e9e, main de justice, globe, \u00e9perons d\u2019or). Et le sacre se tient \u00e0 Paris, non pas \u00e0 Reims, comme de tradition pour les rois de France. Napol\u00e9on, qui ma\u00eetrise admirablement la \u00ab\u00a0com\u00a0\u00bb, use et abuse de tous les symboles, monarchistes ou r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Mais cet animal politique est trop intelligent pour ignorer les r\u00e9alit\u00e9s. Le temps n\u2019est plus aux empires d\u2019antan et celui de Charlemagne ne surv\u00e9cut pas longtemps apr\u00e8s sa mort. \u00ab\u00a0Il ne r\u00eavait certainement pas d\u2019un empire unitaire, mais d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019\u00c9tats\u00a0: il parlera, un jour, des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe\u00a0\u00bb (Louis Madelin, <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire\u00a0: vers l\u2019empire d\u2019Occident<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entendons ronfler l\u2019canon,<br>Y g\u2019na plus \u00e0 s\u2019en d\u00e9dire\u00a0:<br>On couronn\u2019 Napol\u00e9on<br>Empereur de ce bel Empire.<br>\u00c7a nous promet pour l\u2019av\u2019nir<br>Ben du bonheur et du plaisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1800\" class=\"cit-num\">1800<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le Sacre de Napol\u00e9on, chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple de Paris chante \u00e0 la gloire du grand homme, au front si couvert de lauriers que c\u2019est \u00e0 peine si on peut trouver \u00ab\u00a0un petit coin pour y placer la couronne\u00a0\u00bb\u00a0! Une certaine ironie commence \u00e0 poindre.<\/p>\n<p>Toutes ces \u00ab\u00a0vieilles chansons fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, la plupart anonymes, sont encore chant\u00e9es, diffus\u00e9es sur Internet, ce qui montre, d\u2019une certaine mani\u00e8re, leur qualit\u00e9, leur originalit\u00e9, mais aussi le go\u00fbt des Fran\u00e7ais pour l\u2019histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On va leur percer le flanc<br>En plain plan, r\u2019lan tan plan [\u2026]<br>Ah\u00a0! que nous allons rire\u00a0!<br>R\u2019lan tan plan tire lire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1808\" class=\"cit-num\">1808<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Marche d\u2019Austerlitz<\/em>, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un an apr\u00e8s le sacre, jour choisi par Napol\u00e9on, Corse et superstitieux, s\u00fbr d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0de la poule blanche\u00a0\u00bb (avoir de la chance).<\/p>\n<p>On chante encore, sur l\u2019air de la <em>Prise de la Bastille<\/em> qui a d\u00e9j\u00e0 servi \u00e0 une plaisante bluette, sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> (<em>\u00c0 mon mari je suis fid\u00e8le<\/em>). Les \u00ab\u00a0timbres\u00a0\u00bb populaires sont repris au fil des \u00e9v\u00e9nements\u00a0: seules les paroles changent.<\/p>\n<p>Le jour anniversaire du sacre de l\u2019empereur, les grenadiers montent \u00e0 l\u2019assaut\u00a0: sur ordre de Napol\u00e9on, la musique de chaque bataillon joue la chanson connue de chaque homme.<\/p>\n<p>Selon le capitaine Coignet, soldat de la campagne d\u2019Italie, chevalier de la premi\u00e8re promotion de la L\u00e9gion d\u2019honneur en 1804, grognard \u00e0 Austerlitz et admis dans la garde\u00a0: \u00ab\u00a0Les tambours battaient \u00e0 rompre les caisses, la musique se m\u00ealait aux tambours. C\u2019\u00e9tait \u00e0 entra\u00eener un paralytique.\u00a0\u00bb Il sera de toutes les guerres de Napol\u00e9on, encha\u00eenant 48 batailles sans une blessure, et mourra nonag\u00e9naire, sous Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, je suis content de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1809\" class=\"cit-num\">1809<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805.<em> Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1834), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Abel Hugo est le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor et leur p\u00e8re, g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Empire, a particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres de Napol\u00e9on. Cela explique en partie l\u2019inspiration et la nostalgie imp\u00e9riales dans la famille.<\/p>\n<p>Au soir de la victoire, le g\u00e9n\u00e9ral sait toujours trouver les mots pour ses troupes. Pour l\u2019heure, le plus simple est le plus vrai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vous suffira de dire\u00a0: j\u2019\u00e9tais \u00e0 la bataille d\u2019Austerlitz, pour qu\u2019on vous r\u00e9ponde\u00a0: voil\u00e0 un brave\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1810\" class=\"cit-num\">1810<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin de la Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805.<em> Faits m\u00e9morables de l\u2019histoire de France<\/em> (1844), Louis Michelant<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0bataille des Trois Empereurs\u00a0\u00bb opposa les 65\u00a0000 hommes de Napol\u00e9on aux 90\u00a0000 hommes d\u2019Alexandre\u00a0Ier (Russie) et de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (Saint Empire romain germanique). Le dieu de la guerre et de la fortune est v\u00e9ritablement avec Napol\u00e9on\u00a0: le brouillard matinal cache ses mouvements \u00e0 l\u2019ennemi et le soleil d\u2019Austerlitz brille sur une suite de man\u0153uvres tactiques aussi hardies que r\u00e9ussies \u2013 un classique, enseign\u00e9 dans les \u00e9coles de guerre. Le bronze des 180 canons ennemis sera fondu pour \u00e9difier la colonne Vend\u00f4me \u00e0 Paris (inspir\u00e9e de la colonne de Trajan, \u00e0 Rome).<\/p>\n<p>La victoire d\u2019Austerlitz met fin \u00e0 la troisi\u00e8me coalition \u2013 l\u2019Angleterre est invaincue, mais reste seule. Le trait\u00e9 de Presbourg est sign\u00e9 le 26\u00a0d\u00e9cembre par Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, qui abdique la couronne du Saint Empire et reconna\u00eet la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin. Mais le tsar ne signe pas. Apr\u00e8s d\u2019autres d\u00e9faites, il sortira vainqueur du duel avec Napol\u00e9on, dans la campagne de Russie.<\/p>\n<p><strong>M\u00eame date du 2 d\u00e9cembre et nouvelle s\u00e9quence voulue par le futur Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: coup d\u2019\u00c9tat pour se maintenir au pouvoir comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et un an apr\u00e8s, proclamation du nouvel empire.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le propre de la d\u00e9mocratie est de s\u2019incarner dans un homme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2215\" class=\"cit-num\">2215<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis- Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), \u00e0 la veille du coup d\u2019\u00c9tat.<em> Le Second Empire\u00a0: innovation et r\u00e9action<\/em> (1973), Alice G\u00e9rard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>2\u00a0d\u00e9cembre 1851, le jour est choisi\u00a0: c\u2019est l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz, la plus grande victoire de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte a voulu personnellement et ardemment ce coup d\u2019\u00c9tat, mais il en ressentira plus tard une r\u00e9elle culpabilit\u00e9\u00a0: c\u2019est sa \u00ab\u00a0tunique de Nessus\u00a0\u00bb, dira l\u2019imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une op\u00e9ration de police un peu rude.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2216\" class=\"cit-num\">2216<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">MORNY<\/span> (1811-1865), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur (et demi-fr\u00e8re de Louis-Napol\u00e9on) qualifiant le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851. Mot attribu\u00e9 plus tard, selon certaines sources, \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Eug\u00e8ne-Melchior de <span class=\"caps\">VOG\u00dc\u00c9<\/span> (1848-1910).<em> Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la nuit du 1er au 2, il y a bal \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e. La troupe envahit le palais Bourbon, un \u00ab\u00a0Appel au peuple et aux soldats\u00a0\u00bb s\u2019affiche sur les murs, avec deux d\u00e9crets\u00a0: \u00e9tat de si\u00e8ge, dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e et r\u00e9tablissement du suffrage universel\u00a0; appel des Fran\u00e7ais \u00e0 un pl\u00e9biscite pour reconna\u00eetre l\u2019autorit\u00e9 de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<p>Le 2, arrestation de d\u00e9put\u00e9s, dispersion de manifestants, tandis qu\u2019un Comit\u00e9 de r\u00e9sistance, anim\u00e9 par Hugo, Sch\u0153lcher et Jules Favre, tente de soulever le peuple de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez voir comment on meurt pour 25\u00a0francs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2217\" class=\"cit-num\">2217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span> (1811-1851), d\u00e9put\u00e9, appelant le peuple \u00e0 la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Histoire des crimes du 2\u00a0d\u00e9cembre<\/em> (1852), Victor Sch\u0153lcher<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(L\u2019indemnit\u00e9 parlementaire est de 25\u00a0francs, alors que le salaire ouvrier atteint rarement 5\u00a0francs par jour \u2013 et Sch\u0153lcher, manifestant pr\u00e9sent lors du drame reste dans l\u2019histoire comme le d\u00e9put\u00e9 qui imposa l\u2019abolition de l\u2019esclavage, en 1848).<\/p>\n<p>Authentique homme de gauche, \u00ab\u00a0m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, Baudin s\u2019efforce de mobiliser la foule, mais les Parisiens se rappellent les journ\u00e9es sanglantes de juin\u00a01848. Quelques barricades se dressent quand m\u00eame, faubourg Saint-Antoine. Le d\u00e9put\u00e9 appelle un homme \u00e0 la lutte, qui se d\u00e9robe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25\u00a0francs par jour\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique de Baudin. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement bless\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ouvrier. La nouvelle de ces morts suscite d\u2019autres barricades.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e du 3\u00a0d\u00e9cembre est une r\u00e9action contre le coup d\u2019\u00c9tat du 2. Le 4\u00a0d\u00e9cembre, la troupe tire sur la foule, boulevard Poissonni\u00e8re. Bilan\u00a0: de 100 \u00e0 300 morts (selon les sources), dont beaucoup de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, le 2\u00a0d\u00e9cembre, autour d\u2019un pr\u00e9tendant, se sont group\u00e9s des hommes que la France ne connaissait pas jusque-l\u00e0, qui n\u2019avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation [\u2026] de ces gens dont on peut r\u00e9p\u00e9ter ce que Cic\u00e9ron a dit de la tourbe qui entourait Catilina\u00a0: un tas d\u2019hommes perdus de dettes et de crimes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2218\" class=\"cit-num\">2218<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882).<em> Histoire du Second Empire<\/em> (1916), Pierre de la Gorce<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat de Delescluzes, Gambetta plaidera en ces termes le 14\u00a0novembre 1868, au proc\u00e8s d\u2019opposants au r\u00e9gime imp\u00e9rial, coupables d\u2019avoir lanc\u00e9 une souscription pour \u00e9lever un monument au d\u00e9put\u00e9 Baudin, tomb\u00e9 sur une barricade.<\/p>\n<p>Hugo, exil\u00e9, rend compte du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre, dans <em>L\u2019Histoire d\u2019un crime<\/em> et <em>Napol\u00e9on le Petit<\/em>, pamphlet d\u00e9non\u00e7ant les ambitions dictatoriales du nouveau ma\u00eetre de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aidez-moi tous \u00e0 asseoir sur cette terre, boulevers\u00e9e par tant de r\u00e9volutions, un gouvernement stable qui ait pour base la religion, la propri\u00e9t\u00e9, la justice, l\u2019amour des classes souffrantes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2232\" class=\"cit-num\">2232<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1808-1873), S\u00e9nat, 1er\u00a0d\u00e9cembre 1852. <em>\u0152uvres de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, discours, proclamations, messages<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lendemain, 2\u00a0d\u00e9cembre, l\u2019Empire est proclam\u00e9. C\u2019est de nouveau l\u2019anniversaire d\u2019Austerlitz, victoire m\u00e9morable de l\u2019oncle prestigieux, souvenir toujours vivant de Napol\u00e9on\u00a0Ier. Respectant l\u2019Aiglon, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, le prince Louis-Napol\u00e9on prend le nom de Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique \u00e0 votre vote expire<br>Devant Machin, votre unanime \u00e9lu.<br>Soyez heureux\u00a0: vous poss\u00e9dez l\u2019Empire,<br>Soyez-en fiers, car vous l\u2019avez voulu.<br>De ce succ\u00e8s dont votre \u00e2me s\u2019enivre<br>Peut-\u00eatre un jour vous vous mordrez les doigts\u00a0:<br>Votre empereur, dit-on, aime bien vivre\u00a0!<br>Et vous paierez la carte, bons bourgeois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2233\" class=\"cit-num\">2233<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GILLE<\/span> (1820-1856), <em>La Carte \u00e0 payer<\/em>, chanson.<em> La R\u00e9publique clandestine (1840-1856)\u00a0: les chansons de Charles Gille<\/em> (posthume, 2002)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La presse d\u2019opposition n\u2019existe pratiquement plus, depuis le coup d\u2019\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851, mais la chanson reste un moyen d\u2019expression et l\u2019humour se fait cinglant. Charles Gille, po\u00e8te et ouvrier d\u00e9j\u00e0 pers\u00e9cut\u00e9, \u00e9crase de son m\u00e9pris cette bourgeoisie qui, de nouveau, a trahi la R\u00e9publique en pl\u00e9biscitant l\u2019Empire par r\u00e9f\u00e9rendum, le 4 novembre 1852.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/declaration_des_droits_de_lhomme_-_musee_de_la_revolution_francaise.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"503\"><\/p>\n<h4>4. D\u00e9claration des droits de l\u2019homme.<\/h4>\n<p>Ce texte \u00e0 vocation universaliste est id\u00e9alement symbolique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme<\/em> apprit au monde entier que la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e9tait faite pour lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1347\" class=\"cit-num\">1347<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896),<em> La Libert\u00e9<\/em> (1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par son exigence de rationalit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9, la D\u00e9claration fran\u00e7aise d\u00e9passe les pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9clarations anglaise et am\u00e9ricaine, m\u00eame si elle s\u2019inspire de la <em>D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance<\/em> de 1776. Elle porte surtout la marque d\u2019une bourgeoisie lib\u00e9rale nourrie de la philosophie des Lumi\u00e8res. Deux autres D\u00e9clarations suivront, en\u00a01793 et\u00a01795.<\/p>\n<p>Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le monde a perdu beaucoup de ses rep\u00e8res et de ses utopies, les Fran\u00e7ais sont souvent critiques et critiqu\u00e9s, mais la France reste dans la m\u00e9moire collective comme \u00ab\u00a0la patrie des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1344\" class=\"cit-num\">1344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen du 26\u00a0ao\u00fbt 1789<\/em>, article 1er<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le premier article \u00e9nonce la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 en termes g\u00e9n\u00e9raux. Les d\u00e9finitions sont compl\u00e9t\u00e9es par les articles\u00a04 \u2013 \u00ab\u00a0La libert\u00e9 consiste \u00e0 faire tout ce qui ne nuit pas \u00e0 autrui\u00a0\u00bb \u2013 et 6 \u2013 \u00ab\u00a0La loi [\u2026] doit \u00eatre la m\u00eame pour tous, soit qu\u2019elle prot\u00e8ge, soit qu\u2019elle punisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La D\u00e9claration \u00e9nonce d\u2019abord les \u00ab\u00a0droits naturels et imprescriptibles\u00a0\u00bb de l\u2019homme\u00a0: libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 devant la loi, propri\u00e9t\u00e9. Elle ajoute ceux de la nation\u00a0: s\u00e9paration des pouvoirs l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif et judiciaire\u00a0; souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le principe de toute souverainet\u00e9 r\u00e9side essentiellement dans la Nation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1345\" class=\"cit-num\">1345<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen du 26\u00a0ao\u00fbt 1789<\/em>, article\u00a03<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule lapidaire. La souverainet\u00e9 sera par ailleurs qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0une, indivisible, inali\u00e9nable et imprescriptible\u00a0\u00bb dans la Constitution de 1791 \u00e0 laquelle la D\u00e9claration sert de base.