{"id":8641,"date":"2020-06-29T00:00:00","date_gmt":"2020-06-28T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/si-paris-nous-etait-conte-du-moyen-age-au-siecle-des-lumieres\/"},"modified":"2025-08-12T08:39:43","modified_gmt":"2025-08-12T06:39:43","slug":"si-paris-nous-etait-conte-du-moyen-age-au-siecle-des-lumieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/si-paris-nous-etait-conte-du-moyen-age-au-siecle-des-lumieres\/","title":{"rendered":"Si Paris nous \u00e9tait cont\u00e9&#8230; (du Moyen \u00c2ge au Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res)"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paris_notre_dame.jpg\" width=\"800\" height=\"572\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p>Relevons le d\u00e9fi, en quelque 250 citations et deux \u00e9ditos de la Gaule \u00e0 nos jours, la R\u00e9volution servant souvent de c\u00e9sure \u00e0 nos chroniques. Les \u00e9lections municipales sont un bon pr\u00e9texte pour \u00e9voquer l\u2019histoire cette ville capitale et de son maire.<\/p>\n<p>Destination la plus populaire au monde, Paris bat son record de fr\u00e9quentation en 2017\u00a0: 23,6 millions d\u2019 \u00ab\u00a0arriv\u00e9es h\u00f4teli\u00e8res\u00a0\u00bb (devant Londres, Rome et New York). Son pass\u00e9 historique, ses monuments et ses mus\u00e9es, son art de vivre expliquent cet attrait.<\/p>\n<p>Paradoxe \u00e9tonnant, cette ville symbole de l\u2019ordre (royal ou r\u00e9publicain) dans une France tr\u00e8s centralis\u00e9e est la source permanente des \u00e9meutes, r\u00e9voltes, r\u00e9volutions et autres journ\u00e9es des Barricades\u00a0: \u00ab\u00a0Paris n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Paris se retrouve au rendez-vous des p\u00e9riodes tragiques\u00a0: Saint-Barth\u00e9lemy (1572), R\u00e9volution, si\u00e8ge de 1870 et Commune de 1871, r\u00e9sistance et Lib\u00e9ration, Mai 68. La Fronde (1648-1653) m\u00e9rite aussi d\u2019\u00eatre cont\u00e9e.<\/p>\n<p>La ville capitale est concurrenc\u00e9e par des rivales \u00e9pisodiques, choisies (le Versailles de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span>, mais aussi Soissons sous Clovis, Aix-la-Chapelle sous Charlemagne, les villes \u00e0 ch\u00e2teau du Val de Loire sous la Renaissance) ou impos\u00e9es par les guerres (Bourges avec la Guerre de Cent Ans, Bordeaux, Vichy, Versailles suite \u00e0 la Commune, m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne au <span class=\"caps\">XX<\/span>e s).<\/p>\n<p>Reste la concurrence s\u00e9culaire entre Paris et province, au fil des alternances de civilisation. Paroxysme r\u00e9volutionnaire et tragique\u00a0: la lutte entre Jacobins et Girondins. Mais les R\u00e9publiques \u00e0 venir seront aussi centralisatrices que la monarchie d\u2019Ancien R\u00e9giume. D\u2019o\u00f9 la \u00ab\u00a0macroc\u00e9phalie\u00a0\u00bb dont Paris souffre comme la province.<\/p>\n<p>Capitale culturelle depuis le Moyen \u00c2ge et la Renaissance, capitale politique et administrative incontest\u00e9e depuis Philippe Auguste (Cap\u00e9tiens), Ville Lumi\u00e8re depuis le <span class=\"caps\">XVII<\/span>e, mondaine et philosophique au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, m\u00e9tamorphos\u00e9e par l\u2019urbanisme du pr\u00e9fet Haussmann au Second Empire, lieu des Expositions universelles vitrines de la France \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e, Paris b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une politique de Grands Travaux sous Mitterrand.<\/p>\n<p>Signalons enfin le cas particulier du maire de Paris\u00a0: \u00ab\u00a0pr\u00e9v\u00f4t des marchands\u00a0\u00bb depuis le Moyen \u00c2ge (\u00c9tienne Marcel en r\u00e9volte contre le pouvoir royal), premier maire sous la R\u00e9volution (d\u00e9sign\u00e9 par acclamation ou nomm\u00e9), r\u00e9apparu en 1870-1871 (si\u00e8ge de Paris et Commune), il r\u00e9appara\u00eet sous la Cinqui\u00e8me, maire \u00e9lu depuis 1977 avec les trois mandats successifs de Jacques Chirac.<\/p>\n<p><span><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-21.jpg\" width=\"350\" height=\"129\" style=\"vertical-align: middle;margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paris_moyen_age.jpg\" width=\"702\" height=\"598\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Gaule et Moyen \u00c2ge<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s deux si\u00e8ges \u00e9prouvants et une croissance de mille ans, Paris se distingue comme foyer culturel et ville privil\u00e9gi\u00e9e des rois, malgr\u00e9 la d\u00e9plorable Affaire des Templiers, la premi\u00e8re r\u00e9volte parisienne contre le pouvoir royal men\u00e9e par le pr\u00e9v\u00f4t des marchands \u00c9tienne Marcel et avant l\u2019interminable Guerre de Cent Ans qui menace l\u2019existence m\u00eame de la France, le dauphin (futur Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>) devenant le d\u00e9risoire \u00ab\u00a0roi de Bourges\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0 les habitants se pr\u00e9paraient \u00e0 \u00e9vacuer leurs murs\u00a0; ils en sont dissuad\u00e9s par les assurances proph\u00e9tiques d\u2019une simple berg\u00e8re de Nanterre, Genevi\u00e8ve, devenue, depuis, la patronne de la capitale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"43\" class=\"cit-num\">43<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis-Pierre <span class=\"caps\">ANQUETIL<\/span> (1723-1806), <em>Histoire de France<\/em> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien Jules Michelet, lyrique pour \u00e9voquer Jeanne d\u2019Arc, ne consacre qu\u2019une ligne \u00e0 cette premi\u00e8re grande r\u00e9sistante (gauloise et parisienne) de l\u2019histoire\u00a0: \u00ab\u00a0Paris fut sauv\u00e9 par les pri\u00e8res de Sainte Genevi\u00e8ve.\u00a0\u00bb En r\u00e9alit\u00e9, Paris n\u2019est encore que Lut\u00e8ce, bourgade de 2\u00a0000 habitants, d\u00e9daign\u00e9e par Attila (\u00ab\u00a0le fl\u00e9au de Dieu\u00a0\u00bb) qui vient de piller Metz, Reims, Troyes, et fonce sur Orl\u00e9ans, en 451.<\/p>\n<p>Mais Genevi\u00e8ve sauvera r\u00e9ellement le futur Paris de la famine, lorsque les Francs assi\u00e8gent la ville en 465. Elle organise une exp\u00e9dition au moyen de bateaux qui, par la Seine, vont chercher le ravitaillement jusqu\u2019en Champagne. Clovis (devenu roi et chr\u00e9tien) et Clotilde (future sainte) lui voueront une grande v\u00e9n\u00e9ration. Elle mourra \u00e0 pr\u00e8s de 90\u00a0ans. La sainte patronne de Paris est f\u00eat\u00e9e le 3\u00a0janvier.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apprends, Germain, \u00e0 venir au secours de tes serviteurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"110\" class=\"cit-num\">110<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les d\u00e9fenseurs de Paris \u00e0 saint Germain, f\u00e9vrier 886. <em>Le Si\u00e8ge de Paris par les Normands<\/em> (posthume), Abbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au Moyen \u00c2ge tr\u00e8s chr\u00e9tien, Germain fut \u00e9v\u00eaque de Paris au <span class=\"caps\">VI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle et la cit\u00e9 se fait gloire de poss\u00e9der le corps du saint.<\/p>\n<p>L\u2019anarchie r\u00e8gne d\u00e9j\u00e0, quand survient une nouvelle calamit\u00e9 pour le royaume\u00a0: les vaisseaux normands (ou vikings), venus de Scandinavie, remontent par les fleuves \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres des Francs. Apr\u00e8s la prise d\u2019Amiens en 883, c\u2019est le si\u00e8ge de Paris en 886. Les Parisiens invoquent leur saint protecteur pour sauver leur ville, d\u00e9j\u00e0 deux fois prise et incendi\u00e9e, entre 856 et 861.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u00e8ve-toi, laisse l\u00e0 les craintes qui te font trembler, renonce \u00e0 fuir, vois tous ces gens pr\u00eats \u00e0 la bataille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"111\" class=\"cit-num\">111<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Saint germain (vers 496-vers 576), \u00e0 un malade.<em> Le Si\u00e8ge de Paris par les Normands<\/em> (posthume), Abbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Miracle relat\u00e9 par Abbon, moine de Saint-Germain des Pr\u00e9s, dans son livre devenu un petit classique de l\u2019histoire de France, r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019homme interpell\u00e9 est un noble dont la chair se gangr\u00e8ne et qui ne peut se lever pour combattre les Normands. Le saint lui appara\u00eet, lui parle. Aussit\u00f4t les plaies se gu\u00e9rissent et il peut reprendre le combat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tuez-moi. Voici ma t\u00eate\u00a0; ni pour or ni pour argent je ne marchanderai ma vie quand ceux-ci sont morts. Pourquoi me laisser vivre\u00a0? Votre cupidit\u00e9 en est pour ses frais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"112\" class=\"cit-num\">112<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Derni\u00e8res paroles d\u2019un d\u00e9fenseur de l\u2019une des tours de Paris, 6\u00a0f\u00e9vrier 886. <em>Le Si\u00e8ge de Paris par les Normands<\/em> (posthume), Abbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme est entour\u00e9 par les Normands (Vikings), ma\u00eetres de la tour qu\u2019il a d\u00e9fendue avec ses compagnons, tous morts en combattant. Ce guerrier pr\u00e9f\u00e8re la mort \u00e0 la captivit\u00e9 qui aurait pu se terminer par le versement d\u2019une ran\u00e7on.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb ponctuent l\u2019histoire, ultimes actes d\u2019h\u00e9ro\u00efsme dans les circonstances les plus dramatiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Partons, l\u2019heure est venue o\u00f9 nous nous saurons gr\u00e9 d\u2019\u00eatre partis d\u2019ici.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"113\" class=\"cit-num\">113<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">SIEGFRIED<\/span> (seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">IX<\/span>e si\u00e8cle), chef des Normands qui ont remont\u00e9 la Seine jusqu\u2019\u00e0 Paris, mars 886. <em>Le Si\u00e8ge de Paris par les Normands<\/em> (posthume), Abbon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant la farouche r\u00e9sistance des Parisiens et ayant d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u une somme de 60\u00a0livres d\u2019argent pur, Siegfried entra\u00eene ses guerriers \u00e0 lever le si\u00e8ge de la ville, craignant un revers du sort.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Laissez passer la justice du roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"121\" class=\"cit-num\">121<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Inscription sur les sacs o\u00f9 l\u2019on met les condamn\u00e9s \u00e0 mort pr\u00e9alablement \u00e9trangl\u00e9s, avant d\u2019\u00eatre jet\u00e9s \u00e0 l\u2019eau. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1839), Louis-Pierre Anquetil<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En pleine guerre de Cent Ans, la formule remonte au r\u00e8gne de Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>\u00a0le\u00a0Fol. Elle a (au moins) deux origines possibles.<\/p>\n<p>En 1417, le roi apprend que son \u00e9pouse Isabeau de Bavi\u00e8re, dont il eut 11 enfants, le trompe avec un certain chevalier Louis de Bourdon (ou Bois-Bourdon, ou Bosredon). Le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet en fait \u00e9tat\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi envoya apr\u00e8s lui le pr\u00e9v\u00f4t de Paris. [\u2026] Il fut par le commandement du roi tr\u00e8s fort questionn\u00e9, et depuis noy\u00e9 en Seine.\u00a0\u00bb Pratique in\u00e9dite pour un crime hors norme, car on ex\u00e9cutait jusqu\u2019alors les condamn\u00e9s par d\u00e9capitation, b\u00fbcher ou pendaison. Avant la noyade, le corps aurait \u00e9t\u00e9 mis dans un sac, avec la fameuse inscription.<\/p>\n<p>Autre version, moins romanesque\u00a0: en mars\u00a01382, le peuple de Paris refuse de payer une taxe nouvelle sur les victuailles et se mutine. Des \u00e9meutiers pillent l\u2019H\u00f4tel de Ville, s\u2019emparent de maillets et forcent les portes de la prison du Ch\u00e2telet\u00a0: c\u2019est la \u00ab\u00a0r\u00e9volte des maillotins\u00a0\u00bb. On punit les coupables, mais on renonce \u00e0 des ex\u00e9cutions publiques trop nombreuses, qui risquent de provoquer le peuple. Les condamn\u00e9s seront jet\u00e9s \u00e0 la Seine, de nuit, dans des sacs portant la mention\u00a0: \u00ab\u00a0Laissez passer la justice du roi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oh\u00a0! Paris, tu prends les \u00e2mes \u00e0 la glu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"137\" class=\"cit-num\">137<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de (la) <span class=\"caps\">CELLE<\/span> (1115-1183), 1164. <em>La Revue de Paris<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1896), Marc Le Goupils<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s la fin du <span class=\"caps\">XI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, les rois de France vont faire de Paris l\u2019un des plus prestigieux centres intellectuels de l\u2019Europe. Un peu plus tard, Philippe de Harvengt s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Heureuse cit\u00e9 [Paris] o\u00f9 les \u00e9tudiants sont en si grand nombre que leur multitude vient presque \u00e0 d\u00e9passer celle des habitants\u00a0!\u00a0\u00bb \u00c0 la facult\u00e9 des Arts, situ\u00e9e entre la place Maubert et la rue du Fouarre, viendront \u00e9tudier et enseigner les plus grands penseurs des <span class=\"caps\">XII<\/span>e\u00a0et <span class=\"caps\">XIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Pierre de la Celle a lui-m\u00eame \u00e9tudi\u00e9 sur la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve. Il devient moine au clo\u00eetre de Cluny, puis renonce \u00e0 une \u00e9cole de Paris trop \u00ab\u00a0mondaine\u00a0\u00bb. Futur \u00e9v\u00eaque de Chartres, il d\u00e9nonce m\u00eame un lieu de tentations \u00e0 fuir\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00a0! Paris, comme tu es fait pour s\u00e9duire les esprits et les d\u00e9cevoir. C\u2019est chez toi que r\u00e9sident les r\u00e9seaux du vice et les chausse-trappes du Malin\u00a0; c\u2019est chez toi que la fl\u00e8che de l\u2019enfer traverse les c\u0153urs des insens\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb Le Moyen \u00c2ge est toujours tr\u00e8s chr\u00e9tien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019entreprise de paver Paris doit \u00eatre compt\u00e9e parmi les actions les plus louables de Philippe Auguste.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"142\" class=\"cit-num\">142<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Simonde de <span class=\"caps\">SISMONDI<\/span> (1773-1842), <em>Histoire des Fran\u00e7ais<\/em> (1821-1844)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Dans aucune autre entreprise peut-\u00eatre il n\u2019eut plus en vue l\u2019utilit\u00e9 publique, la sant\u00e9 et l\u2019aisance de tous les habitants\u00a0\u00bb, remarque l\u2019historien. Paris lui doit aussi le Louvre et une nouvelle enceinte (avec la tour de Nesle).<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019historien voit en lui \u00ab\u00a0le premier des rois [\u2026] qui semble avoir senti que sa dignit\u00e9 lui imposait quelques devoirs envers son peuple et que l\u2019argent qu\u2019il recueillait ne devait pas \u00eatre uniquement employ\u00e9 \u00e0 ses plaisirs ou \u00e0 ses caprices\u00a0\u00bb. L\u2019urbanisme restera une pr\u00e9occupation tr\u00e8s pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019esprit des ma\u00eetres qui gouvernent la France, bien au-del\u00e0 de l\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 cause des grandes injures et grandes rapines qui \u00e9taient faites en la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 de Paris, le menu peuple n\u2019osait plus demeurer en la terre du roi, mais allait demeurer en autres pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s et seigneuries.