{"id":8651,"date":"2020-06-22T00:00:00","date_gmt":"2020-06-21T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/de-gaulle-le-president-au-pouvoir\/"},"modified":"2026-06-08T13:46:16","modified_gmt":"2026-06-08T11:46:16","slug":"de-gaulle-le-president-au-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/de-gaulle-le-president-au-pouvoir\/","title":{"rendered":"De Gaulle : le pr\u00e9sident au pouvoir"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"8651\" class=\"elementor elementor-8651\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7224a7b1 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"7224a7b1\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-28a81453 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"28a81453\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"field-item even\"><p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/de_gaulle_president.jpg\" width=\"400\" height=\"374\"><\/p><p>De Gaulle.<\/p><p>Ce nom s\u2019impose, en plus des r\u00e9f\u00e9rences m\u00e9morielles\u00a0: Appel du 18 juin (petite erreur r\u00e9currente\u00a0!), compte rond des anniversaires de naissance et de mort (1890-1970) et anniversaire de la bataille de France (1940) font de 2020 \u00ab\u00a0l\u2019ann\u00e9e de Gaulle\u00a0\u00bb.<\/p><p>Premier hommage m\u00e9diatique du pr\u00e9sident Macron au grand a\u00een\u00e9, en mai dernier, et d\u2019autres suivent. S\u2019approprier l\u2019h\u00e9ritage du g\u00e9n\u00e9ral, \u00e7a ne peut pas faire de mal\u2026 Si les discours sont suivis d\u2019actions\u00a0: r\u00e8gle sans exception et l\u2019une des particularit\u00e9s de ses \u00ab\u00a0deux vies\u00a0\u00bb politiques.<\/p><p>De Gaulle reste notre dernier personnage historique. Il sort de sc\u00e8ne en 1969 et se retire pour achever ses <em>M\u00e9moires<\/em>. Un an apr\u00e8s, \u00ab\u00a0la France est veuve\u00a0\u00bb (selon le mot de son successeur, le pr\u00e9sident Pompidou). <em>L\u2019Histoire en citations<\/em> perd un auteur et acteur majeur du r\u00e9cit national (sur le podium, apr\u00e8s Napol\u00e9on et devant Victor Hugo).<\/p><p>La Cinqui\u00e8me R\u00e9publique aura d\u2019autres hommes politiques (avec des id\u00e9es pour la France) et beaucoup de politiciens (faisant carri\u00e8re), mais plus de premier grand r\u00f4le propre aux \u00e9poques \u00e9piques\u00a0: derni\u00e8re guerre mondiale, puis guerre civile d\u2019Alg\u00e9rie. Ce genre de p\u00e9riodes, certes dures \u00e0 vivre pour les contemporains (R\u00e9volution, Empire, toutes les guerres), engendre des personnages hors norme.<\/p><p>De Gaulle se r\u00e9v\u00e8le tardivement, \u00e0 50 ans\u00a0: surdou\u00e9 du Verbe (discours, \u00e9crits) et de l\u2019Action. En 1940, il faut sauver la France en p\u00e9ril. Mission plus que difficile, mais \u00ab\u00a0impossible n\u2019est pas fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Napol\u00e9on). En 1958, la guerre d\u2019Alg\u00e9rie est l\u2019occasion d\u2019un come-back historique (plus r\u00e9ussi que les Cent-Jours napol\u00e9oniens\u00a0!).<\/p><p>De Gaulle incarne certes \u00ab\u00a0l\u2019ancien monde\u00a0\u00bb et ses valeurs. Ce n\u2019est pas un homme \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, il ne sacrifie jamais \u00e0 la mode de son temps et la \u00ab\u00a0chienlit\u00a0\u00bb de Mai 68, mal comprise d\u2019un pr\u00e9sident vieillissant, lui sera fatale l\u2019ann\u00e9e suivante. Malgr\u00e9 tout, c\u2019est le seul personnage de l\u2019histoire qui peut nous servir aujourd\u2019hui de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: par sa R\u00e9sistance, son courage physique et moral, ses vues (souvent) proph\u00e9tiques, ses ambitions nationales (jamais personnelles), son honn\u00eatet\u00e9 absolue, sa rigueur extr\u00eame. Quant \u00e0 son humour pr\u00e9sidentiel toujours en situation, (re)d\u00e9couvrez-le\u00a0!<br>Nous d\u00e9dions \u00e0 de Gaulle, successivement <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/de-gaulle-le-general-en-guerre\/\"><span style=\"text-decoration: underline;\">g\u00e9n\u00e9ral en guerre<\/span><\/a> et <span style=\"text-decoration: underline;\">pr\u00e9sident au pouvoir<\/span>, une mini-s\u00e9rie en deux \u00e9ditos. La chronologie s\u2019impose en bonne logique historique.<\/p><p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle; margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-22.jpg\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p><p>\u00a0<\/p><p><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/grpf.jpg\" width=\"400\" height=\"272\"><\/p><h2><span class=\"caps\">II<\/span>. Le pr\u00e9sident au pouvoir.<\/h2><h3>Prologue<\/h3><h4>Le g\u00e9n\u00e9ral redevient l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">GPRF<\/span> en sursis.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On entendait abattre ce que l\u2019on appelait l\u2019esprit bourgeois, la puissance de l\u2019argent, les \u00ab\u00a0grands seigneurs de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb, et pour cela on aurait besoin d\u2019une \u00e9conomie dirig\u00e9e, reniant le lib\u00e9ralisme traditionnel, d\u00e9sormais rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 droite.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2847\" class=\"cit-num\">2847<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charte du Conseil national de la R\u00e9sistance (mars\u00a01944). <em>La Vie politique en France depuis 1940<\/em> (1979), Jacques Chapsal, Alain Lancelot<\/p><\/blockquote><p>Le <span class=\"caps\">CNR<\/span> (Conseil national de la R\u00e9sistance) cr\u00e9\u00e9 par Jean Moulin formulait d\u00e9j\u00e0 les principales options et directions politiques de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, notamment dans les domaines \u00e9conomique (nationalisation des grands moyens de production et des banques, planification) et social (S\u00e9curit\u00e9 sociale, cong\u00e9s pay\u00e9s, conditions de travail). Apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, le <span class=\"caps\">CNR<\/span> laisse la place au <span class=\"caps\">GPRF<\/span> (Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise) cr\u00e9\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, le 23 octobre 1944. Le travail l\u00e9gislatif continue et aujourd\u2019hui encore, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 tout ce que nous lui devons\u00a0!<\/p><p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 en homme d\u2019\u00c9tat que le g\u00e9n\u00e9ral imaginait la France \u00e0 venir. On retrouve cette m\u00eame vision proph\u00e9tique chez les R\u00e9volutionnaires de 1789 en pleine guerre civile et \u00e9trang\u00e8re, ou avec Napol\u00e9on sous le Consulat et l\u2019Empire, remarquable l\u00e9gislateur (Code civil, Concordat et autres institutions nationales).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En 1944, les Fran\u00e7ais \u00e9taient malheureux, maintenant ils sont m\u00e9contents. C\u2019est un progr\u00e8s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2858\" class=\"cit-num\">2858<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), de nouveau chef du gouvernement provisoire depuis le 21 octobre\u00a01945. <em>De Gaulle, l\u2019exil int\u00e9rieur<\/em> (2001), Jacques Baumel<\/p><\/blockquote><p>La France est libre, les nationalisations ont commenc\u00e9, la S\u00e9curit\u00e9 sociale est cr\u00e9\u00e9e par ordonnance, mais les conditions de vie des Fran\u00e7ais restent tr\u00e8s dures\u00a0: pain rationn\u00e9 et cartes d\u2019alimentation pour la plupart des produits, charbon rare et production d\u00e9sorganis\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne croyais pas pouvoir leur [les communistes] confier aucun des trois leviers qui commandent la politique \u00e9trang\u00e8re, savoir\u00a0: la diplomatie qui l\u2019exprime, l\u2019arm\u00e9e qui la soutient, la police qui la couvre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2860\" class=\"cit-num\">2860<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1990), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>De Gaulle a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 (pour la seconde fois) \u00e0 la pr\u00e9sidence du <span class=\"caps\">GPRF<\/span> par l\u2019unanimit\u00e9 des 565 d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus le 21\u00a0octobre\u00a0: communistes, <span class=\"caps\">MRP<\/span> et socialistes sont les grands gagnants, radicaux et mod\u00e9r\u00e9s, les perdants.<\/p><p>Lors de la constitution de son gouvernement, de Gaulle ne donne aux communistes aucun des trois minist\u00e8res cl\u00e9s qu\u2019ils r\u00e9clament, mais il leur confie d\u2019importants minist\u00e8res \u00e9conomiques et sociaux \u2013 et la Fonction publique \u00e0 Maurice Thorez, toujours secr\u00e9taire du <span class=\"caps\">PCF<\/span> (de 1930 \u00e0 1964).<\/p><p>Rappelons que dans la R\u00e9sistance, les communistes habitu\u00e9s \u00e0 la discipline ont \u00e9t\u00e9 de remarquables organisateurs et combattants. C\u2019est apr\u00e8s que les relations avec eux vont se r\u00e9v\u00e9ler \u00ab\u00a0impossibles\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Chacun, quelle que f\u00fbt sa tendance, avait, au fond, le sentiment que le G\u00e9n\u00e9ral emportait avec lui quelque chose de primordial, de permanent, de n\u00e9cessaire, qu\u2019il incarnait de par l\u2019Histoire, et que le r\u00e9gime des partis ne pouvait pas repr\u00e9senter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2862\" class=\"cit-num\">2862<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>, <em>Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p><\/blockquote><p>20\u00a0janvier 1946\u00a0: le pr\u00e9sident du <span class=\"caps\">GPRF<\/span> d\u00e9missionne brutalement, apr\u00e8s trois mois au pouvoir. Le motif\u00a0: son d\u00e9saccord avec le Parti communiste sur l\u2019\u00e9laboration de la Constitution de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Plus fondamentalement, il incrimine d\u00e9j\u00e0 le syst\u00e8me des partis.<\/p><p>Commentant son d\u00e9part, il fait appel \u00e0 la raison pour prendre un souverain recul face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le tumulte des hommes et des \u00e9v\u00e9nements, la solitude \u00e9tait ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter, quand on a rencontr\u00e9 l\u2019Histoire\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2863\" class=\"cit-num\">2863<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span>,<em> Le Salut, 1944-1946<\/em> (1959)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est \u00ab\u00a0le sentiment qui parle\u00a0\u00bb. 20\u00a0janvier 1946. De Gaulle se retire de la sc\u00e8ne politique et sera absent de l\u2019histoire pour une longue travers\u00e9e du d\u00e9sert et une relative solitude. En fait, ce n\u2019est qu\u2019un au revoir au pouvoir et une fausse sortie.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/rpf.jpg\" width=\"400\" height=\"542\"><\/p><h4>Quatri\u00e8me R\u00e9publique\u00a0: travers\u00e9e du d\u00e9sert de douze ans pour de Gaulle, priv\u00e9 de tout pouvoir politique et paradoxalement tr\u00e8s pr\u00e9sent.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La France a gagn\u00e9 la bataille de la natalit\u00e9 en 1946, sans y gagner celle de la jeunesse et de la vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2849\" class=\"cit-num\">2849<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alfred <span class=\"caps\">SAUVY<\/span> (1898-1990). <em>L\u2019\u00c9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise depuis 1945<\/em> (1981), Maurice Parodi<\/p><\/blockquote><p>D\u00e8s 1945, de Gaulle, paternel et patriote, souhaite \u00ab\u00a0douze millions de beaux b\u00e9b\u00e9s\u00a0\u00bb. V\u0153u tr\u00e8s exactement exauc\u00e9, fin 1958. C\u2019est le fameux baby-boom. Le pays b\u00e9n\u00e9ficie de ce renouveau d\u00e9mographique qui a sa pointe au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950. La mont\u00e9e des jeunes a des effets positifs sur l\u2019\u00e9conomie, augmentant la demande de logements, \u00e9quipements, alimentation, v\u00eatements, \u00e9ducation, sant\u00e9, loisirs.<\/p><p>Mais des blocages demeurent, dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: in\u00e9galit\u00e9s et exclusion sociale dans une France vivant trop volontiers \u00e0 l\u2019heure de son clocher. \u00ab\u00a0Le d\u00e9bat sur la France moderne, amorc\u00e9 en\u00a01953 et\u00a01954, n\u2019a pas eu de traduction parlementaire\u00a0: le r\u00e9gime semble incapable d\u2019assumer la nouveaut\u00e9 dont il a facilit\u00e9 l\u2019\u00e9mergence\u00a0\u00bb (Jean-Pierre Rioux,<em> La France de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em>).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, la France n\u2019a plus qu\u2019une seule ambition\u00a0: celle de son niveau de vie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2851\" class=\"cit-num\">2851<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Tout est bien<\/em> (1989), Roger St\u00e9phane<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, elle \u00e9tait constamment tendue vers la r\u00e9alisation d\u2019ambitions nationales. Elle a eu l\u2019ambition de son unit\u00e9, l\u2019ambition de ses fronti\u00e8res naturelles, puis l\u2019ambition de conqu\u00e9rir l\u2019Europe, la volont\u00e9 de se lib\u00e9rer de ses trait\u00e9s de 1815 et apr\u00e8s 70, il y a eu l\u2019id\u00e9e, la grande id\u00e9e de la revanche, depuis plus rien.\u00a0\u00bb<\/p><p>Il ne faut pourtant pas m\u00e9priser la grande am\u00e9lioration des conditions mat\u00e9rielles de vie\u00a0: le taux de croissance annuel moyen de 5\u00a0% dans les ann\u00e9es 1950-1960 \u00e9tonne aujourd\u2019hui encore. C\u2019est \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019actif de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, situant la France avant les <span class=\"caps\">USA<\/span> et la Grande-Bretagne, mais derri\u00e8re l\u2019Allemagne et le Japon, pays des miracles \u00e9conomiques succ\u00e9dant \u00e0 leur d\u00e9faite.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les n\u00e9ophytes de la r\u00e9volution [\u2026] ont exig\u00e9 des nationalisations imm\u00e9diates. Les nouveaux dieux ont soif.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2861\" class=\"cit-num\">2861<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Joseph <span class=\"caps\">LANIEL<\/span> (1889-1975), Assembl\u00e9e nationale constituante, 2\u00a0d\u00e9cembre 1945. <em>Annales, D\u00e9bats<\/em> (1946), Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>Les nationalisations font toujours d\u00e9bat en politique, quand la gauche se retrouve au pouvoir, ce qui est le cas en 1945.<\/p><p>D\u00e9put\u00e9 du centre-droit, Laniel s\u2019oppose \u00e0 cette politique\u00a0: \u00ab\u00a0Personne ne sait o\u00f9 elle conduit.\u00a0\u00bb \u00c0 l\u2019ordre du jour, la nationalisation du cr\u00e9dit, mais bien d\u2019autres secteurs sont concern\u00e9s\u00a0: charbonnages, \u00e9lectricit\u00e9 et gaz, usine Renault et a\u00e9ronautique, transports maritimes et a\u00e9riens, assurances.<br>La vague des nationalisations en 1945-1946, comme hier en 1936 et demain en 1981-1982, rev\u00eat une importance mythique autant que pratique. Pour de Gaulle, la raison principale de cette grande r\u00e9forme de structure est de mettre un instrument d\u00e9cisif \u00ab\u00a0entre les mains de la Nation\u00a0\u00bb. Il y a aussi une volont\u00e9 de revanche sur les puissances d\u2019argent. De Gaulle ne manquera pas de rappeler au patronat d\u00e9sorganis\u00e9 son absence \u00e0 Londres et dans la R\u00e9sistance. Dans cette conjoncture \u00e9conomique et politique, la droite minoritaire et pas tr\u00e8s fi\u00e8re ne peut pas vraiment s\u2019opposer aux nationalisations voulues par de Gaulle et la gauche.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un tiers des Fran\u00e7ais s\u2019\u00e9taient r\u00e9sign\u00e9s [\u00e0 la Constitution], un tiers l\u2019avaient repouss\u00e9e, un tiers l\u2019avaient ignor\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2864\" class=\"cit-num\">2864<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970). <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p><\/blockquote><p>Il juge avec ironie la Constitution de 1946. Premier projet, rejet\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum du 5\u00a0mai, second projet accept\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum du 13\u00a0octobre 1946.<\/p><p>En fait, la Lib\u00e9ration a rat\u00e9 sa Constitution\u00a0: compliqu\u00e9e, instituant des organes nouveaux \u00e0 qui elle ne donne pas leurs chances, et ne supprimant aucune des institutions du pr\u00e9c\u00e9dent r\u00e9gime, elle permet certes \u00e0 la France de reprendre une vie parlementaire normale, mais elle prolonge la Troisi\u00e8me R\u00e9publique avec tous ses d\u00e9fauts, alors qu\u2019il lui faut affronter des probl\u00e8mes nouveaux.<\/p><p>L\u2019Assembl\u00e9e nationale, \u00e9lue le 10\u00a0novembre, donne au <span class=\"caps\">PC<\/span> la place du premier parti de France (plus de 28\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s). Viennent ensuite le <span class=\"caps\">MRP<\/span> (26\u00a0%), le Parti Socialiste <span class=\"caps\">SFIO<\/span> (en perte de vitesse, moins de 18\u00a0%), mod\u00e9r\u00e9s et radicaux regroupant 25\u00a0% des suffrages\u2026 et l\u2019Union gaulliste, moins de 3\u00a0%.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le choix est simple\u00a0: modernisation ou d\u00e9cadence.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2865\" class=\"cit-num\">2865<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">MONNET<\/span> (1888-1980), <em>M\u00e9moires<\/em> (1976)<\/p><\/blockquote><p>Il reste l\u2019un des P\u00e8res de l\u2019Europe et le promoteur du premier plan fran\u00e7ais, dit de modernisation et d\u2019\u00e9quipement, lanc\u00e9 le 27\u00a0novembre 1946. Apr\u00e8s la guerre, les priorit\u00e9s \u00e9conomiques s\u2019imposent\u00a0: reconstruire le pays, moderniser l\u2019outil de production. Le plan est la solution rationnelle \u2013 de Gaulle, revenu au pouvoir sous la Cinqui\u00e8me, dira que \u00ab\u00a0les objectifs \u00e0 d\u00e9terminer par le Plan rev\u00eatent pour tous les Fran\u00e7ais un caract\u00e8re d\u2019ardente obligation\u00a0\u00bb.<\/p><p>La planification \u00e0 la fran\u00e7aise n\u2019est pas dirigiste, se voulant surtout incitative, apr\u00e8s concertation. Pr\u00e8s d\u2019un millier d\u2019acteurs \u00e9conomiques sont consult\u00e9s pendant un an (patrons, syndicalistes, fonctionnaires), de sorte que le plan est bien accept\u00e9, en 1947. Il b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement du plan Marshall, initiative am\u00e9ricaine, au niveau europ\u00e9en.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le jour va venir o\u00f9, rejetant les jeux st\u00e9riles et r\u00e9formant le cadre mal b\u00e2ti o\u00f9 s\u2019\u00e9gare la nation et se disqualifie l\u2019\u00c9tat, la masse immense des Fran\u00e7ais se rassemblera sur la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2867\" class=\"cit-num\">2867<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Bruneval, 30\u00a0mars 1947. <em>Discours et messages\u00a0: dans l\u2019attente, f\u00e9vrier\u00a01946-avril\u00a01958<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 l\u2019occasion d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie comm\u00e9morative de la R\u00e9sistance, devant une foule de 50\u00a0000 personnes et des officiels du r\u00e9gime, la grande voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 nouveau. Ramadier, premier pr\u00e9sident du Conseil de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, s\u2019empresse de d\u00e9clarer\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a point de sauveur supr\u00eame, ni C\u00e9sar ni tribun.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">RPF<\/span>, c\u2019est le m\u00e9tro \u00e0 6\u00a0heures du soir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2868\" class=\"cit-num\">2868<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la propagande du <span class=\"caps\">RPF<\/span>. <em>Malraux\u00a0: une vie dans le si\u00e8cle, 1901-1976<\/em> (1976), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Le Rassemblement du peuple fran\u00e7ais est cr\u00e9\u00e9 officiellement le 14\u00a0avril 1947 par de Gaulle.<\/p><p>Le g\u00e9n\u00e9ral ne veut plus attendre et risquer qu\u2019on l\u2019oublie, cependant que le contexte international fait craindre une troisi\u00e8me guerre mondiale\u00a0! Il va donc rassembler autour de son nom des hommes d\u2019origine sociale et de tendance politique tr\u00e8s diverses\u00a0: \u00ab\u00a0Anciens des r\u00e9seaux et de Londres, [\u2026] vaste client\u00e8le \u00e0 ponctionner sur le <span class=\"caps\">MRP<\/span>, le centre et la droite [\u2026] des ouvriers et des petites gens d\u00e9\u00e7us [\u2026] en passant par les h\u00e9ros et les fid\u00e8les, les \u00ab\u00a0compagnons\u00a0\u00bb seront l\u00e9gion\u00a0\u00bb, affirme Malraux. Le <span class=\"caps\">RPF<\/span> triomphe aux prochaines \u00e9lections (municipales d\u2019octobre\u00a01947). L\u2019avenir sera d\u00e9cevant.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe se feront dans la douleur, et les \u00c9tats-Unis du monde ne sont pas encore l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2874\" class=\"cit-num\">2874<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Appel aux intellectuels, 5\u00a0mars 1948 \u00e0 la salle Pleyel. <em>Andr\u00e9 Malraux<\/em> (1952), Pierre de Boisdeffre<\/p><\/blockquote><p>Les r\u00eaves du <span class=\"caps\">XIX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, ceux de Michelet, Hugo, Jaur\u00e8s et autres ap\u00f4tres des \u00ab\u00a0\u00c9tats-Unis du monde\u00a0\u00bb, sont r\u00e9volus selon Malraux\u00a0: \u00ab\u00a0Pour le meilleur comme pour le pire, nous sommes li\u00e9s \u00e0 la patrie.\u00a0\u00bb Il d\u00e9fend la notion d\u2019h\u00e9ritage culturel, au nom de quoi la France doit retrouver son r\u00f4le en Europe. C\u2019est aussi de Gaulle qui parle par sa voix. Mais l\u2019appel n\u2019est pas entendu.<\/p><p>Autre tentative vaine\u00a0: le Rassemblement du peuple fran\u00e7ais (<span class=\"caps\">RPF<\/span>) cr\u00e9\u00e9 l\u2019an dernier par de Gaulle. Sous la houlette de Malraux, il rassemble des hommes d\u2019origine sociale et de tendance politique tr\u00e8s diverses. Mais l\u2019heure du retour n\u2019est pas encore venue pour le g\u00e9n\u00e9ral. Malraux, inaccessible \u00e0 la tentation des honneurs politiques, seul des \u00e9crivains de grand renom \u00e0 s\u2019associer aussi \u00e9troitement au gaullisme, reste le plus fid\u00e8le des compagnons, durant \u00ab\u00a0la travers\u00e9e du d\u00e9sert\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique, ce n\u2019est pas de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes, mais de faire taire ceux qui les posent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2875\" class=\"cit-num\">2875<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Henri <span class=\"caps\">QUEUILLE<\/span> (1884-1970), nouveau pr\u00e9sident du Conseil, septembre 1948. <em>\u00c9valuation et d\u00e9mocratie participative<\/em> (2004), Jean-Claude Boval<\/p><\/blockquote><\/blockquote><p>La formule lui est pr\u00eat\u00e9e, refl\u00e9tant une tendance tr\u00e8s Quatri\u00e8me R\u00e9publique que de Gaulle doit d\u00e9tester\u00a0!