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette maxime de la souverainet\u00e9 du peuple avait pourtant si bien exalt\u00e9 les t\u00eates que l\u2019Assembl\u00e9e [\u2026] s\u2019abandonna tout enti\u00e8re au flux et reflux des motions, ainsi qu\u2019\u00e0 la fougue de ses orateurs, qui entass\u00e8rent \u00e0 l\u2019envi d\u00e9crets sur d\u00e9crets, ruines sur ruines, pour satisfaire le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1346\" class=\"cit-num\">1346<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Tableau historique et politique des travaux de l\u2019Assembl\u00e9e constituante, depuis l\u2019ouverture des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, jusqu\u2019apr\u00e8s la journ\u00e9e du 6\u00a0octobre\u00a01789<\/em> (1797)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il fallut un mois et demi de discussions avant le vote du texte final, mais il est remarquable. Tout le long pr\u00e9ambule et les 17 articles seraient \u00e0 citer.<\/p>\n<p>Selon Alphonse Aulard\u00a0: \u00ab\u00a01\u00a0200 d\u00e9put\u00e9s, incapables d\u2019aboutir \u00e0 une expression concise et lumineuse, quand ils travaillaient soit isol\u00e9ment, soit par petits groupes, trouv\u00e8rent les vraies formules, courtes et nobles, dans le tumulte d\u2019une discussion publique [\u2026] \u00c0 lire cette discussion [\u2026], on a l\u2019impression que c\u2019est la nation, devenue souveraine par des actes spontan\u00e9s, qui dicte la D\u00e9claration \u00e0 ses repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb (<em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: origines et d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique, 1789-1804<\/em>).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pils_-_rouget_de_lisle_chantant_la_marseillaise-1.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"324\"><\/p>\n<h4>5. Trois chants r\u00e9volutionnaires au destin historique.<\/h4>\n<p><em>La Marseillaise<\/em> s\u2019impose en premier, toujours chant\u00e9e telle qu\u2019elle fut \u00e9crite \u00e0 l\u2019origine, guerri\u00e8re et sanguinaire \u2013 seule l\u2019orchestration change. Mais des parodies existent.<\/p>\n<p><em>La Carmagnole<\/em> est moins officielle, mais sa petite histoire donne \u00e0 voir et entendre les coulisses d\u2019un chant dont le sens \u00e9volue au fur et \u00e0 mesure des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p><em>L\u2019Internationale<\/em> na\u00eet \u00e0 bas bruit sous la Commune et acquiert plus tard une port\u00e9e mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allons, enfants de la patrie\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1410\" class=\"cit-num\">1410<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">L\u2019ISLE<\/span> (1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier vers de ce qui deviendra l\u2019hymne national fran\u00e7ais sous le nom de <em>La Marseillaise<\/em>, paroles et musique de Claude Joseph Rouget de l\u2019Isle, chant compos\u00e9 dans la nuit du 25\u00a0avril 1792 \u00e0 la requ\u00eate du maire Dietrich, \u00e0 Strasbourg, jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 29 avril par la musique de la garde nationale de cette ville.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Amour sacr\u00e9 de la Patrie<br>Conduis, soutiens nos bras vengeurs.<br>Libert\u00e9, libert\u00e9 ch\u00e9rie,<br>Combats avec tes d\u00e9fenseurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1420\" class=\"cit-num\">1420<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">L\u2019ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792), devenu <em>La Marseillaise<\/em> (dernier couplet)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s marseillais, appel\u00e9s \u00e0 la suite de la d\u00e9claration de guerre, ont travers\u00e9 la France et d\u00e9filent dans la capitale, avec ce <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em>, le 30\u00a0juillet 1792 (le 10\u00a0ao\u00fbt selon d\u2019autres sources).<\/p>\n<p><em>La Chronique de Paris<\/em> note que les Marseillais \u00ab\u00a0chantent avec beaucoup d\u2019ensemble et le moment o\u00f9 ils agitent leurs chapeaux et leurs sabres, en criant tous \u00e0 la fois \u00ab\u00a0Aux armes, citoyens\u00a0!\u00a0\u00bb fait vraiment frissonner. Ils ont fait entendre cet hymne guerrier dans tous les villages qu\u2019ils traversaient et ces nouveaux bardes ont inspir\u00e9 ainsi dans les campagnes des sentiments civiques et belliqueux\u00a0; souvent ils le chantent au Palais-Royal, quelquefois dans les spectacles entre les deux pi\u00e8ces.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Connu de tout Paris en quelques jours, rebaptis\u00e9 <em>Marseillaise<\/em> par les Parisiens, diffus\u00e9 \u00e0 100\u00a0000 exemplaires par la Convention fin septembre, ce chant entre dans l\u2019histoire de France. Promu hymne national une premi\u00e8re fois en 1795, abandonn\u00e9 en 1804 sous l\u2019Empire, au profit du <em>Chant du d\u00e9part<\/em> pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par Napol\u00e9on, il redevient d\u00e9finitivement hymne national en 1879, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Contre nous de la tyrannie<br>L\u2019\u00e9tendard sanglant est lev\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1575\" class=\"cit-num\">1575<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROUGET<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">L\u2019ISLE<\/span>\u00a0(1760-1836), <em>Chant de guerre pour l\u2019arm\u00e9e du Rhin<\/em> (1792), devenu <em>La Marseillaise<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chant le plus populaire de l\u2019\u00e9poque r\u00e9volutionnaire, repris par toutes les arm\u00e9es de la R\u00e9publique, semble faire \u00e9cho aux mots de Robespierre. Notons le sang, pr\u00e9sent sur l\u2019\u00e9tendard, donnant sa noblesse au drapeau.<\/p>\n<p>Le plus \u00e9tonnant, c\u2019est que ces mots r\u00e9sonnent toujours, inchang\u00e9s\u00a0: un monument national litt\u00e9ralement intouchable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tremblez tyrans portant culotte\u00a0!<br>Femmes, notre jour est venu\u00a0;<br>Point de piti\u00e9, mettons en vote<br>Tous les torts du sexe barbu\u00a0!<br>Notre patience est \u00e0 bout,<br>Debout, V\u00e9nusiennes, debout [\u2026]<br><em>Refrain<\/em><br>Libert\u00e9 sur nos fronts verse tes chauds rayons,<br>Tremblez, tremblez, maris jaloux,<br>Respect aux cotillons\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2162\" class=\"cit-num\">2162<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise de <span class=\"caps\">CHAUMONT<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), <em>La Marseillaise des femmes<\/em> (ou <em>Marseillaise des cotillons<\/em>), chanson de 1848. <em>L\u2019Illustration,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> (1848), J.\u00a0Dubouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00ab\u00a0V\u00e9nusiennes\u00a0\u00bb chantent et d\u00e9filent, f\u00e9ministes aux jupes retrouss\u00e9es, corsage en bataille, jeunes ouvri\u00e8res vivant parfois en communaut\u00e9 \u00e0 la mode saint-simonienne. <em>La Marseillaise<\/em>, parmi tous les chants de l\u2019histoire de France, est le plus constamment repris, parodi\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, exploit\u00e9 en d\u2019innombrables versions. C\u2019est la ran\u00e7on du succ\u00e8s, disons m\u00eame de la gloire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Va, passe ton chemin, ma mamelle est fran\u00e7aise,<br>N\u2019entre pas sous mon toit, emporte ton enfant,<br>Mes gar\u00e7ons chanteront plus tard La Marseillaise,<br>Je ne vends pas mon lait au fils d\u2019un Allemand.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2413\" class=\"cit-num\">2413<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">VILLEMER<\/span> (1840-1892), paroles, et Lucien <span class=\"caps\">DELORMEL<\/span> (1847-1899), musique,<em> Le Fils de l\u2019Allemand<\/em>, chanson. <em>Les Chansons d\u2019Alsace-Lorraine<\/em> (1885), Gaston Villemer et Lucien Delormel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Vrais fr\u00e8res siamois de la litt\u00e9rature des beuglants\u00a0\u00bb, ce couple auteur-compositeur exploite syst\u00e9matiquement la veine patriotique et revancharde \u2013 apr\u00e8s la mort de son confr\u00e8re, Delormel fera \u00e9quipe avec Garnier, dans un autre style\u00a0: le music-hall et la vedette Paulus.<br>Les refrains patriotico-sentimentaux se multiplient apr\u00e8s la guerre et l\u2019amputation du territoire. Toute une litt\u00e9rature et une imagerie populaires se d\u00e9veloppent naturellement, sur ce th\u00e8me douloureux.<\/p>\n<p><strong>La Carmagnole.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madam\u2019 Veto avait promis<br>De faire \u00e9gorger tout Paris.<br>Mais son coup a manqu\u00e9<br>Gr\u00e2ce \u00e0 nos canonniers.<br><em>Refrain<\/em><br>Dansons la carmagnole<br>Vive le son vive le son<br>Dansons la carmagnole<br>Vive le son du canon\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1425\" class=\"cit-num\">1425<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (fin ao\u00fbt\u00a01792), chanson. <em>Chansons populaires de France<\/em> (1865), Librairie du Petit Journal \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De parolier inconnu, cette premi\u00e8re <em>Carmagnole<\/em> est chant\u00e9e sous les fen\u00eatres du Temple o\u00f9 la famille royale est prisonni\u00e8re. Monsieur Veto est aussi violemment apostroph\u00e9 que sa femme. Imm\u00e9diatement populaire, adopt\u00e9e par tous les patriotes et devenue l\u2019hymne des sans-culottes, la <em>Carmagnole<\/em> aura de nombreuses parodies, comme la plupart des chants tr\u00e8s populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que demande un R\u00e9publicain\u00a0?<br>La libert\u00e9 du genre humain,<br>Le pic dans les cachots,<br>La torche dans les ch\u00e2teaux<br>Et la paix aux chaumi\u00e8res\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1430\" class=\"cit-num\">1430<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (automne 1792), chanson anonyme.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette nouvelle version de la <em>Carmagnole<\/em> r\u00e9sume la situation. Le \u00ab\u00a0pic dans les cachots\u00a0\u00bb va entra\u00eener un massacre r\u00e9volutionnaire plus spectaculaire que les pr\u00e9c\u00e9dents. Ministre de la Justice et responsable des prisons, Danton, qui pouvait tout, ne va rien faire pour l\u2019emp\u00eacher.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fouquier-Tinville avait promis<br>De guillotiner tout Paris,<br>Mais il en a menti,<br>Car il est raccourci [\u2026]<br>Vive la guillotine<br>Pour ces bourreaux<br>Vils fl\u00e9aux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1617\" class=\"cit-num\">1617<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">La Carmagnole de Fouquier-Tinville, mai\u00a01795, chanson. <em>Chansons nationales et r\u00e9publicaines de 1789 \u00e0 1848<\/em> (1848), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chanson r\u00e9volutionnaire se fait gaiement cruelle\u00a0: le plus c\u00e9l\u00e8bre accusateur public est ex\u00e9cut\u00e9 le 6\u00a0mai 1795, apr\u00e8s 41 jours de proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire (r\u00e9form\u00e9). \u00c0 travers Fouquier-Tinville et 23 coaccus\u00e9s, on juge aussi cette justice d\u2019exception.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a les magistrats vendus,<br>Il y a les financiers ventrus,<br>Il y a les argousins,<br>Mais pour tous ces coquins,<br>Il y a d\u2019la dynamite,<br>Vive le son, vive le son,<br>Il y a d\u2019la dynamite\u00a0!<br>Dansons la ravachole\u00a0!<br>Vive le son d\u2019l\u2019explosion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2504\" class=\"cit-num\">2504<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">S\u00e9bastien <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1858-1942), <em>La Ravachole<\/em>, version anarchiste de<em> La Carmagnole<\/em> (1892), chanson. <em>Ravachol et les anarchistes<\/em> (1992), Jean Maitron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u00e9bastien Faure a un long parcours militant\u00a0: ex-s\u00e9minariste, ex-marxiste, anarchiste \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1880, libertaire avec Louise Michel, dreyfusard au moment de l\u2019Affaire, avant de s\u2019afficher pacifiste et antimilitariste, au si\u00e8cle suivant.<br>L\u2019anarchie va occuper la vie publique un quart de si\u00e8cle\u00a0: avec ses chansons, sa presse, ses h\u00e9ros et ses criminels, ses attentats, ses victimes \u2013 jusqu\u2019au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Sadi Carnot.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Internationale.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Debout\u00a0! Les damn\u00e9s de la terre\u00a0!<br>Debout\u00a0! Les for\u00e7ats de la faim\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2382\" class=\"cit-num\">2382<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles de<em> L\u2019Internationale<\/em>, chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Eug\u00e8ne Pottier se cache dans Paris livr\u00e9 aux Versaillais. Membre \u00e9lu de la Commune et maire du <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0arrondissement, alors que tout espoir semble perdu, il dit, il \u00e9crit en ce mois de juin\u00a01871 sa foi in\u00e9branlable en la \u00ab\u00a0lutte finale\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase [\u2026] Le monde va changer de base.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est la lutte finale\u00a0;<br>Groupons-nous et demain<br>L\u2019Internationale<br>Sera le genre humain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2527\" class=\"cit-num\">2527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em> (refrain), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chant \u00e9crit par Pottier durant la Commune, mis en musique en 1888 par un ouvrier tourneur Pierre Degeyter, chant\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Congr\u00e8s de Lille du Parti ouvrier en 1896, devient l\u2019hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais en 1899. C\u2019est un immense succ\u00e8s, dans les classes populaires.<\/p>\n<p>1899, ce n\u2019est pas la r\u00e9volution souhait\u00e9e, mais c\u2019est un progr\u00e8s pour la gauche\u00a0: elle arrive au pouvoir avec les radicaux. Elle va y rester, au prix de diverses alliances, jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du pass\u00e9 faisons table rase,<br>Foule esclave, debout\u00a0! debout\u00a0!<br>Le monde va changer de base\u00a0:<br>Nous ne sommes rien, soyons tout\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2558\" class=\"cit-num\">2558<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">POTTIER<\/span> (1816-1888), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DEGEYTER<\/span> (1848-1932), musique, <em>L\u2019Internationale<\/em> (refrain), chanson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>N\u00e9 sous la Commune, devenu hymne du mouvement ouvrier fran\u00e7ais depuis 1899, ce chant est adopt\u00e9 par l\u2019ensemble des partis socialistes au lendemain du congr\u00e8s de la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0Internationale \u00e0 Stuttgart en 1910. Il conna\u00eet alors un \u00e9norme succ\u00e8s populaire. Hymne national sovi\u00e9tique jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, il demeure le chant des partis socialistes et communistes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_bourdichon_french_-_louis_xii_of_france_kneeling_in_prayer_-_google_art_project.