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"221\" class=\"cit-num\">221<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">JOINVILLE<\/span> (vers 1224-1317), <em>Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tableau de Paris avant que Louis\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> ne rem\u00e9die \u00e0 telle anarchie, en r\u00e9organisant l\u2019administration de la ville\u00a0: \u00ab\u00a0Ainsi fut nomm\u00e9 \u00c9tienne Boileau, lequel maintint et garda la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 tellement que nul larron ni malfaiteur n\u2019osa demeurer \u00e0 Paris, car sit\u00f4t \u00e9tait-il pendu ou d\u00e9truit [\u2026] Ni parent\u00e9, ni lignage, ni or, ni argent ne le pouvait garantir. Et la terre du roi commen\u00e7a \u00e0 s\u2019amender et le peuple y vint pour le bon droit qu\u2019on y faisait.\u00a0\u00bb \u00c9tienne Boileau exer\u00e7a son minist\u00e8re de\u00a01261 \u00e0\u00a01270.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Fluctuat nec mergitur.<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Il est battu par les flots mais ne sombre pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"222\" class=\"cit-num\">222<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Devise des marchands d\u2019eau (1268). <em>Encyclop\u00e9die Larousse<\/em>, article \u00ab\u00a0Devise\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un si\u00e8cle plus tard, cette devise deviendra celle de notre capitale, Paris sur Seine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019an 1307 le 22\u00a0septembre, le roi \u00e9tant au monast\u00e8re de Maubuisson, les sceaux furent confi\u00e9s au seigneur Guillaume de Nogaret\u00a0; on traita ce jour-l\u00e0 de l\u2019arrestation des Templiers.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"250\" class=\"cit-num\">250<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Registre du Tr\u00e9sor des Chartres. <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Secret de l\u2019op\u00e9ration contre les Templiers fort bien gard\u00e9 jusqu\u2019au 13\u00a0octobre\u00a01307. Les Templiers sont arr\u00eat\u00e9s dans l\u2019enceinte du Temple, quartier qui a gard\u00e9 son nom au c\u0153ur de la capitale, et pareillement saisis dans leurs ch\u00e2teaux en province. Ils n\u2019opposent aucune r\u00e9sistance\u00a0: l\u2019effet de surprise est total, et la R\u00e8gle des moines soldats leur interdit de lever l\u2019\u00e9p\u00e9e contre un chr\u00e9tien. Une douzaine a pu fuir\u00a0; les autres, environ 2\u00a0000, seront livr\u00e9s \u00e0 l\u2019Inquisition.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019avouerais que j\u2019ai tu\u00e9 Dieu, si on me le demandait\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"256\" class=\"cit-num\">256<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fr\u00e8re <span class=\"caps\">AYMERI<\/span> de villiers-le-duc (fin <span class=\"caps\">XIII<\/span>e-d\u00e9but <span class=\"caps\">XIV<\/span>e si\u00e8cle), 13\u00a0mai 1310. <em>Histoire vivante de Paris<\/em> (1969), Louis Saurel<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les Templiers qui ont avou\u00e9 en 1307 vont se r\u00e9tracter, au risque du b\u00fbcher. \u00ab\u00a0J\u2019ai reconnu quelques-unes de ces erreurs, je l\u2019avoue, mais c\u2019\u00e9tait sous l\u2019effet des tourments. J\u2019ai trop peur de la mort\u00a0\u00bb, ajoute Aymeri.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les corps sont au roi de France, mais les \u00e2mes sont \u00e0 Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"258\" class=\"cit-num\">258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des Templiers br\u00fbl\u00e9s vifs dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, 19\u00a0mars 1314.<em> Les Templiers<\/em> (2004), St\u00e9phane Ingrand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet \u00eelot, \u00e0 la pointe de l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9, doit son nom aux nombreux juifs qui ont subi le supplice du b\u00fbcher. Le peuple est friand de ce genre de spectacle et les Templiers attirent la foule des grands jours. Cette citation entre dans une cat\u00e9gorie peu fournie\u00a0: \u00ab\u00a0mot de la fin collectif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils sont une trentaine de Templiers \u00e0 rejoindre dans le supplice Jacques de Molay, le grand ma\u00eetre de l\u2019Ordre. Apr\u00e8s sept ans d\u2019\u00ab\u00a0affaire des Templiers\u00a0\u00bb, le roi qui veut en finir a ordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution group\u00e9e des plus \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb, le soir m\u00eame de l\u2019ultime sentence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cl\u00e9ment, juge inique et cruel bourreau, je t\u2019ajourne \u00e0 compara\u00eetre dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"259\" class=\"cit-num\">259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques de molay (vers 1244-1314), sur le b\u00fbcher dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, \u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris, 19\u00a0mars 1314. <em>Histoire de l\u2019\u00c9glise de France\u00a0: compos\u00e9e sur les documents originaux et authentiques<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1856), abb\u00e9 Guett\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire, pour diverses raisons. Quarante jours plus tard, le 20\u00a0avril, Cl\u00e9ment\u00a0V meurt d\u2019\u00e9touffement, seul dans sa chambre \u00e0 Avignon, comme aucun pape avant lui, ni apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Autre version de la mal\u00e9diction, tir\u00e9e de la saga des <em>Rois maudits<\/em> de Maurice Druon et du feuilleton de t\u00e9l\u00e9vision de Claude Barma qui popularisa l\u2019affaire des Templiers au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Pape Cl\u00e9ment\u00a0! Chevalier Guillaume\u00a0! Roi Philippe\u00a0! Avant un an, je vous cite \u00e0 compara\u00eetre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste ch\u00e2timent\u00a0! Maudits\u00a0! Maudits\u00a0! Tous maudits jusqu\u2019\u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de vos races\u00a0!\u00a0\u00bb Nogaret est d\u00e9j\u00e0 mort, il y a un an, et il peut s\u2019agir d\u2019un autre Guillaume. Mais le pape va mourir dans le d\u00e9lai imparti, comme Philippe le Bel, suite \u00e0 une chute de cheval \u00e0 la chasse (blessure infect\u00e9e, ou accident c\u00e9r\u00e9bral).<\/p>\n<p>Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d\u2019\u00e9branler la dynastie cap\u00e9tienne\u00a0: assassinats, scandales, proc\u00e8s, morts subites, d\u00e9sastres militaires. Quant \u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u2026 cela tombe sur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, le roi de France guillotin\u00e9 sous la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9tienne Marcel [est] le premier bourgeois de Paris qui ait os\u00e9 proclamer le principe de la souverainet\u00e9 du peuple au milieu du <span class=\"caps\">XIV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle [\u2026] Aussi les Parisiens font-ils remonter jusqu\u2019\u00e0 lui la longue histoire de leurs r\u00e9volutions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"299\" class=\"cit-num\">299<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Francis <span class=\"caps\">LACOMBE<\/span> (1817-1867), <em>Histoire de la bourgeoisie de Paris depuis son origine jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1851)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tienne Marcel est \u00e0 l\u2019origine de la premi\u00e8re \u00ab\u00a0Charte\u00a0\u00bb arrach\u00e9e par la bourgeoisie \u00e0 l\u2019arbitraire monarchique, sous forme de Grande Ordonnance limitant le pouvoir royal.<\/p>\n<p>Pr\u00e9v\u00f4t des marchands de Paris (magistrat \u00e9quivalent du maire), il joue un r\u00f4le consid\u00e9rable aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de\u00a01355 et\u00a01357, manifestant une vive opposition au roi Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon, puis au dauphin Charles. Mais cette \u00ab\u00a0r\u00e9volution l\u00e9gale\u00a0\u00bb \u00e9choue. \u00c9tienne Marcel va tenter une r\u00e9volution urbaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ceux que nous avons tu\u00e9s \u00e9taient faux, mauvais et tra\u00eetres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"300\" class=\"cit-num\">300<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">\u00c9tienne marcel (vers 1316-1358), 22\u00a0f\u00e9vrier 1358. <em>Histoire de la bourgeoisie de Paris depuis son origine jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1851), Francis Lacombe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient de faire assassiner devant le dauphin ses deux conseillers, les mar\u00e9chaux de Champagne et de Normandie. Paris acclame son pr\u00e9v\u00f4t\u00a0: c\u2019est la premi\u00e8re journ\u00e9e r\u00e9volutionnaire parisienne de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre de Paris, \u00c9tienne Marcel se r\u00eave peut-\u00eatre roi de France. Il veut gagner la province \u00e0 sa cause, avec la complicit\u00e9 de Charles de Navarre, dit Charles le Mauvais. Petit-fils de Louis\u00a0X, pr\u00e9tendant le plus direct \u00e0 la couronne par les femmes, tr\u00e8s frustr\u00e9 de ne pouvoir faire valoir ses droits, ce prince ne cessera de comploter et de trahir.<\/p>\n<p>Le dauphin, pour affermir son autorit\u00e9 alors que son p\u00e8re est toujours prisonnier des Anglais, a pris le titre de r\u00e9gent du royaume. Il fuit la capitale, r\u00e9unit une arm\u00e9e, bloque Paris. \u00c9tienne Marcel s\u2019appr\u00eate \u00e0 livrer la ville aux troupes de Charles le Mauvais qui a fait alliance avec les Anglais, quand il meurt, assassin\u00e9 par Jean Maillard, partisan du dauphin, le 31\u00a0juillet 1358. D\u00e8s le lendemain, le dauphin rentre \u00e0 Paris o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s tous les partisans du pr\u00e9v\u00f4t.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Marcel est l\u2019exemple type d\u2019un personnage historique dont l\u2019action et la personne sont jug\u00e9es de fa\u00e7ons totalement oppos\u00e9es\u00a0: la gauche encensera cet anc\u00eatre des r\u00e9volutionnaires \u00ab\u00a0plein de patriotisme\u00a0\u00bb, d\u00e9vou\u00e9 pour son pays, jusqu\u2019\u00e0 lui faire sacrifice de \u00ab\u00a0sa fortune et de sa vie\u00a0\u00bb, alors que la droite en fait \u00ab\u00a0un \u00e9meutier, un assassin et un tra\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chose lamentable et vraiment honteuse\u00a0! Le roi lui-m\u00eame, au retour de sa captivit\u00e9, a trouv\u00e9 des emp\u00eachements pour rentrer dans sa capitale ainsi que son fils\u00a0; il a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de traiter avec ces brigands pour voyager plus s\u00fbrement \u00e0 travers ses possessions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"304\" class=\"cit-num\">304<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">P\u00c9TRARQUE<\/span> (1304-1374).<em> Histoire de Bertrand Du Guesclin et de son \u00e9poque<\/em> (1882), Simon Luce<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le grand po\u00e8te florentin s\u2019indigne, dans une lettre parlant du roi Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon.<\/p>\n<p>Guerre de Cent Ans. En vertu du trait\u00e9 de Br\u00e9tigny (8\u00a0mai 1360) sign\u00e9 entre les rois de France et d\u2019Angleterre, \u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> renonce \u00e0 ses vis\u00e9es sur la Couronne, mais conserve une grande partie de ses conqu\u00eates en France\u00a0: Guyenne, Gascogne, Poitou, Aunis, Limousin, Agenais, Rouergue. Jean le Bon est lib\u00e9r\u00e9 contre une ran\u00e7on de trois millions d\u2019\u00e9cus. Et pour arriver jusqu\u2019\u00e0 la capitale, le roi lui-m\u00eame doit traiter avec les bandits des Grandes Compagnies\u00a0!<\/p>\n<p>Le dauphin Charles, futur Charles V en 1364, enverra contre elles son meilleur chef de guerre, Du Guesclin. Ce grand capitaine ne peut \u00eatre partout o\u00f9 elles s\u00e9vissent. Alors, tr\u00e8s habilement, il les rassemble et pse met \u00e0 leur t\u00eate en 1365, pour les conduire en Espagne sous pr\u00e9texte de combattre les Maures. Quand elles en reviennent pour ravager \u00e0 nouveau la France, villes et bourgades se sont fortifi\u00e9es et peuvent enfin leur r\u00e9sister.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les clercs qui ont sagesse, on ne peut trop honorer, et tant que sagesse sera honor\u00e9e en ce royaume, il continuera \u00e0 prosp\u00e9rit\u00e9, mais quand d\u00e9bout\u00e9e y sera, il d\u00e9cherra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"307\" class=\"cit-num\">307<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> V le Sage (1338-1380).<em> Livre des faits et bonnes m\u0153urs du sage roi Charles le Quint<\/em>, Christine de Pisan<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nouveau roi est port\u00e9 sur les choses de l\u2019esprit, diff\u00e9rent en cela de son p\u00e8re Jean <span class=\"caps\">II<\/span> le Bon et de la plupart des chevaliers de l\u2019\u00e9poque. Passionn\u00e9 de philosophie et de science, d\u2019astrologie, m\u00e9decine et math\u00e9matique, il prot\u00e8ge l\u2019Universit\u00e9 de Paris et cr\u00e9e la grande \u00ab\u00a0librairie\u00a0\u00bb, anc\u00eatre de notre Biblioth\u00e8que Nationale, d\u2019o\u00f9 son surnom de Sage (qui signifie savant).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 coup s\u00fbr, on n\u2019avait pas plus de piti\u00e9 \u00e0 tuer ces gens-l\u00e0 que des chiens. On disait\u00a0: c\u2019est un Armagnac\u00a0!\u00a0\u00bb <span id=\"321\" class=\"cit-num\">321<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Journal d\u2019un bourgeois de Paris<\/em> (chronique anonyme des ann\u00e9es 1405 \u00e0 1449)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ann\u00e9e 1410. Dans Paris, les Bourguignons ont le pouvoir et Jean sans Peur tient le roi, inspire ses d\u00e9cisions et peuple le Conseil de ses cr\u00e9atures \u2013 depuis 1407 et jusqu\u2019en 1413.<\/p>\n<p>Cependant que le jeune duc, Charles d\u2019Orl\u00e9ans, rallie \u00e0 sa cause les ducs de Berry, Bourbon, Bretagne, contre Jean sans Peur\u00a0: ainsi grandit le parti des Armagnacs. Et chaque parti se pr\u00e9tend au service du roi et du bien public.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La mis\u00e9rable face du royaume a perdu son honneur et sa majest\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"322\" class=\"cit-num\">322<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">COURTECUISSE<\/span> (1350-1422), s\u2019adressant au roi dans son sermon sur la Nativit\u00e9, 23\u00a0mai 1413.<em> Histoire du Moyen \u00c2ge<\/em> (1937), Joseph Calmette, Eug\u00e8ne D\u00e9prez<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le chancelier de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Docteur Sublime\u00a0\u00bb pour son art oratoire, dit la grande mis\u00e8re du royaume de France, divis\u00e9 entre Armagnacs et Bourguignons\u00a0: \u00ab\u00a0Voyez le plat pays, il est pill\u00e9 et rong\u00e9 par les gens d\u2019armes qui ont charge de le d\u00e9fendre et par les gens de justice. Et comment vos finances sont-elles g\u00e9r\u00e9es\u00a0? C\u2019est \u00e0 qui a pu en piller le plus. De tant d\u2019imp\u00f4ts, de tant d\u2019emprunts, tailles, aides, dixi\u00e8mes, que vous est-il demeur\u00e9\u00a0? Rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En avril-mai\u00a01413, des \u00e9meutes conduites par Jean Caboche, boucher \u00e0 Paris, et favoris\u00e9es par Jean sans Peur pour mieux \u00e9liminer les Armagnacs, exc\u00e8dent \u00e0 tel point la population qu\u2019elle accueille avec joie les nouveaux ma\u00eetres, le 1er\u00a0septembre. Aux Armagnacs de gouverner jusqu\u2019au 28\u00a0mai 1418, jour o\u00f9 les Bourguignons reprennent le pouvoir. La situation devient d\u2019autant plus grave que chaque clan appelle tour \u00e0 tour au secours l\u2019ennemi anglais, trop heureux de se m\u00ealer des affaires de la France\u00a0!<\/p>\n<p>Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne parisien se reproduira durant les guerres de Religion et sous la Fronde.