{"id":8628,"date":"2020-07-06T00:00:00","date_gmt":"2020-07-05T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/si-paris-nous-etait-conte-de-la-revolution-a-nos-jours\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:43","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:43","slug":"si-paris-nous-etait-conte-de-la-revolution-a-nos-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/si-paris-nous-etait-conte-de-la-revolution-a-nos-jours\/","title":{"rendered":"Si Paris nous \u00e9tait cont\u00e9&#8230; (de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/construction_tour_eiffel4.jpg\" width=\"658\" height=\"526\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>Relevons le d\u00e9fi, en quelque 250 citations et deux \u00e9ditos de la Gaule \u00e0 nos jours, la R\u00e9volution servant souvent de c\u00e9sure \u00e0 nos chroniques. Les \u00e9lections municipales sont un bon pr\u00e9texte pour \u00e9voquer l\u2019histoire cette ville capitale et de son maire.<\/p>\n<p>Destination la plus populaire au monde, Paris bat son record de fr\u00e9quentation en 2017\u00a0: 23,6 millions d\u2019 \u00ab\u00a0arriv\u00e9es h\u00f4teli\u00e8res\u00a0\u00bb (devant Londres, Rome et New York). Son pass\u00e9 historique, ses monuments et ses mus\u00e9es, son art de vivre expliquent cet attrait.<\/p>\n<p>Paradoxe \u00e9tonnant, cette ville symbole de l\u2019ordre (royal ou r\u00e9publicain) dans une France tr\u00e8s centralis\u00e9e est la source permanente des \u00e9meutes, r\u00e9voltes, r\u00e9volutions et autres journ\u00e9es des Barricades\u00a0: \u00ab\u00a0Paris n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Paris se retrouve au rendez-vous des p\u00e9riodes tragiques\u00a0: Saint-Barth\u00e9lemy (1572), R\u00e9volution, si\u00e8ge de 1870 et Commune de 1871, r\u00e9sistance et Lib\u00e9ration, Mai 68. La Fronde (1648-1653) m\u00e9rite aussi d\u2019\u00eatre cont\u00e9e.<\/p>\n<p>La ville capitale est concurrenc\u00e9e par des rivales \u00e9pisodiques, choisies (le Versailles de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, mais aussi Soissons sous Clovis, Aix-la-Chapelle sous Charlemagne, les villes \u00e0 ch\u00e2teau du Val de Loire sous la Renaissance) ou impos\u00e9es par les guerres (Bourges avec la Guerre de Cent Ans, Bordeaux, Vichy, Versailles suite \u00e0 la Commune, m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne au <span class=\"caps\">XX<\/span>e s).<\/p>\n<p>Reste la concurrence s\u00e9culaire entre Paris et province, au fil des alternances de civilisation. Paroxysme r\u00e9volutionnaire et tragique\u00a0: la lutte entre Jacobins et Girondins. Mais les R\u00e9publiques \u00e0 venir seront aussi centralisatrices que la monarchie d\u2019Ancien R\u00e9giume. D\u2019o\u00f9 la \u00ab\u00a0macroc\u00e9phalie\u00a0\u00bb dont Paris souffre comme la province.<\/p>\n<p>Capitale culturelle depuis le Moyen \u00c2ge et la Renaissance, capitale politique et administrative incontest\u00e9e depuis Philippe Auguste (Cap\u00e9tiens), Ville Lumi\u00e8re depuis le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e, mondaine et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, m\u00e9tamorphos\u00e9e par l\u2019urbanisme du pr\u00e9fet Haussmann au Second Empire, lieu des Expositions universelles vitrines de la France \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, Paris b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une politique de Grands Travaux sous Mitterrand.<\/p>\n<p>Signalons enfin le cas particulier du maire de Paris\u00a0: \u00ab\u00a0pr\u00e9v\u00f4t des marchands\u00a0\u00bb depuis le Moyen \u00c2ge (\u00c9tienne Marcel en r\u00e9volte contre le pouvoir royal), premier maire sous la R\u00e9volution (d\u00e9sign\u00e9 par acclamation ou nomm\u00e9), r\u00e9apparu en 1870-1871 (si\u00e8ge de Paris et Commune), il r\u00e9appara\u00eet sous la Cinqui\u00e8me, maire \u00e9lu depuis 1977 avec les trois mandats successifs de Jacques Chirac.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-20.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bastille_1789.jpg\" width=\"800\" height=\"597\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>La R\u00e9volution<\/h4>\n<p>Essentiellement parisienne, presque toutes les citations venant de la capitale\u00a0: Assembl\u00e9e nationale, clubs politiques, journaux populaires, Commune de Paris, Tribunal r\u00e9volutionnaire, mots de la fin des condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud\u2026 et peuple (des sans-culottes) qui manifeste en chansons ou en cris. Paris \u00e9lit un maire qui fait (ou non) autorit\u00e9. L\u2019opposition Paris-Province culmine avec le combat des Montagnards (centralisateurs et jacobins) contre les Girondins (de Gironde et autres d\u00e9partements).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9.<span id=\"1266\" class=\"cit-num\">1266<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antoine Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MOMORO<\/span> (1756-1794), slogan r\u00e9volutionnaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Libraire imprimeur \u00e0 Paris, \u00ab\u00a0premier imprimeur de la libert\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0il se pr\u00e9tend inventeur de cette devise. En tout cas, c\u2019est lui qui obtient de Pache, maire de Paris de f\u00e9vrier 1793 \u00e0 juillet 1794, qu\u2019elle figure sur les fa\u00e7ades des \u00e9difices publics.<\/p>\n<p>Remarquons au passage que le maire de Paris est, si l\u2019on peut dire, une \u00ab\u00a0cr\u00e9ation et une cr\u00e9ature r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Le premier, Jean-Sylvain Bailly, est d\u00e9sign\u00e9 au lendemain de la prise de la Bastille, pour remplacer Jacques de Flesselles, (dernier) pr\u00e9v\u00f4t des marchands assassin\u00e9 (successeur lointain d\u2019\u00c9tienne Marcel). Bailly finira guillotin\u00e9 sous la Terreur. Il est remplac\u00e9 en juillet 1792 par P\u00e9tion de Villeneuve, suspendu, puis r\u00e9tabli, qui d\u00e9missionne vite. Deux successeurs d\u00e9missionneront plus vite encore de ce poste \u00e0 haut risque, dans cette p\u00e9riode fatale \u00e0 tant d\u2019hommes politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la premi\u00e8re page \u00e0 la derni\u00e8re, elle [la R\u00e9volution] n\u2019a qu\u2019un h\u00e9ros\u00a0: le peuple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1273\" class=\"cit-num\">1273<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Le Peuple<\/em> (1846)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le peuple, c\u2019est naturellement le peuple de Paris, meneur de la R\u00e9volution et retrouvant le premier r\u00f4le dans les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb qui vont changer la France.<\/p>\n<p>Michelet, fils d\u2019un imprimeur ruin\u00e9 par le r\u00e9gime de la presse sous le Consulat et l\u2019Empire, conna\u00eet la mis\u00e8re dans sa jeunesse et en garde un profond amour du peuple. \u00c9crivain engag\u00e9 dans les luttes de son temps riche en r\u00e9volutions d\u2019un autre style, manifestant contre la mis\u00e8re des ouvriers, il composera dans l\u2019enthousiasme son <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: dix ans et sept volumes pour une \u0153uvre inspir\u00e9e, remarquablement document\u00e9e. Les plus belles pages de son \u0153uvre maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9e, ici mentionn\u00e9e sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019\u00ab\u00a0<em>Histoire de France<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes le premier de tous les Fran\u00e7ais qui \u00e9criv\u00eemes contre la R\u00e9volution avant la prise de la Bastille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1328\" class=\"cit-num\">1328<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">RIVAROL<\/span> (1753-1801),<em> Pens\u00e9es in\u00e9dites de Rivarol<\/em> (posthume, 1836)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste et rare humoriste de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est un homme d\u2019ordre, il aurait pu \u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0Oui \u00e0 la Constitution, non \u00e0 la chienlit.\u00a0\u00bb La premi\u00e8re pi\u00e8ce qui met en sc\u00e8ne la prise de la Bastille est un vaudeville en un acte et en prose de Pellet-Desbarreaux, <em>Le Champ de Mars ou la R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la France<\/em>, jou\u00e9 dans la r\u00e9gion de Toulouse, en ao\u00fbt\u00a01789. Certaines sources situent m\u00eame la cr\u00e9ation en mars\u00a0: ce serait de la politique-fiction\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9volution m\u2019aurait entra\u00een\u00e9, si elle n\u2019e\u00fbt d\u00e9but\u00e9 par des crimes\u00a0: je vis la premi\u00e8re t\u00eate port\u00e9e au bout d\u2019une pique et je reculai.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1329\" class=\"cit-num\">1329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La t\u00eate \u00ab\u00a0au bout d\u2019une pique\u00a0\u00bb est un classique de l\u2019horreur r\u00e9volutionnaire qui culmine dans certains quartiers populaires\u00a0 de la capitale.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0premi\u00e8re t\u00eate\u00a0\u00bb peut \u00eatre celle du gouverneur de la Bastille, de Launay, massacr\u00e9 par le peuple le 14\u00a0juillet, lors de la prise du fort. Chateaubriand, 21\u00a0ans, r\u00e9form\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, h\u00e9sitant sur sa vocation, s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 la vie politique au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, en participant aux \u00c9tats de Bretagne (assembl\u00e9e provinciale). Pr\u00e9sent \u00e0 Paris au d\u00e9but de la R\u00e9volution, il est tr\u00e8s choqu\u00e9 par cette violence \u00ab\u00a0cannibale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentatif de sa classe, il \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais le meurtre ne sera \u00e0 mes yeux un objet d\u2019admiration et un argument de libert\u00e9\u00a0; je ne connais rien de plus servile, de plus m\u00e9prisable, de plus l\u00e2che, de plus born\u00e9 qu\u2019un terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mais c\u2019est une r\u00e9volte\u00a0?<br>\u2014 Non, Sire, c\u2019est une r\u00e9volution\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1333\" class=\"cit-num\">1333<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du duc de la <span class=\"caps\">ROCHEFOUCAULD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">LIANCOURT<\/span> (1747-1827), \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), r\u00e9veill\u00e9 le soir du 14\u00a0juillet, \u00e0 Versailles. <em>Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand ma\u00eetre de la garde-robe s\u2019est permis de se manifester dans la nuit versaillaise, pour informer le roi qu\u2019\u00e0 Paris, la Bastille est prise et le gouverneur assassin\u00e9. Mieux que son ma\u00eetre, il a compris l\u2019importance symbolique du fait. Ce bref dialogue r\u00e9sume la situation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici une cocarde qui fera le tour du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1336\" class=\"cit-num\">1336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LA<\/span> <span class=\"caps\">FAYETTE<\/span> (1757-1834), 17\u00a0juillet 1789.<em> Petite histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1883), Victor Duruy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nomm\u00e9 le 15\u00a0juillet commandant de la garde nationale, La Fayette prend la cocarde bleue et rouge aux couleurs de Paris, y joint le blanc, couleur du roi, et pr\u00e9sente cette cocarde tricolore \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, venu \u00ab\u00a0faire amende honorable\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris. Le roi met la cocarde \u00e0 son chapeau et, par ce geste, reconna\u00eet symboliquement la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amis, j\u2019irai \u00e0 Paris avec ma femme et mes enfants\u00a0: c\u2019est \u00e0 l\u2019amour de mes bons et fid\u00e8les sujets que je confie ce que j\u2019ai de plus pr\u00e9cieux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1355\" class=\"cit-num\">1355<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au matin du 6\u00a0octobre 1789 \u00e0 Versailles. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1965), Fran\u00e7ois Furet, Denis Richet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi ne peut que c\u00e9der \u00e0 la foule \u2013\u00a0des milliers de Parisiens et Parisiennes amass\u00e9s dans la cour du ch\u00e2teau de Versailles, criant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Paris\u00a0! \u00c0 Paris\u00a0!\u00a0\u00bb Il se rend \u00e0 nouveau populaire, du moins il l\u2019esp\u00e8re, d\u2019autant plus que la foule fraternise avec les gardes. Il va quitter d\u00e9finitivement Versailles, pour regagner le palais des Tuileries, sa r\u00e9sidence parisienne.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e se r\u00e9unit \u00e0 11\u00a0heures, sous la pr\u00e9sidence de Mounier, boulevers\u00e9. Sur proposition de Mirabeau et Barnave, elle s\u2019affirme ins\u00e9parable du roi et d\u00e9cide de le suivre \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Un immense cort\u00e8ge s\u2019\u00e9branle \u00e0 13\u00a0heures\u00a0: plus de 30\u00a0000 personnes. Des gardes nationaux portant chacun un pain piqu\u00e9 au bout de la ba\u00efonnette, puis les femmes escortant des chariots de bl\u00e9 et des canons, puis les gardes du corps et les gardes suisses d\u00e9sarm\u00e9s, pr\u00e9c\u00e9dant le carrosse de la famille royale escort\u00e9 par La Fayette, suivi de voitures emmenant quelques d\u00e9put\u00e9s, puis la majeure partie des gardes nationaux et le reste des manifestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne manquerons plus de pain\u00a0! Nous ramenons le boulanger, la boulang\u00e8re et le petit mitron.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1356\" class=\"cit-num\">1356<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri et chant de victoire des femmes du peuple ramenant le roi, la reine et le dauphin, sur le chemin de Versailles \u00e0 Paris, 6\u00a0octobre 1789. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue des deux journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires, 5 et 6\u00a0octobre. Les 6\u00a0000\u00a0\u00e0 7\u00a0000\u00a0femmes venues la veille de Paris crient victoire, car le roi a promis le pain aux Parisiens. En tant que \u00ab\u00a0P\u00e8re du peuple\u00a0\u00bb, le roi doit assurer la subsistance et le pain tient une grande part dans le budget des petites gens, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression\u00a0: boulanger, boulang\u00e8re, petit mitron.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tant que les femmes ne s\u2019en m\u00ealent pas, il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable r\u00e9volution\u00a0\u00bb, \u00e9crit Choderlos de Laclos en 1783 dans <em>L\u2019\u00c9ducation des femmes<\/em>. Cela dit, la tr\u00e8s symbolique marche des femmes a \u00e9t\u00e9 encadr\u00e9e au d\u00e9part par des meneurs qui ont particip\u00e9 \u00e0 la prise de la Bastille, trois mois plus t\u00f4t. On a vu des hommes arm\u00e9s de piques et de fourches et certains travestis en femmes, trahis par leur voix.<\/p>\n<p>Le soir, \u00e0 20\u00a0heures, le nouveau maire de Paris Jean-Sylvain Bailly accueille le carrosse royal sous les vivats et les bravos du peuple. Quand Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> peut enfin s\u2019installer aux Tuileries, il n\u2019imagine pas qu\u2019il est d\u00e9sormais prisonnier du peuple parisien. Mais d\u2019autres sont plus lucides.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une f\u00eate pour les Parisiens de poss\u00e9der enfin le roi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1357\" class=\"cit-num\">1357<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MARAT<\/span> (1743-1793), <em>L\u2019Ami du peuple<\/em>, 7\u00a0octobre\u00a01789<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On pourrait croire \u00e0 une forme d\u2019humour, rare chez Marat. En r\u00e9alit\u00e9, le mot \u00ab\u00a0poss\u00e9der\u00a0\u00bb doit \u00eatre pris au premier degr\u00e9. On pourrait m\u00eame dire que le roi ne s\u2019appartient plus, devenu le sujet de ses sujets, qui ne veulent plus, quant \u00e0 eux, rester les sujets, mais exigent tous les pouvoirs.<\/p>\n<p>Hormis le roi, les premiers perdants de ces journ\u00e9es sont les monarchiens qui r\u00eavaient encore d\u2019une constitution avec une monarchie forte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du temps de la Fronde, Paris n\u2019est encore que la plus grande ville de France. En 1789, il est d\u00e9j\u00e0 la France m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1358\" class=\"cit-num\">1358<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexis de <span class=\"caps\">TOCQUEVILLE<\/span> (1805-1859), <em>L\u2019Ancien R\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em> (1856)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La prise de la Bastille a replac\u00e9 d\u2019un seul coup la capitale \u00e0 la t\u00eate de la France et redonn\u00e9 au peuple parisien un grand premier r\u00f4le dans le psychodrame r\u00e9volutionnaire. L\u2019Assembl\u00e9e constituante, qui a quitt\u00e9 Versailles et suivi la famille royale, si\u00e8ge \u00e0 partir du 19\u00a0octobre \u00e0 la salle du Man\u00e8ge, pr\u00e8s du palais des Tuileries.<\/p>\n<p>Le peuple de Paris remplit les tribunes de l\u2019Assembl\u00e9e, perturbe les s\u00e9ances, intervient dans les d\u00e9bats, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 emp\u00eacher le vote de telle ou telle motion. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne va se reproduire jusqu\u2019en 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi, roi des Fran\u00e7ais, je jure [\u2026] de maintenir la Constitution.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1369\" class=\"cit-num\">1369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration sur le Champ de Mars, 14\u00a0juillet 1790. <em>Histoire de France depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1878), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jour anniversaire de la prise de la Bastille, toutes les provinces sont repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Paris par les d\u00e9l\u00e9gations des gardes nationales, venues de la France enti\u00e8re\u00a0: c\u2019est la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. Une messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Talleyrand, l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Autun qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne, d\u2019autant plus qu\u2019il ne c\u00e9l\u00e8bre pas souvent. Heure solennelle, devant 300\u00a0000 personnes, alors qu\u2019il murmure \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Louis (ou \u00e0 La Fayette, selon les sources)\u00a0: \u00ab\u00a0Piti\u00e9, ne me faites pas rire\u00a0!\u00a0\u00bb Mot apocryphe, selon Chateaubriand.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit de ces coulisses et des intentions r\u00e9elles du roi, le pays peut encore r\u00eaver \u00e0 une monarchie constitutionnelle. Sit\u00f4t qu\u2019il para\u00eet et qu\u2019il parle, il semble que le pacte mill\u00e9naire entre les Fran\u00e7ais et le Cap\u00e9tien se renoue. Tous ces provinciaux qui voient Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span> pour la premi\u00e8re fois oublient ce qu\u2019on a pu dire du \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb. Le peuple est le plus sinc\u00e8re de tous les participants \u00e0 ce grand spectacle, criant\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le roi, vive la reine, vive le dauphin\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une conjuration pour l\u2019unit\u00e9 de la France. Ces f\u00e9d\u00e9rations de province regardent toutes vers le centre, toutes invoquent l\u2019Assembl\u00e9e nationale, se rattachent \u00e0 elle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Toutes remercient Paris de son appel fraternel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1370\" class=\"cit-num\">1370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1847-1853)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien de la R\u00e9volution voit en cette f\u00eate du 14\u00a0juillet 1790 le point culminant de l\u2019\u00e9poque, son g\u00e9nie m\u00eame. C\u2019est le jour de tous les espoirs et le peuple chante la plus gaie des carmagnoles\u00a0:\u00ab\u00a0Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/ Le peuple en ce jour sans cesse r\u00e9p\u00e8te, \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ Malgr\u00e9 les mutins tout r\u00e9ussira [\u2026] Pierre et Margot chantent \u00e0 la guinguette\u00a0: \/ Ah\u00a0! \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira. \/ R\u00e9jouissons-nous le bon temps viendra.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0S\u2019il est fait la moindre violence, le moindre outrage \u00e0 leurs Majest\u00e9s, le roi, la reine et la famille royale, s\u2019il n\u2019est pas pourvu imm\u00e9diatement \u00e0 leur s\u00fbret\u00e9, \u00e0 leur conservation et \u00e0 leur libert\u00e9, [les Majest\u00e9s imp\u00e9riale et royale \u00e9trang\u00e8res] en tireront une vengeance exemplaire et \u00e0 jamais m\u00e9morable, en livrant la ville de Paris \u00e0 une ex\u00e9cution militaire et \u00e0 une subversion, et les r\u00e9volt\u00e9s coupables d\u2019attentats aux supplices qu\u2019ils auront m\u00e9rit\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1419\" class=\"cit-num\">1419<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Guillaume Ferdinand de <span class=\"caps\">BRUNSWICK<\/span> (1735-1806) Manifeste r\u00e9dig\u00e9 le 25 juillet 1792.<em> Journal de Paris<\/em> (1792)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fait sous la pression des \u00e9migr\u00e9s et sans doute aussi de Marie-Antoinette, connu \u00e0 Paris le 1er\u00a0ao\u00fbt, \u00ab\u00a0le manifeste du g\u00e9n\u00e9ral prussien Brunswick [\u2026] \u00e9tait, avec ses menaces insolentes de d\u00e9truire Paris, con\u00e7u dans les termes les plus propres \u00e0 blesser la fiert\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La fermentation est au comble, et tout semble pr\u00e9sager pour cette nuit m\u00eame la plus grande commotion \u00e0 Paris. Nous sommes arriv\u00e9s au d\u00e9nouement du drame constitutionnel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1422\" class=\"cit-num\">1422<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">ROBESPIERRE<\/span> (1758-1794), Lettre \u00e0 Couthon, 9\u00a0ao\u00fbt 1792. <em>Robespierre<\/em> (1946), G\u00e9rard Walter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution va reprendre un cours plus rapide si elle ne s\u2019ab\u00eeme pas dans le despotisme militaire et dictatorial.\u00a0\u00bb C\u2019est bien vu\u00a0: il \u00e9crit ces mots la veille du drame. Robespierre esp\u00e9rait encore une voie l\u00e9gale et constitutionnelle. Mais les sans-culottes parisiens supportent de plus en plus mal la monarchie, et pr\u00e9parent ouvertement une nouvelle \u00ab\u00a0journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Dans la nuit du 9 au 10\u00a0ao\u00fbt, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple fran\u00e7ais est invit\u00e9 \u00e0 former une Convention nationale [\u2026] Le chef du pouvoir ex\u00e9cutif est provisoirement suspendu de ses fonctions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1424\" class=\"cit-num\">1424<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9gislative, 10\u00a0ao\u00fbt 1792. <em>Collection g\u00e9n\u00e9rale des lois\u00a0: d\u00e9crets, arr\u00eat\u00e9s, s\u00e9natus-consultes, avis du Conseil d\u2019\u00c9tat et r\u00e8glements d\u2019administration publi\u00e9s depuis 1789 jusqu\u2019au 1er\u00a0avril 1814<\/em>, Assembl\u00e9e l\u00e9gislative\u00a0: mai-\u00a0septembre\u00a01792, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, n\u00b0\u00a02 (1818)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux mesures prises par l\u2019Assembl\u00e9e qui ne fait que se survivre jusqu\u2019\u00e0 la prochaine Convention. Juridiquement, ce n\u2019est qu\u2019une suspension de plus\u00a0; politiquement, la L\u00e9gislative se saborde et le roi est d\u00e9chu.<\/p>\n<p>Le pouvoir est \u00e0 la Commune de Paris, c\u2019est la \u00ab\u00a0Premi\u00e8re Terreur\u00a0\u00bb, elle va durer six semaines\u00a0: un tournant dans la R\u00e9volution, jusque-l\u00e0 mod\u00e9r\u00e9e et lib\u00e9rale. Elle pr\u00e9figure la dictature de la gauche jacobine et montagnarde.<\/p>\n<p>La famille royale est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la prison du Temple, trois jours apr\u00e8s la journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire du 10\u00a0ao\u00fbt\u00a0: le roi d\u00e9chu, son \u00e9pouse Marie-Antoinette, sa s\u0153ur Madame \u00c9lisabeth, son fils le Dauphin et sa fille dite \u00ab\u00a0Madame Royale\u00a0\u00bb (seule survivante \u00e0 la R\u00e9volution).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Madam\u2019 Veto avait promis<br>De faire \u00e9gorger tout Paris.<br>Mais son coup a manqu\u00e9<br>Gr\u00e2ce \u00e0 nos canonniers.<br><em>Refrain<\/em><br>Dansons la carmagnole<br>Vive le son vive le son<br>Dansons la carmagnole<br>Vive le son du canon\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1425\" class=\"cit-num\">1425<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Carmagnole<\/em> (fin ao\u00fbt\u00a01792), chanson. <em>Chansons populaires de France<\/em> (1865), Librairie du Petit Journal \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De parolier inconnu, cette <em>Carmagnole<\/em> est chant\u00e9e sous les fen\u00eatres du Temple o\u00f9 la famille royale est prisonni\u00e8re. Monsieur Veto est aussi violemment apostroph\u00e9 que sa femme. Adopt\u00e9e par tous les patriotes, la Carmagnole aura de nombreuses parodies, comme la plupart des chants tr\u00e8s populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple veut se faire justice lui-m\u00eame de tous les mauvais sujets qui sont dans les prisons [\u2026] Je me fous bien des prisonniers\u00a0: qu\u2019ils deviennent ce qu\u2019ils pourront\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1431\" class=\"cit-num\">1431<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), \u00e0 Grandpr\u00e9, collaborateur du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Roland. <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1928), Pierre Gaxotte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9cemment nomm\u00e9 inspecteur des prisons, Grandpr\u00e9 l\u2019informe du climat r\u00e9gnant dans la capitale et du danger couru par les prisonniers. Danton n\u2019en a cure, et parle d\u2019un \u00ab\u00a0sacrifice indispensable [\u2026] pour apaiser le peuple de Paris. \u00ab\u00a0<em>Vox populi, vox Dei<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0c\u2019est l\u2019adage le plus vrai, le plus r\u00e9publicain que je connaisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques dizaines de sans-culottes font irruption dans les prisons parisiennes, la Conciergerie, l\u2019Abbaye, Bic\u00eatre. \u00c0 la Force, la princesse de Lamballe, confidente de la reine, est d\u00e9pec\u00e9e par les \u00e9meutiers, sa t\u00eate plant\u00e9e sur une pique promen\u00e9e sous la fen\u00eatre de Marie-Antoinette, prisonni\u00e8re au Temple.