{"id":8665,"date":"2020-11-02T00:00:00","date_gmt":"2020-11-01T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/2025\/06\/26\/les-mots-de-la-fin\/"},"modified":"2026-06-16T09:31:15","modified_gmt":"2026-06-16T07:31:15","slug":"les-mots-de-la-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/les-mots-de-la-fin\/","title":{"rendered":"Les Mots de la Fin"},"content":{"rendered":"<div class=\"field-item even\">\n<p>Distinguons\u00a0d\u2019abord ce qui pr\u00eate souvent \u00e0 confusion\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la Toussaint, f\u00eate catholique c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 1er novembre, au cours de laquelle l\u2019\u00c9glise catholique honore tous les Saints, connus ou inconnus\u00a0;<\/li>\n<li>le jour des morts, 2 novembre, destin\u00e9 \u00e0 la comm\u00e9moration de tous les d\u00e9funts \u00ab\u00a0depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 la fin\u00a0\u00bb, instaur\u00e9 au Moyen \u00c2ge dans les monast\u00e8res clunisiens (d\u00e9cret de 998) et devenu tradition.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette actualit\u00e9 calendaire du 2 novembre offre l\u2019occasion d\u2019un \u00e9dito original. Voici rassembl\u00e9s plus de 50 mots de la fin (au sens litt\u00e9ral ou parfois testamentaire) et quelques citations d\u00e9di\u00e9es \u00e0 ce th\u00e8me. La pr\u00e9sentation chronologique en sept grandes p\u00e9riodes de la Gaule \u00e0 nos jours souligne des \u00e9vidences r\u00e9currentes qui valent le\u00e7ons de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>On ne meurt pas aujourd\u2019hui comme on mourait hier \u2013 question de forme plus que de fond.<br>On meurt en roi malade ou en militaire au combat (vaincu ou vainqueur), en chr\u00e9tien, voire en martyr, en h\u00e9ros ou en tra\u00eetre, en bandit hors la loi ou en gamin de Paris sur une barricade. <br>On meurt dans un cri d\u2019amour ou de haine, dans une profession de foi religieuse, politique ou philosophique, avec la certitude d\u2019avoir r\u00e9ussi ou rat\u00e9 sa vie et\/ou sa mort, dans l\u2019espoir de jours meilleurs ou dans un ultime d\u00e9fi au monde.<\/p>\n<p>Certains cas historiques sont vraiment particuliers. Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, victime d\u2019un ni\u00e8me attentat, rate son mot de la fin d\u2019autant plus touchant. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> encha\u00eene les mots de la fin au long de son agonie \u2013 d\u2019o\u00f9 cinq versions, parfaitement sourc\u00e9es. Spirituelle incarnation du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Voltaire pr\u00e9pare son dernier mot pour ne pas rater sa sortie de sc\u00e8ne \u00e0 84 ans. \u00c0 l\u2019heure de l\u2019\u00e9chafaud et face au peuple, Louis <span class=\"caps\">XVI<\/span> se voit attribuer plusieurs mots pour illustrer sa \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb. La R\u00e9volution bat un nouveau record de (belles) citations, vu la mortalit\u00e9 galopante des citoyennes et citoyens inspir\u00e9s par la situation et politiquement engag\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019histoire contemporaine se r\u00e9v\u00e8le moins riche, moins \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb, hors les p\u00e9riodes de guerres \u2013 les millions de victimes (civiles ou militaires) demeurant anonymes et\/ou muettes. <\/p>\n<p>Au fil de <em>l\u2019Histoire en citations<\/em>, les morts sont naturellement mises \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb, comme toutes les vies des quelque 1000 auteurs-acteurs cit\u00e9s. Dans cet \u00e9dito th\u00e9matique, elles se suivent sans se ressembler, chaque mot de la fin \u00e9tant contextualis\u00e9 comme les 3 5000 citations. On perd un peu le fil de l\u2019histoire, autrement dit le r\u00e9cit national, atout irrempla\u00e7able. Mais on y gagne une fascinante r\u00e9flexion sur la vie et la mort\u00a0: confrontation \u00e0 la fois humaine et historique entre des personnages pour la plupart connus ou c\u00e9l\u00e8bres, \u00e0 red\u00e9couvrir au terme de leur existence.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: auto;margin-right: auto\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/histoire_en_citations-23.jpg\" width=\"350\" height=\"129\"><\/a>Toutes les citations de cet \u00e9dito sont \u00e0 retrouver dans nos <a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\">Chroniques de l\u2019<em>Histoire en citations<\/em><\/a>\u00a0: en 10 volumes, l\u2019histoire de France de la Gaule \u00e0 nos jours vous est cont\u00e9e, en 3 500 citations num\u00e9rot\u00e9es, sourc\u00e9es, contextualis\u00e9e, sign\u00e9es par pr\u00e8s de 1 200 auteurs.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_1_2.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a>I \u2013 De la Gaule au Moyen \u00c2ge.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0<em>Acta est fabula.<\/em>\u00a0\u00bb <br>\u00ab\u00a0La pi\u00e8ce est jou\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"26\" class=\"cit-num\">26<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">AUGUSTE<\/span> (63 av. J.-C.-14), son mot de la fin, 14.. <em>L\u2019\u00c9cole normale\u00a0: journal de l\u2019enseignement pratique<\/em>, volume\u00a0V (1861), Pierre Larousse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi par ces mots que s\u2019achevaient les repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales dans l\u2019Empire romain qui va durer cinq si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Fils adoptif et h\u00e9ritier de C\u00e9sar (le g\u00e9n\u00e9ral romain qui a conquis la Gaule), Octave est sacr\u00e9 empereur sous le nom d\u2019Auguste et devient le seul ma\u00eetre de l\u2019Empire romain en 30 av. J.-C.\u00a0Il finit de pacifier la Gaule (future France) en triomphant des derni\u00e8res r\u00e9sistances dans les Pyr\u00e9n\u00e9es et les Alpes, et fixe les bases administratives de la Gaule romaine. Premier empereur en titre, il meurt \u00e0 pr\u00e8s de 76 ans, pouvant se vanter d\u2019avoir \u00ab\u00a0trouv\u00e9 une Rome de briques et laiss\u00e9 une Rome de marbre\u00a0\u00bb. Son ami M\u00e9c\u00e8ne, ministre et protecteur des arts et lettres, contribua largement \u00e0 la r\u00e9putation d\u2019Auguste et laisse son nom au m\u00e9c\u00e9nat. Toute l\u2019Italie garde le souvenir nostalgique de ce long r\u00e8gne appel\u00e9 le \u00ab\u00a0si\u00e8cle d\u2019Auguste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu as vaincu, Galil\u00e9en.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"37\" class=\"cit-num\">37<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">JULIEN<\/span> l\u2019Apostat (331-363), mourant au combat. <em>Histoire de France<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span> (1878), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le mot de la fin du plus redoutable ennemi du christianisme naissant en Gaule.<\/p>\n<p>Julien a \u00e9chapp\u00e9 au massacre de sa famille, ordonn\u00e9 par son cousin Constance <span class=\"caps\">II<\/span>. \u00c9loign\u00e9 de la cour, le jeune prince se passionne pour la philosophie n\u00e9oplatonicienne, alors qu\u2019une \u00e9ducation chr\u00e9tienne trop s\u00e9v\u00e8re lui fait prendre cette religion en horreur. Excellent guerrier, il \u00e9crase les Alamans (hordes germaniques) \u00e0 Strasbourg (357) et ses soldats le proclament empereur. La mort de son cousin fait de lui le seul ma\u00eetre de l\u2019Empire, en 361. Il se rallie les h\u00e9r\u00e9tiques et s\u2019efforce de r\u00e9tablir les anciens cultes pa\u00efens, d\u2019o\u00f9 son surnom d\u2019Apostat.<\/p>\n<p>En guerre contre les Parthes (ma\u00eetres de l\u2019ancien Empire perse) et en pleine d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019ennemi, Julien est atteint par un javelot. Il se croit frapp\u00e9 par une main invisible\u00a0: le Galil\u00e9en J\u00e9sus le ch\u00e2tie pour avoir reni\u00e9 le christianisme. C\u2019est comme une conversion tardive \u00e0 la nouvelle religion. Apr\u00e8s son r\u00e8gne tr\u00e8s bref (moins de deux ans), l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des villes, puis des campagnes, se poursuit.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u00e9rusalem.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"224\" class=\"cit-num\">224<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1214-1270), mot de la fin, le 25\u00a0ao\u00fbt\u00a01270, devant Tunis<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le futur Saint Louis meurt \u00e0 56\u00a0ans. \u00ab\u00a0Grand p\u00e9ch\u00e9 firent ceux qui lui conseill\u00e8rent la croisade, vu la grande faiblesse de son corps.\u00a0\u00bb Parole de Joinville, son ami et chroniqueur qui n\u2019est pas de cette derni\u00e8re aventure\u00a0: il a vainement tent\u00e9 de dissuader le roi de partir avec ses trois fils, persuad\u00e9 qu\u2019il est plus utile en France, \u00e0 ses sujets.<\/p>\n<p>Le roi n\u2019\u00e9coute pas son ami et conseiller, il s\u2019embarque le 1er\u00a0juillet 1270 pour la huiti\u00e8me (et derni\u00e8re) croisade, dans l\u2019espoir de convertir le sultan de Tunisie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Les corps sont au roi de France, mais les \u00e2mes sont \u00e0 Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"258\" class=\"cit-num\">258<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cris des Templiers br\u00fbl\u00e9s vifs dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, 19\u00a0mars 1314. <em>Les Templiers<\/em> (2004), St\u00e9phane Ingrand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9pilogue d\u2019une sombre affaire m\u00e9di\u00e9vale, sur cet \u00eelot \u00e0 la pointe de l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9 qui doit son nom aux nombreux juifs pers\u00e9cut\u00e9s, ayant subi le supplice du b\u00fbcher. Le peuple est friand de ce genre de spectacle et les Templiers attirent la foule des grands jours. Cette citation entre dans une cat\u00e9gorie peu fournie\u00a0: \u00ab\u00a0mot de la fin collectif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les Templiers ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s de m\u0153urs obsc\u00e8nes, sodomie, h\u00e9r\u00e9sie, idol\u00e2trie, pratique de messes noires. L\u2019ordre du Temple, cr\u00e9\u00e9 par bulle pontificale deux si\u00e8cles plus t\u00f4t, a d\u2019abord eu tr\u00e8s bonne r\u00e9putation, prot\u00e9geant les p\u00e8lerins et participant aux guerres saintes des Croisades. Il a accumul\u00e9 un immense tr\u00e9sor (il poss\u00e8de tout le \u00ab\u00a0quartier du Temple\u00a0\u00bb, soit un tiers de Paris) et cr\u00e9\u00e9 un v\u00e9ritable r\u00e9seau international \u00e0 la fois religieux (les monast\u00e8res) et financier (transport de fonds, pr\u00eats \u00e0 divers souverains). Cette fortune est devenue suspecte et la protection du pape est sans raison, apr\u00e8s la fin des Croisades. Philippe le Bel, roi \u00ab\u00a0faux monnayeur\u00a0\u00bb toujours \u00e0 court d\u2019argent, voudrait r\u00e9cup\u00e9rer tout ou partie du tr\u00e9sor et affirmer son autorit\u00e9 face au pape.<\/p>\n<p>Une trentaine de Templiers va donc rejoindre dans le supplice les deux principaux dignitaires de l\u2019Ordre, Jacques de Molay, le grand ma\u00eetre et Geoffroy de Charnay, le pr\u00e9cepteur. Apr\u00e8s quatre ans de prison et de silence, comme si le courage leur revenait soudain, ils ont proclam\u00e9 leur innocence et d\u00e9nonc\u00e9 la calomnie \u00e0 la lecture publique de l\u2019ultime sentence du 19\u00a0mars, sur le parvis de Notre-Dame, face \u00e0 la foule amass\u00e9e. Apr\u00e8s sept ans d\u2019\u00ab\u00a0affaire des Templiers\u00a0\u00bb, Philippe le Bel veut en finir. Il a donc ordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution group\u00e9e des plus \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb, le soir m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Cl\u00e9ment, juge inique et cruel bourreau, je t\u2019ajourne \u00e0 compara\u00eetre dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"259\" class=\"cit-num\">259<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jacques de <span class=\"caps\">MOLAY<\/span> (vers 1244-1314), sur le b\u00fbcher dans l\u2019\u00eelot aux Juifs, \u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris, 19\u00a0mars 1314.