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le royaume de France est une nef qui menace de sombrer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"324\" class=\"cit-num\">324<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean de <span class=\"caps\">COURTECUISSE<\/span> (1350-1422), pr\u00eache \u00e0 Notre-Dame, 22\u00a0janvier 1416. <em>Le Redressement de la France au <span class=\"caps\">XV<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1941), Ren\u00e9 Bouvier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9v\u00eaque de Paris, il r\u00e9sume le drame du pays. La chevalerie fran\u00e7aise est \u00e0 nouveau d\u00e9faite, suite \u00e0 la bataille d\u2019Azincourt (1415). Le royaume est frapp\u00e9 \u00ab\u00a0au chef\u00a0\u00bb, ayant \u00e0 sa t\u00eate Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou \u2013 dit aussi le Bien-Aim\u00e9, le peuple ayant piti\u00e9 de lui \u2013 et une reine d\u00e9test\u00e9e, ambitieuse et d\u00e9bauch\u00e9e, Isabeau de Bavi\u00e8re.<\/p>\n<p>Le roi d\u2019Angleterre, qui vise la couronne de France, occupe un quart du territoire et anglicise des villes conquises \u2013 habitants tu\u00e9s ou expuls\u00e9s, remplac\u00e9s par des Anglais\u00a0: premier exemple de transfert de population.<\/p>\n<p>La guerre civile continue de plus belle. Le 29\u00a0mai 1418, les Bourguignons reprennent Paris\u00a0: massacre de 522 Armagnacs, dans la nuit. Fuyant la ville jonch\u00e9e de cadavres \u00ab\u00a0en tas comme porcs au milieu de la boue\u00a0\u00bb, le pr\u00e9v\u00f4t des marchands Tanguy du Ch\u00e2tel (chef des Armagnacs) emporte le dauphin endormi dans ses bras \u2013 il n\u2019y reviendra, roi Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>, que vingt ans apr\u00e8s. Le 12\u00a0juin, le conn\u00e9table Bernard d\u2019Armagnac, vrai ma\u00eetre du gouvernement, est massacr\u00e9. Le dauphin Charles devient chef des Armagnacs et se proclame r\u00e9gent, r\u00e9sidant le plus souvent \u00e0 Bourges o\u00f9 il a \u00e9tabli sa Chambre des comptes, tandis que son Parlement et sa Cour des aides si\u00e8gent \u00e0 Poitiers. Plusieurs r\u00e9gions se rallient \u00e0 lui. Cependant que les Bourguignons tiennent toujours Paris (80\u00a0000 morts de juin \u00e0 septembre, une \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra s\u2019en m\u00ealant) et gardent prisonnier le roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> le Fou. Il y a deux gouvernements en France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ces temps, \u00e9taient les loups si affam\u00e9s qu\u2019ils entraient de nuit dans les bonnes villes et passaient souvent la rivi\u00e8re de Seine et aux cimeti\u00e8res qui \u00e9taient aux champs, aussit\u00f4t qu\u2019on avait enterr\u00e9 les corps, ils venaient la nuit et les d\u00e9terraient et mangeaient.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"330\" class=\"cit-num\">330<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Journal d\u2019un bourgeois de Paris<\/em> (chronique anonyme des ann\u00e9es 1405 \u00e0 1449)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Hiver 1421-1422. La mis\u00e8re n\u2019est pas \u00e9gale dans tout le royaume. La \u00ab\u00a0France anglaise\u00a0\u00bb demeure la plus pauvre, avec la Normandie occup\u00e9e par les garnisons, \u00e9cras\u00e9e par les imp\u00f4ts, et les campagnes bordelaises qui se remettent lentement des r\u00e9centes d\u00e9vastations.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris, si\u00e8ge ancien de la royale majest\u00e9 fran\u00e7aise, est devenu un nouveau Londres.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"331\" class=\"cit-num\">331<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CHASTELLAIN<\/span> (vers 1405-1475), <em>Chronique des ducs de Bourgogne<\/em> (posthume, 1827)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9cuyer flamand au service du duc de Bourgogne, il rappelle qu\u2019en vertu du trait\u00e9 de Troyes (1420), Henri\u00a0V de Lancastre s\u2019\u00e9tait install\u00e9 au Louvre et Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Saint-Paul, mais qu\u2019\u00e0 sa mort, le roi d\u2019Angleterre deviendrait roi de France. Ce 21\u00a0octobre 1422, Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> vient de mourir. Paris reste aux Anglais et le parti anglais manifeste sa joie, comme si c\u2019\u00e9tait No\u00ebl.<\/p>\n<p>Le royaume se trouve ainsi partag\u00e9 en trois. La France anglaise avec Paris, l\u2019\u00c9tat bourguignon tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des guerres et brigandages et le \u00ab\u00a0royaume de Bourges\u00a0\u00bb, la France du dauphin Charles, qui vit au gr\u00e9 d\u2019une politique fluctuante, entre les rentr\u00e9es fiscales intermittentes et les intrigues de cour incessantes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/saint_barthelemy_paris.jpg\" width=\"800\" height=\"480\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Renaissance et Guerres de Religion<\/h4>\n<p>La vie de cour s\u2019\u00e9panouit dans les ch\u00e2teaux du Val de Loire et profite aux villes de Touraine, mais Paris garde son attrait de ville capitale. C\u2019est le \u00ab\u00a0beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle\u00a0\u00bb, suivi de \u00ab\u00a0huit guerres de Religion\u00a0\u00bb, v\u00e9ritable guerre civile qui d\u00e9chire la France et culmine dans la nuit parisienne de la Saint-Barth\u00e9lemy (24 ao\u00fbt 1572), massacre d\u2019illustre m\u00e9moire, avant la premi\u00e8re \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Barricades\u00a0\u00bb (1588) de l\u2019histoire, organis\u00e9e par la Ligue catholique qui tient Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Car je suis n\u00e9 et \u00e9t\u00e9 nourri jeune au jardin de France\u00a0: c\u2019est Touraine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"389\" class=\"cit-num\">389<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">RABELAIS<\/span> (vers 1494-1553), <em>Pantagruel<\/em> (1532)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Moine m\u00e9decin, n\u00e9 pr\u00e8s de Chinon et lanc\u00e9 en litt\u00e9rature par ce personnage de g\u00e9ant (fils de Gargantua) qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<p>Paris reste capitale de la France, mais les Valois au pouvoir fuient ses violences r\u00e9volutionnaires et vont en Val de Loire construire leurs ch\u00e2teaux\u00a0: Amboise, Blois, Chambord, Chenonceau. L\u00e0 se situe la vie culturelle, galante et bien souvent politique de la France\u00a0: L\u00e9onard de Vinci le prestigieux invit\u00e9 finira sa vie pr\u00e8s d\u2019Amboise, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se tiennent \u00e0 Blois, \u00e0 Tours. Et ce qui deviendra au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle la langue nationale est le fran\u00e7ais parl\u00e9 en Touraine, r\u00e9put\u00e9 le plus pur.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que dit-on \u00e0 la cour, que fait-on \u00e0 Paris\u00a0?<br>Quels seigneurs y voit-on, et quelles damoiselles\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"400\" class=\"cit-num\">400<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olivier de <span class=\"caps\">MAGNY<\/span> (vers 1529-vers1561), <em>Les Soupirs<\/em> (1557)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Po\u00e8te de cour et secr\u00e9taire d\u2019ambassadeur \u00e0 Rome, il \u00ab\u00a0soupire\u00a0\u00bb apr\u00e8s Paris, chant\u00e9 de m\u00eame par Robert Garnier dans <em>Bradamante\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0La douceur et l\u2019amour\u00a0\/ La richesse et l\u2019honneur font \u00e0 Paris s\u00e9jour.\u00a0\u00bb Jean Bertaut, autre po\u00e8te de cour, dans son <em>Cantique<\/em> en forme de confession, parle de \u00ab\u00a0cette ville sans pair, cet abr\u00e9g\u00e9 de France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La mode parisienne, d\u00e9j\u00e0, fait prime dans le beau monde et le monde tout court, notamment chez les Anglais qui ne sont plus nos ennemis num\u00e9ro un, depuis l\u2019av\u00e8nement de Charles Quint. La cour, v\u00e9ritable instrument de r\u00e8gne, est une ville de plus de 15\u00a0000 personnes, itin\u00e9rante entre Val de Loire, Fontainebleau et Paris (Louvre) qui retrouve enfin la faveur du souverain.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On commence par br\u00fbler les livres, on finit par les personnes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"409\" class=\"cit-num\">409<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">\u00c9RASME<\/span> (1469-1536), en 1521. <em>Les Origines de la R\u00e9forme<\/em> (1914), Pierre Imbart de La Tour<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 Paris, la tr\u00e8s catholique Sorbonne (coll\u00e8ge pour \u00e9tudiants en th\u00e9ologie) d\u00e9nonce au Parlement les progr\u00e8s de la doctrine de Martin Luther (protestant, r\u00e9formateur de l\u2019\u00c9glise) et obtient un arr\u00eat en vertu de quoi les livres la r\u00e9pandant seront br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c9rasme, th\u00e9ologien et grand humaniste hollandais, ne se trompe pas\u00a0: d\u00e8s 1523, Jean Valli\u00e8re, moine augustin de Falaise (Normandie), est br\u00fbl\u00e9 vif \u00e0 Paris comme luth\u00e9rien. En 1529, c\u2019est le tour de Berquim, gentilhomme ami d\u2019\u00c9rasme. Les pers\u00e9cutions contre les protestants vont alterner pendant plus de trente ans avec des p\u00e9riodes de tol\u00e9rance, jusqu\u2019aux massacres \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qui auront pour nom guerres de Religion (1562-1598).<\/p>\n<p>Reprenant un proverbe grec ancien, \u00c9rasme \u00e9crit aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Le feu n\u2019\u00e9teint pas le feu.\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>Ignis non extinguitur igni.<\/em>\u00a0\u00bb) Au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e si\u00e8cle, dans un contexte diff\u00e9rent, Heinrich Heine reprendra le mot d\u2019\u00c9rasme\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on br\u00fble les livres, on finit par br\u00fbler les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Cujus regio, ejus religio.<\/em>\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Tel prince, telle religion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"410\" class=\"cit-num\">410<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Adage du temps.<em> Introduction \u00e0 l\u2019histoire du droit et des institutions<\/em> (2004), Guillaume Bernard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dis-moi qui te r\u00e9git, je te dirai quelle est ta religion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La religion du prince d\u00e9cide de la foi profess\u00e9e dans l\u2019\u00c9tat. D\u2019o\u00f9 le probl\u00e8me des \u00ab\u00a0dissidents\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0papistes\u00a0\u00bb en pays protestants, \u00ab\u00a0huguenots\u00a0\u00bb en pays catholiques, qui sont selon les p\u00e9riodes pourchass\u00e9s ou tol\u00e9r\u00e9s \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution. Les sujets, par la force ou la persuasion, doivent donc changer de religion quand leur prince en change. Les conversions abondent, dans les provinces p\u00e9riph\u00e9riques \u2013 la Navarre en est le plus illustre exemple.<\/p>\n<p>Paris, son Parlement (dont le ressort et donc l\u2019influence s\u2019\u00e9tendent sur pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la France) et la royaut\u00e9 demeurent profond\u00e9ment catholiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il vous plaise venir en votre ville de Paris, en votre franc et lib\u00e9ral arbitre, en vous \u00f4tant hors du pouvoir d\u2019autrui, ce de quoi vous supplie si tr\u00e8s humblement que je puis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"417\" class=\"cit-num\">417<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis d\u2019<span class=\"caps\">ORL\u00c9ANS<\/span> (1462-1515), Lettre au roi Charles\u00a0<span class=\"caps\">VIII<\/span>, 14\u00a0janvier 1485.<em> Essai sur le gouvernement de la Dame de Beaujeu\u00a0: 1483-1491<\/em> (1970), Paul P\u00e9licier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span> qui s\u2019adresse au jeune roi de 15\u00a0ans. Les Valois gouvernent en Val de Loire, loin des agitations de Paris. Louis d\u2019Orl\u00e9ans voudrait surtout que le roi \u00e9chappe \u00e0 l\u2019influence de ses deux conseillers, les Beaujeu \u2013 les correspondances du temps associent toujours \u00ab\u00a0Monsieur et Madame\u00a0\u00bb. Ils sont coupables, entre autres, de lever plus d\u2019imp\u00f4ts que la somme octroy\u00e9e par les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, mais la raison est simple\u00a0: il leur faut entretenir une importante arm\u00e9e royale pour r\u00e9tablir l\u2019ordre dans les villes et les campagnes et lutter contre les princes f\u00e9odaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne souffrirai pas qu\u2019il y ait plus qu\u2019un roi de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"443\" class=\"cit-num\">443<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547), 14\u00a0janvier 1518.<em> Fran\u00e7ois\u00a0Ier, le souverain politique<\/em> (1937), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fa\u00e7on de signifier qu\u2019il veut \u00eatre seul roi en son royaume, autrement dit avoir le pouvoir absolu.\u00a0 Il s\u2019adresse ici \u00e0 une d\u00e9putation du puissant Parlement de Paris, venue \u00e0 Amboise, et poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Non, non, il n\u2019y aura pas ici un S\u00e9nat comme \u00e0 Venise, qui dicte ses lois au prince. Le Parlement a pour mission de rendre la justice et non de s\u2019occuper des autres choses [\u2026] Il ne lui appartient pas de r\u00e9gler et d\u2019ordonner les affaires publiques.\u00a0\u00bb Jamais roi de France ne s\u2019\u00e9tait \u00e0 ce point emport\u00e9 contre son Parlement. Objet du litige\u00a0? L\u2019enregistrement d\u2019un concordat. Devant la r\u00e9sistance du Parlement \u00e0 ce sujet, le roi menace. Le jeune Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> sera encore plus absolu\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si la Cour y fait faute, je l\u2019en ferai repentir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"444\" class=\"cit-num\">444<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier (1494-1547).<em> Fran\u00e7ois\u00a0Ier, le souverain politique<\/em> (1937), Louis Madelin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi est furieux contre le Parlement qui repousse l\u2019enregistrement du concordat dont la bulle a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e par le pape, le 18\u00a0ao\u00fbt 1516. Le Parlement finit par c\u00e9der en mars\u00a01518, mais enregistre avec la mention\u00a0: \u00ab\u00a0de l\u2019ordre expr\u00e8s et r\u00e9it\u00e9r\u00e9 du roi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les parlementaires de Paris et de province, qui se veulent un seul corps, se poseront \u00e0 plusieurs reprises en \u00ab\u00a0conservateurs du royaume et de la chose publique\u00a0\u00bb et m\u00eame en repr\u00e9sentants de la nation (l\u2019id\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dant le mot), entre deux r\u00e9unions des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux sous les r\u00e8gnes suivants. Au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e si\u00e8cle, le Parlement de Paris jouera un r\u00f4le pr\u00e9r\u00e9volutionnaire contre l\u2019autorit\u00e9 royale de plus en plus chancelante, avant la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux du 5 mai 1789, \u00e0 Versailles.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus grand et le plus extr\u00eame acte de la Gr\u00e2ce divine par lequel se propage l\u2019influence de l\u2019\u00c9vangile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"447\" class=\"cit-num\">447<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Martin <span class=\"caps\">LUTHER<\/span> (1483-1546). \u00ab\u00a0Sur certaines formes de la propagande religieuse au xvie\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, Pierre Deyon, revue <em>Annales, \u00c9conomies, Soci\u00e9t\u00e9s, Civilisations<\/em>, volume <span class=\"caps\">XXXVI<\/span> (1981)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Grand r\u00e9formateur religieux et l\u2019un des premiers \u00e9crivains de langue allemande, Luther rend ainsi hommage \u00e0 l\u2019imprimerie, d\u00e9couverte dans son pays en 1434 par Gutenberg.