<\/p><p>Venu de la Troisi\u00e8me, ministre pr\u00e8s de vingt fois avant 1940, Queuille a pour m\u00e9thode de contourner les difficult\u00e9s. \u00ab\u00a0C\u2019est le docteur tant mieux, le pr\u00e9sident pas de probl\u00e8me\u00a0\u00bb, selon Jacques Fauvet, journaliste du <em>Monde<\/em>. \u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019immobilisme\u00a0\u00bb, dit Pleven qui, devenu pr\u00e9sident du Conseil, agira de m\u00eame. Le premier cabinet Queuille (11\u00a0septembre 1948-5\u00a0octobre 1949) doit faire face \u00e0 des gr\u00e8ves tr\u00e8s dures et proc\u00e9der \u00e0 une d\u00e9valuation du franc. Apr\u00e8s avoir tenu treize mois, presque un record, il tombe, sa majorit\u00e9 \u00e9tant trop composite. Il reviendra deux fois\u00a0: \u00ab\u00a0On prend les m\u00eames et on recommence.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le r\u00e9gime des partis voit s\u2019affronter ceux de gauche (communistes, socialistes <span class=\"caps\">SFIO<\/span>) contre ceux de droite (ind\u00e9pendants et mod\u00e9r\u00e9s inorganis\u00e9s, <span class=\"caps\">RPF<\/span> gaulliste), et les centristes (<span class=\"caps\">MRP<\/span>, radicaux, <span class=\"caps\">UDSR<\/span> issue de la R\u00e9sistance) qui tentent toujours de former une Troisi\u00e8me Force avec divers ralli\u00e9s, lesquels monnaient leur concours plus ou moins provisoire. Cependant que de Gaulle s\u2019exasp\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Le r\u00e9gime des partis, c\u2019est la pagaille.\u00a0\u00bb La pagaille et\/ou l\u2019impuissance. Cela va durer encore dix ans.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Jamais la marge n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9troite entre l\u2019abandon et le salut. Jamais l\u2019ab\u00eeme n\u2019a c\u00f4toy\u00e9 de plus pr\u00e8s le chemin du redressement.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2880\" class=\"cit-num\">2880<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Antoine <span class=\"caps\">PINAY<\/span> (1891-1994), Discours d\u2019investiture, Assembl\u00e9e Nationale, 6\u00a0mars 1952. <em>Histoire de la <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0R\u00e9publique\u00a0: la R\u00e9publique des contradictions, 1951-1954<\/em> (1968), Georgette Elgey<\/p><\/blockquote><p>Langage gaullien, sinon gaulliste\u00a0! De Gaulle en fera son ministre des Finances en 1958.<\/p><p>Pinay obtient l\u2019investiture de justesse (324 voix contre 206 et 89 abstentions)\u00a0: c\u2019est le retour aux responsabilit\u00e9s politiques de la droite, \u00e9cart\u00e9e du pouvoir depuis la Lib\u00e9ration. Mais le nouveau pr\u00e9sident du Conseil refuse toute \u00e9tiquette, prend le portefeuille des Finances dont personne ne voulait et pr\u00e9sente son programme de redressement \u00e9conomique et financier\u00a0: ma\u00eetrise de l\u2019inflation et d\u00e9fense du franc, \u00e9chelle mobile des salaires (qui rassure les syndicats), avec r\u00e9duction des d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat et emprunt du Pinay. Pari r\u00e9ussi \u2013 aid\u00e9 il est vrai par une baisse mondiale des prix.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sans moi, que seriez-vous\u00a0?<br>\u2014 Sans vous, je serais ministre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2882\" class=\"cit-num\">2882<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Edmond <span class=\"caps\">BARRACHIN<\/span> (1900-1975), d\u00e9put\u00e9 <span class=\"caps\">RPF<\/span>, au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle (1890-1970), juillet\u00a01952.<em> Recueil des textes authentiques des programmes et engagements \u00e9lectoraux des d\u00e9put\u00e9s proclam\u00e9s \u00e9lus \u00e0 la suite des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales<\/em> (1956), Assemble nationale, Secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral<\/p><\/blockquote><p>Le parti du g\u00e9n\u00e9ral fait long feu. Le Rassemblement se disperse. De Gaulle reproche \u00e0 ses troupes de pactiser avec l\u2019ennemi, en l\u2019occurrence le syst\u00e8me de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, notamment sous le gouvernement Pinay. L\u2019\u00e9tat-major durcit sa position, les dissidences se multiplient.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On peut camper sur une position en attendant la soupe, mais on ne peut remporter la victoire sans combattre. Ceux qui ne voulaient pas combattre sont all\u00e9s \u00e0 la soupe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2883\" class=\"cit-num\">2883<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration d\u2019octobre\u00a01952.<em> La Vie politique en France de 1940 \u00e0 1958<\/em> (1984), Jacques Chapsal<\/p><\/blockquote><p>Le g\u00e9n\u00e9ral fustige en termes militaires l\u2019int\u00e9gration progressive des d\u00e9put\u00e9s <span class=\"caps\">RPF<\/span> au syst\u00e8me. Le 6\u00a0mai 1953, apr\u00e8s un grave \u00e9chec aux municipales, de Gaulle dresse un bilan d\u00e9sabus\u00e9 de son action et signe la fin du Rassemblement agissant en son nom\u00a0: \u00ab\u00a0Au Parlement, il [le <span class=\"caps\">RPF<\/span>] ne saurait non plus prendre part, en corps et \u00e8s qualit\u00e9s, \u00e0 la s\u00e9rie des combinaisons, marchandages, vote de confiance, investitures, qui sont les jeux, les poisons et les d\u00e9lices du syst\u00e8me.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Gouverner, c\u2019est choisir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2885\" class=\"cit-num\">2885<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Discours \u00e0 l\u2019Assemble nationale, 3\u00a0juin 1953. <em>Gouverner, c\u2019est choisir<\/em> (1958), Pierre Mend\u00e8s France<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0La cause fondamentale des maux qui accablent le pays, c\u2019est la multiplicit\u00e9 et le poids des t\u00e2ches qu\u2019il entend assumer \u00e0 la fois\u00a0: reconstruction, modernisation et \u00e9quipement, d\u00e9veloppement des pays d\u2019outre-mer, am\u00e9lioration du niveau de vie et r\u00e9formes sociales, exportations, guerre en Indochine, grande et puissante arm\u00e9e en Europe, etc. Or, l\u2019\u00e9v\u00e9nement a confirm\u00e9 ce que la r\u00e9flexion permettait de pr\u00e9voir\u00a0: on ne peut pas tout faire \u00e0 la fois. Gouverner, c\u2019est choisir, si difficiles que soient les choix.\u00a0\u00bb<\/p><p>Cette formule gaullienne, sinon gaulliste, emprunt\u00e9e (involontairement\u00a0?) au duc Gaston de L\u00e9vis (<em>Maximes politiques<\/em>, 1808), accompagne d\u00e9sormais l\u2019homme politique qui sera bient\u00f4t au pouvoir. Quelques jours plus t\u00f4t, dans le premier num\u00e9ro de <em>L\u2019Express<\/em> (16\u00a0mai 1953), Mend\u00e8s France \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 pr\u00e9tendre tout faire, nous n\u2019avons r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer notre monnaie, sans satisfaire aucun de nos objectifs [\u2026] Ce n\u2019est pas sur des conf\u00e9rences diplomatiques, mais sur la vigueur \u00e9conomique que l\u2019on fait une grande nation.\u00a0\u00bb<\/p><p>Quelques mois plus tard, devant la d\u00e9route fran\u00e7aise dans la guerre d\u2019Indochine, il ajoutera\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes en 1788\u00a0\u00bb, cependant que Paul Reynaud voit en la France \u00ab\u00a0l\u2019homme malade de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En ce jour anniversaire qui est aussi celui o\u00f9 j\u2019assume de si lourdes responsabilit\u00e9s, je revis les hautes le\u00e7ons de patriotisme et de d\u00e9vouement au bien public que votre confiance m\u2019a permis de recevoir de vous.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2891\" class=\"cit-num\">2891<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), T\u00e9l\u00e9gramme au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, 18\u00a0juin 1954. <em>Mend\u00e8s France au pouvoir<\/em> (1965), Pierre Rouanet<\/p><\/blockquote><p>Son premier jour au pouvoir co\u00efncide avec celui de l\u2019Appel, il y a quatorze ans. Mend\u00e8s France avoue alors avoir trois grands hommes comme mod\u00e8le\u00a0: Poincar\u00e9, Blum et de Gaulle.<\/p><p>Le troisi\u00e8me homme est sceptique sur les chances du nouveau chef du gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Vous verrez, ils ne vous laisseront pas aller jusqu\u2019au bout\u00a0\u00bb, lui dira-t-il le 13\u00a0octobre. <em>Sept mois et dix-sept jours<\/em>\u00a0: le titre donn\u00e9 par Mend\u00e8s France au recueil de ses discours dit tr\u00e8s exactement la dur\u00e9e de son minist\u00e8re, renvers\u00e9 le 5\u00a0f\u00e9vrier 1955.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les hommes passent, les n\u00e9cessit\u00e9s nationales demeurent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2896\" class=\"cit-num\">2896<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">MEND\u00c8S<\/span> <span class=\"caps\">FRANCE<\/span> (1907-1982), Assembl\u00e9e Nationale, nuit du 4 au 5\u00a0f\u00e9vrier 1955. <em>Pierre Mend\u00e8s France<\/em> (1981), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>L\u2019Assembl\u00e9e vient de lui refuser la confiance (319 voix contre 273)\u00a0: par peur d\u2019une politique d\u2019\u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb en Afrique du Nord. On l\u2019accuse, dans son discours de Carthage, d\u2019avoir encourag\u00e9 la r\u00e9bellion des Tunisiens et des fellagas d\u2019Alg\u00e9rie, alors qu\u2019il est partisan d\u00e9clar\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise dont il a renforc\u00e9 la d\u00e9fense. Contrairement aux usages et sous les protestations, il remonte \u00e0 la tribune pour justifier son action.<\/p><p>Mend\u00e8s France est rest\u00e9 populaire dans le pays, mais de nombreux parlementaires d\u00e9plorent ses positions cassantes, aux antipodes des compromis et compromissions de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Le \u00ab\u00a0syndicat\u00a0\u00bb des anciens pr\u00e9sidents du Conseil et anciens ministres lui reproche de ne pas jouer le jeu politicien et de semer le trouble dans l\u2019h\u00e9micycle et ses coulisses. De Gaulle l\u2019avait pr\u00e9dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne vous laisseront pas faire\u00a0!\u00a0\u00bb Et Mend\u00e8s France, pour la derni\u00e8re fois \u00e0 la tribune, d\u00e9fie les d\u00e9put\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pendant ces sept ou huit mois, ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en marche dans ce pays ne s\u2019arr\u00eatera pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ils n\u2019osent \u00e9crire qu\u2019une police qui torture, si bl\u00e2mable qu\u2019elle soit, c\u2019est une police qui fait son m\u00e9tier, une police sur laquelle on peut compter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2909\" class=\"cit-num\">2909<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970),<em> Bloc-notes<\/em>, I, 1952-1957<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Ils ne l\u2019\u00e9crivent pas noir sur blanc, mais cela court entre les lignes\u2026\u00a0\u00bb En 1952, Mauriac, \u00e9crivain catholique, re\u00e7oit le prix Nobel de litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0la profonde impr\u00e9gnation spirituelle et l\u2019intensit\u00e9 artistique avec laquelle ses romans ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le drame de la vie humaine\u00a0\u00bb. Il n\u2019a pas pris position dans la guerre d\u2019Indochine, mais il s\u2019engage d\u00e9sormais en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, puis de l\u2019Alg\u00e9rie, et condamne l\u2019usage de la torture par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Dans une m\u00e9ditation douloureuse et br\u00fblante intitul\u00e9e <em>Imitation des bourreaux de J\u00e9sus-Christ<\/em>, il d\u00e9nonce l\u2019\u00c9tat tortionnaire, et non plus seulement l\u2019\u00c9tat policier, lors de l\u2019allocution de cl\u00f4ture de la Semaine des intellectuels catholiques, \u00e0 Florence, en novembre\u00a01954. Il s\u2019investit de plus en plus dans le drame alg\u00e9rien, qu\u2019il commentera jusqu\u2019en 1958. Il est alors convaincu que seul de Gaulle peut d\u00e9nouer la situation.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le cadavre bafouille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2918\" class=\"cit-num\">2918<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Hubert Beuve-<span class=\"caps\">M\u00c9RY<\/span> (1902-1989) citant Maurice Barr\u00e8s (1862-1923). <em>Le Suicide de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1958), Hubert Beuve-M\u00e9ry<\/p><\/blockquote><p>La France vit \u00e0 l\u2019heure alg\u00e9rienne. Le pouvoir, donc le r\u00e9gime, est dans une situation sans issue\u00a0: aucune majorit\u00e9 stable possible, ni \u00e0 gauche, ni au centre, ni \u00e0 droite, face au drame national.<\/p><p>La guerre divise les Fran\u00e7ais et les consciences \u2013 m\u00eame si on la nomme \u00ab\u00a0lutte contre la r\u00e9bellion\u00a0\u00bb. \u00c0 Paris, on parle de \u00ab\u00a0bons offices\u00a0\u00bb anglo-am\u00e9ricains en vue de la paix. F\u00e9lix Gaillard tombe, Pflimlin arrive, Alger craint d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9e.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, d\u2019une fa\u00e7on unanime, sentirait comme un outrage l\u2019abandon de ce patrimoine national [l\u2019Alg\u00e9rie]. On ne saurait pr\u00e9juger sa r\u00e9action de d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2919\" class=\"cit-num\">2919<\/span><\/p><p class=\"auteur\">G\u00e9n\u00e9ral <span class=\"caps\">SALAN<\/span> (1899-1984), commandant sup\u00e9rieur en Alg\u00e9rie, T\u00e9l\u00e9gramme au g\u00e9n\u00e9ral \u00c9ly, chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral, 9\u00a0mai 1958.<em> Le Si\u00e8cle dernier\u00a0: 1918-2002<\/em> (2003), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e en Alg\u00e9rie est troubl\u00e9e par le sentiment de sa responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes qui combattent [\u2026] \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la population fran\u00e7aise de l\u2019int\u00e9rieur qui se sent abandonn\u00e9e. [\u2026] Je vous demande de vouloir bien appeler l\u2019attention du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur notre angoisse, que seul un gouvernement fermement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 maintenir notre drapeau en Alg\u00e9rie peut effacer.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Arm\u00e9e au pouvoir\u00a0! Tous au <span class=\"caps\">GG<\/span>\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2920\" class=\"cit-num\">2920<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Cris de la foule, Alger, manifestation du 13\u00a0mai 1958.<em> L\u2019Appel au p\u00e8re\u00a0: de Clemenceau \u00e0 de Gaulle<\/em> (1992), Jean-Pierre Guichard<\/p><\/blockquote><p>Le <span class=\"caps\">GG<\/span>, c\u2019est le palais du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, devenu, depuis 1956, celui du ministre r\u00e9sident. Il est le symbole du pouvoir et, en tant que tel, pris d\u2019assaut, pill\u00e9. Un Comit\u00e9 de salut public se constitue, m\u00ealant Fran\u00e7ais et musulmans, civils et militaires, en une coalition tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9roclite, pr\u00e9sid\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Massu\u00a0: c\u2019est le putsch d\u2019Alger, ou coup d\u2019\u00c9tat du 13\u00a0mai.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Deux pouvoirs s\u2019instaurent\u00a0: le pouvoir l\u00e9gal \u00e0 Paris et le pouvoir militaire \u00e0 Alger. Un troisi\u00e8me, le pouvoir moral, celui du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, est encore \u00e0 Colombey.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2921\" class=\"cit-num\">2921<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jacques <span class=\"caps\">FAUVET<\/span> (1914-2002), <em>La Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1959)<\/p><\/blockquote><p>De Gaulle, retir\u00e9 de la sc\u00e8ne politique apr\u00e8s la guerre, tr\u00e8s hostile au r\u00e9gime des partis de la Quatri\u00e8me, se tient en r\u00e9serve de la R\u00e9publique et sent son heure enfin revenue\u00a0: oui, la France a besoin de lui\u00a0! On imagine comme ce grand communicateur a d\u00fb peser chaque mot de son premier communiqu\u00e9 \u00e0 la presse.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/de_gaulle_1958.jpg\" width=\"400\" height=\"558\"><\/p><h3>Chronique (1958-1969)<\/h3><h4>1. Come-back du sauveur\u00a0de la nation\u00a0: le contexte de guerre civile impose en dernier recours le retour du G\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 la fin de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Nagu\u00e8re, le pays, dans ses profondeurs, m\u2019a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu\u2019\u00e0 son salut. Aujourd\u2019hui, devant les \u00e9preuves qui montent de nouveau vers lui, qu\u2019il sache que je me tiens pr\u00eat \u00e0 assumer les pouvoirs de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2922\" class=\"cit-num\">2922<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Communiqu\u00e9 remis \u00e0 la presse le 15\u00a0mai 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p><\/blockquote><p>Le 15\u00a0mai, Salan crie \u00ab\u00a0Vive de Gaulle\u00a0!\u00a0\u00bb au Forum d\u2019Alger. Cependant que le g\u00e9n\u00e9ral se pr\u00e9sente comme sauveur de la Nation, apr\u00e8s avoir fait un sombre et juste diagnostic de la situation\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9gradation de l\u2019\u00c9tat entra\u00eene infailliblement l\u2019\u00e9loignement des peuples associ\u00e9s, les troubles de l\u2019arm\u00e9e au combat, la dislocation nationale, la perte de l\u2019ind\u00e9pendance. Depuis douze ans, la France, aux prises avec des probl\u00e8mes trop rudes pour le r\u00e9gime des partis, est engag\u00e9e dans ce processus d\u00e9sastreux.\u00a0\u00bb Il pourrait ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous l\u2019avais bien dit.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pourquoi voulez-vous qu\u2019\u00e0 soixante-sept ans je commence une carri\u00e8re de dictateur\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2923\" class=\"cit-num\">2923<\/span><\/p><p>Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 19\u00a0mai 1958.<em> 1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p><\/blockquote><p>Le g\u00e9n\u00e9ral tient \u00e0 tranquilliser une opinion \u00e9mue par sa d\u00e9claration du 15\u00a0mai. Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai dit ce que j\u2019avais \u00e0 dire. \u00c0 pr\u00e9sent, je vais rentrer dans mon village et m\u2019y tiendrai \u00e0 la disposition du pays.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le pays, divis\u00e9, boulevers\u00e9, est par ailleurs sensible \u00e0 toutes les rumeurs (vraies fake-news).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens arm\u00e9s de grands principes.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2924\" class=\"cit-num\">2924<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MAURIAC<\/span> (1885-1970), <em>L\u2019Express<\/em>, 12\u00a0juin 1958, <em>Bloc-notes<\/em>, 1958-1960, <span class=\"caps\">II<\/span> (1961)<\/p><\/blockquote><p>Au cours des journ\u00e9es de mai\u00a01958, l\u2019id\u00e9e s\u2019est r\u00e9pandue d\u2019un d\u00e9nouement possible de la crise par l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d\u2019Alg\u00e9rie pourraient d\u00e9barquer, faire jonction avec les r\u00e9seaux favorables \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise en m\u00e9tropole, les putschistes b\u00e9n\u00e9ficiant m\u00eame de complicit\u00e9s dans l\u2019appareil de l\u2019\u00c9tat. Le 28\u00a0mai, \u00e0 Paris, une foule immense et pacifique va d\u00e9filer de la Nation \u00e0 la R\u00e9publique, conspuant les paras et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme ne passera pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Mauriac qui en rend compte d\u00e9nonce le danger fasciste dans <em>L\u2019Express<\/em>, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace a pr\u00e9cipit\u00e9 la solution de Gaulle, recours \u00e0 l\u2019ultime sauveur. Pour Mauriac, c\u2019est l\u2019homme du destin, l\u2019homme de la gr\u00e2ce, le garant de l\u2019unit\u00e9 du pays. D\u00e8s lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionn\u00e9es le conduisent \u00e0 quitter <em>L\u2019Express<\/em> pour <em>Le Figaro litt\u00e9raire<\/em>, trop heureux d\u2019accueillir d\u00e9sormais son <em>Bloc-notes<\/em>, publi\u00e9 plus tard en quatre recueils.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans le p\u00e9ril de la patrie et de la R\u00e9publique, je me suis tourn\u00e9 vers le plus illustre des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2925\" class=\"cit-num\">2925<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au Parlement, 29\u00a0mai 1958. <em>Histoire mondiale de l\u2019apr\u00e8s-guerre<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1974), Raymond Cartier<\/p><\/blockquote><p>Face \u00e0 la menace de guerre civile, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait savoir aux parlementaires qu\u2019il a demand\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle de former un gouvernement. Chahuts et chants de la part des d\u00e9put\u00e9s, qui entonnent <em>La Marseillaise<\/em> \u2013 proc\u00e9d\u00e9 contraire \u00e0 tous les usages, et m\u00eame \u00e0 la lettre de la Constitution.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le plus illustre des Fran\u00e7ais [\u2026] celui qui, aux ann\u00e9es les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconqu\u00eate de la libert\u00e9 et qui, ayant r\u00e9alis\u00e9 autour de lui l\u2019unanimit\u00e9 nationale, refusa la dictature pour r\u00e9tablir la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2971\" class=\"cit-num\">2971<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Ren\u00e9 <span class=\"caps\">COTY<\/span> (1882-1962), Message du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au Parlement, 29\u00a0mai 1958. <em>Histoire\u00a0: l\u2019Europe et le monde depuis 1945<\/em> (2006), L. Bernlochner, P. Geiss, G. Le Quintrec<\/p><\/blockquote><p>Ainsi d\u00e9finit-il le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, personnage historique. Il fait appel \u00e0 lui au plus fort de la crise alg\u00e9rienne, alors que plane une menace de guerre civile en France, d\u00e9chir\u00e9e par la question alg\u00e9rienne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle appara\u00eet comme le moindre mal, la moins mauvaise chance.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2926\" class=\"cit-num\">2926<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Hubert <span class=\"caps\">BEUVE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">M\u00c9RY<\/span> (alias <span class=\"caps\">SIRIUS<\/span>) (1902-1989), \u00ab\u00a0L\u2019am\u00e8re v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb,<em> Le\u00a0Monde<\/em>, 29\u00a0mai 1958<\/p><\/blockquote><p>Et Pierre Brisson dans <em>Le Figaro<\/em> du 30\u00a0mai\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun sait maintenant o\u00f9 situer le dernier recours de nos libert\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p><p>Les deux directeurs de conscience de la \u00ab\u00a0presse bourgeoise\u00a0\u00bb ne prennent la plume, chacun dans son journal, que dans les grandes occasions. Depuis quelques jours, ils ne cessent pas et se montrent de plus en plus pour (ou de moins en moins contre) de Gaulle. L\u2019opposition viendra plus tard. Elle est d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate \u00e0 tirer, avec Mitterrand.