<em> Histoire de l\u2019\u00c9glise de France\u00a0: compos\u00e9e sur les documents originaux et authentiques<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">VI<\/span> (1856), abb\u00e9 Guett\u00e9e<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Derni\u00e8res paroles attribu\u00e9es au grand ma\u00eetre des Templiers. Ce mot de la fin\u00a0est l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019histoire, pour diverses raisons. Quarante jours plus tard, le 20\u00a0avril, Cl\u00e9ment\u00a0V meurt d\u2019\u00e9touffement, seul dans sa chambre \u00e0 Avignon, comme aucun pape avant lui, ni apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Autre version de la mal\u00e9diction, tir\u00e9e de la saga des <em>Rois maudits<\/em> de Maurice Druon et du feuilleton de t\u00e9l\u00e9vision qui popularisa l\u2019affaire des Templiers au <span class=\"caps\">XX<\/span>e\u00a0si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Pape Cl\u00e9ment\u00a0! Chevalier Guillaume\u00a0! Roi Philippe\u00a0! Avant un an, je vous cite \u00e0 compara\u00eetre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste ch\u00e2timent\u00a0! Maudits\u00a0! Maudits\u00a0! Tous maudits jusqu\u2019\u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de vos races\u00a0!\u00a0\u00bb Nogaret est mort il y a un an et il peut s\u2019agir d\u2019un autre Guillaume. Mais le pape va mourir dans le d\u00e9lai imparti, comme Philippe le Bel, suite \u00e0 une chute de cheval \u00e0 la chasse (blessure infect\u00e9e ou accident c\u00e9r\u00e9bral). Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d\u2019\u00e9branler la dynastie cap\u00e9tienne\u00a0: assassinats, scandales, proc\u00e8s, morts subites, d\u00e9sastres militaires. Quant \u00e0 la treizi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u2026 cela tombe sur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, le roi de France guillotin\u00e9 sous la R\u00e9volution\u00a0!<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Pesez, Louis, pesez ce que c\u2019est que d\u2019\u00eatre roi de France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"260\" class=\"cit-num\">260<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">PHILIPPE<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> le Bel (1268-1314) \u00e0 son fils a\u00een\u00e9 Louis, le jour de sa mort, 29\u00a0novembre 1314. <em>La Nouvelle Revue des deux mondes<\/em> (1973)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est le \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb politique du dernier grand Cap\u00e9tien.<\/p>\n<p>Certes impopulaire de son vivant, tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans l\u2019affaire des Templiers et mal aim\u00e9 de certains historiens, il a fait faire des progr\u00e8s d\u00e9cisifs \u00e0 la royaut\u00e9\u00a0: diversification des organes de gouvernement (Parlement, Chambre des comptes, etc.), grandes ordonnances de \u00ab\u00a0r\u00e9formation\u00a0\u00bb du royaume, raffermissement de l\u2019\u00c9tat contre la f\u00e9odalit\u00e9, lutte contre la justice eccl\u00e9siastique et indispensable centralisation. La France est \u00e0 pr\u00e9sent le pays le plus riche et le plus peupl\u00e9 d\u2019Europe\u00a0!<\/p>\n<p>Son fils va devenir Louis\u00a0X le Hutin, dit aussi \u00ab\u00a0le Querelleur\u00a0\u00bb. Suivant l\u2019exemple de rapacit\u00e9 de son p\u00e8re, il d\u00e9pouille les juifs et les banquiers lombards, et vend des chartes d\u2019affranchissement aux serfs.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je ne regrette en mourant que de n\u2019avoir pas chass\u00e9 tout \u00e0 fait les Anglais du royaume comme je l\u2019avais esp\u00e9r\u00e9\u00a0; Dieu en a r\u00e9serv\u00e9 la gloire \u00e0 quelque autre qui en sera plus digne que moi.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"314\" class=\"cit-num\">314<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Bertrand du <span class=\"caps\">GUESCLIN<\/span> (1320-1380), son mot de la fin, le 13\u00a0juillet 1380.<em> Histoire de Bertrand du Guesclin<\/em> (1787), Guyard de Berville<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le conn\u00e9table assi\u00e8ge la place forte de Ch\u00e2teauneuf-de-Randon (Loz\u00e8re). Victime d\u2019une congestion brutale, il remet son \u00e9p\u00e9e au mar\u00e9chal de Sancerre, pour qu\u2019il la rende au roi dont il demeure \u00ab\u00a0serviteur et le plus humble de tous\u00a0\u00bb. Restent aux Anglais la Guyenne (Aquitaine), Brest, Cherbourg, Calais.<\/p>\n<p>Le gouverneur anglais de la ville avait dit qu\u2019il ne se rendrait qu\u2019\u00e0 lui\u00a0: il d\u00e9posera les clefs de la cit\u00e9, sur son cercueil. Du Guesclin voulait \u00eatre enterr\u00e9 en Bretagne, mais Charles\u00a0V ordonne que sa d\u00e9pouille rejoigne celle des rois de France, en la basilique de Saint-Denis. Ultime honneur\u00a0rendu \u00e0 un simple gentilhomme, devenu capitaine et fait conn\u00e9table par le roi. Ce guerrier incarna le sentiment patriotique naissant au Moyen \u00c2ge. D\u2019une laideur remarquable et d\u2019une brutalit\u00e9 qui fit la honte de sa famille, il gagna le respect de la noblesse, par son courage, sa force et sa ruse, pour devenir le type du parfait chevalier, h\u00e9ros populaire dont po\u00e8mes et chansons c\u00e9l\u00e8brent les hauts faits.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je loue mon Dieu et le remercie de ce qu\u2019il lui pla\u00eet que le plus grand p\u00e9cheur du monde meure le jour de la f\u00eate de la p\u00e9cheresse.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"364\" class=\"cit-num\">364<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">VII<\/span> (1403-1461), mot de la fin, doublement chr\u00e9tien, du roi mourant le jour de la sainte Madeleine, 22\u00a0juillet 1461. <em>Louis <span class=\"caps\">XI<\/span>\u00a0: homme d\u2019\u00c9tat, homme priv\u00e9<\/em> (1995), Emmanuel Bourassin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>P\u00e9cheur, certes\u00a0: apr\u00e8s la mort d\u2019Agn\u00e8s Sorel, premi\u00e8re d\u2019une tr\u00e8s longue liste de favorites officielles des rois de France, Charles <span class=\"caps\">VII<\/span>, bien que de complexion maladive, vivait entour\u00e9 d\u2019un essaim de femmes faciles. Mais beaucoup de rois auront bien davantage de ma\u00eetresses et Charles, si mal aim\u00e9 de sa m\u00e8re, si malheureux, si m\u00e9pris\u00e9 au d\u00e9but de sa vie\u00a0avait quelques excuses\u00a0!<\/p>\n<p>Dauphin m\u00e9diocre, mis en confiance par Jeanne d\u2019Arc, il se r\u00e9v\u00e9la \u00e0 mi r\u00e8gne un bon roi\u00a0: lib\u00e9ration du territoire et reconqu\u00eate d\u2019une partie de la France sur les Anglais, r\u00e9organisation du royaume, cr\u00e9ation d\u2019une arm\u00e9e permanente, r\u00e9tablissement des finances et de la monnaie avec lev\u00e9e d\u2019imp\u00f4ts r\u00e9guliers. Son p\u00e8re Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span>, dernier roi du Moyen \u00c2ge, va continuer l\u2019extension de la maison France, abaisser les grands f\u00e9odaux et \u00ab\u00a0faire suer les \u00e9cus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_2_2.jpg\" width=\"200\" height=\"267\"><\/a><span class=\"caps\">II<\/span> \u2013 Renaissance, guerres de Religion, r\u00e8gne d\u2019Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Monsieur, il n\u2019y a point de piti\u00e9 en moi, car je meurs en homme de bien. Mais j\u2019ai piti\u00e9 de vous, de vous voir servir contre votre prince, et votre patrie, et votre serment.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"452\" class=\"cit-num\">452<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">BAYARD<\/span> (vers 1475-1524), \u00e0 l\u2019ex-conn\u00e9table de Bourbon \u2013 son mot de la fin, 30 avril 1524. <em>Trait\u00e9 des \u00c9tudes<\/em> ou<em> De la mani\u00e8re d\u2019enseigner et d\u2019\u00e9tudier les Belles-Lettres<\/em> (1841), Charles Rollin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mortellement bless\u00e9 en couvrant la retraite de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise au passage de la Sesia en Pi\u00e9mont, il reproche \u00e0 Charles de Bourbon d\u2019\u00eatre \u00e0 pr\u00e9sent lieutenant de l\u2019ennemi, Charles Quint.<\/p>\n<p>La vie de Bayard sera \u00e9crite, entre autres, par son \u00e9cuyer qui signe <em>le Loyal Serviteur<\/em>. \u00c0 cette race de \u00ab\u00a0chevalier sans peur et sans reproche\u00a0\u00bb s\u2019applique bien la phrase de Montaigne\u00a0: \u00ab\u00a0La plus volontaire mort, c\u2019est la plus belle.\u00a0\u00bb Dans la litt\u00e9rature de ce beau <span class=\"caps\">XVI<\/span>e si\u00e8cle qui rena\u00eet et rayonne, entre Moyen \u00c2ge et p\u00e9riode classique, en ce si\u00e8cle plein de bruits, de fureurs, de guerres, la mort revient comme un th\u00e8me obs\u00e9dant. Mais la mort \u00e0 la guerre est consid\u00e9r\u00e9e comme une belle mort, avec la satisfaction d\u2019un devoir accompli.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si l\u2019on ouvrait mon c\u0153ur, on y trouverait grav\u00e9 le nom de Calais.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"488\" class=\"cit-num\">488<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie <span class=\"caps\">TUDOR<\/span> (1516-1558), son mot de la fin. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019en 1789<\/em>, tome\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> (1844), Henri Martin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi s\u2019exprime la reine d\u2019Angleterre, mourante (dit-on) du chagrin que lui causa la perte de cette ville, seule place rest\u00e9e anglaise en France \u00e0 la fin de la guerre de Cent Ans. Sauv\u00e9e du massacre il y a deux si\u00e8cles par les bourgeois de Calais, la ville fut quelque peu oubli\u00e9e par les rois de France, davantage int\u00e9ress\u00e9s par la riche et fascinante Italie\u2026<\/p>\n<p>La France commence la onzi\u00e8me \u2013 et derni\u00e8re \u2013 guerre d\u2019Italie en attaquant le royaume de Naples. Le roi d\u2019Espagne Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (fils de Charles Quint et mari de la reine d\u2019Angleterre) attaque en Picardie, par les Pays-Bas. Redoutant une invasion espagnole, le roi de France Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> rappelle Fran\u00e7ois de Guise (dit le Balafr\u00e9) et le nomme lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du royaume. Il reprend Calais aux Anglais le 13\u00a0janvier 1558, apr\u00e8s un si\u00e8ge tr\u00e8s bref de six jours et malgr\u00e9 les renforts envoy\u00e9s par Marie Tudor.<\/p>\n<p>La perte de cette ville rendra encore plus impopulaire Marie la Catholique, dite aussi la Sanglante pour avoir pers\u00e9cut\u00e9 les protestants anglais. Elle meurt au terme d\u2019une longue agonie, le c\u0153ur bris\u00e9 d\u2019avoir perdu Calais, mais (dit-on) aussi Philippe qui s\u2019est \u00e9loign\u00e9 d\u2019elle pour s\u2019en retourner en Espagne, apr\u00e8s un an de mariage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Que mon peuple persiste et demeure ferme en la foi en laquelle je meurs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"492\" class=\"cit-num\">492<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">II<\/span> (1519-1559), mot de la fin, le 10\u00a0juillet 1559. <em>Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, roi gentilhomme<\/em> (1987), Georges Bordonove<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi meurt des suites d\u2019un accident de tournoi \u2013 blessure \u00e0 l\u2019\u0153il d\u2019un coup de lance donn\u00e9 par le comte de Montgom\u00e9ry, capitaine des gardes et r\u00e9gicide involontaire. Nostradamus qui a pr\u00e9dit ce malheur devient astrologue de la cour.