<\/p>\n<p>Avec la presse \u00e0 imprimer, le livre est devenu une v\u00e9ritable industrie \u00e0 Paris et \u00e0 Lyon, sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XII<\/span>. Luther est \u2013 avec la Bible \u2013 le \u00ab\u00a0best-seller\u00a0\u00bb du temps\u00a0: plus de 300\u00a0000 exemplaires de ses <em>Quatre-vingt-quinze th\u00e8ses<\/em> vendus entre\u00a01517 et\u00a01520. Jusque vers 1550, Luther est l\u2019auteur le plus lu et marque la mentalit\u00e9 europ\u00e9enne de son empreinte.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9r\u00e9tiques s\u00e9ducteurs, imposteurs maudits, c\u2019est ainsi que le monde et les m\u00e9chants ont coutume d\u2019appeler ceux qui, purement et sinc\u00e8rement, s\u2019efforcent d\u2019insinuer l\u2019\u00c9vangile dans l\u2019\u00e2me des fid\u00e8les.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"461\" class=\"cit-num\">461<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">COP<\/span> (vers 1501-1540), Discours inaugural du recteur de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, 1er\u00a0novembre 1533.<em> Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Texte parfois attribu\u00e9 \u00e0 un jeune \u00e9tudiant en h\u00e9breu, grec et th\u00e9ologie au Coll\u00e8ge royal, Jean Cauvin, pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 sous le nom de Calvin. S\u2019il n\u2019est pas vraiment de sa plume, il l\u2019a du moins influenc\u00e9.<\/p>\n<p>Le discours fait du bruit\u00a0: on parle beaucoup de la R\u00e9forme dans l\u2019\u00c9glise. L\u2019humanisme a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisme (diffus\u00e9 par le \u00ab\u00a0cercle de Meaux\u00a0\u00bb \u00e0 pr\u00e9sent dispers\u00e9), mais ce retour aux sources de l\u2019\u00c9vangile risque de mener plus loin\u00a0: au schisme religieux. La tr\u00e8s catholique Sorbonne de Paris, conservatrice par nature, voit venir le danger qui a pris visage et doctrine de Luther\u00a0: on a d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 au fer rouge, br\u00fbl\u00e9, ex\u00e9cut\u00e9 quelques luth\u00e9riens \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pl\u00fbt \u00e0 Dieu que dans notre si\u00e8cle malheureux, nous \u00e9tablissions la paix dans l\u2019\u00c9glise sur le fondement de la parole, plut\u00f4t que sur celui du glaive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"462\" class=\"cit-num\">462<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Nicolas <span class=\"caps\">COP<\/span> (vers 1501-1540), Discours inaugural du recteur de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, 1er\u00a0novembre 1533.<em> La R\u00e9forme en France jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9dit de Nantes<\/em> (1960), Auguste Bailly<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est toujours Calvin qui s\u2019exprime, ou sa pens\u00e9e. Il vient d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 la R\u00e9forme et n\u2019est que trop conscient du p\u00e9ril et la conclusion de ce beau texte r\u00e9sonne comme une proph\u00e9tie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous sommes tr\u00e8s marris et d\u00e9plaisants de ce que en notre bonne ville de Paris, chef et capitale de notre royaume et o\u00f9 il y a Universit\u00e9 principale de chr\u00e9tient\u00e9, cette maudite secte h\u00e9r\u00e9tique pullule, o\u00f9 plusieurs pourront prendre exemple.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"463\" class=\"cit-num\">463<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FRAN\u00c7OIS<\/span>\u00a0Ier\u00a0(1494-1547), Lettre de novembre\u00a01533 au Parlement de Paris. <em>La R\u00e9forme en France jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9dit de Nantes<\/em> (1960), Auguste Bailly<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi s\u2019est montr\u00e9 tol\u00e9rant envers les r\u00e9formateurs. Par temp\u00e9rament et par go\u00fbt pour les id\u00e9es nouvelles\u00a0; par diplomatie, m\u00e9nageant les princes protestants allemands avec qui il fait alliance\u00a0; par affection pour sa s\u0153ur Marguerite de Navarre, favorable aux th\u00e8ses d\u2019\u00c9rasme et recueillant dans sa cour de N\u00e9rac le rescap\u00e9 du \u00ab\u00a0cercle de Meaux\u00a0\u00bb, Lef\u00e8vre d\u2019\u00c9taples. Mais le discours du recteur Cop (\u00e9crit ou inspir\u00e9 par Calvin) est mal re\u00e7u par les milieux influents qui sont (et resteront) catholiques \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Il s\u2019ensuit une vague de r\u00e9pression contre la \u00ab\u00a0maudite secte h\u00e9r\u00e9tique\u00a0\u00bb\u00a0: enqu\u00eates, arrestations, proc\u00e8s. Et puis, tout semble s\u2019apaiser en 1534.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sus donc Paris regarde quel doit \u00eatre<br>Ton heur futur, en adorant ton ma\u00eetre,<br>Ton nouveau Dieu, dont la divinit\u00e9<br>T\u2019enrichira d\u2019une immortalit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"480\" class=\"cit-num\">480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre de <span class=\"caps\">RONSARD<\/span> (1524-1585),<em> Entr\u00e9e du Roi Tr\u00e8s-Chr\u00e9tien Henry <span class=\"caps\">II<\/span> \u00e0 Paris<\/em>, l\u2019an 1549<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0prince des po\u00e8tes\u00a0\u00bb \u00e9crit ces vers pour l\u2019Entr\u00e9e du nouveau roi dans sa capitale.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> est plus aust\u00e8re que son p\u00e8re Fran\u00e7ois\u00a0Ier, sa cour sera moins brillante, mais le prestige du monarque est exalt\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re. Les Entr\u00e9es solennelles dans les villes sont l\u2019occasion de f\u00eates \u00e0 l\u2019italienne, avec arcs de triomphe, statues \u00e0 l\u2019antique, pyramides et ob\u00e9lisques, tout un paysage urbain s\u2019inspirant des anciens triomphes de Rome. Et les meilleurs po\u00e8tes rivalisent pour honorer le roi qui fait figure d\u2019Hercule gaulois.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u00e9sus\u00a0! qu\u2019a donc cette jeunesse pour vouloir ainsi se faire br\u00fbler pour rien\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"486\" class=\"cit-num\">486<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pr\u00e9sident du tribunal charg\u00e9 de juger des calvinistes.<em> Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, Guerres de religion<\/em>, tome <span class=\"caps\">IX<\/span>, Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Surpris dans leur pratique interdite \u00e0 Paris, en septembre\u00a01557, les disciples de Calvin semblent chercher le martyre. La l\u00e9gislation antiprotestante date du r\u00e8gne d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. La Chambre ardente, cr\u00e9\u00e9e en 1547 au Parlement de Paris, rend plus de 500 arr\u00eats contre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie en trois ans. L\u2019\u00e9dit de Ch\u00e2teaubriant sur la r\u00e9pression de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tablit la censure en 1551. L\u2019\u00e9dit de Compi\u00e8gne de 1577 r\u00e9servera aux tribunaux la\u00efques le jugement des r\u00e9form\u00e9s en cas de scandale public, et dans ce cas, la seule condamnation pour les h\u00e9r\u00e9tiques est la mort\u00a0!<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cet arsenal r\u00e9pressif, la nouvelle \u00c9glise r\u00e9form\u00e9e recrute de plus en plus de nobles, surtout depuis 1555, date de sa fondation clandestine \u00e0 Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Quand Paris boira le Rhin, toute la Gaule aura sa fin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"508\" class=\"cit-num\">508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LE<\/span> <span class=\"caps\">BON<\/span> (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle), <em>Le Rhin au Roy<\/em> (1568). \u00ab\u00a0La Monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime et les fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb, Gaston Zeller, <em>Revue d\u2019histoire moderne<\/em> (1933)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce pamphlet est sign\u00e9 d\u2019un Lorrain, connu aussi comme m\u00e9decin de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> et des Guise (branche cadette de la maison de Lorraine, politiquement tr\u00e8s active, et catholique).<\/p>\n<p><em>Le Rhin au Roy<\/em> rappelle les limites de l\u2019ancienne Gaule et manifeste sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une politique rh\u00e9nane plut\u00f4t qu\u2019italienne. Autrement dit, le Rhin est plus n\u00e9cessaire que le P\u00f4. On peut y voir une des premi\u00e8res expressions de la th\u00e9orie des fronti\u00e8res naturelles de la France\u00a0: Rhin, Alpes et Pyr\u00e9n\u00e9es forment ses limites continentales, mer du Nord et Manche (<em>Channel<\/em>), Atlantique et M\u00e9diterran\u00e9e compl\u00e9tant l\u2019hexagone.<\/p>\n<p>Les rois de l\u2019Ancien R\u00e9gime ont plus ou moins consciemment raisonn\u00e9 ainsi pour constituer le pays tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui, mais au <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, le mirage italien leur a longtemps tourn\u00e9 la t\u00eate. Et Catherine de M\u00e9dicis, l\u2019actuelle r\u00e9gente, fille de Laurent\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> de M\u00e9dicis, est n\u00e9e \u00e0 Florence.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le corps d\u2019un ennemi mort sent toujours bon.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"525\" class=\"cit-num\">525<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), le 24\u00a0ao\u00fbt, jour de la Saint-Barth\u00e9lemy (du nom du saint, f\u00eat\u00e9 sur le calendrier). Cit\u00e9 au <span class=\"caps\">XVIII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Voltaire (<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, volume\u00a0X), au <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle par Alexandre Dumas (<em>La Reine Margot<\/em>), entre autres sources<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Guerres de Religion, l\u2019une des pages d\u2019Histoire les plus riches en mots, culmine \u00e0 la Saint-Barth\u00e9lemy de Paris o\u00f9 les protestants sont venus en masse, pour les noces du roi de Navarre (futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>) et de la reine Margot.<\/p>\n<p>Ce mot (de l\u2019empereur romain Vitellius) est attribu\u00e9 \u00e0 Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, devant le corps de Coligny. Cette nuit, cet assassinat et ses suites \u2013 les milliers de morts et le sacrifice de son conseiller \u2013 hanteront les nuits du jeune roi, jusqu\u2019\u00e0 sa mort prochaine.<\/p>\n<p>Faible de caract\u00e8re, manipul\u00e9 par sa m\u00e8re et ses proches (les Guise et son fr\u00e8re Henri, le duc d\u2019Anjou), il semble qu\u2019il ait donn\u00e9 son accord pour tuer tous les chefs\u2026 Oui, mais pas tous les protestants de Paris, de Navarre et de France\u00a0!<\/p>\n<p>Selon certaines sources (dont Agrippa d\u2019Aubign\u00e9), le roi tirait \u00e0 l\u2019arquebuse sur les fuyards. Selon d\u2019autres historiens, il a tent\u00e9 d\u2019arr\u00eater la tuerie qui commence dans les rues, les ruelles. De toute mani\u00e8re, il est trop tard\u00a0! On a ferm\u00e9 les portes de Paris et la capitale est profond\u00e9ment anti-huguenote. La haine se d\u00e9cha\u00eene et chaque protestant passe pour un Coligny en puissance\u00a0: \u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019ordre royal du 23\u00a0ao\u00fbt est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9chos, tous les carrefours.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las qu\u2019ai-je donc fait\u00a0?<br>\u2013 Si tu n\u2019as rien fait, cela doit te consoler\u00a0: tu mourras innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"526\" class=\"cit-num\">526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9plique d\u2019un capitaine suisse au jeune Saint-Martin, nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Charles <span class=\"caps\">IX<\/span><\/em> (1986), Emmanuel Bourassin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00ab\u00a0innocent\u00a0\u00bb Saint-Martin, dit Brichanteau, est arquebusier du roi. Le Suisse transperce le c\u0153ur du \u00ab\u00a0parpaillot\u00a0\u00bb, la nuit de la Saint-Barth\u00e9lemy. \u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce mot terrible a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9sonn\u00e9, lors du massacre des cathares au sac de B\u00e9ziers, le 22\u00a0juillet 1209. On retrouvera ce climat de guerre civile sous la Terreur r\u00e9volutionnaire et la Commune de Paris.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Saignez, saignez, la saign\u00e9e est aussi bonne au mois d\u2019ao\u00fbt qu\u2019au mois de mai\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"527\" class=\"cit-num\">527<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal de <span class=\"caps\">TAVANNES<\/span> (1509-1573), 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, volume\u00a0X (1823), Voltaire<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien page de Fran\u00e7ois\u00a0Ier, gouverneur de Bourgogne o\u00f9 il se distingua par son fanatisme contre les r\u00e9form\u00e9s, il excite ses soldats au massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy, appel\u00e9 la boucherie de Paris.<\/p>\n<p>Selon le journal d\u2019un bourgeois de Strasbourg, pr\u00e9sent le 24\u00a0ao\u00fbt\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y avait point de ruelle dans Paris, quelque petite qu\u2019elle f\u00fbt, o\u00f9 l\u2019on n\u2019en ait assassin\u00e9 quelques-uns\u2026 Le sang coulait dans les rues comme s\u2019il avait beaucoup plu.\u00a0\u00bb Et Michelet \u00e9voque cette f\u00e9roce jouissance \u00e0 tuer.<\/p>\n<p>Le livre de comptes de l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris inscrit 1\u00a0100 s\u00e9pultures, l\u2019historien contemporain Jacques Auguste de Thou \u00e9crit\u00a0: 30\u00a0000 morts. Entre les deux, 4\u00a0000 morts est un bilan vraisemblable.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Parisiens se mettent au pillage avec une extraordinaire avidit\u00e9\u00a0: bien des gens ne s\u2019\u00e9taient jamais imagin\u00e9 qu\u2019ils pourraient poss\u00e9der un jour les chevaux et l\u2019argenterie qu\u2019ils ont ce soir dans les mains.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"528\" class=\"cit-num\">528<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Antonio Maria <span class=\"caps\">SALVIATI<\/span> (1537-1602), nonce apostolique, lettre au pape Gr\u00e9goire <span class=\"caps\">XIII<\/span>. <em>Correspondance du nonce en France<\/em>, Antonio Maria Salviati\u00a0: 1572-1578 (1975)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Salviati est Florentin, et cousin de Catherine de M\u00e9dicis. Il a bien intrigu\u00e9 pour se faire envoyer \u00e0 la cour de France. Arriver en cette ann\u00e9e 1572 fait de lui un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une page d\u2019histoire qui concerne par ailleurs le pape, m\u00eame si le Saint-Si\u00e8ge n\u2019est pour rien dans le massacre\u00a0! La correspondance de Salviati est un mod\u00e8le d\u2019ordre et de r\u00e9gularit\u00e9. Une source pr\u00e9cieuse pour les historiens, avec une partialit\u00e9 somme toute logique en faveur des catholiques.<\/p>\n<p>Par ordre du gouvernement, la tuerie va s\u2019\u00e9tendre \u00e0 tout le royaume.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il valait mieux que cela tomb\u00e2t sur eux que sur nous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"529\" class=\"cit-num\">529<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CATHERINE<\/span> <span class=\"caps\">DE<\/span> <span class=\"caps\">M\u00c9DICIS<\/span> (1519-1589), Lettre \u00e0 l\u2019ambassadeur de Toscane \u00e0 propos du massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy. <em>Lettres de Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1891), Collection de documents in\u00e9dits sur l\u2019histoire de France, Imprimerie nationale<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La reine m\u00e8re est sans doute responsable des massacres, malgr\u00e9 la prochaine d\u00e9claration de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> au Parlement de Paris (26 ao\u00fbt). Mais au point de haine o\u00f9 catholiques et protestants sont arriv\u00e9s, le choc semblait in\u00e9vitable et la balance pouvait pencher de l\u2019un ou l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. On peut penser aussi que cette forte femme fut d\u00e9pass\u00e9e par la force des \u00e9v\u00e9nements\u00a0!