<\/p>\n<p>Les massacres du 2 au 6\u00a0septembre 1792 feront quelque 1\u00a0500 morts (sur 3\u00a0000 prisonniers). Des \u00ab\u00a0droits commun\u00a0\u00bb sont \u00e9gorg\u00e9s en m\u00eame temps que les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb, nobles et pr\u00eatres.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Respectables citoyens, vous venez d\u2019\u00e9gorger des sc\u00e9l\u00e9rats\u00a0; vous avez sauv\u00e9 la patrie\u00a0; la France enti\u00e8re vous doit une reconnaissance \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1432\" class=\"cit-num\">1432<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Nicolas <span class=\"caps\">BILLAUD<\/span>\u2013<span class=\"caps\">VARENNE<\/span> (1756-1819) aux massacreurs, 3\u00a0septembre 1792. <em>Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de Jacobin, membre de la Commune insurrectionnelle de Paris. Il encourage les \u00e9gorgeurs \u00e0 se servir sur le butin et la d\u00e9pouille des cadavres, offre \u00e0 chaque \u00e9gorgeur 24\u00a0livres et les encourage\u00a0: \u00ab\u00a0Continuez votre ouvrage, et la patrie vous devra de nouveaux hommages.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce mouvement n\u2019a pas touch\u00e9 la province, sauf lorsque des tueurs parisiens y furent envoy\u00e9s (\u00e0 Versailles, Meaux, Reims, Orl\u00e9ans, Lyon). Certains quartiers de Paris sont rest\u00e9s calmes. La m\u00eame remarque vaudra sous la Grande Terreur. Billaud-Varenne, avocat au Parlement sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, sera l\u2019un des r\u00e9volutionnaires les plus violents, redout\u00e9 au Comit\u00e9 de salut public \u00e0 Paris, mais aussi dans ses missions en province.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que Paris soit r\u00e9duit \u00e0 un quatre-vingt-troisi\u00e8me d\u2019influence comme chacun des autres d\u00e9partements.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1443\" class=\"cit-num\">1443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie David Albin <span class=\"caps\">LASOURCE<\/span> (1762-1793), d\u00e9put\u00e9 du Tarn, Convention, 25\u00a0septembre 1792. <em>Histoire politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1913), Fran\u00e7ois-Alphonse Aulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019orateur parle au nom des Girondins et c\u2019est une riposte aux Montagnards.<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9s venus assez nombreux de la Gironde et en majorit\u00e9 de la province, les Girondins sont partisans d\u2019un r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9raliste. Ils s\u2019opposent aux tendances centralisatrices des Montagnards\u00a0: les chefs de ce parti mettent leurs espoirs sur les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9volutionnaires les plus avanc\u00e9s, qu\u2019on trouve naturellement \u00e0 Paris, dans la Commune insurrectionnelle et les sections des sans-culottes.<\/p>\n<p>Rappelons que la France fut divis\u00e9e en 83 d\u00e9partements par la Constituante, le 15\u00a0janvier 1790.<\/p>\n<p>Lasource, \u00e9lu \u00e0 la L\u00e9gislative et r\u00e9\u00e9lu \u00e0 la Convention, ancien pasteur protestant, est fid\u00e8le \u00e0 ses principes plus qu\u2019\u00e0 un meneur ou un parti. Du c\u00f4t\u00e9 des Montagnards partisans de la guerre, il refuse ensuite leur dictature, se rallie bient\u00f4t aux Girondins et mourra avec eux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si jamais la Convention \u00e9tait avilie, si jamais par une de ces insurrections qui se renouvellent sans cesse, il arrivait qu\u2019on port\u00e2t atteinte \u00e0 la repr\u00e9sentation nationale, je vous le d\u00e9clare au nom du peuple de la France enti\u00e8re, Paris serait an\u00e9anti\u00a0; bient\u00f4t on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a exist\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1503\" class=\"cit-num\">1503<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maximin <span class=\"caps\">ISNARD<\/span> (1755-1825), D\u00e9claration \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation de la Commune de Paris, 25\u00a0mai 1793.<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ou Journal des Assembl\u00e9es nationales<\/em> (1834-1838), <span class=\"caps\">P.J.B.<\/span> Buchez, <span class=\"caps\">P.C.<\/span> Roux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Girondin, menac\u00e9, il menace \u00e0 son tour. Ces mots, adress\u00e9s \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation d\u2019une Commune de Paris constitu\u00e9e d\u2019extr\u00e9mistes et devenue insurrectionnelle depuis le 10\u00a0ao\u00fbt 1792, rappellent le Manifeste de Brunswick\u00a0! La d\u00e9claration d\u2019Isnard se r\u00e9v\u00e9lera aussi dangereusement maladroite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ne craignez rien des d\u00e9partements, je les connais\u00a0: avec un peu de terreur et des instructions, nous tournerons les esprits \u00e0 notre gr\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1505\" class=\"cit-num\">1505<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean Henri <span class=\"caps\">HASSENFRATZ<\/span> (1755-1827), propos rapport\u00e9s par Lanjuinais \u00e0 la Convention, 30\u00a0mai 1793. <em>Journal d\u2019un bourgeois de Paris pendant la Terreur<\/em> (1895), Edmond Bir\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autodidacte (charpentier), il r\u00e9ussit de brillantes \u00e9tudes (physique, chimie), mais choisit d\u2019entrer en politique avec la R\u00e9volution. Membre tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9 du club des Jacobins, il parle ici en meneur de la Commune de Paris et il ne voit que trop juste\u00a0: la province ne bougera pas, \u00e0 l\u2019annonce de la proscription des Girondins. C\u2019est lui qui demande leurs t\u00eates, le 31\u00a0mai \u2013 cet acte lui sera reproch\u00e9 plus tard, mais sauv\u00e9 par l\u2019amnistie et renon\u00e7ant d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019engagement politique, il reprendra une carri\u00e8re scientifique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1516\" class=\"cit-num\">1516<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise sur les flammes des drapeaux. <em>Cahier noir<\/em> (1944), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle appara\u00eet fin juin\u00a01793, alors que les arm\u00e9es de la R\u00e9publique font face \u00e0 la coalition des arm\u00e9es imp\u00e9riales et royales de l\u2019Europe. Un peu plus tard, la devise sera grav\u00e9e sur les bagues des drapeaux et remplacera la trilogie pass\u00e9e de mode\u00a0: \u00ab\u00a0La Nation, le Roi, la Loi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle appara\u00eet aussi sur les murs de la capitale\u00a0: le maire de la commune de Paris, Jean-Nicolas Pache, fait peindre cette devise. En province, d\u2019autres villes suivent la capitale, mais l\u2019injonction sera abandonn\u00e9e progressivement avec la fin de la R\u00e9volution\u00a0: elle \u00e9voquait plus la Terreur que la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui\u00a0! Je tremble, mais c\u2019est de froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1555\" class=\"cit-num\">1555<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), mot de la fin, avant son ex\u00e9cution dont les pr\u00e9paratifs s\u2019\u00e9ternisent, 12\u00a0novembre\u00a01793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1869), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ex-pr\u00e9sident de la Constituante et premier maire de Paris, \u00e9lu au lendemain de la prise de la Bastille, c\u2019est surtout un grand scientifique, astronome et math\u00e9maticien, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences (1763), puis de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (1783). La R\u00e9volution ne va pas \u00e9pargner les savants.<\/p>\n<p>Bailly attend au pied de l\u2019\u00e9chafaud, dans le froid et sous la pluie. Il paie de sa vie son refus de t\u00e9moigner \u00e0 charge au proc\u00e8s de Marie-Antoinette, ainsi que la fusillade du Champ de Mars (17\u00a0juillet 1791), consid\u00e9r\u00e9e comme un crime contre le peuple. Son ex\u00e9cution \u00e9tait pr\u00e9vue au centre de l\u2019esplanade, o\u00f9 tr\u00f4ne l\u2019autel de la Patrie. Mais le sang sacr\u00e9 des martyrs du peuple ne peut \u00eatre m\u00eal\u00e9 au sang impie, en vertu de quoi l\u2019on d\u00e9cide de transporter la guillotine et de la remonter dans un coin obscur de l\u2019esplanade. Cela prend du temps et le condamn\u00e9 ne peut r\u00e9primer les tremblements de tout son corps. Un assistant du bourreau le remarque et se moque du vieil homme qu\u2019il interpelle\u00a0: \u00ab\u00a0Tu trembles, Bailly\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fouquier-Tinville avait promis<br>De guillotiner tout Paris,<br>Mais il en a menti,<br>Car il est raccourci [\u2026]<br>Vive la guillotine<br>Pour ces bourreaux<br>Vils fl\u00e9aux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1617\" class=\"cit-num\">1617<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">La Carmagnole de Fouquier-Tinville, mai\u00a01795, chanson. <em>Chansons nationales et r\u00e9publicaines de 1789 \u00e0 1848<\/em> (1848), Th\u00e9ophile Marion Dumersan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La c\u00e9l\u00e8bre Carmagnole r\u00e9volutionnaire se fait gaiement cruelle\u00a0: le plus c\u00e9l\u00e8bre accusateur public est ex\u00e9cut\u00e9 le 6\u00a0mai 1795, apr\u00e8s 41 jours de proc\u00e8s devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire (r\u00e9form\u00e9). \u00c0 travers Fouquier-Tinville et 23 coaccus\u00e9s, on juge aussi cette justice d\u2019exception.<\/p>\n<p>L\u2019homme est convaincu \u00ab\u00a0de man\u0153uvres et complots tendant \u00e0 favoriser les projets liberticides des ennemis du peuple [\u2026] et \u00e0 exciter l\u2019armement des citoyens les uns contre les autres, en faisant p\u00e9rir sous la forme d\u00e9guis\u00e9e d\u2019un jugement une foule innombrable de Fran\u00e7ais, de tout \u00e2ge et de tout sexe\u00a0\u00bb. En dix-sept mois, il a obtenu la t\u00eate de quelque 2\u00a0000 condamn\u00e9s, et parmi eux tous les grands noms de cette histoire.<\/p>\n<p>Il se d\u00e9clare \u00ab\u00a0en butte \u00e0 la calomnie\u00a0\u00bb et se retranche derri\u00e8re les lois\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 que la hache de la Convention\u00a0; punit-on une hache\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ramen\u00e9 \u00e0 la Conciergerie, la veille de son ex\u00e9cution, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je meurs pour ma patrie et sans reproche. Plus tard, on reconna\u00eetra mon innocence.\u00a0\u00bb Ce dernier v\u0153u ne sera pas exauc\u00e9. Mais Billaud-Varenne, Bar\u00e8re de Vieuzac, Collot-d\u2019Herbois, Fouch\u00e9 lui-m\u00eame ne sont pas moins coupables.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/sacre.jpg\" width=\"800\" height=\"485\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Directoire, Consulat, Empire<\/h4>\n<p>Paris fait la f\u00eate apr\u00e8s les temps difficiles de la R\u00e9volution, mais Napol\u00e9on Bonaparte va mettre bon ordre et imposer son pouvoir \u00e0 Paris d\u00e8s le Consulat \u2013 en h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res ou en promoteur d\u2019un nouvel absolutisme\u00a0? L\u2019empereur r\u00eave d\u2019en faire \u00ab\u00a0la capitale du monde\u00a0\u00bb, mais il impose une censure qui ne dit pas son nom \u00e0 toutes les formes d\u2019opposition, politiques ou intellectuelles. Il se fait sacrer \u00e0 Notre-Dame de Paris et recr\u00e9e une vie de cour au ch\u00e2teau des Tuileries, centre du pouvoir. L\u2019aventure finit mal, mais la l\u00e9gende commence, avant le retour des cendres aux Invalides. Et ses projets d\u2019urbanisme inspireront la m\u00e9tamorphose de la capitale sous Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La goinfrerie est la base fondamentale de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1642\" class=\"cit-num\">1642<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-S\u00e9bastien <span class=\"caps\">MERCIER<\/span> (1740-1814), <em>Nouveau Paris<\/em> (1799-1800)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Auteur dramatique connu avant la R\u00e9volution, il juge ainsi la bonne soci\u00e9t\u00e9 du Directoire, essentiellement parisienne. Selon un policier, \u00ab\u00a0le d\u00e9bordement des m\u0153urs d\u00e9passe toute id\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La danse fait fureur\u00a0: 645 bals \u00e0 Paris, dont le bal des Z\u00e9phirs au cimeti\u00e8re Saint-Sulpice et le bal des Victimes, r\u00e9serv\u00e9s aux parents d\u2019un guillotin\u00e9. C\u2019est le temps des \u00ab\u00a0Muscadins\u00a0\u00bb (le mot d\u00e9signait sous la R\u00e9volution les jeunes royalistes lyonnais usant de riches parfums au musc). Sur les boulevards parisiens, on voit se pavaner les \u00ab\u00a0Merveilleuses\u00a0\u00bb (\u00e9l\u00e9gantes aux perruques de toutes les couleurs) et les \u00ab\u00a0Incroyables\u00a0\u00bb (excentriques \u00e0 l\u2019extr\u00eame). Ils s\u2019\u00e9tourdissent dans des f\u00eates co\u00fbteuses. C\u2019est une r\u00e9action normale, apr\u00e8s les ann\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de terreur, mais ce beau monde est frelat\u00e9 et le reste du pays souffre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Souvenez-vous que je marche accompagn\u00e9 du dieu de la guerre et du dieu de la fortune.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1679\" class=\"cit-num\">1679<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Napol\u00e9on <span class=\"caps\">BONAPARTE<\/span> (1769-1821), Conseil des Anciens, 19 brumaire an\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span> (10\u00a0novembre\u00a01799). <em>Correspondance de Napol\u00e9on\u00a0Ier, publi\u00e9e par ordre de l\u2019empereur Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (1858)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les d\u00e9put\u00e9s des deux assembl\u00e9es doivent voter la r\u00e9vision de la Constitution, mais le Conseil des Cinq-Cents est majoritairement contre. De crainte que le peuple parisien ne s\u2019invite aux d\u00e9bats, les \u00e9lus vont se r\u00e9unir le lendemain au ch\u00e2teau de Saint-Cloud.<\/p>\n<p>Bonaparte harangue les \u00ab\u00a0Citoyens repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb. Les Anciens ne r\u00e9agissent pas, mais il est hu\u00e9 par les Cinq-Cents. Sa rh\u00e9torique mena\u00e7ante rappelle les grandes heures r\u00e9volutionnaires \u2013 et l\u2019\u00e9poque est r\u00e9volue. On crie\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 bas le dictateur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lucien Bonaparte, qui pr\u00e9side l\u2019Assembl\u00e9e, sauve son fr\u00e8re d\u00e9faillant, \u00e9vacu\u00e9 de la salle par les grenadiers. Il invoque des menaces de mort, Murat fait donner la troupe, ses hommes chargent \u00e0 la ba\u00efonnette, les d\u00e9put\u00e9s se dispersent. Le coup d\u2019\u00c9tat parlementaire est devenu militaire.<\/p>\n<p>Dans la nuit, on rattrape le maximum possible des \u00e9lus. Les Anciens et une minorit\u00e9 des Cinq-Cents votent enfin la r\u00e9vision, avec un gouvernement provisoire de trois consuls, Bonaparte, Siey\u00e8s et Ducos. Les deux Conseils (des Anciens et des Cinq-Cents) sont remplac\u00e9s par deux commissions charg\u00e9es de r\u00e9viser la Constitution. Le \u00ab\u00a0coup d\u2019\u00c9tat du 18 Brumaire\u00a0\u00bb a finalement r\u00e9ussi, le 19.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il dans la Constitution\u00a0?<br>\u2014 Il y a Bonaparte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1697\" class=\"cit-num\">1697<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le mot circule dans Paris en 1800.<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, Consulat et Empire, Paul Brousse et Henri Turot, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a compris que Bonaparte a l\u2019essentiel du pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9cision du Premier Consul suffit.\u00a0\u00bb Les deux autres consuls n\u2019ont qu\u2019une voix consultative. Irresponsable devant les assembl\u00e9es, il nomme ministres et fonctionnaires, a l\u2019initiative des lois.<\/p>\n<p>Le l\u00e9gislatif est \u00e9miett\u00e9 en trois assembl\u00e9es qui se neutralisent (S\u00e9nat, Tribunat, Corps l\u00e9gislatif) et le suffrage universel escamot\u00e9. C\u2019est un \u00ab\u00a0sur-mesure institutionnel\u00a0\u00bb pour le nouveau C\u00e9sar \u2013\u00a0le mot de Consulat vient du droit romain, de m\u00eame les s\u00e9natus-consultes, textes promulgu\u00e9s par le S\u00e9nat, autre souvenir de la R\u00e9publique romaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bonaparte, tr\u00e8s en col\u00e8re de l\u2019impassibilit\u00e9 de Paris, a dit \u00e0 ses courtisans r\u00e9unis\u00a0: \u00ab\u00a0Que leur faut-il donc\u00a0?\u00a0\u00bb Et personne ne s\u2019est lev\u00e9 pour lui dire\u00a0: \u00ab\u00a0La libert\u00e9, citoyen consul, la libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1723\" class=\"cit-num\">1723<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme de <span class=\"caps\">STA\u00cbL<\/span> (1766-1817).<em> Lettres in\u00e9dites de Mme\u00a0de Sta\u00ebl \u00e0 Henri Meister<\/em> (posthume, 1903)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le genre de v\u00e9rit\u00e9 que le \u00ab\u00a0citoyen consul\u00a0\u00bb et futur empereur ne saurait entendre.<\/p>\n<p>Le trait\u00e9 (ou paix) d\u2019Amiens, sign\u00e9 le 25\u00a0mars 1802, a mis fin aux guerres de la deuxi\u00e8me coalition. C\u2019est la paix avec l\u2019Angleterre qui se retrouvait trop seule \u00e0 combattre. D\u00e8s les pr\u00e9liminaires de paix, Londres illumine en apprenant la signature. On crie \u00ab\u00a0Vive Bonaparte\u00a0!\u00a0\u00bb Alors que Paris reste calme (1er\u00a0octobre 1801).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui para\u00eet est mis\u00e9rable\u00a0! cela d\u00e9go\u00fbte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1758\" class=\"cit-num\">1758<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821).<em> Journal\u00a0: notes intimes et politiques d\u2019un familier des Tuileries<\/em> (posthume, 1909), Pierre-Louis Roederer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur a souvent ce mot, comme d\u00e9j\u00e0 le Premier Consul, d\u00e9\u00e7u par la production litt\u00e9raire de son temps. Il veut trop diriger la pens\u00e9e des cr\u00e9ateurs et des intellectuels. La plupart d\u2019entre eux sont dociles, et les \u00ab\u00a0best-sellers\u00a0\u00bb d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les amateurs de romans et de po\u00e8mes abondent sont aujourd\u2019hui illisibles. Les seuls grands talents seront des opposants au r\u00e9gime\u00a0: Chateaubriand hostile \u00e0 Napol\u00e9on apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien (1804), Mme\u00a0de Sta\u00ebl, coupable d\u2019\u00eatre la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napol\u00e9on Bonaparte inspirera des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et mondiale.<\/p>\n<p>M\u00eame pauvret\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre. Le genre qui fait fureur sur les boulevards, c\u2019est le m\u00e9lodrame. Napol\u00e9on m\u00e9prise le \u00ab\u00a0m\u00e9lo\u00a0\u00bb, il n\u2019aime que le genre noble, la trag\u00e9die (\u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise), mais aucun auteur ne peut rivaliser, m\u00eame de tr\u00e8s loin, avec les dramaturges du si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>. Il a quand m\u00eame trouv\u00e9 son grand acteur, Talma.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on a plus de chance dans le domaine des beaux-arts. Peintre officiel sous la R\u00e9volution, David reste magnifiquement inspir\u00e9, dans le parcours impos\u00e9 par le nouveau ma\u00eetre de la France\u00a0: voir <em>Le Sacre<\/em>, chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, mais \u00e0 Charlemagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1799\" class=\"cit-num\">1799<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Pie\u00a0<span class=\"caps\">VII<\/span>, le jour du sacre en la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris, 2\u00a0d\u00e9cembre 1804. <em>Napol\u00e9on a dit<\/em> (1996), Lucian Regenbogen, pr\u00e9face de Jean Tulard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sacre se tient \u00e0 Paris, non pas \u00e0 Reims, comme de tradition pour les rois de France.<\/p>\n<p>\u00c0 peine couronn\u00e9 empereur des Fran\u00e7ais par le pape, il d\u00e9voile sa v\u00e9ritable ambition, le titre d\u2019empereur d\u2019Occident \u00e0 la t\u00eate du Grand Empire. Le 7\u00a0septembre, r\u00e9sidant \u00e0 Aix-la-Chapelle, il s\u2019est recueilli devant le tombeau de Charlemagne, il a ordonn\u00e9 une procession solennelle avec tous les symboles imp\u00e9riaux (couronne, \u00e9p\u00e9e, main de justice, globe, \u00e9perons d\u2019or).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il ne r\u00eavait certainement pas d\u2019un empire unitaire, mais d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration d\u2019\u00c9tats\u00a0: il parlera, un jour, des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe\u00a0\u00bb (Louis Madelin, <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire\u00a0: vers l\u2019empire d\u2019Occident<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On va leur percer le flanc<br>En plain plan, r\u2019lan tan plan [\u2026]<br>Ah\u00a0! que nous allons rire\u00a0!<br>R\u2019lan tan plan tire lire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1808\" class=\"cit-num\">1808<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Marche d\u2019Austerlitz<\/em>, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805, chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On chante encore, sur l\u2019air de la <em>Prise de la Bastille<\/em> qui a d\u00e9j\u00e0 servi \u00e0 une plaisante bluette, sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> (<em>\u00c0 mon mari je suis fid\u00e8le<\/em>). Les \u00ab\u00a0timbres\u00a0\u00bb populaires sont repris au fil des \u00e9v\u00e9nements\u00a0: seules les paroles changent, cr\u00e9ant au fil des ans une histoire de France par la chanson.<\/p>\n<p>Le jour anniversaire du sacre de l\u2019empereur, les grenadiers montent \u00e0 l\u2019assaut\u00a0: sur ordre de Napol\u00e9on redevenu chef militaire, la musique de chaque bataillon joue la chanson connue de chaque homme.<\/p>\n<p>Selon le capitaine Coignet, soldat de la campagne d\u2019Italie, chevalier de la premi\u00e8re promotion de la L\u00e9gion d\u2019honneur en 1804, grognard \u00e0 Austerlitz et admis dans la garde\u00a0: \u00ab\u00a0Les tambours battaient \u00e0 rompre les caisses, la musique se m\u00ealait aux tambours. C\u2019\u00e9tait \u00e0 entra\u00eener un paralytique.\u00a0\u00bb Il sera de toutes les guerres de Napol\u00e9on, encha\u00eenant 48 batailles sans une blessure, et mourra nonag\u00e9naire, sous Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, je suis content de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1809\" class=\"cit-num\">1809<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805.<em> Histoire de l\u2019empereur Napol\u00e9on<\/em> (1834), Abel Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Abel Hugo est le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Victor et leur p\u00e8re, g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Empire, a particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres de Napol\u00e9on. Cela explique en partie l\u2019inspiration et la nostalgie imp\u00e9riales dans la famille. Au soir de la victoire, le g\u00e9n\u00e9ral sait comme toujours trouver les mots pour ses troupes. Et pour l\u2019heure, le plus simple est le plus vrai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il vous suffira de dire\u00a0: j\u2019\u00e9tais \u00e0 la bataille d\u2019Austerlitz, pour qu\u2019on vous r\u00e9ponde\u00a0: voil\u00e0 un brave\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1810\" class=\"cit-num\">1810<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin de la Proclamation d\u2019Austerlitz, 2\u00a0d\u00e9cembre 1805. <em>Faits m\u00e9morables de l\u2019histoire de France<\/em> (1844), Louis Michelant<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab\u00a0bataille des Trois Empereurs\u00a0\u00bb opposa les 65\u00a0000 hommes de Napol\u00e9on aux 90\u00a0000 hommes d\u2019Alexandre\u00a0Ier (Russie) et de Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (Saint Empire romain germanique). Le dieu de la guerre et de la fortune est avec Napol\u00e9on\u00a0: le brouillard matinal cache ses mouvements \u00e0 l\u2019ennemi, et le soleil d\u2019Austerlitz brille sur une suite de man\u0153uvres tactiques hardies, et r\u00e9ussies \u2013 un classique, enseign\u00e9 dans les \u00e9coles de guerre.<\/p>\n<p>Le bronze des 180 canons ennemis sera fondu pour \u00e9difier la colonne Vend\u00f4me (inspir\u00e9e de la colonne de Trajan, \u00e0 Rome), au centre de la place du m\u00eame nom, dans le Ier arrondissement au c\u0153ur de la capitale. D\u00e9truite sous la Commune de Paris et reconstruite, rebaptis\u00e9e colonne d\u2019Austerlitz, colonne de la Victoire, colonne de la Grande Arm\u00e9e, elle est class\u00e9e au titre des Monuments historiques en 1992.<\/p>\n<p>La victoire d\u2019Austerlitz met fin \u00e0 la troisi\u00e8me coalition. D\u2019autres vont suivre.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La libert\u00e9 de la pens\u00e9e est la premi\u00e8re conqu\u00eate du si\u00e8cle. L\u2019Empereur veut qu\u2019elle soit conserv\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1811\" class=\"cit-num\">1811<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), <em>Le Moniteur<\/em>, 22\u00a0janvier 1806<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9cisons que c\u2019est un journal tr\u00e8s officiel\u2026 et il n\u2019en reste pratiquement plus d\u2019autres. Apr\u00e8s les 1\u00a0500 p\u00e9riodiques n\u00e9s au d\u00e9but de la R\u00e9volution, plus de 70 p\u00e9riodiques paraissaient encore \u00e0 Paris sous le Directoire. Ils ne seront plus que 4 en 1811. En 1810, un seul journal par d\u00e9partement \u2013 reproduisant les pages politiques du <em>Moniteur<\/em>, sous contr\u00f4le du pr\u00e9fet.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de pens\u00e9e est r\u00e9duite comme celle de la presse. M\u00eame les trag\u00e9dies classiques, r\u00e9pertoire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de l\u2019empereur, sont \u00e9pur\u00e9es\u00a0: les habitu\u00e9s du Th\u00e9\u00e2tre-Fran\u00e7ais, brochure en main, s\u2019amusent \u00e0 traquer les nouvelles coupes impos\u00e9es par la censure imp\u00e9riale \u00e0 Racine et Corneille. Les contemporains sont dociles. Sauf exception.