<\/p>\n<p>Les trois fils d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> vont lui succ\u00e9der, sans jamais avoir son autorit\u00e9. L\u2019a\u00een\u00e9 Fran\u00e7ois\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, 15\u00a0ans, confie le gouvernement \u00e0 sa m\u00e8re Catherine de M\u00e9dicis\u00a0: elle donne le pouvoir aux Guise, les oncles du jeune roi. Sous l\u2019influence de cette famille tr\u00e8s catholique, la guerre aux protestants reprend de plus belle. La Saint-Barth\u00e9lemy s\u2019ensuivra bient\u00f4t, sous le r\u00e8gne de Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> lui aussi tr\u00e8s influenc\u00e9 par sa m\u00e8re, dans le d\u00e9clenchement de cette trag\u00e9die nationale.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si c\u2019\u00e9tait un homme du moins\u00a0! C\u2019est un goujat\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"524\" class=\"cit-num\">524<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral Gaspard de <span class=\"caps\">COLIGNY<\/span> (1519-1572), dans la nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt 1572 (Saint-Barth\u00e9lemy).<em> Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, Guerres de religion<\/em> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Coligny toise l\u2019homme qui va le frapper, un certain B\u00eame, sbire des Guise, m\u00eame pas un seigneur digne de lui\u00a0! Cette exclamation de m\u00e9pris peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce grand militaire a servi tous les rois de France depuis Fran\u00e7ois\u00a0Ier, particip\u00e9 \u00e0 toutes les guerres, quitt\u00e9 plusieurs fois la cour pour fuir ses intrigues, toujours rappel\u00e9 pour ses qualit\u00e9s de courage, de diplomatie et m\u00eame de tol\u00e9rance, quand il se convertit \u00e0 la religion r\u00e9form\u00e9e. Sa fin \u00e0 53\u00a0ans est des plus humiliantes et spectaculaires\u00a0: surpris dans son lit, achev\u00e9 \u00e0 coups de dague, son corps jet\u00e9 par la fen\u00eatre, \u00e9ventr\u00e9, \u00e9mascul\u00e9, d\u00e9capit\u00e9, puis port\u00e9 au gibet de Montfaucon, exhib\u00e9, pendu par les pieds, expos\u00e9 \u00e0 d\u2019autres s\u00e9vices, pour finir \u00e0 nouveau pendu en place de Gr\u00e8ve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las qu\u2019ai-je donc fait\u00a0?<br>\u2013 Si tu n\u2019as rien fait, cela doit te consoler\u00a0: tu mourras innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"526\" class=\"cit-num\">526<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9plique d\u2019un capitaine suisse au jeune Saint-Martin, nuit du 23 au 24\u00a0ao\u00fbt 1572 (Saint-Barth\u00e9lemy). Charles <span class=\"caps\">IX<\/span> (1986), Emmanuel Bourassin<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00ab\u00a0innocent\u00a0\u00bb Saint-Martin, dit Brichanteau, est arquebusier du roi et le Suisse transperce le c\u0153ur du \u00ab\u00a0parpaillot\u00a0\u00bb, la nuit de la Saint-Barth\u00e9lemy. \u00ab\u00a0Tuez-les tous\u00a0!\u00a0\u00bb a dit Charles <span class=\"caps\">IX<\/span>. Ce mot terrible a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9sonn\u00e9, lors du massacre des cathares au sac de B\u00e9ziers, le 22\u00a0juillet 1209. On retrouvera ce climat de guerre civile sous la Terreur r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, pr\u00e8s de sa fin, restant longtemps sans sonner mot, dit en se tournant, comme s\u2019il se f\u00fbt r\u00e9veill\u00e9\u00a0:<br>\u2014 Appelez-moi mon fr\u00e8re\u00a0!<br>La reine m\u00e8re envoie chercher le duc d\u2019Alen\u00e7on.<br>\u2014 Non, madame, je veux le roi de Navarre\u00a0; c\u2019est celui-l\u00e0 qui est mon fr\u00e8re.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"538\" class=\"cit-num\">538<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">CHARLES<\/span> <span class=\"caps\">IX<\/span> (1550-1574), sur son lit de mort au ch\u00e2teau de Vincennes, le 30\u00a0mai\u00a01574.\u00a0 <em>Histoire de France au seizi\u00e8me si\u00e8cle, La Ligue et Henri <span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1856), Jules Michelet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span> pr\u00e9f\u00e8re son beau-fr\u00e8re Henri de Navarre \u2013 futur Henri <span class=\"caps\">IV<\/span>, le mari qu\u2019il a voulu pour sa s\u0153ur la reine Margot \u2013 \u00e0 son fr\u00e8re de sang, le duc d\u2019Alen\u00e7on, quatri\u00e8me fils de Catherine de M\u00e9dicis, atteint du m\u00eame mal (la tuberculose) qui emporte le jeune roi, deux ans apr\u00e8s la Saint-Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ah\u00a0! le m\u00e9chant moine, il m\u2019a tu\u00e9, qu\u2019on le tue\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"573\" class=\"cit-num\">573<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), Saint-Cloud, 1er\u00a0ao\u00fbt 1589, \u00ab\u00a0premier mot de la fin\u00a0\u00bb. <em>M\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, Journal de Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span><\/em> (posthume), Pierre de l\u2019Estoile<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au ch\u00e2teau de Saint-Cloud, le roi pr\u00e9pare le si\u00e8ge de Paris avec Henri de Navarre\u00a0: 30\u00a0000 hommes sont pr\u00eats \u00e0 attaquer la capitale, d\u00e9fendue par la milice bourgeoise et la Ligue ultra catholique, arm\u00e9e par Philippe\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Dominicain de 22\u00a0ans, ligueur fanatique, Jacques Cl\u00e9ment pr\u00e9parait son geste\u00a0: le complot est connu, approuv\u00e9 par de nombreux catholiques et b\u00e9ni par le pape Sixte Quint. Le moine r\u00e9ussit \u00e0 approcher le roi \u2013 seul, sur sa chaise perc\u00e9e. La garde personnelle (les Quarante-Cinq), alert\u00e9e par les cris du roi poignard\u00e9, transperce l\u2019assassin \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e\u00a0: d\u00e9fenestr\u00e9, le corps est sit\u00f4t tir\u00e9 par quatre chevaux, \u00e9cartel\u00e9 et br\u00fbl\u00e9 sur le b\u00fbcher, pour r\u00e9gicide.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se rejouera avec Ravaillac et Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>. Ces assassinats, comme tous les complots et attentats contre les rois de l\u2019\u00e9poque, s\u2019inspirent de la th\u00e9orie du tyrannicide dont Jean Gerson fut l\u2019un des proph\u00e8tes\u00a0: \u00ab\u00a0Nulle victime n\u2019est plus agr\u00e9able \u00e0 Dieu qu\u2019un tyran.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Seul Henri de Navarre a droit au tr\u00f4ne, et il est d\u2019un caract\u00e8re trop sinc\u00e8re et trop noble pour ne pas rentrer dans le sein de l\u2019\u00c9glise\u00a0; t\u00f4t ou tard, il reviendra \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"574\" class=\"cit-num\">574<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">III<\/span> (1551-1589), sur son lit de mort, \u00ab\u00a0second mot de la fin\u00a0\u00bb, 1er\u00a0ao\u00fbt 1589. <em>La Conversion et l\u2019abjuration d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, roi de France et de Navarre<\/em>, Henri Gaubert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De tous les mots de la fin qui ponctuent l\u2019histoire de France, celui d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">III<\/span> a une port\u00e9e doublement remarquable.<\/p>\n<p>Bless\u00e9 \u00e0 mort, transport\u00e9 sur son lit, le roi met en garde son alli\u00e9 contre le danger qui le menace \u00e0 son tour et le conjure en m\u00eame temps de se convertir. Le mourant trouve la force de d\u00e9signer son successeur au tr\u00f4ne et de le faire reconna\u00eetre face aux nobles pr\u00e9sents. En m\u00eame temps, il proph\u00e9tise la conversion d\u2019Henri de Navarre. Le roi meurt le lendemain\u00a0: fin de la dynastie des Valois, au pouvoir depuis 1328, et place \u00e0 la dynastie des Bourbons.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"662\" class=\"cit-num\">662<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">HENRI<\/span> <span class=\"caps\">IV<\/span> (1553-1610), mot de la fin, 14\u00a0mai 1610. <em>Histoire du r\u00e8gne de Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span><\/em> (1862), Auguste Poirson<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il vient d\u2019\u00eatre poignard\u00e9 par Ravaillac\u00a0: l\u2019homme a saut\u00e9 dans le carrosse bloqu\u00e9 par un encombrement, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait \u00e0 l\u2019Arsenal chez Sully, son ministre et ami souffrant. Le bless\u00e9 a tressailli sous le coup et redit \u00ab\u00a0Ce n\u2019est rien\u00a0\u00bb, avant de mourir.<\/p>\n<p>Ce jour-l\u00e0, de tr\u00e8s bonne heure, le roi fut assailli de pressentiments et dit \u00e0 ses compagnons\u00a0: \u00ab\u00a0Je mourrai un de ces jours et, quand vous m\u2019aurez perdu, vous conna\u00eetrez lors ce que je valais et la diff\u00e9rence qu\u2019il y a de moi aux autres hommes.\u00a0\u00bb Il se sait menac\u00e9, apr\u00e8s douze tentatives en dix ans \u2013 dix-huit, selon d\u2019autres calculs, et vingt-cinq durant son r\u00e8gne\u00a0!<\/p>\n<p>Le r\u00e9gicide sera \u00e9cartel\u00e9, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9\u00a0: il affirma avoir agi seul. Sully, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, n\u2019y croit pas. Le myst\u00e8re demeure, sur la mort d\u2019Henri\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span> le Grand. C\u2019est l\u2019une des \u00e9nigmes de l\u2019histoire de France.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_3_citations_3.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">III<\/span>. Monarchie absolue et Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\"><em>\u00c0 son confesseur qui lui demande de pardonner \u00e0 ses ennemis\u00a0:<\/em><br>\u00ab\u00a0Je ne m\u2019en connais d\u2019autres [ennemis] que ceux de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"732\" class=\"cit-num\">732<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Cardinal de <span class=\"caps\">RICHELIEU<\/span> (1585-1642), mourant, 6\u00a0d\u00e9cembre 1642. Son mot de la fin. <em>Encyclop\u00e9die des mots historiques<\/em>, Historama (1970)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cela fait encore beaucoup d\u2019ennemis au cardinal et \u00ab\u00a0principal ministre d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb qui a dirig\u00e9 la France et le roi pendant vingt ans, d\u00e9test\u00e9 autant que craint et admir\u00e9\u00a0! Mazarin son successeur conna\u00eetra finalement le m\u00eame sort, de m\u00eame que Colbert succ\u00e9dant \u00e0 Mazarin. Trois grands serviteurs de l\u2019\u00c9tat certes diff\u00e9rents, mais se ressemblant \u00e0 divers titres et notamment \u00e0 l\u2019heure de la mort \u2013 en partie due \u00e0 l\u2019\u00e9puisement \u00ab\u00a0professionnel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Sire, je vous dois tout, mais je m\u2019acquitte envers Votre Majest\u00e9 en lui donnant Colbert.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"805\" class=\"cit-num\">805<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MAZARIN<\/span> (1602-1661) \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, le 9\u00a0mars 1661. C\u2019est son \u00ab\u00a0mot de la fin\u00a0\u00bb politique.<em> Le Plutarque fran\u00e7ais, vie des hommes et femmes illustres de la France<\/em> (1837), \u00c9douard Mennechet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Premier ministre d\u2019Anne d\u2019Autriche, gard\u00e9 par Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> \u00e0 sa majorit\u00e9, se donnant tout entier \u00e0 son m\u00e9tier de \u00ab\u00a0principal ministre\u00a0\u00bb, il a eu la totalit\u00e9 du pouvoir. Il a parall\u00e8lement collectionn\u00e9 les charges et acquis une immense fortune \u2013 impossible \u00e0 estimer, car il est difficile de donner la valeur des tableaux de ma\u00eetre sign\u00e9s Vinci, Titien, Rapha\u00ebl, Caravage\u00a0; des sculptures, des bijoux et m\u00e9dailles diss\u00e9min\u00e9s dans un grand nombre de palais\u00a0; des livres rares de la biblioth\u00e8que Mazarine. C\u2019est sans doute la plus grande fortune priv\u00e9e de tout l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0! Disons au passage que Mazarin fut aussi un m\u00e9c\u00e8ne et qu\u2019au moment de mourir, il pense aux chefs-d\u2019\u0153uvre qu\u2019il ne verra plus\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut quitter tout cela\u00a0\u00bb, dit-il. L\u2019essentiel est l\u00e9gu\u00e9 au roi qui refuse \u00e9l\u00e9gamment, de sorte que Mazarin peut encore en disposer.