<\/p>\n<p>Effet non pr\u00e9vu, la Saint-Barth\u00e9lemy va renforcer le parti protestant, qui s\u2019organise pendant cette quatri\u00e8me guerre de Religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La messe ou la mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"530\" class=\"cit-num\">530<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), \u00e0 Cond\u00e9, le 24\u00a0ao\u00fbt 1572. <em>Pr\u00e9cis de l\u2019histoire de France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1833), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Henri\u00a0Ier de Bourbon-Cond\u00e9 (fils de Louis, assassin\u00e9 \u00e0 Jarnac) a fait alliance avec son cousin Henri de Navarre, devenant l\u2019un des chefs protestants les plus actifs. Il est men\u00e9 devant le roi qui jure \u00ab\u00a0par la mort Dieu\u00a0\u00bb\u00a0: il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 faire tomber sa t\u00eate, s\u2019il ne se convertit pas. \u00ab\u00a0Je te donne trois jours pour changer d\u2019avis [\u2026] Trois jours, apr\u00e8s quoi il faudra choisir\u00a0: la messe ou la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Henri\u00a0Ier va abjurer, comme le futur Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, et pour la m\u00eame raison. La vie vaut bien une messe. Mais ce genre de conversion sous la contrainte vaut peu et ne dure pas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La messe ou la mort\u00a0\u00bb va devenir un mot d\u2019ordre, la formule d\u2019un exorcisme collectif, dans Paris o\u00f9 chaque Parisien se croit d\u00e9positaire de la justice divine, devant chaque huguenot fatalement coupable d\u2019h\u00e9r\u00e9sie et tra\u00eetre au roi.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout ce qui est advenu dans Paris a \u00e9t\u00e9 fait non seulement par mon propre consentement, mais par mon commandement et de mon propre mouvement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"532\" class=\"cit-num\">532<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), D\u00e9claration au Parlement de Paris convoqu\u00e9 le 26\u00a0ao\u00fbt. <em>La Reine libertine\u00a0: la reine Margot<\/em> (2009), Michel de Decker<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au lendemain de la Saint-Barth\u00e9lemy, le roi s\u2019exprime publiquement. Mais nul n\u2019ignore l\u2019influence de Catherine de M\u00e9dicis sur son fils.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat s\u2019est crevass\u00e9 et \u00e9branl\u00e9 depuis la journ\u00e9e de la Saint-Barth\u00e9lemy, depuis que la foi du prince envers le sujet et du sujet envers le prince, qui est le seul ciment qui entretient les \u00c9tats en union, s\u2019est si outrageusement d\u00e9mentie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"534\" class=\"cit-num\">534<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe <span class=\"caps\">DUPLESSIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MORNAY<\/span> (1549-1623), <em>M\u00e9moires et correspondance de Duplessis-Mornay pour servir \u00e0 l\u2019histoire de la r\u00e9formation et des guerres civiles et religieuses en France, sous les r\u00e8gnes de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, depuis l\u2019an 1571 jusqu\u2019en 1623<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Parole de chef calviniste, mais tr\u00e8s juste analyse de la situation. Le massacre de Paris, \u00e9tendu \u00e0 toute la France, creuse un foss\u00e9 entre le pouvoir royal et les protestants, et provoque une crise de la foi monarchique\u00a0: \u00e0 la mort de Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, le nouveau roi h\u00e9ritera d\u2019une situation d\u00e9licate et Catherine de M\u00e9dicis est impuissante \u00e0 d\u00e9dramatiser le r\u00e8gne de ses fils.<\/p>\n<p>Duplessis-Mornay rejoint Henri de Navarre et le th\u00e9ologien entre en politique, devenant son ambassadeur et principal conseiller, l\u2019un des hommes les plus importants du parti protestant, \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Le parti s\u2019organise, devient quasiment un \u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat\u00a0: il nomme un \u00ab\u00a0gouverneur g\u00e9n\u00e9ral et protecteur des \u00c9glises r\u00e9form\u00e9es\u00a0\u00bb (qui sera bient\u00f4t Henri de Navarre), l\u00e8ve des imp\u00f4ts sur les territoires qu\u2019il contr\u00f4le, entretient des arm\u00e9es, s\u2019offre m\u00eame deux capitales (N\u00eemes et Montauban) et un grand port (La\u00a0Rochelle).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0P\u00e9risse le souvenir de ce jour\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"535\" class=\"cit-num\">535<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">L\u2019HOSPITAL<\/span> (vers 1504-1573), \u00e9voquant la Saint-Barth\u00e9lemy. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes de Michel de L\u2019Hospital, chancelier de France<\/em> (1824)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cit\u00e9 dans ses <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, comme un \u00ab\u00a0cri de honte et de douleur que tous les vrais Fran\u00e7ais r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le souvenir de la Saint-Barth\u00e9lemy vivra \u00e0 jamais dans l\u2019histoire de France, mais ce drame eut au moins un effet positif\u00a0: un tiers parti va na\u00eetre, celui des Malcontents, des Politiques, esprits mod\u00e9r\u00e9s, catholiques aussi bien que protestants, soucieux avant tout de sauver le pays, pr\u00e9parant \u00e0 terme l\u2019av\u00e8nement d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et la paix.<\/p>\n<p>Michel de L\u2019Hospital sera naturellement de ces hommes, avec l\u2019humaniste Jean Bodin, le capitaine protestant Fran\u00e7ois de La Noue, Duplessis-Mornay, th\u00e9ologien r\u00e9form\u00e9 qui \u00e9chappe de peu au massacre, le philosophe Montaigne, ami du roi de Navarre et maire de Bordeaux, qui tente activement de rapprocher les deux camps, et m\u00eame le tr\u00e8s catholique Ronsard, qui se d\u00e9solidarise des crimes commis au nom de la religion.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous savez, quand le peuple se d\u00e9borde, quelle b\u00eate c\u2019est\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"554\" class=\"cit-num\">554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), Lettre \u00e0 M.\u00a0de Villeroy, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat, septembre\u00a01584.<em> Henri <span class=\"caps\">III<\/span>\u00a0: roi shakespearien<\/em> (1985), Pierre Chevallier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi s\u2019inqui\u00e8te des troubles orchestr\u00e9s par les ligueurs \u00e0 Paris et la suite des \u00e9v\u00e9nements lui donnera raison. \u00ab\u00a0La Ligue, qui eut \u00e0 Paris son foyer le plus ardent, \u00e9tait une minorit\u00e9, mais une minorit\u00e9 active et violente. La petite bourgeoisie, les boutiquiers irrit\u00e9s par la crise \u00e9conomique en furent l\u2019\u00e9l\u00e9ment principal\u00a0\u00bb (Jacques Bainville, <em>Histoire de France<\/em>).<\/p>\n<p>But avou\u00e9 de la Ligue\u00a0: d\u00e9fendre la foi catholique. Mais ses chefs veulent aussi d\u00e9tr\u00f4ner Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. Le trait\u00e9 secret de Joinville, sign\u00e9 le 31\u00a0d\u00e9cembre 1584 entre Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne et les Guise, pr\u00e9voit de remplacer Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> le Valois par le cardinal de Bourbon (oncle d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>), prenant le nom de Charles\u00a0X. Vu son \u00e2ge (61\u00a0ans) et son \u00e9tat eccl\u00e9siastique, Henri de Guise, dit le Balafr\u00e9, a toutes chances de lui succ\u00e9der\u2026 Le royaume va courir au chaos.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> prend la t\u00eate de la Ligue, pour la neutraliser (trait\u00e9, \u00e9dit ou alliance de Nemours, juillet\u00a01585). En fait, il c\u00e8de \u00e0 ses exigences. Il se rapproche des Guise, interdit le culte protestant, s\u2019engage \u00e0 \u00ab\u00a0bouter les h\u00e9r\u00e9tiques hors du royaume\u00a0\u00bb et d\u00e9clare le B\u00e9arnais d\u00e9chu de ses droits \u00e0 la couronne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Comment sont n\u00e9es les barricades\u00a0? Pour lutter contre les cavaleries royales, le peuple n\u2019ayant jamais de cavalerie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"562\" class=\"cit-num\">562<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), <em>L\u2019Espoir<\/em> (1937)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le nom de \u00ab\u00a0journ\u00e9e des Barricades\u00a0\u00bb sera donn\u00e9 \u00e0 plusieurs insurrections parisiennes de l\u2019histoire de France. La premi\u00e8re date du 12\u00a0mai 1588.<\/p>\n<p>Henri de Guise brave la d\u00e9fense du roi et se rend \u00e0 Paris, appel\u00e9 par les Seize (comit\u00e9 form\u00e9 par les ligueurs dans la capitale, compos\u00e9 de 16 membres repr\u00e9sentant les 16 quartiers de la ville). Tr\u00e8s populaire, on le surnomme le Roi de Paris.<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> veut riposter avec ses troupes, mais la population se soul\u00e8ve, barrant les rues avec des barriques de terre. Le roi doit s\u2019enfuir et se r\u00e9fugie \u00e0 Chartres. Paris reste au duc de Guise et aux ligueurs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019est grand\u2019piti\u00e9 quand le valet chasse le ma\u00eetre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"563\" class=\"cit-num\">563<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Achille de <span class=\"caps\">HARLAY<\/span> (1536-1619), premier pr\u00e9sident du Parlement de Paris, mai\u00a01588. <em>Discours sur la vie et la mort du pr\u00e9sident de Harlay<\/em> (1816), Jacques de la Vall\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Saluons le courage de ce magistrat qui s\u2019adresse \u00e0 Henri de Guise, apr\u00e8s qu\u2019il a contraint Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> \u00e0 s\u2019enfuir de Paris. Ajoutant\u00a0: \u00ab\u00a0Au reste, mon \u00e2me est \u00e0 Dieu, mon c\u0153ur est \u00e0 mon roi et mon corps est entre les mains des m\u00e9chants\u00a0; qu\u2019on en fasse ce qu\u2019on voudra.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>In\u00e9branlablement fid\u00e8le au roi et membre influent du parti des Politiques (les mod\u00e9r\u00e9s), Harlay sera jet\u00e9 en prison par les Seize, qui font r\u00e9gner la terreur dans la capitale. La situation est grave et le roi convoque les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Blois. Mais il sera assassin\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. C\u2019est son successeur, Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, qui aura la force et le temps de remettre de l\u2019ordre dans le pays et dans la capitale, avant de le payer aussi de sa vie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/henri_iv_paris.jpg\" width=\"800\" height=\"435\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Naissance de la monarchie absolue<\/h4>\n<p>Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, protestant, doit litt\u00e9ralement reconqu\u00e9rir la capitale d\u2019une France catholique, mais \u00ab\u00a0Paris vaut bien une messe\u00a0\u00bb et sa conversion r\u00e9sout (presque) tout. Il sera quand m\u00eame assassin\u00e9 par Ravaillac. Richelieu, ministre de Louis <span class=\"caps\">XIII<\/span>, mate tous les opposants de France (les Grands et les protestants), mais se m\u00e9fie toujours de \u00ab\u00a0cette grosse b\u00eate\u00a0\u00bb de Paris, avec son peuple frondeur et son Parlement rebelle.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00d4 Paris qui n\u2019est plus Paris, mais une sp\u00e9lonque [antre] de b\u00eates farouches, une citadelle d\u2019Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et s\u00fbre retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignit\u00e9 et te souvenir qui tu as \u00e9t\u00e9, au prix de ce que tu es\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"613\" class=\"cit-num\">613<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), Harangue de M. d\u2019Aubray. <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Passage le plus c\u00e9l\u00e8bre de ce pamphlet \u00e9crit pour soutenir Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> contre les extr\u00e9mistes catholiques. Le roi h\u00e9rite d\u2019une capitale aux mains des ligueurs qui font r\u00e9gner la terreur, et des Habsbourg qui ont des ambitions dynastiques sur la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui vous croira roi de France quand on verra vos ordonnances dat\u00e9es de Limoges\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"614\" class=\"cit-num\">614<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sieur de <span class=\"caps\">GUITRY<\/span> (seconde moiti\u00e9 du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle) au roi Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, 6\u00a0ao\u00fbt 1589.<em> Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s le 4\u00a0ao\u00fbt, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> a promis de \u00ab\u00a0maintenir et conserver la religion catholique, apostolique et romaine\u00a0\u00bb dans le royaume\u00a0: c\u2019est la d\u00e9claration de Saint-Cloud. Cela doit rassurer une France majoritairement catholique, et lui vaut l\u2019adh\u00e9sion h\u00e9sitante d\u2019une partie de la noblesse et des princes de sang. Mais Paris (avec d\u2019autres grandes villes) est pour la Ligue et pour son chef, Charles de Mayenne, duc de Lorraine (maison des Guise).<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est purement et simplement le tr\u00f4ne de France. Le roi va donc partir \u00e0 la conqu\u00eate de son royaume \u2013 fait unique dans notre histoire\u00a0! Il a une petite arm\u00e9e de 20\u00a0000 hommes, quelques fid\u00e8les compagnons, une grande \u00e9nergie, une formidable sant\u00e9, et l\u2019habitude des champs de bataille.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez fait, Sire, la plus brave folie qui se fit jamais. Vous avez jou\u00e9 le royaume sur un coup de d\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"617\" class=\"cit-num\">617<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Philippe <span class=\"caps\">DUPLESSIS<\/span>\u2013<span class=\"caps\">MORNAY<\/span>\u00a0(1549-1623). <em>Duplessis Mornay ou \u00e9tudes historiques et politiques sur la situation de la France de 1549 \u00e0 1623<\/em> (1970), Joachim Ambert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fid\u00e8le compagnon, mais aussi principal conseiller et ambassadeur du roi, ainsi lui rend-il hommage, apr\u00e8s la bataille d\u2019Ivry, tr\u00e8s brillante victoire sur les troupes de la Ligue. Une victoire qui tient du miracle\u00a0!