<\/p>\n<p>Chateaubriand est hostile au r\u00e9gime (depuis l\u2019ex\u00e9cution du duc d\u2019Enghien). Dans son discours de r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, il veut faire l\u2019\u00e9loge de la libert\u00e9. Napol\u00e9on le lui interdit. Mme\u00a0de Sta\u00ebl est plus gravement pers\u00e9cut\u00e9e\u00a0: l\u2019exil punit sa libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je suis plus \u00e0 l\u2019aise sous la mitraille qu\u2019entour\u00e9 d\u2019un essaim de jolies filles d\u00e9collet\u00e9es.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1825\" class=\"cit-num\">1825<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">LEFEBVRE<\/span> (1755-1820), \u00e0 Talleyrand, confidence lors d\u2019une soir\u00e9e \u00e0 la cour des Tuileries.<em> Le Dictionnaire des citations du monde entier<\/em> (1960), Karl Petit<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9flexion donne bien le climat de cette cour imp\u00e9riale, cr\u00e9\u00e9e en m\u00eame temps que l\u2019Empire au palais des Tuileries\u2026<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tiquette, dict\u00e9e par l\u2019empereur, est stricte et quasi militaire, mais l\u2019on y rencontre des personnages venus de toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: bourgeoisie (Bernadotte, Berthier, Jourdan, Junot, Mass\u00e9na, Soult) et peuple (Augereau, Carnot, Lannes, Lefebvre, Murat, Ney), mal \u00e0 l\u2019aise face \u00e0 la vieille noblesse (Brissac, La Rochefoucauld, Montesquiou, Talleyrand) et aux dames. La \u00ab\u00a0femme \u00e0 Lefebvre\u00a0\u00bb comme elle s\u2019annon\u00e7ait elle-m\u00eame, servit de mod\u00e8le \u00e0 Victorien Sardou pour la populaire<em> Madame Sans-G\u00eane<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que je fasse de tous les peuples de l\u2019Europe un m\u00eame peuple et de Paris la capitale du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1849\" class=\"cit-num\">1849<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), fin 1810, \u00e0 son ministre Fouch\u00e9. <em>Histoire du Consulat et de l\u2019Empire<\/em> (1974), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00eave europ\u00e9en, plus tenaillant que jamais. \u00ab\u00a0Ma destin\u00e9e n\u2019est pas accomplie\u00a0; je veux achever ce qui n\u2019est qu\u2019\u00e9bauch\u00e9\u00a0; il me faut un code europ\u00e9en, une Cour de cassation europ\u00e9enne, une m\u00eame monnaie, les m\u00eames poids et mesures, les m\u00eames lois\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les historiens s\u2019interrogent encore aujourd\u2019hui\u00a0: imp\u00e9rialiste \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur et avide de conqu\u00eates, patriote fran\u00e7ais voulant agrandir son pays, ou unificateur de l\u2019Europe en avance sur l\u2019histoire\u00a0?<\/p>\n<p>Napol\u00e9on s\u2019identifie toujours \u00e0 Charlemagne, mais le temps n\u2019est plus \u00e0 ce genre d\u2019empire, les peuples sont devenus des nations, la R\u00e9volution de 1789 leur a parl\u00e9 de Libert\u00e9. Il invoque un autre mod\u00e8le historique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Romains donnaient leurs lois \u00e0 leurs alli\u00e9s\u00a0; pourquoi la France ne ferait-elle pas adopter les siennes\u00a0?\u00a0\u00bb Le Code Napol\u00e9on s\u2019applique \u00e0 tout l\u2019Empire, depuis 1807. Et nombre de pays l\u2019adopteront de leur plein gr\u00e9.<\/p>\n<p>Mais quand il parle ainsi \u00e0 Fouch\u00e9, c\u2019est pour d\u00e9fendre son id\u00e9e d\u2019envahir la Russie. Fouch\u00e9 est contre cette campagne qui sera catastrophique. Il voit plus clair que l\u2019empereur, qui ne lui pardonnera pas cette lucidit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il \u00e9tait un p\u2019tit homme<br>Qu\u2019on appelait le grand [\u2026]<br>Courant \u00e0 perdre haleine,<br>Croyant prendre Moscou,<br>Ce grand fou\u00a0!<br>Mais ce grand capitaine<br>N\u2019y a vu, saberg\u00e9, que du feu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1867\" class=\"cit-num\">1867<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La Campagne de Russie<\/em> (automne 1812), chanson.<em> Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette chanson se diffuse sous le manteau \u00e0 Paris, tandis que commence la retraite de Russie d\u2019octobre\u00a01812. Le tsar accusa les Fran\u00e7ais d\u2019avoir incendi\u00e9 Moscou. Sans doute se sont-ils content\u00e9s de piller la ville et d\u2019achever ainsi de la d\u00e9truire, apr\u00e8s l\u2019incendie qui aurait \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 par Rostopchine, gouverneur militaire. Il a fait \u00e9vacuer la ville o\u00f9 ne restent que 800 prisonniers de droit commun, leur promettant la r\u00e9habilitation s\u2019ils mettaient le feu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce diable de roi de Rome, on n\u2019y pense jamais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1868\" class=\"cit-num\">1868<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">FROCHOT<\/span> (1761-1828), pr\u00e9fet de Paris. <em>M\u00e9moires de Madame de Chastenay<\/em> (1896)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Malet, opposant \u00e0 Napol\u00e9on, arr\u00eat\u00e9 en 1808, organise une conspiration. Intern\u00e9 avec des royalistes dans une maison de sant\u00e9 dont il s\u2019\u00e9vade dans la nuit du 22 au 23\u00a0octobre 1812, il fait courir le bruit de la mort de l\u2019empereur devant Moscou. Paris y a cru un moment. Malet entra\u00eene quelques troupes, lib\u00e8re des g\u00e9n\u00e9raux r\u00e9publicains, improvise un gouvernement provisoire. C\u2019est un quasi-coup d\u2019\u00c9tat. Le g\u00e9n\u00e9ral Hulin, commandant la place de Paris, lui r\u00e9siste et Napol\u00e9on pr\u00e9cipite son retour \u00e0 Paris, laissant \u00e0 Murat les d\u00e9bris de son arm\u00e9e. Malet est arr\u00eat\u00e9, fusill\u00e9 le 29\u00a0octobre. Et tout rentre dans l\u2019ordre.<\/p>\n<p>Mais personne, pas m\u00eame le pr\u00e9fet Frochot, n\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 crier\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019empereur est mort\u00a0! Vive l\u2019empereur\u00a0!\u00a0\u00bb Cet oubli de son fils (l\u2019Aiglon) atteignit Napol\u00e9on plus que la conspiration du g\u00e9n\u00e9ral Malet. Frochot sera mis \u00e0 pied pour cette faute.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fuss\u00e9-je mort \u00e0 Moscou, ma renomm\u00e9e serait celle du plus grand conqu\u00e9rant qu\u2019on ait connu. Mais les sourires de la Fortune \u00e9taient \u00e0 leur fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1870\" class=\"cit-num\">1870<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lieu de cela, Paris continue de chanter tout bas la cruelle chanson de <em>La Campagne de Russie<\/em>, durant la retraite de d\u00e9cembre 1812\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait un p\u2019tit homme\u00a0\/ Qu\u2019on appelait le grand [\u2026]\u00a0\/ Sans demander son reste\u00a0\/ Fier comme un C\u00e9sar\u00a0\/ De hasard\u00a0\/ Dans cet \u00e9tat funeste\u00a0\/ Napol\u00e9on le Grand\u00a0\/ Fout le camp\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Messieurs, une partie du territoire de la France est envahie\u00a0; je vais me lancer \u00e0 la t\u00eate de mon arm\u00e9e et, avec l\u2019aide de Dieu et la valeur de mes troupes, j\u2019esp\u00e8re repousser l\u2019ennemi au-del\u00e0 des fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1879\" class=\"cit-num\">1879<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), devant 800 officiers de la garde nationale, Salle des Mar\u00e9chaux, ch\u00e2teau des Tuileries, 23\u00a0janvier 1814. <em>Le R\u00eave inachev\u00e9<\/em>\u00a0(1990), Alain Lunel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur prend acte \u00e0 Paris, dans la grande salle de son palais. La campagne d\u2019Allemagne s\u2019est termin\u00e9e par le d\u00e9sastre de Leipzig (16 au 18\u00a0octobre 1813). Ce fut la \u00ab\u00a0bataille des Nations\u00a0\u00bb entre Napol\u00e9on (185\u00a0000 hommes) et les Alli\u00e9s (300\u00a0000)\u00a0: Autrichiens, Prussiens, Russes, auxquels se sont joints les Su\u00e9dois sous le commandement de leur roi Charles <span class=\"caps\">XIV<\/span>, alias Bernadotte, ancien mar\u00e9chal de France que Napol\u00e9on a mis sur le tr\u00f4ne de Su\u00e8de.<\/p>\n<p>Bilan\u00a0: plus de 60\u00a0000 Fran\u00e7ais perdus (morts ou prisonniers) et l\u2019obligation de reculer en de\u00e7\u00e0 du Rhin.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai tout fait pour mourir \u00e0 Arcis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1883\" class=\"cit-num\">1883<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), \u00e0 Caulaincourt, \u00e9voquant la bataille du 19\u00a0mars 1814.<em> M\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Caulaincourt, duc de Vicence, grand \u00e9cuyer de l\u2019empereur<\/em> (posthume, 1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aveu est post\u00e9rieur \u00e0 la bataille. Plusieurs fois, Napol\u00e9on a tent\u00e9 de se suicider, notamment \u00e0 l\u2019opium. Et chaque fois, il \u00e9voquait ce nom et regrettait cette mort qui se refusait \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Le 19\u00a0mars 1814, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, il s\u2019est jet\u00e9 dans la m\u00eal\u00e9e \u00e0 Arcis-sur-Aube, bient\u00f4t rejoint par sa Garde. La bataille est rest\u00e9e ind\u00e9cise face \u00e0 Schwarzenberg, ex-ambassadeur d\u2019Autriche \u00e0 Paris, ex-alli\u00e9 de Napol\u00e9on pendant la campagne de Russie. Il commande \u00e0 pr\u00e9sent les arm\u00e9es alli\u00e9es qui envahissent la France. L\u2019\u00e9tau se resserre autour de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les guerres de Napol\u00e9on ont divulgu\u00e9 un fatal secret\u00a0: c\u2019est qu\u2019on peut arriver en quelques journ\u00e9es de marche \u00e0 Paris apr\u00e8s une affaire heureuse\u00a0; c\u2019est que Paris ne se d\u00e9fend pas\u00a0; c\u2019est que ce m\u00eame Paris est beaucoup trop pr\u00e8s de la fronti\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1884\" class=\"cit-num\">1884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de <span class=\"caps\">CHATEAUBRIAND<\/span> (1768-1848), <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 30\u00a0mars 1814, c\u2019est la bataille de Paris. Bl\u00fccher occupe Montmartre et de ses hauteurs, bombarde la capitale. Moncey r\u00e9siste h\u00e9ro\u00efquement \u00e0 la barri\u00e8re de Clichy. Mais Marmont doit signer la capitulation en fin d\u2019apr\u00e8s-midi. Les Alli\u00e9s entrent dans Paris le lendemain. Il y a quelques cris pour acclamer le roi de Prusse et le tsar de Russie. Napol\u00e9on s\u2019est repli\u00e9 sur Fontainebleau.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1885\" class=\"cit-num\">1885<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">DAUMESNIL<\/span> (1776-1832), aux Alli\u00e9s assi\u00e9geant Vincennes, d\u00e9but avril\u00a01814. <em>Daumesnil\u00a0: \u00ab\u00a0Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes\u00a0\u00bb<\/em> (1970), Henri de Clairval<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Volontaire sous la R\u00e9volution, g\u00e9n\u00e9ral et baron d\u2019Empire multipliant les actions d\u2019\u00e9clat, surnomm\u00e9 Jambe de bois, il a perdu une jambe \u00e0 Wagram (1809). Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il r\u00e9siste au si\u00e8ge des troupes coalis\u00e9es, alors que la capitale est aux mains des Alli\u00e9s. Sa garnison se compose d\u2019un millier de gardes nationaux et de 300 invalides, qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0mon Jeu de quilles\u00a0\u00bb. Un stock de munitions consid\u00e9rable (\u00e9valu\u00e9 \u00e0 80\u00a0millions de francs) fait du donjon une poudri\u00e8re en puissance. La nuit du 30 au 31\u00a0mars, Jambe de bois et son Jeu de quilles ont rafl\u00e9 \u00e0 Montmartre armes, munitions, chevaux, canons, pour les ramener \u00e0 l\u2019abri dans Vincennes. Les Alli\u00e9s lui proposent enfin une forte somme pour sa reddition. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique.<\/p>\n<p>Il n\u00e9gociera la capitulation avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>, apr\u00e8s l\u2019exil de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>En 1830, quinquag\u00e9naire vaillant, toujours gouverneur de Vincennes et toujours r\u00e9sistant, il r\u00e9pond aux menaces des assaillants\u00a0: \u00ab\u00a0Je me fais sauter avec le ch\u00e2teau et nous nous rencontrerons en l\u2019air.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans la position o\u00f9 je suis [en 1814], je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j\u2019ai n\u00e9glig\u00e9e, et de canaille que dans la noblesse que j\u2019ai faite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1887\" class=\"cit-num\">1887<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>Napol\u00e9on<\/em> (1921), \u00c9lie Faure<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019empereur d\u00e9chu par des s\u00e9nateurs qui lui devaient honneurs, titres, fortune, h\u00e9site encore \u00e0 abdiquer, au ch\u00e2teau de Fontainebleau (Paris \u00e9tant aux mains des Alli\u00e9s). Un dicton court dans Paris\u00a0: \u00ab\u00a0Bient\u00f4t, il n\u2019y aura en France qu\u2019un Fran\u00e7ais de moins.\u00a0\u00bb L\u2019expression va resservir \u00e0 la Restauration qui ram\u00e8ne le roi \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Alli\u00e9s\u00a0! Je vais les \u00e9craser dans Paris. Il faut marcher sur la capitale sans tarder\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1888\" class=\"cit-num\">1888<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821), au ch\u00e2teau de Fontainebleau, 4\u00a0avril 1814. <em>Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il lui reste des soldats qui d\u00e9filent devant lui, chantant <em>la Marseillaise<\/em> et criant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Paris\u00a0! \u00c0 Paris\u00a0!\u00a0\u00bb Pr\u00eat \u00e0 donner l\u2019ordre de l\u2019offensive, le g\u00e9n\u00e9ral expose son plan devant les mar\u00e9chaux qui esp\u00e8rent seulement sauver l\u2019Empire, avec le roi de Rome, et sont las de la guerre. L\u2019empereur se r\u00e9sout \u00e0 l\u2019abdication.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/la_liberte_guidant_le_peuple.jpg\" width=\"800\" height=\"642\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxi\u00e8me R\u00e9publique<\/h4>\n<p>Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e romantique cultive la l\u00e9gende napol\u00e9onienne popularis\u00e9e par Hugo et B\u00e9ranger, mais c\u2019est surtout le si\u00e8cle des r\u00e9volutions, r\u00e9ussies ou rat\u00e9es en Europe, et la France donne l\u2019exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb va s\u2019illustrer sous les trois r\u00e9gimes. La capitale se modernise tant bien que mal (avec retard sur Londres, sa grande rivale). L\u2019apprentissage de la vie politique et de la d\u00e9mocratie est toujours chaotique\u2026 et tout se termine par un retour \u00e0 l\u2019Empire, avec Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfin, v\u2019la qu\u2019je r\u2019voyons \u00e0 Paris<br>Ce fils de la victoire\u00a0!<br>L\u2019aigle remplace la fleur de lys,<br>C\u2019est c\u2019qui faut pour sa gloire.<br>De l\u2019\u00eele d\u2019Elbe en quittant le pays,<br>Crac\u00a0! Il se met en route.<br>En vingt jours, il arrive \u00e0 Paris.<br>C\u2019t\u2019homm\u2019-l\u00e0 n\u2019a pas la goutte.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1929\" class=\"cit-num\">1929<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Ot\u2019-toi d\u2019l\u00e0 que j\u2019m\u2019y mette<\/em>, chanson de 1815. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Retour de Napol\u00e9on\u00a0pour les Cent Jours, le plus \u00e9tonnant come-back de l\u2019histoire. Voil\u00e0 l\u2019un des couplets du chant des partisans de plus en plus nombreux\u00a0: la magie imp\u00e9riale agit encore. Cependant qu\u2019\u00e0 Paris comme \u00e0 Vienne, la r\u00e9action s\u2019organise. D\u00e8s que la nouvelle touche la capitale, le 5\u00a0mars 1815, le comte d\u2019Artois prend la route de Lyon. <em>Le Journal des D\u00e9bats<\/em> stigmatise le tra\u00eetre, les anciens compagnons de l\u2019empereur s\u2019appr\u00eatent \u00e0 le combattre, avant de se rallier \u00e0 lui, pour la plupart.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots figurent dans son testament, dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple fran\u00e7ais, peuple de braves,<br>La libert\u00e9 r\u2019ouvre ses bras.<br>On nous disait\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez esclaves\u00a0\u00bb,<br>Nous avons dit\u00a0: \u00ab\u00a0Soyons soldats\u00a0\u00bb.<br>Soudain Paris dans sa m\u00e9moire<br>A retrouv\u00e9 son cri de gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2026\" class=\"cit-num\">2026<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Casimir <span class=\"caps\">DELAVIGNE<\/span> (1793-1843), <em>La Parisienne<\/em> (1830), chanson. <em>Recueil de chants patriotiques et guerriers d\u00e9di\u00e9s aux braves Suisses qui prennent les armes pour d\u00e9fendre la patrie<\/em> (1838), Bienne, imprimerie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te et auteur dramatique en renom, rival des romantiques sur la sc\u00e8ne, mais lib\u00e9ral convaincu en politique, il \u00e9crit cette \u0153uvre de circonstance aux accents r\u00e9volutionnaires\u00a0: <em>la Parisienne<\/em> fait \u00e9cho \u00e0 <em>la Marseillaise<\/em>. Une nouvelle r\u00e9volution parisienne va faire chuter le r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On parlera de sa gloire,<br>Sous le chaume bien longtemps [\u2026]<br>Bien, dit-on, qu\u2019il nous ait nui,<br>Le peuple encore le r\u00e9v\u00e8re, oui, le r\u00e9v\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui, Grand-m\u00e8re,<br>Parlez-nous de lui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1984\" class=\"cit-num\">1984<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">B\u00c9RANGER<\/span> (1780-1857),<em> Les Souvenirs du peuple<\/em> (1828), chanson. <em>L\u2019Empereur<\/em> (1853), Victor Auger<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des plus belles et simples chansons de ce parolier tr\u00e8s populaire, salu\u00e9 par Chateaubriand comme \u00ab\u00a0l\u2019un des plus grands po\u00e8tes que la France ait jamais produits\u00a0\u00bb et par Sainte-Beuve comme un \u00ab\u00a0po\u00e8te de pure race, magnifique et inesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pierre Jean de B\u00e9ranger contribue \u00e0 nourrir la l\u00e9gende napol\u00e9onienne avec \u00ab\u00a0la chanson lib\u00e9rale et patriotique qui fut et restera sa grande innovation\u00a0\u00bb (Sainte-Beuve). Le souvenir de l\u2019empereur sera bient\u00f4t li\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition au roi. La dynastie au pouvoir n\u2019est pas si solide.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La troupe fraternise avec le peuple.<br>\u2014 Eh bien, il faut tirer aussi sur la troupe\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2027\" class=\"cit-num\">2027<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse du prince de <span class=\"caps\">POLIGNAC<\/span> (1780-1847), chef du gouvernement, au chef d\u2019escadron Delarue, 28\u00a0juillet\u00a01830. <em>R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: histoire de dix ans, 1830-1840<\/em> (1846), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s le 27\u00a0juillet, deux compagnies des troupes royales, bombard\u00e9es de jets de pierre, sont pass\u00e9es aux \u00e9meutiers. Le 28, dans Paris h\u00e9riss\u00e9 de barricades, Marmont r\u00e9siste encore, tant bien que mal, avec ses 10\u00a0000 hommes. Il re\u00e7oit enfin des ordres pr\u00e9cis de Charles X, toujours \u00e0 Saint-Cloud\u00a0: concentrer ses troupes autour des Tuileries et du Louvre. Il abandonne aux insurg\u00e9s tous les quartiers de l\u2019est et du nord de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La derni\u00e8re raison des rois, le boulet. La derni\u00e8re raison des peuples, le pav\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2028\" class=\"cit-num\">2028<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Litt\u00e9rature et philosophie m\u00eal\u00e9es<\/em> (1834)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de France est ponctu\u00e9e de \u00ab\u00a0journ\u00e9es des Barricades\u00a0\u00bb \u00e0 Paris \u2013 murailles vite improvis\u00e9es, faites de pav\u00e9s, de galets, de poutres, construites par le peuple pour barrer la route aux troupes organis\u00e9es, charg\u00e9es du maintien de l\u2019ordre. La premi\u00e8re Journ\u00e9e remonte \u00e0 la Sainte Ligue (catholique) qui tenait Paris en 1588. En 1649, c\u2019est la Fronde, o\u00f9 l\u2019on a beaucoup jou\u00e9 avec les pav\u00e9s. La R\u00e9volution de 1830 d\u00e9pave \u00e0 son tour les rues de Paris, durant ces Trois Glorieuses. Apr\u00e8s l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, les pav\u00e9s reprennent du service avec la R\u00e9volution de 1848. Vient ensuite la Commune de Paris en 1871, la plus sanglante guerre des pav\u00e9s \u2013 Hugo sera encore t\u00e9moin. Au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, Paris vivra deux s\u00e9ries de journ\u00e9es o\u00f9 les rues se h\u00e9rissent \u00e0 nouveau de barricades et de pav\u00e9s, qui font \u00e9galement projectiles\u00a0: \u00e0 la Lib\u00e9ration en 1940, et en mai 1968. Entre les deux, la \u00ab\u00a0semaine des Barricades\u00a0\u00bb \u00e0 Alger, en janvier\u00a01960. Le pav\u00e9 servira de moins en moins, les rues de Paris et de toutes les grandes villes \u00e9tant recouvertes de macadam.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Habitants de Paris\u00a0! Charles X a cess\u00e9 de r\u00e9gner sur la France\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2031\" class=\"cit-num\">2031<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Proclamation de la Commission municipale, 30\u00a0juillet 1830. <em>Bulletin des lois et ordonnances\u00a0: publi\u00e9es depuis la R\u00e9volution de juillet\u00a01830<\/em>, volume\u00a0I (1849), Dupont \u00e9d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est un v\u00e9ritable gouvernement provisoire qui a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 par le banquier Laffitte et Casimir P\u00e9rier. Seul suspense, qui va l\u2019emporter, de la R\u00e9publique ou de la branche orl\u00e9aniste\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot d\u2019un populaire gamin de Paris, ainsi mis en situation\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo immortalise dans ce roman la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine sous la nouvelle Monarchie de Juillet, les 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2079\" class=\"cit-num\">2079<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Po\u00e8me d\u2019ao\u00fbt\u00a01832<\/em> (Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>Les Chants du cr\u00e9puscule<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon, le fils de l\u2019empereur, vient de mourir de tuberculose \u00e0 21 ans. Rappelons que Napol\u00e9on est mort \u00e0 51\u00a0ans, le 5\u00a0mai 1821, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. La l\u00e9gende napol\u00e9onienne doit beaucoup au g\u00e9nie d\u2019Hugo et \u00e0 la comparaison in\u00e9vitable avec le prochain ma\u00eetre de la France, Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, le Petit.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on\u00a0Ier \u2013 m\u00eame si l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 notoire de sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte, roi de Hollande, poussa son p\u00e8re \u00e0 nier sa paternit\u00e9 et \u00e0 rompre avec Hortense, la tr\u00e8s jolie belle-fille de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il nous semble que notre Paris, ce Paris dont on aime le mouvement, l\u2019animation et le bruit, perdrait beaucoup de son charme, si les 50 000 voitures qui, tous les jours circulent \u00e0 sa surface, n\u2019en sillonnaient plus les rues, et se trouvaient en grande partie remplac\u00e9es par des convois s\u2019engouffrant dans les entrailles de la terre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2090\" class=\"cit-num\">2090<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">FIGUIER<\/span> (1819-1894), <em>L\u2019Ann\u00e9e scientifique et industrielle<\/em> (1837)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette publication sous-titr\u00e9e<em> Expos\u00e9 annuel des travaux scientifiques, des inventions et des principales applications de la science \u00e0 l\u2019industrie et aux arts, qui ont attir\u00e9 l\u2019attention publique en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<\/em>, le tr\u00e8s s\u00e9rieux vulgarisateur scientifique reconna\u00eet que le r\u00e9seau de chemins de fer souterrain propos\u00e9s par M. Le Hir\u00a0comporte d\u2019admirables d\u00e9tails, ajoutant cependant qu\u2019il menace la solidit\u00e9 des constructions parisiennes\u00a0: \u00ab\u00a0Ce travail de taupe\u00a0ne s\u2019accomplirait point sans de graves inqui\u00e9tudes pour les 40 000 maisons et le million d\u2019habitants dont se compose Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il faut attendre la fin du si\u00e8cle et les embouteillages monstres pour que le m\u00e9tropolitain soit reconnu d\u2019utilit\u00e9 publique (loi de 1898) et que les travaux commencent. Figuier avait raison sur un point\u00a0: des effondrements de terrain perturberont et endeuilleront les chantiers. Mais rien n\u2019arr\u00eate le progr\u00e8s et au <span class=\"caps\">XX<\/span>e si\u00e8cle, ce nouveau mode de transport urbain se r\u00e9v\u00e8lera indispensable, dans toutes les m\u00e9tropoles du monde.<\/p>\n<p>Les premiers chemins de fer en surface vont s\u2019imposer plus vite, quoique posant beaucoup d\u2019autres probl\u00e8mes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2091\" class=\"cit-num\">2091<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), aux fr\u00e8res P\u00e9reire demandant une aide financi\u00e8re, 1836.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces banquiers juifs ont transform\u00e9 la France, inventant le capitalisme populaire et lan\u00e7ant le chemin de fer, avec la ligne Paris-Saint-Germain. L\u2019inauguration a lieu le 24\u00a0ao\u00fbt 1837, avec la premi\u00e8re locomotive fran\u00e7aise (des usines Schneider). Le r\u00e9seau ne sera vraiment organis\u00e9 qu\u2019en 1842 et 1\u00a0930\u00a0km seront construits en 1848.