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ses compagnons d\u2019aujourd\u2019hui, qu\u2019il n\u2019a sans doute pas choisis mais qui l\u2019ont suivi jusqu\u2019ici, se nomment le coup de force et la s\u00e9dition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2927\" class=\"cit-num\">2927<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Assembl\u00e9e nationale, 1er\u00a0juin 1958. <em>Cent mille voix par jour\u00a0: pour Mitterrand<\/em> (1966), Claude Manceron<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s une mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de douze ans, le plus c\u00e9l\u00e8bre des Fran\u00e7ais revient sur le devant de la sc\u00e8ne politique.<\/p><p>La majeure partie du personnel politique se rallie \u00e0 la solution gaulliste, mais Mitterrand s\u2019oppose \u00e0 ce \u00ab\u00a0coup de force\u00a0\u00bb. Il ose l\u2019affrontement, pronon\u00e7ant \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale ce terrible r\u00e9quisitoire\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque, le 10\u00a0septembre 1944, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 devant l\u2019Assembl\u00e9e consultative issue des combats de l\u2019ext\u00e9rieur ou de la R\u00e9sistance, il avait aupr\u00e8s de lui deux compagnons qui s\u2019appelaient l\u2019honneur et la patrie. Ses compagnons d\u2019aujourd\u2019hui, qu\u2019il n\u2019a sans doute pas choisis mais qui l\u2019ont suivi jusqu\u2019ici, se nomment le coup de force et la s\u00e9dition. La pr\u00e9sence du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle signifie, m\u00eame malgr\u00e9 lui, que d\u00e9sormais les minorit\u00e9s violentes pourront impun\u00e9ment et victorieusement partir \u00e0 l\u2019assaut de la d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb<\/p><p>Propos contredit par Andr\u00e9 Siegfried dans la pr\u00e9face \u00e0 <em>L\u2019Ann\u00e9e politique 1958<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Il [de Gaulle] avait acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir dans le cadre des institutions r\u00e9guli\u00e8res existantes, m\u00eame si son intention non dissimul\u00e9e \u00e9tait de les changer.\u00a0\u00bb Il y a cependant contradiction ou du moins ambigu\u00eft\u00e9 fondamentale\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle arrive \u00e0 l\u2019investiture l\u00e9gale par l\u2019action ill\u00e9gale de militaires et comploteurs qu\u2019il n\u2019a sans doute pas inspir\u00e9s, mais pas non plus politiquement d\u00e9savou\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout le plaisir et l\u2019honneur que j\u2019ai de me trouver parmi vous\u2026\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2928\" class=\"cit-num\">2928<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), premiers mots de sa d\u00e9claration, Assembl\u00e9e nationale, s\u00e9ance de nuit du 1er au 2\u00a0juin 1958. <em>Le Crapouillot<\/em> (1967)<\/p><\/blockquote><p>Dans son discours d\u2019investiture du 1er\u00a0juin, \u00ab\u00a0pr\u00e9sident du Conseil d\u00e9sign\u00e9\u00a0\u00bb par le Pr\u00e9sident Coty, il a d\u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0la cause profonde de nos \u00e9preuves [\u2026] la confusion et, par l\u00e0 m\u00eame, l\u2019impuissance des pouvoirs\u00a0\u00bb et s\u2019est \u00ab\u00a0propos\u00e9 pour tenter de conduire une fois de plus le salut du pays, l\u2019\u00c9tat, la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, en r\u00e9clamant les pleins pouvoirs.<\/p><p>Il est sorti de l\u2019h\u00e9micycle. L\u2019investiture est vot\u00e9e par 329 voix contre 224 (communistes, radicaux amis de Mitterrand et de Mend\u00e8s France).<\/p><p>Son discours d\u2019investiture va droit au but : <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>La d\u00e9gradation de l\u2019\u00c9tat qui va se pr\u00e9cipitant. L\u2019unit\u00e9 fran\u00e7aise imm\u00e9diatement menac\u00e9e. L\u2019Alg\u00e9rie plong\u00e9e dans la temp\u00eate des \u00e9preuves et des \u00e9motions. La Corse subissant une fi\u00e9vreuse contagion. Dans la m\u00e9tropole des mouvements en sens oppos\u00e9 renfor\u00e7ant d\u2019heure en heure leur passion et leur action. L\u2019arm\u00e9e, longuement \u00e9prouv\u00e9e par des t\u00e2ches sanglantes et m\u00e9ritoires, mais scandalis\u00e9e par la carence des pouvoirs. Notre position internationale battue en br\u00e8che jusqu\u2019au sein m\u00eame de nos alliances. Telle est la situation du pays. En ce temps m\u00eame o\u00f9 tant de chances, \u00e0 tant d\u2019\u00e9gards, s\u2019offrent \u00e0 la France, elle se trouve menac\u00e9e de dislocation et peut-\u00eatre de guerre civile.\u00a0\u00bb<\/em><\/p><p>Il a obtenu ce qu\u2019il voulait : les pleins pouvoirs en m\u00e9tropole et des pouvoirs sp\u00e9ciaux en Alg\u00e9rie, la modification de l\u2019article 90 de la Constitution, pour lui permettre d\u2019en pr\u00e9parer une nouvelle :<em> \u00ab\u00a0La session ordinaire du Parlement est suspendue. Le mandat des membres de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale en fonction viendra \u00e0 expiration le jour de la r\u00e9union de l\u2019Assembl\u00e9e \u00e9lue en vertu de la pr\u00e9sente Constitution. Le gouvernement, jusqu\u2019\u00e0 cette r\u00e9union, a seul autorit\u00e9 pour convoquer le Parlement.\u00a0\u00bb<\/em> (article 90)<\/p><p>Dans la nuit du 1er au 2, il revient entour\u00e9 de ses ministres et les pr\u00e9sente aux parlementaires, leur faisant ainsi une faveur inhabituelle, d\u2019autant plus \u00e9tonnante qu\u2019il n\u2019a cess\u00e9 de vilipender le r\u00e9gime et son \u00ab\u00a0personnel\u00a0\u00bb. Mais l\u2019humour donne un autre sens \u00e0 sa d\u00e9claration.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous verrez, apr\u00e8s la musique de chambre, ce sera la musique militaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2929\" class=\"cit-num\">2929<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">BIDAULT<\/span> (1899-1983), dans les couloirs du Parlement, apr\u00e8s la s\u00e9ance de nuit du 1er au 2\u00a0juin 1958. <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p><\/blockquote><p>Humour pour humour, c\u2019est de bonne guerre. Et les communistes r\u00e9sument\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration s\u00e9dition, c\u2019est l\u2019op\u00e9ration s\u00e9duction.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je vous ai compris\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2930\" class=\"cit-num\">2930<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours au balcon du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Alger, 4\u00a0juin 1958. <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>, tome\u00a0I, <em>Le Renouveau, 1958-1962<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Que n\u2019a-t-on dit sur ces quatre mots\u00a0! Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, le G\u00e9n\u00e9ral explique\u00a0: \u00ab\u00a0Mots apparemment spontan\u00e9s dans la forme, mais au fond bien calcul\u00e9s, dont je veux qu\u2019elle [la foule] s\u2019enthousiasme, sans qu\u2019ils m\u2019emportent plus loin que je n\u2019ai r\u00e9solu d\u2019aller.\u00a0\u00bb<\/p><p>Et il poursuit, face \u00e0 la foule\u00a0: \u00ab\u00a0Je vois que la route que vous avez ouverte en Alg\u00e9rie, c\u2019est celle de la r\u00e9novation et de la fraternit\u00e9 [\u2026] Jamais plus qu\u2019ici et jamais plus que ce soir, je n\u2019ai compris combien c\u2019est beau, combien c\u2019est grand, combien c\u2019est g\u00e9n\u00e9reux, la France.\u00a0\u00bb<\/p><p>Au journaliste du <em>Monde<\/em>, Andr\u00e9 Passeron, le 6\u00a0mai 1966, il confiera\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours su et d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il faudrait donner \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie son ind\u00e9pendance. Mais imaginez, qu\u2019en 1958, quand je suis revenu au pouvoir, je disais sur le Forum d\u2019Alger qu\u2019il fallait que les Alg\u00e9riens prennent eux-m\u00eames leur gouvernement, il n\u2019y aurait plus eu de De Gaulle imm\u00e9diatement\u00a0!\u00a0\u00bb On reconna\u00eet le pragmatisme propre \u00e0 tout homme politique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a plus ici, je le proclame en son nom [la France] et je vous en donne ma parole, que des Fran\u00e7ais \u00e0 part enti\u00e8re, des compatriotes, des concitoyens, des fr\u00e8res qui marcheront d\u00e9sormais dans la vie en se tenant la main [\u2026] Vive l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2931\" class=\"cit-num\">2931<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Mostaganem, 6\u00a0juin 1958. <em>De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 Mostaganem, il confirme le fameux discours d\u2019Alger. De Gaulle fera cinq fois le voyage Paris-Alg\u00e9rie, en 1958. Il joue de son charisme qui est immense. Il veut montrer qu\u2019il prend l\u2019affaire alg\u00e9rienne en main, qu\u2019il y a un pouvoir et qu\u2019il l\u2019incarne. Bref, que c\u2019en est fini des m\u0153urs de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/de_gaulle_kennedy.jpg\" width=\"400\" height=\"340\"><\/p><h4>2. La Constitution de la Cinqui\u00e8me sera l\u2019arme \u00ab\u00a0absolue\u00a0\u00bb du pouvoir pr\u00e9sidentiel avec l\u2019appui du peuple, mesur\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendums plus que sondages d\u2019opinion.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Un des caract\u00e8res essentiels de la Constitution de la Ve\u00a0R\u00e9publique, c\u2019est qu\u2019elle donne une t\u00eate \u00e0 l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2932\" class=\"cit-num\">2932<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 20\u00a0septembre 1962.<em> Les Grands Textes de la pratique institutionnelle de la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1992), Documentation fran\u00e7aise<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est cette autorit\u00e9 qui a tant manqu\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente R\u00e9publique et qui est indispensable pour r\u00e9gler \u00ab\u00a0les trois affaires qui dominent notre situation\u00a0: l\u2019Alg\u00e9rie, l\u2019\u00e9quilibre financier et \u00e9conomique, la r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, dira de Gaulle \u00e0 la radio, peu de temps apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir en 1958.<\/p><p>Ajoutons qu\u2019il y aura quasi-identification entre cette R\u00e9publique et cette t\u00eate, aussi longtemps que de Gaulle en sera le pr\u00e9sident.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que la Ve\u00a0R\u00e9publique, sinon la possession du pouvoir par un seul homme dont la moindre d\u00e9faillance est guett\u00e9e avec une \u00e9gale attention par ses adversaires et par le clan de ses amis\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2933\" class=\"cit-num\">2933<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>Le Coup d\u2019\u00c9tat permanent<\/em> (1964)<\/p><\/blockquote><p>Des phrases comme celle-ci s\u2019appliquent \u00e0 toute la p\u00e9riode gaulliste\u2026 et \u00e0 Mitterrand devenu \u00e0 son tour pr\u00e9sident. Mais il s\u2019agit avant tout, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u2019un pamphlet antigaulliste\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019appelle le r\u00e9gime gaulliste dictature parce que, tout compte fait, c\u2019est \u00e0 cela qu\u2019il ressemble le plus.\u00a0\u00bb<\/p><p>Mitterrand, plusieurs fois ministre sous la Quatri\u00e8me, va payer son opposition irr\u00e9ductible au g\u00e9n\u00e9ral. Il perd son si\u00e8ge de d\u00e9put\u00e9 (\u00e9lu de la Ni\u00e8vre), pendant quatre ans.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre Constitution est \u00e0 la fois parlementaire et pr\u00e9sidentielle, \u00e0 la mesure de ce que nous commandent \u00e0 la fois les besoins de notre \u00e9quilibre et les traits de notre caract\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2934\" class=\"cit-num\">2934<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 11\u00a0avril 1961.<em> Les Id\u00e9es constitutionnelles du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle<\/em> (1974), Jean Louis Debr\u00e9, Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Conclusion d\u2019un discours politique qui a pour th\u00e8me la Constitution, \u00e0 qui certains reprochent de n\u2019\u00eatre ni parlementaire \u2013 type <span class=\"caps\">III<\/span>e ou <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0R\u00e9publique \u2013 ni pr\u00e9sidentielle comme aux \u00c9tats-Unis.<\/p><p>Les \u00ab\u00a0lectures\u00a0\u00bb de la Constitution par les constitutionnalistes changeront avec les \u00e9v\u00e9nements, les hommes et la pratique constitutionnelle\u00a0: c\u2019est un texte parfaitement adapt\u00e9 et adaptable aux circonstances.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre syst\u00e8me, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est b\u00e2tard, est peut-\u00eatre plus souple qu\u2019un syst\u00e8me logique. Les \u00ab\u00a0corniauds\u00a0\u00bb sont souvent plus intelligents que les chiens de race.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2935\" class=\"cit-num\">2935<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), <em>Le N\u0153ud gordien<\/em> (1974)<\/p><\/blockquote><p>T\u00e9moignage de pr\u00e9sident, auparavant Premier ministre de De Gaulle durant six ans, et parole proph\u00e9tique de la cohabitation, \u00e0 commencer par celle des ann\u00e9es 1986-1988\u00a0: il faudra en effet une souplesse certaine pour que coexistent plus ou moins pacifiquement un pr\u00e9sident de gauche (Mitterrand) et un gouvernement issu d\u2019une Assembl\u00e9e de droite. Et vice versa. Au total, trois cohabitations\u00a0: 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002. Ph\u00e9nom\u00e8ne pour ainsi dire inconnu dans les autres pays.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tout de m\u00eame qu\u2019\u00e0 bord du navire l\u2019antique exp\u00e9rience des marins veut qu\u2019un second ait son r\u00f4le \u00e0 lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du commandant, ainsi dans notre nouvelle R\u00e9publique, l\u2019ex\u00e9cutif comporte-t-il apr\u00e8s le pr\u00e9sident vou\u00e9 \u00e0 ce qui est essentiel et permanent un Premier ministre aux prises avec les contingences.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2936\" class=\"cit-num\">2936<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>, tome I,<em> Le renouveau, 1958-1962<\/em> (1970)<\/p><\/blockquote><p>Division du travail, et probl\u00e8me fondamental du fonctionnement de nos institutions que l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0domaine r\u00e9serv\u00e9\u00a0\u00bb au chef de l\u2019\u00c9tat, cependant que le \u00ab\u00a0second\u00a0\u00bb, qui n\u2019est plus pr\u00e9sident du Conseil, mais seulement le Premier des ministres de son gouvernement, g\u00e8re le quotidien, r\u00f4le moins prestigieux et plus ingrat.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/de_gaulle_1962.jpg\" width=\"400\" height=\"341\"><\/p><h4>3. Cinqui\u00e8me R\u00e9publique. L\u2019homme d\u2019\u00c9tat se r\u00e9v\u00e8le clairement sur tous les fronts, au quotidien et \u00e0 l\u2019international, en attendant que l\u2019Alg\u00e9rie devienne le seul probl\u00e8me.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que vienne la paix des braves et je suis s\u00fbr que les haines iront en s\u2019effa\u00e7ant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2981\" class=\"cit-num\">2981<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Matignon, 23\u00a0octobre 1958. <em>1958, le retour de De Gaulle<\/em> (1998), Ren\u00e9 R\u00e9mond<\/p><\/blockquote><p>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u00a0? Simplement ceci\u00a0: que ceux qui ont ouvert le feu le cessent et qu\u2019ils retournent sans humiliation \u00e0 leur famille et \u00e0 leur travail\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>Mais ce n\u2019est pas ce que veut le Front de Lib\u00e9ration nationale (<span class=\"caps\">FLN<\/span>)\u00a0: le 25\u00a0septembre, il a affirm\u00e9 sa volont\u00e9 de n\u00e9gociations politiques aussi bien que militaires et deux mois plus tard, il cr\u00e9e le Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne (<span class=\"caps\">GPRA<\/span>). De Gaulle posera bient\u00f4t comme seule condition aux n\u00e9gociations de laisser le \u00ab\u00a0couteau au vestiaire\u00a0\u00bb. Mais la paix des braves, sur le terrain comme dans un trait\u00e9, est encore loin d\u2019\u00eatre conclue.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Guide de la France, et chef de l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain, j\u2019exercerai le pouvoir supr\u00eame dans toute l\u2019\u00e9tendue qu\u2019il comporte d\u00e9sormais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2982\" class=\"cit-num\">2982<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 28\u00a0d\u00e9cembre 1958.<em> Les Id\u00e9es constitutionnelles du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle<\/em> (1974), Jean Louis Debr\u00e9, Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Il vient d\u2019\u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le 21\u00a0d\u00e9cembre. La nouvelle Constitution, ratifi\u00e9e par le r\u00e9f\u00e9rendum du 28\u00a0septembre avec pr\u00e8s de 80\u00a0% de oui, et promulgu\u00e9e le 4\u00a0octobre, fonde le nouveau r\u00e9gime (pr\u00e9sidentiel) de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, confiant au chef de l\u2019\u00c9tat les quatre attributions fondamentales, sans aucune obligation de contreseing minist\u00e9riel\u00a0: la nomination du Premier ministre, la dissolution de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le recours au r\u00e9f\u00e9rendum et la mise en jeu des pouvoirs sp\u00e9ciaux en cas de crise. \u00ab\u00a0Ch\u00e8que en blanc\u00a0\u00bb, titre <em>Le\u00a0Monde<\/em>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s sa naissance, le March\u00e9 commun va devoir entrer en n\u00e9gociation quasi permanente avec ses voisins, les autres, la Terre enti\u00e8re. Et sa vie sera domin\u00e9e par le probl\u00e8me des concessions ou d\u00e9rogations accord\u00e9es pour se faire admettre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2983\" class=\"cit-num\">2983<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">DENIAU<\/span> (1928-2007), <em>L\u2019Europe interdite<\/em> (1977)<\/p><\/blockquote><p>Le 1er\u00a0janvier 1959, le trait\u00e9 de Rome instituant la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne (<span class=\"caps\">CEE<\/span>) entre en vigueur. Il a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 25\u00a0mars 1957 et certains craignaient \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements alg\u00e9riens et la r\u00e9putation d\u2019anti-europ\u00e9en faite \u00e0 de Gaulle \u2013 que la France ne demande de repousser l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de son entr\u00e9e dans le March\u00e9 commun.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie de papa est morte. Si on ne le comprend pas, on mourra avec elle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2984\" class=\"cit-num\">2984<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration \u00e0 Pierre Laffont, directeur de <em>L\u2019\u00c9cho d\u2019Oran<\/em>, 29\u00a0avril 1959. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Mais que sera l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019avenir\u00a0? Le pr\u00e9sident est trop pragmatique, l\u2019Alg\u00e9rie trop d\u00e9chir\u00e9e par la guerre et les \u00e9v\u00e9nements trop incertains pour que soit fix\u00e9e une ligne politique. De Gaulle attend la mi-septembre pour lancer le mot, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00ab\u00a0autod\u00e9termination\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 trois solutions possibles\u00a0: s\u00e9cession pure et simple, francisation compl\u00e8te dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, \u00ab\u00a0de Dunkerque \u00e0 Tamanrasset\u00a0\u00bb, ou gouvernement des Alg\u00e9riens par les Alg\u00e9riens en union \u00e9troite avec la France. En France, la droite qui veut l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise commence \u00e0 se diviser\u00a0; en Alg\u00e9rie, le <span class=\"caps\">GPRA<\/span> veut des n\u00e9gociations pr\u00e9alables et l\u2019arm\u00e9e va vivre bien des d\u00e9chirements.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Non, il n\u2019est pas chaud, le contingent. Pour tout dire, il n\u2019a pas d\u2019allant. Il est m\u00eame but\u00e9 comme un \u00e2ne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2985\" class=\"cit-num\">2985<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">COURNOT<\/span> (1922-2007), <em>L\u2019Express<\/em> (1959).<em> Les Parachutistes<\/em> (2006), Gilles Perrault<\/p><\/blockquote><p>Il d\u00e9crit l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019un jeune soldat dans la Casbah d\u2019Alger, alors que la pacification est un pr\u00e9alable \u00e0 toute n\u00e9gociation, donc un devoir de l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est dire la sympathie que ce journaliste (tr\u00e8s) intellectuel de gauche \u00e9prouve pour \u00ab\u00a0le contingent\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Le contingent a \u00e9cout\u00e9, et il n\u2019est pas convaincu. Il ne se sent pas tellement chaud pour d\u00e9fendre la libert\u00e9 en allant au-del\u00e0 des mers tirer \u00e0 coups de canon sur des gaillards en espadrilles\u2026\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je puis vous assurer que la Loire continuera \u00e0 couler dans son lit.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2986\" class=\"cit-num\">2986<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Aux maires du Loiret, \u00e0 Orl\u00e9ans, mai\u00a01959. <em>De Gaulle parle\u00a0: des institutions, de l\u2019Alg\u00e9rie, de l\u2019arm\u00e9e, des affaires \u00e9trang\u00e8res, de la Communaut\u00e9, de l\u2019\u00e9conomie et des questions sociales<\/em> (1962), Andr\u00e9 Passeron<\/p><\/blockquote><p>Mot qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0infrahistorique\u00a0\u00bb par son biographe Jean Lacouture. De Gaulle, pour \u00eatre lui-m\u00eame, a besoin de circonstances exceptionnelles, et tout pr\u00e9sident de la R\u00e9publique doit prononcer \u00ab\u00a0au quotidien\u00a0\u00bb d\u2019innombrables discours sur tout et sur rien\u00a0!<br>Dans le m\u00eame esprit, \u00e0 F\u00e9camp\u00a0: \u00ab\u00a0Je salue F\u00e9camp, port de mer et qui entend le rester\u00a0\u00bb et \u00e0 Lyon\u00a0: \u00ab\u00a0Lyon n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi lyonnaise.