<\/p>\n<p>Mais les succ\u00e8s militaires effacent mal l\u2019\u00e9chec des deux si\u00e8ges de Paris\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> est toujours un roi sans capitale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bons chiens reviennent toujours \u00e0 leur ma\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"618\" class=\"cit-num\">618<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), 19\u00a0mars 1590. <em>La Chronique de Mantes<\/em> (1883), Alphonse Durand, Victor Eug\u00e8ne Grave<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand la ville de Mantes se rallie \u00e0 lui, le roi se r\u00e9jouit en ces termes toujours imag\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs de Mantes, je n\u2019avais aucune inqui\u00e9tude de vous, car bons chiens\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans les Parlements de province et m\u00eame \u00e0 Paris, des magistrats de plus en plus nombreux se d\u00e9clarent pour le roi. Mantes (devenue tr\u00e8s vite Mantes-la-Jolie pour \u00e9viter la confusion avec Nantes) est un site strat\u00e9gique\u00a0: sur la Seine, \u00e0 moins de 50\u00a0km de la capitale. Le roi y installe son quartier g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>En mai, il recommence \u00e0 faire le si\u00e8ge de Paris. Le comit\u00e9 des Seize, \u00e9manation de la Ligue, y devient impopulaire par la terreur qu\u2019il fait r\u00e9gner. Au mois de juin, la famine aggrave la situation. Mais Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne envoie le duc de Parme (Alexandre Farn\u00e8se) pour aider la ville \u00e0 tenir. D\u2019o\u00f9 un nouvel \u00e9quilibre des forces. Il semble que la solution ne puisse plus \u00eatre militaire. Pourtant la guerre continue, \u00e0 la fois civile et \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nous voulons un Roi qui donnera ordre \u00e0 tout, et retiendra tous ces tyranneaux en crainte et en devoir\u00a0; qui ch\u00e2tiera les violents, punira les r\u00e9fractaires, exterminera les voleurs et pillards, retranchera les ailes aux ambitieux, fera rendre gorge \u00e0 ces \u00e9ponges et larrons des deniers publics, fera contenir un chacun aux limites de sa charge, et conservera tout le monde en repos et tranquillit\u00e9. Enfin, nous voulons un Roi pour avoir la paix.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"621\" class=\"cit-num\">621<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">PITHOU<\/span> (1539-1596), Harangue de M. d\u2019Aubray. <em>La Satire M\u00e9nipp\u00e9e<\/em> (1594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les exc\u00e8s de la Ligue, surtout \u00e0 Paris, effraient le monde parlementaire et la haute bourgeoisie. Cependant que la voix du bon sens, la voix du parti des Politiques et la voix du peuple s\u2019expriment dans ce passage qui d\u00e9signe nomm\u00e9ment le roi d\u00e9sir\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Nous reconnaissons pour notre vrai Roi l\u00e9gitime, naturel, et souverain seigneur, Henri de Bourbon, ci-devant Roi de Navarre. C\u2019est lui seul [\u2026] qui peut nous relever de notre chute, qui peut remettre la Couronne en sa premi\u00e8re splendeur et nous donner la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rappelons que l\u2019id\u00e9e de ce pamphlet na\u00eet avant la r\u00e9union des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux, convoqu\u00e9s \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1592, sur l\u2019initiative du duc de Mayenne. Ligueur catholique, il veut se faire \u00e9lire roi \u00e0 la place d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. D\u2019autres pr\u00e9tendants au tr\u00f4ne existent, face au roi h\u00e9r\u00e9tique, \u00e0 commencer par l\u2019infante d\u2019Espagne, pr\u00e9sent\u00e9e par son p\u00e8re, le roi Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0\u00c9tats de la Ligue\u00a0\u00bb s\u2019ouvrent le 26\u00a0janvier\u00a01593 \u00e0 Paris. Entre autres revendications\u00a0: un roi catholique pour la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce sera dimanche que je ferai le saut p\u00e9rilleux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"625\" class=\"cit-num\">625<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), Lettre \u00e0 Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es, juillet\u00a01593. <em>M\u00e9moires de Gabrielle d\u2019Estr\u00e9es<\/em> (1829), Paul Lacroix<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le Vert Galant lui \u00e9crit souvent, pour lui parler le plus souvent d\u2019amour, tr\u00e8s galamment et gaillardement. Il l\u2019entretient ici de sa proche conversion.<\/p>\n<p>25\u00a0juillet 1593\u00a0: les Parisiens se pressent \u00e0 la basilique de Saint-Denis, pour assister \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie publique de l\u2019abjuration royale. Le sacre se fera \u00e0 Chartres, le 27\u00a0f\u00e9vrier 1594. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> devient Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Recommandez-moi \u00e0 votre ma\u00eetre, mais n\u2019y revenez plus\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"627\" class=\"cit-num\">627<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span>\u00a0(1553-1610), aux Espagnols quittant Paris, 22\u00a0mars 1594.<em> Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em> (1837), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les 4\u00a0000 soldats de Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u00e9filent, \u00e9tendards lev\u00e9s, sortant de Paris par la porte Saint-Denis. Pour la plus grande joie des Parisiens et du roi.<\/p>\n<p>Paris, en la personne du pr\u00e9v\u00f4t des marchands et du gouverneur Brissac, lui ouvre ses portes. Le Parlement s\u2019est ralli\u00e9 au souverain. Les troupes royales prennent possession de la ville sans combattre, apr\u00e8s avoir vainement essay\u00e9 pendant cinq ann\u00e9es\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai bien vu le roi, mais je n\u2019ai pas vu <em>Sa Majest\u00e9<\/em>\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"628\" class=\"cit-num\">628<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme\u00a0de <span class=\"caps\">SIMIER<\/span> (<span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle), \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> dans Paris, 22\u00a0mars 1594.<em> Historiettes\u00a0: m\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire du <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (posthume, 1834), Tallemant des R\u00e9aux<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Entr\u00e9e royale est un \u00e9v\u00e9nement majeur, dans la vie d\u2019une ville\u00a0: une f\u00eate, un spectacle, dont on imagine mal aujourd\u2019hui le symbole et la magnificence. Mais quand c\u2019est Paris qui se rend \u00e0 son roi apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de combat, c\u2019est un fait historique, \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019une victoire. Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> en est heureux et fier\u00a0: il a gagn\u00e9 la guerre de Paris sans morts et sans pillage comme il est d\u2019usage, mais apr\u00e8s moult n\u00e9gociations secr\u00e8tes et versements d\u2019argent.<\/p>\n<p>Seule d\u00e9ception, celle des Grands rest\u00e9s sur le souvenir d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> et des fastes de la cour, et choqu\u00e9s \u00e0 la vue du successeur, plus B\u00e9arnais que nature, n\u00e9gligent, d\u00e9braill\u00e9, puant l\u2019ail et s\u2019en vantant\u00a0: \u00ab\u00a0Je tiens de mon p\u00e8re, moi, je sens le gousset.\u00a0\u00bb Encore a-t-il rev\u00eatu son armure, pour la c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 peine [Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>] f\u00fbt-il rentr\u00e9 dans Paris qu\u2019on ne vit plus que ma\u00e7ons en besogne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"629\" class=\"cit-num\">629<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Mercure fran\u00e7ais<\/em> (1611).<em> Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une ville d\u00e9vast\u00e9e qu\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> a trouv\u00e9e en 1594. La capitale va dans les quarante ann\u00e9es qui suivent conna\u00eetre un essor extraordinaire et doubler sa population. Les Valois pr\u00e9f\u00e9raient le Val de Loire, les premiers Bourbons seront plus parisiens. En tout cas, Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> a eu assez de mal \u00e0 entrer dans Paris, il est bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 y r\u00e9sider et \u00e0 s\u2019occuper personnellement des travaux qui s\u2019imposent. Il ouvre aussit\u00f4t des chantiers pour r\u00e9duire le ch\u00f4mage, embellir la ville et servir sa gloire. La place Dauphine, la place Royale et le pont Neuf datent de ce r\u00e8gne qui fut trop court pour que se r\u00e9alisent bien d\u2019autres projets architecturaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il y a moins de risques \u00e0 voyager dans une for\u00eat vierge qu\u2019\u00e0 se trouver dans les rues de Paris, surtout quand les lanternes sont \u00e9teintes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"630\" class=\"cit-num\">630<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Thomas <span class=\"caps\">PLATTER<\/span> le Jeune (1574-1628). <em>Histoire de France depuis les origines jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution<\/em> (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suisse (n\u00e9 \u00e0 B\u00e2le), il est en France pour ses \u00e9tudes de m\u00e9decine (\u00e0 Montpellier). Il tient un journal de voyage (qui le m\u00e8ne en divers pays d\u2019Europe). De passage \u00e0 Paris, il t\u00e9moigne de cet aspect de la capitale, \u00e0 la fin du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. Montaigne, quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, quoique maire de Bordeaux et tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 son Sud-Ouest natal, parlait dans les <em>Essais<\/em> en amoureux de la capitale\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019aime tendrement jusqu\u2019\u00e0 ses verrues et \u00e0 ses taches\u00a0; je ne suis Fran\u00e7ais que par cette grande cit\u00e9, grande en peuples, grande en f\u00e9licit\u00e9 de son assiette [sa situation g\u00e9ographique]\u00a0; mais surtout grande et incomparable en vari\u00e9t\u00e9 et diversit\u00e9 de commodit\u00e9s, la gloire de la France et l\u2019un des plus nobles ornements du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un peuple, c\u2019est une b\u00eate qui se laisse mener par le nez, principalement les Parisiens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"631\" class=\"cit-num\">631<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), septembre\u00a01594. <em>Histoire du roi Henri le Grand<\/em> (1664), Hardouin de P\u00e9r\u00e9fixe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Archev\u00eaque de Paris sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, P\u00e9r\u00e9fixe fut longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme le meilleur historien d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Quand Richelieu le charge en 1644 de faire l\u2019\u00e9ducation du jeune prince (\u00e2g\u00e9 de 7\u00a0ans), il prendra ce roi pour mod\u00e8le (les deux livres qu\u2019il lui consacre seront r\u00e9dig\u00e9s plus tard).<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> fut de fait un grand roi pour la France et le plus populaire de tous, apr\u00e8s sa mort. C\u2019\u00e9tait aussi un meneur d\u2019hommes. Il n\u2019emp\u00eache que la \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb ne sera jamais compl\u00e9tement domestiqu\u00e9e par son ma\u00eetre. Au si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, la Fronde parisienne est une autre guerre contre l\u2019\u00c9tat et, par la suite, Paris ne cesse de s\u2019opposer, d\u2019\u00e9tonner le monde et d\u2019effrayer le pouvoir, entre r\u00e9volte et r\u00e9volution, manifestation et r\u00e9sistance\u00a0: \u00ab\u00a0Paris qui n\u2019est Paris qu\u2019arrachant ses pav\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb (Louis Aragon).<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La couronne vaut bien une messe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"623\" class=\"cit-num\">623<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">SULLY<\/span> (1560-1641), en 1593. <em>Les Grandes Figures de l\u2019histoire\u00a0: Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> et l\u2019\u00c9glise<\/em> (1875), Pierre F\u00e9ret<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre version\u00a0: Paris vaut bien une messe. Le mot est apocryphe\u00a0: sans doute jamais dit par Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, malgr\u00e9 ce qui est parfois \u00e9crit, mais attribu\u00e9 \u00e0 Sully, dans le recueil satirique des <em>Caquets de l\u2019accouch\u00e9e<\/em> (1623). Qu\u2019importe, il r\u00e9sume parfaitement la situation de fait et l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du roi. Sully, quant \u00e0 lui, restera protestant. La religion d\u2019un ministre des Finances n\u2019a pas la m\u00eame importance que celle du roi de France\u00a0!<\/p>\n<p>Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> fait donc annoncer sa prochaine conversion-abjuration par l\u2019archev\u00eaque de Bourges, le 17\u00a0mai 1593.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, vous n\u2019avez encore renonc\u00e9 Dieu que des l\u00e8vres, et il s\u2019est content\u00e9 de les percer\u00a0; mais quand vous le renoncerez, alors il percera le c\u0153ur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"633\" class=\"cit-num\">633<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Agrippa d\u2019<span class=\"caps\">AUBIGN\u00c9<\/span> (1552-1630), \u00e0 Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, au lendemain de l\u2019attentat de Ch\u00e2tel. <em>\u00c9tude historique et litt\u00e9raire sur Agrippa d\u2019Aubign\u00e9<\/em> (1883), Eug\u00e8ne R\u00e9aume<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le tr\u00e8s fervent protestant regrette qu\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> ait fait l\u2019\u00e9change de Paris contre une messe \u2013 pour ne pas dire son \u00e2me. L\u2019abjuration l\u2019a indign\u00e9, l\u2019\u00e9dit de Nantes ne le satisfera pas, ne faisant que tol\u00e9rer sa religion.<\/p>\n<p>Bien que rest\u00e9 fid\u00e8le au roi, il se retire dans ses terres de Vend\u00e9e, comme gouverneur, reprenant du service sous Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>, puis contraint de se r\u00e9fugier \u00e0 Gen\u00e8ve o\u00f9 il meurt, \u00e0 pr\u00e8s de 80\u00a0ans.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, sa petite-fille, Fran\u00e7oise d\u2019Aubign\u00e9, devenue marquise de Maintenon et femme de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, contribuera pour une large part \u00e0 la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes et aux nouvelles pers\u00e9cutions contre les protestants.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je mourrai un de ces jours et, quand vous m\u2019aurez perdu, vous conna\u00eetrez lors ce que je valais et la diff\u00e9rence qu\u2019il y a de moi aux autres hommes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"661\" class=\"cit-num\">661<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), \u00e0 ses compagnons, au matin du 14\u00a0mai 1610. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume, 1822), Maximilien de B\u00e9thune Sully<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il se sait menac\u00e9, apr\u00e8s douze tentatives en dix ans \u2013 dix-huit, selon d\u2019autres calculs, et vingt-cinq durant son r\u00e8gne\u00a0! Mais ce jour-l\u00e0, de tr\u00e8s bonne heure, le roi est assailli de pressentiments.<\/p>\n<p>Il va \u00eatre poignard\u00e9 par Ravaillac\u00a0: l\u2019homme a saut\u00e9 dans le carrosse bloqu\u00e9 par un encombrement de Paris, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait \u00e0 l\u2019Arsenal, chez Sully son ministre et ami, souffrant. Le bless\u00e9 a tressailli sous le coup et dit deux fois \u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien\u00a0\u00bb, avant de mourir.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gicide sera \u00e9cartel\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9\u00a0: il affirma avoir agi seul. Sully, dans ses M\u00e9moires, n\u2019y croit pas. Le myst\u00e8re demeure, sur la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand. C\u2019est l\u2019une des grandes \u00e9nigmes de l\u2019histoire de France.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0N\u2019\u00e9veillez pas cette grosse b\u00eate.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"711\" class=\"cit-num\">711<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de richelieu (1585-1642). <em>Mazarin<\/em> (1972), Paul Guth<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit de Paris (ou de son Parlement, selon une autre source).