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la frayeur des premi\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est l\u2019engouement du public et la modernisation indispensable \u00e0 l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise, tr\u00e8s en retard sur l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>On imagine mal la complexit\u00e9 de l\u2019entreprise, son co\u00fbt humain et financier. Les trains d\u00e9raillant dans les virages, il faut tracer des lignes droites, dans une France agricole aux propri\u00e9t\u00e9s morcel\u00e9es. Il faut creuser des tunnels sous les montagnes, lancer des ponts sur les rivi\u00e8res. Les compagnies de diligences font tout pour retarder ou saboter les travaux. Cependant que les chantiers cr\u00e9ent un prol\u00e9tariat qui ne retourne plus aux champs et se retrouve au ch\u00f4mage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me prosterne pas devant cette m\u00e9moire\u00a0; je ne suis pas de cette religion napol\u00e9onienne, de ce culte de la force que l\u2019on veut substituer dans l\u2019esprit de la nation \u00e0 la religion s\u00e9rieuse de la libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2105\" class=\"cit-num\">2105<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse de <span class=\"caps\">LAMARTINE<\/span> (1790-1869), \u00e0 l\u2019occasion du retour des cendres de Napol\u00e9on, Discours \u00e0 la Chambre, 26\u00a0mai\u00a01840. <em>La France parlementaire<\/em> (1834-1851)\u00a0: \u0153uvres oratoires et \u00e9crits politiques, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1864), Alphonse de Lamartine, Louis Ulbach<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les cendres de Napol\u00e9on sont rapport\u00e9es de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne par le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, sur la<em> Belle-Poule<\/em>, et transf\u00e9r\u00e9es aux Invalides le 15\u00a0d\u00e9cembre 1840. Thiers, revenu \u00e0 la t\u00eate du gouvernement le 1er\u00a0mars 1840, \u00e0 d\u00e9faut de programme, flatte la vanit\u00e9 nationale, aussi r\u00e9pandue dans le peuple que dans la bourgeoisie, par cette d\u00e9cision prise au mois de mai. Le d\u00e9put\u00e9 Lamartine y est hostile, proph\u00e9tisant le Second Empire \u2013 po\u00e8te et politicien, il a souvent une \u00e9trange prescience de l\u2019avenir.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout on travaille activement aux barricades d\u00e9j\u00e0 formidables. C\u2019est plus qu\u2019une \u00e9meute, cette fois, c\u2019est une insurrection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2131\" class=\"cit-num\">2131<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Choses vues<\/em>, 24\u00a0f\u00e9vrier 1848 (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lamartine, Dumas, Flaubert, Baudelaire, George Sand et beaucoup d\u2019autres \u00e9crivains sont t\u00e9moins, parfois acteurs, et enthousiastes. Hugo vit et vibre \u00e0 ces nouvelles journ\u00e9es des Barricades, toujours aux premi\u00e8res loges \u2013 apr\u00e8s les Trois Glorieuses de 1830 et l\u2019insurrection r\u00e9publicaine de 1832, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans <em>les Mis\u00e9rables<\/em>.<\/p>\n<p>Il note encore, en date du 24\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais une reconnaissance autour de la place Royale. Partout l\u2019agitation, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, une attente fi\u00e9vreuse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thiers a un plan, celui-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il appliquera contre les communards en 1871\u00a0: \u00e9vacuer Paris, puis l\u2019encercler, le reconqu\u00e9rir comme une place forte ennemie, avec une troupe de m\u00e9tier. Il dispose de 60\u00a0000 hommes pour \u00e9craser la r\u00e9volution. Le petit homme entrerait dans l\u2019histoire. Cela ferait naturellement des milliers de morts\u2026 Louis-Philippe ne peut s\u2019y r\u00e9soudre. Il faut une d\u00e9cision, alors que l\u2019\u00e9meute gronde autour du palais des Tuileries.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aux journ\u00e9es de f\u00e9vrier\u00a01848 comme aux journ\u00e9es de juillet\u00a01830, la monarchie avait c\u00e9d\u00e9 presque sans r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019\u00e9meute de Paris. Dans les deux cas, ce n\u2019\u00e9tait pas seulement le roi qui avait abdiqu\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019autorit\u00e9 elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2152\" class=\"cit-num\">2152<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">BAINVILLE<\/span> (1879-1936), <em>Histoire de France<\/em> (1924)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La br\u00e8ve histoire de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique se r\u00e9sumera en une restauration de l\u2019autorit\u00e9, dans un pays encore tr\u00e8s conservateur et rural, avec des sursauts r\u00e9publicains et r\u00e9volutionnaires principalement \u00e0 Paris, entra\u00eenant des r\u00e9actions qui renforcent encore l\u2019autorit\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019Empire s\u2019ensuive.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Demain, nous dresserons dans Paris autant de guillotines que nous y avons dress\u00e9 d\u2019arbres de libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2165\" class=\"cit-num\">2165<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Le chef des \u00e9meutiers (nom inconnu), 15\u00a0mai 1848. <em>Choses vues<\/em> (posthume), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La foule envahit l\u2019Assembl\u00e9e, Hugo est t\u00e9moin de cette manifestation\u00a0: \u00ab\u00a0On se figure la Halle m\u00eal\u00e9e au S\u00e9nat, cela dura trois heures.\u00a0\u00bb Les mois de mai sont traditionnellement agit\u00e9s dans notre histoire. En 1848, le mouvement est organis\u00e9 par les clubs r\u00e9volutionnaires et les socialistes (Barb\u00e8s, Blanqui, Cabet, Raspail). Point de d\u00e9part\u00a0: une manifestation de soutien aux patriotes polonais (dont le soul\u00e8vement a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 dans le sang) regroupe des ouvriers des Ateliers nationaux, des \u00e9migr\u00e9s politiques, des hommes de gauche qui n\u2019ont pas la parole \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. La foule se pr\u00e9cipite \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville et veut la dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e. Le coup de force \u00e9choue, les principaux instigateurs sont arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s. Lamartine a tent\u00e9 de r\u00e9tablir le calme, par son \u00e9loquence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les barricades sont contagieuses, c\u2019est la tentation, la passion h\u00e9r\u00e9ditaire de la population parisienne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2168\" class=\"cit-num\">2168<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LEDRU<\/span>\u2013<span class=\"caps\">ROLLIN<\/span> (1807-1874). <em>Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avocat de journalistes condamn\u00e9s apr\u00e8s les insurrections r\u00e9publicaines sous la Monarchie de Juillet, d\u00e9put\u00e9 d\u2019extr\u00eame gauche, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur dans le gouvernement provisoire de f\u00e9vrier-mars\u00a01848, il se retrouve dans la nouvelle Commission ex\u00e9cutive (gouvernement tr\u00e8s provisoire) de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique \u2013 d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9branl\u00e9e, faute de pouvoir satisfaire tous les espoirs mis en elle par le peuple\u00a0!<\/p>\n<p>15\u00a0mai, une manifestation d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en coup de force et tourne au coup d\u2019\u00c9tat\u00a0: 50\u00a0000 personnes envahissent l\u2019Assembl\u00e9e. Les meneurs r\u00e9publicains sont arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s. Lamartine tente de r\u00e9tablir le calme par son \u00e9loquence. Mais la France mod\u00e9r\u00e9e s\u2019effraie.<\/p>\n<p>Le pouvoir doit faire face aux nouvelles journ\u00e9es du 23 au 26\u00a0juin 1848, suite \u00e0 la fermeture des Ateliers nationaux, le 21\u00a0juin\u00a0: bourgeois et rentiers s\u2019exasp\u00e9raient de devoir financer ces \u00ab\u00a0r\u00e2teliers nationaux\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on pave, d\u00e9pave et repave les rues pour rien. 110\u00a0000 travailleurs se retrouvent jet\u00e9s sur le pav\u00e9 de Paris. Les barricades commencent \u00e0 l\u2019est de la capitale, dans les quartiers populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sont des amis \u00e9prouv\u00e9s,<br>Crions tous\u00a0: Vive les pav\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2169\" class=\"cit-num\">2169<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Eug\u00e8ne <span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle), Chanson en l\u2019honneur des pav\u00e9s (1848). <em>Manuel d\u2019histoire litt\u00e9raire de la France\u00a0: 1789-1848<\/em> (1973), Jean Charles Payen, Jean Claude Abramovici<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juin\u00a01848. C\u2019est encore et toujours \u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb (Aragon). Cette <em>Chanson en l\u2019honneur des pav\u00e9s<\/em> fait \u00e9cho au mot d\u2019ordre des manifestants\u00a0: \u00ab\u00a0Du travail et du pain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/vedere_a_halelor_din_paris_de_pe_biserica_saint_eustache.jpg\" width=\"800\" height=\"537\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Second Empire<\/h4>\n<p>Paris lui doit une spectaculaire m\u00e9tamorphose impos\u00e9e \u00e0 la population par Haussmann, pr\u00e9fet de la Seine ayant tout pouvoir et l\u2019appui imp\u00e9rial. Comme pour le Versailles de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, le co\u00fbt est naturellement exorbitant. Autre joyau imp\u00e9rial au c\u0153ur du Paris haussmannien\u00a0: l\u2019Op\u00e9ra de Charles Garnier, inaugur\u00e9 apr\u00e8s quinze ans de travaux sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique (1875), chef d\u2019\u0153uvre toujours vivant. La capitale profite du progr\u00e8s technique et du r\u00e9seau des chemins de fer en \u00e9toile. Mais l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est d\u00e9faite \u00e0 Sedan (4 septembre 1870) et la nouvelle r\u00e9volution parisienne met fin au r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que Paris\u00a0? Qu\u2019est-ce que la France\u00a0? Imaginez un champ. Au lieu de l\u2019ensemencer dans toute son \u00e9tendue, on s\u2019est avis\u00e9 d\u2019entasser la semence en un point o\u00f9 elle risque de ne pas germer pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle y est entass\u00e9e. Ce champ, c\u2019est la France, ce point, c\u2019est Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2241\" class=\"cit-num\">2241<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">BLANC<\/span> (1811-1882), <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1848<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris grandit, Paris s\u2019embellit sous le Second Empire\u00a0: Haussmann, pr\u00e9fet pendant dix-sept ans, d\u00e9borde d\u2019\u00e9nergie et d\u2019activit\u00e9. On a pu le comparer \u00e0 un maire qui aurait tous les pouvoirs \u2013 et la confiance de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>. Il taille et retaille la capitale \u00e0 coups de pioches et de millions. Mais les t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque n\u2019admirent pas tous ces travaux et s\u2019inqui\u00e8tent \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u2013 de l\u2019excessive centralisation qui est un mal bien fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>L\u2019afflux des ruraux l\u00e0 o\u00f9 le travail existe \u2013 dans les grands centres urbains et industriels \u2013 est encore facilit\u00e9 \u00e0 Paris par le r\u00e9seau de voies ferr\u00e9es en \u00e9toile, qui toutes convergent vers la capitale. Ce n\u2019est pas encore le \u00ab\u00a0d\u00e9sert fran\u00e7ais\u00a0\u00bb de 1945, mais les statistiques pouvaient affoler les observateurs\u00a0: 547\u00a0000 habitants en 1801 \u00e0 Paris, 1\u00a0054\u00a0000 en 1846, 1\u00a0800\u00a0000 en 1871\u00a0: \u00ab\u00a0La centralisation, c\u2019est l\u2019apoplexie au centre, la paralysie aux extr\u00e9mit\u00e9s\u00a0\u00bb (Lamennais).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Osman, pr\u00e9fet de Bajazet,<br>Fut pris d\u2019un \u00e9trange d\u00e9lire\u00a0:<br>Il d\u00e9molissait pour construire,<br>Et pour d\u00e9molir, construisait.<br>Est-ce d\u00e9mence\u00a0? Je le nie.<br>On n\u2019est pas fou pour \u00eatre musulman\u00a0;<br>Tel fut Osman,<br>P\u00e8re de l\u2019osmanomanie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2258\" class=\"cit-num\">2258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">NADAUD<\/span> (1820-1893), <em>L\u2019Osmanomanie<\/em>, chanson. <em>Chansons de Gustave Nadaud<\/em> (1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte en forme de conte, sign\u00e9 d\u2019un po\u00e8te chansonnier qui fait la satire du Second Empire, parfois interdite par le r\u00e9gime. Remarquons que ces formes de contestation sont sign\u00e9es, preuve que les auteurs courent moins de risques que jadis.<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 pr\u00e9fet de la Seine le 1er\u00a0juillet 1853, le baron Haussmann voit grand et beau pour le Paris imp\u00e9rial. Il faut en finir avec le Paris de Balzac aux rues pittoresques, mais sales et mal \u00e9clair\u00e9es, pour cr\u00e9er une capitale aussi moderne que Londres qui a s\u00e9duit l\u2019empereur, creuser des \u00e9gouts, approvisionner en eau les Parisiens, am\u00e9nager des espaces verts, loger une immigration rurale massive, percer de larges avenues facilitant l\u2019action de la police et de l\u2019artillerie contre d\u2019\u00e9ventuelles barricades. \u00ab\u00a0Ce qu\u2019auraient tent\u00e9 sans profit\u00a0\/ Les rats, les castors, les termites\u00a0\/ Le feu, le fer et les j\u00e9suites\u00a0\/ Il le voulut faire et le fit.\u00a0\/ Puis quand son \u0153uvre fut finie\u00a0\/ Il s\u2019endormit comme un bon musulman\u00a0\/ Tel fut Osman\u00a0\/ P\u00e8re de l\u2019Osmanomanie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On accuse le baron de sacrifier des joyaux anciens, d\u2019avoir un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour la ligne droite et bient\u00f4t de jongler avec les op\u00e9rations de cr\u00e9dit. L\u2019\u00ab\u00a0osmanomanie\u00a0\u00bb va rimer avec m\u00e9galomanie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019extr\u00eame rapidit\u00e9 des voyages en chemin de fer est une chose anti m\u00e9dicale. Aller, comme on fait, en vingt heures, de Paris \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, en traversant d\u2019heure en heure des climats si diff\u00e9rents, c\u2019est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse. Elle arrive ivre \u00e0 Marseille, pleine d\u2019agitation, de vertige.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2282\" class=\"cit-num\">2282<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">MICHELET<\/span> (1798-1874), <em>La Mer<\/em> (1861)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tous les progr\u00e8s techniques ont commenc\u00e9 par susciter la peur ou le d\u00e9ni d\u2019utilit\u00e9. Le <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, particuli\u00e8rement riche en inventions, pourrait alimenter un \u00e9tonnant b\u00eatisier technologique. Le chemin de fer n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle et l\u2019historien Michelet, ici t\u00e9moin de son temps, se trompe en jouant les proph\u00e8tes de malheur.<\/p>\n<p>Rappelons aussi le mot de Thiers, en 1836\u00a0: \u00ab\u00a0Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but du Second Empire, le r\u00e9seau ferroviaire s\u2019\u00e9tend et rattrape enfin le retard pris sur l\u2019Angleterre, premi\u00e8re puissance industrielle. L\u2019\u00c9tat fixe le trac\u00e9 des voies et finance les infrastructures (terrassement, ouvrages d\u2019art), conc\u00e9dant l\u2019exploitation des lignes \u00e0 de grandes compagnies priv\u00e9es, Compagnies de l\u2019Ouest, du Nord, de l\u2019Est, et le fameux <span class=\"caps\">PLM<\/span> (Paris-Lyon-M\u00e9diterran\u00e9e) n\u00e9 en 1857, axe vital de 862 km. Facteur essentiel de l\u2019am\u00e9nagement du territoire, le r\u00e9seau passe de 3 000 km en 1852 \u00e0 17 000 km en 1870. Il s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans le paysage fran\u00e7ais, et toute l\u2019\u00e9conomie du pays en b\u00e9n\u00e9ficie.<\/p>\n<p>Mais que d\u2019inqui\u00e9tudes, pour la sant\u00e9 des passagers\u00a0! Michelet, historien romantique, n\u2019est pas seul \u00e0 s\u2019en \u00e9mouvoir. Selon Fran\u00e7ois Arago, polytechnicien, astronome et physicien, mort en 1853 et t\u00e9moignant donc des tout premiers chemin de fer, \u00ab\u00a0le transport des soldats en wagon les eff\u00e9minerait\u00a0\u00bb et les voyageurs sont mis en garde contre le tunnel de Saint-Cloud, qui peut causer \u00ab\u00a0des fluxions de poitrine, des pleur\u00e9sies et des catarrhes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 l\u2019imp\u00e9ratrice qui lui demande de quel style peut bien \u00eatre ce projet d\u2019Op\u00e9ra pour Paris\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0C\u2019est du Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, Madame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2283\" class=\"cit-num\">2283<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">GARNIER<\/span> (1825-1898), 1861. <em>Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et le Second Empire\u00a0: l\u2019aube des temps<\/em> (1975), Andr\u00e9 Castelot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un concours public est lanc\u00e9 pour l\u2019\u00e9dification d\u2019un op\u00e9ra digne du nouveau Paris haussmannien\u00a0: 171 concurrents d\u00e9posent un millier de dessins. Viollet-le-Duc, ami du couple imp\u00e9rial, est favori. C\u00e9l\u00e8bre architecte de l\u2019\u00e9poque, il restaure \u00e0 sa mani\u00e8re (tr\u00e8s moderne) le patrimoine national des monuments historiques (ch\u00e2teaux et cath\u00e9drales du Moyen \u00c2ge, y compris Notre-Dame de Paris aujourd\u2019hui \u00e0 la une de l\u2019actualit\u00e9).<\/p>\n<p>C\u2019est un inconnu qui l\u2019emporte, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 du jury\u00a0! L\u2019empereur s\u2019incline, s\u00e9duit par la maquette.<\/p>\n<p>Les plus grands artistes, peintres, d\u00e9corateurs, sculpteurs \u0153uvrent pour le monument. Mais le chef-d\u2019\u0153uvre est bien sign\u00e9 Garnier, illustrant l\u2019\u00e9clectisme en architecture\u00a0: au lieu de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un style unique, on dresse un r\u00e9pertoire des mod\u00e8les les plus achev\u00e9s, pour combiner les \u00e9l\u00e9ments issus des diff\u00e9rentes \u00e9poques et civilisations, en les adaptant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Ainsi, Garnier utilise les nouveaux mat\u00e9riaux pour leur aspect fonctionnel, mais \u00e0 l\u2019inverse des modernistes (tels Eiffel, Baltard), il dissimule le fer de la charpente sous le stuc et la pierre de taille.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cath\u00e9drale mondaine de la civilisation\u00a0\u00bb selon Th\u00e9ophile Gautier, l\u2019Op\u00e9ra de Paris va fasciner le monde et sera \u00ab\u00a0copi\u00e9\u00a0\u00bb une centaine de fois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2321\" class=\"cit-num\">2321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cri des gardes nationaux, 4\u00a0septembre 1870<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb parisienne, la troisi\u00e8me en quarante ans. Paris a appris la stup\u00e9fiante capitulation de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Sedan. Le Corps l\u00e9gislatif veut assurer le pouvoir, mais les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains \u2013 qui ont applaudi \u00e0 la d\u00e9faite valant chute du r\u00e9gime \u2013 veulent la d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019empereur et de sa dynastie. Le 4, manifestation organis\u00e9e par Blanqui, l\u2019homme de tous les coups d\u2019\u00c9tat, et Delescluze, d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre pour son opposition \u00e0 l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Le palais Bourbon est envahi. L\u00e9on Gambetta, sous la pression des forces populaires r\u00e9volutionnaires, proclame la d\u00e9ch\u00e9ance de Napol\u00e9on <span class=\"caps\">III<\/span>, puis le m\u00eame jour, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, la R\u00e9publique. Il faut parer au plus press\u00e9, prot\u00e9ger le pays de l\u2019invasion allemande\u00a0: un gouvernement de la \u00ab\u00a0D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb va \u00eatre form\u00e9, sous la pr\u00e9sidence du g\u00e9n\u00e9ral Trochu. En fait, le r\u00e9gime a moins \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 qu\u2019il n\u2019a disparu dans la tourmente de Sedan, et sans la moindre effusion de sang, \u00e0 Paris. Place \u00e0 la R\u00e9publique\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/commune.jpg\" width=\"800\" height=\"609\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Guerre franco-allemande et Commune de Paris<\/h4>\n<p>Dans un contexte de guerre d\u00e9j\u00e0 perdue, Victor Hugo de retour d\u2019exil vit volontairement le si\u00e8ge de la capitale, avant d\u2019\u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 dans l\u2019Assembl\u00e9e nationale retir\u00e9e \u00e0 Bordeaux (avant Versailles). Cependant que Paris donne l\u2019exemple d\u2019une r\u00e9sistance absolue sous la Commune (1871), vivant l\u2019une des pages les plus sanglantes de notre histoire et cr\u00e9ant un mythe fascinant autant que terrifiant. Vierge rouge et pasionaria des barricades, Louise Michel reste l\u2019une de nos h\u00e9ro\u00efnes les plus populaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Citoyens, j\u2019avais dit\u00a0: le jour o\u00f9 la R\u00e9publique rentrera, je rentrerai. Me voici\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2335\" class=\"cit-num\">2335<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), de retour \u00e0 Paris, gare du Nord, 5\u00a0septembre 1870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s dix-neuf ans d\u2019exil, il rentre, sit\u00f4t proclam\u00e9e la R\u00e9publique. Il a pris le train de nuit de Bruxelles, pour passer inaper\u00e7u. Peine perdue\u00a0! La foule l\u2019attend. La renomm\u00e9e du po\u00e8te proscrit a encore grandi. Il doit parler. C\u2019est un orateur n\u00e9 pour le peuple, la tribune, les temps h\u00e9ro\u00efques, la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Les paroles me manquent pour dire \u00e0 quel point m\u2019\u00e9meut l\u2019inexprimable accueil que me fait le g\u00e9n\u00e9reux peuple de Paris. [\u2026] Deux grandes choses m\u2019appellent. La premi\u00e8re, la r\u00e9publique. La seconde, le danger. Je viens ici faire mon devoir. Quel est mon devoir\u00a0? C\u2019est le v\u00f4tre, c\u2019est celui de tous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sauver Paris, c\u2019est plus que sauver la France, c\u2019est sauver le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2325\" class=\"cit-num\">2325<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), <em>Pendant l\u2019exil<\/em> (\u00e9crits et discours de 1852-1870)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus \u00e9loquent, le plus passionn\u00e9 des grands auteurs et acteurs t\u00e9moins de leur temps \u00e9crit ces mots quand l\u2019Empire le tient en exil. De retour \u00e0 Paris d\u00e8s que la R\u00e9publique est proclam\u00e9e, patriote et r\u00e9volutionnaire, il les r\u00e9p\u00e8te. Il parlera, agira, souffrira, \u00e9crira <em>L\u2019Ann\u00e9e terrible<\/em> (publi\u00e9e en 1872).<\/p>\n<p>Paris joue \u00e0 nouveau le premier r\u00f4le dans cette page d\u2019histoire de France, au risque de se perdre\u00a0: refus de capituler devant l\u2019ennemi, jusqu\u2019au-boutisme r\u00e9volutionnaire qui le coupe du reste de la France et le d\u00e9chire intra-muros, martyre de cit\u00e9 deux fois assi\u00e9g\u00e9e, deux fois bombard\u00e9e, par les Prussiens d\u2019abord, les Versaillais ensuite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris va terrifier le monde. On va voir comment Paris sait mourir.\u00a0Le Panth\u00e9on se demande comment il fera pour recevoir sous sa vo\u00fbte tout ce peuple qui va avoir droit \u00e0 son d\u00f4me.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2336\" class=\"cit-num\">2336<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), le 5\u00a0septembre\u00a01870. <em>Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Entre la gare du Nord et son domicile, la foule qui se presse l\u2019oblige \u00e0 prononcer quatre discours. Auteur immens\u00e9ment populaire, c\u2019est aussi la conscience et la grande voix de la France. Il aura naturellement droit au Panth\u00e9on, apr\u00e8s des obs\u00e8ques nationales. C\u2019est m\u00eame en son honneur que l\u2019\u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve, au c\u0153ur du 5e arrondissement, retrouve cette vocation et cette inscription\u00a0: \u00ab\u00a0Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Prussiens sont huit cent mille, vous \u00eates quarante\u00a0millions d\u2019hommes. Dressez-vous et soufflez sur eux\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2340\" class=\"cit-num\">2340<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885), 14\u00a0septembre 1870.<em> Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il encourage la France \u00e0 la r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Lille, Nantes, Tours, Bourges, Orl\u00e9ans, Dijon, Toulouse, Bayonne, ceignez vos reins. En marche\u00a0! Lyon, prends ton fusil\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de rester dans la capitale \u2013 pour l\u2019honneur et parce que la province n\u2019est pas favorable \u00e0 tous ces r\u00e9volutionnaires parisiens qui recommencent \u00e0 (se) manifester\u00a0! Paris poss\u00e8de d\u2019\u00e9normes r\u00e9serves de nourriture (30\u00a0000 b\u0153ufs, 180\u00a0000 moutons) une v\u00e9ritable artillerie (700 pi\u00e8ces) et m\u00eame une marine de guerre \u2013 \u00ab\u00a0beaucoup d\u2019hommes, mais peu de soldats\u00a0\u00bb aux dires de Trochu, gouverneur militaire. De quoi tenir un si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Les Prussiens assi\u00e8gent Paris (et Versailles) \u00e0 partir du 19\u00a0septembre 1870\u00a0: deux arm\u00e9es de 180\u00a0000 hommes. Les \u00ab\u00a0300\u00a0000 fusils\u00a0\u00bb fran\u00e7ais ne se pressent pas aux \u00ab\u00a0fortifs\u00a0\u00bb, les soldats de la garde nationale pr\u00e9f\u00e8rent aller boire leur solde et jouer au bouchon. \u00c0 la premi\u00e8re attaque allemande, la d\u00e9bandade est imm\u00e9diate\u00a0: v\u00e9ritable sauve-qui-peut. Les onze du gouvernement de la D\u00e9fense nationale sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements. Gambetta seul se bat \u2013 il faut affermir cette R\u00e9publique qui n\u2019a pour l\u2019heure la caution que de Paris\u00a0! Le syst\u00e8me D est bon pour ce jeune et vaillant ministre\u00a0: les pigeons voyageurs, baptis\u00e9s par lui \u00ab\u00a0premier service de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, permettent les communications entre Paris assi\u00e9g\u00e9 et la province. Lui-m\u00eame s\u2019envole en ballon de la capitale le 7\u00a0octobre (au soulagement de ses vieux coll\u00e8gues), pour aller animer une r\u00e9sistance provinciale, organiser la lev\u00e9e en masse de 600\u00a0000 hommes \u2013 entre-temps, il est devenu ministre de la Guerre, en s\u2019adjoignant Freycinet qui n\u2019est malheureusement pas le meilleur des g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cette affaire aura un bon c\u00f4t\u00e9, elle fera cesser la r\u00e9sistance de Paris et rendra la paix au pays.