\u00a0\u00bb Si humour il y a, il est sans doute involontaire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que la d\u00e9fense de la France soit fran\u00e7aise [\u2026] Un pays comme la France, s\u2019il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2938\" class=\"cit-num\">2938<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours au Centre des hautes \u00e9tudes militaires, 3\u00a0novembre 1959. <em>Discours et messages\u00a0: avec le renouveau, mai\u00a01958-juillet\u00a01962<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est aussi un militaire qui parle. Pendant sa guerre de R\u00e9sistance, il a d\u00fb se battre pour \u00eatre reconnu du grand alli\u00e9 am\u00e9ricain. Un peu plus tard, face aux <span class=\"caps\">USA<\/span>, il affirmera\u00a0: \u00ab\u00a0Il est intol\u00e9rable \u00e0 un grand \u00c9tat que son destin soit laiss\u00e9 aux d\u00e9cisions et \u00e0 l\u2019action d\u2019un autre \u00c9tat quelque amical qu\u2019il puisse \u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p><p>La force de frappe atomique fran\u00e7aise, cl\u00e9 de vo\u00fbte du syst\u00e8me de d\u00e9fense, combattue du vivant du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, populaire dans l\u2019opinion, sera d\u00e9velopp\u00e9e par tous ses successeurs. Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, hors tout contexte de guerre froide, la force de dissuasion nationale n\u2019est pas vraiment remise en question.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui, c\u2019est l\u2019Europe depuis l\u2019Atlantique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Oural, c\u2019est l\u2019Europe, toutes ces vieilles terres o\u00f9 naquit, o\u00f9 fleurit la civilisation moderne, c\u2019est toute l\u2019Europe qui d\u00e9cidera du destin du monde.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2987\" class=\"cit-num\">2987<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Strasbourg, 23\u00a0novembre 1959. <em>De Gaulle et l\u2019Europe<\/em> (1963), Roger Massip<\/p><\/blockquote><p>Autre probl\u00e8me majeur, mais question toujours pos\u00e9e au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle. De quelle Europe s\u2019agit-il\u00a0? Un an plus t\u00f4t, de Gaulle \u00e9crit \u00e0 Paul Reynaud\u00a0: \u00ab\u00a0Vous savez qu\u2019\u00e0 mon sens, on peut voir l\u2019Europe et peut-\u00eatre la faire de deux fa\u00e7ons\u00a0: l\u2019int\u00e9gration par le supranational, ou la coop\u00e9ration des \u00c9tats et des nations. C\u2019est \u00e0 la deuxi\u00e8me que j\u2019adh\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le discours de Strasbourg reste proph\u00e9tique sur un autre plan. L\u2019Europe a v\u00e9cu la r\u00e9unification de l\u2019Allemagne et la r\u00e9conciliation entre les deux pays jadis ennemis, devenus alli\u00e9s. Plus globalement, la guerre froide et le communisme dans sa version sovi\u00e9tique appartiennent \u00e0 un pass\u00e9 r\u00e9volu. De sorte que l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0maison commune\u00a0\u00bb europ\u00e9enne et de cette Europe \u00ab\u00a0de l\u2019Atlantique \u00e0 l\u2019Oural\u00a0\u00bb ne rel\u00e8ve plus de l\u2019utopie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il m\u2019a sembl\u00e9 et il me semble qu\u2019il est avant tout n\u00e9cessaire de refaire la vieille Europe, de la refaire solidaire, notamment quant \u00e0 sa reconstruction et \u00e0 sa renaissance \u00e9conomique dont tout le reste d\u00e9pend, de la refaire avec tous ceux qui, d\u2019une part, voudront et pourront s\u2019y pr\u00eater et, d\u2019autre part, demeurent fid\u00e8les \u00e0 cette conception du droit des gens et des individus d\u2019o\u00f9 est sortie et sur laquelle repose notre civilisation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2969\" class=\"cit-num\">2969<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970),<em> Discours, entretiens et autres sources<\/em>, blog de l\u2019<span class=\"caps\">UGF<\/span> (Union des Gaullistes de France)<\/p><\/blockquote><p>Trop souverainiste (participant de l\u2019\u00c9tat souverain) pour approuver l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne et le f\u00e9d\u00e9ralisme, il n\u2019en demeure pas moins proph\u00e9tique et visionnaire sur ce th\u00e8me comme sur tant d\u2019autres. D\u2019o\u00f9 le dialogue avec Malraux, lui aussi acteur de l\u2019histoire et l\u2019un des penseurs du si\u00e8cle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le vieux franc fran\u00e7ais, si souvent mutil\u00e9 \u00e0 mesure de nos vicissitudes, nous voulons qu\u2019il reprenne une substance conforme au respect qui lui est d\u00fb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2988\" class=\"cit-num\">2988<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours sur la politique de rigueur, 28\u00a0d\u00e9cembre 1958, annon\u00e7ant la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau franc, le 1er\u00a0janvier 1960. <em>De Gaulle vous parle<\/em> (1967), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>La cr\u00e9ation du nouveau franc 1960 (valant 100\u00a0francs anciens) a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e un an plus t\u00f4t. Si le mot \u00ab\u00a0rigueur\u00a0\u00bb n\u2019appara\u00eet pas dans le discours, il le d\u00e9finit bien.<\/p><p>L\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0franc lourd\u00a0\u00bb cause un choc psychologique et lie avec habilet\u00e9 l\u2019avenir de la monnaie et le prestige international du pays, dans le cadre d\u2019une nouvelle politique \u00e9conomique et financi\u00e8re rendant la France comp\u00e9titive en Europe. Antoine Pinay, ministre des Finances et des Affaires \u00e9conomiques jouissant d\u2019un immense prestige aupr\u00e8s du Fran\u00e7ais moyen, va cependant d\u00e9missionner en janvier\u00a01960, pour cause de d\u00e9saccord avec le chef de l\u2019\u00c9tat (notamment sur la <span class=\"caps\">CEE<\/span>, Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne cr\u00e9\u00e9e en 1957, origine de l\u2019actuelle Union europ\u00e9enne).<\/p><p>Le vieux franc fran\u00e7ais est n\u00e9 le 5\u00a0d\u00e9cembre 1360, en pleine guerre de Cent Ans. Et quarante ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le (nouveau) franc s\u2019effacera devant la monnaie europ\u00e9enne, l\u2019euro, nouvel enjeu \u00e9conomique et strat\u00e9gique, pari globalement r\u00e9ussi.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/charles_de_gaulle.jpg\" width=\"400\" height=\"334\"><\/p><h4>4. La guerre d\u2019Alg\u00e9rie et la politique pr\u00e9sidentielle\u00a0: impos\u00e9e par la situation, clairement expos\u00e9e au fil des \u00e9v\u00e9nements et massivement approuv\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendums.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En vertu du mandat que le peuple m\u2019a donn\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 nationale que j\u2019incarne depuis vingt ans, je demande \u00e0 tous et \u00e0 toutes de me soutenir quoi qu\u2019il arrive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2972\" class=\"cit-num\">2972<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 29\u00a0janvier 1960. <em>Discours et messages<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Vingt ans apr\u00e8s \u2013 apr\u00e8s le fameux Appel du 18\u00a0juin 1940\u00a0\u2013, lui-m\u00eame se pose en personnage historique et s\u2019impose \u00e0 un autre moment crucial de l\u2019histoire de France \u2013 les barricades d\u2019Alger.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019adresse \u00e0 la France. Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voici donc ensemble encore une fois, face \u00e0 une nouvelle \u00e9preuve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2989\" class=\"cit-num\">2989<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 29\u00a0janvier 1960. <em>De Gaulle<\/em> (1964), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p><\/blockquote><p>Omnipr\u00e9sent sur tous les fronts, le pr\u00e9sident excelle dans la communication directe avec la France et les Fran\u00e7ais. Cette fois, le g\u00e9n\u00e9ral s\u2019est mis en tenue militaire, pour traiter du drame national.<\/p><p>La semaine des Barricades a commenc\u00e9 \u00e0 Alger, le 24\u00a0janvier. La population de souche m\u00e9tropolitaine refuse l\u2019id\u00e9e d\u2019autod\u00e9termination lanc\u00e9e par de Gaulle, et s\u2019oppose au renvoi du g\u00e9n\u00e9ral Massu \u2013 qui a affirm\u00e9 dans un journal allemand que l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait pour l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, que deviendrait-elle, sinon un ramas anarchique et d\u00e9risoire de f\u00e9odalit\u00e9s militaires, s\u2019il arrivait que des \u00e9l\u00e9ments mettent des conditions \u00e0 leur loyalisme\u00a0? [\u2026] Aucun soldat ne doit, sous peine de faute grave, s\u2019associer \u00e0 aucun moment, m\u00eame passivement, \u00e0 l\u2019insurrection.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2990\" class=\"cit-num\">2990<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 29\u00a0janvier 1960. <em>De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Le g\u00e9n\u00e9ral, en tenue de g\u00e9n\u00e9ral, en appelle \u00e0 la discipline des soldats et sauve la situation par ce discours.<\/p><p>Selon Raymond Aron (<em>Preuves<\/em>, mars\u00a01960)\u00a0: \u00ab\u00a0Durant ces cinq jours, rien n\u2019existait plus, ni le r\u00e9gime, ni la Constitution, ni moins encore le gouvernement, h\u00e9sitant et divis\u00e9\u00a0: il ne restait plus rien qu\u2019un homme, et un homme seul.\u00a0\u00bb<\/p><p>La semaine des Barricades aura des suites importantes\u00a0: gouvernement remani\u00e9, affaires alg\u00e9riennes prises encore plus directement en main par l\u2019\u00c9lys\u00e9e. De Gaulle se rend sur place d\u00e9but mars pour reprendre contact avec l\u2019arm\u00e9e \u2013 c\u2019est la \u00ab\u00a0tourn\u00e9e des popotes\u00a0\u00bb o\u00f9 les d\u00e9clarations restent officieuses et contradictoires. Il parlera publiquement de R\u00e9publique alg\u00e9rienne le 4\u00a0novembre prochain.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Hourra pour la France\u00a0! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fi\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2991\" class=\"cit-num\">2991<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), T\u00e9l\u00e9gramme, 13\u00a0f\u00e9vrier 1960. <em>De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Premi\u00e8re explosion de la bombe\u00a0A fran\u00e7aise \u00e0 Reggane (Sahara). C\u2019est une \u00e9tape dans la politique d\u2019ind\u00e9pendance militaire du g\u00e9n\u00e9ral qui se refuse \u00e0 la \u00ab\u00a0docilit\u00e9 atlantique\u00a0\u00bb et veut doter le pays des \u00ab\u00a0moyens modernes de la dissuasion\u00a0\u00bb. La France entre ainsi dans le club encore tr\u00e8s ferm\u00e9 des puissances atomiques. Elle refusera de signer le trait\u00e9 de Moscou du 3\u00a0ao\u00fbt 1963, sur la non-prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire. Le 28\u00a0ao\u00fbt 1968, c\u2019est l\u2019explosion de la premi\u00e8re bombe H dans le Pacifique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est tout \u00e0 fait naturel qu\u2019on ressente la nostalgie de ce qui \u00e9tait l\u2019Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes \u00e0 huile, la splendeur de la marine \u00e0 voile, le charme du temps des \u00e9quipages. Mais, quoi\u00a0? Il n\u2019y a pas de politique qui vaille en dehors des r\u00e9alit\u00e9s.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2992\" class=\"cit-num\">2992<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 14\u00a0juin 1960.<em> L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1961)<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s la guerre d\u2019Indochine, l\u2019affaire tunisienne puis l\u2019imbroglio marocain r\u00e9gl\u00e9s sous la <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0R\u00e9publique, outre le drame de l\u2019Alg\u00e9rie, il reste encore en 1958 \u00e0 achever la d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique noire et de Madagascar, en germe dans la loi Defferre de 1956. L\u2019opinion publique y est moins sensible qu\u2019au probl\u00e8me alg\u00e9rien.<\/p><p>De Gaulle pense d\u2019abord \u00e0 une Communaut\u00e9 avec d\u00e9fense, politique \u00e9trang\u00e8re et politique \u00e9conomique communes. Sous la pression des \u00e9v\u00e9nements, il opte pour la d\u00e9colonisation et accorde en 1960 l\u2019ind\u00e9pendance, qui n\u2019exclut pas le maintien de liens privil\u00e9gi\u00e9s entre la m\u00e9tropole et ses ex-colonies africaines.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut qu\u2019avant d\u2019entrer dans la salle [des n\u00e9gociations] on ait d\u00e9pos\u00e9 son couteau.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2993\" class=\"cit-num\">2993<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), 6\u00a0septembre 1960.<em> De Gaulle<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p><\/blockquote><p>Le \u00ab\u00a0couteau au vestiaire\u00a0\u00bb devient le pr\u00e9alable de toute n\u00e9gociation. Mais l\u2019on continue de se battre en Alg\u00e9rie, tandis qu\u2019en France, intellectuels et syndicalistes manifestent pour la paix en Alg\u00e9rie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, Zola deviendrait l\u00e9gion, et quotidien J\u2019accuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2994\" class=\"cit-num\">2994<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">DUBY<\/span> (1919-1996), <em>Histoire de la France<\/em> (1987)<\/p><\/blockquote><p>Allusion au combat de Zola dans l\u2019affaire Dreyfus, et \u00e0 son c\u00e9l\u00e8bre article dans <em>L\u2019Aurore<\/em> du 13\u00a0janvier 1898. Nombre d\u2019intellectuels de gauche se sont politiquement engag\u00e9s dans l\u2019affaire alg\u00e9rienne. Exemple\u00a0: le \u00ab\u00a0Manifeste des 121\u00a0\u00bb, sign\u00e9 par des professeurs et des \u00e9crivains, des artistes et des com\u00e9diens, publi\u00e9 le 6\u00a0septembre 1960, d\u00e9non\u00e7ant la torture en Alg\u00e9rie et r\u00e9clamant le \u00ab\u00a0droit \u00e0 l\u2019insoumission\u00a0\u00bb. C\u2019est une fa\u00e7on de soutenir le r\u00e9seau Jeanson, d\u00e9mantel\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, dont le proc\u00e8s commence, devant le tribunal des forces arm\u00e9es.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La gauche est impuissante et elle le restera si elle n\u2019accepte pas d\u2019unir ses efforts \u00e0 la seule force qui lutte aujourd\u2019hui r\u00e9ellement contre l\u2019ennemi commun des libert\u00e9s alg\u00e9riennes et des libert\u00e9s fran\u00e7aises. Et cette force est le <span class=\"caps\">FLN<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2995\" class=\"cit-num\">2995<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Lettre au proc\u00e8s Jeanson (5\u00a0septembre-1er\u00a0octobre 1960).<em> La Guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0: des complots du 13\u00a0mai \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance<\/em> (1981), Henri Alleg<\/p><\/blockquote><p>Certains Fran\u00e7ais ne se contentent plus de prendre position en faveur de la paix en Alg\u00e9rie et de n\u00e9gociations avec le <span class=\"caps\">FLN<\/span>, ils apportent une aide directe \u00e0 ses membres, c\u2019est-\u00e0-dire aux dirigeants de la r\u00e9bellion, participant m\u00eame \u00e0 des faits de guerre ou de terrorisme.<\/p><p>Le r\u00e9seau Jeanson regroupe 6 Alg\u00e9riens et 17 Fran\u00e7ais de m\u00e9tropole accus\u00e9s, entre autres, de transporter des fonds, des faux papiers, du mat\u00e9riel de propagande \u2013 d\u2019o\u00f9 le nom de \u00ab\u00a0porteurs de valises\u00a0\u00bb donn\u00e9 par Sartre. Il est personnellement li\u00e9 \u00e0 Francis Jeanson (en fuite, et donc absent au proc\u00e8s). Ne pouvant se pr\u00e9senter lui-m\u00eame au tribunal (retenu au Br\u00e9sil pour une tourn\u00e9e de conf\u00e9rence), l\u2019\u00e9crivain exprime sa solidarit\u00e9 par une longue lettre, se r\u00e9f\u00e9rant au Manifeste des 121 qu\u2019il a naturellement sign\u00e9.<\/p><p>26 avocats (dont Roland Dumas) d\u00e9fendent les inculp\u00e9s, faisant durer le proc\u00e8s et ridiculisant le tribunal, strat\u00e9gie payante face \u00e0 l\u2019opinion publique. Jeanson sera reconnu coupable de haute trahison, et condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de r\u00e9clusion \u2013 amnisti\u00e9 en 1966. La majorit\u00e9 des autres membres du r\u00e9seau sont condamn\u00e9s plus ou moins s\u00e9v\u00e8rement, et neuf acquitt\u00e9s. <em>Le\u00a0Monde<\/em>, en septembre\u00a02000, rend justice \u00e0 \u00ab\u00a0ces tra\u00eetres qui sauv\u00e8rent l\u2019honneur de la France\u00a0\u00bb (Dominique Vidal).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La R\u00e9publique alg\u00e9rienne existera un jour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2996\" class=\"cit-num\">2996<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 4\u00a0novembre 1960. <em>La Guerre d\u2019Alg\u00e9rie et les intellectuels fran\u00e7ais<\/em> (1991), Jean-Pierre Rioux, Jean-Fran\u00e7ois Sirinelli<\/p><\/blockquote><p>Alors que la guerre s\u2019\u00e9ternise, le pr\u00e9sident relance la politique alg\u00e9rienne, annon\u00e7ant un r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019autod\u00e9termination, parlant pour la premi\u00e8re fois de \u00ab\u00a0R\u00e9publique alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb, fustigeant les \u00ab\u00a0deux meutes ennemies, celle de l\u2019immobilisme st\u00e9rile et celle de l\u2019abandon vulgaire\u00a0\u00bb. Il part en Alg\u00e9rie le 12\u00a0d\u00e9cembre pour lancer la campagne sur le r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: \u00e9meutes \u00e0 Alger, Oran. Le Front de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise se heurte aux musulmans brandissant le drapeau vert du <span class=\"caps\">FLN<\/span>\u00a0: 120 morts, et c\u2019en est fini du mythe de la fraternisation entre les communaut\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais [\u2026] j\u2019ai besoin de savoir ce qu\u2019il en est dans les esprits et dans les c\u0153urs, c\u2019est pourquoi je me tourne vers vous par-dessus tous les interm\u00e9diaires. En v\u00e9rit\u00e9, qui ne le sait, l\u2019affaire est entre chacune de vous, chacun de vous et moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2997\" class=\"cit-num\">2997<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 6\u00a0janvier 1961. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1962)<\/p><\/blockquote><p>Derni\u00e8re apparition pr\u00e9sidentielle, avant le r\u00e9f\u00e9rendum du 8 qui demande au peuple fran\u00e7ais d\u2019approuver le principe de l\u2019autod\u00e9termination du peuple alg\u00e9rien. \u00ab\u00a0Oui\u00a0\u00bb\u00a0: plus de 75\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s. Les \u00e9lecteurs n\u2019ont pas suivi les consignes des partis politiques et, comme de Gaulle, ont n\u00e9glig\u00e9 ces interm\u00e9diaires.<\/p><p>Le choc est dur, chez les Europ\u00e9ens d\u2019Alg\u00e9rie (\u00e9galement consult\u00e9s et qui ont r\u00e9pondu majoritairement \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb)\u00a0: ils ne se savaient pas \u00e0 ce point coup\u00e9s de la m\u00e9tropole, abandonn\u00e9s. D\u2019o\u00f9 le durcissement de leur position, alors que des n\u00e9gociations sont annonc\u00e9es entre la France et le <span class=\"caps\">FLN<\/span> \u00e0 \u00c9vian.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> frappe o\u00f9 elle veut, quand elle veut, comme elle veut.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2998\" class=\"cit-num\">2998<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Slogan de la nouvelle \u00ab\u00a0Organisation Arm\u00e9e secr\u00e8te\u00a0\u00bb. <em>L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> et la fin de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> (1985), M\u2019Hamed Yousfi<\/p><\/blockquote><p>Premiers tracts lanc\u00e9s d\u00e9but f\u00e9vrier\u00a01961.<\/p><p>L\u2019arm\u00e9e fait son m\u00e9tier en Alg\u00e9rie, avec 400\u00a0000 hommes qui se battent sur le terrain. La pacification progresse (except\u00e9 dans les Aur\u00e8s), mais le terrorisme fait rage et le <span class=\"caps\">FLN<\/span> multiplie les attentats.<\/p><p>Les Europ\u00e9ens d\u2019Alg\u00e9rie vivent aussi dans la terreur de la n\u00e9gociation, qui conduira in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Et l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>, choisissant la politique du d\u00e9sespoir, recourt \u00e9galement aux attentats. Ainsi, le maire d\u2019\u00c9vian, Camille Blanc, tu\u00e9 par une charge de plastic le 31\u00a0mars, assassin\u00e9 uniquement parce que sa ville est choisie pour accueillir les n\u00e9gociations. Cela n\u2019infl\u00e9chit en rien la politique du pr\u00e9sident.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation est notre int\u00e9r\u00eat et par cons\u00e9quent notre politique. Pourquoi resterions-nous accroch\u00e9s \u00e0 des dominations co\u00fbteuses, sanglantes et sans issue, alors que notre pays est \u00e0 renouveler de fond en comble\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2939\" class=\"cit-num\">2939<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 11\u00a0avril 1961. <em>Paroles de chefs, 1940-1962<\/em> (1963), Claude Cy, Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Il a reconnu auparavant que la France a r\u00e9alis\u00e9 outre-mer une grande \u0153uvre humaine qui, malgr\u00e9 des abus ou des erreurs, lui fait pour toujours honneur. La Quatri\u00e8me\u00a0R\u00e9publique, qui a commenc\u00e9 la d\u00e9colonisation (Indochine, Maroc, Tunisie, Afrique noire en cours), a rappel\u00e9 de Gaulle au pouvoir pour r\u00e9soudre l\u2019\u00ab\u00a0affaire alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb. Ce qu\u2019il va faire en lui donnant l\u2019ind\u00e9pendance inscrite dans le cours de l\u2019histoire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cet \u00c9tat sera ce que les Alg\u00e9riens voudront. Pour ma part, je suis persuad\u00e9 qu\u2019il sera souverain au-dedans et au-dehors. Et, encore une fois, la France n\u2019y fait aucun obstacle.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2999\" class=\"cit-num\">2999<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 11\u00a0avril 1961.<em> L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1962)<\/p><\/blockquote><p>De Gaulle annonce qu\u2019il envisage l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0avec un c\u0153ur parfaitement tranquille\u00a0\u00bb. Onze jours plus tard, c\u2019est le putsch, dans la nuit du 21 au 22\u00a0avril.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui est grave dans cette affaire, Messieurs, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas s\u00e9rieuse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3000\" class=\"cit-num\">3000<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conseil des ministres extraordinaire, r\u00e9uni \u00e0 17\u00a0heures, le 22\u00a0avril 1961.<em> La Fronde des g\u00e9n\u00e9raux<\/em> (1961), Jacques Fauvet, Jean Planchais<\/p><\/blockquote><p>La population d\u2019Alger a \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9e \u00e0 7\u00a0heures du matin, par ce message lu \u00e0 la radio\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a pris le contr\u00f4le de l\u2019Alg\u00e9rie et du Sahara.\u00a0\u00bb Les g\u00e9n\u00e9raux rebelles font arr\u00eater le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement, et un certain nombre d\u2019autorit\u00e9s civiles et militaires. Quelques r\u00e9giments se rallient aux rebelles. La population europ\u00e9enne, qui se sent abandonn\u00e9e par la m\u00e9tropole, est avec eux. Mais de Gaulle semble serein, devant ses ministres.<\/p><p>Le directoire militaire a quand m\u00eame pris le pouvoir \u00e0 Alger. Les ralliements se multiplient derri\u00e8re les quatre g\u00e9n\u00e9raux, Challe, Zeller, Jouhaud et Salan, qui d\u00e9noncent la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et font le serment de \u00ab\u00a0garder l\u2019Alg\u00e9rie pour que nos morts ne soient pas morts pour rien\u00a0\u00bb.