<\/p>\n<p>Le cardinal sait la ville frondeuse par nature, et par acc\u00e8s. Son successeur le cardinal de Mazarin, moins habile ou moins chanceux, subira le r\u00e9veil de la \u00ab\u00a0grosse b\u00eate\u00a0\u00bb, dramatique durant la Fronde.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/louis_xiv_paris_pont_neuf.jpg\" width=\"800\" height=\"423\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Le Si\u00e8cle de Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span><\/h4>\n<p>\u00c7a commence mal avec la Fronde, une guerre civile de cinq ans aussi dangereuse que ridicule, o\u00f9 Paris tient le premier r\u00f4le dans une France au bord de la r\u00e9volution. Mazarin en vient \u00e0 bout, non sans mal\u00a0! Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> au pouvoir n\u2019oublie pas la le\u00e7on. Il s\u2019impose \u00e0 16 ans face au Parlement de Paris (\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0!\u00a0\u00bb) et va faire de Versailles o\u00f9 il s\u2019installe en 1682 la capitale de tous les arts, pour le plus grand prestige de la France en Europe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"745\" class=\"cit-num\">745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Louis <span class=\"caps\">MADELIN<\/span> (1871-1956), <em>La Fronde<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019historien cite le mot \u00e0 la mode\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019en 1649 on verra la population de Paris tenir en \u00e9chec le gouvernement royal et le mettre en fuite sans d\u2019ailleurs penser \u00e0 le mettre bas, on dira\u00a0: Ils font comme leurs enfants, ils jouent \u00ab\u00a0\u00e0 la fronde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Et le mot est adopt\u00e9. Le \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb sera quand m\u00eame assez s\u00e9rieux pour faire fuir hors de Paris, \u00e0 plusieurs reprises, non seulement le gouvernement mais aussi la famille royale, la Fronde parlementaire \u00e9tant relay\u00e9e par celle des princes, \u00e0 partir de 1650, et les \u00e9meutes populaires \u00e9clatant un peu partout en province.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nos guerres civiles, sous Charles\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span>, avaient \u00e9t\u00e9 cruelles, celles de la Ligue furent abominables, celle de la Fronde fut ridicule.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"747\" class=\"cit-num\">747<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778),<em> Lettres philosophiques<\/em> (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les attendus de ce jugement dat\u00e9s du si\u00e8cle suivant sont tr\u00e8s circonstanci\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Pour la derni\u00e8re guerre de Paris, elle ne m\u00e9rite que des sifflets\u00a0; le cardinal de Retz, avec beaucoup d\u2019esprit et de courage mal employ\u00e9s, rebelle sans aucun sujet, factieux sans dessein, chef de parti sans arm\u00e9e, cabalait pour cabaler et semblait faire la guerre civile pour son plaisir. Le Parlement ne savait ni ce qu\u2019il voulait, ni ce qu\u2019il ne voulait pas\u00a0; il levait des troupes par arr\u00eat, il les cassait\u00a0; il mena\u00e7ait, il demandait pardon\u00a0; il mettait \u00e0 prix la t\u00eate du cardinal Mazarin et ensuite venait le complimenter en c\u00e9r\u00e9monie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cardinal de Retz se vante d\u2019avoir seul arm\u00e9 tout Paris dans cette journ\u00e9e, qui fut nomm\u00e9e des Barricades et qui \u00e9tait la seconde de cette esp\u00e8ce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"774\" class=\"cit-num\">774<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Le Si\u00e8cle de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que la premi\u00e8re fois (12\u00a0mai 1588), c\u2019\u00e9tait le duc de Guise et la Ligue des ultra-catholiques contre Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>. Cette \u00ab\u00a0seconde\u00a0\u00bb journ\u00e9e des Barricades sera suivie de bien d\u2019autres, apr\u00e8s le si\u00e8cle de Voltaire et des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non, Madame, il ne s\u2019agit pas de moi, mais de Paris soumis et d\u00e9sarm\u00e9, qui se vient jeter aux pieds de Votre Majest\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"775\" class=\"cit-num\">775<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RETZ<\/span> (1613-1679), \u00e0 la reine Anne d\u2019Autriche, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Barricades du 27\u00a0ao\u00fbt 1648. <em>M\u00e9moires du cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Paul de Gondi de Retz n\u2019est pas encore cardinal, mais coadjuteur de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Paris, son oncle. Et il s\u2019est rang\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Broussel, dans le parti du Parlement, contre Mazarin son ami de jadis.<\/p>\n<p>Il se donne ici le (beau) r\u00f4le d\u2019intercesseur entre le peuple de Paris et le pouvoir royal. C\u2019est tr\u00e8s excessif\u00a0: quand Mathieu Mol\u00e9, premier pr\u00e9sident du Parlement, risquait sa vie en s\u2019interposant entre les insurg\u00e9s et les troupes royales, l\u2019ambitieux de Retz a seulement tent\u00e9 de s\u2019assurer une popularit\u00e9 sans p\u00e9ril.<\/p>\n<p>Voltaire dira de lui\u00a0: \u00ab\u00a0Cet homme singulier est le premier \u00e9v\u00eaque en France qui ait fait une guerre civile sans avoir la religion pour pr\u00e9texte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Roi sera le ma\u00eetre partout, hors dans cette ville-l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"779\" class=\"cit-num\">779<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661), furieux contre l\u2019attitude de Paris et de son Parlement frondeur, fin 1648. <em>La Fronde<\/em> (1954), Ernst Heinrich Kossmann<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s la journ\u00e9e des Barricades au printemps, Mazarin a pass\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne \u00e0 ruser, la famille royale est revenue \u00e0 Paris en novembre\u00a01648, mais le Parlement fait encore la loi, pr\u00e9tend contr\u00f4ler le gouvernement, et la reine en octobre a d\u00fb confirmer la suppression des intendants.<\/p>\n<p>Mazarin d\u00e9cide alors d\u2019assi\u00e9ger Paris et de le r\u00e9duire par la famine (et la propagande). Il se r\u00e9fugie au ch\u00e2teau de Saint-Germain avec la famille royale et ses fid\u00e8les, partant subrepticement dans la nuit du 5 au 6\u00a0janvier 1549. Cond\u00e9, \u00e0 la t\u00eate des troupes royales, dispose de 10\u00a0000 hommes pour se rendre ma\u00eetre de Paris\u00a0: op\u00e9ration r\u00e9pressive mal calcul\u00e9e, mal men\u00e9e, et plus de quatre ann\u00e9es de trouble vont s\u2019encha\u00eener.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Point de paix, point de Mazarin\u00a0! Il faut aller \u00e0 Saint-Germain qu\u00e9rir notre bon Roi\u00a0; il faut jeter dans la rivi\u00e8re tous les mazarins.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"781\" class=\"cit-num\">781<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris du peuple de Paris assi\u00e9g\u00e9, d\u00e9but mars\u00a01649. <em>M\u00e9moires du Cardinal de Retz<\/em> (posthume, 1717)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des pourparlers de paix s\u2019engagent entre la cour (\u00e0 Saint-Germain) et le Parlement de Paris.<\/p>\n<p>Mais il y a des opposants irr\u00e9ductibles, une part du peuple se soul\u00e8ve, neutralise les \u00e9chevins et les magistrats fid\u00e8les au roi (les \u00ab\u00a0mazarins\u00a0\u00bb). Cependant que les Grands deviennent le \u00ab\u00a0pi\u00e8tre \u00e9tat-major d\u2019une r\u00e9volution incertaine\u00a0\u00bb (Georges Duby). On retrouve le duc de Beaufort (le roi des Halles refaisant le coup de la Cabale des Importants), l\u2019in\u00e9vitable de Retz (port\u00e9 par son ambition politique et bient\u00f4t perdu par ses propres subtilit\u00e9s), le prince de Conti \u2013\u00a0\u00ab\u00a0un z\u00e9ro qui ne multipliait que parce qu\u2019il \u00e9tait prince du sang\u00a0\u00bb, selon de Retz\u00a0\u2013 et la belle duchesse de Longueville (fr\u00e8re et s\u0153ur du Grand Cond\u00e9 qui se bat dans le camp du roi). Et tout ce beau monde se querelle ou s\u2019aime, intrigue, h\u00e9site, fanfaronne, encha\u00eene les volte-face et s\u2019\u00e9tonne de tant d\u2019audace.<\/p>\n<p>Les nouvelles des r\u00e9volutionnaires de Cromwell vont terrifier les plus rebelles\u00a0: ils ont os\u00e9 ex\u00e9cuter le roi Charles\u00a0Ier d\u2019Angleterre\u00a0!<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident du Parlement de Paris, Mol\u00e9, signe alors la paix de Rueil, le 11\u00a0mars 1649\u00a0: au prix de concessions mutuelles, c\u2019est la fin (provisoire) de la Fronde parlementaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Or, sus, bourgeois, ne soyez plus en peine,<br>Cessez vos pleurs, vos cris,<br>Le Roi, Monsieur, et la Reine R\u00e9gente<br>Reviennent \u00e0 Paris,<br>Ha\u00a0! qu\u2019ils ont fait une belle b\u00e9vue\u00a0!<br>Elle est revenue, Dame Anne, elle est revenue.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"782\" class=\"cit-num\">782<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>L\u2019Enl\u00e8vement du Roi<\/em> (1649), chanson. <em>Recueil de plusieurs pi\u00e8ces curieuses contre le cardinal de Mazarin<\/em> (1649)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rien moins que 28 couplets pour f\u00eater le retour triomphal \u00e0 Paris du petit Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> (11 ans), mais aussi de son fr\u00e8re Philippe et de leur m\u00e8re Anne d\u2019Autriche, le 18\u00a0ao\u00fbt 1649.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Faut qu\u2019on l\u2019assomme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019il est bon homme\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Tel qui disait\u00a0: \u00ab\u00a0Le Mascarin\u00a0!<br>Le Mazarin\u00a0! Le Nazarin\u00a0!\u00a0\u00bb<br>Avec un ton de r\u00e9v\u00e9rence<br>Dit d\u00e9sormais\u00a0: \u00ab\u00a0Son \u00c9minence\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"795\" class=\"cit-num\">795<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Pamphlet pour Mazarin<\/em> (1652). <em>Histoire de la Biblioth\u00e8que Mazarine depuis sa fondation jusqu\u2019\u00e0 nos jours<\/em> (1860), Alfred Franklin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Juste retour des choses. La France est \u00e0 bout de souffle et Paris se lasse de tant d\u2019exc\u00e8s, apr\u00e8s la journ\u00e9e des Pailles et le massacre qui s\u2019ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles \u00e0 Cond\u00e9, qui fuit \u00e0 son tour aux Pays-Bas espagnols \u2013 la Belgique actuelle.<\/p>\n<p>Les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre \u2013 d\u00e9finitivement cette fois, et triomphalement\u00a0! Le 21\u00a0octobre 1652, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe au Louvre.<\/p>\n<p>Mazarin, rappel\u00e9 par le roi et la reine m\u00e8re, rentre \u00e0 son tour. L\u2019opinion s\u2019est compl\u00e8tement retourn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"807\" class=\"cit-num\">807<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), au Parlement de Paris. <em>L\u2019\u00c9tat baroque\u00a0: regards sur la pens\u00e9e politique de la France du premier <span class=\"caps\">XVII<\/span>e\u00a0si\u00e8cle<\/em> (1985), H.\u00a0M\u00e9choulan, E.\u00a0Le Roy Ladurie, A.\u00a0Robinet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mot r\u00e9put\u00e9 apocryphe, souvent cit\u00e9, qui refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9, fut prononc\u00e9 avant m\u00eame le d\u00e9but du r\u00e8gne personnel, selon l\u2019historien Louis Madelin (<em>La Fronde<\/em>).<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> vient d\u2019\u00eatre sacr\u00e9 roi \u00e0 Reims (1654), mais Mazarin exerce toujours le pouvoir. \u00c0 sa demande, le roi signe divers \u00e9dits financiers, pour renflouer le Tr\u00e9sor et poursuivre la guerre contre l\u2019Espagne. Certains magistrats du Parlement de Paris en discutent la l\u00e9galit\u00e9. Or, il faut \u00e0 tout prix \u00e9viter une nouvelle fronde parlementaire.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, en costume de chasse, se rend devant le Parlement r\u00e9uni en lit de justice\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun sait combien ces assembl\u00e9es ont excit\u00e9 de troubles dans mon \u00c9tat et combien de dangereux effets elles y ont produits. J\u2019ai appris que vous pr\u00e9tendiez encore les continuer sous pr\u00e9texte de d\u00e9lib\u00e9rer sur les \u00e9dits qui ont \u00e9t\u00e9 lus et publi\u00e9s en ma pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb Le pr\u00e9sident invoque l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat dans cette affaire, et le roi le fait taire, en affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi\u00a0\u00bb (13\u00a0avril 1655). Il a 16\u00a0ans.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On nous dit que nos rois d\u00e9pensaient sans compter,<br>Qu\u2019ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.<br>Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,<br>Ne nous mettaient-ils pas notre argent de c\u00f4t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"890\" class=\"cit-num\">890<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Sacha <span class=\"caps\">GUITRY<\/span> (1885-1957), <em>Si Versailles m\u2019\u00e9tait cont\u00e9<\/em> (film de 1953)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>6\u00a0mai 1682\u00a0: Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> s\u2019installe \u00e0 Versailles qui va devenir le centre du monde civilis\u00e9.<\/p>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span> fit construire d\u00e8s 1624 un pavillon de chasse, mais c\u2019est Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> en 1661 qui ordonne les travaux pour faire du ch\u00e2teau ce \u00ab\u00a0plaisir superbe de la nature\u00a0\u00bb (Saint-Simon). Le roi ne d\u00e9pense pas sans compter, mais il d\u00e9pense beaucoup pour les b\u00e2timents en g\u00e9n\u00e9ral (4\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat leur est consacr\u00e9 en moyenne) et tout particuli\u00e8rement pour Versailles. L\u2019\u00e9quipe qui a si bien r\u00e9ussi Vaux-le-Vicomte pour Fouquet est \u00e0 nouveau r\u00e9unie pour r\u00e9aliser ce chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019art classique \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0: Le Vau (architecte), Le Brun (peintre), Le N\u00f4tre (jardinier), Francine (ing\u00e9nieur des eaux). Et Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait plus que donner son avis\u00a0: il l\u2019impose souvent. Et se trompe rarement.<\/p>\n<p>En 1682, le roi quitte le palais du Louvre \u00e0 Paris pour s\u2019installer au ch\u00e2teau de Versailles. La ville devient symboliquement la capitale de la France \u2013 la force du symbole \u00e9tant ici particuli\u00e8rement \u00e9blouissante.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le bout de Monsieur d\u2019Argenson<br>Se raccourcit avec la lune.<br>Il deviendra colima\u00e7on,<br>Le bout de Monsieur d\u2019Argenson\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"918\" class=\"cit-num\">918<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Le Bout de Monsieur d\u2019Argenson<\/em> (1698), chanson. <em>Histoire de France par les chansons<\/em> (1982), France Vernillat, Pierre Barbier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La France sort ruin\u00e9e de la guerre de la Ligue d\u2019Augsbourg ou guerre de Neuf Ans (1688-1697) qui opposa la France \u00e0 une puissante coalition europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, surnomm\u00e9e la Ville Lumi\u00e8re pour son \u00e9clairage au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e si\u00e8cle, le nouveau lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police d\u00e9cide de faire des \u00e9conomies\u00a0: les nuits de pleine lune, on ne mettra dans les lanternes publiques que de petits \u00ab\u00a0bouts de chandelles\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 les plaisanteries sur le bout de M.