<\/p>\n<p>Il recommande au roi le financier Jean-Baptiste Colbert qui g\u00e9rait avec succ\u00e8s sa fortune, depuis dix ans. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> le gardera \u00e0 son service jusqu\u2019\u00e0 sa mort, durant plus de vingt ans. Il fera de m\u00eame avec la plupart des collaborateurs tout d\u00e9vou\u00e9s dont l\u2019habile Mazarin a su s\u2019entourer.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Si j\u2019avais fait pour Dieu ce que j\u2019ai fait pour cet homme, je serais sauv\u00e9 dix fois.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"891\" class=\"cit-num\">891<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Baptiste <span class=\"caps\">COLBERT<\/span> (1619-1683), sur son lit de mort, parlant de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, d\u00e9but septembre\u00a01683. <em>Histoire de la vie et de l\u2019administration de Colbert<\/em> (1846), Pierre Cl\u00e9ment<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce grand commis de l\u2019\u00c9tat accomplit une t\u00e2che surhumaine, cumulant peu \u00e0 peu les postes d\u2019intendant des Finances, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral, surintendant des B\u00e2timents, Arts et Manufactures, secr\u00e9taire \u00e0 la Maison du roi et \u00e0 la Marine. Il dirigea et r\u00e9glementa l\u2019\u00e9conomie, r\u00e9organisa l\u2019administration, g\u00e9ra les \u00ab\u00a0affaires culturelles\u00a0\u00bb, encouragea le commerce d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0une guerre d\u2019argent\u00a0\u00bb et enrichit le pays au nom d\u2019un mercantilisme qui fait loi \u2013 le colbertisme. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> lui doit, autant que la France, une part de cette grandeur dont il est si fier.<\/p>\n<p>\u00c0 la veille de sa mort (6\u00a0septembre 1683), le cr\u00e9ateur du budget public (au sens moderne du mot) doit pourtant avoir un sentiment d\u2019\u00e9chec\u00a0: les d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat ne peuvent plus \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9es par les recettes, notamment \u00e0 cause des d\u00e9penses militaires, et la cour parle d\u2019une \u00e9ventuelle disgr\u00e2ce de Colbert au profit de son rival, l\u2019intrigant Louvois, ministre de la Guerre qui encourage le roi dans une politique ext\u00e9rieure toujours plus ambitieuse, aventureuse, bient\u00f4t ruineuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La plus \u00e9clatante victoire co\u00fbte trop cher, quand il faut la payer du sang de ses sujets.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"941\" class=\"cit-num\">941<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), Lettre \u00e0 l\u2019intention du Dauphin, ao\u00fbt\u00a01715.<em> Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> (1923), Louis Bertrand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette lettre testamentaire peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le premier mot de la fin du roi agonisant, dont les moindres propos prennent une valeur symbolique. \u00c9crite peu de jours avant sa mort, elle est confi\u00e9e au mar\u00e9chal de Villeroi son ami de toujours, pour \u00eatre remise \u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> quand il aura 17\u00a0ans. \u00c2g\u00e9 de 5\u00a0ans, cet arri\u00e8re-petit-fils est le seul h\u00e9ritier survivant apr\u00e8s l\u2019h\u00e9catombe familiale, v\u00e9ritable mal\u00e9diction de cette fin de r\u00e8gne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon enfant, vous allez \u00eatre un grand roi. Ne m\u2019imitez pas dans le go\u00fbt que j\u2019ai eu pour les b\u00e2timents ni dans celui que j\u2019ai eu pour la guerre. T\u00e2chez de soulager vos peuples, ce que je suis malheureux pour n\u2019avoir pu faire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"943\" class=\"cit-num\">943<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), au futur Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span>, 26\u00a0ao\u00fbt 1715. <em>M\u00e9moires<\/em> (posthume), Saint-Simon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi re\u00e7oit le petit Dauphin dans sa chambre. Il lui donne une ultime le\u00e7on, cette fois de vive voix. Les derniers mots vont se succ\u00e9der au fil d\u2019une agonie interminable, le roi mourant gardant une \u00e9nergie exceptionnelle et la volont\u00e9 d\u2019aller au bout de sa mission royale.<\/p>\n<p>On sait pr\u00e9cis\u00e9ment la cause de sa mort. D\u00e9but ao\u00fbt, apr\u00e8s une chasse (sportive) au ch\u00e2teau de Marly, le roi se plaint d\u2019une douleur \u00e0 la jambe gauche. Son m\u00e9decin, Fagon, diagnostique une sciatique. Il sera \u00ab\u00a0soign\u00e9\u00a0\u00bb pour cela (bains au lait d\u2019\u00e2nesse et pansements \u00e0 l\u2019eau camphr\u00e9e), mais la douleur devenant insupportable, le premier chirurgien du roi d\u00e9tecte enfin une gangr\u00e8ne s\u00e9nile. On renonce \u00e0 l\u2019amputation \u2013 op\u00e9ration trop risqu\u00e9e \u00e0 76 ans. Louis <span class=\"caps\">XIV<\/span> sait donc qu\u2019il va mourir, avant de tomber dans un semi-coma les 30 et 31 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Le marquis de Dangeau, m\u00e9morialiste, nous a laiss\u00e9 un<em> Journal de la cour de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span><\/em> qui retrace avec minutie les derniers jours. Roi Tr\u00e8s Chr\u00e9tien, Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span> fait preuve d\u2019autant de dignit\u00e9 que d\u2019humilit\u00e9 (qualit\u00e9 plus surprenante chez Louis le Grand). La guerre, entreprise et soutenue par souci de grandeur mais aussi par passion et vanit\u00e9, cause de la ruine des peuples, semble \u00eatre son grand remords\u00a0: sinc\u00e8re, mais tardif.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je m\u2019en vais, Messieurs, mais l\u2019\u00c9tat demeurera toujours.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"944\" class=\"cit-num\">944<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 ses courtisans les plus proches, 26\u00a0ao\u00fbt 1715. <em>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XIV<\/span>, son gouvernement et ses relations diplomatiques avec l\u2019Europe<\/em> (1842), Jean Baptiste Honor\u00e9 Raymond Capefigue<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roi les remercie de leurs services et s\u2019inqui\u00e8te de ce qu\u2019il adviendra apr\u00e8s lui. Il leur recommande de servir le Dauphin\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un enfant de cinq ans, qui peut essuyer bien des traverses, car je me souviens d\u2019en avoir beaucoup essuy\u00e9 pendant mon jeune \u00e2ge.\u00a0\u00bb Allusion aux cinq ans de Fronde qui aurait pu finir en r\u00e9volution. Il leur demande enfin d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0tous unis et d\u2019accord\u00a0; c\u2019est l\u2019union et la force d\u2019un \u00c9tat\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat c\u2019est moi\u00a0\u00bb, disait-il \u00e0 16 ans\u00a0! L\u2019\u00c9tat reste une obsession royale, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame fin de sa longue vie.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon neveu, je vous fais R\u00e9gent du royaume. Vous allez voir un roi dans le tombeau et un autre dans le berceau. Souvenez-vous toujours de la m\u00e9moire de l\u2019un et des int\u00e9r\u00eats de l\u2019autre.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"945\" class=\"cit-num\">945<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 Philippe d\u2019Orl\u00e9ans, <em>Testament<\/em>, 1715. <em>Histoire de la R\u00e9gence pendant la minorit\u00e9 de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><\/em>, volume\u00a0I (1922), Henri Leclercq<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte sera lu au lendemain de sa mort. Le roi a institu\u00e9 un Conseil de r\u00e9gence dont le R\u00e9gent en titre est pr\u00e9sident, la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir allant au duc du Maine (fils l\u00e9gitim\u00e9 de Mme\u00a0de Maintenon). Il se m\u00e9fie non sans raison de ce neveu qui ne s\u2019en satisfera pas\u00a0: le roi mourant a peu d\u2019illusion sur l\u2019avenir de ses derni\u00e8res volont\u00e9s royales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours ou\u00ef dire qu\u2019il est difficile de mourir\u00a0; pour moi qui suis sur le point de ce moment si redoutable aux hommes, je ne trouve pas que cela soit difficile.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"946\" class=\"cit-num\">946<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XIV<\/span> (1638-1715), \u00e0 Mme\u00a0de Maintenon, 28\u00a0ao\u00fbt 1715. Son ultime mot de la fin.<em> Archives curieuses de l\u2019histoire de France depuis Louis\u00a0<span class=\"caps\">XI<\/span> jusqu\u2019\u00e0 Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><\/em> (1840), L.\u00a0Cimber<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 les derni\u00e8res paroles rapport\u00e9es, propos intimes d\u2019un souverain absolu qui v\u00e9cut toujours en repr\u00e9sentation. Quasi inconscient les deux derniers jours d\u2019octobre, il mourra le 1er\u00a0septembre.<\/p>\n<p>La grandeur du roi face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es et la dignit\u00e9 de l\u2019homme devant la mort jusqu\u2019aux derni\u00e8res heures frappent m\u00eame ses ennemis les plus intimes\u00a0: Saint-Simon saluera \u00ab\u00a0cette fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me, cette \u00e9galit\u00e9 ext\u00e9rieure, cette esp\u00e9rance contre toute esp\u00e9rance, par courage, par sagesse, non par aveuglement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0La journ\u00e9e sera rude\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1145\" class=\"cit-num\">1145<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">DAMIENS<\/span> (1715-1757), \u00e0 qui sa condamnation est lue, 28\u00a0mars 1757. Derniers mots prononc\u00e9s avant le supplice. <em>Biographie universelle, ancienne et moderne<\/em>, volume\u00a0X (1855), Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Louis\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span> ne fut que l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 par le couteau (un simple canif). Pourtant, il est profond\u00e9ment choqu\u00e9\u00a0par l\u2019attentat\u00a0: outre qu\u2019il redoute effroyablement l\u2019enfer, il comprend soudain qu\u2019il n\u2019est plus \u00ab\u00a0le Bien-aim\u00e9\u00a0\u00bb de ses sujets. Cet attentat manqu\u00e9 accrut sa m\u00e9lancolie et sa m\u00e9fiance, isolant davantage encore le roi de son entourage et de son peuple.<\/p>\n<p>Sur l\u2019\u00e9chafaud dress\u00e9, Damiens sera donc \u00ab\u00a0tenaill\u00e9 aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, br\u00fbl\u00e9e au feu de soufre, et sur les endroits o\u00f9 il sera tenaill\u00e9, jet\u00e9 du plomb fondu, de l\u2019huile bouillante, de la poix r\u00e9sine br\u00fblante, de la cire et souffre fondus et ensuite son corps tir\u00e9 et d\u00e9membr\u00e9 \u00e0 quatre chevaux et ses membres et corps consum\u00e9s au feu, r\u00e9duits en cendres et ses cendres jet\u00e9es au vent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sentence ex\u00e9cut\u00e9e le jour m\u00eame par le bourreau Sanson (Charles-Henri, p\u00e8re du futur ex\u00e9cuteur de Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>) et rien moins que seize assistants. Le supplice dure plus de deux heures et l\u2019on remarque tout particuli\u00e8rement la r\u00e9sistance des femmes \u00e0 ce spectacle. Damiens est jet\u00e9 mourant sur le b\u00fbcher.