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"563\"><\/p>\n<h3><span class=\"caps\">II<\/span>. La monarchie sous l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/h3>\n<h4>6. La langue fran\u00e7aise.<\/h4>\n<p>Symbole politique autant que culturel, c\u2019est un atout majeur pour notre pays, pour son rayonnement et son unit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019histoire de France commence avec la langue fran\u00e7aise. La langue est le signe principal d\u2019une nationalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"391\" class=\"cit-num\">391<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de France<\/em>, tome <span class=\"caps\">III<\/span> (1840)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ordonnance de Villers-Cotter\u00eats \u00e9dict\u00e9e par Fran\u00e7ois\u00a0Ier en 1539, qui r\u00e9organise la justice, impose le fran\u00e7ais au lieu du latin pour les ordonnances et jugements des tribunaux. Il faudra se battre pour que le fran\u00e7ais devienne aussi la langue des savants et des artistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre langue \u00e9tant pauvre et n\u00e9cessiteuse au regard de la latine, ce serait errer en sens commun que d\u2019abandonner l\u2019ancienne pour favoriser cette moderne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"392\" class=\"cit-num\">392<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TURN\u00c8BE<\/span> (1512-1565). <em>La Litt\u00e9rature latine de la Renaissance<\/em> (1966), Paul Van Tieghem<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Adrien Tournebous, dit Turn\u00e8be, humaniste, professeur au Coll\u00e8ge de France (on disait alors\u00a0: lecteur au Coll\u00e8ge royal) se bat pour le latin et le grec. Au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, quelque 700 po\u00e8tes du royaume versifient en latin, la po\u00e9sie n\u00e9o-latine s\u2019inspirant jusqu\u2019au plagiat de Virgile, Horace, Catulle, Ovide, tandis que d\u2019autres \u00ab\u00a0pindarisent et p\u00e9trarquisent\u00a0\u00bb \u00e0 qui mieux mieux. Querelle des Anciens et des Modernes, identit\u00e9 nationale en jeu\u00a0: Ronsard r\u00e9unit une \u00ab\u00a0Brigade\u00a0\u00bb qui devient \u00ab\u00a0Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb et cette nouvelle \u00e9cole charge du Bellay de r\u00e9diger la <em>D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je prouverai [\u2026] que notre langue vulgaire n\u2019est pas si vile, si inepte, si indigente et \u00e0 m\u00e9priser qu\u2019ils l\u2019estiment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"393\" class=\"cit-num\">393<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Le Cinqui\u00e8me Livre<\/em>, prologue (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus grand romancier de la Renaissance, p\u00e8re des g\u00e9ants Gargantua et Pantagruel, se bat avec sa langue originale, bien \u00e0 lui et bien fran\u00e7aise. Il s\u2019adresse ici aux \u00ab\u00a0rapetasseurs de vieilles ferrailles latines, revendeurs de vieux mots latins, tous moisis et incertains\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Supplie tr\u00e8s humblement ceux auxquels les Muses ont inspir\u00e9 leurs faveurs de n\u2019\u00eatre plus latiniseurs ni gr\u00e9caniseurs, comme ils sont plus par ostentation que par devoir, et prendre piti\u00e9, comme bons enfants, de leur pauvre m\u00e8re naturelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"394\" class=\"cit-num\">394<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585),<em> Pr\u00e9face de La Franciade<\/em> (1572)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te des prince et Prince des po\u00e8tes sous la Renaissance, catholique engag\u00e9 au c\u0153ur des guerres de Religion et patriote ardent, Ronsard, \u00e0 la t\u00eate de la Pl\u00e9iade, participe au combat pour le fran\u00e7ais, langue en pleine \u00e9volution contribuant \u00e0 faire l\u2019unit\u00e9 de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0[Les actes judiciaires seront] prononc\u00e9s, enregistr\u00e9s et d\u00e9livr\u00e9s aux parties en langage maternel fran\u00e7ois et non autrement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"472\" class=\"cit-num\">472<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ordonnance de Villers-Cotter\u00eats (1539). <em>Histoire de la France\u00a0: dynasties et r\u00e9volutions, de 1348 \u00e0 1852<\/em> (1971), Georges Duby<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fran\u00e7ois\u00a0Ier abolit ainsi l\u2019emploi du latin dans les tribunaux et inaugure une politique linguistique. Selon F.\u00a0Brunot et Ch.\u00a0Bruneau (<em>Pr\u00e9cis de grammaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>), cette ordonnance est \u00ab\u00a0l\u2019acte le plus important du gouvernement dans toute l\u2019histoire de la langue. Elle prescrit l\u2019emploi exclusif du fran\u00e7ais dans toutes les pi\u00e8ces judiciaires du royaume. Cette mesure, prise pour faciliter le travail de l\u2019administration, fait du fran\u00e7ais la langue de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La bataille du fran\u00e7ais n\u2019est pas encore gagn\u00e9e\u00a0: les lettr\u00e9s de cette Renaissance fascin\u00e9e par les Anciens (grecs et latins) et par l\u2019Italie, \u00ab\u00a0p\u00e9trarquisent, latinisent et pindarisent\u00a0\u00bb toujours \u00e0 l\u2019exc\u00e8s<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re les sentences et les mots, et les approprier \u00e0 la sienne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"481\" class=\"cit-num\">481<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joachim du <span class=\"caps\">BELLAY<\/span> (1522-1560), <em>D\u00e9fense et illustration de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1549)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te de la Pl\u00e9iade, il est charg\u00e9 de r\u00e9diger ce manifeste litt\u00e9raire \u00e0 la fois touffu et belliqueux. Le titre est un bon r\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0d\u00e9fense\u00a0\u00bb de la langue fran\u00e7aise contre le latin qui reste, sauf exception, la langue des savants et des lettr\u00e9s, mais en m\u00eame temps \u00ab\u00a0illustration\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire enrichissement de cette langue. \u00ab\u00a0[Nos anc\u00eatres] nous ont laiss\u00e9 notre langue si pauvre et nue qu\u2019elle a besoin des ornements et, (s\u2019il faut ainsi parler) des plumes d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle verra peu \u00e0 peu triompher un fran\u00e7ais en pleine \u00e9volution, le si\u00e8cle suivant le fixera et le rendra \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles Quint, d\u2019ailleurs ennemi mortel de la France, aimait si fort la langue fran\u00e7aise qu\u2019il s\u2019en servit pour haranguer les \u00c9tats des Pays-Bas le jour qu\u2019il fit son abdication.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"485\" class=\"cit-num\">485<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">FURETI\u00c8RE<\/span> (1619-1688), <em>Dictionnaire universel<\/em>, Pr\u00e9face (posthume, 1690)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0vieux goutteux\u00a0\u00bb d\u00e9cide d\u2019abdiquer, dit-on, quand les arm\u00e9es imp\u00e9riales doivent lever le si\u00e8ge de Metz annex\u00e9e par les Fran\u00e7ais et bien d\u00e9fendue par Fran\u00e7ois de Guise. L\u2019empereur qui abdique en 1556 (\u00e0 56\u00a0ans) partage son immense empire entre son fr\u00e8re Ferdinand et son fils Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, mais le monarque chr\u00e9tien le plus puissant du temps n\u2019a pas r\u00e9solu les deux probl\u00e8mes majeurs de son r\u00e8gne\u00a0: il n\u2019a pu triompher de la R\u00e9forme et la lutte avec la France n\u2019est pas finie.<\/p>\n<p>Rappelons ses origines de prince bourguignon\u00a0: le fran\u00e7ais est sa langue maternelle et l\u2019empereur d\u2019Allemagne ne parla jamais couramment l\u2019allemand. Il se sentait \u00e9galement \u00e9tranger en son Espagne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On l\u2019entend [la langue fran\u00e7aise] et on la parle dans toutes les cours de l\u2019Europe, et il n\u2019est point rare d\u2019y trouver des gens qui parlent fran\u00e7ais et qui \u00e9crivent en fran\u00e7ais aussi purement que les Fran\u00e7ais m\u00eames.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"823\" class=\"cit-num\">823<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">FURETI\u00c8RE<\/span> (1619-1688), <em>Dictionnaire universel<\/em>, Pr\u00e9face (posthume, 1690)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur du c\u00e9l\u00e8bre dictionnaire s\u2019irrite des lenteurs de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u00e0 sortir le sien, et de ses lacunes en certains domaines scientifiques et artistiques. Il obtient du roi le privil\u00e8ge de publier son propre <em>Dictionnaire<\/em>, commenc\u00e9 en 1650. Un extrait, publi\u00e9 en 1684, lui vaut d\u2019\u00eatre exclu de l\u2019Acad\u00e9mie. Mais \u00ab\u00a0le Fureti\u00e8re\u00a0\u00bb lui survit, sans cesse r\u00e9\u00e9dit\u00e9 durant trois si\u00e8cles, tout \u00e0 l\u2019honneur de la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le prestige de la France, la profusion des \u0153uvres, l\u2019\u00e9clat de sa civilisation contribuent naturellement \u00e0 cette vaste \u00ab\u00a0francophonie\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00e9j\u00e0 bien vivante au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent (o\u00f9 l\u2019empereur Charles Quint, l\u2019ennemi num\u00e9ro un de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, parlait le fran\u00e7ais et le pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 l\u2019allemand et \u00e0 l\u2019espagnol), universelle au si\u00e8cle suivant (avec la philosophie des Lumi\u00e8res) et aujourd\u2019hui si menac\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le go\u00fbt qu\u2019on a dans l\u2019Europe pour les Fran\u00e7ais est ins\u00e9parable de celui qu\u2019on a pour leur langue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"994\" class=\"cit-num\">994<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Discours sur l\u2019universalit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans la bataille des id\u00e9es nouvelles, la langue est toujours une arme. Dans le monde, cette langue fran\u00e7aise arriv\u00e9e \u00e0 son point de perfection et parl\u00e9e par toute la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb, jusque dans des pays ennemis comme la Prusse, r\u00e9pand naturellement la philosophie des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u00fbre, sociale, raisonnable, ce n\u2019est plus la langue fran\u00e7aise, c\u2019est la langue humaine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1237\" class=\"cit-num\">1237<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Discours sur l\u2019universalit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise<\/em> (1784)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Acad\u00e9mie de Berlin a mis au concours en 1782 un sujet r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui fait de la langue fran\u00e7aise la langue universelle de l\u2019Europe\u00a0? Par o\u00f9 m\u00e9rite-t-elle cette pr\u00e9rogative\u00a0? Peut-on pr\u00e9sumer qu\u2019elle la conserve\u00a0?\u00a0\u00bb Rivarol obtint le premier prix avec son <em>Discours<\/em>.<\/p>\n<p>Rayonnements de la langue et de la civilisation d\u2019un pays sont ins\u00e9parables. Sous Louis <span class=\"caps\">XV<\/span>, la France perd sa supr\u00e9matie militaire, mais sert toujours de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe par sa litt\u00e9rature, ses Lumi\u00e8res, ses arts, ses modes, son \u00e9l\u00e9gance, son esprit. Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Prusse, notre ennemi, parle fran\u00e7ais, correspond avec Voltaire en \u00ab\u00a0despote \u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb, comme Catherine\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de Russie avec Diderot. Des ch\u00e2teaux imit\u00e9s de Versailles naissent un peu partout, cependant que le style rocaille, dit rococo, typique de la R\u00e9gence et du r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, r\u00e9pand ses contournements en Allemagne et en Italie. Le style Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> revient \u00e0 plus de classicisme.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/jean_fouquet_-_remise_de_lepee_de_connetable_a_bertrand_duguesclin_-_enluminure_xve_siecle.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"436\"><\/p>\n<h4>7. Fleur de lys et sceptre royal.<\/h4>\n<p>Symbole de puret\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 la Vierge, la fleur de lys blanche est pr\u00e9sente sur le manteau du sacre et sur les blasons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France fut faite \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e. La fleur de lys, symbole d\u2019unit\u00e9 nationale, n\u2019est que l\u2019image d\u2019un javelot \u00e0 trois lances.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"126\" class=\"cit-num\">126<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970),<em> La France et son arm\u00e9e<\/em> (1938)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule lapidaire sign\u00e9e d\u2019un militaire, mais v\u00e9rit\u00e9 historique\u00a0: les rois, en particulier les Cap\u00e9tiens, ont d\u00fb combattre d\u2019abord les puissants vassaux, ensuite les nations frontali\u00e8res, pour cr\u00e9er la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui les aurait ouverts, ainsi qu\u2019un porc lard\u00e9,<br>On aurait en leur c\u0153ur la fleur de lys trouv\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"312\" class=\"cit-num\">312<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">CUVELIER<\/span> (<span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle), <em>Chronique de Bertrand Du Guesclin<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le m\u00e9nestrel de Charles\u00a0V parle ici des habitants de Poitiers, lors de l\u2019entr\u00e9e triomphale du conn\u00e9table de France dans cette cit\u00e9 reconquise sur les Anglais, le 7\u00a0ao\u00fbt 1372. Le sentiment national s\u2019exprime de plus en plus dans notre pays occup\u00e9 pendant la guerre de Cent Ans, mais peu \u00e0 peu lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le matin, royaliste,<br>Je dis\u00a0: \u00ab\u00a0vive Louis\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Le soir, bonapartiste,<br>Pour l\u2019Empereur j\u2019\u00e9cris,<br>Suivant la circonstance,<br>Toujours changeant d\u2019avis,<br>Je mets en \u00e9vidence<br>L\u2019aigle ou la fleur de lys.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1894\" class=\"cit-num\">1894<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Girouette<\/em> (1814), chanson anonyme. <em>Histoire secr\u00e8te de Paris<\/em> (1980), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous-titr\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Couplet d\u00e9di\u00e9 \u00e0 M. Benjamin Constant, ci-devant royaliste, puis conseiller d\u2019\u00c9tat de Bonaparte, et en dernier r\u00e9sultat redevenu royaliste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Benjamin Constant n\u2019est pas le seul \u00e0 faire preuve d\u2019opportunisme, en cette \u00e9poque de changements de r\u00e9gime. Mais le personnage particuli\u00e8rement intelligent, irr\u00e9solu, faible jusqu\u2019\u00e0 la l\u00e2chet\u00e9, romancier de sa propre vie, c\u00e9l\u00e8bre et brillant orateur, est particuli\u00e8rement en vue. Sous la Restauration, il peut \u00eatre rang\u00e9 dans l\u2019opposition de gauche, comme lib\u00e9ral et monarchiste parlementaire.<\/p>\n<p><strong>Le sceptre, symbole du pouvoir et de la royaut\u00e9, est un b\u00e2ton de commandement tenu dans la main droite lors du sacre et des c\u00e9r\u00e9monies.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, ce n\u2019est pas tout que d\u2019\u00eatre Roi de France,<br>Il faut que la vertu honore votre enfance\u00a0:<br>Un Roi sans la vertu porte le sceptre en vain,<br>Qui ne lui sert sinon d\u2019un fardeau dans la main.