\u00a0d\u2019Argenson\u00a0: \u00ab\u00a0Mais il est plus gros et plus long\u00a0\/ Quand il voit para\u00eetre la brune.\u00a0\u00bb Cet humour parisien annonce le prochain si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/salon_paris.jpg\" width=\"800\" height=\"526\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<h4>Le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/h4>\n<p>Suivant une alternance logique, il s\u2019oppose en tout au <span class=\"caps\">XVII<\/span>e. Paris redevient la capitale des plaisirs, des spectacles et des affaires, des salons et des nouveaux caf\u00e9s \u00e0 la mode. L\u2019art de vivre et le rayonnement culturel de la France sont \u00e0 l\u2019apog\u00e9e. Malgr\u00e9 la censure, la pens\u00e9e des philosophes forme l\u2019opinion publique justement \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb, tandis que les Parisiens et les \u00ab\u00a0poissardes\u00a0\u00bb expriment ouvertement un m\u00e9contentement de plus en plus r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France est marquis qui veut\u00a0; et quiconque arrive \u00e0 Paris du fond d\u2019une province avec de l\u2019argent \u00e0 d\u00e9penser, et un nom en <em>ac<\/em> ou en <em>ille<\/em>, peut dire\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme comme moi, un homme de ma qualit\u00e9\u00a0\u00bb, et m\u00e9priser souverainement un n\u00e9gociant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"961\" class=\"cit-num\">961<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), <em>Lettres philosophiques<\/em>, Sur le commerce (1734)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La noblesse reste ce cercle magique o\u00f9 l\u2019on tente d\u2019acc\u00e9der, et qui fascine encore la bourgeoisie. Voltaire le d\u00e9plore\u00a0: \u00ab\u00a0Le n\u00e9gociant entend lui-m\u00eame parler si souvent avec m\u00e9pris de sa profession, qu\u2019il est assez sot pour en rougir\u00a0\u00bb, alors que ce \u00ab\u00a0tiers \u00e9tat\u00a0\u00bb est bien plus utile \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Celui qui est \u00e0 la cour, \u00e0 Paris, dans les provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des pr\u00e9lats, s\u2019il ne conna\u00eet les femmes qui les gouvernent, est comme un homme qui voit bien une machine qui joue, mais qui n\u2019en conna\u00eet point les ressorts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"977\" class=\"cit-num\">977<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au-del\u00e0 des apparences futiles et brillantes, les femmes jouent leur r\u00f4le dans l\u2019histoire. Et d\u2019abord dans celle des id\u00e9es. Elles ont soutenu les Modernes contre les Anciens dans les querelles du si\u00e8cle dernier, on les voit maintenant aux c\u00f4t\u00e9s des philosophes. Influentes aussi dans l\u2019\u00e9conomie o\u00f9 des femmes de la bourgeoisie et du peuple se retrouvent chefs d\u2019entreprise\u00a0; et dans la politique o\u00f9 les favorites royales jouent un r\u00f4le m\u00eame pas occulte avec Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>. Quant \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, Mirabeau ne dira-t-il pas de lui\u00a0: \u00ab\u00a0Le roi n\u2019a qu\u2019un homme, c\u2019est sa femme\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On appr\u00eate le caf\u00e9 de telle mani\u00e8re qu\u2019il donne de l\u2019esprit \u00e0 ceux qui en prennent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"978\" class=\"cit-num\">978<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755),<em> Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La R\u00e9gence, le Procope, Gradot, Laurent\u00a0: c\u2019est la grande mode des caf\u00e9s o\u00f9 le caf\u00e9 fait fureur \u2013 on en compte 300 \u00e0 Paris, en 1715. Les clubs, plus ferm\u00e9s, institution typiquement anglaise, s\u00e9duisent la France anglophile jusqu\u2019\u00e0 l\u2019anglomanie. Les salons se multiplient, \u00e0 Paris et en province, \u00e0 mesure que la cour de Versailles perd son h\u00e9g\u00e9monie\u00a0: d\u2019abord litt\u00e9raires et mondains, puis philosophiques, tous tenus par des femmes (Mme\u00a0de Lambert, Mme\u00a0de Tencin, Mme\u00a0du Deffand, Mme\u00a0Geoffrin, Mlle\u00a0de Lespinasse), lieux de rencontre et de conversation o\u00f9 les id\u00e9es nouvelles circulent et les r\u00e9putations se font et se d\u00e9font.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est un monde. Tout y est grand\u00a0: beaucoup de mal et beaucoup de bien. Aller aux spectacles, aux promenades, aux endroits de plaisir, tout est plein. Aller aux \u00e9glises, il y a foule partout.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"980\" class=\"cit-num\">980<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Carlo <span class=\"caps\">GOLDONI<\/span> (1707-1793), <em>M\u00e9moires<\/em> (1787)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Italien de Paris, auteur dramatique adopt\u00e9 par la capitale, il profite du go\u00fbt des Parisiens pour les spectacles. Les salles de th\u00e9\u00e2tre se multiplient, ainsi que les superbes h\u00f4tels particuliers voisinant des immeubles de rapport cossus. Le tr\u00e8s fran\u00e7ais Montesquieu confirme\u00a0: \u00ab\u00a0Je hais Versailles parce que tout le monde y est petit\u00a0; j\u2019aime Paris parce que tout le monde y est grand.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les grandes fortunes se commencent souvent en province\u00a0; mais ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 Paris qu\u2019elles s\u2019ach\u00e8vent et qu\u2019on en jouit [\u2026] Paris est le centre de la dissipation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"981\" class=\"cit-num\">981<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles Pinot <span class=\"caps\">DUCLOS<\/span> (1704-1772), <em>Consid\u00e9rations sur les m\u0153urs de ce si\u00e8cle<\/em> (1751)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9veloppement du n\u00e9goce et de la banque et sp\u00e9culation immobili\u00e8re sont port\u00e9s \u00e0 leur comble d\u00e8s la R\u00e9gence, avec le syst\u00e8me de Law qui donne la fi\u00e8vre \u00e0 Paris. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9chec retentissant, une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 est n\u00e9e, \u00e0 la mentalit\u00e9 affairiste, \u00e9prise de luxe et de plaisirs, aux m\u0153urs d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment scandaleuses, et qui ne va plus cesser de s\u2019\u00e9tourdir jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Paris est peut-\u00eatre la ville du monde la plus sensuelle et o\u00f9 l\u2019on raffine le plus sur les plaisirs\u00a0; mais c\u2019est peut-\u00eatre celle o\u00f9 l\u2019on m\u00e8ne une vie plus dure. Pour qu\u2019un homme vive d\u00e9licieusement, il faut que cent autres travaillent sans rel\u00e2che.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"982\" class=\"cit-num\">982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MONTESQUIEU<\/span> (1689-1755), <em>Lettres Persanes<\/em> (1721)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contraste plus que jamais affich\u00e9, donc choquant pour l\u2019un des premiers philosophes du si\u00e8cle, entre la minorit\u00e9 de privil\u00e9gi\u00e9s et les autres. Rousseau, le moins parisien et le plus pl\u00e9b\u00e9ien des philosophes, \u00e9crira\u00a0: \u00ab\u00a0Une vie dure est plus facile \u00e0 supporter en province que la fortune \u00e0 poursuivre \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u2019autres cyniques \u00e9tonn\u00e8rent la vertu, Voltaire \u00e9tonne le vice [\u2026] Paris le couronna, Sodome l\u2019e\u00fbt banni.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1018\" class=\"cit-num\">1018<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Joseph de <span class=\"caps\">MAISTRE<\/span> (1753-1821), <em>Les Soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em> (1821)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Philosophe, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites, adversaire r\u00e9solu de la R\u00e9volution, aussi fervent monarchiste que catholique, il s\u2019oppose aux \u00ab\u00a0id\u00e9ologues\u00a0\u00bb et au premier d\u2019entre eux, Voltaire\u00a0: \u00ab\u00a0Il se plonge dans la fange, il s\u2019y roule, il s\u2019en abreuve\u00a0; il livre son imagination \u00e0 l\u2019enthousiasme de l\u2019enfer qui lui pr\u00eate toutes ses forces pour le tra\u00eener jusqu\u2019aux limites du mal. Il invente des prodiges, des monstres qui font p\u00e2lir.\u00a0\u00bb C\u2019est peut-\u00eatre un peu excessif, mais\u2026 Voltaire en aurait souri.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le roi ne songe pas assez \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de Paris, qui est souvent de grande cons\u00e9quence pour son autorit\u00e9. On a vu des barricades, c\u2019est une invention qui a fait fortune depuis le duc de Guise, dont on s\u2019est servi depuis, et que les Parisiens se rappellent \u00e0 pr\u00e9sent. Ils s\u2019en serviront \u00e0 la premi\u00e8re occasion.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1102\" class=\"cit-num\">1102<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marquis d\u2019argenson (1694-1757), lieutenant g\u00e9n\u00e9ral de police, texte \u00e9crit vers 1731. <em>Journal et M\u00e9moires du marquis d\u2019Argenson<\/em> (posthume, 1859)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019agitation parlementaire est relay\u00e9e par l\u2019agitation populaire. Ce pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un fait divers.<\/p>\n<p>De pr\u00e9tendus miracles se produisent depuis 1730, sur la tombe du diacre P\u00e2ris, saint homme ayant v\u00e9cu pour les pauvres, mort en 1727 et enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re Saint-M\u00e9dard, au bas de la rue Mouffetard. Tumultes et manifestations d\u2019hyst\u00e9rie collective alternent. Les convulsionnaires attirent les badauds.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi une question religieuse. Le diacre \u00e9tait jans\u00e9niste pur et dur, farouche opposant aux j\u00e9suites, au pape et \u00e0 la bulle <em>Unigenitus<\/em>. Le Parlement de Paris a une minorit\u00e9 jans\u00e9niste remuante et le mouvement n\u2019en finit pas de rebondir. Le d\u00e9sordre est tel que la police ferme le cimeti\u00e8re, le 29\u00a0janvier 1732.<\/p>\n<p>C\u2019est une nouvelle \u00e9preuve de force entre les magistrats parisiens et le pouvoir royal.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Puisqu\u2019il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pav\u00e9 de Paris.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1120\" class=\"cit-num\">1120<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Les poissardes parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, novembre\u00a01744. <em>Dictionnaire contenant les anecdotes historiques de l\u2019amour, depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em> (1811), Mouchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien-Aim\u00e9, certes, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9. Elles ont tant pri\u00e9 pour la gu\u00e9rison du roi malade. Mais il vient de reprendre sa ma\u00eetresse Mme\u00a0de Ch\u00e2teauroux, troisi\u00e8me des s\u0153urs de Nesle, pr\u00e9sent\u00e9es au roi par le duc de Richelieu, petit-neveu du cardinal (embastill\u00e9 \u00e0 15\u00a0ans pour d\u00e9bauche et remari\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois \u00e0 84\u00a0ans). La nouvelle fait grand scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Parisiens sont aujourd\u2019hui des sybarites, et crient qu\u2019ils sont couch\u00e9s sur des noyaux de p\u00eache, parce que leur lit de roses n\u2019est pas assez bien fait.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1183\" class=\"cit-num\">1183<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), Lettre \u00e0 Mme\u00a0de Florian, 1er\u00a0mars 1769, <em>Correspondance<\/em> (posthume)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9picurien libertin qui chantait jadis \u00ab\u00a0le superflu, chose tr\u00e8s n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb juge \u00e0 pr\u00e9sent ses contemporains avec la sagesse d\u2019un vieux philosophe. Le Dauphin (futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) exprimera bient\u00f4t la m\u00eame id\u00e9e.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> fut un temps de longue prosp\u00e9rit\u00e9, aux cons\u00e9quences multiples\u00a0: raffinement des m\u0153urs, luxe de la bonne soci\u00e9t\u00e9 gris\u00e9e par sa propre civilisation, \u00e9clat sans pareil du Paris des salons, des caf\u00e9s, des clubs et des spectacles, rayonnement culturel de la France en Europe.<\/p>\n<p>Pour la masse des quelque 20\u00a0millions de paysans, cela s\u2019est traduit par un r\u00e9el mieux-\u00eatre\u00a0: malgr\u00e9 les charges fiscales, le seuil de subsistance est d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le mur murant Paris rend Paris murmurant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1240\" class=\"cit-num\">1240<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alexandrin cit\u00e9 par <span class=\"caps\">BEAUMARCHAIS<\/span> (1732-1799) \u00e9voquant l\u2019impopularit\u00e9 du mur en 1785, au point d\u2019en faire une des causes de la R\u00e9volution. <em>Histoire des agrandissements de Paris<\/em> (1860), Auguste Descauriet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le mur des Fermiers g\u00e9n\u00e9raux, enceinte de 24\u00a0km qui m\u00e9nage une soixantaine de passages (ou barri\u00e8res) flanqu\u00e9s de bureaux d\u2019octroi \u2013 imp\u00f4t indirect, per\u00e7u \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marchandises.<\/p>\n<p>Calonne, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Finances, a donn\u00e9 satisfaction aux fermiers g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: pouvant mieux r\u00e9primer les fraudes, notamment la contrebande sur le sel au nez des gabelous (commis de la gabelle), ils verseront davantage au Tr\u00e9sor qui en a plus que jamais besoin.<\/p>\n<p>Ce mur se veut imposant comme une fortification\u00a0: les bureaux, con\u00e7us par l\u2019architecte Nicolas Ledoux dans un style n\u00e9oclassique avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019antique, prennent le nom de Propyl\u00e9es de Paris. Mais les Parisiens ont l\u2019impression d\u2019\u00e9touffer derri\u00e8re cette petite ceinture \u00e0 vocation fiscale.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9pigramme\u00a0: \u00ab\u00a0Pour augmenter son num\u00e9raire\u00a0\/ Et raccourcir notre horizon,\u00a0\/ La Ferme a jug\u00e9 n\u00e9cessaire\u00a0\/ De mettre Paris en prison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mur, achev\u00e9 sous la R\u00e9volution, renforc\u00e9 sous le Consulat et l\u2019Empire, sera d\u00e9moli en 1860 par le pr\u00e9fet Haussmann, Paris s\u2019agrandissant de 11 \u00e0 20 arrondissements.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/paris_1760.jpg\" width=\"800\" height=\"404\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\"><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/si-paris-nous-etait-conte-de-la-revolution-a-nos-jours\/\">Lire la suite\u00a0: si Paris nous \u00e9tait cont\u00e9, de la R\u00e9volution \u00e0 nos jours<\/a><\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Relevons le d\u00e9fi, en quelque 250 citations et deux \u00e9ditos de la Gaule \u00e0 nos jours, la R\u00e9volution servant souvent de c\u00e9sure \u00e0 nos chroniques. Les \u00e9lections municipales sont un bon pr\u00e9texte pour \u00e9voquer l\u2019histoire cette ville capitale et de son maire.Destination la plus populaire au monde, Paris bat son record de fr\u00e9quentation en 2017\u00a0: [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":78,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8641","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8641"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8641\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12349,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8641\/revisions\/12349"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}