<\/p><p>Les insurg\u00e9s tiennent Oran, Constantine le lendemain. Le coup d\u2019\u00c9tat semble r\u00e9ussi. De Gaulle repara\u00eet et va trouver les mots qui tuent.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce pouvoir a une apparence\u00a0: un quarteron de g\u00e9n\u00e9raux en retraite. Il a une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: un groupe d\u2019officiers, partisans, ambitieux et fanatiques.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3001\" class=\"cit-num\">3001<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 23\u00a0avril 1961. <em>Alg\u00e9rie 1962, la guerre est finie<\/em> (2002), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Rev\u00eatu de sa tenue de g\u00e9n\u00e9ral, le de Gaulle des grandes heures\u00a0parle\u00a0: \u00ab\u00a0Au nom de la France, j\u2019ordonne que tous les moyens soient employ\u00e9s pour barrer partout la route \u00e0 ces hommes-l\u00e0, en attendant de les r\u00e9duire.\u00a0\u00bb Il demande que s\u2019applique l\u2019article\u00a016 de la Constitution (pouvoirs sp\u00e9ciaux)\u00a0: c\u2019est une \u00ab\u00a0dictature r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb, justifi\u00e9e par la situation.<\/p><p>Tous les bidasses entendent cette voix de la France sur leur transistor. Le contingent refuse de suivre le quarteron de g\u00e9n\u00e9raux ovationn\u00e9s par les pieds-noirs sur le Forum d\u2019Alger, entre les cris \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0de Gaulle au poteau\u00a0!\u00a0\u00bb Mais le vent tourne. Challe se livre le 26, suivi par Zeller. Salan et Jouhaud continuent dans la clandestinit\u00e9, l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> r\u00e9siste encore\u00a0: combat d\u2019hommes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, d\u2019autant plus dangereux.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il faut que les objectifs \u00e0 d\u00e9terminer par le Plan [\u2026] rev\u00eatent pour tous les Fran\u00e7ais un caract\u00e8re d\u2019ardente obligation.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3002\" class=\"cit-num\">3002<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 8\u00a0mai 1961. <em>La Mystique du Plan<\/em> (1963), Philippe Bauchard<\/p><\/blockquote><p>M\u00eame en pleine guerre d\u2019Alg\u00e9rie, il faut se pr\u00e9occuper de l\u2019\u00ab\u00a0intendance\u00a0\u00bb. Le Plan, depuis seize ans, oriente l\u2019\u00e9conomie de la France. De Gaulle en parle ainsi dans ses <em>M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Il embrasse l\u2019ensemble, fixe les objectifs, \u00e9tablit une hi\u00e9rarchie des urgences et des importances, introduit parmi les responsables et m\u00eame dans l\u2019esprit public le sens de ce qui est global, ordonn\u00e9 et continu, compense l\u2019inconv\u00e9nient de la libert\u00e9 sans en perdre l\u2019avantage\u00a0\u00bb.<\/p><p>Le premier Plan de la Ve\u00a0R\u00e9publique (<span class=\"caps\">IV<\/span>e Plan depuis la Lib\u00e9ration) couvre la p\u00e9riode 1961-1964. Il est le plus concern\u00e9 par cette \u00ab\u00a0ardente obligation\u00a0\u00bb. Il y en aura dix. Le projet du num\u00e9ro <span class=\"caps\">XI<\/span> est victime de la crise de la planification fran\u00e7aise. En fait, l\u2019outil, trop rigide, n\u2019est plus adapt\u00e9 \u00e0 d\u2019autres besoins, d\u2019autres temps.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0D\u00e8s lors que l\u2019\u00c9tat et la nation ont choisi leur chemin, le devoir militaire est fix\u00e9 une fois pour toutes. Hors de ses r\u00e8gles, il ne peut y avoir, il n\u2019y a que des soldats perdus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3003\" class=\"cit-num\">3003<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours \u00e0 Strasbourg, 23\u00a0novembre 1961. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1962)<\/p><\/blockquote><p>Il s\u2019exprime en ces termes, lors d\u2019une grande manifestation militaire devant les cadres de l\u2019arm\u00e9e.<\/p><p>L\u2019automne et l\u2019hiver sont dramatiques, les passions s\u2019exasp\u00e9rant de part et d\u2019autre. L\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> multiplie les attentats, en Alg\u00e9rie comme en m\u00e9tropole\u00a0: le plastic vise de Gaulle lui-m\u00eame (9\u00a0septembre \u00e0 Pont-sur-Seine), Malraux et divers intellectuels. Les manifestations pro-<span class=\"caps\">FLN<\/span>, musulmanes, syndicales, entra\u00eenent contre-manifestations, charges de police, morts. Ils sont neuf \u00e0 la station de m\u00e9tro Charonne. 300\u00a0000 personnes suivront leur enterrement, le 13\u00a0f\u00e9vrier 1962. L\u2019opinion est mobilis\u00e9e, mais lasse aussi. Il faut en finir avec cette sale guerre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je lis<em> Paris-Turf<\/em>. J\u2019en ai rien \u00e0 faire de la politique [\u2026] Moi je suis un vieux libertaire, un vieil anar. Un anar bourgeois [\u2026] d\u2019ailleurs tous les anars sont des bourgeois. Ils veulent pas \u00eatre emmerd\u00e9s. Ils veulent la s\u00fbret\u00e9, la tranquillit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3004\" class=\"cit-num\">3004<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">GABIN<\/span> (1904-1976), <em>L\u2019Express<\/em>, 22\u00a0f\u00e9vrier 1962<\/p><\/blockquote><p>Dans cette p\u00e9riode politis\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, Gabin, l\u2019un des acteurs les plus populaires du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, exprime \u00e0 sa fa\u00e7on le ras-le-bol d\u2019un certain nombre de Fran\u00e7ais devant les \u00e9v\u00e9nements.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il va peser lourd le oui que je demande \u00e0 chacune et \u00e0 chacun de vous\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3005\" class=\"cit-num\">3005<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 26\u00a0mars 1962. <em>Les Accords d\u2019\u00c9vian, le r\u00e9f\u00e9rendum et la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne<\/em> (1962), Maurice Allais<\/p><\/blockquote><p>Le g\u00e9n\u00e9ral, comme \u00e0 son habitude dans les grands moments, en appelle \u00e0 la population. Il donne les r\u00e9sultats des n\u00e9gociations d\u2019\u00c9vian, proclame le cessez-le-feu, et annonce le prochain r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut maintenant que s\u2019expriment tr\u00e8s haut l\u2019approbation et la confiance nationale.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le 8\u00a0avril, plus de 90\u00a0% des Fran\u00e7ais approuveront les accords d\u2019\u00c9vian (sign\u00e9s le 18\u00a0mars). Le oui des Alg\u00e9riens consult\u00e9s le 2 est encore plus massif. Le 3, la France reconna\u00eet l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et Ben Bella devient pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Juridiquement, la guerre est finie.<\/p><p>La vie politique fran\u00e7aise sera marqu\u00e9e par les s\u00e9quelles de cette guerre non d\u00e9clar\u00e9e, qui a \u00e9clat\u00e9 le 1er\u00a0novembre 1954 et mobilis\u00e9 deux millions de jeunes Fran\u00e7ais du contingent.<\/p><p>Bilan\u00a0: 25\u00a0000 tu\u00e9s chez les soldats fran\u00e7ais, 2\u00a0000 morts de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, un millier de disparus et 1\u00a0300 soldats morts des suites de leurs blessures. Environ 270\u00a0000 musulmans alg\u00e9riens sont morts, sur une population de dix millions d\u2019habitants. Et deux millions de musulmans d\u00e9port\u00e9s en camps de regroupement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">La valise ou le cercueil.<span id=\"3006\" class=\"cit-num\">3006<\/span><\/p><p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">FLN<\/span>, \u00e9crit sur des petits cercueils post\u00e9s aux pieds-noirs. <em>De Gaulle ou l\u2019\u00e9ternel d\u00e9fi\u00a0: 56 t\u00e9moignages<\/em> (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib<\/p><\/blockquote><p>Au printemps 1946, le <span class=\"caps\">PPA<\/span> (Parti du peuple alg\u00e9rien luttant pour l\u2019ind\u00e9pendance) diffusait d\u00e9j\u00e0 le slogan \u00e0 Constantine, sur des tracts gliss\u00e9s dans les bo\u00eetes aux lettres.<\/p><p>Mais c\u2019est au printemps 1962, \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, que les attentats sont les plus nombreux, une charge de plastic pouvant faire plus de cent morts et bless\u00e9s\u00a0! Le <span class=\"caps\">FLN<\/span> d\u00e9clenche \u00e9galement \u00e0 la mi-avril une s\u00e9rie d\u2019enl\u00e8vements, pour lutter contre l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span> toujours active dans le maquis. Mais ses membres sont prot\u00e9g\u00e9s, en centre-ville, et les victimes sont surtout les colons isol\u00e9s dans les bleds, les harkis, les habitants des banlieues. La d\u00e9couverte de charniers augmente la peur des petits blancs. L\u2019exode s\u2019acc\u00e9l\u00e8re\u00a0: il y aura beaucoup de valises, et de cercueils aussi, \u00e0 l\u2019issue de cette guerre de huit ans.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La guerre ne s\u2019est pas termin\u00e9e dans de bonnes conditions, mais c\u2019\u00e9taient les seules conditions possibles.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3007\" class=\"cit-num\">3007<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), fin avril\u00a01962. <em>Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p><\/blockquote><p>\u00c0 l\u2019occasion du d\u00e9jeuner de la presse anglo-saxonne, dont il est l\u2019h\u00f4te d\u2019honneur. Le 8\u00a0avril, plus de 90\u00a0% des Fran\u00e7ais ont approuv\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum les accords d\u2019\u00c9vian du 18\u00a0mars. Juridiquement, la guerre est finie et le 3\u00a0juillet, la France reconna\u00eet l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Mais politiquement, bien des drames vont encore se jouer. Certains jours de printemps, \u00e0 Alger, \u00e0 Oran, les attentats font plus de cent morts.<\/p><p>L\u2019exode vers la m\u00e9tropole sera plus massif que pr\u00e9vu et dans des conditions plus p\u00e9nibles\u00a0: on attendait 350\u00a0000 rapatri\u00e9s en cinq ans, ils seront 700\u00a0000 en quatre mois.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00catre, avoir \u00e9t\u00e9 le premier collaborateur du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est un titre in\u00e9gal\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3008\" class=\"cit-num\">3008<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Michel <span class=\"caps\">DEBR\u00c9<\/span> (1912-1996), Premier ministre, fin de la lettre au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, rendue publique le 15\u00a0avril 1962. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique, sociale et diplomatique en France<\/em> (1963)<\/p><\/blockquote><p>Il faut tourner la page apr\u00e8s la conclusion du drame alg\u00e9rien\u00a0: \u00ab\u00a0Comme il \u00e9tait convenu, et cette \u00e9tape d\u00e9cisive \u00e9tant franchie, j\u2019ai l\u2019honneur, Mon G\u00e9n\u00e9ral, de vous pr\u00e9senter la d\u00e9mission du gouvernement.\u00a0\u00bb Ce \u00e0 quoi le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0En me demandant d\u2019accepter votre retrait du poste de Premier ministre et de nommer un gouvernement, vous vous conformez enti\u00e8rement et de la mani\u00e8re la plus d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ce dont nous \u00e9tions depuis longtemps convenus.\u00a0\u00bb<\/p><p>Georges Pompidou entre alors sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire\u00a0: il forme le nouveau gouvernement le 25\u00a0avril, essentiellement <span class=\"caps\">UNR<\/span> (parti gaulliste), avec quelques <span class=\"caps\">MRP<\/span> (Mouvement r\u00e9publicain populaire). Pompidou n\u2019est pas un parlementaire rompu au jeu politique, mais un \u00ab\u00a0agr\u00e9g\u00e9 sachant \u00e9crire\u00a0\u00bb, parachut\u00e9 \u00e0 33\u00a0ans dans le cabinet de Gaulle en 1944. Il restera six ans chef de gouvernement \u2013 un record, sur ce\u00a0si\u00e8cle\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il ne peut pas y avoir d\u2019autre Europe que celle des \u00c9tats.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3009\" class=\"cit-num\">3009<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 15\u00a0mai 1962. <em>Discours et messages,<\/em> volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Et pour preuve\u00a0: \u00ab\u00a0Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent \u00e0 toute l\u2019Europe dans la mesure m\u00eame o\u00f9 ils \u00e9taient respectivement et \u00e9minemment Italien, Allemand et Fran\u00e7ais. Ils n\u2019auraient pas beaucoup servi l\u2019Europe s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 des apatrides et s\u2019ils avaient pens\u00e9, \u00e9crit en quelque esperanto ou volap\u00fck int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p><p>Du coup, les membres du gouvernement appartenant au <span class=\"caps\">MRP<\/span>, parti tr\u00e8s europ\u00e9en, d\u00e9missionnent, Pierre Pflimlin en t\u00eate, Robert Buron \u00e0 sa suite. Remplac\u00e9s par des Ind\u00e9pendants.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/de_gaulle_voiture.jpg\" width=\"400\" height=\"233\"><\/p><h4>5. 22 ao\u00fbt 1962. L\u2019attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle frappe l\u2019opinion publique et justifie le tournant constitutionnel approuv\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au suffrage universel prend tout son sens.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui ou demain, envers et contre tous, le tra\u00eetre de Gaulle sera abattu comme un chien enrag\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3010\" class=\"cit-num\">3010<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Tract <span class=\"caps\">CNR<\/span> (nouveau Conseil national de la r\u00e9sistance, cr\u00e9\u00e9 par l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>) re\u00e7u par tous les d\u00e9put\u00e9s, apr\u00e8s l\u2019attentat du Petit-Clamart, ao\u00fbt\u00a01962. <em>Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est encore une retomb\u00e9e de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, aux cons\u00e9quences importantes, et surtout inattendues.<\/p><p>De Gaulle \u00e9chappe par miracle \u00e0 l\u2019attentat, le soir du 22\u00a0ao\u00fbt, au carrefour du Petit-Clamart, pr\u00e8s de l\u2019a\u00e9roport militaire de Villacoublay. Sa <span class=\"caps\">DS<\/span>\u00a019 est cribl\u00e9e de 150 balles, et seul le sang-froid du chauffeur, acc\u00e9l\u00e9rant malgr\u00e9 les pneus crev\u00e9s, a sauv\u00e9 la vie au g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 Mme\u00a0de Gaulle.<\/p><p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort par la Cour militaire de justice, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, chef du commando et partisan de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, est fusill\u00e9 le 11\u00a0mars 1963 \u2013 dernier cas en France.<\/p><p>D\u00e8s le lendemain de l\u2019attentat, de Gaulle profite de l\u2019\u00e9motion des Fran\u00e7ais pour faire passer une r\u00e9forme qui lui tient \u00e0 c\u0153ur\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel. S\u2019il devait mourir, cela donnerait plus de poids \u00e0 son successeur, et plus de l\u00e9gitimit\u00e9. Tous les partis sont contre, sauf le parti gaulliste (<span class=\"caps\">UNR<\/span>) et une minorit\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendants (Giscard d\u2019Estaing en t\u00eate). Le seul pr\u00e9c\u00e9dent historique est f\u00e2cheux\u00a0: Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, \u00e9lu du suffrage universel, transforma vite ce coup d\u2019essai en coup d\u2019\u00c9tat. De Gaulle annonce un r\u00e9f\u00e9rendum pour le 28\u00a0octobre.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour nous, R\u00e9publicains, la France est ici [dans l\u2019h\u00e9micycle] et non ailleurs. Penser autrement, ce serait douter de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3011\" class=\"cit-num\">3011<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Paul <span class=\"caps\">REYNAUD<\/span> (1878-1966), Assembl\u00e9e nationale, 4\u00a0octobre 1962. <em>Notes et \u00e9tudes documentaires<\/em>, nos\u00a04871 \u00e0\u00a04873 (1988), Documentation fran\u00e7aise<\/p><\/blockquote><p>La Ve\u00a0R\u00e9publique est un r\u00e9gime dont le caract\u00e8re pr\u00e9sidentiel va se renforcer avec l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel. Un r\u00e9f\u00e9rendum doit d\u00e9cider de cette modification constitutionnelle. Ce jour-l\u00e0, Paul Reynaud, oppos\u00e9 \u00e0 ce projet, exprime pour la derni\u00e8re fois la vision ultra-repr\u00e9sentative de la souverainet\u00e9 parlementaire, qui domina la <span class=\"caps\">III<\/span>e et la <span class=\"caps\">IV<\/span>e\u00a0R\u00e9publiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La Constitution est viol\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3012\" class=\"cit-num\">3012<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">MONNERVILLE<\/span> (1897-1991), pr\u00e9sident du S\u00e9nat, 9\u00a0octobre 1962.<em> Le Consensus \u00e0 la fran\u00e7aise<\/em> (2002), Sylvie Guillaume<\/p><\/blockquote><p>Le deuxi\u00e8me personnage de l\u2019\u00c9tat accuse le premier. Il y a un pr\u00e9texte de forme\u00a0: l\u2019utilisation de l\u2019article\u00a011 au lieu de l\u2019article\u00a089 de la Constitution pour instituer l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel. La vraie critique est de fond\u00a0: la r\u00e9forme prive les s\u00e9nateurs (joints aux d\u00e9put\u00e9s) de la pr\u00e9rogative d\u2019\u00e9lire le chef de l\u2019\u00c9tat. Monnerville, homme d\u2019ordinaire nuanc\u00e9, use de mots tr\u00e8s durs, comme au Congr\u00e8s radical de Vichy (fin septembre)\u00a0: \u00ab\u00a0Violation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, voulue, r\u00e9fl\u00e9chie, outrageante de la Constitution [\u2026] Arbitraire [\u2026] Forfaiture du Premier ministre.\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la rupture d\u00e9finitive entre le S\u00e9nat et le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si votre r\u00e9ponse est \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, comme le voudraient tous les anciens partis afin de r\u00e9tablir le r\u00e9gime de malheur, ainsi que tous les factieux pour se lancer dans la subversion, de m\u00eame si la majorit\u00e9 des \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb est faible, m\u00e9diocre et al\u00e9atoire, il est bien \u00e9vident que ma t\u00e2che sera termin\u00e9e aussit\u00f4t et sans retour.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3013\" class=\"cit-num\">3013<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours, 18\u00a0octobre 1962.<em> De Gaulle<\/em> (1964), Fran\u00e7ois Mauriac<\/p><\/blockquote><p>C\u2019en est fini du consensus existant depuis 1958. Il n\u2019y a plus de guerre d\u2019Alg\u00e9rie pour souder la majorit\u00e9 parlementaire. Le \u00ab\u00a0cartel des Non\u00a0\u00bb \u00e0 de Gaulle regroupe tous les \u00ab\u00a0vieux partis\u00a0\u00bb\u00a0et \u00e0 la fronde parlementaire s\u2019ajoute l\u2019hostilit\u00e9 ouverte des juristes. R\u00e9sultat\u00a0? Le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum pour l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel repr\u00e9sentera 62,25\u00a0% des suffrages exprim\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous avez scell\u00e9 la condamnation du r\u00e9gime d\u00e9sastreux des partis.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3014\" class=\"cit-num\">3014<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 7\u00a0novembre 1962. <em>La Vie politique sous la Ve\u00a0R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident prend acte du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb et se satisfait d\u2019un taux d\u2019approbation plut\u00f4t moyen \u00e0 son r\u00e9f\u00e9rendum. Sans faire de la politique-fiction, il serait sans doute tr\u00e8s sup\u00e9rieur aujourd\u2019hui, tant les Fran\u00e7ais se sont appropri\u00e9 cette \u00e9lection de leur pr\u00e9sident au suffrage universel.<br>\u00ab\u00a0La nation est\u00a0maintenant en plein essor, les caisses remplies, le franc plus fort qu\u2019il ne le fut jamais, la d\u00e9colonisation achev\u00e9e, le drame alg\u00e9rien termin\u00e9, l\u2019arm\u00e9e rentr\u00e9e tout enti\u00e8re dans la discipline, le prestige fran\u00e7ais replac\u00e9 au plus haut dans l\u2019univers, bref tout danger imm\u00e9diat \u00e9cart\u00e9 et la situation de la France bien \u00e9tablie au-dedans et au-dehors.\u00a0\u00bb<\/p><p>Dans l\u2019\u00e9lan, il annonce les prochaines \u00e9lections des 18 et 25\u00a0novembre. C\u2019est un triomphe\u00a0: 233 membres sur 482 si\u00e8ges \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e pour l\u2019<span class=\"caps\">UNR<\/span>. Aucun parti en France n\u2019a fait un tel score, depuis la Lib\u00e9ration. Entre les deux tours, de Gaulle dit en Conseil des ministres\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9clar\u00e9 la guerre aux partis. Je me garde bien de d\u00e9clarer la guerre aux chefs des partis. Les partis sont irr\u00e9cup\u00e9rables. Mais les chefs de partis ne demandent qu\u2019\u00e0 \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\u2026 Il leur suffit de r\u00e9cup\u00e9rer un portefeuille.\u00a0\u00bb<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/17.5.62._de_gaulle_dans_le_lot_1962_-_53fi5437.jpg\" width=\"400\" height=\"345\"><\/p><h4>6. Le pr\u00e9sident omnipr\u00e9sent affronte l\u2019opposition de tous les partis (Mitterrand en t\u00eate), l\u2019approche de la pr\u00e9sidentielle stimulant le jeu m\u00e9diatique et la combativit\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En rappelant ce que fut la personnalit\u00e9 de Ren\u00e9 Coty, comment ne pas \u00e9voquer cette pens\u00e9e de La Bruy\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0La modestie est au m\u00e9rite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau\u00a0: elles lui donnent force et relief.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2886\" class=\"cit-num\">2886<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours aux obs\u00e8ques de Ren\u00e9 Coty, 27\u00a0novembre 1962. <em>Ren\u00e9 Coty tel qu\u2019en lui-m\u00eame<\/em> (1990), Francis de Baecque<\/p><\/blockquote><p>Son successeur \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat lui rend ainsi hommage. Andr\u00e9 Siegfried, dans <em>Le Figaro<\/em> du lendemain, \u00e9crit \u00e0 son sujet\u00a0: \u00ab\u00a0Une absence totale de fanatisme, le respect de la position adverse, et tout au fond le sentiment que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est peut-\u00eatre pas tout enti\u00e8re du m\u00eame c\u00f4t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est-il donc si seul, si peu inform\u00e9, si mal conseill\u00e9\u00a0? La Moselle n\u2019est pas l\u2019Alg\u00e9rie, les mineurs ne sont pas l\u2019<span class=\"caps\">OAS<\/span>.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3015\" class=\"cit-num\">3015<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">SERVAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SCHREIBER<\/span> (1924-2006), <em>L\u2019Express<\/em>, 7\u00a0mars 1963. <em>Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p><\/blockquote><p><em>L\u2019Express<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en 1953 par \u00ab\u00a0<span class=\"caps\">JJSS<\/span>\u00a0\u00bb (29\u00a0ans) pour soutenir la candidature de Mend\u00e8s France, et tr\u00e8s politis\u00e9 durant toute la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, est encore un hebdo r\u00e9solument de gauche, partant pour toutes les croisades et fier de ses grandes signatures.