<\/p>\n<p>On dit que les cheveux du supplici\u00e9, de ch\u00e2tain, sont devenus d\u2019un blanc immacul\u00e9, signe d\u2019une terreur extr\u00eame. L\u2019atrocit\u00e9 et la dur\u00e9e du supplice contribueront \u00e0 l\u2019abolition de cet acte barbare, sous la R\u00e9volution\u00a0: la guillotine sera, de fait, un progr\u00e8s, en attendant l\u2019abolition de la peine de mort que certains (tr\u00e8s minoritaires) demandent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne ha\u00efssant pas mes ennemis, en d\u00e9testant la superstition.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1229\" class=\"cit-num\">1229<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">VOLTAIRE<\/span> (1694-1778), profession de foi manuscrite, 18\u00a0f\u00e9vrier 1778. \u00ab\u00a0Mot de la fin\u00a0\u00bb \u00e9crit. <em>Choix de testaments anciens et modernes<\/em> (1829), Gabriel Peignot<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre repr\u00e9sentant des Lumi\u00e8res soigne sa sortie, en amoureux du th\u00e9\u00e2tre en g\u00e9n\u00e9ral et de la trag\u00e9die en particulier. \u00c9crits de sa plume, ses derniers mots sont pour la tol\u00e9rance, le combat de sa vie. Il mourra le 30\u00a0mai 1778, \u00e2g\u00e9 de 84 ans.<\/p>\n<p>De \u00ab\u00a0faible constitution\u00a0\u00bb depuis toujours et fort soucieux de sa personne, il a pourtant travaill\u00e9 sans se m\u00e9nager jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie. Il quitte son refuge de Ferney pour venir fin avril \u00e0 Paris, assister \u00e0 son propre triomphe. La Com\u00e9die-Fran\u00e7aise joue sa derni\u00e8re trag\u00e9die (<em>Ir\u00e8ne<\/em>) et son buste est acclam\u00e9 sur sc\u00e8ne. Le tout-Paris se presse pour voir l\u2019idole, jusque dans l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 il r\u00e9side. Il re\u00e7oit ses admirateurs, si heureux d\u2019\u00eatre encore le roi Voltaire. Bien qu\u2019\u00e9puis\u00e9 par cette apoth\u00e9ose personnelle, il n\u00e9glige les conseils de bon sens de Tronchin, son m\u00e9decin. Il retourne \u00e0 la Com\u00e9die et se rend aussi l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Il travaille encore sur une page du Dictionnaire. Il se bourre d\u2019opium et de caf\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame fin de ses forces.<\/p>\n<p>Ses cendres seront transf\u00e9r\u00e9es au Panth\u00e9on sous la R\u00e9volution \u2013 seul philosophe \u00e0 avoir cet honneur avec Rousseau, son intime ennemi.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_5_revolution_1.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">IV<\/span>. R\u00e9volution.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0\u00c9chafaud. \u2013 S\u2019arranger quand on y monte pour prononcer quelques mots \u00e9loquents avant de mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"auteur\">Gustave <span class=\"caps\">FLAUBERT<\/span> (1821-1880),<em> Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues<\/em> (posthume, 1913)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le mot peut s\u2019appliquer \u00e0 bien des \u00ab\u00a0mots de la fin\u00a0\u00bb attribu\u00e9s aux personnages de la R\u00e9volution. Quels que soient leur \u00e2ge, leur sexe, leur condition, leurs convictions, la plupart sont morts en h\u00e9ros, dignes de cette \u00e9poque h\u00e9ro\u00efque. \u00ab\u00a0Les mots\u00a0! Les mots\u00a0! On a br\u00fbl\u00e9 au nom de la charit\u00e9, on a guillotin\u00e9 au nom de la fraternit\u00e9. Sur le th\u00e9\u00e2tre des choses humaines, l\u2019affiche est presque toujours le contraire de la pi\u00e8ce.\u00a0\u00bb. Edmond et Jules de Goncourt, <em>Id\u00e9es et Sensations<\/em> (1866). Cette autre v\u00e9rit\u00e9 vaut sous la R\u00e9volution plus qu\u2019en toute autre \u00e9poque de notre histoire de France.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 le nombre consid\u00e9rable de (belles ou tr\u00e8s belles) citations, parall\u00e8lement au nombre de victimes, guillotin\u00e9es ou massacr\u00e9es. Le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb r\u00e9volutionnaire est un grand spectacle politique et humain qui passionne toujours les historiens et un vaste public. Mirabeau, premier acteur de la R\u00e9volution, fait exception \u00e0 la r\u00e8gle et sort de sc\u00e8ne assez piteusement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Mon ami, j\u2019emporte avec moi les derniers lambeaux de la monarchie.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1384\" class=\"cit-num\">1384<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">MIRABEAU<\/span> (1749-1791), \u00e0 Talleyrand, fin mars\u00a01791. Son \u00ab\u00a0mot de la fin politique\u00a0\u00bb.<em> Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premi\u00e8res assembl\u00e9es l\u00e9gislatives<\/em> (1832), Pierre \u00c9tienne Louis Dumont<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Monarchiste comme son ami, Talleyrand est venu voir le malade chez lui, 42 rue de la Chauss\u00e9e d\u2019Antin, juste avant sa mort (2\u00a0avril 1791). Cons\u00e9quence d\u2019une vie de libertin d\u00e9bauch\u00e9\u2026 ou empoisonnement\u00a0possible\u00a0? Paris en \u00e9tait fort \u00e9mu. \u00ab\u00a0Il a vu, il a entendu tout un peuple s\u2019occuper de sa maladie comme d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qui aurait menac\u00e9 la r\u00e9volution\u00a0: de son lit de douleur il entendait crier dans la rue les bulletins de sa maladie. Ses amis et son m\u00e9decin (Cabanis) qui m\u00e9ritait \u00e0 tant de titres d\u2019\u00eatre l\u2019ami le plus cher \u00e0 son c\u0153ur, l\u2019entretenaient de cet int\u00e9r\u00eat qu\u2019il inspirait au peuple.\u00a0\u00bb (<em>Journal de Paris<\/em>). D\u00e9licate attention, le sol de sa rue avait \u00e9t\u00e9 couvert de paille pour que le bruit ne trouble pas son repos, ni son agonie. \u00c0 sa mort, elle est rebaptis\u00e9e \u00ab\u00a0rue Mirabeau\u00a0\u00bb\u2026 et tous les spectacles sont annul\u00e9s.<\/p>\n<p>Certains d\u00e9put\u00e9s, connaissant son double jeu et son double langage entre le roi et l\u2019Assembl\u00e9e, l\u2019accusaient de trahison \u2013 le fait ne sera prouv\u00e9 qu\u2019en novembre\u00a01792, quand l\u2019armoire de fer o\u00f9 le roi cache ses papiers compromettants r\u00e9v\u00e9lera ses secrets. Mirabeau, l\u2019Orateur du peuple, la Torche de la Provence, fut quand m\u00eame le premier personnage marquant de la R\u00e9volution. Le peuple prend le deuil de son grand homme qui a droit aux fun\u00e9railles nationales et au Panth\u00e9on.<\/p>\n<p>Rivarol rectifie l\u2019image\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau (le comte de). \u2013 Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l\u2019arr\u00eater sur le chemin de la gloire, et jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il ne s\u2019en est permis aucune.\u00a0\u00bb Dans le m\u00eame esprit, rappelons cet autre mot\u00a0: \u00ab\u00a0Mirabeau est capable de tout pour de l\u2019argent, m\u00eame d\u2019une bonne action\u00a0\u00bb (<em>Petit Dictionnaire des grands hommes de la R\u00e9volution<\/em>, publi\u00e9 en 1790). La monarchie n\u2019en perd pas moins son meilleur soutien. D\u00e9sormais, personne ne peut plus sauver ce r\u00e9gime.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Peuple, je meurs innocent\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1479\" class=\"cit-num\">1479<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), \u00e0 la foule, place de la R\u00e9volution \u00e0 Paris (aujourd\u2019hui place de la Concorde), 21\u00a0janvier 1793.<em> M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> (posthume), Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateaubriand<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Premier mot de la fin\u00a0\u00bb du roi qui a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 coupable par la Convention \u00e9rig\u00e9e en tribunal. L\u2019importance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement est telle que l\u2019imagination populaire ou historienne se donne libre cours.<\/p>\n<p>Le roulement de tambours de la garde nationale interrompt la suite de sa proclamation, entendue seulement par le bourreau Sanson et ses aides. La sc\u00e8ne sera maintes fois reproduite en gravures et tableaux, avec le bourreau qui brandit la t\u00eate du roi d\u00e9goulinante de sang, face au peuple amass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1480\" class=\"cit-num\">1480<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">LOUIS<\/span> <span class=\"caps\">XVI<\/span> (1754-1793), au bourreau Sanson et \u00e0 ses aides, 21\u00a0janvier 1793. \u00ab\u00a0Second mot de la fin\u00a0\u00bb du roi. <em>Histoire de France depuis les temps les plus recul\u00e9s<\/em> (1867), Antonin Roche<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autre mot de la fin attribu\u00e9 au roi, toujours dans le m\u00eame esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb Et encore\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu veuille que ce sang ne retombe pas sur la France.\u00a0\u00bb Cela rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0belle mort\u00a0\u00bb, destin\u00e9e \u00e0 alimenter la l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Reste un fait av\u00e9r\u00e9. Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>, tout au long de sa vie, eut une obsession louable et rare chez un roi\u00a0: ne pas faire couler le sang des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Eh\u00a0! qui suis-je pour me plaindre, quand des milliers de Fran\u00e7ais meurent aux fronti\u00e8res pour la d\u00e9fense de la patrie\u00a0? On tuera mon corps, on ne tuera pas ma m\u00e9moire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1549\" class=\"cit-num\">1549<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Pierre Victurnien <span class=\"caps\">VERGNIAUD<\/span> (1753-1793), guillotin\u00e9 le 31\u00a0octobre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire socialiste<\/em>, 1789-1900, volume\u00a0<span class=\"caps\">IV<\/span>, La Convention (1908), Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019homme si \u00e9l\u00e9gant, s\u00e9ducteur au physique romantique, avocat brillant sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, devenu l\u2019un des orateurs les plus dou\u00e9s de la L\u00e9gislative et de la Convention, a perdu toute flamme, us\u00e9 par cinq mois de prison et r\u00e9sign\u00e9 au pire. Il aurait sans doute pu fuir comme quelques autres, mais il renonce\u00a0: \u00ab\u00a0Fuir, c\u2019est s\u2019avouer coupable.\u00a0\u00bb Il fait donc partie du groupe des 21 Girondins ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je meurs le jour o\u00f9 le peuple a perdu la raison\u00a0; vous mourrez le jour o\u00f9 il l\u2019aura recouvr\u00e9e.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1550\" class=\"cit-num\">1550<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Marie David Albin <span class=\"caps\">LASOURCE<\/span> (1762-1793), mot de la fin, 31\u00a0octobre 1793.<em> Lasource, d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gislative et \u00e0 la Convention<\/em> (1889), Camille Rabaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ancien pasteur, acquis \u00e0 la R\u00e9volution, d\u00e9fendant toujours ses convictions avec courage, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 d\u2019accusation, il est jug\u00e9 avec les Girondins auxquels il s\u2019est ralli\u00e9, la derni\u00e8re semaine d\u2019octobre\u00a01793. Les 21 sont condamn\u00e9s \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Cinq charrettes les m\u00e8nent \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud le m\u00eame jour. Dans la derni\u00e8re, il y a le corps de Valaz\u00e9 qui s\u2019est plong\u00e9 un stylet dans le c\u0153ur, \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du verdict. Certains, qui croyaient pouvoir \u00e9chapper \u00e0 la mort, se sont d\u00e9fendus plut\u00f4t m\u00e9diocrement. Une femme sauvera bient\u00f4t l\u2019honneur\u00a0: Madame Roland.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1552\" class=\"cit-num\">1552<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Olympe de <span class=\"caps\">GOUGES<\/span> (1755-1793), guillotin\u00e9e le 3\u00a0novembre\u00a01793. Son mot de la fin. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris, avec le Journal de ses actes<\/em> (1880), Henri Alexandre Wallon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>F\u00e9ministe coupable d\u2019avoir \u00e9crit en 1791 une <em>D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyenne<\/em>, d\u2019avoir d\u00e9fendu le roi, puis courageusement attaqu\u00e9 Robespierre en \u00ab\u00a0brissotine\u00a0\u00bb (synonyme de girondine), elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juillet\u00a01793.<\/p>\n<p>Femme de lettres et femme libre jusqu\u2019\u00e0 la provocation, elle est comparable \u00e0 George Sand au si\u00e8cle suivant, mais ce genre de provocation est encore plus mal vu, en 1793\u00a0! Quant \u00e0 la reconnaissance esp\u00e9r\u00e9e par la condamn\u00e9e, elle sera tardive. Candidate posthume et logique au Panth\u00e9on depuis 2014, elle attend encore avec toutes les f\u00e9ministes qui lui rendent r\u00e9guli\u00e8rement hommage.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1554\" class=\"cit-num\">1554<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mme <span class=\"caps\">ROLAND<\/span> (1754-1793), montant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et s\u2019inclinant devant la statue de la Libert\u00e9 (sur la place de la R\u00e9volution), 8\u00a0novembre\u00a01793. Mot de la fin.<em> Le Nouveau Tableau de Paris<\/em> (1799), Louis S\u00e9bastien Mercier<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son mari, poursuivi comme Girondin et r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rouen, apprenant la mort de sa femme, se tuera deux jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Manon Roland fit preuve d\u2019une belle \u00e9nergie et d\u2019une plume infatigable, dans sa prison (l\u2019Abbaye, puis la Conciergerie). Elle \u00e9crit pour se d\u00e9fendre devant le Tribunal r\u00e9volutionnaire, m\u00eame sans espoir. Elle \u00e9crit ses <em>M\u00e9moires<\/em>, destin\u00e9es \u00e0 sa fille Eudora. Elle \u00e9crit des lettres, notamment \u00e0 son ami Buzot qui, contrairement \u00e0 elle, a fui comme son mari, pour \u00e9chapper au sort des Girondins. Il se suicidera lui aussi, apprenant, quelques mois plus tard, la mort de Manon.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Oui\u00a0! Je tremble, mais c\u2019est de froid.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1555\" class=\"cit-num\">1555<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jean-Sylvain <span class=\"caps\">BAILLY<\/span> (1736-1793), mot de la fin, avant son ex\u00e9cution dont les pr\u00e9paratifs s\u2019\u00e9ternisent, 12\u00a0novembre\u00a01793. <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, volume\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (1869), Louis Blanc<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il attend au pied de l\u2019\u00e9chafaud, dans le froid et sous la pluie. Il paie de sa vie son refus de t\u00e9moigner \u00e0 charge au proc\u00e8s de Marie-Antoinette, ainsi que la fusillade du Champ de Mars (17\u00a0juillet 1791), consid\u00e9r\u00e9e comme un crime contre le peuple alors qu\u2019il \u00e9tait maire de Paris. Son ex\u00e9cution \u00e9tait pr\u00e9vue au centre de l\u2019esplanade, o\u00f9 tr\u00f4ne l\u2019autel de la Patrie. Mais le sang sacr\u00e9 des martyrs du peuple ne peut \u00eatre m\u00eal\u00e9 au sang impie, en vertu de quoi l\u2019on d\u00e9cide de transporter la guillotine et de la remonter dans un coin obscur de l\u2019esplanade\u2026 Cela prend du temps et le condamn\u00e9 ne peut r\u00e9primer les tremblements de tout son corps. Un assistant du bourreau le remarque et se moque du vieil homme qu\u2019il interpelle\u00a0: \u00ab\u00a0Tu trembles, Bailly\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Ex-pr\u00e9sident de la Constituante et maire de Paris au lendemain de la prise de la Bastille, c\u2019est un grand scientifique, astronome et math\u00e9maticien, membre de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences (1763) et de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (1783). La R\u00e9volution ne va pas \u00e9pargner les savants. Au chimiste Lavoisier demandant un peu de temps pour terminer une exp\u00e9rience, le vice-pr\u00e9sident du Tribunal r\u00e9volutionnaire r\u00e9pondra\u00a0(8 mai 1794)\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique n\u2019a pas besoin de savants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Tu montreras ma t\u00eate au peuple, elle en vaut bien la peine.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1584\" class=\"cit-num\">1584<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DANTON<\/span> (1759-1794), mot de la fin au bourreau, avant de poser sa t\u00eate sous le couperet de la guillotine, 5\u00a0avril 1794. <em>Histoire du Tribunal r\u00e9volutionnaire de Paris<\/em> (1862), \u00c9mile Campardon<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0une gueule\u00a0\u00bb et il en a bien jou\u00e9\u00a0! Personnage \u00e9minemment th\u00e9\u00e2tral, orateur n\u00e9, il a suscit\u00e9 des haines farouches chez ses adversaires (\u00e0 commencer par Mme Roland), mais fascin\u00e9 le peuple et l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Son sens de la formule (le plus souvent improvis\u00e9e) est remarquable, litt\u00e9ralement jusqu\u2019\u00e0 la fin. Son ennemi intime, Robespierre, n\u2019aura pas cette chance \u2013 ni ce talent.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0H\u00e9las\u00a0! je n\u2019ai rien fait pour la post\u00e9rit\u00e9\u00a0; et pourtant, j\u2019avais quelque chose l\u00e0.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1599\" class=\"cit-num\">1599<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Andr\u00e9 <span class=\"caps\">CH\u00c9NIER<\/span> (1762-1794), se frappant le front avant de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, 25\u00a0juillet 1794. Mot de la fin d\u2019un po\u00e8te. <em>Dictionnaire de fran\u00e7ais Larousse<\/em>, au mot \u00ab\u00a0post\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019une des derni\u00e8res victimes de la Terreur (guillotin\u00e9 deux jours avant l\u2019arrestation de Robespierre)\u00a0: avec autant de courage que de talent, de son \u00ab\u00a0c\u0153ur gros de haine, affam\u00e9 de justice\u00a0\u00bb, le po\u00e8te crie jusqu\u2019\u00e0 la fin sa r\u00e9volte contre les exactions.<\/p>\n<p>Il n\u2019a que 32\u00a0ans, pas tout \u00e0 fait l\u2019\u00e2ge du Christ. Il s\u2019est engag\u00e9 avec enthousiasme dans la R\u00e9volution, avant de s\u2019opposer aux Girondins. Plut\u00f4t que d\u2019\u00e9migrer, il a tent\u00e9 de sauver Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVI<\/span>. C\u2019\u00e9tait un suspect id\u00e9al\u00a0! Son fr\u00e8re cadet, Marie-Joseph Ch\u00e9nier, lui-m\u00eame suspect, n\u2019a rien pu faire pour le sauver. Il est l\u2019auteur d\u2019une trag\u00e9die, censur\u00e9e, puis jou\u00e9e avec succ\u00e8s \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise (par Talma), <em>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, ou la Saint-Barth\u00e9lemy<\/em> (encore titr\u00e9e <em>Charles\u00a0<span class=\"caps\">IX<\/span>, ou l\u2019\u00e9cole des rois<\/em>)\u00a0: plaidoyer contre le fanatisme et pour la libert\u00e9, un sujet maintes fois trait\u00e9.<\/p>\n<p>Mais si le nom de Ch\u00e9nier est pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, c\u2019est par les vers d\u2019Andr\u00e9. La Jeune Captive, ode \u00e9crite en prison, est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Aim\u00e9e de Coigny, prisonni\u00e8re \u00e0 Saint-Lazare\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne veux pas mourir encore\u00a0!\u00a0\u00bb Elle sera sauv\u00e9e par la chute de Robespierre.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_6_1.jpg\" width=\"200\" height=\"273\"><\/a>V. Napol\u00e9on \u2013 Consulat, Empire et Cent-Jours.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le seul regret de n\u2019avoir pas assez fait pour la post\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1706\" class=\"cit-num\">1706<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">DESAIX<\/span> (1768-1800), au jeune Lebrun, son aide de camp, mot de la fin \u00e0 Marengo, 14\u00a0juin 1800. <em>L\u2019Honneur fran\u00e7ais, ou Tableau des personnages qui, depuis 1789 jusqu\u2019\u00e0 ce jour, ont contribu\u00e9 \u00e0 quelque titre que ce soit, \u00e0 honorer le nom fran\u00e7ais<\/em> (1808), Jean-Baptiste-Louis Brayer de Beauregard<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Frapp\u00e9 d\u2019une balle, au commencement de la charge de sa division, le g\u00e9n\u00e9ral a juste le temps de dire ces mots. Impossible de ne pas penser au chevalier Bayard\u2026 Ralli\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution, il se distingua dans l\u2019arm\u00e9e du Rhin. Il accompagnait Bonaparte en \u00c9gypte et fut charg\u00e9 de l\u2019organisation du Fayoum\u00a0: son gouvernement lui valut le surnom de Sultan juste.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi ne m\u2019est-il pas permis de pleurer\u00a0?\u00a0\u00bb dira Napol\u00e9on Bonaparte en apprenant la mort ce valeureux compagnon de route qu\u2019il a pu appr\u00e9cier en campagne. Certains historiens d\u00e9nonceront le m\u00e9pris de l\u2019empereur pour la vie humaine, mais lui-m\u00eame ne m\u00e9nage pas la sienne\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme apr\u00e8s tout\u00a0?\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Qu\u2019il est affreux de mourir ainsi de la main des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1745\" class=\"cit-num\">1745<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc d\u2019<span class=\"caps\">ENGHIEN<\/span> (1772-1804), quelques instants avant son ex\u00e9cution, 21\u00a0mars 1804. Son mot de la fin. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bonaparte a maintenant la preuve que le prince de 32\u00a0ans, dernier rejeton de la prestigieuse lign\u00e9e des Cond\u00e9, n\u2019est pour rien dans le dernier complot, m\u00eame s\u2019il est le chef d\u2019un r\u00e9seau antir\u00e9publicain qui a fait le projet de l\u2019assassiner.<\/p>\n<p>De tous les condamn\u00e9s \u00e0 mort r\u00e9ellement impliqu\u00e9s, il ne regrettera que Cadoudal, 33\u00a0ans. Pichegru s\u2019est suicid\u00e9 dans sa cellule. Moreau, jug\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, sera finalement exil\u00e9. Mais l\u2019histoire retient surtout le drame du duc d\u2019Enghien. Bonaparte l\u2019a laiss\u00e9 condamner apr\u00e8s un simulacre de jugement, puis fusiller la nuit m\u00eame dans les foss\u00e9s de Vincennes. Sans regret ni remords\u00a0: \u00ab\u00a0La saign\u00e9e entre dans les combinaisons de la m\u00e9decine politique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vive le roi\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1796\" class=\"cit-num\">1796<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CADOUDAL<\/span> (1771-1804), mot de la fin, et dernier cri du premier des condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre guillotin\u00e9 place de Gr\u00e8ve, 25\u00a0juin 1804. <em>Georges Cadoudal et les Chouans<\/em> (1998), Patrick Huchet<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Selon d\u2019autres sources, reprenant la devise des insurg\u00e9s vend\u00e9ens, dix ans plus t\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Mourons pour notre Dieu et notre Roi.\u00a0\u00bb La chouannerie meurt avec lui. Mais dix ans plus tard, le v\u0153u de Cadoudal est exauc\u00e9\u00a0: la Restauration ram\u00e8ne en France le roi Louis\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Dieu merci, j\u2019ai bien fait mon devoir.