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2342\" class=\"cit-num\">2342<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BAZAINE<\/span> (1811-1888), 27\u00a0octobre 1870.<em> Histoire de France contemporaine depuis la R\u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 la paix de 1919<\/em> (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Commandant en chef de l\u2019arm\u00e9e du Rhin, il s\u2019est laiss\u00e9 bloquer dans Metz avec le meilleur des troupes fran\u00e7aises. En secret, il a pris contact avec l\u2019imp\u00e9ratrice pour tenter une restauration de l\u2019Empire, tout en n\u00e9gociant avec les Allemands la sortie de son arm\u00e9e, \u00ab\u00a0pour sauver la France elle-m\u00eame\u00a0\u00bb, autrement dit \u00e9chapper \u00e0 la R\u00e9publique et la r\u00e9volution mena\u00e7ante. Tout cela \u00e9choue et il capitule ce 27\u00a0octobre\u00a0: reddition sans combat et sans condition de 173\u00a0000 prisonniers, 1\u00a0570 canons \u2013 Bazaine sera jug\u00e9 et condamn\u00e9 pour trahison, en 1873.<\/p>\n<p>La d\u00e9fection de Bazaine est un cadeau pour les Allemands\u00a0: une partie des troupes ainsi lib\u00e9r\u00e9e va foncer sur l\u2019arm\u00e9e de la Loire qui tente de secourir Paris. Malgr\u00e9 tout, la r\u00e9sistance continue dans la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La municipalit\u00e9 du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement proteste avec indignation contre un armistice que le gouvernement ne saurait accepter sans trahison.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2343\" class=\"cit-num\">2343<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), Affiche placard\u00e9e le 31\u00a0octobre 1870. <em>Clemenceau<\/em> (1968), Gaston Monnerville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire d\u2019un grand premier r\u00f4le\u00a0: Clemenceau, le \u00ab\u00a0Tigre\u00a0\u00bb sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, puis le \u00ab\u00a0P\u00e8re la Victoire\u00a0\u00bb de la prochaine guerre. Pour l\u2019heure, il n\u2019est que le maire du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e, arrondissement populaire.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9decin vend\u00e9en de 30\u00a0ans a d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 la journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire du 4\u00a0septembre. Avec les patriotes parisiens, il tente \u00e0 pr\u00e9sent de renverser\u00a0\u00ab\u00a0le Provisoire\u00a0\u00bb, gouvernement de capitulards aux projets de paix honteux \u2013 seul Gambetta croit encore \u00e0 la victoire.<\/p>\n<p>On apprend la capitulation de Bazaine \u00e0 Metz, la prise du Bourget par les Allemands et les d\u00e9marches de Thiers en vue d\u2019un armistice. D\u2019o\u00f9 cette nouvelle journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Belleville descend et fait peur aux bourgeois des beaux quartiers\u00a0: ses gardes nationaux marchent sur l\u2019H\u00f4tel de Ville o\u00f9 si\u00e8ge le gouvernement, quelques membres sont faits prisonniers. Mais le peuple ne suit pas, les gardes des autres quartiers s\u2019interposent. Le gouvernement de la D\u00e9fense nationale en appelle \u00e0 la population de Paris le 1er\u00a0novembre, et sera pl\u00e9biscit\u00e9 le 3\u00a0novembre. Les \u00e9lections municipales qui suivent am\u00e8nent les \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb dans quatre arrondissements sur les vingt d\u00e9j\u00e0 existants. C\u2019est peu. Paris semble s\u2019assagir, apr\u00e8s l\u2019effervescence de septembre. Et Trochu, gouverneur militaire, r\u00e9p\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un plan, j\u2019ai un plan.\u00a0\u00bb La situation devient quand m\u00eame dramatique, dans Paris toujours assi\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux. Vous pourrez me voir tomber, mais pas reculer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2344\" class=\"cit-num\">2344<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">DUCROT<\/span> (1817-1882), Proclamation aux soldats, 28\u00a0novembre 1870.<em> Base de donn\u00e9es des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais depuis 1789<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral multiplie les actes de bravoure, sans grand r\u00e9sultat, et cette proclamation est rest\u00e9e l\u2019exemple du genre. Il commande la <span class=\"caps\">II<\/span>e\u00a0arm\u00e9e de Paris, aux abords de la capitale assi\u00e9g\u00e9e o\u00f9 les Parisiens vont \u00ab\u00a0tenter une sortie\u00a0\u00bb pour faire la jonction, mais sans s\u2019aventurer trop loin des \u00ab\u00a0fortifs\u00a0\u00bb. Le g\u00e9n\u00e9ral en chef va s\u2019emparer de Champigny et d\u00e9cide, le 2\u00a0d\u00e9cembre, de faire rentrer ses troupes, mais l\u2019h\u00e9ro\u00efsme n\u2019emp\u00eache pas la d\u00e9faite, le 3\u00a0d\u00e9cembre\u00a0: 8\u00a0000 soldats fran\u00e7ais y trouvent la mort, 5\u00a0000 allemands. Ducrot revint vivant, mais vaincu.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouverneur de Paris ne capitulera pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2345\" class=\"cit-num\">2345<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">TROCHU<\/span> (1815-1896), Affiche du 5\u00a0janvier 1871. <em>L\u2019Empire et la d\u00e9fense de Paris devant le jury de la Seine<\/em> (1872), Louis Jules Trochu<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Serment du gouverneur militaire de Paris qui pr\u00e9side en m\u00eame temps le gouvernement de la D\u00e9fense nationale. Le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019il fait preuve de passivit\u00e9 dans ce double r\u00f4le.<\/p>\n<p>Alors que Gambetta, jeune tribun de choc, tente en vain de galvaniser la France profonde, aussi pacifiste qu\u2019elle est peu r\u00e9publicaine, le vieux Thiers, envoy\u00e9 en mission diplomatique par Jules Favre, fait la tourn\u00e9e des capitales europ\u00e9ennes pour plaider la cause de la France contre la Prusse. Sans succ\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le grand Peuple de 89, qui d\u00e9truit les bastilles et renverse les tr\u00f4nes, attendra-t-il dans un d\u00e9sespoir inerte que le froid et la famine aient glac\u00e9 dans son c\u0153ur, dont l\u2019ennemi compte les battements, sa derni\u00e8re goutte de sang\u00a0! Non\u00a0! R\u00e9quisitionnement g\u00e9n\u00e9ral. Rationnement gratuit\u2026 Place au peuple\u00a0! Place \u00e0 la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2346\" class=\"cit-num\">2346<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Affiche rouge sign\u00e9e de 140 noms, 6\u00a0janvier 1871. <em>Histoire de la r\u00e9volution de 1870-71<\/em> (1877), Jules Claretie<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Affiche rouge annonce r\u00e9solument la couleur, alors que le bombardement de Paris par les Allemands commence.<\/p>\n<p>La fi\u00e8vre patriotique se double de la \u00ab\u00a0folie du si\u00e8ge\u00a0\u00bb (Georges Duby), un Comit\u00e9 central s\u2019\u00e9rige en d\u00e9l\u00e9gation r\u00e9volutionnaire, en appelle au peuple, reparle \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb. Mais Paris ne bouge pas\u00a0: le temps n\u2019est pas venu de l\u2019explosion. C\u2019est encore celui de la souffrance et d\u2019une certaine apathie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019vant l\u2019boucher, d\u2019vant l\u2019boulanger,<br>On grelotte dans la rue\u00a0:<br>Ni pain ni viand\u2019 pour changer,<br>Mais quelqu\u2019fois y\u2019a d\u2019la morue.<br>C\u2019est dans l\u2019plan de Trochu.<br><em>Refrain<\/em><br>Savez-vous l\u2019plan de Trochu\u00a0?<br>Gr\u00e2ce \u00e0 lui rien n\u2019est fichu.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2348\" class=\"cit-num\">2348<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Plan de Trochu<\/em>, chanson (1871) \u2013 \u00ab\u00a0\u0153uvre collective des journalistes du Grelot\u00a0\u00bb. <em>Les Communards<\/em> (1964), Michel Winock, Jean-Pierre Az\u00e9ma<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris trouve encore la force de rire et de chanter. Trochu, gouverneur de la capitale, est sa t\u00eate de Turc favorite, lui qui r\u00e9p\u00e8te encore et toujours\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un plan, j\u2019ai un plan.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rien moins que 30 couplets d\u00e9taillent avec un humour parfois noir les mis\u00e8res quotidiennes des Parisiens. On voit aussi venir la d\u00e9faite. \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 Paris n\u2019aura\u00a0\/ Plus d\u2019quoi nourrir une puce\u00a0\/ S\u2019disait chacun, l\u2019on fera\u00a0\/ Semblant d\u2019se rendre \u00e0 la Prusse\u00a0\/ \u00c7a doit \u00eatre l\u2019plan de Trochu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Spectacle \u00e9c\u0153urant de la R\u00e9publique vendue et livr\u00e9e par des mains r\u00e9publicaines.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2351\" class=\"cit-num\">2351<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922), indign\u00e9 par l\u2019armistice sign\u00e9 le 26\u00a0janvier 1871. <em>Encyclop\u00e6dia Universalis<\/em>, article \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9volutionnaire marxiste (l\u2019un des premiers en France), hostile \u00e0 la guerre contre la Prusse, il n\u2019en est pas moins r\u00e9volt\u00e9 par les conditions de la tr\u00eave, sign\u00e9e \u00e0 Versailles avec Bismarck.<\/p>\n<p>Sans consulter Gambetta dont les arm\u00e9es ont accumul\u00e9 les d\u00e9faites, Jules Favre n\u00e9gocie avec l\u2019ennemi d\u00e8s le 22\u00a0janvier (nouveau jour d\u2019\u00e9meute parisienne) et le 24, le chancelier Bismarck accepte la capitulation. L\u2019arm\u00e9e de Paris (130\u00a0000 hommes) est d\u00e9clar\u00e9e prisonni\u00e8re de guerre \u00e0 Paris, et d\u00e9sarm\u00e9e, mais la garde nationale conserve ses armes. M\u00eame si les fusils ne sont pas excellents, une ville en armes est une poudri\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tous les esprits tourn\u00e9s vers la guerre, et cette lutte de cinq mois aboutissant \u00e0 une immense d\u00e9ception, une population enti\u00e8re qui tombe du sommet des illusions les plus immenses que jamais population ait con\u00e7ues.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2352\" class=\"cit-num\">2352<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893). <em>Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre du gouvernement de la D\u00e9fense nationale, c\u2019est un t\u00e9moin lucide de la situation.<\/p>\n<p>La guerre prolong\u00e9e sans espoir faisait craindre une prise de pouvoir r\u00e9volutionnaire dans la capitale, mais la capitulation \u00f4te toute cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 ce gouvernement de la \u00ab\u00a0d\u00e9fection nationale\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0R\u00e9publique des Jules\u00a0\u00bb (Favre, Ferry, Simon et Trochu portent ce pr\u00e9nom en vogue).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La ville de Paris est une personne trop puissante et trop riche pour que sa ran\u00e7on ne soit pas digne d\u2019elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2353\" class=\"cit-num\">2353<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Otto von <span class=\"caps\">BISMARCK<\/span> (1815-1898), le chancelier allemand qui fixe donc la \u00ab\u00a0ran\u00e7on\u00a0\u00bb \u00e0 au moins un milliard de francs, le 23 janvier 1871. <em>Bismarck et son temps<\/em> (1905), Paul Matter<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jules Favre, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, propose 100\u00a0millions, ses coll\u00e8gues ont fix\u00e9 la limite \u00e0 500, l\u2019indemnit\u00e9 de guerre sera finalement de 200\u00a0millions pour Paris et cinq\u00a0milliards de francs or pour l\u2019ensemble de la France, au lieu de six, Thiers ayant n\u00e9goci\u00e9 en bon bourgeois.<\/p>\n<p>Le pays s\u2019acquittera de cette dette consid\u00e9rable d\u00e8s 1873, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emprunt et \u00e0 l\u2019empressement des souscripteurs, les troupes allemandes \u00e9vacuant alors le territoire. Mais ce n\u2019est pas la clause la plus humiliante d\u2019un armistice que la capitale va refuser de toutes ses forces bient\u00f4t combattantes et de nouveau r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bismarck qui n\u2019est pas en peine<br>D\u2019affamer les Parisiens<br>Nous demande la Lorraine,<br>L\u2019Alsace et les Alsaciens.<br>La honte pour nos soldats,<br>Des milliards \u00e0 son service.<br><em>Refrain<\/em><br>Ah\u00a0! zut \u00e0 ton armistice,<br>Bismarck, nous n\u2019en voulons pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2354\" class=\"cit-num\">2354<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">LECLERCQ<\/span> (1820-1881), L\u2019Armistice (1870), chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers et Favre ont c\u00e9d\u00e9 au chancelier allemand. Mais le peuple r\u00e9siste si bien que les Prussiens n\u2019entreront dans Paris qu\u2019un mois apr\u00e8s la capitulation de la capitale, sign\u00e9e avec l\u2019armistice, le 28\u00a0janvier\u00a01871.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Assembl\u00e9e refuse la parole \u00e0 M.\u00a0Victor Hugo, parce qu\u2019il ne parle pas fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2357\" class=\"cit-num\">2357<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Vicomte de <span class=\"caps\">LORGERIL<\/span> (1811-1888), Assembl\u00e9e nationale, Bordeaux, 8\u00a0mars 1871.<em> Actes et Paroles. Depuis l\u2019exil<\/em> (1876), Victor Hugo<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9put\u00e9 monarchiste, po\u00e8te \u00e0 ses heures, coupe la parole \u00e0 l\u2019\u00e9lu de Paris en ces termes\u00a0! Hugo le r\u00e9publicain est d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 \u00e0 la tribune pour condamner la paix inf\u00e2me le 1er\u00a0mars, pour d\u00e9plorer que Paris soit d\u00e9capitalis\u00e9e au profit de Bordeaux, le 6. En cette s\u00e9ance houleuse du 8, il se fait insulter pour avoir d\u00e9fendu l\u2019Italien Garibaldi, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 d\u2019Alger\u00a0: il conteste l\u2019invalidation de ce vieux r\u00e9volutionnaire italien \u00ab\u00a0venu mettre son \u00e9p\u00e9e au service de la France\u00a0\u00bb dans la guerre contre les Prussiens. Hugo va d\u00e9missionner et regagner Paris (pour enterrer son fils Charles, mort d\u2019apoplexie).<\/p>\n<p>La haine est terrible entre l\u2019Assembl\u00e9e monarchiste, pacifiste, et Paris o\u00f9 les forces r\u00e9volutionnaires, remobilis\u00e9es, refusent de reconna\u00eetre le pouvoir de cette \u00ab\u00a0assembl\u00e9e de ruraux\u00a0\u00bb d\u00e9faitistes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le peuple de Paris veut conserver ses armes, choisir lui-m\u00eame ses chefs et les r\u00e9voquer quand il n\u2019a plus confiance en eux. Plus d\u2019arm\u00e9e permanente, mais la nation tout enti\u00e8re arm\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2358\" class=\"cit-num\">2358<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la Commune, Manifeste \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, 8\u00a0mars 1871. <em>Cent ans de R\u00e9publique<\/em> (1970), Jacques Chastenet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette ni\u00e8me \u00ab\u00a0Commune\u00a0\u00bb, qui n\u2019est pas encore \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb Commune insurrectionnelle, commence ainsi son appel\u00a0: \u00ab\u00a0Soldats, enfants du peuple\u00a0! Les hommes qui ont organis\u00e9 la d\u00e9faite, d\u00e9membr\u00e9 la France, livr\u00e9 tout notre or, veulent \u00e9chapper \u00e0 la responsabilit\u00e9 qu\u2019ils ont assum\u00e9e en suscitant la guerre civile.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thiers, chef du gouvernement, vient de supprimer la paye des gardes nationaux qui, toujours arm\u00e9s, se sont donn\u00e9 le nom de F\u00e9d\u00e9r\u00e9s \u2013 cette solde \u00e9tait la seule ressource des ouvriers mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Une \u00e9norme pression r\u00e9volutionnaire, avec une propagande encourag\u00e9e par la libert\u00e9 de la presse et des clubs, agite \u00e0 nouveau la capitale\u00a0: des rumeurs de Restauration courent \u2013 Chambord ou d\u2019Orl\u00e9ans pourrait revenir au pouvoir\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne voulons pas recevoir tous les quinze jours des r\u00e9volutions par le chemin de fer et le t\u00e9l\u00e9graphe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2360\" class=\"cit-num\">2360<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel Lacoste de <span class=\"caps\">BELCASTEL<\/span> (1820-1890), d\u00e9but mars\u00a01871. <em>Histoire de quinze ans, 1870-1885<\/em> (1886), Edmond Beno\u00eet-L\u00e9vy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e qui est \u00e0 Bordeaux, le 10\u00a0mars, d\u00e9cide son transfert non \u00e0 Paris, mais \u00e0 Versailles, ville au pass\u00e9 royal \u2013 ce qui est pris comme une provocation par les r\u00e9publicains\u00a0! Belcastel, d\u00e9put\u00e9 l\u00e9gitimiste, r\u00e9sume l\u2019id\u00e9e que ses coll\u00e8gues se font de Paris\u00a0: \u00ab\u00a0le chef-lieu de la r\u00e9volution organis\u00e9e, la capitale de l\u2019id\u00e9e r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a qu\u2019une solution radicale qui puisse sauver le pays\u00a0: il faut \u00e9vacuer Paris. Je n\u2019abandonne pas la patrie, je la sauve\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2361\" class=\"cit-num\">2361<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), aux ministres de son gouvernement, 18\u00a0mars 1871.<em> Histoire de la France et des Fran\u00e7ais<\/em> (1972), Andr\u00e9 Castelot, Alain Decaux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir\u00a0: ordre est donn\u00e9 de d\u00e9sarmer les quelque 200\u00a0000 gardes nationaux organis\u00e9s en F\u00e9d\u00e9ration et de r\u00e9cup\u00e9rer les 227 canons qui ont servi \u00e0 la d\u00e9fense de Paris contre les Prussiens, \u00e0 pr\u00e9sent regroup\u00e9s \u00e0 Montmartre et Belleville, quartiers populaires.<\/p>\n<p>Les 4\u00a0000 soldats font leur devoir sans enthousiasme. La foule, les femmes surtout s\u2019interposent. Deux g\u00e9n\u00e9raux, l\u2019un charg\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration, l\u2019autre \u00e0 la retraite, mais reconnu, sont arr\u00eat\u00e9s, tra\u00een\u00e9s au Ch\u00e2teau rouge (ancien bal de la rue Clignancourt, devenu quartier g\u00e9n\u00e9ral des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), bless\u00e9s, puis fusill\u00e9s\u00a0: Lecomte et Thomas. Clemenceau, maire du <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement et t\u00e9moin, est atterr\u00e9. \u00ab\u00a0On ne conna\u00eetra jamais les responsables de cette ex\u00e9cution sommaire\u00a0: leur nom est la foule\u00a0\u00bb (Georges Duby). C\u2019est l\u2019\u00e9tincelle qui met le feu \u00e0 Paris, insurg\u00e9 en quelques heures.<\/p>\n<p>hiers renonce \u00e0 r\u00e9primer l\u2019\u00e9meute \u2013 il dispose de 30\u00a0000 soldats face aux 150\u00a0000 hommes de la garde nationale et il n\u2019est m\u00eame pas s\u00fbr de leur fid\u00e9lit\u00e9. Il abandonne Paris au pouvoir de la rue et regagne Versailles, ordonnant \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et aux corps constitu\u00e9s d\u2019\u00e9vacuer la place.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Montmartre s\u2019insurge contre le gouvernement du suffrage universel. Le gouvernement cesse d\u2019\u00eatre patient juste au moment o\u00f9 il fallait encore vingt-quatre heures de patience. Que se pr\u00e9pare-t-il pour l\u2019histoire de France\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>Le Si\u00e8cle<\/em>, 19\u00a0mars). Le quotidien commente les \u00e9v\u00e9nements de la veille\u00a0: les responsabilit\u00e9s sont partag\u00e9es, dans cette insurrection du 18\u00a0mars qui consacre la rupture entre le Paris r\u00e9volutionnaire et le gouvernement l\u00e9gal du pays.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re journ\u00e9e de la Commune (au sens d\u2019insurrection)\u00a0: la trag\u00e9die va durer 72 jours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au nom du peuple, la Commune est proclam\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2363\" class=\"cit-num\">2363<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gabriel <span class=\"caps\">RANVIER<\/span> (1828-1879), place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, D\u00e9claration du 28\u00a0mars 1871.<em> Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ranvier est maire de Belleville, ouvrier peintre d\u00e9corateur, et disciple de Blanqui, l\u2019\u00e9ternel insurg\u00e9. Les \u00e9lections municipales du 26\u00a0mars n\u2019ont mobilis\u00e9 que la moiti\u00e9 des Parisiens (230\u00a0000 votants), tr\u00e8s majoritairement de gauche, beaucoup de gens des beaux quartiers ayant fui la capitale\u00a0: 18 \u00e9lus \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb refuseront de si\u00e9ger \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des 72 r\u00e9volutionnaires, jacobins, proudhoniens, blanquistes, socialistes, internationaux.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est cette Commune\u00a0? Un conseil municipal de gauche, un contre-gouvernement \u00e9lu, provisoire et rival de celui de Versailles, un exemple devant servir de mod\u00e8le \u00e0 la France\u00a0? La Commune se veut tout \u00e0 la fois, mais ne vivra pas deux mois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris ouvrait \u00e0 une page blanche le livre de l\u2019histoire et y inscrivait son nom puissant\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2364\" class=\"cit-num\">2364<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Comit\u00e9 central de la garde nationale, Proclamation du 28\u00a0mars 1871. <em>Histoire du socialisme<\/em> (1879), Beno\u00eet Malon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En pr\u00e9sence de 200\u00a0000 Parisiens, le comit\u00e9 central de la garde nationale s\u2019efface devant la Commune, le jour m\u00eame de sa proclamation officielle. Le lyrisme s\u2019affiche\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais frapp\u00e9 nos yeux, qui ait jamais \u00e9mu notre \u00e2me.\u00a0\u00bb Le mouvement s\u2019\u00e9tend \u00e0 quelques villes\u00a0: Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-\u00c9tienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2365\" class=\"cit-num\">2365<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905), <em>La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ex-institutrice, militante r\u00e9publicaine et anarchiste (pr\u00eate \u00e0 un attentat contre Thiers), auteur de po\u00e8mes et de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est d\u2019abord une id\u00e9aliste comme tant de communards, et l\u2019h\u00e9ro\u00efne rest\u00e9e la plus populaire. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fit revivre ces souvenirs vibrants et tragiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Montmartre, Belleville, \u00f4 l\u00e9gions vaillantes,<br>Venez, c\u2019est l\u2019heure d\u2019en finir.<br>Debout\u00a0! La honte est lourde et pesantes les cha\u00eenes,<br>Debout\u00a0! Il est beau de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2326\" class=\"cit-num\">2326<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> \u00c0 ceux qui veulent rester esclaves. La Commune<\/em> (1898), Louise Michel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge, pasionaria des barricades, appelle les quartiers populaires \u00e0 l\u2019insurrection, et jusqu\u2019au sacrifice.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Faisons la r\u00e9volution d\u2019abord, on verra ensuite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2330\" class=\"cit-num\">2330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905).<em> L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la r\u00e9volte\u00a0: le roman vrai d\u2019un si\u00e8cle d\u2019anarchie<\/em> (1963), Gilbert Guilleminault, Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9volutionnaire anarchiste se retrouve sur les barricades d\u00e8s les premiers jours du soul\u00e8vement de Paris\u00a0: cause perdue d\u2019avance, r\u00e9volution sans espoir, utopie d\u2019un \u00ab\u00a0Paris libre dans une France libre\u00a0\u00bb\u00a0? En tout cas, rien de moins pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 que ce mouvement qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui tentent de le diriger, au nom d\u2019id\u00e9aux d\u2019ailleurs contradictoires.<\/p>\n<p>Face aux Communards (ou F\u00e9d\u00e9r\u00e9s), les Versaillais se pr\u00e9parent, troupes command\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63\u00a0500 hommes dont l\u2019\u00c9tat dispose, il y a les 130\u00a0000 prisonniers lib\u00e9r\u00e9s par Bismarck \u2013 hostile \u00e0 tout mouvement populaire \u00e0 tendance r\u00e9volutionnaire.<br>Le 30\u00a0mars, Paris est pour la seconde fois ville assi\u00e9g\u00e9e, bombard\u00e9e, et \u00e0 pr\u00e9sent par des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Premiers affrontements, le 2\u00a0avril\u00a0: bataille de Courbevoie. Les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s (ou Communards) tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles, mais sont arr\u00eat\u00e9s par le canon du Mont Val\u00e9rien, fort strat\u00e9gique investi par les Versaillais depuis le 21\u00a0mars\u00a0: les r\u00eaveurs de la Commune qualifient les obus qui les \u00e9crasent de \u00ab\u00a0choses printani\u00e8res\u00a0\u00bb. 17 tu\u00e9s (dont les 5 premiers fusill\u00e9s de la Commune) et 25 prisonniers chez les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Dans l\u2019arm\u00e9e versaillaise, 5 morts et 21 bless\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est une guerre sans tr\u00eave ni piti\u00e9 que je d\u00e9clare \u00e0 ces assassins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2366\" class=\"cit-num\">2366<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral Gaston de <span class=\"caps\">GALLIFFET<\/span> (1830-1909), 3\u00a0avril 1871. <em>Histoire socialiste, 1789-1900<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean Jaur\u00e8s (1908)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Galliffet a fait fusiller sans jugement 5 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers. \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00fb faire un exemple ce matin\u00a0; je d\u00e9sire ne pas \u00eatre r\u00e9duit de nouveau \u00e0 une pareille extr\u00e9mit\u00e9. N\u2019oubliez pas que le pays, que la loi, que le droit par cons\u00e9quent sont \u00e0 Versailles et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, et non pas avec la grotesque assembl\u00e9e de Paris, qui s\u2019intitule Commune.