<\/p><p>Dans un climat de paix sociale relative (deux fois moins de jours de gr\u00e8ve en 1958-1967 qu\u2019en 1948-1957), \u00e9clate le 1er\u00a0mars 1963 la gr\u00e8ve totale des mineurs de Lorraine et du Nord\u00a0\u2013\u00a0Pas-de-Calais. Le d\u00e9cret de r\u00e9quisition, sign\u00e9 le 2\u00a0mars \u00e0 Colombey-les-Deux-\u00c9glises, n\u2019arrange rien, au contraire. Les syndicats appellent \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un quart d\u2019heure pour protester contre l\u2019atteinte au droit de gr\u00e8ve. M\u00eame la presse de droite est critique, ainsi Jean Grandmougin dans <em>L\u2019Aurore<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0On ne s\u2019adresse pas \u00e0 des mineurs comme \u00e0 des enfants de troupe.\u00a0\u00bb<\/p><p>La cote de popularit\u00e9 du pr\u00e9sident tombe, les mineurs sont tr\u00e8s populaires en France et leur gr\u00e8ve aussi, qui ne g\u00eane personne. Ils gagneront d\u00e9but avril\u00a0: hausse de salaires, quatri\u00e8me semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s. Mais le charbon perdra bient\u00f4t la bataille de l\u2019\u00e9nergie, contre d\u2019autres sources moins co\u00fbteuses.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le <span class=\"caps\">JT<\/span> n\u2019est pas au gouvernement, mais au public.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3016\" class=\"cit-num\">3016<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alain <span class=\"caps\">PEYREFITTE<\/span> (1925-1999), ministre de l\u2019Information.<em> Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p><\/blockquote><p>Avril\u00a01963\u00a0: L\u00e9on Zitrone et Georges de Caunes pr\u00e9sentent la nouvelle formule du Journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Mais la radio-t\u00e9l\u00e9vision d\u2019\u00c9tat, c\u2019est encore la voix de la France et les Fran\u00e7ais ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s en adultes. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019est la presse \u00e9crite \u2013 une presse d\u2019opinion \u2013 qui joue, fort bien, son r\u00f4le d\u2019opposition.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 que se l\u00e8ve, immense, bien nourrie, ignorante en histoire, opulente, r\u00e9aliste, la cohorte d\u00e9politis\u00e9e et d\u00e9dramatis\u00e9e des Fran\u00e7ais de moins de vingt ans.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3017\" class=\"cit-num\">3017<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">NOURISSIER<\/span> (1927-2011), <em>Les Nouvelles Litt\u00e9raires<\/em> (juin\u00a01963). <em>La Belle Histoire des groupes de rock fran\u00e7ais des ann\u00e9es 60<\/em> (2001), Jean Chalvidant, Herv\u00e9 Mouvet<\/p><\/blockquote><p>Apr\u00e8s la nuit du 22 au 23\u00a0juin 1963, place de la Nation. 150\u00a0000 fans en d\u00e9lire ont grimp\u00e9 aux marronniers et aux r\u00e9verb\u00e8res pour acclamer leurs idoles\u00a0: Johnny, Sylvie, Richard (Anthony) et Cie. Quelle est cette jeunesse\u00a0? Le fruit du baby-boom. Des y\u00e9-y\u00e9 mieux nourris que les zazous fam\u00e9liques d\u2019apr\u00e8s-guerre. Ignorant si bien l\u2019histoire que cette m\u00eame ann\u00e9e sort le film de Bertrand Blier\u00a0: <em>Hitler, connais pas<\/em>. Ils lisent <em>Salut les copains<\/em> (<span class=\"caps\">SLC<\/span> magazine n\u00e9 en juillet\u00a01962 avec 50\u00a0000 exemplaires, atteignant le million un an apr\u00e8s), regardent <em>Le Temps des copains<\/em> (un feuilleton t\u00e9l\u00e9), imposent leur mode, leurs go\u00fbts, leur style, leurs codes \u00e0 une France en paix, prosp\u00e8re, bourgeoise.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la girouette qui tourne, c\u2019est le vent.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3018\" class=\"cit-num\">3018<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Edgar <span class=\"caps\">FAURE<\/span> (1908-1988), \u00e0 qui lui reprochait de souvent changer d\u2019avis. <em>Edgar Faure\u00a0: le virtuose de la politique<\/em> (2006), Raymond Krakovitch<\/p><\/blockquote><p>Ralli\u00e9 \u00e0 de Gaulle et trop heureux de retrouver des responsabilit\u00e9s, il est officieusement charg\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement des relations diplomatiques avec la Chine populaire en 1963 \u2013 mission r\u00e9ussie. Elles prendront effet le 27\u00a0janvier 1964. Raymond Cartier saluera l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019initiative du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle s\u2019int\u00e8gre dans un plan grandiose qu\u2019il poursuit avec son go\u00fbt du secret, son amour du risque, son sens des coups de th\u00e9\u00e2tre et sa monumentale t\u00e9nacit\u00e9. C\u2019est du r\u00e9alignement du monde qu\u2019il s\u2019agit.\u00a0\u00bb<\/p><p>Edgar Faure se retrouvera ministre de l\u2019Agriculture en 1966. \u00ab\u00a0C\u2019est un trait de mon caract\u00e8re, que le go\u00fbt des honneurs et l\u2019attachement aux titres.\u00a0\u00bb Cette passion pour le pouvoir, revendiqu\u00e9e pendant quarante ans, pousse le d\u00e9put\u00e9 \u00e0 \u00eatre plusieurs fois ministre et m\u00eame chef de gouvernement. Politiquement inclassable, sinon comme opportuniste, ses adversaires eux-m\u00eames appr\u00e9cient son humour et ses \u00e9l\u00e8ves de Sciences Po auront \u00e0 commenter un de ses aphorismes\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019immobilisme est en marche et rien ne pourra l\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb L\u2019homme ne se prend pas au s\u00e9rieux, mais jusqu\u2019\u00e0 sa mort, il prendra tr\u00e8s au s\u00e9rieux ses fonctions et ses missions.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le gaullisme depuis qu\u2019issu de l\u2019insurrection il s\u2019est empar\u00e9 de la nation\u00a0? Un coup d\u2019\u00c9tat de tous les jours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3020\" class=\"cit-num\">3020<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), <em>Le Coup d\u2019\u00c9tat permanent<\/em> (1964)<\/p><\/blockquote><p>Pamphlet sign\u00e9 d\u2019un des leaders de la gauche socialiste, ministre du gouvernement Mend\u00e8s France et fid\u00e8le opposant \u00e0 de Gaulle (ayant vot\u00e9 contre son investiture, le 1er\u00a0juin 1958). C\u2019est aussi un \u00e9crivain (plus qu\u2019un orateur)\u00a0: \u00ab\u00a0Le gaullisme vit sans loi, il avance au flair. D\u2019un coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019autre, il pr\u00e9tend construire un \u00c9tat, ignorant qu\u2019il n\u2019a r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 sacraliser l\u2019aventure.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le 24\u00a0avril 1964, dans un grand d\u00e9bat institutionnel \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, Mitterrand d\u00e9clare que la responsabilit\u00e9 du gouvernement devant le Parlement \u00e9tant vid\u00e9e de substance, le r\u00e9gime de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique est un r\u00e9gime de pouvoir personnel. Pompidou, Premier ministre, lui r\u00e9pond que l\u2019opposition, en refusant de s\u2019adapter aux institutions de la Cinqui\u00e8me, n\u2019a aucun avenir.<\/p><p>Son temps venu, en 1981, l\u2019inconditionnel adversaire du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle s\u2019accommodera fort bien de cette Constitution\u00a0: \u00ab\u00a0Les institutions n\u2019\u00e9taient pas faites \u00e0 mon intention. Mais elles sont bien faites pour moi.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La t\u00e9l\u00e9vision, c\u2019est le gouvernement dans la salle \u00e0 manger de chaque Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2955\" class=\"cit-num\">2955<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Alain <span class=\"caps\">PEYREFITTE<\/span> (1925-1999). <em>La T\u00e9l\u00e9vision et ses promesses<\/em> (1960), Andr\u00e9 Brincourt<\/p><\/blockquote><p>Parole du ministre de l\u2019Information\u00a0! Apr\u00e8s un d\u00e9bat parlementaire anim\u00e9, l\u2019<span class=\"caps\">ORTF<\/span> (Office de radiodiffusion-t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise), \u00e9tablissement public \u00e0 caract\u00e8re industriel et commercial \u00e0 vocation \u00ab\u00a0informative, culturelle et \u00e9ducative\u00a0\u00bb, est cr\u00e9\u00e9 par la loi du 27 juin 1964.<\/p><p>C\u2019est un mot qui date. On pourrait presque parler d\u2019\u00ab\u00a0Ancien r\u00e9gime\u00a0\u00bb. <em>Les mass media<\/em>, t\u00e9l\u00e9 en t\u00eate, font pour le pire et le meilleur la r\u00e9volution culturelle des temps modernes. La \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9cratie\u00a0\u00bb, fait de soci\u00e9t\u00e9 aussi indiscutable que discut\u00e9, c\u2019est d\u2019abord le <span class=\"caps\">JT<\/span> (Journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9) devenu grand-messe (bi)quotidienne. C\u2019est aussi 15\u00a0millions de spectateurs pour une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre le samedi soir, 4\u00a0milliards de spectateurs pour 475 films de cin\u00e9ma diffus\u00e9s (en 1982). Et plus de temps pass\u00e9 devant le petit \u00e9cran qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole, par les enfants des ann\u00e9es 1980. Au <span class=\"caps\">XXI<\/span>e\u00a0si\u00e8cle, la multiplication des cha\u00eenes rend l\u2019offre pl\u00e9thorique, cependant que l\u2019ordinateur et Internet changent la donne, en cr\u00e9ant une collection de micro-m\u00e9dias et de r\u00e9seaux \u00e0 la fois d\u00e9centralis\u00e9s et interconnect\u00e9s. Un autre monde na\u00eet ainsi.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne vais pas mal. Mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3021\" class=\"cit-num\">3021<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 4\u00a0f\u00e9vrier 1965.<em> De Gaulle\u00a0: le souverain, 1959-1970<\/em> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Nul ne sait encore s\u2019il sera candidat \u00e0 sa propre succession, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Cette \u00e9ch\u00e9ance pr\u00e9sidentielle ravive l\u2019int\u00e9r\u00eat du public pour la politique et l\u2019opposition s\u2019oppose, comme le veut la d\u00e9mocratie\u2026 et le jeu des partis.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le temps des croisades est termin\u00e9, celui de l\u2019intelligence arrive.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3022\" class=\"cit-num\">3022<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Jacques <span class=\"caps\">SERVAN<\/span>\u2013<span class=\"caps\">SCHREIBER<\/span> (1924-2006), patron de<em> L\u2019Express<\/em>, \u00e9t\u00e9 1964. <em>L\u2019Express<\/em> (1994)<\/p><\/blockquote><p>1965, ann\u00e9e o\u00f9 les hebdos font peau neuve. L\u2019Alg\u00e9rie avait monopolis\u00e9 les \u00e9nergies et mobilis\u00e9 les esprits, donn\u00e9 mati\u00e8re aux journaux d\u2019opinion et fait monter leurs tirages. <span class=\"caps\">JJSS<\/span>, qui a cr\u00e9\u00e9 <em>L\u2019Express<\/em> en 1953 pour soutenir Mend\u00e8s France, est le premier \u00e0 comprendre qu\u2019il faut une certaine d\u00e9politisation, un appui des annonceurs publicitaires, des photos, des infos, du beau papier, de la quadrichromie, bref, tout ce qui fait le succ\u00e8s de <em>Time<\/em>, <em>Newsweek<\/em> ou <em>Der Spiegel<\/em>. L\u2019hebdo de cet agitateur d\u2019id\u00e9es va gagner en grande diffusion, mais perdre en grandes signatures. Il se g\u00e9n\u00e9ralise de plus en plus, devenant le reflet des changements de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si grand que soit le verre que l\u2019on nous tend du dehors, nous pr\u00e9f\u00e9rons boire dans le n\u00f4tre, tout en trinquant aux alentours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3023\" class=\"cit-num\">3023<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 27\u00a0avril 1965.<em> Le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et la construction de l\u2019Europe, 1940-1966<\/em> (1967), Edmond Jouve<\/p><\/blockquote><p>Il fait le bilan de son action sur le th\u00e8me qui lui est cher, l\u2019ind\u00e9pendance nationale\u00a0: \u00ab\u00a0Le fait capital de ces sept derni\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est que nous avons r\u00e9sist\u00e9 aux sir\u00e8nes de l\u2019abandon et choisi l\u2019ind\u00e9pendance.\u00a0\u00bb En f\u00e9vrier\u00a01966, la France reste membre du Pacte atlantique, mais se retire du dispositif militaire int\u00e9gr\u00e9 (<span class=\"caps\">OTAN<\/span>).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qui a jamais cru que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, \u00e9tant appel\u00e9 \u00e0 la barre, devrait se contenter d\u2019inaugurer les chrysanth\u00e8mes\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3024\" class=\"cit-num\">3024<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 9\u00a0septembre 1965. <em>De Gaulle ou l\u2019\u00e9ternel d\u00e9fi\u00a0: 56 t\u00e9moignages<\/em> (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib<\/p><\/blockquote><p>Il r\u00e9fute l\u2019accusation de \u00ab\u00a0pouvoir personnel\u00a0\u00bb\u00a0: le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a seulement \u00ab\u00a0pris personnellement les d\u00e9cisions qu\u2019il lui incombait de prendre\u00a0\u00bb. Sera-t-il candidat\u00a0? Il n\u2019est pas encore entr\u00e9 en campagne, cependant qu\u2019un fait constitutionnel change la vie politique en France\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident aura lieu pour la premi\u00e8re fois au suffrage universel. Et l\u2019inauguration des chrysanth\u00e8mes va devenir c\u00e9l\u00e8bre.<\/p><p>Le tr\u00e8s s\u00e9rieux Institut national de l\u2019audiovisuel (<span class=\"caps\">INA<\/span>) archive les \u00ab\u00a0petites phrases\u00a0\u00bb, de Gaulle figurant en bonne place dans la rubrique, avec ses rendez-vous m\u00e9diatiques, entre improvisation et pr\u00e9paration.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La conf\u00e9rence de presse du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est une \u0153uvre d\u2019art. L\u2019orateur survole la plan\u00e8te, rappelle le pass\u00e9 et jette des rayons de lumi\u00e8re sur l\u2019avenir. Il distribue bl\u00e2mes ou \u00e9loges aux uns et aux autres, il couvre de m\u00e9pris ses adversaires et il ne dissimule pas la satisfaction que lui inspire la France qu\u2019il fa\u00e7onne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2978\" class=\"cit-num\">2978<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Raymond <span class=\"caps\">ARON<\/span> (1905-1983), <em>Le Figaro<\/em>, 25\u00a0janvier 1963. <em>La Vie politique en France depuis 1940<\/em> (1979), Jacques Chapsal, Alain Lancelot<\/p><\/blockquote><p>La conf\u00e9rence de presse, comme le bain de foule, est une institution du nouveau r\u00e9gime. Cet \u00ab\u00a0exercice de haute voltige politico-historique\u00a0\u00bb a fascin\u00e9 bien des t\u00e9moins. Dont Jean Lacouture, un de ses biographes\u00a0: \u00ab\u00a0Toujours derri\u00e8re un pupitre, sur une chaire, pour nous enseigner sa le\u00e7on unique\u00a0: que, sans la France, le monde n\u2019est pas digne de vivre. Que, sans de Gaulle, la France n\u2019est pas apte \u00e0 survivre.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Contre le r\u00e9gime du pouvoir personnel, il faut recr\u00e9er la r\u00e9publique des citoyens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3025\" class=\"cit-num\">3025<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Conf\u00e9rence de presse, 21\u00a0septembre 1965.<em> L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique et sociale en France<\/em> (1966)<\/p><\/blockquote><p>Le leader socialiste fait campagne pour l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, fix\u00e9e aux 5 et 19\u00a0d\u00e9cembre 1965. Il va \u00eatre candidat d\u2019une union de la gauche qui ne dit pas encore son nom.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Moi ou le chaos.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3026\" class=\"cit-num\">3026<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), r\u00e9sum\u00e9 lapidaire de la d\u00e9claration du 4\u00a0novembre 1965. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 1958-1974<\/em> (1999), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident annonce enfin sa candidature, disant qu\u2019en cas d\u2019\u00e9chec \u00ab\u00a0personne ne peut douter que [la r\u00e9publique nouvelle] s\u2019\u00e9croulera aussit\u00f4t et que la France devra subir, cette fois sans recours possible, une confusion de l\u2019\u00c9tat plus d\u00e9sastreuse encore que celle qu\u2019elle connut autrefois\u00a0\u00bb.<\/p><p>On reprochera au fondateur du r\u00e9gime de croire si peu \u00e0 sa construction qu\u2019elle tienne \u00e0 ce point \u00e0 un homme\u00a0! <em>L\u2019Express<\/em>, contre de Gaulle candidat, titre\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle \u00e0 vie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p><p>De Gaulle, s\u00fbr de son succ\u00e8s, ne se donne m\u00eame pas la peine de courtiser la France, d\u00e9daignant son temps de parole \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ne croyant pas les deux grands instituts de sondage (<span class=\"caps\">IFOP<\/span> et Sofres) qui assurent que rien n\u2019est gagn\u00e9 pour lui.<\/p><p>Le suspense est \u00e0 son comble \u2013 on doit \u00e0 de Gaulle ce fait constitutionnel qui a chang\u00e9 la vie politique en France\u00a0: l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le Centre existe.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3027\" class=\"cit-num\">3027<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LECANUET<\/span> (1920-1993), au premier tour des pr\u00e9sidentielles, 5\u00a0d\u00e9cembre 1965. <em>La M\u00eal\u00e9e pr\u00e9sidentielle<\/em> (2007), Michel Winock<\/p><\/blockquote><p>Divine surprise\u00a0: m\u00eame sans le populaire Antoine Pinay, le centre, avec ce nouveau leader, obtient pr\u00e8s de 16\u00a0% des voix.<\/p><p>Mitterrand qui rassemble les gauches fait 32\u00a0%. Trois autres candidats ont dispers\u00e9 les voix de droite\u00a0: Jean-Louis Tixier-Vignancour (extr\u00eame droite), Pierre Marcilhacy (centre-droit), Marcel Barbu (sans \u00e9tiquette).<\/p><p>Et le pr\u00e9sident sortant est en ballottage\u00a0: moins de 45\u00a0% des suffrages. Furieux, de Gaulle songe \u00e0 se retirer, abandonner la France et les Fran\u00e7ais. Ses ministres le supplient de continuer le combat.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le r\u00e9gime des partis, c\u2019est la pagaille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2842\" class=\"cit-num\">2842<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 15\u00a0d\u00e9cembre 1965.<em> Discours et messages\u00a0: pour l\u2019effort, ao\u00fbt\u00a01962-d\u00e9cembre\u00a01965<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Constat souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9. La Quatri\u00e8me R\u00e9publique p\u00e9chait comme la Troisi\u00e8me par ses partis\u00a0: trop puissants, ou plut\u00f4t impuissants, archa\u00efques, aboutissant \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019assembl\u00e9e tyrannique. Mais il n\u2019y a pas de d\u00e9mocratie sans pluralit\u00e9 des partis. La \u00ab\u00a0pagaille\u00a0\u00bb venait surtout du fait que le gouvernement, pi\u00e9g\u00e9 entre les oppositions gaulliste et communiste, tentait de s\u2019appuyer sur une \u00ab\u00a0troisi\u00e8me force\u00a0\u00bb centriste (<span class=\"caps\">MRP<\/span>, socialistes <span class=\"caps\">SFIO<\/span>). De Gaulle, rappel\u00e9 au pouvoir, dressera ce bilan en juin\u00a01958. \u00ab\u00a0Le r\u00e9gime des partis [\u2026] se montrait hors d\u2019\u00e9tat d\u2019assurer la conduite des affaires. Non point par incapacit\u00e9 ni par indignit\u00e9 des hommes. Ceux qui ont particip\u00e9 au pouvoir sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique \u00e9taient des gens de valeur, d\u2019honn\u00eatet\u00e9, de patriotisme.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche d\u00e9clarent que j\u2019appartiens \u00e0 l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 prouve [\u2026] que je ne suis pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9, je ne suis pas de l\u2019autre, je suis pour la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2973\" class=\"cit-num\">2973<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Interview radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 15\u00a0d\u00e9cembre 1965.<em> De Gaulle vous parle<\/em> (1967), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Incarner la France, l\u2019assumer, s\u2019identifier \u00e0 elle, c\u2019est aussi pour le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle une fa\u00e7on de s\u2019opposer aux partis qu\u2019il m\u00e9prise. Il n\u2019est pas centriste, il n\u2019est pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des partis, il est au-dessus.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de textes constitutionnels [\u2026] qui puissent faire qu\u2019en France un chef de l\u2019\u00c9tat en soit v\u00e9ritablement un s\u2019il proc\u00e8de, non point de la confiance profonde de la nation, mais d\u2019un arrangement momentan\u00e9 entre professionnels de l\u2019astuce.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3028\" class=\"cit-num\">3028<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 17\u00a0d\u00e9cembre 1965.<em> De Gaulle parle, 1962-1966<\/em> (1966), Charles de Gaulle, Andr\u00e9 Passeron<\/p><\/blockquote><p>Entre les deux tours, de Gaulle se lance\u00a0: la phrase est doublement assassine, visant \u00e0 la fois son adversaire Fran\u00e7ois Mitterrand et le r\u00e9gime des partis qu\u2019il incarne. \u00ab\u00a0O\u00f9 est le choix\u00a0? \u00c0 travers deux hommes, il est entre deux r\u00e9gimes bien connus, c\u2019est-\u00e0-dire entre deux exp\u00e9riences que la nation a faites successivement et entre deux avenirs oppos\u00e9s \u00e0 tous les \u00e9gards.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Notre pays a confirm\u00e9 en ma personne la R\u00e9publique nouvelle et approuv\u00e9 la politique qui est la mienne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3029\" class=\"cit-num\">3029<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Premi\u00e8re conf\u00e9rence de presse de son nouveau mandat, 21\u00a0f\u00e9vrier 1966. <em>Discours et messages<\/em>, volume\u00a0V (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Victoire \u00e9lectorale, mais faible, eu \u00e9gard aux pr\u00e9c\u00e9dentes consultations et au personnage\u00a0: 54,5\u00a0% des voix au second tour. Le sauveur est d\u00e9sacralis\u00e9, le mythe gaulliste n\u2019\u00e9veille plus chez les jeunes l\u2019enthousiasme de leurs a\u00een\u00e9s, l\u2019\u00c9tat semble stagnant et vieillot. Pourtant, Pompidou reste Premier ministre. Quelques \u00ab\u00a0nouveaux anciens\u00a0\u00bb apparaissent dans son troisi\u00e8me gouvernement\u00a0: Edgar Faure (Agriculture), Michel Debr\u00e9 (\u00c9conomie et Finances), Jean-Marcel Jeanneney (Affaires sociales). \u00c0 signaler le d\u00e9part de Giscard d\u2019Estaing\u00a0: \u00e9cart\u00e9 des Finances, il a refus\u00e9 l\u2019\u00c9quipement.