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1806\" class=\"cit-num\">1806<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Amiral <span class=\"caps\">NELSON<\/span> (1758-1805), touch\u00e9 \u00e0 mort, \u00e0 bord du Victory, 21\u00a0octobre 1805. Mot de la fin. <em>Bibliographie universelle<\/em> (1842), Louis Gabriel Michaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le ministre de la Marine avait transmis \u00e0 Villeneuve, amiral de la flotte fran\u00e7aise bloqu\u00e9e \u00e0 Cadix, le message de l\u2019empereur\u00a0: il faut sortir. Mais Nelson fait de m\u00eame. La <em>Nelson touch<\/em>, autrement dit le \u00ab\u00a0coup de Trafalgar\u00a0\u00bb, man\u0153uvre habile, permet \u00e0 l\u2019amiral anglais de triompher.<\/p>\n<p>La flotte fran\u00e7aise est an\u00e9antie. Cette victoire navale assure d\u00e9sormais la ma\u00eetrise des mers \u00e0 l\u2019Angleterre. Mais sur terre, Napol\u00e9on encha\u00eene encore les victoires avec la Grande Arm\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Soldats, droit au c\u0153ur\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1965\" class=\"cit-num\">1965<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mar\u00e9chal <span class=\"caps\">NEY<\/span> (1769-1815), commandant lui-m\u00eame son peloton d\u2019ex\u00e9cution, 7\u00a0d\u00e9cembre 1815. Son mot de la fin. <em>Les Grands Proc\u00e8s de l\u2019histoire<\/em> (1924), Me Henri-Robert<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Berryer, son avocat, n\u2019a pas pu sauver le \u00ab\u00a0Brave des Braves\u00a0\u00bb, coupable de s\u2019\u00eatre ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur sous les Cent-Jours, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 ramener \u00ab\u00a0l\u2019usurpateur dans une cage de fer\u00a0\u00bb. Il est \u00e0 pr\u00e9sent victime d\u00e9sign\u00e9e de la Terreur blanche, cette r\u00e9action ultra qui effraie m\u00eame le roi Louis <span class=\"caps\">XVIII<\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran\u00e7ais que j\u2019ai tant aim\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"1982\" class=\"cit-num\">1982<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><span class=\"caps\">NAPOL\u00c9ON<\/span> Ier (1769-1821). <em>M\u00e9morial de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne<\/em> (1823), Las Cases<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces mots sont dans son testament, dat\u00e9 du 16\u00a0avril 1821. Il meurt le 5\u00a0mai, apr\u00e8s cinq ans de captivit\u00e9 \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, cinq ans d\u2019humiliation de la part du gouverneur anglais Hudson Lowe. La mort de Napol\u00e9on Bonaparte est survenue le 5 mai 1821.<\/p>\n<p>On s\u2019interroge encore sur la cause\u00a0: ulc\u00e8re \u00e0 l\u2019estomac (d\u2019o\u00f9 la main souvent pos\u00e9e sur son ventre visible sur les portraits), cancer (h\u00e9rit\u00e9 de son p\u00e8re), intoxication \u00e0 l\u2019arsenic (empoisonnement par l\u2019ennemi anglais dont il est prisonnier \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne)\u00a0? On peut aussi incriminer l\u2019ennui et l\u2019exasp\u00e9ration de cette captivit\u00e9 sans issue qui le minait physiquement et moralement.<\/p>\n<p>Les cendres de Napol\u00e9on seront rapport\u00e9es de Sainte-H\u00e9l\u00e8ne par le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, sur la<em> Belle-Poule<\/em>, et transf\u00e9r\u00e9es aux Invalides le 15\u00a0d\u00e9cembre 1840. Thiers, chef du gouvernement et \u00e0 d\u00e9faut de programme, flatte la vanit\u00e9 nationale, aussi r\u00e9pandue dans le peuple que dans la bourgeoisie. Mais Lamartine y est hostile, proph\u00e9tisant le Second Empire \u2013 po\u00e8te et politicien, il a souvent une \u00e9trange prescience de l\u2019avenir.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_7_1.jpg\" width=\"200\" height=\"266\"><\/a><span class=\"caps\">VI<\/span>.\u00a0 Monarchie de Juillet et Deuxi\u00e8me R\u00e9publique.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment bien la peine de nous faire tuer.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2061\" class=\"cit-num\">2061<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Honor\u00e9 <span class=\"caps\">DAUMIER<\/span> (1808-1879), lithographie publi\u00e9e dans <em>La Caricature<\/em> (1835). \u00ab\u00a0Mot de la fin posthume\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au centre du dessin, trois morts sortent d\u2019une tombe pour dire ces mots. \u00c0 droite, une croix porte l\u2019inscription \u00ab\u00a0Morts pour la libert\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 gauche, une colonne affiche la date des \u00ab\u00a027-28-29\u00a0juillet 1830\u00a0\u00bb (\u00e9voquant le G\u00e9nie de la Bastille, monument d\u00e9di\u00e9 aux victimes de cette r\u00e9volution). Au lointain, on devine une charge furieuse contre des manifestants.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution de 1830 fut pourtant l\u2019une des guerres civiles les plus br\u00e8ves et les moins sanglantes\u00a0: 1\u00a0800 morts chez les insurg\u00e9s, environ 200 dans la troupe. Mais la r\u00e9publique a bel et bien \u00e9t\u00e9 escamot\u00e9e sous le nez des r\u00e9publicains, les cocus de l\u2019histoire qui se rappellent la le\u00e7on et ne rateront pas leur prochaine r\u00e9volution qui marque la fin de la Monarchie de Juillet, en 1848.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Du travail ou la mort. Nous aimons mieux p\u00e9rir d\u2019une balle que de faim.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2071\" class=\"cit-num\">2071<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">R\u00e9ponse des ouvriers au pr\u00e9fet. <em>Compte-rendu des \u00e9v\u00e9nements qui ont eu lieu dans la ville de Lyon au mois de novembre\u00a01831<\/em> (1832), Louis Bouvier-Dumolart<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019H\u00f4tel de Ville de Lyon est occup\u00e9 par les insurg\u00e9s, mais de nouvelles troupes, command\u00e9es par le mar\u00e9chal Soult et le duc d\u2019Orl\u00e9ans, r\u00e9occupent la ville, expulsent 10\u00a0000 ouvriers, le 5\u00a0d\u00e9cembre 1831. Bilan\u00a0: 171 morts civils, 170 militaires, 600 arrestations.<\/p>\n<p>On destitue le pr\u00e9fet trop bienveillant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des revendications ouvri\u00e8res. Le tarif \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9volte est proclam\u00e9 nul et non avenu\u00a0: \u00e9chec total de la premi\u00e8re grande gr\u00e8ve de l\u2019histoire de France. Mais elle fera \u00e9cole.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Fichtre\u00a0! fit Gavroche. Voil\u00e0 qu\u2019on me tue mes morts.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2076\" class=\"cit-num\">2076<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Victor <span class=\"caps\">HUGO<\/span> (1802-1885),<em> Les Mis\u00e9rables<\/em> (1862)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Gavroche meurt le 6 juin 1832, pr\u00e8s de la barricade dress\u00e9e rue de la Chanvrerie \u00e0 Paris. \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Gavroche d\u00e9barrassait de ses cartouches un sergent gisant pr\u00e8s d\u2019une borne, une balle frappa le cadavre [\u2026] Une deuxi\u00e8me balle fit \u00e9tinceler le pav\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Une troisi\u00e8me renversa son panier. Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue. Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l\u2019\u0153il fix\u00e9 sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta\u00a0: Je ne suis pas notaire \/ C\u2019est la faute \u00e0 Voltaire, \/ Je suis petit oiseau, \/ C\u2019est la faute \u00e0 Rousseau [\u2026] Joie est mon caract\u00e8re, \/ C\u2019est la faute \u00e0 Voltaire,\/ Mis\u00e8re est mon trousseau, \/ C\u2019est la faute \u00e0 Rousseau [\u2026] Je suis tomb\u00e9 par terre, \/ C\u2019est la faute \u00e0 Voltaire, \/ Le nez dans le ruisseau \/ C\u2019est la faute \u00e0 \u2026\u00a0\u00bb Il n\u2019acheva point. Une seconde balle du m\u00eame tireur l\u2019arr\u00eata court. Cette fois il s\u2019abattit la face contre pav\u00e9, et ne remua plus. Cette petite grande \u00e2me venait de s\u2019envoler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hugo immortalise dans sa fresque historique la premi\u00e8re grande insurrection r\u00e9publicaine dont il fut le t\u00e9moin sous la Monarchie de Juillet, les 5 et 6\u00a0juin 1832. Une manifestation aux fun\u00e9railles du g\u00e9n\u00e9ral Lamarque (d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition) se termine en \u00e9meute, quand la garde nationale massacre les insurg\u00e9s, retranch\u00e9s rue du Clo\u00eetre-Saint-Merri\u00a0: barricades et pav\u00e9s font \u00e0 nouveau l\u2019histoire et la une des journaux de l\u2019\u00e9poque. Et Gavroche entre dans l\u2019histoire, au titre de gamin de Paris le plus populaire qui existe.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Ma tombe et mon berceau seront bien rapproch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre\u00a0! Ma naissance et ma mort, voil\u00e0 donc toute mon histoire.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2078\" class=\"cit-num\">2078<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Duc de <span class=\"caps\">REICHSTADT<\/span> (1811-1832), mourant \u00e0 21\u00a0ans de tuberculose, 22\u00a0juillet 1832. <em>Les Errants de la gloire<\/em>, princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019Aiglon (h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre pour Rostand), fils de l\u2019Aigle (Napol\u00e9on), ex-roi de Rome, promu Napol\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span> (quelques jours, apr\u00e8s les deux abdications en\u00a01814 et\u00a01815) n\u2019aura pas le destin r\u00eav\u00e9 pour lui par son p\u00e8re, ni m\u00eame aucun r\u00f4le politique. Son grand-p\u00e8re maternel, Fran\u00e7ois\u00a0Ier d\u2019Autriche, y veille, occultant le souvenir de l\u2019empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Boh\u00eame), tout en aimant tendrement l\u2019adolescent fragile. Il meurt du \u00ab\u00a0mal du si\u00e8cle\u00a0\u00bb, cette tuberculose qui fit d\u00e9j\u00e0 des ravages dans les familles royales par ailleurs victimes de la consanguinit\u00e9.<\/p>\n<p>Louis-Napol\u00e9on Bonaparte se consid\u00e8re d\u00e9sormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napol\u00e9on\u00a0Ier \u2013 m\u00eame si l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 notoire de sa m\u00e8re, Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte, roi de Hollande, poussa son p\u00e8re \u00e0 nier sa paternit\u00e9, et \u00e0 rompre avec Hortense, la tr\u00e8s jolie belle-fille de Napol\u00e9on.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Vous allez voir comment on meurt pour 25\u00a0francs.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2217\" class=\"cit-num\">2217<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Alphonse <span class=\"caps\">BAUDIN<\/span> (1811-1851), d\u00e9put\u00e9, appelant le peuple \u00e0 la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3\u00a0d\u00e9cembre 1851. <em>Histoire des crimes du 2\u00a0d\u00e9cembre<\/em> (1852), Victor Sch\u0153lcher<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>(L\u2019indemnit\u00e9 parlementaire est de 25\u00a0francs, alors que le salaire ouvrier atteint rarement 5\u00a0francs par jour \u2013 et Sch\u0153lcher, manifestant pr\u00e9sent lors du drame reste dans l\u2019histoire comme le d\u00e9put\u00e9 qui imposa l\u2019abolition de l\u2019esclavage, en 1848).<\/p>\n<p>Authentique homme de gauche, \u00ab\u00a0m\u00e9decin des pauvres\u00a0\u00bb, Baudin s\u2019efforce de mobiliser la foule, mais les Parisiens se rappellent les journ\u00e9es sanglantes de juin\u00a01848. Quelques barricades se dressent quand m\u00eame, faubourg Saint-Antoine. Le d\u00e9put\u00e9 appelle un homme \u00e0 la lutte, qui se d\u00e9robe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25\u00a0francs par jour\u00a0!\u00a0\u00bb D\u2019o\u00f9 la r\u00e9plique de Baudin. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement bless\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ouvrier. La nouvelle de ces morts suscite d\u2019autres barricades.