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"505\" class=\"cit-num\">505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585), <em>L\u2019Institution pour l\u2019adolescence du Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien<\/em> (1562)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8te esquisse un plan d\u2019\u00e9ducation en alexandrins, puis passe \u00e0 l\u2019art de gouverner et aux devoirs d\u2019un roi \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 12\u00a0ans, dans une France d\u00e9chir\u00e9e par la guerre civile. L\u2019auteur adopte un ton de g\u00e9n\u00e9reuse gravit\u00e9 et de sollicitude inqui\u00e8te qui tranche sur les vers galants et l\u2019\u00e9picurisme de l\u2019<em>Ode \u00e0 Cassandre<\/em> (\u00ab\u00a0Mignonne, allons voir si la rose\u2026\u00a0\u00bb) ou plus tard des<em> Sonnets pour H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (\u00ab\u00a0Quand vous serez bien vieille, le soir \u00e0 la chandelle\u2026\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, tomb\u00e9 sous le charme de Ronsard, lui am\u00e9nagera un appartement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son palais. Dans l\u2019histoire, d\u2019autres grands noms des lettres seront pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des princes ou dauphins et prendront cette t\u00e2che fort \u00e0 c\u0153ur \u2013 tels Bossuet et F\u00e9nelon au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Grande et heureuse affaire\u00a0! Que de fange sur la crosse et sur le sceptre\u00a0! Quel triomphe pour les id\u00e9es de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1243\" class=\"cit-num\">1243<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Emmanuel Marie <span class=\"caps\">FR\u00c9TEAU<\/span> de <span class=\"caps\">SAINT<\/span>\u2013<span class=\"caps\">JUST<\/span> (1745-1794), conseiller au Parlement. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est la fameuse affaire du Collier de la Reine \u2013 qui n\u2019avait rien demand\u00e9, ni accept\u00e9, ni pay\u00e9. Innocente dans cette histoire, d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e avec sa vie priv\u00e9e \u00e9tal\u00e9e au grand jour et ses fastueuses d\u00e9penses d\u00e9nonc\u00e9es, l\u2019\u00ab\u00a0Autrichienne\u00a0\u00bb humili\u00e9e devient \u00ab\u00a0Madame D\u00e9ficit\u00a0\u00bb. <br>Mirabeau dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s du Collier a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9lude de la R\u00e9volution.\u00a0\u00bb La royaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 malade sort encore affaiblie de cette affaire. Et Marie-Antoinette le paiera cher, lors de son proc\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez bris\u00e9 le sceptre du despotisme [\u2026] et tous les jours vous souffrez que treize millions d\u2019esclaves portent les fers de treize millions de despotes\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1325\" class=\"cit-num\">1325<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Requ\u00eate des dames \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. <em>L\u2019Assembl\u00e9e constituante, le Philosophisme r\u00e9volutionnaire en action<\/em> (1911), Gustave Gautherot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les grandes oubli\u00e9es de l\u2019histoire se manifestent et ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but. Mais la tourmente r\u00e9volutionnaire va donner d\u2019autres soucis que les droits des femmes aux hommes de la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsque le roi brise son sceptre, ses serviteurs doivent briser leur \u00e9p\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1361\" class=\"cit-num\">1361<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1754-1792), 4\u00a0f\u00e9vrier 1790 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<em> Les Lundis r\u00e9volutionnaires\u00a0: histoire anecdotique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1889), Jean-Bernard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e8re cadet du c\u00e9l\u00e8bre comte et d\u00e9put\u00e9 de la noblesse, le vicomte est furieux\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> vient d\u2019accepter que les d\u00e9put\u00e9s pr\u00eatent serment de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la nation, \u00e0 la loi et \u2013 seulement apr\u00e8s \u2013 au roi. Joignant le geste \u00e0 la parole, il quitte la s\u00e9ance de la Constituante. Tout est lourd de symboles, dans cette histoire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que la pique du peuple brise le sceptre des rois\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1447\" class=\"cit-num\">1447<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), Convention, 4\u00a0octobre 1792.<em> Les Grands orateurs de la R\u00e9volution<\/em> (1914), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pique a beaucoup servi, sous la R\u00e9volution, et pas seulement de fa\u00e7on m\u00e9taphorique\u00a0! Le peuple y a plant\u00e9 des t\u00eates coup\u00e9es, d\u00e8s la prise de la Bastille. Quant \u00e0 Danton, avocat r\u00e9volutionnaire et agitateur dans l\u2019\u00e2me, il ne recule devant aucune violence, ni physique, ni verbale.<\/p>\n<p>Face aux ennemis du dehors, aux rois \u00e9trangers mena\u00e7ant les fronti\u00e8res, Danton dit dans ce m\u00eame discours\u00a0: \u00ab\u00a0Jetons-leur en d\u00e9fi une t\u00eate de roi.\u00a0\u00bb La Convention va donc d\u00e9cider de mettre Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> en jugement, apr\u00e8s une longue discussion qui oppose les Girondins aux Montagnards. Danton s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Montagne qui l\u2019emportera.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9, rien ne sera stable en France tant que le sceptre ne retournera pas au sang l\u00e9gitime.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2432\" class=\"cit-num\">2432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">VEUILLOT<\/span> (1813-1883), L\u2019Univers. <em>La Fi\u00e8vre hexagonale\u00a0: les grandes crises politiques de 1871 \u00e0 1968<\/em> (1987), Michel Winock<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0roi assassin\u00e9\u00a0\u00bb est Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et le \u00ab\u00a0sang l\u00e9gitime\u00a0\u00bb est celui du comte de Chambord, pr\u00e9tendant l\u00e9gitimiste au tr\u00f4ne de France. Veuillot, directeur du journal <em>L\u2019Univers<\/em> de\u00a01848 \u00e0\u00a01874, est le chantre d\u2019un courant de populisme chr\u00e9tien qui r\u00e9gente les esprits d\u2019une bonne partie des 220\u00a0000 religieux et religieuses que compte le clerg\u00e9, au d\u00e9but de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/couronnement_de_pepin_le_bref_francois_dubois_08266.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"264\"><\/p>\n<h4>8. Le sacre.<\/h4>\n<p>Dans la France tr\u00e8s chr\u00e9tienne, fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise et vivant en monarchie de droit divin, le sacre est la c\u00e9r\u00e9monie la plus importante du couronnement, depuis P\u00e9pin le Bref au <span class=\"caps\">VIII<\/span>e si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Courbe la t\u00eate, fier Sicambre, adore ce que tu as br\u00fbl\u00e9, br\u00fble ce que tu as ador\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"77\" class=\"cit-num\">77<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">R\u00c9MI<\/span> (vers 437-vers 533), \u00e0 Clovis, 25\u00a0d\u00e9cembre 496. <em>Histoire des Francs<\/em> (premi\u00e8re impression fran\u00e7aise au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle), Gr\u00e9goire de Tours<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot souvent cit\u00e9 et peut-\u00eatre apocryphe \u2013\u00a0Sicambre \u00e9tant le nom donn\u00e9 \u00e0 une ethnie des Francs. Il n\u2019en exprime pas moins l\u2019autorit\u00e9 religieuse sur le pouvoir royal et ce rapport de force moral de l\u2019\u00e9v\u00eaque sur le roi. La religion va d\u00e9sormais marquer l\u2019histoire de France en maints \u00e9pisodes et jusqu\u2019au d\u00e9but du <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle la\u00efc (s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat).<\/p>\n<p>Clovis le pa\u00efen va donc se faire chr\u00e9tien comme promis, apr\u00e8s la victoire de Tolbiac. 3\u00a0000 de ses hommes vont se convertir avec lui. Il est baptis\u00e9 \u00e0 Reims, comme tous les rois de France \u00e0 sa suite. Apr\u00e8s qu\u2019il a d\u00e9pos\u00e9 ses armes et sa cuirasse, R\u00e9mi, archev\u00eaque de Reims, ap\u00f4tre des Francs et futur saint, proc\u00e8de \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Le pr\u00eatre oignait le prince avec de l\u2019huile sainte, pour lui communiquer la gr\u00e2ce divine.<\/p>\n<p>Ne pas confondre le bapt\u00eame avec le sacre qui n\u2019appara\u00eet qu\u2019au <span class=\"caps\">VIII<\/span>e si\u00e8cle et trouve son origine dans l\u2019Ancien Testament.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lequel m\u00e9rite d\u2019\u00eatre roi, de celui qui demeure sans inqui\u00e9tude et sans p\u00e9ril en son logis, ou de celui qui supporte le poids de tout le royaume\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"88\" class=\"cit-num\">88<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">P\u00c9PIN<\/span> le Bref (vers 715-768), Lettre au pape Zacharie, 751.<em> Nouvelle histoire de France<\/em> (1922), Albert Malet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Maire du palais de Child\u00e9ric <span class=\"caps\">III<\/span>, P\u00e9pin le premier Carolingien (p\u00e8re du futur Charlemagne) veut s\u2019assurer de l\u2019appui du pape. Ayant d\u00e9pos\u00e9 le dernier roi m\u00e9rovingien, il se fait \u00e9lire roi au \u00ab\u00a0champ de mai\u00a0\u00bb de Soissons.<\/p>\n<p>Il sera sacr\u00e9 en 752 par les \u00e9v\u00eaques et une seconde fois en 754 (avec ses fils Charles et Carloman) \u00e0 Saint-Denis par \u00c9tienne <span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0: ce pape interdit aux Grands de se choisir \u00e0 l\u2019avenir un roi d\u2019une autre lign\u00e9e.<\/p>\n<p>En recevant l\u2019onction d\u2019huile sainte (saint chr\u00eame) qui fait de lui l\u2019\u00c9lu du Seigneur, le Carolingien cesse d\u2019\u00eatre un la\u00efc et devient \u00e0 la fois un roi et un pr\u00eatre, dont la fonction sera de conduire, par la justice, le peuple de Dieu vers la paix et la concorde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 Charles Auguste couronn\u00e9 par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"101\" class=\"cit-num\">101<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Acclamations en l\u2019honneur de Charlemagne, 25\u00a0d\u00e9cembre 800. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Charlemagne\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u00e9r\u00e9monie relat\u00e9e dans les <em>Annales royales<\/em>, \u00e9quivalent sous les Francs de nos Archives nationales.<\/p>\n<p>Au sommet de sa gloire et de sa puissance, voil\u00e0 Charlemagne b\u00e9ni et couronn\u00e9 empereur auguste par le pape L\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> dans la basilique Saint-Pierre de Rome. C\u2019est la renaissance de l\u2019Empire romain, d\u2019o\u00f9 na\u00eetra la notion de Saint Empire romain germanique.<\/p>\n<p>Alcuin, savant th\u00e9ologien, conseiller et proche collaborateur de Charlemagne, salue en lui \u00ab\u00a0un chef \u00e0 l\u2019ombre duquel le peuple chr\u00e9tien repose dans la paix et qui, de toute part, inspire la terreur aux nations pa\u00efennes, un guide dont la d\u00e9votion ne cesse, par sa fermet\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, de fortifier la foi catholique contre les sectateurs de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apoth\u00e9ose personnelle de Charlemagne, cet empire unifi\u00e9 par la langue (le latin), la religion, la justice et l\u2019imp\u00f4t sera \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. En 1814, son fils Louis le Pieux lui succ\u00e8de. Il maintient le prestige et l\u2019unit\u00e9 de l\u2019empire carolingien. Mais \u00e0 la mort de Louis, ses trois fils vont se partager l\u2019Empire et bient\u00f4t se le disputer. D\u2019o\u00f9 guerre, anarchie, mis\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la personne de Hugues Capet s\u2019op\u00e8re une r\u00e9volution importante\u00a0: la monarchie \u00e9lective devient h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0; en voici la cause imm\u00e9diate\u00a0: le sacre usurpa le droit d\u2019\u00e9lection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"155\" class=\"cit-num\">155<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>Analyse raisonn\u00e9e de l\u2019histoire de France<\/em> (1845)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Notre premier grand \u00e9crivain romantique projetait une Histoire de France qui ne verra jamais le jour, mais il a publi\u00e9 quelques essais et r\u00e9flexions, sur les deux th\u00e8mes qui lui tiennent le plus \u00e0 c\u0153ur\u00a0: la religion et la monarchie.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des apports capitaux du r\u00e8gne d\u2019Hugues Capet\u00a0: il fonde une nouvelle dynastie et pour en assurer la p\u00e9rennit\u00e9, le jour de No\u00ebl suivant (25\u00a0d\u00e9cembre 987), il s\u2019empresse de faire \u00e9lire et sacrer par anticipation son fils Robert dit le Pieux, qu\u2019il associe au tr\u00f4ne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je viens de la part du roi des Cieux pour faire lever le si\u00e8ge d\u2019Orl\u00e9ans et pour conduire le roi \u00e0 Reims pour son couronnement et son sacre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"336\" class=\"cit-num\">336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span> (1412-1431), Ch\u00e2teau de Chinon, 7\u00a0mars 1429.<em> Jeanne d\u2019Arc<\/em> (1860), Henri Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9ponse aux conseillers de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> qui lui demandent pourquoi elle est venue\u00a0: le couronnement et le sacre sont associ\u00e9s, absolument n\u00e9cessaires pour que le roi soit reconnu comme tel\u00a0! Curieusement, sa r\u00e9ponse ne semble pas surprendre les conseillers. Le lendemain, elle est conduite dans la salle du tr\u00f4ne, au ch\u00e2teau de Chinon. Et l\u2019\u00e9pop\u00e9e de Jeanne commence bien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gentil roi, or est ex\u00e9cut\u00e9 le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez \u00e0 Reims recevoir votre saint sacre, en montrant que vous \u00eates vrai roi et celui auquel le royaume de France doit appartenir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"343\" class=\"cit-num\">343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JEANNE<\/span> d\u2019<span class=\"caps\">ARC<\/span>\u00a0(1412-1431). Jeanne d\u2019Arc (1860), Henri Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Pucelle a tenu parole, Charles est sacr\u00e9 \u00e0 Reims le 17\u00a0juillet 1429 par l\u2019\u00e9v\u00eaque Regnault de Chartres. Alors seulement, Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> peut porter son titre de roi.<\/p>\n<p>Plusieurs villes font all\u00e9geance\u00a0: c\u2019est \u00ab\u00a0la moisson du sacre\u00a0\u00bb. Les victoires ont permis de reconqu\u00e9rir une part de la \u00ab\u00a0France anglaise\u00a0\u00bb, m\u00eame si la guerre de Cent Ans n\u2019est pas encore finie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sera dimanche que je ferai le saut p\u00e9rilleux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"625\" class=\"cit-num\">625<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, juillet\u00a01593. <em>M\u00e9moires de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es<\/em> (1829), Paul Lacroix<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Vert Galant \u00e9crit souvent \u00e0 sa ma\u00eetresse, pour lui parler le plus souvent d\u2019amour, tr\u00e8s galamment et gaillardement. Il l\u2019entretient ici de sa proche conversion.<\/p>\n<p>25\u00a0juillet 1593\u00a0: les Parisiens se pressent \u00e0 la basilique de Saint-Denis, pour assister \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie publique de l\u2019abjuration royale. Le sacre se fera \u00e0 Chartres, le 27\u00a0f\u00e9vrier 1594. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> devient Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je jure de maintenir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire de la R\u00e9publique [\u2026] de respecter et de faire respecter l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, la libert\u00e9 politique et civile [\u2026] de gouverner dans la seule vue de l\u2019int\u00e9r\u00eat, du bonheur et de la gloire du peuple fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1797\" class=\"cit-num\">1797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, le jour de son sacre par Pie <span class=\"caps\">VII<\/span>, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Le Moniteur<\/em>, phrase du journal officiel de l\u2019\u00e9poque, reprise dans toutes les bonnes biographies de l\u2019empereur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur donne une importance toute particuli\u00e8re \u00e0 son sacre\u00a0! La c\u00e9r\u00e9monie dure cinq heures, entre la marche guerri\u00e8re et le <em>Te Deum<\/em>, un premier serment religieux de Napol\u00e9on, la messe, l\u2019<em>All\u00e9luia<\/em>, les oraisons, les cris de \u00ab\u00a0Vive l\u2019empereur\u00a0\u00bb. Et ce nouveau serment, sur les \u00c9vangiles. <br>C\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019instant b\u00e9ni\u00a0\u00bb des relations entre le pape et l\u2019empereur. L\u2019histoire a voulu que se croisent ces deux hommes qui ont la m\u00eame volont\u00e9 de fer. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais \u00e0 Charlemagne\u00a0\u00bb dit-il au pape \u00e0 qui, bient\u00f4t, il tentera d\u2019imposer sa politique religieuse.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on a d\u00e9j\u00e0 impos\u00e9 sa volont\u00e9 durant le sacre, il a pris la couronne pr\u00e9sent\u00e9e, l\u2019a pos\u00e9e lui-m\u00eame sur sa t\u00eate, avant de couronner son \u00e9pouse Jos\u00e9phine. Que de symboles dans ce geste in\u00e9dit\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Joseph, si notre p\u00e8re nous voyait\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1798\" class=\"cit-num\">1798<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 son fr\u00e8re le jour du sacre, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0La jeunesse de Napol\u00e9on Bonaparte\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tr\u00e8s p\u00e2le, l\u2019empereur se tourne vers son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, pr\u00e9sent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, pour murmurer ces mots.<\/p>\n<p>Leur p\u00e8re, Carlo Maria Buonaparte, qui a francis\u00e9 son nom en Charles-Marie Bonaparte, a tout fait pour que ses quatre fils puissent suivre de bonnes \u00e9tudes (si possible dans l\u2019arm\u00e9e), aux frais du roi, \u00e9tant peu fortun\u00e9 et d\u00e9pensier. Il est mort en 1785, d\u2019un cancer \u00e0 l\u2019estomac \u2013\u00a0comme son fils, quelques ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Leur m\u00e8re est bien vivante, mais absente\u00a0: c\u2019est elle qui l\u2019a d\u00e9cid\u00e9, au grand dam de son empereur de fils. Elle ne veut pas jouer son r\u00f4le dans cette c\u00e9r\u00e9monie, et surtout pas lui baiser la main, comme le veut l\u2019\u00e9tiquette. On dit aussi qu\u2019elle est f\u00e2ch\u00e9e de la brouille entre Napol\u00e9on et son fr\u00e8re Lucien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Madame m\u00e8re\u00a0\u00bb figure pourtant sur le tableau de David, <em>Le Sacre<\/em>, lui-m\u00eame \u00e9tant sacr\u00e9 premier peintre de l\u2019empereur\u00a0en 1805\u00a0: fresque (haute de 6,21 m\u00e8tres, large de 9,79 m\u00e8tres) \u00e0 la d\u00e9mesure de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Toute la famille Bonaparte est r\u00e9unie. Napol\u00e9on sera combl\u00e9 par cette \u0153uvre, propre \u00e0 servir sa l\u00e9gende et \u00e0 confirmer sa dynastie. \u00c0 la premi\u00e8re exposition publique du <em>Sacre<\/em>, au Salon de 1808, l\u2019empereur n\u2019a qu\u2019un mot\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous salue, David.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entendons ronfler l\u2019canon,<br>Y g\u2019na plus \u00e0 s\u2019en d\u00e9dire\u00a0:<br>On couronn\u2019 Napol\u00e9on<br>Empereur de ce bel Empire.<br>\u00c7a nous promet pour l\u2019av\u2019nir<br>Ben du bonheur et du plaisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1800\" class=\"cit-num\">1800<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Sacre de Napol\u00e9on<\/em>, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On chante \u00e0 la gloire du grand homme, au front si couvert de lauriers que c\u2019est \u00e0 peine si on peut trouver \u00ab\u00a0un petit coin pour y placer la couronne\u00a0\u00bb\u00a0! Une certaine ironie commence \u00e0 poindre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une belle f\u00eate costum\u00e9e \u00e0 la gothique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1998\" class=\"cit-num\">1998<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le mot qui circule dans le pays.<em> Regalia\u00a0: embl\u00e8mes et rites du pouvoir<\/em> (2012), Bernard Dupaigne, Yves Vad\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Restauration. C\u2019est le sacre de Charles X \u00e0 Reims, c\u00e9r\u00e9monie du 29\u00a0mai 1825, telle que les tableaux en font foi. Seuls les ultras pavoisent. Trop c\u2019est trop, apr\u00e8s la R\u00e9volution\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais que Reims a r\u00e9unis,<br>Criez\u00a0: \u00ab\u00a0Montjoie et Saint-Denis\u00a0!\u00a0\u00bb<br>On a refait la sainte Ampoule<br>Et comme au temps de nos a\u00efeux<br>Des passereaux, l\u00e2ch\u00e9s en foule<br>Dans l\u2019\u00e9glise volent joyeux [\u2026]<br>Le peuple crie\u00a0: \u00ab\u00a0Oiseaux, plus que nous soyez sages,<br>Gardez bien votre libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1999\" class=\"cit-num\">1999<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857),<em> Le Sacre de Charles le simple<\/em> (1825), chanson. <em>Causes c\u00e9l\u00e8bres de tous les peuples<\/em> (1858), Armand Fouquier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chansonnier chroniqueur a beau jeu d\u2019ironiser, \u00e0 l\u2019unisson du peuple choqu\u00e9 par tant de pompe\u00a0!<\/p>\n<p>Ce sacre reprend tout le c\u00e9r\u00e9monial de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les sept onctions et les serments sur les \u00c9vangiles. Il se d\u00e9roule sur trois jours\u00a0: 28\u00a0mai, c\u00e9r\u00e9monie des v\u00eapres\u00a0; 29\u00a0mai, c\u00e9r\u00e9monie du sacre\u00a0; 30\u00a0mai, remise de r\u00e9compense pour les chevaliers de l\u2019ordre du Saint-Esprit, pour finir le 31\u00a0mai, par le toucher des \u00e9crouelles que le roi est cens\u00e9 gu\u00e9rir.<\/p>\n<p>Le sacre symbolise pour le roi et les \u00e9lites un retour \u00e0 la monarchie absolue. Le peuple ne peut quand m\u00eame pas oublier la R\u00e9volution et l\u2019Empire. L\u2019opposition va se manifester contre le dernier \u00ab\u00a0roi de France\u00a0\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine r\u00e9volution.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/nutrisco_et_extinguo_salamandre_de_francois_i_azay_0.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"197\"><\/p>\n<h4>9. Bestiaire de l\u2019histoire de France, des origines \u00e0 nos jours.<\/h4>\n<p>C\u2019est tout un zoo o\u00f9 chaque animal vaut symbole sacr\u00e9, populaire ou moqueur et parfois vengeur. Dans cet inventaire h\u00e9t\u00e9roclite, la poule au pot c\u00f4toie le coq gaulois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au roi de France, le comte d\u2019Anjou. Sachez, Seigneur, qu\u2019un roi illettr\u00e9 est un \u00e2ne couronn\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"118\" class=\"cit-num\">118<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comte dANJOU (910-958), Lettre \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> d\u2019Outremer. Le Pouvoir de Foulque <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, comte d\u2019Anjou de 941 \u00e0 960 (2010), Denis Piel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, le roi de France n\u2019est pas encore respect\u00e9 comme il se doit par les Grands du royaume\u00a0! Le comte r\u00e9pond ici au roi qui s\u2019est moqu\u00e9 de son habitude de chanter la messe avec les choristes dans sa chapelle, comme s\u2019il \u00e9tait pr\u00eatre. Un demi-si\u00e8cle de luttes incessantes va marquer le r\u00e8gne des derniers Carolingiens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui s\u2019y frotte, s\u2019y pique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"277\" class=\"cit-num\">277<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XI<\/span> (1423-1483), devise associ\u00e9e au chardon. <em>Citations historiques expliqu\u00e9es\u00a0: des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2011), Jean-Paul Roig<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> prendra la m\u00eame devise, mais associ\u00e9e au porc-\u00e9pic. De sorte qu\u2019il y a parfois confusion, dans certaines sources, entre les deux symboles et les deux rois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>\u00a0Nutrisco et exstinguo.<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Je le nourris et je l\u2019\u00e9teins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"436\" class=\"cit-num\">436<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span> Ier (1494-1547), devise accompagnant la salamandre sur ses armes. <em>Encyclop\u00e9die th\u00e9ologique<\/em> (1863), abb\u00e9 Jean Jacques Bourasse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Allusion \u00e0 l\u2019ancienne croyance selon laquelle cet animal est capable de vivre dans le feu et m\u00eame de l\u2019\u00e9teindre.<\/p>\n<p>Depuis un si\u00e8cle, les rois de France ont des embl\u00e8mes personnels souvent associ\u00e9s \u00e0 un animal\u00a0: le lion pour Charles <span class=\"caps\">VI<\/span>\u00a0le Fou, le cerf ail\u00e9 pour Charles\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span> et Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, le porc-\u00e9pic pour Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>. La salamandre se marie bien \u00e0 cette Renaissance o\u00f9 la fronti\u00e8re est floue entre nature et surnature, chimie et alchimie, astronomie et astrologie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je veux qu\u2019il n\u2019y ait si pauvre paysan en mon royaume qu\u2019il n\u2019ait tous les dimanches sa poule au pot.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"465\" class=\"cit-num\">465<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610).<em> Histoire du Roy Henry le Grand<\/em> (1681), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet historien (et homme d\u2019\u00c9glise) lui attribue le mot. La poule au pot fait partie de la l\u00e9gende du roi, au m\u00eame titre que son panache blanc.<\/p>\n<p>V\u0153u pieux, et s\u00fbrement sinc\u00e8re, de la part d\u2019un souverain rest\u00e9 proche de son peuple. Mais malgr\u00e9 les efforts de l\u2019\u00e9quipe au pouvoir, les petits paysans fran\u00e7ais, \u00e9cras\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts, ruin\u00e9s par d\u2019interminables guerres, exploit\u00e9s par des usuriers, sont souvent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs parcelles quel que soit le redressement \u00e9conomique du pays. Malgr\u00e9 les mesures de circonstance prises en cas de mis\u00e8re criante par Sully, leur condition ne s\u2019am\u00e9liore pas vraiment et le temps fait d\u00e9faut \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, plus encore que la volont\u00e9 et les moyens.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut dormir comme le lion, sans fermer les yeux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"687\" class=\"cit-num\">687<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642),<em> Testament politique<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tel est le devoir de l\u2019homme d\u2019\u00c9tat\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 les yeux qu\u2019on doit avoir continuellement ouverts pour pr\u00e9voir les moindres inconv\u00e9nients qui peuvent arriver\u00a0; se souvenir qu\u2019ainsi que la phtisie ne rend pas le pouls \u00e9mu bien qu\u2019elle soit mortelle, ainsi arrive-t-il souvent dans les \u00c9tats que les maux qui sont imperceptibles de leur origine et dont on a moins de sentiment sont les plus dangereux.\u00a0\u00bb\u00a0La m\u00e9taphore m\u00e9dicale est significative\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> souffre de tuberculose toute sa vie, cependant que Richelieu mourra d\u2019\u00e9puisement, rong\u00e9 par un ulc\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion<br>Donner le dernier coup \u00e0 la derni\u00e8re t\u00eate<br>De la R\u00e9bellion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"698\" class=\"cit-num\">698<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois de <span class=\"caps\">MALHERBE<\/span> (1555-1628), <em>Po\u00e9sies<\/em>, Ode pour le roi (1628)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sous Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, la lutte entre pouvoir royal et puissance protestante, cet \u00ab\u00a0\u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb toujours rebelle, se joue au si\u00e8ge de La\u00a0Rochelle. Paradoxe cruel, cette bataille risque d\u2019an\u00e9antir le premier port de France, principale place de course et d\u2019armement, atout majeur pour la politique maritime et coloniale du cardinal, et vrai motif de la guerre avec l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, il faut prendre La\u00a0Rochelle. C\u2019est dans la logique d\u2019une monarchie qui se veut absolue. La m\u00e9taphore animale renvoie de nouveau et logiquement au roi des animaux, le lion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Parbleu\u00a0! voil\u00e0 un foutu royaume bien gouvern\u00e9, par un ivrogne, par une putain, par un fripon, et par un maquereau\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1074\" class=\"cit-num\">1074<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1674-1723) r\u00e9pondant \u00e0 un ministre venu lui demander de signer un d\u00e9cret. <em>L\u2019Amour au temps des libertins<\/em> (2011), Patrick Wald Lasowski<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res commence mal (ou bien\u00a0?), en tout cas, le pouvoir est s\u00e9rieusement malmen\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Le R\u00e9gent (l\u2019ivrogne) soupe et boit avec une de ses ma\u00eetresses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, Mme\u00a0de Parab\u00e8re (la putain), en compagnie de John Law (le fripon), banquier \u00e9cossais qui fait la politique financi\u00e8re de la France, et de l\u2019abb\u00e9 Dubois (le maquereau), v\u00e9nal et libertin, mais sup\u00e9rieurement intelligent, responsable de la politique ext\u00e9rieure sous la R\u00e9gence \u2013 le \u00ab\u00a0maquereau\u00a0\u00bb deviendra bient\u00f4t \u00ab\u00a0rouget\u00a0\u00bb, autrement dit cardinal, de mani\u00e8re non orthodoxe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre saint p\u00e8re est un dindon<br>Le calotin est un fripon<br>Notre archev\u00eaque un sc\u00e9l\u00e9rat<br>Alleluya.