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il n\u2019est plus ministre, il n\u2019est plus d\u00e9put\u00e9 et c\u2019est le moment o\u00f9, en quarante-cinq minutes de t\u00e9l\u00e9vision, M.\u00a0Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing a pris soudain la physionomie d\u2019un homme politique [\u2026] Nous avons assist\u00e9 mardi soir \u00e0 la naissance d\u2019un dauphin.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3030\" class=\"cit-num\">3030<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7oise <span class=\"caps\">GIROUD<\/span> (1916-2003), \u00ab\u00a0Naissance d\u2019un dauphin\u00a0\u00bb,<em> L\u2019Express<\/em>, 21\u00a0f\u00e9vrier 1966<\/p><\/blockquote><p>S\u00e9duite, \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00ab\u00a0Face \u00e0 face\u00a0\u00bb entre Giscard d\u2019Estaing et quatre journalistes, la journaliste en tire une conclusion proph\u00e9tique. Ces ann\u00e9es de Gaulle sont aussi les \u00ab\u00a0ann\u00e9es m\u00e9dias\u00a0\u00bb\u00a0: la t\u00e9l\u00e9 fait et d\u00e9fait les destins politiques.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Autant qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole, les masses ont droit au th\u00e9\u00e2tre, au mus\u00e9e. Il faut faire pour la culture ce que Jules Ferry faisait pour l\u2019instruction.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3031\" class=\"cit-num\">3031<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), Discours \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0octobre 1966. Andr\u00e9 Malraux, <em>une vie dans le si\u00e8cle<\/em> (1973), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>De Gaulle a cr\u00e9\u00e9 le minist\u00e8re de la Culture pour Malraux. Leur dialogue au sommet, que seule la mort interrompra, est l\u2019une des rencontres du si\u00e8cle, salu\u00e9e par Fran\u00e7ois Mauriac\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019ils ont en commun, c\u2019est ce qu\u2019il faut de folie \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019un grand destin, et ce qu\u2019il y faut en m\u00eame temps de soumission au r\u00e9el.\u00a0\u00bb<\/p><p>Ministre des Affaires culturelles de 1958 \u00e0 1968, chaque automne, lors de la discussion du budget, Malraux enchante d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs par des interventions commun\u00e9ment qualifi\u00e9es d\u2019\u00e9blouissantes sur les cr\u00e9dits de son d\u00e9partement \u2013 en fait notoirement insuffisants au regard des ambitions proclam\u00e9es. Il faudra l\u2019arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir (1981) pour que ce minist\u00e8re fr\u00f4le le 1\u00a0% du budget de l\u2019\u00c9tat.<\/p><p>Malraux d\u00e9finit ici la mission des maisons de la Culture implant\u00e9es dans les villes moyennes, lieux de rencontre, de cr\u00e9ation, de vie, charg\u00e9es de donner \u00e0 chacun les \u00ab\u00a0cl\u00e9s du tr\u00e9sor\u00a0\u00bb. Ce r\u00eave de d\u00e9mocratie culturelle est toujours actuel, \u00e0 la fois vital et irr\u00e9alisable.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les peuples sont en train de demander la culture, alors qu\u2019ils ne savent pas ce que c\u2019est.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2959\" class=\"cit-num\">2959<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">MALRAUX<\/span> (1901-1976), ministre de la Culture, Assembl\u00e9e nationale, 27\u00a0octobre 1966. <em>La Culture et le rossignol<\/em> (1970), Marie-Claire Gousseau<\/p><\/blockquote><p>Pr\u00e9sentant son budget, il note ce \u00ab\u00a0fait extr\u00eamement myst\u00e9rieux [qui] se produit aujourd\u2019hui dans le monde entier\u00a0\u00bb. Mais les cr\u00e9dits restent d\u00e9risoires face aux ambitions d\u2019une culture de masse digne de ce nom. Comme le dira Jacques Duhamel passant du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture \u00e0 celui de la Culture\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sont les m\u00eames chiffres, mais les uns sont libell\u00e9s en nouveaux francs, alors que les autres le sont en anciens francs\u00a0\u00bb \u2013 autrement dit, cent fois inf\u00e9rieurs.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La politique de la France ne se fait pas \u00e0 la corbeille.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3032\" class=\"cit-num\">3032<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 28\u00a0octobre 1966. <em>Histoire de la France au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: 1958-1974<\/em> (1999), Serge Berstein, Pierre Milza<\/p><\/blockquote><p>R\u00e9ponse un peu courte \u00e0 la question\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur\u00a0le pr\u00e9sident, \u00e0 quoi attribuez-vous la baisse de la Bourse, alors qu\u2019on dit que l\u2019\u00e9conomie va bien\u00a0? \u2014 Je dirai un mot de la Bourse, puisque vous m\u2019en parlez. En 1962, elle \u00e9tait exag\u00e9r\u00e9ment bonne, en 1966, elle est exag\u00e9r\u00e9ment mauvaise. Monsieur, vous savez, la politique de la France ne se fait pas \u00e0 la corbeille.\u00a0\u00bb<\/p><p>La France, reconstruite apr\u00e8s la guerre et devenue soci\u00e9t\u00e9 de consommation, vit en effet et sans complexe le miracle \u00e9conomique des Vingt Glorieuses (expression plus juste que les Trente Glorieuses). Ce qu\u2019on appellera aussi la plus grande \u00e9pop\u00e9e pacifique de la France\u00a0: de 1954 \u00e0 1974, tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment entre la fin de la reconstruction et le d\u00e9but de la crise p\u00e9troli\u00e8re, le pouvoir d\u2019achat des Fran\u00e7ais est multipli\u00e9 par 2, la richesse nationale (<span class=\"caps\">PIB<\/span>, produit int\u00e9rieur brut) par 3.<\/p><p>Dans le m\u00eame esprit, mais en d\u2019autres circonstances et sur un autre ton, \u00c9dith Cresson, premi\u00e8re femme Premier ministre (de Mitterrand) dira en 1991\u00a0: \u00ab\u00a0La Bourse, j\u2019en ai rien \u00e0 cirer.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019intendance suivra.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2942\" class=\"cit-num\">2942<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Attribu\u00e9 \u00e0 Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), qui niera l\u2019avoir dit<\/p><\/blockquote><p>M\u00eame apocryphe (et non \u00ab\u00a0sourc\u00e9e\u00a0\u00bb), cette expression militaire souligne que la politique int\u00e9rieure devait \u00eatre, dans la vision du g\u00e9n\u00e9ral, au service de la politique ext\u00e9rieure. Malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00ab\u00a0intendance\u00a0\u00bb (l\u2019\u00e9conomique) est une condition de la grandeur fran\u00e7aise. Il lui arrivera d\u2019ailleurs de le reconna\u00eetre\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019\u00e9conomie qui me para\u00eet l\u2019emporter sur tout le reste, parce qu\u2019elle est la condition de tout et en particulier la condition du progr\u00e8s social\u00a0\u00bb (13\u00a0d\u00e9cembre 1965).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u201cOui\u201d \u00e0 la majorit\u00e9, \u201cmais\u201d avec la ferme volont\u00e9 de peser sur ses orientations.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3033\" class=\"cit-num\">3033<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Val\u00e9ry <span class=\"caps\">GISCARD<\/span> D\u2019<span class=\"caps\">ESTAING<\/span> (1926-2020), conf\u00e9rence de presse, 10\u00a0janvier 1967.<em> Chronique des ann\u00e9es soixante<\/em> (1990), Michel Winock<\/p><\/blockquote><p>Le fameux \u00ab\u00a0Oui, mais\u2026\u00a0\u00bb pr\u00e9cise le r\u00f4le des r\u00e9publicains ind\u00e9pendants (35 d\u00e9put\u00e9s) au sein de la majorit\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections l\u00e9gislatives de mars\u00a01967. \u00ab\u00a0Notre mais n\u2019est pas une contradiction, mais une addition [\u2026] dans trois directions\u00a0: celle d\u2019un fonctionnement plus lib\u00e9ral des institutions, celle de la mise en \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable politique \u00e9conomique et sociale moderne, celle de la construction de l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0On ne gouverne pas avec des \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3034\" class=\"cit-num\">3034<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Riposte \u00e0 Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing, Conseil des ministres, 11\u00a0janvier 1967.<em> Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques<\/em>, n\u00b0\u00a0170 (1971)<\/p><\/blockquote><p>La majorit\u00e9 sortante sera reconduite \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, mais d\u2019extr\u00eame justesse, gr\u00e2ce aux voix d\u2019outre-mer. Pompidou reste Premier ministre. Et le gouvernement va gouverner sans \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb, sans d\u00e9bats parlementaires, par ordonnances en mati\u00e8re \u00e9conomique et sociale (cr\u00e9ation de l\u2019<span class=\"caps\">ANPE<\/span>, int\u00e9ressement des travailleurs, r\u00e9forme de la S\u00e9curit\u00e9 sociale). Les motions de censure d\u00e9pos\u00e9es n\u2019y peuvent rien, la majorit\u00e9 est soud\u00e9e, m\u00eame si Giscard d\u2019Estaing d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l\u2019exercice solitaire du pouvoir\u00a0\u00bb et critique son successeur aux Finances, Michel Debr\u00e9.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est atteint d\u2019une hypertrophie maladive du moi\u00a0; ses intuitions politiques, souvent justes \u00e0 l\u2019origine, apparaissent vite d\u00e9natur\u00e9es par une large surestimation du r\u00f4le et des possibilit\u00e9s de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2975\" class=\"cit-num\">2975<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Hubert <span class=\"caps\">BEUVE<\/span>\u2013<span class=\"caps\">M\u00c9RY<\/span> (alias <span class=\"caps\">SIRIUS<\/span>) (1902-1989),<em> Le\u00a0Monde<\/em>, 1er\u00a0ao\u00fbt 1967. <em>Onze ans de r\u00e8gne\u00a0: 1958-1969<\/em> (1974), Hubert Beuve-M\u00e9ry<\/p><\/blockquote><p>Critique habituelle chez les adversaires de De Gaulle, y compris \u00e0 l\u2019\u00e9tranger o\u00f9 sa forte personnalit\u00e9 servait dans le m\u00eame temps le prestige de la France. Le 10\u00a0ao\u00fbt 1967, il semble r\u00e9pondre au fondateur du <em>Monde<\/em> dans une allocution t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Il va de soi que notre action d\u2019ensemble est r\u00e9prouv\u00e9e par ce qu\u2019il faut bien appeler l\u2019\u00e9cole du renoncement national. \u00c9trange passion de l\u2019abaissement\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tant qu\u2019il y aura des dictatures, je n\u2019aurai pas le c\u0153ur \u00e0 critiquer une d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3035\" class=\"cit-num\">3035<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">ROSTAND<\/span> (1894-1977), <em>Inqui\u00e9tudes d\u2019un biologiste<\/em> (1967)<\/p><\/blockquote><p>Au-del\u00e0 de d\u00e9bats politiques et constitutionnels plus ou moins partisans, un grand savant sait replacer nos querelles franco-fran\u00e7aises \u00e0 leur niveau.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive Montr\u00e9al\u00a0! Vive le Qu\u00e9bec\u00a0! Vive le Qu\u00e9bec libre\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3036\" class=\"cit-num\">3036<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours de Montr\u00e9al, 25\u00a0juillet 1967.<em> De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>L\u2019orateur encha\u00eene et termine par\u00a0: \u00ab\u00a0Vive le Canada fran\u00e7ais et vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb Le monde entier est \u00e9bahi. Et Pompidou, Premier ministre, dira du discours\u00a0: \u00ab\u00a0Celui-l\u00e0, il ne me l\u2019avait pas montr\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p><p>De Gaulle r\u00e9pondra, pour se justifier\u00a0: \u00ab\u00a0Il fallait bien que je parle aux Fran\u00e7ais du Canada. Nos rois les avaient abandonn\u00e9s\u00a0\u00bb \u2013 allusion \u00e0 cette Nouvelle-France d\u00e9couverte sous Fran\u00e7ois\u00a0Ier, colonis\u00e9e depuis Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, avant que Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> ne c\u00e8de les \u00ab\u00a0quelques arpents de neige\u00a0\u00bb du Canada \u00e0 l\u2019Angleterre (en 1763).<\/p><p>Hasard\u00a0? Jacques Cartier prend possession du Canada, au nom du roi de France, un 24 juillet (1534).<\/p><p>Il n\u2019emp\u00eache, cette harangue d\u00e9clenche une crise entre le Canada et la France, qui semble soutenir les ind\u00e9pendantistes qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les Juifs [\u2026] \u00e9taient rest\u00e9s ce qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 de tout temps, c\u2019est-\u00e0-dire un peuple d\u2019\u00e9lite, s\u00fbr de lui-m\u00eame et dominateur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3037\" class=\"cit-num\">3037<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), conf\u00e9rence de presse, 27\u00a0novembre 1967. <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>La guerre des Six Jours a commenc\u00e9 le 5\u00a0juin 1967\u00a0: attaque des Isra\u00e9liens, fulgurante\u00a0; d\u00e9faite des Arabes, humiliante.<\/p><p>L\u2019opinion publique est divis\u00e9e en France, au-del\u00e0 des traditionnels clivages gauche-droite. La majorit\u00e9 gaulliste ren\u00e2cle. Tandis que les intellectuels de gauche sont crucifi\u00e9s\u00a0: militants de la cause arabe et de l\u2019anticolonialisme, ils ne peuvent trahir la solidarit\u00e9 sacr\u00e9e avec le peuple juif victime du g\u00e9nocide et avec le petit \u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl.<\/p><p>En pr\u00e9face au num\u00e9ro sp\u00e9cial des<em> Temps modernes<\/em> pr\u00e9par\u00e9 sur le conflit isra\u00e9lo-arabe depuis plus d\u2019un an et qui sort en juillet\u00a01967, Jean-Paul Sartre, qui est encore le ma\u00eetre \u00e0 penser d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration et prend position tranch\u00e9e sur presque tout, avoue\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9chir\u00e9s, nous n\u2019osons rien faire et rien dire.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019ann\u00e9e 1968, je la salue avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3038\" class=\"cit-num\">3038<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 31\u00a0d\u00e9cembre 1967. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1968)<\/p><\/blockquote><p>Les v\u0153ux de l\u2019\u00c9lys\u00e9e sont de tradition, en fin d\u2019ann\u00e9e. Mais l\u2019ann\u00e9e 1968 va v\u00e9ritablement \u00e9branler le r\u00e9gime gaulliste, et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1968.jpg\" width=\"400\" height=\"234\"><\/p><h4>7. Mai 68, dernier combat du g\u00e9n\u00e9ral vieillissant contre la jeunesse r\u00e9volt\u00e9e, men\u00e9 avec l\u2019aide du Premier ministre Pompidou et finalement gagn\u00e9 aux \u00e9lections de juin.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9cr\u00e9ation est finie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3056\" class=\"cit-num\">3056<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Orly, samedi 18\u00a0mai 1968.<em> Mai\u00a068 et la question de la r\u00e9volution<\/em> (1988), Pierre Hempel<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9barquant d\u2019avion, de retour de Roumanie avec 12 heures d\u2019avance.<\/p><p>\u00c9videmment au courant des \u00e9v\u00e9nements, mais n\u2019ayant pas jug\u00e9 bon de changer ses d\u00e9placements diplomatiques, le pr\u00e9sident ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ces jeunes gens sont pleins de vitalit\u00e9. Envoyez-les donc construire des routes.\u00a0\u00bb<\/p><p>L\u2019humour passera ou pas, mais jamais de langue de bois chez de Gaulle\u00a0!<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La r\u00e9forme, oui, la chienlit, non.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3057\" class=\"cit-num\">3057<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Bureau de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, dimanche matin, 19\u00a0mai 1968. <em>Le Printemps des enrag\u00e9s<\/em> (1968), Christian Charri\u00e8re<\/p><\/blockquote><p>Formule rapport\u00e9e par Georges Gorse, ministre de l\u2019Information, et confirm\u00e9e par Georges Pompidou, Premier ministre.<\/p><p>Le pr\u00e9sident r\u00e9unit les responsables de l\u2019ordre qui n\u2019existe plus, demande le nettoyage imm\u00e9diat de la Sorbonne et de l\u2019Od\u00e9on occup\u00e9s par les r\u00e9volutionnaires de Mai. Cela risque de d\u00e9clencher un engrenage de violences et ses interlocuteurs obtiennent un sursis d\u2019ex\u00e9cution. Il faut \u00e9viter l\u2019irr\u00e9parable.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">La chienlit, c\u2019est lui.<span id=\"3058\" class=\"cit-num\">3058<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Slogan sous une marionnette en habit de g\u00e9n\u00e9ral aux Beaux-Arts, 20\u00a0mai 1968<\/p><\/blockquote><p>Le mot a fuit\u00e9, aussit\u00f4t repris, affiche \u00e0 l\u2019appui avec un de Gaulle facile \u00e0 caricaturer par les \u00e9tudiants des Beaux-Arts.<\/p><p>Mais la chienlit, ce sont surtout les 6 \u00e0 10\u00a0millions de gr\u00e9vistes\u00a0!<\/p><p>Et tout ce qui s\u2019ensuit, depuis trois semaines\u00a0: usines occup\u00e9es, essence rationn\u00e9e, centres postaux bloqu\u00e9s, banques ferm\u00e9es. Les m\u00e9nag\u00e8res stockent. Les caf\u00e9s sont pleins. La parole se d\u00e9cha\u00eene jusque dans les \u00e9glises. La moindre petite ville a son mini-Od\u00e9on et sa micro-Sorbonne. Sans parler des combats de rue et des barricades \u00e0 Paris.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce qui me semble le plus important, c\u2019est qu\u2019actuellement les fils de la bourgeoisie s\u2019unissent aux ouvriers dans un esprit r\u00e9volutionnaire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3059\" class=\"cit-num\">3059<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean-Paul <span class=\"caps\">SARTRE<\/span> (1905-1980), Sorbonne, 20\u00a0mai 1968. <em>Le Pi\u00e9ton de mai<\/em> (1968), Jean Claude Kerbourc\u2019h<\/p><\/blockquote><p>Prestigieux invit\u00e9s \u00e0 l\u2019affiche de ce jour\u00a0: Pierre Bourdieu (sociologue), Marguerite Duras (romanci\u00e8re), Max-Pol Fouchet (auteur tout terrain, surtout connu comme homme de radio et de t\u00e9l\u00e9vision). Sartre la vedette bouscule et charme son public, tellement \u00e0 l\u2019aise dans ce grand spectacle populaire.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">Ce n\u2019est pas une r\u00e9volution, sire, c\u2019est une mutation.<span id=\"3060\" class=\"cit-num\">3060<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Slogan sur les murs de Nanterre, mai\u00a01968<\/p><\/blockquote><p>Cohn-Bendit, Dany le Rouge, l\u2019\u00ab\u00a0anarchiste allemand\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0enrag\u00e9 de Nanterre\u00a0\u00bb o\u00f9 tout a commenc\u00e9 avec le Mouvement du 22\u00a0mars, sait \u00eatre \u00e9tonnamment lucide et raisonnable \u00e0 23\u00a0ans, quand il affirme le 20\u00a0mai\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne crois pas que la r\u00e9volution soit possible du jour au lendemain. Je crois que nous allons plut\u00f4t vers un changement perp\u00e9tuel de la soci\u00e9t\u00e9, provoqu\u00e9 \u00e0 chaque \u00e9tape par des actions r\u00e9volutionnaires [\u2026] Au mieux, on peut esp\u00e9rer faire tomber le gouvernement. Mais il ne faut pas songer \u00e0 faire \u00e9clater la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise.\u00a0\u00bb La suite de l\u2019histoire montre \u00e0 quel point le personnage est n\u00e9 pour la politique.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements que nous venons de vivre, nous sommes entr\u00e9s dans la p\u00e9riode du post-gaullisme et ce, dans de mauvaises conditions.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3061\" class=\"cit-num\">3061<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Gaston <span class=\"caps\">DEFFERRE<\/span> (1910-1986), Assembl\u00e9e nationale, 22\u00a0mai 1968. <em>Mai\u00a068 et ses suites l\u00e9gislatives imm\u00e9diates<\/em> [en ligne], Assembl\u00e9e nationale<\/p><\/blockquote><p>D\u00e9put\u00e9-maire de Marseille, grand r\u00e9sistant, mais opposant socialiste \u00e0 de Gaulle, il s\u2019adresse \u00e0 Pompidou, Premier ministre\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle que soit l\u2019issue du scrutin et m\u00eame si la censure n\u2019est pas vot\u00e9e, vous sortirez diminu\u00e9 de cette \u00e9preuve.\u00a0\u00bb Motion de censure d\u00e9pos\u00e9e par l\u2019opposition, rejet\u00e9e. Quant \u00e0 la pr\u00e9diction, elle est \u00e0 la fois fausse et vraie.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">La Ve\u00a0au clou, la Ve c\u2019est nous\u00a0!<br>Ouvriers, paysans, \u00e9tudiants, tous unis.<span id=\"3065\" class=\"cit-num\">3065<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Slogans lors de la manifestation du 24\u00a0mai 1968<\/p><\/blockquote><p>Le 24\u00a0mai, la manifestation pr\u00e9vue prend un tour impr\u00e9vu. Malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 de la <span class=\"caps\">CGT<\/span>, des ouvriers se sont joints aux \u00e9tudiants et scandent en ch\u0153ur\u00a0: trahison \u2013 ni Mitterrand, ni de Gaulle \u2013 les usines aux travailleurs. Et en faveur de Cohn-Bendit\u00a0: Les fronti\u00e8res, on s\u2019en fout, r\u00e9p\u00e9tant le slogan\u00a0: Nous sommes tous des juifs allemands.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019entreprendrai [\u2026] de faire changer, partout o\u00f9 il le faut, des structures \u00e9troites et p\u00e9rim\u00e9es, et ouvrir plus largement la route au sang nouveau de la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3066\" class=\"cit-num\">3066<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, vendredi 24\u00a0mai 1968. <em>Discours et messages\u00a0: vers le terme, janvier\u00a01966-avril\u00a01969<\/em> (1970), Charles de Gaulle<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident annonce un r\u00e9f\u00e9rendum sur la participation. Ce jour-l\u00e0, le message ne passe pas\u00a0: affirmer des principes vagues pour demander, au bout de dix ans, qu\u2019on continue \u00e0 lui faire confiance, c\u2019\u00e9tait selon ses propres termes plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0mettre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p><p>Mend\u00e8s France r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Un pl\u00e9biscite, cela ne se discute pas, cela se combat.\u00a0\u00bb La violence va se d\u00e9cha\u00eener le soir m\u00eame.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je demande \u00e0 Paris de vomir cette p\u00e8gre qui la d\u00e9shonore [\u2026] p\u00e8gre qui sort des bas-fonds de Paris et qui est v\u00e9ritablement enrag\u00e9e, dissimul\u00e9e derri\u00e8re les \u00e9tudiants.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3067\" class=\"cit-num\">3067<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Christian <span class=\"caps\">FOUCHET<\/span> (1911-1974), ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, D\u00e9claration aux journalistes, \u00e0 l\u2019aube du 25\u00a0mai 1968. <em>Le Printemps des enrag\u00e9s<\/em> (1968), Christian Charri\u00e8re<\/p><\/blockquote><p>Paris vit une nouvelle nuit d\u2019\u00e9meutes\u00a0: des mouvements extr\u00e9mistes et anarchistes sont rejoints par les bandes de \u00ab\u00a0loubards\u00a0\u00bb de la banlieue. Chaque groupe, lanc\u00e9 \u00e0 travers la capitale, improvise sa manif et se demande quel symbole de la soci\u00e9t\u00e9 il faut d\u2019abord d\u00e9truire. La Bourse br\u00fble. La police est tenue en \u00e9chec au Quartier latin jusqu\u2019\u00e0 5\u00a0heures. Dans la matin\u00e9e du 25\u00a0mai, le Premier ministre Pompidou \u00e9voque \u00ab\u00a0une tentative \u00e9vidente de d\u00e9clencher la guerre civile.