\u00a0\u00bb Sa f\u00e9rocit\u00e9 lui vaudra le surnom de \u00ab\u00a0Marquis aux talons rouges\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0massacreur de la Commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019\u00e0 Paris, les clubs r\u00e9clament la Terreur, veulent \u00ab\u00a0faire tomber cent mille t\u00eates\u00a0\u00bb, r\u00e9tablir la loi des Suspects. On joue la mort de la peine de mort en br\u00fblant une guillotine.<\/p>\n<p>Premiers affrontements, le 2\u00a0avril\u00a0: bataille de Courbevoie. Les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s (ou Communards) tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles, mais sont arr\u00eat\u00e9s par le canon du Mont Val\u00e9rien, fort strat\u00e9gique investi par les Versaillais depuis le 21\u00a0mars\u00a0: les r\u00eaveurs de la Commune qualifient les obus qui les \u00e9crasent de \u00ab\u00a0choses printani\u00e8res\u00a0\u00bb. 17 tu\u00e9s (dont les 5 premiers fusill\u00e9s de la Commune) et 25 prisonniers chez les F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Dans l\u2019arm\u00e9e versaillaise, 5 morts et 21 bless\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai vu des prisonniers sanglants, les oreilles arrach\u00e9es, le visage et le cou d\u00e9chir\u00e9s, comme par des griffes de b\u00eates f\u00e9roces.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2367\" class=\"cit-num\">2367<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Camille <span class=\"caps\">BARR\u00c8RE<\/span> (1851-1940), t\u00e9moignage en date du 3\u00a0avril\u00a01871.<em> Les Convulsions de Paris\u00a0: \u00c9pisodes de la commune<\/em> (1883), Maxime Du Camp<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Futur ambassadeur \u00e0 Rome, ce Communard est t\u00e9moin des combats aux premiers jours d\u2019avril, entre Versaillais et F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Ce qui le choque plus que tout, ici, c\u2019est la foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e, contre les convois de prisonniers ramen\u00e9s \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p>Le 4\u00a0avril, les Versaillais r\u00e9attaquent du c\u00f4t\u00e9 de Neuilly, s\u2019emparent de Courbevoie et Ch\u00e2tillon. Le 5, les Communards prennent 74 otages, dont l\u2019archev\u00eaque de Paris \u2013 Mgr\u00a0Darboy sera ex\u00e9cut\u00e9 pendant la Semaine sanglante, le 24\u00a0mai, en application du \u00ab\u00a0d\u00e9cret des otages\u00a0\u00bb promulgu\u00e9 par la Commune et faute d\u2019avoir pu \u00eatre \u00e9chang\u00e9 contre Auguste Blanqui. George Sand, bien que souvent le c\u0153ur \u00e0 gauche, est d\u00e9j\u00e0 horrifi\u00e9e par les vols, les pillages. Hugo, de Bruxelles o\u00f9 il d\u00fbt se rendre en ce mois d\u2019avril, condamne la guerre civile, la pratique des otages, avant de se d\u00e9clarer \u00ab\u00a0pour la Commune en principe, et contre la Commune dans l\u2019application\u00a0\u00bb, pr\u00f4nant en vain \u00ab\u00a0conciliation et r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb \u2013 lettre publi\u00e9e dans <em>Le Rappel<\/em> du 28\u00a0avril.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur Thiers, tous les matins, annonce que d\u00e8s le soir, entre les neuf heures, neuf heures un quart, il fera son entr\u00e9e dans la capitale sauvage du monde civilis\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2368\" class=\"cit-num\">2368<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), <em>Le Mot d\u2019ordre<\/em>, 16\u00a0avril 1871.<em> Les Damn\u00e9s de la terre<\/em> (1969), Maurice Choury<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers amasse des troupes aux portes de Paris pour \u00e9craser la r\u00e9volution, mais il attend encore son heure. Rochefort, journaliste d\u00e9j\u00e0 r\u00e9publicain sous l\u2019Empire, a pris parti pour la Commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous avons la mission d\u2019accomplir la r\u00e9volution moderne la plus large et la plus f\u00e9conde de toutes celles qui ont illumin\u00e9 l\u2019histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2369\" class=\"cit-num\">2369<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">La Commune, D\u00e9claration au peuple fran\u00e7ais, 19\u00a0avril 1871. <em>Enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars<\/em> (1872), Commission d\u2019enqu\u00eate sur l\u2019insurrection du 18\u00a0mars, comte Napol\u00e9on Daru<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Commune ne fait pas que se d\u00e9fendre et attaquer. Elle gouverne Paris et prend des mesures importantes qui pr\u00e9figurent l\u2019\u0153uvre de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, instruction la\u00efque, gratuite et obligatoire en projet. Elle est socialiste quand elle \u00ab\u00a0communalise\u00a0\u00bb par d\u00e9cret du 16\u00a0avril les ateliers abandonn\u00e9s par les fabricants en fuite, pour en donner la gestion \u00e0 des coop\u00e9ratives form\u00e9es par les Chambres syndicales ouvri\u00e8res. Ce qui fait \u00e9crire \u00e0 Karl Marx, l\u2019ann\u00e9e m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re r\u00e9volution dans laquelle la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait ouvertement reconnue comme la seule qui f\u00fbt encore capable d\u2019initiatives sociales\u00a0\u00bb (<em>La Guerre civile en France<\/em>).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y aura quelques maisons de trou\u00e9es, quelques personnes de tu\u00e9es, mais force restera \u00e0 la loi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2370\" class=\"cit-num\">2370<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), R\u00e9ponse \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation ma\u00e7onnique, 22\u00a0avril 1871.<em> Le Coq rouge\u00a0: une histoire de la Commune de Paris<\/em> (1972), Armand Lanoux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Thiers continue de masser des troupes et de prendre des positions strat\u00e9giques dans la banlieue, tanis que l\u2019organisation militaire de Paris se r\u00e9v\u00e8le une t\u00e2che irr\u00e9alisable.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Guerre\u00a0\u00bb Gustave Cluseret est remplac\u00e9 le 1er\u00a0mai par Louis Rossel, colonel de 27\u00a0ans \u2013 au lendemain des d\u00e9faites de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et de la capitulation, il a pris parti pour la Commune (il sera fusill\u00e9). Il d\u00e9missionne le 10\u00a0mai, remplac\u00e9 par Charles Delescluze (bient\u00f4t tu\u00e9 au combat). Impossible de discipliner les gardes nationaux, tandis que la Commune h\u00e9site toujours entre l\u2019anarchie et le pouvoir fort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il s\u2019agit aujourd\u2019hui non plus de couper les t\u00eates, mais d\u2019ouvrir les intelligences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2371\" class=\"cit-num\">2371<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">ROCHEFORT<\/span> (1831-1913), Le Mot d\u2019ordre, 5\u00a0mai 1871. <em>La T\u00eate coup\u00e9e, ou La Parole coup\u00e9e<\/em> (1991), Arnaud Aaron Upinsky<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les divergences politiques \u00e9clatent\u00a0: ainsi \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9cret instituant le 1er\u00a0mai un Comit\u00e9 de salut public dot\u00e9 de larges pouvoirs. Les (n\u00e9o)jacobins et la plupart des blanquistes, majoritaires, sont pour et s\u2019opposent \u00e0 quelques blanquistes, tous les proudhoniens et certains socialistes proches du marxisme.<\/p>\n<p>Quant au tr\u00e8s r\u00e9publicain Rochefort, il refuse une r\u00e9volution aboutissant logiquement \u00e0 une nouvelle Terreur, en des termes que ne renierait pas Hugo.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous ne sommes s\u00e9par\u00e9s d\u2019une restauration que par l\u2019\u00e9paisseur de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2372\" class=\"cit-num\">2372<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">GUESDE<\/span> (1845-1922), <em>Les droits de l\u2019homme<\/em>, 13\u00a0mai 1871. <em>500 citations de culture g\u00e9n\u00e9rale<\/em> (2005), Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, Jean-Marie Le Tallec<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Socialiste marxiste, futur d\u00e9put\u00e9 sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, il rappelle l\u2019essentiel, au-del\u00e0 des d\u00e9bats entre les gauches de la Commune. L\u2019Assembl\u00e9e nationale, qui gouverne la France et qui la repr\u00e9sente, est monarchiste. La R\u00e9publique est un r\u00e9gime qui fait peur et la Commune qui l\u2019incarne est de plus en plus redout\u00e9e ou ha\u00efe, par la majorit\u00e9 du pays.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris sera soumis \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat comme un hameau de cent habitants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2373\" class=\"cit-num\">2373<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolphe <span class=\"caps\">THIERS<\/span> (1797-1877), D\u00e9claration du 15\u00a0mai 1871. <em>La Commune<\/em> (1904), Paul et Victor Margueritte<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots plusieurs fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28\u00a0mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris. \u00ab\u00a0Anecdotiquement\u00a0\u00bb, la colonne Vend\u00f4me est abattue, suite \u00e0 un vote du Comit\u00e9 de salut public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut vendre Paris, mais [\u2026] on ne peut ni le livrer ni le vaincre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2374\" class=\"cit-num\">2374<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">DELESCLUZE<\/span> (1809-1871). <em>Les Hommes de la r\u00e9volution de 1871\u00a0: Charles Delescluze<\/em> (1898), Charles Prol\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Membre de la Commune de Paris, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Guerre depuis le 10\u00a0mai, il rappelle la ran\u00e7on n\u00e9goci\u00e9e avec la capitulation de Paris et lance ce d\u00e9fi \u00e0 Thiers et aux troupes versaillaises qui assaillent Paris, le 21\u00a0mai 1871. 70\u00a0000 soldats entrent \u00e0 l\u2019ouest par le bastion mal surveill\u00e9 du Point du Jour, et par la porte de Saint-Cloud.<\/p>\n<p>La Semaine sanglante commence le lendemain. Delescluze se fera tuer sur une barricade du Ch\u00e2teau d\u2019Eau abandonn\u00e9e par ses d\u00e9fenseurs, o\u00f9 il reste seul, le 25\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il semble que tout c\u0153ur qui bat pour la libert\u00e9 n\u2019ait droit qu\u2019\u00e0 un peu de plomb, j\u2019en r\u00e9clame ma part, moi\u00a0! Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2375\" class=\"cit-num\">2375<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905).<em> Histoire de ma vie<\/em> (2000), Louise Michel, Xavi\u00e8re Gauthier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge, tr\u00e8s populaire dans le <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0arrondissement, se retrouve sur les barricades, fusil sur l\u2019\u00e9paule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendi\u00e9. La derni\u00e8re barricade des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s, rue Ramponeau, tombe le 28\u00a0mai 1871. \u00c0 15\u00a0heures, toute r\u00e9sistance a cess\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Habitants de Paris, l\u2019arm\u00e9e de la France est venue vous sauver. Paris est d\u00e9livr\u00e9. Nos soldats ont enlev\u00e9, \u00e0 quatre heures, les derni\u00e8res positions occup\u00e9es par les insurg\u00e9s. Aujourd\u2019hui la lutte est termin\u00e9e\u00a0; l\u2019ordre, le travail et la s\u00e9curit\u00e9 vont rena\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2376\" class=\"cit-num\">2376<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">MAC<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MAHON<\/span> (1808-1893), Proclamation affich\u00e9e le 29\u00a0mai\u00a01871. <em>D\u00e9crets et rapports officiels de la Commune de Paris et du gouvernement fran\u00e7ais du 18\u00a0mars au 31\u00a0mars\u00a01871<\/em> (1871), Ermete Pierotti<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Proclamation sign\u00e9e du mar\u00e9chal de France, commandant en chef.<\/p>\n<p>Reste encore le fort de Vincennes, toujours aux mains des insurg\u00e9s, qui va \u00eatre assi\u00e9g\u00e9 par une brigade de l\u2019arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Vinoy. Simple formalit\u00e9 pour les Versaillais. La garnison d\u00e9sarm\u00e9e se rend, les officiers sont imm\u00e9diatement pass\u00e9s par les armes. Thiers t\u00e9l\u00e9graphie ce m\u00eame jour aux pr\u00e9fets, \u00e0 propos des Parisiens insurg\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Le sol est jonch\u00e9 de leurs cadavres\u00a0; ce spectacle affreux servira de le\u00e7on.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris suinte la mis\u00e8re,<br>Les heureux m\u00eame sont tremblants,<br>La mode est au conseil de guerre<br>Et les pav\u00e9s sont tout sanglants.<br><em>Refrain<\/em><br>Oui, mais\u00a0! \u00e7a branle dans le manche,<br>Les mauvais jours finiront,<br>Et gare \u00e0 la revanche<br>Quand tous les pauvres s\u2019y mettront.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2377\" class=\"cit-num\">2377<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">CL\u00c9MENT<\/span> (1836-1909), paroles, et Pierre <span class=\"caps\">DUPONT<\/span> (1821-1870), musique (prise au Chant des paysans), <em>La Semaine sanglante<\/em>, chanson. <em>La Chanson de la Commune\u00a0: chansons et po\u00e8mes inspir\u00e9s par la Commune de 1871<\/em> (1991), Robert Br\u00e9cy<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chant d\u00e9di\u00e9 aux fusill\u00e9s de 1871. L\u2019auteur du<em> Temps des cerises<\/em> est devenu r\u00e9publicain en 1868 et s\u2019est lanc\u00e9 dans le journalisme d\u2019opposition \u2013 collaborant au<em> Cri du peuple<\/em> de Jules Vall\u00e8s. Membre de la Commune, il participe aux combats de la Semaine sanglante, \u00e9chappe aux Versaillais. C\u2019est de sa cachette, quai de la Gare, qu\u2019il \u00e9crit ce chant vengeur qui dit les horreurs pr\u00e9sentes\u00a0: \u00ab\u00a0On traque, on encha\u00eene, on fusille\u00a0\/ Tout ce qu\u2019on ramasse au hasard\u00a0\/ La m\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa fille\u00a0\/ L\u2019enfant dans les bras du vieillard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment sera arr\u00eat\u00e9, jug\u00e9, exil\u00e9 \u00e0 Londres et reviendra en France apr\u00e8s le d\u00e9cret d\u2019amnistie de 1880.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Elles ont p\u00e2li, merveilleuses<br>Au grand soleil d\u2019amour charg\u00e9,<br>Sur le bronze des mitrailleuses<br>\u00c0 travers Paris insurg\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2329\" class=\"cit-num\">2329<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arthur <span class=\"caps\">RIMBAUD<\/span> (1854-1891),<em> Les Mains de Jeanne-Marie<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Adolescent de 17\u00a0ans, boulevers\u00e9 par la d\u00e9claration de guerre, puis par l\u2019\u00e9chec de la Commune, il fugue deux fois \u00e0 Paris, en\u00a01870 et\u00a01871, chante <em>Le Dormeur du val<\/em>, jeune soldat cueilli par la mort, mais aussi les communardes sur les barricades, m\u00ealant po\u00e9sie, r\u00e9volte, soif de r\u00e9volution sociale et morale. Il comprend tr\u00e8s vite l\u2019impuissance des vers \u00e0 \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb, et apr\u00e8s un silence de dix-huit ans, il meurt \u00e0 37\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bon Dieu est trop Versaillais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2378\" class=\"cit-num\">2378<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louise <span class=\"caps\">MICHEL<\/span> (1830-1905),<em> La Commune, Histoire et souvenirs<\/em> (1898)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Vierge rouge t\u00e9moigne de l\u2019in\u00e9vitable victoire des Versaillais, vu l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des forces et de l\u2019organisation. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28\u00a0mai 1871\u00a0: au moins 20\u00a0000 morts chez les insurg\u00e9s, 35\u00a0000 selon Rochefort. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e bien organis\u00e9e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril.<\/p>\n<p>La Commune est l\u2019un des plus grands massacres de notre histoire, trag\u00e9die qui se joue en quelques jours, Fran\u00e7ais contre Fran\u00e7ais, avec la b\u00e9n\u00e9diction des occupants allemands, Bismarck ayant pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9craser l\u2019insurrection. Il y aura 100\u00a0000 morts au total d\u2019apr\u00e8s certaines sources, compte tenu de la r\u00e9pression \u00e9galement sanglante, \u00ab\u00a0terreur tricolore\u00a0\u00bb qui suit la semaine historique \u2013 en comparaison, sous la R\u00e9volution, la Grande Terreur fit \u00e0 Paris 1\u00a0300 victimes, du 10\u00a0juin au 27\u00a0juillet 1794.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce ne sont plus des soldats qui accomplissent leur devoir, ce sont des \u00eatres retourn\u00e9s \u00e0 la nature des fauves.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2379\" class=\"cit-num\">2379<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>La France<\/em>, juin\u00a01871.<em> Les R\u00e9voltes de Paris\u00a0: 1358-1968<\/em> (1998), Claude Dufresne<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les journalistes, unanimes, condamnent la r\u00e9pression. La Seine est devenue un fleuve de sang. Dans <em>Le\u00a0Si\u00e8cle<\/em>, on \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une folie furieuse. On ne distingue plus l\u2019innocent du coupable.\u00a0\u00bb Et dans<em> Paris-Journal<\/em> du 9\u00a0juin\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est au bois de Boulogne que seront ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir les gens condamn\u00e9s par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamn\u00e9s d\u00e9passera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d\u2019ex\u00e9cution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>3\u00a0500 insurg\u00e9s sont fusill\u00e9s sans jugement dans Paris, pr\u00e8s de 2\u00a0000 dans la cour de prison de la Roquette, et plusieurs centaines au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise\u00a0: c\u2019est le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, de sinistre m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Il y aura 400\u00a0000 d\u00e9nonciations \u00e9crites \u2013 sur 2\u00a0millions de Parisiens, cela fait un fort pourcentage de d\u00e9lateurs et montre assez la haine accumul\u00e9e.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 40\u00a0000 F\u00e9d\u00e9r\u00e9s prisonniers sont entass\u00e9s \u00e0 Versailles, intern\u00e9s dans des pontons flottants et dans les forts c\u00f4tiers, faute de places dans les prisons\u00a0: 22\u00a0000 non-lieux, pr\u00e8s de 2\u00a0500 acquittements, plus de 10\u00a0000 condamnations, dont pr\u00e8s de la moiti\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation, et de nombreux morts \u00e0 la suite de mauvais traitements. Pour juger ces vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre vont fonctionner jusqu\u2019en 1874.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 jamais comme le glorieux fourrier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand c\u0153ur de la classe ouvri\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2385\" class=\"cit-num\">2385<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Karl <span class=\"caps\">MARX<\/span> (1818-1883),<em> La Guerre civile en France<\/em> (1871)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hommage du militant r\u00e9volutionnaire, m\u00eame si le th\u00e9oricien socialiste \u00e9mit de nombreuses r\u00e9serves. Le mouvement ouvrier fran\u00e7ais restera marqu\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Commune\u00a0: vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s\u2019attache \u00e0 jamais au nom de la Commune.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/panorama_des_palais.jpg\" width=\"800\" height=\"307\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Troisi\u00e8me R\u00e9publique jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre Mondiale<\/h4>\n<p>La France, d\u00e9sormais r\u00e9publicaine, retrouve sa fiert\u00e9 nationale au fil de trois Expositions universelles, toujours parisiennes. Paris redevient capitale politique avec le retour de l\u2019Assembl\u00e9e nationale en 1879 \u2013 huit ans apr\u00e8s la fin de la Commune\u00a0! M\u00eame ann\u00e9e, le 14 juillet et la Marseillaise prennent rang de symboles r\u00e9publicains. La Tour Eiffel sera plus discut\u00e9e (1889). Le r\u00e9gime survit \u00e0 toutes les crises \u2013 y compris au boulangisme et \u00e0 l\u2019Affaire Dreyfus. Lors de la Premi\u00e8re guerre mondiale, Paris, trop proche de la fronti\u00e8re, \u00e9chappe de peu \u00e0 l\u2019occupation allemande.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France est un \u00e9blouissement pour le monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2460\" class=\"cit-num\">2460<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">L\u00e9on <span class=\"caps\">GAMBETTA<\/span> (1838-1882), Inauguration de la troisi\u00e8me Exposition universelle de Paris, 1er\u00a0mai 1878. <em>Gloires et trag\u00e9dies de la <span class=\"caps\">III<\/span>e\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1956), Maurice Baumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris, plus que jamais ville capitale et r\u00e9publicaine, en t\u00e9moigne avec \u00e9clat. Comme le Second Empire, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique est port\u00e9e par la vague du progr\u00e8s scientifique et technique et par l\u2019av\u00e8nement de la civilisation industrielle. Les deux autres Expositions universelles qui se tiendront \u00e0 Paris avant 1914 (en\u00a01889 et\u00a01900) confirmeront cette \u00e9vidence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partout la joie est g\u00e9n\u00e9rale<br>Depuis qu\u2019en vertu d\u2019un d\u00e9cret<br>Notre f\u00eate nationale<br>Doit avoir lieu l\u2019quatorze juillet\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2463\" class=\"cit-num\">2463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Aristide <span class=\"caps\">BRUANT<\/span> (1851-1925), <em>J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement<\/em> (1879), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un couplet de la chanson de Bruant c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9v\u00e9nement et chante le consensus du pays\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je vois pour f\u00eater la France\u00a0\/ Choisir la date d\u2019un \u00e9v\u00e9nement\u00a0\/ Qui lui rappelle sa d\u00e9livrance\u00a0\/ J\u2019suis d\u2019l\u2019avis du gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>La Marseillaise<\/em> est donc proclam\u00e9e hymne national, et le 14\u00a0juillet devient f\u00eate nationale \u2013 mais l\u2019on discute encore pour savoir si l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre 1789 ou 1790, la prise de la Bastille ou la F\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration. En tout cas, c\u2019est le premier vote des Chambres (31\u00a0janvier 1879) revenues de Versailles \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Huit ans apr\u00e8s la Commune, Paris redevient la capitale de la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si vous d\u00e9cidez la construction de la tour de M. Eiffel, je me coucherai sur le sol. Il ferait beau voir que les piques des terrassiers fr\u00f4lent cette poitrine que n\u2019atteignirent jamais les lances des Uhlans [Prussiens].\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2484\" class=\"cit-num\">2484<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Tancr\u00e8de <span class=\"caps\">BONIFACE<\/span> (<span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle). <em>Guide de Paris myst\u00e9rieux<\/em> (1975), Fran\u00e7ois Caradec, Jean-Robert Masson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Capitaine de cuirassier \u00e0 la retraite, riverain du Champ de Mars, il m\u00e8ne la campagne de protestation contre la Tour Eiffel et intente un proc\u00e8s contre \u00ab\u00a0le lampadaire tragique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019odieuse colonne de t\u00f4le boulonn\u00e9e.\u00a0\u00bb Le premier coup de pioche des travaux a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 le 26\u00a0janvier 1887. La tour sera le \u00ab\u00a0clou\u00a0\u00bb de l\u2019Exposition universelle, en 1889.<\/p>\n<p>Le monument va beaucoup faire parler de lui \u00e0 Paris, au fur et \u00e0 mesure de son \u00e9dification. \u00ab\u00a0Nous sommes arriv\u00e9s au maximum de ce que peuvent les humains. Il serait criminel de chercher \u00e0 aller plus haut\u00a0\u00bb, dit Eug\u00e8ne Chevreuil, doyen de l\u2019Institut\u00a0: il a 101\u00a0ans \u2013 n\u00e9 sous Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span>, chimiste entr\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences sous le r\u00e8gne de Charles X. Il s\u2019inqui\u00e8te devant la tour qui va atteindre 26 m\u00e8tres, c\u2019est-\u00e0-dire le premier \u00e9tage, et donner d\u2019ailleurs quelques soucis \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur Gustave Eiffel, avant de continuer son irr\u00e9sistible ascension, comme Boulanger.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il y a une b\u00eatise \u00e0 faire, la Ville Lumi\u00e8re la fera\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2495\" class=\"cit-num\">2495<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">SIMON<\/span> (1814-1896),<em> Souviens-toi du Deux-d\u00e9cembre<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9publicain hostile au boulangisme, il voit venir les ennuis, d\u00e8s l\u2019automne 1888. De fait, Boulanger triomphe \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une nouvelle partielle, le 27\u00a0janvier 1889\u00a0: 245\u00a0000 voix contre 162\u00a0000 au radical \u00c9douard\u00a0Jacques. La foule et certains de ses amis le poussent \u00e0 s\u2019emparer du pouvoir par un coup d\u2019\u00c9tat. C\u2019est aussi l\u2019ardent d\u00e9sir de Paul D\u00e9roul\u00e8de, \u00e0 la t\u00eate de sa Ligue des patriotes. L\u2019irr\u00e9sistible ascension s\u2019arr\u00eatera, Boulanger devenant le h\u00e9ros malgr\u00e9 lui d\u2019un triste fait divers sentimental et sombrant dans le ridicule.