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1250\" class=\"cit-num\">1250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Premi\u00e8re chanson anticl\u00e9ricale attaquant le pape (sans titre, et sans auteur). <em>Dictionnaire des chansons de la R\u00e9volution<\/em> (1988), Ginette Marty, Georges Marty<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la veille de la R\u00e9volution, le peuple ne respecte plus rien ni personne. Le clerg\u00e9 \u00e9tait une cible habituelle, mais cette fois, Pie <span class=\"caps\">VI<\/span> en personne est mis en cause. Ce n\u2019est que le d\u00e9but des ennuis pour le 248e pape qui verra passer non seulement la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais aussi la campagne d\u2019Italie de Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus grande joie du P\u00e8re Duchesne apr\u00e8s avoir vu de ses propres yeux la t\u00eate du Veto femelle s\u00e9par\u00e9e de son col de grue et sa grande col\u00e8re contre les deux avocats du diable qui ont os\u00e9 plaider la cause de cette guenon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1453\" class=\"cit-num\">1453<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">H\u00c9BERT<\/span> (1757-1794), <em>Le P\u00e8re Duchesne<\/em>, n\u00b0\u00a0299, titre du journal au lendemain du 16\u00a0octobre\u00a01793. <em>Les Derniers Jours de Marie-Antoinette<\/em> (1933), Frantz Funck-Brentano<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voici l\u2019oraison fun\u00e8bre consacr\u00e9e par le pamphl\u00e9taire jacobin \u00e0 la reine sacrifi\u00e9e. Le titre est un peu long. Et la chronique qui suit, ce n\u2019est pas du Bossuet, mais la litt\u00e9rature r\u00e9volutionnaire d\u00e9ploie volontiers cette d\u00e9magogie populaire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, f\u2026! que tous les brigands couronn\u00e9s eussent vu \u00e0 travers la chati\u00e8re l\u2019interrogatoire et le jugement de la tigresse d\u2019Autriche\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019est-ce pas que je suis de la poule blanche\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1714\" class=\"cit-num\">1714<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), \u00e0 sa m\u00e8re, apr\u00e8s l\u2019attentat de la rue Saint-Nicaise, 24\u00a0d\u00e9cembre 1800. <em>Histoire de la France<\/em> (1986), Andr\u00e9 Bendjebbar<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0\u00catre de la poule blanche\u00a0\u00bb, expression corse qui signifie avoir de la chance et ce Corse fut toute sa vie tr\u00e8s superstitieux. Cela explique le choix de certaines dates (2 d\u00e9cembre, le sacre et la bataille d\u2019Austerlitz) et l\u2019accumulation des symboles, sous le Consulat et l\u2019Empire.<\/p>\n<p>C\u2019est miracle s\u2019il n\u2019est pas mort, ce soir de No\u00ebl 1800. Au passage de son carrosse, explosion de la \u00ab\u00a0machine infernale\u00a0\u00bb \u2013 tonneau de 200\u00a0livres de poudre, rempli de clous. L\u2019attentat fait 22 morts, une cinquantaine de bless\u00e9s, 46\u00a0maisons d\u00e9truites. Le fracas \u00e9branle tout le quartier Saint-Honor\u00e9. Le Premier Consul est indemne. Il dormait, \u00e9puis\u00e9, toujours prompt \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, avant d\u2019aller voir <em>La Cr\u00e9ation du monde<\/em> de Haydn, \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra (place Louvois). Il se rendra au spectacle, sans se soucier de son \u00e9pouse, Jos\u00e9phine (l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9e) dans une autre voiture du cort\u00e8ge avec sa fille Hortense.<\/p>\n<p>Le 10\u00a0octobre, dans sa loge \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra, il \u00e9chappa de peu au couteau de cinq conjur\u00e9s \u2013 la \u00ab\u00a0conspiration des poignards\u00a0\u00bb. Bonaparte est persuad\u00e9 que cette s\u00e9rie d\u2019attentats est l\u2019\u0153uvre des Jacobins, mais Fouch\u00e9 a d\u2019autres informations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour prendre celle du renard.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1775\" class=\"cit-num\">1775<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9moires du prince de Talleyrand<\/em> (posthume, 1891)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand eut tout loisir d\u2019observer l\u2019homme, du Directoire \u00e0 la fin de l\u2019Empire, et d\u2019appr\u00e9cier en connaisseur ses talents.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on est n\u00e9 sous le signe astral du lion, le 15\u00a0ao\u00fbt\u00a01769. Pour compl\u00e9ter le bestiaire napol\u00e9onien, il a pris pour symboles l\u2019aigle imp\u00e9rial et les abeilles qui renvoient \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 romaine. Le nom de Consulat et le titre de Premier Consul rappellent \u00e9galement cette glorieuse civilisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pas besoin de sabres, les gourdins suffiront pour ces chiens de Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1817\" class=\"cit-num\">1817<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FR\u00c9D\u00c9RIC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">GUILLAUME<\/span>\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, roi de Prusse, \u00e9t\u00e9 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quatri\u00e8me coalition contre la France napol\u00e9onienne. Le roi de Prusse apprend que les officiers prussiens s\u2019amusent \u00e0 aff\u00fbter leur sabre, sur les marches du perron de l\u2019ambassade de France. Mais il a tort de jouer les matamores. \u00c0 la t\u00eate du Grand Empire, Napol\u00e9on est encore le \u00ab\u00a0souverain de l\u2019Europe\u00a0\u00bb avec l\u2019aigle imp\u00e9rial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Autriche fit au Minotaure le sacrifice d\u2019une belle g\u00e9nisse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1845\" class=\"cit-num\">1845<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Prince de <span class=\"caps\">LIGNE<\/span> (1735-1814).<em> L\u2019Europe et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1904), Albert Sorel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Ligne commente le mariage imp\u00e9rial, en authentique et vieux prince autrichien, avec des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques famili\u00e8res au monde de son temps.\u00a0Mais qui pense \u00e0 l\u2019humiliation du p\u00e8re de la mari\u00e9e, Fran\u00e7ois Ier d\u2019Autriche, empereur romain germanique\u00a0? Le mariage de Marie-Louise et de Napol\u00e9on a lieu le 1er\u00a0avril 1810.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu\u2019aux tours de Notre-Dame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1927\" class=\"cit-num\">1927<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Golfe-Juan, Proclamation du 1er\u00a0mars 1815. <em>Recueil de pi\u00e8ces authentiques sur le captif de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, de m\u00e9moires et documents \u00e9crits par l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1821-1822)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Cent-Jours. L\u2019empereur annonce la couleur, d\u00e8s le premier jour, se pose devant l\u2019arm\u00e9e en soldat de la R\u00e9volution et honnit le drapeau blanc de la Charte constitutionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui pendant vingt-cinq ans servirent de ralliement \u00e0 tous les ennemis de la France\u00a0! Arborez cette cocarde tricolore\u00a0; vous la portiez dans nos grandes journ\u00e9es [\u2026] Reprenez ces aigles que vous aviez \u00e0 Ulm, \u00e0 Austerlitz, \u00e0 I\u00e9na.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019en faut pas plus, pas moins non plus, pour que Napol\u00e9on gagne cet incroyable pari\u00a0: rallier les troupes envoy\u00e9es pour l\u2019arr\u00eater, soulever d\u2019enthousiasme les populations, et traverser la France en vingt jours, sous les yeux de l\u2019Europe p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi commence le vol de l\u2019Aigle, sur la route Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris<br>Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys,<br>C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire.<br>De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays,<br>Crac\u00a0! Il se met en route.<br>En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris.<br>C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un des couplets du chant des partisans, de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore. Cependant qu\u2019\u00e0 Paris comme \u00e0 Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise. D\u00e8s que la nouvelle touche la capitale, le 5\u00a0mars 1815, le comte d\u2019Artois prend la route de Lyon. Le<em> Journal des D\u00e9bats<\/em> stigmatise le tra\u00eetre, les anciens compagnons de l\u2019empereur s\u2019appr\u00eatent \u00e0 le combattre, avant de se rallier \u00e0 lui, pour la plupart.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut tuer Buonaparte comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1934\" class=\"cit-num\">1934<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">TALLEYRAND<\/span> (1754-1838), Congr\u00e8s de Vienne, 12\u00a0mars 1815. <em>Le Roi de Rome<\/em> (1932), Octave Aubry<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Napol\u00e9on a boulevers\u00e9 le bon ordre du Congr\u00e8s et mis le ministre fran\u00e7ais dans une situation d\u00e9licate, si habile que soit notre diplomate, \u00e0 60\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais au contraire, j\u2019ai plaisir \u00e0 marcher dessus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1956\" class=\"cit-num\">1956<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1755-1824), aux chambellans qui s\u2019excusent, 8\u00a0juillet 1815. <em>L\u2019Esprit de tout le monde <\/em>(1893), Lor\u00e9dan Larchey<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est revenu si pr\u00e9cipitamment pour cette \u00ab\u00a0seconde entr\u00e9e triomphale\u00a0\u00bb que les chambellans du ch\u00e2teau des Tuileries n\u2019ont pas eu le temps d\u2019enlever les tapis sem\u00e9s d\u2019abeilles et d\u2019aigles, symboles de l\u2019Empire. Ils s\u2019en excusent. Mais ce jour-l\u00e0, tout fait bonheur \u00e0 Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Angleterre prit l\u2019aigle et l\u2019Autriche l\u2019aiglon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1961\" class=\"cit-num\">1961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em> (1835)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les destins tragiques inspirent les po\u00e8tes, et entre tous, les grands romantiques du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Edmond Rostand, consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de nos auteurs romantiques, est un peu le second p\u00e8re de l\u2019Aiglon, et fit beaucoup pour sa gloire, dans la pi\u00e8ce qui porte son nom. Le r\u00f4le-titre est cr\u00e9\u00e9 en travesti par la star de la sc\u00e8ne, Sarah Bernhardt (1900). \u00c0 plus de 50\u00a0ans, elle triomphe en incarnant ce jeune prince mort \u00e0 21\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est le premier vol de l\u2019Aigle\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2224\" class=\"cit-num\">2224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 Marie Jean Jacques <span class=\"caps\">DUPIN<\/span> (1783-1865), 22\u00a0janvier\u00a01852. <em>La Sarabande, ou Choix d\u2019anecdotes, bons mots, chansons, gauloiseries, \u00e9pigrammes, \u00e9pitaphes, r\u00e9flexions et pi\u00e8ces en vers des Fran\u00e7ais depuis le <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1903), L\u00e9on Vall\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jouant sur le mot \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb, ce magistrat qui pr\u00e9sida la L\u00e9gislative en 1849 et sera s\u00e9nateur sous l\u2019Empire, parle du d\u00e9cret pris par le prince Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, portant confiscation des biens de la maison d\u2019Orl\u00e9ans, le 22\u00a0janvier 1852. Le m\u00eame jour, il d\u00e9missionne de ses fonctions \u00e0 la Cour de cassation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui arracherait une plume \u00e0 son aigle risquerait d\u2019avoir dans la main une plume d\u2019oie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2248\" class=\"cit-num\">2248<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Histoire d\u2019un crime<\/em> (1877)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019histoire, c\u2019est le coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851 auquel Hugo tenta en vain de s\u2019opposer par la force des pav\u00e9s, avant de s\u2019en remettre \u00e0 la force des mots. On sait que le ridicule blesse, s\u2019il ne tue pas \u00e0 tout coup. Certes, coup d\u2019\u00c9tat r\u00e9ussi donne une soudaine assurance au personnage, mais Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span> souffrira toujours de la comparaison avec Napol\u00e9on Ier. \u00ab\u00a0L\u2019histoire est une galerie de tableaux o\u00f9 il y a peu d\u2019originaux et beaucoup de copies.\u00a0\u00bb Ce jugement de Tocqueville, d\u2019ailleurs ant\u00e9rieur au Second Empire, s\u2019applique particuli\u00e8rement bien \u00e0 Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 noter qu\u2019il prit le num\u00e9ro trois, le roi de Rome ayant re\u00e7u officiellement le nom de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Prussiens\u00a0! vous fuirez, battant la retraite,<br>Devant nos drapeaux<br>Et nos Chassepots,<br>Oui, notre aigle altier qui n\u2019a qu\u2019une t\u00eate<br>S\u2019ra victorieux,<br>Et pourtant le v\u00f4tre en a deux\u00a0!<br><em>Refrain<\/em><br>Zim la la, zim la la, les beaux militaires,<br>Zim la la, zim la la, que ces Prussiens-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2312\" class=\"cit-num\">2312<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ces beaux Prussiens<\/em> (1870), chanson.<em> La Commune en chantant<\/em> (1970), Georges Coulonges<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les chansons font partie de la propagande patriotique, au m\u00eame titre que la presse. Le chassepot fran\u00e7ais (du nom de son inventeur) est en effet le fusil \u00e0 aiguille le plus efficace \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais c\u2019est vraiment notre seule sup\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>450\u00a0000 Prussiens tr\u00e8s arm\u00e9s et entra\u00een\u00e9s vont infliger les premi\u00e8res d\u00e9faites aux 350\u00a0000 Fran\u00e7ais pleins d\u2019ardeur. Les Allemands envahissent l\u2019Alsace et la Lorraine. L\u2019arm\u00e9e de Mac-Mahon est d\u00e9faite en Alsace \u2013 battue \u00e0 Wissembourg (4\u00a0ao\u00fbt 1870), Reichshoffen et Froeschwiller (6\u00a0ao\u00fbt) \u2013 et l\u2019arm\u00e9e de Bazaine en Lorraine \u2013 \u00e0 Forbach (6\u00a0ao\u00fbt).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est assez difficile que Monsieur Mac-Mahon nous dise ce qu\u2019il veut, puisqu\u2019il ne peut m\u00eame pas nous apprendre ce qu\u2019il est. C\u2019est ce qu\u2019on appelle en photographie un n\u00e9gatif, et en histoire naturelle un mulet.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2440\" class=\"cit-num\">2440<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913),<em> La Lanterne<\/em>, 1874<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019humour f\u00e9roce d\u2019un opposant r\u00e9publicain. Avec le recul de l\u2019histoire, il faut pourtant rendre justice \u00e0 Mac-Mahon. Mar\u00e9chal et improbable pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, populaire par sa prestance, sa loyaut\u00e9 et sa franchise, il va assister ou participer \u00e0 la mise en place de beaucoup d\u2019institutions durables\u00a0: le domaine r\u00e9serv\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat, les difficult\u00e9s de la cohabitation, les risques de la dissolution. Le septennat et la pr\u00e9sidence du Conseil des ministres ont longtemps fonctionn\u00e9\u2026 Au total, ce premier pr\u00e9sident fera autant pour l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique que Thiers, Gambetta ou Gr\u00e9vy, ses contemporains et adversaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissons au coq gaulois ces sables \u00e0 gratter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2526\" class=\"cit-num\">2526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis de <span class=\"caps\">SALISBURY<\/span> (1830-1903), Premier ministre anglais, 21\u00a0mars 1899. <em>Les Forces politiques au Cameroun r\u00e9unifi\u00e9<\/em> (1989), Joseph-Marie Zang-Atangana<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle du Sahara, \u00e0 la fin des n\u00e9gociations franco-anglaises sur la situation respective des deux grandes puissances coloniales en Afrique. C\u2019est la suite de l\u2019\u00ab\u00a0incident de Fachoda\u00a0\u00bb en juillet\u00a01898\u2026 et la vieille anglophobie qui remonte \u00e0 la guerre de Cent Ans.