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0L\u2019opinion avait cess\u00e9 de rire, d\u2019applaudir le d\u00e9sordre\u00a0; elle commen\u00e7ait \u00e0 avoir peur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3068\" class=\"cit-num\">3068<\/span><\/p><p class=\"auteur\">\u00c9douard\u00a0<span class=\"caps\">BALLADUR<\/span> (n\u00e9 en 1929), <em>L\u2019Arbre de mai<\/em> (1979)<\/p><\/blockquote><p>On peut dater cette peur du 25\u00a0mai. Apr\u00e8s la nuit d\u2019\u00e9meute en divers quartiers de Paris, le pr\u00e9fet de police Grimaud fait cette analyse (dans son livre t\u00e9moignage, <em>En mai, fais ce qu\u2019il te pla\u00eet<\/em>)\u00a0: \u00ab\u00a0Du c\u00f4t\u00e9 des manifestants, ce ne sont plus les \u00e9tudiants exalt\u00e9s du 10\u00a0mai qui voulaient \u00ab\u00a0mourir sur les barricades\u00a0\u00bb et lib\u00e9rer la Sorbonne de l\u2019occupation polici\u00e8re, mais de petites troupes de gu\u00e9rilleros, tr\u00e8s mobiles, tr\u00e8s d\u00e9cid\u00e9es, rompues au harc\u00e8lement des forces de l\u2019ordre, \u00e0 l\u2019\u00e9dification rapide d\u2019obstacles, de barricades [\u2026] On a l\u2019impression que tout est en place pour des \u00e9meutes insurrectionnelles, si seulement l\u2019occasion surgit qui permette d\u2019entra\u00eener la masse \u00e9tudiante et, on l\u2019esp\u00e8re toujours, les ouvriers. Ce style nouveau est le fait des mouvements extr\u00e9mistes et anarchistes et, depuis quelques jours, s\u2019y sont jointes les bandes de \u00ab\u00a0loubards\u00a0\u00bb de la banlieue.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La situation o\u00f9 nous sommes est r\u00e9volutionnaire, tout est possible.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3070\" class=\"cit-num\">3070<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">BARJONET<\/span> (1921-2005), Stade Charl\u00e9ty, 27\u00a0mai 1968. <em>Mai\u00a068\u00a0: histoire des \u00e9v\u00e9nements<\/em> (1998), Laurent Joffrin<\/p><\/blockquote><p>La crise, d\u2019abord universitaire, puis sociale, devient politique. Le matin, ce syndicaliste communiste a solennellement quitt\u00e9 d\u2019importantes fonctions \u00e0 la <span class=\"caps\">CGT<\/span> et adh\u00e9r\u00e9 au <span class=\"caps\">PSU<\/span>. La base a refus\u00e9 les accords de Grenelle entre gouvernement, patronat et <span class=\"caps\">CGT<\/span>. Des syndicalistes scandent contre le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la <span class=\"caps\">CGT<\/span>\u00a0: \u00ab\u00a0S\u00e9guy, d\u00e9mission\u00a0!\u00a0\u00bb 300\u00a0000 manifestants manifestent, un seul est silencieux\u00a0: Mend\u00e8s France qui a refus\u00e9 la tribune offerte.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En France, depuis le 3\u00a0mai 1968, il n\u2019y a plus d\u2019\u00c9tat et ce qui en tient lieu ne dispose m\u00eame pas des apparences du pouvoir [\u2026] Il convient d\u00e8s maintenant de constater la vacance du pouvoir et d\u2019organiser la succession.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3071\" class=\"cit-num\">3071<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996), Conf\u00e9rence de presse, mardi 28\u00a0mai 1968.<em> Vie politique sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique<\/em> (1981), Jacques Chapsal<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est l\u2019\u00e9v\u00e9nement du jour. Le leader de la gauche qui n\u2019est ni gauchiste ni communiste a pris rendez-vous avec 500 journalistes \u00e0 11\u00a0heures, au salon de l\u2019h\u00f4tel Intercontinental. Il envisage un \u00ab\u00a0gouvernement provisoire de gestion, une \u00e9lection en juillet du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, un renouvellement de l\u2019Assembl\u00e9e nationale en octobre.\u00a0\u00bb Bref, un pouvoir de rechange.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Depuis quelque chose comme trente ans que j\u2019ai affaire \u00e0 l\u2019histoire, il m\u2019est arriv\u00e9 quelquefois de me demander si je ne devais pas la quitter.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3072\" class=\"cit-num\">3072<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970).<em> De Gaulle, 1958-1969<\/em> (1972), Andr\u00e9 Passeron<\/p><\/blockquote><p>Folle journ\u00e9e du 29\u00a0mai 1968\u00a0: le g\u00e9n\u00e9ral a disparu\u00a0! Conseil des ministres de 10\u00a0heures d\u00e9command\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re minute. Pompidou n\u2019est au courant de rien. De Gaulle a quitt\u00e9 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, mais il n\u2019est pas \u00e0 Colombey\u00a0: \u00ab\u00a0Oui\u00a0! le 29\u00a0mai, j\u2019ai eu la tentation de me retirer. Et puis, en m\u00eame temps, j\u2019ai pens\u00e9 que, si je partais, la subversion mena\u00e7ante allait d\u00e9ferler et emporter la R\u00e9publique. Alors, une fois de plus, je me suis r\u00e9solu\u00a0\u00bb (Entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 7\u00a0juin).<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Une \u00ab\u00a0d\u00e9pression\u00a0\u00bb\u00a0? une \u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb \u00e0 Baden\u00a0? une \u00ab\u00a0man\u0153uvre\u00a0\u00bb difficile \u00e0 comprendre\u00a0? un \u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre tactique\u00a0\u00bb\u00a0? Qui, t\u00e9moin, chroniqueur, analyste, partisan ou adversaire, peut dire le dernier mot sur cet \u00e9trange d\u00e9tour vers la For\u00eat-Noire\u00a0?\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3073\" class=\"cit-num\">3073<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LACOUTURE<\/span> (n\u00e9 en 1921), <em>De Gaulle<\/em>, volume <span class=\"caps\">III<\/span>.<em> Le souverain<\/em> (1986)<\/p><\/blockquote><p>On l\u2019a su plus tard, le pr\u00e9sident est all\u00e9 voir le g\u00e9n\u00e9ral Massu en Allemagne. Oui, mais pourquoi\u00a0? Dans sa biographie sur de Gaulle, Jean Lacouture confronte les interpr\u00e9tations qui opposent deux \u00e9coles\u00a0: celle du d\u00e9sarroi et celle de la tactique, pour conclure que le myst\u00e8re demeure.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne me retirerai pas [\u2026] Je ne changerai pas le Premier ministre, dont la valeur, la solidit\u00e9, la capacit\u00e9 m\u00e9ritent l\u2019hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui para\u00eetront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd\u2019hui l\u2019Assembl\u00e9e nationale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3074\" class=\"cit-num\">3074<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Discours radiodiffus\u00e9, jeudi 30\u00a0mai 1968, 16\u00a0h\u00a030.<em> Ann\u00e9e politique<\/em> (1969)<\/p><\/blockquote><p>Le transistor est toujours le \u00ab\u00a0cordon ombilical qui relie la France \u00e0 sa r\u00e9volution\u00a0\u00bb (Danielle Heymann). De Gaulle ajoute que \u00ab\u00a0partout et tout de suite, il faut que s\u2019organise l\u2019action civique\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mitterrand, c\u2019est rat\u00e9\u00a0! Les cocos, chez Mao\u00a0! Le Rouquin, \u00e0 P\u00e9kin\u00a0! Giscard, avec nous\u00a0! De Gaulle n\u2019est pas seul\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3075\" class=\"cit-num\">3075<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Cris scand\u00e9s par la foule sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, 30\u00a0mai 1968.<em> L\u2019Express<\/em>, \u00ab\u00a0Mai\u00a068, les archives secr\u00e8tes de la police\u00a0\u00bb, 19\u00a0mars 1998<\/p><\/blockquote><p>Ils sont donc 300\u00a0000\u00a0ou 400\u00a0000 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du g\u00e9n\u00e9ral, dans une solidarit\u00e9 populaire presque spontan\u00e9e.<\/p><p>En fait, la manifestation \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e, mais le succ\u00e8s est inesp\u00e9r\u00e9\u00a0: ce ne sont pas seulement les anciens combattants et les bourgeois du <span class=\"caps\">XVI<\/span>e qui d\u00e9filent, on voit beaucoup de jeunes et des gens modestes. En t\u00eate du cort\u00e8ge, Malraux, Mauriac, diverses personnalit\u00e9s, et Debr\u00e9 le gaulliste de la premi\u00e8re heure peut clamer\u00a0: \u00ab\u00a0De Gaulle n\u2019est pas seul.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le 30\u00a0mai, en l\u2019espace de cinq minutes que dura l\u2019allocution du g\u00e9n\u00e9ral, la France changea de ma\u00eetre, de r\u00e9gime et de\u00a0si\u00e8cle. Avant 16\u00a0h\u00a030, on \u00e9tait \u00e0 Cuba. Apr\u00e8s 16\u00a0h\u00a035, c\u2019\u00e9tait presque la Restauration.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3076\" class=\"cit-num\">3076<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Jean <span class=\"caps\">LACOUTURE<\/span> (n\u00e9 en 1921), <em>De Gaulle<\/em>, volume <span class=\"caps\">III<\/span>. <em>Le souverain<\/em> (1986)<\/p><\/blockquote><p>Le biographe exprime le ressaisissement du pouvoir, le revirement de l\u2019opinion, l\u2019incroyable rapidit\u00e9 du retour \u00e0 l\u2019ordre des choses. Jusqu\u2019\u00e0 la fin, Mai\u00a068 sera le plus surprenant des happenings.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Voici qu\u2019\u00e0 l\u2019avant-veille de la Pentec\u00f4te, un bruit devenu vite tapage, puis clameur, retentit d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays\u00a0: l\u2019essence est revenue. La r\u00e9volution est finie\u00a0; les gr\u00e8ves vont cesser\u00a0; le temps est doux\u00a0; la mer, la campagne, la montagne nous appellent pour le long week-end [\u2026] C\u2019est la d\u00e9mobilisation g\u00e9n\u00e9rale.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3077\" class=\"cit-num\">3077<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Pierre <span class=\"caps\">VIANSSON<\/span>\u2013<span class=\"caps\">PONT\u00c9<\/span> (1920-1979), <em>Histoire de la R\u00e9publique gaullienne<\/em>, <span class=\"caps\">II<\/span> (1971)<\/p><\/blockquote><p>Le travail reprend progressivement, apr\u00e8s les f\u00eates de la Pentec\u00f4te. Le gouvernement Pompidou est remani\u00e9 pour \u00e9carter momentan\u00e9ment les ministres trop expos\u00e9s dans les \u00e9v\u00e9nements (\u00c9ducation nationale, Jeunesse, Information, Int\u00e9rieur, Affaires sociales). Et on pr\u00e9pare les \u00e9lections.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00c9lections, trahison.<br>\u00c9lections-pi\u00e8ge \u00e0 con.<span id=\"3078\" class=\"cit-num\">3078<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Slogans des gauchistes, juin\u00a01968<\/p><\/blockquote><p>Les deux slogans resserviront, comme beaucoup de mots n\u00e9s de Mai\u00a068.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pour plus d\u2019un jeune r\u00e9volt\u00e9 des barricades, il y aura du d\u00e9senchantement, sinon du d\u00e9sespoir, \u00e0 voir \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb r\u00e9volution se coucher dans les draps anonymes du suffrage universel.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3079\" class=\"cit-num\">3079<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Claude <span class=\"caps\">IMBERT<\/span> (1929-2016), <em>L\u2019Express<\/em>, juin\u00a01968. <em>L\u2019Express, L\u2019Aventure du vrai<\/em> (1979), pr\u00e9face de Jean Fran\u00e7ois Revel<\/p><\/blockquote><p>Les \u00e9lections des 23 et 30\u00a0juin 1968 donnent 293 si\u00e8ges sur 487 \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">UDR<\/span> (Union pour la d\u00e9fense de la R\u00e9publique, c\u2019est-\u00e0-dire la majorit\u00e9 gouvernementale)\u00a0: majorit\u00e9 absolue, triomphe du pouvoir. De Gaulle parle des \u00ab\u00a0\u00e9lections de la trouille\u00a0\u00bb. Et Viansson-Pont\u00e9 (<em>Le\u00a0Monde<\/em>) du \u00ab\u00a0groupe le plus nombreux qui ait jamais forc\u00e9 la porte d\u2019une Assembl\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0En mai dernier, on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3080\" class=\"cit-num\">3080<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Michel de <span class=\"caps\">CERTEAU<\/span> (1925-1986), \u00ab\u00a0Pour une nouvelle culture\u00a0: prendre la parole\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes<\/em>, juin-juillet (1968)<\/p><\/blockquote><p>La f\u00eate est finie. Les ex\u00e9g\u00e8ses ne font que commencer. Une chose est s\u00fbre\u00a0: tout le monde a eu droit \u00e0 l\u2019expression, presque tout le monde en a profit\u00e9. Le meilleur a c\u00f4toy\u00e9 le pire, \u00e9clairs de g\u00e9nie po\u00e9tique et discours soporifiques. Foire aux id\u00e9es, fraternit\u00e9 universelle, d\u00e9mocratie directe, soci\u00e9t\u00e9 sans classe, spectacle permanent, happening. \u00c9tait-ce si neuf\u00a0? En f\u00e9vrier\u00a01848, Tocqueville, grand t\u00e9moin de son temps, \u00e9crit \u00e0 propos de la br\u00e8ve r\u00e9volution d\u2019alors\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais sans cesse l\u2019impression qu\u2019ils \u00e9taient en train de repr\u00e9senter la R\u00e9volution fran\u00e7aise bien plut\u00f4t que de la continuer.\u00a0\u00bb Et Proudhon\u00a0: \u00ab\u00a0La nation fran\u00e7aise est une nation de com\u00e9diens.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir fait tout ce qu\u2019il a fait au cours de six ans et demi de fonctions [\u2026] il \u00e9tait bon qu\u2019il f\u00fbt, sans aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, plac\u00e9 en r\u00e9serve de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3081\" class=\"cit-num\">3081<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Conf\u00e9rence de presse, 9\u00a0septembre 1968. <em>L\u2019Ann\u00e9e politique, \u00e9conomique et sociale en France<\/em> (1968)<\/p><\/blockquote><p>Ainsi parle-t-il de Georges Pompidou. Tout le monde s\u2019attendait \u00e0 la reconduction du Premier ministre\u00a0: ex professeur, l\u2019homme de Matignon s\u2019est finalement bien sorti des \u00e9v\u00e9nements et des \u00e9lections. Sa d\u00e9mission accept\u00e9e et son remplacement par Maurice Couve de Murville sont la surprise de la mi-juillet\u00a01968.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Portons donc en terre les diables qui nous ont tourment\u00e9s pendant l\u2019ann\u00e9e qui s\u2019ach\u00e8ve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3083\" class=\"cit-num\">3083<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 31\u00a0d\u00e9cembre 1968. <em>Les Discours de v\u0153ux des pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique\u00a0: la France au fond des yeux<\/em> (1992), Fran\u00e7oise Finniss-Boursin.<\/p><\/blockquote><p>L\u2019agitation recommence en janvier, \u00e9tudiants et surtout lyc\u00e9ens manifesteront dans les mois, les ann\u00e9es \u00e0 venir. Mais les diables de Mai\u00a068 appartiennent au pass\u00e9.<\/p><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto; margin-right: auto;\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/referendum.jpg\" width=\"400\" height=\"585\"><\/p><h4>8. 1969. Sortie de sc\u00e8ne en forme de coup de th\u00e9\u00e2tre. \u00ab\u00a0La France est veuve\u00a0\u00bb\u2026 mais Charles de Gaulle n\u2019a pas fini de se rappeler \u00e0 nous, au fil de l\u2019actualit\u00e9 et des crises.<\/h4><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est, je crois, un myst\u00e8re pour personne que je serai candidat \u00e0 une \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique quand il y en aura une. Mais je ne suis pas du tout press\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3084\" class=\"cit-num\">3084<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), D\u00e9claration \u00e0 la fin de son s\u00e9jour \u00e0 Rome, 17\u00a0janvier 1969. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1970)<\/p><\/blockquote><p>Pompidou a bien m\u00e9rit\u00e9 de la France et acquis une vraie popularit\u00e9. Remplac\u00e9 par Couve de Murville Premier ministre, il vise plus haut et il n\u2019y a qu\u2019un poste\u00a0: la pr\u00e9sidence. Il y pense.<\/p><p>Quelques jours plus tard, \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai un pass\u00e9 politique. J\u2019aurai peut-\u00eatre, si Dieu le veut, un destin national.\u00a0\u00bb<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dans l\u2019accomplissement de la t\u00e2che nationale qui m\u2019incombe, j\u2019ai \u00e9t\u00e9, le 19\u00a0d\u00e9cembre 1965, r\u00e9\u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour sept ans par le peuple fran\u00e7ais. J\u2019ai le devoir et l\u2019intention de remplir ce mandat jusqu\u2019\u00e0 son terme.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3085\" class=\"cit-num\">3085<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), D\u00e9claration \u00e0 l\u2019issue du Conseil des ministres, 22\u00a0janvier 1969. <em>Ann\u00e9e politique<\/em> (1970)<\/p><\/blockquote><p>C\u2019est dire qu\u2019en apparence, le pr\u00e9sident n\u2019est pas plus press\u00e9 de partir que son ex-Premier ministre d\u2019arriver. Donc, tout est dans l\u2019ordre des choses. Mais de Gaulle en d\u00e9cide soudain autrement. Il en appelle \u00e0 la France, une fois de plus.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0De la r\u00e9ponse que fera le pays \u00e0 ce que je lui demande va d\u00e9pendre \u00e9videmment soit la continuation de mon mandat, soit aussit\u00f4t mon d\u00e9part.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3086\" class=\"cit-num\">3086<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 avec Michel Droit, 10\u00a0avril 1969. <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>Contre vents et mar\u00e9es, avis et pr\u00e9dictions, alors que l\u2019Assembl\u00e9e lui assurait une fin de septennat sans histoire, le g\u00e9n\u00e9ral a voulu un r\u00e9f\u00e9rendum, annonc\u00e9 en f\u00e9vrier\u00a0: sur la r\u00e9forme r\u00e9gionale et la r\u00e9forme du S\u00e9nat.<\/p><p>C\u2019est encore une question de confiance entre lui et le pays. Il met tout son poids politique dans la balance, mena\u00e7ant de partir en cas de non. Tous les partis de gauche font naturellement campagne pour le non, et Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing aussi. Pompidou appelle au oui, mais sans vraie conviction. Verdict du 27\u00a0avril\u00a0: 48\u00a0% de oui et 52\u00a0% de non.<\/p><p>Le lendemain, de Gaulle d\u00e9missionne.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le caract\u00e8re, c\u2019est d\u2019abord de n\u00e9gliger d\u2019\u00eatre outrag\u00e9 ou abandonn\u00e9 par les siens.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2979\" class=\"cit-num\">2979<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970).<em> Les Ch\u00eanes qu\u2019on abat<\/em> (1979), Andr\u00e9 Malraux<\/p><\/blockquote><p>Le pr\u00e9sident a ressenti dramatiquement l\u2019\u00e9chec de ce dernier r\u00e9f\u00e9rendum. Il d\u00e9missionne et s\u2019en retourne dans sa retraite de Colombey-les-Deux-\u00c9glises, pour \u00e9crire des m\u00e9moires qui resteront inachev\u00e9s.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cas sans pr\u00e9c\u00e9dent de suicide en plein bonheur.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3087\" class=\"cit-num\">3087<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois Mauriac (1885-1970), \u00e0 propos du r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019avril\u00a01969. <em>De Gaulle<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> (1986), Jean Lacouture<\/p><\/blockquote><p>De Gaulle part en Irlande, pour ne pas \u00eatre impliqu\u00e9 dans la campagne pr\u00e9sidentielle \u2013 il votera par procuration. Il retourne ensuite \u00e0 Colombey, s\u2019enfermer dans sa propri\u00e9t\u00e9 de la Boisserie pour un dernier face \u00e0 face avec l\u2019histoire\u00a0: la r\u00e9daction quelque peu d\u00e9senchant\u00e9e, quoique sereine, de ses<em> M\u00e9moires d\u2019espoir<\/em>.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle est mort. La France est veuve.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3127\" class=\"cit-num\">3127<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">POMPIDOU<\/span> (1911-1974), D\u00e9claration du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Allocution radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, 10\u00a0novembre 1970<\/p><\/blockquote><p>Cette mort remonte au soir du 9\u00a0novembre, alors que le g\u00e9n\u00e9ral, avant le d\u00eener, faisait une patience (jeu de cartes), dans sa r\u00e9sidence personnelle de la Boisserie, \u00e0 Colombey-les-Deux-\u00c9glises. Il est pris d\u2019un malaise, c\u2019est une rupture d\u2019an\u00e9vrisme. Il meurt 20 minutes apr\u00e8s, \u00e0 79\u00a0ans.<\/p><p>\u00ab\u00a0En 1940, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle a sauv\u00e9 l\u2019honneur, il nous a conduits \u00e0 la lib\u00e9ration et \u00e0 la victoire. En 1958, il nous a gagn\u00e9 la guerre civile. Il a donn\u00e9 \u00e0 la France ses institutions, sa place dans le monde. En cette heure de deuil pour la patrie, inclinons-nous devant la douleur de Mme de Gaulle, de ses enfants et petits-enfants. Mesurons les devoirs que nous impose la reconnaissance. Promettons \u00e0 la France de n\u2019\u00eatre pas indignes des le\u00e7ons qui nous ont \u00e9t\u00e9 dispens\u00e9es, et que, dans l\u2019\u00e2me nationale, de Gaulle vive \u00e9ternellement\u00a0\u00bb, d\u00e9clare le pr\u00e9sident Pompidou.<\/p><p>Le petit village de Colombey-les-Deux-\u00c9glises, d\u00e9partement de Haute-Marne, va devenir un lieu de p\u00e8lerinage national.<\/p><blockquote><p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c0 la fin, il n\u2019y a que la mort qui gagne.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2980\" class=\"cit-num\">2980<\/span><\/p><p class=\"auteur\">Charles de <span class=\"caps\">GAULLE<\/span> (1890-1970), citant volontiers ce mot de Staline dans ses <em>M\u00e9moires de guerre<\/em><\/p><\/blockquote><p>Malraux reprend cette phrase dans ses <em>Antim\u00e9moires\u00a0: le Miroir des limbes<\/em>. La mort fut certainement omnipr\u00e9sente dans ce dialogue au sommet de l\u2019intelligence, qui r\u00e9unit les deux hommes. Jusqu\u2019\u00e0 la mort du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p><\/div><style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Gaulle. Ce nom s\u2019impose, en plus des r\u00e9f\u00e9rences m\u00e9morielles\u00a0: Appel du 18 juin (petite erreur r\u00e9currente\u00a0!), compte rond des anniversaires de naissance et de mort (1890-1970) et anniversaire de la bataille de France (1940) font de 2020 \u00ab\u00a0l\u2019ann\u00e9e de Gaulle\u00a0\u00bb. Premier hommage m\u00e9diatique du pr\u00e9sident Macron au grand a\u00een\u00e9, en mai dernier, et d\u2019autres [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"iawp_total_views":410,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-8651","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-edito-de-la-semaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8651"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8651\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15821,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8651\/revisions\/15821"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}