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La tour Eiffel, t\u00e9moignage d\u2019imb\u00e9cillit\u00e9, de mauvais go\u00fbt et de niaise arrogance, s\u2019\u00e9l\u00e8ve expr\u00e8s pour proclamer cela jusqu\u2019au ciel. C\u2019est le monument-symbole de la France industrialis\u00e9e\u00a0; il a pour mission d\u2019\u00eatre insolent et b\u00eate comme la vie moderne et d\u2019\u00e9craser de sa hauteur stupide tout ce qui a \u00e9t\u00e9 le Paris de nos p\u00e8res, le Paris de nos souvenirs, les vieilles maisons et les \u00e9glises, Notre-Dame et l\u2019Arc de Triomphe, la pri\u00e8re et la gloire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2497\" class=\"cit-num\">2497<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard <span class=\"caps\">DRUMONT<\/span> (1844-1917), <em>La Fin du monde<\/em> (1889)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Mon vieux Paris<\/em> (1878), premier livre qui le fait conna\u00eetre, d\u00e9borde de nostalgie pour cette capitale o\u00f9 il est n\u00e9 et qui a tant chang\u00e9, depuis le Second Empire et les travaux d\u2019Haussmann. \u00c9crivain et journaliste, il reste surtout connu comme pol\u00e9miste d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la v\u00e9rit\u00e9 ayant vaincu, la justice r\u00e9gnant enfin, je renais, je rentre et reprends ma place sur la terre fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2524\" class=\"cit-num\">2524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9mile <span class=\"caps\">ZOLA<\/span> (1840-1902), <em>L\u2019Aurore<\/em>, 5\u00a0juin 1899<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue de l\u2019Affaire Dreyfus, la plus grave crise de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Le 3\u00a0juin, la Cour de cassation, \u00ab\u00a0toutes Chambres r\u00e9unies\u00a0\u00bb, s\u2019est prononc\u00e9e pour \u00ab\u00a0l\u2019annulation du jugement de condamnation rendu le 22\u00a0d\u00e9cembre 1894 contre Alfred Dreyfus\u00a0\u00bb. Dreyfus a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par les \u00ab\u00a0dreyfusards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb\u00a0: graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il sera r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1906. Mais l\u2019Affaire a litt\u00e9ralement d\u00e9chir\u00e9 en deux la France, tous les partis, les milieux, les familles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Au moral, la haine de l\u2019esprit militaire, au mat\u00e9riel, un d\u00e9sarmement qui attire la guerre comme l\u2019aimant le fer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2525\" class=\"cit-num\">2525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">MAURRAS<\/span> (1868-1952), <em>Au signe de Flore\u00a0: souvenirs de vie politique, l\u2019affaire Dreyfus, la fondation de l\u2019Action fran\u00e7aise, 1898-1900<\/em> (1931)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le th\u00e9oricien du nationalisme int\u00e9gral sera hant\u00e9 \u00e0 vie par le souvenir de l\u2019affaire Dreyfus. Elle a de graves cons\u00e9quences. Militaires d\u2019abord. L\u2019arm\u00e9e en sort divis\u00e9e (on se bat en duel dans les garnisons, dreyfusards contre \u00ab\u00a0anti\u00a0\u00bb), affaiblie, discr\u00e9dit\u00e9e, \u00e9pur\u00e9e, et le Service de renseignements est remplac\u00e9 par la police civile qui ne sera pas de taille face au <span class=\"caps\">SR<\/span> allemand.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quences psychologiques ensuite. La France va vivre en guerre de religion, deux camps se lan\u00e7ant leurs invectives\u00a0: haine raciale, violation des droits de l\u2019homme, contre antipatriotisme, antimilitarisme.<\/p>\n<p>Politiquement enfin, les r\u00e9publicains, mod\u00e9r\u00e9s, gravement divis\u00e9s sur l\u2019Affaire, vont s\u2019appuyer sur la gauche et finalement perdre le pouvoir au profit des radicaux. Le centrisme n\u2019est plus possible, il faut \u00eatre \u00e0 gauche ou \u00e0 droite et le gouvernement en fait vite l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je me battrai devant Paris, je me battrai dans Paris, je me battrai derri\u00e8re Paris\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2609\" class=\"cit-num\">2609<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), printemps 1918.<em> Les Grandes Heures de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1968), Robert Aron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re Guerre mondiale. L\u2019offensive allemande du 27\u00a0mai sur le Chemin des Dames (lieu de sanglante m\u00e9moire) enfonce en quelques heures les positions franco-anglaises, fait une avanc\u00e9e de 20\u00a0km en un jour, franchit bient\u00f4t l\u2019Aisne et la Marne, cr\u00e9ant une nouvelle \u00ab\u00a0poche\u00a0\u00bb de 70\u00a0km sur 50.<\/p>\n<p>Foch, un moment contest\u00e9, est sauv\u00e9 par Clemenceau arriv\u00e9 au pouvoir en novembre 1917, en dernier recours. Et les Alli\u00e9s re\u00e7oivent d\u2019Am\u00e9rique les renforts pr\u00e9vus, en hommes et en mat\u00e9riel. D\u2019o\u00f9 la contre-offensive men\u00e9e par Foch\u00a0: seconde bataille de la Marne, d\u00e9clench\u00e9e le 18\u00a0juillet. Les chars d\u2019assaut (tanks) sont pour la premi\u00e8re fois utilis\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle. Ils enfoncent les barbel\u00e9s allemands en un rien de temps. Cette fois, la victoire est plus rapide qu\u2019esp\u00e9r\u00e9\u00a0: la guerre d\u2019usure a physiquement et moralement atteint l\u2019arm\u00e9e allemande. D\u00e9faite le 8\u00a0ao\u00fbt \u00e0 Montdidier, elle commence une retraite g\u00e9n\u00e9rale. Malgr\u00e9 tout, ce ne sera jamais la d\u00e9b\u00e2cle, seulement le recul pied \u00e0 pied, sur le terrain peu \u00e0 peu reconquis.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/ww2.jpg\" width=\"800\" height=\"455\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Seconde Guerre Mondiale<\/h4>\n<p>Malgr\u00e9 les d\u00e9clarations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de Paul Reynaud, le gouvernement quitte Paris pour se replier \u00e0 Tours, Bordeaux, puis Vichy, la capitale tombant aux mains des Allemands (14 juin 1940). La r\u00e9sistance commence, de plus en plus combattante. \u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb vit \u00e0 nouveau des heures historiques et manque d\u2019\u00eatre br\u00fbl\u00e9 sur ordre d\u2019Hitler, juste avant la Lib\u00e9ration (suite au d\u00e9barquement des Alli\u00e9s en Normandie) et le retour du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, acclam\u00e9 par la foule en d\u00e9lire (25 et 26 ao\u00fbt 1944).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le gouvernement restera \u00e0 Paris\u00a0; m\u00eame sous le bombardement. Si Paris est pris, on ira ailleurs. S\u2019il le faut, nous nous retirerons sur un cuirass\u00e9 et nous croiserons, avec la flotte, en vue des c\u00f4tes de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2740\" class=\"cit-num\">2740<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), Allocution \u00e0 la radio, 16\u00a0mai 1940. <em>Au c\u0153ur de la m\u00eal\u00e9e<\/em> (1951), Paul Reynaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chef du gouvernement multiplie les d\u00e9clarations imprudentes. Apr\u00e8s la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb qui n\u2019est qu\u2019attente, voici la \u00ab\u00a0guerre \u00e9clair\u00a0\u00bb (<em>Blitzkrieg<\/em>). L\u2019Allemagne a envahi les trois pays neutres\u00a0: Luxembourg, Belgique, Pays-Bas. Le 10\u00a0mai, ses blind\u00e9s attaquent la France par les Ardennes et percent le front \u00e0 Sedan. L\u2019arme absolue de la Wehrmacht est la <em>Panzerdivision<\/em>, unit\u00e9 autonome d\u2019environ 300 chars, avec troupes d\u2019assaut motoris\u00e9es, artillerie tract\u00e9e, ravitaillement par air, le tout alliant puissance et mobilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas deux cents kilom\u00e8tres entre Paris et l\u2019\u00e9tranger, six jours de marche, trois heures d\u2019auto, une heure d\u2019avion. Un seul revers aux sources de l\u2019Oise, voil\u00e0 le Louvre \u00e0 port\u00e9e de camion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2741\" class=\"cit-num\">2741<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>Vers l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier<\/em> (1934)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce livre de strat\u00e9gie militaire, de Gaulle pr\u00e9conise d\u00e9j\u00e0 une arm\u00e9e motoris\u00e9e et blind\u00e9e, mais il n\u2019a pas l\u2019oreille du pouvoir, alors qu\u2019en Allemagne, le g\u00e9n\u00e9ral Guderian, th\u00e9oricien des chars, peut \u00e9quiper de fa\u00e7on ultramoderne une arm\u00e9e dont il prend le commandement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous lutterons en avant de Paris, nous lutterons en arri\u00e8re de Paris, nous nous enfermerons dans une de nos provinces et, si nous en sommes chass\u00e9s, nous irons en Afrique du Nord et, au besoin, dans nos possessions d\u2019Am\u00e9rique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2747\" class=\"cit-num\">2747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), Message \u00e0 <span class=\"caps\">F.D.<\/span> Roosevelt, 10\u00a0juin 1940. <em>Franklin Roosevelt et la France, 1939-1945<\/em> (1988), Andr\u00e9 B\u00e9ziat<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le jour o\u00f9 le gouvernement quitte la capitale pour se replier sur Tours, puis Bordeaux, bient\u00f4t Vichy. Paris, d\u00e9clar\u00e9e ville ouverte par Weygand, tombe aux mains des Allemands le 14\u00a0juin.<\/p>\n<p>Le gouvernement tombera aussi, le 16\u00a0: cette r\u00e9sistance voulue par Paul Reynaud (et que seul de Gaulle pourra imposer), la majorit\u00e9 du cabinet la refuse, \u00e0 l\u2019image du pays matraqu\u00e9 par la catastrophe. Laval et Darlan, hors minist\u00e8re, font pression sur les ministres en faveur de la capitulation. Deux grands militaires de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, P\u00e9tain et Weygand, l\u2019un mar\u00e9chal, et l\u2019autre g\u00e9n\u00e9ral, la souhaitent aussi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La manifestation des \u00e9tudiants de Paris se portant en cort\u00e8ge derri\u00e8re \u00ab\u00a0deux gaules\u00a0\u00bb le 11\u00a0novembre [1940] \u00e0 l\u2019Arc de Triomphe et dispers\u00e9e par la Wehrmarcht \u00e0 coups de fusil et de mitrailleuse donnait une note \u00e9mouvante et r\u00e9confortante.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2774\" class=\"cit-num\">2774<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0I, <em>L\u2019Appel, 1940-1942<\/em> (1954)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re manifestation de foule, premier acte de r\u00e9sistance public dans la capitale, ce 11\u00a0novembre 1940.<\/p>\n<p>De Gaulle, inconnu il y a cinq mois, devenu le sauveur pour une partie des Fran\u00e7ais, comment expliquer cela\u00a0? \u00ab\u00a0Vous savez, en 1940, j\u2019ai eu de fameux alli\u00e9s\u00a0: les Allemands. S\u2019ils s\u2019\u00e9taient content\u00e9s d\u2019occuper les c\u00f4tes de la Manche et de l\u2019Atlantique, si ailleurs ils avaient fait de l\u2019occupation invisible [\u2026] les Fran\u00e7ais se seraient install\u00e9s confortablement dans le d\u00e9sastre et rien ni personne n\u2019aurait pu leur faire prendre part \u00e0 aucune guerre [\u2026] Il y avait aussi la politique\u00a0! P\u00e9tain a fait de l\u2019anti-d\u00e9mocratie, de l\u2019antis\u00e9mitisme, de l\u2019anti-libert\u00e9, tout ce qu\u2019il fallait pour d\u00e9ranger les Fran\u00e7ais dans leurs habitudes. Il faut prendre garde quand on d\u00e9range les Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Roger St\u00e9phane, <em>Tout est bien<\/em>, 1989).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous salue ma France o\u00f9 le peuple est habile<br>\u00c0 ces travaux qui font les jours \u00e9merveill\u00e9s<br>Et que l\u2019on vient de loin saluer dans sa ville<br>Paris mon c\u0153ur trois ans vainement fusill\u00e9 [\u2026]<br>Ma France d\u2019au-del\u00e0 le d\u00e9luge, salut\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2803\" class=\"cit-num\">2803<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), \u00ab\u00a0Je vous salue ma France\u2026\u00a0\u00bb (1943). <em>L\u2019\u0153uvre po\u00e9tique<\/em>, volume\u00a0X (1974), Aragon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aragon s\u2019est engag\u00e9, communiste d\u2019abord, r\u00e9sistant ensuite. Ses vers, \u0153uvres de circonstance au meilleur sens du terme, sont cit\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 la radio de Londres.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 clandestinement, ce po\u00e8me s\u2019adresse aux prisonniers et aux d\u00e9port\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque vous reviendrez car il faut revenir\u00a0\/ Il y aura des fleurs tant que vous en voudrez\u00a0\/ Il y aura des fleurs couleur de l\u2019avenir\u00a0\/ [\u2026] Je vous salue ma France arrach\u00e9e aux fant\u00f4mes\u00a0\/ \u00d4 rendue \u00e0 la paix vaisseau sauv\u00e9 des eaux\u00a0\/ Pays qui chante Orl\u00e9ans Beaugency Vend\u00f4me\u00a0\/ Cloches cloches sonnez l\u2019ang\u00e9lus des oiseaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2811\" class=\"cit-num\">2811<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">ARAGON<\/span> (1897-1982), <em>Les Yeux d\u2019Elsa<\/em>, \u00ab\u00a0Plus belle que les larmes\u00a0\u00bb (1942)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paris se soul\u00e8ve, le 18\u00a0ao\u00fbt 1944\u00a0: fusillade au pont des Arts. Le 19, la police parisienne (cens\u00e9e ob\u00e9ir au gouvernement de Vichy, qui n\u2019existe plus depuis le 18) se met en gr\u00e8ve, barricad\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9fecture de police. Le Comit\u00e9 parisien de lib\u00e9ration, o\u00f9 les communistes dominent avec un sens de l\u2019organisation qui leur est propre, veut prouver au monde, aux Alli\u00e9s et aux Allemands que le peuple de Paris peut se lib\u00e9rer lui-m\u00eame. Mais les <span class=\"caps\">FFI<\/span> (Forces fran\u00e7aises de l\u2019int\u00e9rieur, regroupant tous les mouvements de la R\u00e9sistance arm\u00e9e en France) manquent de moyens, et le commandement allemand, lui, a encore les moyens de d\u00e9truire la ville, et d\u2019\u00e9craser ses d\u00e9fenseurs. Une tr\u00eave est sign\u00e9e, rompue par la R\u00e9sistance (colonel Rol-Tanguy, chef des <span class=\"caps\">FTP<\/span>, Francs-tireurs et partisans), et les combats de rue reprennent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris br\u00fble-t-il\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2812\" class=\"cit-num\">2812<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adolf <span class=\"caps\">HITLER<\/span> (1889-1945) \u00e0 Dietrich von Choltitz, 24\u00a0ao\u00fbt 1944. Titre du film (1966) de Ren\u00e9 Cl\u00e9ment (1913-1996), tir\u00e9 du best-seller \u00e9ponyme (1965) de Larry Collins (1929-2005) et Dominique Lapierre (n\u00e9 en 1931), sur la lib\u00e9ration de Paris\u00a0: l\u2019un des plus beaux et longs g\u00e9n\u00e9riques de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, comme si, vingt ans apr\u00e8s, toute la profession avait \u00e0 c\u0153ur de participer \u00e0 ce film \u00e9v\u00e9nement<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Brennt Paris\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb C\u2019est moins une question qu\u2019un ordre du F\u00fchrer au g\u00e9n\u00e9ral allemand, gouverneur militaire de Paris.<\/p>\n<p>Von Choltitz h\u00e9site, ce 24\u00a0ao\u00fbt, dans Paris insurg\u00e9. De Gaulle de son c\u00f4t\u00e9 a instamment demand\u00e9 \u00e0 Eisenhower de h\u00e2ter la lib\u00e9ration de Paris pour \u00e9viter le drame et Leclerc, avec sa 2e <span class=\"caps\">DB<\/span> (division blind\u00e9e), peut enfin marcher vers Paris.<\/p>\n<p>Paris ne br\u00fblera pas\u00a0: apr\u00e8s intervention du consul de Su\u00e8de, von Choltitz \u00e9lude l\u2019ordre qu\u2019il trouve absurde\u00a0: faire sauter les ponts et les \u00e9difices qui \u00e9taient min\u00e9s, et raser la capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Division de fer<br>Toujours en avant<br>Les gars de Leclerc<br>Passent en chantant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2813\" class=\"cit-num\">2813<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">LEDUR<\/span> (1904-1975) et Victor <span class=\"caps\">CLOWEZ<\/span> (1908-1973), paroles, <em>Marche officielle de la Division Leclerc<\/em> (refrain)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Leclerc entre dans Paris \u00e0 la t\u00eate de ses troupes (2e division blind\u00e9e) qui chantent\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s le Tchad, l\u2019Angleterre et la France\u00a0\/ Le grand chemin qui m\u00e8ne vers Paris\u00a0\/ Le c\u0153ur joyeux, tout gonfl\u00e9 d\u2019esp\u00e9rance\u00a0\/ Ils ont suivi la gloire qui les conduit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La reddition est sign\u00e9e par Leclerc, von Choltitz et Rol-Tanguy au nom des <span class=\"caps\">FFI<\/span> le 25\u00a0ao\u00fbt 1944, grand jour de la Lib\u00e9ration, \u0153uvre des Fran\u00e7ais de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur, symbole dont toutes les radios du monde vont se faire l\u2019\u00e9cho.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas \u00e0 proclamer la R\u00e9publique. Elle n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019exister.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2814\" class=\"cit-num\">2814<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), \u00e0 Georges Bidault, H\u00f4tel de Ville de Paris, 26\u00a0ao\u00fbt 1944. <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, <em>L\u2019Unit\u00e9, 1942-1944<\/em> (1956), Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bidault est pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">CNR<\/span> (Conseil national de la R\u00e9sistance) depuis la mort de Jean Moulin, et de Gaulle est venu \u00e0 Paris pour y installer le <span class=\"caps\">GPRF<\/span> (Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise).<\/p>\n<p>La foule en d\u00e9lire l\u2019a acclam\u00e9, la veille\u00a0: \u00ab\u00a0Devant moi, les Champs-\u00c9lys\u00e9es. Ah\u00a0! c\u2019est la mer\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00e9crira-t-il dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, \u00e9voquant ce qui est sans doute le plus beau jour de sa vie. Il a dit son \u00e9motion devant Paris, ces mots devenus c\u00e9l\u00e8bres\u00a0: \u00ab\u00a0Paris outrag\u00e9\u00a0! Paris bris\u00e9\u00a0! Paris martyris\u00e9\u00a0! mais Paris lib\u00e9r\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cependant le droit ne perd jamais ses droits, dans l\u2019esprit du g\u00e9n\u00e9ral\u00a0! Il refuse donc de \u00ab\u00a0proclamer la R\u00e9publique\u00a0\u00bb\u00a0: elle ne vient pas de ressusciter, il en a assur\u00e9 la survie hors m\u00e9tropole, la continuit\u00e9 \u00e0 Londres, puis \u00e0 Alger. Une ordonnance du 9\u00a0ao\u00fbt vient d\u2019affirmer cette permanence de la R\u00e9publique, frappant de nullit\u00e9 tous les actes du gouvernement de Vichy. Mais il y a un ab\u00eeme entre le droit et les faits, d\u2019o\u00f9 les probl\u00e8mes du <span class=\"caps\">GPRF<\/span> et de son chef, dans les mois \u00e0 venir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/bus_in_paris_1950.jpg\" width=\"800\" height=\"574\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s-guerre, les Fran\u00e7ais s\u2019unissent pour gagner la bataille de la reconstruction et de la production, mais le scandale des \u00ab\u00a0laiss\u00e9s-pour-compte de la croissance\u00a0\u00bb est trop visible \u00e0 Paris et r\u00e9voltant, d\u2019o\u00f9 des initiatives priv\u00e9es de solidarit\u00e9 qui frappent l\u2019opinion. La guerre d\u2019Alg\u00e9rie (qui ne dit pas encore sans nom) divise bient\u00f4t les Fran\u00e7ais, des rumeurs de putsch militaire courent dans la capitale et la presse la plus s\u00e9rieuse s\u2019en fait l\u2019\u00e9cho. Il est temps de rappeler de Gaulle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les saints vont en enfer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2884\" class=\"cit-num\">2884<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Gilbert <span class=\"caps\">CESBRON<\/span> (1913-1979), titre de son roman (1952)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Livre \u00e0 succ\u00e8s sign\u00e9 d\u2019un \u00e9crivain catholique, il d\u00e9crit l\u2019aventure des pr\u00eatres-ouvriers. D\u00e8s 1941, le P\u00e8re Loew, un dominicain de Marseille, s\u2019est fait embaucher comme docker pour conna\u00eetre de l\u2019int\u00e9rieur le monde du travail. La Mission de Paris est cr\u00e9\u00e9e en 1944. Son but\u00a0: convertir les ouvriers. En 1952, la Mission compte une centaine de pr\u00eatres-ouvriers qui s\u2019activent \u00e0 Paris, en r\u00e9gion parisienne et dans les grandes villes, les usines, les chantiers. Mais en 1953, Rome va condamner brutalement ce mouvement, pour cause de politisation et d\u2019engagement syndical.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mes amis, au secours\u00a0! Une femme vient de mourir de froid sur le trottoir du boulevard de S\u00e9bastopol. Elle serrait dans ses mains le papier par lequel on l\u2019avait expuls\u00e9e de son logement. Chaque nuit dans Paris, ils sont plus de deux mille \u00e0 geler dans la nuit, sans toit, sans pain.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2887\" class=\"cit-num\">2887<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Abb\u00e9 <span class=\"caps\">PIERRE<\/span> (1912-2007), Premiers mots de l\u2019appel lanc\u00e9 \u00e0 la radio dans l\u2019hiver 1954. <em>Emma\u00fcs et l\u2019abb\u00e9 Pierre<\/em> (2008), Axelle Brodiez-Dolino<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>1er\u00a0f\u00e9vrier. Ce soir-l\u00e0, dans un grand \u00e9lan de col\u00e8re, l\u2019abb\u00e9 Pierre fonce \u00e0 Radio Luxembourg et s\u2019empare du micro. Ce pr\u00eatre catholique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9sistant pendant la guerre et d\u00e9put\u00e9 <span class=\"caps\">MRP<\/span> jusqu\u2019en 1951, avant de renouer avec sa vocation premi\u00e8re de pr\u00eatre aum\u00f4nier, dans le cadre du Mouvement Emma\u00fcs, organisation caritative la\u00efque, cr\u00e9\u00e9e en 1949.<\/p>\n<p>L\u2019abb\u00e9 Pierre demande que le soir m\u00eame, dans tous les quartiers de Paris, s\u2019ouvrent des centres de d\u00e9pannage, qu\u2019on y apporte couvertures, paille, pour accueillir tous ceux qui souffrent quels qu\u2019ils soient, et qu\u2019ils puissent y dormir, y manger, reprendre espoir, savoir qu\u2019on les aime et qu\u2019on ne les laissera pas mourir. C\u2019est la mis\u00e8re des laiss\u00e9s-pour-compte de la croissance \u00e9conomique. Trente ans plus tard, Coluche lancera ses \u00ab\u00a0Restos du c\u0153ur\u00a0\u00bb. Le quart-monde existe toujours et chaque \u00e9poque cr\u00e9e ses nouveaux pauvres, en d\u00e9pit des minima sociaux et des secours publics.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Deux pouvoirs s\u2019instaurent\u00a0: le pouvoir l\u00e9gal \u00e0 Paris et le pouvoir militaire \u00e0 Alger. Un troisi\u00e8me, le pouvoir moral, celui du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, est encore \u00e0 Colombey.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2921\" class=\"cit-num\">2921<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">FAUVET<\/span> (1914-2002), <em>La Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1959)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De Gaulle, retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique peu apr\u00e8s la guerre (20 janvier 1946), tr\u00e8s hostile au r\u00e9gime des partis de la Quatri\u00e8me, se tient en r\u00e9serve de la R\u00e9publique et sent son heure enfin revenue\u00a0: oui, la France a besoin de lui\u00a0! On imagine comme il a d\u00fb peser chaque mot de son premier communiqu\u00e9 \u00e0 la presse\u00a0: \u00ab\u00a0Nagu\u00e8re, le pays, dans ses profondeurs, m\u2019a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu\u2019\u00e0 son salut. Aujourd\u2019hui, devant les \u00e9preuves qui montent de nouveau vers lui, qu\u2019il sache que je me tiens pr\u00eat \u00e0 assumer les pouvoirs de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens arm\u00e9s de grands principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2924\" class=\"cit-num\">2924<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>L\u2019Express<\/em>, 12\u00a0juin 1958, <em>Bloc-notes, 1958-1960<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> (1961)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours des journ\u00e9es de mai\u00a01958, l\u2019id\u00e9e s\u2019est r\u00e9pandue d\u2019un d\u00e9nouement possible de la crise par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d\u2019Alg\u00e9rie pourraient d\u00e9barquer, faire jonction avec les r\u00e9seaux favorables \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise en m\u00e9tropole, les putschistes b\u00e9n\u00e9ficiant m\u00eame de complicit\u00e9s dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat. Le 28\u00a0mai, \u00e0 Paris, une foule immense et pacifique va d\u00e9filer de la Nation \u00e0 la R\u00e9publique, conspuant les paras et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme ne passera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mauriac qui en rend compte d\u00e9nonce le danger fasciste dans <em>L\u2019Express<\/em>, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace va pr\u00e9cipiter la solution de Gaulle, recours \u00e0 l\u2019ultime sauveur. Pour Mauriac, c\u2019est l\u2019homme du destin, l\u2019homme de la gr\u00e2ce, le garant de l\u2019unit\u00e9 du pays. D\u00e8s lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionn\u00e9es le conduisent \u00e0 quitter <em>L\u2019Express<\/em> pour <em>Le Figaro litt\u00e9raire<\/em>, trop heureux d\u2019accueillir d\u00e9sormais son <em>Bloc-notes<\/em>, publi\u00e9 plus tard en quatre recueils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident au Parlement, 29\u00a0mai 1958. <em>Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s qui entonnent <em>La Marseillaise<\/em> \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages, et m\u00eame \u00e0 la lettre de la Constitution.