<\/p>\n<p>Quant au symbole du coq, il remonte \u00e0 la Gaule et aux Gaulois\u00a0! C\u2019est donc un jeu de mots tout b\u00eate en latin o\u00f9 \u00ab\u00a0gallus\u00a0\u00bb d\u00e9signe en m\u00eame temps le coq et le Gaulois. La Renaissance marie parfois le coq et la France, les Valois et les Bourbons se plurent au rapprochement, mais Napol\u00e9on rejeta ce vulgaire gallinac\u00e9 pour promouvoir l\u2019aigle plus imp\u00e9rial que nature. Le coq eut plus de chance par la suite, m\u00eame s\u2019il pr\u00eate \u00e0 la raillerie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019armistice vient d\u2019\u00eatre sign\u00e9 par Lloyd George qui ressemble \u00e0 un caniche, par Wilson qui ressemble \u00e0 un colley et par Clemenceau qui ressemble \u00e0 un dogue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2614\" class=\"cit-num\">2614<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GIRAUDOUX<\/span> (1882-1944), <em>Suzanne et le Pacifique<\/em> (1921)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Diplomate, romancier et auteur dramatique, il fait une longue carri\u00e8re aux Affaires \u00e9trang\u00e8res de 1910 \u00e0 1940. Sign\u00e9 le 11\u00a0novembre 1918 pour 36 jours, l\u2019armistice est reconduit jusqu\u2019\u00e0 la signature du trait\u00e9 de Versailles, le 28\u00a0juin 1919.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous saviez le plaisir que j\u2019ai pu \u00e9prouver \u00e0 passer pour un blaireau, surtout au milieu de corniauds.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3321\" class=\"cit-num\">3321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), <em>Dans la peau de Jacques Chirac<\/em> (2006), Karl Z\u00e9ro et Michel Royer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Trait de caract\u00e8re original\u00a0et franchise peu diplomatique\u00a0: aucun pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019a pu tenir ce genre de propos, \u00e0 l\u2019humour assum\u00e9, rigolard et franchouillard.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/chateau_de_versailles_1668_pierre_patel.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"290\"><\/p>\n<h4>10. Monuments historiques.<\/h4>\n<p>Le Versailles de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> sert ensuite de capitale quand Paris est occup\u00e9 en temps de guerre, et de lieu d\u2019accueil pour les h\u00f4tes de marque, les chefs d\u2019\u00c9tat, les sommets \u00e9trangers.<\/p>\n<p>La Bastille symbolise la R\u00e9volution, les Invalides et le Panth\u00e9on rappellent la m\u00e9moire de nos grands morts, militaires et civils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au d\u00e9faut des actions \u00e9clatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l\u2019esprit des princes que les b\u00e2timents.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"818\" class=\"cit-num\">818<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), <em>Lettres, instructions et m\u00e9moires de Colbert<\/em> (posthume, 1863)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures (en 1664), Colbert exprime naturellement la pens\u00e9e de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>.<\/p>\n<p>Les seuls b\u00e2timents royaux co\u00fbtent en moyenne 4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat et Versailles, son ch\u00e2teau, son parc et ses jardins en ont la plus grande part. Les travaux commencent d\u00e8s 1661, pour durer plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. R\u00e9sultat\u00a0? La plus grande r\u00e9ussite artistique des temps modernes\u00a0: Versailles servira de mod\u00e8le \u00e0 l\u2019Europe pendant un\u00a0si\u00e8cle, imposant la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019art fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On nous dit que nos rois d\u00e9pensaient sans compter,<br>Qu\u2019ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.<br>Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,<br>Ne nous mettaient-ils pas notre argent de c\u00f4t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"890\" class=\"cit-num\">890<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sacha <span class=\"caps\">GUITRY<\/span> (1885-1957), <em>Si Versailles m\u2019\u00e9tait cont\u00e9<\/em> (film de 1953)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>6\u00a0mai 1682\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe \u00e0 Versailles. La ville devient la vraie capitale de la France et le centre du monde civilis\u00e9.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> fit construire d\u00e8s 1624 un pavillon de chasse, mais c\u2019est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> en 1661 qui ordonne les travaux pour faire du ch\u00e2teau ce \u00ab\u00a0plaisir superbe de la nature\u00a0\u00bb (Saint-Simon). Le roi ne d\u00e9pense pas sans compter, mais il d\u00e9pense beaucoup pour les b\u00e2timents en g\u00e9n\u00e9ral (4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat leur est consacr\u00e9 en moyenne) et tout particuli\u00e8rement pour Versailles. L\u2019\u00e9quipe qui a si bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte pour Fouquet est \u00e0 nouveau r\u00e9unie pour r\u00e9aliser ce chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019art classique \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0: Le Vau (architecte), Le Brun (peintre), Le N\u00f4tre (jardinier), Francine (ing\u00e9nieur des eaux). Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait plus que donner son avis\u00a0: il l\u2019impose souvent. Et se trompe rarement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La convocation des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 est l\u2019\u00e8re v\u00e9ritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple entier \u00e0 l\u2019exercice de ses droits.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1314\" class=\"cit-num\">1314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Convoqu\u00e9s le 5\u00a0juillet 1788, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se r\u00e9unissent pour la premi\u00e8re fois le 5\u00a0mai 1789\u00a0\u00e0 Versailles\u00a0: 1\u00a0139 repr\u00e9sentants, dont 578 du tiers \u00e9tat, dans la salle des Menus-Plaisirs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amis, j\u2019irai \u00e0 Paris avec ma femme et mes enfants\u00a0: c\u2019est \u00e0 l\u2019amour de mes bons et fid\u00e8les sujets que je confie ce que j\u2019ai de plus pr\u00e9cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1355\" class=\"cit-num\">1355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au matin du 6\u00a0octobre 1789 \u00e0 Versailles.<em> La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965), Fran\u00e7ois Furet, Denis Richet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi ne peut que c\u00e9der \u00e0 la foule \u2013\u00a0des milliers de Parisiens et Parisiennes amass\u00e9s dans la cour du ch\u00e2teau et criant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Paris\u00a0! \u00c0 Paris\u00a0!\u00a0\u00bb Il se rend \u00e0 nouveau populaire, du moins il l\u2019esp\u00e8re, d\u2019autant que la foule fraternise avec les gardes. Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> va quitter d\u00e9finitivement Versailles pour regagner le palais des Tuileries, sa r\u00e9sidence parisienne.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 11\u00a0heures. Elle s\u2019affirme ins\u00e9parable du roi et d\u00e9cide de le suivre \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Un immense cort\u00e8ge s\u2019\u00e9branle \u00e0 13\u00a0heures\u00a0: plus de 30\u00a0000 personnes. Des gardes nationaux portant chacun un pain piqu\u00e9 au bout de la ba\u00efonnette, puis les femmes escortant des chariots de bl\u00e9 et des canons, puis les gardes du corps et les gardes suisses d\u00e9sarm\u00e9s, pr\u00e9c\u00e9dant le carrosse de la famille royale escort\u00e9 par La Fayette, jeune commandant en chef de la garde nationale, suivi de voitures emmenant quelques d\u00e9put\u00e9s, puis le reste des gardes nationaux et des manifestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne voulons pas recevoir tous les quinze jours des r\u00e9volutions par le chemin de fer et le t\u00e9l\u00e9graphe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1360\" class=\"cit-num\">1360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel Lacoste de <span class=\"caps\">BELCASTEL<\/span> (1820-1890), d\u00e9but mars\u00a01871.<em> Histoire de quinze ans, 1870-1885<\/em> (1886), Edmond Beno\u00eet-L\u00e9vy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerre franco-prussienne de 1870-1871. L\u2019Assembl\u00e9e, le 10\u00a0mars, d\u00e9cide son transfert non \u00e0 Paris, mais \u00e0 Versailles, ville au pass\u00e9 royal \u2013 ce qui est pris comme une provocation par les r\u00e9publicains. Belcastel, d\u00e9put\u00e9 l\u00e9gitimiste, r\u00e9sume l\u2019id\u00e9e que ses coll\u00e8gues se font de Paris\u00a0: \u00ab\u00a0le chef-lieu de la r\u00e9volution organis\u00e9e, la capitale de l\u2019id\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge t\u00e9moigne, entre autres, de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>La Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands, Bismarck ayant pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique \u2013 en comparaison, sous la R\u00e9volution, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/390px-prise_de_la_bastille.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"390\" height=\"291\"><\/p>\n<p><strong>La Bastille, symbole de la monarchie <span class=\"caps\">ET<\/span> de la R\u00e9volution.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a014, rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1331\" class=\"cit-num\">1331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), note ces deux mots dans son carnet avant de se coucher, ch\u00e2teau de Versailles, le soir du 14\u00a0juillet 1789. <em>Histoire des Fran\u00e7ais,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">XVII<\/span> (1847), Simonde de Sismondi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire lui a beaucoup reproch\u00e9 cette indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais il faut pr\u00e9ciser \u00e0 sa d\u00e9charge que le fameux carnet consigne surtout ses tableaux de chasse.<\/p>\n<p>Le roi a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de l\u2019agitation \u00e0 Paris, par une d\u00e9putation de l\u2019Assembl\u00e9e. Le 11\u00a0juillet, il a malencontreusement renvoy\u00e9 Necker, ministre des Finances jug\u00e9 trop lib\u00e9ral, l\u2019homme le plus populaire du royaume, et il le rappellera le 16. En attendant, le mal est fait\u00a0: manifestations le 12\u00a0juillet, municipalit\u00e9 insurrectionnelle \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, milice et foule arm\u00e9es le 13 (avec 28\u00a0000 fusils et 20 canons pris aux Invalides). \u00c0 la Bastille, on est all\u00e9 chercher la poudre et les munitions.<\/p>\n<p>La forteresse est avant tout le symbole historique de l\u2019absolutisme royal\u00a0: la r\u00e9volution parlementaire est devenue soudain populaire, et parisienne, en ce 14\u00a0juillet 1789.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit trop souvent, ce jour n\u2019est pas l\u2019origine de notre f\u00eate nationale. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante, la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes le premier de tous les Fran\u00e7ais qui \u00e9criv\u00eemes contre la R\u00e9volution avant la prise de la Bastille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1328\" class=\"cit-num\">1328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801), <em>Pens\u00e9es in\u00e9dites de Rivarol<\/em> (posthume, 1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste et rare humoriste de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est un homme d\u2019ordre, il aurait pu \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui \u00e0 la Constitution, non \u00e0 la chienlit.\u00a0\u00bb La premi\u00e8re pi\u00e8ce qui met en sc\u00e8ne la prise de la Bastille est un vaudeville en un acte et en prose de Pellet-Desbarreaux, <em>Le Champ de Mars ou la R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la France<\/em>, jou\u00e9 dans la r\u00e9gion de Toulouse, en ao\u00fbt\u00a01789. Certaines sources situent m\u00eame la cr\u00e9ation en mars\u00a0: ce serait de la politique-fiction.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1329\" class=\"cit-num\">1329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire. La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay, massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort. Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Pr\u00e9sent \u00e0 Paris au d\u00e9but de la R\u00e9volution, il est tr\u00e8s choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bourgeois et le marchand<br>Marchent \u00e0 la Bastille<br>Et ran plan plan [\u2026]<br>Sortez de vos cachots fun\u00e8bres<br>Victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9<br>Voyez \u00e0 travers les t\u00e9n\u00e8bres<br>Les rayons de la Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1330\" class=\"cit-num\">1330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Prise de la Bastille<\/em> (1790), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une chanson vaudeville, genre tr\u00e8s en vogue \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. L\u2019\u00e9v\u00e9nement se joue en deux actes\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9part pour le si\u00e8ge\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0D\u00e9livrance des captifs\u00a0\u00bb. Le style est typique de l\u2019\u00e9poque. Les \u00ab\u00a0victimes d\u2019un joug d\u00e9test\u00e9\u00a0\u00bb, ce sont les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s. L\u2019inventaire est d\u00e9risoire. Ils sont sept\u00a0: quatre escrocs ayant falsifi\u00e9 une lettre de change, deux malades mentaux et un jeune gentilhomme prodigue, le comte de Solanges, embastill\u00e9 pour inceste. \u00c0 quelques jours pr\u00e8s, on trouvait le marquis de Sade \u2013 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Charenton.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xiv_invalides_pierre_denis_martin.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"272\"><\/p>\n<h4>L\u2019H\u00f4tel national des Invalides, monument militaire cr\u00e9\u00e9 par Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> et tombeau de Napol\u00e9on.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma bonne Louise, victoire\u00a0! J\u2019ai d\u00e9truit douze r\u00e9giments russes, fait six mille prisonniers, quarante pi\u00e8ces de canon, deux cents caissons, pris le g\u00e9n\u00e9ral en chef et tous les g\u00e9n\u00e9raux, plusieurs colonels. Je n\u2019ai pas perdu deux cents hommes. Fais tirer le canon des Invalides et publier cette nouvelle \u00e0 tous les spectacles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1882\" class=\"cit-num\">1882<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Lettre \u00e0 Marie-Louise au soir de la bataille de Champaubert (commune de la Marne), 10\u00a0f\u00e9vrier 1814. <em>La Chute ou l\u2019Empire de la solitude<\/em> (2008), Dominique de Villepin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une victoire sur les Russes et les Prussiens, cinq fois sup\u00e9rieurs en nombre. Napol\u00e9on va encore faire des prouesses \u00e0 Montmirail, Ch\u00e2teau-Thierry, Nangis. Et \u00e0 Montereau o\u00f9 il attaque, toujours en t\u00eate des troupes, sur son cheval\u2026 Mais l\u2019empereur sait que voil\u00e0 le commencement de la fin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont dans son testament, dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me prosterne pas devant cette m\u00e9moire\u00a0; je ne suis pas de cette religion napol\u00e9onienne, de ce culte de la force que l\u2019on veut substituer dans l\u2019esprit de la nation \u00e0 la religion s\u00e9rieuse de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2105\" class=\"cit-num\">2105<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), \u00e0 l\u2019occasion du retour des cendres de Napol\u00e9on, Discours \u00e0 la Chambre, 26\u00a0mai\u00a01840. <em>La France parlementaire (1834-1851)\u00a0: \u0153uvres oratoires et \u00e9crits politiques<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1864), Alphonse de Lamartine, Louis Ulbach<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les cendres de Napol\u00e9on seront rapport\u00e9es de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne par le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, sur la <em>Belle-Poule<\/em>, et transf\u00e9r\u00e9es aux Invalides le 15\u00a0d\u00e9cembre 1840. Thiers, revenu \u00e0 la t\u00eate du gouvernement le 1er\u00a0mars 1840, \u00e0 d\u00e9faut de programme, flatte la vanit\u00e9 nationale, aussi r\u00e9pandue dans le peuple que dans la bourgeoisie, par cette d\u00e9cision prise au mois de mai. Le d\u00e9put\u00e9 Lamartine y est hostile, proph\u00e9tisant le Second Empire \u2013 po\u00e8te et politicien, il a souvent une \u00e9trange prescience de l\u2019avenir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/pantheon_1795.