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e du 3\u00a0d\u00e9cembre est une r\u00e9action contre le coup d\u2019\u00c9tat du 2. Et le 4\u00a0d\u00e9cembre, la troupe tire sur la foule, boulevard Poissonni\u00e8re. Bilan\u00a0: de 100 \u00e0 300 morts (selon les sources), dont beaucoup de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/boutique\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left;margin: 10px\" src=\"https:\/\/histoire-en-citations.fr\/WP\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/tome_8_3.jpg\" width=\"200\" height=\"265\"><\/a><span class=\"caps\">VII<\/span>. De la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 nos jours.<\/h4>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je d\u00e9sire reposer [\u2026] en face de cette ligne bleue des Vosges d\u2019o\u00f9 monte jusqu\u2019\u00e0 mon c\u0153ur fid\u00e8le la plainte des vaincus.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2508\" class=\"cit-num\">2508<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Jules <span class=\"caps\">FERRY<\/span> (1832-1893), Testament. <em>Jules Ferry<\/em> (1903), Alfred Rambaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mort le 17\u00a0mars\u00a01893, il reste dans l\u2019histoire pour sa politique scolaire, mais aussi coloniale. Ses derniers mots prouvent qu\u2019il n\u2019oubliait pas l\u2019Alsace et la Lorraine perdues, alors m\u00eame qu\u2019il lan\u00e7ait la France \u00e0 la conqu\u00eate de la Tunisie et du Tonkin (Indochine, nord du Vietnam). Mal compris, Ferry a pu voir relanc\u00e9e, \u00e0 la fin de sa vie, une nouvelle colonisation prise en main par des politiques, des militaires, des hommes d\u2019affaires\u00a0: Indochine, Madagascar, Afrique noire, Maroc.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Il est mort comme il a v\u00e9cu\u00a0: en sous-lieutenant.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2499\" class=\"cit-num\">2499<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Georges <span class=\"caps\">CLEMENCEAU<\/span> (1841-1929), apprenant le suicide du g\u00e9n\u00e9ral Boulanger sur la tombe de sa ma\u00eetresse \u00e0 Ixelles (Belgique), le 30\u00a0septembre 1891. <em>Histoire de la France<\/em> (1947), Andr\u00e9 Maurois<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pitaphe est cinglante, mais la fin du \u00ab\u00a0Brave G\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui fit trembler la R\u00e9publique est un fait divers pitoyable.<\/p>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9agi apr\u00e8s ce qui aurait tourn\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat populiste, si Boulanger avait os\u00e9\u00a0! Accus\u00e9 de complot contre l\u2019\u00c9tat, craignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, il s\u2019est enfui le 1er\u00a0avril 1889, \u00e0 Londres, puis \u00e0 Bruxelles, avec sa ma\u00eetresse (de m\u00e8che avec la police). Son prestige s\u2019effondre aussit\u00f4t. Le 14\u00a0ao\u00fbt, le S\u00e9nat, r\u00e9uni en Haute Cour de justice, le condamne par contumace \u00e0 la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Mme\u00a0de Bonnemains meurt du mal du si\u00e8cle (la phtisie), le 16\u00a0juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d\u2019amour, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger fait graver ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Marguerite\u2026 \u00e0 bient\u00f4t\u00a0\u00bb. Le 30\u00a0septembre, il revient se tirer une balle dans la t\u00eate, pour \u00eatre enterr\u00e9 dans la m\u00eame tombe o\u00f9 l\u2019on gravera ses mots\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>\u00a0Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi\u00a0?<\/strong>\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre\u00a0!<br>Heureux les \u00e9pis m\u00fbrs et les bl\u00e9s moissonn\u00e9s\u00a0!\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2588\" class=\"cit-num\">2588<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Charles <span class=\"caps\">P\u00c9GUY<\/span> (1873-1914), <em>\u00c8ve<\/em> (1914). Mot de la fin po\u00e9tique<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Deux derniers alexandrins d\u2019un ultime po\u00e8me qui en compte quelque 8\u00a0000. Le po\u00e8te appelle de tous ses v\u0153ux et de tous ses vers la \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de la revanche\u00a0\u00bb. Lieutenant, il tombe \u00e0 la t\u00eate d\u2019une compagnie d\u2019infanterie, frapp\u00e9 d\u2019une balle au front \u00e0 Villeroy, le 5\u00a0septembre, veille de la (premi\u00e8re) bataille de la Marne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Et ceux que l\u2019on m\u00e8ne au poteau<br>Dans le petit matin glac\u00e9,<br>Au front la p\u00e2leur des cachots,<br>Au c\u0153ur le dernier chant d\u2019Orph\u00e9e,<br>Tu leur tends la main sans un mot,<br>O mon fr\u00e8re au col d\u00e9graf\u00e9.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"2822\" class=\"cit-num\">2822<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Robert <span class=\"caps\">BRASILLACH<\/span> (1909-1945), <em>Po\u00e8mes de Fresnes, Chant pour Andr\u00e9 Ch\u00e9nier<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ch\u00e9nier, po\u00e8te ex\u00e9cut\u00e9 sous la R\u00e9volution \u00e0 la fin de la Terreur, \u00e2g\u00e9 de 31 ans.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre de 1939-45, voici \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9puration\u00a0\u00bb. 1,5 \u00e0 2\u00a0millions de Fran\u00e7ais sont touch\u00e9s (total des sanctions politiques, administratives et judiciaires). Paulhan et Camus protestent contre des listes noires trop longues et des peines trop s\u00e9v\u00e8res. L\u2019\u00e9puration sauvage frappe aussi\u00a0: 9\u00a0000 ex\u00e9cutions sommaires, mais des chiffres dix fois sup\u00e9rieurs seront avanc\u00e9s.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusill\u00e9 \u00e0 35 ans, le 6\u00a0f\u00e9vrier 1945. Ses convictions hitl\u00e9riennes ne font aucun doute et son journal (<em>Je suis partout<\/em>) en t\u00e9moigne abondamment. Le proc\u00e8s est b\u00e2cl\u00e9, de nombreux confr\u00e8res tentent de le sauver. Mais le <span class=\"caps\">PC<\/span> voulait la t\u00eate de l\u2019homme responsable de la mort de nombreux camarades et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, r\u00e9sistant ex\u00e9cut\u00e9 par la Milice, apr\u00e8s les appels au meurtre sign\u00e9s, entre autres, par Brasillach. Jean Luchaire (journaliste, directeur des<em> Nouveaux Temps<\/em>) et Jean H\u00e9rold-Paquis (de Radio-Paris) subiront le m\u00eame sort, parmi quelque 3\u00a0000 condamn\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Bal tragique \u00e0 Colombey\u00a0: un mort.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3128\" class=\"cit-num\">3128<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\"><em>Hara-Kiri<\/em>, Hebdo satirique, titre pleine page du lundi 16\u00a0novembre 1970, n\u00b0\u00a094<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le 1er\u00a0novembre, l\u2019incendie d\u2019un dancing a fait 146 morts et les journaux ont titr\u00e9 sur ce bal tragique. Le titre est d\u00e9tourn\u00e9, dans l\u2019esprit \u00ab\u00a0b\u00eate et m\u00e9chant\u00a0\u00bb du journal. L\u2019\u00e9quipe a planch\u00e9 sur le probl\u00e8me, mais pour une fois, aucun dessin ne pouvait rivaliser avec ces simples mots\u00a0: \u00ab\u00a0Bal tragique \u00e0 Colombey\u00a0: un mort\u00a0\u00bb. Hara-Kiri se fait litt\u00e9ralement hara-kiri (suicide rituel des samoura\u00efs apparu au Japon au <span class=\"caps\">XII<\/span>e si\u00e8cle et abandonn\u00e9 en 1868). Interdiction \u00e0 l\u2019affichage le jour m\u00eame.<\/p>\n<p>Hari-Kiri est mort, vive <em>Charlie Hebdo<\/em> qui para\u00eet d\u00e8s la semaine suivante, dans le m\u00eame esprit, avec les m\u00eames journalistes\u00a0: Cavanna, Reiser, Wolinski et Cie. Le 7 janvier 2015, le journal satirique sera victime d\u2019un attentat terroriste islamiste, en relation avec des caricatures du proph\u00e8te Mahomet. Mais cette fois, il survit \u00e0 l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0Je crois aux forces de l\u2019esprit et je ne vous quitterai pas.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3310\" class=\"cit-num\">3310<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Fran\u00e7ois <span class=\"caps\">MITTERRAND<\/span> (1916-1996) \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, 31\u00a0d\u00e9cembre 1994<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa maladie (cancer de la prostate), longtemps cach\u00e9e avec la complicit\u00e9 du docteur Gubler et devenue de notori\u00e9t\u00e9 publique, dramatise naturellement ce rendez-vous annuel et convenu d\u2019un pr\u00e9sident avec un peuple.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident adresse pour la derni\u00e8re fois ses v\u0153ux \u00e0 la nation, au terme de son second septennat. \u00ab\u00a0L\u2019an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses v\u0153ux. L\u00e0 o\u00f9 je serai, je l\u2019\u00e9couterai, le c\u0153ur plein de reconnaissance pour le peuple fran\u00e7ais qui m\u2019aura si longtemps confi\u00e9 son destin, et plein d\u2019espoir en vous. Je crois aux forces de l\u2019esprit et je ne vous quitterai pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"citation-small\">\u00ab\u00a0J\u2019ai mis la France \u00e0 genoux.\u00a0\u00bb\u202f<span id=\"3476\" class=\"cit-num\">3476<\/span><\/p>\n<p class=\"auteur\">Mohamed Merah (1988-2012), Toulouse, 20\u00a0mars 2012. Mot cit\u00e9 par le procureur de la R\u00e9publique de Paris, et rapport\u00e9 par Claude Gu\u00e9ant, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le terroriste de 23\u00a0ans est assi\u00e9g\u00e9 durant 32\u00a0heures par le <span class=\"caps\">RAID<\/span> (Recherche assistance intervention dissuasion), corps d\u2019\u00e9lite de la police nationale. Il s\u2019est abondamment exprim\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone, avant d\u2019\u00eatre abattu.<\/p>\n<p>Le profil du tueur, d\u00e9linquant multir\u00e9cidiviste depuis l\u2019\u00e2ge de 13\u00a0ans, souffrant de troubles psychologiques, ayant s\u00e9journ\u00e9 en Afghanistan et professant des opinions islamistes, suscite une controverse sur de possibles failles dans sa surveillance. Comment a-t-il pu ex\u00e9cuter froidement sept personnes en 10 jours, trois militaires \u00e0 Montauban, trois enfants juifs et leur professeur \u00e0 Toulouse\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration polici\u00e8re est m\u00e9diatis\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Sarkozy parle de \u00ab\u00a0trag\u00e9die nationale\u00a0\u00bb et comme \u00e0 chaque fait divers, propose de nouvelles mesures, cette fois contre les apprentis terroristes. Sond\u00e9s comme il se doit, 74\u00a0% des Fran\u00e7ais approuvent son attitude. Dans cette affaire, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tient son r\u00f4le. La campagne pr\u00e9sidentielle est perturb\u00e9e, voire suspendue un ou deux jours, tous les m\u00e9dias mobilis\u00e9s et toute la France \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Des pol\u00e9miques suivront, mais moins qu\u2019on ne pouvait le craindre. L\u2019affaire Mohamed Merah ne bouleverse pas l\u2019opinion, au-del\u00e0 des quelques jours qui suivent. \u00c0 l\u2019inverse de l\u2019attentat contre Charlie Hebdo en 2015 et quelques autres attaques terroristes perp\u00e9tr\u00e9s au nom (ou pr\u00e9texte) du Djihad.<\/p>\n<\/div>\n<style>\r\n        a .cit-num {\r\n            text-decoration: none !important;\r\n            color: inherit !important;\r\n        }\r\n    <\/style>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Distinguons\u00a0d\u2019abord ce qui pr\u00eate souvent \u00e0 confusion\u00a0:la Toussaint, f\u00eate catholique c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 1er novembre, au cours de laquelle l\u2019\u00c9glise catholique honore tous les Saints, connus ou inconnus\u00a0;le jour des morts, 2 novembre, destin\u00e9 \u00e0 la comm\u00e9moration de tous les d\u00e9funts \u00ab\u00a0depuis le commencement du monde jusqu\u2019\u00e0 la fin\u00a0\u00bb, instaur\u00e9 au Moyen \u00c2ge dans les monast\u00e8res 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