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/mai_68.jpg\" width=\"800\" height=\"695\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/h4>\n<p>La Constitution donne enfin un chef \u00e0 l\u2019\u00c9tat, mais de Gaulle va devoir affronter Mai 68. Cette r\u00e9volte \u00e9tudiante, essentiellement parisienne \u00e0 l\u2019origine, va bloquer tout le pays. Le pr\u00e9sident comprend mal le ph\u00e9nom\u00e8ne \u2013 il n\u2019est pas le seul, mais il doit en finir avec la \u00ab\u00a0chienlit\u00a0\u00bb. L\u2019urbanisme change Paris pour le pire (les \u00ab\u00a0ann\u00e9es b\u00e9ton\u00a0\u00bb) et le meilleur (les \u00ab\u00a0Grands travaux\u00a0\u00bb sous les deux septennats de Mitterrand). Le nouveau statut du maire \u00e9lu donne l\u2019occasion \u00e0 Chirac de parfaire sa popularit\u00e9, d\u2019en abuser parfois et d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guide de la France, et chef de l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain, j\u2019exercerai le pouvoir supr\u00eame dans toute l\u2019\u00e9tendue qu\u2019il comporte d\u00e9sormais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2982\" class=\"cit-num\">2982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 28\u00a0d\u00e9cembre 1958.<em> Les Id\u00e9es constitutionnelles du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle<\/em> (1974), Jean Louis Debr\u00e9, Charles de Gaulle<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019\u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le 21\u00a0d\u00e9cembre. La nouvelle Constitution, ratifi\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum du 28\u00a0septembre avec pr\u00e8s de 80\u00a0% de oui et promulgu\u00e9e le 4\u00a0octobre, fonde le nouveau r\u00e9gime (pr\u00e9sidentiel) de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, confiant au chef de l\u2019\u00c9tat les quatre attributions fondamentales, sans aucune obligation de contreseing minist\u00e9riel\u00a0: nomination du Premier ministre, dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, recours au r\u00e9f\u00e9rendum et mise en jeu des pouvoirs sp\u00e9ciaux en cas de crise. \u00ab\u00a0Ch\u00e8que en blanc\u00a0\u00bb, titre <em>Le\u00a0Monde<\/em>.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 quoi de Gaulle va r\u00e9gler la question alg\u00e9rienne et gouverner r\u00e9ellement la France, envers et contre tous les partis et les oppositions, avant d\u2019affronter un dernier combat\u00a0: Mai 68 et les barricades \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jour J [3\u00a0mai] et heure H [16\u00a0h\u00a050], embarquement des \u00e9tudiants de la Sorbonne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3041\" class=\"cit-num\">3041<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Maurice <span class=\"caps\">GRIMAUD<\/span> (1913-2009), <em>En mai, fais ce qu\u2019il te pla\u00eet<\/em> (1977)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9fet de police de Paris en mai\u00a01968, selon lui tout commence alors.<\/p>\n<p>Un meeting de protestation est pr\u00e9vu dans la cour du plus c\u00e9l\u00e8bre b\u00e2timent universitaire de Paris, au c\u0153ur du Quartier latin\u00a0: contre la convocation devant le conseil de discipline de l\u2019universit\u00e9 de Nanterre des meneurs du 22\u00a0mars, dont Cohn-Bendit.<\/p>\n<p>La police, appel\u00e9e par le recteur, intervient pour emp\u00eacher le meeting et \u00e9vacue les lieux sans faire le d\u00e9tail\u00a0: 500 personnes embarqu\u00e9es, manifestants et meneurs m\u00eal\u00e9s aux badauds et curieux.<\/p>\n<p>La nouvelle se r\u00e9pand. 2\u00a0000 manifestants accourent au Quartier latin. Des lyc\u00e9ens, des \u00e9tudiants d\u00e9couvrent l\u2019ivresse de la violence. Et c\u2019est le sc\u00e9nario qui va devenir classique\u00a0: pav\u00e9s, cocktails Molotov, grenades lacrymog\u00e8nes, matraques.<br>Bilan officiel du 3\u00a0mai\u00a0: 805 bless\u00e9s dont 345 parmi les forces de police. Le bilan officieux est plus accablant.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">Sous les pav\u00e9s, la plage.<br>L\u2019aboutissement de toute pens\u00e9e, c\u2019est le pav\u00e9.<span id=\"3044\" class=\"cit-num\">3044<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogans de la nuit du 10 au 11\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premi\u00e8re nuit d\u2019\u00e9meute, dite \u00ab\u00a0nuit des Barricades\u00a0\u00bb\u00a0: des dizaines se dressent, barrant petites rues et grandes art\u00e8res du Quartier latin (boulevard Saint-Michel, rue Gay-Lussac), entassements de voitures et pav\u00e9s, arbres et palissades, mat\u00e9riaux vol\u00e9s aux chantiers voisins.<\/p>\n<p>Samedi\u00a011, aux aurores et en trois heures de combat, la police vient \u00e0 bout de la r\u00e9sistance \u00e9tudiante\u00a0: centaines de bless\u00e9s, d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels consid\u00e9rables. L\u2019opinion bascule du c\u00f4t\u00e9 des jeunes et juge la police plus s\u00e9v\u00e8rement que les manifestants. R\u00e9cits vibrants, rumeurs incontr\u00f4lables, fracas de gu\u00e9rilla sur les ondes radio font croire au pays que le c\u0153ur de Paris est en guerre.<\/p>\n<p>Les centrales ouvri\u00e8res et la <span class=\"caps\">FEN<\/span> (F\u00e9d\u00e9ration de l\u2019\u00e9ducation nationale, appel\u00e9e la forteresse enseignante pour son pouvoir) appellent \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pour le surlendemain, lundi 13\u00a0mai.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que la Sorbonne serait librement ouverte \u00e0 partir de lundi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3045\" class=\"cit-num\">3045<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), Discours radiodiffus\u00e9, samedi 11\u00a0mai 1968, 23\u00a0heures. <em>L\u2019\u00c9lys\u00e9e en p\u00e9ril<\/em> (2008), Philippe Alexandre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Premier ministre, de retour d\u2019un voyage en Afghanistan, joue la carte de la d\u00e9tente, annon\u00e7ant aussi la lib\u00e9ration prochaine des \u00e9tudiants arr\u00eat\u00e9s le 3\u00a0mai et condamn\u00e9s le 5. Il retire la police de la Sorbonne pour que les cours reprennent. Mais\u2026 le mois de mai ne fait que commencer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En moins d\u2019une semaine, dans un printemps sans histoire, une temp\u00eate fait lever sur Paris les pav\u00e9s de l\u2019\u00e9meute, les mousquetons du pouvoir et les id\u00e9es de tout le monde. Une partie de la jeunesse fran\u00e7aise a d\u00e9clar\u00e9 sa guerre. Elle l\u2019a d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 tous, faute de savoir \u00e0 qui.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3048\" class=\"cit-num\">3048<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019Express<\/em>, 13\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier r\u00e9sum\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements et premi\u00e8re question existentielle \u2013 dont personne ne pourra vraiment donner la r\u00e9ponse, malgr\u00e9 les flots de commentaires \u00e9crits, parl\u00e9s, pens\u00e9s \u00e0 l\u2019infini. Le happening continue, dans le g\u00e9nie de l\u2019improvisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9cr\u00e9ation est finie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3056\" class=\"cit-num\">3056<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Orly, samedi 18\u00a0mai 1968. <em>Mai\u00a068 et la question de la r\u00e9volution<\/em> (1988), Pierre Hempel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9barquant d\u2019avion, de retour de Roumanie avec douze heures d\u2019avance. Il dit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Ces jeunes gens sont pleins de vitalit\u00e9. Envoyez-les donc construire des routes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9forme, oui, la chienlit, non.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3057\" class=\"cit-num\">3057<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Bureau de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, dimanche matin, 19\u00a0mai 1968. <em>Le Printemps des enrag\u00e9s<\/em> (1968), Christian Charri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Formule rapport\u00e9e par Georges Gorse, ministre de l\u2019Information, et confirm\u00e9e par Pompidou, Premier ministre. Le pr\u00e9sident r\u00e9unit les responsables de l\u2019ordre qui n\u2019existe plus, demande le nettoyage imm\u00e9diat de la Sorbonne et de l\u2019Od\u00e9on. Cela risque de d\u00e9clencher un engrenage de violences et ses interlocuteurs obtiennent un sursis d\u2019ex\u00e9cution. Il faut \u00e9viter l\u2019irr\u00e9parable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">La chienlit, c\u2019est lui.<span id=\"3058\" class=\"cit-num\">3058<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Slogan sous une marionnette en habit de g\u00e9n\u00e9ral aux Beaux-Arts, 20\u00a0mai 1968<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chienlit\u00a0? Ce sont surtout 6 \u00e0 10\u00a0millions de gr\u00e9vistes. Et tout ce qui s\u2019ensuit\u00a0: usines occup\u00e9es, essence rationn\u00e9e, centres postaux bloqu\u00e9s, banques ferm\u00e9es. Les m\u00e9nag\u00e8res stockent. Les caf\u00e9s sont pleins. La parole se d\u00e9cha\u00eene jusque dans les \u00e9glises. La moindre petite ville a son mini-Od\u00e9on et sa micro-Sorbonne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je demande \u00e0 Paris de vomir cette p\u00e8gre qui la d\u00e9shonore [\u2026] p\u00e8gre qui sort des bas-fonds de Paris et qui est v\u00e9ritablement enrag\u00e9e, dissimul\u00e9e derri\u00e8re les \u00e9tudiants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3067\" class=\"cit-num\">3067<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Christian <span class=\"caps\">FOUCHET<\/span> (1911-1974), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, D\u00e9claration aux journalistes, \u00e0 l\u2019aube du 25\u00a0mai 1968. <em>Le Printemps des enrag\u00e9s<\/em> (1968), Christian Charri\u00e8re<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nouvelle nuit d\u2019\u00e9meutes \u00e0 Paris\u00a0: des mouvements extr\u00e9mistes et anarchistes sont rejoints par les bandes de \u00ab\u00a0loubards\u00a0\u00bb de la banlieue. Chaque groupe, lanc\u00e9 \u00e0 travers la capitale, improvise sa manif et se demande quel symbole de la soci\u00e9t\u00e9 il faut d\u2019abord d\u00e9truire. La Bourse br\u00fble. La police est tenue en \u00e9chec au Quartier latin jusqu\u2019\u00e0 5\u00a0heures. Dans la matin\u00e9e du 25\u00a0mai, le Premier ministre Pompidou \u00e9voque \u00ab\u00a0une tentative \u00e9vidente de d\u00e9clencher la guerre civile.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019opinion avait cess\u00e9 de rire, d\u2019applaudir le d\u00e9sordre\u00a0; elle commen\u00e7ait \u00e0 avoir peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3068\" class=\"cit-num\">3068<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">BALLADUR<\/span> (n\u00e9 en 1929), <em>L\u2019Arbre de mai<\/em> (1979)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut dater cette peur du 25\u00a0mai. Apr\u00e8s la nuit d\u2019\u00e9meute en divers quartiers de Paris, le pr\u00e9fet de police Grimaud fait cette analyse (dans son livre t\u00e9moignage, <em>En mai, fais ce qu\u2019il te pla\u00eet<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0Du c\u00f4t\u00e9 des manifestants, ce ne sont plus les \u00e9tudiants exalt\u00e9s du 10\u00a0mai qui voulaient \u00ab\u00a0mourir sur les barricades\u00a0\u00bb et lib\u00e9rer la Sorbonne de l\u2019occupation polici\u00e8re, mais de petites troupes de gu\u00e9rilleros, tr\u00e8s mobiles, tr\u00e8s d\u00e9cid\u00e9es, rompues au harc\u00e8lement des forces de l\u2019ordre, \u00e0 l\u2019\u00e9dification rapide d\u2019obstacles, de barricades [\u2026] On a l\u2019impression que tout est en place pour des \u00e9meutes insurrectionnelles, si seulement l\u2019occasion surgit qui permette d\u2019entra\u00eener la masse \u00e9tudiante et, on l\u2019esp\u00e8re toujours, les ouvriers. Ce style nouveau est le fait des mouvements extr\u00e9mistes et anarchistes et, depuis quelques jours, s\u2019y sont jointes les bandes de \u00ab\u00a0loubards\u00a0\u00bb de la banlieue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis quelque chose comme trente ans que j\u2019ai affaire \u00e0 l\u2019histoire, il m\u2019est arriv\u00e9 quelquefois de me demander si je ne devais pas la quitter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3072\" class=\"cit-num\">3072<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Folle journ\u00e9e du 29\u00a0mai 1968\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral a disparu. Conseil des ministres de 10\u00a0heures d\u00e9command\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re minute. De Gaulle a quitt\u00e9 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, mais il n\u2019est pas \u00e0 Colombey\u00a0: \u00ab\u00a0Oui\u00a0! le 29\u00a0mai, j\u2019ai eu la tentation de me retirer. Et puis, en m\u00eame temps, j\u2019ai pens\u00e9 que, si je partais, la subversion mena\u00e7ante allait d\u00e9ferler et emporter la R\u00e9publique. Alors, une fois de plus, je me suis r\u00e9solu\u00a0\u00bb (Entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 7\u00a0juin).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mitterrand, c\u2019est rat\u00e9\u00a0! Les cocos, chez Mao\u00a0! Le Rouquin, \u00e0 P\u00e9kin\u00a0! Giscard, avec nous\u00a0! De Gaulle n\u2019est pas seul\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3075\" class=\"cit-num\">3075<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris scand\u00e9s par la foule sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, 30\u00a0mai 1968. <em>L\u2019Express<\/em>, \u00ab\u00a0Mai\u00a068, les archives secr\u00e8tes de la police\u00a0\u00bb, 19\u00a0mars 1998<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ils sont 300\u00a0000\u00a0ou 400\u00a0000 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du g\u00e9n\u00e9ral, dans une solidarit\u00e9 populaire presque spontan\u00e9e. En fait, la manifestation \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e, mais le succ\u00e8s est inesp\u00e9r\u00e9\u00a0: ce ne sont pas seulement les anciens combattants et les bourgeois du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0arrondissement qui d\u00e9filent, on voit aussi beaucoup de jeunes et des gens modestes. En t\u00eate du cort\u00e8ge, Malraux, Mauriac, diverses personnalit\u00e9s, et Debr\u00e9 le gaulliste de la premi\u00e8re heure peut clamer\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle n\u2019est pas seul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le 30\u00a0mai, en l\u2019espace de cinq minutes que dura l\u2019allocution du g\u00e9n\u00e9ral, la France changea de ma\u00eetre, de r\u00e9gime et de\u00a0si\u00e8cle. Avant 16\u00a0h\u00a030, on \u00e9tait \u00e0 Cuba. Apr\u00e8s 16\u00a0h\u00a035, c\u2019\u00e9tait presque la Restauration.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3076\" class=\"cit-num\">3076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LACOUTURE<\/span> (n\u00e9 en 1921), <em>De Gaulle<\/em>, volume <span class=\"caps\">III<\/span>. <em>Le souverain<\/em> (1986)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le biographe exprime le ressaisissement du pouvoir, le revirement de l\u2019opinion, l\u2019incroyable rapidit\u00e9 du retour \u00e0 l\u2019ordre des choses. Jusqu\u2019\u00e0 la fin, Mai\u00a068 sera le plus surprenant des happenings.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Selon notre mani\u00e8re de compter, nous nous enrichirions en faisant des Tuileries un parking payant et de Notre-Dame un immeuble de bureaux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2948\" class=\"cit-num\">2948<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand de <span class=\"caps\">JOUVENEL<\/span> (1903-1987),<em> Arcadie\u00a0: Essais sur le mieux-vivre<\/em> (1968)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019urbanisme des \u00ab\u00a0ann\u00e9es b\u00e9ton\u00a0\u00bb a donn\u00e9 plus de confort aux classes jusqu\u2019alors tr\u00e8s d\u00e9favoris\u00e9es, mais \u00e9galement commis quelques crimes de l\u00e8se-civilisation, au centre ou aux abords des villes, \u00e0 commencer par la r\u00e9gion parisienne. Les barres de b\u00e9ton, les tours, les cit\u00e9s radieuses devenues des villes dortoirs et des banlieues repoussoirs, tout cela dessine un paysage remis en question, avec plus ou moins de moyens et de r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Seul de tous les pr\u00e9sidents, Fran\u00e7ois Mitterrand, passionn\u00e9 d\u2019architecture, m\u00e8nera une politique culturelle de \u00ab\u00a0Grands Travaux\u00a0\u00bb, lan\u00e7ant ou finalisant des projets litt\u00e9ralement monumentaux. <span class=\"caps\">BNF<\/span> (Biblioth\u00e8que nationale de France) r\u00eav\u00e9e comme \u00ab\u00a0la plus grande et la plus moderne du monde\u00a0\u00bb, G\u00e9ode dans le Parc de la Villette, Cit\u00e9 des sciences et de l\u2019industrie, Mus\u00e9e d\u2019Orsay (reconversion de l\u2019ancienne gare d\u2019Orsay en mus\u00e9e d\u2019art moderne, projet de <span class=\"caps\">VGE<\/span>), Institut du Monde arabe con\u00e7u par Jean Nouvel, Grand Louvre (avec l\u2019aile Richelieu reprise au minist\u00e8re des Finances) et Pyramide du Louvre sign\u00e9e du tr\u00e8s moderniste architecte Ieoh Ming Pei, Op\u00e9ra Bastille con\u00e7u par Carlos Ott et vou\u00e9 \u00e0 la musique \u00e0 la fois \u00ab\u00a0moderne et populaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France doit devenir un immense chantier de r\u00e9formes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3156\" class=\"cit-num\">3156<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), Conseil des ministres, 25\u00a0septembre 1974<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On lance d\u2019innombrables projets dans les premiers mois du septennat, certains aboutiront\u00a0: statut de la ville de Paris (qui retrouve un maire \u00e9lu et unique), mais aussi abaissement \u00e0 18\u00a0ans de l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9 (\u00e9lectorale et civile), \u00e9clatement de l\u2019<span class=\"caps\">ORTF<\/span>, simplification des proc\u00e9dures de divorce, loi sur l\u2019interruption volontaire de grossesse (<span class=\"caps\">IVG<\/span>) qui va d\u00e9cha\u00eener des passions.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Lorsque j\u2019engage un combat, il ne me vient pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je puisse le perdre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3177\" class=\"cit-num\">3177<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019). <em>L\u2019Express<\/em> (13\u00a0f\u00e9vrier 1978)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On reconna\u00eet l\u2019homme d\u2019action, une des principales qualit\u00e9s en politique. Pompidou, qui lui a donn\u00e9 sa premi\u00e8re chance au gouvernement et appr\u00e9ciait son efficacit\u00e9 de \u00ab\u00a0jeune loup\u00a0\u00bb, l\u2019appelait \u00ab\u00a0mon bulldozer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 25\u00a0mars 1977, \u00e0 45\u00a0ans, il remporte sa premi\u00e8re grande victoire \u00e0 une \u00e9lection\u00a0: la mairie de Paris. Il la doit indirectement \u00e0 son meilleur ennemi de droite, Giscard et sa r\u00e9forme du statut de la capitale. Paris n\u2019avait plus connu de maire depuis \u00c9tienne Arago, nomm\u00e9 le 4 septembre 1870 par le Gouvernement de la D\u00e9fense nationale et remplac\u00e9 le 15 novembre par Jules Ferry.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une personnalit\u00e9 politique ambitieuse est port\u00e9e, par le suffrage universel, \u00e0 un niveau o\u00f9 elle peut menacer la plus haute autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3178\" class=\"cit-num\">3178<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MATHIOT<\/span> (1909-1991), <em>Chronique<\/em>, 1977. <em>La Vie politique sous la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1987), Jacques Chapsal<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fort bien vu par ce professeur de droit public. La mairie de Paris va servir de tremplin aux ambitions de Jacques Chirac. Contre Giscard pr\u00e9sident, il a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de Premier ministre en ao\u00fbt\u00a01976 et fond\u00e9 en d\u00e9cembre son propre parti, le <span class=\"caps\">RPR<\/span> (Rassemblement pour la R\u00e9publique). Une machine de guerre \u00e0 son service. Il gagne donc cette mairie capitale et c\u2019est une victoire personnelle \u2013 il sera r\u00e9\u00e9lu, en\u00a01983 et\u00a01989.<\/p>\n<p>Dans ces municipales politis\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame, la droite chiraquienne triomphe \u00e0 Paris, mais la gauche l\u2019emporte dans l\u2019ensemble du pays\u00a0: elle contr\u00f4le \u00e0 pr\u00e9sent 71\u00a0% des villes de plus de 30\u00a0000 habitants, au lieu de 44\u00a0%.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019appr\u00e9cie plus le pain, le p\u00e2t\u00e9, le saucisson, que les limitations de vitesse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3180\" class=\"cit-num\">3180<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), <em>L\u2019Auto-Journal,<\/em> 1er\u00a0Ao\u00fbt 1977<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nouveau maire de Paris sait se rendre sympathique, avec un contact populaire inn\u00e9 (ou bien acquis) et un app\u00e9tit devenu l\u00e9gendaire. Il pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la plus haute des fonctions et s\u2019y pr\u00e9pare\u2026 La mairie est un bon poste, il va pourtant rester trop longtemps en pays conquis. \u00c9lu et r\u00e9\u00e9lu, avec une aura et une vraie cote de popularit\u00e9, il sera rattrap\u00e9 par \u00ab\u00a0les affaires\u00a0\u00bb \u2013 faute d\u2019avoir respect\u00e9 les \u00ab\u00a0limitations de vitesse\u00a0\u00bb, autrement dit, la loi.<\/p>\n<p>En attendant, dans le m\u00eame esprit et plus que jamais en campagne, \u00e0 la veille d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle tant d\u00e9sir\u00e9e, il s\u2019amuse \u00e0 r\u00e9pondre au journal <em>Lib\u00e9ration<\/em> (de gauche)\u00a0: \u00ab\u00a0Bien s\u00fbr que je suis de gauche\u00a0! Je mange de la choucroute et je bois de la bi\u00e8re\u00a0\u00bb (17\u00a0f\u00e9vrier 1995).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous allons terroriser les terroristes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3262\" class=\"cit-num\">3262<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Pasqua (1927-2015), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Chirac, mars\u00a01986. <em>Citations historiques expliqu\u00e9es\u00a0: des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2011), Jean-Paul Roig<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Climat de terreur \u00e0 Paris\u00a0: les attentats se multiplient et Pasqua r\u00e9p\u00e8te cette formule qui pla\u00eet \u00e0 l\u2019opinion publique et \u00e0 la presse. Au <span class=\"caps\">JT<\/span> d\u2019Antenne 2, le 12\u00a0avril, il en donnera une version <em>light<\/em> ou <em>soft\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 doit changer de camp et entre nous et les terroristes, la guerre est engag\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 7\u00a0ao\u00fbt, l\u2019Assembl\u00e9e vote les lois Pasqua, tr\u00e8s r\u00e9pressives. Mais \u00e0 la rentr\u00e9e, la vague terroriste recommence. L\u2019attentat le plus meurtrier, rue de Rennes, devant le magasin Tati, fait 7 morts, 51 bless\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1994 [on pourra] se baigner de nouveau dans la Seine. Et je serai le premier \u00e0 le faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3278\" class=\"cit-num\">3278<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">CHIRAC<\/span> (1932-2019), lors du l\u00e2cher de 5\u00a0000 brochets dans la Seine, 28\u00a0novembre 1988.<em> Le Nouvel Observateur<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole du maire de Paris. Chirac sera le prochain pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avec une conscience \u00e9cologique de plus en plus affirm\u00e9e. Sa Fondation, cr\u00e9\u00e9e apr\u00e8s sa retraite politique en 2008, prouve la sinc\u00e9rit\u00e9 de cet engagement.<\/p>\n<p>Il n\u2019est toujours pas possible de se baigner dans la Seine, en 2020. Mais la pollution diminue m\u00eame \u00e0 Paris et les poissons reviennent et les p\u00eacheurs. Il n\u2019est donc pas interdit de r\u00eaver \u00e0 des baigneurs, dans un avenir raisonnable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas un expert du 12e arrondissement, mais je l\u2019ai travers\u00e9 quand j\u2019ai couru le marathon de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3422\" class=\"cit-num\">3422<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Arno <span class=\"caps\">KLARSFELD<\/span> (n\u00e9 en 1965), \u00e0 la veille des \u00e9lections l\u00e9gislatives des 10 et 17\u00a0juin 2007<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une perle rare, dans la campagne. Pour cette d\u00e9claration qui ne vaut pas vraiment programme politique, le fringant avocat (fils de son p\u00e8re, Serge Klarsfeld) concourt au prix Press Club, humour et politique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la victoire de Sarkozy \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle le 6\u00a0mai, la commission d\u2019investiture de l\u2019<span class=\"caps\">UMP<\/span> le d\u00e9signe comme candidat aux \u00e9lections l\u00e9gislatives dans la huiti\u00e8me circonscription de Paris (12e\u00a0arrondissement), pour succ\u00e9der au d\u00e9put\u00e9 Jean de Gaulle (petit-fils du G\u00e9n\u00e9ral).<\/p>\n<p>D\u2019abord peu \u00e0 l\u2019aise dans ce r\u00f4le de candidat parachut\u00e9, accus\u00e9 \u00e0 juste titre par ses adversaires de ne pas habiter dans le secteur, il arrive en ballottage favorable au soir du premier tour, perdant finalement le second, contre la candidate socialiste Sandrine Mazetier (pr\u00e8s de 56\u00a0% des voix). La majorit\u00e9 sortante <span class=\"caps\">UMP<\/span> est reconduite, dans l\u2019\u00e9lan de la pr\u00e9sidentielle, mais avec un nombre de si\u00e8ges r\u00e9duit par rapport \u00e0 2002.<\/p>\n<p>Quant au marathonien, il sera occasionnellement conseiller du pr\u00e9sident, avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 au Conseil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Relevons le d\u00e9fi, en quelque 250 citations et deux \u00e9ditos de la Gaule \u00e0 nos jours, la R\u00e9volution servant souvent de c\u00e9sure \u00e0 nos chroniques. Les \u00e9lections municipales sont un bon pr\u00e9texte pour \u00e9voquer l\u2019histoire cette ville capitale et de son maire.Destination la plus populaire au monde, Paris bat son record de fr\u00e9quentation en 2017\u00a0: [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":173,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8628","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8628","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8628"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8628\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12348,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8628\/revisions\/12348"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8628"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8628"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8628"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}