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"289\"><\/p>\n<p><strong>Le Panth\u00e9on, destin\u00e9 aux grands hommes et \u00e0 quelques femmes ayant m\u00e9rit\u00e9 de la patrie.<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1023\" class=\"cit-num\">1023<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Zadig ou la destin\u00e9e<\/em> (1747)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi parle Zadig, \u00ab\u00a0celui qui dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, alias Voltaire. Quand la R\u00e9volution va mettre au Panth\u00e9on le grand homme (seul \u00e0 partager cet honneur avec Rousseau), sur son sarcophage qui traverse Paris le 11\u00a0juillet 1791, on lira\u00a0: \u00ab\u00a0Il d\u00e9fendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli.\u00a0\u00bb Plus que le philosophe r\u00e9formateur ou le th\u00e9oricien sp\u00e9culateur, la R\u00e9volution honore l\u2019\u00ab\u00a0homme aux Calas\u00a0\u00bb, l\u2019infatigable combattant pour que justice soit faite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Avec Voltaire, c\u2019est un monde qui finit. Avec Rousseau, c\u2019est un monde qui commence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1032\" class=\"cit-num\">1032<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">GOETHE<\/span> (1749-1832). <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0Voltaire\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le si\u00e8cle de raison va c\u00e9der le pas au si\u00e8cle des passions. Voltaire exprime et r\u00e9sume le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle avec son ardente humanit\u00e9, sa vocation \u00e0 l\u2019universel, sa sagesse, sa d\u00e9fense des libert\u00e9s, des droits formels. Rousseau annonce le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e avec l\u2019\u00e9galit\u00e9, la fraternit\u00e9, la fibre civique, les droits r\u00e9els.<br>Brouill\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 mort\u00a0\u00bb dans la vie, Voltaire et Rousseau seront r\u00e9concili\u00e9s devant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 par la m\u00eame \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb d\u2019une R\u00e9volution qui rend ainsi hommage \u00e0 tout le si\u00e8cle philosophique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on recherche en quoi consiste pr\u00e9cis\u00e9ment le plus grand bien de tous, qui doit \u00eatre la fin de tout syst\u00e8me de l\u00e9gislation, on trouvera qu\u2019il se r\u00e9duit \u00e0 deux objets principaux, la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1046\" class=\"cit-num\">1046<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">ROUSSEAU<\/span> (1712-1778), <em>Du contrat social<\/em> (1762)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rousseau subordonne la libert\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique, voire \u00e9conomique, et \u00e0 la souverainet\u00e9 de la nation. Les r\u00e9volutionnaires le porteront au Panth\u00e9on (1794) apr\u00e8s une p\u00e9tition faisant de lui le \u00ab\u00a0premier fondateur de la Constitution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb parce qu\u2019il a \u00ab\u00a0\u00e9tabli en syst\u00e8me l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre les hommes [\u2026] et la souverainet\u00e9 du peuple\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne ha\u00efssant pas mes ennemis, en d\u00e9testant la superstition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1229\" class=\"cit-num\">1229<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), profession de foi manuscrite, 18\u00a0f\u00e9vrier 1778. \u00ab\u00a0Mot de la fin\u00a0\u00bb \u00e9crit. <em>Choix de testaments anciens et modernes<\/em> (1829), Gabriel Peignot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ses derniers mots, \u00e9crits de sa plume, sont pour la tol\u00e9rance, le combat de sa vie. Il meurt le 30\u00a0mai 1778. Ses cendres seront transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on sous la R\u00e9volution \u2013 seul philosophe \u00e0 avoir cet honneur avec Rousseau, son intime ennemi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb.<em> Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Lous Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Talleyrand est venu voir le malade, juste avant sa mort (2\u00a0avril 1791). Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusent de trahison \u2013 le fait ne sera prouv\u00e9 qu\u2019en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets.<\/p>\n<p>Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de la Provence, fut le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on. Avant d\u2019\u00eatre d\u00e9panth\u00e9onis\u00e9, quand on d\u00e9couvre son double jeu. Rivarol l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 dit\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb Dans le m\u00eame esprit, rappelons cet autre mot\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action\u00a0\u00bb (<em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em>, publi\u00e9 en 1790).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma demeure sera bient\u00f4t dans le n\u00e9ant\u00a0; quant \u00e0 mon nom, vous le trouverez dans le panth\u00e9on de l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1582\" class=\"cit-num\">1582<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), r\u00e9ponse au Tribunal r\u00e9volutionnaire, 2\u00a0avril\u00a01794. <em>Proc\u00e8s historiques, Le proc\u00e8s de Danton, Histoire et patrimoine<\/em> [en ligne], minist\u00e8re de la Justice<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Tribunal proc\u00e8de \u00e0 l\u2019interrogatoire habituel, lui demandant son nom et ses qualit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il existe plusieurs versions de la r\u00e9ponse, selon les sources\u00a0: de la plus longue \u2013\u00a0\u00ab\u00a0Je suis Danton, assez connu dans la R\u00e9volution\u00a0; ma demeure sera bient\u00f4t le n\u00e9ant, mais mon nom vivra dans le Panth\u00e9on de l\u2019histoire\u00a0\u00bb \u2013\u00a0\u00e0 la plus courte, la plus fr\u00e9quemment cit\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Ma demeure\u00a0? Demain, dans le n\u00e9ant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Danton a toujours le sens de l\u2019improvisation \u2013 quoique cette r\u00e9plique ait pu \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir.\u00a0Le Panth\u00e9on se demande comment il fera pour recevoir sous sa vo\u00fbte tout ce peuple qui va avoir droit \u00e0 son d\u00f4me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2336\" class=\"cit-num\">2336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), le 5\u00a0septembre\u00a01870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De retour d\u2019exil apr\u00e8s 19 ans, la foule qui se presse l\u2019oblige \u00e0 prononcer quatre discours entre la gare du Nord et son domicile\u00a0! Auteur immens\u00e9ment populaire, c\u2019est aussi la conscience et la grande voix de la France. Il aura naturellement droit au Panth\u00e9on, apr\u00e8s des obs\u00e8ques nationales. C\u2019est m\u00eame en son honneur que l\u2019\u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve, au c\u0153ur du 5e arrondissement, retrouve cette vocation et cette inscription\u00a0: \u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.<span id=\"2480\" class=\"cit-num\">2480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription au fronton du Panth\u00e9on<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Victor Hugo meurt le 22\u00a0mai 1885. Paris lui fait des fun\u00e9railles nationales\u00a0: le cort\u00e8ge va de l\u2019Arc de Triomphe au Panth\u00e9on, monument vou\u00e9 au souvenir des grands hommes. Ce vaste sanctuaire, \u00e0 l\u2019origine \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve \u00e9difi\u00e9e par Soufflot, est transform\u00e9 en Panth\u00e9on destin\u00e9 \u00e0 recevoir les cendres des grands hommes sous la R\u00e9volution (1791). Mirabeau, Voltaire et Rousseau en sont les premiers locataires.<\/p>\n<p>L\u2019Empire rend le Panth\u00e9on au culte. Avec la Restauration, l\u2019\u00e9glise re\u00e7oit une nouvelle inscription en latin, hommage \u00e0 sainte Genevi\u00e8ve, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> et Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span> r\u00e9unis. Sous la Monarchie de Juillet, le Panth\u00e9on redevient Panth\u00e9on et l\u2019inscription repara\u00eet, pour dispara\u00eetre de nouveau \u00e0 la fin de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, quand le b\u00e2timent redevient \u00e9glise.<\/p>\n<p>28\u00a0mai\u00a01885. Le Panth\u00e9on devient d\u00e9finitivement Panth\u00e9on, juste \u00e0 temps pour recevoir les cendres du po\u00e8te national.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pauvre roi supplici\u00e9 des ombres, regarde ton peuple d\u2019ombres se lever dans la nuit de juin constell\u00e9e de tortures.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2797\" class=\"cit-num\">2797<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours au Panth\u00e9on, lors du transfert des cendres de Jean Moulin, 19\u00a0d\u00e9cembre 1964. <em>Andr\u00e9 Malraux et la politique\u00a0: L\u2019\u00eatre et l\u2019Histoire<\/em> (1996), Dominique Villemot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le corps de Jean Moulin fut renvoy\u00e9 \u00e0 Paris en juillet\u00a01943, incin\u00e9r\u00e9 au P\u00e8re-Lachaise. Ses cendres (suppos\u00e9es telles) ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on. Cette \u00ab\u00a0panth\u00e9onisation\u00a0\u00bb, reconnaissance supr\u00eame de la patrie \u00e0 ses h\u00e9ros, est l\u2019acte final des c\u00e9l\u00e9brations du 20e anniversaire de la Lib\u00e9ration. Jean Moulin, coordinateur des r\u00e9seaux de R\u00e9sistance en m\u00e9tropole, en fut \u00e0 la fois le chef, le martyr et le symbole.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paul_louis_delance_tour_eiffel_0.jpg\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" width=\"400\" height=\"275\"><\/p>\n<h4>\u00c9pilogue.<\/h4>\n<p><strong>Et moi, et moi, et moi\u00a0!<\/strong> dit la Tour Eiffel.<\/p>\n<p><em>L\u2019Histoire en citations<\/em> en parle naturellement, mais l\u2019\u00e9dito est d\u00e9j\u00e0 long, sa vie historique est plus br\u00e8ve que celle des autres monuments et\u2026<\/p>\n<p><strong>Et moi, et moi, et moi\u00a0!<\/strong> dit la Tour Eiffel.<\/p>\n<p>La Dame de fer se lamente sur cette <em>annus horribilis<\/em> 2020. Priv\u00e9e de ses milliers de visiteurs au printemps pour cause de confinement, sans la foule de fans \u00e0 ses pieds pour le Concert et le feu d\u2019artifice du 14 juillet, n\u00e9glig\u00e9e par <em>l\u2019Histoire en citations<\/em> alors qu\u2019elle symbolise Paris et la France aux yeux du monde, qu\u2019elle bat Versailles et tous les autres tas de pierres en renomm\u00e9e comme en entr\u00e9es, qu\u2019elle fut inaugur\u00e9e en 1889 pour le centenaire de la R\u00e9volution, etc. etc. etc.<\/p>\n<p>Bref\u00a0! Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de conclure cet \u00e9dito consacr\u00e9 aux symboles nationaux avec la Tour Eiffel \u2013 d\u00e9nigr\u00e9e avant m\u00eame d\u2019\u00eatre n\u00e9e par des r\u00e9actionnaires patent\u00e9s, mais monument unique en son genre <em>ad vitam \u00e6ternam<\/em>\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous d\u00e9cidez la construction de la tour de M. Eiffel, je me coucherai sur le sol. Il ferait beau voir que les piques des terrassiers fr\u00f4lent cette poitrine que n\u2019atteignirent jamais les lances des Uhlans [Prussiens].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2484\" class=\"cit-num\">2484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Tancr\u00e8de <span class=\"caps\">BONIFACE<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle).<em> Guide de Paris myst\u00e9rieux<\/em> (1975), Fran\u00e7ois Caradec, Jean-Robert Masson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capitaine de cuirassier \u00e0 la retraite, riverain du Champ de Mars, il m\u00e8ne la campagne de protestation contre la Tour et intente un proc\u00e8s contre \u00ab\u00a0le lampadaire tragique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019odieuse colonne de t\u00f4le boulonn\u00e9e.\u00a0\u00bb Le premier coup de pioche des travaux a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 le 26\u00a0janvier 1887. La tour sera le \u00ab\u00a0clou\u00a0\u00bb de l\u2019Exposition universelle, en 1889.<\/p>\n<p>Le monument fait beaucoup parler, au fur et \u00e0 mesure de son \u00e9dification. \u00ab\u00a0Nous sommes arriv\u00e9s au maximum de ce que peuvent les humains. Il serait criminel de chercher \u00e0 aller plus haut\u00a0\u00bb, dit Eug\u00e8ne Chevreuil, doyen de l\u2019Institut\u00a0: il a 101\u00a0ans \u2013 n\u00e9 sous Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, chimiste entr\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences sous le r\u00e8gne de Charles X. Il s\u2019inqui\u00e8te devant la tour qui va atteindre 26 m\u00e8tres, c\u2019est-\u00e0-dire le premier \u00e9tage, et donner d\u2019ailleurs quelques soucis \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur Gustave Eiffel, avant de continuer son irr\u00e9sistible ascension.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tour Eiffel, t\u00e9moignage d\u2019imb\u00e9cillit\u00e9, de mauvais go\u00fbt et de niaise arrogance, s\u2019\u00e9l\u00e8ve expr\u00e8s pour proclamer cela jusqu\u2019au ciel. C\u2019est le monument-symbole de la France industrialis\u00e9e\u00a0; il a pour mission d\u2019\u00eatre insolent et b\u00eate comme la vie moderne et d\u2019\u00e9craser de sa hauteur stupide tout ce qui a \u00e9t\u00e9 le Paris de nos p\u00e8res, le Paris de nos souvenirs, les vieilles maisons et les \u00e9glises, Notre-Dame et l\u2019Arc de Triomphe, la pri\u00e8re et la gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2497\" class=\"cit-num\">2497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>La Fin du monde<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Mon vieux Paris<\/em> (1878), premier livre qui le fait conna\u00eetre, d\u00e9borde de nostalgie pour cette capitale o\u00f9 il est n\u00e9 et qui a tant chang\u00e9, depuis le Second Empire et les travaux d\u2019Haussmann. \u00c9crivain et journaliste, il reste surtout connu comme pol\u00e9miste d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sa tour ressemble \u00e0 un tuyau d\u2019usine en construction, \u00e0 une carcasse qui attend d\u2019\u00eatre remplie par des pierres de taille ou des briques. On ne peut se figurer que ce grillage infundibuliforme soit achev\u00e9, que ce suppositoire solitaire et cribl\u00e9 de trous restera tel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2498\" class=\"cit-num\">2498<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joris-Karl <span class=\"caps\">HUYSMANS<\/span> (1848-1907), \u00e9voquant Eiffel et sa Tour, <em>\u00c9crits sur l\u2019art \u2013 Certains<\/em> (1894)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le monument est inaugur\u00e9 le 6\u00a0mai 1889, pour la nouvelle Exposition universelle et le centenaire de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>300\u00a0 personnalit\u00e9s ont \u00e9crit pour protester contre la construction de la tour Eiffel, plus attaqu\u00e9e en son temps que le Centre Beaubourg de Renzo Piano et Richard Rogers, ou l\u2019Op\u00e9ra Bastille de Carlos Ott, un\u00a0si\u00e8cle plus tard. Des savants pr\u00e9disent sa chute, mais c\u2019est le triomphe des ing\u00e9nieurs sur les architectes, le d\u00e9fi r\u00e9ussi de l\u2019acier utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame de ses possibilit\u00e9s \u2013 comme la pierre dans les cath\u00e9drales du Moyen \u00c2ge, le verre et le b\u00e9ton dans l\u2019Arche de la D\u00e9fense.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Semaine du 14 juillet\u00a0: c\u2019est le moment de rappeler les principaux symboles nationaux \u00e0 valeur historique\u00a0pour la R\u00e9publique, mais aussi la Monarchie&#8230; et l\u2019Empire qui emprunte \u00e0 l\u2019ancien monde\u00a0comme au nouveau. 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